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Full text of "L'astrologie grecque"

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583 


L'ASTROLOGIE  GRECQUE 


LE   PUY-EN-VELAY 

IMPRIMERIE     RÉGIS     MARCUESSOU 


L'ASTROLOGIE 

GRECQUE 


PAR 


A?  BOUCHÉ -LEGLERCQ 

"         MEMBRE    DE   L  rNSTlTlT 
PROFESSEUR    A    LA    FACULTÉ     DES    LETTRES    DE    PARIS 


Natales  inquirunt  :  -  -  cxistmmnt  tôt 
rirca  ununi  caput  tnmuUuantes  deos 
(Seiiec,  Suanor.,  4). 


PARIS 

P:RNEST   LEROUX,   ÉDITEUR 

28,    RUE   BONAPARTE,    28 

4899 


595629 

^*T.  le  54 


C(3 

2  6- 
3é9 


PREFACE 


Ce  livre  est  un  chapitre  de  V Histoire  de  la  Divination  dans 
l'Antiquité,  repris  et  développé  dans  les  limites  de  temps  et 
de  lieu,  nécessairement  un  peu  indécises,  qui  circonscrivent 
l'histoire  de  V  «  antiquité  »  classique.  Le  sujet  avait  autrefois 
vivement  piqué  ma  curiosité;  mais,  comme  je  ne  devais  pas, 
dans  une  étude  générale  sur  les  méthodes  divinatoires,  lui 
donner  un  développement  hors  de  proportion  avec  l'en- 
semble, je  ne  m'étais  pas  cru  obligé  de  m'engager  à  fond 
dans  cette  selva  osciira.  Je  me  contentai  alors  d'en  faire  le 
tour  et  d'y  pratiquer  provisoirement  quelques  éclaircies.  Une 
nouvelle  poussée  de  curiosité  m'y  ramène  au  bout  de  vingt 
ans,  avec  le  ferme  propos  de  débrouiller  enfin  cette  étrange 
association  —  unique  dans  l'histoire  de  la  pensée  humaine  — 
de  raisonnements  à  forme  scientifique  et  de  foi  masquée  ; 
avec  l'espoir  de  saisir  l'enchaînement  des  idées  maîtresses 
qui  supportent  tout  l'assemblage  et  de  noter  les  étapes  par- 
courues parla  logique  acharnée  à  la  poursuite  des  secrets  de 
l'avenir. 

Je  n'ai  rien  changé  à  ma  méthode,  soit  de  recherche,  soit 
d'exposition.  Elle  consiste,  pour  la  recherche,  à  remonter 
vers  les  origines  jusqu'à  ce  que  l'on  retrouve  l'état  d'esprit 
où  ce  qui  est  devenu  plus  tard  inintelligible  ou  déraisonnable 
était  le  produit  d'un  raisonnement  simple,  parfaitement  intel- 
ligible; pour  l'exposition,  à  refaire  en  sens  inverse  le  chemin 
parcouru.  On  me  permettra  de  dire  que  j'ai  été  encouragé  à 
y  persévérer  par  les  constatations  que  j'ai  pu  faire  depuis. 
En  suivant,  non  pas  de  très  près,  mais  avec  assez  d'attention, 


les  enquêtes  sporadiques  du  folk-loro,  je  n'y  ai  rencontré 
aucun  fait  concernant  les  pratiques  divinatoires,  aucun 
usage,  si  bizarre  soit-il,  qui  ne  rentre  sans  effort  dans  les 
cadres  que  j'ai  tracés  pour  la  divination  gréco-romaine  et  n'y 
trouve  son  explication.  L'esprit  humain  est  partout  le  même, 
et  on  le  constate  plus  aisément  qu'ailleurs  dans  les  ques- 
tions de  foi,  oii  il  opère  sur  un  très  petit  nombre  d'idées.  Il 
ne  crée  pas  volontairement  le  mystère  :  il  le  rencontre  au 
bout  des  spéculations  métaphysiques,  par  impuissance  de 
comprendre  l'infini  ;  mais,  en  deçà  de  ce  terme,  il*n'est  point 
d'arcane  qui  ne  soit  un  oubli  de  sa  genèse  intellectuelle,  du 
circuit  plus  ou  moins  sinueux  par  lequel  telle  croyance  ou 
pratique  est  issue  logiquement  de  croyances  ou  pratiques 
antérieures.  Les  superstitions  sont  des  survivances  dont  on 
ne  comprend  plus  la  raison  d'être,  mais  qui  ont  été  en  leur 
temps,  et  par  un  point  de  suture  que  l'on  peut  souvent 
retrouver,  fort  raisonnables. 

Ce  qui  est  vrai  des  superstitions  en  général  l'est,  à  plus 
forte  raison,  de  l'astrologie,  qui  a  essayé  de  rattacher  d'une 
façon  quelconque  aux  sciences  exactes,  à  «  la  mathéma- 
tique »,  les  efforts  les  plus  aventureux  de  l'imagination.  L'as- 
trologie une  fois  morte  —  je  crois  qu'elle  l'est,  en  dépit  de 
tentatives  faites  tout  récemment  pour  la  revivifier  —  a  été 
traitée  avec  un  dédain  que  l'on  ne  montre  pas  pour  des  ques- 
tions d'importance  historique  infiniment  moindre.  On  dirait 
qu'il  entre  encore  dans  ces  façons  méprisantes  quelque  chose 
de  l'irritation  qu'elle  a  causée  autrefois  à  ses  adversaires,  à 
ceux  qui,  ne  sachant  trop  par  oii  la  réfuter,  se  prenaient  à  la 
haïr.  Letronne,  soupçonnant  quelque  «  vision  astrologique  » 
dans  un  détail  des  zodiaques  d'Esneh,  estime  que  «  cette  par- 
«  ticularité  tient  à  quelque  combinaison  d'astrologie  qui  ne 
«  mérite  guère  la  peine  qu'on  prendrait  pour  la  découvrir  ». 
Il  constate  que,  une  fois  dépouillés  «  du  caractère  purement 
«  astronomique  qu'on  leur  avait  supposé  »,  ces  zodiaques 
«  ne  seraient  plus  que  l'expression  de  rêveries  absurdes,  et 
«  la  preuve  encore  vivante  d'une  des  faiblesses  qui  ont  le 
«  plus  déshonoré  l'esprit  humain  ».  Il  laisse  supposer  qu'il 
a  eu  «  le  courage  de  parcourir  des  livres  d'astrologie  an- 


«  cienne  »,  mais  sa  patience  s'est  lassée  avant  qu'il  fût  en  état 
de  deviner  les  énigmes  de  ses  zodiaques.  «  Nous  n'en  sommes 
«  pas  encore  là  »,  dit-il,  «  et  nous  n'y  serons  pas  de  long- 
ce  temps  ;  il  est  même  douteux  que  personne  entreprenne  une 
«  recherche  dont  le  résultat  ne  peut  plus  avoir  désormais 
«  d'utilité  scientifique  ».  La  prédiction  est  hardie  et  le  motif 
admirable.  Si  Letronne  entend  par  utilité  scientifique  l'utilité 
pratique,  il  faut  rejeter  en  bloc  —  en  commençant  par  son 
œuvre  à  lui  —  toutes  les  études  portant  sur  l'inventaire  du 
passé,  c'est-à-dire  ce  qui  occupe  les  neuf  dixièmes  des  savants 
et  intéresse  peu  ou  prou  le  reste  de  l'humanité.  S'il  reconnaît 
une  utilité  scientifique  à  tout  ce  qui  accroît  notre  connais- 
sance du  réel,  de  ce  qui  est  ou  a  été,  prétendrait-il  reléguer 
en  dehors  des  choses  réelles  les  faits  d'ordre  intellectuel  et 
psychologique,  les  idées,  les  croyances,  les  systèmes  qui  ont 
provoqué  par  la  pensée  l'action,  qui  ont  engendré  des  faits 
et  sont  en  un  certain  sens  plus  réels  que  les  faits  eux-mômes  ? 
Je  constate  volontiers,  et  même  avec  plaisir,  que  peu  de 
gens  se  soucient  aujourd'hui  de  l'astrologie.  Si  elle  est 
encore  vivante  et  agissante  dans  les  pays  d'Orient,  chez 
nous,  elle  appartient  au  passé  et  n'intéresse  plus  que  les  his- 
toriens. Ce  n'est  pas  une  raison  pour  qu'elle  les  intéresse 
médiocrement.  On  a  cru  longtemps,  on  croit  peut-être  encore 
que  la  divination  en  général  et  l'astrologie  en  particulier  ont 
tenu  peu  de  place  dans  l'histoire.  Sans  doute,  on  constate  que 
les  oracles  et  les  pronostics  des  devins  interviennent  à  tout 
moment  pour  provoquer  ou  empêcher,  hâter  ou  retarder  les 
actes  les  plus  graves  ;  mais  on  suppose  que  c'étaient  là,  pour 
les  chefs  d'État  ou  chefs  d'armée,  des  prétextes  plutôt  que 
des  raisons,  des  moyens  commodes  d'utiliser  la  crédulité  popu- 
laire, et  que  les  choses  se  seraient  passées  de  même,  ou  à  peu 
près,  sans  cette  intervention.  C'est  un  point  de  vue  qui  a  pu 
paraîtra  rationnel  aux  philosophes  du  siècle  dernier,  mais 
qui  devrait  être,  comme  on  dit  aujourd'hui,  dépassé.  Il  est 
surtout  inexact  appliqué  à  l'astrologie,  qui  n'a  jamais  agi 
qu'à  distance  sur  les  masses  populaires,  mais  qui,  grâce  à  son 
prestige  scientifique,  à  la  rigidité  implacable  de  ses  calculs, 
avait  tout  ce  qu'il  fallait  pour  s'imposer  à  la  foi  des  gouver- 


IV  PRÉFACE 

nants.  L'astrologie  a  réalisé  de  temps  à  autre  lo  rêve  des  doc- 
trinaires platoniciens  et  stoïciens  ;  elle  a  mis  parfois  la  main 
sur  ces  grands  leviers  que  sont  les  volontés  des  rois.  Qui  sait 
combien  de  desseins,  intéressant  des  millions  d'hommes, 
elle  a  entravés  ou  favorisés,  quand  elle  avait  prise  sur  la  pen- 
sée d'un  Auguste,  d'un  Tibère,  d'un  Charles-Quint,  d'une 
Catherine  de  Médicis,  d'un  Wallenstein  ou  d'un  Richelieu? 
Les  historiens  devront,  à  mon  sens,  rechercher  avec  plus  de 
soin  qu'ils  ne  l'ont  fait  jusqu'ici  les  traces  de  cette  ingérence 
et  ne  pas  se  persuader  aussi  facilement  qu'elle  a  été  d'effet 
négligeable.  Ils  n'ont  même  pas  besoin  d'aller  bien  loin  pour 
rencontrer,  dans  l'observance  de  la  semaine,  incorporée  aux 
religions  issues  du  judaïsme,  la  trace,  désormais  indélébile, 
d'une  idée  astrologique. 

En  tout  cas,  l'étude  de  l'astrologie  et  de  son  histoire  inté- 
resse au  premier  chef  ceux  qui  cherchent  à  connaître 
l'homme  en  analysant,  dans  ses  œuvres  collectives,  la  plus 
spontanée  et  la  plus  active  de  ses  facultés,  la  faculté  de  croire 
et  de  se  créer  des  raisons  de  croire.  Après  avoir  fait  taire  la 
polémique  religieuse  suscitée  par  la  prétendue  antiquité  des 
zodiaques  égyptiens,  Letronne  déclarait  que  désormais,  réduit 
à  l'astrologie,  le  sujet  n'offrait  plus  «  aucun  but  de  recherche 
«  vraiment  philosophique  ».  Je  ne  sais  ce  qu'il  entendait  au 
juste  par  philosophie,  mais  j'avouerai  sans  ambages  que  l'his- 
toire de  l'astrologie  —  c'est-à-dire  de  la  formation  de  ses 
dogmes  —  me  parait,  à  bien  des  égards,  de  plus  grande  portée 
philosophique  que  l'histoire  de  l'astronomie,  à  laquelle  elle 
est  du  reste  intimement  mêlée.  Ce  n'est  pas,  ou  ce  n'est  pas 
seulement  parce  que  l'astrologie  a  conservé,  en  se  les  appro- 
priant comme  données  de  ses  calculs,  les  conquêtes  de  la 
science  astronomique  à  travers  des  siècles  où  celle-ci  risquait 
d'être  délaissée  et  même  oubliée;  ni  parce  que,  entre  tant  de 
spéculations  aventureuses,  elle  a  posé,  en  prétendant  les 
avoir  résolues,  des  questions  de  physique  et  de  mécanique 
célestes  auxquelles  n'eût  pas  conduit  la  pure  géométrie  des 
astronomes  grecs.  Je  veux  parler  de  ce  qui  fait  son  originalité 
propre,  de  cette  association  et  pénétration  réciproque  d'élé- 
ments hétérogènes,   d'une  foi  qui  parle  le  langage    de  la 


PRÉFACE  V 

science,  et  d'une  science  qui  ne  peut  trouver  que  dans  la 
foi  la  justification  de  ses  principes.  Qu'un  Ptolémée  en  soit 
arrivé  à  «  croire  »  que  l'on  «  savait  »  au  juste  quel  est  le 
tempérament  de  la  planète  Saturne,  par  exemple,  et  que 
l'on  avait  pu  démêler  par  l'observation,  dans  la  complexité 
des  aptitudes  physiques,  intellectuelles,  morales,  des  êtres 
vivant  sur  terre,  la  part  qu'il  fallait  attribuer  à  son  influence, 
celle-ci  ramassée  et  condensée  dans  une  sorte  de  frappe  ins- 
tantanée ;  qu'un  Ptolémée,  dis-je,  ait  pu  considérer  ce  type 
non  pas  comme  élaboré  par  la  religion,  mais  comme  déter- 
miné par  l'expérience,  alors  qu'il  savait  et  enseignait  lui- 
même  combien  sont  multiples  les  données  de  chaque  thème 
de  géniture  et  combien  rare,  par  conséquent,  l'observation  de 
cas  analogues  pouvant  servir  de  base  à  une  induction  légi- 
time, —  cela  est  merveilleux  et  éclaire,  ce  me  semble,  dans 
un  exemplaire  de  choix,  les  profondeurs  de  l'âme  humaine. 

Dans  la  foi  de  ce  savant  qui  croit  savoir,  on  découvre  aisé- 
ment l'éternel  désir,  le  besoin  de  croire  ce  que  l'on  veut  qui 
soit.  Or,  ce  que  l'homme  a  le  plus  âprement  convoité,  le  plus 
obstinément  poursuivi,  c'est  la  connaissance,  la  possession 
anticipée  de  l'avenir,  en  deçà  et  au  delà  de  la  tombe.  Au  delà, 
c'est  la  conquête  des  religions  ;  en  deçà,  de  la  divination.  Les 
autres  méthodes  ont  plus  ou  moins  effacé  la  ligne  de  démar- 
cation, non  pas  en  affichant  la  prétention  de  fixer  le  sort  des 
individus  après  la  mort,  mais  en  s'appuyant  ouvertement  sur 
la  foi  religieuse,  en  demandant  des  avertissements  aux  dieux, 
et  non  seulement  aux  dieux,  mais,  par  l'oniromancie  et  la 
nécromancie,  aux  habitants  de  l'autre  monde.  Bref,  dans 
toutes  ses  méthodes  autres  que  l'astrologie,  la  «  divination  » 
est  une  révélation  «  divine  «,  une  sorte  de  rallonge  ajoutée  à 
l'intelligence  humaine.  Seule,  l'astrologie  a  créé  l'équivoque 
et  comme  l'hypocrisie  dont  elle  est  entachée  en  se  séparant 
de  plus  en  plus  de  l'idée  religieuse  qui  l'avait  engendrée,  en 
voulant  non  pas  «  deviner  » ,  mais  «  prévoir  » ,  et  prenant  de  vive 
force  le  rang  qu'elle  trouvait  à  sa  convenance,  le  premier, 
parmi  les  sciences  naturelles.  La  cause  de  la  séduction 
qu'elle  a  exercée  sur  les  esprits  cultivés,  c'est  qu'elle  a  pré- 
tendu instituer  une  divination  scientifique,  autrement  dit, 


VI  PRÉFACE 

substituer  à  la  révélation  la  prévision  fondée  sur  la  connais- 
sance des  lois  de  la  Nature,  et  qu'elle  a  osé  appeler  cette 
prévision  certitude  mathématique.  Mais,  en  dépit  de  ses  pré- 
tentions, elle  restait  une  foi,  et,  même  sans  l'analyser  de 
près,  on  s'en  aperçoit  :  d'abord,  à  sa  résistance  obstinée,  et 
même  victorieuse,  aux  assauts  de  la  logique;  ensuite,  aux 
moyens  qu'elle  a  employés  pour  se  propager. 

J'ai  prononcé  tout  à  l'heure  le  mot  d'hypocrisie,  en  l'atté- 
nuant et  l'appliquant  à  l'astrologie,  à  l'œuvre  collective,  non 
aux  astrologues  pris  individuellement.  Atténuons  encore, 
si  Ton  y  tieiit,  en  disant  :  équivoque  constitutionnelle  et 
inconsciente.  Cependant,  je  ne  pourrais  pousser  le  respect 
trop  loin  sans  manquer  à  mon  tour  de  sincérité.  Il  m'est 
arrivé  plus  d'une  fois  non  seulement  de  déclarer  ineptes  des 
fantaisies  qui  faisaient  par  trop  violence  au  sens  commun, 
mais  de  traiter  mes  astrologues  de  charlatans.  Je  n'ai  voulu 
par  là  ni  dire  ni  faire  entendre  que  cette  épithète  leur  con- 
vînt généralement,  étant  au  contraire  persuadé  que  les 
croyances  jugées  après  coup  les  plus  déraisonnables  ont  été, 
à  un  certain  moment,  très  dignes  de  foi  et  presque  démon- 
trables par  les  idées  courantes.  Sauf  quelques  échappées 
d'impatience  —  dont,  à  l'autre  extrême,  Firmicus,  le  parfait 
croyant,  a  quelque  peu  pâti,  —  je  n'ai  rudoyé  que  les  fabri- 
cants de  livres  apocryphes,  les  fondateurs  et  apôtres  ano- 
nymes de  la  doctrine  astrologique.  Je  sais  parfaitement  que 
je  commets  un  anachronisme  en  les  jugeant  d'après  des 
scrupules  qu'ils  n'avaient  pas,  et  qu'on  pourrait  aussi  bien 
réduire  le  fait  à  l'usage  d'un  procédé  littéraire,  ou  excuser 
leur  zèle  et,  par  surcroît,  louer  leur  modestie;  mais  je  me 
sens  incapable  d'indulgence  pour  les  faussaires,  même  quand 
ils  ont  cru  travailler  pour  une  bonne  cause.  Qu'ils  fassent 
parler  Hénoch  ou  Daniel,  Apollon  ou  la  Sibylle,  ouNéchepso 
et  Pétosiris,  les  révélateurs  qui  se  déguisent  me  paraissent 
toujours  cacher  sous  leur  masque  une  vilaine  action. 

En  tout  cas,  j'estime  l'occasion  opportune  pour  distinguer 
la  cause  servie  par  de  tels  moyens  de  celle  de  la  science  et 
pour  montrer  à  quel  point,  sous  son  décor  scientifique, 
l'astrologie  était  restée  une  foi.  Maintenant  que  tout  le  monde 


PRÉFACE  VII 

s'essaye  —  et  d'aucuns  avec  une  rare  incompétence  —  à 
définir  la  science  et  la  foi,  soit  pour  les  traiter  en  sœurs 
jumelles,  soit  pour  les  opposer  l'une  à  l'autre,  il  est  bon  de 
retenir  ce  critérium  extérieur.  On  ne  forge  de  preuves  que 
pour  certifier  ce  qui  ne  peut  se  démontrer,  et  ce  qui  ne 
peut  se  démontrer  n'est  pas  de  la  science. 

Mais  en  voilà  assez  pour  faire  comprendre  le  genre  d'in- 
térêt que  j'ai  trouvé  à  l'étude  de  la  divination,  un  domaine 
que,  dans  les  limites  indiquées  plus  haut,  je  crois  avoir  main- 
tenant parcouru  tout  entier.  Je  n'y  ai  pas  vu  un  exercice  de 
pure  érudition,  mais  aussi  et  surtout  une  occasion  de  méditer 
sur  des  problèmes  dont  le  souci  est  l'honneur  et  le  tourment 
de  notre  espèce.  C'est  peut-être  un  labeur  fastidieux  que  de 
compter  les  fils  et  les  points  d'attache  historiques  des  toiles 
d'araignée  tendues  au  devant  des  grands  mirages  et  dans 
lesquelles  se  prennent  les  imaginations  ailées,  avides  de 
lumières  surnaturelles;  mais  ce  n'est  pas  un  labeur  sans 
récompense.  On  disserte  encore  sur  l'énigmatique  xàOapo-iç 
d'Aristote,  sur  la  «  purification  »  ou  apaisement  que  produit 
dans  l'âme,  au  dire  du  philosophe,  la  tragédie  :  le  spectacle, 
tragique  aussi,  du  long  effort  fait,  et  en  vain,  par  l'intelli- 
gence humaine  pour  sortir  de  ses  limites  apaise,  en  le  décou- 
rageant, le  désir  de  connaître  l'inconnaissable.  Il  fait  plus;  il 
nous  donne  en  échange  la  certitude  que,  ce  que  nous  ne 
pouvons  pas  savoir,  nul  ne  le  sait  et,  à  plus  forte  raison, 
n'est  obligé  de  le  savoir.  C'est  cette  certitude,  et  non  pas, 
comme  le  dit  Montaigne,  «  l'ignorance  et  l'incuriosité  »,  qui 
est  «  un  doulx  et  mol  chevet  à  reposer  une  teste  bien  faicte  ». 
A  côté  de  la  synthèse  que  j'ai  tenté  d'asseoir  sur  de 
patientes  analyses  et  qui,  pour  l'astrologie  en  particulier,  a 
abouti  à  la  distinction  de  deux  méthodes,  générales  toutes 
deux,  concurrentes  et,  à  certains  égards,  incompatibles,  il  y 
a  place  pour  bien  des  recherches  de  détail,  lesquelles  seront 
facilitées,  je  me  plais  à  le  croire,  par  les  vues  d'ensemble. 
Elles  auront  pour  premier  résultat  —  et  j'y  applaudis 
d'avance  —  de  rectifier  des  inexactitudes  que  j'ai  pu,  que  j'ai 
dû  commettre.  Ensuite,  elles  ouvriront  de  nouvelles  sources 
d'information.  Quantité  de  manuscrits  astrologiques  dorment 


VIII  PRÉFACE 

encore  dans  les  bibliothèques,  et  les  textes  grecs  dont  je  me 
suis  servi,  imprimés  au  xvi^  siècle,  ont  grandement  besoin 
d'être  revisés  par  nos  philologues.  Ceux-ci  commencent,  du 
reste,  à  porter  leur  attention  de  ce  côté,  et  je  serais  heureux 
de  contribuer  à  l'y  retenir.  Par  delà  le  monde  gréco-romain 
ou  occidental,  il  y  a  le  monde  arabe,  refuge  de  l'astrologie 
au  moyen  âge,  et,  par  delà  encore,  l'Inde,  l'Extrême-Orient. 
C'est  un  vaste  champ  d'enquête,  oii  je  ne  désespère  pas  de 
voir  les  orientalistes  s'engager  à  leur  tour.  Ils  nous  diront  si, 
ce  qui  est  hors  de  doute  pour  le  côté  arabe,  il  a  été  ensemencé 
par  la  propagande  grecque,  ou  si  ces  peuples  ont  subi  direc- 
tement, comme  la  Grèce  elle-même,  l'influence  de  la  Chaldée. 
Ils  auront  même  le  plaisir  de  mêler  au  travail  d'érudition 
l'étude  de  l'astrologie  encore  vivante  ou  tout  au  moins  se 
survivant  dans  de  vieilles  habitudes  tournées  en  cérémonial. 
Ce  qui  a  jusqu'ici,  je  suppose,  rebuté  leur  curiosité  ou  l'a 
empêchée  de  naître,  c'est  qu'un  livre  d'astrologie  est  un  véri- 
table grimoire  pour  qui  ne  connaît  pas  le  sens  des  termes 
techniques  et  les  théories  représentées  par  ce  vocabulaire. 
Si,  comme  j'ai  lieu  de  le  penser,  l'astrologie  orientale 
s'alimente  au  même  fonds  d'idées  et  de  pratiques  que  l'as- 
trologie grecque,  je  les  aurai  peut-être  encouragés  à  aborder 
ses  arcanes,  en  somme  beaucoup  plus  faciles  à  élucider  que 
les  énigmes  et  les  métaphores  incohérentes  des  Védas. 

Qu'ils  écartent  seulement,  et  de  prime  abord,  l'idée  sin- 
gulière, léguée  par  une  tradition  assez  récente,  que  ce  genre 
de  recherches  n'offre  aucun  intérêt  scientifique.  Cela  s'appelle 
jouer  sur  les  mots.  Un  compte-rendu  de  l'Académie  des 
Sciences,  enregistrant  en  1708  l'envoi  du  marbre  gravé  dit 
Planisphère  de  Bianchini,  constate  que  l'exégèse  de  ce  docu- 
ment astrologique  n'est  guère  du  ressort  de  l'Académie.  «  Ce 
«  n'est  pas  »,  dit  malicieusement  le  rapporteur,  «  que  l'histoire 
«  des  folies  des  hommes  ne  soit  une  grande  partie  du  savoir 
«  et  que  malheureusement  plusieurs  de  nos  connaissances 
«  ne  se  réduisent  là  ;  mais  l'Académie  a  quelque  chose  de 
«  mieux  à  faire  ».  Fontenelle  songeait  sans  doute,  en  écri- 
vant ces  lignes,  à  son  Histoire  des  oracles  ;  mais  ce  n'est  point 
par   affectation    de   modestie  qu'il  met,   en  pareil  lieu,  la 


PRÉFACE  IX 

science  au  dessus  du  «  savoir  ».  A  chacun  sa  lâche.  Les 
hommes  de  science,  —  au  sens  étroit  du  mot,  —  ceux  qui 
étudient  la  Nature,  ont  mieux,  c'est-à-dire  autre  chose,  à 
faire  que  d'étudier  l'histoire,  à  laquelle  se  ramène  tout  le 
reste  du  «  savoir  ».  Encore  en  voyons-nous  qui  dépassent, 
et  avec  grand  profit  pour  tout  le  monde,  la  limite  tracée 
par  Fontenelle  à  l'utilité  scientifique.  Je  n'apprendrai  à  per- 
sonne que  le  créateur  de  la  thermochimie,  l'homme  dont 
les  travaux  ont  ouvert  à  l'étude  de  la  Nature  une  voie  nou- 
velle, M.  Berthelot,  a  trouvé  le  temps  de  s'occuper  de  l'his- 
toire de  l'alchimie,  laquelle  rejoint  en  maint  endroit  et  double 
souvent  l'histoire  de  l'astrologie. 

On  voudra  bien  ne  pas  prendre  pour  un  paradoxe  ma  con- 
clusion :  à  savoir,  qu'on  ne  perd  pas  son  temps  en  recher- 
chant à  quoi  d'autres  ont  perdu  le  leur. 


BIBLIOGRAPHIE 


RENSEIGNEMENTS     DIVERS 


Gomme  je  n"ai  nullement  l'intention  de  dresser  une  bibliographie 
générale  des  ouvrages,  anciens  et  modernes,  concernant  l'astrologie,  je 
me  contente  d'indiquer  les  répertoires  où  se  trouve  déjà  ébauchée  cette 
bibliographie  : 

Pour  les  ouvrages  grecs  anciens,  lo.  Alb.  Fabricii  Bibliotheca 
graeca,  éd.  nova  curante  G.  Chr.  Harles,  Vol.  IV.  Hamburgi,  1795. 
Lib.  m,  c.  XXI  (pp.  128-170). 

Pour  les  ouvrages  de  toute  provenance  :  Bibliographie  générale 
de  l'Astronomie,  parJ.  C.  Houzeau  et  A. Lancaster.  T.  P"" (Bruxelles, 
1887),  pp.  681-858. 

Voici  maintenant  la  bibliographie  des  sources  auxquelles  j'ai  eu 
recours,  classée  par  ordre  chronologique  : 

I.  Manilius.  —  M.  Manilii  Astronomicon  a  Josepho  Scaligero...  repurgatum, 
Argentorati,  1655.  —  A  la  suite,  avec  pagination  spéciale  (462  p.)  : 
Josephi  Scaligeri  Jul.  Cœs.  F.  castigationes  et  notœ  in  M.  Manilii 
Astronomicon.  Argentorati,  1655.  La  première  édition  datait  de 
1579;  les  autres,  de  1590  et  1600.  J'ai  utilisé,  concurremment  avec 
l'édition  de  Scaliger,  celle  de  Fr.  Jacob  (Berolini,  1846),  et  les 
références  visent  toujours  celle-ci,  parce  que  l'absence  de  numé- 
rotation continue  dans  Scaliger  rend  les  indications  très  incom- 
modes. Souhaitons  que  Manilius  trouve  enfin  un  éditeur  capable 
non  seulement  d'améliorer  le  texte,  mais  aussi  de  comprendre 
qu'un  Index  ne  doit  pas  être  exclusivement  à  l'usage  des  philo- 
logues. Celui  de  Fr.  Jacob  donne  cinquante  références  sur  l'em- 
ploi de  sub  et  soixante  sur  l'emploi  de  in,  mais  on  y  chercherait 
en  vain  les  noms  des  constellations  et  ceux  d'Auguste  ou  de 
Varus,  de  Philippes  ou  d'Actium.  On  s'étonne  moins,  après  cela, 
que,  dans  ses  Diagrammata,  Fr.  Jacob  ait  range  les  signes  du 


BIBLIOGRAPHIE  XI 

Zodiaque  à  l'inverse  de  Tordre  accoutumé  et  mis  à  gauche  la 
droite  des  astrologues.  La  «  littérature  »  philologique  concernant 
Manilius  est  considérable  :  voir  la  bibliographie  des  éditions  et 
dissertations  dans  G,  Lanson,  De  Manilio  poeta  ejitsque  ingenio, 
Paris,  1887,  et  R.  Ellis,  Noctes  Manilianae,  Oxonii,  1891.  A  noter, 
comme  tentative  de  vulgarisation,  Astronomicon  di  Marco  Manilio, 
lib.  I,  tradotto  da  A.  Covino.  Torino,  1895. 

II.  NÉcHEPso  etPÉTOsiRis.  —  On  ignore,  à  cent  ans  près,  à  quelle  époque 

fut  publié  le  grand  ouvrage  apocryphe,  fabriqué  probablement  à 
Alexandrie,  qui,  au  temps  de  Sylla  (Riess)  ou  de  Tibère  (Boll), 
fonda  la  réputation  de  l'astrologie  «  égyptienne  »,  en  concurrence 
avec  la  chaldéenne.  C'était  une  encyclopédie,  cosmogonie,  astro- 
logie et  magie,  dont  on  cite  le  XIV«  livre.  Les  fragments  en  ont 
été  réunis  par  E.  Riess  : 

Nechepsonis  et  Petosiridis  fragmenta  magica,  edidit  Ernestus 
Riess  (Philologus,  Supplementband  VI  [Gœttingen,  1891-1893], 
pp.  323-394).  Cf.  l'étude  préalable  :  E.  Riess  (même  titre).  Diss. 
Philol.,  Bonnae,  1890. 

III.  Claude  Ptolémée.  —  Sur  la  vie,  les  ouvrages,  la  philosophie  de  Pto- 

lémée,  contemporain  d'Antonin-le-Pieux,  voy.  l'étude  magistrale 
de  Franz  Boll,  Studien  ûber  Claudius  Ptolemdus.  Ein  Beitrag  zur 
Geschichte  der  griechischen  Philosophie  und  Astrologie  (Jahrbb.  f. 
klass.  Philol.,  XXI  Supplementband  [Leipzig,  1894],  pp.  49-244). 
Nous  n'avons  à  nous  occuper  que  de  son  traité  d'astrologie  (qu'il 
faut  se  garder  de  confondre  avec  le  traité  d'astronomie  intitulé 
MaOrjtjLaTixr)  ajvTaÇt;  OU  MeyâXr]  OU  MeyiaTr;,  d'où  l'arabe  Almageste)  : 

Edition  princeps  :  KXau8(ou  Il-roXsjxaîou  nrjXouailw;  T£Tpa6'.6Xo; 
(jjv-aÇtç  Tupôç  Itxipoy  àSeXcpov.  Norimbergae,  in-4",  1535,  avec  traduc- 
tion latine  des  deux  premiers  livres  par  Joach.  Camerarius  [Kam- 
mermeister],  qui  fit  une  nouvelle  édition  corrigée  à  Bâle  en  1553, 
le  texte  (212  pages  petit  format)  à  la  suite  de  la  traduction  latine, 
celle-ci  (251  pages)  achevée  par  Ph.  Mélanchthon. 

Le  célèbre  médecin  et  mathématicien  Jérôme  Cardan  publia 
à  Bàle,  en  1568,  une  traduction  latine  de  Ptolémée,  De  astrorum 
judiciis,  cum  expositione  Hieronymi  Cardani  Mediolanensis  medici, 
précédée  d'un  traité  De  Septem  erraticis  stellis,  lib.  I  (pp.  1-94), 
suivi  de  Geniturarum  exempla  (pp.  511-715)  et  de  scolies  de  Gunrad 
Dasypodius  [Rauchfuss]  (pp.  717-838). 

Je  me  suis  servi  du  texte  inséré  par  Fr.  Junctinus  dans  le  pre- 
mier volume  de  la  deuxième  édition  de  son  énorme  Spéculum 
Astrologiae,  universam  mathematicam  scientiam  in  certas  classes 
digestam  complectens,  2  vol.  fol.,  Lugduni,  1581,  avec  une  traduc- 
tion latine  (Quadripartiti  operis  de  judiciis  astrorum)  qui  tantôt 
reproduit  celle  de  Cardan,  tantôt  en  est  indépendante.  Je  ne 
suppose  pas  qu'il  emprunte  beaucoup  à  Camerarius,  de  qui  il  dit  : 
eleganti  Latinitate  decoravit  duos  primos  tractatus  Apotelesmaton 


XII  BIBLIOGRAPHIE 

Ptolemsei.  Sed  ejus  opéra  non  leguntur  apud  Catholicos,  quoniam 
redolent  hœresim  Lutheranam  (I,  p.  So4).  Les  deux  derniers  livres 
sont  noyés  dans  un  énorme  commentaire  (pp.  109-830)  où  les 
preuves  expérimentales  sont  représentées  par  des  centaines  de 
thèmes  de  géniture  d'hommes  célèbres.  Junctinus  se  proposait 
de  commenter  aussi  les  deux  premiers  livres,  prope  diem  (Deo 
dante)  :  mais  il  en  est  resté  là. 

Avant  la  publication  de  l'édition  princeps  avaient  paru  (dès 
1484)  des  traductions  latines,  telles  que  :  Quadripartitum  judi- 
ciorum  opus  Claiidij  Ptolemei  Pheludiensis  ah  Joi'me  Sieiirreo  brittu- 
liano  Bellovacëfti  pbelle  recognitum.  Paris,  1519.  —  Claudii  Ptole- 
maei  Pheludiensis  Quadripartitum,  imprimé  par  Pruckner  à  la  suite 
de  Firmicus  (ci-après).  Basileae,  1533. 

Toutes  ces  traductions,  où  les  termes  techniques  sont  emprun- 
tés à  Tarabe,  sont  encore  plus  incorrectes  et  plus  obscures  que 
le  texte  original,  et  je  laisse  à  d'autres  le  soin  de  les  comparer 
soit  entre  elles,  soit  avec  le  texte. 

A  la  suite  de  la  Tétrabible  (enrichie  de  quelques  tableaux  synop- 
tiques qui  ont  dû  être  ajoutés  au  texte),  les  éditeurs  donnent, 
sous  le  nom  de  Ptolémée,  une  collection  de  cent  aphorismes  ou 
règles  astrologiques  :  Tou  aùxou  Kaprôç  npôç  tôv  aÙTÔv  Siipov 
[Cl.  Pt.  Centum  dicta  ou  Centiloquium) .  Ce  «  fruit  »  ou  prétendu 
résumé  de  l'ouvrage  de  Ptolémée  est  évidemment  pseudépigraphe. 

La  Tétrabible  fut  réellement  résumée,  et  très  fidèlement,  dans 
une  Ilap  açpaaiç  sîç  xrjv  xou  nToX£[ia(ou  TïTpâStSXov  attri- 
buée à  Proclus,  publiée  avec  traduction  latine  par  les  Elzévir  : 

Procli  Diadochi  Paraphrasis  in  Ptolemœi  libros  IV  de  Siderum 
effectionibus,  a  Leone  Allatio  e  Grseco  in  Latinum  conversa.  Lugd. 
Batavorum,  1633. 

L'abrégé  est  si  exact,  même  pour  la  correspondance  des  livres 
et  chapitres,  que  j'ai  jugé  superflu  d'y  renvoyer  le  lecteur. 

Nous  possédons  encore  deux  commentaires  anciens  de  la  Tétra- 
bible, attribués  l'un  à  Proclus,  l'autre  à  Porphyre,  et  imprimés 
ensemble  à  Bàle  en  15S9,  avec  traduction  latine,  par  H.  Wolf  : 

Et;  TTjv  T£Tpâ6t6Xov  riToX£[i.aîou  èÇtjytjttjç  àvojvutxoç  (In 
Claudii  Ptolemœi  Quadripartitum  enarrator  ignoti  nominis,  quem 
tamen  Proclum  fuisse  quidam  existimant),  180  pp.  fol.  C'est  l'auteur 
que  j'appelle  ordinairement  «  le  scoliaste  »  et  auquel  je  renvoie 
sous  la  référence  «  Anon.  ». 

Ilopçuptou  cpiXoaocpo'j  EîaaYwyT]  sî;  ttjv  àTroxeXearxaxixriv 
zou  nxoXêfjiaiou  (P.  phil.  Introductio  in  Ptolemœi  opus  de  effec- 
tibus  astrorum),  pp.  180-204.  A  la  p.  193  commencent  des  SyoXia 
Ix  xou  AtjjaoçîXou,  auteur  inconnu  et  texte  en  piteux  état. 
IV.  Sextus  Empiricus.  —  Un  demi-siècle  environ  après  Ptolémée,  le  méde- 
cin et  philosophe  Sextus  Empiricus  écrivit  une  réfutation  —  et, 
par  conséquent,  un  exposé  —  des  doctrines  astrologiques  dans  le 


BIBLIOGRAPHIE  XllI 

V»  des  XI  livres  ITpôç  MaOTjixaxixou?.  Ce  livre  est  intitulé  IIpô; 
'AaTpoXdyoyç.  Voy.  la  réédition  Sexti  Empirici  opéra,  gr.  et  lat. 
de  lo.  Albertus  Fabricius,  Lipsiae,  1842,  t.  II,  pp.  208-237  (pp.  338- 
335  H.  Estienne). 

V.  Manéthon.  —  Sous  le  nom  de  Manéthon,  contemporain  des  deux 

premiers  Lagides,  nous  avons  une  compilation  versifiée  d'  'Ako- 
xeXeaiJLaTi  xot,  à  la  fois  pseudépigraphe  et  apocryphe,  car  le  pré- 
tendu Manéthon  est  censé  avoir  puisé  èÇ  àSûxtov  Upûv  jîî6Xwv  xal 
xpuçtiAwv  airiXwv  (V,  1  sqq.),  archives  qui  contenaient  les  ensei- 
gnements d'Hermès,  Asklépios  et  Pétosiris.  On  pense  que  c'est 
l'œuvre  de  plusieurs  auteurs,  dont  le  plus  ancien  (livres  II,  III, 
VI)  vivait  au  temps  d'Alexandre  Sévère.  Les  éditions  de  A.  Kœchly 
étant  incommodes  à  cause  du  remaniement  arbitraire  de  l'ordre 
des  livres,  je  me  suis  servi  de  l'édition  de  Axt  et  Riegler,  Mane- 
thonis  Apotelei^maticorum  libri  sex,  Coloniae  ad  Rhenum,  1832. 

VI.  Vettius  Valens.  —  On  connaît  plusieurs   personnages  du  nom  de 

Vettius  Valens,  médecins  et  astrologues,  dont  le  plus  ancien 
était  un  contemporain  de  Varron,  augurio  non  ignobilem  (Censo- 
rin.,  17, 13),  le  plus  récent,  un  astrologue  consulté,  dit-on,  lors  de 
la  fondation  de  Constantinople  (Fabric,  op.  cit.,  p.  143).  Comme 
l'auteur  dont  il  est  ici  question  représente  la  tradition  péto- 
siriaque,  indépendante  de  Ptolémée,  l'opinion  commune,  depuis 
Scaliger  jusqu'à  E.  Riess,  le  place  au  temps  d'Hadrien.  Mais 
les  motifs  sont  faibles  :  Firmicus  relève  également  de  Pétosiris, 
et  personne  ne  croira  que,  comme  on  l'a  dit,  Constantin  ait  été 
empêché  par  sa  foi  chrétienne  de  consulter  un  astrologue.  Du 
reste,  nous  aurions  maintenant  la  preuve  que  Valens  est  posté- 
rieur à  Ptolémée,  puisqu'il  le  cite,  si  l'on  pouvait  se  fier  à  un 
extrait  de  Valens  où  il  est  question  des  Turcs  {Cod.  Florent., 
p.  139-140).  Je  trouve  donc  fort  acceptable  l'opinion  de  Saumaise 
(p.  333),  qui  fait  de  Valens  un  contemporain  de  Constantin.  Il  est 
douteux  que  nous  ayons,  dans  l'opuscule  intitulé  Anthologies  (des 
fleurs  d'arithmétique  !)  autre  chose  que  des  extraits.  Certains  cha- 
pitres commencent  par  la  mention  :  £x  i:wv  OùàXsvTOî.  La  Bi- 
bliothèque Nationale  en  possède  deux  manuscrits  (Suppl.  grec, 
n»»  330  A  et  B),  dont  un  (A)  de  la  main  de  Huet  (qui  se  plaisait 
peut-être  à  reconnaître  un  homonyme  dans  Oùétio;),  sous  le  titre  : 

OÙ£TÎou  OùotXsvTOç  Toîï  'AvT'.oysw;  'AvOoXc.Y'«5^v  libri  VIII. 

J'ai  renoncé  à  exploiter  à  fond  cet  ouvrage,  tout  en  casuis- 
tique sans  idées  et  en  problèmes  d'arithmétique  que  l'incertitude 
des  sigles  et  des  chiffres  rend  le  pLus  souvent  inintelligibles;  je 
me  suis  contenté  en  général  des  passages  cités  par  Saumaise  et 
par  Riess  (dans  les  fragments  de  Néchepso),  de  peur  d'aller  contre 
mon  but,  qui  est  de  saisir  l'ensemble  et  la  raison  d'être  des  doc- 
trines astrologiques. 

VII.  JuLius  FiRMiGUs  Maternus.  —  L'homonymie  de  cet  auteur  et  de  son 


XIV  BIBLIOGRAPHIE 

contemporain  le  polémiste  chrétien,  auteur  du  De  errore  profa- 
narum  religionum,  l'un  et  l'autre  écrivant  sous  le  règne  de  Cons- 
tance, est  un  problème  d'histoire  littéraire  non  résolu  encore. 
Les  éditions  du  xvi«  siècle  (de  1497  à  1551)  sont  toutes  corrigées 
et  interpolées.  Celle  dont  je  me  suis  servi  (pour  les  quatre  der- 
niers livres  seulement)  est  la  première  des  deux  (1533  et  1551) 
de  N.  Pruckner  : 

Juin  Firmici  Materni  Junioris  V.  C.  ad  Mavortium  Lollianum 
AstronomicSi^  libri  VIII per  Nicolaum  Prucknerum  astrologum  nuper 
ah  innumeris  menais  vindicati.  Basileae,  MDXXXIII,  244  pp.  fol. 

Les  philologues  ont  enfin  tourné  leur  attention  vers  cet  auteur 
oublié.  Les  quatre  premiers  livres  ont  paru  en  1894,  dans  la  Bill, 
scr.  graec.  et  rom.  Teubneriana,  recensés  par  C.  Sittl,  et  une  autre 
édition  (des  mêmes  livres)  par  W.  Kroll  et  F.  Skutsch,  dans  la 
même  collection  (Lips,  1897),  remplacera  avec  avantage  la  précé- 
dente. Les  nouveaux  éditeurs  ont  rendu  à  l'ouvrage,  le  plus  volu- 
mineux que  nous  possédions  sur  la  matière,  son  titre  exact  de 
Matheseos  libri  VIII.  Dépourvu  de  toute  critique,  le  livre  de  Fir- 
micus,  qui  représente  la  tradition  «  égyptienne  »,  indépendante 
ou  à  peu  près  de  Ptolémée,  est  précieux  à  ce  titre  et  en  raison 
même  de  la  médiocrité  intellectuelle  du  compilateur.  Firmicus 
nous  donne  lui-même  la  recette  de  son  pot-pourri  :  Omnia  enim 
quae  Aesculapio  Mercuriiis  et  Anubis  (?)  tradiderunt,  quae  Petosiris 
explicavit  et  Nechepso,  et  quae  Abram,  Orpheus  et  Critodemus  edide- 
runt  ceterique  omnes  hujus  artis  scii...  perscripsimus  (lib.  IV,  Praef.). 
Son  but  a  été,  dit-il,  de  combler  dans  la  littérature  latine  la  seule 
lacune  qui  y  existât  encore . 

VIU.  HÉPHESTioN  DE  Thèbes.  —  Cet  auteur,  de  personnalité  inconnue  — 
probablement  Égyptien  de  Thèbes  —  paraît  avoir  écrit  sous  le 
règne  de  Théodose  un  traité  riepl  xaxap-/ wv  en  trois  livres, 
dont  les  deux  premiers  résument  librement,  avec  nombreuses 
variantes,  la  Tétrabible  de  Ptolémée,  et  le  troisième  est  consacré 
à  la  méthode  des  xatap/ai  proprement  dites.  Le  premier  livre  a 
été  publié,  d'après  les  manuscrits  de  notre  Bibliothèque  Natio- 
nale (241 7, 2841,  2415),  avec  prolégomènes  et  table  des  chapitres  de 
l'ouvrage  entier,  par  A.  Engelbrecht,  Hephaestion  von  Theben  und 
sein  astrologisches  Compendium.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  der 
griechischen  Astrologie.  Wien,  1887.  L'état  déplorable  de  l'unique 
manuscrit  complet  (n»  2417)  a  sans  doute  découragé  l'éditeur  de 
ce  texte  utilisé  jadis  par  Saumaise.  Cependant,  je  crois  savoir 
qu'un  de  nos  plus  intrépides  paléographes,  M.  Ch.-Ém.  Ruelle, 
a  entrepris  de  nous  rendre  l'œuvre  d'Héphestion. 

IX.  Paul  d'Alexandrie.  —  Vers  le  même  temps  (règnes  de  Gratien  et 
Théodose),  Paul  d'Alexandrie  écrivait  à  l'usage  de  son  fils  Kron- 
ammon,  et  en  disciple  éclectique  de  Ptolémée,  un  opuscule  dont 
il  existe  une  seule  édition  avec  traduction  latine  : 


BIBLIOGRAPHIE  XV 

Pauli  Alexandrini  EiaaywYT)  zU  tt^v  àroxcXîdixaxixTjv  (Ru- 
dimenta  in  doctrinam  de  prsedictis  natalitiis),  éd.  Andr.  Schato, 
Witebergae,  1386. 

L'ouvrage  n'ayant  point  de  pagination,  j'ai  pris  le  parti,  ne  vou- 
lant pas  citer  tout  au  long  les  titres  des  chapitres,  de  citer  les 
folios.  Au  texte  de  Paul,  Schato  ou  Schaton  a  joint  des  scolies  de 
facture  chrétienne,  datant  du  moyen  âge. 
X.  Textes  divers.  —  Nous  ne  connaissons  guère  que  les  noms  et 
quelques  rares  fragments  d'une  foule  d'auteurs  de  traités  d'astro- 
logie, en  vers  et  en  prose  :  les  Thrasylle,  Dorothée  de  Sidon, 
Annubion,  Hipparque  (antérieurs  à  Firmicus),  Odapsos,  Antiochus 
d'Athènes,  Protagoras  de  Nicée,  Antigone  de  Nicée,  Apollonius 
de  Laodicée,  Apollinarius  (antérieurs  à  Héphestion,  à  Paul 
d'Alexandrie  et  aux  scoliastes  de  Ptolémée).  Héphestion  nous  a 
conservé  à  lui  seul  plus  de  trois  cents  vers  de  Dorothée  de  Sidon, 
son  guide  principal  pour  les  xaTapyaî.  Cf.  quatre  fragments  de 
Dorothée  et  un  d'Annubion  à  la  fin  du  Manéthon  de  Kœchly 
(Lips.,  I808,  pp.  H3-H7). 

D'autres  fragments  d'auteurs  non  moins  inconnus  ont  été 
publiés  par  A.  Ludwich,  Maximi  et  Ammonis  carminiim  de  actio- 
num  auspiciis  (traduction  du  titre  IIspl  xaxapy  wv)  reliquiae.  Accedunt 
Anecdota  astrologica.  Lips.,  1877, 126  pp.  in-12.  Un  opuscule  parti- 
culièrement intéressant,  comme  traitant  de  l'astrologie  théorique 
au  point  de  vue  platonicien  et  chrétien,  est  le  dialogue  : 

Anonymi  chmtiani  Hermippus  de  Astrologia  dialogus  (libri  II), 
édité  d'abord  par  0.  D.  Bloch  (Havniae,  1830),  en  dernier  lieu, 
par  G.  Kroll  et  P.  Viereck,  Lips.,  1895. 

Les  papyrus  égyptiens  nous  fournissent  des  documents  tech- 
niques, des  thèmes  de  géniture,  dont  quelques-uns  antérieurs  à 
Ptolémée.  Publiés  sous  divers  noms,  au  fur  et  à  mesure  de  leur 
découverte,  ils  sont  maintenant  réunis  dans  le  premier  volume 
des  Ch'eek  Papijri  in  the  British  Muséum  :  Catalogue,  with  texts, 
edited  by  F.  G.  Kenyon,  London,  1893.  (Un  second  volume,  paru 
en  1898,  ne  contient  pas  de  textes  astrologiques).  Ce  sont,  par 
ordre  de  date  présumée  : 

lo  Le  papyrus  CXXX(pp.  132-139),  inédit  avant  Kenyon,  daté 
de  l'an  III  de  Titus  (81  p.  Chr.).  Thème  de  géniture  de  Titus  Pite- 
nius,  précédé  d'une  exhortation  à  rester  fidèle  aux  règles  des 
anciens  Égyptiens. 

2°  Le  papyrus  XCVIII  recto  (pp.  126-130),  —  au  verso  1'  'Emxi- 
«piov  d'Hypéride,  —  dont  la  date  oscille  entre  93  et  153  p.  Chr.; 
thème  de  géniture  publié  et  commenté  par  C.  W.  Goodwin  dans 
les  Mélangea  Êgyptologiques  de  F.  Chabas,  2«  série,  pp.  294-323 
(Chalon-sur-Saône,  1864);  de  nouveau  par  C.  Wesselj  (Denkschr. 
der  Wiener  Akad.  Phil.-Hist.  Cl.,  XXXVI,  2  [1888],  pp.  150-152). 
3°  Le  papyrus  CX  (pp.  130-132)  :  thème  de  géniture  d'Auubion 


BIBLIOGRAPHIE 

lils  de  Psansnois,  de  l'an  I  dAntonin  (138  p.  Chr.),  publié  par 
W.  Brunet  de  Presle  [Notices  et  Extraits  des  mss.,  XVIII,  2  [1865], 
pp.  236-238)  d'après  une  autre  copie,  et  par  C.  Wessely  (op.  cit.^ 
pp.  1S2-153). 

Les  renseignements  à  tirer  des  zodiaques  égyptiens  ou  gréco- 
égyptiens,  étudiés  par  Letronne  et  Lepsius,  sont  maintenant 
réunis  dans  le  tome  P""  du  Thésaurus  Inscriptionum  Aegypti,  par 
H.  Brugsch.  I.  Astronomische  und  astrologische  Inschriften  (pp.  1- 
194),  Leipzig,  1883.  II.  Kalendarische  Inschriften  altàgyptischer 
Denkmàler  (pp.  195-530),  Leipzig,  1883.  III.  Geographische  Inschrif- 
ten altàgyptischer  Denkmàler  (pp.  531-618),  Leipzig,  1884.  ^  part 
les  listes  de  décans,  qui  ont  permis  de  contrôler  celle  d'Héphes- 
tion,  publiée  par  Saumaise,  ces  monuments  ne  fournissent  aucun 
appoint  à  nos  connaissances  en  fait  de  théories  astrologiques. 
J'en  dirai  autant  des  zodiaques  gréco-romains,  comme  celui  de 
Palmyre,  le  Globe  Farnèse,  le  Planisphère  de  Bianchini  (voy. 
Vindex)  et  ceux  que  l'on  rencontre  sur  les  médailles.  Ce  sont  des 
œuvres  d'ornemanistes,  incompétents  en  matière  de  doctrine. 
L'étude  de  l'astrologie  n'a,  je  crois,  rien  à  attendre  ni  de  l'archéo- 
logie, ni  de  la  numismatique,  ni  de  l'épigraphie.  La  théorie 
n'était  pas  à  la  portée  du  public,  et  la  pratique  ne  cherchait  pas 
le  grand  jour.  Tout  au  plus  trouvera-t-on  çà  et  là  l'occasion  de 
formuler  quelques  conjectures  intéressant  l'histoire  de  l'astro- 
logie, à  propos  d'oeuvres  d'art  pouvant  être  considérées  comme 
des  thèmes  de  géniture  traduits  par  le  ciseau  ou  le  pinceau. 

Les  ouvrages  où  il  est  question  incidemment  de  l'astrologie, 
comme  les  Philosophiimena  dits  d'Origène  (connus  aussi  sous  le 
titre  :  Hippolyti  Refutatio  haeresium),  la  Préparation  Êvangélique 
d'Eusèbe,  etc.,  n'ont  pas  droit  de  figurer  ici.  Inutile  aussi  de 
cataloguer  les  fragments,  hermétiques  et  autres,  publiés  par 
le  cardinal  J.-B.  Pitra  dans  la  seconde  partie  du  tome  V  des 
Analecta  sacra  et  classica  Spicilegio  Solesmensi  parata  (Paris  et 
Rome,  1888),  qui  m'ont  pourtant  fourni  un  notable  appoint  de 
renseignements. 

C'est  au  moyen  âge  byzantin  qu'appartiennent  les  compilations 
inédites,  astrologiques  et  magiques,  qui  sommeillent  encore 
dans  les  bibliothèques,  et  dont  un  certain  nombre  figurent  dans 
les  relevés  bibliographiques  de  K.  Krumbacher.  Les  productions 
pseudépigraphes  y  pullulent.  Le  plus  volumineux  peut-être  de 
ces  recueils  est  le  ms.  2419  (xvc  siècle,  342  fol.)  de  la  Biblio- 
thèque Nationale,  dont  Engelbrecht  {op.  cit.,  pp.  16-20)  a  publié  la 
table  des  matières.  L'àTtoTsXsaaaTixTj  ;:paY[xaT£(a  du  pseudo-Etienne 
d'Alexandrie  a  été  publiée  par  H.  Usener,  De  Stephano  Alexan- 
drino.  Bonnae,  1880.  M.  Fr.  Cumont  {Rev.  de  Vlnstr.  puhl.  en  Bel- 
gique, XL  [1897],  pp.  1-9)  signale  à  l'attention  un  manuscrit 
(Angelicanus)en  149  chapitres,  manuel  d'astrologie  pratique,  com- 


BIBLIOGRAPHIE  XVII 

pilé  par  rastroloj^ue  Palchos  (voy.  ci-après,  ch.  xiv)  à  la  fin  du 
v«  siècle.  Depuis,  M,  Fr.  Gumont  a  fait  mieux  et  plus.  Il  a  entre- 
pris un  inventaire  général  de  tous  les  manuscrits  astrologiques 
de  langue  grecque,  avec  l'intention  d'en  former  ensuite  un  Corpus 
astrologique.  Pour  mener  à  bien  cette  tâche,  il  s'est  adjoint  des 
collaborateurs  dont  quelques-uns,  comme  MM.  Fr.  Boll  et 
W.  Kroll,  avaient  déjà  tourné  spontanément  du  même  côté  leur 
curiosité  scientifique.  Le  premier  volume  ou  fascicule  du  Catalo- 
gua aatrologonim  graecorum,  comprenant  les  Codices  Florentinos 
dépouillés  par  A.  Olivieri,  vient  de  paraître  (Bruxelles,  1898), 
et  je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Gumont  d'avoir  pu  tirer  quelque 
parti,  au  cours  de  l'impression  de  mon  livre,  des  extraits  publiés 
dans  VAppendix  (pp.  77-173).  J'espère  que,  en  retour,  mon 
travail  ne  sera  pas  inutile  aux  vaillants  éditeurs  du  Catalogue  et 
qu'il  les  dispensera  plus  d'une  fois  de  recourir  à  Scaliger  ou  à 
Saumaise. 

Comme  j'ai  cherché  à  tracer  une  ligne  de  démarcation  entre  l'astro- 
logie grecque  et  l'astrologie  arabe,  je  crois  devoir  indiquer  les  traités 
arabes  qui  étaient  mis  par  des  traductions  latines  à  la  portée  des  astro- 
logues du  xvi"  siècle  et  où  ceux-ci  ont  puisé  de  quoi  embrouiller  et  con- 
taminer les  traditions  authentiquement  grecques.  Ce  sont  : 

1»  A  la  suite  du  Firmicus  de  N.  Pruckner  : 

Hermetisvetustmimi  astrologi  centiim  Aphorismorum  liber  (pp.  85- 
89).  Origine  inconnue. 

Bethem  Centiloquium  (pp.  89-93).  —  De  horis planetarum  (pp.  110- 
112). 

Almansoris  astrologi propositiones  ad  Saracenorum  regem  (pp.  93- 
110). 

Zahelis  de  electionibus  liber  (pp.  112-114). 

Messahallach  de  ratione  circuli  et  stellarum,  et  qualiter  operantur 
in  hoc  seculo  (pp.  115-118). 

De  nativitatibus  secundum  Omar,  libri  III  (pp.  118-141). 

2o  Dans  l'édition  des  scoliastes  de  Ptolémée,  par  H.  Wolf  : 

Hermetis  philosophi  de  Revolutionibus  nativitatum  libri  II,  incerto 
interprète  (pp.  205-279). 

3°  Albohali  Arabis  astrologi  antiquissimi  ac  clarissimi  de  Judicih 
Nativitatum  liber  unus.  Noribergae,  1549. 

4°  En  deux  éditions  successives  (Basileae,  1550  et  1571),  Alboha- 
zen  Haly  filil  Abenragel,  scriptoris  Arabici,  de  judiciis  astrorum  libri 
octo,  etc.  Accessit  huic  operi  hac  demum  editione  (celle  de  1571) 
compendium  duodecim  domorum  cœlestium...  ex  Messahalla,  Aomare, 
Alkindo,  laele,  Albenait,  Dorotheo,  lergi,  Aristotele  et  Ptolemxo... 
collectum,  authore  Petro  Liechtenstein. 

5"  Dans  le  Spéculum  Astrologiae  de  Fr.  Junctinus,  tome  I,  des 
extraits  et  analyses   de  tous  les   auteurs  orientaux    connus   à 


XVIII  BIBLIOGRAPHIE 

l'époque,  surtout  d'Albubaler,  que  Junctinus  appelle  aller  Ptole- 
mwus,  Abenragel  et  Albohaly.  C'est  le  fatras  le  plus  rebutant 
qu'on  puisse  imaginer,  mais  aussi  le  plus  propre  à  faire  jugerde 
l'état  du  cerveau  d'un  astrologue  de  la  Renaissance.  Les  Arabes 
sont  aussi  largement  exploités  dans  les  Apotelesmata  Astrologiœ 
chmtianœ,  nuper  édita  a  Magistro  Petro  Ciruelo  Darocensi.  Com- 
plut! (Alcala  de  Henares),  1521 . 
Pour  les  travaux  modernes  sur  l'astrologie  grecque,  il  n'y  a  à  peu 
près  rien  à  signaler  depuis  le  livre  classique  de  Saumaise,  le  premier 
—  après  le  commentaire  de  Scaliger  sur  Manilius  —  et  le  dernier  effort 
de  l'érudition  indépendante,  s'exerçant  à  comprendre  l'astrologie  sans 
y  croire  et  sans  se  proposer  pour  but,  ou  pour  but  principal,  de  la  réfuter. 

Cl.  Salmasii  De  annis  climactericis  et  antiqua  Astrologia  diatri- 
hx,  Lugd.  Batav.,  1648  (128  pp.  in-12  de  prolégomènes,  non  pagi- 
nées, et  844  pp.  de  texte  continu,  encombré  de  citations,  sans  un 
alinéa). 

Je  n'enregistre  que  pour  mémoire  le  livre  d'Alfred  Maury,  La  Magie  et 
l'Astrologie  dans  Vantiquité  et  au  moyen-âge,  Paris,  1860,  tout  en  aperçus 
rapides,  dispersés  à  travers  l'histoire  universelle  et  sur  des  sujets  con- 
nexes, où  l'astrologie  n'entre  que  pour  une  part  minime  et  vue  unique- 
ment par  le  dehors.  L'ouvrage  de  J.-B.  Friedreich,  Die  Weltkôrper  in 
ihrer  mythisch-symbolischen  Bedeutung.  Wurzburg,  1864,  qui  butine  dans 
le  domaine  indéfini  de  la  mythologie  comparée,  est  d'une  médiocre 
utilité  pour  qui  veut,  au  contraire,  distinguer,  limiter,  préciser.  Il  n'y 
est,  du  reste,  pas  question  de  divination,  mais  seulement  de  ce  qu'on 
pourrait  appeler  les  rudiments  ou  les  alentours  de  l'astrologie.  On 
revient  à  l'astrologie  proprement  dite  avec  les  essais  récents,  esquisses 
sommaires  plutôt  qu'études  entrant  dans  le  sujet,  de  : 

Albin  Hàbler,  Astrologie  im  Alterthum,  Gymn.  Progr.  Zwickau, 
4879,  38  pp.  4o. 

A.  Bouché-Leclercq,  Histoire  de  la  Divination  dans  l'antiquité, 
t.  I,  pp.  205-257.  Paris,  1879. 

E.  Riess,  art.  Astrologie  in  Pauly-Wissowa,  Real-Encyclopàdie 
der  classischen  Alterthumswissenschaft,  t.  II  [Stuttgart,  1896], 
pp.  1802-1828. 

Il  y  a  peu  de  profit  scientifique  à  tirer  des  traités  d'astrologie,  écrits 
par  des  croyants  et  pour  l'usage  pratique,  dont  j'ai  constaté  après  coup, 
—  c'est-à-dire  durant  l'impression  de  mon  livre  (cf.  ci-après,  p.  573,  2)  — 
et  non  sans  surprise,  la  publication  de  date  toute  récente  :  Abel  Haatan, 
Traité  d'astrologie  judiciaire,  2"  édit.,  Paris,  1895,  et  Fomalhaut,  Manuel 
d'astrologie  sphérique  et  judiciaire.  Paris,  1897.  Le  premier  de  ces  ouvra- 
ges est  tout  imbu  d'occultisme;  l'autre,  tout  en  tables  et  calculs  mathé- 
matiques, accommodés  au  goût  du  jour  par  des  exemples  comme  les 
thèmes  de  nativité  du  général  Boulanger,  du  Comte  de  Paris,  du  pré-- 


BIBLIOGRAPHIE 


XIX 


sident  Carnot  (dont  la  mort  a  été,  parait-il,  prédite  en  i892),  et  des 
conseils  rétrospectifs  ou  actuels  aux  deux  successeurs  du  regretté  pré- 
sident. Ces  Pétosiris  attardés  écrivent  pour  une  clientèle  qui  ne  se 
soucie  guère  plus  des  sources,  de  l'origine  et  de  l'enchaînement  des 
théorèmes,  que  celle  du  «  docteur  Ely  Star  ».  Les  noms  d'étoiles  dont 
ils  s'affublent  ne  garantissent  pas  plus  leur  science  que  leur  foi. 

Je  renonce  à  empiéter  sur  le  domaine  des  paléographes,  en  donnant 
ici  les  diverses  formes  des  sigles  astrologiques  qui  remplacent  trop 
souvent  dans  les  manuscrits  les  noms  des  signes,  planètes  et  «  sorts  », 
ou  des  abréviations  et  ligatures  qui  représentent  les  noms  des  quatre 
«  centres  »  du  Zodiaque.  L'emploi  de  cette  espèce  de  sténographie  a  été 
la  principale  cause  de  l'altération  des  textes.  Il  ne  me  paraît  pas  utile 
non  plus  de  disserter  sur  l'origine  mal  connue  de  ces  sigles,  fabriqués, 
comme  les  hiéroglyphes  égyptiens,  par  simplification  de  dessins  repré- 
sentant les  figures  zodiacales  ou  les  attributs  des  planètes.  Pour  celles- 
ci,  je  me  contente  volontiers  de  l'explication  courante,  qui  assimile  î) 
à  la  faux  de  Saturne,  :f  à  la  première  lettre  du  nom  de  Zeus  ou  à  un 
symbole  de  la  foudre,  (5*  9  et  ^  à  des  disques,  l'un  traversé  par  la 
lance  de  Mars,  l'autre  muni  d'un  manche,  comme  le  miroir  de  Vénus, 
le  troisième  surmonté  du  caducée  de  Mercure.  Je  me  borne  donc  à  inter- 
préter les  sigles  et  abréviations  employés  dans  cet  ouvrage. 


Signes  du  Zodiaque. 

T.  Bélier  [Kpiôi-Ai'ios). 

^f.  Taureau  {Txvpoi-Taurus). 

n.  Gémeaux  (A(5u|jioi-Gemwi). 

§.  Cancer  (Kapxivoî-Cance?'). 

Si.  Lion  (AÉuv-Leo). 

nj.  "Vierge  {Ïl^p^évo^-Virgo). 

A.  Balance  (XTi'Xaî-Zuyôî-tiôra). 

ni.  Scorpion  [I^-MpTcio^-Scorpùis]. 

^.  Sagittaire  {To\6'zri<;-Sagittarius). 

'i>.  Capricorne     [Kl'^ôt.zptù^-Capricor 

nus). 
s=.  Verseau  {'Ylpay oo^- Aquarius). 
){.  Poissons  ('lyôûsî-Pwce*). 


Planètes. 

Luminaires  (ta  spôixa)  : 
O.  Soleil  ("HX'.oî-Soi). 
(C-  Lune  (SeXirivTi-Lima). 

Planètes  proprement  dites  : 

ï).  Saturne  (4>aiva)v-Kpôvoî-Sa<«r«i«). 
"if.  Jupiter  (<ï>a£6wv-Zeûî-Jî/pi/er). 
C^.  Mars  (nupôetî-'Ap-nî-Mar*). 
Ç.  Vénus  (*wa'.pôpoç-'Ewcjçp6poî-''EiJir:- 

po?-'Aœpo5tTT,-FenM5). 
"^ .  Mercure  (SxiXêwv  -  'Ep  [xf,;  -  Mercu- 
rius). 


Autres  sigles  ou  abréviations. 

Hor.  —  Horoscope  (ûpouxÔTto;  ou  wpov6jxoî  [wpa  ou  [ioïpa]-ivaTo>»T,-  ascendens). 

Occ.  —  Occident  (oûaii;  -  occidens). 

.MC.  —  Culraination  supérieure,  passage  au  méridien  (jisaoupivTitia  -  médium 

caelum) . 
IMC.  —  Culraination    inférieure    (àvTt[jiôaoupâv7i;jLa  -  ûirÔYeiov  -  imum   médium 

caelum). 
f).  —  Nœud  ascendant  de  l'orbite  lunaire  (àvaS-.êocÇwv)  ou  Tête  du  Dragon 

[Caput  Draconis). 
(j.  —  Nœud  descendant  (xaxï6t6iî;a)v)  ou  Queue  du  Dragon  {Capul  Draconis). 
©.  —  Sort  de  la  Fortune. 


XX  BIBLIOGRAPHIE 

Les  sigles  des  aspects  ne  se  trouvent  que  dans  les  figures  y  affé- 
rentes, ainsi  que  celui  du  «  sort  du  Génie  ».  Pour  les  diverses  formes 
des  sigles  sus-mentionnés  et  pour  les  abréviations  paléographiques, 
consulter  le  fac-similé  photographique  des  Abréviations  grecques  copiées 
par  Ange  Politien,  par  H.  Omont  (Revue  des  Études  grecques,  VII  [1894], 
p.  81-88).  Les  sigles  des  «  nœuds  »  y  sont  inverses  de  ceux  inscrits  ci- 
dessus  ;  ils  indiquent  l'hémicycle  d'où  so7't  l'astre  supposé  au  nœud,  au 
lieu  de  celui  où  il  va  entrer.  L'usage  a  dû  varier  sur  ce  point,  prêtant 
ainsi  aux  confusions  :  en  attendant  que  les  paléographes  le  fixent,  j'ai 
suivi  l'usage  adopté  par  le  Bureau  des  Longitudes.  Quant  aux  figures 
insérées  dans  le  texte,  elles  n'ont  été  empruntées  ni  aux  manuscrits, 
ni  (sauf  la  fig.  41)  à  ce  qu'on  appelle  les  monuments  figurés.  Ce  sont  des 
tracés  schématiques  servant  à  la  démonstration  et  dont  —  une  fois  la 
part  faite  à  VAtlas  coelestis  de  Flamsteed  pour  les  signes  du  Zodiaque 
(cf.  p.  130,  1)  — je  suis  entièrement  responsable.  Je  les  ai  dessinés  à 
mon  gré  et  moi-même,  heureux  d'être  affranchi  par  la  zincographie  de 
toute  transcription  intermédiaire. 

L'abondance  des  notes  n'effraiera,  je  suppose,  que  des  lecteurs  aux- 
quels ce  livre  n'est  pas  destiné.  On  appelle  volontiers  indigestes,  à  pre- 
mière vue,  des  ouvrages  dont  l'auteur  a  pris  la  peine  de  trier  soigneu- 
sement ses  matériaux  et  de  rejeter  en  dehors  de  l'exposé  didactique  les 
citations,  remarques,  discussions  et  considérations  accessoires,  pour 
lui  conserver  à  la  fois  sa  netteté  et  ses  preuves.  VIndex  permettra  de 
retrouver  les  idées  et  les  faits  entassés  dans  les  fondations  de  l'édifice, 
à  l'usage  de  ceux  qui  voudront  juger  par  eux-mêmes  de  sa  solidité. 
Quant  au  plan,  j'ai  cru  devoir  renoncer  aux  divisions  et  subdivisions 
logiques,  livres,  parties,  sections,  etc.,  qui,  par  souci  excessif  de  la 
clarté,  vont  contre  le  but.  Le  lecteur  distinguera  aisément,  sans  tant 
d'étiquettes,  les  Prolégomènes  (ch.  i-m),  V Astrologie  proprement  dite  ou 
description  du  mécanisme  céleste  (ch.  iv-xi  [pp.  327-347]),  VApotélesma- 
tique  ou  divination  astrologique  (ch.  xi  [pp.  348-371  ]-xv),  et  ['Épilogue 
historique  (ch.  xvi). 

J'ai  plaisir,  avant  de  poser  la  plume,  à  remercier  ceux  qui  ont  faci- 
lité et  parfois  guidé  mes  recherches  :  le  Conservateur  de  la  Biblio- 
thèque de  l'Université,  M.  J.  de  Ghantepie,  à  qui  j'ai  dû  plus  d'une 
indication  opportune,  et  M.  Ém.  Châtelain,  qui,  à  la  Bibliothèque 
comme  à  l'École  des  Hautes-Études,  est  l'obligeance  même. 


CHAPITRE   PREMIER 


LES  PRECURSELKS 


L'astrologie  est  une  religion  orientale  qui,  transplantée  en 
Grèce,  un  pays  de  «  physiciens  »  et  de  raisonneurs,  y  a  pris  les 
allures  d'une  science.  Intelligible  en  tant  que  religion,  elle  a  em- 
prunté à  l'astronomie  des  principes,  des  mesures,  des  spécula- 
tions arithmétiques  et  géométriques,  intelligibles  aussi,  mais 
procédant  de  la  raison  pure,  et  non  plus  du  mélange  complexe 
de  sentiments  et  d'idées  qui  est  la  raison  pratique  des  religions. 
De  l'emploi  simultané  de  ces  deux  façons  de  raisonner  est  issue 
une  combinaison  bâtarde,  illogique  au  fond,  mais  pourvue  d'une 
logique  spéciale,  qui  consiste  en  l'art  de  tirer  d'axiomes  imagi- 
naires, fournis  par  la  religion,  des  démonstrations  conformes  aux 
méthodes  de  la  science. 

Cette  combinaison,  qu'on  aurait  crue  instable,  s'est  montrée,  au 
contraire,  singulièrement  résistante,  souple  et  plastique  au  point 
de  s'adapter  à  toutes  les  doctrines  environnantes,  de  flatter  le 
sentiment  religieux  et  d'intéresser  encore  davantage  les  athées. 
Quoique  inaccessible  au  vulgaire,  qui  n'en  pouvait  comprendre 
que  les  données  les  plus  générales,  et  privée  par  là  du  large 
appui  des  masses  populaires,  attaquée  même  comme  science, 
proscrite  comme  divination  et  aussi  comme  magie,  anathéma- 
tisée  comme  religion  ou  comme  négation  de  la  religion,  l'astro- 
logie avait  résisté  à  tout,  aux  arguments,  aux  édits,  aux  ana- 
thèmes  :  elle  était  même  en  train  de  refleurir,  à  la  Renaissance, 
accommodée  —  dernière  preuve  de  souplesse  —  aux  dogmes 
existants,  lorsque  la  terre,  on  peut  le  dire  à  la  lettre,  se  déroba 
sous  elle.  Le  mouvement  de  la  Terre,  réduite  à  l'état  de  planète, 
a  été  la  secousse  qui  a  fait  crouler  l'échafaudage  astrologique,  ne 
laissant  plus  debout  que  l'astronomie,  enfin  mise  hors  de  tutelle 
et  de  servante  devenue  maîtresse. 

I 


2  CHAP.   I.  LES    PRÉCURSEUKS 

C'est  en  Grèce  que  l'âme  orientale  de  l'astrologie  s'est  pourvue 
de  tous  ses  instruments  de  persuasion,  s'est  imprégnée  de  philo- 
sophie et  cuirassée  de  mathématiques.  C'est  de  là  que,  merveille 
pour  les  uns,  objet  de  scandale  pour  les  autres,  mais  préoccu- 
pant les  esprits,  accablée  des  épithètes  les  plus  diverses  et  assez 
complexe  pour  les  mériter  toutes  à  la  fois,  elle  a  pris  sa  course 
à  travers  le  monde  gréco-romain,  prête  à  se  mêler  à  toutes  les 
sciences,  à  envahir  toutes  les  religions,  et  semant  partout  des 
illusions  qu'on  put  croire  longtemps  incurables. 

Il  ne  fallut  pas  beaucoup  plus  d'un  siècle  pour  transformer 
l'astrologie  orientale  en  astrologie  grecque,  celle-ci  infusée  dans 
celle-là  et  gardant  encore,  comme  marque  d'origine,  le  nom  de 
«  chaldéenne  »  ou  égyptienne.  C'est  que,  introduite  dans  le  monde 
grec  par  le  prêtre  chaldéen  Bérose,  vers  le  commencement  du 
m""  siècle  avant  notre  ère,  l'astrologie  orientale  y  trouva  un  ter- 
rain tout  préparé  par  une  lignée  de  précurseurs.  Elle  prit  racine 
dans  une  couche  préexistante  de  débris  intellectuels,  de  doctrines 
hâtivement  édifiées,  rapidement  pulvérisées  par  le  choc  d'autres 
systèmes,  et  qui,  impuissantes  à  asseoir  une  conception  scienti- 
fique de  l'univers,  s'accordaient  pourtant  à  reconnaître  certains 
principes  généraux,  soustraits  à  la  nécessité  d'une  démonstration 
par  une  sorte  d'évidence  intrinsèque,  assez  vagues  d'ailleurs  pour 
servir  à  relier  entre  elles  les  parties  les  plus  incohérentes  de 
l'astrologie  déguisée  en  science.  Ces  principes  peuvent  se  rame- 
ner, en  fin  de  compte,  à  celui  qui  les  contient  tous,  l'idée  de 
l'unité  essentielle  du  monde  et  de  la  dépendance  mutuelle  de 
ses  parties. 

Les  précurseurs  de  l'astrologie  grecque  sont  tous  des  philo- 
sophes. Il  est  inutile  de  perdre  le  temps  à  constater  qu'il  n'y  a 
pas  trace  d'astrologie  dans  Homère,  et  le  moment  n'est  pas  venu 
de  montrer  que  le  calendrier  des  jours  opportuns  ou  inoppor- 
tuns dressé  par  Hésiode  ne  relève  pas  non  plus  de  la  foi  dans 
les  influences  sidérales.  Nous  considérons  comme  aussi  inutile 
d'agiter  la  question,  présentement  insoluble,  de  savoir  dans 
quelle  mesure  nos  philosophes  dépendaient  de  traditions  orien- 
tales, puisées  par  eux  aux  sources  ou  circulant  à  leur  insu 
autour  d'eux. 


THALES    DE    MILET 


LES   PUYSICIENS 


Ce  qu'on  sait  de  Thaïes  se  réduit,  en  somme,  à  peu  de  chose. 
Son  nom,  comme  ceux  des  autres  ancêtres  de  la  science  ou  de 
la  foi,  a  servi  d'enseigne  à  des  fabricants  d'écrits  apocryphes  *  et 
de  légendes  ineptes.  Ces  gens-là  ne  manquaient  pas  de  remon- 
ter aux  sources  les  plus  lointaines  et  d'affirmer  que  Thaïes  avait 
été  un  disciple  des  Égyptiens  et  des  Chaldéens.  Aristote  paraît 
ne  connaître  les  doctrines  de  Thaïes  que  par  une  tradition 
assez  incertaine.  Plus  tard,  on  cite  du  philosophe  milésien  des 
ouvrages  dont  le  nombre  va  grandissant  :  il  devient  le  père  de 
la  science  en  général,  mathématicien,  géomètre,  astronome  ou 
astrologue  (termes  longtemps  synonymes  ^),  capable  de  prédire 
une  éclipse  de  soleil  et  d'en  donner  l'explication.  C'est  par  les 
commentateurs  et  polygraphes  de  basse  époque  que  son  nom 
est  le  plus  souvent  invoqué  et  ses  opinions  analysées  le  plus  en 
détail  ^.  La  seule  proposition  doctrinale  que  l'on  puisse  attribuer 


i.  Il  sera  souvent  question  dans  cet  ouvrage  d'écrits  apocryphes,  fruit  natu- 
rel de  toutes  les  croyances  qui  cherchent  leurs  preuves  dans  la  tradition  et 
les  inventent  plutôt  que  de  ne  pas  les  trouver.  J'emploie  le  mot  au  sens  usuel, 
sans  distinguer  entre  »  apocryphe  »  proprement  dit,  qui  signifie  «  caché  »  ou 
«  tiré  d'une  cachette  »  (dt-rôxpu'-poî),  et  «  pseudépigraphe  »,  qui  veut  dire  «  faus- 
sement intitulé  »,  attribué  à  un  autre  que  son  auteur  véritable.  Il  est  rare  que 
les  livres  pseudépigraphes  ne  soient  pas  en  même  temps  apocryphes  :  c'est 
toujours  le  cas  quand  on  les  donne  comme  anciennement  écrits,  récemment 
découverts. 

2.  La  synonymie  d'is-zpo'koyioi  et  d'âcrxpovofxia  est  un  fait  dont  nous  pouvons 
ajourner  la  démonstration.  Elle  a  persisté  longtemps,  même  dans  les  langues 
modernes,  et  c'est  la  raison  pour  laquelle  on  appelait  autrefois  la  divination 
par  les  astres  astrologie  «  judiciaire  ».  Aujourd'hui  la  distinction  est  faite,  et 
astrologie  ne  comporte  aucune  équivoque.  Le  caprice  de  l'usage  a  réservé  à 
la  science  le  terme  dCastronomie  —  un  mot  mal  fait,  car  les  astronomes  ne 
«  règlent  »  pas  les  astres  —  et  appelé  astrologie  l'astromancie. 

3.  Voy.  les  textes  et  références  amassés  par  E.  Zellcr,  Philos,  der  Griechen, 
I',  pp.  163-179  (trad.  Em.  Boutroux,  I,  pp.  197-210).  Pour  le  classement  des 
opinions  des  philosophes  par  sujets,  utiliser  le  recueil  de  H.  Diels,  Doxor/raphi 
graeci,  avec  prolégomènes  et  Indices,  Berlin,  1879.  Que  Thaïes  ait  été  en 
contact  avec  des  idées  chaldéennes  ou  égyptiennes,  le  fait  est  probable;  mais 
nous  apprendrons  à  nous  défier  de  plus  en  plus  des  «  Égyptiens  et  Chaldéens  », 
en  ce  qui  concerne  l'astrologie.  Le  premier  qui  parle  des  voyages  de  Thaïes  en 
Egypte  —  et  peut-être  en  Chaldée  —  est  Eudemus  (de  Rhodes  ?),  polygraphe, 
auteur  d'  'AutpoXoyixal  îaTopîat,  postérieur  à  Aristote.  On  cite  comme  étant 


4  CHAP.   1,  —  LES    PRÉCL'HSELKS 

avec  quelque  sécurité  à  Thaïes,  c'est  que  «  tout  vient  de  l'eau  *  », 
ou  n'est  que  de  l'eau  transformée  par  sa  propre  et  immanente 
vitalité.  Tout,  y  compris  les  astres.  Dès  le  début,  la  science  ou 
«  sagesse  »  grecque  affirme  l'unité  substantielle  du  monde,  d'où. 
se  déduit  logiquement  la  solidarité  du  tout. 

Il  importe  peu  de  savoir  si  Anaximandre,  disciple  de  Thaïes, 
avait  pris  pour  substance  unique  du  monde  un  élément  plus 
subtil,  indéfini  en  qualité  comme  en  quantité,  et  même  s'il  la 
supposait  simple  ou  composée  de  parties  hétérogènes  ^  Sa  doc- 
rine  était,  au  fond,  celle  de  son  prédécesseur,  avec  une  avance 
plus  marquée  du  côté  dès  futures  doctrines  astrologiques.  Il 
enseignait,  au  dire  d'Aristote,  que  la  substance  infinie  «  enve- 
loppe et  gouverne  toutes  choses  ^  ».  Cette  enveloppe  qui  «  gou- 
verne »  est  sans  nul  doute  le  ciel  en  mouvement  incessant,  «  éter- 
nel »,  cause  première  de  la  naissance  de  tous  les  êtres  *.  Pour 
Anaximandre  comme  pour  Thaïes,  les  astres  étaient  les  émana- 
tions les  plus  lointaines  de  la  fermentation  cosmique  dont  la 
terre  était  le  sédiment.  Il  les  assimilait,  paraît-il,  à  des  fourneaux 
circulaires,  alimentés  par  les  exhalaisons  de  la  terre  et  roulés 
dans  l'espace  par  le  courant  de  ces  mêmes  souffles  ou  vapeurs; 
ce  qui  ne  l'empêchait  pas  de  les  appeler  des  «  dieux  célestes  '■'  », 


de  Thaïes  une  vauxtxT,  icjxpoXoyia  ou  àaxpovo|jLÎa,  attribuée  aussi  à  Ptiocos  de 
Samos.  Le  plus  probable  est  qu'il  n'avait  rien  écrit  :  xal  vca-ra  xtvaî  [lèv  aûy- 
ypa[X[xa  xaTÉXtirev  oùôs'v  (Diog.  L.,  I,  23). 

1.  BaXf,;...  'jSwp  slvat  tpTifftv  uToi/ctov  xal  à^yX^  "^^'^  ô'vxwv  (Aristot., Me/ap/i., 
I,  3).  Thaïes...  ex  aqiia  dixit  constare  omnia  (Cic,  Acad.  Pr.,  II,  37),  traduction 
en  langage  scientifique  de  traditions  homériques  ('iixExvôî,  offTtep  yÉvîj;;  irâv- 
x£(T5i  TSTuxxa'..  lUud . ,  XIV,  246),  babyloniennes  (ci-après,  ch.  ii,  p.  40),  égyp- 
tiennes (cf.  Ilorapoll.,  I,  10),  visée  peut-être  par  Pindare  ("Aptatov  tièv  uSwp. 
Olymp.,  1,  1),  utilisée  atout  moment  par  les  astrologues.  L'homme  pisciforme 
à  l'origine  {Philosojihumena,  1,  5,  p.  18  Cruice.  Cf.  Bouché-Leclercq,  Placita 
Graecorum  de  origine  generis  hinnani,  Paris,  1871,  p.  40)  est  aussi  de  tradition 
chaldéenne. 

2.  Comme  quantité,  l'élément  d'Anaximandre  est  xà  ofTrsipov  (Aristot.,  Phys., 
III,  4);  comme  qualité,  un   ixtyiAa  (Aristot.,  Metaph.,  XII,  2). 

3.  Aoxcï  xal  TtEpiE/etv    Sitavxa  xaî  xugjpvâv  (Aristot,  Phys.,  III,  4). 

4.  'Ap/j,v  slvai  "kéysi  x-^,v  àîStov  xivT,îriv,  xat  xaûx-ij  xi  [xèv  ysvvâaOat  xà  6è  yOsi- 
peuôai  (Hermias,  Inns.  philos.,  4  etc.  cf.  E.  Zellcr,  I-^,  p.  193,  3). 

5.  Voy.  les  textes  dans  E.  Zeller,  I-^  p.  197.  On  prétend  qu 'Anaximandre 
plaçait  le  soleil  et  la  lune  au-dessus  des  étoiles  (cf.  ci-après,  p.  42,  2).  Pour 
les  <(  physiciens  »,  les  dieux  sont  les  produits  et  non  les  organisateurs,  à  plus 
forte  raison  les  créateurs,  de  la  Nature.  La  théologie  grecque  n'exigeant  pas 
que  les  dieux  fussent  causes  premières,  ces  philosophes,  qui  nous  paraîtraient 
athées,  pouvaient  être  très  religieux.  Heraclite  disait  que  le  monde  est  plein 
de  dieux  et  qu'il  y  en  avait  jusque  dans  sa  cuisine  (Aristot.,  De  pari,  anim.,  I,  5). 


LES    PHYSICIENS    D  lONIE  5 

comme  l'eussent  pu  faire  des  Chaldéens.  Science  et  foi  mêlées  :  il 
y  a  déjà  là  le  germe  et  le  langage  équivoque  de  l'astrologie  future. 
On  voit  aussi  apparaître  chez  Anaximandre  une  idée  qui  sans 
doute  n'était  plus  neuve  alors  et  qui  deviendra  tout  à  fait  banale 
par  la  suite,  pour  le  plus  grand  profit  de  l'astrologie  :  c'est  que 
les  espèces  animales,  l'homme  compris,  ont  été  engendrées  au 
sein  de  l'élément  humide  par  la  chaleur  du  soleil,  dispensateur 
et  régulateur  de  la  vie. 

Avec  un  tour  d'esprit  plus  réaliste,  Anaximène  tirait  de  doc- 
trines analogues  les  mêmes  conclusions.  Il  commence  à  préciser 
le  dogme  astrologique  par  excellence,  la  similitude  de  l'homme 
et  du  monde,  de  la  partie  et  du  tout,  le  monde  étant  aussi  un  être 
vivant  chez  qui  la  vie  est  entretenue,  comme  chez  l'homme,  par 
la  respiration  ou  circulation  incessante  de  l'air,  essence  com- 
mune de  toutes  choses. 

L'école  des  «  physiciens  »  d'Ionie  resta  jusqu'au  bout  fidèle  à 
sa  cosmologie  mécanique.  Elle  affirma  toujours  l'unité  substan- 
tielle du  monde,  formé  d'une  môme  matière  vivante  à  des  degrés 
divers  de  condensation  ou  de  volatilisation,  et  elle  faisait  dériver 
la  pensée,  intelligence  ou  volonté,  du  groupement  et  du  mouve- 
ment des  corps.  Ces  premiers  précurseurs  des  sciences  naturelles, 
pressés  d'aboutir  à  des  conclusions  métaphysiques,  forgeaient 
ainsi  des  arguments  pour  les  mystiques,  pour  les  découvreurs  de 
rapports  occultes  entre  les  choses  les  plus  disparates. 

A  plus  forte  raison,  les  imaginations  éprises  de  merveilleux 
prirent-elles  leur  élan  à  la  suite  de  Pythagore.  Les  néo-pythago- 
riciens et  néo-platoniciens  ont  si  bien  amplifié  et  travesti  le 
caractère,  la  biographie,  les  doctrines  du  sage  de  Samos,  qu'il 
n'est  plus  possible  de  séparer  la  réalité  de  la  fiction.  Pythagore  a 
passé  partout  où  il  y  avait  quelque  chose  à  apprendre  :  on  le 
conduit  chez  les  prêtres  égyptiens,  chaldéens,  juifs,  arabes,  chez 
les  mages  de  la  Perse,  les  brahmanes  de  l'Inde,  les  initiateurs 
orphiques  de  la  Thrace,  les  druides  de  la  Gaule,  de  façon  que  sa 
philosophie  soit  la  synthèse  de  toutes  les  doctrines  imaginables. 
La  légende  pythagoricienne  déborde  aussi  sur  l'entourage  du 
maître  et  enveloppe  de  son  mirage  cette  collection  de  fantômes 
pédantesques,  «  mathématiciens  »  figés  dans  l'extase  de  la 
science  apprise  ([xà6v)[xa)  *.  Nous  en  sommes  réduits  à  n'accepter 


1.  C'est  dans  Técole  de  Pythagore  qu'a  été  forgé  le  titre  de  [xaBTj  tjiaxiiiot, 
porté  plus  tard  par  les  astrologues.  Il  était  réservé  aux  disciples  qui,  après 
avoir  appris  on  gros  les  principes  généraux  de  la  science  (àxoujtiâTtxot),  arri- 


b  CHAP.  I,  —  LES    PRÉCUKSELRS 

comme  provenant  de  l'école  pythagoricienne  que  les  propositions 
discutées  par  Aristote,  car  même  les  Pythagoriciens  de  Platon 
sont  avant  tout  des  platoniciens. 

Le  fond  de  la  doctrine  pythagoricienne  est  la  notion  obsé- 
dante, le  culte  de  l'harmonie,  de  la  proportion,  de  la  solidarité  de 
toutes  les  parties  de  l'univers,  harmonie  que  l'intelligence  con- 
çoit comme  nombre,  et  la  sensibilité  comme  musique,  rythme, 
vibration  simultanée  et  consonante  du  grand  Tout.  Le  nombre 
est  même  plus  que  cela  pour  les  Pythagoriciens  :  il  est  l'essence 
réelle  des  choses.  Ce  qu'on  appelle  matière,  esprit,  la  Nature, 
Dieu,  tout  est  nombre.  Le  nombre  a  pour  élément  constitutif 
l'unité  (uovàç),  qui  est  elle-même  un  composé  de  deux  propriétés 
inhérentes  à  l'Être,  le  pair  et  l'impair,  propriétés  connues  aussi 
sous  les  noms  de  gauche  et  de  droite,  de  féminin  et  de  masculin, 
etc.  ;  de  sorte  que  l'unité  est  elle-même  une  association  harmo- 
nique, et,  comme  telle,  réelle  et  vivante.  Se  charge  qui  voudra 
d'expliquer  pourquoi  le  pair  est  inférieur  à  l'impair,  lequel  est  le 
principe  mâle,  la  droite  par  opposition  à  la  gauche,  la  ligne 
courbe  par  opposition  à  la  ligne  droite,  le  générateur  de  la  lu- 
mière et  du  bien,  tandis  que  le  pair  produit  des  états  opposés.  De 
vieilles  superstitions  *  rendraient  probablement  mieux  compte  de 
ces  étranges  axiomes  que  des  spéculations  sur  le  fini  et  l'indé- 
fini :  car  mettre  le  fini  dans  l'impair  et  la  perfection  dans  le  fini, 
c'est  substituer  une  ou  plusieurs  questions  à  celle  qu'il  s'agit  de 
résoudre.  Les  Pythagoriciens  aimaient  les  arcanes,  et  ils  trou- 
vaient un  certain  plaisir  à  retourner  le  sens  des  mots  usuels.  Ils 
employaient,  pour  désigner  l'indéfini,  l'imparfait,  le  mal,  le  mot 
aoTioç  (pair),  qui  signifie  proprement  «  convenable  »,  propor- 
tionné ;  et,  pour  désigner  le  fini,  le  parfait,  le  bien,  le  mot  TTspîacjo; 


valent  à  la  comprendre  jusque  dans  le  détail  (Porphyr.,  Vit.  Pythag.,  37). 
C'étaient  des  initiés  du  second  degré,  comparables  aux  èxô-xai  des  Mystères. 
L'astrologie  ou  astronomie  n'est  pas  oubliée  dans  les  études  cosmopolites  de 
Pythagore  :  c'est  du  Chaldéen  Zaratos  (Porphyr.,  Vit.  Pythag.,  12)  ou  Assyrien 
Nazaratos  (Alex.  Polyh.  ap.  Clem.,  Strom.,  I,  13)  qu'il  apprend  tôv  zs  Ttepl 
tpuaewî  Xôyov  xal  tivôî  ai  twv  o>itov  àpyjxi  (Porphyr.,  ibicl.).  L'astrologie  est  per- 
sonnifiée dans  son  entourage  par  'AjTpatoî,  l'enfant  miraculeux  recueilli  par 
Mnésarchos,  père  de  Pythagore  (Porphyr.,  ibid.,  10  et  13). 

1.  La  superstition  des  nombres  pairs  et  impairs,  très  apparente  dans  la 
religion  romaine  et  immortalisée  par  le  vers  de  Virgile  :  Numéro  deus  impare 
gaudet  {Ed.,  Vlll,  7u),  remonte  certainement  plus  haut  que  Pythagore.  Les 
raisonneurs  disaient  que  l'impair  est  parfait,  fécondant  (yôviaoî),  masculin, 
parce  que,  ajouté  à  lui-même,  il  engendre  le  pair,  tandis  que  le  pair  ne  peut 
engendrer  l'impair  par  addition  (Stob.,  Ed.,  I,  1,  10). 


LES    MATHEMATIQUES    PYTHAPtOHICIENNES  7 

(impair  ,  qui  signifie  «  surabondant  »,  démesuré.  Ce  n'était  pas 
non  plus  une  énigme  commode  à  déchiffrer  que  la  perfection  du 
nombre  10,  base  du  système  décimal.  Ceux  qui  en  cherchaient 
la  solution  au  bout  de  leurs  dix  doigts  étaient  loin  de  compte. 
Il  fallait  savoir  que  le  nombre  10  est,  après  Tunité,  le  premier 
nombre  qui  soit  pair-impair  (àpTiorspiacrôc),  c'est-à-dire  qui,  pair 
en  tant  que  somme,  soit  composé  de  deux  moitiés  impaires.  La 
décade  est  la  clef  de  tous  les  mystères  de  la  nature  :  sans  elle, 
disait  Philolaos,  «  tout  serait  illimité,  incertain,  invisible  *  ».  On 
croirait  déjà  entendre  un  astrologue  parler  des  merveilleuses 
propriétés  des  Décans  (arcs  de  10  degrés). 

Le  pythagorisme  a  été,  pour  les  adeptes  des  sciences  occultes 
en  général  et  de  l'astrologie  en  particulier,  une  mine  inépuisable 
de  combinaisons  propres  à  intimider  et  à  réduire  au  silence  le 
sens  commun  ^  C'est  à  bon  droit  que  toute  cette  postérité  bâtarde 


1.  MEyiXa  yàp  xai  T:avTéXT,ç  xal  TzavToepYÔî  vcal  ôsiw  xal  oùpavCw  piw  xal  àvôpto- 
-Tiîvto  dtpjrà  xïl  âYSjiwv  xoivovoGaa  S'JvajjLiî  xal  t5<;  SsxaSoî,  aveu  8è  TaÛTOd;  -KiW 
à-sipa  xat  i^r^x  xal  àsavf,  (ap.  Stob.,  Ed.,  I,  1,  3).  La  décade  est  11  avisXsia 
(ibid.,  10)  —  TravxéXEia,  èv  b/-zzkzyj.i(x,  contenant  tous  les  autres  nombres,  y 
compris  le  carré  et  le  cube,  le  spirituel,  le  corporel,  etc.  (Phil.,  De  opif. 
mundi,  14  et  33).  La  xsToaxrj!;  (ci-après,  p.  9,  2)  est  aussi  une  irayà  àsvdtou  (pûdtoç 
[Carm.  Aur.,  V,  47).  Entre  autres  rêveries,  voyez  les  combinaisons  de  l'arith- 
métique avec  la  mythologie  :  la  monade  correspondant  à  Jupiter  (dieu  su- 
prême, père  des  autres)  ou  à  Apollon  (seul  dieu,  Sol  de  Soins!),  la  dyade  à 
Héra-Junon  ou  à  Artémis  (la  Lune,  type  du  pair  ou  féminin),  "ApxsfAii;  = 
àoT'.o;,  etc.  (Stob.,  ibid.,  Marc.  Cap.,  VII,  731  suiv.  lo.  Lyd.,  Mens.,  II,  1  suiv., 
E.  Zeller,  P,  p.  337,  1).  C'est  un  concours  de  jeux  de  mots,  coqs-à-l'âne, 
calembours,  finesses  de  tout  genre.  Le  nombre  7,  qui  n'est  ni  engendrant  ni 
engendré,  ni  facteur  ni  produit,  va  à  Athéna-Minerve,  vierge  et  sortie  de  la 
tête  de  Jupiter.  Les  correspondances  «  naturelles  »  des  nombres  3  et  7  sont 
inépuisables.  Je  ne  vois  pas  très  bien  en  quoi  l'ogdoade  convient  à  Poséidon 
ou  à  Iléphaestos  ;  mais  celui  qui  l'a  adjugée  à  Cybèle  ou  Ku6t,67i,  parce  que  8  est 
l'unique  cube  (xu6o;)  contenu  dans  10,  ne  se  croyait  certainement  pas  un  sot. 
La  géométrie  n'était  pas  moins  exploitée  :  l'âme  était  un  carré  pour  les  uns, 
un  cercle  pour  les  autres,  ou  le  carré  était  masculin  (quoique  pair)  et  le  rec- 
tangle féminin,  etc. 

2.  La  part  du  pythagorisme,  très  considérable  en  astrologie,  est  énorme 
dans  l'ensemble  de  ce  qu'on  appelle  «  les  sciences  occultes  ».  Son  principe, 
que  le  nombre  est  l'essence  des  choses,  avait  une  affinité  extrême  avec  celui 
de  la  magie,  à  savoir  que  la  réalité  des  choses  est  incorporée  dans  leur  nom 
véritable,  convenablement  rythmé,  et  que  qui  tient  Je  nom  dispose  de  l'être 
dénommé.  De  là  la  combinaison  qui  consiste  à  évaluer  les  noms  en  nombres, 
appliquée  dans  l'onomatomancie  mathématique  (ci-après,  ch.  xv),  la  kabbale 
juive,  raison  d'être  de  tous  les  nombres  de  l'Antéchrist,  de  la  Bête,  etc.,  qui 
remplissent  les  apocalypses  judéo-chrétiennes,  des  amulettes  comme  les 
abrasax,  et  ainsi  de  suite.  Le  goût  des  spéculations  mystiques  sur  les  nombres 


8  niIAP.    1.  —  LES    PKÉCLHSEUHS 

de  Pythagore  a  siipplanlô  ses  disciples  authentiques  et  pris  avec 
leur  héritage  le  titre  de  «  mathématiciens  ».  L'école  de  Pythagore 
s'était  acharnée  à  mettre  le  monde  en  équations,  arithmétiques 
et  géométriques.  Elle  a  couvert  le  ciel  de  chiffres  et  de  figures, 
traduits  en  harmonies  intelligibles,  sensibles,  morales,  politiques, 
théologiques,  toutes  plus  absconses  et  imprévues  les  unes  que  les 
autres.  Faire  des  sept  orbes  planétaires  une  lyre  céleste  *,  don- 
nant les  sept  notes  de  la  gamme  par  la  proportion  de  leurs  dis- 
tances respectives,  est  la  plus  connue  comme  la  plus  simple  de 
ses  inventions.  Il  était  plus  malaisé  d'arriver  au  nombre  de  dix 
sphères,  nécessaire  à  la  perfection  de  l'univers.  On  sait  comment, 
pour  augmenter  le  nombre  des  sphères,  ces  doctrinaires  intré- 
pides ont  les  premiers  descellé  la  Terre  de  sa  position  centrale  et 
inséré  par  dessous  une  anti-Terre,  qui  tournait  avec  elle  autour 
d'un  foyer  invisible  pour  nous.  Comme  un  projectile  mal  dirigé 
peut  arriver  au  but  par  un  ricochet  fortuit,  ainsi  cette  vieille  chi- 
mère encouragea  plus  tard  Aristarque  de  Samos  et  Copernic  à  se 
révolter  contre  le  dogme  de  l'immobilité  de  la  Terre.  Il  arrive 
parfois  que  l'imagination  fait  les  affaires  de  la  science.  Colomb 
n'eût  probablement  pas  bravé  les  affres  de  l'Atlantique,  s'il  n'avait 
été  convaincu  que,  sur  le  globe  «  terrestre  »,  la  terre  devait  néces- 
sairement occuper  plus  d'espace  que  l'eau  ^ . 


est  encore  très  vivace.  C'est  presque  un  Pythagoras  redivivtts  ou  un  Proclus, 
transformé  en  prêtre  chrétien,  que  l'auteur  des  Harmonies  de  l'Être  exprimées 
par  les  nombres  (par  P. -F. -G.  Lacuria,  2  vol.  in-8».  Paris,  1847),  une  âme 
candide,  dont  le  souvenir  m'empêche  de  classer  indistinctement  parmi  les 
charlatans  tous  les  mystiques  contemporains.  J.Kuntze  {Proleg.  z.  Gesch.  Roms, 
Leipzig,  1882)  est  persuadé  que  le  carré  est  le  symbole  de  la  volonté  virile, 
que  le  «  temple  »  augurai  romain  était  carré  pour  cette  raison,  et  Rome 
carrée,  et  l'empire  romain  carré,  ou  plutôt  rectangle  égal  à  deux  carrés! 
C'est  encore  un  cas  de  métempsycose  intellectuelle. 

1.  L'invention  de  la  lyre  heptacorde  par  Hermès  (Hymn.  Homer.  i7i  Mercur.) 
servit  à  démontrer  que  l'astrologie  avait  été  révélée  par  Hermès-Thoth  ou 
Trismégiste,  signataire  de  tous  les  ouvrages  hermétiques. 

2.  Cf.  Hist.  de  Chr.  Colomb,  par  Fernand  Colomb,  ch.  ix.  Il  avait  aussi  mis  de 
son  côté  Aristote  (De  caelo,  II,  14),  Sénèque  {Quantum  enim  est  quod  ab  ulti- 
mis  litloribus  Hispaniae  usque  ad  Indes  j ace t?  Paucissimorum  dierum  spatium, 
si  navem  suus  venins  implevit.  Senec,  Q.  Nat.,  I,  praef.),  et  voulu  réaliser  la 
célèbre  prophétie  du  même  Sénèque  {Medea,  375  suiv.).  La  loi  de  Titius  ou  de 
Bode,  fondée  sur  un  postulat  analogue  à  ceux  des  Pythagoriciens,  a  encou- 
ragé les  astronomes  du  xix"  siècle  à  chercher  une  planète  entre  Mars  et  Jupi- 
ter, là  où  ils  ont  trouvé  des  centaines  de  petites  planètes.  En  revanche,  le 
dogme  pythagoricien  (Gemin.,  Isag.,  1),  vulgarisé  par  Platon,  à  savoir  que 
les  planètes  ne  peuvent  avoir  qu'un  mouvement  circulaire  et  égal  —  xâv  yàp 


L  ECOLE    DE    PYTllAGOHE  V 

En  construisant  le  monde  avec  des  théorèmes,  sans  souci  de 
l'observation,  les  Pythagoriciens  ont  partout  dépassé  les  har- 
diesses de  l'astrologie,  qui  semble  éclectique  et  prudente  par 
comparaison.  Non  seulement  ils  ont  attribué  aux  nombres  en 
eux-mêmes  et  aux  figures  géométriques  des  qualités  spéciales  \ 
mais  ils  avaient  localisé  ces  diverses  qualités,  types,  causes  et 
substances  des  choses  visibles,  dans  diverses  parties  de  l'uni- 
vers. Rayonnant  de  leurs  lieux  d'élection  en  proportions  et  sui- 
vant des  directions  mathématiques,  ces  forces  vives  créaient  aux 
points  de  rencontre  et  marquaient  de  leur  empreinte  spécifique 
le  tissu  des  réalités  concrètes  ^.  Séparation,  mélange,  moment 
opportun  (xa(po;),  proportions,  tout  l'arsenal  des  postulats  astro- 
logiques est  déjà  là,  et  les  pièces  principales  de  l'outillage  sont 
déjà  forgées.  Les  astrologues  n'ont  fait  que  limiter  le  nombre  des 
combinaisons  calculables  et  disqualifier  certains  types,  comme  le 
carré,  qui  leur  parut  antagoniste  du  triangle  —  la  figure  ou  aspect 
(T/r^iioi)  favorable  par  excellence,  —  et  la  décade,  qui  se  défendit 
mal  contre  l'hégémonie  des  nombres  7  et  12.  Encore  verrons-nous 
reparaître  sur  le  tard,  dans  les  36  Décans  astrologiques,  d'abord 
la  décade,  qui  leur  donne  leur  nom,  et  ensuite  la  fameuse  «  qua- 
drature »  (TsxpaxTJc)  pythagoricienne,  encore  une  raison  ultime 
des  choses  et  «  source  de  l'éternelle  Nature^  ». 

C'est  peut-être  de  l'astronomie  pythagoricienne  que  l'astrologie 
a  tiré  le  moindre  parti.  La  doctrine  de  la  mobilité  de  la  Terre 
allait  directement  contre  un  postulat  nécessaire  de  l'astrologie, 
et  l'explication  naturelle  des  éclipses  —  si  tant  est  qu'elle  ait  été 
donnée  par  Pythagore  —  était  plutôt  importune  à  ceux  qui  en 
faisaient  un  instrument  de  révélation.  Quant  à  la  métempsycose 

(jwjjix  ôsîov  x^vEÏTai  xuxXtxwî  (Proclus,  in  Anal.  sac7'.,'\,  2,  p.  76  Pitra),  —  a 
empêché  tous  les  prédécesseurs  de  Kepler  d'admettre  des  orbites  elliptiques. 
Ils  n'oat  pas  songé  aux  Orphiques,  qui  donnaient  au  monde  la  forme  d'un  œuf! 

1.  Nous  renvoyons  ici,  pour  éviter  des  répétitions,  aux  chapitres  suivants, 
notamment  à  la  théorie  des  aspects  ou  polygones  réguliers,  voies  tracées  à 
l'action  des  astres. 

2.  La  conception  des  dTtstpwv  Suvapiéwv  ôEirstooi  uuvSpojiat,  qui  marquent  à  la 
façon  d'un  sceau  (iSfa  açipayiSoî],  se  trouve  bien  dégagée  dans  le  système 
pythagorisant  des  gnostiques  Séthiens  {Philosophum.,  V,  3,  p.  212  Cruice).  Le 
Katp(5;,  modus  et  aussi  opportunitas  (=  'AB-rva,  ap.  Stob.  Ed.  I,  i,  10),  idée 
fondamentale  de  la  théorie  des  xaxapyat  (ci-après,  ch.  xiii). 

3.  Ci-dessus,  p.  7,  1.  Il  y  a  la  petite  TsxpaxxiJî  (4);  la  moyenne,  somme  des 
quatre  premiers  nombres  (1  +  2  -1-  3  -|-  4)  ou  décade  ;  et  la  grande  TSTpixrjî, 
somme  des  quatre  premiers  nombres  impairs  et  des  quatre  premiers  nombres 
pairs  (1  -H  3  +  o  +  7)  +  (2  -f-  4  -|-  6  -f  8)  =  30.  Celle-ci  a  pu  être  suggérée 
par  le  système  des  décans,  ou  inversement. 


40  CHAP.    I.  LES    PRÉCURSEURS 

et  la  palingénésie,  c'étaient  des  doctrines  indifférentes  à  l'astro- 
logie, qui,  s'occupant  exclusivement  de  la  vie  présente,  s'ac- 
commodait de  toutes  les  théories  concernant  les  autres  modes 
d'existence. 

Si  les  disciples  de  Pythagore  oubliaient  un  peu  trop  la  terre 
pour  le  ciel,  l'école  d'Élée  dépassa  en  sens  contraire  l'état  d'esprit 
favorable  à  l'éclosion  des  idées  astrologiques.  Xénophane  pensait 
que  les  astres,  y  compris  le  Soleil  et  la  Lune,  devaient  être  de 
simples  météores,  des  vapeurs  exhalées  par  la  Terre  et  qui,  s'en- 
flammant  d'un  côté  de  l'horizon,  allaient  s'éteindre  du  côté 
opposé.  La  terre  était  assez  vaste  pour  produire  en  même  temps 
plusieurs  de  ces  flambeaux,  et  peut-être  chaque  climat  avait-il 
le  sien.  Ce  n'est  pas  dans  ces  fusées,  renouvelées  chaque  jour, 
que  l'astrologie  eût  pu  placer  les  forces  génératrices,  éternelle- 
ment semblables  à  elles-mêmes,  dont  elle  prétendait  calculer  les 
effets  sur  terre  *.  Enfin,  la  doctrine  éléatique  par  excellence, 
l'idée  que  le  monde  est  Un  et  immobile,  au  point  que  la  multi- 
plicité et  le  mouvement  sont  de  pures  apparences,  était  la  néga- 
tion anticipée  des  dogmes  astrologiques. 

Heraclite,  partant  d'un  principe  opposé  et  presque  aussi  inin- 
telligible pour  le  vulgaire,  ne  voyait  dans  la  stabilité  relative 
des  apparences  qu'une  illusion  qui  nous  cache  le  flux  perpétuel 
de  la  substance  des  choses.  A  vrai  dire,  pour  Heraclite,  rien 
n'est,  puisque  l'être  ne  se  fixe  nulle  part  ;  mais  tout  devient, 
sans  arriver  jamais  à  se  réaliser,  à  se  distinguer  de  la  masse 
mouvante  qui  fuit  à  travers  le  réseau  des  formes  sensibles. 
Comme  tous  les  physiciens  d'Ionie,  il  voyait  dans  les  divers  états 
de  la  matière  ou  substance  universelle  des  degrés  divers  de 
condensation  et  de  raréfaction,  et  il  importe  peu  que  le  type 
normal  soit  pris  au  milieu  ou  à  une  extrémité  de  la  série.  Hera- 
clite partait  de  l'état  le  plus  subtil  :  il  considérait  le  feu  comme 
l'élément  moteur  et  mobile,  générateur  et  destructeur  par  excel- 
lence. Les  astres  étaient  pour  lui  des  brasiers  flottant  au  haut 
des  airs  en  vertu  de  leur  légèreté  spécifique  et  alimentés  par  les 
vapeurs  terrestres.  Le  Soleil,  en  particulier,  peut-être  le  plus  petit, 
mais  le  plus  rapproché  de  tous,  se  régénérait  chaque  jour,  éteint 
qu'il  était  chaque  soir  par  les  brumes  de  l'Occident  ^  Heraclite 


1.  Aussi  Manilius  réfute  les  Éléates  :  Nain  neque  fortuitos  orlus  siirgentibvs 
astris  \  Nec  foiiens  possum  nascenteyn  credere  mundiim,  \  Solisve  assiduos  par- 
tus  et  f'ata  diiirna  (1,  182  suiv.). 

2.  Heraclite,  qui,  dit-on,  attribuait  au  Soleil  la  forme  d'une  barque  (axaœosi- 


HERACLITE    ET    EMPEDOCLE 


11 


ne  voulait  pas  que  les  astres  opposassent  quelque  consistance  au 
flux  universel.  Le  Soleil  n'en  était  pas  moins  l'excitateur  de  la  vie 
sûr  terre  :  ce  qu'on  appelle  vie,  âme,  raison,  intelligence,  est  un 
feu  allumé  d'en  haut  K  Ce  trait  caractéristique  de  la  doctrine 
est  un  théorème  astrologique  tout  fait.  La  physique  d'Heraclite, 
adoptée  par  les  stoïciens  et  purgée  du  paradoxe  concernant 
l'inconsistance  des  corps  célestes,  deviendra  une  des  forteresses 
de  l'astrologie. 

Tous  les  philosophes  passés  en  revue  jusqu'ici  étaient  en  lutte 
avec  le  sens  commun,  qu'ils  appelaient  dédaigneusement  l'opinion 
(8ô^a),  et  ceux  d'entre  eux  qui  avaient  versifié  l'exposé  de  leur 
système  ne  comptaient  évidemment  pas  sur  la  clientèle  des 
rapsodes  homériques.  Empédocle,  au  contraire,  convertit  en 
vanité  une  bonne  part  de  son  orgueil.  Il  aimait  à  prendre  les 
allures  d'un  prophète  inspiré,  et  nul  doute  que,  s'il  avait  connu 
l'astrologie,  celle-ci  n'eût  fait  entre  ses  mains  de  rapides  pro- 
grès. 

La  substitution  de  quatre  éléments  différents  et  premiers 
au  même  titre,  la  terre,  l'eau,  l'air  et  le  feu,  à  une  substance 
unique  plus  ou  moins  condensée  n'intéressait,  alors  comme 
aujourd'hui,  que  la  métaphysique.  Cependant,  le  système  d'Em- 
pédocle,  en  mettant  la  diversité  à  l'origine  des  choses,  exigeait 
de  l'esprit  un  moindre  effort  que  le  monisme  de  ses  devanciers, 
et  la  variété  des  mélanges  possibles  n'était  pas  moindre  que  celle 
des  déguisements  protéiformes  de  la  substance  unique.  Ce  sys- 
tème avait  encore  l'avantage  d'expliquer  d'une  façon  simple 
une  proposition  qui  a  une  importance  capitale  en  astrologie, 
à  savoir,  comment  les  corps  agissent  à  distance  les  uns  sur  les 
autres.  Suivant  Empédocle,  ils  tendent  à  s'assimiler  par  péné- 
tration réciproque,  pénétration  d'autant  plus  facile  qu'ils  sont 
déjà  plus  semblables  entre  eux.  Il  conçoit  des  effluves  (àTroppoaî- 
à-rrôppota'.)  OU  jets  de  molécules  invisibles,  qui,  guidés  par  l'affinité 
élective,  sortent  d'un  corps  pour  entrer  dans  un  autre  par  des 
pores  également  invisibles,  tendant  à  produire  de  part  et  d'autrey 
un  mélange  de  mêmes  proportions  et,  par  conséquent,  de  proprié- 
tés identiques.  La  lumière,  par  exemple,  est  un  flux  matériel  qui 


8t,î)  et  un  pied  de  diamètre  (Euseb.,  Praep.  Ev.,  XV,  24-25),  a  peut-être  pris  à 
la  lettre  le  mythe  égyptien  de  Râ  enfanté  chaque  jour  par  Nut.  Le  Soleil  d'un 
pied  de  diamètre  et  régénéré  chaque  jour  reparaît  dans  la  physique  d'Épicure 
(Cleomed.,  Cycl.  T/ieor.,  II,  1;  Serv.,  Georg.,  I,  241). 

1.   Macrobe  {Somn.   Scip.,  I,  14,  19)  recensant  les  définitions  de  Tâme  : 
Heraclilus  physicus  [diril  animam]  scintillam  stellaris  essetiHae. 


12  CHAP.   I.  LES    PRÉCURSEURS 

met  un  certain  temps  à  aller  du  corps  qui  l'émet  à  celui  qui 
le  reçoit.  On  ne  saurait  imaginer  de  théorie  mieux  faite  pour 
rendre  intelligible  «  Tinfluence  »  des  astres  sur  les  générations 
terrestres*,  et  aussi  celle  qu'ils  exercent  les  uns  sur  les  autres 
quand  ils  se  rencontrent  sur  leur  route,  genre  d'action  dont  les 
astrologues  tiennent  grand  compte  et  qu'ils  désignent  par  les 
mots  de  contact  (auvacpr;)  et  défluxion  (àTtôppota). 

Le  monde  (xôa[jLo<;)  est  pour  Empédocle  le  produit  d'une  série 
indéfinie  de  compositions  et  décompositions  opérées  par  l'Amour 
et  la  Haine,  l'attraction  et  la  répulsion.  La  vie  et  le  mouvement 
naissent  de  la  lutte  de  ces  deux  forces  primordiales  :  quand  l'une 
d'elles  l'emporte,  elle  poursuit  son  œuvre  jusqu'à  ce  que  la 
combinaison  intime  de  tous  les  éléments  ou  leur  séparation 
complète  produise  l'immobilité,  la  mort  de  la  Nature.  Mais  ce 
repos  ne  saurait  être  définitif.  La  force  victorieuse  s'épuise  par 
son  eflbrt  même  ;  la  force  vaincue  se  régénère,  et  le  branle 
cosmique  recommence  en  sens  inverse  ^  engendrant  un  monde 
nouveau,  destiné  à  rencontrer  sa  fin  dans  le  triomphe  exclusif 
de  l'énergie  qui  l'a  suscité.  11  va  sans  dire  que  le  monde  actuel 
est  l'œuvre  de  la  Haine,  et  que,  parti  de  l'heureuse  immobilité 
du  Sphseros,  il  marche  à  la  dissociation  complète.  Empédocle  eût 
sans  doute  été  embarrassé  d'en  donner  d'autres  preuves  que 
les  souvenirs  de  l'âge  d'or  ;  mais  ce  lieu  commun  poétique 
gardait  encore,  surtout  aux  yeux  d'un  poète  comme  lui,  la  valeur 
d'une  révélation  des  Muses.  Du  reste,  l'imagination  tient  dans 
l'œuvre  d'Empédocle  plus  de  place  que  la  logique  pure  :  il  était 
de  ceux  qui  trouvent  plus  aisément  des  mots  que  des  raisons, 
et  la  légende  qui  le  fait  passer  pour  un  charlatan  n'a  fait  qu'exa- 
gérer un  trait  bien  marqué  de  son  caractère  ^ .  Sans  nous  attar- 
der à  fouiller  sa  cosmogonie  pour  y  retrouver  maint  débris  de 


1.  «  Le  mot  d'influence  nous  reporte  aux  auciennes  superstitions  astrolo- 
giques... Le  mot  italien  d'influenza  fait  allusion  à  quelque  croyance  analogue  » 
(M.  Br6al,  Essai  de  Séma7itique,  p.  141).  Les  mots  désastre,  étoile  au  sens  de 
destinée,  etc.,  sont  des  survivances  de  même  origine. 

2.  Ce  mouvement,  d'abord  lent,  s'accélère  de  plus  en  plus.  Il  en  résulte  que 
la  durée  des  jours  et  des  nuits  (Empédocle  ne  songe  qu'au  mouvement 
diurne)  allait  s'abrégeant  :  de  là,  une  théorie  très  originale  de  la  durée  de  la 
vie  intra-utérine,  égale  à  la  durée  du  jour  lors  de  la  naissance  de  l'espèce 
humaine,  et  restée  la  même  depuis  (ci-après,  ch.  xii). 

3.  Ceux  qui  préfèrent  à  la  lecture  des  fragments  d'Empédocle  des  vers 
bien  frappés,  résumant  sa  philosophie  (avec  les  textes  en  Notes)  et  dramatisant 
sa  légende,  trouveront  ce  qu'ils  cherchent  dans  Panthéia,  Étude  antique,  par 
Félix  Henneguy.  Paris,  1874. 


DÉMOCKITE    ET    LES    ATOMISTES  13 

vieux  mythes,  nationaux  ou  exotiques,  nous  signalerons  en 
passant  des  idées  qui  furent  plus  tard  exploitées  par  des  astro- 
logues. Les  premiers  et  informes  essais  de  la  Nature  créatrice, 
les  monstres  produits  par  le  rapprochement  fortuit  de  membres 
disparates,  expliqueront  les  formes  les  plus  étranges  domiciliées 
dans  les  constellations  \  comme  le  souvenir  des  dragons,  chi- 
mères et  centaures  mythologiques  a  suggéré  à  Empédocle  lui- 
même  sa  description  de  la  terre  en  gésine.  Celle-ci  n'est  plus 
cependant  la  Mère  universelle.  Elle  est  bien  au  centre  de  l'uni- 
vers, maintenue  en  équilibre  par  la  pression  des  orbes  célestes 
qui  tournent  autour  d'elle  ;  mais  elle  n'a  pas  enfanté  les  astres 
et  elle  ne  surpasse  pas  en  grandeur  le  Soleil,  qui  est  de  taille  à 
projeter  sur  elle  des  effluves  irrésistibles. 

C'est  le  précurseur  de  la  physique  atomistique  que  Lucrèce 
admire  dans  Empédocle  ^.  Leucippe  et  son  disciple  Démocrite 
firent  rentrer  dans  la  science  l'idée  de  l'unité  qualitative  de  la 
substance  universelle,  en  ramenant  les  quatre  éléments  à  n'être 
plus  que  des  groupements  d'atomes  de  même  substance,  mais  de 
formes  et  de  grosseurs  diverses.  Ils  conservèrent  cependant  au 
feu,  générateur  de  la  vie  et  de  la  pensée,  une  prééminence  que 
les  astrologues  adjugeront  tout  naturellement  aux  astres.  Le 
feu  n'était  pas,  comme  les  autres  éléments,  une  mixture  de  molé- 
cules diverses,  mais  une  coulée  d'atomes  homogènes,  les  plus 
ronds  et  les  plus  petits  de  tous,  capables  de  pénétrer  tous  les 
autres  corps,  même  les  plus  compactes.  La  genèse  du  monde,  ou 
plutôt  des  mondes  —  car  celui  que  nous  voyons  n'est  qu'une 
parcelle  de  l'univers,  —  est,  pour  les  atomistes,  un  eff'et  méca- 
nique de  la  chute  des  atomes  ;  mouvement  qui,  par  suite  des 
chocs  et  ricochets  obliques,  produit  des  tourbillons  circulaires. 
Dans  chacun  de  ces  tourbillons,  isolé  des  autres  par  une  coque 
sphérique  qui  se  forme  et  s'immobilise  au  contact  d'un  milieu 
résistant,  les  atomes  se  criblent  et  se  tassent  par  ordre  de  den- 
sité. Les  plus  pesants  vont  au  centre,  où  ils  forment  la  Terre  ; 
les  autres  s'étagent  entre  le  centre  et  la  circonférence,  où  les 


1.  L'idée  que  le  Ciel  est  un  musée  de  curiosités  préhistoriques  est  exprimée 
par  Sénèque  [Hercul.  fur.,  65  suiv.  Piirgata  telliis  omnis  in  caelo  videt  \  Quod- 
cumqiie  timuit).  Le  scoliaste  de  Germanicus  (p.  38o  Eyssenhardt)  pense  que 
Jupiter  Ta  formé  pour  Tinstruction  des  hommes  :  le  Scorpion,  par  exemple, 
fut  a  Jove  astris  inlatus,  ut  ejus  naturam  futuri  homines  intellegerent .  Jupiter 
paléontologiste  ! 

2.  Lucret.,  I,  717-734;  Empédocle  savant  tel  Ut  vix  humana  videalur  siirpe 
creatus. 


14  CHAP.  I.  —  LES    PRÉCUKSEORS 

plus  légers  et  les  plus  mobiles  s'enflamment  par  la  rapidité  de 
leur  mouvement. 

La  logique  du  système  exigeait  que  la  masse  de  feu  la  plus 
considérable  et  la  plus  active,  le  Soleil,  fût  la  plus  éloignée  du 
centre,  et  c'est  bien  ainsi  que  Tentendait  Leucippe,  car  on  nous 
dit  qu'il  plaçait  la  Lune  au  plus  près  de  la  Terre,  le  Soleil  au 
cercle  «  le  plus  extérieur  »  et  les  astres  entre  les  deux  *.  Mais 
Démocrite  paraît  avoir  imaginé  les  hypothèses  les  plus  hardies 
pour  remettre  la  doctrine  d'accord  avec  l'opinion  commune,  avec 
le  fait  indubitable  que  le  foyer  solaire  est  celui  dont  nous  sentons 
le  mieux  la  chaleur.  Il  en  vint  à  supposer,  dit-on,  que  le  Soleil 
avait  d'abord  été  une  sorte  de  Terre,  qui  tendait  à  s'immobiliser 
au  centre  du  tourbillon  primordial.  Mais  ce  premier  dépôt,  sup- 
planté ensuite  par  la  croissance  plus  rapide  de  notre  Terre,  avait 
été  entraîné  par  le  mouvement  céleste  à  tourner  autour  de  celle- 
ci  et  s'était  «  rempli  de  feu  »  à  mesure  que  s'accroissait  sa  vitesse 
et  que  s'élargissait  son  orbite.  Ainsi  le  Soleil  restait  à  la  portée 
de  la  Terre,  qui  l'alimentait  de  ses  vapeurs,  en  échange  de  sa 
lumière  et  de  sa  chaleur.  La  même  hypothèse  rendait  compte  de 
la  proximité  et  de  la  nature  moins  ignée  de  la  Lune  ^ .  En  fin  de 
compte,  ces  deux  astres,  que  les  astrologues  appelleront  «  les 
«  luminaires  »  (-cà  cpwTa)  pour  les  distinguer  des  autres  planètes, 
étaient  mis  à  part  des  autres  et  rattachés  par  des  liens  plus 
étroits  à  la  Terre,  dont  ils  reproduisaient,  avec  une  dose  d'atomes 
ignés  en  plus,  la  composition  moléculaire.  Cette  théorie  servira 
de  support  à  certains  postulats  astrologiques.  Sans  doute,  l'opi- 
nion vulgaire  attribuait  aussi  aux  «  luminaires  »  une  action  pré- 
pondérante ;  mais  la  doctrine  de  Démocrite  montrait  que  cette 
action,  plus  forte  comme  quantité,  l'est  aussi  comme  qualité,  en 
vertu  d'affinités  plus  étroites.  Enfin,  si  l'atomisme  n'était  pas  de 


1.  Diog.  L.,  IX,  6,  33.  On  verra  plus  loin  que  l'ordre  des  planètes  a  une 
importance  capitale  en  astrologie. 

2.  Euseb.,  Praep.  Evang.,  l,  8,  7.  Peut-être  Démocrite  avait-il  emprunté  à  son 
contemporain  Empédocle  et  utilisé  ici  la  théorie  de  l'accélération  du  mouve- 
ment du  Spha^ros  (ci-dessus,  p.  12,  2).  Démocrite  pensait  aussi  qu'il  y  a  plus  de 
planètes  que  n'en  comptaient  les  Orientaux  et  les  pythagoriciens.  Tel  est  pro- 
bablement le  sens  du  passage  équivoque  de  Sénèque  :  Democritus  quoque... 
svspicari  se  ait  phcres  esse  stellas  quae  currant,  sed  nec  numerum  illorum 
posiiit  nec  nomina,  nondmn  comprehensis  quinque  sidenim  cursibus  (Sen.,  Q. 
Nat.,  VII,  3,  2.  Cf.  E.  Zeller,  P,  p.  722,  3).  En  général,  Démocrite  passait 
pour  s'être  beaucoup  occupé  d'astronomie  et  de  pronostics  météorologiques. 
Cf.  les  fragments  èx  xwv  irepl  àTTpovo(iia;  a'jyypcx[i[jLd(Twv  (Fr.  Vliil.  Graec,  éd. 
Mullach,  I,  pp.  368-369). 


ANAXA(iOKE  13 

tout  point  favorable  à  l'astrologie  et  si  les  astrologues  propre- 
ment dits  n'ont  pas  eu  à  se  louer  des  Épicuriens,  héritiers  de  la 
physique  de  Démocrite,  en  revanche,  le  philosophe  d'Abdère 
devint  le  patron  des  alchimistes,  qui  n'étaient  en  somme  que  des 
astrologues  descendus  de  l'observatoire  au  laboratoire. 

En  même  temps  que  les  atomistes,  Anaxagore,  un  peu  plus 
âgé  que  Démocrite,  utilisait  comme  eux  les  essais  de  ses  devan- 
ciers pour  improviser  comme  eux  une  cosmogonie  qui  ne  diffère 
de  la  leur  que  parles  principes  métaphysiques.  Anaxagore  subs- 
titua à  l'essence  unique  des  Ioniens,  des  Éléates  et  des  atomistes 
non  plus  quatre  éléments,  comme  Empédocle,  mais  une  infinité 
de  corps  simples,  qui,  sans  être  jamais  complètement  dégagés 
de  tout  mélange,  révèlent  leurs  qualités  spécifiques  dans  les 
composés  où  l'un  d'eux  est  en  proportion  dominante.  Il  conçut 
aussi  la  genèse  du  monde  comme  résultant  des  propriétés  imma- 
nentes de  la  substance;  mais  il  crut  devoir  ajouter  à  la  série 
des  causes  une  cause  initiale,  une  Intelligence  (Noù?)  qui  avait 
donné  le  branle  à  la  machine.  Le  philosophe  n'entendait  évidem- 
ment pas  rentrer  par  là  dans  la  logique  vulgaire,  qui  explique 
l'œuvre  par  l'ouvrier,  et  amener  son  système  au  degré  de  sim- 
plicité qu'oflrent  les  cosmogonies  orientales.  Socrate  lui  repro- 
chait même  de  ne  pas  s'être  servi  de  cette  Intelligence  pour  rendre 
raison  de  l'ordre  du  monde  et  de  lui  avoir  substitué  dans  le 
détail  «  l'air,  l'éther,  l'eau  et  autres  choses  aussi  absurdes  *  ». 
D'autres  l'appellent  le  «  physicien  »  et  mécaniste  par  excel- 
lence ^  Nous  ne  pouvons  plus  démêler,  à  travers  les  contradic- 
tions des  textes  ^,  quelle  nature  et  quel  rôle  Anaxagore  attri- 
buait à  l'Esprit  cosmique,  et  peut-être  ne  le  savait-il  pas  bien  lui- 
même.  11  est  probable  que,  fidèle  à  sa  conception  des  substances 
simples,  inconvertibles  chacune  en  une  autre,  il  entendait  par 
Nojç  la  somme  de  vie  et  d'intelligence  répandue  dans  la  Nature, 
somme  indivise  à  l'origine  des  choses.  Si  minime  que  fût,  au 
fond,  la  différence  entre  la  «  substance  pure  »  ou  esprit  d'Anaxa- 


1.  Plat.,  Phaedi'.,  p.  98  B.  De  même,  Aristote  dit  qu'Anaxagore  se  sert  du  voû? 
«  comme  d'une  machine  »,  lorsqu'il  est  embarrassé  de  trouver  une  cause,  et, 
le  reste  du  temps,  -Kdtvta  iiiWow  atitâxat  twv  ytyvofjLsvwv  r^  voîjv  {Metaph.,  I,  4). 

2.  '0  tpuatxwT  axo  î  'Ava^ayôpaî  (Sext.  Empir.,  Adv.  Mathem. ,yil,  90). 

3.  Le  Noûî  ordonnateur  universel  (Anaxag.  ap.  Diog.  L.,  II,  6);  seule  subs- 
tance simple  (ap.  Aristot.,  De  An.,  I,  2,  5);  âme  (4'uy3),  c'est-à-dire  principe  de 
'a  vie  organique,  répandu  dans  tous  les  êtres  vivants,  Çwon  xal  jxeydtXo'.ç  xal 
[itxpoi;  [ihid,],  et,  comme  tel,  n"ayant  pas  ou  n'ayant  plus  la  personnalité  que 
suppose  son  rôle  initiaJ,  etc. 


16  CHAP.    I.  LES    PKÉCLHSEURS 

gore  et  le  feu  intelligent  d'Heraclite,  l'intervention  de  cet  esprit 
ou  âme  du  monde  fut  considérée  comme  un  démenti  donné  à  la 
théorie  de  l'univers  construit  par  le  jeu  automatique  des  forces 
naturelles  :  ce  fut  pour  la  «  physique  »  ionienne  un  coup  qui  faillit 
être  mortel.  Il  fut  avéré  que  cette  physique  si  vantée,  qui  croyait 
avoir  découvert  la  raison  ultime  des  choses,  n'avait  pas  réussi  à 
en  percer  le  mystère.  Son  mécanisme  ne  se  suffisait  pas  à  lui- 
même  s'il  fallait  chercher  la  cause  du  mouvement  ailleurs  que 
dans  les  propriétés  de  la  substance  inconsciente,  c'est-à-dire  dans 
le  domaine  des  forces  spirituelles  ou  volontés,  domaine  interdit 
à  la  science  et  accessible  seulement  à  la  foi.  Les  esprits  ailés, 
ceux  qui  franchissent  cette  ligne  de  démarcation  sans  même 
l'apercevoir  \  allaient  s'élancer  dans  la  carrière  ainsi  déblayée 
et  construire  à  leur  tour  le  monde  en  s'improvisant  confidents  et 
interprètes  du  plan  divin.  La  place  était  prête  pour  le  Démiurge, 
les  dieux  planétaires  et  les  Génies  de  Platon. 

Ainsi,  en  moins  de  deux  siècles,  la  science  hellénique  semblait 
avoir  achevé  son  cycle  :  elle  revenait  vers  son  point  de  départ,  la 
foi  religieuse.  Pour  employer  un  mot  qui  n'était  pas  encore  à  la 
mode,  on  l'accusait  de  banqueroute.  Ses  efforts  mal  coordonnés 
avaient  porté  à  la  fois  sur  tous  les  domaines  de  la  connaissance; 
elle  était  partie  en  guerre  contre  «  l'opinion  »  et  avait  discrédité 
le  sens  commun  sans  mettre  à  la  place  autre  chose  que  des 
affirmations  sans  preuves,  qui  se  détruisaient  mutuellement, 
d'un  système  à  l'autre,  par  leur  discordance  même.  Les  sophistes 
en  conclurent  que  rien  ne  restait  debout,  et  que  chacun  était 
libre  de  nier  ou  d'affirmer  à  son  gré,  sur  quelque  sujet  que  ce 
fût.  A  quoi  bon  chercher  le  vrai,  le  réel,  puisque,  comme  les 
Éléates  et  Heraclite  l'avaient  démontré  par  des  méthodes  con- 
traires, nous  ne  percevons  que  des  apparences  trompeuses  et 
que  le  témoignage  même  de  nos  sens  est  ce  dont  nous  devons  le 
plus  nous  défier?  «  L'homme  est  la  mesure  de  toutes  choses  », 
disait  Prolagoras  :  chacun  se  façonne  une  vérité  à  son  usage, 
autrement  dit,  conforme   à  ses  intérêts,  et  celui-là  est  passé 


1.  Cette  ligne  de  démarcation  est  oblitérée  et  comme  eflacée  depuis  plus  de 
vingt  siècles  par  les  efforts  de  logique  faits  en  vue  de  concilier  la  notion  de 
lois  naturelles,  nécessaires  et  immuables,  —  postulat  initial  de  la  science  ~ 
avec  la  volonté  divine,  libre  par  définition.  Il  faut  la  maintenir,  comme  le  seul 
moyen  de  faire  vivre  en  paix,  dans  leurs  domaines  respectifs,  la  science  et  la 
foi,  en  restituant  à  la  foi  les  spéculations  métaphysiques  sur  le  pourquoi  ini- 
tial ou  final  des  choses,  c'est-à-dire  ce  que  Thomme  peut  croire,  mais  non  pas 
savoir. 


SOCRATE 


17 


maître  dans  l'art  de  vivre  qui,  sans  être  dupe  de  sa  propre 
opinion,  réussit  à  l'imposer  aux  autres  par  Téloquence,  ou,  au 
besoin,  par  la  force. 


LES   SOCRATIQUES 

Avec  Socrate  s'ouvre  une  nouvelle  ère.  Socrate  passe  pour 
avoir  terrassé  l'hydre  de  la  sophistique  et  sauvé  la  morale  en 
danger.  Ce  n'est  pas  qu'il  entendît  défendre  une  parcelle  quel- 
conque de  la  science  ou  de  la  tradition  *  :  il  acheva,  au  contraire, 
de  ruiner  tout  ce  qui  ressemblait  encore  à  une  affirmation,  y 
compris  les  propositions  sophistiques.  Mais,  tout  en  déclarant  ne 
rien  savoir,  il  invita  tous  les  hommes  de  bonne  volonté  à  chercher 
la  vraie  science,  leur  certifiant,  au  nom  d'une  révélation  divine, 
quils  la  trouveraient  et  que  la  morale  y  serait  contenue  par 
surcroît.  Seulement,  il  pensait  que  la  raison  humaine  ne  peut 
connaître  avec  certitude  d'autre  objet  qu'elle-même,  et  que,  par 
conséquent,  la  science  future  devait  s'interdire  les  vaines 
recherches  qui  l'avaient  dévoyée,  l'étude  de  la  Nature  extérieure. 
Si  l'homme  n'était  plus,  aux  yeux  de  Socrate,  la  mesure  de  toutes 
choses,  il  restait  la  mesure  de  celles  qu'il  peut  connaître  :  les 
limites  de  sa  nature  marquaient  aussi  les  limites  de  son  savoir  ^ . 
Au  delà  s'étendait  à  perte  de  vue  l'inconnaissable,  le  mystère  du 
divin,  dans  lequel  l'esprit  humain  ne  peut  pénétrer  que  par  la 
Révélation.  On  sait  quel  cas  faisait  Socrate  des  sciences  dépourvues 
d'applications  pratiques,  et  en  particulier  des  théories  cosmogo- 
niques  qui  avaient  tant  exercé  jusque-là  l'ingéniosité  des  philo- 
sophes. «  En  général  »,  dit  Xénophon,  «  il  défendait  de  se  préoccu- 
per outre  mesure  des  corps  célestes  et  des  lois  suivant  lesquelles 


1.  On  sait  que  Socrate  n'a  rien  écrit  et  qu'il  y  aurait  naïveté  grande  à  lui 
attribuer  tout  ce  que  Platon  lui  fait  dire.  Le  Socrate  de  Xénophon  a  chance 
d'être  plus  ressemblant,  sauf  en  un  point.  C'est  comme  apologiste  que  Xéno- 
phon transforme  Socrate  en  défenseur  de  la  tradition,  des  lois  établies.  Si 
Socrate  disait  x6  vôiaijxov  Stxaiov  sivat  (Xen.,  Mem.,  IV,  4. 12),  il  sous-entendait  : 
à  condition  que  la  loi  soit  juste.  Socrate,  avant  les  Apôtres,  a  dit  à  ses  juges  : 
•::ê{ao[iai  |j.îXXov  tùJ  Oew  ir,  ûixïv  (Plat.,  Apolog.,  p.  29). 

2.  La  sentence  de  l'oracle  yvwôt  jaùtov  voulait  dire  que  l'homme,  connais- 
sant sa  condition,  doit  être  humble  devant  les  dieux.  Socrate  l'a  détourné  de 
son  sens  naturel,  que  ce  spirituel  tour  de  main  a  fait  oublier. 


18  CHAP.   I.  — •  LES    PRÉCURSEURS 

la  divinité  les  dirige.  Il  pensait  que  ces  secrets  sont  impéné- 
trables aux  hommes,  et  qu'on  déplairait  aux  dieux  en  voulant 
sonder  les  mystères  qu'ils  n'ont  pas  voulu  nous  révéler.  Il  disait 
qu'on  courait  le  risque  de  déraisonner  en  s'enfonçant  dans  ces 
spéculations,  comme  déraisonnait  Anaxagore  avec  ses  grands 
raisonnements  pour  expliquer  les  procédés  des  dieux  *  ».  C'est 
le  cri  de  tous  les  moralistes  de  tradition  socratique.  Ils  pré- 
tendent isoler  l'homme  de  la  Nature,  et  on  dirait  que,  de  toute 
les  sciences,  l'astronomie  leur  paraît  la  plus  orgueilleuse  et 
la  plus  inutile.  Horace  demandant  de  quoi  a  servi  à  Archytas 
«  d'avoir  parcouru  le  ciel,  puisqu'il  devait  mourir^  »,  n'est  pas 
moins  pressant  là-dessus  que  Bossuet  s'écriant  :  «  Mortels 
misérables  et  audacieux,  nous  mesurons  le  cours  des  astres...  et, 
après  tant  de  recherches  laborieuses,  nous  sommes  étrangers 
chez  nous-mêmes  ^  !  »  ou  que  Malebranche  écrivant  :  «  Qu'avons- 
nous  tant  à  faire  de  savoir  si  Saturne  est  environné  d'un 
anneau  ou  d'un  grand  nombre  de  petites  lunes,  et  pourquoi 
prendre  parti  là-dessus  *?  »  Socrate  bornait  l'utilité  de  l'astro- 
nomie à  la  confection  du  calendrier  :  pour  le  surplus,  il  se 
moquait  de  gens  qui,  même  s'ils  parvenaient  à  savoir  ce  qui  se 
passe  là-haut,  ne  pourraient  jamais  «  faire  à  leur  gré  le  vent  et  la 
pluie  ^  ».  Quel  accueil  eût-il  fait  à  l'astrologie,  qui  avait  la  pré- 

1.  Xenoph.,  Mem.,  TV,  7,  6.  Et  Socrate  cite  comme  preuve  de  la  déraison 
d'Anaxagore  le  fait  d'avoir  cru  que  le  Soleil  était  du  feu  ou  une  pierre  en  feu. 
Comment  n'avait-il  pas  songé,  dit  Socrate,  qu'on  peut  regarder  le  feu,  et  non 
pas  le  soleil;  que  le  soleil  fait  pousser  les  plantes  et  que  le  feu  les  détruit,  etc.? 
Socrate  était  plus  brouillé  qu'il  ne  pensait  avec  la  «  physique  ».  11  n'a  eu 
pour  vrais  disciples  que  les  Cyniques  et  les  Cyrénaïques.  Les  autres  l'excu- 
sent ou  le  réfutent.  Quidni  quaerat  [caelestia]  ?  Scit  illa  ad  se  pertinere 
(Senec,  Q.  Nat.,  Praef.  lO;.  L'homme,  partie  de  la  Nature,  ne  peut  pas  se  con- 
naître lui-même,  s'il  ne  connaît  pas  le  tout  :  oùx  strxi  yàp  5vsu  xf,;  twv  SXuv 
oùaîaî  stSévat  xà  (ispTi  (Clem.  Alex.,  Strom.,  I,  60).  Manilius  réfute  directement 
Socrate  en  disant  que  ce  sont  les  dieux  eux-mêmes  qui  ont  enseigné  aux 
hommes  la  science  des  astres  :  Quis  caelum  possit  nisi  caeli  munere  nosse,  etc.  ? 
(II,  115  et  I,  25-52)  ;  Quisputet  esse  nefas  nosci  quod  cernere  fas  est  ?  (IV,  922). 

2.  Hor.,  Od.,  I,  28. 

3.  Sermon  sur  la  loi  de  Dieu.  On  pense  bien  que  Bossuet  ne  cite  pas  Socrate, 
mais  VEcclésiaste  :  Quid  necesse  est  homini  majora  se  quaerere?  eic.  (vu,  1). 
C'est  surtout  l'indifférence  pour  la  science  inutile  que  Théodoret  loue  dans 
Socrate  [Gr.affect.  cur.,  IV,  p.  799).  Socrate  pensait  caelestia  vel  procul  esse 
a  nostra  cognitione,  vel,  si  maxime  cor/nita  essent,  nihil  tamen  ad  bene  viven- 
diim  (Cic.  Acad.,  I,  4,  lo). 

4.  Recherche  de  la  vérité,  IV,  7. 

5.  Xenoph.,  Mem.,  I,  1.  Cf.  IV,  7.  En  revanche,  l'auteur  de  VEpinomis 
(p.  990  A)  dédaigne  l'astronomie  qui  se  borne  à  régler  le  calendrier,  au  lieu  de 


SOCRATE  19 

tention  d'être  précisément  rastronomie  appliquée,  et  appliquée 
à  la  connaissance  de  Thomme,  s'il  l'avait  connue  et  si  on. avait 
pu  lui  démontrer  qu'elle  était  révélée  *  ?  Nous  l'ignorons  ;  mais  il 
est  bon  de  noter  que  ce  furent  ses  disciples  les  plus  fidèles,  les 
moralistes  les  plus  étroits  et  les  plus  fermés  aux  curiosités  de  la 
science  inutile,  les  Stoïciens,  qui  introduisirent  l'astrologie  dans 
le  sanctuaire  de  la  philosophie  pratique.  S'il  avait  fait  descendre 
la  philosophie  du  ciel  en  terre,  comme  on  le  répète  depuis 
Cicéron  ^,  elle  ne  tarda  pas  à  y  remonter. 

Les  grands  initiateurs  n'ont  jamais  été  des  constructeurs  de 
systèmes,  mais  des  hommes  qui  ont  ramassé  toute  leur  énergie 
dans  un  sentiment  unique,  dans  un  vouloir  puissant,  capable 
d'agir  par  le  choc  sur  la  volonté  des  autres  et  de  la  marquer  de 
son  empreinte.  L'impulsion  ainsi  donnée  peut  se  transformer  en 
mouvements  divergents,  mais  le  point  de  départ  commun  reste 
visible  des  directions  les  plus  opposées.  Après  Socrate,  quiconque 
se  proposa  d'arriver  par  le  savoir  à  la  vertu  et  de  n'estimer  la 
science  qu'en  raison  de  son  efficacité  morale  fut  un  socratique. 

Pur  de  tout  mélange  d'indiscrète  curiosité,  le  socratisme  eût 
tué  l'esprit  scientifique  sans  atteindre  le  but  visé,  car  la  morale 
ne  peut  être  objet  de  science.  L'exercice  d'une  volonté  supposée 
libre  échappe  par  définition  à  l'étreinte  rigide  des  lois  naturelles 
que  la  science  cherche  à  établir.  En  voulant  associer  et  même 
confondre  des  procédés  intellectuels  incompatibles,  les  moralistes 
socratiques  se  sont  obstinés  dans  la  prétention  de  démontrer  l'in- 
démontrable, et  leurs  systèmes  ont  fini  par  s'absorber  dans  des 
dogmes  religieux  dont  ils  tenaient  indûment  la  place. 

C'était  déjà  une  religion  que  la  vaste  et  poétique  synthèse  où 
Platon  fit  entrer  des  connaissances  encyclopédiques  converties 
en  fllogmes  moraux.  Après  avoir  longtemps  retourné  dans  tous 
les  sens  les  problèmes  de  pure  morale,  privée  et  publique,  Platon 
voulut  aussi,  comme  les  savants  d'autrefois,  écrire  un  traité  de 
la  Nature,  qu'il  eut  soin  de  ne  pas  mettre  sous  la  responsabilité 


contempler  tV  twv  aîuer.xwv  Oeûv  oûaiv.  De  même,  Théon  de  Smyrne  (p.  9 
Hiller).  C'est  un  désaveu  complet  du  Socrate  de  Xénophon,  sinon  du  Socrate 
platonicien,  que  Firmicus  (après  Aristophane,  sans  doute)  classe  parmi  les 
astrologues  dévots,  ceux  qui  croient  stellarum  quidem  esse  quod  patimur 
(Firmic,  I,  6,  4  Kroll).  On  a  fait  de  Socrate  un  Janus  à  deux  visages. 

1.  On  sait  quelle  foi  avait  Socrate  dans  la  divination  ou  révélation  (cf.  ci- 
dessus,  p.  17,  et  Hist.  de  la  Divination,  I,  p.  42-45). 

2.  Sacrâtes  autem  primus  philosophiam  devocavit  e  caelo,  etc.  (Cic,  Tusctcl., 
V,4). 


^0  CHAP.    I.  —   LES    PRÉCURSEUUS 

de  Socrale,  réduit  ici  au  rôle  d'auditeur  du  philosophe  pythago- 
ricien Timée  ^.  Le  Timée  est  peut-être  la  dernière  œuvre  de  Pla- 
ton. C'est  aussi  la  plus  mystique,  celle  où  l'habitude  d'affirmer 
sans  preuves  s'étale  avec  le  plus  de  complaisance  et  où  l'affai- 
blissement  de  la  raison  raisonnante  est  le  plus  sensible.  Aussi  le 
Timée  devint-il  plus  tard  le  bréviaire  de  tous  les  adeptes  des  doc- 
trines, sciences  et  arts  mystiques,  qui  l'ont  torturé  et  dénaturé 
en  le  commentant  sans  cesse.  Les  astrologues  ne  furent  pas  les 
derniers  à  faire  provision  d'arguments  dans  le  Timée.  Ils  n'eurent 
que  l'embarras  du  choix,  car  tout  le  système  est  fait  à  souhait 
pour  appuyer  leurs  postulats. 

D'abord,  le  monde  est  un  :  le  Démiurge  a  ramassé  dans  sa 
capacité  sphérique  toute  la  matière  existante,  la  totalité  de  cha- 
cun des  quatre  éléments  —  ceux-ci  différenciés  simplement  par 
les  formes  géométriques  de  leurs  molécules,  —  de  sorte  qu'il  n'y 
a  aucun  obstacle  extérieur,  choc  ou  résistance,  qui  puisse  être 
pour  lui  une  cause  de  désordre  ou  de  destruction.  De  plus,  le 
monde  est  un  être  vivant,  dont  tous  les  organes  sont  solidaires 
les  uns  des  autres  et  liés  par  une  harmonie  si  parfaite  que  ce 
vaste  corps  est  à  jamais  «  exempt  de  vieillesse  et  de  maladie  » . 
Cet  être  vivant  a  pour  principe  de  vie  et  de  mouvement  une  âme 
composée  en  raison  ternaire  d'éléments  spirituels,  corporels  et 
mixtes,  âme  créée  avant  le  corps,  qu'elle  enveloppe  et  pénètre. 
Elle  comprend  sept  parties  premières,  ordonnées  et  subdivisées 
suivant  les  proportions  de  l'harmonie  musicale,  arithmétique  et 
géométrique.  L'essence  spirituelle  de  l'âme  meut  le  cercle  exté- 
rieur du  monde  de  gauche  à  droite  (mouvement  diurne),  et  l'es- 
sence matérielle  imprime  aux  sept  cercles  intérieurs  un  mou- 
vement en  sens  contraire  autour  d'un  axe  incliné  sur  l'autre, 


1.  On  ignore  s'il  a  réellement  existé  un  Timée,  et  si  les  ouvrages  qu'on  lui 
prête  ne  sont  pas  des  rapsodies  de  Platon.  L'habitude  qu'avait  Platon  de 
mettre  ses  opinions  dans  la  bouche  d'autrui  a  encouragé  les  fabricants  de 
livres  pseudépigraphes,  qui  n'avaient  pas  besoin  d'encouragement.  Pline 
(XVI,  §  82)  cite  un  astrologue,  Timaeus  mathematicus,  qui  attribuait  la  chute 
des  feuilles  à  l'influence  du  Scorpion.  Nous  avons  encore,  sur  le  Timée  ou 
nep'.  'f  ÛŒEWî  de  Platon  (et  le  X"  livre  de  la  République),  les  commentaires 
de  Chalcjdius,  de  Macrobe  (à  propos  du  Somnium  Scipioiiis  de  Cicéron)  et  de 
Proclus,  celui-ci  un  énorme  volume  où  sont  réunis  des  débris  d'une  foule  de 
commentaires  perdus  (849  p.  gr.  in-S»  sur  le  Timée,  éd.  Schneider,  Vratis- 
lav.,  1847,  et  196  p.  in-4o  sur  la  Rép.,  lib.,  X,  dans  les  Anal.  Sacr.,  V,  2,  de 

D.  Pitra,  Rome  et  Paris,  1888).  11  faut  y  ajouter  l'ouvrage  de  Théon  de  Smyrne, 
Tœv    xatà    t6  jxa6T,;jLa'ci>cà  v  j^p-ria  tfiwv   stî  nXâiwvoî  àv  iy  vo)  s  iv,  éd. 

E.  Hiller  (Lips.  1878,  205  p.  in-12). 


LA   COSMOGONIE    PLATONICIENNE  21 

mouvement  qui,  combiné  avec  le  premier,  leur  fait  décrire  dans 
l'espace,  avec  des  vitesses  différentes,  des  spires  alternativement 
montantes  et  descendantes.  De  ces  cercles  ou  astres  mouvants 
(planètes),  Platon  ne  connaît  encore  parleurs  noms  que  la  Lune, 
le  Soleil,  Vénus  et  Mercure  :  «  pour  les  autres,  les  hommes  ne 
s'étant  pas  mis  en  peine  de  leurs  révolutions,  sauf  un  bien  petit 
nombre,  ils  ne  leur  donnent  pas  de  noms  '  ».  Seule,  la  Terre,  tra- 
versée et  comme  clouée  à  sa  place  par  l'axe  immobile  sur  les 
pivots  duquel  roule  l'univers,  ne  participe  pas  au  mouvement 
général  imprimé  après  coup  à  la  machine  ronde. 

Tous  ces  astres,  fixes  ou  errants,  et  la  Terre  elle-même,  «  la 
plus  ancienne  des  divinités  nées  dans  l'intérieur  du  cieP  »,  sont 
des  dieux  vivants  et  immortels,  le  Démiurge  les  ayant  façonnés 
de  ^corps  et  d'âme  à  l'image  du  monde  entier,  qui  est  le  plus 
grand  des  dieux  après  son  auteur.  Les  astres  une  fois  créés,  le 
Démiurge,  qui  ne  voulait  pas  mettre  directement  la  main  à  des 
œuvres  périssables,  laissa  aux  «  organes  du  temps  »,  aux  dieux- 
planètes,  le  soin  d'achever  le  monde  en  façonnant  eux-mêmes  les 
êtres  mortels.  Il  se  contenta  de  leur  fournir,  pour  animer  ces 
êtres,  des  âmes  de  qualité  inférieure,  devant  qui  il  daigna  exposer 
ses  desseins  et  justifier  sa  Providence  avant  de  les  répartir  par 
lots  dans  les  astres.  Autant  qu'on  en  peut  juger  à  travers  l'obs- 
curité peut-être  voulue  du  texte,  les  âmes  font  une  station  dans 
les  étoiles  fixes  avant  de  descendre  dans  les  sphères  inférieures, 
où  les  dieux-planètes  s'occupent  de  leur  confectionner  un  habi- 
tacle matériel.  Copiant  de  leur  mieux  le  modèle  universel  dont  le 
monde  et  eux-mêmes  étaient  déjà  des  copies,  ces  dieux  façonnent, 
pour  y  loger  les  âmes,  des  corps  sphériques.  Malheureusement, 
l'enveloppe  sphérique  de  l'âme  eut  besoin  d'un  véhicule  (o/rjjjia) 
pour  la  porter  et  la  soustraire  aux  chocs  qu'elle  eût  rencontrés 
en  roulant  à  la  surface  de  la  terre.  Les  dieux,  dépourvus  cette 
fois  de  modèle  à  copier,  imaginèrent  un  mécanisme  approprié  au 
but.  Platon  étale  à  ce  propos  les  naïvetés  de  sa  physiologie,  mon- 
trant comme  quoi  le  poumon,  perméable  à  l'air  et  rafraîchi  par 
les  boissons,  rafraîchit  à  son  tour  le  cœur,  auquel  il  sert  de 
coussin  ;  comment  la  rate  a  pour  fonction  d'essuyer  la  surface 


1.  Plat.,  Ttm.,  p.  38  E  et  39  C. 

2.  ïIpwTT,v  xal  T:p£36uT3(TT|V  6£w,(,  etc.  {Tim.,  p.  40  C)  :  croyance  archaïque 
surabondauHuent  attestée.  Plotin  distinguait  en  elle,  outre  le  corps  (r  a  ta  v), 
TÔv  [xèv  voOv  aùrr,i; 'E  j ti a V  xaXwv,  Af,  |i-/iTpav  5è  x^  ^'''XV  (Proclus,  In  Tint., 
p.  282  C). 


22  CHAP.  I.   —  LES   PRÉCURSEURS 

miroitante  du  foie,  sur  laquelle  les  dieux  font  apparaître  les 
images  dont  ils  veulent  occuper  l'âme  ;  et  comment  les  intestins, 
repliés  sur  eux-mêmes,  allongent  le  trajet  des  aliments  afin  de 
donner  à  l'homme  le  temps  de  penser.  Pour  douer  de  vie  le  véhi- 
cule de  l'âme  intelligente,  les  dieux  sont  obligés  de  prélever  sur 
la  substance  de  celle-ci  de  quoi  confectionner  deux  autres  âmes 
plus  matérielles,  logées  l'une  dans  la  poitrine,  l'autre  dans  le 
ventre,  et  ils  prennent  soin  de  séparer  ces  trois  hôtesses  du  corps 
par  des  barrières,  la  cloison  du  diaphragme  et  l'isthme  du  cou. 
Les  organes  des  sens  ne  sont  pas  oubliés,  et  la  théorie  de  la  per- 
ception externe  dépasse  en  imprévu  tout  le  reste. 

Platon  n'a  pas  jugé  à  propos  d'expliquer  nettement  si  chaque 
dieu-planète  fabrique  des  habitants  pour  son  propre  domaine, 
ou  s'ils  s'occupent  tous  de  façonner  les  hommes  qui  vivent  sur 
la  Terre.  Anaxagore  et  Philolaos  ayant  déjà  placé  des  habitants 
sur  la  Lune,  il  est  probable  que  Platon  peuplait  toutes  les  pla- 
nètes. Mais  le  système  de  la  pluralité  des  mondes  habités  n'a 
jamais  souri  aux  astrologues,  qui  ont  besoin  de  faire  converger 
vers  la  Terre  tout  l'effet  des  énergies  sidérales.  Aussi,  les  com- 
mentateurs du  Timée  profitèrent  des  réticences  embarrassées  de 
Platon  pour  lui  faire  contresigner  la  théorie  la  plus  favorable  à 
la  thèse  astrologique,  à  savoir  que  l'homme  terrestre  est  le 
produit  de  la  collaboration  de  tous  les  dieux-planètes. 

Les  mythes  platoniciens  doivent  au  vague  même  de  leurs 
contours  une  certaine  grâce,  et  l'on  reste  libre  de  croire  que  le 
maître  lui-même  ne  les  prenait  pas  autrement  au  sérieux  *  ; 
mais,  transformés  en  dogmes  par  la  foi  pédantesque  des  néo- 
platoniciens, ils  devinrent  d'une  puérilité  qui  fait  sourire.  Tel 
croit  savoir  que  les  âmes  descendent  des  régions  supérieures  par 
la  Voie  Lactée,  d'où  elles  apportent  le  goût  et  le  besoin  de 
l'allaitement  ^  ;  un  autre,  commentant  le  X'=  livre  de  la  fiépu- 

1.  Cf.  L.  Couturat,  De  Platonicis  mythis.  Paris,  1896.  L'auteur  soutient, 
avec  beaucoup  de  vigueur  et  d'érudition,  que  toutes  les  solutions  des  grands 
problèmes,  l'existence  des  dieux,  la  création  du  monde,  l'immortalité  de 
l'âme,  ont  été  proposées  par  Platon  à  l'état  de  mythes,  et  que  Platon  en 
avertit,  au  point  qu'il  lui  arrive  parfois  de  railler  ceux  qui  prendraient  ces 
fables  à  la  lettre.  Thèse  excessive  peut-être,  renouvelée  plutôt  que  neuve 
(SOev  %<xl  [AuôixwTepoî  èvtotî  xiTztkt^'sbr;.  Diog.  L.,  III,  80),  mais  qui  ne  permet 
plus  de  compter  sans  hésitation  Platon  lui-même  au  nombre  des  croyants. 
Il  ne  faut  pas  oublier  que  les  sceptiques  de  la  Nouvelle- Académie  procèdent 
aussi  de  Platon. 

2.  Opinion  attribuée  à  Pythagore,  c'est-à-dire  à  un  néo-pythagoricien  quel- 
conque :  Hinc  et  Pythagoras  putat  a  Lacteo  circulo  deorsutn  incipere  Ditis 


LA    COSMOGONIE    PLATONICIENNE  23 

blique,  où  se  trouve  déjà  esquissé  l'itinéraire  des  âmes,  sait  où 
sont  les  ouvertures  par  lesquelles  elles  passent,  à  l'aller  et  au 
retour.  Elles  descendent  par  le  tropique  (chaud)  du  Cancer  et 
remontent  après  la  mort  par  le  tropique  (froid)  du  Capricorne  \ 
attendu  qu'elles  arrivent  pleines  de  chaleur  vitale  et  qu'elles 
s'en  retournent  refroidies.  Cette  descente  ou  chute  des  âmes, 
combinée  avec  la  métempsycose  et  la  théorie  de  la  réminiscence, 
rendait  merveilleusement  compte  de  l'action  des  planètes  non 
seulement  sur  le  corps  humain,  qu'elles  construisent  de  toutes 
pièces,  mais  sur  l'âme,  qui  traverse  leurs  sphères  ou  même 
s'arrête  à  chacune  d'elles  et  arrive  ainsi  à  la  Terre  chargée  de  tout 
ce  qu'elle  s'est  assimilé  en  route.  De  même,  le  retour  des  âmes 
aux  astres  d'où  elles  sont  parties  fournit  un  thème  tout  fait  au 
jeu  des  «  catastérismes  »  ou  transferts  dans  les  astres  %  qui 

imperium,  quia  animae  iude  lapsae  videntiir  jam  a  superis  recessisse.  Ideo  pri- 
mam  nascentibiis  offerri  ait  lactis  alimoniam,  quia  primus  eis  motus  a  Lacteo 
incipit  in  corpora  terrena  lahentibus  (Macrob.,  Somn.  Scip.,  1,  12,  3).  Voilà 
comme  la  métaphore  et  l'étymologie  combinées  engendrent  des  dogmes.  La 
Voie  Lactée,  séjour  des  âmes  avant  l'incarnation  (Heraclid.  Pont.  ap.  Stob., 
Ed.,  I,  41.  Cf.  I,  27,  Utpl  Txkxliou.  Plut.,  Plac.  Phil.,  III,  1),  des  âmes  héroïques 
après  la  mort  (Cic.  Macrob.,  Somn.  Scip.,  1,  15.  Manil.,  I,  758-804),  palais  de 
Jupiter  dans  TEmpyrée,  au-dessus  des  étoiles  fixes  (Marc.  Cap.,  II,  208),  etc. 
Ces  chimères  sont  d'une  invention  facile.  Les  Peaux-Rouges  Kwapa  appellent 
aussi  la  Voie  Lactée  la  «  route  des  âmes  »  {Journal  of  American  Folklore,  VIII 
[1895],  pp.  130-131).  La  chute  des  âmes  est  comparée  par  Platon  [Rep.  X),  assi- 
milée par  d'autres,  au  trajet  des  étoiles  filantes,  avec  accompagnement  de 
tonnerre  et  de  tremblements  de  terre.  C'est  une  amorce  ou  une  adhésion  à 
l'opinion  vulgaire  que  les  âmes  sont  des  étoiles  ou  que  chacune  a  son  étoile 
(Cf.  Plin.,  II,  §  28,  et  ci-après,  ch.  xii). 

1.  Macrob.,  op.  cit.,  I,  12,  2.  La  raison  du  choix  (les  tropiques  pôles  du 
chaud  et  du  froid),  que  ne  donne  pas  Macrobe,  est  empruntée  à  la  physique 
des  Stoïciens,  qui  est  celle  d'Heraclite.  Macrobe,  qui  croit  le  Cancer  dans  la 
Voie  Lactée  (I,  12,  4)  —  bien  que  celle-ci  traverse  le  Zodiaque  entre  les  Gé- 
meaux et  le  Taureau,  —  Macrobe,  dis-je,  mélange  ce  système  avec  le  précédent, 
et  probablement  avec  un  troisième,  qui  plaçait  le  tropique  ou  solstice  d'été 
dans  le  Lion,  et  il  écrit  :  Ergo  descensurae...  adhuc  in  Cancro  sunt...  necdum 
Lacteum  reliquerunt  ;  cum  vero  ad  Leonem  labendo  pervenerint,  illic  condicio- 
nis  futurae  auspicantur  exordium...  quia  in  Leone  sunt  rudimenta  nascendi  et 
quaedam  humanae  naturae  tirocinia.  D'autres  plaçaient  au  ciel  trois  portes 
en  trigone  :  unam  ad  sir/num  Scorpionis,  qua  Hercules  ad  deos  isse  diceretur, 
alteram  pei'  limitem  qui  est  inter  Leonem  et  Cancrum  ;  terliam  esse  inter 
Aquarium  et  Pisces  (Varr.  ap.  Serv.,  Georg.,  I,  34).  Macrobe  s'est  égaré  dans 
toutes  ces  inventions  saugrenues.  En  effet,  il  dit  plus  loin  (I,  12,  8)  que  les 
âmes,  avant  de  descendre,  boivent  l'oubli  dans  le  Crater  sidereus  in  regione 
quae  inter  Cancrum  est  et  Leonem  locatus  (I,  12,  8).  Or,  la  Coupe  est  entre  le 
Lion  et  la  Vierge,  en  dehors  et  assez  loin  du  Zodiaque. 

2.  Voy.  ci-dessus,  à  propos  d'Empédocle,  les  catastérismes  préhistoriques. 


24  CHAP.    I.  —  LES    PRÉCCRSELBS 

deviendra  si  fort  à  la  mode  et  fera  du  ciel,  pour  le  plus  grand 
bénéfice  des  astrologues,  une  collection  de  types  fascinant  à 
distance  ou  pénétrant  de  leurs  effluves  les  générations  terrestres. 
Quand  le  mysticisme  déchaîné  par  Platon  menaça  d'emporter 
la  raison  humaine  à  la  dérive,  le  maître  n'était  plus  là  pour 
tempérer  de  son  énigmatique  sourire  la  ferveur  de  ses  disciples'. 
Son  nom,  invoqué  à  tout  propos  avec  celui  de  Pythagore  par  les 
astrologues,  magiciens,  théurges ,  alchimistes ,  cabbalistes  et 
démonologues  de  toute  race,  servit  à  couvrir  les  plus  rares 
inepties  qu'aient  jamais  produites  des  cerveaux  enivrés  de  mys- 
tère. Toutes  ces  âmes  en  disponibilité  que  le  Démiurge  sème  à 
pleines  mains  dans  le  monde  deviendront  des  génies,  des  volon- 
tés agissantes,  dont  l'obsédante  intrusion  remplacera,  pour  des 
esprits  redescendus  au  niveau  intellectuel  des  primitifs,  la  notion 
de  loi  naturelle  *. 


1.  Les  Saiaovs;  néo-platoniciens  sont  les  microbes  de  l'univers  :  tout  se 
fait  par  eux  et  ils  se  logent  jusque  dans  nos  organes,  où  ils  causent  toute 
espèce  de  troubles  (è'v  te  tcôXeui  xal  e6vsaiv  oXoiî  xal  iôt'a  ÉxâaTti)  twv  àvOpwTuv, 
Hermipp.,  1,  16,  p.  2o  Kroll) — Ttâda  yàp  -coO  xôtijiou  [xepii;  TtX/ipfiî  ia-zl  ^j^u/wv  [ispi- 
xwv...  a'jv£Tro[jLÉvwv  toî;  Sa{[j.oatv  (ProcL,  }n  Tim.,  p.  333  A).  11  n'y  a  plus  de  lois 
naturelles.  Un  enfant  ne  saurait  arriver  à  terme  sans  prières  et  incantations  : 
Proclus  (dans  les  Anal,  sacr.,  V,  2,  pp.  177-178  Pitra)  se  rencontre  ici  avec  les 
Toumboulous  de  Célèbes  {Internat.  Arcliiv  fUr  Ethnographie,  VIII  [1895], 
pp.  89-109),  et  on  peut  bien  l'appeler  un  «  régressif  ».  A  plus  forte  raison 
n'y  a-t-il  plus  de  lois  mécaniques  dans  les  sphères  supérieures.  Proclus 
soutient  qu'il  n'est  besoin  ni  d'excentriques  ni  d'épicycles  pour  expliquer  les 
stations  et  rétrogradations  des  planètes  :  elles  marchent  ainsi  parce  qu'elles 
le  veulent  (oti  Taû-ca  poûXsTat  8i'  éauTÛv)  ;  ce  sont  des  dieux,  et  non  pas  des 
machines  (Procl.,  In  Tim.,  p.  278  D).  Il  refuse  de  croire  à  la  précession  des 
équinoxes,  qui  oblige  à  supposer  que  la  sphère  des  fixes  rétrograde  lente- 
ment, parce  que,  comme  les  planètes,  les  étoiles  connaissent  leur  devoir, 
qui  est  de  marcher  dans  le  sens  «  du  même  »  ;  et,  au  surplus,  Proclus  a  des 
oracles  à  opposer  à  Ilipparque  et  à  Ptolémée  (Procl.  in  Anal,  sacr.,  V,  2, 
p.  77  Pitra;  In  Tim.,  p.  278  D-F;  cf.  ci-après,  ch.  iv).  Est-il  exagéré  de  dire 
qu'un  sauvage  raisonnerait  de  même  ?  Plus  tard,  au  moyen  âge  byzantin, 
la  démonologie  platonicienne  et  chrétienne  mélangée  (voy.  le  Ilepl  èvsp- 
Yciaç  Saijxôvwv  de  Psellus  [éd.  Boissonade,  Norimberg.  1838],  commentateur 
du  Timée  et  des  «  Oracles  chaldaïques  »)  conduit  aux  extravagances  énormes, 
à  ridée  que  le  Soleil  a  une  chair  et  une  forme  humaines  (àvOpwTTÔaapxoî  xal 
àv6pw7to[jLÎ[iT,TOî),  qu'il  est  habillé,  déshabillé,  mené  par  15,000  anges,  etc. 
(Vassiliev,  ^«ecfZ.  f/raeco-byzant.  Mosquae,  1893,  pp.  184  suiv.).  Enfin,  Platon, 
avec  ses  étymologies  baroques,  dont  les  plus  connues  sont  dans  le  Cratyle,  a 
aflermi  l'idée  qui  est  au  fond  de  toutes  les  conjurations  magiques  et  d'où  est 

sortie  l'onomatomancie  (ci-après,  ch.  xv),  à  savoir  que  les  noms  des  objets 
contiennent  la  définition,  la  nature  (sûctiî),  le  type  substantiel  de  ces  objets. 

Platon  disait  que  ces  noms  avaient  été  imposés  uirô  Osto-rÉpa?  Suvâaswi;  f,  xr,^ 


ARISTOTE  25 

Mais  laissons-là  le  Timée  et  ses  commentateurs.  C'est  le  pla- 
tonisme tout  entier  qui  est  prêt  à  se  convertir  en  astrologie.  Le 
ciel  de  Platon  est  couvert  des  modèles  de  tout  ce  qui  existe  sur 
la  terre,  modèles  copiés  eux-mêmes  sur  les  Idées  divines.  Toute 
la  machine  est  une  vaste  roulette,  dont  l'axe,  un  fuseau  d'acier, 
repose  sur  les  genoux  de  la  Nécessité,  et  c'est  de  là  que  tombent 
sur  terre  les  âmes  déjà  criblées,  triées,  estampillées  par  le  mou- 
vement des  orbes  qui  tournent  à  l'intérieur  avec  un  ronflement 
sonore  et  les  font  vibrer  à  l'unisson  de  leur  éternelle  harmonie  ', 
Platon  parle  déjà  comme  un  astrologue  quand  il  dit,  dans  le  Ban- 
quet, que  le  sexe  masculin  est  produit  par  le  Soleil,  le  féminin  par 
la  Terre,  et  que  la  Lune  participe  des  deux  ^ 

Nous  pourrions  sans  inconvénient  éliminer  Aristote  de  la  liste 
des  précurseurs  de  l'astrologie,  si  ce  prince  de  la  science  antique 
n'était  de  ceux  avec  lesquels  toute  doctrine  a  dû  chercher  des 
accommodements.  C'est  Aristote  qui  a  fixé  pour  des  siècles  la 
théorie  des  propriétés  élémentaires  de  la  matière,  théorie  qui  fait 
le  fond  de  la  physique  astrologique  de  Ptolémée  et  lui  permet 
d'expliquer  scientifiquement  la  nature  des  influences  astrales. 
Aristote  accepte  les  quatre  éléments  déclarés  corps  simples  par 
Empédocle,  mais  en  les  considérant  chacun  comme  un  couple  de 
qualités  sensibles  à  choisir  dans  les  quatre  que  révèle  le  sens  du 
toucher,  c'est-à-dire  le  chaud,  le  froid,  le  sec  et  l'humide.  Ainsi, 
l'union  du  chaud  et  du  sec  produit  le  feu;  celle  du  chaud  et  de 
l'humide,  l'air  ;  celle  du  froid  et  de  l'humide,  l'eau  ;  celle  du  froid 
et  du  sec,  la  terre.  Ce  sont  là  toutes  les  combinaisons  possibles, 

Twv  dtvOpiirwv  et  conformes  à  la  réalité  :  'jûjiv  ôvojxaxwv  oîxst'av  toTî  Trpâvaamv 
sjpÉaOat  (ap.  Euseb.,  Praep.  Evang.,  XI,  6,  27-41).  Contestée  pour  le  grec  — 
et  niée  d'une  façon  générale  par  la  science  moderne  (Cf.  M.  Bréal,  Sémantique, 
p.  277),  —  cette  proposition  devint  évidente  aux  yeux  des  juifs  et  des  chrétiens 
pour  l'hébreu  (Euseb.,  loc.  cit.),  soi-disant  langue  révélée.  De  là  la  puissance 
des  noms  hébraïques  (ou  chaldéens,  égyptiens,  etc.,  suivant  les  croyances) 
dans  les  formules  de  conjuration.  Le  platonisme  a  été  une  barrière  opposée  à 
l'esprit  scicntiflque  ;  mais  Platon,  il  est  juste  de  le  reconnaître,  ne  pouvait 
pas  prévoir  que  chacune  de  ses  paroles  passerait  pour  un  oracle.  11  est 
devenu  plus  «  divin  »  qu'il  ne  s'y  attendait  et  n'aurait  peut-être  pas  été  très 
fier  de  ses  adorateurs. 

i,  I/'AviyxT.,  suivant  Proclus  [Anal,  sacr.,  V,  2,  pp.  97-98  et  137  Pitra),  c'est 
Lachesis;  les  âmes  envoyées  par  elle  sont  pourvues  par  Clotho  (sphère  des 
fixes)  d'une  trame  de  destinée  encore  souple,  qui  se  fige  et  devient  immuable 
(Atropos)  par  l'intervention  des  mouvements  planétaires;  d'où  il  appert  que 
les  «  Chaldéens  et  Égyptiens  »  ont  raison  de  consulter  à  la  fois  les  signes  du 
Zodiaque  et  les  planètes. 

2.  Plat.,  Sympos.,  p.  190  A. 


26  CHAP.  I.  LES    PRÉCURSEURS 

celles  du  chaud  et  du  froid  ou  du  sec  et  de  l'humide  n'aboutis- 
sant qu'à  une  simple  soustraction  d'énergie.  Chacune  des  pro- 
priétés couplées  pouvant  se  découpler  pour  entrer  dans  une  autre 
association  binaire,  les  éléments  peuvent  se  transformer  les  uns 
dans  les  autres  ^  ;  proposition  de  grande  conséquence,  car  l'affir- 
mation contraire  eût  pu  décourager  non  pas  les  astrologues, 
qui  trouvent  à  glaner  dans  tous  les  systèmes,  mais  les  alchi- 
mistes. Aristote  assure  ainsi  à  sa  doctrine  les  avantages  de  deux 
conceptions  jusque-là  opposées,  de  celle  qui  affirmait  l'unité 
de  la  substance  comme  de  celle  qui  tenait  pour  la  diversité 
qualitative  des  éléments.  Le  froid,  le  chaud,  le  sec  et  l'humide 
reviendront  à  satiété  dans  la  dialectique  des  astrologues  qui 
cherchent  à  déguiser  le  caractère  religieux  de  l'astrologie,  car 
c'est  là  qu'aboutit  chez  eux  tout  raisonnement  sur  les  causes 
premières. 

La  cosmographie  d'Aristote  '  est  à  la  hauteur  de  la  science 
astronomique  de  son  temps.  Il  en  a  éliminé  la  cosmogonie,  en 
soutenant  que  le  monde  n'a  pas  eu  de  commencement  ;  pour  le 
reste,  il  a  adopté,  en  le  retouchant  de  son  mieux,  le  système  des 
sphères,  imaginé  jadis  par  les  physiciens  d'Ionie,  développé  par 
Eudoxe  et  Callippe.  Il  l'a  débarrassé  de  l'harmonie  musicale  des 
Pythagoriciens,  et  il  a  relâché  autant  qu'il  l'a  pu  les  liens  de  soli- 
darité qu'il  trouva  établis  entre  les  générations  terrestres  et  les 
astres,  en  s'insurgeant  contre  la  tyrannie  des  nombres  et  des 
figures  géométriques,  en  attribuant  à  tout  ce  qui  vit  une  âme 
locale,  un  moteur  propre,  qui  contient  en  soi  sa  raison  d'être  et 
poursuit  ses  fins  particulières.  L'esprit  général  de  la  philosophie 
péripatéticienne,  qui  est  de  substituer  partout  le  vouloir  à  l'im- 


1.  Excepté  un  cinquième  élément  (quinte  essence,  tteîxztti  oOala)  dont  sont 
faits  les  astres  (ci-après,  p.  27). 

2.  Cf.  Pluzanski,  Aristotelea  de  natura  astrorum  ejusque  vices  apiid  philo- 
phos  tum  antiquos,  tum  medii  aevi.  Lutet.  Paris.,  1887  ;  revue  générale  de  tous 
les  systèmes  cosmographiques.  L'auteur  exagère  quand  il  dit  (p.  132)  qu'avec 
ses  astres  animés  et  éternellement  incorruptibles,  Aristote  «  suit  et  amplifie 
les  erreurs  de  Platon  ».  Aristote  n'a  pas  engendré  une  lignée  de  mystiques. 
Voy.  ci-après  (ch.  iv)  la  discussion  relative  à  l'unité  de  mouvement  dans 
le  monde.  Tout  mouvement  dérivant  du  premier  moteur  (Dieu),  qui  fait 
tourner  le  «  premier  mobile  »  (la  sphère  des  fixes)  d'Orient  en  Occident,  la 
difficulté  était  d'expliquer  le  mouvement  inverse  des  planètes  par  l'indocilité 
ou  la  résistance  de  la  matière.  Aristote  employait  pour  cela  47  (ou  même, 
suivant  certains,  SS)  sphères,  parce  qu'il  se  refusait  à  admettre  des  mouve- 
ments qui  ne  fussent  pas  à  la  fois  circulaires  (dogme  pythagoricien)  et  de 
vitesse  constante  (ô[JLaXo{). 


ARISTOTE  2-7 

pulsion  mécanique,  la  cause  finale  à  la  cause  efficiente  *,  est  au 
fond  —  et  c'est  en  cela  qu'il  est  socratique  —  le  contre-pied  de 
l'esprit  scientifique.  Comme  tel,  il  n'était  pas  favorable  à  l'astro- 
logie sous  forme  de  science  exacte,  toute  spontanéité  ayant  pour 
effet  de  déranger  les  calculs  mathématiques  ;  et,  d'autre  part,  il 
n'aimait  pas  le  mystère,  l'incompréhensible.  Théophraste,  qui  fut 
un  des  premiers  à  entendre  parler  de  l'astrologie  chaldéenne 
enseignée  par  Bérose,  ne  paraît  pas  l'avoir  prise  au  sérieux.  Il 
trouvait  «  merveilleuse  »  cette  façon  de  prédire  «  la  vie  de  cha- 
cun et  la  mort,  et  non  des  choses  communes  simplement  ^  »  ; 
mais  on  sait  ce  que  signifie  «  merveilleux  »  sous  la  plume  d'un 
péripatéticien.  Cependant,  en  dépit  de  la  ligne  de  démarcation 
tracée  par  l'école  d'Aristote  entre  le  monde  supérieur,  incorrup- 
tible et  immuable,  et  le  monde  sublunaire,  en  dépit  de  la  «  quinte 
essence  »  ou  élément  spécial  aux  corps  célestes,  les  astrologues 
réussirent  à  ne  pas  se  brouiller  avec  Aristote.  Ils  purent,  là  comme 
ailleurs,  prendre  ce  qui  leur  était  utile  et  négliger  le  reste  ^. 


1.  C'est  Aristote  qui  a  formulé  ainsi  l'axiome  téléologique  :  o  ôeè;  xat  r, 
(pûjtî  oùSèv  [xacTT.v  Tcoioûatv  (De  caelo,  I,  4). 

2.  Bau[xa<nwTâT7iv  Se  etvai  (sr^ai/  ô  Heô'jpaatoî  iv  toï;  icat'  aÙTÔv  j^pôvotî  t->,v 
xûv XaXSaiuv  TEol  Taûta  9£(i)p(av,  xâ  ts  iSXXa  TrpoXéyouaav  vcal  toùî  ^iouç  î%i- 
axwv  xal  xo'jî  Oavâxôuç,  xal  où  xà  xoivà  [idvov,  otov  )^£t[iwvai;  xal  eùSta;, 
xxX.  (Proclus,/n  Tim.,  p.  285  F).  Texte  précieux,  comme  preuve  que  la  généth- 
lialogie  a  précédé  en  Grèce  la  méthode  des  xaxap/at  (ci-après,  ch.  m,  xiii  et 
xiv).  Théophraste  s'occupant  de  météorologie  (èv  xîi  -irspi  uT.asîiov  piêXw)  voulait 
peut-être  bien  croire  que  l'apparition  de  Mercure  en  hiver  présageait  du  froid, 
et  en  été  de  la  chaleur  —  ce  qui  paraît  déjà  suspect  d'ironie;  —  mais,  quoi 
qu'en  pense  Proclus,  je  doute  fort  qu'il  ait  «  admiré  »  le  reste.  Théophraste, 
qui  raille  si  bien  la  SsiT'.Satjxovb  [Charact.  16),  faisait  bon  marché  des  causes 
occultes. 

3.  L'hypothèse  de  la  TrÉfXTïXTi  (ou  parfois  itpwxiri)  oùuia  allait  directement 
contre  la  théorie  de  l'dtirôppoia  ;  mais  on  n'en  avait  pas  besoin  pour  maintenir 
la  distinction,  devenue  classique  après  Aristote,  du  monde  éthéré  et  du  monde 
sublunaire.  Celle-ci  non  plus  ne  paraissait  pas  rompre  l'unité  du  monde.  Il 
suffisait  aux  astrologues  que  l'agitation  du  monde  sublunaire  fût  causée  par 
le  mouvement  des  astres.  Les  astrologues  de  la  Renaissance,  qui  veulent  rester 
fidèles  à  Aristote,  n'osent  plus  guère  parler  de  l'à-irôppota  et  se  contentent  de  la 
x(vT,jiî.  Us  auraient  été  moins  embarrassés  s'ils  avaient  su  qu'un  jour  vien- 
drait où,  pour  la  lumière,  la  théorie  de  l'ondulation  (par  xtvTjiJt;)  supplanterait 
la  théorie  de  l'émission  (àuoppoia).  En  attendant,  Fr.  Boll  a  tort  de  pré- 
tendre que  «  la  construction  aristotélique  du  monde  était  en  soi  très  favo- 
rable à  l'astrologie  »  {Studien  ilber  Cl.  Plolemuus  [voy.  Bibliographie],  p.  161). 
Les  platoniciens,  qui  rejetaient  la  quinte  essence  (Proclus,  In  Tim.,  p.  274  D), 
ou  les  stoïciens,  qui,  tout  en  parlant  d'éther  et  de  monde  supérieur  (cf.  Cic, 
Nul.  Deor.,  II,  21),  admettaient  la  nutrition  des  astres  par  les  vapeurs  de  la 
Terre  (voy.  ci-après),  étaient  pour  les  astrologues  des  alliés  plus  sûrs. 


28  CHAP.    I.  LES    PRÉCURSEURS 

Il  n'y  a  pas  lieu  de  s'arrêter  à  la  physique  épicurienne,  qui 
n'est  autre  que  l'atomisme  rétréci  à  la  mesure  socratique,  c'est-à- 
dire  vu  du  côté  qui  intéresse  l'homme  et  la  morale.  Notons  seule- 
ment que  les  épicuriens,  qui,  par  souci  du  libre  arbitre,  rejetaient 
toute  espèce  de  divination,  n'ont  jamais  voulu  pactiser  avec  l'as- 
trologie. Son  fatalisme  ne  leur  disait  rien  qui  vaille  ;  d'autre  part, 
ils  n'entendaient  rien  à  l'astronomie,  et  leur  esprit  était  absolu- 
ment fermé  aux  mathématiques  pythagoriciennes  *.  Nous  voici 
au  seuil  de  l'école,  socratique  aussi  et  moraliste  à  outrance,  qui, 
précisément  pour  cette  raison,  a  cru  trouver  dans  l'astrologie 
toute  la  somme  d'utilité  que  peut  contenir  la  science  des  mouve- 
ments célestes,  l'école  stoïcienne. 

Les  fondateurs  de  cette  école,  Zenon  et  Chrysippe,  en  quête 
d'une  physique  susceptible  d'être  convertie  en  morale,  choisirent 
celle  d'Heraclite,  rajeunie  par  quelques  retouches  empruntées  à 
celle  d'Aristote  ^.  Ils  eurent  soin  de  n'y  pas  laisser  entrer  les 
abstractions  pythagoriciennes  ou  les  essences  spirituelles  que 
Platon  associait,  qu'Aristote  combinait  avec  les  corps.  Ils  répé- 
taient à  tout  propos,  comme  leurs  confrères  cyniques  ou  épicu- 
riens, que  tout  ce  qui  existe  est  corporel  et  nous  est  connu  par 
contact  avec  les  organes  des  sens,  chacun  des  sens  étant  ébranlé 
par  les  particules  semblables  à  celles  dont  il  est  lui-même  com- 
posé. Ils  arrivaient  ainsi  par  le  chemin  le  plus  court  au  rendez- 
vous  de  toutes  les  philosophies  socratiques,  à  la  théorie  de 
l'homme  microcosme,  image  et  abrégé  du  monde,  car  nous  ne 
connaîtrions  pas  le  monde  si  nous  n'étions  pas  faits  comme  lui. 
Pour  eux  aussi,  l'homme  est  la  mesure  de  toutes  choses.  Si 
l'homme  est  semblable  au  monde,  le  monde  est  semblable  à 
l'homme.  C'est  donc  un  être  vivant,  doué  de  sensibilité  et  de 
raison,  sensibilité  et  raison  infusées  dans  la  masse  de  son  être 


1.  L'astrologie  n'avait  pas  prise  sur  des  gens  qui  disaient  acervum  stella- 
rtim  sine  causa  e*se(Serv.,  Georg.,  I,  232).  Épicure  passait  pour  avoir  été 
d'une  ignorance  crasse  en  astronomie  (voy.  Cleomed.,  Cycl.  tlieor.,  II,  1  et 
ci-dessus,  p.  10,  2)  ;  il  était  surtout  indifférent,  acceptant  toutes  les  explications 
comme  possibles,  et  traitant  de  charlatans  ceux  qui  prétendaient  connaître 
la  vraie  (Diog.  L.,  X,  113-114). 

2.  Ils  admettaient  une  stratification  mécanique  des  quatre  (ou  cinq)  éléments 
par  ordre  de  densité,  puis  une  accommodation  de  l'œuvre  de  la  cpûacî  par  la 
Trpovoia,  qui,  par  exemple,  avait  bossue  la  Terre  pour  la  mettre  en  contact 
avec  l'air,  en  faisant  entrer  l'eau  dans  ses  cavités.  Cf.  A.  Hâbler,  Zur  Cosmo- 
gonie der  Stoiker  [Jahrbb.  f.  Pftilol.,  1893,  pp.  298-300).  On  sait  à  quel  point 
les  stoïciens  étaient  préoccupés  du  «  but  »  dans  tout  le  détail  du  v.6a\ioi  :  la 
téléologie  stoïcienne  est  une  des  plus  naïves  qui  soit. 


LES    STOÏCIENS  29 

SOUS  forme  de  molécules  subtiles,  ignées  ou  aériennes,  et  établis- 
sant entre  tous  ses  membres  une  sympathie  parfaite.  Cette  sym- 
pathie n'a  nullement  le  caractère  d'un  pouvoir  occulte,  d'une 
faculté  mystérieuse  :  elle  est  la  conséquence  mécanique  du  fait 
qu'il  n'y  a  point  de  vide  dans  la  Nature  et  que  le  mouvement  de 
Tune  quelconque  des  parties  de  l'Être  doit  avoir  sa  répercus- 
sion dans  le  monde  entier.  On  n'oubliait  plus  ce  dogme  de  la 
sympathie  universelle  quand  on  avait  entendu  dire  à  un  stoïcien 
qu'un  doigt  remué  modifie  l'équilibre  de  l'univers. 

Nous  n'avons  pas  à  expliquer  comment,  à  force  de  contradic- 
tions et  de  paradoxes  soutenus  avec  l'entêtement  des  gens  qui 
ont  leur  but  marqué  d'avance,  les  Stoïciens  parvinrent  à  tirer  de 
ce  réalisme  grossier  une  morale  très  pure.  Ceux-là  seuls  peuvent 
s'en  étonner  qui,  dupes  du  son  des  mots,  croient  la  dignité  de 
l'homme  attachée  à  la  distinction  de  deux  substances  dotées  de 
qualités  contraires.  Ne  disons  pas  que  cette  morale  était  imprati- 
cable, puisqu'il  y  a  eu  un  Épictète  et  un  Marc-Aurèle;  et  surtout 
n'oublions  pas  que  les  premiers  Stoïciens,  reprenant  le  rêve  de 
Platon,  ont  caressé  l'espoir  de  l'imposer  aux  peuples  en  y  conver- 
tissant les  rois.  Le  stoïcisme  à  ses  débuts  ne  resta  pas  enfermé 
dans  l'école  :  il  fit  du  bruit  dans  le  monde,  et  il  faut  s'en  sou- 
venir pour  apprécier  la  somme  d'influence  qu'il  put  mettre  au 
service  de  l'astrologie.  Il  fut  un  temps  où  les  parvenus  qui 
s'étaient  taillé  des  royaumes  dans  l'empire  d'Alexandre  eurent 
comme  une  velléité  de  se  mettre  à  l'école  des  Stoïciens,  qui 
étaient  alors  —  on  n'en  saurait  douter  à  ce  signe  —  les  philo- 
sophes à  la  mode.  Antigone  Gonatas  était  en  correspondance  avec 
Zenon;  il  assistait  parfois  aux  leçons  du  philosophe,  et  il  fit 
venir  à  Pella,  à  défaut  du  maître,  deux  de  ses  disciples.  L'un 
d'eux,  Persœos,  devint  le  précepteur  du  prince  royal  Halcyoneus. 
Sphaeros,  disciple  de  Cléanthe,  avait  été  appelé  à  Alexandrie  par 
Ptolémée  lll  Êvergète  avant  de  devenir  le  conseiller  intime  du 
roi  réformateur,  Cléomène  de  Sparte.  Ces  prédicateurs  de  cour, 
persuadés  que  le  Sage  sait  tout,  écrivaient  à  l'envi  des  traités  Su7' 
la  Royauté  pour  enseigner  l'art  de  régner  philosophiquement  *. 

l.  Les  Péripatéticiens,  à  commencer  par  Aristote,  auteur  d'un  Ilspl  paîi^eta; 
adressé  à  Alexandre,  avaient  donné  l'exemple.  Straton  de  Lampsaque, 
appelé  à  Alexandrie  comme  précepteur  de  Ptolémée  Philadelphe,  avait  écrit 
deux  traités  :  IIspl  ^aïi^sfaî  et  IIspl  padiXéwi;  çiXouôtpou.  On  cite 
des  traités  Ilspi  paiitX6(aî  de  Persseos,  de  Cléanthe,  de  Sphœros.  Pour 
Sphœros,  s'il  est  allé,  comme  le  dit  Diogène  Laërce  (VII,  6,  2),  icpôî  nToXciAatov 
x6v  <I>'.Xoi:  i-co  pa,  ce  ne  pourrait  être  que  comme  précepteur  de  ce  fils 


30  CHAP.  I.  —  LES   PRÉCURSEURS 

Dans  cet  art  entrait  le  respect  de  la  religion  populaire,  et 
surtout  des  habitudes  auxquelles  le  vulgaire  tenait  le  plus,  c'est- 
à-dire  des  divers  procédés  divinatoires  usités  pour  entrer  en 
communication  avec  les  dieux.  Jusqu'à  quel  point  étaient-ils  en 
cela  sincères  avec  eux-mêmes,  nous  ne  saurions  le  dire;  car,  s'ils 
n'avaient  pas  la  foi  naïve  du  peuple,  ils  croyaient  bon  tout  ce  qui 
est  utile  à  la  morale,  et  la  religion,  convenablement  expurgée, 
leur  paraissait  la  forme  d'enseignement  moral  appropriée  à 
l'intelligence  populaire.  Le  mythe,  l'allégorie,  la  parabole,  n'est 
pas  un  mensonge,  pensaient-ils  après  bien  d'autres,  mais  seule- 
ment le  voile  plus  ou  moins  transparent  de  la  vérité,  qui  ne  serait 
pas  accueillie  toute  nue.  Les  Stoïciens  travaillèrent  consciencieu- 
sement à  soulever  le  voile  pour  les  initiés,  et  ils  firent  au  cours 
de  leur  exégèse  des  trouvailles  qui  serviront  d'excuse,  après 
avoir  servi  d'exemple,  à  nos  mythographes  d'aujourd'hui.  Nous 
ne  relèverons  que  l'explication  des  mythes  d'origine  sidérale. 
Ils  n'en  vinrent  peut-être  pas  tout  de  suite  à  découvrir  que 
la  lutte  des  dieux  homériques  était  le  souvenir  défiguré  d'une 
conjonction  des  sept  planètes  *  ;  mais  on  ne  douta  plus  après  eux 
qu'Apollon  ne  fût  le  Soleil  et  Artémis  la  Lune,  ou  encore  Athêna; 
qu'Apollon  ne  dût  le  surnom  de  Loxias  aussi  bien  à  l'obliquité 

d'Évergète.  Il  faut  dire,  pour  ne  rien  exagérer,  que  la  ferveur  philosophique 
des  rois  ne  dura  pas  longtemps  et  que  cette  prétention  de  leur  enseigner  leur 
métier  contribua  sans  doute  à  la  refroidir. 

1.  Opinion  citée  comme  «  plus  spécieuse  que  vraie  »  par  le  stoïcien  Heraclite 
(époque  d'Auguste)  dans  ses  Allégories  Homériques  (ch.  lui,  pp.  112-113 
Mehler)  :  son  opuscule  et  celui  de  Cornutus  sont  des  débris  de  l'immense 
«  littérature  »  théologique  des  Stoïciens,  qui  comptent  parmi  les  «  théolo- 
giens »  Eudoxe  et  Aratus  (Heraclit.,  op.  cit.,  ch.  xi.ix,  p.  105).  Homère  devient 
pour  eux  ce  qu'était  le  Timée  pour  les  platoniciens,  Homère,  que  Platon 
n'avait  pas  su  comprendre,  puisqu'il  le  chassait  de  sa  République.  Eux  en 
faisaient  un  livre  de  haute  moralité.  Des  gens  capables  de  découvrir  que  des 
satyres  violant  des  nymphes  symbolisent  le  conseil  de  mêler  de  l'eau  au  vin 
(Cornut.,  ch.  xxx,  p.  60  Lang)  étaient  vraiment  des  virtuoses.  En  fait  de  tours 
de  force  étymologiques,  ils  ont  imité  et  dépassé  Platon.  Voici  comment  Chry- 
sippe  expliquait  le  nom  de  Zeus  :  Zsù;  [lèv  ouv  œatvstat  wvo}j.ota6ai  à-nh  toû  nâat 
SsSw/évai  TÔ  ÇfjV  •  Aia  Se  aÙTÔv  XévouTiv  OTt  irivtwv  èutIv  aixtoî  "-tatt  St'  aùxôv 
TtivTa  (ap.  Stob.,  i^cZ.,  I,  2,  27).  Ou  bien  Zeùç  $<jTtv  i-nh  toû  Çf,v,  parce  qu'il 
avait  échappé  à  Kronos  (=  Xpôvoî)  et  était  à  l'abri  du  temps  (Anon.  ap. 
C.  Lang,  Cornuti  Theolog.,  Praef.,  p.  xin).  Cf.  les  étymologies  ap.  Euseb., 
Praep.  Evang..,  III,  11.  Des  esprits  aussi  dépourvus  de  sens  critique  étaient 
sans  défense  contre  les  associations  d'idées  astrologiques.  Dans  l'exégèse 
homérique,  ils  avaient  eu  des  prédécesseurs,  les  disciples  d'Anaxagore,  qui 
avaient  enrôlé  Homère  parmi  les  physiciens  (Diog.  L.,  II,  11.  Tatian.,  Adv. 
Graec,  21,  etc.). 


LES    STOÏCIENS  3i 

de  Técliptique  qu'à  l'obscurité  de  ses  oracles,  celui  de  Pythios  à 
la  putréfaction  que  cause  la  chaleur  humide  et  qu'arrête  la  cha- 
leur sèche.  Ils  enseignaient,  du  reste,  en  dehors  de  toute  allé- 
gorie, que  les  astres  sont  des  dieux  vivants,  bien  supérieurs  en 
intelligence  à  l'homme  et  agissant,  en  vertu  de  la  sympathie 
universelle,  sur  sa  destinée.  La  Terre  était  aussi  pour  eux  une 
déesse,  la  vénérable  Mère  des  Dieux,  Rhéa,  Démêler,  Hestia. 
Leur  foi,  sur  ce  point,  était  assez  sincère  pour  en.  devenir  into- 
lérante. Aristarque  de  Samos  s'étant  avisé  de  soutenir  que  la 
Terre  tournait  autour  du  Soleil,  Cléanthe,  alors  scolarque, 
l'accusa  d'impiété  et  voulut  le  faire  condamner  par  les  Athé- 
niens. On  sait  que  ceux-ci,  indulgents  pour  les  bouffonneries 
mythologiques,  ne  l'étaient  nullement  pour  les  «  athées  ».  Ce  sont 
peut  être  ces  clameurs  qui  ont  ajourné  à  près  de  vingt  siècles  le 
triomphe  des  idées  d'Aristarque  et  affermi  la  base  de  tous  les 
calculs  astrologiques  K 

Mais  ce  qui  prédestinait  tout  particulièrement  les  Stoïciens  à 
se  porter  garants  des  spéculations  astrologiques  et  à  leur  cher- 
cher des  raisons  démonstratives,  c'est  leur  foi  inébranlable  dans 
la  légitimité  de  la  divination,  dont  l'astrologie  n'est  qu'une  forme 
particulière.  Ils  n'ont  jamais  voulu  sortir  d'un  raisonnement  que 
leurs  adversaires  qualifiaient  de  cercle  vicieux  et  qu'on  peut 
résumer  ainsi  :  «  Si  les  dieux  existent,  ils  parlent;  or  ils  parlent, 
donc  ils  existent  ^  »  La  conception  d'êtres  supérieurement  intelli- 
gents, qui  se  seraient  interdit  de  communiquer  avec  l'homme, 
leur  paraissait  un  non-sens.  Mais,  tandis  que  le  vulgaire  ne 
cherche  à  connaître  l'avenir  que  pour  se  garer  des  dangers 
annoncés  et  tombe  dans  la  contradiction  qu'il  y  a  à  prétendre 
modifier  ce  qui  est  déjà  certain  au  moment  où  les  dieux  le  pré- 
voient, les  Stoïciens  s'épuisaient  eh  vains  efforts  pour  concilier 
la  logique,  qui  mène  tout  droit  au  fatalisme,  avec  le  sens  pra- 
tique, qui  demandait  à  la  divination  des  avertissements  utili- 


1.  Peut-être  les  Stoïciens  poussaient-ils  la  complaisance  jusqu'à  diviniser 
non  seulement  les  étoiles,  mais  les  figures  des  constellations  :  Singulas  enim 
stellas  numeras  deos  eosque  aut  beluarum  nomine  appellas,  ut  Capram,  ul 
Nepam,  ut  Taurum,  ut  Leonem,  etc.  (Cic.  Nat.  Deor.,  III,  16,  40). 

2.  Ce  raisonnement  est  «  la  citadelle  »  des  Stoïciens,  qui  ista  sic  reciprocan- 
tur,  ut  et  si  clivinatio  sit,  di  sint,  et  si  di  sint,  sit  divinatio  (Cic,  Divin.,  I,  6). 
Si  di  sunt,  est  divinatio;  stint  autem  di,  est  ergo  divinatio  (II,  17);  autrement, 
les  dieux  ou  ignoreraient  l'avenir,  ou  n'aimeraient  pas  les  hommes,  à  qui  la 
divination  est  utile.  Restait  à  prouver  que  la  divination  est  utile  (cf.  ci- 
après,  p.  33). 


32  CHAP.   1.   LES    PRÉCURSEURS 

sables.  Si  l'avenir  est  conditionnel,  il  ne  peut  être  prévu  :  s'il 
pouvait  être  prévu,  c'est  que  les  conditions  pourraient  l'être 
également,  auquel  cas  il  n'y  aurait  plus  de  place  parmi  elles 
pour  les  actes  libres,  la  liberté  échappant  par  définition  à  la 
nécessité  d'aboutir  à  une  décision  marquée  d'avance.  Cet  argu- 
ment, qui  tourmente  encore  les  métaphysiciens  d'aujourd'hui, 
acquérait  une  énergie  singulière  dans  le  système  de  la  sympa- 
thie universelle.  Qu'un  seul  acte  libre  vînt  à  se  glisser  dans  la 
série  des  causes  et  effets,  et  la  destinée  du  monde,  déviée  par 
cette  poussée  imprévue,  s'engageait  dans  des  voies  où  l'intelli- 
gence divine  elle-même  ne  pouvait  plus  la  précéder,  mais  seule- 
ment la  suivre  * . 

Les  Stoïciens  ont  vaillamment  accepté  ces  conséquences  de 
leurs  propres  principes.  Ils  s'en  servaient  pour  démontrer  la 
réalité  de  la  Providence,  la  certitude  de  la  divination,  et  ils 
s'extasiaient  à  tout  propos  sur  le  bel  ordre  du  monde,  dû  à 
l'accomplissement  ponctuel  d'un  plan  divin,  aussi  immuable  que 
sage.  Mais  ils  n'en  étaient  pas  moins  décidés  à  rejeter  les  consé- 
quences morales  du  fatalisme,  surtout  le  «  raisonnement  pares- 
seux »  (àpyoç  XÔYOî),qui  concluait  toujours  à  laisser  faire  l'inévita- 
ble destinée.  Chrysippe  fit  des  prodiges  d'ingéniosité  pour  desser- 
rer, sans  les  rompre,  les  liens  de  la  Nécessité,  distinguant  entre  la 
nécessité  proprement  dite  (àvaY^v^)  et  la  prédestination  (elfjiapjjtâvri 
-  TOTrpw[i.Év7;),  entre  les  causes  «  parfaites  et  principales  »  et  les 
causes  «  adjuvantes  »,  entre  les  choses  fatales  en  soi  et  les  choses 
«  confatales  »  ou  fatales  par  association  ;  cherchant  à  distinguer, 
au  point  de  vue  de  la  fatalité,  entre  le  passé,  dont  le  contraire 
est  actuellement  impossible,  et  l'avenir,  dont  le  contraire  est 
impossible  aussi,  en  fait,  mais  peut  être  conçu  comme  possible  ^. 
En  fin  de  compte,  l'école  stoïcienne  ne  réussit  à  sauver  que  la 
liberté  du  Sage,  laquelle  consiste  à  vouloir  librement  ce  que  veut 
l'Intelligence  universelle.  Le  Sage  exerce  d'autant  mieux  cette 
liberté  qu'il  connaît  mieux  et  plus  longtemps  d'avance  le  plan 
divin.  Il  peut  ainsi  marcher,  comme  le  dit  Sénèque  '',  au  lieu  d'être 
traîné,  dans  la  voie  tracée  par  le  destin.  Les  astrologues,  qui 


1 .  La  fatalité  comprend  les  actes  «  des  dieux  »  et  de  Dieu  lui-même,  lequel 
sanpsit  quidam  fala,  sed  sequilia-  :  semper  paret,  semel  jtissit  (Senec,  De 
l'rovid.,  5). 

2.  Chrysippe  n'a  rien  laissé  à  inventer  aux  théologiens  du  xvr  et  du 
xvii°  siècles  disputant  sur  le  libre  arbitre  et  la  grâce. 

3.  Ducunt  volentem  fata,  nolentem  trahunt  (Senec,  Episl.  cvii,  11,  d'après 
Cléanthe). 


LES    STOÏCIENS  33 

avaient  à  satisfaire  une  clientèle  moins  résignée,  se  montrèrent 
plus  accommodants  K  Mais  ils  ne  devaient  pas  non  plus,  sous 
peine  de  rendre  leurs  prédictions  hasardeuses  et  problématiques, 
exagérer  la  plasticité  du  Destin.  Ils  tenaient  en  réserve,  comme 
dernier  recours  contre  les  objections  trop  pressantes,  la  résigna- 
tion sereine  des  Stoïciens.  Le  grand  docteur  de  l'astrologie, 
Ptolémée,  après  avoir  accordé  une  certaine  marge  à  la  liberté 
humaine  quand  il  s'agit  non  de  nécessité  absolue,  mais  de  pré- 
destination, conclut  en  disant  :  «  Et  même  s'il  s'agit  de  choses 
devant  arriver  nécessairement,  n'oublions  pas  que  l'imprévu 
amène  des  excès  de  trouble  ou  de  joie  ;  tandis  que  savoir 
d'avance  habitue  et  apaise  l'âme,  en  lui  faisant  considérer  comme 
présent  un  avenir  éloigné,  et  la  prépare  à  accepter  en  paix  et 
tranquillité  tout  ce  qui  doit  advenir  ^  » 

Nous  aurons  tout  le  temps  d'apprécier  la  part  considérable  que 
prirent  les  Stoïciens  à  l'élaboration  des  dogmes  astrologiques  en 
exposant  ces  dogmes  eux-mêmes.  Il  serait  plus  difficile  d'estimer 
l'influence  que  put  exercer  en  retour  sur  le  stoïcisme  l'astrolo- 
gie, importée  en  Grèce  au  moment  même  où  la  philosophie  du 
Portique  était  dans  sa  période  de  formation  ^.  Mais  c'est  là  une 
question  à  renvoyer  aux  historiens  de  la  philosophie.  Ce  qui  est 
certain,  c'est  que  Chrysippe  reconnaissait  dans  les  «  Chaldéens  » 
des  alliés  ;  qu'il  leur  empruntait  des  exemples  de  problèmes  fata- 

1.  Voy.,  sur  le  fatalisme  astrologique,  le  ch.  xvi,  où  nous  serons  plus  à 
même  d'examiner  les  concessions  faites  par  les  astrologues. 

2.  Tetrab.,  I,  3.  —  Quae  multo  ante  praevisa  sttnt,  languidius  incurrunt  (Sen., 
Consol.  ad  Marc,  9). 

3.  La  doctrine  stoïcienne  de  riicoxaTotjTaai;,  ou  rénovation  périodique  du 
monde  par  déflagration  (sxTttJpwa'.î)  ou  par  déluge  (xaTaxXuajxôî),  au  bout 
d'une  «  grande  année  »,  peut  sans  doute  remonter  à  Heraclite  et  aux  Pytha- 
goriciens ;  mais  l'idée  que  le  monde  renouvelé  doit  reproduire  exactement  le 
précédent  pourrait  bien  être  de  provenance  astrologique.  Genethliaci  quidam 
scrvpserunt  esse  in  renascendis  hominibus  quam  appellant  r.xX'.yyt'^zu  iai^/ 
Graeci...  ut  idem  corpus  et  eadem  anima...  rursus  redeant  in  conjunctionem 
(Varr.  ap.  Augustin.,  Civ.  Dei,  XXII,  28).  Il  est  diflicile  de  savoir  qui  prête  ici 
et  qui  emprunte.  En  tout  cas,  les  astrologues  se  prévalaient  de  l'iTroxaTâj- 
xar.;  (cf.  Firraic,  III,  1  Kroll,  qui  ajoute  le  diluvium  à  la  pyrosis),  et  les  Stoï- 
ciens invoquaient  l'autorité  de  Bérose,  qui  assignait  pour  cause  à  la  défla- 
gration la  réunion  des  planètes  dans  le  Cancer,  et  au  déluge  leur  réunion 
dans  le  Capricorne  (Senec,  Q.  Nal.,  III,  29.  Cf.  ci-après,  ch.  ii,  p.  39).  Le  stoï- 
cien Heraclite  (ch.  lui  :  cf.  ci-dessus,  p.  30,  1)  sait  que  la  conjonction  des 
sept  planètes  dans  un  même  signe  amènerait  une  aùyyuat.^  toû  irâvTo;.  Scaliger 
raconte  [Prolef/.  de  Astrol.  vett.  Graec,  fol.  a  3)  que,  les  astrologues  ayant 
annoncé  en  1579  la  conjonction  de  toutes  les  planètes  pour  le  mois  de  septem- 
bre 1586,  le  genre  humain  vécut  sept  ans  dans  la  terreur. 

3 


34  CHAP.    1.   LES    PRÉCURSEURS 

listes  et  retouchait  à  sa  façon,  pour  les  rendre  irréfutables,  les 
termes  de  certaines  propositions  astrologiques,  celle-ci,  par 
exemple,  que  rapporte  Cicéron  :  «  Si  quelqu'un  est  né  au  lever 
de  la  Canicule,  celui-là  ne  mourra  pas  en  mer  *  .»  Il  est  remar- 
quable que  la  vogue  du  Portique,  à  laquelle  nous  faisions  allusion 
tout  à  rheure,  coïncide  avec  la  diffusion  des  idées  que  le  Chal- 
déen  Bérose  apportait  alors  de  FOrient. 

Voulue  ou  non,  l'alliance  de  l'astrologie  et  du  stoïcisme  se  fit 
par  la  force  des  choses  ;  elle  se  fortifia  par  l'influence  réciproque 
que  ne  pouvaient  manquer  d'exercer  l'une  sur  l'autre  des  doc- 
trines également  préoccupées  de  savoir  et  de  prévoir.  Zenon  et 
Bérose  n'étaient  pas  seulement  contemporains.  S'il  est  vrai  qu'ils 
eurent  l'un  et  l'autre,  peut-être  de  leur  vivant,  leur  statue  à 
Athènes  ^  on  peut  dire  que  l'instinct  populaire  avait  deviné  ce  que 
nous  aurons  plus  de  peine  et  moins  de  grâce  à  démontrer. 


1.  Si  quis  oriente  Canicula  nalus  est,  is  in  mari  non  morielur.  Chrysippe, 
voulant  supprimer  ici  le  conditionnel,  docet  Chaldaeos  quo  pacto  eos  exponere 
praecepla  oporteat  (Cic,  De  fato,  6-8). 

2.  [Enituit]  astrologia  Berosus,  cui  ob  divinas  praedictiones  Athenienses  pu- 
bliée in  Gymnasio  statuam  inaurata  lingua  statuere  (Plin.,  VII,  §  123).  Pline 
ne  dit  pas  que  ce  fût  du  vivant  de  Bérose  ;  mais  on  voit  bien  qu'il  s'agit  d'un 
engouement  pour  une  nouveauté,  et  il  est  permis  de  croire  que  cet  engoue- 
ment n'est  pas  sans  rapport  avec  Tenthousiasme  pour  Zenon  (Diog.  Laërt., 
Vil,  6).  Le  stoïcisme,  du  reste,  est  presque  aussi  «  oriental  »  que  l'astrologie. 
Ses  fondateurs  sont  tous  des  Asiatiques  (cf.  ci-après,  ch.  xvi). 


CHAPITRE  II 


L'ASTROLOGIE   CUALDEENNE 


La  conquête  d'Alexandre  avait  abattu  les  barrières  qui  sépa- 
raient les  races  et  les  civilisations.  Les  vieux  peuples  qu'il  avait 
vaincus,  au  lieu  de  se  défendre  contre  la  curiosité  des  Grecs, 
trouvaient  une  consolation  patriotique  à  étaler  devant  eux  l'anti- 
quité de  leurs  traditions  et  à  les  traiter  comme  des  jeunes  gens 
qui  avaient  beaucoup  à  apprendre.  Les  Hellènes  se  prêtaient 
d'eux-mêmes  à  ce  rôle  de  néophytes  ;  ils  s'émerveillaient  de  bonne 
foi  devant  les  perspectives  que  leur  ouvraient  les  archives  sacer- 
dotales, et  leur  sens  critique  ne  se  révoltait  ni  contre  les  légendes 
les  plus  baroques  ni  contre  les  supputations  chronologiques  les 
plus  invraisemblables.  Toutes  ces  vieilleries  avaient  pour  eux  la 
saveur  de  la  nouveauté.  Ils  s'étonnaient  de  n'avoir  pas  su  plutôt 
à  quel  point  leurs  plus  lointains  souvenirs  étaient  récents  à  côté 
de  ceux-là,  et  ils  soupçonnaient  leurs  sages  et  «  amis  de  la 
sagesse  »  d'avoir  puisé  sans  le  dire  à  ces  trésors  d'expérience 
accumulée  *.  Les  prêtres  égyptiens  n'avaient  pas  eu  de  peine,  un 

1.  Cette  opinion,  qui  devint  banale  après  Alexandre,  s'est  manifestée  avant 
lui.  Hérodote  était  convaincu  que  môme  les  noms  des  dieux  grecs  venaient 
de  l'Egypte,  et  que  l'oracle  de  Dodone  avait  commandé  aux  Pélasges  de  les 
adopter  (H,  52).  C'est  Platon  surtout  qui  mit  à  la  mode  la  sagesse  barbare, 
celle  des  enfants  de  la  nature,  non  pervertis  par  la  civilisation  et  en  libre 
commerce  avec  les  dieux  ;  idée  qui  fit  son  chemin,  malgré  les  protestations 
d'Épicure.  Diogène  Laërce  ne  se  contente  pas  de  protester;  il  retourne  la 

proposition  :  Tô  xf;;  '-piXoao'ftaî  Èpyov  evtot   çasiv   àirô    pap6dîpwv    dtpÇat 

Aav6ivou!Ji  5' aÙTO'Ji;  ira  twv 'EXXt,viov  xaxopOwjjiaTa,  à-S  wv  [i^,  Stt  ys  tpiXoaosîot, 
dtXXà  xal  y^vo;  àvôpw-nwv  r^p^t,  papSâpoi;  TrpoaiTïtovxsî  (Diog.  L.,  Prooem.). 
Quant  à  l'égyptomanie,  Platon,  après  Hérodote,  lui  apporte  son  tribut.  H  cite 
le  mot  des  prêtres  égyptiens  à  Solon  :  w  2ôXwv,  SôXwv,  "E>kXT,v£î  ûjjisî;  del  iralSi^ 
èsTc,  vépwv  5è  "EX>.Tjv  oùSeiç  (Plat.,  In  Tim.,  p.  22.  Clem.  Alex.,  Strom.,  I,  15. 
Protrept.  6.  Euseb.,  Praep.  Ev.,  X,  4,  19).  Les  Grecs  finirent  par  sacrifier  à 
l'égyptomanie  même  leur  Homère,  siqiiidem  Thebanus  fertur,  quae  civitas  est 
apud  Aeqyptum  nobilissima  (Chalcid.,  In  Tim.,  §  135).  11  est  superflu  de  cher- 


36  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

siècle  plus  tôt,  à  persuader  à  Hérodote  que  la  civilisation  grecque 
était  une  greffe  égyptienne.  Il  leur  avait  suffi  de  faire  miroiter 
devant  ses  yeux  les  centaines  de  siècles  dont  le  prêtre  Manéthon 
dressa  plus  tard  le  compte,  en  vue  d'instruire  les  Alexandrins  et 
de  les  inviter  à  la  modestie. 

Ce  que  Manéthon  faisait  pour  l'Egypte,  au  début  du  m*  siècle 
avant  notre  ère,  le  prêtre  chaldéen  Bérose,  son  contemporain,  le 
fit  pour  la  Chaldée.  Il  écrivit  en  grec  une  histoire  de  la  Chaldée, 
dont  il  fit,  dit-on,  hommage  à  Antiochus  I*""  Soter.  Sans  doute  il 
y  faisait  valoir  la  science  qui  était  l'orgueil  de  son  pays  et  de  sa 
caste,  l'astrologie,  mêlée  si  intimement  à  l'histoire  comme  con- 
seillère des  rois  et  gardienne  des  cycles  de  la  chronologie  baby- 
lonienne *.  Du  coup,  la  Chaldée  supplanta  pour  un  moment 
l'Egypte  dans  la  faveur  publique  :  l'astrologie  surtout  piqua  la 
curiosité  des  Grecs  à  tel  point  que  Bérose  vint  s'installer  à  Cos, 
pour  l'enseigner  aux  étudiants  en  médecine  que  la  renommée  des 
Asclépiades  attirait  dans  la  patrie  d'Hippocrate.  Il  ouvrit  une 
école  et  forma  des  disciples,  parmi  lesquels  Vitruve  cite  Antipater 
et  un  certain  Achinapolus  (Athénodorus  ?)  qui  eut  l'idée  d'appli- 
quer les  méthodes  de  la  généthlialogie  non  plus  à  la  naissance, 
mais  à  la  conception  ^  Comme  on  le  voit,  la  semence  tombait  en 

cher  d'autres  preuves  après  celle-là.  Les  Chaldéens  n'étaient  pas  moins  bien 
traités.  Les  néo-platoniciens  sont  enivrés  de  la  sagesse  révélée  (OsoTrapaSoTOî 
aocpfa)  qui  gît  pour  eux  dans  les  «  Oracles  chaldaïques  ».  Proclus,  au  dire  de 
son  biographe,  aurait  volontiers  tout  sacrifié  de  l'antiquité,  sauf  le  Timée  et 
ces  fameux  oracles  (Marin.,  Vit.  Procl.,  38).  Au  fond  de  toutes  ces  divagations, 
il  y  a  une  idée  juste  :  c'est  que  les  Grecs,  usant  et  abusant  de  l'initiative  indi- 
viduelle, improvisaient  des  systèmes  et  n'avaient  pas  de  tradition  ou  expé- 
rience accumulée.  Là  était,  en  astronomie  surtout,  leur  point  faible,  et  les 
«  Chaldéens  »  de  Diodore  (II,  29)  ne  manquent  pas  de  le  signaler.  C'est  à 
Alexandrie  seulement  que  les  Grecs  commencèrent  à  amasser  des  observa- 
tions scientifiques. 

1.  Voy.  les  fragments  de  Bérose  dans  Fragm.  Histor.  Graec,  II,  pp.  495-310. 

2.  Primus  Berosus  in  insula  et  civitate  Co  consedit,  ibique  aperuit  discipli- 
nam.  Postea  studens  Antipater  itemque  Achinapolus,  qui  etiam  non  e  nascen- 
tia,  sed  ex  eonceptione  genethliologiae  rationes  explicatas  reliquit  (Vitruv., 
IX,  4  [7]).  V.  Rose  reconnaît  dans  cet  Achinapolus  un  Athénodore,  le  philo- 
sophe stoïcien  (?).  Nous  ignorons  à  quelle  date  vivaient  d'autres  disciples 
des  Chaldéens,  Épigène,  Critodème  (Plin.,  //.  Nat.,  VII,  §  193)  et  Apollonius 
de  Myndos,  peritissimus  inspiciendornm  natalium  (Sen.,  Q.  Nat.,  VII,  3). 
Schwartz  (in  Pauly-Wissowa,  R.-E.  s.  v.  Berossos)  croit  que  l'école  de  Cos 
appartient  à  la  légende,  sous  prétexte  que  le  prêtre  de  Bel  n'aurait  pas 
délaissé  ainsi  «  sa  bonne  prébende  »  de  Babylone.  Mais,  à  ce  compte,  il 
aurait  pu  aussi  s'épargner  la  peine  d'apprendre  le  grec  et  d'écrire  pour  un 
monde  qui  n'était  pas  le  sien. 


BÉHOSE   ET   LA    TUADITION    CHALDÉENNE  37 

terre  fertile:  l'astrologie,  immobilisée  durant  de  longs  siècles 
dans  une  tradition  hiératique,  allait  être  livrée  aux  discussions, 
travaillée  et  transformée  par  le  génie  inventif  des  Hellènes. 

C'est  donc  à  cette  date,  aux  environs  de  280  avantJ.-C,  que 
nous  placerons  la  naissance  de  l'astrologie  grecque,  sans  pré- 
tendre pour  cela  que  les  Grecs  n'eussent  jamais  entendu  parler 
d'astrologie  avant  le  jour  où  elle  leur  fut  enseignée.  Si  les  Perses 
avaient  amené  avec  eux  des  astrologues  au  temps  des  guerres 
médiques,  il  est  tout  au  moins  probable  que  ces  Chaldéens  n'ont 
pas  fait  alors  beaucoup  d'adeptes  dans  un  pays  que  les  Perses 
mettaient  à  feu  et  à  sang  *. 

Nous  n'avons  plus  de  Bérose  que  des  extraits  et  analyses  d'au- 
thenticité suspecte,  et  on  ne  saurait  délimiter  même  d'une  façon 
approximative  l'apport  fourni  par  la  Chaldée  à  la  science  qui 
devait  conserver  son  nom,  en  dépit  de  la  concurrence  des  tradi- 
tions égyptiennes.  Bérose  dut  jeter  dans  la  circulation  tout  ce 
qu'il  avait  pu  tirer  des  archives  de  Babylone  et  de  Ninive,  de  ces 
bibliothèques  en  terre  cuite  dont  on  a  retrouvé  récemment  des 
débris.  Aussi  est-ce  d'après  les  découvertes  modernes  que  l'on 
peut  se  faire  une  idée  de  l'enseignement  du  professeur  chaldéen  ^ 


1.  Il  faut  se  défier  des  légendes  fabriquées  après  coup  pour  reculer  et  cacher 
les  origines  des  doctrines  parvenues  à  une  grande  notoriété.  Une  allusion  faite 
par  Euripide  à  l'astrologie  ou  astronomie  pratiquée  par  Hippo,  fille  du  cen- 
taure Chiron  (ap.  Clem.  Alex.,  Slrom.,  1, 15),  a  pu  servir  de  prétexte  aux  récits 
qui  nous  représentent  le  père  d'Euripide  consultant  les  Chaldéens  sur  la  des- 
tinée de  l'enfant,  né,  dit-on,  à  Salaraine,  le  jour  de  la  bataille  de  Salamine 
(Theopomp.  ap.  Gell.,  XV,  20).  Pour  expliquer  la  présence  de  ces  Chaldéens,  on 
supposa  qu'ils  étaient  venus  avec  Xerxès  :  Osthanes  Xerxen  regem  Persarum 
bello  qiiod  is  Graecia  intulit  comilatus,  veliit  semina  [magicae]  arlis  porten- 
losae  sparsit,  etc.  (Plin.,  XXX,  §  8).  L'astrologie  serait  entrée  avec  la  magie. 
Mais  cette  prétendue  incubation  ne  se  révèle  par  aucun  fait  historique.  Quand 
Alexandre  rentre  à  Babylone  en  324,  les  Chaldéens  lui  communiquent  un 
oracle  de  Bel  (Xoy'.ov  jx  toO  ôeoû  toû  Bt,)vou,  Arrian.,  VII,  16,  5).  Ils  ne  lui  par- 
lent pas  d'astrologie,  à  laquelle  il  n'aurait  pas  cru. 

2.  'EtteiSti  [B-rip'jJJjè;]  lîEpt  xz  àaTpovo;xiaî  xal  Ttepl  twv  irapà  Xa^Satoi;  tpiXotJO- 
çou[i^vwv  aÙTOî  et;  tojî  "EXXr^va;  £çt,v2Ï^-  "^^^  auyypacpii;  (Joseph.,  C.  Apion.,  1, 
129).  Bo'osus  qui  Belum  inlerpretatus  est  (Senec,  Q.  Nat.,  III,  29).  Belum  est 
le  titre  d'un  grand  ouvrage  en  72  livres,  «  l'Illumination  de  Bel  »  ou  «  l'Œil 
de  Bel  {Namar-Beli  ou  Enu-Beli)  »,  qui  fut  rédigé,  dit-on,  vers  le  xx»  siècle 
(ou  xxxviu"  ?  Cf.  C.-R.  Acad.  Inscr.,  9  avril  d8sn),  par  ordre  de  Sargon,  roi 
d'Aganê,  et  copié  au  vu»  siècle  pour  la  bibliothèque  d'Assourbanipal  à  Ninive. 
Épigène,  au  dire  de  Pline  (VII,  §  139),  citait  ces  textes  —  observationes  siderum 
coctilibus  laterculis  inscriptas  —  sans  doute  d'après  Bérose.  Ces  écrits  fasci- 
nent Vitruve,  qui  confond  probablement  avec  eux  l'ensemble  de  la  littérature 
astrologique  :  Eorum  aulem  inventiones,  qiias  scriplis  reliquerunt,  qua  solertia 


38  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

Il  est  clair  que,  en  un  temps  où  les  philosophes  grecs  avaient 
déjà  ébauché  des  systèmes  cosmographiques  plausibles  et  espacé 
les  sphères  célestes  à  des  distances  harmoniques,  au  moment  où 
les  astronomes  d'Alexandrie  commençaient  linventaire  descriptif 
du  ciel  et  appliquaient  à  l'astronomie  la  rigueur  des  méthodes 
géométriques  \  plus  d'un  auditeur  eût  été  tenté  de  prendre  pour 
un  bavardage  enfantin  ou  un  radotage  sénile  les  élucubrations 
chaldéennes,  s'il  n'avait  pas  été  intimidé  par  l'énorme  masse 
d'observations  qui  étaient  censées  supporter  ce  fatras  de  légendes. 
Le  débat  sur  les  prétentions  respectives  de  la  Chaldée  et  de 
l'Egypte  à  la  priorité  en  matière  de  culture,  débat  qui  dure 
encore  aujourd'hui  ^,  devait  être  alors  d'un  intérêt  tout  actuel. 
Bérose,  si  l'on  en  croit  nos  auteurs,  écrasait  toute  réclamation 
sous  le  poids  de  ses  chiffres.  Il  parlait  d'observations  poursuivies 
en  Chaldée  depuis  490,000  ans.  Encore  passa-t-il  pour  modeste 
par  la  suite,  car  Épigène  de  Byzance  allait  jusqu'à  720,000  ans, 
et  Simplicius  —  au  temps  où  le  monde  retombait  en  enfance  — 

quibusque  acuminibus  et  qunm  magni  fuerunt  qui  ab  ipsa  natione  Chaldaeo- 
rum  ■profluxerunt,  ostendunt  (IX,  4  [7]).  Une  partie  des  fragments  de  Touvrage 
retrouvés  à  Kouyoundjik  ont  été  publiés  dans  le  troisième  volume  de  Raw- 
linson,  I.  W.  A.  [Cuneifortn  Inscriptions  of  Western  Asia).  Le  British  Muséum 
possède  près  de  20,000  débris  de  la  bibliothèque  d'Assourbanipal  et  plus  de 
50,000  inscriptions  cunéiformes  en  tout.  Il  est  bon  d'insister  tout  de  suite  sur 
une  distinction,  intelligible  même  pour  les  profanes,  entre  les  anciens  textes 
des  vue  et  vm<!  siècles,  qui  sont  à  peu  près  exclusivement  astrologiques,  mais 
sans  précision  scientifique,  inutilisables  pour  les  astronomes,  et  les  textes 
du  temps  des  Séleucides  et  Arsacides  (me  et  ii"  siècles  avant  J.-C),  qui  sont 
des  documents  astronomiques,  sans  rapport  avec  l'astrologie,  sauf  quelques 
thèmes  généthliaques  que  l'on  trouvera  cités  plus  loin.  Ces  documents  astro- 
nomiques sont  les  seuls  dont  s'occupent  les  PP.  Strassmaier  et  Epping,  Astro- 
nomisches  ans  Babylon,  oder  das  Wissen  der  Chaldiier  uber  den  gestiimten 
Rimmel,  Freib.  i.  Br.,  1889.  Il  ne  faut  donc  pas  faire  bénéficier  les  anciens 
Chaldéens,  que  nous  nous  permettrons  de  considérer  comme  des  astrologues 
passablement  ignorants,  de  la  science  des  nouveaux  Chaldéens,  des  astro- 
nomes de  Sippara,  d'Ourouk  et  de  Borsippa  (cf.  Plin.,  VI,  §  123)  que  nous  sup- 
poserons, jusqu'à  preuve  du  contraire,  émules  et  probablement  disciples  des 
astronomes  grecs.  Parmi  ces  Chaldéens,  qui  formaient  comme  trois  écoles,  il 
y  en  avait  même  qui  reniaient  l'astrologie  :  -poi-oioOvcai  ôé  tivî;  xai  Y£v£e).'.a- 
^oysîv,  ou;  oùx    à-rro  ôÉy  o  vt  a  i   o"  i'Tepoi  (Strab.,  XVI,  p.  739). 

1.  Les  observations  de  Timocharès  et  Aristyllos,  qui  permirent  à  Hipparque 
de  découvrir  la  précession  des  équinoxes,  datent  de  293-272  a.  Chr.  Ptolémée 
cite  d'Aristarque  de  Samos  une  observation  de  lan  280, 

2.  Le  débat  paraît  tourner  à  l'avantage  des  Chaldéens.  On  assure  que  des 
documents  où  se  trouve  la  première  mention  de  Babylone  remontent  au 
xxxviiio  siècle  avant  notre  ère  {C.-R.  Acad.  Inscr.,  28  août  1896),  Cf.  Fr,  Hom- 
mel,  Der  Babylonische  Urspning  der  Aegi/ptischen  Cultur.  Munchen,  1892. 


BÉROSE    ET    LA    TRADITION    CHALDÉEXNE  39 

ne  s'effrayait  pas  du  chiffre  de  1,440,000  ans  ^  Sans  doute,  les 
gens  sérieux  faisaient  des  réserves.  Cicéron  tient  les  Babyloniens 
pour  des  hâbleurs  ;  Diodore  se  défend  de  croire  à  une  antiquité 
aussi  fabuleuse,  et  il  resta  acquis,  comme  le  dit  Georges  le 
Syncelle,  que  Bérose  et  Manéthon  avaient  voulu  enchérir  l'un  sur 
l'autre  aux  dépens  du  bon  sens  ^.  Cependant,  les  moins  crédules 
restaient  convaincus  qu'ils  avaient  affaire  à  une  tradition  très 
ancienne.  A  supposer  que  la  cosmogonie  ou  la  cosmographie 
chaldéenne  parût  arriérée,  les  observations  de  faits  gardaient 
toute  leur  valeur,  le  point  délicat  étant  en  astrologie,  comme  en 
toute  espèce  de  divination,  d'établir  le  rapport  entre  le  signe  et 
la  chose  signifiée.  A  moins  qu'il  ne  soit  révélé,  ce  rapport  ne  peut 
être  connu  que  par  l'expérience,  et  l'expérience  elle-même  ne 
devient  probante  qu'à  force  d'être  répétée.  Si  Bérose  apporta  à 
ses  disciples  des  listes  d'éclipsés  comme  celles  que  l'on  a  retrou- 
vées à  Kouyoundjik,  avec  mention  des  événements  consécutifs, 
il  dut  leur  donner  une  haute  idée  du  temps  qu'il  avait  fallu 
pour  insérer  des  observations  d'éclipsés  à  tous  les  jours  de 
l'année. 

En  groupant  ce  que  nous  savons  aujourd'hui  des  doctrines 


1.  Plin.,  VIT,  §  193.  Simplic.  ad  Aristot.,  De  Caelo,  p.  415  B.  Le  chiffre  de 
Bérose  varie  suivant  les  auteurs  qui  le  citent  :  470,000  (ap.  Cic,  Divi?t.,  1, 19  ; 
II,  46),  473,000  (ap.  Diod.,  Il,  31),  468,800  (Fr.  Hist.  Gr.,  II,  p.  510),  432,000 
(ibid.,  p.  499).  Naturellement,  les  partisans  de  l'Egypte  ripostaient.  Us  assu- 
raient que,  de  Ptah  à  Alexandre,  il  s  "était  écoulé  48,863  ans,  durant  lesquels 
on  avait  observé  373  éclipses  de  soleil  et  832  éclipses  de  lune  (Diog.  L., 
Prooem.,  2).  Martianus  Capella  (VIII,  p.  812)  fait  dire  à  l'Astronomie  :  Aegyplio- 
rum  clausa  adylis  occulebar  :  quippe  per  CCCC  ferme  annorum  M  illic  reve- 
renti  observatione  delitui.  Ces  chiffres  ridicules  ont  dû  être  enflés  par  l'in- 
trusion dune  idée  stoïcienne,  celle  de  V  i- oxxx  izzx'3:i(7'edintegratio), 
traduite  en  astronomie  par  «  la  grande  année  ».  On  supposa  que  lesChaldéens 
avaient  observé  depuis  le  commencement  d'une  grande  année,  durée  qui 
s'allongeait  à  mesure  que  le  retour  de  tous  les  astres  à  leur  point  de  départ 
paraissait  plus  difficile  à  calculer  :  Quœ  conversio  quam  longa  sit,  magna 
quaestio  est,  esse  vero  certam  et  definitam  necesse  est  (Cic,  Nat.  Deor.,  II,  20). 
On  rencontre  des  sommes  d'années  échelonnées  depuis  8  ans  (octaété- 
ride)  jusqu'à  17,503,200  ans  (Niceph.  Chon.,  De  orthod.  fide,  I,  9).  Firmicus 
(III,  1,  9  Kroll;  tient  pour  300,000  ans.  En  tout  cas,  la  «  grande  année  » 
aboutissait  à  reproduire  la  disposition  originelle  des  astres  :  Donec  con- 
sumpto,  magnus  qui  dicitur,  anno,  \  Rursus  in  antiquum  teniant  vaga  sidéra 
cursum,  |  Qualia  dispositi  stelerant  ab  origine  mundi  (Auson.,  Edyll.,  18, 
p.  536  ToU). 

2.  Cic,  Divin.,  II,  46.  Diod.  II,  31.  Syncell.,  p.  17  A.  =  Fr.  Hist.  Gr.,  II, 
p.  498,  4.  Pline  {loc.  cit.)  a  l'air  de  croire  aux  chiffres  de  Bérose,  Critodème, 
Épigène,  car  il  conclut  :  ex  quo  apparet  aeternum  literarum  usum. 


40  CHAP.  II.  —  l'asthologie  chaldéenne 

chaldéennes,  nous  pouvons  nous  faire  une  idée  approximative 
de  ce  qu'enseignait  Bérose  *. 

Suivant  les  Chaldéens,  le  ciel  et  la  terre  sont  les  deux  moitiés 
d'un  monstre  chaotique,  Tiamat,  engendré  au  sein  d'un  Océan 
sans  limites  dont  les  flots  baignent  aussi  bien  le  dessus  du  ciel 
que  le  dessous  de  la  terre  ^.  Du  corps  de  Tiamat,  fendu  en  deux, 
le  démiurge  Bel-Mardouk  a  fait  deux  voûtes  superposées,  la 
coupole  céleste  et  l'arche  surbaissée  de  la  terre,  raccordées  à 
leur  base  par  une  digue  circulaire  qui  empêche  les  eaux  de 
l'Océan  cosmique  de  pénétrer  dans  l'espace  intermédiaire.  Comme 
la  terre,  le  ciel  est  immobile,  et  il  n'y  a  pas  entre  l'un  et  l'autre 
de  sphères  tournantes  comme  en  ont  imaginé  les  Grecs.  Les 
astres  sont  donc  des  boules  de  feu  qui,  formées  dans  les  eaux 
extérieures  du  ciel,  entrent  dans  notre  monde  et  en  sortent  par 
des  ouvertures  pratiquées  sur  le  pourtour  de  la  voûte  céleste,  au 
niveau  de  l'horizon. 

Les  astres  suivent  dans  le  ciel  des  voies  toutes  tracées,  étant 
habités  et  conduits  par  des  dieux  intelligents  ou  étant  ces  dieux 
eux-mêmes.  La  plupart  tournent  sous  l'œil  de  Bel,  qui  les  con- 
temple et  les  gouverne  du  haut  du  pôle,  ou  font  partie  des  bandes 
aquatiques  du  dieu  Êa,  qui  trône  au  sud  sur  la  mer.  Mais,  dans 
le  nombre,  il  en  est  qui  suivent  «  la  voie  par  rapport  à  Ânou  », 
le  Père  universel,  placé  au  pôle  de  l'écliptique,  et  qui  sont 
chargés  d'offices  importants.  Ce  sont  —  outre  les  deux  grands 
flambeaux,  le  dieu  Sin  et  le  dieu  Samas —  les  cinq  planètes  ou 
astres  «  interprètes  »,  ainsi  appelés  parce  que,  n'étant  pas  comme 
les  autres  assujettis  à  une  place  fixe  et  à  une  marche  régu- 
lière, ils  «  annoncent  les  événements  futurs  et  interprètent  aux 
hommes  les  desseins  bienveillants  des  dieux  ^  ».  Ces  astres  privi- 


1.  L'exposé  qui  suit  est  fait  d'après  P.  Jensen,  Die  Kosmologie  der  Bahylo- 
nier,  Strassburg,  1890. 

2.  Les  Chaldéens  de  Diodore  (II,  31)  sont  des  philosophes  qui  pensent  que 
le  monde  n'a  pas  eu  de  commencement  et  n'aura  pas  de  fin.  Nous  nous 
étonnerons  de  plus  en  plus  qu'on  les  prenne  encore  pour  des  Chaldéens  de 
Ghaldée.  La  doctrine  des  eaux  célestes  est  passée  de  la  cosmogonie  chal- 
déenne dans  la  Bible,  et  de  là  chez  les  chrétiens,  gnostiques  et  orthodoxes. 

3.  MsyîaTTiV  Ss  çauiv  eïvat  Ôswptav  xal  Sûvaixiv  Tcepl  toùç  ttsvts  dtuTÉpai;  toùç 
lîTiavTiTa;  xxXou[iévouî,  oDç  sxcïvot  xotvri  [xèv  ÉpfAT,  vsîî  ôvo[jiiÇou5tv  —  Stà  toOto 
5'  aÙTOÙî  ÉpjnfjVïtî  xaXoOavv,  Sx*,  tûv  àtXXtov  àffTSpwv  à':iXavwv  ôvtwv  xat  tETay- 
jxévT;  itopst'a  (i(av  Tsptcpopàv  sj(6vTtov  outoi  iiôvot  Tropstav  iStav  ttoioûjjlsvoi  "ri 
[i£)i>>ovTa  YÎvsaOat  SsixvûouCTiv,  é  p[X7|VEÛo  v  xe  ç  rot;  ivOptôiroiî  Try  twv  6eGv 
Iwotav  (Diod.,  II,  31,  3-4).  On  reviendra  plus  loin  sur  ce  texte  de  valeur  énig- 
matique.  Le  titre  d'  «  interprètes  »  n'est  pas  de  tradition  grecque. 


LA  COSMOGONIE  CHALDÉENNE  41 

légiés  sont  conduits,  la  planète  Dapinou  ^)  par  Mardouk,  la 
planète  Dilbat  (9)  par  la  déesse  Istar,  la  planète  Kaimanou  (ï)) 
par  Ninib,  la  planète  Bibbou  (cj<)  par  Nergal  et  la  planète  Mousta- 
barrou-Moutanou  (^)  par  Nabou  *. 

Pour  aller  plus  loin  dans  l'exposé  de  la  cosmographie  chal- 
déenne,  il  nous  faut  emprunter  le  secours  suspect  des  auleurs 
grecs,  de  Diodore  surtout,  un  guide  dont  les  assyriologues  au- 
raient dû  récuser  depuis  longtemps  la  compétence,  au  lieu  de 
s'évertuer  à  retrouver  dans  les  inscriptions  cunéiformes  la  con- 
firmation de  ce  que  lui  ont  dit  les  «  Ghaldéens  »  de  son  temps, 


1.  L'identification  des  planètes  est  une  des  questions  les  plus  controversées 
entre  assyriologues.  Pour  l'époque  des  Arsacides,  les  calculs  astronomiques 
fournissent  des  arguments  irréfutables.  C'est  ainsi  que  le  P.  Epping  a  fixé  les 
attributions  suivantes  :  Gutlu  (?^),  Ddbat  (Ç),  Anou  {(}),  Te-ut  C;^),  Mullalu 
(I)).  Mais  il  parait  bien  que  les  noms  et  attributions  ont  changé  au  cours  des 
siècles,  et  l'accord  des  opinions,  qui  n'est  même  pas  complet  pour  la  période 
précitée,  est  loin  d'être  fait  pour  les  astres  myrionymes  et  protéiformes  de  la 
période  astrologique.  Ce  qu'un  profane  fourvoyé  dans  ces  études,  ahuri  par 
l'équivalence  des  phonétismes  les  plus  disparates,  accadiens  et  sumériens, 
croit  pouvoir  retenir  de  la  lecture  des  dissertations  de  MM.  Oppert,  Sayce, 
Strassmaier,  Epping,  Jensen,  Hommel,  R.  Brown,  c'est  qu'il  n'y  a  pas  de 
doctrine  qui  s'impose,  ni  pour  les  noms,  ni  pour  l'ordre  des  planètes  chal- 
déennes.  L'ordre  adopté  ci-dessus  [C  O]  K*  9  ï)  d*  ?>  est  un  ordre  hiéra- 
tique, invariable  et  inexpliqué,  suivant  Jensen  (ce  pouvait  être  l'ordre  d'éclat 
ou  de  grosseur  supposée),  à  l'encontre  de  Oppert  et  Sayce,  lesquels  adoptent 
l'ordre  C  O  $  9  ï)  Z^  d*,  concurremment  avec  l'ordre  actuel  des  jours  de 
la  semaine  (O  C  c?  ?  ^  9  h)  qu'ils  pensent  avoir  retrouvé  dans  un  texte 
de  /.  W.  A.,  III,  57,  57-61.  En  outre,  les  couleurs  des  sept  enceintes  d'Ecbatane 
(Ilerod.,  I,  98)  montrent,  si  l'on  peut  se  fier  aux  attributions  de  ces  couleurs 
aux  planètes  (cf.  ci-après,  ch.  x),  que  l'ordre  symbolique  y  était:  Q  (blanc), 
î)  (noir),  c?  (pourpre),  ^  (bleu),  X'  (rouge  clair),  C  (argent),  ©  (or),  et  l'on 
admet  qu'il  était  identique  dans  la  série  des  étages  de  l'observatoire  de 
Ninive  ;  tandis  qu'à  l'observatoire  de  Borsippa,  suivant  Jensen,  l'ordre  était 
celui  que  nous  rencontrons  plus  tard  chez  les  astrologues  et  astronomes  grecs, 
soit,  en  ordre  de  superposition  (inverse  de  l'ordre  céleste),  ï)  2^  c?  ©  9  $  C* 
Mais  Borsippa  a  été,  dit-on,  reconstruit  par  Antiochus  l<^<'  Soter,  et  il  a  pu  y 
avoir  là  intrusion  d'idées  grecques.  Quant  aux  noms,  nous  possédons  quelques 
transcriptions  et  traductions  recueillies  par  les  lexicographes  grecs  :  ainsi 
(Hesych.s.  V.)  'AïSïiî,  AîSwî, -îi  asXfiVri  'î:apàXa>>SaJoiî.  — Bê)^é6axoî*ô  toO -nupà; 
iarfip  •  Ba6uX(ivtO'.  (cJ*  ?  ^  ?).  —  AeXétpax  •  ô  xf,;  'A'fpoStrriî  àuzi^p,  uirô  Xaî^Saiojv. 
—  MoXoêôêap  •  ô  xoû  Aiôî  àarr^p,  irapi  XaXSatoi;.  —  S  a  ci?  •  t,Xloî.  BaêiiXwvioi. — 
S£X  ^î  ■  "^^^  'EpiJioû  àTTT.p  (cf.  ci-après,  p.  67,  î^  souyos).  Les  noms  de  ©  et  de  9 
mis  à  part,  à  quelle  langue  et  à  quelle  époque  appartiennent  les  autres?  Gram- 
matici  certant.  Même  le  nombre  septénaire  des  planètes—  un  dogme  de  grande 
conséquence  —  ne  doit  pas  remonter  très  haut,  car  il  suppose  l'identification 
de  l'étoile  du  matin  (Istar)  et  de  l'étoile  du  soir  (Belit),  qui  sont  dans  la  my- 
thologie des  divinités  distinctes  et  conçues  parfois  comme  de  sexe  différent. 


42  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

c'est-à-dire  des  astrologues  cosmopolites,  des  Grecs  faisant  métier 
de  Chaldéens  *. 

Donc,  au-dessous  (?)  des  planètes  ^  dont  les  mouvements  sont  la 
matière  propre  des  calculs  astrologiques,  sont  placés  «  trente 
astres,  que  les  Chaldéens  appellent  dieux  conseillers  :  la  moitié 
de  ceux-ci  surveille  les  lieux  de  la  surface  de  la  terre  ;  l'autre 
moitié  les  lieux  au-dessous  de  la  terre,  inspectant  à  la  fois  tout 
ce  qui  se  passe  parmi  les  hommes  et  dans  le  ciel  ^  Tous  les  dix 
jours,  un  d'eux  est  envoyé,  comme  un  messager  des  astres,  des 
régions  supérieures  dans  les  régions  inférieures,  tandis  qu'un 
autre  remonte  des  lieux  souterrains  dans  ceux  qui  sont  au- 
dessus  de  la  terre.  Ils  ont  leur  course  ainsi  réglée  et  enfermée 
dans  un  roulement  perpétuel.  Parmi  ces  dieux,  il  y  a  des  chefs 
au  nombre  de  douze,  dont  chacun  préside  à  un  mois  de  l'année 
et  à  un  des  douze  signes  du  Zodiaque.  C'est  à  travers  ces  [astres] 
que  cheminent  le  Soleil,  la  Lune  et  les  cinq  planètes  »,  chacun 
avec  des  vitesses  différentes.  «  En  dehors  du  cercle  zodiacal,  ils 
déterminent  la  position  de  vingt-quatre  astres,  dont  une  moitié 
dans  les  régions  septentrionales,  une  moitié  dans  les  méridio- 
nales :  ceux  qui  se  voient  sont  aff'ectés  aux  êtres  vivants,  ceux 
qui  sont  invisibles  aux  défunts,  et  ils  les  appellent  juges  de  l'uni- 
vers. Au-dessous  de  tous  les  astres  précités,  disent-ils,  circule 
la  Lune,  très  rapprochée  de  la  Terre  par  sa  pesanteur  et  parcou- 
rant sa  carrière  dans  le  plus  court  laps  de  temps,  non  à  cause  de 
la  vitesse  de  sa  course,  mais  à  cause  de  la  brièveté  de  son  orbite. 


1.  Voy.  F.  Lenormant,  Les  Origines  de  Vhisloire,  2"  éd.  Paris,  1880.  Appen- 
dice III,  Textes  classiques  sur  le  système  astronomique  des  Chaldéens  (pp.  589- 
595);  textes  de  Diodore  (II,  30-31),  de  Philon  [De  migr.  Abrah.  32.  De  Abrah. 
15),  de  l'auteur  des  Pkilosophumena  (V,  13).  Le  texte  de  Diodore  a  été  bien 
des  fois  traduit  et  commenté,  notamment  par  Letronne,  qui  le  croit  tiré  de 
Ctésias,  ou,  en  tout  cas,  «  d'une  époque  où  la  caste  chaldéenne  devait  encore 
être  restée  à  l'abri  de  toute  influence  grecque.  Cette  autorité  n'est  donc  pas 
soumise  aux  chances  d'erreur  qui  infirment  celle  de  la  plupart  des  textes 
relatifs  à  l'astronomie  chaldéenne  »  {Œuvres  choisies,  II"  série,  I,  p.  491). 
Letronne,  qui  avait  arraché  tant  de  masques  chaldéens  ou  égyptiens,  s'est 
cru  obligé  de  respecter  celui-ci. 

2.  Letronne  {op.  cit.,  p.  499)  a  bien  vu  que  uttô  5è  xtjv  toûtwv  ©opàv  doit 
être  une  erreur  de  texte  pour  uirép  :  même  les  anciens  Chaldéens  n'avaient 
pas  pu  mettre  au-dessus  des  étoiles  les  planètes  qui  les  occultent  en  passant 
devant  elles,  et  il  importe  peu  qu'on  ait  prêté  une  opinion  semblable  à  Anaxi- 
mandre  (ci-dessus,  p.  4,  5).  On  verra  plus  loin  (ch.  vu)  que  les  décans  étaient, 
au  dire  de  certains,  au  plus  haut  du  ciel,  au-dessus  même  du  Zodiaque. 

3.  C'est  la  définition  hermétique  des  décans  (ch.  vu)  et,  comme  m'en  avertit 
M.  L.  Havet,  le  rôle  de  VArcturus  de  Plaute  {Rudens,  Prol.). 


LA    TRADITION    CHALDÉENNE    d'aPRÈS    DIODORE  43 

Sur  le  fait  qu'elle  a  une  lumière  empruntée  et  qu'elle  s'éclipse 
dans  l'ombre  de  la  terre,  ils  disent  à  peu  près  les  mêmes  choses 
que  les  Hellènes...  *  » 

Ârrêtons-là  provisoirement  le  bavardage  de  ces  Chaldéens  qui 
ont  si  bien  renseigné  Diodore  et  lui  ont  inspiré  une  si  haute  idée 
de  leur  science.  Au  temps  de  Bérose,  nous  le  savons  par  des 
témoignages  exprès  %  les  Chaldéens  enseignaient  encore  que  la 
Lune,  demeure  du  grand  dieu  Sin,  était  une  boule  ayant  une  moi- 
tié brillante,  l'autre  obscure,  et  expliquaient  ainsi  les  phases  et 
les  éclipses.  Deux  siècles  plus  tard,  ils  avaient  donc  la  prétention 
d'avoir  su  de  temps  immémorial  ce  que  les  Grecs  avaient  décou- 
vert. Ce  que  Diodore  ajoute  sur  la  forme  «  naviculaire  et  creuse  «^ 
de  la  terre  paraît  authentique,  et  aussi  le  demi-aveu  d'ignorance 
que  font  ses  Chaldéens  au  sujet  de  la  prévision  des  éclipses  de 
soleil  *. 

1.  Diod.,  II,  30-31. 

2.  Vitruv.,  IX,  1  [4].  Plut.,  Plac.  phil.,  II,  29.  Stob.,  Ed.  phys.,  1, 25  pp.  552  et 
556.  Cf.  Lucret.,  V,  719-729.  La  même  explication  devait  servir  pour  les  éclipses 
de  Soleil.  Dans  les  Véclas,  le  Soleil  a  deux  faces  ;  Fune  blanche,  avec  laquelle 
il  fait  le  jour,  l'autre  noire,  avec  laquelle  il  fait  la  nuit.  L'Inde,  où  s'est  im- 
plantée plus  tard  l'astrologie  grecque,  a  bien  pu  emprunter  auparavant  aux 
Chaldéens.  Vitruve  a  l'air  de  trouver  l'explication  de  Bérose,  en  ce  qui  con- 
cerne la  Lune,  aussi  bonne  que  celle  d'Aristarque  de  Samos,  conforme  à  la 
nôtre.  C'était,  en  tout  cas,  un  progrès  sur  l'explication  enfantine  des  astres 
dérobés  par  des  magiciens  ou  avalés  par  des  dragons. 

3.  axatpoetSf,  xai  xotXr.v  (II,  31,  7).  Ce  serait  une  barque  renversée  :  cf.  p.  40. 

4.  Pour  soumettre  à  l'analyse  ce  chapitre  chaotique  de  Diodore,  il  faut  d'abord 
se  déprendre  d'un  respect  outré  pour  un  auteur  tout  à  fait  dépourvu  de  sens  cri- 
tique et  surtout  pour  les  soi-disant  Chaldéens  qui  l'ont  renseigné,  gens  capables 
de  pétrir  ensemble  les  traditions  les  plus  disparates,  ne  fût-ce  que  par  igno- 
rance. Cela  fait,  —  et  il  est  fâcheux  que  Letronne  n'ait  pas  osé  le  faire,  —  on 
peut  procéder  à  l'inventaire.  Écartons  provisoirement  les  points  qui  seront  repris 
ailleurs,  comme  les  noms  des  planètes,  qui,  sauf  le  nom  de  I),«  sont  les  mêmes 
en  Chaldée  qu'en  Grèce  »  (qu'est-ce  à  dire  ?)  ;  comme  l'incohérence  d'une  descrip- 
tion où  les  planètes  sont  d'abord  placées  au-dessus  des  30  jâouXaîoi  ôsoi,  mais  cir- 
culent pourtant,  y  compris  le  Soleil  et  la  Lune,  parmi  les  ÇwSta  auxquels  prési- 
dent 12  de  ces  dieux,  sans  compter  que  la  Lune  est  au-dessous  de  tous  les  autres 
astres  (O-KôirâvTa  xà  Tpo£tpT,[jL£va).  Nous  rencontrons  d'abord  la  théorie  des  pou- 
Xaîoi  Oeo  i.  Sont-ils  30  ou  36?  La  plupart  des  savants,  Gesenius,  Letronne, 
Lepsius,  Hommel,  corrigent  xoiixovTa  en  ?Ç  xai  tp -.aîxovTa,  attendu  que 
ces  dieux  sont  les  «  décans  » .  Les  décans,  nous  le  verrons,  sont  égyptiens  ;  mais 
Hommel  {Astrolof/ie  der  alten  Chalduer  [im  Ausland,  1892,  n»»  4-7].  —  Ueberden 
Ursprung  und  das  Aller  der  arabischen  Sleninamen  und  insbesondere  derMond- 
stationeii,  dana  la  ZDMG.,  XIV  [1891], pp.  592-619)  se  croitobligé  de  les  réclamer 
pour  la  Chaldée,  ce  qu'ont  fait  avant  lui,  et  sans  plus  de  garanties,  les  Chal- 
déens de  Diodore.  Ces  Chaldéens  —  ou  Diodore  —ont  confondu  deux  systèmes 
distincts,  celui  des  36  décans  et  celui  —  égyptien  aussi  —  des  dieux  xpovoxpat- 


44  CHAP.  II,  —  l'asthologie  chaldéenne 

Nous  n'avons  pas  la  prétention  de  débrouiller  le  texte  de  Dio- 
dore,  mais  plutôt  de  le  laisser  à  l'écart,  dépouillé  de  l'autorité 
qu'on  s'est  plu  à  lui  conférer  et  réduit  h  la  valeur  d'une  improvi- 
sation sans  critique  ni  chronologie.  Encore  moins  ferons-nous 
intervenir  les  «  Chaldéens  »  du  ii"  siècle  de  notre  ère,  les  fabri- 
cants d'«  oracles  chaldaïques  »  remontant  à  la  plus  haute  anti- 
quité et  regorgeant  de  sagesse  divine.  On  ne  saurait  trop  répéter 
dès  à  présent  que,  soit  sur  les  Chaldéens,  soit  sur  les  Égyptiens, 
on  ne  peut  se  fier  qu'au  témoignage  des  documents  indigènes. 

Les  documents  chaldéens  nous  apprennent  que,  des  deux 
grands  ouvriers  de  la  Nature  et  du  Destin,  le  Soleil  et  la  Lune, 
c'était  notre  satellite,  doté  du  nom  de  Sin  et  du  sexe  masculin, 
qui  tenait  le  premier  rang.  Le  dieu-soleil  Samas  ne  venait  qu'en- 
suite*. Les  Grecs — comme  les  Égyptiens — furent  d'un  autre  avis 
et  rendirent  au  Soleil  la  primauté;  mais  on  comprend  que  des 
astrologues  aient  pris  pour  sujet  principal  de  leurs  observations 
et  objet  de  leurs  hommages  le  corps  céleste  le  plus  vivant  pour 
ainsi  dire,  le  plus  rapide  dans  sa  course  et  le  plus  varié  dans  ses 

Tooîî  présidant  aux  30  jours  du  mois.  Ces  30  dieux  sont  connus  du  scoliaste 
Démophile  (ap.  Porphyr.,  Isagoge,  p.  200),  qui  en  fait  «  trente  étoiles  de  pre- 
mière et  seconde  grandeur  »  collaborant  avec  l'horoscope.  Us  mériteraient 
bien  le  nom  de  «  conseillers  »,  car  Démophile  assure  quïls  agissent  spéciale- 
ment sur  J'âme  (-rà  tt.î  '^'•^yr^^).  Enfin,  les  douze  xûptoi,  les  chefs  des  décans, 
sont  revendiqués  pour  l'Egypte,  et  cette  fois  avec  le  titre  de  ^ouXaloi,  par 
le  scoliaste  d'Apollonius  de  Rhodes  :  oî  Alvû-rcTi oi  —  ta  [j.èv  8w5Exa  ÇwS-.x 
Ôsoùî  pouXatou;  7:poaT,YÔp£u<yav,  toùî  Se  -7:>vavT,Taî  paêôoaôpou;  (Schol.  Ap. 
Rh.,  IV,  266).  De  ce  mélange  de  traditions  est  sorti  le  texte  incohérent  de 
Diodore.  En  tout  cas,  ses  Chaldéens  songeaient  aux  36  décans,  car  ce  sont  les 
décans  qui  se  lèvent  et  se  couchent  de  10  en  10  jours.  Les  24  5  vx  a  axai  twv 
<akw  ont  mis  aussi  les  imaginations  aux  champs.  Ceux  des  vivants  sont  au- 
dessus  de  l'horizon,  ceux  des  morts  au-dessous.  Soit  !  Mais  pourquoi  24,  et  en 
dehors  du  Zodiaque?  Hommel  fait  fi  du  nombre  et  de  la  position  ;  il  les  trans- 
forme en  stations  lunaires,  ou,  en  tout  cas,  planétaires,  singulière  façon  d'uti- 
liser le  texte  de  Diodore.  Sayce  suppose  que  Diodore,  au  lieu  de  N.  et  S., 
a  voulu  dire  E.  et  0.,  et,  au  pis-aller,  il  constate  que  l'étoile  polaire  est 
appelée  «  Juge  du  ciel  ».  11  n'y  a  qu'une  explication  plausible;  c'est  que  ces 
étoiles  extra-zodiacales  sont  encore  des  ypovoxpâxopsî,  les  divinités  qui 
président  aux  12  heures  du  jour  et  12  heures  de  nuit,  les  mêmes  qui,  conçues 
comme  ypovoxpâxopE;  des  jours  du  mois,  sont  portées  au  nombre  de  30. 
Il  n'y  a  rien  dans  tout  cela  qui  soit  authentiquement  chaldéen,  de  l'an- 
cienne Chaldée. 

1.  On  comprend  que  le  soleil  ardent  de  la  Chaldée  ait  passé  surtout  pour 
un  dieu  destructeur.  Dans  l'astrologie  indienne,  le  Soleil  est  le  chef  des  pla- 
nètes malfaisantes,  le  mal;  comme  la  Lune  est  le  bien  (cf.  J.-M.-F.  Guérin, 
Astronomie  indienne.  Paris,  1847,  p.  83).  La  Lune,  astre  philanthropique,  a 
sur  lui  une  supériorité  morale. 


OBSERVATIONS    ET    PRÉSAGES  45 

métamorphoses.  Chez  les  Grecs  eux-mêmes,  c'était  la  Lune,  et 
non  le  Soleil,  qui  réglait  le  calendrier  et,  par  le  calendrier,  le 
culte  *.  Sin  était  le  dieu  révélateur  par  excellence.  Quand,  au 
moment  où  sa  face  lumineuse  brillait  en  plein,  il  tournait  soudain 
sa  face  obscure  du  côté  des  hommes,  son  intention  de  donner 
aux  hommes  un  avertissement  était  évidente.  En  effet,  chaque 
éclipse  avait  toujours  été  suivie  d'événements  considérables,  tels 
que  pestes,  famines,  guerres  ou  tremblements  de  terre.  Cepen- 
dant, les  prêtres  avaient  fini  par  reconnaître  que  même  ces  mou- 
vements spontanés  du  dieu  Sin  se  succédaient  dans  un  certain 
ordre  et  formaient  un  cycle  fermé  ou  saros.  Plus  rarement,  mais 
au  plus  grand  effroi  des  hommes,  le  dieu  Samas  voilait  aussi  sa 
face,  sans  qu'on  pût  prévoir  au  juste  ces  signes  redoutables. 

Le  professeur  d'astrologie  chaldéenne  devait  citer  à  ses  audi- 
teurs émerveillés  les  observations  accumulées  par  les  astrologues 
royaux  qui,  des  tours  de  Borsippa  ou  de  Ninive,  adressaient  leurs 
rapports  aux  souverains,  notant  les  jours  heureux  et  néfastes, 
les  approches,  rencontres  et  occultations  de  planètes  et  d'étoiles, 
avec  les  conséquences  sur  terre  de  ces  incidents  célestes.  Dans 
les  documents  que  nos  assyriologues  déchiffrent  à  grand'peine, 
luttant  à  la  fois  contre  l'incertitude  des  lectures  et  l'obscurité 
voulue  des  métaphores  sacerdotales  ^,  il  est  question  d'étoiles 
qui  sont  «  fixées  ^  »,  qui  «  parlent  »  à  une  autre  étoile  ou  sont 
en  opposition  avec  elle  *,  et  à  chaque  observation  se  répètent  des 
formules  de  pronostics  :  «  les  moissons  du  pays  prospèrent  »; 
«  joie  pour  le  maître  de  la  maison  et  du  pays  »  ;  ou  «  inonda- 
lions  »,  «  sauterelles  »,  «  le  roi  étend  ses  armes  sur  le  pays 
voisin  »,  «  les  troupes  marchent  »,  «  les  cités  sont  opprimées 
par  des  gens  de  guerre  »  ;  ou  «  durant  cette  année  les  femmes 
mettent  au  monde  des  enfants  mâles  »,  «  la  justice  règne  dans 


1.  C'est,  du  reste,  une  idée  générale  dans  les  cosmogonies  que  la  Nuit  a 
engendré  le  Jour,  le  précède  en  temps  et  en  dignité  —  xal  yào  tj  xoiv-h,  tsT.fXfi 
Tzpoxixxz'.  xV  v'jxxa  xr,^  T,[j.Épa;  (Procl.,  In  Tim.,  p.  266  D).  Chez  les  Germains, 
710X  ducere  diem  videlur  (Tac.,  Germ.  11).  Tous  les  calendriers  ont  été,  à  l'ori- 
gine, d'institution  religieuse  et  réglés  par  la  Lune. 

2.  Les  citations  qui  suivent  sont  toutes  empruntées  au  travail  de  A.  H.  Sayce, 
The  astronomy  and  astrology  of  the  Babylonians,  wilh  translations  of  the 
tablels  relating  lo  the  subject  (Transact.  of  the  Society  of  Biblical  Archaso- 
logy,  m,  [1874],  pp.  145-339).  L'identification  des  planètes  est  sujette  à  cau- 
tion (cf.  ci-dessus,  p.  41),  mais  il  faut  attendre,  pour  avoir  de  meilleurs 
guides,  les  travaux  futurs. 

.3.  Il  s'agit,  je  suppose,  des  stations  (!iTT,p'.vjioi)  des  planètes. 

4.  Amorce  de  la  théorie  des  aspects  (uyf.tiaTx) ;  voy.  ci-après,  chap.  vi. 


46  CHAP.  II.  —  l'astkologie  chaldéenne 

le  pays  »,  et  autres  affirmations  dont  on  retrouverait  encore 
l'équivalent  dans  nos  almanachs,  mais  qui  ont  dû  avoir  l'attrait 
de  la  nouveauté  pour  les  premiers  adeptes  de  l'astrologie  impor- 
tée d'Orient.  On  saisit  çà  et  là  dans  ce  fatras  des  modes  d'inter- 
prétation et  des  façons  de  dogmes  qui  seront  plus  tard  familières 
à  l'astrologie  hellénisée.  Par  exemple,  l'étoile  Manma((^?)  est  en 
opposition  avec  l'étoile  Battabba  (Double-grande)  :  «  bon  pour  le 
Roi  »,  dont  les  armes  probablement  abattront  les  plus  grands.  La 
même  étoile  est  en  opposition  avec  «  l'étoile  du  Poisson  »  ;  on 
annonce  abondance  de  poissons  dans  le  pays.  La  même  est  en 
opposition  avec  Mercure  (?)  ;  le  Roi  «  reste  dans  son  pays  »,  peut- 
être  par  équilibre  de  deux  influences  égales  et  contraires.  Par  le 
fait  d'une  opposition  de  Mars  et  de  Vénus,  «  cette  année,  six  mois 
durant,  le  dit  Roi  demeure  ».  Mars  étant  opposé  à  Jupiter,  «  ruine 
du  pays  »,  par  conflit  de  deux  grandes  puissances.  Le  dogme 
astrologique  en  vertu  duquel  les  planètes  ont  un  sexe  de  position 
est  affirmé  par  un  exemple  probant  :  «  Vénus  est  femelle  au  cou- 
chant ;  Vénus  est  mâle  à  l'Orient  »  (p.  196). 

Les  pronostics  tirés  des  éclipses  de  la  lune  sont  particulière- 
ment nombreux.  Les  astrologues  royaux  semblent  parfois  désap- 
pointés dans  leurs  calculs  relatifs  aux  syzygies.  Ils  notent  de 
temps  à  autre  :  «  la  Lune  arrive  en  dehors  de  son  temps  calculé, 
une  éclipse  a  lieu  »  (p.  216)  ;  ou  encore  :  «  contrairement  au 
temps  calculé,  la  Lune  et  le  Soleil  ont  été  vus  ensemble.  Un  fort 
ennemi  ravage  la  contrée;  le  roi  d'Accad  est  terrassé  par  son 
ennemi  »  (p.  288).  Dans  la  plupart  des  rapports,  il  est  question 
du  coucher  de  la  lune  et  de  la  planète  qui  est  «  fixée  à  sa  place  ». 
Ainsi  :  «  la  Lune  se  couche  et  Mercure  à  sa  place  est  fixé;  le  roi 
de  Phénicie  *  tombe  et  son  ennemi  saccage  la  contrée  »  (p.  221). 
Une  tablette  (pp.  222-223)  contient  des  observations  d'éclipsés  de 
lune  pour  chaque  jour  du  mois  Tammouz,  du  l'""  au  15,  avec 
détails  précis  sur  la  marche  du  phénomène.  «  Au  premier  jour, 
s'il  y  a  une  éclipse  et  qu'elle  commence  au  sud  avec  lumière 
(éclipse  partielle?),  un  grand  roi  mourra.  Dans  le  mois  Tammouz, 
le  deuxième  jour,  une  éclipse  survenant  et  commençant  dans  le 
nord  avec  lumière,  roi  contre  roi.  En  Tammouz,  le  troisième 
jour,  une  éclipse  arrivant  et  commençant  par  l'est  avec  lumière. 


1.  Un  trait  caractéristique  des  pronostics  des  éclipses,  c'est  qu'ils  visent 
ditlerentes  régions  :  Accad,  la  Phénicie,  Elam,  les  rois  de  Dilniun,  Gutium, 
etc.  C'est  une  doctrine  qui  se  retrouvera  entière  dans  la  partie  «  catholique  » 
de  l'astrologie  grecque  (voy.  ci-après,  ch.  xi). 


PRÉSAGES    TIRÉS    DES    ÉCLIPSES  47 

pluie  et  inondations.  En  Tammouz,  le  quatrième  jour,  une  éclipse 
survenant  et  commençant  par  Touest,  les  moissons  en  Phénicie 
(sont  perdues?).  En  Tammouz,  le  cinquième  jour,  une  éclipse 
survient  et  la  grande  Étoile  est  ascendante  :  famine  dans  le  pays. 
En  Tammouz,  le  sixième  jour,  une  éclipse  survient  et  elle  est 
blanche  (?);  la  Lune  (reçoit  des)  prières.  En  Tammouz,  le  sep- 
tième jour,  une  éclipse  survient  et  elle  est  noire  :  la  Lune  (envoie) 
de  la  nourriture  à  la  Phénicie.  En  Tammouz,  le  huitième  jour, 
une  éclipse  survient,  et  elle  est  bleu-sombre;  un  morceau  de 
terrain  et  champs...  (?).  En  Tammouz,  le  neuvième  jour,  une 
éclipse  survient  et  elle  est  vert-jaune  :  dévastation  du  territoire 
ennemi.  En  Tammouz,  le  dixième  jour,  une  éclipse  survient  et  elle 

est  jaune-pâle;  Accad  est ?...  En  Tammouz,  le  onzième  jour, 

une  éclipse  survient  et  le  Seigneur  delà  lumière  va  son  chemin; 
le  trésor  du  pays  (est  pillé?).  En  Tammouz,  le  douzième  jour,  une 

éclipse  survient  et  la  garde  finit En  Tammouz,  le  treizième 

jour,  une  éclipse  survient  et  marche  vers  le  sud...  En  Tammouz, 
le    quatorzième  jour,  une   éclipse   survient  et  marche  vers  le 

nord En  Tammouz,  le  quinzième  jour,  une  éclipse  survient  et 

marche  vers  l'est  ».  Le  pronostic  général  pour  le  mois  tout  entier 
est  celui-ci  :  «  En  Tammouz,  du  premier  au  trentième  jour,  si  une 
éclipse  survient,  les  autels  sont  détruits,  les  cités  réduites,  et  le 
roi  n'est  pas  à  la  paix  ». 

Devant  cet  étrange  document,  on  se  demande  s'il  n'est  pas 
l'œuvre  d'un  mystificateur  et  qui  a  été  victime  de  la  mystification, 
du  roi  de  Chaldée  ou  de  l'assyriologue  moderne.  Les  mois  de 
l'année  chaldéenne  étaient  des  mois  lunaires,  commençant  à  la 
Nouvelle  Lune  et  partagés  en  deux  moitiés  par  la  Pleine  Lune  *  ; 
il  faut  donc  admettre  qu'à  l'époque,  les  astronomes  chaldéens 
n'avaient  pas  encore  remarqué  que  les  éclipses  ne  se  produisent 
jamais  qu'aux  syzygies,  les  éclipses  de  Lune  à  la  Pleine  Lune 
ou  opposition,  les  éclipses  de  Soleil  à  la  Nouvelle  Lune  ou  con- 
jonction. En  supposant  des  éclipses  possibles  à  tous  les  jours 
du  mois,  ils  se  décernaient  à  eux-mêmes  un  brevet  d'ignorance  ^ 


i.  Ou  plutôt,  pour  être  exact,  commençant  à  l'apparition  du  croissant  de  la 
«  Nouvelle  Lune  »,  c'est-à-dire,  plus  d'un  jour  après  la  syzygie  astronomique. 
Aussi  la  Pleine  Lune  partage  le  mois  en  deux  moitiés  inégales,  sans  compter 
l'inégalité  qui  tient  à  l'apogée  et  au  périgée,  et  la  date  d'une  éclipse  peut 
osciller  entre  le  13  et  le  15  (cf.  J.  Oppert,  C.-R.  Acad.  Inscr.,  1896,  p.  426). 

2.  La  réputation  de  science  que  les  Grecs  d'autrefois  et  les  symbolistes  à  la 
mode  de  Creuzer  ont  faite  aux  Chaldéens  et  Égyptiens  est  un  mirage  qui  se 
dissipe  peu  à  peu.  P.  Tannery  [Recherches,  pp.  306  suiv.)  pense  que  les  Cbal- 


48  CHAP.  II.  —  l'astkologie  chaldéenîse 

que  ne  connaissaient  sans  doute  pas  les  Chaldéens  de  Diodore, 
si  experts  sur  la  cause  des  éclipses  (ci-dessus,  p.  43).  Ou  bien, 
ce  qui  reviendrait  au  même  si  la  chose  était  croyable,  ils  auraient 
si  mal  réglé  le  calendrier  que  la  Pleine  Lune,  normalement  fixée 
au  15,  aurait  coïncidé  en  divers  temps  avec  tous  les  quantièmes 
du  mois.  Le  rédacteur  d'un  autre  rapport  (pp.  239  suiv.)  affirme 
que  les  éclipses  ont  toujours  lieu  les  14,  15,  16,  20  et  21  du  mois. 
Il  est  à  craindre  que  celui-là  n'ait  pas  mieux  pénétré  que  l'autre 
la  cause  des  éclipses,  tout  en  allant  moins  loin  dans  l'absurde.  Si 
l'on  ôtait  de  ces  listes  d'éclipsés  les  quantièmes  qui  les  rendent 
inintelligibles,  il  resterait  une  sorte  de  grammaire  astrologique, 
une  classification  des  présages  ordonnée  au  point  de  vue  de  la  cou- 
leur et  de  la  marche  de  l'ombre  sur  le  disque  lunaire.  C'est  peut- 
être,  si  l'on  veut  des  conjectures,  ce  qu'un  premier  rédacteur 
aura  voulu  faire  et  ce  qu'un  copiste  aura  mal  compris  *. 

A  défaut  d'éclipsés,  les  halos  lunaires,  le  plus  ou  moins  d'éclat 
des  cornes  du  croissant  lunaire,  étaient  matière  à  pronostics.  Il 

déens  ne  connaissaient  ni  l'année  tropique,  ni  la  précession  des  équinoxes. 
On  voit  qu'ils  n'avaient  pas  compris  davantage  la  cause  des  éclipses,  peut- 
("tre,  soit  dit  à  leur  excuse,  pour  avoir  constaté  le  phénomène  rare  d'une 
éclipse  de  lune  survenant  à  Thorizon  alors  que,  par  un  effet  de  la  réfraction 
atmosphérique,  le  soleil  paraît  encore  être  au-dessus  de  l'horizon  du  côté 
opposé  —  utroque  super  terram  conspicuo  sidère  (Plin.,  II,  §  o7),  —  fait  nié  par 
Cléomède  (II,  6,  p.  96),  noté  par  les  Chaldéens  à  la  P.  L.  du  14  Airu  170,  28  févr. 
141  av.  J.-C.  (Z.  f.  Assyriol.,  IV  [1889],  pp.  169-170.  Cf.  ci-dessus,  p.  46-47,  le 
cas  de  la  Lune  et  du  Soleil  «  vus  ensemble  »  à  contre-temps  et  l'éclipsé  du 
11  Tammouz,  quand  «  le  seigneur  de  lumière  va  son  chemin  »).  On  peut  douter, 
par  conséquent,  que  les  anciens  Chaldéens  aient  observé  la  révolution  des 
nœuds  écliptiques  en  223  lunaisons,  et  que  le  saros,  s'il  représente  ce  cycle, 
date  de  si  loin  (sur  le  saros,  voy.  Epping,  Astron.  aus  Babylon,  p.  179). 

1.  Hipparque  et  Ptolémée  n'ont  utilisé  que  les  dates  d'éclipsés  postérieures 
à  l'ère  de  Nabonassar(747  avant  J.-C.).«  Il  est  certain  »,  dit  P.  Tannery  {Rech., 
p.  317,  1),  «  que  les  Chaldéens  avaient  présenté  aux  Grecs  une  série  d'éclipsés 
remontant  à  une  antiquité  fabuleuse  et  qui  ne  pouvaient  inspirer  aucune 
confiance  ».  Parmi  celles  qui  ont  été  vérifiées,  on  cite  l'éclipsé  de  lune  du 
15  Sebat  (ISjanv.  653  avant  J.-C.)  qui  épouvante  le  roi  de  Babylone  Saosdu- 
chin  (datée  par  J.  Oppert,  C.-/?. /lcat/./«scr., 30  oct.  1896);  celle  du  14  Tammouz 
(16  juil.  523)  :  «  l'an  VII  [de  Cambyze],  au  mois  de  Tammouz,  la  quatorzième 
nuit,  une  dihorie  et  2/3  (3  h.  1/3)  après  la  nuit  tombante,  la  lune  fut 
éclipsée.  Dans  le  plein  de  l'écIipse,  le  demi-diamètre  fut  éclipsé  et  le  nord  resta 
invisible  ».  L'autre  éclipse  (de  Thebet,  10  janv.  522)  est  totale.  «  Dans  son  plein, 
le  midi  et  le  nord  furent  éclipsés  ».  Ces  deux  éclipses  figurent  dans  l'Alma- 
geste  de  Ptolémée.  Voy.  J.  Oppert,  Un  texte  babylonien  astronomique  et  sa  tra- 
duction grecque  par  Cl.  Ptolémée  {Zeitschr.  f.  Assyriol.,  VI  [1891], pp.  103-123). 
La  dite  tablette  porte  au  recto  des  observations  sur  la  lune  ;  au  verso,  les 
levers  et  couchers  des  planètes  et  la  mention  des  éclipses  de  lune. 


OBSEKVATIONS   ET   PKÊSAGES    CUALDÉENS  49 

semble  bien  aussi  que  les  astrologues  royaux  commettaient  ou 
supposaient  des  erreurs  de  calcul  qui  transformaient  des  phéno- 
mènes réguliers  en  prodiges  significatifs.  On  a  vu  qu'ils  trou- 
vaient parfois  la  Lune  «  hors  de  son  temps  »  au  moment  des 
éclipses.  Dans  un  rapport  destiné  probablement  à  Assourbanipal, 
l'astrologue  parle  d'une  éclipse  de  soleil  qu'il  guettait  et  qui  ne 
s'est  pas  produite  '  ;  en  revanche,  il  y  a  eu  conjonction  de  la  Lune 
avec  une  planète.  «  Au  roi,  mon  seigneur,  son  fidèle  serviteur 
Mar-Istar.  Le  27^  jour,  la  lune  a  disparu.  Les  28,  29  et  30,  nous 
avons  observé  le  nœud  lunaire  de  l'éclipsé  de  Soleil  ;  le  temps 
s'est  passé  et  l'éclipsé  n'a  pas  eu  lieu.  Le  premier  jour,  quand 
déclinait  le  jour  de  la  Nouvelle  Lune  du  mois  Tammouz,  la  Lune 
fut  de  nouveau  visible  au-dessus  de  la  planète  Jupiter,  comme 
je  l'ai  déjà  annoncé  par  avance  au  roi  mon  maître  :  je  ne  me  suis 
pas  trompé.  A  l'heure  d'Anou,  elle  a  apparu  en  déclin,  dans  le 
cercle  de  Régulus,  mais  son  croissant  n'était  pas  net  dans  les 
brumes  de  l'horizon  ^  ».  Ailleurs,  le  «  chef  astrologue  »  constate 
dans  un  de  ses  rapports  :  «  La  Lune  est  vue  le  28^  jour  telle 
qu'elle  apparaît  au  1"  :  prospérité  pour  Accad,  malheur  pour 
la  Phénicie  »  (p.  228).  C'est  probablement  un  pronostic  créé  en 
vue  de  l'effet  à  produire,  en  un  temps  où  la  Phénicie,  si  sou- 
vent nommée  dans  nos  tablettes,  était  en  hostilité  perpétuelle  avec 
les  rois  de  Babylone  et  de  Ninive. 

La  plupart  des  tablettes  portent  une  signature  sans  qualificatif. 
Un  certain  Naboua  se  dit  «  d'Assour  »,  et  Istar-nadin-Habal  s'in- 
titule «  chef  des  astrologues  d'Arbèle  ».  Un  fait  curieux,  c'est 
qu'il  arrive  à  tel  astrologue  du  temps  d'Assourbanipal  d'insérer 
dans  son  rapport  des  observations  qu'il  déclare  avoir  restituées 
«  conformément  aux  termes  d'une  tablette  qui  n'existe  plus  »,  ou 
tirées  de  «  l'Illumination  de  Bel,  d'après  une  tablette  qui  n'existe 
plus  ».  L'astrologie  chaldéenne  avait  déjà  ses  érudits  et  vivait 
sur  son  passé. 

Il  n'y  a  pas  un  seul  de  ces  antiques  documents  qui  touche  de 
près  ou  de  loin  à  la  généthlialogie  ou  prédiction  d'une  destinée 
individuelle  d'après  la  position  des  astres  lors  de  la  naissance. 
Sans  doute,  cet  argument  a  silentio  ne  saurait  infirmer  la  tradi- 
tion qui  attribue  l'invention  des  méthodes  généthlialogiques  aux 

1.  Elle  avait  pu  avoir  lieu  et  n'être  pas  visible  à  Ninive. 

2.  Texte  traduit  par  J.  Oppert,  Die  astronomischen  Angaben  der  assyrischen 
Keilinschriflen  [SitzuriQsb.  d.  Wien.  Akad.,  Math.-Nat.  Classe,  1885,  pp.  894- 
906).  Cf.  Sayce,  p.  234.  La  substitution  de  Jupiter  à  Mercure  est  une  dernière 
correction  que  je  dois  à  M.  Oppert. 

4 


50  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

Chaldéens  ;  mais  elle  nous  confirme  dans  Topinion  que  l'astro- 
logie a  commencé  par  formuler  des  pronostics  applicables  aux 
peuples  et  aux  rois  avant  de  supposer  que  les  astres  s'occupassent 
de  tout  homme  venant  en  ce  monde.  Peut-être  est-ce  la  logique 
grecque,  rigoureuse  et  démocratique,  qui  l'a  fait  plus  tard  con- 
descendre à  ce  souci  des  petites  gens,  ce  qui  rendrait  plus  énorme 
encore  le  mensonge  des  Chaldéens  prétendant  disposer  des  ob- 
servations de  milliers  de  siècles  employés  «  à  risquer  des  expé- 
riences sur  les  enfants  *  ».  Pour  trouver  un  thème  de  géniture 
chaldéen,  il  faut  descendre  jusqu'à  l'époque  des  Arsacides,  c'est- 
à-dire  au  temps  où  les  Orientaux  imitaient  les  Grecs.  Encore  les 
seuls  que  nous  connaissions  sont-ils  libellés  avec  une  concision 
qui  trahit  une  sorte  d'indifférence  à  l'égard  de  ce  genre  d'obser- 
vations :  «  L'an  170  de  Démétrius,  mois  de  Adar,  nuit  du  6,  au 
commencement  de  la  nuit,  la  Lune  devant  la  Corne  du  Nord^,  à 
distance  d'une  coudée.  Le  6,  au  matin,  un  petit  enfant  est  né 
sous  son  signe.  La  Lune  (était)  au  commencement  des  Gémeaux, 
le  Soleil  dans  les  Poissons,  Jupiter  dans  la  Balance,  Vénus  et 
Mars  dans  le  Capricorne,  Saturne  dans  le  Lion  ».  Autre  mention, 
plus  sommaire  encore  :  «  L'an  170,  au  mois  de  Nisan  4,  équinoxe  : 
dans  la  maison,  on  annonce  qu'un  enfant  est  né  sous  Jupiter^  », 
c'est-à-dire,  Jupiter  étant  alors  levé  toute  la  nuit  (àxpôvup;). 

1.  Nam  quodaiunt  quadraginta  septuacjinta  milia  annorumin  periclitandis 
experiundisque  pueris,  quicumque  essent  nati,  Babylonios  posuisse,  fallunt  :  si 
enimesset  factitatum,  non  esset  desitum;  neminem  autem  habemus  auctorem, 
qui  id  aut  fieri  dicat  aut  factum  sciât  (Cic,  Divin.,  II,  46).  Au  risque  d'être  taxé 
de  présomption,  je  crois  devoir  trancher  ici  une  question  grave  et,  jusqu'à 
plus  ample  informé,  supprimer  la  prétendue  généthlialogie  des  Chaldéens. 
Tout  ce  qu'on  en  sait  se  trouve  résumé,  d'après  les  travaux  de  M.  Oppert,  par 
F.  Lenormant,  La  divination  chez  les  Chaldéens,  ch.  vu.  Tous  les  textes  cités 
se  rapportent  à  des  naissances  monstrueuses,  comparables  et  comparées  aux 
prodiges  du  même  genre  interprétés  par  les  haruspices  toscans,  et  il  n'y  est 
pas  fait  la  moindre  allusion  aux  combinaisons  astrales  qui  les  auraient 
causées.  C'est  donc  faire  une  hypothèse  gratuite  que  d'ajouter  :  «  la  consé- 
quence de  ces  idées  [les  idées  prêtées  aux  Babylonii  de  Cicéron]  était  de  con- 
sidérer toutes  les  infirmités,  toutes  les  monstruosités  que  présentaient  les 
enfants  nouveau-nés,  comme  un  résultat  inévitable  et  irrémédiable  de  l'ac- 
tion de  ces  positions  astrales.  Ceci  donné,  l'observation  de  semblables  mons- 
truosités donnait  comme  un  reflet  de  l'état  du  ciel,  etc.  »  (Ibid.,  p.  104). 
«  Ceci  »  n'est  pas  «  donné  »  par  les  textes  :  le  prodige  vaut  par  lui-même,  et 
c'est  à  lui  que  s'applique  l'exégèse  chaldéenne. 

2.  La  «  Corne  du  N.  »  ne  peut  être  que  p  du  Taureau  (voy.  ci-après,  flg.  4). 

3.  PP.  Strassmaier  et  Epping  {Z.  f.  Assyriol,  III  [1888],  p.  149-150;  IV  [1889], 
p.  169-171).  L'an  110  Seleuc.  6  Adar  correspond  au  28  févr.  141  a.  Chr.  11  paraît 
que,  vérification  faite,  l'état  du  ciel  sus-indiqué  est  exact,  à  quelques  degrés 


GÉNÉTHLIALOGIE  CHALDÉENNE  SI 

Nous  comparerons  plus  tard  la  sécheresse  de  ces  documenls  à 
la  précision  minutieuse  des  thèmes  de  géniture  dressés  par  les 
Grecs  avec  les  ressources  d'un  art  perfectionné.  Il  nous  faut 
maintenant  revenir  au  temps  et  aux  disciples  présumés  de 
Bérose,  pour  tâcher  de  déterminer  le  point  de  soudure  entre  l'as- 
trologie chaldéenne  et  l'astrologie  grecque  ;  autrement  dit,  pour 
apprécier,  si  faire  se  peut,  ce  que  celle-ci  doit  à  celle-là,  en  dehors 
de  ridée  générale  et  de  l'impulsion  qui  l'a  suscitée.  La  question 
est  des  plus  complexes,  car  la  tradition  propagée  par  les  Grecs 
eux-mêmes,  au  lieu  de  faire  ce  triage,  s'est  simplifiée  à  outrance 
et  adjuge  en  bloc  tout  l'outillage  astrologique  aux  Orientaux, 
Chaldéens  ou  Égyptiens.  Il  y  a  là  des  mirages  à  dissiper  qui  ont 
pour  eux  l'autorité  des  textes,  et  nous  ne  parviendrons  sans 
doute  pas  du  premier  coup  à  convaincre  le  lecteur  que,  neuf  fois 
sur  dix,  les  Chaldéens  et  Égyptiens  honorés  de  ces  témoignages 
sont  tout  simplement  des  astrologues  grecs  déguisés  en  déposi- 
taires d'une  doctrine  archaïque.  C'est  une  démonstration  qui  se 
fera  peu  à  peu  et  qui  passera  pour  définitivement  acquise,  nous 
l'espérons,  au  dernier  chapitre  K 


près  en  ce  qui  concerne  la  Lune,  placée  ici  à  2"  3'  de  p  du  Taureau.  Les  iden- 
tifications astronomiques  ainsi  confirmées  sont  mas-masu  =  n  ;  nune  —  ){ ; 
nûru  =  Jk  ;  sakhû=-Jb  ,A  =  Si:  Te-ut  =  2^;  Dilbat  =  Ç  ;  Ame  =^  ^  ;  Mullalu  =  ^. 
1.  Il  importe  de  la  commencer  dès  maintenant,  en  insistant  sur  un  fait 
psychologique,  largement  démontré  par  l'histoire  de  la  littérature  apocryphe  : 
c'est  que  toute  doctrine  qui  fait  appel  à  la  foi  a  intérêt  à  se  vieillir,  et  que 
les  individus  qui  la  développent  se  gardent  bien  de  donner  leurs  inventions 
particulières  pour  des  opinions  de  leur  propre  génie.  Ils  échappent  à  la  dis- 
cussion en  se  couvrant  dun  amas,  aussi  énorme  que  possible,  d'expériences 
ou  de  révélations  invérifiables.  De  là  les  entassements  de  siècles  que  nous 
avons  déjà  rencontrés.  Ceci  posé,  constatons  que  les  auteurs  adjugent  l'inven- 
tion de  Tastrologie-astronomie  tantôt  aux  Chaldéens,  tantôt  aux  Égyptiens. 
—  I.  Pour  la  Chaldée,  la  majorité  des  témoignages,  appuyés  sur  le  fait  que 
la  Chaldée,  plaine  immense,  se  prêtait  admirablement  aux  observations  (cf. 
Ps.-Plat.,  Epinomis,  9,  p.  987.  Cic,  Divin.,  I,  1,  qui  distingue,  dans  les  Assyrii, 
les  Chaldaei,  non  ex  artis  sed  ex  gentis  vocabulo.  Joseph.,  Ant.  Jud.,  I,  8,  2. 
Amra.  Marc,  XXIII,  6,  23.  Procl.,  In  Tim.,  p.  277  D,  etc.).  —  II.  Pour  les  Égyp- 
tiens, Aristot.,  Metaph.,  1, 1.  Diod.,  I,  28-29.  81  (csa^l  61  xal  toùî  îv  BaêuXwvt  XaX- 
Saiouî,  àirotxou;  .\tYui:Tiwv  ôvTaç,  Tf,v  8ô;av  I^ew  "z^y  icspl  xf,;  àaxpoXo- 
Ytaî  i:apà  twv  îepswv  jiaeôvxaî  twv  AlyuuT  iwv).  Diog.  Laert.,  Prooem,, 
§  11.  Lactant.,  Inst.  Div.,  II,  13;  Clem.  Alex.,  Slrom.,  I,  16,  §  74.  Macrob., 
Somn.  Scip.,  I,  21,  9.  Ps.-Lucian.,  Astrol.,  3-9,  etc.  J'ignore  si  le  compilateur 
qui  appelle  Néchepso  '^^aù.ia.  'Aauupiwv  (ap.  Iriarte,  Catal.  Matrit.  =  Riess, 
fr.  40)  transportait  Néchepso  en  Assyrie  ou  faisait  de  l'Assyrie  une  province 
égyptienne.  —  HI.  Opinions  mixtes,  acceptant  Égyptiens  et  Chaldéens,  Cic, 
lac.  cit.  :  Eamdem  artem  etiam  Aegyptii  —  innumerabilibus  paene  saeculis 


32  CHAP.   H.   —  l'astrologie    ClIALDÉENNË 

Nous  irons  tout  droit  à  la  question  principale  en  recherchant 
les  origines  de  la  maîtresse  pièce  de  Voutillage  astrologique.  Le 
Zodiaque  est  l'instrument  par  excellence  de  l'astrologie  grecque, 
l'échelle  sur  laquelle  sont  repérées  les  positions  des  planètes  et 
appuyés  les  angles  des  polygones  qui  déterminent  les  «  aspects  », 
le  cadastre  des  domiciles  et  autres  fiefs  planétaires;  enfin  et  sur- 
tout, c'est  un  répertoire  de  toute  espèce  d'influences  propageant 
les  qualités  et  aptitudes  symbolisées  par  les  signes  (^tjjota-si^na).  11 
est  indubitable  —  le  thème  cité  plus  haut  (p.  50)  le  prouve  — 
que  les  Chaldéens  du  temps  des  Arsacides  usaient  de  l'échelle 
zodiacale  :  il  l'est  moins,  il  est  même  douteux  que  le  Zodiaque 


conseciiti  putantur.  Plin.,  "VII,  §  56.  Manil.,  I,  40-45.  Ach.  Tat.,  Isaf/.,  l,  p.  73. 
Isid.,  Orifjg.,  III,  24,  i  :  etc.  —  IV.  Opinions  éclectiques,  qui  partagent  l'objet 
du  débat,  adjugeant  l'astronomie  aux  Égyptiens,  l'astrologie  aux  Chaldéens 
(Theodoret.,  IV,  p.  699,  éd.  liai.),  ou  inversement  (Palchos  ap.  Cumont,  p.  6); 
faisant  les  Égyptiens  et  Hellènes  disciples  des  Chaldéens  (Suidas,  s.  v.  àuxpo- 
vo[ita);  disant  l'astrologie  «  arithmétique  »  issue  des  Chaldéens,  l'astrologie 
«  graphique  »,  des  Égyptiens  (Théo  Smyrn.,  p.  177  Hiller).  —  V.  Opinions 
qui,  considérant  l'astrologie  comme  magie,  associent  ou  substituent  aux 
Chaldéens  les  mages  perses  (Suidas,  loc.  cit.  —  npwxoi  Ba6u>va)vtoi  laÛTT^v  èœsûpov 
Sià  ZwpoâtTTpou,  [jleS'  '6v  xxl  'OaOivriî  :  cf.  lo.  Lyd.  Mens.,  II,  3  —  ol  -rrepl  Zwpoij- 
TpTiV  xal  TffTdtffii-fiv  Xa^oatot  xal  Alyj'-rxtot),  ou  inversement  :  Magorum  scientiae 
multa  ex  Chaldaeorum  arcanis  Baclrianus  addidit  Zoroastres,  deinde  Hys- 
taspes  rex  prudentissimus  Darei  paler  (Amm.  Marc,  XXIII,  6,  32).  On  verra 
plus  loin  (ch.  xvi)  l'inénarrable  fouillis  de  traditions  adjugeant  l'invention  de 
l'astrologie  aux  Cariens,  aux  héros  helléniques,  aux  Juifs,  aux  fils  d'Adam, 
etc.  Si,  des  généralités,  l'on  descend  au  détail,  les  contradictions  s'accusent. 
Ptolémée  [Telrab.,  I,  3)  affirme  que  la  médecine  astrologique  est  d'origine 
égyptienne;  mais  Apulée  assure  que  les  Chaldéens  ont  découvert  [lumintim 
vagantium]  varios  effeclus  in  genituris  hominum  necnon  medendi  remédia 
(Apul.,  Florid.,  II,  15,  §57).  Les  documents  prouvent  que  les  Chaldéens  se 
sont  beaucoup  occupés  des  planètes  et  des  éclipses;  les  Égyptiens,  peu  ou 
point.  Sénèque  n'en  affirme  pas  moins  qu'Eudoxe  a  rapporté  d'Egypte  sa 
théorie  des  planètes  {Eudoxus  primiis  ab  Aegypto  hos  motus  in  Graeciam  trans- 
tulit;  Sen.,  Q.  N.,  VII,  3  :  cf.  Aristot.,  Meteor.,  I,  6),  et  Conon  de  Samos,  ses 
tables  d'éclipsés  {Conon  defectiones  quidem  salis  servatas  ab  Aegyptiis  collegit). 
Macrobe  attribue  aux  «  Égyptiens  »  l'opinion  qui  faisait  circuler  Vénus  et  Mer- 
cure autour  du  Soleil,  opinion  qui  remonte  au  plus  à  Héraclide  de  Pont  (cf. 
P.  Tannery,  Recherches,  p.  260),  et  ainsi  de  suite.  Voy.  ci-après  (chap.  iv)  la 
doctrine  de  Mars=rIIercule  attribuée  ici  aux  Égyptiens,  là  aux  Chaldéens. 
L'expression  ol  xaXatol  AlyûirTiot,  sous  la  plume  des  astrologues,  désigne 
les  auteurs  d'un  ouvrage  apocryphe  datant  au  plus  du  temps  de  Sylla,  et 
peut-être  postérieur  à  l'ère  chrétienne,  les  fabuleux  Néchepso  et  Pétosiris  ;  et 
Ptolémée  lui-même,  contemporain  des  Antonins,  est  le  plus  souvent  appelé 
par  ses  commentateurs  b  iiaXatôî  tout  court  (cf.  Anon.,  pp.  3,  49,  80,  94,  137, 
143,  146,  156,  etc.).  Il  suffit  pour  le  moment  d'ébranler  l'autorité  des  textes  : 
la  conviction  se  fera  peu  à  peu. 


ORIGINES    DU    ZODIAQUE  53 

ait  été  connu  des  anciens  Chaldéens,  et,  à  plus  forte  raison,  des 
Égyptiens  que  la  tradition  se  plaît  à  mettre  en  concurrence  avec 
eux.  Essayons,  pour  simplifier  le  problème,  qui  dépasse  sur  bien 
des  points  notre  compétence,  d'en  éliminer,  après  examen,  les 
prétentions  égyptiennes. 

L'origine  du  Zodiaque  est  une  question  qui  a  exercé  au  moins 
autant  l'imagination  que  la  science  des  érudits.  Les  figures  en 
majeure  partie  animales  qui  le  composent;  les  hiéroglyphes  qui 
résument  ces  figures;  la  découverte  de  quatre  zodiaques  égyp- 
tiens —  deux  à  Denderah,  un  à  Esneh  et  un  à  Akhmîm  —  que 
l'on  croyait  remonter  à  une  haute  antiquité;  le  fait  que  les  Égyp- 
tiens ont  eu  de  temps  immémorial  une  année  solaire  divisée  en 
douze  parties  égales  et  réglée  sur  le  lever  des  constellations;  les 
textes  nombreux  qui  revendiquent  pour  les  Égyptiens  la  priorité 
de  l'invention  de  l'astronomie  ou  astrologie  et  affirment  notam- 
ment que  les  Égyptiens  ont  divisé  le  Zodiaque  en  douzièmes 
égaux  au  moyen  de  la  clepsydre  (voy.  ci-après)  :  tout  cela  a  paru 
d'abord  faire  tourner  le  débat  à  l'avantage  des  Égyptiens.  Mais  il 
a  été  irrévocablement  démontré  que  les  zodiaques  égyptiens 
sont  tous  de  l'époque  romaine  et  librement  imités  du  Zodiaque 
grec,  et  du  coup  se  sont  écroulées  les  suppositions  extravagantes 
échafaudées  sur  leur  prétendue  antiquité  K  On  accepterait 
aujourd'hui,  s'il  n'y  avait  pas  d'autre  objection,  les  2400  ans 
auxquels  devaient  remonter,  d'après  le  calcul  de  la  précession 


1.  La  démonstration  a  été  faite  en  1824,  contre  la  thèse  de  Bailly  et  Dupuis, 
par  Letronne  dans  deux  mémoires  :  Obss.  critiques  et  archéol.  sur  l'objet  des 
représentations  zodiacales  qui  nous  restent  de  l'antiquité  (CEuvres  choisies, 
2°  série,  I,  pp.  172-246).  Sur  l'origine  (irecque  des  zodiaques  ■prétendus  égyptiens 
(ibid.,  pp.  423-457),  et  reconnue  valable  par  Ideler  {Ueber  den  Vrsprung  des 
Thierkreises .  Berlin,  1839);  par  R.  Lepsius  (Einleitung  zur  Chronologie  der 
Aegypter.  Berlin,  1848)  ;  par  R.  Brugsch  [Thés.  Inscr.  Aegypt.  ïom.  I.  Astrono- 
mische  und  astrologische  Inschriften  der  altugyptischen  Denkmûler.  Leipzig, 
1883),  qui  consacre  63  pages  (pp.  1-63)  aux  inscriptions  du  plafond  du  pronaos 
de  Denderah.  Par  contre,  égyptologues  et  assyriologues  contestent  la  seconde 
partie  de  la  thèse  de  Letronne,  à  savoir  qu^  les  zodiaques  orientaux,  y  com- 
pris ceux  de  l'Inde  et  de  la  Chine,  sont  des  imitations  du  Zodiaque  grec.  Ils 
réclament  en  faveur  de  la  Chaldée  (voy.  ci-après),  et  Letronne  lui-même  con- 
sent à  admettre  un  Zodiaque  duodécimal  chez  les  Chaldéens,  mais  avec  des 
signes  et  des  noms  différents  :  ceci  par  respect  pour  le  texte  de  Diodore 
(Letronne,  Sur  l'origine  du  Zodiaque  grec  et  l'Uratio graphie  des  Chaldéens 
ibid.,  pp.  458-330).  Il  y  avait  à  Denderah  deux  zodiaques,  l'un  intérieur  (le 
seul  circulaire  trouvé  jusqu'ici  en  Egypte),  d'atant  probablement  de  Cléopâtre; 
l'autre,  rectangulaire  (actuellement  à  laBibl.  nationale),  faisant  partie  du  pro- 
naos dédié  sous  Tibère,  entre  32  et  37  p.  Chr.  (Lepsius,  pp.  102-103), 


54  CHAP.  II  —  l'astrologie  chaldéenne 

des  équinoxes,  des  zodiaques  qui  plaçaient  l'équinoxe  de  prin- 
temps dans  le  Taureau;  mais  on  sourit  du  zèle  anti-biblique  de 
Dupuis,  qui,  faisant  permuter  équinoxes  et  solstices,  réclamait  les 
13,000  ans  nécessaires  pour  que  l'écliptique  eût  tourné  de 
180  degrés.  L'insouciance  d'un  artiste  du  temps  des  Ântonins  — 
l'auteur  du  zodiaque  d'Esneh  —  avait  déchaîné  ce  flot  d'hypo- 
thèses, qui,  en  inquiétant  les  exégètes  de  la  Bible,  faillit  trans- 
former la  discussion  scientifique  en  querelle  religieuse. 

Quant  aux  textes  qui  attribuent  aux  Égyptiens  l'invention  du 
Zodiaque,  ils  représentent  l'opinion  de  scoliastes  de  basse  épo- 
que, qui  montrent  naïvement  leur  ignorance.  Macrobe  explique 
tout  au  long  comment  s'y  prirent  les  Égyptiens  pour  diviser,  à 
l'aide  de  clepsydres,  le  cercle  zodiacal  en  douzièmes  égaux  \ 
sans  se  douter  que  son  procédé,  bon  pour  mesurer  des  douzièmes 
de  l'équateur,  donnerait  des  fractions  très  inégales  du  Zodiaque. 
Il  est  tout  à  fait  étranger  au  calcul  des  àvatpopaî  ou  estimation  des 
ascensions  obliques  en  degrés  d'ascension  droite.  Servius  a  peut- 
être  entendu  parler  des  ascensions  obliques,  c'est-à-dire  des  arcs 
inégaux  du  Zodiaque  qui  montent  au-dessus  de  l'horizon  en  des 
temps  égaux,  mais  il  paraît  confondre  l'étendue  réelle  et  le  temps 
d'ascension;  il  assure  que  les  Égyptiens  divisent  le  Zodiaque  en 
douze  parties  égales,  mais  que  les  Chaldéens  admettent  onze 
signes  seulement,  et  d'une  inégalité  qui  peut  aller  du  simple  au 
double  ^.  Au  temps  de  Servius  et  de  Macrobe,  il  y  avait  six  cents 
ans  que  les  astrologues  grecs  étaient  ou  «  Chaldéens»  ou  «  Égyp- 
tiens »,  et  l'on  ne  saurait  appliquer  de  pareils  textes  aux  Égyp- 
tiens d'Egypte  ou  aux  Chaldéens  de  Chaldée. 

Les  égyptologues  conviennent,  du  reste,  que,  si  l'on  trouve 


1.  Macrob.,  Somn.  Scip.,  I,  21,  9-23.  Il  ajoute  ingénument  que  ces  Égyp- 
tiens ont  appelé  ce  cercle  Zodiaque,  quia  signa  Graeco  nomine  Çtj)5ia  nuncu- 
pantur.  Disons,  à  sa  décharge,  qu'il  n'a  fait  qu'appliquer  aux  Égyptiens  ce 
que  Sextus  Empiricus  [Adv.  Astrol.  §§  24-26,  p.  342)  dit  des  Chaldéens  ;  que  le 
même  procédé,  entaché  de  la  même  erreur,  se  retrouve  dans  la  Didascalie  de 
Leptine  {Notices  et  Extraits  des  mss.,  XVIII,  2,  p.  63),  et  que  Hipparque  accuse 
de  la  même  ignorance  Aratus  et  Attale  {Comm.  in  Arat.  Phaen.,  II,  1,  §  4  sqq.). 
Cf.  ci-après,  ch.  ix. 

2.  Aegyptii  duodecim  esse  asserunt  signa  :  Chaldaei  vero  undecim.  Nam  Scor- 
piian  et  Libram  unmn  signum  accipiitnt...  lidetn  Chaldaei  nolunt  aequales  esse 
partes  in  omnibus  signis,  sed  pro  qualitate  sut,  aliud  signum  XX,  aliud  XL 
habere  ;  cum  Aegyptii  tricenas  esse  partes  iji  omnibus  velint  (Serv.,  Georg.,  1, 
33).  Il  y  a  là  quand  même  une  réminiscence  d'un  fait  exact  ;  c'est  que  les 
Chaldéens  —  et  Égyptiens,  quoi  qu'en  dise  Servius  —  conservaient  aux  con- 
stellations leur  dimension  naturelle  et  les  faisaient,  par  conséquent,  inégales. 


LE   ZODIAQUE    CHALDÉEN  55 

dans  les  documents  beaucoup  de  noms  de  constellations  et  de 
décans,  ou  même  la  preuve  que  les  constellations  étaient  enfer- 
mées dans  des  figures,  ces  constellations  appartiennent  à  des  par- 
ties très  différentes  du  ciel  et  n'ont  été  remarquées,  de  préférence 
à  d'autres,  qu'en  raison  de  leur  éclat.  On  sait  que  le  régulateur 
du  calendrier  égyptien  était  Sothis  ou  Sirius  et  son  voisin  Orion, 
qui  n'appartiennent  pas  au  Zodiaque.  De  même  les  décans,  que  les 
Grecs  feront  plus  tard  entrer  dans  leur  Zodiaque,  étaient  inégale- 
ment et  librement  disséminés  sur  le  pourtour  de  la  sphère,  de  pré- 
férence dans  la  région  équatoriale.  En  un  mot,  il  n'y  avait  pas  de 
Zodiaque  égyptien;  et  on  le  conçoit  aisément,  puisque  les  Égyp- 
tiens, peu  curieux  de  suivre  la  marche  des  planètes,  ne  se  préoc- 
cupaient pas  de  leur  route  oblique  et  avaient  adopté  une  année 
réglée  sur  le  lever  des  constellations  équatoriales  *. 

Pour  la  raison  inverse,  les  Chaldéens,  qui  pratiquaient  l'année 
lunisolaire,  «ivec  la  Lune  pour  régulateur  principal,  et  attribuaient 
une  influence  prépondérante  aux  planètes,  ont  dû  distinguer  de 
bonne  heure,  entre  toutes  les  constellations,  celles  qui  ont  l'hon- 
neur d'héberger  les  astres  errants.  Si  la  Lune  était  toujours  l'objet 
principal  de  leur  attention,  ce  sont  les  étapes  de  sa  route  qu'ils 
ont  dû  noter  tout  d'abord,  en  tâchant  d'égaler  le  nombre  de  ces 
étapes  à  celui  des  jours  de  la  révolution  sidérale,  de  l'astre.  La 
logique  postule  un  premier  Zodiaque  babylonien  à  28  cases  ou 
mansions  lunaires,  tel  qu'on  le  rencontre  chez  les  Hindous  et  les 
Chinois,  zodiaque  qui  aurait  été,  ensuite  et  par  surcroît,  divisé 
eu  12  étapes  solaires  ^  Nous  ne  saurions  dire  si  les  découvertes 

1.  Voy.  les  conclusions  de  Lepsius  (Einleitung,  pp.  121-123).  11  tient  pour  le 
Zodiaque  chaldéen,  lequel  (sur  la  foi  de  nos  scoliastes)  aurait  été  divisé  en 
douzièmes  réguliers  par  les  Égyptiens,  en  admettant  toutefois  que  les  Égyp- 
tiens ont  accepté  ensuite  et  transposé  à  leur  usage  le  Zodiaque  grec.  C'est  un 
compromis  assez  obscur.  Brugsch  [op.  cit.,  pp.  9  et  81)  cite,  comme  preuve 
que  les  Égyptiens  donnaient  aux  constellations  des  figures  plastiques,  Sah  ou 
Saine,  le  «  Retourné  »,  c'est-à-dire  Orion,  représenté  comme  un  roi  marchant 
la  tête  tournée  en  arrière.  Orion  est  traversé  par  l'équateur.  Ce  qui  intéressait 
les  anciens  Égyptiens,  ce  n'était  pas  la  place  où  était  fixé  le  soleil  quand  il 
tournait  avec  le  ciel,  mais  la  course  horizontale  qu'il  était  censé  fournir  pen- 
dant la  nuit.  C'est  autour  de  l'horizon  qu'ils  disposaient  les  maisons  solaires, 
avec  les  divinités  connues  plus  tard  sous  le  nom  de  décans.  Cf.  l'opinion 
d'Anaximène  :  oùy  Oit  à  yfiv,  te  pi  aOx-^iv  Se  uTpécpEaôai  toùî  idTipa;  (Plut.,  i'/ac. 
Phil.,  II,  16.  Stob.,£cZ.,I,  24). 

2.  La  révolution  sidérale,  qui  ramène  la  lune  en  conjonction  avec  une  même 
étoile,  est  de  27J  T'  43'"  11»,  5  :  plus  de  27  j.,  moins  de  28.  De  là  l'hésitation  sur 
le  nombre  des  cases.  Les  28  Nokhyottros  {sic)  du  zodiaque  lunaire  hindou  ont 
été  réduits  à  21  {Juxta  cubicum  numerum,  Chalcid.,  In  Tim.,  §  113)  au  iv^  siècle 


56  CHAP.  11  —  l'astrologie  chaldéenne 

récentes  ont  complètement  satisfait  la  logique  sur  ce  point  et  dans 
quel  rapport  se  trouvent  avec  un  véritable  Zodiaque  lunaire  les 
vingt-huit  «  étoiles  normales  »,  inégalement  espacées,  sur  les- 
quelles les  astronomes  chaldéens  du  temps  des  Arsacides  repé- 
raient la  marche  des  planètes  ^  Ce  que  nous  cherchons,  c'est  un 
Zodiaque  solaire  dans  l'antique  Ghaldée. 

Le  Zodiaque  grec  se  compose  de  deux  éléments  bien  distincts  : 
les  signes  (Cv^ia)  ou  constellations  qui  se  trouvent  semées  aux 
environs  de  l'écliptique  ou  route  du  Soleil,  irrégulières  en  posi- 
tion et  inégales  en  grandeur  comme  en  éclat,  et  la  répartition 
artificielle  de  ces  signes  dans  des  douzièmes  (otooexaTrjixôpta)  égaux. 
Il  est  évident  que,  si  l'on  fait  abstraction  de  ce  dernier  élément, 
le  plus  important  des  deux  et  la  marque  spécifique  du  Zodiaque 
grec,  on  doit  trouver  dans  l'uranographie  chaldéenne  ou  égyp- 
tienne mention  des  constellations  zodiacales,  sous  des  noms  et, 
s'il  y  a  lieu,  avec  des  figures  différentes.  Pour  savoir  s'il  y  a  eu 
imitation  de  la  part  des  Grecs,  il  suffira  de  rechercher  s'il  y  a 

de  notre  ère,  suivant  Guérin,  op.  cil.,  p.  50.  Les  Arabes,  Persans,  Chinois, 
Coptes,  ont  conservé  le  nombre  de  28.  Cf.,  en  Egypte,  les  28  ans  du  règne 
d'Osiris,  symbole  de  la  révolution  lunaire  (Plut.,  De  Isid.  et  Osir.,  42),  et  les 
28  jours  durant  lesquels  le  scarabée  enterre  sa  boule  de  fiente,  à  fin  de  géné- 
ration spontanée  (Horapoll.,  Hierogl.,  I,  10).  Sur  les  questions  abordées  ci- 
après,  j'ai  consulté,  pour  suppléer  autant  que  possible  à  l'incompétence  par  la 
diligence,  les  ouvrages  ou  articles  de  P.  Jensen,  Kosmologie  (ci-dessus,  p.  6,2); 
Epping,  Astronomisches  (ci-dessus,  p.  4),  et,  dans  cet  ouvrage  (p.  150),  la  plan- 
che Babylonische  Thierkreise.,  plus  les  Neue  babylonische  Planeten-Tafeln  [Z.  f. 
Assyr.,  v'[1890],  pp.  341-366,  VI  [1891],  pp.  89-102  et  217-244);  Hommel  (arti- 
cles cités  ci-dessus,  p.  11  note);  les  nombreux  articles  —  trop  nombreux 
pour  être  tous  cités  ici  —  dans  lesquels  R.  Brown  étudie  l'uranographie 
babylonienne,  surtout  d'après  les  stèles  ou  bornes  milliaires  du  x"  siècle  (?), 
notamment  Remarks  on  the  Euphratean  astronomical  names  of  the  Signs  of 
the  Zodiac  (Proceedings  of  the  Soc.  of  Bibl.  Arch.,  XIII  [1891],  pp.  246-271),  et 
une  série  d'Euphratean  stellar  researches,  parmi  lesquelles,  n»  5  :  The  Archaic 
lunar  Zodiac  (ibid.,  XVII  [1895],  pp.  284-303),  où  on  lit  :  «  Since  1883  a  lunar 
Zodiac  has  been  found  in  the  cuneiform  inscriptions,  and  therefore  the  argu- 
mentum  a  taciturnitate,  unsatisfactory  at  ail  times,  vanishes  »  (p.  285). 

1.  Voy,  Epping,  Astronomisches  ans  Babylon,  ch.  iv.  Chaldàische  Planeten- 
Ephemeriden,  pp.  109-175.  Les  28  étoiles  normales  sont  :  I,  tj  j(-  —  H.  P  T. 
—  III.  a  r.  —  IV.  71  Pléiades  V-  —  V.  a  V-  —  VI.  ?  V-  —  Vil.  Ç  V-  —  VIII . 
T.  n.  —  IX.  [A  n.  —  X.  Y  0-  —  XI.  a  H.  —  XII.  p  H.  —  XIII.  S  S.  —  XIV. 
e  Si.  —  XV.  a  ^.  —  XVI.  p  SI.  —  XVII.  ^  SI.  -  XVIII.  p  nj.  —  XIX.  y  "J!.  — 
XX.  at  ITE.  -  XXI  a  jv.  —  XXII.  pi.—  XXIII.  8  m,.  —  XXIV.  a  itl.  — XXV.  6 
Ophiuchus.  -  XXVI.  a  X  •  -  XXVII.  r  X  •  —  XXVIII.  S  l .  Division  absolument 
irrégulière  et  qui  sort  même  du  Zodiaque,  Ophiuchus  remplaçant  le  Sagittaire. 
On  se  demande  si  c'est  par  hasard,  en  fait  seulement,  que  le  nombre  se  trouve 
borné  à  28. 


LE    ZODIAQUE    CHALDÉEN  57 

analogie  entre  les  caractères  attribués  aux  constellations  qui  se 
correspondent  de  part  et  d'autre. 

En  ce  qui  concerne  les  douzièmes,  la  question  paraît  tranchée. 
Même  à  l'époque  des  Arsacides,  les  Chaldéens,  ennemis  des  abs- 
tractions invisibles,  n'avaient  pas  encore  ramené  les  constella- 
tions zodiacales  à  une  étendue  égale  pour  toutes  K  On  peut  con- 
clure de  là,  à  plus  forte  raison,  qu'ils  ne  connaissaient  pas  les 
dodécatémories  uniformes  au  temps  où  ils  étaient  libres  de  toute 
influence  grecque. 

Restent  les  signes  ou  figures.  Les  assyriologues  contemporains 
—  ou  du  moins  les  plus  prudents  d'entre  eux  —  n'ont  pas  encore 
découvert  dans  les  anciens  documents  une  série  complète  de 
constellations  zodiacales  comparables  aux  Çt})oia  grecs;  mais  ils 
signalent  un  Bélier,  un  Taureau,  des  Gémeaux,  un  Scorpion,  une 
Chèvre  pisciforme  qui  répondrait  au  Capricorne,  et  deux  Poissons 
ou  hommes-poissons  reliés  par  un  ligament,  comme  ceux  du 
Zodiaque  grec.  Enfin,  s'il  n'y  a  pas  de  constellation  du  Lion,  on 
trouve  le  dieu  solaire  Nergal  qualifié  de  Lion,  et  l'Épi  que  tient  la 
Vierge  grecque  est  bien  sémitique.  La  position  présumée  de  ces 
groupes  d'étoiles  sur  la  sphère  semble  indiquer  que  leurs  noms 
sont  des  métaphores  suggérées  par  la  température  des  parties  de 
l'année  solaire  correspondantes.  Ainsi,  trente  siècles  avant  notre 
ère,  l'équinoxe  du  printemps  était  dans  le  Taureau.  Le  Taureau 
était  alors  le  symbole  de  Mardouk,  du  soleil  de  printemps  qui 
sort  des  eaux  hivernales  et  y  est  encore  à  demi  plongé  ^  Les 
signes  d'hiver  sont  tous  aquatiques,  à  partir  du  Scorpion,  qui 
correspondait  alors  à  l'équinoxe  d'automne.  Ce  Scorpion  pour- 
rait bien  être  le  monstrueux   Homme-Scorpion  qui,  suivant  les 


1.  Voy.  Epping,  Astronomisches,  pp.  148-149.  Il  y  a  eu  cependant  effort 
d'accommodation.  «  Il  semble  que  Ton  a  donné  k  tous  les  groupes  environ  30° 
d'étendue,  à  quelques  degrés  près  en  plus  ou  en  moins,  de  façon  à  accentuer 
une  concordance  avec  les  signes  écliptiques  actuels  »  (p.  149).  Le  Zodiaque 
chaldéen  ainsi  constitué  comprend  les  douze  signes  suivants,  d'après  Epping  : 
Ku  =  T  Nanfjani  =  ^  Nûru  =  A  Sakhû  =  X 
Te-te  =  "fif  A  =  Si  Aqrabu  =  xn  Ou  =  as 
Mas-masu  —  n        Ki              —  nfi        Pa              —  ^        Zib             =  J( 

Sur  Tinterprétation  de  ces  noms  (ou  autres  substitués)  et  les  figures  des  sus- 
dits signes,  voy.  les  conjectures  de  R.  Brown  {Proceedings,  XIII,  pp.  246-271). 
Epping  propose  ku  =  Chien;  mas-masu  =  Jumeaux  ;  aqrabu  =  Scorpion  ;  pa  = 
Sceptre  ;  sak/nî  =  Capricorne  :  zib  =  Poisson. 

2.  Ceci  pour  expliquer  la  mutilation  du  Taureau,  dépourvu  d'arrière-train 
dans  le  Zodiaque  grec. 


58  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

légendes  cosmogoniques,  avait  aidé  Tiamat  à  résister  au  dé- 
miurge Bel-Mardouk.  L'épithète  de  Lion  conviendrait  bien  a^ 
soleil  furieux  du  plein  été.  Enfin,  l'Épi  pouvait  être  non  pas  le 
signe  où  se  trouvait  le  Soleil  au  moment  de  la  moisson  —  laquelle 
se  faisait  en  Chaldée  vers  le  mois  de  février  —  mais,  au  contraire, 
le  signe  qui  se  levait  et  souriait  aux  moissonneurs  aussitôt  le 
soleil  couché  ^ 

Le  Zodiaque  chaldéen  ainsi  ébauché  aurait  été  subdivisé  et 
complété  plus  tard,  peut-être  par  suite  de  l'adoption  de  l'année 
lunisolaire,  qui  exigeait  au  moins  douze  compartiments.  Le 
dérangement  de  l'ancien  système  par  le  fait  de  la  précession  des 
équinoxes  a  pu  aussi  motiver  des  retouches.  Ainsi,  s'apercevant 
que  l'équinoxe  avait  quitté  le  Taureau  (2450  a.  Chr.),  les  Chal- 
déens  auraient  intercalé  entre  le  Taureau  et  les  Poissons  un  nou- 
veau symbole  solaire,  le  Bélier,  pour  marquer  l'équinoxe  du 
printemps,  et  affecté  la  partie  antérieure  du  Scorpion  à  l'équi- 
noxe d'automne,  tandis  que  le  dard  de  ce  même  Scorpion  deve- 
nait le  prototype  du  Sagittaire  grec. 

Si  complaisantes  que  soient  les  hypothèses  ^  elles  ne  vont  pas 
toujours  sans  lacunes.  Celle-ci  explique  mal  ou  l'absence  d'un 
signe  consacré  au  solstice  d'été,  ou  la  nature  de  ce  signe,  qui 
aurait  été  le  modèle  du  Crabe  (Cancer)  grec,  c'est-à-dire  d'un 
animal  aquatique,  tout  à  fait  dépaysé  au  point  où  le  Soleil  atteint 
son  maximum  de  puissance.  L'explication  du  signe  des  Gémeaux 
n'est  pas  non  plus  très  avancée  quand  on  a  reconnu  dans  ces 
«  Grands-Jumeaux  »  des  hypostases  du  dieu  solaire  Nergal,  sym- 
bolisant le  caractère  mixte  de  la  température  printanière  ^. 

En  cherchant  dans  les  légendes  chaldéennes  les  preuves  de 
cette  haute  antiquité  du  Zodiaque,  d'ingénieux  érudits  ont  eu 
l'idée  de  considérer  le  poème  en  douze  chants  d'Izdubar  (Gilga- 


1.  Avec  le  recours  arbitraire  à  deux  systèmes  opposés,  le  lever  héliaque  et 
anti-héliaque  des  constellations,  on  peut  plier  tous  les  faits  à  un  plan  préconçu. 
A.  Krichenbauer  {Théogonie  and  Astronomie,  Wien,  1881)  n'éprouve  aucune 
difliculté  à  construire  son  prétendu  Zodiaque  égyptien  du  xxiv  siècle  avant 
notre  ère,  où,  grâce  au  lever  anti-héliaque,  les  signes  d'été  deviennent  ceux 
d'hiver  et  réciproquement  (pp.  23  suiv.).  C'est  ce  Zodiaque  que  les  Chaldéens 
auraient  retourné  avec  le  lever  héliaque  (!). 

2.  Celles-ci  sont  empruntées  au  livre  déjà  cité  de  P.  Jensen,  Die  Kosmoloqie 
der  Bahylonier.  Cf.  Lenormant  [op.  cit.  App.  IV,  pp.  595-598). 

3.  Cette  explication  est  empruntée,  comme  on  le  verra  plus  loin,  aux  astro- 
logues grecs,  qui  appelaient  «  bicorporels  »  {UaMiitx-bifoi'mia)  les  signes 
placés  devant  les  signes  «  tropiques  »,  et  cela  d'après  les  «  Chaldéens  »,  suivant 
l'auteur  des  Philosophumena  (V,  13). 


LE    ZODIAQUE    CHALDÉEN  59 

mes)  comme  le  modèle  ou  peut-être  l'interprétation  du  cycle 
zodiacal  *.  En  effet,  le  premier  type  qui  attire  l'attention  est  le 
taureau  divin,  Mardouk,  coiffé  de  «  cornes  de  souveraineté  »,  et 
le  Taureau  est  aussi  le  premier  signe  du  Zodiaque.  Le  neuvième 
signe,  le  Scorpion,  apparaît  dans  le  IX«  chant  du  poème,  là  où  le 
héros  solaire  Gilgamès  rencontre  des  hommes-scorpions  gardant 
la  porte  du  mont  Masu.  Le  XP  chant  du  poème,  consacré  au 
récit  du  déluge,  donne  l'explication  du  signe  du  Verseau,  onzième 
du  Zodiaque.  Il  faudrait  d'autres  raisons  que  ces  aventureuses 
conjectures  pour  nous  faire  admettre  que  les  Chaldéens  ont 
«  catastérisé  »  les  héros  du  poème,  ou  que  le  poète  a  mis  en 
action  les  signes  du  Zodiaque  ^ 

1.  Voy.  A.  Quentin,  Uépopée  d'Izdubar  {Rev.  de  l'Hist.  des  Relig.,  XXXI, 
[1895],  pp.  162-m).  En  général,  on  part  de  l'idée  préconçue  que  les  anciens 
chaldéens  devaient  nécessairement  avoir  un  Zodiaque  solaire,  à  douze  compar- 
timents, égaux  ou  non.  Mais  ce  premier  postulat  n'est  rien  moins  qu'assuré. 
Il  y  a  bien  d'autres  manières  de  diviser  la  route  des  planètes  :  par  exemple, 
en  attribuant  à  chacune  d'elles  la  propriété  d'un  des  groupes  d'étoiles  rencon- 
trés sur  la  route,  le  système  astrologique  des  otxot  (ci-après,  ch.  vii).  Suivant 
la  cosmogonie  babylonienne,  le  démiurge,  après  avoir  fait  les  cinquante  (?) 
grands  dieux  ou  étoiles  de  première  grandeur,  y  ajouta  les  sept  masi  ou  trou- 
peaux placés  sous  l'œil  des  dieux  planétaires.  On  ne  sait  où  sont  ces  masi, 
mais  il  est  au  moins  probable  que  ce  sont  des  groupes  d'étoiles  (tûv  BaSjXw- 
vîwv  0'.  SoxtixÔTaTOi  àysXas  xa)kOuat  Ttupiw;  xàî  àuTpixài;  ffœafpa;.  Orac. 
Chald.,  n"  142  Cory),  et  des  groupes  placés  le  long  de  Técliptique.  Cf.  ci-dessus 
(p.  54,  2)  les  signa  undecim  attribués  aux  Chaldéens. 

2.  L'exégèse  qui  transforme  les  épopées  en  allégories  astronomiques  ou  cos- 
mogoniques  est  une  invention  stoïcienne  (ci-dessus,  chap.  i,  p.  30)  qui  a  fait 
depuis  une  belle  fortune  et  mérite  d'être  ensevelie  dans  son  triomphe.  Ce  qui 
est  absurde,  ce  n'est  pas  d'admettre  que  tel  dieu  ou  héros  personnifie  une 
force  de  la  nature  ;  c'est  de  prétendre  que  cet  être,  une  fois  conçu  comme 
individu  vivant,  reste  symbole  et  ne  fasse  que  des  actions  symboliques,  expli- 
cables seulement  par  les  qualités  de  l'élément  qu'il  représente.  Certains 
exégètes  expliquaient  la  «  bataille  des  dieux  »  au  XX"  chant  de  VIliade  par 
une  conjonction  des  sept  planètes (Heraclit.,^lZ/e.7.//om.,  32:  cf.  suprà,  p.30,1). 
Un  érudit  moderne,  A.  Krichenbauer  (ci-dessus,  p.  58,  1),  fait  de  VIliade  l'his- 
toire allégorique  d'une  réforme  du  calendrier  nécessitée  vers  2110  a.  Chr.  par 
la  précession  des  équinoxes.  Le  solstice  d'hiver  passant  du  Verseau  (Poséi- 
don) au  Capricorne  (Alyat,  Iliad.,  VIII,  203),  Poséidon  entre  dans  une  grande 
colère  {Iliad.,  XIII,  1-38),  colère  partagée  par  le  Taureau  féminin  (Hêra  ^ow- 
Tt;),  qui  voit  l'équinoxe  passer  au  Bélier  (Thétis).  En  2400,  Hêra  était  unique 
épouse  de  Zeus;  de  2400  à  2100,  elle  a  été  inquiète  et  jalouse;  en  2110,  elle  est 
dépossédée  !  Aussi,  pendant  que  Zeus  dort,  Hêra  et  Poséidon  font  reculer 
vers  l'Est  équinoxes  et  solstices  ;  d'où  le  courroux  de  Zeus,  qui  remet  les  choses 
en  place.  Combats  du  Sagittaire-Apollon,  du  Lion-Arés,  de  la  Vierge-Athêna, 
de  lÉcrevisse  ou  Cancer-Aphrodite.  Savait-on,  avant  Krichenbauer,  que  la 
Gigantomachie  avait  eu  pour  cause,  en  2400  a.  Chr.,  le  partage  du  Zodiaque 


60  CHAP.  II.  —  l'astkologie  chaldéenne 

En  somme,  l'impression  qui,  pour  un  profane,  se  dégage  de  ces 
ténèbres,  c'est  que,  faute  de  trouver  dans  la  Grèce  civilisée,  à 
religion  anthropomorphique,  la  raison  suffisante  du  Zodiaque,  et 
considérant  que  les  Grecs  eux-mêmes  reconnaissaient  les  pois- 
sons de  l'Euphrate  dans  le  signe  du  même  nom,  on  est  en  droit 
de  supposer  des  emprunts  faits  à  la  Chaldée.  C'est  de  là  sans 
doute  qu'est  venue  l'impulsion  initiale,  l'idée  d'enfermer  les 
groupes  d'étoiles  dans  des  figurations  animales  et  comme  une 
première  ébauche  de  l'uranographie  grecque.  Avec  la  prompti- 
tude et  la  fécondité  de  leur  imagination,  les  Grecs  ont  fait  le 
reste  :  ils  ont  décoré  leur  ciel  à  leur  façon,  sans  plus  savoir  ni  se 
soucier  de  savoir  de  qui  ils  tenaient  ce  qui  leur  était  venu  du 
dehors.  L'instinct  populaire  d'abord,  le  travail  des  mythographes 
ensuite,  ont  rattaché  tous  ces  catastérismes  à  la  mythologie 
nationale  et  effacé  ainsi  ou  rendu  méconnaissables  les  caractères 
exotiques  qui  en  auraient  décelé  l'origine  *.  Même  si  tous  les  types 
du  Zodiaque  grec  étaient  chaldéens,  nous  réclamerions  encore 
pour  les  Grecs  la  construction  du  cercle  ou  anneau  zodiacal, 
géométriquement  tracé  à  travers  les  constellations,  de  l'échelle 
idéale  dont  les  douzièmes  réguliers  empruntent  les  noms,  mais 
non  les  dimensions  des  groupes  d'étoiles  traversés  par  elle  ^. 


en  quadrants,  et  que  plus  anciennement,  vers  3200,  la  Titanoniachie  était 
encore  une  bataille  dont  le  Zodiaque  était  Tenjeu?  L'extravagance  à  froid  de 
ce  gros  livre  peut  être  de  bon  exemple  pour  qui  serait  tenté  de  s'adonner  à 
l'ivresse  allégorisante. 

1.  Ils  y  ont  réussi  pour  presque  toutes  les  constellations,  sauf  pour  les  Pois- 
sons (ci-dessus,  p.  57,  et  ci-après,  ch.  v)  et  pour  1'  'Evyôvasiv  [Ingeniculatus- 
Ingenubus),  V  «  Homme  à  genoux  »,  qui  est  resté  longtemps  anonyme  et  a 
fini  par  être  attribué  à  Hercule.  Ce  sont  des  traces  d'emprunts.  D'autre  part,  il 
ne  faut  pas  vouloir  trouver  des  emprunts  partout.  On  nous  dit  positivement 
que  les  figures  stellaires  étaient  différentes  chez  les  différents  peuples, 
assertion  encore  vérifiable  aujourd'hui  :  otô-zal  sv  ôiacpôpon;  È'Ovsat  Stdtœopa 
xal  tiôvôpiaTa  xwvdtaxpwv  èaxlv  supstv.  'Ev  yoOv  tti  twv  Alfuizxitùw  aœa^pa 
oÛTE  6  Apaotwv  ÈaTt  vo[xtÇ6[i£V0î  f,  ôvo|iaî^ô[i£voî,  oûts  "Apxxoi,  cjxô  Ktiçeûi;  •  àW 
k'xspa  ffj(Ti[jLa'ca  siStiXiov  xal  ôvd[j.axa  TE6ctij.Éva.  Outw  Se  xal  Èv  Tfi  xôiv 
XaX5atwv  (Ach.  Tat.,  Isag.,  s.  fin.). 

2.  Ceci  semble  un  paradoxe  à  qui  pense  que  la  division  duodécimale  du 
Zodiaque  en  12  cases  et  360  degrés  est  nécessairement  chaldéenne.  Mais  la 
division  de  l'année  en  douzièmes  est  de  droit  commun,  et  le  Zodiaque  grec  a 
été  longtemps  subdivisé  autrement  qu'en  degrés  chaldéens.  La  division  en 
360  degrés  n'était  pas  connue  d'Eudoxe  et  n'apparaît  (chez  Hypsiclès)  qu'un 
peu  avant  Hipparque,  lequel  l'emploie  couramment.  Posidonius  divisait 
encore  le  Zodiaque  et  le  méridien  en  48  parties,  c'est-à-dire  en  demi-heures 
(Cleomed.,  Cycl.  tlieor.,  I,  dO).  On  rencontre  aussi  des  divisions  en  60  parties 
(Strab.,  II,  p.  136,  etc.)  et  en  144   (S.  Empir.,  op.  cit.,  §9,  p.  339),  ou  en  36 


LE   ZODIAQUE    HELLÉNIQUE  61 

La  construction  du  Zodiaque  a  été  le  dernier  terme  de  ce  tra- 
vail d'assimilation  et  d'invention.  Les  anciens  navigateurs,  dis- 
ciples des  Phéniciens,  n'avaient  besoin  que  des  Pléiades,  dont  le 
lever  les  invitait  à  reprendre  la  mer  :  leur  attention  se  portait 
sur  le  pôle.  Homère  ne  mentionne  que  «  les  Pléiades,  le  Bouvier 
lent  à  se  coucher,  l'Ourse,  appelée  aussi  Chariot,  qui  tourne  sur 
place  en  regardant  Orion  et  seule  ne  se  baigne  pas  dans  l'Océan  ». 
Ilconnaît  aussi  l'astre  «  appelé  le  Chien  d'Orion,  lequel  est  très 
brillant,  mais  se  trouve  être  un  signe  fâcheux,  car  il  apporte 
aux  malheureux  mortels  une  chaleur  brûlante  ».  Hésiode,  qui 
enseigne  aux  cultivateurs  à  connaître  les  saisons,  se  préoccupe 
du  lever  d'Arcturus,  des  Pléiades  et  Hyades,  d'Orion  et  Sirius. 
D'où  venaient  ces  noms?  Étaient-ils  indigènes,  ou  transcrits,  ou 
traduits?  Les  Grecs  appelaient  «  phénicienne  »  (*oivtxT,)  la  Petite- 
Ourse,  dite  aussi  «  Queue  du  Chien  »  (Kuvoaoupa)  ;  mais  Hésiode 
connaissait  déjà  des  légendes  qui  faisaient  des  Ourses  et  d'Arctu- 
rus, dit  aussi  «  Gardien  de  l'Ourse  ('ApxTocpjXa?)  »,  des  héros 
arcadiens  catastérisés.  Qui  a  fait  d'Orion  un  chasseur,  avec  son 
chien  Sirius,  poursuivant  les  Pléiades  ou  poursuivi  par  l'Ourse 
et  tué  par  le  Scorpion?  Cassiopée  (Kacrati-jrsia)  porte  un  nom 
phénicien  ;  mais  Sophocle  l'englobait  avec  les  Néréides  et  An- 
dromède dans  un  drame  de  mythologie  grecque.  Nous  verrons 
plus  loin  combien  est  variée  la  tapisserie  mythique  brodée  sur  le 
Zodiaque  K 

Le  Zodiaque  devint  nécessaire  aux  Grecs  quand  ils  commen- 
cèrent à  observer  de  plus  près  le  cours  du  Soleil,  de  la  Lune,  ou 
même  des  planètes,  ils  ne  le  reçurent  pas  tout  fait  et  ne  le  con- 
fectionnèrent pas  d'un  seul  coup,  sur  un  plan  d'ensemble.  11  ne 
fut  même  parachevé  qu'au  temps  d'Hipparque,  lorsque,  pour 
avoir  douze  signes,  on  se  décida  à  séparer  les  Pinces  du  Scorpion 
et  à  en  faire  le  signe  de  la  Balance  (voy.  ci-après).  Une  mention 
échouée  dans  la  compilation  de  Pline  nous  apprend  que  Cléos- 
trate  de  Ténédos,  vers  la  fin  du  vi"  siècle,  y  introduisit  le  Bélier 


d'après  les  décans  :  divisions  duodécimales  sans  doute,  mais  qui  ont  pu  être 
dérivées  de  12  sans  emprunt  direct  à  la  Chaldée.  Quant  à  l'emploi  des  degrés 
((lotpai),  minutes  (Xs-xi),  secondes  (SeÛTîpa  XsiiTi)  en  Chaldée  même,  c'est  une 
question  qui  dépasse  ma  compétence. 

1.  Sur  les  mythes  astronomiques  et  la  filiation  de  ces  mythes,  voy.  le  recueil 
de  textes  et  les  savantes  dissertations  de  C.  Robert,  Eralostlienis  Calasleris- 
moruin  reliqiiiae.  Berlin,  1878,  254  pp.  in-40.  On  y  trouve  mis  en  regard  les  textes 
d'Ératosthène,  des  scoliastes  d'Aratus  et  Germanicus,  d'Hygin,  et  mention  des 
autres  dans  les  notes  ou  les  Epimetra. 


62  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

et  le  Sagittaire  K  On  ne  nous  dit  pas  s'il  empruntait  aux  tradi- 
tions chaldéennes  et  si  le  Zodiaque  se  trouva  dès  lors  complet. 
La  division  en  douzièmes  égaux,  qui  est  une  violence  faite  à  la 
nature,  ne  put  venir  que  plus  tard,  avec  les  observateurs  armés 
d'instruments  d'une  certaine  précision,  instruments  inconnus 
avant  la  dioptre  encore  rudimentaire  d'Eudoxe  ^ 

Ce  qui  est  certain,  c'est  que  les  Grecs  n'ont  pas  attendu  d'être 
initiés  par  Bérose  aux  arcanes  de  l'astrologie  pour  couvrir  leur  ciel 
de  figures  symboliques,  dessinées  avec  une  minutie  extrême.  On 
sait  qu'Aratus  de  Soles,  contemporain  de  Bérose,  qui  a  fixé  pour 
toujours  l'iconographie  stellaire,  n'a  fait  que  versifier  un  traité 
homonyme  (*aivô[jt£va)  composé  près  d'un  siècle  avant  par  Eudoxe 
de  Cnide.  Or,  ce  guide  du  musée  céleste  indique  dans  quelle  par- 
tie du  corps  symbolique,  tête,  cou,  épaules,  œil  droit  et  gauche, 
etc.,  se  trouvent  les  étoiles,  et  quelle  est  l'attitude  de  la  figure, 
droite,  couchée,  agenouillée,  tournée  en  avant  ou  en  arrière,  en 
dessus  ou  en  dessous.  Les  astronomes  grecs  préparaient  ainsi, 
sans  s'en  douter,  toute  espèce  de  prétextes  aux  spéculations  astro- 
logiques des  futurs  «  Chaldéens  »  de  race  grecque  ^. 


1.  Obliquitatem  {signiferi)  intellexisse,  hoc  est  rerum  fores  aperuisse,  Anaxi- 
mander  Milesius  traditur  jirimus  01.  LVIII,  signa  deinde  in  eo  Cleostratus,  et 
'prima  Arietis  ac  Sagittarii,  sphaeram  ipsam  ante  multo  Atlas  (Plin.  II,  §  31). 
C.  Robert  (pp.  244-245)  propose  de  corriger  pHma  Arietis  enprimus,  attendu 
que  le  Scorpion  devait  être  connu  au  temps  d'Homère  (comme  mêlé  à  la 
légende  d'Orion),  et  que  la  Tcapeévoî  Atxr,  d'Hésiode  {0pp.  et  dies,  256)  paraît 
bien  être  la  Vierge.  Cléostrate,  auteur  d'une  "AaTpoXoyia  versifiée  (cf.  C.  Ro- 
bert, p.  224),  passe  pour  avoir  introduit  aussi  dans  le  ciel  les  Chevreaux  (Hygin., 
13,  13-21),  ce  qui  suppose  l'existence  antérieure  de  la  Chèvre. 

2.  Les  anciens  Chaldéens  n'en  avaient  pas  non  plus,  que  je  sache,  et  dès  lors 
tombe  le  roman  de  leurs  observations  si  précises,  au  degré  et  à  la  minute.  Ils 
ont  même  laissé  à  découvrir  aux  Grecs,  dit-on  (voy.  Plin.  l.  c.),  un  fait  élé- 
mentaire et  de  grande  conséquence,  l'obliquité  de  l'écliptique. 

3.  Cicéron  assure  qu'Eudoxe  connaissait  et  dédaignait  l'astrologie  :  Ad  Cfuil- 
daeorum  monstra  veniamus,  de  quitus  Eudoxus,  Platonis  auditor,  in  astrologia 
{=  astronomie)  Judicio  doctissimorum  hominum  facile  princeps,  sic  opinatur, 
id  quod  scripttim  reliquit,  Chaldaeis  in  praedictione  et  in  notatione  cujusque 
vitae  ex  natali  die  minime  esse  credendum  (Cic,  Divin.,  II,  42).  Cette  affirmation 
inspire  des  doutes,  un  ouvrage  d'Eudoxe  ayant  pu  être  interpolé  ou  supposé 
par  un  adversaire  de  l'astrologie.  Mais  Eudoxe  connaissait  par  Hérodote  (II, 
82)  la  prétention  des  prêtres  égyptiens  de  prédire  -zr^  é'xaaxoç  T.jispTj  ysvô^cvoî 
ôxioifft  lyxupTiast  xal  oxuî  teXsuttiCTei  xal  ôxotoç  Tt;  ïa-zxi,  et  c'est  à  quoi  fait 
allusion  Cicéron,  pour  qui  Chaldaei  signifie  tout  simplement  «  astrologues  » 
(sauf  exception,  v.  g.  Divin.,  I,  1  et  41).  Il  n'en  faut  donc  pas  conclure  que  l'as- 
trologie chaldéenne  était  connue  en  Grèce  au  iv"  siècle,  ni  même  que  les 
pronostics  égyptiens  fussent  de  l'astrologie  (ci-après,  ch.  xui).  Je  tiens  pour 


LES    PLANÈTES  63 

Nous  serons  plus  ménagers  des  droits  éventuels  des  Chaldéens 
en  ce  qui  concerne  les  planètes.  Ne  fût-ce  que  pour  distinguer  les 
planètes  des  étoiles,  surtout  les  planètes  à  marche  lente,  il  faut 
des  observations  longtemps  continuées,  et,  pour  avoir  une  idée 
même  approximative  de  leurs  révolutions,  le  travail  de  plusieurs 
générations  est  nécessaire.  Les  philosophes  grecs,  savants  isolés 
et  improvisés,  ne  pouvaient  qu'emprunter  aux  vieux  peuples 
d'alentour  les  données  sur  lesquelles  ils  édifiaient  leurs  systèmes 
cosmographiques.  Démocrite  savait  qu'il  y  avait  des  étoiles 
mobiles,  mais,  au  dire  de  Sénèque  *,  il  n'en  connaissait  ni  le 
nombre,  ni  la  marche  ;  ce  qui  —  soit  dit  en  passant  —  rend  bien 
suspecte  d'anachronisme  la  fameuse  octave  musicale  des  sphères 
de  Pythagore.  Platon  connaissait  les  planètes  ;  mais,  alors  que 
toutes  les  provinces  célestes  étaient  pourvues  de  noms  mytholo- 
giques, les  trois  planètes  supérieures  restaient  encore  des  astres 
anonymes.  C'est  Eudoxe  le  premier  qui,  toujours  suivant  Sénè- 
que, «  rapporta  d'Egypte  en  Grèce  »  des  tables  de  mouvements 
planétaires  ^ 

Au  temps  de  Sénèque,  Babylone  et  la  Chaldée  n'étaient  plus 
que  des  souvenirs,  et  l'Egypte,  encore  active  et  vivante,  avait  fait 
prévaloir,  grâce  surtout  aux  faussaires  alexandrins,  ses  préten- 
tions à  la  priorité  en  matière  de  civilisation.  Égyptiens  et  Chal- 
déens sont  des  noms  tellement  permutables,  quand  il  s'agit 
d'astrologie,  que  nous  pouvons  sans  scrupule  substituer  ceux-ci 
à  ceux-là,  ou,  pour  tout  concilier,  entendre  qu'Eudoxe  rapporta 
d'Egypte  des  notions  qui  y  avaient  été  importées  de  Chaldée. 

Quel  pouvait  être  ce  butin  scientifique,  qui  arriva  sans  doute  à 
point  pour  aider  Platon  à  construire  sa  cosmogonie?  Probable- 
ment ce  que  les  Grecs  ne  pouvaient  pas  improviser,  des  données 
certaines  sur  la  marche  tantôt  directe,  tantôt  rétrograde,  des  pla- 
nètes, et  sur  la  durée  de  leurs  révolutions.  C'est  de  là  que  Platon 
—  ou  peut-être  avant  lui  les  Pythagoriciens  ^  —  ont  tiré  l'ordre  des 


des  Grecs  avérés  les  «  Chaldéens  »  qui,  au  dire   de  Cicéron  {Divin.  II,  42), 
enseignaient  vim  quamdam  esse  signifero  in  orbe,  qui  graece  ZwStaxdî  dicitur. 

1.  Sen.,  Q.  Nat.,  VII,  3.  Texte  cité  ci-dessus,  p.  14,  2. 

2.  Voy.  ci-dessus,  p.  52,  en  note.  Aristote  {Meteor.,  I,  6)  cite  aussi  les 
A'.yÛTixiot  à  propos  d'occultations  d'étoiles  par  des  planètes. 

3.  Encore  un  problème  insoluble,  et  toujours  à  cause  des  inévitables  Égyp- 
tiens, dont  les  scoliastes  et  commentateurs  font  les  instituteurs  de  tous 
les  Grecs  qui  se  sont  occupés  de  «  mathématiques  »,  à  commencer  par 
Thaïes,  Pythagore  et  autres.  Platon  aussi  est  un  élève  des  Égyptiens  :  Por- 
phyre (ap.  Stob.,  Ed.,  II,  7,  42,  p.  386j  était  persuadé  que  Platon  avait  appris 


64  CHAI».  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

planètes  le  plus  anciennement  connu  et  accepté  en  Grèce,  par 
application  d'un  principe  très  simple,  à  savoir  que  les  distances 
des  planètes  à  la  Terre  doivent  être  en  rapport  direct  avec  la 
durée  de  leurs  révolutions.  La  Lune  était  au  bas  et  Saturne  au 
haut  de  Téchelle. 

Il  n'est  pas  sûr  que  ce  principe  de  pure  mécanique  n'ait  pas 
dépassé  l'intelligence  des  Chaldéens  et  des  Égyptiens,  à  qui  on  ne 
manqua  pas  d'attribuer  par  la  suite  les  dispositions  adoptées  par 
les  philosophes  et  astronomes  grecs,  en  vertu  de  cet  autre  prin- 
cipe, que  les  Égyptiens  et  Chaldéens  avaient  tout  inventé.  On  a  vu 
plus  haut  (p.  41,  1)  que  les  Chaldéens  rangeaient  les  planètes  en 
séries  dont  la  raison  nous  échappe,  peut-être  par  ordre  de 
dignité  ou  de  grosseur  présumée.  En  Egypte,  abstraction  faite  du 
Soleil  et  de  la  Lune,  on  a  trouvé  pour  les  cinq  planètes  jusqu'à 
huit  arrangements  dififérents,  dont  aucun  n'est  conforme  à  l'ordre 
des  distances  ^  Ne  serait-ce  pas  que  la  notion  de  distance  était 


l'astrologie,  avec  horoscope,  aspects  et  tout  ce  qui  s'ensuit,  auprès  des  «  sages 
Égyptiens  »  (twv  irap'  AlvuTc-iot;  aocpîJv).  On  ne  peut  se  dépêtrer  de  ce  fouillis 
de  légendes,  si  l'on  consent  à  y  entrer  :  il  faut  faire  table  rase,  en  se  souve- 
nant que  les  astrologues  avaient  un  intérêt  majeur  à  s'appuyer  sur  une 
tradition  antique,  et  à  ne  pas  avouer  que,  cette  tradition,  ils  la  fabriquaient 
eux-mêmes. 

1.  Voy.  Brugsch,  Thésaurus,  I,  pp.  64-79.  Sur  quatre  tables  de  planètes  des 
XIXo  et  XX«  dynasties  (AB  CD),  on  trouve  la  série  Ç  ?^  d"  I)  Z;  ;  sur  une 
cinquième  (D^),  la  série  Ç  ?  I)  ^  cf.  A  l'époque  gréco-romaine,  désordre 
complet  :  ù  Edfou  (E)  :  ZT  ï)  9  d"  ??  ;  à  Denderah  (F  G)  :  ^  Ç  ZT  c?  I)  ;  à 
Denderah  encore  (H  Zodiaque  circulaire)  :  ?^  Z^  9  c?  ï)  !  sur  un  sarco- 
phage (I)  et  un  papyrus  (K),  Tordre  ancien  :  9  ^  (^  ^  T-  -^  moins  de  soute- 
nir que  les  prêtres  laissaient  faire  les  scribes  et  artistes,  mais  gai'daient  par 
devers  eux  des  systèmes  secrets  qu'ils  ont  transrais  aux  Grecs,  comment 
prendre  au  sérieux  les  textes  classiques,  qui  sont  ici  plus  confus  et  plus  con- 
tradictoires que  jamais  ?  Résignons-nous  à  administrer  encore  une  fois  les 
preuves  de  l'incurie  et  de  l'ignorance  de  nos  auteurs.  Soit  le  système  qui  a 
fait  loi  depuis  le  temps  d'Hipparque,  c'est-à  dire  la  série  C  ?  9  O  d*  Zi'  ?>  • 
Théon  de  Smyrne,  qui  le  trouve  exposé  dans  le  poème  astronomique 
d'Alexandre  d'Étolie  —  un  contemporain  d'Aratus,  —  le  croit  pythagoricien 
(Théo  Smyrn.,  pp.  138-140  Hiller).  Macrobe  {Somn.  Scip.,  I,  19,  2),  qui  le  dit 
adopté  par  Cicéron  et  Archimède,  remarque  que  c'est  le  système  des  Chal- 
déens, et  qu'il  diffère  de  celui  des  Égyptiens  adopté  par  Platon  (C  O  9  ^  c? 
Z^  I)).  Proclus  est  du  même  avis  :  le  système  qui  met  le  soleil  au  milieu  des 
planètes  est  une  hypothèse  des  [i3t9Ti[xaTtvco  (  {In  Tim.,  p.  257  F)  ou  une 
révélation  des  théurges  chaldéens  (Procl.  in  Anal,  sacra  de  Pitra,  V,  2,  p.  69). 
Ptolémée  {Ahnag.,  IX,  1),  qui  l'attribue  toï;  T:a>>aioxspotç,  n'y  contredit  pas,  et 
les  assyriologues  qui  pensent  avoir  retrouvé  la  dite  série  à  Borsippa  (ci-des- 
sus, p.  41, 1)  tiennent  le  fait  pour  avéré.  Cela  n'empêche  pas  le  retour  offensif 
des  «  Égyptiens  »,  ramenés  à  la  charge  par  leur  compatriote,  l'Alexandrin 


l'ordre  des  planètes  65 

étrangère  aux  anciens  Chaldéens  et  Égyptiens?  Allons  plus  loin. 
Ne  serait-ce  pas  que  cette  échelle  de  superposition,  dont  la 
science  grecque  a  séparé  les  échelons  par  d'immenses  intervalles, 
allait  directement  contre  le  postulat  nécessaire  de  l'astrologie, 
qui  supposait  un  contact  immédiat  des  planètes  entre  elles  et  des 
planètes  avec  les  étoiles  fixes,  celles-ci  leur  servant  de  troupeaux, 
de  maisons  ou  reposoirs,  de  fiefs  diversement  qualifiés?  L'astro- 
logie a  été  imaginée  par  des  gens  qui  croyaient  tous  les  astres, 
fixes  et  mobiles,  à  la  même  distance  de  la  Terre,  ceux-ci  circulant 
au  milieu  de  ceux-là,  échangeant  entre  eux  leurs  sympathies  et 
leurs  antipathies,  combinant  leurs  influences,  se  guettant,  s'atten- 
dant,  se  dépassant,  se  visant  de  tous  les  points  de  la  route,  sui- 
vant les  règles  d'une  étiquette  et  d'une  balistique  qui  deviennent 
un  comble  d'absurdité,  transportées  dans  le  monde  dilaté  et 
étage  par  la  science  astronomique.  Ce  qui  nous  étonnera  le  plus 
au  cours  de  cette  étude,  c'est  que  la  foi  astrologique  ait  pu  s'im- 
planter en  Grèce  et  y  résister  à  la  constatation  de  jour  en  jour 
plus  évidente  des  sacrifices  qu'elle  imposait  à  la  raison  * .  Reli- 

Achille  Tatius.  Et  celui-ci  parle  comme  un  homme  renseigné,  disant  qu'il  y  a 
grande  controverse  sur  la  position  des  planètes  et  distinguant  soigneusement 
entre  Égyptiens  et  Grecs.  Or,  suivant  lui,  en  commençant  la  série  par  le  haut: 
TÉtapToi;  ô  f,>i'.o;  xaT'  AtyuTCiiouî,  ëxxoî  Se  xa6'  "EX^Tjvaî  {Isagog.,  11). 
De  Chaldéens,  il  n'est  plus  question.  Ainsi,  le  système  donné  tout  à  l'heure 
pour  chaldéen  est  égyptien,  et  le  système  platonicien,  dit  égyptien,  devient 
hellénique  (xa6'  "EX^Tiva?)).  Ajoutons  qu'il  s'agit  là  d'un  point  de  première 
importance,  ce  système  à  volonté  pythagoricien,  chaldéen,  égyptien,  hellé- 
nique, étant  la  base  de  la  construction  astrologique  (et  soi-disant  «  babylo- 
nienne »)  des  olxoi  (ci-après,  ch.  vu)  et  le  régulateur  du  système  (dit  égyptien) 
des  chronocratories,  lequel  a  engendré  l'ordonnance  actuelle  des  jours  de  la 
semaine  (dite  chaldéenne)  !  Le  besoin  de  la  table  rase  se  fait  de  plus  en  plus 
sentir.  Un  indice  curieux,  qui  donnerait  peut-être  la  clef  des  arrangements 
chaldéens  et  égyptiens,  nous  est  fourni  par  la  description  cosmographique  du 
X*  livre  de  la  République  de  Platon,  où  se  trouvent  mêlées  deux  séries  diffé- 
rentes :  l'une  établie  sur  la  largeur  des  cercles,  c'est-à-dire  sur  \a.grosseta-  des 
planètes;  l'autre,  sur  les  distances.  L'ordre  décroissant  des  grosseurs  (suppo- 
sées) est  O  C  9  d*  Z^  ï)  <?  >  et  Proclus  dit  que  c'était  le  plus  ancien  :  A-.tt^, 
8'  èaTÎv  -^  Ypa'f>i  xf,;  Taûta  xà  paÔT,  SiopiÇoyarr,;  ^éÇew;  'xat-fipièvTcpoTipaxaL 
dp/atOTÉpa  Toïî  ;j.£yi9catv  ixoXouOsî  twv  xaô'  éxdtTrriv  açaîpav  iaxsptov 
(ap.  Pitra,  Anal,  sacra,  V,  2,  p.  68).  Sur  la  correction  qui  a  substitué  l'ordre  des 
distances  à  l'autre,  voy.  ci-après,  ch.  iv.  La  série  susmentionnée  d'Edfou  est 
conforme  à  l'ordre  décroissant  des  grandeurs  réelles. 

1.  Il  ne  s'agit  pas  ici  de  la  raison  populaire,  qui  est  la  complaisance  môme 
et  n'oppose  aucune  résistance  au  désir,  surtout  au  désir  de  savoir  l'avenir.  Du 
reste,  le  vulgaire  ne  se  pose  pas  l'objection.  «  Certaines  gens,  dit  Ilygin 
{Astron.,  IV,  14),  se  figurent,  quand  on  dit  que  le  Soleil  est  dans  le  Bélier  ou 
dans  un  signe  quelconque,  que  le  Soleil  chemine  sur  les  étoiles  mêmes  du 

5 


66  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

gieiise  et  raisonnable  à  sa  façon  en  Chaldée,  cette  foi  est  restée 
religieuse  en  Grèce  sous  son  masque  scientifique,  et  on  n'osa 
plus  la  trouver  déraisonnable  quand  les  Stoïciens,  Hellènes  à 
moitié  et  Orientaux  à  demi,  eurent  certifié  qu'elle  ne  l'était  pas. 
Nous  aurons  assez  d'occasions  de  retrouver  sur  notre  chemin 
les  Chaldéens  et  Égyptiens.  Pour  clore  provisoirement  la  liste 
des  emprunts  faits  à  l'Orient,  il  ne  reste  plus  qu  a  rechercher  la 
liste  des  noms  donnés  en  Grèce  aux  planètes.  Comme  pour  les 
signes  du  Zodiaque  et  les  constellations  en  général,  astrologues  et 
astronomes  ont  même  nomenclature.  Les  noms  de  ^aîvwv  pour 
Saturne,  de  ^aÉOwv  pour  Jupiter,  de  Ilupost;  pour  Mars,  de 
^coacpopoç  pour  Vénus,  de  SxtXSwv  pour  Mercure,  sont  des 
qualificatifs  qui  ont  en  grec  un  sens  très  clair.  Sont-ce  des  tra- 
ductions d'épi thètes  attribuées  aux  dieux-planètes  chaldéens? 
C'est  possible,  probable  même,  pour  les  planètes  autres  que 
Vénus  ^  Celle-ci,  par  son  éclat,  avait  attiré  de  tout  temps  l'atten- 


Bélier  »  (cf.  Ach.  Tat.,  Isag.,  18).  De  ces  gens-là,  il  y  en  a  peut-être  aujour- 
d'hui autant  qu'autrefois.  Mais  l'astrologie  n'est  pas  une  superstition  popu- 
laire :  ses  dogmes  ont  été  forgés,  en  Grèce  comme  en  Chaldée,  par  une  élite 
intellectuelle  et  défendue  par  elles,  des  siècles  durant,  contre  les  assauts  des 
dialecticiens.  Ce  qui  est  merveilleux,  c'est  la  foi  raisonneuse  d'un  Ptolémée, 
l'homme  de  son  temps  qui  connaissait  le  mieux  la  structure  de  l'univers  et 
qui  écrit  sa  Tétrabïble  aiprèsVAlmageste. 

1.  On  voit  recommencer  ici  le  fastidieux  débat  entre  Égyptiens  et  Chal- 
déens. Firmicus,  parlant  des  planètes,  écrit  :  Sed  has  stellas  non  eodem 
nomine  quo  nos  aut  quo  Graeci,  Aegyptii  nominant;  nam  qui  a  nobis  Salurnus 
dicitur  ab  Aegyptiis  <t>atvwv  vocatur;  quem  nos  Jovem  vocamtis,  Aegyptii 
<I»as6ovxa  vacant  ;  qui  a  nobis  Mars,  ab  illis  IIupô  st  î  dicitur,  quae  a  nobis 
Venus,  ab  illis  <t>ti)iso  6  po  i;  vocatur  ;  quem  nos  Mercurium  dicimus,  illi  St  îX- 
êovTa  vocant  (Firmic,  II,  2,  2  Sittl).  De  même  Jean  de  Lydie  {Mens.,  II,  8  : 
SxtXêovTi...  xat'  AlyoïrTioui;  ouxw  xaXouaÉvw,  'EpjjioO  Se  xoûtov  "EXXtjvsç 
EÏvai  poijXov'uai).  D'abord,  le  fait  est  matériellement  faux.  Astronomes  et 
astrologues  grecs  emploient  ordinairement  les  vocables  épithètes  signalés  ici 
comme  «  égyptiens  »  :  quand  ils  se  servent  des  noms  divins,  ils  ne  disent  pas 
Kpôvoî,  Zeûî,  mais  ô  xoO  Kpôvou,  xoû  Ai6î  (itaxTip)  ;  et  les  Latins,  Sàturni,  Jovis 
Stella.  Ce  sont  les  littérateurs  qui  abrègent  et  disent  Saturne,  Jupiter,  etc. 
Ensuite,  qui  n'admirerait  ces  Égyptiens  donnant  des  noms  grecs?  Il  n'est 
pas  probable  que  Firmicus  entende  par  là  des  noms  dont  ces  mots  grecs  sont 
la  traduction  :  «  Égyptiens  »  signifie  pour  lui  «  astrologues  »,  au  même  titre 
que  «  Chaldéens  »  pour  d'autres.  Ce  sont  ces  Égyptiens  qui  appellent  le  cli- 
matèrede  la  63e  année  àvSpoxXiî  (ci-après,  ch.  xv).  Marcianus  Capella  (VIII, 
858),  autre  demi-savant,  est  d'avis  que  les  noms  épithètes  ont  été  ajoutés 
après  coup  aux  noms  divins.  Mais  ces  noms  divins  étaient  parfois  contestés 
(pour  Mars,  Vénus  et  Mercure,  voy.  ci-après,  p.  68,  2),  tandis  que  les  noms 
épithètes  étaient  universellement  acceptés.  On  croirait  plutôt  que  ceux-ci  ont 
été  donnés  d'abord  aux  planètes  par  les  astronomes,  et  que  les  autres  ont 


LES    NOMS    DES    PLANÈTES  67 

tion,  et  elle  porte  déjà  dans  Homère  le  nom  d*  'Ewucf  opoc,  que 
lui  conserve  Platon  *.  Le  nom  de  Phosphores  est  un  compromis 
qui  doit  dater  du  temps  où  fut  reconnue  l'identité  de  l'étoile  du 
matin  ("Ewjcpopoç)  et  de  l'étoile  du  soir  ("EuTiEpoç),  c'est-à-dire  du 
temps  de  Pythagore.  A  ces  noms  épithètes  se  sont  superposés,  ou 
plutôt  accolés,  des  noms  divins  qui  —  bien  qu'employés  aussi  par 
les  astronomes  —  sont  les  noms  véritablement  astrologiques,  ceux 
qui  rendent  compte  des  divers  genres  d'influence  et  du  sexe  attri- 
bués aux  planètes.  Il  s'est  produit  là  une  espèce  d'intrusion  de 
l'astrolâtrie  dans  la  théologie  grecque,  et  comme  une  spoliation 
qui  enleva  aux  vieux  types  mythiques  de  Kronos,  de  Zeus,  d'Ares, 
d'Aphrodite  et  d'Hermès  leur  âme  humaine,  la  raison  d'être  des 
légendes  dont  se  composait  leur  biographie.  Cette  spoliation  se 
fit  lentement  et  par  déviation  de  l'idée  première  ^,  qui  avait  été 


été  imaginés  ensuite  pour  trouver  des  équivalents  aux  dieux  chaldéens.  —  Du 
côté  chaldéen,  même  jeu  :  les  noms  sont  chaldéens,  tout  en  restant  grecs. 
Diodore  (II,  30)  dit  que,  sauf  Saturne,  les  Chaldéens  toO<;  iDCkoui;  TetTipaç 
ôjxo£uî  Toî;  •îTap' TiUÎv  i<s-zpo\6yo'.i  ôvo[jia(Çouaiv, 'A  pe  o  î,  'AçpoSÎTT,;,  'Epjjioû, 
A  i  ô  î.  Soit!  cela  peut  encore  s'expliquer  :  il  s'agit  de  dieux  analogues  de  part 
et  d'autre.  Mais  voici  des  textes  qui  appellent  chaldéens  les  noms  épithètes 
donnés  par  d'autres  pour  égyptiens.  A  propos  de  Saturne,  svesv  xal  Ba6u- 
Xwviot  <t»a£vovTa  aùtôv  TipoaTiyôpeuaav  (Valens  ap.  Salmas.,  p.  596).  Un 
autre  assure  gravement  que  les  «  Chaldéens  et  Égyptiens  d'auprès  Zoroastre  et 
Hystaspe»  sont  les  auteurs  de  la  semaine  et  des  noms  de  planètes  différents  des 
noms  de  divinités  grecques  (lo.  Lyd.,  Mens.,  Il,  3).  On  a  vu  plus  haut  combien 
les  identifications  de  planètes  sont  controversées  entre  assyriologues,  et 
j'ignore  si,  dans  la  trop  riche  nomenclature  de  leurs  noms,  il  en  est  qui 
puissent  se  traduire  exactement  par  les  vocables  grecs.  Quant  aux  noms  égyp- 
tiens, on  en  a  vainement  cherché  d'analogues,  soit  à  l'époque  pharaonique, 
soit  à  l'époque  gréco-romaine  (voy.Brugsch,  Thésaurus,  I,  pp.  65-78).  Au  temps 
des  Pharaons,  Jupiter  s'appelait  «  Horus  qui  ouvre  le  secret  »  [Hur-up-Seta); 
Saturne,  «  Horus  taureau  du  ciel  »  [Hur-ka-pet)  ;  Mars,  «  Horus  de  l'horizon  » 
{Hur--/uti)  ;  Mercure,  Sebgu  =  soûyos,  le  dieu  «  crocodile  »  ;  Vénus,  Usiri  ou 
Bennu  (Osiris,  étoile  du  soir,  rapide  comme  l'oiseau  Bennou;  plus  tard,  nutar 
dua,  dieu  ou  étoile  du  matin).  Les  variantes  de  l'époque  romaine  sont  insi- 
gnifiantes et  portent  sur  les  attributions  des  planètes  à  des  divinités  (Osiris- 
Némésis-Héraklès-ApoUon-Isis)  qui  ne  correspondent  pas  aux  divinités  pla- 
nétaires grecques.  Ce  qui  résulte  assez  clairement  de  tout  ceci,  c'est  que  les 
Gj'aeculi  de  basse  époque,  ignorants  ou  indigérés  de  livres  apocryphes,  par- 
laient à  tort  et  à  travers  de  ce  qu'ils  ne  savaient  pas,  prodiguant  les  Égyptiens 
de  rencontre  et  les  Chaldéens  d'occasion,  et  que  tous  leurs  textes  mis  ensemble 
ne  valent  pas  un  document  authentique, 

1.  Hom.,  lliad.,  XXIII,  226.  Plat.,  Tim.,  p.  38  D. 

2.  En  Chaldée  aussi  les  planètes  restent  distinctes,  parle  nom,  des  divinités 
qui  les  animent  et  qui  pouvaient  être  conçues  tantôt  comme  identiques,  tantôt 
comme  associées  aux  planètes  elles-mêmes. 


68  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

d'attribuer  à  chacun  de  ces  dieux  la  propriété  ou  le  patronage 
d'une  planète.  Cependant,  l'identification  de  la  divinité  et  de 
l'astre  ne  fut  jamais  assez  complète  pour  faire  tomber  en  désué- 
tude les  expressions  correctes  :  «  astre  de  Kronos  »,  «  astre  de 
Zeus  »  etc.  *.  La  mythologie  nationale  résistait  à  l'attraction  de 
l'astrolâtrie  chaldéenne,  même  accommodée  à  la  grecque  par 
l'auteur  du  Timée. 

S'il  y  a  lieu  de  supposer  que  l'attribution  de  la  planète  Mercure 
à  ce  dieu  (Hermès),  attribution  déjà  connue  de  Platon,  est  due 
à  l'influx  des  idées  chaldéennes  —  fussent-elles  venueë  par 
l'Egypte,  —  à  plus  forte  raison,  l'association  d'Ares,  Zeus  et 
Kronos  aux  trois  planètes  supérieures.  Ares  n'a  jamais  été  un 
dieu  populaire,  et  Kronos  passait  pour  être  retiré  du  monde  des 
vivants.  Ce  sont  des  savants  qui,  fouillant  la  mythologie  grecque 
pour  y  trouver  des  types  assimilables  à  des  modèles  exotiques, 
ont  fait  les  comparaisons  et  pesé  les  analogies.  Rappelons  ici  que 
personne  n'a  déployé  dans  l'exégèse  allégorique  autant  de  virtuo- 
sité que  les  Stoïciens,  lesquels,  Asiatiques  pour  la  plupart,  ont 
été,  en  outre,  les  premiers  disciples  et  collaborateurs  de  Bérose. 
Nous  admettrons  donc,  sans  insister  davantage,  que  l'attribution 
des  planètes  à  des  divinités  choisies  comme  équivalents  approxi- 
matifs des  divinités  chaldéennes  a  été  sinon  faite  par  les  Stoïciens, 
du  moins  justifiée  par  eux,  soudée  à  la  physique  et  à  la  mytho- 
logie, en  un  mot,  adaptée  aux  exigences  de  l'astrologie  savante  ^ 


1.  Eh  fait,  les  astrologues  grecs  pratiquent  ridentification,  car,  comme  nous 
le  verrons,  l'influence  des  planètes  est  absolument  conforme  au  caractère  des 
divinités  qui  y  sont  logées.  Il  ne  reste  que  la  distinction  platonicienne  entre 
l'âme  divine  et  le  corps  igné,  distinction  qui  paraît  même  dans  la  conception 
stoïcienne.  Aussi  voit-on  Juvénal  (X,  313)  attribuer  l'adultère  de  l'Arès  homé- 
rique astro  Martis,  et  S.  Augustin  s'égayer  sur  le  compte  des  dieux  catasté- 
risés,  en  demandant  pourquoi  Jupiter  est  moins  brillant  que  Vénus  ou  plus 
bas  que  Saturne.  Cependant,  même  dans  ce  passage,  l'auteur  de  la  Cité  de  Dieu 
(VII,  15)  emploie  plus  souvent  l'expression  slella  Jovis,  Veneris,  que  Jupiter, 
Venus.  11  dit  :  quare  Janus  non  accepit  aliquam  slellam?  ce  qui  indique  bien 
la  distinction.  Cf.  le  langage  parfaitement  correct  de  Cicéron  :  ea  quae  Saturni 
Stella  dicitur  <ï>aivwv  que  a  Graecis  nominatur,  etc.  (Cic,  Nat.  Deor.,  II,  20). 
Du  même,  à  des  siècles  de  distance,  Probus  (in  Georg.,  I,  336). 

2.  La  liste,  incomplète  au  temps  de  Platon  (ci-dessus,  p.  21),  est  complète 
dans  Aristote,  qui  connaît  les  «  astres  »  toû  Kpôvou  [Metaph.  XI,  8,  7),  -loû 
Atôî  [ibid.  et  Meteor.,  ch.  vi),  toO  "Apeoî  {De  caelo,  II,  12)  —  si  toutefois  ces 
passages  n'ont  subi  aucune  retouche  de  la  part  des  éditeurs  antiques.  Assimi- 
lations concurrentes  dans  le  Ps. -Aristote  {De  mimdo,  §  23-27)  :  c^  =  Ares  ou 
Héraklès ;$  =  Aphrodite  ou  Hêra;  ^  =  Hermès  ou  Apollon;  surabondance 
due  aux  hypothèses  stoïciennes  (voy.  ci-après,  ch.  ly). 


LES   DIVINITÉS   PLANÉTAIRES  69 

Istar  et  Nergal  trouvèrent  aisément  leurs  congénères  en  Aphro- 
dite et  Ares  :  l'équivalence  fut  d'autant  plus  exacte  pour  Aphro- 
dite qu'elle  était  elle-même  une  divinité  orientale,  procédant 
d'Astoreth  ou  Astarté,  l'Istar  syrienne.  La  planète  de  Mardouk 
fut  assignée  à  Zeus,  non  sans  une  modification  sensible  de  son 
caractère,  le  sens  moral  des  Hellènes  ayant  attribué  au  «  père 
des  dieux  et  des  hommes  »  une  sérénité  et  une  clémence  que 
n'eut  jamais  le  redoutable  démiurge  babylonien.  Les  adaptateurs 
durent  être  plus  embarrassés  encore  de  trouver  dans  le  panthéon 
hellénique  des  types  assimilables  à  Nabou  et  à  Ninib.  Comment 
le  dieu  Ninib,  l'irrésistible,  qui  déchaîne  à  son  gré  les  tempêtes 
et  les  souffles  fécondants,  est-il  devenu  le  sage  et  morose  Kro- 
nos?  Les  raisons  ne  manquent  pas  sans  doute  :  elles  sont  même 
trop  nombreuses  pour  être  claires.  Ninib  est  un  ancien  dieu 
solaire,  le  premier-né  de  Êa,  remplacé  à  l'hégémonie  par  Mar- 
douk, de  même  que  Kronos,  appartenant  à  la  génération  archaï- 
que des  Titans,  a  été  remplacé  par  Zeus.  Ninib  représentait  le 
soleil  à  l'horizon,  levant  ou  couchant —  couchant  surtout,  —  et 
Kronos  passait  pour  habiter  les  Iles  Bienheureuses,  par  delà  les 
rivages  de  l'Océan  occidental  *.  Enfin,  Kronos  avait  avec  l'idée 
de  génération  et  de  paternité  des  affinités  que  met  en  évidence 
son  assimilation  avec  le  dieu  latin  Saturne,  le  dieu  des  «  semail- 
les »,  et  il  se  rapprochait  encore  par  là  de  Ninib,  comme  aussi 
par  la  sagesse  mêlée  parfois  de  dissimulation  qui  sied  aux  vieil- 
lards. L'assimilation  de  Nabou  à  Hermès  dut  être  revisée  et 
acceptée  par  les  Stoïciens,  encore  qu'elle  eût  été  faite  à  la  légère^. 
Comme  Ninib,  Nabou  est  un  dieu  déchu.  Jadis  le  premier  à  Bor- 
sippa,  il  avait  dû  céder  la  primauté  à  Mardouk,  le  favori  des  Baby- 
loniens. Comme  Ninib,  il  était  aussi  un  dieu  fécondant,  mais  avec 
bien  des  restrictions.  Sa  planète,  rarement  observable  dans  nos 
climats,  était  pour  les  Chaldéens  un  brasier  auquel  ils  prodiguent 
les  épithètes  de  «  défavorable  »,  «  incendiaire  »,  «  récalcitrant  », 
«  ennemi  »,  «  méchant  »,  «  léopard  »,  «  renard  »,  etc.  Le  renard 
fait  songer  à  l'artificieux  Hermès,  et  il  ne  faut  pas  oublier  non 


1.  Néanmoins,  le  ï)  grec  «  se  réjouit  »  à  l'Orient  (ci-après,  ch.  iv). 

2.  La  véritable  raison  de  rassimilation  Nabou-Hermès  est  peut-être  que 
Nabou  ou  Nebo  était  en  Chaldée  1'  «  interprète  »  (IpjjLTjvîuç)  par  excellence  (cf. 
ci-dessus,  p.  40,  3):  le  titre  traduit  aurait  donné  le  nom.  II  va  sans  dire  que 
les  adaptateurs  n'ont  pas  commis  l'imprudence  de  contrecarrer  les  idées  cou- 
rantes en  ce  qui  concerne  les  «  luminaires  ».  Ils  n'ont  pas  essayé  d'ôter  à 
Séléné-Hécate-Artémis  son  sexe  pour  l'assimiler  au  dieu  Sin,  ou  de  lui  donner 
le  pas  sur  le  Soleil. 


70  CHAP.  II.  —  l'astrologie  chaldéenne 

plus  que  l'Hermès  psychoporape,  le  pourvoyeur  des  bûchers  et 
des  enfers,  était  aussi  un  dieu  redouté;  mais  il  est  certain, 
d'autre  part,  que  les  astrologues  grecs  ont  fait  prédominer  dans 
le  type  d'Hermès-Mercure  l'ingéniosité  réfléchie  et  l'art  de  char- 
mer par  la  parole,  aptitudes  qui  ne  vont  guère  à  V  «  Étincelant  » 
(2t(X6iov)  chaldéen. 

Les  caractères  des  planètes  étant,  plus  encore  que  ceux  des 
signes  du  Zodiaque,  le  fondement  de  toutes  les  inductions  astro- 
logiques, le  raccordement  qui  se  fit  alors  entre  la  théologie 
chaldéenne  et  la  mythologie  grecque  eut  sur  la  doctrine  qui  allait 
en  sortir  une  influence  souveraine.  C'est  l'horoscope  de  l'astro- 
logie hellénique  que  fixaient  les  négociateurs  qui  ont  opéré  la 
suture.  La  charte  ainsi  dressée  restait  d'ailleurs  assez  vague  et 
assez  souple  pour  permettre  aux  astrologues  d'y  faire  entrer  ou 
rentrer  toutes  les  variantes  qu'ils  tireraient  de  leur  propre  expé- 
rience ou  des  traditions  encore  inutilisées  de  la  Ghaldée  et  de 
l'Egypte. 

En  résumé,  pour  mettre  au  net,  avant  d'aller  plus  loin,  les 
conclusions  à  tirer  de  ces  prolégomènes  :  l'astrologie  grecque  — 
en  tant  que  méthode  divinatoire,  usant  de  l'astronomie  comme 
moyen  —  l'astrologie  grecque,  disons-nous,  a  été  suscitée  par 
l'astrologie  chaldéenne,  qui  lui  a  fourni,  avec  tout  ou  partie  des 
signes  zodiacaux  et  les  types  planétaires,  les  plus  indispensables 
de  ses  instruments.  Nous  ne  pouvons  plus  savoir  si  l'astrologie 
chaldéenne  elle-même,  à  l'époque  où  elle  greffait  ainsi  ses  doc- 
trines sur  un  tronc  nouveau,  s'était  incorporé  des  traditions 
égyptiennes  ou  mêlée  en  Egypte  à  des  traditions  locales,  qui 
auraient  été  importées  de  là  en  Grèce  longtemps  avant  les 
dogmes  venus  directement  de  la  Chaldée.  Les  documents  cunéi- 
graphes  de  Tell-el-Amarna  prouvent  que,  dès  le  xv^  siècle  avant 
notre  ère,  il  y  avait  des  relations  actives  entre  l'Egypte  et  la 
Chaldée,  mais  ils  ne  jettent  aucune  lumière  sur  ces  questions, 
rendues  insolubles  par  l'incohérence  des  témoignages.  Il  est  donc 
prudent  de  s'en  tenir,  dans  la  recherche  des  origines,  à  l'astrolo- 
gie chaldéenne.  Que  si  l'on  veut  se  faire  une  idée  de  la  genèse  de 
celle-ci,  il  faut  écarter  toute  la  fantasmagorie  des  interminables 
siècles  d'observations  et  d'expériences  allégués  par  les  profes- 
seurs d'astrologie.  L'expérience  ne  peut  que  détruire  les  œuvres 
de  la  foi.  L'astrologie  chaldéenne  repose  sur  le  fondement  pri- 
mordial de  toutes  les  refigions  ;  sur  la  logique  animiste,  qui  veut 
que  tout  soit  mû  par  des  volontés,  et  sur  le  sentiment,  qui  exige 
que  ces  puissances    soient  principalement  et  perpétuellement 


CONCLUSION  71 

préoccupées  de  l'homme.  La  nature  du  pays,  le  climat,  l'exis- 
tence d'une  caste  sacerdotale  curieuse  des  choses  inaccessibles 
au  vulgaire,  ont  tourné  cette  logique  et  ce  sentiment  du  côté  des 
astres.  La  religion  y  a  domicilié  ses  dieux,  les  répartissant 
d'après  des  afTinités  imaginées  entre  l'éclat,  la  couleur,  la  posi- 
tion, l'allure,  j'allais  dire,  les  mœurs  des  astres  errants,  rois  du 
peuple  des  étoiles,  et  les  types  divins  issus  de  la  même  imagina- 
tion créatrice. 

Là  s'arrête  la  série  régressive  des  causes.  Nous  n'avons  plus  à 
nous  préoccuper  que  de  la  série  descendante,  qui  commence  avec 
le  développement  autonome  de  l'astrologie  grecque. 


CHAPITRE  III 


LES  DOGMES  ASTROLOGIQUES 


L'astrologie  rudimentaire  des  Orientaux,  à  peine  dégagée  de  la 
religion  qui  l'avait  engendrée,  n'exigeait  pas  un  grand  effort  de 
raisonnement.  Les  astres  étaient  des  dieux  ou  des  véhicules  d'où 
les  dieux  surveillaient  le  monde,  et  il  allait  de  soi  que  ces  dieux 
avaient  à  la  fois  la  volonté  et  le  pouvoir  d'intervenir  dans  les 
affaires  du  monde  terrestre.  Nulle  difficulté  de  concevoir  pour- 
quoi et  comment  ces  dieux  agissaient  :  ils  agissaient  parce  qu'ils 
le  voulaient  et  comme  il  leur  plaisait.  L'esprit  oriental  ne  se 
posait  même  pas  le  problème  autour  duquel  s'acharne  la  logique 
des  peuples  mieux  doués  :  l'impossibilité  de  convertir  des  volon- 
tés supposées  libres,  et  même  capricieuses,  en  lois  naturelles, 
dont  l'effet  est  présumé  nécessaire  et  partout  identique.  Cepen- 
dant, l'astronomie  fait  naître  d'elle-même  l'idée  d'ordre,  de 
régularité;  et  les  prêtres  chaldéens,  qui  fondaient  précisément 
sur  l'expérience  acquise  les  pronostics  applicables  à  l'avenir, 
n'ont  pas  pu  écarter  de  leurs  calculs  le  postulat  qui  en  faisait 
toute  la  valeur,  à  savoir  que  les  mêmes  causes  doivent  produire 
les  mêmes  effets.  En  tout  cas,  ils  paraissent  s'être  refusés  aux 
concessions  qui  leur  auraient  fait  abandonner  la  conception  reli- 
gieuse de  l'univers  pour  le  mécanisme  scientifique.  Les  mouve- 
ments des  planètes  comportaient  à  leurs  yeux  une  certaine 
somme  d'imprévu.  Elles  n'arrivaient  pas  toujours  à  l'heure  dite 
aux  rendez-vous  supputés  d'avance,  aux  rencontres  avec  les  étoiles 
fixes.  Celles-ci  même  ne  pouvaient  être  reconnues  invariables 
dans  leurs  positions  que  par  des  mesures  précises.  Les  Chaldéens 
ne  paraissent  pas  non  plus  avoir  fait  de  découvertes  scientifiques 
susceptibles  de  les  troubler  dans  leur  foi  traditionnelle.  Nous 
ignorons  l'idée  qu'ils  se  faisaient  de  l'étendue  du  ciel  ;  mais  il  est 
probable    qu'ils  croyaient  bien  s'être  notablement  rapprochés 


l'influence  des  astres  73 

des  dieux  quand  ils  avalent  installé  leur  observatoire  au  haut 
d'une  zigurat  à  sept  étages  ^  Leur  piense  routine  les  préserva  des 
théories  subversives  qui  ailleurs  élargissaient  le  monde  et  recu- 
laient à  d'énormes  distances  les  générateurs  d'énergie  sidérale, 
en  même  temps  qu'elles  rapetissaient  le  but  visé  par  toutes  ces 
forces  célestes,  l'homme  et  son  habitacle. 

C'est  précisément  à  des  esprits  déjà  familiarisés  avec  ces  vastes 
perspectives,  armés  de  dialectique  et  déshabitués  de  croire,  que 
fut  offerte  l'astrologie  chaldéenne,  comme  un  ensemble  de  faits 
longuement  vérifiés,  dont  l'explication  rationnelle  restait  à  cher- 
cher. Le  plaisir  de  trouver  des  théories  pour  des  faits  donnés 
comme  certains,  de  transformer  en  science  raisonnée  un  amas  de 
traditions  importées  à  l'état  brut,  dut  avoir  un  singulier  attrait 
pour  les  Grecs,  qui  avaient  un  goût  égal  pour  les  discussions  et 
lès  nouveautés.  Eux  seuls  ont  pu  travailler  à  satisfaire  un  besoin 
intellectuel  que  leurs  devanciers  ne  ressentaient  pas.  C'est  chez 
eux  que  l'astrologie  est  devenue  une  science,  une  «  mathéma- 
tique »,  appuyée  sur  un  certain  nombre  de  propositions  fonda- 
mentales, auxquelles  une  espèce  de  consentement  universel  finit 
par  donner  la  valeur  d'axiomes.  Nous  verrons  plus  tard  comment 
et  avec  quel  succès  ces  propositions  furent  défendues  contre  des 
arguments  contraires^  :  pour  le  moment,  il  serait  à  propos  de  les 
formuler  et  de  nous  rendre  compte  de  leur  solidité  en  mesurant 
la  largeur  de  leurs  assises. 

La  plus  générale  se  réduit  à  affirmer  que  les  astres  exercent 
sur  la  terre  et  ses  habitants  une  influence  prépondérante.  Cette 
proposition,  pour  les  adeptes  de  la  philosophie  mystique  issue  de 
Pythagore  et  de  Platon,  n'avait  pas  besoin  d'être  démontrée.  Les 
astres  étant  des  dieux,  et  même  des  dieux  créateurs  des  orga- 
nismes terrestres,  il  n'y  avait  plus  qu'à  poser  une  question  subsi- 
diaire, celle  de  savoir  si  cette  influence  peut  être  connue  et 
distinguée  de  toute  autre.  La  question  ainsi  posée  était  facile- 
ment résolue.  L'action  divine  pouvait  être  connue,  jusque  dans 
ses  divers  modes,  soit  par  révélation  expresse  faite  par  les  dieux 
eux-mêmes,  soit  par  la  révélation  naturelle,  qui  est  la  raison 
avertie  par  l'expérience.  Les  «  physiciens  »,  s'il  en  restait  encore. 


1.  C'est  ridée  que  l'auteur  de  la  Genèse  (XI,  4)  prête  aux  constructeurs  de 
l'observatoire  babylonien  [Et  dixeriint  :  Venite,  faciamus  nobis  civitatem,  et 
turrim  cujus  culmen  pertingat  ad  caelum),  et  Jahveh  semble  bien  avoir  eu 
peur  qu'ils  n'y  réussissent. 

2.  Voy.  ci-après,  ch.  xvi. 


74  CHAP.    III.    —    LES    DOGMES    ASTROLOGIQUES 

étaient  sensibles  à  un  argument  dont,  grâce  à  une  équivoque 
habilement  entretenue,  l'aslrologie  s'attribnait  tout  le  bénéfice. 
Le  Soleil  n'était-il  pas,  de  l'aveu  de  tous,  le  régulateur  de  la  vie 
végétale  et  animale?  La  Lune,  à  laquelle  l'antiquité  attribuait  une 
quantité  d'influences  particulières  en  dehors  du  mouvement  des 
marées  *,  n'agissait-elle  pas  sur  tout  être  et  toute  chose  ter- 
restre ?  Et  pourquoi  ce  qui  était  incontestable  pour  le  Soleil  et  la 
Lune  ne  serait-il  pas  vrai  aussi,  toutes  proportions  gardées,  des 
étoiles,  fixes  ou  errantes?  Les  planètes  n'étaient  après  tout  que 
des  soleils  plus  petits  ou  des  lunes  plus  éloignées  ^  Les  étoiles 
fixes  indiquaient  parleurs  levers  et  couchers  héliaques  les  étapes 
de  l'année  solaire  :  elles  accompagnaient  de  leur  présence  les 
vicissitudes  des  saisons,  les  chaleurs,  froidures,  vents  et  pluies, 
et,  qu'elles  fussent  pour  les  théoriciens  le  signe  seulement  ou  la 
cause  de  ces  phénomènes  ^,  le  résultat  pratique  était  le  même. 
Aussi,  même  avant  d'avoir  soupçonné  les  mystères  de  l'astrologie 
chaldéenne,  les  Grecs  avaient  spontanément  ébauché  une  science 
des  régions  supérieures  ou  Météorologie,  qui  devait  les  mettre  à 
même  de  prévoir  les  variations  et  accidents  atmosphériques. 
Dans  cette  science,  dite  aussi  des  «  Pronostics  »,  fondée  sur  les 
observations  des  laboureurs  et  des  marins,  Aristote  avait  fait 
entrer  tout  récemment  les  pronostics  hasardeux  à  tirer  de  l'appa- 
rition des  comètes  *.  La  météorologie  grecque  s'acheminait  ainsi 


1.  Aristote  attribuait  le  phénomène  des  marées  à  la  pression  des  vents 
excités  par  le  Soleil  :  Pythéas  de  Marseille  pensait  que  la  Lune  en  croissance 
provoque  le  flux,  et  en  décroissance  le  reflux  ;  Séleucus  «  le  Chaldéen  »,  par- 
tisan de  la  rotation  de  la  Terre,  invoquait  la  compression  de  Tatmosphère 
causée  par  le  mouvement  contraire  de  la  Terre  et  de  la  Lune  ;  Posidonius 
reprenait  l'explication  d'Aristote,  en  substituant  la  Lune  au  Soleil  (cf.  Diels, 
Doxographi  graeci,  pp.  382-383). 

2.  Cette  idée  existe,  pour  ainsi  dire  à  l'état  latent,  dans  la  mythologie  chal- 
déenne, où  les  dieux  planétaires  sont  pour  la  plupart  d'anciens  dieux  solaires 
déchus  et  rapetisses  (cf.  ci-après,  ch.  iv,  les  affinités  entre  le  Soleil  et 
Saturne). 

3.  Geminus  {Isagog.,  14)  consacre  tout  un  chapitre  à  réfuter  l'idée  que  les 
constellations  notées  dans  les  calendriers  influent  sur  terre;  que  le  Chien,  par 
exemple,  soit  cause  de  la  chaleur  «  caniculaire  ».  Quelle  que  soit,  dit-il,  la 
nature  de  ces  astres,  ignée  ou  éthérée,  otj8£[A(av  auixTiiOetav  ïyji  itpoi;  ta  sitl  ttiî 
■piî  Yivô[jiïva.  'H  yàp  aû[j.ira(Ta  -ff^  xévTpou  'XÔYOV  tyji  npoî  x-^v  tûv  dtitXavûv  dcpaîpav, 
xatoùSsixîa  dtTrocpopà  oùBk  àTtô|5^oia8u)cvEr'uat  àirô  twv  d';r>.avwv  àaxipwv  iizi  tV  yfiv. 
Mais  lui-même  admet,  quoique  fort  atténuée,  1'  àizô^^oioL  des  planètes,  dtp'  wv 
xal  SuvatiiEi;  tizl  T^iv  yfiv  tzItlxouiji.  On  voit  combien  était  répandue  et  vivace 
l'opinion  qu'il  combat. 

4.  Voy.  ci-après  (ch.  xi),  comètes,  Prognostica,  Aioa-rijieîa,  etc. 


LA    SOLIDARITÉ   UNIVERSELLE  75 

d'elle-même  dans  des  voies  où  elle  allait  rencontrer  l'astrologie 
chaldéenne,  et  son  apport  fat  adjoint  aux  modes  de  divination 
préconisés  par  la  doctrine  nouvelle. 

Évident  pour  les  mystiques,  plausible  et  dans  une  certaine 
mesure  acceptable  pour  les  naturalistes,  le  postulat  initial  de 
l'astrologie  devint  un  dogme  pour  les  Stoïciens,  qui  étaient  à  la 
fois  l'un  et  l'autre.  Ce  dogme,  qui  contenait  pour  eux  la  raison 
ultime  des  choses,  le  fonds  et  le  tréfonds  de  la  religion  et  de  la 
morale,  ils  ne  se  lassèrent  pas  de  l'affirmer  et  d'entasser  à 
l'entour,  pour  le  fortifier,  tout  ce  que  les  systèmes  philosophiques 
ou  religieux  leur  offraient  de  comparaisons  et  danalogies  pou- 
vant servir  de  démonstration.  L'influence  des  astres  sur  la  terre 
devint  pour  eux  un  cas  particulier  de  la  «  sympathie  »  ou  solida- 
rité de  toutes  les  parties  de  l'univers  :  solidarité  non  pas  idéale, 
morale,  mais  matérielle  comme  la  substance  de  l'Être,  et  réalisée 
à  tout  moment  par  un  échange  incessant  de  molécules  ou  de 
mouvements  propagés.  Les  Stoïciens  savaient  ce  que  la  Terre 
envoyait  aux  astres  de  là-haut,  foyers  de  feu  intelligent  :  avec 
Thaïes,  Parménide,  Heraclite,  ils  pensaient  qu'elle  les  nourrit  de 
ses  vapeurs  \  les  plus  grossières  alimentant  les  astres  inférieurs, 


1.  C'est  une  opinion  générale  chez  tous  les  «  physiciens  »,  fondée  sur  le  fait 
que  le  Soleil  «  dessèche  »  l'eau,  une  réponse  à  cette  question  de  sens  com- 
mun :  d'où  vient  que  les  astres  brûlent  sans  se  consumer?  [quia  nullus  ignis 
sine  pastu  aliquo  posset  permanere.  Cic,  Nat.  Deor.,  II,  15,  §  40.  Cf.  Agni  nourri 
par  le  Sôma  hindou).  Doctrine  de  Thaïes  et  autres  Ioniens  et  Éléates  :  TpÉçsaôai 
Toùî  iaTÉpaî  Ix  Tf,<:  iitb  yfiî  àvaeu[xid(a£Wî  (Stob.,  Ed.,  1, 10,  24.  Plut.,  Plac.  phiL, 
I,  3;  II,  17).  Pasci  aquis  marinis  sidéra,  i.  e.  ir/nes  caelestes,  physici  docent 
(Serv.,  ^en.,  I,  608).  On  pouvait  même  dire  que  la  Terre  avait  engendré  les 
astres,  étant  la  mère  du  Ciel  (Ouranos).  Chrysippe  avait  fait  le  triage  entre 
aliments;  l'eau  douce  pour  la  Lune,  l'eau  de  mer  pour  le  Soleil  (Stob.,  Ed.,  I, 
25-26),  —  ali  autem  solem,  lunam,  reliqua  aslra  aquis,  alia  duldbus,  alia 
marinis.  Eamque  causam  Cleanthes  affert  cur  se  sol  referai  nec  longius  pro- 
f/rediatur  solstitiali  orbe  itemque  brumali,  ne  longius  discedat  a  cibo  (Cic, 
Nat.  Deor.,  III,  14,  §  37).  Cela  expliquait  l'intelligence  supérieure  des  astres. 
Quin  etiam  quo  cibo  utare,  interesse  aliquid  ad  mentis  aciem  putant.  Proba- 
bile  est  igitur  praestantem  intellegentiam  in  sideribus  esse,  quae  et  aetheriam 
purtem  mundi  incolant  et  marinis  terrenisque  umoribus  longo  intervallo  exte- 
nuatis  alantur  (Cic,  Nat.  Deor.,  II,  16,  §  43).  A  ce  compte,  les  étoiles  fixes  sont 
plus  intelligentes  que  les  planètes  (ce  qui  était  aussi  l'avis  des  platoniciens), 
Saturne  plus  que  Jupiter,  et  ainsi  de  suite.  La  sèche  dénégation  d'Aristote 
disant  \}.\  SeïaOai  ri  oûpivia  Tpo-ff.î,  où  yàp  tpOaptà,  i\V  aîSia  (Plut.,  Plac.  phil.,  II, 
16)  et  même  ses  sarcasmes  {Meteor.,  II,  2,  6)  n'empêchèrent  pas  les  adhésions  à 
la  doctrine  physico-stoïcienne.  Hinc  proferlur  quo  sustineantur  tôt  sidéra  etc. 
(Sen.,  Q.  Nat.,  II,  5).  —  Necnon  Oceano  pasci  Phoebumque  polumque  \  Credimus 
(Lucan.,  Phars.,  X,  258.  Cf.  I,  414).  Pline  croit  que  les  étoiles  filantes  sont  des 


76  CHAP.    m.    —    LES    DOGMES    ASTROLOGIQUES 

les  plus  subtiles  montant  jusqu'aux  sphères  supérieures.  Celte 
matière  revenait  à  la  Terre  sous  forme  de  chaleur  et  de  lumière, 
d'effluves  célestes  qui  allumaient  et  entretenaient  à  sa  surface  la 
flamme  mystérieuse  de  la  vie. 

La  solidarité  universelle  une  fois  admise,  il  en  résultait  logi- 
quement que  les  effluves  transportaient  avec  eux  les  qualités  de 
la  source  d'où  ils  émanaient  et  tendaient  à  assimiler  le  point 
d'arrivée  au  point  de  départ.  Pour  rendre  la  démonstration  plus 
claire,  cessons  de  disperser  notre  attention  sur  l'univers  entier  % 
et  concentrons-la  sur  l'être  qui  a  été  et  qui  sera  toujours  à  ses 
propres  yeux  le  centre  du  monde,  l'homme.  Nous  arriverons  vite 
à  la  conclusion  que  l'homme,  façonné  par  l'action  incessante  des 
influx  cosmiques,  doit  ressembler  au  monde,  qu'il  est  un  monde 
en  petit,  un  microcosme.  Ainsi  condensé,  spécifié,  intéressant 
l'égoïsme  humain,  flattant  l'orgueil  humain,  projetant  dans  le 
monde  entier  l'image  de  l'homme  —  car  la  proposition  se 
retourne  comme  une  équation  mathématique,  —  le  dogme  de  la 
sympathie  universelle  devint  l'aliment  inépuisable  de  la  foi  astro- 
logique et  la  justification  de  ses  plus  étranges  fantaisies.  Il  fut 
dès  lors  permis  de  chercher  dans  le  corps  humain,  dans  l'âme 
humaine,  des  correspondances  de  toute  sorte  entre  les  membres 
de  l'un,  les  facultés  de  l'autre,  et  les  planètes  ou  les  signes  du 


éructations  d'astres  trop  gorgés  de  nourriture  :  illa  nimio  alimento  tracli 
umoris  ignea  vi  abundantiam  reddunt,  cum  decidere  creduntur,  iit  apud  nos 
qiioque  luminibus  accensis  liquore  olei  nolamus  accidere  (Plin.,  II,  §  29).  La 
doctrine  fut  étendue  des  astres  aux  dieux,  génies,  âmes  humaines,  lesquelles 
Tpo'ffi  Ts  5(pwvTai  oîxsta  -zri  àizà  yf,?  àva6u[jLiâ5£i,  w;  xal  ta  lomà  dEcTTpa  (S.  Empir., 
Adv.  Phys.,  IX,  §  73,  p.  568).  Même  quand  il  fut  avéré  que  la  Terre  n'était  qu'un 
point  (xlvTpov-iTTiyjxTi)  dans  l'univers,  Posidonius  soutint  que  la  Terre,  sous  un 
petit  volume,  contient  plus  de  matière  que  tous  les  astres  ensemble  :  fj  yf, 
<7TtY|xta£a  ouaa  xpô?  tô  [Asveôoî  toû  xôajxou  ÀvairéjxTtet  Tpotp-h,v  tw  tô  oùpavû  xal 
xoïç  È[jnr£ptEyo[j.évotî  Iv  aùxCi  àa-zpoiç,  ToaouTotî  xal  t6  Tz'kr^QQi  xal  t6  [jléyeOoî 
ouai  (ap.  Cleomed.,  Ct/cI.  theor.,  I,  H).  Il  avait  deviné,  en  l'appliquant  à  faux, 
un  principe  de  la  mécanique  céleste. 

1.  La  théorie  s'appliquait  à  tout,  à  la  Terre,  dont  les  zones  correspondent  aux 
zones  célestes,  et  à  ses  parties.  Ainsi,  on  disait  que  le  Nil  a  sept  bouches  parce 
qu'il  y  a  sept  planètes  —  erumpens  imitatur  sidéra  mundi  \  Per  septem  fauces 
algue  ora  fugantia  pontum  (5Ianii.,  III,  273),  —  ou  que  le  Delta  était  une  copie 
de  la  constellation  du  Triangle  ou  Deltoton  —  çaai  6è  xal  x^v  tf,;  AlyûrTOu 
ÔÉTiv  eîvai  xaxà  t6  a)(f,[j.a  tou  iv  -cotî  âffxpoiç  xptywvou  (Schol.  Arat.,  ad  v.  233). 
Cependant  les  Stoïciens,  attentifs  à  ne  pas  froisser  la  tradition  de  la  Terre- 
mère,  pensaient  que  la  forme  ronde  de  la  Terre  est  non  pas  la  copie,  mais  le 
modèle  des  sphères  célestes  :  ôiairep  àuô  xè'vupou  xûvcXoî  yivExat,  ojxio  xal  àizb 
xf,î  yf,î  £'.x6î  è'^w  irspiçs'psiav  ysyovévat  (Ach.  Tat.,  Isag.,  7). 


l'homme  microcosme  77 

Zodiaque.  L'imprudente  logique  avait  filé  ses  déductions  jusqu'au 
point  où  elle  se  trouva  dessaisie  de  son  droit  de  contrôle  et  obli- 
gée de  pactiser  avec  les  caprices  de  l'imagination  débridée. 

A  cette  forteresse  centrale  de  l'astrologie,  on  peut  dire  que 
chaque  système  philosophique  apporta  sa  pierre.  On  a  vu  où 
menait  la  théorie  mécanique  des  effluves  :  le  spiritualisme  pla- 
tonicien aboutissait  par  une  voie  plus  directe  encore  à  la  même 
conclusion.  Platon  avait  érigé  en  dogme  l'imitation  des  types 
divins,  du  haut  en  bas  de  l'échelle  des  êtres;  et  Philon  eut  soin 
d'ajouter  au  témoignage  de  Platon  celui  de  la  Bible,  d'après 
laquelle  Dieu  fit  l'homme  à  son  image.  L'homme  est  une  copie 
du  monde,  qui  est  lui-même  une  copie  de  Dieu.  Du  reste,  tout 
cela  est  déjà  dans  le  Timée,  et  l'on  devine  avec  quel  zèle  les  mys- 
tiques développèrent  ces  données,  profitant  par  surcroît  de  la 
connivence  des  «  physiciens  »  ou  matérialistes,  sans  autre  effort 
à  faire  que  de  remplacer  les  molécules  des  effluves  par  les  âmes 
et  les  génies  dont  ils  avaient  ample  provision.  Enfin,  la  théorie  du 
microcosme  avait  encore  l'avantage  de  satisfaire  les  purs  dialec- 
ticiens, ceux  qui  concevaient  la  connaissance  comme  une  iden- 
tification —  ou  tout  au  moins  assimilation  —  du  sujet  et  de 
l'objet  *.   Et  voilà  comment  un  amas  d'analogies  et  de  méta- 


1.  Ceux-là  auraient  contresigné  la  belle  apostrophe  de  Manilius  (IV,  893)  : 
Quid  mirum  noscere  mundum  \  Si  possitit  homines,  quibits  est  mundus  in  ipsis  \ 
Exemplumque  dei  quisque  est  in  imagine  parva?  Ce  sont  les  néo-pythagori- 
ciens, orphiques,  néoplatoniciens,  hermétiques  ou  même  chrétiens  platoni- 
sants,  qui  ont  le  plus  insisté  sur  Thouime  microcosme.  Avant  Philon  peut-être, 
les  Pseudo-Pétosiris  et  Néchepso  ostendunt  hominem  ad  naturam  mundi  simi- 
liludinemque  formatum  iisdem  principiis  quitus  ipse  mundus  regitur  et  conti- 
netur,  perenniter  perpetuilatis  sustentari  fomitibus  (Firmic,  III,  Prooem.,  4). 
Pour  Philon  (voy.  son  traité  De  opificio  mundi,  §§  48-51),  l'homme,  dont  le  corps 
est  fait  des  mêmes  éléments  que  le  monde,  communique  par  la  vue  avec  les 
astres,  ses  congénères  :  Sti  t?,;  f,Y2[jLOvixoTaTT,c  xûv  a'iaS-rjaÉwv  04'ewî  tiXiw  xai 
aeX-f,vr,  xal  ÉxatTTu)  twv  3XXwv  àaTépuv  iîÀavT,Twv  xal  àirXavwv  auvcyYÎÇwv  (ib.,§31). 
Dans  le  Pœmander,  Hermès  Trismégiste  explique  que  tout  est  vivant,  par  con- 
séquent composé  de  matière  et  d'esprit  :  Kal  ô  jièv  xôatjioî  TrpwTov,  ô  Se  àEv6pw- 
TTo;  ScûxEpov  ÇùJov  [XETà  TGV  xoTtiov  (§§  11-12,  pp.  74-75  Parthey);  et  ailleurs 
{lali'om.,  ap.  Ideler,  I,  p.  387)  :  Tàv  ofvôpw-ov,  à)''A[jL[xwv,  x6a[xov  »aalv  o'.  uoçof. 
Ce  petit  monde  est  un  abrégé  du  grand.  Les  astres  ont  même  nature  que  nous 
et  sont  en  nous  :  Iît-.  S'  èv  r.jjiîv  Mt^vt)  Zeùî  "Ap-r;?  x.  t.  X.  (ap.  Stob.,  Ed.,  I,  5,  14). 
L'auteur  du  livre  d'Hénoch  retrouve  aussi  dans  l'homme  sept  substances, 
autant  que  de  sphères  planétaires.  Un  biographe  de  Pythagore  (F.  Pyth.,p.  114 
Kiessl.)  :  ô  âvOpoiiro;  ji'.xpàî  x(5ff[j.0i;  "kéysxan...  oti  iraaa;  Ij^ei  ta;  toû  xôjjxou 
ôuvi;i.ctî.  Cf.  Firmicus  {loc.  cit.,  3)  :  hominem  quasi  minorem  quemdam  mundum 
stellae  quinque  sol  eliam  et  luna...  sustentant.  Proclus  met  sa  dialectique  au 
service  de  la  théorie  du  microcosme  et  de  la  «  sympathie  »  cosmique.  Le  monde 


78  CHAP.    III.   LES    DOGMES    ASTROLOGIQUES 

phores,  de  raisons  dont  aucune  n'est  probante  et  beaucoup  sont 
ineptes,  donnait  l'illusion  d'une  démonstration  en  forme,  illusion 
d'autant  plus  tenace  qu'il  y  avait  au  point  de  départ  une  parcelle 
de  vérité,  mais  retournée  et  vue  à  l'envers.  Cette  vérité,  c'est  que 
l'homme,  ne  pouvant  rien  concevoir  que  d'humain,  a  fait  Dieu 
ou  les  dieux  à  son  image  et  dès  lors  retrouve  aisément  partout 
les  analogies  dont  il  est  l'inconscient  et  unique  auteur. 

Ainsi  donc,  d'après  les  philosophes  et  astrologues  grecs,  les 
astres  exercent,  soit  mécaniquement,  soit  par  tout  autre  mode 
d'action,  des  influences  résultant  de  leur  nature  propre  et  ten- 
dant à  conformer  à  leur  type  les  êtres  qui  les  subissent.  Entre 
cette  affirmation  théorique  et  l'application  se  cachait,  dissimulé 
sous  des  phrases,  le  postulat  énorme  qui,  une  fois  accepté,  para- 
lysait toute  résistance  ultérieure  de  la  raison.  Le  disciple  qui 
n'obligeait  pas  son  maître  à  lui  démontrer  l'existence  réelle  des 
propriétés  multiples  avec  lesquelles  la  doctrine  composait  ses 
types  planétaires  et  zodiacaux,  celui  qui  tenait  pour  avérée  la 
physique  ou  physiologie  ou  psychologie  des  astres,  n'avait  plus 
qu'à  suivre  le  fil   du  raisonnement.  Il  ne  trouvait  plus  aucun 


est  un  être  vivant,  dont  la  vie  est  la  source  et  contient  la  somme  de  toutes  les 
vies  ou  âmes  particulières  ;  d'où  P.  conclut  que  tpopai  xal  dicpoptat  Çwuv  6v7itmv 
àTTÔ  Twv  oùpavttov  irsptôStov  à6avatTwv  oùnûv  I Ti i .t s X o 0 vc a t,  xal  9 6 o p a l 
xal  ysvsdsii;  xal  ^{otTwv  ttiSe  î^wuv...  xal  xx-ci  uùinxxa.  xal  xaxi  (j/ujràç 
Staeéaetî  y^ipoui  xal  pET^ttou;  (Procl.,  in  Anal.  Sac7\,  Pitra,  V,  2,  p.  89).  La  com- 
munication entre  les  parties  s'opère  par  les  allées  et  venues  des  âmes:  auviiT-cet 
xal  Ta  àvcu  TOÎç  xiTw  ô'.i  twv  '^ivyixCi'j  xaOôSwv,  xal  ta  xdtxo)  xoï;  àvw  8ii  twv 
àvôSwv  (ibid.,  p.  142).  L'homme  est  un  monde  en  petit  :  Sst  Se  tov  oXov  xôit[i.ov, 
ouTw  xal  tôv  àvOpwirov  ÈTrtaxetj/aaOat  TsTkSÎwç, StÔTi  (itxp  ôç  iaxi  xat  outo;  xôauoi; 
(Procl.,  In  Tim.,  p.  348  A).  L'auteur  chrétien  de  YHermippus  trouve  fort  raison- 
nable la  répartition  des  influences  planétaires  dans  le  corps  humain,  attendu 
qu'ainsi  uoiî^eTai  ô  Xdyoî  ô  [i.txpov  eîvat  tpaaxwv  st:1  yf,!;  xôajxov  xàv  ivôpw- 
Tcov  {Hermipp.^  I,  16,  §  81).  Il  croirait  volontiers  que  l'âme  (4'uxn)  tourne  autour 
du  voûç,  etc.  (ibid.,  §  145).  11  va  sans  dire  que,  si  on  retrouvait  la  marque  des 
astres  dans  notre  corps,  on  prêtait  aussi  facilement  au  monde  nos  organes. 
On  démontrait  par  exemple  que  le  Soleil  étant  le  cœur  du  monde  devait  être 
au  milieu  des  planètes,  comme  le  cœur  est  au  milieu  des  viscères  {Hermipp., 
§  78).  On  avait  dressé  etiam  mundi  genituram.  (Firmic,  l.  c),  comme  celle  des 
individus  ou  des  cités.  Voy.,  sur  ces  questions,  le  curieux  chapitre  de  Lobeck, 
Aglaophamus  (ch.  ix,  De  Macrocosmo  et  Microcosmo,  pp.  908-947),  et  ci-après, 
la  mélothésie  astrologique,  (ch.  x).  Par  une  conséquence  logique,  devinée  déjà 
par  les  peuples  primitifs,  l'homme  imite  le  monde  dans  ses  actes.  Il  doit,  dans 
certains  rites,  se  tourner  de  gauche  à  droite  {dexlratio),  ou  attacher  ses 
prières  et  incantations  à  une  roue  tournant  dans  le  sens  du  mouvement  diurne 
(cf.  Goblet  d'Alviella,  Moulins  à  prières  :  roues  magiques  et  circumambulutions 
dans  la  Rev.  de  l'Univ.  de  Bruxelles,  1897). 


ACTION    SPÉCIFIQUE   ET   ASSIMILATION  79 

motif  logique  de  contester  la  force  d'expansion  et  la  vertu  assimi- 
latrice  de  l'énergie  sidérale.  L'action  à  distance  lui  était  même 
mieux  expliquée  par  la  théorie  des  effluves  que  ne  l'est  pour  les 
modernes  l'attraction  ou  gravitation  universelle,  force  dont  on 
connaît  les  effets,  non  la  nature  *.  En  dernier  recours,  on  ren- 
voyait ceux  qui  auraient  eu  encore  des  scrupules  aux  énormes 
statistiques  de  faits  soi-disant  amassés  par  les  Chaldéens,  Égyp- 
tiens, Mages  et  autres  êtres  fictifs  auxquels  les  astrologues  grecs 
attribuaient  si  volontiers  —  et  pour  cause  —  leurs  propres 
inventions. 

Le  grand  pas  une  fois  franchi,  les  autres  devenaient  plus  aisés. 
Avec  des  astres-dieux,  doués  de  volonté,  tels  que  les  concevaient 
les  astrologues  orientaux,  on  comprenait  sans  peine  que  l'action 
de  ces  astres  fût  variable  et  dépendît  de  l'humeur  du  moment. 
Les  mauvais  étaient  parfois  radoucis,  et  les  bons  accidentelle- 
ment exaspérés.  Cette  conception  première,  à  peine  rectifiée  par 
le  platonisme  et  grandement  ménagée  par  la  religiosité  stoïcienne, 
restera  toujours  le  fonds  le  plus  résistant  de  l'astrologie  helléni- 
sée. Mais  il  fallait  pourtant,  puisque  les  Stoïciens  avaient  hérité 
de  la  physique  d'Heraclite,  transformer  ces  volontés  divines  en 
lois  naturelles.  Ce  ne  fut  pas  un  médiocre  labeur  que  d'expliquer 
par  des  considérations  tirées  des  mouvements,  des  phases,  des 


1.  On  citait,  comme  exemple  d'effluves,  rattraction  de  l'ambre  sur  la  paille; 
le  regard  du  basilic,  qui  tue  ;  celui  du  loup,  qui  rend  muet.  Le  plus  difficile 
était  de  faire  accepter  les  effluves  de  figures  purement  imaginaires,  comme 
celles  des  constellations.  Mais  on  assurait  que  les  chiens  devenaient  enragés 
sous  la  Canicule,  et  c'était  là  une  preuve  que  le  Chien  agissait  sur  ses  pareils  : 
T'.vèî  8s  çaa:  xal  ràv  Kûva  t6  dta-rçov  aufxêâXXsuÔat  xaxGt  xiva  aTiôppotav  toutok 
-irpô;  Xûîffav  (Alex.  Aphrod.,  Pj'obl.,  I,  le).  Avec  des  preuves  de  cette  force, 
ajoutée  à  l'expérience  séculaire  des  «  Chaldéens  et  Égyptiens  »,  on  arrivait  à 
formuler  hardiment  les  aphorismes  astrologiques  fondés  sur  le  principe 
similia  similibus,  sans  reculer  devant  les  animaux  du  Zodiaque  :  Kapxîvot  6è 
xal  TaOpot,  xal  Xsovtsî  xal  xpiol  xal  atys?  xal  è'ptcpot  xal  07a  àXXa  Srf,pia  8ià  tûv 
5ffTpwv  ôvoaiÇcTai  xaxi  tôv  oôpavôv,  slxôvsç  5t„  ©Tiaîv,  stsl  xal  irapaSety- 
[jLaxa,  à»'  wv  f,  [xstaSXTiT-J^  XTta-.î  XajxSâvouaa  -rà?  ISsaç  to'.oûxwv  Çwuv  yivs-uat 
itXt.pt.î  [Philosophum.,  IV,  6,  p.  130  Cruice).  Manilius  est  sceptique  et  croyant 
à  quelques  lignes  de  distance.  Il  sait  que  les  poètes  ont  fabriqué  les  catasté- 
rismes  :  Quorum  carminibus  nihil  est  nisi  fabula  caelum,  \  Terrave  composuit 
caelum,  quae  pendet  ab  illo  (II,  37-39),  et  il  ajoute  gravement  :  Hic  igitur  deus 
et  ratio  quae  cuncta  gubernat  \  Ducit  ab  aeternis  terrena  animalia  signis  (II, 
82-83).  Lucrèce  n'avait  pas  de  ces  distractions.  Des  restes  inconscients  de 
vieux  «  totémisme  »  étaient  revivifiés  par  la  croyance  à  la  génération  humaine 
dérivée  des  animaux  célestes,  surtout  des  iroXûuTcepfxa  (Cancer,  Poissons, 
Scorpion,  etc.). 


80  CHAP.    m.    —    LES   DOGMES   ASTROLOGIQUES 

positions  et  orientations  respectives  des  astres,  comment  Taction 
d'un  même  astre  pouvait  être  modifiée  ou  intervertie.  C'est  ici, 
croyons-nous,  que  les  Grecs  ont  fait  vraiment  œuvre  originale  et 
laissé  loin  derrière  eux  leurs  maîtres  chaldéens. 

Toutes  les  raisons  invoquées  se  ramènent,  en  somme,  à  des 
rapports  de  position,  mesurés  par  des  angles,  avec  considération 
—  accessoire,  mais  très  importante  aussi  —  de  la  gauche  et  de  la 
droite,  du  haut  et  du  bas.  Les  rapports  des  astres  avec  la  Terre 
sont  continus.  On  peut  sans  doute  ne  pas  tenir  compte  de  ceux 
qui  sont  descendus  au-dessous  de  l'horizon  *,  mais  il  n'y  a  pas 
d'angle  sous  lequel  ils  soient  tout  à  fait  inefîicaces.  Il  n'en  va  pas 
de  même  quand  il  s'agit  de  leurs  rapports  entre  eux,  rapports 
qui  engendrent  des  réactions  réciproques,  sympathiques  ou  anti- 
pathiques, et  modifient  profondément  leur  influence  sur  la  Terre. 
Vu  le  nombre  des  planètes  et  des  signes  du  Zodiaque,  le  calcul 
des  rapports  de  position  soutenus  par  chaque  planète  et  chaque 
signe  avec  toutes  les  planètes  et  tous  les  signes  fût  devenu 
impossible.  Les  astrologues  convinrent  de  ne  considérer  comme 
efficaces  que  quelques-uns  de  ces  rapports  ou  «  aspects  »  [<3yjr 
]i.'X'z%-iyri^'xxi<j  \xol-adspectus),  les  autres  étant  réputés  non- 
existants.  Les  astrologues  babyloniens,  qui  ne  se  souciaient  pas 
de  tant  de  géométrie,  paraissent  s'être  bornés  à  noter  les  con- 
jonctions et  oppositions  des  planètes.  Quant  aux  stations  ou 
angles  intermédiaires,  il  n'en  est  question  —  et  encore  implicite- 
ment —  que  pour  les  étapes  de  la  Lune,  le  mois  lunaire  étant, 
paraît-il,  divisé  en  six  périodes  de  cinq  jours  chacune.  Ce  sont,  à 
n'en  pas  douter,  les  Grecs  qui  ont  imaginé  les  polygones  réguliers 
inscrits  au  cercle  zodiacal^  et  attribué  aux  rayons  lancés  suivant 
l'angle  générateur  de  chaque  polygone  des  propriétés  spécifiques, 
dont  nous  rechercherons  ailleurs  la  raison  d'être  ^  C'est  un  sin- 
gulier mélange  de  raffinement  et  de  naïveté  que  cette  théorie  des 
aspects,  qui  suppose  les  planètes  placées  sur  le  cercle  même  du 
Zodiaque  et  occupant,  quand  elles  sont  en  aspect,  un  sommet  du 
polygone.  Naïve  aussi,  pour  ne  pas  dire  plus,  est  la  raison  qu'al- 
lègue Porphyre  pour  expliquer  la  limitation  du  nombre  des 
aspects  à  quatre  (diamètre,  trigone,  tétragone,  hexagone),  ou 
cinq,  en  comptant  la  conjonction.  Il  aurait  pu  dire,  comme  Ptolé- 


i.  C'est  ce  que  fait,  ou  plutôt  prétend  faire  Ptolémée,  qui  abandonne  pour 
cette  raison  la  théorie  des  lieux  (ci-après,  ch.  ix),  mais  est  resté  à  peu  près 
seul  de  son  avis. 

2.  Les  aspects  sont  ici  nommés  par  anticipation  :  le  sujet  sera  traité  au  ch.  vi. 


LA    GÉOMÉTRIE    DES    ASPECTS  81 

mée  s  qu'ainsi  le  veulent  les  lois  géométriques  de  l'harmonie. 
Ou  bien,  comme  le  Pseudo-Manéthon,  il  aurait  pu  invoquer  la 
révélation.  «  Inénarrables  et  infinies  sont  dans  Téther  les  figures 
des  astres  qui  se  croisent  dans  leurs  sentiers  aux  nombreux 
détours  :  j'expliquerai  celles  qu'ont  choisies  les  dieux  ^  ».  Por- 
phyre aime  mieux  supposer  que  «  chaque  astre  lance  sept  rayons 
(veut-il  dire  sept  rayons  seulement?),  un  en  face,  trois  à  droite 
et  trois  à  gauche  ^  ».  Ce  n'est  pas  une  théorie,  c'est  un  dogme  ima- 
giné après  coup,  pour  justifier  la  pratique  des  «  aspects  »  et  en 
l'honneur  du  nombre  septénaire.  Il  ne  dérive  certainement  pas 
du  sigle  graphique  à  huit  branches  employé  par  les  Ghaldéens 
pour  figurer  les  étoiles,  et  ce  n'est  sans  doute  pas  se  tromper 
d'adresse  que  d'attribuer  toutes  ces  constructions  géométriques  à 
l'infusion  de  doctrines  pythagoriciennes  dans  l'astrologie. 

On  voit  comment,  de  concession  en  concession,  en  tenant  pour 
démontré  ce  qui  n'était  pas  absurde  a  priori,  un  adepte  de 
l'astrologie  pouvait  arriver  à  la  foi  sans  se  croire  brouillé  avec  la 
logique.  Il  dut  y  avoir  des  mathématiciens  qui  prirent  tout  à  fait 

1.  Après  un  bref  exposé,  très  difficile  à  comprendre,  dit  le  scoliaste  (Suaxa- 
xavÔTixa.  Anon.,  p.  30),  Ptolémée  conclut  :  Si'  f.v  Se  alxtav  «ûxai  |xôvat  tûv  Siauxa- 
(Tôwv  TtapeXf/jOr.aav,  i%  toûxtuv  àv  jxiOoifxev  (Tetrab.  I,  14).  C'était  trop  de  mathé- 
matiques pour  Porphyre  et  ses  contemporains. 

2.  Ta  yip  âaTTcx'  àr.tloi'zi  x'  èaxl  xax'  a t8 pr.v  ]  Syrjjxax'  iixsiSôvxwv  àfaxpuv 
itoXû-Xayxxa  xsXôuOa  •  |  "Oaa  a  S'  s-tciXéçwcti  Oeoi,  xa5'  lyw  uat-fa  "ké^M 
(Maneth.,  III,  231-233). 

3.  'Eirxà  yàp  àxxîva;  sxaaxo;  xwv  aTxépwv  àipiTiat,  xpsï;  fièv  eîî  xà  àvw,  xpcT; 
6è  etî  x6  xixw,  jxiav  Sa  èirl  x6  Siâ[isxpov  •  div  Sériai  [xèv  a',  èul  x6  à£vw,  2Ùwvu(xoi  Se 
a'.  Ènl  xô  xâxw  (Porphyr.,  Isagog.,  p.  187).  Si  la  fin  de  la  phrase  n'est  pas  une 
glose  inepte,  c'est  que  l'astre  est  supposé  à  l'Orient  (voy.  le  faisceau  des 
sept  rayons  ci-après,  ch.  vi,  fig.  22).  On  retrouve  la  théorie  des  sept  rayons 
dans  une  épithète  donnée  à  Sérapis  par  les  «  théologiens  »  :  ô  àvaY^Y^^î  **• 
ô  éTTxaxxt;  xaxa  xoùs  esoXôyo-j;  (Procl.,  In.  Tim.,  I,  p.  11  E).  —  [iiuaxaYWYia] 
f,v  ô  XaXSaîo;  itepl  xôvlicxâxxtva  Ssàv  êSâx/Euasv  (Julian.,  Oi'at.  V,  p.  172  D). 
Le  soleil  attache  autour  de  la  tête  de  Phaéthon  éTixairôpouî  ixxiva;  (Non- 
nus,  Dionysiac,  XXXVIII,  269).  C'est  l'étoile  à  sept  branches  de  la  semaine 
(ci-après,  ch.  xiii).  Ces  théologiens  ou  théurges  sont  les  fabricants  d'oracles 
«  chaldéens  »  du  n"  siècle  p.  Chr.  Cf.  Lobeck,  Aglaoph.,  p.  101,  et  ci-après, 
ch.  XVI.  Peut-être  est-ce  cette  théorie  des  sept  rayons  qui  se  cache  dans  la 
phraséologie  vague  de  Tacite  disant,  à  propos  du  sabbat  juif:  seti  quod  — 
pleraque  caelesliiim  vhn  suam  et  cwsiis  septenos  per  numéros  compleant  (Tac, 
Vist.,  IV,  4).  Vitruve,  grand  admirateur  des  Chaldéens,  donne  une  raison  qui, 
si  elle  vaut  pour  un  rayon  (le  trigone),  vaut  aussi  pour  les  autres  :  si  radii 
{Solis)  per  omnem  mundum  fusi  circinalionibus  vagarentur,  neqiie  extenlio- 
nibus  porrecti  ad  trigoni  formam  linearentur,  propiora  flagrarent  (IX,  1  [4]. 
Cf.  ci-après,  ch.  vi).  Plus  d'un  questionneur  se  tenait  sans  doute  pour  satis- 
fait d'une  pareille  réponse. 


82  CHAP.    m.    —    LES    DOGMES    ASTROLOGIQUES 

au  sérieux  cette  balistique  céleste  et  trouvaient  fort  raisonnable 
de  tenir  compte  de  l'angle  sous  lequel  le  rayon  projeté  atteignait 
le  but  *. 

Hâtons-nous  d'ajouter  que  cet  étalage  de  science  mystico-ma- 
thémalique  était  tout  en  façade.  Derrière  le  décor  scientifique 
échafaudé  par  les  astrologues  grecs  au  temps  où  il  fallait  faire 
illusion  aux  «  physiciens  »,  les  vrais  ouvriers  de  la  destinée  étaient 
toujours  les  dieux  vivants,  bien  ou  mal  disposés  suivant  les  inci- 
dents de  leur  route  et  le  hasard  des  rencontres.  Ce  sont  surtout 
les  planètes  qui,  complètement  anthropomorphisées,  se  «  ré- 
jouissent »  dans  leur  maison,  y  donnent  et  reçoivent  l'hospitalité, 
se  voient,  s'entendent,  se  poursuivent,  s'atteignent,  se  dépassent, 
observant  les  règles  soi-disant  géométriques,  en  réalité  psycho- 
logiques, d'une  étiquette  qui  leur  assure  ou  leur  retire  la 
prééminence  suivant  qu'elles  sont  à  droite  ou  à  gauche  d'une 
autre,  ou  qui  change  leur  manière  d'agir  suivant  qu'elles  quittent 
celle-ci  pour  aborder  celle-là,  ou  qu'elles  sont  bloquées  entre 
deux  autres,  ou  qu'elles  font  cortège  à  un  chef  qui  est  ou  n'est 
pas  de  leur  parti  ^  A  mesure  que  les  savants  se  faisaient  plus 
rares,  l'astrologie  grecque  s'imposait  moins  de  contrainte  :  elle 
délaissait  les  combinaisons  de  froid,  de  chaud,  de  sec  et  d'hu- 
mide pour  les  sentiments,  la  mécanique  pour  la  psychologie,  la 
science  qu'elle  prétendait  être  pour  la  religion  qu'elle  était  sous 
son  masque  d'emprunt. 


1.  Ptolémée  était,  à  coup  sûr,  de  ceux-là.  Ce  sont  des  spéculations  sur  la  théo- 
rie delà  connaissance  (TIspl  xoitt, ptou  xal  TjysfxovixoC)  qui  l'ont  amené 
à  étudier  les  rapports  de  l'homme  avec  le  monde,  et  des  élucubrations  d'une 
philosophie  assez  éclectique  sur  l'harmonie  ('Apjxovixd)  qui  l'ont  converti  à 
l'astrologie.  Voy.  Fr.  BoU,  Studien  ûber  Cl.  Ptolemiius  (ci-dessus,  p.  27,  3).  Le 
fond  de  ses  raisonnements  était  intelligible  même  pour  le  vulgaire  et  ne 
paraissait  pas  absurde.  On  peut  le  résumer  ainsi.  De  même  que  l'oreille  n'ac- 
cepte, en  musique,  que  certains  intervalles  entre  les  tons  et  certains  accords, 
rejetant  les  autres  dans  la  catégorie  des  bruits  inharmoniques,  sans  effet  sur 
l'âme  ;  de  même,  certaines  proportions  angulaires  entrent  seules  dans  l'har- 
monie du  monde  et  sont  seules  efficaces.  L'étalage  d'arithmétique  et  de  géo- 
métrie, de  chiffres  et  de  cordes,  achevait  d'étourdir  le  néophyte.  Du  reste,  la 
croyance  à  l'efficacité  de  l'aspect  quadrat  existe  encore  intacte  chez  ceux  qui 
attribuent  une  influence  spécifique  —  quoique  simplement  météorologique  — 
aux  quatre  phases  de  la  Lune.  Ils  ne  manquent  pas  de  raisons  physiques  à 
invoquer,  les  maxima  et  minima  d'attraction,  etc.  ;  mais  il  serait  beaucoup 
plus  raisonnable  encore  d'admettre  une  action  continue  de  notre  satellite,  et 
non  pas  des  espèces  de  déclanchements  atmosphériques,  espacés  de  phase  en 
phase. 

2.  Voy.  ci-après,  eh.  viii. 


INFLUENCES  SUCCESSIVES  ET  INFLUENCES  INSTANTANÉES    83 

Mécanique  ou  psychologie,  il   fallait  l'appliquer  à  son  objet 
propre  qui  est  la  divination  par  les  astres  ou  àTroxeXsajjiax'.x-/^.  L'ad- 
miration qu'a  inspirée  jadis  la  «  généthlialogie  »,  le  chef-d'œuvre 
de  l'astrologie  grecque,  a  fait  oublier  que  cette  méthode,  la  plus 
contraire  de  toutes  au  sens  commun,  n'a  pu  être  la  première 
application  des  principes.  On  n'a  trouvé  jusqu'ici  dans  les  anciens 
documents  chaldéens  aucune  trace   de   thèmes  généthliaques, 
mais  seulement  des  pronostics  visant  à  bref  délai  les  pays,  les 
peuples,  les  souverains  (ci-dessus, p.  45-49).  Il  est  probable  que 
les  astrologues,  partant  de  cette  donnée  et  considérant  que  la 
destinée  des  individus  dépend  dans  une  certaine  mesure   des 
influences  exercées  sur  leur  pays  ou  leur  nation,  ont  commencé 
par  répondre  à  des  clients  qui  leur  demandaient  si  le  moment 
était  ou  non  favorable  pour  telle  entreprise.  Ce  genre  de  calculs, 
connu  sous  le  nom  d'  «  Initiatives  »  (Kaiapyat)  ou  opportunités, 
a  été  l'occupation  normale  et  l'aliment  de  l'astrologie  populaire  *. 
Il  contient  en  germe  la  généthlialogie,  qui  en  est  sortie  et  qui  y 
est  rentrée    à   l'état  de   combinaison  hybride,  comme   nous  le 
verrons  en  temps  et  lieu.  Le  fait  de  naître  est,  en  effet,  un  acte 
dont  l'opportunité  dépend  aussi  de  l'état  du  ciel.  Mais  cet  acte 
initial  étant  la  condition  préalable  de  tous  les  autres  et  les  déter- 
minant d'avance,  dans  la  mesure  où  le  sexe,  la  vigueur  ou  la 
faiblesse  natives,  la  condition  sociale  ou  la  fortune  des  parents 
décident  de  l'avenir,  les  astrologues  furent  amenés  à  concentrer 
leur  attention  sur  le  moment  de  la  naissance  et  à  faire  aussi 
converger  sur  ce  moment  toutes  les  influences  susceptibles  d'être 
calculées.  Ainsi  se  forma,  à  grand  renfort  de  philosophie,  de 
recours  à  la  théorie  du  microcosme,  de  distinctions  subtiles  entre 
le  virtuel  et  l'actuel,  ce  qu'on  pourrait  appeler  le  dogme  fonda- 
mental non  pas  de  l'astrologie  en  général,  mais  de  la  méthode 
astrologique  appelée  généthlialogie. 

Il  fallait,  en  effet,  beaucoup  de  raisonnements  pour  contraindre 
le  bon  sens  récalcitrant  à  admettre  que  la  destinée  de  chaque 
individu  est  non  pas  seulement  influencée  par  l'état  du  ciel  au 


1.  C'est  surtout  le  système  des  xa-rao/aC  (ci-après  ch.  xiii-xiv)  qui  passait 
—  et  non  sans  raison,  cette  fois  —  pour  «  égyptien  ».  11  est  praticable  même 
sans  le  secours  de  l'astrologie,  et  Hérodote  (II,  82,  ci-dessus,  p.  62,  3)  assure 
qu'il  était  pratiqué  de  son  temps,  même  pour  les  naissances,  par  les  pi'êtres 
égyptiens.  En  Grèce,  la  généthlialogie  a  été  connue  avant  les  xarap^ai;  car 
c'est  d'elle  que  parlait  Théophraste  (ci-dessus,  p.  27,  2).  Elle  est,  du  reste,  la 
seule  méthode  qui  ait  intéressé  les  philosophes  :  l'autre  n'a  pris  de  valeur  à 
leurs  yeux  que  par  combinaison  avec  la  généthlialogie. 


84  CHAP.    III.    —    LES    DOGMES    ASTROLOGIQUES 

moment  de  la  naissance,  mais  absolument  prétîxée,  jusque  dans 
le  détail,  comme  la  cire  reçoit  l'empreinte  du  sceau,  ou  la  médaille, 
la  frappe  instantanée  du  coin.  L'astrologie  était  ici  divisée  contre 
elle-même,  la  généthlialogie  tendant  à  supprimer  le  système  des 
xaxap^/at,  qui  échelonnait  tout  le  long  de  l'existence  une  série 
continue  de  causes  correspondant  à  une  série  continue  d'effets. 
Aussi  le  dogme  généthlialogique  fut-il,  de  toutes  les  propositions 
avancées  par  les  théoriciens  de  l'astrologie,  la  plus  constamment 
attaquée  et  la  plus  mal  défendue.  Ses  partisans  l'auraient  aban- 
donné, de  guerre  lasse,  s'ils  avaient  trouvé  un  autre  moyen  de 
différencier  les  destinées  individuelles,  d'expliquer  comment, 
l'état  du  ciel  étant  à  chaque  instant  le  même  pour  tous  en  un 
même  lieu,  chacun  avait  une  part  différente  d'heur  et  de  malheur. 
Les  débats  engagés  sur  ce  sujet  nous  occuperont  assez  par  la 
suite  :  l'important,  pour  le  présent,  est  de  rechercher  comment 
le  dogme  en  question  a  pu  s'établir  et  de  quoi  il  est  fait. 
^  La  première  amorce  est  —  on  l'a  dit  plus  haut  —  l'importance 
majeure  de  la  naissance,  comme  début  et  orientation  de  la  vie. 
C'était  le  cas  ou  jamais  d'invoquer  l'adage  :  principiis  omen  inest. 
Une  autre  idée,  à  la  fois  religieuse,  philosophique  et  populaire, 
est  que  la  destinée  de  chacun  est  connue  d'avance  par  l'intelligence 
divine  et  existe  par  conséquent  à  l'état  de  conception,  de  plan, 
avant  d'être  réalisée.  La  divination  tout  entière  repose  sur  ce 
postulat,  et  tous  les  systèmes  de  prédestination  en  sont  sortis. 
Le  système  platonicien  du  xXf, poç  ou  lot  choisi  par  l'âme  avant 
son  incarnation,  souvent  invoqué  à  l'appui  du  dogme  généthlia- 
logique, a  sans  doute  autant  contribué  à  le  former  qu'il  a  servi 
plus  tard  à  le  défendre.  Allégé  du  libre  choix,  —  un  scrupule  de 
moraliste  dont  les  astrologues  n'ont  nul  souci,  —  le  xXfipoç  pla- 
tonicien représente  une  cédule  toute  faite,  assimilable  de  tout 
point  à  un  thème  de  géniture  *.  Bref,  quiconque  admettait  la 
prédestination  —  et  c'était  l'opinion  plus  ou  moins  réfléchie  de 
tout  le  monde  —  acceptait  le  fond  de  la  doctrine,  et  ceux  qui  ne 
tenaient  pas  à  en  avoir  une  explication  scientifique  n'avaient  plus 
d'objections  à  faire. 

En  revanche,  l'explication  scientifique  dut  être  assez  laborieuse  ; 
c'est  même  la  raison  pour  laquelle  les  astrologues  la  remplacent 
d'ordinaire  par  laflirmation  du  fait,  qu'ils  supposent  admis  et 


1.  On  verra  plus  loin  que,  pour  les  néo-platoniciens,  le  -ulr^poi  est,  en 
effet,  un  thème  de  géniture  montré  par  Dieu  aux  âmes  et  clioisi  par  elles,  une 
copie  anticipée  de  la  future  disposition  des  astres  au  moment  horoscopique. 


LE    DOGME    TtÉNÉTHLIALOGIQUE  85 

même  évident.  Ptolémée  lui-même  se  contente  de  dire  que  le 
mélange  ou  tempérament  qui  nous  constitue  est  pour  nous  le 
premier  principe,  et  que  ce  premier  principe  implique  sinon  tout 
le  détail,  au  moins  le  plan  général  de  l'existence.  11  compare 
l'action  des  astres  à  celle  de  Tarcher,  qui,  par  un  acte  instantané, 
produit  toutes  les  conséquences  du  choc  de  la  flèche  arrivée  au 
but  '.  Pour  lui,  comme  pour  tous  les  astrologues  après  lui,  la  vie 
est  un  mouvement  dont  la  direction,  la  force,  et  par  consé- 
quent la  durée,  abstraction  faite  des  résistances  rencontrées  sur 
le  parcours,  dépend  de  l'impulsion  initiale,  du  «  lancement  » 
(açsfftc).  Dans  les  questions  obscures,  les  comparaisons  deviennent 
des  raisons,  et  les  métaphores  valent  des  arguments.  Celle-ci 
tient  une  place  d'honneur  dans  la  logique  de  nos  praticiens.  Une 
autre,  déjà  indiquée,  celle  du  sceau,  fait  tout  le  fond  d'un  raison- 
nement que  Grégoire  de  Nysse  a  dû  emprunter,  pour  le  réfuter, 
à  quelque  dialecticien  subtil.  Ce  qui  constitue  la  personnalité, 
l'individu,  c'est  un  certain  ensemble  de  qualités,  ensemble  unique, 
distinct  de  tout  autre  et  toujours  semblable  à  lui-même.  Or, 
comme  les  astres  changent  perpétuellement  de  place,  ils  ne  peu- 
vent former  d'ensemble  unique  et  invariable  qu'en  un  moment 
indivisible.  Il  faut  donc  que  «  de  même  que,  dans  l'impression  du 
sceau,  la  figure  gravée  se  reproduit  sur  la  cire,  ainsi  la  vie  de 
l'homme  reçoive  l'impression  de  la  vertu  projetée  par  les  astres 
en  mouvement  au  point  où  elle  se  rencontre  avec  le  flux,  et  sui- 
vant la  nature  particulière  de  ce  point;  et  la  vie  devient  ce  que 
contenait  en  elle-même  la  portion  d'efïluve  qui  jaillissait  au 
moment  même  où  la  vie  commençait^  ».  Avec  ces  grands  mots 

1.  Nous  faisons  ici  un  peu  d'exégèse;  Ptolémée  n'est  pas  si  clair.  Comme  il 
veut  ménager  un  certain  jeu  aux  xaxap/ai  postérieures  à  la  naissance,  il 
emploie  des  formules  vaguement  prolixes.  L'homme,  dit-il,  a  un  et  plusieurs 
commencements  :  aîav  [ièv  t>,v  aùToû  toû  a'jyicptfjiaToç  àpyry,  TaûxT,v  yàp  ïyoïivj  ' 
TToXXà;  oè  xi?  xaxà  x6  £;f,;  xwv  itEp'.s/ôvxwv  -repôî  x-^,v  -rrpwxT.v  ipx.i'iV  £TtiTr,|xaa{aî 
au!J.6a'.voÛ!ja;,  -rrpo-r^YouixÉ vr,!;  jiévxo'.  xf,<:  [Jiîa;  ÈvOiSc  s'xôxuî,  èireiS-f.rîp 
ajx>i  xai  xi?  iXT^aç  w;  xô  û  1:0x2  { (lîv  ov  tSixw;  àroxsXsî  [Tetrab.,  III, 
Proœm.).  Il  entend  analyser  les  éléments  constitutifs  de  la  destinée,  et  non 
suivre  les  multiples  effets  de  la  synthèse,  wa-epàtpÉasiî  peXûv  xaxà  xè 
b'ko'sycpéi'zzpo'/  s'f  apjxôÇovxEî  •  xô  Se  xf,ç  ffuvxpâdewî  xf,?  èx  tîXeiôvwv  tpûaswv  itEpl 
x6  Ct:  oxs  ([xe  vov  eîooî  auvay6|i£vov  àiroxéXcaijia  xaxaXîicovxE;,  ûçTTEp 
EÙaxoyio   xoÇôxTi,  xit)  xoû  S'.auxsTrxojxsvou  >>OYia[ji(ï)  [Telrab., Ul,  1). 

2.  Kaeiirep  èv  èxixaycîto  a^paylôo;  xw  svxsOsvxi  xr.pw  xô  xaxà  x->,v  y'kw-i^/ 
eIûo;  TrepixuTïoûxat,  oOxo);  xal  xoû  àvOpwirou  xôv  jâiov  w  àv  lJuvsy£ybT^  {iopt'o)  xf,c 
diTtoppcoOjT,î  Suvâ[i£w;  èx  xf,?  xwv  dfuxpuv  xivTjJswî,  xaxà  x>,v  sxeivo'j  xoû  ixépou; 
tStôxT.xa  xuTtoûffôa;,  xaxEtvo  yivccrOai  OTrep  el^^sv  èv  éauxf,  xf.î  àTcoppoia?  f,  ixoTpa 
•?,  Iiza^cv  eù6ùî  xoû  ptou  àpyo[xévo!j  x.  x.  \.  (Greg.  Nyss.,  De  fato,  0pp., 


86  CHAP.    m.    —    LES    DOGMES    ASTROLOGIQUES 

et  le  grain  de  vérité  qui  assaisonne  toute  doctrine  affirmant  la 
fatalité  dans  la  naissance,  les  «  généthlialogues  »  se  tiraient 
d'affaire.  On  peut  même  dire  que,  sur  la  question  de  pure  théorie, 
leurs  adversaires  ont  évité  le  débat.  Ceux-ci  répétaient  constam- 
ment que  ni  la  conception,  ni  la  naissance  ne  sont  des  faits  instan- 
tanés, et  que,  s'ils  l'étaient,  les  astrologues  seraient  quand  même 
dans  l'impossibilité  de  saisir  au  vol  l'état  du  ciel  correspondant  : 
mais  ils  ont  laissé  de  côté  le  théorème  abstrait. 

Les  «  généthlialogues  »,  opérant  sur  une  vue  instantanée  du 
ciel,  étaient  obligés  d'  «  observer  l'heure  »  et  de  la  marquer  au 
cadran  de  leur  chronomètre  cosmique.  Ils  choisirent  comme  point 
de  repère  sur  ce  cadran  l'intersection  du  zodiaque  et  de  l'horizon 
du  côté  de  l'Orient.  Ce  fut  là  Vhoroscope  (côpocncÔTtoç).  L'horoscope, 
en  tant  que  point  de  départ  de  toutes  les  autres  divisions  du 
cercle  de  la  géniture,  acquiert,  de  ce  fait,  une  importance  ma- 
jeure ;  mais  l'astrologie  savante  ne  lui  accordait  pas  l'influence 
souveraine  que  lui  prêtait  l'opinion  vulgaire,  celle  qui  a  fait  du 
mot  «  horoscope  »  le  synonyme  de  «  thème  de  géniture  ».  S'il 
était  permis  d'introduire  une  conjecture  de  plus  dans  un  sujet 
qui  en  est  déjà  si  fort  encombré,  nous  supposerions  que  la  masse 
de  calculs  échafaudés  sur  le  thème  instantané  et  tenant  compte 
de  tous  les  astres  à  la  fois  a  remplacé  une  idée  beaucoup  plus 
simple,  religieuse  et  populaire,  à  savoir  que  l'enfant  qui  naît  a 
pour  patron,  pour  maître  de  sa  destinée,  l'astre  qui  naît  aussi, 
c'est-à-dire,  se  lève  au  même  instant.  Aux  mains  des  astrologues 
astronomes,  l'horoscope  devient  une  abstraction  mathématique, 
le  «  degré  indiquant  l'heure  »  ([xoTpa  wpoaxoTrouiTa).  En  tout  cas,  si 
l'horoscope  est  la  pièce  la  plus  connue  des  constructions  astrolo- 
giques, il  ne  faut  pas  oublier  qu'il  appartient  à  une  méthode  spé- 
ciale, qui  n'est  pas  l'astrologie  tout  entière  et  sans  laquelle  l'astro- 
logie eût  pu  encore  satisfaire  la  majeure  partie  de  sa  clientèle. 

t.  II,  p.  154  Migne).  Grégoire  de  Nysse  ne  réfute  que  rargument  qu'il  expose  ; 
il  ne  tient  qu'à  enlever  aux  astres,  pour  la  restituer  à  Dieu,  la  Sûvajitî  tzo  i-i\- 
TtxTi  qui  leur  est  attribuée  ici.  Les  astres,  dit-il,  ne  produisent  leurs  etl'ets 
que  par  le  mouvement  (c'est  une  thèse  aristotélique  indifférente  aux  astrolo- 
gues) :  donc,  s'ils  étaient  immobiles,  il  n'y  aurait  pas  de  prédestination  (oùx 
(Sv  fi  £t[j.ap[Aév7i  aujxair,).  Or,  ils  ne  se  meuvent  pas  par  eux-mêmes  (autre  pos- 
tulat nié  à  Tenvi  par  les  hylozoïstes  et  par  les  partisans  des  astres  vivants, 
dieux,  etc.)  :  donc,  la  prédestination  est  opérée  non  par  les  astres,  mais  par 
Dieu  qui  les  meut.  Cela  s'appelle  abonder  dans  le  sens  de  ses  adversaires  ; 
car,  dans  la  pensée  divine,  il  ne  peut  y  avoir  de  succession  :  tout  est  voulu 
ensemble,  et  c'est  une  frappe  qui,  pour  être  éternelle,  est  aussi  instantanée 
que  l'autre. 


KÉSLMÉ  87 

En  résumé,  les  dogmes  principaux  de  l'astrologie  se  ramènent 
aux  propositions  suivantes  : 

En  vertu  de  la  sympathie  ou  solidarité  universelle,  les  astres 
exercent  sur  la  terre  —  et  spécialement  sur  Fhomme,  qui  a  des 
affinités  avec  le  monde  entier  —  une  action  en  harmonie  avec 
leur  nature,  en  proportion  avec  leur  puissance. 

Cette  action  s'exerce  par  des  courants  de  forces  ou  effluves 
rectilignes  et  tend  à  assimiler  le  patient  à  l'agent,  le  point  d'ar- 
rivée au  point  de  départ. 

Elle  dépend  de  la  position  des  astres,  soit  par  rapport  à  la 
Terre,  soit  par  rapport  aux  autres  astres  :  de  telle  sorte  qu'elle 
est  nécessairement  complexe,  modifiée,  comme  quantité  et  qua- 
lité, par  les  influences  concourantes,  et  peut  même  être  inter- 
vertie. 

L'action  combinée  des  astres  produit  à  tout  moment  des  oppor- 
tunités diverses,  qui  peuvent  être  utilisées  au  fur  et  à  mesure 
qu'elles  se  présentent  (système  des  y.a.za.pi'xl). 

Elle  s'exerce  au  moment  de  la  naissance  avec  une  intensité 
telle  qu'elle  fixe  irrévocablement  la  destinée,  désormais  indépen- 
dante, ou  à  peu  près  indépendante,  des  opportunités  ultérieures 
(système  généthlialogique). 

Ces  principes  suffisent  pour  rendre  intelligibles  les  conséquences 
qui  en  découlent  et  les  procédés  qui  en  sont  l'application. 


CHAPITRE  IV 


LES  PLANETES  ET  LES  TYPES  PLANETAIRES 


Il  est  évident  que  le  soleil  et  la  lune  ont  attiré  l'attention  et  les 
hommages  des  anciens  peuples  avant  les  minuscules  flambeaux 
parmi  lesquels  des  observateurs  plus  attentifs  distinguèrent 
ensuite  les  étoiles  fixes  et  les  planètes,  celles-ci  animées  d'un 
mouvement  propre  à  contre-sens  du  mouvement  diurne.  Les 
étoiles  fixes,  à  cause  de  leur  fixité  même,  de  leur  moindre  éclat 
et  de  leur  distance  supposée  plus  grande,  n'ont  pu  prendre  en 
astrologie  une  importance  comparable  à  celle  des  planètes  faites 
exprès,  au  dire  des  philosophes,  pour  brasser  la  matière  et  y 
semer  la  vie  *.  L'astrologie  grecque  prit  même  l'habitude  d'éli- 
miner de  ses  calculs  l'influence  des  constellations  autres  que  celles 
du  Zodiaque,  c'est-à-dire  de  celles  qui  ne  se  trouvaient  pas  sur 
la  route  des  planètes  et  ne  tiraient  pas  de  leurs  rapports  avec 
celles-ci  une  vertu  particulière  ^.  Les  planètes,  au  contraire, 
prirent  rang  immédiatement  après  les  deux  «  luminaires  »  (cpwxa- 
(etoaryîpsi;),  qui  OU  sont  Compris  dans  le  nombre  traditionnel  des 
(sept)  planètes  ou  n'en  sont  distingués  que  comme  les  chefs  le 
sont  de  leurs  subordonnés  ^. 

1.  La  mythologie  fournissait,  pour  disqualifier  les  étoiles  fixes,  un  argu- 
ment admirable,  aperçu  par  Varron  :  Quod  Caelum  'patrem  Satwnus  castrasse 
in  fabulis  dicitur,  hoc  significat  pênes  Satiirnum,  non  pênes  Caelum  semen 
esse  divinum  (August.,  Civ.  Dei,  VII,  19).  L'époque  cosmogonique  une  fois 
passée,  finis  factus  est  procedendi  de  caelo  semina  (Macr.,  Sat.,  I,  8,  8). 

2.  Élimination  incomplète;  voy.  ci-après,  p.  125. 

3.  Les  planètes  (T:XavT,Tat  ou  à'KT^-zai  [àaTeps?]  —  erraticae  ou  erronés  [slel- 
/ae],ou  simplement  àaTépe;  —  stellae,  par  opposition  à  âsTp  a  —  astra,  sidéra 
=  constellations,  cette  dernière  distinction  souvent  affirmée,  souvent  négligée 
par  les  auteurs  (cf.  Diels,  Doxogr.,  p.  466.  Macrob.,  S.  Scip.,  I,  14,  21,  etc.), 
les  planètes,  disons-nous,  étaient  proprement  les  astres  à  marche  irrégulière, 
c'est-à-dire  ceux  qui  avancent  et  rétrogradent  (Hygin.,  P.  A.,  IV,  14)  ;  à  quoi 
Cicéron  objecte  que  ces  irrégularités  sont  régulières  {stellae  quae  falso  vocan- 


LE    SOLEIL  89 

Essayons  de  préciser,  en  énumérant  les  planètes,  les  types  psy- 
chiques ou  les  forces  physiques  que  l'imagination  grecque  y  a 
fixées. 


§  I.  —  Mythologie  et  physique  planétaires. 

O.  Le  Soleil  ("HX'.o;  -  Sol).  —  Il  est  inutile  d'insister  sur  la  pri- 
mauté que  les  religions  fondées  sur  le  culte  de  la  Nature,  les 
poètes  et  les  philosophes  panthéistes  ont  reconnue  au  Soleil  *. 
Nous  ferons  seulement  remarquer  que  cette  primauté  n'apparaît 
plus  aussi  évidente  dans  les  religions  adultes,  façonnées  par  des 
théologiens  qui  ont  peu  à  peu  superposé  à  sa  souveraineté  maté- 
rielle des  concepts  abstraits,  des  volontés  dirigeantes.  On  nous  dit 
même  qu'en  Chaldée,  sans  doute  au  point  de  vue  de  l'utilité 
astrologique,  le  dieu  solaire  Samas  passait  après  le  dieu  lunaire 
Sin  (ci-dessus,  p.  44).  En  Grèce,  où  le  sens  commun  avait  décidé, 
le  rapport  de  préséance  entre  les  deux  «  luminaires  »  n'avait  pas 
été  interverti  de  cette  façon  ;  mais  le  Soleil  était  presque  expulsé 
de  la  religion  au  profit  du  type  rival  et  plus  complètement  huma- 
nisé d'Apollon.  Le  vieux  Titan,  fils  d'Hypérion  ou  Hypérion  lui- 
même,  avait  été  remplacé  par  un  Olympien,  un  prophète  illumi- 
nant les  intelligences.  Au  moment  où  l'astrologie  se  greffa  sur  la 
mythologie  grecque,  Hélios  ne  possédait  plus  guère  en  terre 
hellénique  qu'un  fief  incontesté,  l'île  de  Rhodes. 

Les  astrologues  évitèrent  de  soulever  des  difficultés  et  d'éveil- 
ler des  scrupules  ^  :  ils  conservèrent  au  Soleil  son  nom,  laissant 
chacun  libre  de  lui  attribuer  telle  épithète  et  telle  personnalité 

lur  errantes,  Cic,  N.  D.,  II,  20).  Ptolémée  ne  parle  jamais  que  de  cinq  pla- 
nètes, sauf  dans  le  dernier  chapitre  de  sa  Tétrabible,  chapitre  qui  n'est  peut- 
être  pas  de  lui.  De  même,  Manéthon.  Le  Soleil  et  la  Lune  sont  des  œwxa  (cf. 
Virg.,  Georg.,  I,  li,  où  œûxa  est  traduit  par  clarissima  mundi  \  Lumina).  Mais  ce 
scrupule  ne  prévalut  pas  contre  l'habitude  du  nombre  septénaire. 

1.  Voy.,  entre  autres  textes,  la  définition  du  Soleil  par  le  platonicien  et  chré- 
tien auteur  de  YUermippus  (I,  1G,  pp.  24-25  KroU).  Le  Soleil  est  -fiYetAwv  xoû 
ortiix-navTOî  xojixoO  xaî  iravtwv  YEvvr,T'.xô;  — T,v{oyo;  toû  xotixoO  —  Tpoœoî  ravuèç 
vivoy;,  etc.  L'auteur  le  met  seul  à  part  des  «  six  planètes  environnantes  » 
(I,  17).  Les  autres  associent  généralement  au  Roi-Soleil  la  Reine-Lune 
(cf.  Porphyr.,  Isagor/.,  pp.  181-182).  Le  Soleil,  générateur  universel  Stà  aT,t^£w; 
(Steph.  Alex-,  p.  19  Uscner),  c'est-à-dire  avec  le  concours  de  la  Lune,  qui 
produit  la  pourriture  (ci-après,  p.  92,  2). 

2.  Des  scrupules  dans  le  genre  de  ceux  que  saint  Augustin  cherche  à  éveil- 
ler (ci-dessus,  p.  68,  1)  en  demandant  pourquoi  Jupiter  n'est  pas  au  premier 
rang,  pourquoi  Saturne  est  au-dessus  de  lui,  etc.  Les  stoïciens  ayant  identifié 


90   CHAP.  IV.  —  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

mythique  qu'il  lui  conviendrait.  Ptolémée,  qui  a  la  prétentiofl  de 
dégager  l'astrologie  de  toute  solidarité  avec  les  religions,  n'em- 
ploie, pour  caractériser  les  types  planétaires,  que  des  expressions 
scientifiques.  Les  quatre  principes  d'Âristote,  le  chaud,  le  froid, 
le  sec  et  l'humide,  lui  suffisent  pour  les  définir  et  les  diversifier. 
Le  Soleil  est  pour  lui  une  masse  de  chaleur,  la  plus  grande  qui 
soit  dans  la  nature,  associée  à  une  légère  dose  de  sécheresse  % 
dose  insufTisante  pour  que  le  Soleil  soit  un  feu  et  produise  les 
effets  destructeurs  de  l'élément  igné. 

C-  La  Lune  (SeXt^vy)  -Luna).  —  On  peut  dire  sans  exagération 
qu'il  a  existé  de  tout  temps  et  qu'il  existe  encore  une  espèce  d'as- 
trologie naturelle,  c'est-à-dire  créée  spontanément  par  l'opinion 
commune,  une  astrologie  indépendante  de  celle  des  Chaldéens, 
Égyptiens,  Hellènes,  et  dont  la  Lune  est  l'objet,  le  sujet,  le  centre 
le  moteur  ^.  Il  n'est  pas  de  corps  céleste  sur  lequel  se  soit  autant 


Apollon  avec  le  soleil,  Apollon  devenait  supérieur  à  Jupiter-planète.  Les 
auteurs  de  poèmes  astrologiques  disposent  de  tous  les  synonymes  qui  faci- 
litent la  versification,  Titan,  Hyperion,  Phoebus,  etc.  ;  ils  emploient  même  l'épi- 
thète  'f  asOtov,  qui  peut  causer  des  méprises,  étant  le  nom  de  la  planète  Jupi- 
ter. Les  stoïciens  pratiquaient  largement  le  syncrétisme  :  Stoici  —  eumdem 
Solem,  eumdem  Liberum,  eumdem  A-pollinem  vocant.  Item  Lunam  eamdem  Dia- 
nam,  eamdem  Cererem  (?),  eamdem  Proserpinam  dicunt  (Serv.,  Georg.,  I,  5).  Ils 
pouvaient  ainsi  loger  tous  les  dieux,  même  sans  avoir  recours  aux  constella- 
tions. Du  reste,  le  xôaaoî  se  prêtait  à  tout  :  rien  de  plus  facile,  en  ajoutant 
aux  huit  sphères  (dans  le  monde  sublunaire)  la  distinction  des  quatre  éléments, 
de  faire  un  xôajjLo;  dodécasphère,  autant  de  domaines  pour  les  douze  grands 
dieux  (cf.  Proclus  in  Anal.^  V,  2,  p.  169  Pitra).  Quant  à  la  question  de  savoir 
si  les  planètes  (et  même  les  étoiles)  avaient  une  lumière  propre  ou  la  rece- 
vaient du  soleil  (cf.  H.  Diels,  Doxogr.  graeci,  p.  346),  elle  ne  fut  jamais  nette- 
ment résolue,  sauf  pour  la  Lune,  simple  miroir  ou  corps  imprégné  de  la 
lumière  solaire.  Pour  les  planètes,  l'autorité  de  Ptolémée,  appuyée  sur  celle 
dAristote,  ne  suffit  pas  à  fixer  l'opinion.  On  rencontre  encore,  sur  le  tard,  les 
deux  affirmations  contraires  :  omnibus  stellis  Sol  dat  lumen  et  calorem  (Prob. 
ad  Virg.,  Georg.^  I,  336),  et  Et  proprium  cunctis  jubar  est  nec  sole  rubescunt 
(Sisebut.  in  Poet.  min.,  V,  p.  360  Baehrens),  la  Lune  exceptée. 

1.  'G  -^iXioî  •f.a.'zti'kr^■K'Z7.'.  xb  7cot?ixix6v  l/tov  Tf,v  oùffîaç  sv  tw  OepjiafvE  iv  xal 
f.péfia  |-r;patv£iv.  Ptolémée  se  contente  d'invoquer,  comme  preuve,  l'expé- 
rience, le  sens  commun.  Taûira  Se  [jiâXtiTTa  xwv  àXktù^  -fijAw  sôaUTÔïiTÔTspat  yCvETai 
8iâ  T£  TÔ  [xsyeBoi;  aÙToG,  vcai  tô  tûv  xaxà  Ta;  wpaç  [leTaêoXûv  h(xpyé^{Tetrab.,  I,  4). 
En  physique,  Ptolémée  applique  les  théories  d'Aristote  (ci-dessus,  p.  25 
et  27,  1),  avec  une  tendance  plus  marquée  à  considérer  le  froid  et  le  sec, 
non  plus  seulement  comme  des  antithèses,  mais  comme  des  négations  du 
chaud  et  de  Vhumide. 

2.  Tous  les  hommes,  dit  le  scoliaste  anonyme  (p.  79),  connaissent  l'action 
du  soleil  et  de  la  lune  :  celle  des  planètes  n'est  appréciable  qu'aux  savants 
—  01  TsyvÏTai  }jiôvov  cuvtâai  xal  êTtiaxTjfjiovc;. 


LA    LUNE  91 

exercée  rimagination  des  ignorants  —  et  même  des  savants  — 
surexcitée  par  les  continuelles  métamorphoses  de  notre  satellite. 
Toute  la  vie  terrestre,  végétale  et  animale,  les  mouvements  des 
eaux  et  de  Fatmosphère,  la  formation  même  de  certaines  sub- 
stances minérales,  comme  le  sel  «  ammoniaque  *  »,  tout,  aux  yeux 
des  anciens,  était  comme  suspendu  aux  phases  de  la  Lune  et 
suivait  le  rythme  de  sa  marche.  On  ferait  un  livre,  et  un  gros 
livre,  avec  les  traditions  cosmopolites  concernant  la  Lune,  même 
sans  y  comprendre  les  personnifications  mythologiques,  les  invo- 
cations des  poètes  ou  les  fantaisies  des  gens  qui  s'amusaient  à  dis- 
serter sur  la  figure  et  les  mœurs  des  Sélénites.  Quelques  faits, 
réels  ou  probables,  disséminés  dans  cet  agrégat  de  superstitions, 
servaient  à  accréditer  le  reste  ^ 

La  Lune  est  aussi  le  protagoniste  de  l'astrologie  même  savante\ 
Pour  des  raisons  mythologiques,  qu'ils  n'avouaient  pas,  et  des 
raisons  dites  scientifiques,  les  unes  empruntées  à  la  gynécologie 
(menstruation),  les  autres  à  la  physique  générale,  les  astrologues 
grecs  abandonnèrent  le  type  chaldéen  et  masculin  de  l'astre  pour 
la  conception  grecque,  qui  faisait  de  Séléné  ou  Mené  la  sœur  ou 
la  fille  d'Hélios.  C'était  une  opinion  commune  chez  tous  les 
«  physiciens  »  que  l'énergie  masculine  était  analogue  à,  celle  de 
la  chaleur,   tandis  que  la  fonction  féminine  avait  des  affinités 

1.  Plin.,  XXXI,  §  78.  Cf.  les  CTU[xcpe(vovxôî  xat  auvayçoûvxsî  XiOo-.  tivs?  (Anon., 
In  Tetrab.,  pp.  2-3),  superstition  très  répandue  autrefois,  et  la  pierre  dite  glos- 
sopetra,  selenomantiae  necessaria,.  qui  tombait  du  ciel  lors  des  éclipses  de 
lune  (Plin.,  XXXVII,  §164). 

2.  Un  Index  de  Pline  au  mot  Luna  fournit  déjà  un  aperçu  du  sujet.  L'opus- 
cule de  Plutarque  De  facie  in  orbe  lunae  résume  les  opinions  philosophiques, 
résumé  à  compléter  à  l'aide  de  l'Index  de  Diels,  Doxogr.  graeci,  au  mot  2ïXt,vt|. 
Au  point  de  vue  astrologique,  cf.  Ptolem.,  Tetrab.,  I,  3;  Firmic,  IV,  1  à  16; 
Anon.,  Hermipp.,  II,  8-10,  etc.  Pascal  parle  encore  «  de  la  commune  erreur 
qui  est  parmi  le  monde,  que  la  Lune  est  cause  de  tout  »  {Pensées,  VI,  17  et 
17  bis  Havet).  Il  y  aurait  un  chapitre  à  consacrer  à  l'explication  populaire  et 
poétique  des  éclipses,  attribuées  aux  charmes  magiques,  lesquels  font  descen- 
dre la  lune  du  ciel  en  terre,  où  les  magiciens  l'exploitent  et  la  métamorpho- 
sent de  toutes  façons  {-oXkol  aèv  XÉyouai  Ti,v  ct£Xt,vt,v  xaxÉpysaOai  xal  stç  Çwov 
IxE-caSâX^e  j6at.  Euseb.  Alex.,  p.  19  Thilo).  L'astrologie  paraît  presque  rai- 
sonnable il  côté  de  ces  extravagances. 

3.  Etenim  cum,  ut  ipsi  dicunt,  ortus  nascentiiim  luna  moderelur,  eaque 
animadvertant  et  notent  sidéra  natalicia  Chaldaei  quaecumque  lunae  juncta 
videantur,  etc.  (Cic.  Divin.,  II,  43,  §  91.  Cf.  Nat.  Deor.,  II,  46,  §  119).  Les  sym- 
bolistes invoquent  surtout  la  «  sympathie  »  qu'il  y  a  entre  les  êtres  vivant 
sur  terre  et  la  Lune,  celle-ci  étant  malade  et  mourant  comme  eux,  par 
décroissance  et  éclipse  (Anon.,  Hermipp.,  II,  10).  Cf.  Plin.,  II,  §55.  La  lune  est 
comme  la  femme,  «  l'éternelle  malade  »  de  Michelet. 


92   CHAP.  IV.  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

étroites  avec  le  principe  humide  *.  Il  ne  restait  pins  qu  à  démon- 
trer la  nature  humide  de  la  Lune,  et  les  arguments  se  présentaient 
en  foule.  La  fraîcheur  humide  des  nuits  ;  l'action  de  la  Lune  sur 
les  eaux  non  seulement  de  la  mer,  mais  des  fleuves,  qui,  au  dire 
de  Ptolémée,  croissent  et  décroissent  avec  la  Lune;  enfin,  la 
pourriture  humide  engendrée,  croyait-on,  par  l'influence  de  la 
Lune,  surtout  à  son  décours  ^  étaient  des  preuves  d'autant  plus 
fortes  qu'on  ne  songeait  pas  à  les  discuter. 

Néanmoins,  la  Lune  ne  représente  pas  le  féminin  en  soi.  Dans 
le  symbolisme  hellénique,  les  divinités  lunaires  ont  bien  le  sexe 
féminin,  mais  stérilisé  par  la  virginité,  une  virginité  même  un 
peu  farouche  et  qui  comporte  des  goûts  presque  virils.  La  femme 
ne  s'achève  que  dans  la  mère,  et  la  Mère  par  excellence,  ce  n'est 
pas  la  Lune,  mais  la  Terre.  La  Lune  est  encore  pour  Platon  un 
androgyne,  qui  «  participe  de  la  terre  et  du  soleil  "  ».  Ptolémée 
ne  fait  guère  que  transposer  ces  idées  quand  il  dit  que  la  Lune 
tire  son  humidité  de  la  Terre  et  reçoit  du  Soleil  une  parcelle  de 
vertu  calorifique  *.  Seulement^_le_sexe  astrologique  de  la  Lune 
njest  plus^décis  :  elle  est(à,  la  tête,Mes  planètes  féminines. 

1.  11  n'y  a  qu'une  voix  discordante,  celle  de  Parménide,  qui  se  fondait  sur 
la  menstruation  pour  prétendre  que  les  femmes,  ayant  plus  de  sang,  avaient 
plus  de  chaleur  que  les  hommes.  Aussi  supposait-il  que,  à  l'origine,  le  sexe 
masculin  s'était  formé  dans  le  Nord,  le  féminin  dans  le  Midi  (Aristot.,  Part, 
anim.,  II,  2.  Plut.,  Plac.  Phil.,  V,  7,  2,  etc.).  Le  caractère  masculin  du  feu, 
l'assimilation  du  sperme  à  une  étincelle  (cf.  la  conception  de  Cœculus  par 
une  desiliens  scintilla  [Serv.  Aen.,  VII,  678]),  de  la  vie  à  une  flamme,  etc., 
sont  des  lieux  communs  aussi  littéraires  et  philosophiques  qu'astrologiques. 
En  astrologie,  les  deux  «  luminaires  »  sont  le  Père  et  la  Mère  universels. 

2.  Ptol.,  Tetrab.,  I,  4  (xà  aa>ij:axa  Trciratvouaa  xal  ôiaffÛTîouua  xà  T.'ksZsxT.).  Cf. 
Macrob.,  Sat.,  VII,  16,  13-34.  Les  astrologues  ont  pris  le  contre-pied  de  l'opi- 
nion actuelle,  d'après  laquelle  la  Lune  est  un  astre  privé  d'eau. 

3.  Ci-dessus,  p.  25,  2.  Le  musicien  pythagorisant  Aristides  Quintilianus  trouve 
en  efl'et  la  <<  voix  »  de  la  lune  «  un  peu  masculinisée  »  (OriXuv  —  êxl  [iixpôv 
T|pp£vw[xévov,  p.  147  Meibom.).  —  Ai]in]xri(>  — x6  ixTixpoî  xal  yf,î  ovopia 
auvGsîffi  •  où  yàp  •{r\  yuvatxa,  w?  slirs  nXâxiov,  àX/\k  yuvT\  yrjv  [ispLÎiXTixat  (Philo, 
De  opif.  mundi,  §  45). 

4.  Ptol.,  Tetrab.,  I,  4.  Les  astrologues  raffinaient  là-dessus,  disant  que  les 
quatre  phases  de  la  lune  correspondent  exactement  aux  phases  solaires  ou 
saisons  et  font  prédominer  tour  à  tour  l'humide  (printemps),  le  chaud  (été), 
le  sec  (automne)  et  le  froid  (hiver).  On  distinguait  aussi  huit  phases,  c'est-à- 
dire  six  en  dehors  des  syzygies  (Porphyr.,  JsaQ.,  pp.  181-182;  Proclus  in  Anal., 
V,  2,  p.  168  Pitra.  Cf.  Macr.,  S.  Scip.,  1,  6,  55).  Quant  à  l'action  fécondante 
de  la  lune,  qui  répand  sur  la  terre  les  germes  solaires,  etc.  (cf.  Plut.,  De  Is. 
et  Osir.,  43),  les  astrologues  n'avaient  que  l'embarras  du  choix  entre  les 
théories  philosophiques.  On  trouve  même  des  syncrétistes  à  outrance,  qui  Vé- 
nèrent esse  etiam  Lunam  volunt  (August.,  Civ.  Dei,  VII,  15.  Cf.  Macr.,  III,  8,  3). 


LA    PLANÈTE    SATURNE  93 

Après  les  «  luminaires  »  viennent  les  planètes  proprement  dites, 
que  nous  allons  énumérer  par  ordre _de  digoité,  c'est-à-dire 
suivanria.hiéraiic£la-inylhoiojgique,  misp.  d'arcnrd  avec  les  dis- 
tan  cea^_ 

}).  Saturne  (*a(vwv  -  Kpôvo;  -  Saturnus).  —  Ptolémée  se  contente 
tout  d'abord  de  noter  les  deux  caractères  principaux  de  cette 
planète  en  disant  qu'elle  est  frojde  et  sèche  :  froide,  parce  qu'elle 
est  éloignée  du  Soleil,  sèche  parce  qu'elle  est  encore  plus  loin  de, 
la  Terre  *.  Il  s'imagine  évidemment  que  le  rôle  astrologique  de  la 
planète  peut  s'expliquer  par  le  sec  et  le  froid,  et  il  affecte  de 
n'avoir  nul  besoin  de  la  mythologie  pour  rendre  raison  de  ce  sec 
et  de  ce  froid.  Laissons  ce  savant  honteux  à  sa  prétendue  phy- 
sique et  allons  à  la  recherche  des  raisons  véritables. 

L'éclat  un  peu  livide  et  la  marche  lente  de  Saturne  sont  les 
données  premières  sur  lesquelles  a  travaillé  l'imagination  des 
Chaldéens.  Les  Grecs,  on  l'a  dit  plus  haut,  n'ont  fait  que  substi- 
tuer Kronos  à  Ninib.  Peut-être  les  Chaldéens  se  représentaient-ils 
Saturne  comme  un  soleil  vieilli,  refroidi,  ralenti  ^  Dès  lors,  le 

^. 

1.  '0  8è  xoû  Kpôvou  àiTT.p  ■z'Kéow  î/z'.  xf,î  ro'.ù-cT|TOî  èv  -ci  i|i'j/£'.v  xai  f.pépia 
ÇT,pa[vEt/,  S'.à  tô  -TîXetaTov,  (b<;  lotxev,  J![xa  tt,;  te  toû  r^io'j  6cp[i.aaiaî  xal  ttiî 
Twv  TTôpl  rf,v  yf,v  Gypôiv  <iva6u[itâ5£toî  içEUTàvai  {Telrab.,  T,  4.  Anon.,  p.  143).  De 
même  lo.  Lyd.,  Mens.,  II,  H  :  >\iûy^o^-zi  dfxpw?  xal  irpoasywî  ?T|p  aivo  vu  t. 

2.  Il  y  a  là  une  question  posée  par  le  texte  de  Diodore  disant  que  les  noms 
des  autres  planètes  sont  les  mêmes  en  Chaldée  et  en  Grèce,  sauf  celui  de 
Saturne,  qui  est  appelé  Ilélios  par  les  Chaldéens  :  ISia  Se  xôv  ûttô  twv  'EXX^- 
v(i)v  Kpôvov  ôvojia^ôuisvov,  STtffaviaTaTov  5à  xal  irT^EÎaTa  xxl  ixiyKJTa  irpoaT.jxat- 
vovTa,  xaXoOatvTiXtou  (Diod.,  II,  30,  3).  R.  Brown  {Proceedings,  XIII,  p.  248) 
assure  qu'en  etiet  les  Chaldéens  appelaient  Saturne  «  le  vieux  Bélier  l'An- 
cien »,  c'est-à-dire,  le  vieux  Soleil.  L'expression  ■i\'kiQu  iair^p  -  Stella  Solis, 
est  appliquée  à  Saturne  dans  la  Didascalie  de  Leptine  {Notices  et  Extraits, 
XVIII,  2,  p.  54),  VEpitome  d'Ératosthène,  Hygin  et  le  Scoliaste  de  Germa- 
nicus  (C.  Robert,  op.  cit.,  pp.  194-195),  trois  auteurs  qui  confondent,  il  est 
vrai,  Saturne  avec  Jupiter,  mais  dont  l'inadvertance  est  une  garantie  de  plus  ; 
enfin,  par  Simplicius  (ôv  "HXtov  iaxlpa  ol  iraXaiol  Trpoo-Tiyôpsuov.  ad  Aristot.,  De 
caelo,  p.  499).  Il  est  possible  que  Saturne  ait  eu,  aux  yeux  des  Chaldéens,  des 
affinités  avec  le  Soleil;  mais  il  se  peut  aussi,  comme  l'a  supposé  Wesseling, 
qu'il  y  ait  eu  là  une  simple  méprise,  des  Grecs  ayant  traduit  par  "HXioî  l'EI 
phénicien  (Bel  chaldéen),  assimilé  à  Saturne  :  ''IIXov,  t6v  xai  Kp  ôvov  (Euseb., 
Vraep.  Ev.,  I,  10,  16).  Apud  Assyrios  Bel  dicitur  quadam  ralione  et  Saturnus 
et  Sol  (Serv.,  Aen.,  1,  729)  —  Sti  «I>otvixsî  xal  Sûpoi  t6v  Kpovov  "HX  %<x\  Yi)\k 
xal  BwXaÔV  ôvojxiÇouTi  (Damasc.  ap.  Phot.,  cod.  242)  —  Kp(5vo;,  ôv  ol  *oî- 
vivtsî'IlX  TïpoaaYopEÛousi  (Sanchon.  ap.  Fr.  H.  Gr.,\\\,  p.  570).  —  Kronos,  nom 
arabe  du  Soleil,  "Àpat]/  Kpôvo;,  d'après  Nonnus  (XL,  393).  Le  nom  de  TtTotv,  qui 
lui  était  commun  avec  le  Soleil,  contribuait  aussi  à  maintenir  l'association 
d'idées.  Cf.  KpovâtAjjLwv,  nom  donné  par  l'astrologue  Paul  d'Alexandrie  à  son 


94   CHAP.  IV.  —  LES  PLANÈTES  ET  XES  TYPES  PLANÉTAIRES 

caractère  astrologique  de  l'astre  fut  celui  d'un  vieillard  priidept. 
grave,  un  peu  triste,  capablede  nuire  sans  être  foncièrement 
Thalveillant,  chez  qui  les  aptitudes  intellectuelles  prédominent 
*^ùf  les  facultés  physiques.  A  son  âge  s'attache^lïdée  de  primauté" 
et  aussi  celle  de  (gaternitéy  celle-ci  enfermant  déjà  des  éléments 
contradictoires,  attendu  que  la  paternité,  conçue  comme  effet  de 
la  puissance  génératrice,  s'accorde  mal  avec  la  vieillesse.  Et, 
d'autre  part,  l'idée  de  force  génératrice,  de  semence,  est  attachée 
aussi  au  type  de  Kronos  et  surtout  au  Saturnus  latin.  De  plus, 
comme  chaque  idée  fait  surgir  sa  limite,  Kronos  est  aussi  le  dieu 
destructeur  de  ses  propres  œuvres.  Un  jeu  de  mots  facile,  d'ori- 
gine orphique  ou  stoïcienne,  l'identifiait  avec  le  Temps  (Xpôvo;)  *; 
la  faux  avec  laquelle  il  avait  mutilé  son  père  Ouranos  lui  servait 
à  moissonner  tout  ce  qui  grandit  sur  terre.  De  là  une  série  d'as- 
sociations d'idées  incohérentes  et  divergentes,  dans  lesquelles  les 
astrologues  ont  choisi  à  leur  gré  de  quoi  composer  le  type  de 
l'astre  puissant  et  redouté,  celui  qui  trône  au  plus  haut  du  ciel  et 
pèse  irrésistiblement  sur  les  leviers  célestes. 
Sa  prééminence  ne  fait  pas  de  doute  ^.  Les  Grecs  l'ont  main- 


fils,  équation  symbolique  où  Ammon  (Bélier  solaire)  remplace  El.  Letronne 
{op.  cit.,  pp.  493-497)  ne  rejette  Topinion  de  Wesseling  que  parce  qu'il  est 
convaincu  que  les  renseignements  de  Diodore  viennent  de  l'antique  Chaidée. 

1.  Chrysippe,  virtuose  de  l'étymologie,  considérait  Kpôvoî  comme  èxxptxivcàv 
Toû  ^eû[x.aTOi;  ^ôov  (Phaedr.  Epie,  p.  17  Petersen).  Kpôvoç  =  Xoévoî  (Varr.  ap. 
Tert.,  Ad  Nat.,  II,  12.  Aug.,  C.  Dei,  VI,  8.  Macr.,  Sat.,  I,  8,  6-7.  Cf.  Lobeck, 
Af/laoph.,  p.  470).  Il  y  a  une  idée  analogue  dans  l'assimilation  alexandrine  de 
Saturne  avec  Némésis  :  xapà  5è  A'tyuxTtotî  NejxIjeioî  doxTip  (Ach.  Tat,  Tsag., 
17).  Némésis,  c'est  la  loi  de  nature,  la  «  répartition  »  (de  vl[iw)  qui  attribue  à 
chacun  son  dû,  c'est  la  destruction  qui  atteint  nécessairement  —  et  justement 
—  toute  œuvre  humaine.  Serait-ce  comme  Némésis  que  Saturne  est  en  astro- 
logie l'auteur  des  morts  violentes  (Ptolem.,  Telrab.,  IV,  8),  de  celles  précisé- 
ment qui  ne  sont  pas  l'œuvre  du  temps  ?  Némésis,  symbole  solaire  suivant 
Macrobe  {Sat.,  I,  22,  1),  ce  qui  vient  à  l'appui  du  caractère  solaire  attribué  à 
Saturne  (cf.  ci-dessus).  Ce  serait  perdre  son  temps  que  de  discuter  ces  identi- 
fications, si  tous  les  mythographes  étaient  de  la  force  de  ceux  qui  faisaient 
de  Saturne  un  fils  de  Pollux,  a  pollendo  (Fulgent.,  Myth.,  I,  2;  cf.  Pollucis 
proies  in  Poet.  lat.  min..,  V,  p.  350  Baehrens),  ou  d'"Ax[j.wv,  àirô  toû  oùpâvou 
iica[jLiTou  (Eustath.  ad  Homer.,  p.  1205  éd.  Basil.).  Ce  sont  des  étymologies 
dues  à  l'insipide  exégèse  des  Stoïciens  ("Axixwv  =  Oùpavôç,  dans  Cornutus,  ch.  i). 

2.  Cf.  Diodore,  II,  30, 3  (ci-dessus,  p.  93,  2)  :  Epigeni  —  videtur  plurium  habere, 
ad  omnes  sublimium  motus,  Stella  Saturni  (Sen.,  Q.  Nat.,  VII,  4)  —  seu  quod 
de  septem  sideribus  guis  res  mortales  reguntur,  altissimo  orbe  et  praecipua 
potentia  Stella  Saturni  feratur  (Tac,  Hist.,  V,  4).  Tlpwxa  [xèv  ouv  Tt-ràv  irav-co; 
Kpôvoî  aîôspoç  âpjrei  |  'Aux^ip  ôv  <ï»aivovTa  ôeol  [xspoTiéî  ts  viaXoOatv  (Maneth., 
IV,  14-15).  Saturne  est  le  np^sêu;  (Maneth.,  V,  249)  —  6ià  tô  TipoutpecfTivat 


LA    PLANÈTE    SATURNE  95 

tenue,  en  la  justifiant  par  une  raison  qui  aurait  pu  les  conduire 
à  une  conclusion  contraire;  car,  sll  est  au  ^^["5  haut  du  ciel,  il^ 
est  aussi  le  plus  loin  de  la  terre.  Mais  les  physiciens  et  les  niys- 
Uques  répétaient  à  l'envi,  les  uns,  que  les  éléments  les  plus  purs, 
les  plus  intellectuels,  montent  vers  les  sphères  supérieures,  les 
autres,  que  Tintelligence  et  la  dignité  des  astres  va  croissant  à 
mesure  qu'ils  s'approchent  de  la  sphère  des  fixes  et  du  séjour  de 
la  Divinité.  Saturne  devenait  ainsi  la  tète,  le  cerveau  du  monde 
planétaire*.  Aussi  est-iï  celui  qui  marche  le  plus  majestueuse- 
ment et  obéit  le  moins  à  l'élément  irrationnel,  cause  des  rétro- 
gradations. 

La  logique  des  physiciens  aurait  conduit  à  admettre  que  Sa- 
turne était  de  la  nature  du  feu,  l'élément  qui,  en  vertu  de  sa 
légèreté  spécifique,  occupe  la  partie  supérieure  du  monde.  Cela 
ne  faisait  pas  le  compte  des  astrologues,  qui  tenaient  pour  le 
vieillard  morose  et  froid.  On  a  vu  comme  Ptolémée,  qui  dérive 
du  Soleil  la  chaleur  et  la  lumière,  justifie  ce  froid.  Il  n'y  eut  pas 
de  contradiction  sur  ce  point  '\  On  n'en  saurait  dire  autant  de 
l'autre  qualité  qu'il  plaît  à  Ptolémée  de  joindre  à  celle-là,  à  savoir 
la  sécheresse.  Le  législateur  de  l'astrologie  grecque  n'y  avait  sans 
doute  pas  assez  réfléchi,  car  il  a  contre  lui  une  foule  d'analogies 
et  d'arrangements  plus  anciens  que  sa  doctrine  ;  ou  bien  il  a 
voulu  imposer  sa  théorie,  en  vertu  de  laquelle  la  Terre  est  la 

itotvTwv  %(xl  x6  TCpEdgÛTspov  (Anon.,  p.  98).  Pour  les  pythagorisants,  sa  pri- 
mauté vient  de  sa  qualité  de  «  septième  »,  de  son  rang  dans  la  sphère  et  dans 
la  semaine  (lo.  Lyd.,  Mens.,  11,  11). 

1.  Cf.  Hermipp.,  I,  13,  §  86-90,  et  ci-après  (ch.  x),  la  «  mélothésie  »  planétaire. 

2.  Le  plus  ancien  texte  sur  le  tempérament  physique  des  planètes  (d'après 
les  Stoïciens)  est  de  Cicèron  :  quorum  (stellarum)  tanttis  est  concentus  —  ut, 
cum  summa  Saturni  refriyeret,  média  Martis  incendat,  lus  interjecta  Jovis 
inlustret  et  temperet  infraque  Marlem  duae  Soli  oboediant,  ipse  Sol  mundum 
omnem  sua  luce  compleat  ab  eoque  Luna  inluminata  gravidilatea  et  partus 
adferat  maturitatesque  f/ignendi  (Cic,  Nat.  Deor.,  II,  46).  Vitruve  (IX,  1  [4]) 
explique  comme  quoi,  le  feu  montant  toujours,  Mars  doit  être  brûlé  par  les 
rayons  du  Soleil.  Saturne  est  très  froid,  parce  que  tangit  cungelatas  caeli 
regiones.  Jupiter,  entre  les  deux,  est  tempéré.  On  voit  que  ces  explications 
«  physiques  «  n'ont  pas  été  imaginées  par  Ptolémée.  Elles  ont  dû  être  systé- 
matisées par  Posidonius.  Cf.  Frigida  Saturni  sese  quo  slella  receptet  (Virg., 
Georg.,  I,  336).  —  Summa  si  frigida  cœlo  \  Stella  nocens  nigros  Saturni  accen- 
deret  ignés  (Lucan.,  Phars.,  I,  645).  —  Summa  est  Saturni,  quae  quia  propi'ior 
est  crystallo,  h.  e.  cœlo,  in  ea  déficit  calor  solis. —  Satis  cognitum  est  Saturni 
stellam  frigidam  esse,  et  ideo  apud  Judaeos  Saturni  die  frigidos  cibos  esse 
(Schol.  Virg.,  ibid.).  Saturne  est  pour  les  physiciens  la  plus  légère  des  pla- 
nètes :  leuitatis  argumentum  habet,  quod  super  cèleras  est  (Sen.,  Q.  Nat.,  VII, 
29),  plumbeus  pour  les  astrologues. 


96        CHAP.   IV.  —   LES    PLANÈTES    ET    LES    TYPES    PLANÉTAIRES 

source  unique  de  rhumidité,  comme  le  Soleil  Test  de  la  chaleur; 
auquel  cas,  il  a  échoué.  L'opinion  commune  voulait  que  Saturne 
fût  froid  et  humide.  Dans  le  Zodiaque,  Saturne  a  pour  domiciles 
le  Capricorne  et  le  Verseau,  signes  froids  et  humides  '.  Dans  les 
«  lieux  »  du  cercle  de  la  géniture,  il  est  logé  en  IMC,  au  plus  bas, 
au  lieu  qui  symbolise  souvent  les  eaux  ^.  Même  en  culmination 
supérieure,  il  est  le  patron  des  jardiniers  et  porteurs  d'eau  de 
toute  espèce  ^.  De  même  qu'il  provoque  des  pluies  en  traversant 
ses  domiciles,  de  même  il  excite  dans  le  corps  humain  des  mou- 
vements d'humeurs  froides,  flux  intestinaux,  pituites,  etc.  *.  Il 
en  fait  autant  dans  les  corps  célestes  qu'il  rencontre  :  on  croyait 
que  la  Lune,  en  le  quittant,  produisait  des  rhumatismes  et  hy- 
dropisies  ^.  Enfin,  les  théories  les  plus  opposées  sur  la  génération 
et  la  mort  s'accordaient  à  loger  l'humidité  dans  Saturne,  l'eau 
étant  le  principe  générateur  dans  la  physique  issue  de  Thaïes  et 
l'extincteur  du  feu  vital  dans  celle  des  partisans  d'Heraclite  ^ 


1.  Voy.  ci-après,  ch.  vu.  On  s'imaginait  que  ces  signes  étaient  pluvieux,  non 
parce  que  le  Soleil  y  est  en  hiver,  mais  à  cause  de  Saturne,  et  quand  Saturne 
y  était.  Comme  le  Soleil,  dit  Pline,  a  dans  Tannée  ses  étapes  de  température 
diverse,  de  même  les  planètes.  Igiliir  {sidéra)  in  suo  quaeque  motu  naturam 
suam  exercent,  quod  manifeslum  Saturni  maxime  transitus  imbrihus  faciunt 
(Plin.,  II,  §  106).  Summo  si  frigida  cœlo  |  Stella  nocens  nigros  Saturni  accen- 
deret  ignés,  \  Deucalioneos  fudisset  Aquarius  imbres  etc.  (Lucan.,  Phars.,  1, 
645  sqq.).  —Quod  Saturnus  humoris  tolius  et  frigoris  deus  sit  (Serv.,  Georg.,  I, 
12).  —  Saturnus  deus  pluviarum  est,  unde  etiarn  senex  fingitur;  nam  senes 
semper  novimus  esse  gelidos.  Hic  autem  in  Capricorno  facit  gravissimas  plu- 
vias,  praecipue  in  Italia.  —  Ut  in  Scorpione  grandines  :  item  in  alio  fulmina, 
in  alio  ventos  (Serv.,  Georg.,  1,  336).  Ptolémée  lui-même  s'oublie  jusqu'à  dire 
que  les  étoiles  qui  sont  dans  le  flot  épanché  de  l'urne  du  Verseau  ont  le  tem- 
pérament de  Saturne  {Tetrab.,  1,  9).  Il  y  a,  il  est  vrai,  un  moyen  d'associer 
le  sec  et  l'humide  par  la  gelée  :  torpere  videntur  \  Omnia  Saturno;  raros  ille 
exprimit  ignés  \  Et  siccas  Mêmes  adstrictis  perficit  undis  (German.,  Arat. 
Prognost.,  fr.  III,  24  sqq.)  Cf.  Pline,  II,  §  34  [Saturni  autem  sidus  gelidae  ac 
rigentis  esse  naturae).  L'urne  de  plomb  de  Saturne,  plena  undosae  hiemis 
atque  algidi  frigoris  necnon  etiam  pruinarum  (Martian.  Cap.,  I,  17).  En  un 
mot,  Saturne  répond  à  notre  «  bonhomme  Hiver  ». 

2.  La  culmination  inférieure  {IMC  =  imurn  mediimi  caelum)  est  parfois  vcal 
TcÀoLwv  xal  uSaTixwv  tôitwv  -itspixTT.T'.y.ôi;  (Paul.  Alex.,  fol.  M  4  v.);  Saturne 
à  l'horoscope  quibusdam  circa  aquam  dabit  actiis  (Firmic,  III,  2,  3  Kroll).  On 
voit  reparaître  dans  Saturne,  patron  des  jardiniers,  l'ancien  dieu  chthonien  et 
agricole. 

3.  Paul.  Alex.,  fol.  N  2  v.  Maneth.,  I,  83  sqq. 

4.  Voy.  ci-après,  ch.  xii. 

5.  Maneth.,  I,  153  sqq.  Firmic,  IV,  15,  2  Kroll. 

6.  C'était  l'opinion  des  Pératites,  astrologues  déguisés  en  chrétiens  :  Tô  Se 
îJSwp  iixl  ..  ô  Kpdvoç.  —  niffï)  yào  yeviast  Tipô;  ib  uTtoiiïTEÎv  x-(i  cp6opa  al'tioî  èœs- 


LA   PLANÈTE   JUPITER  97 

C'est  de  toutes  ces  idées  incohérentes  qu'est  fait  le  type  astro- 
logique de  Saturne  *,  dont  le  surnom  même  de  «  luisant  »  (*aîvwv) 
paraît  être  un  euphémisme. 

'^.  Jupiter  (*a£9wv  -  Zejç  -  Jupiter).  —  La  planète  brillante  qui 
porte  le  nom  de  Jupiter  a  reçu  des  astrologues  autant  d'éloges  — 
et  les  mêmes  —  que  le  bon  Zeus,«  père  des  dieux  et  des  hommes», 
de  la  part  des  dévots^Jupiter  est  l'ash-e  bjenveillant  et  bienfaisant 
parjiature,  en  quoi  il  se  distingue  avantageusement  du  Mardouk 
babylonien.  Si  son  influence  dominait  seule,  la  terre  serait  un 
paradis  :  FirTîïîcus  crmt  même  que  les  hommes  seraient  immor- 
tels ^  Ptolémée  traduit  ce  caractère  ps^hpjogique  en  langage  de 
physicien  :  il  fait  valoir  la  nature  essentiellement  tempérée  de  la 
planète,  qufést  à  la  fois  chaude  et  humide,  plus  chaude  qu'hu- 
mide, et  placée,  comme  une  juste  moyenne,  entre  les  glaces  de 
Saturne  et  les  feux  de  Mars^.  Il^ttribue  aussi  à  Jupiter  la  propriété 
'd'exciter  des  «  vents  féconds  ^  ».  D'où  viennent  ces  vapeurs  et 
soufflës~hùmîaës,'Fl61èmée  n'en  dit  rien  et  l'on  peut  croire  qu'il 
n'en  sait  rien.  C'est  peut-être  de  Mardouk  que  Jupiter  a  hérité  ces 
attributs.  Dans  la  quatrième  Table  de  la  cosmogonie  chaldéenne, 
on  lit  que  Mardouk,  allant  combattre  Tiamat,  déchaîna  un  oura- 
gan terrible,  «  les  quatre  vents,  les  sept  vents  qu'il  engendre  ». 
Plus  loin,  Mardouk  est  appelé  «  le  dieu  du  bon  vent*  ».  En  tant 
que  dieu  de  l'atmosphère,  des  pluies  et  orages,  le  Jupiter  gréco- 


ffXTjviev  h  Kpôvoi;,  xal  oùx  àv  yivoixo  ylveai;  êv  rj  Kpôvoî  oùx  IjxtcôSiÇe;  .  C'est  ce 
qu'avait  déjà  dit  Heraclite,  Xéywv  •  «  '^oyr^i:  yip  Giva-rov  -jSwp  ysvedôai  »  [Phi- 
losophum.,  V,  2,  16).  Cela  n'empêche  pas  que  l'eau  ne  nourrisse  aussi  le  feu  en 
se  subtilisant,  comme  le  feu  meurt  en  redevenant  eau. 

1.  C'est  dans  le  tempérament  des  individus  nés  sous  l'influence  spéciale 
d'une  planète  que  s'étudie  en  détail  le  caractère  de  la  planète.  Je  ne  veux  pas 
donner  ici  de  ces  portraits,  pour  ne  pas  anticiper,  et  aussi  parce  que  l'école 
de  Ptolémée  ne  les  construit  pas  en  bloc,  mais  étudie  à  part  le  tempérament 
physique,  les  facultés  psychiques,  les  aptitudes  et  professions,  etc.  (voy. 
ci-après,  ch.  xii). 

2.  Firraic,  II,  13,  6  KroU.  C'est  encore  une  divinité  solaire  :  en  Egypte, 
'OafpiSo;  iffT^p  (Ach.  Tat.,  Isag.,  17).  Les  astrologues  lui  attribuent  comme 
Ct^/wtia  le  Cancer,  comme  TaiîEtvwjjia  le  Capricorne,  c'est-à-dire  ce  qui  convien- 
drait exactement  au  Soleil  (voy.  ci-après,  ch.  vu).  » 

3.  Ali  5è  t6  aâXXov  slvai  62p[j.avxixô;,  'fO'A\>.iù^  Trvsujxâtwv  ytvsTat  Tzoi.t\xi%6i 
(Ptol.,  Tetrab.,  I,  4).  La  chaleur  était  censée  provoquer  par  réaction  les  vents 
du  nord,  les  étésiens,  qui  soufflaient  après  la  Canicule.  Au  temps  où  il  écrivait 
ses  4>â5Eiî  (ap.  Wachsmuth,  pp.  199-276  éd.  2'),  et  où  il  n'était  pas  encore 
astrologue,  Ptolémée  adjugeait  le  chaud  à  Vénus,  l'humide  à  Jupiter,  les 
vents  humides  à  Mercure  {ibid.,  p.  209),  11  a  modifié  ses  étiquettes. 

4.  Jensen,  Kosmologie,  pp.  283  et  295. 

7 


98   CHAP.  IV.  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

lalin  se  prêlait  à  l'assimilation  *.  Quant  aux  vents  «  féconds  », 
c'est  un  débris,  échoué  là,  d'une  superstition  autrefois  très 
répandue.  On  verra  plus  loin  que  les  astrologues  ont  attribué 
aux  trois  planètes  supérieures  et  à  Vénus  une  orientation  spé- 
ciale, correspondant  aux  quatre  points  cardinaux.  Le  Nord  était 
dévolu  à  Jupiter.  Or,  le  vent  du  nord,  le  Borée,  passait  pour  avoir 
une  vertu  génésique  telle  que  des  femelles  d'animaux  s'en  trou- 
vaient parfois  spontanément  imprégnées  ^ 

En  tout  cas,  Ptolémée  donne  à  Jupiter  l'épithète  qui  définit  le 
mieux  son  genre  d'influence  en  disant  que  celle-ci  est  «  tempérée  » 
(eîixpaxov  îjzi  to  T:ot7)Tixov  x-^ç  8'Jvâ[Ji.£Wi;)  ^. 

cf.  Mars  {Hv>ç>ôzi^-"k^r^<;-Mars).  —  En  revanche,  les  astrologues 
épuisent  les  ressources  du  vocabulaire  pour  définir  l'action  redou- 
table  duj^  flamboyant  »,  de  1'  «  impétueux  (^oùpoç)  »  Mars,  dont  la 
Tïïîimèra  rouge  —  cause  première  de  ces  imaginations  chimériques 
—  a  comme  une  couleur  de  sang,  et  dont  la  marche  ressemble_à 
des  bonds  rapides  succédant  à  de  courtes  rétrogradations.  Le  dieu 
chaldéen  Nergal,  dieu  de  la  guerre,  de  la  peste,  de  la  mort  semée 
à  pleines  mains,  a  trouvé  dans  la  mythologie  grecque  un  portrait 
ressemblant.  Cependant,  il  y  avait  une  tradition,  peut-être  d'ori- 
gine égyptienne,  qui  substituait  au  brutal  Ares  le  fort,  mais  débon- 
naire Héraklès  *.  Les  astrologues  tiraient  trop  bon  parti   des 

1.  Le  Jupiter  astrologique  est  yXuxlwv  uSd-rtov  j^opTjyôi;  (Anon.,  In  Tetrab., 
p.  70)  et  loge  dans  les  Poissons. 

2.  Borée  imprégnant  des  cavales  (Hom.,  Iliad.,  XX,  223  sqq.);  le  Zéphyre 
fécondant  les  cavales  lusitaniennes,  fait  rapporté  comme  res  incredibilis,  sed 
vera  par  Varron  [R.  rust.,  II,  1, 19),  Pline  et  Columelle  ;  on  disait  qu'il  n'y  avait 
point  de  vautours  mâles,  les  femelles  étant  toutes  fécondées  èx  toO  irvsûjiaToî 
(Euseb.,  Pr.  Ev.,  III,  12,  3)  :  tous  faits  soi-disant  avérés,  au  point  que  Lactance, 
avec  un  manque  de  goût  évident,  en  tire  argument  pour  expliquer  l'Incar- 
nation de  J.-C.  :  Quodsi  animalia  quaedam  vento  et  aura  concipere  solere 
omnibus  notum  est,  cur  quisquam  mirum  putet  cum  Spirilu  Dei,  oui  facile  est 
quidquid  velit,  gravatam  esse  virginem.  dicimus  '!  (Lactant.  Inst.  Div.,  IV,  12). 
Suivant  Proclus  (in  Anal.  Sac7\,  V,  2,  p.  176  Pitra  ),  le  Borée  produisait  des 
mâles,  le  Notus  des  femelles.  Voy.  ci-après  (ch.  vu)  les  «  vents  féconds  »  de 
Jupiter  invoqués  pour  fixer  son  û4'W[xa  dans  le  Cancer. 

3.  C'est  le  refrain  traditionnel  :  Sub  Jove  temperies  et  nunquam  turbidus 
aer  (Lucan.,  Phars.,  X,  207).  Influence  météorologique  de  Jupiter  tempérant 
le  froid  en  hiver,  le  chaud  en  été  —  rabidos  et  tempérât  aestus  (German., 
Arat.  Progn.,  IV,  14).  Pline  avait  dit  avant  Ptolémée  que  Jupiter,  entre  Mars 
et  Saturne,  interjectum  ambobus  ex  utroque  temperari  Jovem  salutaremque 
fieri  (Plin.,  II,  §  34),  et  Pline  copie  Cicéron  (ci-dessus,  p.  95,  2).  Tout  cela  avait 
l'air  raisonnable,  et  on  ne  demandait  pas  d'autres  preuves. 

4.  'Otoû  "A  p  e w î  Ttapà  (lèv  toïî  "EXXtiat  IIupôsK, -itapà  8è  AIyotct^oi;  'Hpax'XÉouî 
(Ach.  Tat.,  Isag.,  17.  Cf.  Aristot.,  De  mundo,  11,7).  Le  i/wjvdo*  ('EpTwat)  égyp- 


LA    PLANÈTE    VÉNUS  99 

caprices  de  Mars  et  trouvaient  trop  commode  de  rapprocher  sans 
cesse  Mars  et  Vénus  pour  ne  pas  faire  prévaloir  le  type  du  rava- 
geur sanguinaire,  celui  que  Manéthon  apostrophe  en  termes  si 
éloquents  *,  comme  le  tyran  de  l'espèce  humaine  et  le  perturba- 
teur de  la  nature  entière. 

9  ._VÉNIJS  (<I>w(icpôpoç  -  'Ewacpôpoi;  et  "Einrepoç  - 'A<ppo8'!-ûr)  -  Lucifer  et 
Vesper  ou  Vesperugo  -  Venus).  —  Les  souvenirs  mythologiques 
associent  nécessairement  au  nom  de  Mars  celui  de  la  belle  adul- 
tère, de  la  déesse  de  la  volupté,  Istar,  Astarté,  Aphrodite.  Cette 
association,  qui  existait  aussi  dans  la  tradition  chaldéenne  entre 
Istar  et  Nergal,  est  cependant  funeste  aux  yeux  des  astrologues, 
comme  elle  est  criminelle  aux  yeux  des  moralistes  ^. 

Comme  planète  féniinine,  Vénus  se  rapproche  du  tempérament 
de  la  Lune,  à  cette  différence  près  que  la  froideur  de  la  Lune  est 

_rem£lacée  chez  Vénus  par  une  chaleur  qui  met  son  humidité  en 
fermentation  génésique  ^.  Ptolémée  la  compare  à  Jupiter  pour 

"^sbn  "caractère, «.  tempéré  »,  en  notîmirune  prédominance  de  l'hu-" 
mide  dans  le  mélange.  Il  éprouve  quelque  difficulté  à  rendre  rai- 
son de  cette  humidité,  qui  est  postulée  par  le  sexe  de  la  planète. 
Il  pense  que  la  chaleur  de  Vénus  lui  vient  du  Soleil,  dont  elle 
est  l'acolyte,  et  que  l'ampleur  de  son  volume,  attestée  par  son 


tien,  traduit  ici  par  Hercule,  était  plutôt  fécondant,  l'antithèse  de  Mars  (Valons 
ap.  Salmas.,  p.  396.  Cedren.,  T,  p.  293  Bonn.  Lepsius,  E'mZeif.,  p.  90).  Sur  le 
lion  de  Commagène  (ci-après,  ch.  xii),  on  lit  Ilupôstç  'HpaxX^ouç.  Stella 
Martis,  quam  alii  Herculis  dixerunt  (Hygin,,  II,  42).  Tertium  Martis  [sidus]^ 
qiiod  quidam  Herculis  vacant  (Plin.,  II,  §  34).  Pyrois,  quem  multi  Herculis, 
plures  Martis  stellam  vacant  (Apul.,  De  mundo,  2).  Chaldaei  [les  AtyûirTiot  de 
Tatius]  stellam  Herculis  vacant  quam  reliqui  omnes  Martis  appellant  (Macr., 
Sat.,  III,  12,  6).  Les  éclectiques  y  logeaient  Mars  et  Hercule  :  nam  et  stellam 
[Chaldaeis  dicentibus]  unam  habere  dicuntur  (Serv.,  Aen.,  VIII,  275). 

1.  Voy.  la  tirade  qui  commence  par  "Apst;,  'Apec  vcaxospyè  xal  àvSpotfft  xal 
[iaxâpsatTiv  x.  t.  X.  (Maneth.,  I,  139-132).  Les  stoïciens  dérivaient  "A  pv^î  de 
ivatpsîv  (cf.  ci-après,  ch.  xii). 

2.  Là  encore,  la  tradition  pessimiste  a  prévalu  sur  une  tradition,  dite  aussi 
égyptienne,  qui  adjugeait  la  planète  à  Isis,  remplacée  en  Grèce  par  Junon  ou 
la  Mère  des  dieux  :  alii  Junanis,  alii  Isidis,  alii  Matris  deum  appellavere  (Plin., 
II,  §  37).  —  Stella  Veneris,  Lucifer  namine,  quam  nonnulli  Junanis  esse  dixe- 
runt (Hygin.,  II,  42).  Phosphorus  Junonia,  immo  Veneris  stella  censetur{kç\i\., 
De  munda,  2).  Saint  Augustin  constate  que  Vénus  l'a  emporté  sur  Junon, 
comme  lors  du  jugement  de  Paris  {Civ.  Dei,  VU,  IS).  Aristophane  ne  songeait 
pas  à  la  planète,  mais  aux  flambeaux  d'Eleusis,  quand  il  appelait  lacchos 
vuxT^pou  tcXettiî  çtoscpôpo;  àijxi^p  [Ran.,  343). 

3.  Hujus  natura  cuncta  generantur  in  terris.  Namque  in  alterutro  exortu 
genitali  rare  consperqens  non  terrae  modo  canceptus  implet,  verum  animan- 
titim  quoque  omnium  stimulât  (Plin.,  II,  §  38). 


100      CHAP.  IV.  LES    PLANÈTES    ET    LES    TYPES    PLANÉTAIRES 

éclat  \  lui  permet  d'emmagasiner  en  quantité  les  exhalaisons 
humides  de  la  Terre,  dont  elle  n'est  pas  très  éloignée  ^  N'insistons 
pas  sur  l'embarras  d'un  savant  qui  veut  s'émanciper  de  la  mytho- 
logie . 

En  cette  Vénus  astrologique  se  sont  absorbés  et  défigurés  les 
anciens  mythes  qui  faisaient  de  l'étoile  du  matin  et  de  l'étoile  du 
soir  deux  beaux  éphèbes,  l'un  fils  de  l'Aurore  et  d'Astrseos, 
l'autre,  de  l'Aurore  et  de  Céphale,  tous  deux  aimés  d'Aphrodite. 
L'identité  des  deux  étoiles  avait  été  reconnue,  disait-on,  soit  par 
Pythagore,  soit  par  Parménide,  et  introduite  dans  le  courant  des 
idées  populaires  par  le  poète  Ibycus  \  Le  lien  d'amour  imaginé 
par  les  vieux  aèdes  entre  Aphrodite  et  ses  amants  finit  par  une 
union  intime  où  disparut  la  personnalité  des  deux  jouvenceaux. 
L'astrologie  n'eut  garde  de  réveiller  leur  souvenir  et  de  mettre 
en  doute  le  sexe  de  la  planète. 

^.  Mercure  (s-uîXSwv  -  'Ep[ji^<;  -  Mercurius).  —  Plus  près  encore 
du  soleil  étincelle  *  l'astre  qui,  après  avoir  été  objet  de  litige 
entre  Apollon  et  Hermès  %  a  gardé  le  nom  de  ce  dernier.  _Nature 
£rotéiforme,  instable,  «  prompte  à  changer  dans  l'un  et  l'autre 
sens^  »,  à  cause  de  la  rapidité  de  sa  course  et  des  influences  muî- 
"Tiples  qu'il  subit  de  la  part  des  planètes  voisines^Mercure  est  une 
copie  peu  fidèlfi^de  son  prototype  chaldéen.  Évidemment,  la  my- 
thologie grecque  l'a  emporté  sur  les  données  exotiques.  Ptolémée 
s'ingénie  à  expliquer,  par  des  combinaisons  de  principes  élémen- 


d.  Vénus  passait  pour  la  plus  grosse  des  planètes  (Hygin.,  II,  42;  IV,  15. 
Plin.,  II,  §  36.  Schol.  Arat.,  II,  p.  402  Buhle.  Schol.  German.,  p.  422  Eyssenh.), 
plus  grosse  même  que  la  Terre  (Proclus  in  Anal.  Sacr.,  V,  2,  p.  68  Pitra). 
Pour  l'éclat,  on  pouvait  lui  préférer  Jovis  et  sidus  super  omnia  sidéra  Incens 
(Auson.,  Eclog.,  p.  548  Toll.). 

2.  Ptol.,  Tetrab.,  I,  4. 

3.  nptÔTOî  5è  "lêuicoî  ek  £va  auvsaxsiXE  xà?  irpofftiYopîxî  (Ach.  Tat.,  Isag.,  17). 

4.  Qui  rotundiores  oculos  splendidosque  gerunt,  Graeci  atiXêovTaç  dicunt 
(Anonym.,  De  physiognom.,  [Il,  2,  p.  113  Foerster]).  Dans  nos  pays  à  horizons 
brumeux,  Mercure  n'est  guère  connu  que  des  astronomes. 

5.  Encore  la  tradition  «  égyptienne  »  :  xapà  5à  Alyu-nxiotî  'AitôX>.wvo;  dtaT-r.p 
(Ach.  Tat,  lèzd.),  adaptation  arbitraire,  car  la  planète  Sebgu  était,  à  l'époque 
pharaonique,  l'astre  de  Set  ou  Typhon.  Connue  d'Aristote  {De  mundo,  II,  7), 
cette  tradition  est  appliquée  sur  le  lion  de  Commagène,  où  on  lit  SttXSwv 
'Xt^6Ww\>oc.,  et  elle  persistait  encore  au  temps  d'Apulée  :  Mercuri  sidus,  a 
guibusdam  appellatum  Apollinis  (Plin.,  II,  §  39).  —  [Stellam  Martis]  sequitur 
Stilbon,  cui  quidam  Apollinis,  ceteri  Mercurii  nomen  dederunt  (Apul.,  De 
mundo,  2).  Les  stoïciens,  qui  reconnaissaient  Apollon  dans  le  soleil,  ont  dû 
faire  prévaloir  la  tradition  plus  ancienne,  adoptée  par  Platon. 

6.  Ptol.,  Tetrab.,  1,4. 


LA    PLANÈTE   MERCURE  101 

taires,  que  Mercure  puisse  dessécher  aussi  bien  qu'humecter, 
précisément  parce  que  la  chaleur  solaire  le  rend  avide  d'humi- 
dité et  qu'il  s'en  trouve  saturé  quand  il  s'approche  de  la  sphère 
lunaire.  La  mythologie  peut  seule  rendre  raison  des  q^ualités 
multiples,  intelligence  vive,  sens  artistique,  éloquence,  fourberie 
aussi,  que  possède  et  engendre  Mercure.  Les  astrologues  n'ont 
guère  ajouté  à  ce  type,  assez  complexe  d'ailleurs,  que  le  sexe 
indécis  dont  ils  avaient  besoin  pour  introduire  de  la  symétrie  dans" 
leurs  classifications.  Leur  Hermès  est  «  hermaphrodite  »  ;  il 
change  de  sexe  en  changeant  de  position,  ou  plutôt  de  com- 
pagnie. 

Le  sexe  de  position  n'est  qu'un  des  nombreux  arcanes  de 
l'astrologie  :  nous  nous  en  ferons  une  idée  plus  nette  en  abordant 
les  classifications  de  toute  sorte  au  moyen  desquelles  les  astro- 
logues ont  multiplié,  diversifié,  réparti  les  influences  planétaires. 


§  II.  —  Classifications  des  planètes. 

Avec  ses  combinaisons  de  chaud  et  de  froid,  de  sec  et  d'hu- 
mide, Ptolémée  dresse  une  classification  assez  simple  des  pla- 
nètes en  bienfaisantes  et  malfaisantes,  mâles  et  femelles,  diurnes 
et  nocturnes  ^  Le  chaud  et  l'humide  étant  les  principes  «  géné- 
rateurs et  actifs  »,  le  froid  et  le  sec  les  principes  «  destructeurs 
et  passifs  ^  »,  les  planètes  chez  qui  dominent  la  chaleur  et  l'hu- 
midité, comme  î^,  9  ^t  i^,  sont  bienfaisantes;  celles  qui  ne  sont 
que  froides  ou  brûlantes  et  sèches  en  même  temps,  comme  ï)  et 
(j*,  sont  malfaisantes.  Le  Soleil  a  un  caractère  mixte,  comme 
Mercure,  lequel  est  toujours  indifférent  et  se  conforme  au  tempe-  y^ 
rament  des  planètes  nnfjiipl  il  pst.  asfjoffi^  ».  ^ 

1.  Ptolem.,  Tetrab.,\,  5-7. 

2.  'E-!tet3->i  Twv  TEdaxpwv  yujjiâirwv  Sûo  [jlév  slui  xà  yôviixa  xal  TiotTjTtxa,  xô 
TS  Toû  Oepfioû  xal  xoC  CypoO,  5ii  toûtwv  yàp  xaivTa  aoy^pivETai  xai  aùÇera'.,  6ûo 
5è  TàçOapTixi  xai  it  «Otit  ixi,  toO  ÇTjpoû  xal  xoû  <j/uy  p  ou  ,  Si'  wv  iravTa 
TrâX'.v  ôtaxptvexat  xal  Stacpecipexat  x.  x.  X.  (1,  5).  Ptolémée  fait  la  théorie  scien- 
tifique d'une  classification  en  dcYaSoiroioî  et  xaxoiroioi  (àdxépe;),  qui 
n'est  pas  de  lui,  mais  des  «  anciens  »  (ol  itaî^aiot),  recours  vague  à  l'antiquité 
soi-disant  chaldéenne  et  égyptienne  dont  les  croyants  ont  besoin. 

3.  Ptolem.,  Tetrab.,  1,  5.  Paul.  Alex.,  fol.  D2  v.  Serv.,  Georg.,  I,  335,  etc. 
Voy.  ci-après  (p.  109,  3)  une  autre  explication,  fondée  sur  les  rapports  harmo- 
niques (Macr.,  S.  Scip.,  I,  19,  20-27).  Il  n'y  a  pas  de  planètes  qui  soient  tou- 
jours favorables  ou  toujours  nuisibles.  Les  malfaisantes  même  sortent  d'heu- 
reux effets  quand  elles  «  se  réjouissent  », 


i02       CHAP.    IV.   LES    PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

Le  sexe  des  planètes  est  déterminé  par  le  degré  d'humidité,  la 
prédominance  de  Thiimidité  produisant  le  sexe  féminin,  ce  qui 
est  le  cas  pour  C  6t  9-  Mercure 'reste  capable  des  deux  sexes, 
comme  formé  d'un  mélange  égal  de  sec  et  d'humide  :  les  autres 
planètes  sont  masculines.  En  somme,  les  planètes  supérieures 
sont  masculines,  et  les  inférieures  —  sauf  le  cas  douteux  de  Mer- 
cure —  féminines,  ce  qui  devait  réjouir  les  amateurs  d'harmonies 
mystiques,  en  un  temps  où  il  n'y  avait  pas  encore  de  «  féministes  » 
pour  réclamer  contre  l'infériorité  du  sexe  féminin.  Ce  sexe  indivi- 
duel ou  «  physique  »  se  trouve  modifié  par  un  supplément  de 
sécheresse  ou  d'humidité  que  les  planètes  doivent  à  leur  position 
du  moment  et  qui  leur  donne  un  sexe  «  cosmique  ».  Les  planètes 
se  «  masculinisent  »  et  se  «  féminisent  »  de  deux  et  même  de  trois 
façons  : 

1°  En  vertu  de  leurs  positions  ou  «  phases  »  (cpâastç)  par  rapport 
au  Soleil.  Les  planètes  qui  se  lèvent  le  matin  avant  le  soleil  flwo-. 
xat  T:poY)YO'j[jL£voi)  se  masculinisent  ;  celles  qui  se  couchent  le  soir 
après  lui  (e  airs p  10  t  xaî  £7r(5[ji.£vot)  se  féminisent  ^ 

2°  En  vertu  de  leurs  positions  par  rapport  à  l'horizon.  11  est 
entendu  que  les  astres  se  lèvent  à  l'Orient  chargés  d'humidité; 
qu'ils  se  dessèchent,  c'est-à-dire  se  masculinisent,  en  allant  de 
l'horizon  à  la  culmination  supérieure,  et  se  féminisent  en  descen- 
dant de  là  vers  l'Occident.  Ce  système  dut  paraître  assez  raison- 
nable ^  :  les  astrologues  l'achevèrent  en  décidant  que,  au-dessous 
de  l'horizon,  il  y  aurait  aussi  un  quadrant  sec  et  un  quadrant 
humide,  chacun  opposé  au  quadrant  supérieur  de  même  qualité  ^ 

1.  Il  y  aura  lieu  d'insister  plus  loin  sur  ces  phases  planétaires  liées  à  la 
théorie  des  rétrogradations  et  introduites  dans  l'astrologie  par  les  savants, 
pour  la  plus  grande  confusion  des  astrologues  de  moyen  acabit,  incapables 
de  rien  entendre  à  ces  finesses.  Ptoléniée  se  contente,  dans  un  chapitre  spé- 
cial [Telrab.,  l,  8  :  ITspt  tf.i;  6  uvd[iE-w;  twv  r.poi  tov  -i^Titov  a^'II^a- 
•t  i  (7  [jL  w  V  ) ,  de  dire  que  cette  assertion  est  justifiée  par  l'analogie  avec  les 
phases  lunaires,  la  lune,  gorgée  d'humidité  après  la  syzygie,  se  réchauffant  et 
se  desséchant  ensuite  ;  de  telle  sorte  qu'elle  est  humide  quand  elle  se  couche 
après  le  soleil,  sèche  quand  elle  se  lève  avant  lui.  Il  considère,  bien  entendu, 
comme  démontrées  ces  alternances  d'humidité  et  de  sécheresse  relatives  dans 
la  Lune.  Cf.  le  scoliaste  Anonyme  {In  Telrab.,  p.  24)  et  ci-après,  p.  H2. 

2.  Raisonnable  et  poétique.  Manéthon  (II,  403  sqq.)  nous  montre  les  planètes 
se  levant  pleines  d'allégresse,  puis  s'inclinant,  lassées  et  attristées,  vers 
l'Occident. 

3.  Le  scoliaste  se  demande  pourquoi  Ptolémée  n'a  pas  plutôt  partagé  la 
sphère  en  deux  moitiés,  l'une  à  l'Orient,  l'autre  à  l'Occident  du  plan  méridien. 
Il  est  choqué  de  voir  appeler  quadrant  oriental  et  masculinisant  non  seule- 
ment celui  qui  est  à  l'Orient  au-dessus  de  l'horizon,  mais  le  quadrant  opposé 


LE    SEXE  DES   PLANÈTES  i03 

3°  D'après  le  sexe  des  signes  du  Zodiaque  qu'elles  occupent. 
C'est  un  cas  particulier  de  l'action  réciproque  que  sont  censés 
exercer  les  signes  et  les  planètes  *. 

Le  sexe  cosmique  a  une  grande  importance  en  astrologie,  car, 
sans  lui,  les  astrologues,  ne  disposant  que  de  deux  planètes  fémi- 
nines, auraient  été  souvent  embarrassés  d'expliquer  la  production 
'  de  tel  ou  tel  sexe  dans  leurs  thèmes  de  géniturne. 

Le  chaud,  qui  est  masculin,  est  aussi  diurne,  comme  associé 
à  l'idée  de  lumière  ;  l'humide,  par  analogie  du  même  genre,  est 
nocturne.  Les  planètes  diurnes  (fjfjiepivaî  -  diurnae)  sont  rangées 
dans  le  parti  (a'îpeffii;  2 -concfiiio-^ecfa)  du  Soleil;  les  autres  (vuxts- 
o'M%[-nocturnae),  du  côté  de  la  Lune.  Ce  sont  comme  deux  sociétés 
antagonistes,  dont  chacune  a  ses  goûts  particuliers,  ses  offices 
préférés,  sa  part  distincte  dans  le  monde.  Les  planètes  diurnes, 
satellites  (Sopucoôpot)  du  Soleil,  ont  les  mêmes  goûts  que  leur  chef: 
elles  se  réjouissent  (j^at'pouat  -  gaudent)  d'être  levées  le  jour  et  cou- 
chées la  nuit  ^,  et  sont  par  conséquent  favorables  pour  les  nais- 
sances diurnes.  Elles  se  plaisent  aussi  particulièrement  dans  les 
signes  masculins  du  Zodiaque  et,  d'une  manière  générale,  dans 
la  moitié  orientale  du  monde.  La  secte  nocturne  ou  lunaire  a  des 
préférences  exactement  inverses  \ 

Les  astrologues,  prêts  à  tout  sacrifier  à  la  symétrie,  ont  voulu 


par  le  sommet,  lequel  est  à  rOccident.  Cela  tient  à  une  règle  générale  (voy. 
ch.  VI  et  xi),  en  vertu  de  laquelle  les  quadrants  opposés  se  communiquent 
leurs  vertus  propres  (àXX'  wî  è'oixe  ti  xatà  Sta([jieTpov  iXa6£  Tî-capxT.ixôpta,  w?  xal 
[xeTxSJSovat  dXXTiXotî  tt;;  i5{aî  5'jvat[A$wî.  Anon.,  p.  21). 

1.  Anon.,  p.  101. 

2.  Le  mot  aïpsjt;  est  technique  en  ce  sens.  Il  y  a  cependant  exception, 
remarquée  du  scoliaste,  en  un  certain  passage  où  Ptolémée  aipsas  tç  \i-^t\.  où 
xi;  vuxTEpivàî  xai  f,[A£p'.vàî,  êCKkà  Ti?  tcjv  Suf.xwv  àsTÉpwv  xal  iœatpsTixwv  (Ibid., 
p.  157).  Les  Arabes  ont  fait  de  atpsat;  haiz  ou  alahiz. 

■i.  Explicare  debemus  quae  stellae  per  diem  gaudeant  et  cuj'us  conditionem 
sequantur  etc.  (Firmic,  II,  1  KroU).  11  explique  plus  loin  (II,  20,  H  sqq,)  les 
affinités  des  planètes  diurnes  et  nocturnes  avec  les  génitures  de  même  nom. 
On  remarquera  la  violence  faite  au  sens  commun  par  le  souci  de  la  symétrie. 
Il  n'y  avait  aucune  raison  plausible  pour  imaginer  des  planètes  diurnes, 
puisqu'elles  sont  invisibles  durant  le  jour  et  ne  brillent  que  la  nuit.  Leur 
«  joie  »  est  ici  de  l'abnégation.  Toutes  auraient  dû  être  nocturnes.  Comme  le 
dit  Philon,  Dieu,  ayant  fait  le  jour  et  la  nuit,  tî^î  [Jièv  -îiixépaî  tô  xpatoç  déveStSou 
Tw  T|X{u),  oîa  [AEvâXto  paaiAct,  xf,;  5è  vuxtôî  aeX-rivT,  xat  tû  tiXtiOei  twv 
àXXojv  àaxÉpiov  {De  opif.  mundi,  19). 

4.  Ptolem.,  Tetrab.,  I,  7.  Cf.  I,  23  et  le  chapitre  de  Paul  d'Alexandrie  Hepl 
tf.î  xôiv  Sùo  '.pwffXT.pwv  atpéaeo);  (fol.  D2  v.).  Mercure  est  diurne  et  mas- 
culin quand  il  se  lève  avant  le  Soleil,  nocturne  et  féminin  quand  il  se 
couche  après. 


104   CHAP.  IV.  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

égaliser  reffeclif  des  deux  sectes,  et,  pour  y  parvenir,  ils  ont 
rompu  la  correspondance  postulée  par  la  logique  entre  la  qualité 
de  masculin  et  celle  de  diurne.  Mercure  étant  mis  à  part  comme 
variable,  il  restait  à  partager  entre  le  Soleil  et  la  Lune  quatre 
planètes,  dont  trois  masculines.  Ptolémée  trouve  que  le  problème 
a  été  résolu  d'une  façon  intelligente.  Dans  le  clan  solaire,  le  froid 
de  Saturne  tempère  la  chaleur  de  Jupiter  et  du  Soleil,  tandis  que 
iVlars,  passant  dans  le  clan  lunaire,  apporte  le  sec  et  le  chaud 
dans  cette  froide  et  humide  société.  Il  se  garderait  bien  d'avouer 
que  Mars  y  est  dépaysé  et  qu'il  y  a  été  introduit,  de  préférence 
à  Saturne,  —  puisqu'il  fallait  de  toute  nécessité  répartir  les  deux 
planètes  «  malfaisantes  »  entre  les  deux  bandes,  —  par  l'attraction 
mythologique  de  Vénus,  une  raison  qui  n'existe  pas  pour  lui*. 

On  a  vu  que  dans  l'astrologie  savante,  représentée  excellem- 
lïîënt  par  Ptolémée,  les  vertus  des  planètes  sont  rapportées  à 
Teur  constitution  physique,  et  que  celle-ci  est  présumée  d'après 
leurs  rapports  avec  le  Soleil  d'une  part,  avec  la  Terre  de  l'autre,^ 
rapports  qui  dépendent  eux-mêmes  des  distances  relatives.  Le 
système  acquiert  ainsi  une  cohésion  apparente,  qui  fait  de  l'or- 
donnance des  orbites  ou  sphères  planétaires  le  fondement  de 
toute  la  théorie.  Il  faut  donc  examiner  de  plus  près  cette  question 
des  distances,  qui  a  été  traitée  à  frais  communs  par  les  astro- 
nomes, préoccupés  des  distances  réelles,  et  les  astrologues,  à  qui 
importaient  seulement  les  distances  relatives. 


§  in.  —  Ordonnance  et  mouvements  des  planètes. 

Comme  il  a  été  dit  plus  haut,  nous  n'avons  aucun  moyen  de 
savoir  si  les  Ghaldéens  se  sont  jamais  souciés  d'étager  entre  ciel 

1.  Cf.  ci-après  (p.  109,  3)  une  raison  harmonique  d'adjuger  Mars  au  clan 
lunaire.  Il  y  en  a  encore  une  autre,  c'est  que  Mars,  le  diable  astrologique, 
est  de  ceux  qui  font  des  «  œuvres  de  ténèbres  ».  C'est  sans  doute  à  ce  clas- 
sement que  Mars  doit  d'être  considéré  comme  un  astre  d'Occident  (l'Occident 
est  lunaire),  ce  qu'il  était  déjà,  paraît-il,  chez  les  Égyptiens  (Brugsch,  Thé- 
saurus, I,  pp.  69-70),  tandis  que  Saturne  est  «  oriental  ».  L'astrologie  grecque 
ne  paraît  pas  avoir  poussé  plus  loin  l'étude  des  sympathies  et  antipathies 
—  de  tempérament,  non  de  position  —  entre  planètes.  Ce  sont  les  Arabes 
qui,  exploitant  peut-être  un  reliquat  de  traditions  chaldéennes,  ont  imaginé 
toute  une  série  de  ligues  et  contre-ligues,  capricieuses,  mais  explicables 
cependant  par  le  caractère  mythologique  des  planètes  ou  par  la  position  de 
leurs  fiefs  (otxot  —  u'^-iôfxaxx)  dans  le  Zodiaque.  Cf.  Junctinus,  Spéculum  astro- 
logiae,\,  p.  38,  et  les  ligues  zodiacales  de  Manilius  (ci-après,  ch.  vi). 


DISTANCES   DES   PLANÈTES    A    LA   TERRE  105 

et  terre  les  astres  errants  *,  et  nous  ne  répéterons  jamais  assez 
que  l'astrologie  trouve  mieux  son  compte  à  supposer  planètes  et 
étoiles  en  commerce  direct  les  unes  avec  les  autres.  Les  distances 
interjetées,  en  réduisant  les  rencontris  et  contacts  à  de  simples 
effets  de  perspective,  tendent  à  ruiner  les  thèses  astrologiques. 
En  Grèce,  où  l'astronomie  avait  précédé  l'astrologie,  les  astro- 
logues ne  pouvaient  plus  ni  nier  la  superposition  des  sphères,  ni 
se  désintéresser  des  opinions  y  relatives.  Ils  devaient  s'emparer 
de  la  science  pour  qu'on  ne  la  tournât  pas  contre  eux. 

La  façon  la  plus  simple  à  la  fois  et  la  plus  scientifique  d'appré- 
cier les  distances  des  planètes  au  centre  de  leur  mouvement 
circulaire  est  de  supposer  le  rayon  de  leur  orbite  proportionnel  à 
la  durée  de  leur  révolution.  Or,  il  n'est  pas  douteux  que  les 
Chaldéens  n'aient  connu  la  durée  des  révolutions  planétaires  et 
ne  l'aient  enseignée  aux  Grecs,  qui,  eux,  n'ont  eu  pendant 
longtemps  ni  observatoires,  ni  archives  astronomiques.  Il  semble 
donc  que  les  Chaldéens  ont  dû  arriver  par  eux-mêmes  à  une 
notion  approximative  des  distances,  s'ils  se  sont  décidés  à  aban- 
donner la  conception  archaïque  des  planètes  roulant  sur  la  sur- 
face même  de  la  voûte  céleste.  Mais  les  idées  les  plus  simples  ne 
sont  pas  toujours  les  plus  aisément  acceptées.  Pour  proportionner 
les  distances  à  la  durée  des  révolutions,  il  faut  admettre  un  pos- 
tulat qui  n'est  pas  évident  en  soi,  à  savoir  que  les  planètes 
marchent  toutes  avec  la  même  vitesse  absolue  et  que  la  différence 


1 .  On  s'imagine  que  l'observation  mène  toute  seule  aux  théories  scienti- 
fiques. Mais  Anaximandre  mettait,  dit-on,  les  étoiles  fixes  au-dessous  du 
soleil  et  de  la  lune,  et  le  platonicien  Xénocrate  repoussait  toutes  les  théories 
concernant  les  distances,  même  celle  de  son  maître.  Il  pensait  «  que  les 
astres  se  meuvent  sur  une  même  surface  »  (Plut.,  Plac.  Phil.,  II,  15;  Stob., 
Ed.,  I,  24).  Est-il  sûr  que  les  Chaldéens  fussent  plus  savants?  On  doit  admettre 
pourtant  qu'en  observant  des  occultations  de  planètes  par  la  Lune,  ils  étaient 
arrivés  nécessairement  à  la  conclusion  que  la  Lune  est  au-dessous  des  dites 
planètes.  Aristote  cite  comme  exemple  l'occultation  de  Mars,  et  il  ajoute  : 
'Ojxoîwî  Se  xal  TTspl  Toùî  îWav^  à^Tspaî  Xéyouiw  ol  irâXai  Tc-CT.pT.xdxcî  èx 
-nXsîjTwv  ÈTwv  .KlyÛTzz'.o:  xal  BaêuXwvtot,  irap'  ôJv  TrôXXa?  -reiaTei;  ^ZOI^e^'  "t^pî 
éxâaxou  twv  àfjxpwv  (Arist.,  De  cœlo,  II,  12).  Mais  les  occultations  de  planètes 
par  d'autres  planètes  sont  des  phénomènes  rares,  et  même  les  «  Égyptiens 
et  Babyloniens  »  ne  devaient  pas  avoir  là-dessus  beaucoup  de  documents. 
Théon  de  Smyrne  (p.  177  Hiller)  assure  que  les  Ba6u);wvioi  xal  Xa'XSaïoi 
xal  AtyiiiTTiot  ont  beaucoup  spéculé,  quoique  sans  connaissances  physiques 
(àvEu  tpuatoXoyiaî),  sur  les  mouvements  planétaires,  employant,  les  Chaldéens, 
«  certaines  méthodes  arithmétiques  »,  les  Égyptiens,  «des  tracés  »  (ypajAiiixdîî) 
T^Ptolémée  ne  connaît  pas  de  passages  de  Vénus  et  de  Mercure  sur  le  Soleil 
I   phénomènes  inobservables  à  l'œil  nu  (cf.  ci-après,  p.  110,  1). 


:3 


406   CHAP.  IV.  —  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

de  leurs  vitesses  angulaires  ou  apparentes  est  due  uniquement  à 
la  différence  de  grandeur  de  leurs  orbites  *.  Ce  principe  de  mé- 
canique céleste,  discutable  môme  pour  des  «  physiciens  »,  n'était 
pas  nécessairement  applicable  aux  dieux  vivants  et  intelligents 
des  platoniciens  et  stoïciens.  Enfin,  il  y  avait  d'autres  principes 
théoriques  que  l'on  pouvait  préférer  à  celui-là.  Les  atomistes  de 
l'école  de  Leucippe  ne  croyaient  pas  mal  raisonner  en  pensant 
que  le  feu  devait  avoir  monté  en  vertu  de  sa  légèreté  spécifique, 
et  que,  par  conséquent,  l'astre  le  plus  brillant,  le  Soleil,  devait 
être  le  plus  éloigné  de  la  Terre  ^.  Platon,  au  temps  où  il  écrivait 
sa  République,  avait  classé  ses  «  fuseaux  »  ou  orbites  planétaires 
en  établissant  une  correspondance  parfaite  entre  la  grandeur  ou 
largeur  des  orbites  et  la  grosseur  présumée  des  planètes.  Le 
Soleil  circulait  ainsi  immédiatement  au-dessous  des  fixes;  puis 
venaient,  en  série  décroissante,  la  Lune,  Vénus,  Mars,  Jupiter, 
Saturne,  Mercure.  C'était  une  idée  de  géomètre  que  de  prendre 
pour  échelle  des  grosseurs  un  secteur  appuyant  sa  base  sur  la 
sphère  des  fixes  et  sa  pointe  sur  la  Terre.  Mais  le  système  sup- 
posait dans  les  planètes  des  vitesses  très  inégales,  qui  dé- 
rangeaient ce  bel  ordre.  Aussi  Platon  lui-même  y  renonça.  Dans 
le  Timée,  il  adopta  une  ordonnance  conforme  à  la  durée  des 
révolutions,  et  le  passage  susvisé  de  la  République  fut  corrigé, 
soit  par  Platon  lui-même,  soit  par  ses  éditeurs,  de  façon  à  sup- 
primer la  contradiction  entre  les  deux  opinions  successives  du 
maître  ^. 

1.  Constat  enim  nullam  hiter  cas  [stellas]  celerius  ceteris  tardiusve  proce- 
dere  :  sed  cum  sit  omiiibus  idem,  modus  meandi,  tantum  eis  diversitatem  tem- 
poris  sola  spatiorum  diversitas  facit  (Macrob.,  Somn.  Scip.,  I,  21,"  6).  C'était 
aussi  l'avis  de  Vitruve  (IX,  1  [4]),  qui  reproduit  évidemment  l'opinion  cou- 
rante. Ce  postulat,  que  les  platoniciens  d'ailleurs  n'acceptaient  pas  (Plat., 
Tim.,  p.  39  A),  est  loin  d'être  exact.  Les  lois  de  la  gravitation  font  que  les 
planètes  tournent  d'autant  plus  vite  (absolument  parlant)  qu'elles  sont  plus 
rapprochées  de  leur  centre  (le  Soleil)  :  Mercure  parcourt,  dans  le  même  temps, 
trois  fois  plus  de  chemin  que  Saturne. 

2.  Voy.  ci-dessus,  p.  14.  On  assure  que  c'était  aussi  l'opinion  d'Anaximandre, 
maintenue  encore  par  Métrodore  de  Chios  (disciple  de  Démocrite)  et  Cratès 
(sans  doute  le  cynique).  Plut.,  l'iac.  phil.,U,  15. 

3.  Le  fait  est  attesté  par  Proclus  (in  Anal,  sacra  et  classica,  V,  2,  p.  68 
Pitra.  Cf.  ci-dessus,  p.  65  en  note)  :  Aitt-t,  5'  èaxlv  t)  ypa'f^  tr,;  taûta  xi  pâÔT^ 
5;optÇoyaT,ç  Xélewç  •  xai  r\  [iàv  xpOTÉpa  xat  âoyz'.oTépa.  Totç  pieyéôsatv  àxo)»0'j6£Î  tûv 
xaô'  £xaaxT,v  acpaïpav  dtaxépwv.  La  recension  nouvelle  ('H  5è  SeuTÉpa  xai  vewTÉpot, 
xpaxoûaa  ôè  êv  toîî  xExo)ia(j[xévo  iî  àvTtypdcpoiî)  place  au  sixième  rang 
le  fuseau  qui  est  le  second  comme  largeur,  et  donne  le  texte  actuel  du  pas- 
sage en  question  {Rep.,  X,  p.  616  E).  On  prétendait,  pour  justifier  le  premier 
classement,  que  Mars  au  périgée  paraît  plus  gros  que  Jupiter, 


ÉCHELLE    DES    DISTANCES  107 

L'ordre  suivi  par  l'auteur  du  Timée  —  c'est-à-dire  la  série 
montante  C09^cf^ï)  —  ordre  emprunté,  disait-on,  soit 
aux  pythagoriciens  (disciples  des  «  Égyptiens  «),  soit  à  Ânaxa- 
gore  \  et  approuvé  par  Eudoxe  (toujours  d'après  les  Égyptiens), 
devint  l'ordre  classique.  C'est  celui  sur  lequel  spéculent  Aristote, 
Chrysippe  et  Ératosthène,  celui  qu'on  retrouve  dans  la  Table  de 
Keskinto  et  la  Didascalie  de  Leptine  ^  Il  n'y  avait  doute  que  sur 
un  point,  demeuré  toujours  litigieux,  la  position  relative  des 
deux  acolytes  du  Soleil,  Vénus  et  Mercure.  Mercure  avait  été 
placé  plus  loin  de  la  Terre  que  Vénus,  sans  doute  à  cause  de  son 
moindre  éclat^.  Une  correction,  due  peut-être  à  Héraclide  de  Pont, 
intervertit  les  rangs  pour  ces  deux  planètes  et  ordonna  la  série 
C  O  ^  9  cf  ^  ï)>  qui  passa  pour  être  plus  spécialement  «  py- 
thagoricienne »,  tout  en  restant  aussi  platonicienne  que  l'autre  *. 

Cet  ordre,  qui  conserva  toujours  des  partisans  S  fut  remplacé, 
vers  le  temps  d'Hipparque,  par  un  autre  système  qui,  accepté  par 
les  astronomes,  fit  loi  pour  les  astrologues.  C'est  celui  qui  met  le 
Soleil  juste  au  milieu  de  l'échelle  des  distances.  D'où  venait  ce 


1.  'AXX'  'AvaÇayôpaî  toûto  7cpwT0<;  ûitéXaSev,  w;  lai:6pT,a£v  EùSti(jioi;  (Procl,, 
In  Tim.,  p.  258  C).  Voir  sur  le  sujet  ce  qui  en  a  été  dit  plus  haut,  p.  64,  1. 

2.  Sur  l'inscription  astronomique  de  Keskinto  dans  l'île  de  Rhodes,  qui  con- 
tient une  théorie  des  planètes  antérieure  à  Hipparque,  voy.  P.  Tannery  dans 
la  Revue  des  Éludes  grecques,  VIII  (1895),  pp.  49-58.  Le  texte  est  reproduit 
dans  Inscr.  graec.  Iiisul.  maris  Aegaei,  I,  n»  913.  La  «  Didascalie  de  Leptine  » 
{Notices  et  Extraits,  XVIII,  2,  pp.  46-75)  a  été  traduite  par  P.  Tannery  en 
appendice  à  ses  Recherches  (p.  283-294). 

3.  Tannery,  Recherches,  p.  126.  Dans  l'hypothèse  géocentrique  des  anciens, 
il  n'y  a  aucune  raison  de  mettre  l'une  de  ces  planètes  au-dessus  ou  au-dessous 
de  l'autre,  par  rapport  à  la  Terre  :  mais  Héraclide  avait  raison  de  rapprocher 
Mercure  du  Soleil.  Il  passe  pour  avoir  découvert  que  Vénus  et  Mercure  tour- 
nent autour  du  Soleil  (Chalcid.,  In  Tim.,  109),  découverte  attribuée,  comme 
toujours,  à  la  sollertia  Aegyptiorum  (Macr.,  S.  Scip.,  l,  19,  5)  qui  était  le 
fond  de  la  sagesse  pythagoricienne. 

4.  La  série  «  pythagoricienne  >>  est  attribuée  à  Platon  (Stob.,  Ed.,  I,  21, 
p.  512;  Plut.,  Plac.  phil.,  II,  15).  Plato  Aegyptios  omnium  philosophiae  disci- 
plinarum  parentes  secutus  est,  qui  ita  solem  inter  lunam  et  Mercurium  loca- 
tum  volunl,  etc.  (Macr.,  Somn.  Scip.,  I,  19,  2).  Cf.  Diels,  Doxogr.,  pp.  344- 
345.  L'ordre  des  planètes  importait  peu  aux  pythagoriciens.  Ils  tenaient  au 
contraire  beaucoup  à  établir  les  distances  des  planètes  entre  elles,  de  façon  à 
accorder  la  lyre  céleste  suivant  les  lois  de  l'harmonie.  Ils  fixaient  les  inter- 
valles, pour  y  placer  en  bon  lieu  leurs  tons,  demi-tons,  tons  et  demi,  le  tout 
à  priori. 

5.  On  retrouve  encore  l'ordre  platonicien  (celui  du  Timée)  dans  Apulée 
[De  mundo,  2),  et  dans  Achille  Tatius  {Isag.,  16),  qui  lui  donne  la  préférence 
sur  tous  les  autres. 


108   CHAP.  IV.  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

système,  qui  offre  une  symétrie  voulue,  suspecte  par  conséquent 
de  reposer  sur  des  raisons  mystiques,  et  qui  cependant  rallia 
les  suffrages  des  plus  grands  astronomes,  peut-être  d'Archimède, 
d'Apollonius  de  Perge  *,  d'Hipparque,  à  coup  sûr  de  Posidonius, 
de  Géminus  et  de  Ptolémée  ^  ?  Nous  avons  vu  plus  haut  (p.  64, 1) 
qu'Alexandre  d'Étolie  le  connaissait  déjà,  et  que  la  confusion 
des  témoignages  ne  permet  pas  de  prendre  au  sérieux  les 
brevets  d'invention  décernés  aux  Pythagoriciens,  aux  Égyptiens, 
aux  Chaldéens.  Les  érudits  modernes  se  décident  en  général  pour 
les  Chaldéens  —  les  Chaldéens  de  Chaldée  —  sous  prétexte  que 
les  constructions  astrologiques  des  «  domiciles  »  (oTxot),  surtout 
celle  de  la  «  semaine  »,  reposent  sur  cette  ordonnance  et  que 
l'astrologie  a  été  faite  par  les  Chaldéens  ^.  Ils  sont  dupes  de  la 
confusion,  si  soigneusement  entretenue  par  les  intéressés,  entre 
Chaldéens-astrologues  et  Chaldéens  de  Chaldée.  Ils  oublient 
que  le  système  est  aussi  revendiqué  pour  les  «  Égyptiens  »,  sur 
la  foi  des  livres  apocryphes  de  Néchepso  et  Pétosiris,  et  ils  pren- 
nent sans  doute  pour  un  témoignage  historique  les  «  oracles 
chaldaïques  »  fabriqués  au  ii«  siècle  de  notre  ère  par  les 
«  théurges  »  dont  la  parole  fait  foi  pour  les  néoplatoniciens.  On 
y  racontait  comment  le  Démiurge,  après  avoir  fait  les  planètes 
en  tourbe  confuse,  lança  au  milieu  le  Soleil,  qui  les  obligea  à  se 
ranger  en  ordre  et  à  avancer  ou  rétrograder  suivant  son  impul- 
sion. Il  faut  laisser  ces  contes  à  l'admiration  d'un  Proclus.  Avant 


1.  P.  Tannery,  Rech.,  p.  261.  Pour  Archimède,  P.  T.  n'accepte  pas  l'asser- 
tion de  Macrobe  :  Ciceroni  Archimedes  et  Chaldaeorum  ralio  consentit  (Macr., 
S.  Scip.,  I,  19,  2),  parce  qu'il  croit  le  système  postérieur  à  Archimède.  Mais 
Alexandre  d'Étolie  précède  Archimède  d'une  génération. 

2.  Ptolémée  ne  trouve  pas  de  raison  décisive  pour  ou  contre,  car  il  ne  con- 
naissait pas  les  passages  de  Vénus  et  de  Mercure  sur  le  Soleil  ;  mais  il  opte  pour 
le  système  «  plus  ancien  »,  qui  met  Vénus  et  Mercure  au  dessous  du  Soleil  : 
Ttapà  [jièv  Toïî-jraXatOTspotî  uTcoxi-cw  TtOEpisva;  tf,!;  r{k\.ix%7\c,{Almagest. ,11, 'è). 
Il  entend  évidemment  par  iraXai  ÔTepot  des  gens  plus  anciens  que  Platon, 
sans  doute  des  Chaldéens.  De  son  temps,  et  depuis  longtemps  déjà,  on  n'avait 
le  choix  qu'entre  l'Egypte  et  la  Chaldée. 

3.  C'est  encore  l'opinion  de  P.  Tannery.  Il  croit  que  l'attribution  à  Pytha- 
gore  a  été  faite  par  les  «  faussaires  alexandrins  »  [Rech.,  p.  126,  1),  en  quoi 
il  a  parfaitement  raison  ;  mais  il  ne  se  méfie  pas  des  prétendus  Chaldéens. 
i(  L'antiquité  de  l'ordre  que  nous  attribuons  aux  Chaldéens  »,  dit-il  {ibid., 
p.  261,  4),  «  est  attestée  par  celle  de  la  succession  des  jours  de  la  semaine 
qui  le  suppose  ».  F.  Hultsch  (art.  Astronomie  in  Pauly-Wissowa  R.  E.,  II, 
p.  1833)  en  dit  autant,  après  et  d'après  Tannery.  Si  cette  «  succession  »  n'est 
pas  chaldéenne,  comme  nous  espérons  le  montrer  (ci-après,  ch.  xiii),  le  rai- 
sonnement devient  un  cercle  vicieux. 


L ORDONNANCE    DITE    CHALDÉENNE  109 

que  les  théurges  chaldéens  n'eussent  révélé  ces  belles  choses*,  on 
n'invoquait  que  l'harmonie  pythagoricienne  et  le  plan  providen- 
tiel qui  avait  mis  le  Soleil  au  milieu  des  planètes  comme  le  cœur 
au  milieu  du  corps.  Les  «  Chaldéens  »  n'entrent  en  compétition 
avec  les  Pythagoriciens  et  les  Égyptiens  que  sur  le  tard  %  à  la 
façon  du  troisième  larron,  et  c'est  trop  de  complaisance  que  de 
se  prêter  à  la  supercherie. 

Mais,  si  l'on  entend  par  «  Chaldéens  »  les  astrologues,  —  les 
astrologues  grecs,  —  cette  tradition  symbolise  et  résume  un  fait 
réel,  à  savoir  que  l'astrologie  grecque,  obligée  d'accepter  une 
échelle  des  distances,  a  choisi  celle-là  pour  y  accommoder  ses 
théories.  C'est  en  supposant  le  Soleil  dans  la  position  médiane  que 
Ptolémée  répartit  le  chaud  et  le  froid.  Dans  ses  Harmoniques,  il 
avait  essayé  de  tirer  de  là  une  autre  démonstration  de  l'influence 
malfaisante  de  Saturne  et  de  Mars,  bienfaisante  de  Jupiter  et  de 
Vénus;  démonstration  arithmétique,  à  la  mode  de  Pythagore. 
Étant  donné,  d'une  part,  le  Soleil  comme  source  de  la  vie  «  sensi- 
tive  »,  la  Lune  comme  source  de  la  vie  «  végétative  »,  et,  d'autre 
part,  six  rapports  harmoniques  possibles  entre  ces  deux  astres  et 
les  planètes,  il  montrait  que  Jupiter  soutient  ces  six  rapports 
avec  le  Soleil  et  la  plupart  des  autres  avec  la  Lune  ;  que  Vénus 
correspond  de  même  par  six  rapports  avec  la  Lune,  par  la  plupart 
des  autres  avec  le  Soleil;  tandis  que  Saturne  et  Mars  sont  à  peine 
de  temps  à  autre  en  rapport,  Saturne  avec  le  Soleil,  Mars  avec 
la  Lune  ^. 

1.  Procl.,  In  Tim.,  pp.  258  C,  280  B  ;  Id.,  in  Anal,  sacra,  V,  2,  p.  69  Pitra 
(twv  irapà  XaXSaiotîesoupYwv  àxoûaaî,  wî  àtpa;  6sôî  £[j.eaEfji6ôX-ria£v  tôv  r,Xiov 
£v  ToTî  éiTTi  xal  ivexpéjxaasv  diTr'aù-coiJ  xà?  i;  àXXaî  ^tûvaç).  Voy.  ci-après,  à  propos 
des  oixoi,  la  burlesque  légende  accréditée  par  ces  prétendus  Chaldéens  (ap. 
Pitra,  ibid.,  pp.  300-301). 

2.  Proclus  le  dit  en  propres  termes.  Parlant  du  système  de  Platon  :  i>,V  ouv 
\  Tûv  Tra>ia[uv  tpr.tjiTi  TaÛTTjv  èSiSou  tw  f,X(u  -cf^v  tot^tv  •  vcal  y*? 'A-Piutot^Xtiî 
ojTioî  xxl  o'i  à[ji'^l  Tèv  EjSo^ov  [In  Tim.,  p.  257  F).  Le  système  chaldéen  émane 
de  Ttve;  xatç  xwv  {xaOT.jxax  ixwv  uirQÔéffsat  ya'povxsî,  c'est-à-dire  des  pytha- 
goriciens, bien  que  le  système  de  Platon  passe  pour  être  aussi  pythagoricien, 
et  Proclus  le  rejetterait  volontiers,  en  l'honneur  de  Platon,  s'il  n'était  con- 
firmé par  «  le  Théurge  »,  u  [a>i  eéfxi;  àrtaxetv  {ibid.,  p.  258  C). 

3.  Ergo  Veneria  et  Jovialis  stella  pet-  hos  numéros  lumini  utrique  sociantur, 
sed  Jovialis  Soli  per  omnes,  Lunae  vero  per  plures,  et  Veneria  Lunae  per  omnes, 
Soliper  plures  numéros  ar/gregatur.  —  Salurtii  autem  Martisque  stellae  ita  non 
habent  cum  luminibus  competentiam,  ut  tamen  aligna  vel  extrema  numerorum 
linea  Saturnus  ad  Solem,  Mars  aspiciat  ad  Lunam  (iMacrob.,  Somn.  Scip., 
I,  19,  20-27).  Cette  théorie,  que  Macrobe  n'a  rencontrée,  dit-il,  chez  aucun  autre 
auteur  {rationem  apud  unum  omnino  quod  sciam  leclam),  Ptolémée  ne  la 
reproduit  pas  dans  sa  Tétrabible. 


HO   CHAP.  IV.  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

Les  amateurs  de  correspondances  mystiques  n'ont  pas  manqué 
de  découvrir  dans  l'ordonnance  soi-disant  «  chaldéenne  »  toute 
espèce  de  rapports,  soit  avec  le  corps  humain  (voy.  ci-après),  soit 
avec  la  stratification  spontanée  des  éléments.  Le  Soleil  avait  au- 
dessous  et  au-dessus  de  lui  deux  triades  d'éléments  symétrique- 
ment groupés  par  attraction,  triades  qui  se  rejoignaient  en  lui, 
membre  commun  des  deux  groupes  ^  Ainsi,  le  Soleil  étant  le 
chaud,  le  sec  était  représenté  par  Mars  au  dessus,  Mercure  au 
dessous;  l'humide,  par  Jupiter  au  dessus,  Vénus  au  dessous;  le 
froid,  par  Saturne  en  haut,  la  Lune  en  bas  :  et  on  savait  déguiser 
sous  toutes  sortes  de  raisons  prétendues  naturelles  le  caractère 
artificiel  de  ces  rangements  symétriques. 

Si  nous  nous  croyons  autorisé  à  réclamer  pour  la  science 
grecque  les  séries  planétaires,  aussi  bien  celle  de  Platon,  pré- 
tendue égyptienne,  que  l'autre,  prétendue  chaldéenne,  à  plus  forte 
raison  n'irons-nous  pas  chercher  sur  les  rives  de  l'Euphrate  et  du 
Nil  les  auteurs  des  solutions  données  aux  problèmes  les  plus  déli- 
cats de  ce  qu'on  pourrait  appeler  la  philosophie  astronomique. 
Ces  problèmes  ont  été  imposés  à  l'attention  des  astrologues  par 
Ptolémée,  et  les  solutions  intervenues,  comme  les  conséquences 
à  tirer  des  opinions  exprimées,  ne  nous  sont  guère  connues  que 
par  les  astrologues.  C'est  la  raison  pour  laquelle  nous  n'avons 
pu  éviter  de  jeter  un  coup  d'oeil  sommaire  sur  le  débat  soulevé 
par  un  fait  aussi  connu  que  mystérieux  pour  les  Anciens,  la 
jnarçhe  oscillante  des  planètes,  qui  tantôt  suivent  leur  mouve- 
ment  (;propre  (d'Occident  en  Orient)  et  tantôt  rétrogradent  sur 
ieur^orbite  ou  sur  un  arc  de  cercle  légèrement  divergent. 

1.  Les  «  mathématiciens  »  placent  au  milieu  des  sept  planètes  xôv  Ti'Xtov, 
auviyovra  %al  auvSsovra  tiç  ècp'  éxâTspa  aÙToû  TpidiSaî  (Proclus,  In  Tim.,  p.  257  F). 
La  théorie  suppose  Tordonnance  suivante  :  C  9  ^  O  c?  ^  ï)  >  celle  que  Cicé- 
ron  adopte  dans  le  De  Nat.  Deor.,  H,  20.  L'ordre  accoutumé,  connu  aussi  et 
même  préféré  par  Cicéron  (Rep.,  VI  ;  Divin.,  II,  43),  plaçait  Mercure  au-dessous 
de  Vénus  :  C  ^  9  O  c?  Z^  ï)  •  L'auteur  de  VHermippus  (I,  4,  §  24-37  Kroll), 
ne  comprenant  pas  que  cette  modification  dérangeait  la  symétrie  des  triades, 
édifie  là-dessus  une  contrefaçon,  plus  inepte  encore,  de  la  théorie  dont  la 
symétrie  était  la  raison  d'être.  Suivant  lui,  à  partir  du  Soleil  et  au  dessus,  sont 
étages  les  éléments  purs,  dans  l'ordre  indiqué  par  Proclus  :  au  dessous,  les 
éléments  sont  mélangés,  et  il  n'y  a  plus  quun  ordre  de  convenance  vague- 
ment motivé.  Ptolémée,  qui  introduit  le  mélange  dans  tous  les  astres,  n'est 
pour  rien  dans  ces  élu cub rations.  Du  reste,  Ptolémée,  comme  astronome, 
n'acceptait  pas  sans  réserves  l'ordre  sur  lequel  il  spécule  plus  tard  comme 
astrologue  (cf.  ci-dessus,  p.  108,  2).  Il  fait  remarquer  que,  dans  le  système  chal- 
déen.  Mercure  et  Vénus  devraient  passer  sur  le  Soleil,  et  que  le  fait  n'a  pas 
été  observé  (objection  mise  à  néant  par  les  observations  modernes). 


STATIONS  ET  RÉTROGRADATIONS  DES  PLANÈTES       Hl 

On  sait  à  quelle  complication  de  cercles  roulant  les  uns  dans 
les  autres  Eudoxe  et  Arislote  avaient  eu  recours  pour  expliquer 
le  phénomène.  L'invention  des  épicycles,  due  à  Apollonius  de 
Perge,  simplifia  ces  rouages  :  avec  les  cercles  excentriques  d'Hip- 
parque  et  les  corrections  de  détail  apportées  au  système  par 
Ptolémée,  on  crut  tenir  une  solution  définitive.  Ptolémée  n'était 
pas  peu  fier  de  sa  part  de  collaboration,  et  l'on  conçoit  qu'il  ait 
mis  en  évidence,  dans  son  astrologie,  le  souci  des  «  stations  » 
((jTïjpiyfAo  î)',  de  la  marche  en  avant  ('irpo'7co8t(j(ji.ô(;-irpo>5Y''l"<: 
-  Ttp'JffOedti;)  et  en  arrière  (uTroTto8'.(T[ji.(5(;  -  à^a-Ko^ia^ôç  -  àtptx'ir 
p£<ji<;)  des  planètes  K  11  exige,  pour  apprécier  la  nature  et 
le  degré  d'influence  d'une  planète,  que  l'astrologue  sache  non 
seulement  si  elle  est  à  droite  ou  à  gauche  du  Soleil,  mais  encore 
si  elle  avance  ou  recule  et  à  quelle  étape  elle  en  est  sur  son  épi- 
cycle.  Il  pose  en  principe  que  les  planètes  ont  leur  maximum 
d'énergie  quand  «  elles  sont  au  levant  et  en  addition  à  leurs  mou- 
vements propres  »  (àvaToXtxoùç  •Acû.  TrpoaOeTixoùi;  Taïç  lot'at;  xtv»^ dscrt) , 
leur  minimum  quand  «  elles  sont  au  couchant  et  en  soustraction  » 
(ôuTixoùî  >cat  àœatpsxtxoj?)  ^.  La  raison,  suivant  lui,  c'est  que  l'épi- 
cycle  étant  partagé  en  quadrants,  le  premier  quadrant,  allant  de 
la  conjonction  avec  le  Soleil  à  la  première  station,  est  humide  ;  le 
second,  chaud;  le  troisième,  qui  mène  à  la  deuxième  station,  sec, 
et  le  dernier,  froid  ^. 

1.  11  est  évident  à  priori  que  les  Chaldéens  ont  dû  observer  les  stations  et 
rétrogradations  des  planètes  et  y  attacher  un  sens  astrologique.  Seulement, 
les  praticiens,  en  Grèce,  cherchaient  à  se  débarrasser  de  cet  élément  incom- 
mode de  calcul,  —  on  le  voit  bien  par  Firniicus,  qui  n'en  dit  mot,  —  et  c'est 
l'autorité  de  Ptolémée  qui  a  contraint  les  astrologues  à  sortir  de  la  routine 
des  «  Néchepso  et  Pétosiris  »,  la  routine  que  suit  Firmicus. 

2.  Tetrab.,  1,  23. 

3.  Teirab.,  1,  8.  Ptolémée  transporte  à  son  épicycle  le  symbolisme  attaché 
aux  quadrants  du  Zodiaque  (ci-après,  flg.  15)  et  de  l'orbite  lunaire  (ci-dessus, 
p.  92,  4  et  102,  i).  Comme  il  emploie  les  termes  vulgaires,  ivaToX-r)  et  Sûtriç, 
qui  signifient  proprement  lever  et  coucher  diurne,  au  lieu  de  i-z\io\i\  et 
xpùi]^t;  (lever  et  coucher  héliaque),  son  texte  prête  à  l'équivoque.  C'est  un 
abus  souvent  signalé  par  les  puristes  (Gemin.,  Isagog.,  H;  Théo  Smyrn., 
p.  136  Hiller).  Au  temps  de  Ptolémée,  d'après  ses  ipd<jîi<;  àTrXavôJv  àaTipwv  (ap. 
Wachsmuth,  Lyd.,  éd.  2%  pp.  199  sqq.),  TsiriToî^f,  s'appelait  éwa  ivaxoX^,  et  la 
%?ù<\i{.^,  éairep^at  ôûatî;  les  autres  phases  sont:  ixp6vuyoî  [àvaToXiri]  pour  I)  ^o^, 
iuTzeploi  àvatoX-f;  et  swa  Sût-.î  pour  Q  et  ?^ .  Les  astrologues  ou  astronomes  ne 
s'accordent  pas  tout  à  fait  sur  la  distance  à  laquelle  les  planètes  émergeant 
des  rayons  solaires  commencent  à  être  visibles  en  «  lever  héliaque  ».  La  doc- 
trine la  plus  ancienne  probablement  fixait  l'écart  à  IS»  (cf.  Schol.  Arat., 
V.  152;  Paul.  Alex.,  fol.  Fv).  Pline  admet  11°  pour  les  trois  planètes  supé- 
rieures —  exoriuntur  matutino  discedentes  partibus  nunquam  ampliiis  nndenis 


H  2   CHAP,  IV.  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

Il  y  a  peut-être  de  la  naïveté  à  discuter  avec  un  astrologue; 
mais  il  semble  bien  que  Ptolémée,  pour  introduire  de  force  sa 
théorie  des  épicycles  dans  les  spéculations  astrologiques,  commet 
sciemment  de  grossières  erreurs  de  raisonnement,  et  je  soupçonne 
que  l'envie  de  déguiser  ses  paradoxes  entre  pour  quelque  chose 
dans  l'obscurité  de  son  langage.  Laissons  de  côté  les  acolytes  du 
Soleil,  Mercure  et  Vénus,  et  prenons  exemple  dans  les  planètes 
supérieures,  les  seules  auxquelles  s'applique  la  théorie  complète 
des  rétrogradations.  Dans  la  théorie  des  épicycles,  la  planète, 
tournant  d'Occident  en  Orient  sur  l'épicycle  comme  sur  l'orbite 
qui  porte  l'épicycle,  est  au  plus  loin  de  la  Terre  quand  elle  est 
sur  le  même  méridien  que  le  Soleil,  «  sous  l'œil  du  Soleil  » 
([àoTT^p]  UTc'  aoyâç  -  utttjyoi;  -  ÔTrauY^Î  -  «tuvoSixoç  -  àçavï^Ç  -  COmbustus  — 
absconsus)  *.  Elle  est  alors  «  brûlée  »,  et  on  ne  voit  pas  où  elle 
prendrait  cette  humidité  dont  il  plaît  à  Ptolémée  de  la  munir 
dans  le  premier  quart  de  sa  course.  A  mesure  que  le  Soleil 
s'éloigne  d'elle  et  qu'elle  se  rapproche  de  la  Terre,  elle  s'échauffe, 
ce  qui  est  au  moins  surprenant.  A  partir  de  son  périgée,  moment 
où  elle  se  lève  au  coucher  du  Soleil  (àxpôvu/o;),  elle  commence  à 
se  dessécher  dans  l'humidité  de  la  nuit,  et  elle  se  refroidit  en 
allant  rejoindre  le  Soleil,  ce  qui  est  proprement  inintelligible. 
L'explication  la  plus  simple  de  ces  paralogismes,  c'est  que  Pto- 
lémée a  calqué  les  «  phases  »  de  ses  planètes  sur  celles  de  la 
Lune,  —  lesquelles  s'adaptent  assez  bien  au  symbolisme  des  qua- 
drants du  Zodiaque,  —  sans  remarquer,  ou  en  évitant  de  faire 
remarquer  que  l'assimilation  est  un  démenti  donné  à  la  physique. 
Dans  la  conjonction  (N.  L.),  la  Lune  est  au-dessous,  et  non  au- 
dessus  du  Soleil;  elle  est  obscure  (humide)  et  non  pas  «  brûlée  ». 
Elle  prend  plus  d'éclat  et  l'on  peut  soutenir  qu'elle  s'échauffe  à 
mesure  qu'elle  s'éloigne  du  Soleil;  comme  on  peut  dire  qu'elle  se 
refroidit,  puisqu'elle  s'obscurcit,  en  se  rapprochant  de  lui.  Trans- 
portées aux  planètes  supérieures,  ces  expressions  deviennent 
absurdes. 

(II,  §  39);  Martianus  Capella,  12»  :  intra  duodecim  partes,  non  ultra  partes 
duodecim  (VIII,  886-887).  La  visibilité  dépendant  de  l'éclat  de  la  planète 
comparé  à  celui  du  Soleil,  d'aucuns  admirent  des  distances  variables,  à  savoir 
150  pour  Saturne,  12»  pour  Jupiter,  8°  (?)  pour  Mars,  8»  pour  Vénus,  et  IS»  pour 
Mercure  (Firmic,  II,  9  Kroll).  Ces  chiffres  sont  utilisés,  d'une  façon  impré- 
vue, dans  le  calcul  de  la  durée  de  la  vie  (ci-après,  chap.  xii)  et  paraissent 
dériver  de  considérations  mystiques  plutôt  que  de  l'observation. 

1.  Je  ne  trouve  pas  dans  nos  textes  les  distinctions  faites  par  les  Arabes  (?) 
entre  le  «  cœur  »  du  Soleil  (conjonction  exacte),  la  «  combustion  »  (au  delà 
de  16')  et  «  l'œil  »  ou  «  rayon  »  du  Soleil  (jusqu'à  15°). 


STATIONS    ET    HÉTROGRADATIONS    DES    PLANÈTES  113 

Ce  n'osi,  pas  tout.  Ptolémée  alUrine  que  l'action  do  la  phiiirh; 
est  ri'duilo  au  minimum  pendant  la  rétrogradation,  cCsI-à-diro 
au  moment  où  elle  est,  en  fait,  je  £lus  prrs  d<'  la  Terre.  Tout  cela 
sentie  placage  maladroit,  hâtivement  fait  et  caduque.  En  dépit 
de  Ptolémée  et  des  louables  efforts  que  font  ses  commentateurs 
pour  le  comprendre  *,  ce  hors-d'œuvre  n'a  pas  fait  corps  avec  le 
reste.  C'est  ailleurs  qu'il  faut  chercher  un  motif  raisonnable, 
c'est-à-dire  plausible  à  première  vue  et  en  accord  suffisant  avec 
le  sens  commun.  La  vraie  raison,  c'est  l'imagination  qui  la  four- 

1.  Nous  verrons  plus  loin  (p.  117)  qu'on  ne  s'entend  mênae  pas  toujours 
sur  le  sens  de  «  avancer  »  et  «  rétrograder  » .  On  ne  s'entend  pas  davantage 
sur  l'effet  astrologique  des  phases.  Sur  une  planète  utcsuyoî,  il  y  a  presque 
unanimité.  A  moins  qu'elle  ne  soit  7.a;x-j:T,vri  (ci-après,  ch.  viii),  elle  est  anni- 
hilée, impuissante,  ce  qui  est  heureux  quand  il  s'agit  de  Mars  (Maneth., 
1,  96-99.  Firmic,  II,  8  Kroll).  Encore  y  a-t-il  exception  pour  la  Lune,  qui  est 
exaspérée  et  funeste  en  auvSsfftxôi;.  D'autre  part,  on  ne  veut  pas  non  plus  que 
l'opposition  au  Soleil  (ixpôvu/oî)  soit  le  maximum  d'énergie,  surtout  pour  les 
planètes  diurnes,  bien  que  Ptolémée  ait  placé  là  le  maximum  de  chaleur. 
C'est,  du  reste,  une  position  que  ne  peuvent  atteindre  ni  Vénus,  ni  Mercure. 
Est-il  du  moins  reconnu  que  toutes  les  planètes  sont  puissantes  et  favorables 
comme  iwoi  (ou  àvaTO>vixoi)  et  en  marche  directe  (TtpoaôsTtxo^  -  Trpoiro8{î;ovT£î), 
affaiblies  et  défavorables  comme  éa-irÉpiot  (ou  Su-rtxoE)  et  en  marche  rétrograde 
(àcpaipsTixoi  -  àvaTcoStÇovTE;)  ?  On  pouvait  avoir  là-dessus  des  scrupules,  car 
cette  règle  supprime  la  différence  entre  planètes  diurnes  et  nocturnes,  ou  mas- 
culines et  féminines.  Aussi  Démophile  écrit  :  ol  lipcjsvixol  ir^av^Tai  ^a^pouaiv 
Sxav  wffiv  ivaTo>»ixo[,  xal  ol  6t,XuxoI  Stœv  wclv  sCTTréptot  (ap.  Porphyr., 
p.  204).  D'abord,  il  substitue  le  sexe  à  l'alpeatî;  ensuite,  je  ne  sais  s'il  prend 
dtvaTo>.txo{  comme  synonyme  de  iwot  (lever  héiiaque),  pendant  naturel  de 
ésTzépioi,  ou  si,  au  contraire,  il  emploie  àva-roî^txoi  dans  son  sens  propre  (lever 
cosmique)  et  donne  à  éuiréptot  le  sens  de  Sut'.xoû  Enfin,  sur  l'effet  des  stations 
(aTTjpiYjAot),  c'est  l'anarchie  des  opinions.  En  général,  le  ralentissement  et 
l'arrêt  de  la  planète  passent  pour  une  période  de  moindre  efficacité  ou 
d'inertie,  surtout  la  seconde  station,  terminant  une  période  de  rétrogradation 
et  de  «  sécheresse  ».  Mais  Ptolémée  lui-même  enseigne  que,  lors  des  éclipses, 
les  planètes  ajoutent  au  présage  oxav  axT.piÇovxe;  {Tetrab.,  II,  4),  et  ailleurs 
(III,  11,  p.  345  Junctinus;  cf.  ci-après,  ch.  xii)  il  dit  que,  si  les  planètes  en 
deuxième  station  affaiblissent  le  corps,  les  planètes  en  première  station 
font  des  corps  Isyypi  xal  EÙxova.  Héphestion  met  le  comble  au  désarroi  en 
soutenant  que  les  planètes  ont  une  valeur  significative  dans  les  stations,  et 
surtout  dans  la  seconde  :  Sxaaxos  51  [xwv  daxipuv]  êv  toîî  <j'zripiy[ioU  «TTipiafvEi, 
xat  [jLâXXov  Iv  Tw  SEuxipu  aTTiptyiAw  (p.  93  Engelbr.).  Le  fait  est  que  les  astro- 
logues égyptiens,  voulant  sans  doute  donner  le  maximum  d'efficacité  aux 
planètes  dans  les  thèmes  de  géniture  que  nous  possédons,  les  notent  comme 
étant  èv  xw  p'  axTipiyjiw  (Papyr.  Brit.  Mus.,  CX,  lig.  10,  13,  17),  xô  Ssùxspov  axTi- 
pfÇwv  (Pap.  CXXX,  lig.  119),  ou  lûo;  ivaxoXtxôç  (Pap.  CX,  lig.  21.  Pap.  CXXX, 
lig.  103,  147),  éwoî  (ïrav  (CXXX,  lig.  137),  ou  encore  TZEpi-reioi  (CXXX,  lig.  160). 
Mars,  si  redoutable  à  l'état  rétrograde,  est  dit  irpouxtOwt  (?)  xot;  (ipi6|i.oîî 
(XCVIII,  lig.  25),  en  marche  directe. 


il4   CHAP.  IV.  —  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

nit,  l'imagination  qui  se  représente  la  planète  hésitant,  ralentis- 
sant son  mouvement  en  avant,  puis  s'arrêtant  devant  un  obstacle 
invisible,  puis  reculant  lentement,  comme  à  regret,  et  enfin, 
comme  délivrée  de  la  contrainte,  s'élançant  de  nouveau  en  avant, 
avec  une  rapidité  qui  est  comme  une  détente  de  résistance  accu- 
mulée. On  conçoit  que  l'astre,  pendant  qu'il  subit  cette  contrainte 
soit  considéré  comme  affaibli,  attristé,  ou,  s'il  est  malveillant  par 
nature,  plus  exaspéré  qu'à  l'ordinaire  et  par  là-même,  quoique 
affaibli,  plus  dangereux.  Nous  ne  trouverons  pas  de  meilleure 
raison,  mais  nous  en  trouverons  d'autres,  ou  plutôt  des  déguise- 
ments divers  de  la  même  idée,  dans  les  théories  sorties  des 
officines  philosophiques. 

Platon  enseignait,  d'accord  avec  le  pythagoricien  Alcmseon  et 
les  «  mathématiciens  »  en  général,  que  les  planètes  avaient  un 
mouvement  propre,  contraire  à  celui  de  la  sphère  des  fixes, 
mouvement  qui  tenait  à  l'élément  moins  pur  introduit  par  le 
Démiurge  dans  le  corps  et  l'âme  des  dieux-planètes.  Le  but  du 
créateur  avait  été  de  faire  des  planètes  des  instruments  propres 
à  mesurer  le  temps,  à  scander  la  durée  en  périodes  ou  «  années  » 
plus  longues  et  plus  variées  que  la  rotation  diurne  de  la  sphère 
éloilée  *.  Il  ne  s'agit  pas  là  d'un  mouvement  mécanique  S  mais 
d'une  marche  consciente  et  voulue,  quoique  rigoureusement 
circulaire.  Donc,  nulle  difficulté  d'expliquer  les  rétrogradations, 
lesquelles  sont  aussi  régulières  et  aussi  voulues  que  la  marche 
en  avant.  Les  planètes  obéissent  à  la  fois,  et  dans  la  mesure 
convenue,  à  leur  tempérament  propre,  qui  les  mène  à  contre-sens 

1.  Les  causes  finales  sont  toujours  faciles  à  trouver.  On  pouvait  dire  aussi 
que  le  mouvement  à  rebours  des  planètes  avait  pour  but  de  modérer,  à  la 
façon  d'un  frein,  celui  de  la  sphère  étoilée.  Nec  rota  per  gyrum,  quam  triidit 
machina  Olympi  \  Currere  sic  possit,  ni  septem  sidéra  tricent  (Incert.  ap.  Poet. 
lat.  min.,  V,  p.  351  Baehrens).  Enfin,  il  restait  toujours,  du  côté  de  l'agréable, 
la  musique  des  sphères,  quae  maxima  divis  |  Laetitiast  (Varr.  Atac,  in  Poet. 
Lat.  min.,  VI,  p.  334  Baehrens). 

2.  Comme  Platon  a  toujours  soin  de  mêler  dans  ses  raisonnements  le  pour 
et  le  contre,  il  introduit  dans  le  mouvement  conscient  des  astres  l'impulsion 
mécanique  sous  le  nom  d'  'Ava^xr,.  Tous  les  «  fuseaux  »  tournent  «  sur  les 
genoux  de  la  Nécessité  ».  Les  Stoïciens  appellent  généralement  le  mouvement 
propre  des  planètes  TrpoaipeTtx'ïi  [xÊv7i7t<;],  c'est-à-dire  «  préféré  »,  «  choisi  ». 
Dans  la  théologie  mazdéenne,  les  planètes  sont  des  êtres  malfaisants,  relevant 
du  mauvais  principe,  y  compris,  aux  yeux  de  la  secte  des  Zendiks,  le  Soleil 
et  la  Lune.  Ces  Zendiks  les  croyaient  animées  par  les  sept  pires  démons  [Divs) 
qu'y  avaient  emprisonnés  les  Esprits  célestes  au  service  d'Ormazd  (E.  Blochet, 
L'Oulama-i  Islam  in  Rev.  Hist.  Rel.,  XXÎ^VII,  [1898],  pp.  29  et  43).  C'est  évi- 
demment l'explication  mythique  du  mouvement  à  contre-sens  des  planètes. 


STATIONS    ET    RÉTRÔGKADATIONS    DES   PLANÈTES  ll5 

du  mouvement  «  premier  »  et  universel,  et  à  la  Raison  supérieure 
qui  leur  fait  partager  et  même  —  lors  des  rétrogradations  — 
devancer  ce  mouvement.  Proclus  ne  se  lasse  pas  de  répéter  qu'il 
n'est  nul  besoin  de  recourir  à  des  orbites  excentriques  ou  à  des 
épicycles  :  admettre  un  mouvement  excentrique  est  presque  une 
impiété,  et  la  théorie  des  épicycles  est  une  «  belle  conception  », 
mais  une  erreur,  démentie  par  le  texte  sacré  de  Platon  *.  Cela 
ne  l'empêche  aucunement  de  maintenir  les  dogmes  astrologiques; 
il  connaît  même  les  effets  que  produisent  sur  les  êtres  vivants  du 
monde  sublunaire  les  mouvements  directs  et  rétrogrades,  les 
déplacements  en  hauteur  et  en  latitude,  les  ralentissements  et 
accélérations  des  archétypes  célestes  ^  La  planète  qui  «  sous- 
trait »,  autrement  dit,  rétrograde,  enlève  quelque  chose  à  la 
vitalité  des  êtres  qui  subissent  son  influence. 

Le  grain  de  folie  mystique  qui  travaille  les  cerveaux  platoni- 
ciens n'entre  pas  dans  l'école  d'Aristote.  Le  maître  conserve 
encore  l'habitude  d'appeler  les  astres  des  êtres  divins  ;  il  les  croit 
animés,  doués  de  raison  et  obéissant  aux  causes  finales;  mais, 
en  fait,  il  les  traite  comme  des  mobiles  soumis  aux  lois  de  la 
mécanique.  En  ce  qui  concerne  leurs  distances  et  leurs  vitesses 
relatives,  il  s'en  rapporte  aux  «  mathématiciens  »  :  autrement 
dit,  il  accepte  les  tons  de  la  lyre  pythagoricienne.  Les  alternances 
de  mouvement  direct  et  rétrograde,  les  déplacements  en  profon- 
deur (^â8o;)  et  en  latitude  (uXàToç),  sont  expliqués  par  quantité  de 
cercles  directeurs,  correcteurs,  isolateurs,  dont  chacun  a  pour 


1.  Cf.  ci-dessus,  p.  24,  1.  La  théorie  des  épicycles  est  xal^  jièv  ÈTcîvoia  xal 
'\>'jyjxï<;  èjxTrpéxouffa  Xoytxaîî,  Tf,;  5è  tôiv  SXwv  àaxoyo;  œûaswî,  •?,;  |j.ôvoi;  dcm'ki&z-zo 
nXâxwv  {In  Tim.,  p.  272  B).  Ces  mouvements  ne  sont  l'eflet  ni  d'un  ralentis- 
sement ni  d'aucune  force  mécanique,  iXkà  irav-ua/oï  îpepoixévwv  xwv  è%el 
ffwjAâxwv  ôià  T>iv  Ttov  4"jy.wv  xwv  xivouaûv  irpôç  5X>ia  xal  îKXa.  voTjfftv  (Procl.,  in 
Anal.,  V,  2,  p.  73  Pitra).  La  précession  des  équinoxes  surtout,  qui  suppose 
un  mouvement  à  rebours  de  la  sphère  des  fixes  elle-même,  est  une  hérésie 
qu'il  combat  de  toutes  ses  forces,  invoquant,  après  Platon,  les  Chaldéens,  les 
Egyptiens  ot  les  oracles,  la  parole  même  des  dieux  «  qui  connaissent  bien 
leurs  propres  affaires  »  (al  twv  9câ)v  9T,[iat,  jaçwç  xà  aûxwv  etSdxwv,  ibid.,  p.  77). 
On  ne  nous  en  voudra  pas  de  classer  Proclus  parmi  les  théologiens  (ci-après, 
ch.  xvi). 

2.  Ibid.,  pp.  75-76.  L'auteur  de  VHermippus  sait  que  l'irrégularité  des 
mouvements  planétaires,  produite  par  conflit  entre  l'Intelligence  et  la  Matière, 
a  pour  but  de  varier  les  combinaisons  sur  terre,  Stcu;  tcoixC^wi;  xotç  èi:l  yî^ç 
itpoTçipoivxo  (I,  4,  §  31).  Il  pense  aussi  que  les  planètes  s'éloignent  à  certains 
moments  de  la  Terre  et  se  rapprochent  du  ciel,  ottwî  sXxwtiv  èxEÏOev  xi  eeiôxepov, 
xaxtévat  5'  ècp'  w  |i.sxa5oî»v  xot?  sitl  -piç  (H,  14,  §  127).  Tout  cela  est  très  naïf  et 
très  platonicien. 


H6   CHAP.  IV.  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

moteur  une  âme  spéciale  et  tourne,  comme  le  veut  le  dogme 
traditionnel,  d'un  mouvement  circulaire  et  égal  (ôjxaXûx;).  Aristote 
n'avait  pu  amener  le  système  à  l'unité  parfaite  :  il  lui  manquait 
l'unité  dans  la  direction  générale  du  mouvement,  unité  postulée 
par  l'impulsion  unique  du  «  premier  moteur  »,  mais  contredite 
par  les  faits.  Ses  disciples  crurent  réussir  là  où  le  maître  avait 
échoué.  Ils  inventèrent  ou  empruntèrent  la  théorie  du  «  retard  » 
(ÔTtéXettj^ti;)  K  Les  planètes  ne  marchent  pas  à  l'encontre  de  la 
sphère  étoilée  :  elles  retardent  simplement  sur  le  mouvement 
général  d'Orient  en  Occident,  et  elles  semblent  marcher  d'autant 
plus  vite  en  sens  contraire  qu'elles  retardent  davantage.  Ainsi,  la 
Lune  est  de  toutes  les  planètes  la  plus  lente,  et  Saturne  la  plus 
rapide;  chose  facile  à  comprendre,  puisque  Saturne  est  au  plus 
près,  la  Lune  au  plus  loin  de  la  sphère  extérieure  qui  entraîne  le 
tout. 

Cette  doctrine,  déjà  réfutée  par  Géminus  ^  fut  développée, 
adaptée  aux  systèmes  concurrents  des  excentriques  et  des  épicy- 
cles,  par  le  péripatéticien  Adraste  d'Aphrodisias,  qui  vivait  au 
temps  des  Antonins.  Adraste  ^  parvenait  à  rendre  compte  des 
apparences  en  faisant  tourner  les  planètes  sur  leurs  épicycles 
dans  le  même  sens  que  la  sphère  des  fixes.  Bon  géomètre,  mais 
mauvais  physicien,  il  n'avait  oublié  qu'une  apparence,  le  princi- 
pal élément  du  problème  :  c'est  que,  quand  les  planètes  rétro- 
gradent (ce  qu'il  appelle  marcher  en  avant),  elles  paraissent  plus 
grosses  et  sont,  par  conséquent,  plus  près  de  la  Terre,  tandis  que 
sa  théorie  les  faisait  rétrograder  en  allant  vers  leur  apogée  *. 

Les  astrologues  auraient  pu,  en  tout  cas,  tirer  de  ce  système 
paradoxal  une  raison  expliquant  pourquoi  l'action  des  planètes 
s'affaiblissait  durant  les  rétrogradations,  les  planètes  se  trouvant 


1.  Doctrine  uTcô  xoXXûv  œiXoaôtowv  eipT^tiévr,  (Gemin.,  Isag.,  10)  —  dira 
Tûv  irpsdêuTs.pwv  iiroStSofxévTi  (Dercyllid.  ap.  Theon.  Smyrn.,  p.  200  Hiller), 
attribuée  à  Anaxagore,  Démocrite  et  Cléanthe  (Plut.,  Plac.  phil.,  II,  16.  Stob., 
Ed.,  I,  24,  1.  Cf.  Diels,  p.  345).  —  Peripateiicorum  dogma  (Mari.  Cap.,  VIII, 
853).  Hermès  Trismégiste  (ap.  Stob.,  Ed.  phys.,  21,  9,  p.  472)  tient  aussi  pour 
rtncôXEnj^iî.  Il  explique  que  les  planètes  vont  à  rencontre  du  mouvement  uni- 
versel 5ià  TÔ  PpaSuTspav  xîvT^aiv  xivsTaOai  toû  TravTÔ;  y-Ùy-Iov. 

2.  Géminus  allègue  trois  raisons,  dont  une  au  moins  est  capitale  :  c'est  que, 
si  les  planètes  retardaient  simplement,  elles  resteraient  sur  les  mêmes  paral- 
lèles et  ne  se  déplaceraient  pas  obliquement  en  latitude. 

3.  Adrast.  ap.  Theon.  Smyrn.,  pp.  147-198  Hiller. 

4.  Cette  erreur  —  et  sans  doute  le  système  avec  lequel  elle  fait  corps  —  se 
trouve  déjà  dans  Pline,  pour  qui  les  planètes  minimae  cemuntur  et  altissime 
absunt  in  vespertino  exortu  (ci-après,  p.  119,  1). 


STATIONS  ET  RÉTROGRADATIONS  DES  PLANÈTES       117 

alors  plus  loin  de  la  Terre  :  mais  les  péripatéticiens  ne  travaillaient 
pas  pour  les  astrologues.  On  ne  mentionne  ici  leur  «  dogme  » 
que  pour  rendre  compte  du  désarroi  jeté  dans  le  vocabulaire  des 
scoliastes,  qui,  tiraillés  entre  deux  conceptions  opposées,  ne 
savent  plus  ce  qu'il  faut  entendre  par  «  avancer  »  ou  «  rétrogra- 
der »,  par  planètes  lentes  et  planètes  rapides  *. 

Il  est  temps  de  consulter  les  astrologues  proprement  dits  ou 
«  Chaldéens  »,  des  Ghaldéens  dont  le  masque  ne  trompe  per- 
sonne. Donc,  ces  Chaldéens  avaient  remarqué  un  fait  dont  les 
inventeurs  d'excentriques  et  d'épicycles  n'avaient  pas  su  tirer 
parti  :  c'est  que  les  stations  et  rétrogradations  des  planètes  sont 
en  rapport  étroit  avec  les  mouvements  du  Soleil  ^  Ils  étaient  sur 
la  voie  qui  aurait  pu  les  mener  à  découvrir  que  les  planètes 
tournent  autour  du  Soleil  et  que  les  phénomènes  à  expliquer 
sont  de  pures  apparences.  Mais  ils  s'arrêtèrent  en  chemin  ^.  Ils 


1.  Il  arrive  à  Sénèque  d'appeler  Saturne  velocissimum  sidus  (Sen.,  Q.  Nat.,  I, 
Prooem.,  11)  et  de  dire  ailleurs  :  Stella  Saturni,  quae  ex  omnibus  iter  suum 
lentissime  efficit  (ib.,  VII,  29),  équivoque  possible,  même  sans  le  dogme  péri- 
patéticien,  en  considération  du  mouvement  diurne.  Quant  au  renversement 
des  termes  irpoiroS  iÇeiv  et  ivaitoSt Çetv,  il  y  en  a  un  exemple  curieux 
dans  VIsagoge  de  Porphyre  (pp.  183-187).  Dans  le  langage  courant,  avancer 
(irpoiroSiÇsiv  —  toiî  àptefioîî  TzpoQ-ziUwai),  pour  les  planètes,  signifie  aller  à  ren- 
contre du  mouvement  diurne,  suivant  l'ordre  des  signes  du  Zodiaque  (ek  xà 
ÉTtôjjLeva);  reculer  (àvaTroSfÇEtv  -  O-rcoTtoSiÇeiv  -  àîpatpeîv),  c'est  aller  dans  le 
sens  du  mouvement  diurne  (ek  xà  -îiYoûixsva  ou  i:poTiYoû|xsva).  Or,  à  la  page  184, 
le  scoliaste  parle  comme  un  péripatéticien  en  disant  lirl  Tà-f,Yoij[X£va  irpoico- 
SiÇovTEî.  Quelques  lignes  plus  loin  (p.  185),  il  explique  que  les  planètes 
marchant  vers  leur  «  première  station  »,  c'est-à-dire  vers  l'Orient,  irooiro- 
5i!;£iv  àpy ovxai;  il  parle  comme  Ptolémée,  et  il  le  constate:  irpoTtoStÇsiv 
Xéysi  ô  œiXôjO'fOî  TÔ  st;  xà  I  irôix  sv  a  xCvriatv  uotïïffôai  •  ut:o  n  o  6  iÇeiv  Se  xè 
slî  xà  T:po-riYoij|ji£va.  De  peur  d'équivoque,  suit  une  définition,  ajoutée 
par  lui  ou  par  un  autre  :  ui:o-7:oSi(T[jl6<;  i\  i'fafpeat;  xaxà  (xf,>coi:.  Mais  cette 
définition  est  aussitôt  renversée  par  la  plume  d'un  péripatétisant,  qui  écrit  à  la 
suite  :  ousp  t:  poTiY'n'r 'î  xaXeïxai  !  11  y  a  là  des  interpolations  dues  à  l'obses- 
sion du  dogme  péripatéticien,  à  moins  que  ce  ne  soit  à  l'habitude  vulgaire  de 
ne  considérer  que  le  mouvement  diurne,  en  vertu  duquel  tous  les  astres 
«  avancent  »  d'Orient  en  Occident.  C'est  ainsi  que  les  astronomes  appellent 
encore  «  précession  »  la  rétrogradation  des  équinoxes  d'Orient  en  Occident. 
Un  usage  assez  amphibologique  aussi  est  de  qualifier  les  deux  stations  («jx-rj- 
ptYH-o  0  d'après  le  mouvement  qui  va  suivre,  d'appeler  la  première  station 
àçaipexixé;  —  h  èizl  àçaipsaiv,  et  la  seconde  it  p  ouOsx  nt(5î  —  èizl  itpôaOe- 
atv  (Porphyre,  Isag.,  p.  184.  Anon.,  p.  135.  Paul.  Alex.,  fol.  Gv). 

2.  C'est-à-dire,  dans  notre  système  héliocentrique,  avec  le  mouvement  de  la 
Terre,  unique  cause  des  rétrogradations  apparentes  des  planètes,  qui  sont  un 
etfet  de  perspective. 

3.  Héraclide  de  Pont  aussi  s'était  arrêté  :  il  faisait  tourner  autour  du  Soleil 


H8   CHAP.  IV.  —  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

pensaient  que  les  planètes  sont  menées  par  le  Soleil  \  lequel, 
suivant  la  position  qu'il  occupe  relativement  à  elles,  les  pousse 
en  avant,  les  arrête,  les  chasse  en  arrière;  et  cela  mécanique- 
ment, sa  puissance  s'exerçant,  comme  toute  influence  astro- 
logique, suivant  certains  angles  ou  «  aspects  ».  Pour  les  pla- 
nètes les  plus  éloignées  et  les  plus  grosses,  comme  Saturne  et 
Jupiter,  la  poussée  du  Soleil  n'atteint  l'intensité  nécessaire  pour 
changer  la  direction  du  mouvement  qu'en  aspect  trigone,  lors- 
que le  Soleil  est  à  environ  120°  à  droite  ou  à  gauche  de  la  pla- 
nète. En  revanche,  un  astre  léger  et  placé  à  proximité,  comme 
Mars,  obéit  —  du  moins,  Pline  le  prétend  —  à  la  poussée  plus 
modérée  qui  s'exerce  en  aspect  quadrat,  c'est-à-dire  sous  un 
angle  de  90",  à  droite  ou  à  gauche.  Les  planètes  sont  comme  des 
balles  que  la  raquette  solaire,  plus  agile  qu'elles,  vient  rece- 
voir et  relancer,  tantôt  d'Occident  en  Orient,  tantôt  d'Orient  en 
Occident  ^ 


Mercure  et  Vénus  (Chalcid.,  In  Tim.,  c.  109),  les  deux  planètes  quae  SoH 
oboediant  (Cic,  Nat.  Deor.,  II,  46),  mais  non  pas  les  planètes  «  supérieures  ». 
Cf.  ci-dessus,  p.  107,  3. 

1.  Sous  sa  forme  générale,  cette  idée  se  rencontre  partout.  Cum  caeli  con- 
versiones  commutationesque  tantae  fiant  accessu  slellarum  et  recessu,  cumqiie 
ea  vi  solis  efficiantur  etc.  (Cic,  Divin.,  II,  42).  C'est  la  raison  pour  laquelle  le 
Soleil  est  au  milieu  des  planètes,  xaOdTcsp  r;)ioyo<i  i-^afyb^  -zb  xoO  xôajAou  itp[jia 
ia<pa)kwî  èXauvwv  {Hermipp.,  II,  16,  §  116).  Chaldaei  —  ante  omnia  igitur  dicunt 
actum  vitamque  .nostram  stellis  esse  subjeclam,  sed  ipsarum  motus  scliema- 
taque  et  effectus  a  sole  crebro  immutari,  etc.  (Censorin.,  8).  Une  planète  en 
station  in  eodem  manel  signo,  donec  ab  eodem  sole  moveatur  (Censorin.,  Fr., 
p.  59  Hultsch).  Même  les  poètes  le  savent  :  Sol  —  Mutât  nocte  diem,  radiisque 
potentibus  astra  \  Ire  vetat,  cursuque  vagos  stalione  moratur  (Lucan.,  Phars., 
X,  201).  La  théorie  exposée  ci-après  est  faite  pour  les  trois  planètes  supé- 
rieures. Les  autres  «  obéissent  au  Soleil  »  sans  doute,  mais  sans  souci  aucun 
des  aspects  astrologiques  ;  itpôi;  jjlèv  tôv  Tj^iov  oûxe  iptyiovov  itotoûatv,  oOte  éÇd- 
ywvov,  oÙTs  xtva  axTi(J.aTta[xôv  (Schol.  Paul.  Alex.,  F  4  v). 

2.  Errantium  autem  très,  quas  supra  Solem  diximus  stare  —  radiorum  ejtis 
contactu  reguntur,  et  in  triquetro  a  partibus  CXK  stationes  matutinas  faciunt, 
quae  et  primae  vocantur  :  mox  in  adverso  a  partibus  CLXXX  exortus  vesper- 
tinos,  iterumque  in  CXX  ab  alio  latere  adpropinquantes  stationes  vespertinas, 
quas  et  secundas  vocant,  donec  adsecutus  in  partibus  duodenis  occultet  illas, 
qui  vespertini  occasus  vocantur.  Martis  Stella  ut  propior  etiam  ex  quadrato 
sentit  radios,  a  XC  partibus,  unde  et  nomen  accepit  motus  primus  et  secundus 
nonagenarius  dictus  ab  utroque  exortu  (Plin.,  II,  §§  59-60).  Martianus  Capella 
(VIII,  887)  reproduit  presque  mot  pour  mot  l'assertion  de  Pline.  Plus  loin, 
Pline  expose  la  raison  physique  du  phénomène  :  Percussae  in  qua  diximus 
parte  et  triangulo  solis  radio  inhibentur  rectum  agere  cursum,  et  ignea  vi 
levantur  in  sublime.  Hoc  non  protinus  intellegi  potest  visu  nostro,  ideoque 
existimantur  stare,  unde  et  nomen  accepit  statio.  Progreditur  deinde  ejusdem 


STATIONS  ET  RÉTROGRADATIONS  DES  PLANÈTES      119 

Pour  rendre  le  système  intelligible  et  mettre  par  surcroît  le 
lecteur  à  même  de  comprendre  Ptolémée  ou  ses  commentateurs, 
il  faut  recourir  à  une  représentation  graphique  des  mouvements 
apparents  des  planètes  supérieures,  comparés  aux  positions 
simultanées  du  Soleil.  Le  compas  est  seul  à  même  de  traduire  le 
grec  de  Porphyre  ou  de  Paul  d'Alexandrie,  et  ce  n'est  pas,  je 


radii  violentia  et  retroire  cogit  vapore  percussas.  MuLto  id  magis  in  vespertino 
earum  exortu,  tolo  Sole  adverso,  cum  in  summas  apsidas  expelluntur  mini- 
maeque  cernuntur,  quoniam  altissime  absunt,  etc.  (Plin.,  II,  §§  69-70).  Pline 
se  van!e  d'être  le  premier  à  exposer  cette  théorie  (a  nullo  ante  nos  reddila, 
§  71).  Sa  part  d'originalité  consiste  peut-être  à  avoir  combiné  deux  systèmes 
dont  chacun  se  sufBt  à  lui-même,  le  système  des  excentriques  ou  des  épicycles 
et  le  système  chaldéen.  Ou  bien,  il  n'a  pas  reconnu  la  presque  identité  de  sa 
théorie  avec  celle  qu'a  recueillie  Vitruvc  (IX,  1),  théorie  plus  conforme  à  nos 
idées  modernes,  en  ce  sens  que  la  répulsion  y  est  remplacée  par  l'attraction . 
Vitruve  rejette,  au  nom  du  bon  sens,  l'explication  inepte  qui  prétendait  que 
les  planètes  s'arrêtent  quand  le  Soleil  est  trop  loin  d'elles,  parce  qu'elles  ne 
voient  plus  leur  chemin  —  aiu7it  soient  cum  longiiis  absit  abstantia  quadam, 
non  lucidis  itineribns  errantia  per  ea  sidéra  obscuratis  morationibus  impediri. 
11  pense  que,  de  même  que  la  chaleur  solaire  attire  les  plantes  et  élève  les 
vapeurs,  de  même  le  Soleil  attire  les  planètes,  les  entraînant  quand  il  est 
devant,  les  retenant  quand  il  est  derrière  —  eadem  ratione  Solis  irnpetus 
vehemens,  radiis  trigoni  forma  porrectis,  insequenles  slellas  ad  se  perducit  et 
ante  currenfes  veluti  refrenando  retinendoque  non  palitur  progredi,  sed  ad 
se  cogit  regredi  et  in  alterius  trigoni  signiim  esse.  Mais  pourquoi  le  trigone? 
Vitruve,  embarrassé,  assure  que  si  les  rayons  solaires  agissaient  sous  n'importe 
quel  angle,  propiora  flagrarent  (ci-dessus,  p.  81,  3),  et  il  cite  Euripide  à  l'appui. 
En  somme,  le  dogme  astrologique  s'impose  à  lui  :  il  croit  que  le  Soleil  n'a 
d'action  qu'en  trigone,  lorsque  nec  plus  nec  minus  est  ad  quintum  ab  eo  signo. 
Quant  à  Pline,  son  théorème  est  entaché  de  plus  d'une  erreur.  Il  enseigne, 
comme  chose  reconnue  [convenit  -  confessum  est,  sans  doute  chez  les  péripa- 
téticiens,  cf.  ci-dessus,  p.  116),  que  les  planètes  sont  au  périgée  et  en  mouve- 
ment accéléré  in  occasu  vespertino;  k  l'apogée  et  en  mouvement  ralenti  in 
vespertino  exortu;  ce  qui  est,  si  je  ne  me  trompe  (voy.  tig.  1  et  2),  le  contre- 
pied  de  la  vérité.  Ensuite,  le  inotus  nonagenarius  de  Mars  est  une  hypothèse 
improvisée.  Astronomes  et  astrologues  avaient  remarqué  la  marche  capri- 
cieuse de  la  planète,  ses  grandes  inégalités  de  vitesse  apparente,  mais  je  ne 
vois,  pour  appuyer  le  dire  de  Pline,  que  Porphyre,  qui  place  les  «  anoma- 
lies »  (stations)  de  Mars  à  82"  ou  86»  du  Soleil  (p.  184),  et  Paul  d'Alexandrie 
(Gv  et  G  3  v)  :  oùSà  yip  Iv  xaî<:  p%'  (120")  [xofpai;  ouxoî  (Mars)  axT^pi^zi,  àlW 
£v  it6'  Ti  Ttô'  (82»  ou  84").  Encore  se  pourrait-il  qu'on  eût  retouché  les  chif- 
fres. Je  suppose,  d'après  la  fig.  2  ci-dessous,  que  Pline  a  mal  compris  ses 
auteurs,  et  que  le  motus  nonagenarius  signifie,  non  pas  que  le  Soleil  est 
en  aspect  quadrat  avec  la  planète  au  moment  où  il  lui  imprime  le  mou- 
vement rétrograde,  mais  qu'il  recommence  à  agir  sur  elle  après  s'être  déplacé 
lui-même  d'environ  90  degrés  (78<»  dans  la  figure).  Pline  a  recueilli  encore 
à  ce  sujet  des  sécréta  naturae  que  nous  pouvons  lui  laisser  pour  compte 
(§§  77-78). 


120   CHAP.  IV. 


LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 


pense,  un  inconvénient  que  le  sujet  appartienne  autant  ou  plus  à 
l'astronomie  qu'à  l'astrologie  ancienne. 


1 .  Pour  obtenit  une  projection  sur  la  sphère  céleste  conforme  aux  appa- 
rences réelles,  le  centre  du  mouvement  de  la  planète  est  pris  sur  le  Soleil, 
qui,  lui,  est  censé  tourner  autour  de  la  Terre  :  c'est  le  compromis  imaginé 
par  Tycho-Brahé.  L'explication  donnée  pour  Jupiter  vaudra  pour  Saturne,  dont 
l'orbite,  vu  l'obligation  d'observer  la  proportion  des  distances,  n'eût  pu  entrer 
dans  une  figure  aussi  exiguë.  Soit  le  point  de  départ  en  conjonction  (aûvoSo;), 
la  Terre  (T),  le  Soleil  (S)  et  Jupiter  ipf)  étant  sur  une  même  ligne,  "if  est 
ïn:ixuyo(i-combustus.  Quand  S*  est  parvenu  à  environ  120°  (aspect  trigone)  du 
point  où  est  arrivé  ^i  (lequel  marche  environ  douze  fois  [11,86]  plus  lente- 
ment), la  première  station  se  produit  :  éwo  t  [lèv  ôvteç  (à  droite  du  Soleil  et  se 
levant  avant  lui)  iitoaTivxsç  6à  itepl  [Aoipa;  px'  [TrT^Éov  r^  è'Xaaffov,  Paul.  Alex.,  Gv], 
TÔv  iipwTov  fftr, p  tyjjiôv  TtoioOvtai  (Porph.,  p.  183).  Puis  la  rétrogradation 
commence.  Quand  2/^2  est  au  périgée  et  en  ligne  avec  T  et  S^,  il  se  lève  au 
moment  où  le  soleil  se  couche  (àxoévu^oî)  :  ûiroTroStÇovxsç  èir'  ixpôw^ov 
•j5épov[Tai]  -/al  xaxà  5ia'[jisTpov  Tt^  TiXio)  ff5(''n!J-*'^'Ç<5[jLEvoi  xal  <îf}jLa  tti  Sûnei  auTOÛ 
xa-rapxàî  tf.;  vuxxôî  i^^oLxéXkùyxsi  (ibid.).  La  rétrogradation  continue  jusqu'au 
moment  où  le  Soleil  S^  se  trouve  à  environ  120"  (en  aspect  trigone  à  droite) 


STATIONS    ET    RÉTHOfiRADATIONS    DES    PLANÈTES 


121 


Le  système  «  chaldéen  »  rendait  très  bien  compte  de  l'affaiblis- 
sement et  de  la  mauvaise  humeur  des  planètes  durant  la  rétro- 


Fig.  2.  Mouvement  de  (^ 


gradation.  Contrariées,  elles  se  vengeaient  de  leur  humiliation 
et  employaient  à  mal  faire  le  peu  d'énergie  qui  leur  restait. 
On  est  tenté  de  reporter  à  des  Chaldéens  authentiques  ou  à  des 


de  la  planète  ^^,  qui  s'arrête  en  deuxième  station  :  àizb  ttiî  àxpovûxTOu  8' 
waaijTwi;  toT;  àpi6jxoîç  àcpaipoOvtsi;,  Tcal  îtzI  tô  éuôfxevov  xptvwvov  xoû  i{kiQu  é'Kr^'ku- 
66t2î,  tôv  ôcjxspov  •rcoioûvtat  dx-riptyiiôv  (Porph.,  ihid.).  Aussitôt  la  pla- 
nète reprend  son  élan  en  avant  avec  un  mouvement  accéléré;  mais  le  Soleil 
la  gagne  de  vitesse  et  la  rejoint  en  nouvelle  conjonction  :  auOiî  toïî  ipiSixoiî 
irpocrxtOévTSî  [ip^ifievoi  icpoiroSiÇsiv  èirl  toutou  toû  ffj^TijjLaTOî,  Ta^^tepav  TTiv 
x(vT,ffiv  TTOtoûvTat,  TtpoaeeTtxol  Toîî  ipiOiioï;  èitl  toû  ZtoSiaxoO  Ytv(5(j.evot,  Paul. 
Alex.,  ibid.]  %cd  xaTaaTr.aavTc;  etç  tV  Izavacsopiv  toû  f,Xtou  xal  t^^v  éjiTEpfav 
TrotTjadtjisvot  Sûuiv  èxt  «rûvoSov  àœtxvoûvTai  (Porphyr.,  pp.  183-184). 

1.  La  figure  montre  la  grande  inégalité  du  mouvement  apparent  de  la  pla- 
nète, qui,  sur  une  durée  de  révolution  de  687  jours  environ,  emploie  près  de 
quatre  mois  à  décrire  sa  petite  boucle.  La  position  respective  de  Mars  et  du 


122   CHAP.  IV.  —  LES  PLANÈTES  ET  LES  TYPES  PLANÉTAIRES 

rénovateurs  de  vieilles  superstitions  orientales  l'idée  baroque  qui 
consiste  à  assimiler  aux  planètes  et  à  noter  dans  les  thèmes  de 
géniture  les  nœuds,  ascendant  {Q  àvaêtêâÇwv  [auvSeajjL-i;])  et  descen- 
dant (^  xaxaêtSâÇwv)  de  Torbite  lunaire,  qui  font  le  tour  de  Téclip- 
tique  en  dix-huit  ans.  Ptolémée  ne  connaît  pas  ou  ne  veut  pas 
connaître  ces  planètes  fictives  :  mais  Tertullien,  un  demi-siècle 
plus  tard,  parle  déjà  de  l'influence  que  leur  attribuaient  les  astro- 
logues *.  Les  Grecs  du  Bas-Empire  et  surtout  les  Arabes  firent 
grand  état  des  nœuds  écliptiques,  appelés  la  Tête  Q  et  la  Queue  ^ 
du  Dragon.  Cette  notoriété  du  Dragon  chez  les  Grecs  d'Asie  et  les 
Arabes  est  à  elle  seule  un  indice.  On  sait  que  le  pôle  par  excel- 
lence était  pour  les  Chaldéens  le  pôle  de  l'écliptique,  lequel  est 
dans  la  constellation  du  Dragon.  Le  Dragon  devait  être  Anou 
lui-même.  Pour  les  Gnostiques  dont  parle  l'auteur  des  Philosophu- 
mena  ^,  le  Dragon  était  un  monstre  qui  surveillait  de  là-haut 
l'univers  entier,  et  au  levant  et  au  couchant.  De  là  l'idée  d'allon- 
ger sa  tête  jusqu'à  l'Orient,  sa  queue  jusqu'à  l'Occident.  Ce  furent 
probablement  les  fabricants  d'oracles  chaldéens  —  des  contem- 
porains de  Ptolémée  —  qui  se  chargèrent  de  mettre  dans  celte 
posture  le  grand  Dragon  que  le  démiurge  créa  même  avant  les 
signes  du  Zodiaque  et  les  planètes  ^.  Comment  et  pourquoi  la 

Soleil  au  moment  des  stations  (première,  ©  4  et  çf  4;  seconde,  ©  6  et  (^  6) 
ne  répond  ni  au  trigone  (120O)  ni  au  quadrat  (90°).  Voy.  ci-dessus,  pp.  118-119. 
\.  Fartasse  et  Anabihazon  obstabat,  aut  aligna  malefica  Stella,  Satumus 
quadratus  aut  Mars  trigonus  (Tert., /n  Marcion.,  I,  18).  L'dvaSiSdîÇwv  et  le 
xaTaêtêâÇwv  figurent  dans  les  thèmes  de  Tastrologue  Palchos.  Dans  les  compi- 
lations faites  au  xvi"  siècle  d'après  les  Arabes,  les  Caput  et  Cauda  Draconis 
sont  traitées  absolument  comme  des  planètes,  l'une  masculine  [Caput),  l'autre 
féminine  {Cauda).  Dans  le  papyrus  CXXX  du  Brit.Mus.,  (81  p.  Chr.),  on  voit 
notés  la  Lune  iiri  tt^î  paj^euç  dcvaê  lëa^o  Caa  Toij  Tajpou,  Saturne  ixt  toû 
yeXEtSovta{ou  'I^Oûo;  vcaTaêtSâÇtov.  Ces  mots  «  monter  »  et  «  descendre  » 
signifient  être  au  N.  ou  au  S.  de  l'équateur.  C'est  plus  tard  sans  doute  que  les 
astrologues,  se  bornant  à  la  Lune  et  l'étudiant  de  plus  près,  ont  eu  l'idée  de 
tenir  compte  des  nœuds  mobiles  de  l'orbite  lunaire  et  de  considérer  la  Lune 
comme  montant  et  descendant,  non  plus  par  rapport  à  l'équateur,  mais  par 
rapport  à  l'écliptique. 

2.  TeTd5(6ai  yàp  vopitÇouiTi  xa-cà  tôv  àpxTixôv  •!r6>iOv  tôv  Apdtxovxa,  t6v  ôtptv,  dTtô 
TOÛ  Cii^TlXoTixou  Tr6Xou  TCdîvTa  eictêXéTcovTa  xaî  itdcvTa  ètpopwvTa  x.  t.  X.  —  Kaxà 
yàp  T-^v  Sûatv  xal  ivaToXV  xwv  Sûo  ■fijjLi(j»atp{wv  Tceïxat  tô  xicpstî^atov  toû  Apixovxoî 
(IV,  6,  §  3). 

3.  Dans  les  Chaldaica  (Pitra,  Anal.,  V,  2,  p.  300)  :  "EitXaasv  ô  Ilâvaofpoç  fjièv 
Spâxovxa  Ttdtvu  [lÉYav  xatà  [xf.xo;  xal  TtXâxoî  xal  pd6oi;,  ÇoîposiSf,  Ijjovxa  xe<paXiiv, 
TÔV  XeyÔ[j.evov  ivaê  lêdÇovTa  etî  àvaTO>vT|V,  xal  t-^-.v  oùoàL^  aÙTOÛ  tôv  XsyéiJis- 
vov  xa  TaêiêdÇovTa  eIî  Suuiv.  Ces  deux  entités  pseudo-planétaires  ont  dû 
être  ajoutées  aux  sept  planètes  par  des  partisans  des  cycles  novénaires,  qui 
échappaient  ainsi  à  la  tyrannie  des  septénaires. 


TÊTE    ET   QUEUE    DU    DRAGON  123 

tête  du  Dragon  fut-elle  assimilée  au  nœud  ascendant  de  l'orbite 
lunaire  *,  supposé  à  l'Orient,  et  la  queue  au  nœud  descendant, 
nous  ne  sommes  pas  obligé  de  le  savoir.  Une  raison  qui  se  pré- 
sente d'elle-même,  c'^st  que  tous  les  peuples  primitifs  croient  la 
lune  avalée  par  un  dragon  quand  elle  s'éclipse  ^  ;  la  tête  du  Dra- 
gon tout  au  moins  était  bien  placée  à  un  nœud  écliptique.  Comme 
les  nœuds  se  déplacent  d'un  mouvement  assez  rapide,  plus  rapide 
que  celui  de  Saturne^,  il  n'est  pas  étonnant  que  les  astrologues 
en  aient  tenu  compte,  à  titre  de  lieux  d'abord,  influant  sur  les 
planètes,  puis  à  titre  d'entités  planétaires,  ayant  aussi  leur  tem- 
pérament propre,  leurs  sympathies  et  leurs  antipathies. 

Mais  le  moment  est  venu  de  songer  que  les  planètes  ne  tirent 
pas  toute  leur  efficacité  de  leurs  qualités  intrinsèques.  Leur 
action  dépend  en  grande  partie  et  de  leurs  positions  respectives 
et  de  la  collaboration  qu'elles  rencontrent  aux  diverses  étapes  de 
leur  route. 


1.  Toutes  les  planètes  ont  un  nœud  ascendant  et  un  nœud  descendant  : 
mais  les  astrologues  n'ont  tenu  compte  que  de  ceux  de  l'orbite  lunaire.  On 
trouve  au  moyen  âge  le  CapiU  logé  dans  le  Bélier  et  la  Cauda  dans  la  Balance, 
c'est-à-dire  comme  nœuds  de  l'orbite  solaire  ou  écliptique  (cf.  P.  Meyer  in 
Romania,  XXVI  [1897],  p.  260). 

2.  Les  Romains  en  étaient  encore,  au  temps  de  l'Empire,  à  faire  tapage  pour 
secourir  la  Lune  éclipsée.  Jam  nemo  tubas,  nemo  aéra  fatigat  :  |  Una  laboranti 
potei'it  siiccurrere  Lunae  (Juven.,  VI,  442),  usage  attesté  par  Liv.,  XXVI,  5; 
Plin.,II,  §  54;  Plut.,  Paul.  Aemil.,  17.  Defac.  in  orbe  lun.,  p.  944;  TiC^Ann., 
I,  28.  Le  bruit  devait  eUrayer  le  dragon  ou  déranger  le  maléfice  des  sorcières 
qui  détachaient  la  Lune  de  là-haut. 

3.  Le  cycle  de  la  révolution  des  nœuds,  qui  sert  à  prévoir  le  retour  des 
éclipses,  est  de  6,793  jours  ou  18  ans  2/3.  Les  Chaldéens  (?)  l'avaient  estimé  à 
223  lunaisons  tropiques  ou  6,385  jours  1/3. 


CHAPITRE  V 


LA   ROUTE  DES   PLANÈTES  OU  ZODIAQUE 


On  entend  par  Zodiaque  (ZwStaxoç  Y.\ivXoc -  Signifer)  une  bande 
de  la  voûte  céleste,  assez  large  pour  contenir  toutes  les  orbites 
planétaires  diversement  inclinées  sur  la  ligne  médiane  ou  éclip- 
tique  (ô  Stà  [xâaou  xuxXo;),  route  du  Soleil,  laquelle  est  elle-même 
inclinée  de  près  de  24°  sur  le  plan  de  Téquateur.  Son  nom  lui 
vient  des  signes  (!It}»8ta)  ou  figures  imaginaires,  appliquées  à  des 
constellations  réelles  disséminées  sur  son  parcours  *. 

L'enquête  instituée  plus  haut  sur  l'origine  du  Zodiaque  a  mis  à 
peu  près  hors  de  cause  les  Égyptiens,  qui,  si  on  comptait  les 
suffrages  au  lieu  de  les  peser,  auraient  pour  eux  la  majorité  des 
voix.  L'illusion  qui  leur  a  valu  ce  qu'on  pourrait  appeler  cet 
honneur  posthume  est  due  en  grande  partie  aux  faussaires  alexan- 
drins ;  en  partie,  au  fait  que  le  Zodiaque  s'est  surchargé  à  une 
certaine  époque  de  figures  nouvelles  ou  «  décans  »,  d'origine 
incontestablement  égyptienne  ;  pour  le  reste,  à  la  routine  des 
compilateurs,  qui  multiplie  les  témoignages  sans  en  augmenter  la 
valeur.  Par  contre,  les  Chaldéens  conservent  quelques  droits  sur 
l'idée  première  d'une  construction  qui  a  été  régularisée,  adaptée 
aux  usages  astronomiques  et  astrologiques  par  les  Grecs.  Les 
Chaldéens,  en  effet,  préoccupés  surtout  des  planètes,  devaient  être 


1.  Zodiacum  hune  Graeci  vocitant,  nostrique  Latini  \  Orbem  signiferum  perhi- 
bebunt  nomine  vero  (Cic,  Arat.,  317).  —  Dislinet  aequato  caelum  discrimine 
metas  \  Propter  signiferi  posituram  totius  orbis  (Lucret.,  V,  689).  —  Nilet 
ingenti  stellatus  balteus  orbe  (Manil.,  I,  679)  —  xaôâ-irsp  xu[X7:otvou  %\)%'kot^,  I»'  ou 
xal  eiStoXoTcoieï-cat  xà  ÇûSta  (Théo  Smyrn.,  p.  133  Hiller).  Les  anciens  se 
contentaient  d'une  largeur  de  12»  :  bis  sex  latescit  fascia  parles  (Manil.,  I, 
682),  insuffisante  pour  contenir  l'orbite  de  Mercure  dans  le  système  héliocen- 
trique  (orbite  inclinée  de  7"  0'  8"  sur  l'écliptique).  On  sait  que  l'inclinaison  de 
l'écliptique  sur  l'équateur  est  elle-même  variable.  Elle  est  actuellement  de 
23»  27' 9"  et  diminue  d'environ  û",46  par  an. 


PRIVILÈGE   DES    CONSTELLATIONS    ZODIACALES  125 

nécessairement  amenés  à  noter  les  étapes  de  leur  parcours,  tandis 
que  les  Égyptiens,  Tœil  fixé  sur  le  lever  des  constellations  propres 
à  régler  leur  calendrier,  choisissaient  les  plus  brillantes  et 
n'avaient  aucune  raison  de  concentrer  leur  attention  sur  le  cercle 
étroit,  pauvre  en  étoiles  de  première  grandeur,  qui  tire  toute  sa 
valeur  du  fait  qu'il  marque  la  route  des  «  astres  errants  ». 

L'astrologie  grecque  a  rejeté  en  dehors  de  la  pratique  courante, 
dans  le  chapitre  des  curiosités  superflues,  l'étude  de  la  sphère 
dite  «  Barbarique  )),pour  se  réserver  tout  entière  à  l'interprétation 
des  présages  tirés  des  planètes  et  des  signes  du  Zodiaque  *.  Du 
moins,  elle  a  essayé  de  limiter  ainsi  sa  tâche,  et  c'est  contre  le 
gré  de  ses  docteurs  que  le  fouillis  des  traditions  orientales  est 
rentré  peu  à  peu  dans  les  compartiments  qu'ils  avaient  tracés  ^. 

1.  Ceci  est  d'une  vérité  moyenne,  qui  a  besoin  de  corrections.  L'exclusion 
des  constellations  autres  que  celles  du  Zodiaque  est  tellement  artificielle 
qu'elle  n'a  pu  être  maintenue  sans  exception,  même  par  Ptolémée.  Il  fait 
entrer  dans  certains  pronostics  l'influence  de  certaines  constellations  extra- 
zodiacales qui  se  lèvent  en  même  temps  que  les  signes  ('7rapavaTéX>.ovTa),  et 
il  estime  leur  action,  comme  celle  des  étoiles  zodiacales,  en  prenant  pour 
mesure  celles  des  planètes  {Tetrah.,  I,  9).  De  même,  après  et  d'après  lui, 
Héphestion  de  Thèbes  (I,  3-5,  pp.  68-71  Engelbrecht).  La  tradition  qui  lui 
force  ainsi  la  main  s'étale  dans  le  V''  livre  de  Manilius,  dans  l'ouvrage  de 
Firmicus  (VIII,  5-17),  et  s'impose  même  à  Démophile  commentant  Ptolémée. 
Ce  scoliaste  (ap.  Porphyr.,  Isag.,  p.  200)  réintègre  dans  les  thèmes  de  géniture 
les  étoiles  de  première  et  de  seconde  grandeur,  qui  sont,  d'après  lui,  au 
nombre  de  trente  et  ont  une  influence  psychique  (ci-dessus,  p.  44  en  note). 
Cette  tradition,  conforme  aux  habitudes  égyptiennes,  doit  avoir  été  introduite 
dans  l'astrologie  grecque  par  les  Alexandrins,  probablement  par  les  auteurs 
des  livres  de«  Néchepso  et  Pétosiris  ».  La  «  sphère  barbarique  »  serait  donc  la 
sphère  égyptienne.  Firmicus  la  dit  Graecis  multis  et  omnibus  ferme  Romanis 
incognilam  (VIII,  5),  mais  il  ajoute  —  si  le  texte  n'est  pas  altéré  —  que 
Néchepso  et  Pétosiris  eux-mêmes  ne  la  connaissaient  pas.  Avant  Manilius, 
Nigidius  Figulus  avait  traité  de  la  sphaera  Barbarica,  par  opposition  à  la 
Graecanica(ci.  Scaliger,  Not.  in  ManiL,  pp.  333-334)  :  mais  il  se  pourrait  que 
ce  polygraphe  entendît  par  là  simplement  deux  descriptions  du  ciel  à  des 
latitudes  difl"érentes. 

2.  Ptolémée  s'exprime  très  nettement  là-dessus.  Abordant  la  généthlialogie, 
il  déclare  qu'il  laissera  de  côté,  comme  impraticable,  l'ancienne  méthode,  celle 
qui  prétendait  tenir  compte  de  tous  ou  presque  tous  les  astres  :  xàv  [lèv 
dtpy  aîo  V  Twv  irpo^^T^ffcwv  Tp^irov,  x  à  v  xaxà  x6  auyvcptxtxôv  sISoi;  xî5v 
àffxépwv  Tcatvxwv  t^  ir^isidxwv,  tioXûj^ouvxe  ôvxa  xal  ayiSov  dfirsipov,  eï  xtî 
aûxàv  àxpt6oûv  s9éXsi  xaxi  xV  StsçoSov,  xal  aâXXov  év  xaîî  xaxi  [xépoî  ÊTCiêoXati; 
xûv  tpuaixûi;  iTri(ixeT:xo[i.ivt>>v  f,  Iv  xaiî  •napaSôueat  OetopstcrOat  Suvajiévwv,  Trapatxri- 
ffdiisea,  Stâ  xe  x6  SûaypTiïxov  xal  x6  SuuStiÇoSov  {Tetrab.,  III,  Prooem.).  Cela 
revient  à  dire  :  «  qui  trop  embrasse  mal  étreint  »  ;  mais  la  raison  ne  vaut 
qu'en  pratique.  En  théorie,  Ptolémée  a  contre  lui  non  seulement  «  l'ancien 
usage  »,  mais  la  logique  de  la  sympathie  universelle.  Et  comment  éliminer 


426         CllAP.  V.  —  LA    ROUTE   DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

Le  fait  capital  qui  domine  l'étude  du  Zodiaque,  c'est  son  obli- 
quité, son  inclinaison  sur  l'équateur.  Son  plan,  traversé  oblique- 
ment par  l'axe  du  monde,  participe  à  la  rotation  diurne  du  ciel, 
mais  d'un  mouvement  gauche  et  oscillant  qui  exerça  longtemps 
la  sagacité  des  mathématiciens  grecs.  Cette  obliquité  n'avait 
pu  échapper  longtemps  à  des  observateurs  doués  de  quelque 
patience,  eussent-ils  borné  leur  étude  à  suivre  la  marche  du 
Soleil.  La  distinction  des  deux  pôles  dans  le  même  hémisphère 
par  les  astrologues  chaldéens  (ci-dessus,  p.  40  et  122)  nous  est 
garant  que  la  science  de  ceux-ci  n'était  pas  en  défaut  sur  ce  point, 
et  les  Grecs  n'ont  jamais  soupçonné  les  Égyptiens  d'avoir  ignoré 
quelque  chose  *.  Quant  aux  Grecs,  ils  ne  savaient  lequel  de  leurs 
compatriotes  avait  eu  le  premier  la  notion  de  l'obliquité  de  l'éclip- 
tique  et  à  qui  il  l'avait  empruntée.  On  en  faisait  honneur  tantôt  à 
Thaïes,  qui  passa  du  coup  pour  un  élève  des  Égyptiens  et  des 
Chaldéens,  tantôt  à  Ânaximandre,  qui  aurait  fait  cette  découverte 
à  une  date  connue  ^  tantôt  à  l'inévitable  Pythagore,  à  moins  que 
ce  ne  fût  à  CEnopide  de  Chios,  qui  avait  peut-être  mesuré  l'angle 
d'inclinaison  ^ 

Les  philosophes  grecs,  qui  ne  savaient  pas  ignorer,  n'étaient 
pas  à  court  de  raisons  pour  expliquer  un  phénomène  de  pure 
apparence,  l'inclinaison  de  l'axe  du  monde  par  rapporta  l'horizon. 
Les  physiciens  supposaient  que  le  disque  de  la  Terre,  mal  sou- 
tenu par  l'air  raréfié  ou  ramolli  par  la  chaleur  solaire,  s'était 
affaissé  du  côté  du  midi*.  De  pareils  improvisateurs  ne  pou- 


l'influence  de  Sirius,  le  Chien,  si  l'on  croyait  qu'il  pouvait  donner  la  rage  (ci- 
dessus,  p.  79,  1,  et  Serv.,  Aen.,  X,  273),  ou  celle  d'Ophiuchus,  quand  —  à 
cause  du  serpent  qu'il  tient  —  il  fut  assimilé  à  Esculape  ?  Toute  la  mytho- 
logie stellaire  réclamait  contre  le  privilège  du  Zodiaque.  On  défendait  celui- 
ci  par  l'étymologie,  au  besoin  :  5tà  5ûo  alrta;  ZwSiaxôî  xaKzlxai,  ôià  xà 
TTspieyôixsva  iv  «utw  ÇoiSta,  f,  Sià  tô  tt.v  Çtu'Jjv  twv  èvxa59a  <jT,[j.a(veLV  r^  Tcotsîv, 
la  vertu  «  vivifiante  »  du  Zodiaque  étant  empruntée  au  Soleil  (Schol.  Arat.,  I, 
p.  372  Buhle).  C'est  une  raison  de  physicien. 

1.  Les  Égyptiens  réclamaient  pour  disciple  CEnopide  de  Chios,  qui  avait 
appris  auprès  de  toîî  kpeûai  xal  iatpoXôyoK;,  entre  autres  choses,  la  connais- 
sance de  l'obliquité  de  l'écliptique  (Diod.,  I,  98).  (Enopide  interprétait  ainsi 
le  surnom  de  AoÇtaç  donné  à  Apollon  (ap.  Macrob.,  Sat.,  1, 17,  31).  Cf.,  dans 
Nonnus  (XLVIII,  334),  Ao?w  servante  d'Artémis. 

2.  Plin.,  II,  §  36,  texte  cité  ci-dessus,  p.  62, 1. 

3.  Plut.,  Plac.  phil,  II,  12  ;  Stob.,  Ed.,  I,  23. 

4.  Leucippe  et  Démocrite,  suivant  Plut.,  ibid.,  III,  12.  Ces  philosophes  sup- 
posaient donc  le  pôle  placé  d'abord  au  zénith.  Mais  alors  le  soleil  tournait 
horizontalement,  et  on  ne  voit  pas  pourquoi  il  aurait  chauffé  davantage  le 
Midi.  Suivant  une  autre  tradition  (Plut.,  II,  8.  Euseb.,  Pr.  Ev.,  XV,  39),  c'était, 


OBLIQUITÉ    DE    l'éCLIPTIQUË  127 

vaient  renoncer  à  expliquer  le  fait  réel  de  l'obliquité  de  la  route 
des  planètes  par  rapport  à  l'équateur.  Et  cependant,  leurs  tenta- 
tives équivalent  presque  à  un  aveu  d'ignorance.  Ils  semblent 
même  n'avoir  pas  compris  la  question,  à  savoir  que  le  soleil  et 
les  planètes  suivent  le  tracé  d'un  grand  cercle  de  la  sphère.  Ils  se 
représentaient  le  soleil  comme  se  dirigeant  vers  le  nord,  et  à  un 
certain  endroit,  repoussé  par  l'air  qu'il  comprimait  en  avançant. 
L'effet  de  cette  poussée  une  fois  épuisé,  il  reprenait  sa  marche 
vers  le  nord,  et  il  allait  ainsi  oscillant  entre  les  deux  cercles  tro- 
piques, les"  deux  parois  de  sa  cage  *.  Cette  bizarre  théorie  était  un 
corollaire  de  la  précédente  :  le  souffle  glacé  de  Borée  qui  repous- 
sait le  Soleil  était  la  cause  qui  avait  accumulé  la  chaleur  humide 
dans  le  midi  et  déséquilibré  la  Terre  ^  D'autres  physiciens  pen- 
saient que  le  Soleil,  se  nourrissant  des  vapeurs  de  la  Terre,  ne 
pouvait  suivre  toujours  le  même  parallèle  sans  épuiser  son  ali- 
ment :  il  changeait  donc  de  latitude  pour  ne  pas  manquer  de 
nourriture.  Il  devait  être  difTicile  de  trouver  un  agent  mécanique 
pour  expliquer  ces  déplacements  en  latitude;  car  enfin,  le  besoin 
physique  n'agit  que  tranformé  en  sensation  et  en  volonté.  Ces 
physiciens-là  appartenaient  en  réalité  au  camp  adverse,  aux 
partisans  des  causes  finales  ^ 

Les  finalistes,  eux,  n'avaient  que  l'embarras  du  choix  entre 
toute  espèce  de  raisons  providentielles  :  l'obliquité  de  l'écliptique 
avait  pour  causes  les  effets  produits  et  voulus  :  la  variété  et 
l'alternance  des  saisons,  une  mixture  plus  parfaite  des  éléments, 
que   les  planètes  ont  pour  mission  d'agiter  et  qui  se  trouvent 

au  dire  d'Empédocle,  de  Diogène  d'Apollonie  et  d'Anaxagore,  le  «  monde  », 
c'est-à-dire,  le  ciel,  qui  s'était  incliné  au  midi,  faisant  monter  le  pôle  au 
dessus  de  l'horizon.  Dans  ce  système,  l'axe  du  monde  aurait  d'abord  été  hori- 
zontal, et  l'inclinaison  se  serait  faite  spontanément,  ou  tutoç  ûirô  Trpovotaî,  par 
une  Providence  qui  n'avait  pas  réfléchi  à  tout  et  qui  se  ravise. 

1.  Plut.,  P/ac.  phil.Jh  23;Stob.,  Ed. ,l,2o.  CL  Letronne,  Opinions  populaires 
et  scientifiques  des  Grecs  sur  la  route  oblique  du  Soleil  {Journ.  des  Savants, 
1839,  pp.  129-146  =  Œuvres  choisies,  II,  1,  pp.  337-359). 

2.  Hérodote  sait  que  le  Soleil  pompe  (à'Xxst)  les  vapeurs  terrestres,  et  qu'il 
est  repoussé  par  les  vents  froids  {ùtzo  twv  ysijjiôvwv,  II,  24;  —  u-nô  xoû 
Xe  '.  Î1.WV  0  î  xal  toO  ^  o  péw,  II,  26).  C'est  une  opinion  non  pas  populaire,  mais 
savante  pour  l'époque.  Seulement,  ni  chez  lui,  ni  chez  d'autres,  on  ne  voit  ce 
qui  attire  le  Soleil  vers  le  nord.  Si  le  Borée  changeait  de  place  avec  le  Notus, 
dit  Hérodote  (II,  26),  le  Soleil  monterait  jusqu'au  nord  de  l'Europe. 

3.  La  preuve,  c'est  que  cette  opinion  des  physiciens  (Aristot.,  Meteor.,  H,  2) 
est  devenue  celle  des  Stoïciens  (ci-dessus,  p.  75,  1).  Le  Soleil  est,  cela  va  sans 
dire,  un  dieu  intelligent,  aÙToxJvTjTOî,  et  s'il  est  «  l'Apollon  oblique  »  (AoÇîa;), 
c'est  qu'il  le  veut. 


128  CHAP.  V.   —  LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

fouettés  dans  tous  les  sens  par  leur  marche  tantôt  inverse,  tantôt 
directe,  et  de  plus  oscillante  en  latitude  *.  Quelqu'un  eut  même 
ridée  que  l'obliquité  de  la  route  des  planètes  était  nécessaire  à 
l'équilibre  du  monde,  équilibre  qui  serait  détruit  si  le  mouvement 
des  planètes  heurtait  de  front  celui  de  la  sphère  des  fixes  ^.  De 
vieilles  légendes  ne  conservaient-elles  pas  le  souvenir  de  boule- 
versements cosmiques  produits  sans  doute  par  de  mauvaises 
conditions  d'équilibre?  Les  prêtres  égyptiens  avaient  raconté  à 
Hérodote  que,  quatre  fois  en  11340  ans,  le  Soleil  avait  interverti 
sa  course  ^.  En  Grèce,  on  disait  que  le  Soleil,  qui  suivait  autrefois 
la  marche  générale  du  monde,  rebroussait  chemin  depuis  le 
«  festin  de  Thyesle  »  ou  «  d'Atrée  *  ».  N'avait-il  même  changé  que 
le  sens  de  sa  course?  La  légende  de  Phaéthon  élargissait  le  champ 
des  hypothèses.  Certains  «  pythagoriciens  »  pensaient  que  peut- 
être  la  Voie  Lactée  était  l'ancienne  voie  du  Soleil,  voie  brûlée 
lors  de  ce  mémorable  embrasement,  délaissée  depuis  ;  et  l'ato- 
miste  Métrodore  de  Chios  était  aussi  de  cet  avis  ^ 

Ces  aventureuses  spéculations  montrent  bien  —  et  c'est  tout 
ce  que  nous  en  voulons  retenir  —  que  le  libre  génie  de  la  Grèce 
n'était  pas  fait  exclusivement  de  froide  raison,  et  que  maint 
savant  se  trouvait  dans  un  état  d'esprit  favorable  à  l'éclosion  de 
la  foi  astrologique. 

Le  cercle  de  l'écliptique  coupant  celui  de  l'équateur  en  deux 

1.  L'auteur  de  ÏHermippus  (II,  12)  pense  que  Dieu  a  incliné  Técliptique  pour 
élargir  sur  terre  la  bande  habitable,  de  chaque  côté  du  Paradis  terrestre,  qui 
est  à  l'équateur. 

2.  Quae  cuncta  sidéra  licet  in  ortum  pergere  videantur,  non  tamen  adversum 
mundum  rigido  motu  sed  obliqua  per  zodiaci  de  fixa  moliuntur  :  alioquin  ex 
contrario  partium  suarum  motu  mundus  stare  non  posset  (Marc.  Cap.,  VIII, 
853).  L'auteur  ne  dit  pas  à  qui  il  emprunte  cette  idée  ;  mais  personne  ne  le 
soupçonnera  de  l'avoir  inventée.  Voy.  ci-dessus  (p.  U4, 1)  l'idée  connexe  que 
les  planètes  agissent  comme  frein. 

3.  Herod.,  II,  142. 

4.  Légende  visée  par  Platon  [Politic,  p.  269  A),  ressassée  par  les  poètes, 
adaptée  par  Milton  au  merveilleux  chrétien,  la  chute  d'Adam  remplaçant  le 
festin  d'Atrée.  Des  gens  sérieux,  mathematici  nobiles,  prétendaient  bien  que 
Vénus  en  avait  fait  autant  lors  du  déluge  d'Ogygès  (Varr.  ap.  Augustin.,  Civ. 
Dei,  XXI,  8),  et  S.  Augustin  s'empare  du  fait  comme  preuve  que  les  miracles 
de  Josué  et  d'Ézéchias  n'ont  rien  d'impossible. 

5.  Voy.  les  opinions  sur  la  Voie  Lactée  dans  Plut.,  Plac.  phil.,  III,  1;  Ma- 
crob.,  Somn.  Scip.,  I,  15;  Stob.,  Ed.,  I,  27,  etc.  Cf.  Diels,  pp.  335,  349,  364, 
562,  et  ci-dessus,  p.  22,  2.  QEnopide  de  Chios  rattachait  le  fait  à  la  légende 
des  ©uéuxcia  Seïitva  (Ach.  Tat,,  Isag.,  25).  Manilius  rejette  toute  idée  de  chan- 
gement —  Nunquam  transversas  Solem  decurrere  ad  Arctos,  \  Nec  mutare  vias 
et  in  ortum  vertere  cursus,  etc.  (I,  521  sqq.). 


POINT   INITIAL   DE   LA    DIVISION    DU   ZODIAQUE  129 

points  opposés  suivant  le  diamètre  commun  aux  deux  plans,  ces 
deux  points,  dits  équinoxiaux,  marquent  deux  des  points  cardi- 
naux {y.hzpoi-cardines)  du  Zodiaque.  Les  extrémités  du  diamètre 
perpendiculaire  donnent  les  points  solstitiaux  ou  tropiques.  On 
pouvait  prendre  à  volonté  pour  point  de  départ  de  la  division  du 
Zodiaque  l'un  ou  l'autre  des  équinoxes  et  des  solstices.  La  tra- 
dition gréco-égyptienne,  attestée  par  la  majorité  des  calendriers 
helléniques,  faisait  commencer  l'année  —  et,  par  conséquent,  la 
division  du  Zodiaque  —  au  solstice  d'été.  Plus  tard,  peut-être 
depuis  Hipparque,  les  astrologues  et  astronomes,  cédant  à  une 
mode  chaldéenne,  qu'on  disait  aussi  égyptienne,  romaine  au 
besoin,  placèrent  le  premier  degré  du  Zodiaque  à  l'équinoxe  de 
printemps,  dans  le  signe  du  Bélier  K 

1.  L'année  égyptienne  commençait  au  lever  de  Sirius  (Sothis),  voisin  du 
Cancer,  et  c'est  le  Cancer  qui  prime,  mis  au-dessus  du  Lion,  dans  le  Zodiaque 
de  Denderah  (Lepsius,  Einleit.,  p.  13).  Dans  le  «  thème  du  monde  »,  dit  égyp- 
tien (ci-après,  fig.  23),  le  Cancer  est  à  l'horoscope.  On  n'en  affirme  pas  moins 
que  ol  AiyôiîT'. 0  1  iirô  xoû  Kpiou  itoiouvcat  t)\v  àtpxV  (Schol.  Arat.  ad  v.  544). 
Ces  Égyptiens  sont  les  astrologues  Néchepso  et  Pétosiris.  Les  Grecs  n'avaient 
pas  de  système  arrêté  :  le  parapegme  d'Eudoxe  commençait  par  le  Lion  ;  ceux 
d'Aratus,  de  Callippe  et  de  Dioclès,  par  le  Cancer  ou  par  le  Capricorne  (cf. 
Halma,  Almag.,  I,  p.  148  sqq.).  A  partir  de  Posidonius,  le  Bélier  occupe  défini- 
tivement la  première  place,  et  le  système  est  dit  égyptien  quand  même,  un  peu 
sans  doute  à  cause  d'Ammon  et  de  ses  cornes  de  bélier,  et  aussi  sous  prétexte 
que,  le  Cancer  étant  à  l'horosicope,  le  Bélier  culminant  occupe  la  première  place 
(Firmic,  III,  1,  18  Kroll);  il  est  xecpaX-^i  xoO  xôajAOu  (Macrob.,  Somn.  Scip., 
I,  21,  23;  Hephest.  Theb.,  I,  1)  —  Soicsî  yàp  xà  [XEUo'jpâvTiiJia  àvaXoyetv  xr^  xeçaXfi 
(Anon.,p.  110).  L'année  chaldéenne  et  l'ancienne  année  romaine  commençaient 
au  printemps.  L'équinoxe  de  printemps  une  fois  préféré,  restait  une  question 
litigieuse,  la  position  des  cardines  par  rapport  aux  signes.  Eudoxe  les  plaçait 
au  milieu,  Hipparque  au  conmiencement  :  d'autres  cherchaient  à  substituer  à 
ces  positions  conventionnelles  la  position  réelle  qui  —  on  le  savait  depuis  Hip- 
parque —  se  déplace  de  50"  par  an.  Manilius,  Manéthon  et  autres  astrologues 
routiniers  avaient  adopté  le  huitième  degré  du  Bélier-Cancer-Balance-Capri- 
corne (cf.  Vitruv.,  IX,  2  [5]).  Ptolémée,  qui  sait  que  la  précession  des  équinoxes 
modifie  incessamment  la  position  des  points  cardinaux  (équinoxes  et  solstices) 
par  rapport  aux  signes  et  qui  prétend  dériver  la  vertu  «  naturelle  »  des  signes 
de  leurs  rapports  avec  ces  points,  Ptolémée,  dis-je,  détache  du  Zodiaque  réel, 
représenté  par  les  constellations,  le  Zodiaque  fictif,  qui  se  déplace  avec  le 
point  vernal,  celui  dont  se  servent  encore  les  astronomes  d'aujourd'hui.  Ce 
Zodiaque  fictif  conserve  indûment  à  ses  «  douzièmes  »  (SwSsxarrjfxôpta)  les 
noms  des  «  signes  »  (ÇoiSia)  auxquels  ils  correspondaient  jadis,  bien  que 
actuellement  son  Bélier  soit  presque  tout  entier  dans  la  constellation  des 
Poissons.  Ptolémée  se  garde  bien  de  notifier  cette  rupture  avec  la  tradition 
et  d'avertir  qu'elle  ira  s'aggravant,  ruinant  par  la  base  les  associations  d'idées 
qui  constituent  le  fond  de  l'astrologie  zodiacale.  Il  se  contente  de  déclarer 
que  ceux  qui  ne  mettraient  pas  équinoxes  et  solstices  au  commencement  des 

9 


130  CHAP.   V.  —  LA   ROUTE   DES   PLANÈTES  OU    ZODIAQUE 


§  I.  Description  des  Signes. 

Nous  allons  considérer  un  à  un  ces  signes,  qui  sont  des  mots 
pour  les  astronomes,  mais  des  réalités  concrètes,  vivantes,  agis- 
santes, pour  les  astrologues,  du  moins  pour  ceux  qui  ne  cherchent 
pas,  comme  Ptolémée,  à  transformer  en  une  collection  de  méta- 
phores leur  ménagerie  céleste  *. 

^.  Le  Bélier  (Kpîoç-ylrie*).  — En  tête  du  troupeau  des  signes 
marchait  le  Bélier.  On  disait  qu'il  avait  été  mis  à  ce  poste 
d'honneur    par  les    Égyptiens,   adorateurs    d'Ammon,  et  pour 

signes  se  tromperaient  sur  leur  «  nature  »,  laquelle  dépend  des  distances 
aux  points  cardinaux  :  àfXTvwv  [lèv  yàp  àpy  wv  uiro-ciOetJiÉvwv,  -i^  [iT.xéxi  auyj^pfideai 
xaï;  tpûffjfftv  aÙTÔivEti;  "càî  itpoxsXiastî  i\''joLy%ci^T,GÔ\xs^OL,  t^  auYypû[AEvot  5ta- 
Ttiifuetv,  TrapaêdvTwv  xal  àî^XwxpioQévTwv  tûv  là;  Suvâjxstç  aùtoîç  l[x,itept- 
xoiTjffdîvTuv  ToO  ÇwSiaxoû  5ia(TT7i[j.dtTwv  (Tefraô.,  I,  21).  Les  aristotéliciens  du 
moyen  âge  appellent  le  Zodiaque  réel  la  huitième  sphère,  qui  est  censée 
rétrograder  lentement  par  rapport  k  la  sphère  du  premier  mobile,  devenue 
la  neuvième.  C'est  celle-ci  qui  porte  les  «  douzièmes  »  ou  signes  utilisés  en 
astrologie. 

1.  Pour  la  mythologie  et  l'iconographie  zodiacales,  voy.  les  descriptions  de 
Ai'ati  Solensis  Phaenomena  et  Diosemea,  gr.  et  lat.  cur.  lo.  Th.  Buhle,  Lips.  I 
et  II  (1793-1801)  avec  les  scolies.  —  Eratosthenis  Calasterismorum  reliquiae, 
rec.  C.  Robert,  Berolin.,  1878.  —  Hipparchi  in  Arati  et  Eudoxi  Phaenomena 
Commentariorum  lib.  III,  éd.  C.  Manitius,  Lips.  1894.  —  Les  Aratea  de  Cicéron 
et  de  Germanicus  (éd.  Buhle,  op.  cit.,  ou  Poet.  lat.  min.,  éd.  Baehrens,  I, 
Lips.  1879),  et  les  Scholia  in  Caesaris  Germanici  Aratea  (éd.  Buhle,  op.  cit., 
ou  éd.  Eyssenhardt,  ad  cale.  Mart.  Cap.,  pp.  378-422,  Lips.  1866).  —  Hygini 
Astronomica,  éd.  R.  Bunte,  Lips.  1875.  —  Les  Dionysiaca  de  Nonnus  (éd. 
Kœchly,  Lips.  1857)  offrent  une  ample  collection  de  descriptions  et  d'épi- 
thètes,  pour  les  signes  et  les  planètes.  Les  signes  du  Zodiaque  considérés 
comme  symboles  solaires  dans  Macrob.,  Sat.,  1,  21,  16-27.  Quant  aux  figures 
elles-mêmes,  elles  ont  été  dessinées  par  les  graveurs  en  médailles,  sculp- 
teurs, imagiers  du  moyen  âge  et  de  la  Renaissance  —  parfois  avec  une  étrange 
fantaisie  (cf.  Hygin.,  éd.  Basil.  1549)  —  d'après  les  descriptions,  lesquelles 
permettent  des  variantes.  J'ai  sous  les  yeux,  durant  l'impression  de  ce  cha- 
pitre, une  étude  iconographique  toute  récente  à  laquelle  je  renvoie  le  lecteur, 
par  G.  Thiele,  Antike  Himmelsbilder ,  Berlin,  1898,  184  p.,  in-4o,  7  pi.  et  72  flg. 
dans  le  texte.  Les  figures  que  j'ai  dessinées  reproduisent  à  peu  près  celles 
de  Flamsteed,  Atlas  coelestis,  London,  1729.  Elles  n'ont  aucune  prétention  à 
l'exactitude  mathématique.  J'ai  simplement  déroulé  la  bande  zodiacale,  consi- 
dérée comme  un  anneau  cylindrique,  et  restitué  la  graduation  du  temps 
d'Hipparque,  lequel  plaçait  l'Épi  de  la  Vierge  à  6°  à  l'O.  du  point  équinoxial 
d'automne.  C'est  sur  le  ciel  d'Hipparque  qu'ont  spéculé  nos  astrologues.  La 
position  actuelle  de  l'équateur  a  été  rapportée  à  l'observation  d'Hipparque, 
en  admettant  un  déplacement  de  50"  2  par  an,  soit,  pour  2037  ans,  28»  T. 


LE   BÉLIER 


131 


d'excellentes  raisons.  Ptolémée,  qui  goûte  peu  le  Bélier  chef  de 
file  *,  aime  mieux  invoquer  la  vertu  génératrice  de  la  saison  prin- 
tanière  que  symbolise,  suivant  lui,  le  Bélier,  premier  des  signes 
masculins.  Cette  explication  boiteuse  convient  à  la  saison,  mais 
non  à  l'animal;  car  Ptolémée  lui-même,  quand  il  s'agit  des  pla- 
nètes, associe  le  sexe  féminin  au  principe  humide.  Les  mytho- 


Fig.  3.  Le  Bélier. 

graphes  avaient  trouvé  mieux.  Pour  eux,  le  Bélier  était  le  fameux 
bélier  à  la  Toison  d'or,  qui  avait  emporté  à  la  nage  Phrixos  et 
Hellé  et  laissé  tomber  la  jeune  fille  dans  les  flots  de  l'Hellespont. 
Ce  pouvait  être  aussi  celui  que  se  disputaient  Atrée  et  Thyeste, 
ou  encore  le  bélier  qui  conduisit  aux  sources  de  l'oasis  d'Âmmon 
le  cortège  assoiffé  de  Bacchus. 

On  se  représentait  le  Bélier  zodiacal  à  l'état  de  repos,  la  tête 
vers  l'Occident,  mais  détournée,  de  façon  que  la  saillie  de  l'enco- 
lure précédait  les  cornes  ^. 


1.  Cf.  le.9  listes  mnémoniques,  Hexasticha  de  XII  sir/îiis  (Poet.  lat.  min., 
IV,  pp.  143-146  Baehrens),  où  sont  prodiguées  les  épithétes  Primus  Aries  — 
Siqnorum  princeps  —  astrorum  dux  ou  dttctor  gregis  —  principium.  Firmicus 
(II,  10  Kroll)  l'appelle  signum  regale.  Cf.  (iaaiXtxôv  (Anecd.  Ludwich,  p.  107, 
6);  Nonnus,  ■f.i^-z^o^  8>.ou  xôïjjloio,  [i£ffô[x?>a>.ûv  5jxpov 'OXûfnrou  (XXXVIII,  268). 

2.  Cervice  prioi-  flexa  quam  cornibus  ibit  (Manil.,  IV,  506).  Le  Bélier  retour- 
nait la  tête  vers  le  Taureau  :  Respicit  admirons  aversum  surgere  Taurum 
(Manil.,  I,  264).  Mais  le  caractère  belliqueux  attribué  au  Bélier  exigeant  une 
autre  attitude,  le  même  Manilius  le  voit  fonçant  les  cornes  en  avant...  sic 
ipse  in  cornua  fertur  \  Et  ruit  ut  vincat  (IV,  509-510).  Cf.  G.  Thiele,  flg.  33. 


132  CHAP.  V.  LA    ROUTE    DES  PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

Il  est  aisé  de  prévoir  en  gros  le  caractère  du  Bélier  et  de  ceux 
qui  subiront  son  influence.  Les  associations  d'idées  les  plus 
naïves,  celles  qui  représentent  le  mieux  la  logique  des  premiers 
astrologues,  sont  celles  qu'a  recueillies  le  poète  Manilius  *.  Les 
sujets  du  Bélier  travailleront  la  laine  et  feront  fortune  dans  l'in- 
dustrie du  vêtement  ^  Mais,  comme  le  bélier  mythique  qui  fut 
plus  d'une  fois  submergé  par  les  vagues  et  fut  enfin  dépouillé  de 
sa  toison  d'or,  comme  les  béliers  vivants  qui  sont  fréquemment 
tondus,  ces  marchands  auront  de  soudains  revers  de  fortune,  et 
seront  tenus  en  haleine  (le  Bélier  est  un  signe  à  ascension  rapide) 
par  l'espoir  de  les  réparer.  Timidité  mêlée  de  sottise,  avec  de 
brusques  détentes  de  colère  ^,  —  les  coups  de  cornes  du  bélier, — 
voix  chevrotante  et  grêle,  etc.,  sont  des  traits  auxquels  chacun 
pouvait  ajouter  à  sa  fantaisie. 

^.  Le  Taureau  {Taùpo:;  -  Taurus) .  —  Le  Taureau  astrologique 
ne  ressemble  guère  à  son  modèle  vivant.  11  faut  chercher  dans 
les  traditions  orientales  la  raison  des  déformations  infamantes 
qu'il  a  subies,  surtout  de  l'affront  qui  lui  a  enlevé  son  sexe.  Ma- 
nilius le  traite  comme  un  bœuf  et  lui  attribue  le  patronage  des 
laboureurs.  Les  astrologues  allaient  plus  loin  :  tout  en  lui  con- 
servant le  nom  de  Taureau,  ils  le  classaient  parmi  les  signes 


1.  Les  portraits  tout  faits,  qui  traînent  encore  dans  certains  almanachs  et 
astrologies  populaires,  ne  se  trouvent  ni  dans  Ptolémée,  ni  chez  aucun  disciple 
de  l'astrologie  savante,  le  signe  zodiacal  n'entrant  que  pour  une  part  minime 
dans  la  somme  des  influences  calculées.  On  les  rencontre  chez  les  praticiens 
qui  n'ont  qu'une  teinture  d'astrologie,  comme  les  physionomistes  ([xstw- 
TToaxôitot.  Cf.  Philosophum.,  IV,  3),  chiromanciens  et  autres.  Manilius  est  un 
néophyte,  et  son  ingénuité  fait  de  lui  un  contemporain  des  créateurs  de 
l'astrologie.  11  nous  donne  deux  séries  de  portraits  (IV,  123-291  et  502-384). 
Les  astrologues  postérieurs  ont  dénaturé  et  compliqué  le  caractère  des  signes 
en  les  découpant  en  quantité  de  parties  et  attribuant  à  chaque  étoile  un 
tempérament  comparable  à  celui  des  planètes.  Par  exemple,  d'après  Ptolémée, 
les  étoiles  situées  dans  la  tête  du  Bélier  ont  la  nature  de  Mars  et  de  Saturne  ; 
celles  de  la  bouche  tiennent  de  Mercure  ;  celles  du  pied  de  derrière,  de  Mars, 
et  celles  de  la  queue,  de  Vénus  {Tetrab.,  I,  8).  La  personnalité  du  signe 
disparaît. 

2.  L'association  d'idées  conduit  du  bélier  à  la  laine,  de  la  laine  à  Minerve 
—  Minervae  Aries  esse  dixfnoscitur  (Serv.,  Aen.,  XI,  259),  —  laquelle  est  aussi 
Pallas  et  s'associe  au  Bélier  belliqueux.  Le  Bélier  n'est  pas  une  constellation 
brillante,  précisément  parce  que  deposito  vellere  aureo  in  caelum  sit  recepttts 
(Eratosth.  rel.,  p.  124  Robert). 

3.  Puisque  ce  n'est  pas  pour  l'éclat  de  ses  étoiles,  ce  doit  être  par  assimi- 
lation de  ses  accès  de  colère  au  feu  (?)  que  le  Bélier  est  devenu  un  signum 
ignitum  (Firmic,  II,  iO  Kroll),  irupûSeî  (Anecd.  Ludwich,  p.  105)  —  Stdirupov 
{ibid.,  p.  109). 


LE   TAUREAU 


133 


féminins.  Il  y  avait  là  de  quoi  embarrasser  les  donneurs  de  rai- 
sons. Les  mj'thographes  pensaient  que  ce  taureau  devait  être 
celui  dont  Zeus  avait  pris  la  forme  pour  enlever  Europe  à  travers 
les  flots  de  la  mer  de  Phénicie  *,  ou  bien  le  taureau  de  Pasiphaé  ^, 
ou  la  vache  lo  ^  ou,  en  désespoir  de  cause,  le  bœuf  Apis*.  Ce  qui 


Fig.  4.  Le  Taureau 

apparaît  à  travers  ces  légendes,  c'est  que  le  Taureau  mythique 
n'est  ici  qu'un  comparse,  le  véhicule  d'une  divinité  lunaire  dont 
ses  cornes  symbolisent  le  croissant  et  qui  répond  au  type  d'Istar- 
Astarté-Aphrodite  ^.  Aussi  verrons-nous  plus  loin  que  les  astro- 
logues faisaient  du  Taureau  le  domicile  (oTxoç)  de  Vénus  et  le  lieu 


1.  Hygin.,  II,  21.  German.,  Arat.,  536.  Nonnus,  I,  355  sqq,  Ampel.,  2,  2  : 
Si5u>vioî  Taûpoî  (Maxim.,  v.  85,  ap.  Ludwich,  p.  10).  Tradition  orientale:  on 
sait  que  les  Chaldéens  représentent  souvent  les  dieux  portés  par  des  animaux 
symboliques. 

2.  Monnaies  cypriotes  au  taureau  avec  Aphrodite  naaitpdtsaaa.  Cf.  Astarté 
taurocéphale  (Euseb.,  Pr.  Ev.,  I,  10,  31). 

3.  Hygin.,  II,  21  etc.  Cf.  Eratosth.  rel.,  pp.  106-107. 

4.  Ps.  Lucian.,  Astrol.,  7  (tradition  égyptomane).  Le  rapport  entre  le  bœuf 
Apis  et  la  Lune  était  si  étroit  que  la  queue  de  l'animal  croissait  et  diminuait 
avec  la  Lune  :  taûpoç  àvaxetfievoî  xri  Oeû,  ou  tj  <s66r\  auvT^uïavEv  «ùtt)  xal  auve- 
{xeioOto  (Anon.,  p.  2).  Mais  alors,  irwî  t6v  xaOpov  OfiXu  vo|x(Çouai  Çûov;  (S.  Em- 
pir.,  V,  95).  Vacca  sit  an  taui'us,  non  est  cognoscere  promptum  :  \  Pars  prior 
apparet,  posteriora  latent  (Ovid.,  Fast.,  IV,  717  sqq.). 

5.  Cf.  SeXt.vti  Powv  sXâTEtpa  (Nonnus,  I,  331  etc.)  xaupocpur,;  (XXIH,  309)  et 
Tépithète  banale,  xt^ôiu»»,  nspaîr»  etc.  La  Lune  =»  Vénus  (ci-densus,  p,  92,  4). 


134  CHAP.    V.   LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

d'exaltation  {u<\iunia)  de  la  Lune.  Ceux  qui  cherchaient  des  argu- 
ments plus  simples  faisaient  observer  que  les  Pléiades  [Vergiliae) 
et  les  Hyades  [Suculae],  dont  le  sexe  mythique  n'était  nullement 
équivoque,  formaient  dans  la  constellation  deux  groupes  surpas- 
sant en  importance  TCEil  brillant,  mais  unique  du  Taureau  K  Seu- 
lement, on  ne  comprenait  plus  pourquoi  la  prédominance  incon- 
testée du  sexe  féminin  avait  laissé  subsister  le  nom  de  Taureau, 
devenu  l'étiquette  d'une  monstruosité.  Ce  nom  si  tenace  venait 
probablement  de  Babylone  ^ 

Le  Taureau  zodiacal  était  représenté  énorme,  mais  tronqué  à 
mi-corps,  les  attributs  litigieux  de  son  sexe  étaient  censés  plonger 
sous  l'eau.  Il  n'y  avait  pas  de  place  pour  l'arrière-train,  car  le 
Taureau,  tourné  en  sens  inverse  du  Bélier,  était  soudé  à  celui-ci, 
à  la  façon  des  taureaux  géminés  de  l'art  persan,  11  en  résultait 
que  le  Taureau  semblait  foncer  à  rencontre  du  mouvement  diurne 
et  se  laisser  traîner  à  reculons.  Ce  détail  plastique  est  loin  d'être 
négligeable  pour  les  astrologues;  ajouté  au  sexe  ambigu  de  l'ani- 
mal, il  donne  lieu  à  des  inductions  fort  peu  édifiantes  sur  les 
mœurs  des  clients  du  Taureau  ^. 


1.  Il  fut  un  temps  où,  l'équinoxe  étant  dans  le  Taureau,  le  lever  des  Pléiades 
ouvrait  l'année.  Les  nîvetiSsî  sont  les  colombes  (TUEÀetdtSeî)  d'Aphrodite: 
l'étymologie  utilitaire  (de  tîXéw)  doit  avoir  été  inventée  après  coup.  On  les 
appelait  aussi  Eoae,  Atlantides  (Serv.,  Georg.,  I,  219.  225),  latine  Vergiliae  a 
verni  temporis  significatione  (Serv.,  ibid.,  138).  Elles  étaient  au  nombre  de 
sept,  dont  on  nous  donne  les  noms  (Serv.,  Georg.,  I,  138.  Arat.,  Phaen.,  255- 
267  et  Schol.,  ibid.,  German.,  Arat.,  262-263).  Germanicus  les  place  (en  longi- 
tude) Poplite  sub  laevo  Tauri.  Le  diminutif  Suculae  (les  petites  truies)  traduit 
assez  bien  TiSsî  (de  uç),  un  nom  que  d'autres  étymologistes  traduisaient  par 
«  Pluvieuses  »  (de  CsTv).  Cf.  Plin.,  Hist.  Nat.,  II,  §  105.  Serv.,  Georg.,  I,  138. 
L'  «  œil  du  Taureau  »  (Aldebaran)  est  appelé  Cupido  par  Manilius  (IV,  151)  : 
tout  est  à  Vénus  dans  ce  signe.  Il  est  entendu  qu'en  astrologie,  un  groupe  de 
petites  étoiles,  tel  que  les  Pléiades,  en  vaut  une  grande  :  siSévai  yp^  wî  otav 
CTÛ(JTT|[ia  Tt  àffTspwv  xat  itpavsaTÉpwv  ^  xal  it.^  'X'xinzpd'j ,  wç  èir  l  xfiÇ  nXstdtSoi;, 
xà  aÔTÔ  ôûvaxai  xû  TkajAirpoxépw  (Anon.,  p.  85).  D'où  il  suit  —  soit  dit  en  pas- 
sant —  que  le  titre  de  n>ketàî  xpayiif/i  donné  aux  sept  tragiques  alexandrins 
était,  en  somme,  modeste.  La  Pléiade  était  la  monnaie  d'un  Eschyle  ou  d'un 
Sophocle  ou  d'un  Euripide. 

2.  Le  Taureau  babylonien  pouvait  être  Sin  {\i  {i^j^waa  de  la  Lune,  ci-après, 
ch.  VII),  ou  Samas  (l'équinoxe,  ui]/to[xa  du  Soleil,  étant  dans  le  Taureau,  du 
xLiv^  au  xxii«  siècle  avant  notre  ère). 

3.  Aversum  Taurum  (Manil.,  I,  264;  cf.  II,  153.  IV,  521).  Aussi  naturae  pudet 
(V,  154),  et  le  Taureau  reparaît  souvent  dans  les  cinaedorum  impurorum  sleri- 
liumque  geniturae  (Firmic,  VII,  16  Pruckner).  Cependant,  la  tradition  égyp- 
tienne, assimilant  le  Taureau  à  Apis,  n'admettait  pas  la  mutilation.  Le  Tau- 
reau de  la  Sphaera  Barharica  avait  sa  natura,  ses  pieds  de  derrière  et  sa  queue 


LES   GÉMEAUX 


13.' 


tf .  Les  Gémeaux  (a(ou|jioi  -  Gemini).  —  Là  où  les  Chaldéens 
plaçaient  leurs  grands  Jumeaux,  hypostases  de  Nergal,  les  Grecs 
installaient  aussi  deux  éphèbes,  empruntés  à  leur  mythologie  *. 
L'opinion  la  plus  répandue  voulait  que  ce  fussent  les  Dioscures, 


Fig.  5.  Les  Gémeaux. 

Castor  et  PoUux,  dont  le  nom  est  resté  aux  deux  étoiles  les  plus 
brillantes  de  la  constellation ^  On  y  reconnaissait  aussi  Apollon  et 
Hercule  ^  —  tradition  qui  finit  par  prévaloir  sur  la  précédente  — 


(Firmic,  VIII,  3.  Cf.  Ilygin.,  II,  21;  Anon.,  p.  5;  Schol.,  Iliad.,  XVIII,  486). 
Firmicus  enlève  même  au  Taureau  son  attitude  caractéristique  en  le  faisant 
lever  par  les  cornes  (Firmic,  VIII,  3).  Quoi  qu'en  dise  Servius  {T.  non  a 
capite,  sed  a  dorso  orilur  et  aliiid  est  aperire  annum,  aliud  inchoare),  Virgile 
paraît  mettre  l'équinoxc  dans  le  Taureau  et  retourner  la  figure  de  celui-ci,  en 
disant  :  Candidus  auratis  aperit  cum  coiTiibus  anniim  \  Taurus  (Virg.,  Georg., 
I,  217;  Serv.,  ad  loc).  Ovide  se  méprend  aussi  quand  il  fait  dire  au  Soleil 
instruisant  Phaéthon  :  Per  tamen  adversi  gradieris  cornua  Tauri  (Ovid,, 
Met.,  II,  80).  Le  Soleil,  marchant  à  rencontre  du  mouvement  diurne,  n'aborde 
pas  le  Taureau  par  les  cornes.  Le  mieux  serait  de  corriger  et  de  replacer  ici 
l'épithète  usuelle  aversi.  Détails  plastiques  :  genu  fle.ro  Taurus  (Cic,  Arat., 
290),  TiiJiiSacpTiî,  avec  son  pied  droit  allongé  vers  Orion,  etc.  (Nonnus,  Dionys.,  I, 
355-361);  pronostics  logés  dans  le  xup-rov  xoû  Taûpou  ou  dans  la  8£icXwuk  toû 
ôXia6-f,(TavT0i;  ttoSôî  (Ludwich,  Anecdota,  p.  Hl). 

1.  Éphèbes  nus,  suivant  Manilius,  à   cause   de  la  proximité  du  Cancer  : 
Nudus  uterque  tamen,  sentit  quia  uterque  calorem  (II,  184). 

2.  Euripid.  ap.  Schol.  Lycophr.,  510;  Ovid.,  Fast.,  V,  693-720;  Ilygin.,  II, 
22;  German.,  Arat.,  542.  etc.  Cf.  Eratosthenis  reliq.,  pp.  86-87  Robert. 

3.  Apollon  du  cùté  du  Taureau,  Hercule  du  côté  de  son  Cancer  ou  Crabe 


136    CHAP.  V.  LA  ROUTE  DES  PLANÈTES  OU  ZODIAQUE 

OU  bien  Apollon  et  Bacchus,  ou  Hercule  et  Thésée,  ou  Zéthos  et 
Amphion,  ou  deux  jeunes  favoris  de  Démêler,  Triptolème  et 
lasion,  ou  encore  des  Cabires  de  Samothrace,  L'essentiel,  c'était 
évidemment  de  satisfaire  à  la  tradition  chaldéenne,  qui  exigeait 
un  couple  fraternel  ou  amical. 

On  représentait  les  Gémeaux  soit  debout,  soit  assis,  les  pieds 
en  avant  %  Castor  (ou  Apollon)  du  côté  du  Taureau,  Pollux  (ou 
Hercule)  du  côté  du  Cancer. 

Les  Gémeaux,  au  dire  de  Manilius,  forment  des  musiciens  indo- 
lents, qui  préfèrent  la  lyre  et  la  flûte  à  la  trompette  guerrière,  ou 
des  savants  qui  commencent  par  l'astronomie  (l'étude  de  la  lyre 
céleste)  et  finissent  par  les  mathématiques  ^  On  n'aurait  pas  cru 
les  Gémeaux  si  épris  de  l'harmonie  pythagoricienne.  C'est  sans 
doute  Apollon  qui  suffit  à  tout.  Quant  à  Hercule,  il  ne  figure  là 
que  pour  expliquer  la  présence  de  son  voisin,  le  Crabe  ou  Cancer. 

0.  Le  Cancer  ou  Crabe  ou  Écrevisse  (Kapxtvo;  -  Cancer).  —  Ce 
crabe  fameux  était  celui  qui^  dans  les  marais  de  Lerne,  avait 
mordu  Hercule  au  pied  et  avait  été,  pour  cet  exploit,  transporté 
au  ciel  par  Hêra,  ennemie  irréconciliable  du  héros  ^.  Les  deux 
étoiles  appelées  les  Anes  ("Ovot  -  Asini)  qui  brillent  sur  la  carapace 
du  crustacé  avaient  aussi  leur  légende. 

On  ignore  d'où  est  venu  aux  Grecs  ce  type  zodiacal.  On  s'avisa 
sur  le  tard  de  l'expliquer  par  un  symbolisme  naturel,  en  disant 
que  le  Soleil,  arrivé  au  tropique,  marche  ensuite  à  reculons  comme 


(Ptol.,  Tetrab.,  l,  9.  Hephest.  Theb.,  I,  3,  p.  68  Engelbr.).  Mais  les  partisans 
de  l'équation  mythique  Apollon  =  Soleil  demandaient  pourquoi  les  Gémeaux 
n'étaient  pas  la  maison  du  Soleil  (voy.  ci-après,  ch.  vu),  de  préférence  au 
Lion  (Anon.,  p.  36). 

1.  Ce  détail  n'est  pas  indifférent,  Manilius  explique  par  là  la  lenteur  des 
Gémeaux,  c'est-à-dire  le  ralentissement  de  la  marche  du  soleil  à  l'approche  du 
solstice  d'été  (II,  200-203). 

2.  Manil.,  IV,  152-161. 

3.  Voy.  les  textes  dans  G.  Robert,  Eratosth.  rel.,  pp.  85-95.  La  plupart  ont 
trait  à  la  légende  scabreuse  des  Anes,  vaincus  au  concours  {de  natura)  et  tués 
par  Priape  (cf.  Lactant.,  Inst.  Div.,  I,  21),  ou,  suivant  une  autre  version, 
auxiliaires  des  dieux  contre  les  Géants,  qu'ils  effrayent  de  leurs  braiements. 
Entre  les  deux  Anes  ("Ovoç  ^dpEioç  —  vdxtoî)  se  trouve  une  nébuleuse,  appelée 
•fl  <l>dtTvr|  ou  t6  <t>iTviov  (la  Crèche),  qui  joue  un  grand  rôle  dans  les  pronostics 
comme  produisant  des  troubles  de  la  vue  ou  même  la  cécité.  Cf.  ci-après, 
ch.  XII.  Comme  le  tropique  du  Cancer  est  à  l'intersection  d'un  «  colure  »  avec 
le  cercle  tropique,  le  Cancer  a  dû  être  appelé  aussi  Colure,  car  il  porte  dans 
le  zodiaque  gréco-hindou .  le  nom  de  Koulîro  (J.-M.-F.  Guérin,  Astronomie 
indienne,  p.  69).  Le  Cancer  est  vu  par  le  ventre,  patulam  distentus  in  alvum 
(Manil.,  II,  253). 


LE    CANCER 


137 


le  crabe  *.  Les  décorateurs  inconnus  du  Zodiaque  n'avaient  sans 
doute  pas  tant  d'esprit,  et  il  est  douteux  au  surplus  que,  de  leur 
temps,  le  solstice  d'été  fût  dans  le  Cancer.  C'est  même  la  difficulté 
d'établir  une  association  d'idées  entre  la  saison  sèche  et  un  ani- 


CANCER 

Fig  6.  Le  Cancer. 

mal  aquatique  qui  a  suggéré  aux  érudits  modernes  l'idée  que  le 
Zodiaque  avait  tourné  de  180°  depuis  sa  construction.  Ce  serait 
peut-être  le  cas  de  songer  que,  si  la  Chaldée  est  à  sec  en  juin,  le 
lever  héliaque  du  Cancer  et  du  Chien  annoncent  en  Egypte  le 
début  de  l'inondation  annuelle  ^  Les  astrologues  s'accordaient 


1.  Macr.,  Sat.,  1, 17,  63,  Le  Cancer,  comme  le  Taureau,  est  entraîné  à  recu- 
lons par  le  mouvement  diurne  (Manil.,  Il,  199.  Cf.  Ovid.,  Met.,  II,  82  :  circuitu 
curvantem  brachia  longo  |  Scorpion,  atque  aliter  curvantem  brachia  Cancrum). 
De  là,  pour  Manilius,  ralentissement  de  la  marche  du  Soleil.  Il  est  facile,  et 
partant  inutile,  d'essayer  des  explications  comme  celle-ci  :  Hercule  repré- 
sente le  Soleil  (cf.  iîTpoyÎTuv  "HpaxXcç,  'HéXu.  Nonn.,  XL,  369),  qui,  arrivé  à 
l'apogée,  est  mordu,  c'est-à-dire  contraint  de  reculer,  par  le  Cancer;  ou  bien, 
le  Cancer  est  dit  humide,  parce  que  la  constellation  est  sans  éclat,  un  trou 
noir  dans  le  Zodiaque.  Autant  vaut  l'idée  de  Sérapion  (Plut.,  De  Pyth.  orac, 
12),  qu'un  animal  aquatique  rappelle  l'élément  dont  se  nourrit  le  Soleil. 

2.  Les  Égyptiens  commencent  leur  année  sous  ce  signe,  dit  le  scoliaste,  xoxt 
yàoô  NeDkOî  ô  itivTwv  aÙToïi;  twv  àyaôûv  at-cio;  -reXTiOûvEi  (Anon.,  p.  77).  Dans  le 
Zodiaque  du  pronaos  de  Denderah  figure,  à  côté  de  Sothis  (Sirius)  et  avant 
le  Cancer,  une  déesse  qui  verse  des  cruches  d'eau,  symbole  de  l'inondation. 
Sur  les  tombeaux  pharaoniques,  on  voit  intercalés  entre  le  Soleil  et  Sothis 
deux  tortues.  On  retrouve  à  l'époque  gréco-romaine  ces  tortues,  placées  par- 
fois devant  un  Lion  à  tête  de  crocodile  (Brugsch,  Thésaurus  Inscr.  Aegypl.,  1, 


138  CHAP.   V.  —    LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

à  faire  du  Cancer  un  signe  féminin;  mais  ils  ne  s 'entendaient 
pas  sur  l'espèce  du  crustacé,  qui  était  pour  les  uns  un  crabe  de 
mer,  pour  les  autres,  un  crabe  d'eau  douce  ou  écrevisse  *,  ce 
qui  occasionnait  des  divergences  dans  les  pronostics. 

Manilius  nous  laisse  le  soin  de  deviner  pourquoi  le  Crabe  pro- 
duit des  négociants  avides,  des  spéculateurs  sans  scrupules.  Il 
livre  cependant  le  mot  de  l'énigme  en  disant  que  ces  brasseurs 
d'affaires  envoient  leurs  navires  d'un  bout  à  l'autre  du  monde  ■'. 
Ils  fondent  leurs  opérations  sur  l'élément  où  vit  le  crabe. 

Q^.  Le  Lion  (Aéwv  -  Léo).  —  L'assimilation  du  terrible  soleil 


d'été  est  de  celles  qui  ont  pu  être  faites  en  Chaldée  et  ne  pas  être 
dépaysées  en  Grèce.  Pour  les  Grecs,  le  Lion  était  celui  qu'Hercule 
avait  étouffé  entre  ses  bras  ou  assommé  d'un  coup  de  massue  à 
Némée.  Il  avait  retrouvé  sa  vigueur  au  ciel  par  les  soins  de  Hèra. 


pp.  10  et  H3).  Peut-être  le  décau  Knem  (tortue)  attribué  au  Cancer  (ci-après, 
ch.  vu)  est-il  le  prototype  du  Cancer.  En  tout  cas,  Grecs  et  Romains  ne  parlent 
que  du  Cancer  brûlant,  du  Chien  torride,  etc.,  —  le  chien  qui  aime  le  froid, 
remai'que  le  scoliaste  d'Aratus,  Sxt  tpiXo<j/û)(po;  «ôv  ô  xûwv,  xal  /atpwv  sirl  xû 
saoïiévo)  yei[iCi'^i.  (Schol.,  v.  403)  —  et  ce  n'est  pas  de  leur  côté  qu'il  faut  cher- 
cher la  raison  d'être  du  signe  aquatique.  La  tortue  égyptienne  est  une  origine 
plausible. 

1.  Le  Cancer  est  marin  pour  Manilius  [Neptuno  debere  genus,  II,  223)  et  pour 
Ptolémée  (Oa^âxTiov,  Tetrab.,  II,  7),  fluviatile  (-rcoxifiiov)  pour  le  scoliaste  {In 
Tetrab.,^.  67)  :  même  désaccord  pour  les  Poissons  (ci-après). 

2.  Manil.,  TV,  462-175. 


LA    VIERGE  139 

Aucun  membre  ne  lui  manque  ;  il  s'avance  fièrement,  les  pieds 
sur  l'écliptique,  dans  le  sens  du  mouvement  diurne  *. 

Comme  le  lion  est  le  roi  des  animaux,  l'étoile  qui  brille  sur  le 
cœur  du  Lion  céleste  est  le  «  Roitelet  »  (BatnXtoxo;  -  Regulus],  et 
le  Lion  a  sa  place  marquée  dans  les  génitures  royales  ^  Manilius 
se  contente  de  pronostics  moins  ambitieux.  A  l'entendre,  l'in- 
fluence du  Lion  produit  de  hardis  chasseurs,  des  entrepreneurs 
de  venationes  et  des  bestiaires,  gens  simples  d'ailleurs  et  sans 
plus  de  malice  que  l'enfant  ^. 

np.  La  Vierge  (nàpôevo;  -  Virgo).  —  On  a  vainement  cherché 
dans  les  documents  babyloniens  un  type  analogue  à  celui  de  la 
Vierge,  la  femme  ailée,  couchée,  la  tête  en  avant,  sur  le  cercle 
zodiacal  *.  De  leur  côté,  les  Grecs  ont  fouillé  tous  les  recoins  de 
leur  mythologie  pour  lui  donner  un  nom  propre  et  une  généalogie. 
C'est  tantôt  Astrée  ou  la  Justice,  aîxtj  (fille  de  Zeus  et  de  Thémis 
ou  d'Astrseos  et  de  l'Aurore),  qui,  comme  chacun  sait,  s'est  exilée 
de  la  terre,  ou  Démèter,  ou  la  Fortune,  ou  Atargatis,  ou  Isis,  ou 
Érigone,  la  fille  infortunée  d'Icare,  ou  encore  une  certaine  Par- 
thénos,  fille  d'Apollon  et  de  Chrysothémis,  fabriquée  par  quelque 
amateur  d'étymologies  faciles  ^  La  légende  d'Astrée  tient  beau- 


1.  Voy.  Eratosth.  reliq.,  pp.  96-99  Robert.  Sur  les  monuments  figurés  (voy. 
les  monnaies  alexandrines  d'Antonin  ap.  Eckhel,  IV,  p.  70  sqq.),  le  Lion  est 
tourné  tantôt  à  droite,  tantôt  à  gauche  —  à  gauche  dans  le  Cod.  Vossianus  de 
Germanicus  (G.  Thiele,  fig.  26).  C'est  sans  doute  le  Lion  étouffé  par  Hercule  que 
Manéthon  appelle  iffe[jiaTtic6î  (Maneth.,  IV,  274).  L'inspection  de  la  fig.  6  jus- 
tifie l'expression  de  Lucain  :  Cancri  sidéra  mixta  Leoni,  que  Scaliger  {Prolegg. 
p,  12)  déclare  inintelligible.  On  dirait  aussi  bien  et  mieux  le  Verseau  mêlé  au 
Capricorne  (fig.  12). 

2.  '0  Alwv  ïysi  èizl  t?,;  xapSta;  dtaTÉpa,  BaaiXtaxov  Xeyôjxevov,  3v  ol  XaX- 
Saïot  voiitÇouuiv  ioyz'.'j  twv  oùpavtwv  (Schol.  Arat.,  v.  148,  I,  p.  43  Buhle)  —  Sxt 
SoxoGatv  oiTispltôv  tôt:ov  toûtov  yevvw(ji£voi  ^aatXixôv  l/îtv  -cô  yevéOX'.ov  (Gemin., 
Isag.,  2).  Sur  les  génitures  royales  et  le  Lion,  voy.  ci-après,  ch.  xii. 

3.  Manil.,  IV,  176-188. 

4.  'Oupavtou  Se  Xéovto;  ôirtaôtSto)  irapà  Txpjw  (Nonnus,  XXXVIII,  360). 

5.  Voy.  Eratoslhen.  reliq.,  pp.  82-85.  Suivant  C.  Robert  {ibid.,  p.  247),  la 
femme  ailée,  vêtue  d'une  robe  rouge,  tenant  des  épis  dans  la  main  gauche  et 
montrant  du  haut  d'un  rocher  (Parthénion)  Télèphe  enfant,  que  l'on  voit  sur 
une  peinture  d'Herculanum,  est  la  Vierge  céleste.  Cf.  dans  Martianus  Capella 
(II,  174-177)  la  description  d'une  Vierge  à  la  mode  égyptienne,  une  Isis.  Les 
astrologues  eux-mêmes  sont  déroutés  par  la  profusion  des  légendes.  Ainsi,  la 
Vierge  est  stérile  (Manil.,  II,  238);  mais,  comme  Démêler,  elle  est  féconde,  et 
Manilius  écrit  —  si  l'on  s'en  tient  à  la  leçon  de  Scaliger  :  Hinc  fœcundus  erit, 
quod  mirum  in  virgine,  partus  (IV,  202).  Suivant  une  explication  naturaliste, 
la  Vierge  est  à  cette  place,  propter  quod  his  diebus  terra  exusta  nihil  pariât 
(Isid.,  Origg.,  III,  70).  Mais  l'Épi?  et  Ptolémée,  qui  range  la  Vierge  parmi  les 


140  CHAP.  V.  LA    KOUTE   DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

coup  de  place  dans  Aratus  et  ses  imitateurs  ou  commentateurs, 
parce  qu'elle  prêtait  aux  développements  sur  Tâge  d'or  et  la 
méchanceté  actuelle  des  hommes  :  celle  d'Érigone  fournissait  les 
éléments  d'un  drame  englobant  la  Vierge  (Érigone),  Arcturus 
X  (Icare)  et  Sirius  (le  chien  d'Icare).  Le  recours  à  Démêler  était 
motivé  par  le  nom  de  l'Épi  (STdcp;  -  Spica),  l'étoile  la  plus  bril- 
lante de  la  constellation. 


Fig.  8.  La  Vierge. 

Pour  Manilius,  la  Vierge  est  Érigone.  Il  fait  d'elle  une  sorte 
d'institutrice  qui  forme  des  gens  éloquents,  savants,  des  sténo- 
graphes capables  de  suivre  la  parole  avec  la  plume,  mais  poussant 
la  timidité  au  point  où  elle  devient  un  défaut.  Il  oublie  pour  le 
moment  d'interpréter  l'Épi  que  la  Vierge  tient  de  sa  main  gauche 
et  qui  doit  avoir  quelque  rapport  avec  la  moisson,  comme  une 
autre  étoile  du  groupe,  la  Vendangeuse  (npoTpuY-rjTT^p  -  Upoxp6yzzo<; 
-  Vindemiatrix  -  Provindemia  -  Vindemitor  -  Antevindemiator), 
avec  la  vendange  et  la  légende  bachique  d'Érigone  K 


signes  «  humides  »  ?  {Tetrab.,  IV,  8).  Les  astrologues  ont  aussi  le  mot  pour 
rire.  Ceux  qui  assimilaient  la  Vierge  à  la  Fortune  ne  se  contentaient  pas  de  lui 
mettre  un  bandeau  sur  les  yeux  ;  ils  lui  enlevaient  la  tête  (Sià  xal  àxéœaXov 
aÙTt.v  (TXTiixaTÎÇouutv.  Eratosth.,  p.  84  Robert).  L'Épi  mérite  une  place  d'hon- 
neur dans  l'histoire  de  l'astronomie.  C'est  en  l'observant  —  il  était  presque 
sur  l'équateur  —  que  Hipparque  découvrit  la  précession  des  équinoxes. 

1.  Cette  étoile,  de  médiocre  éclat,  avait  servi,  comme  les  Pléiades,  de  point 
de  repère  pour  les  saisons,  Ptolémée  (*i<j£i;,  §  9,  ap.  Wachsmuth,  p.  209) 
s'excuse  de  ne  plus  employer  ces  vieilles  marques. 


LA   BALANCE 


141 


^.  La  Balance  (XrjXaî  ou  Zuyc5<;  -  Chelae  ou  Libra),  —  La  cons- 
tellation du  Scorpion,  dont  la  donnée  première  parait  être  de 
provenance  chaldéenne,  ne  se  trouvant  pas  à  la  mesure  d'un 
douzième  du  Zodiaque,  les  Grecs  distinguaient  dans  l'animal 
céleste  les  Pinces  ou  Serres  (Xr^Xai)  et  le  Scorpion  proprement 
dit.  Au  I"  siècle  avant  notre  ère,  on  s'habitua  de  plus  en  plus  à 
substituer  aux  Pinces  un  vocable  nouveau,  la  Balance  *.  Pour- 
quoi la  Balance?  Peut-être  tout  simplement  parce  que,  au  point 


Fig.  9.  La  Balance. 

de  vue  graphique,  il  était  aisé  de  transformer  les  Pinces  en  pla- 
teaux de  balance  ^  Le  motif  couramment  invoqué  était  que  la 
Balance,  correspondant  à  l'équinoxe,  faisait  part  égale  au  jour 
et  à  la  nuit.  11  se  peut  aussi  que  l'idée  de  Balance  ait  été  suggérée 
par  la  légende  qui  identifiait  la  Vierge  avec  la  Justice,  auquel 


1.  P.  l&nnery.  Recherches,  p.  279,  croirait  volontiers  que  la  Balance  est  une 
invention  d'Hipparque  et  symbolise  réellement  l'équinoxe  —  Librantes  noctem 
Chelae  cum  tempore  lucis  (Manil.,  IV,  203.  Cf.  Lucan.,  Phars.,  X,  227).  Le 
nom  de  Chelae  resta  toujours  en  usage  ;  mais,  môme  avec  ce  nom  tradition- 
nel, le  symbolisme  était  modifié. 

2.  Manéthon  est  d'avis  que  le  Zuyô;  fut  ainsi  nommé,  lirsC  x'  etdtvutra' 
sxâTepeev,  |  Olaf  Ttp  TXâaTiyysi;  èrd  Çuyoû  s^KOfi^voto  (Maneth.,  II,  136 
sqq.).  Firmicus  se  représente  la  Balance,  signe  masculin,  sous  la  forme  d'un 
homme  tenant  une  balance  (VIII,  3).  C'était,  disait-on,  l'inventeur  de  la 
balance,  peut-être  Palamède,  catastérisé  pour  ce  fait  (Ampel.,  Lib.  mem.,  2,  7). 
La  Balance  génie  féminin,  comme  domicile  de  Vénus,  sur  l'autel  de  Galties 
(Clarac,  II,  pi.  130, 151). 


142 


CHAP.  V.  —  LA  ROUTE  DES  PLANÈTES  OU  ZODIAQUE 


cas  il  y  aurait  eu  une  ironie  non  médiocre  à  comparer  Tinstru- 
ment  symbolique  de  la  justice  aux  pinces  du  Scorpion  *. 

Ce  changement,  insignifiant  pour  les  astronomes,  était  de  grande 
conséquence  en  astrologie.  La  Balance  représente  la  mesure,  la 
justice,  la  souveraineté  de  la  loi.  Elle  fait  les  législateurs,  les 
esprits  ordonnateurs  et  systématiques,  influence  que  ne  pouvaient 
pas  avoir  les  pinces  du  Scorpion.  Aussi  est-ce  la  Balance,  et  non 
pas  les  Pinces,  que  les  astrologues,  pour  faire  leur  cour  aux 
Romains,  adjugèrent  comme  signe  protecteur  à  l'Italie. 

m,.  Le  Scorpion  (SxopTttoc  -  Scorpio  -  Scorpius  -  Nepa) .  —  Le 
Scorpion  ainsi  écourté  au  profit  de  la   Balance  était,  pour  les 


Fig.  10.  Le  Scorpion  et  les  Pinces. 


Grecs,  celui  qui,  envoyé  par  Gaea  ou  par  Ârtémis,  fit  périr  le 
grand  chasseur,  le  trop  vaniteux  ou  trop  galant  Orion.  La  scène 
mythique  se  jouait  encore  dans  le  ciel,  où  les  deux  acteurs  se 
trouvaient  transportés;  car,  aussitôt  que  le  Scorpion  se  levait, 


1.  Manil.,  IV,  203-216.  Chez  les  auteurs  de  basse  époque,  Zuyô;  devient  sur- 
tout le  Joug,  celui  qui  pèse  sur  les  bêtes  de  somme  et  les  esclaves,  idée  qui 
s'accorde  avec  celle  de  domination,  de  loi,  contenue  dans  la  Balance.  Sur  le 
Globe  Farnèse  soutenu  par  Hercule  ou  Atlas,  l'artiste  a  combiné  les  x^^«'  et 
le  Zuyéç,  le  Scorpion  portant  dans  une  de  ses  Pinces  le  fléau  de  la  Balance 
(Letronne,  Œuvres  choisies,  II"  série,  I,  pp.  239  et  484.  G.  Thiele,  op.  cit., 
-pp.  19-42  et  pi.  ii-vi).  Notre  vignette  Scorpius  et  Chelae  a  pour  but  de  montrer 
l'équivalence  plastique  des  yj^koii  et  du  Zu-f6<;.  Ptolémée  appelle  73^»^  la  con- 
stellation (à(jT£ptu[xdî)  et  Zuyôî  le  signe  (ÇoiSiov). 


LE    SAGITTAIRE  143 

OrioQ  s'ftnfonçait  sous  l'horizon  *.  La  légende  grecque,  dont  on  a 
tire  un  doublet  pour  le  Cancer  (ci-dessus,  p.  136i,  parait  bien  être 
une  imitation  de  la  légende  chaldéenne  du  héros  Gilgamès, 
attaqué  par  Thomme-scorpion,  gardien  du  Soleil.  L'explication 
soi-disant  rationnelle,  qui  voit  dans  le  dard  du  Scorpion  et  la  flèche 
du  Sagittaire  le  symbole  de  la  foudre,  sous  prétexte  qu'il  y  a 
beaucoup  d'orages  en  octobre  et  en  novembre  -,  est  une  induction 
chimérique,  fondée  sur  un  fait  plus  que  douteux  et,  en  tout  cas, 
particulier  à  un  climat. 

Foudroyant  ou  non,  le  Scorpion  ne  pouvait  guère  avoir  de 
clients  paisibles.  Il  suscite  les  batailleurs,  les  ravageurs,  les  gla- 
diateurs, maîtres  d'armes  et  autres  espèces  de  la  gent  querelleuse  ^. 

>->.  Le  Sagittaire  {To^v^tr,(;- Sagittarius).  La  plupart  des  my- 
thographes  étaient  d'avis  que  l'Archer  ou  Sagittaire  devait  être 
le  centaure  Chiron*.  Mais  il  se  trouva  quelque  érudit  pour  soutenir 
que  les  Centaures  ne  connaissaient  pas  l'usage  des  flèches,  et,  du 
reste,  il  y  avait  une  autre  constellation  du  Centaure.  D'après  le 
poète  Sosithée,  le  Sagittaire  était  le  portrait  symbolique  d'un 
certain  Crotos,  ami  des  Muses,  bon  cavalier  et  prompt  comme  la 
flèche,  ou  se  servant  de  son  talent  d'archer  pour  distraire  les 
Muses  :  en  somme,  une  copie  ou  caricature  d'Apollon.  Aussi,  on 
ne  savait  trop  comment  le  représenter,  bipède  ou  quadrupède, 
toujours  pourtant  avec  des  jambes  de  cheval.  On  ajoutait  à  la 
figure  une  espèce  de  manteau  volant,  qui  l'a  fait  classer  parmi  les 
signes  «  ailés  ^  ». 

1.  Orion  et  le  Scorpion  sont  deux  constellations  brillantes,  qui  ont  dû  attirer 
de  tout  temps  l'attention  (lucens  vis  magna  Nepai  —  cum  maqnis  sese  Nepa  luci- 
bus  effert.  Cic,  Arat.,  324  et  434),  par  opposition  aux  obscuro  corpore  Chelae 
(v.  393).  Sur  Gilgamès,  cf.  Sayce,  Gilgamès  Cycle,  tab.  ix.  Sur  les  légendes 
grecques,  Eratosth.  reliq.,  pp.  72-75  Robert.  Nepa  désigne  aussi,  même  dans 
Cicéron  {Aral.  216),  le  Cancer.  Nepa  Afrorum  lingua  sidus  qiiod  Cancer  appel- 
latur,  vel,  ut  quidam  volunt,  Scorpios  (Paul,  et  Fest.,  p.  164  et  165  Mûller). 

2.  Isid.,  Origg.,  111,  70.  L'assertion  se  trouve  déjà  dans  Germanicus  :  Scorpios 
in  pluvias  rarus,  sed  nubibus  atris  |  Creber  agit  nimbos  et  saeva  tonitrua  por- 
tai, I  Clara  sagittiferi  teligit  cum  lumina  signi  (p.  199  Baehrens).  Le  dard  du 
Scorpion  considéré  comme  un  soc  ou  semoir,  à  cause  des  semailles  d'octobre 
(Manil.,  IV,  219  et  556.  Proclus,  in  Anal.  Sacr.,  V,  2,  p.  176  Pitra). 

3.  Manil.,  IV,  217-229.  Le  Scorpion  est  le  domicile  de  Mars  (Ares),  qui  y  a 
son  Sosie,  Antarès,  tw  'Apsi  rt^y  XP°*"'  Sjjloioî  (Cleomed.,  Il,  11). 

4.  Le  Sagittaire  doit  être,  comme  le  Scorpion  et  le  Capricorne,  d'origine 
orientale.  Bérose  enseignait  qu'à  l'origine  il  s'était  produit  divers  monstres 
(cf.  Empédocle),  des  hommes-chèvres,  des  l-7:i:oTcô8aç,  etc.  (Fr.,  Hist.  Gr., 
II,  p.  497).  Sagittaire-centaure  assyrien  dans  Roscher,  Lexicon,  II,  p.  1055. 

5.  Voy.  Eratosth.  reliq.,  pp.  150-153.  Signe  ÔiaSr.iiaTOïiôpov  dans  Ludwich 
{Anecd.  Astrol.,  p.  109). 


144  CHAP.   I.  LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

Manilius    croit    que   rinflueiice    du    Sagittaire   engendre  des 
hommes  de  cheval,  des  dompteurs,  capables  «  de  désarmer  des 


Fig.  11.  Le  Sagittaire. 

tigres,  d'enlever  au  lion  sa  rage  et  de  parler  avec  un  éléphant  », 
gens  vigoureux,  à  l'œil  sûr  et  au  cœur  ferme  *. 

%.  Le  Capricorne  (AÎYoxepco;  -  Capricornus].  —  Comme  le  Sagit- 
taire, le  Capricorne  devait  être  un  de  ces  monstres  qui  pullulent 
dans  les  eaux  fécondes  de  la  cosmogonie  babylonienne.  Les  Grecs 
eurent  quelque  peine  à  lui  trouver  un  équivalent  dans  leur 
mythologie.  Ils  avaient  bien  sous  la  main  le  dieu  Pan  ou  Aegipan, 
au  front  cornu,  qu'on  disait  frère  de  lait  de  Zeus,  nourri  comme 
lui  par  la  chèvre  Amalthée.  Mais  les  astrologues  avaient  décidé 
que  ce  signe,  petit  et  sans  éclat,  était  aquatique  et  féminin.  On 
satisfit  à  la  première  donnée  en  combinant  le  type  de  Pan,  déci- 
dément converti  en  bouc,  avec  celui  de  Triton  :  quant  à  la  seconde, 
une  monstruosité  de  plus  ou  de  moins  dans  un  monstre  ne  tirait 
pas  à  conséquence  ^ 


1.  Manil.,  IV,  230-242. 

2.  Voy.  Eratosth.  reliq.,  pp.  148-149,  et  W.  H.  Roscher,  Die  Elemente  des 
astronomischen  Mythus  von  Aigokeros  [Capricornus]  (Jahrbb.  f.  klass.  Phil., 
CLl  [1895],  pp.  333-342).  Cf.  le  cylindre  babylonien  visé  par  Perrot  et  Chipiez, 
Hist.  de  l'Art,  II,  p.  687  fin.,  et  344-345.  La  conque  {%6ylo^-cochlis),  avec 
laquelle  Pan  jette  une  terreur  «  panique  »  parmi  les  Titans,  sert  de  trait 
d'union  entre  Pan  et  Triton.  On  disait  aussi,  pour  expliquer  le  caractère 
aquatique  du  signe,  que  Pan,  fuyant  devant  Typhon,  s'était  jeté  dans  le  Nil, 
ou  bien  on  imaginait  une  affinité  entre  le  Capricorne  et  l'Océan  occidental,  où 


LE    CAPRICORNE 


145 


La  queue  de  poisson  du  Capricorne,  symbole  des  pluies  d'hiver, 
ne  prépare  guère  l'esprit  à  accepter  les  pronostics  de  Manilius, 
qui  a  dû  puiser  au  hasard  dans  des  traditions  divergentes.  Pour 
lui,  le  Capricorne  est  le  lieu  d'élection  du  feu  (Vesta)  et  le  patron 
de  toutes  les  industries  métallurgiques  K  II  suit  ici  une  associa- 
tion d'idées  qui  a  amené  les  astrologues  à  loger  dans  le  Capricorne 


Fig.  12.  Le  Capricorne. 

l'exaltation  (utj^wfxa)  de  Mars,  le  dieu  du  fer  et  du  feu  ^.  On  voit  à 
quoi  il  pense  quand  il  ajoute  aux  arts  du  métal  le  commerce  des 
habits.  Évidemment,  le  Capricorne  lui  apparaît  comme  le  «  bon- 
homme Hiver  »,  affublé  de  couvertures  et  penché  sur  son  foyer. 
Et  pourtant,  il  songe  à  la  chèvre  et  au  poisson  quand  il  s'agit 
non  plus  du  métier,  mais  du  caractère  des  individus  nés  sous  ce 
signe,  gens  pétulants  et  de  mœurs  équivoques  dans  la  jeunesse 


il  est  tou jours  prêt  à  se  replonger  (^e.(70ceros5empe?'prope?'flreî;2d'e/Mr  |  Oceano. 
German.,  Arat.  286  ;  —  lyrannus  Hesperiae  Capricornus  undae.  Ilor.,  Od.,  II,  17  ; 
—  lotus  et  Hesperia  quid  Capricornus  aqua.  Propert.,  V,  1,  86).  Noms  péri- 
phrastiques,  Corniger  aequoris,  Neptunia  Capra,  aequoris  Hircus,  aequoreus 
Caper,  pelafji  Capella,  etc. 

1.  Manil.,  IV,  243-2-i5.  Mais  l'idée  de  mer  attachée  au  signe  pisciforme  revient 
plus  loin,  dans  la  seconde  série  de  portraits  :  Militiam  in  ponto  dictât,  pup- 
pisque  colendae  \  Dira  ministeria  et  vitae  discrimen  inertis  (IV,  368-310). 

2.  Ptolémée  raisonne  à  peu  près  comme  Manilius  :  il  pense  qu'on  a  placé 
l'exaltation  de  Mars  dans  le  Capricorne  pour  réchauffer  celui-ci. 


146         CHAP.   V.  —   LA    ROUTE   DES   PLANÈTES    OU   ZODIAQUE 

(sous  la  chèvre,  partie  antérieure),  plus  tranquilles  dans  la  vieil- 
lesse (sous  le  poisson)  K 

55;.  Le  Verseau  ('rSpoj(^oo(;  -  Aqtiarius).  —  La  mythologie  chal- 
déenne  représentait  comme  inondés  tous  les  environs  du  solstice 
d'hiver  ^;  mais  elle  ne  fournit  aucun  type  se  rapprochant  du 
Verseau.  Celui-ci  était,  pour  les  Grecs,  soit  Ganymède  tenant 
Taiguière,  soit  Deucalion  regardant  couler  le  déluge,  soit  Cécrops 


Fig.  13.  Le  Verseau. 

offrant  aux  dieux  de  l'eau,  à  la  place  du  vin  qu'on  ne  connaissait 
pas  encore,  soit  Aristée  obtenant  des  dieux  des  pluies  bienfai- 
santes ^  On  le  représentait  sous  la  forme  d'un  jeune  homme 
penchant  son  urne  du  côté  des  Poissons  et  abreuvant  le  Pois- 
son Austral,  qui  se  délecte  dans  son  élément. 


1.  Manil.,  IV,  2S6-258.  Affinité  entre  le  Capricorne  et  le  froid  Saturne  (ci- 
dessus,  p.  96),  qui  y  a  son  domicile.  Sur  les  très  nombreuses  monnaies 
romaines  à  l'effigie  du  Capricorne  (horoscope  d'Auguste,  ci-après,  ch.  xii),  la 
figure  est  tournée  indifféremment  à  droite  ou  à  gauche.  Les  artistes  n'ont 
aucun  souci  de  la  doctrine. 

2.  Du  Sagittaire  au  Bélier  s'étend  la  partie  aquatique  du  ciel  [liquida  astra 
—  liquidum  cœliim.  German.,  Ai^at.,  367.  603):  au  nord  du  Capricorne,  le 
Dauphin;  au  sud  des  Poissons  et  du  Bélier,  la  Baleine  et  le  fleuve  Éridan. 

3.  Eratosth.  reliq.,  pp.  144-145.  Ératosthène  ne  connaît  que  Ganymède  :  de 
même  Manéthon  (Tan^-rjc;  vEtp£)vu)8eo<;  Oij).y[jTtoto.  IV,  571).  Dans  le  papyrus  CXXX 
du  Bint.  Mus.,  on  cite  :  àvzépct  tôv  Iv  tti  5().a(nJ5i  xaXoij[i.svov  rav'j[XT,8T>  v 
ôjjLovij[i(oî  Tw  SXw  slSu)>>w  (lig.  132-137).  Les  autres  traditions,  dans  Hygin.,  II,  29, 
Ampel.,  2,  11;  Schol.  Gerra.,  Arat.,  287;  Lucan.,  Phars.,  I,  652.  Le  Verseau 
avec  l'urne  à  droite  dans  le  Cod.  Vossianus  (Thiele,  p.  115). 


LES  POISSONS  147 

En  vertu  de  la  «  parenté  des  professions  »,  le  Verseau  produit 
des  hydrauliciens,  qui  creusent  des  canaux  ou  bâtissent  des  ponts. 
Ils  mesurent  aussi,  par  les  mouvements  célestes  et  la  clepsydre, 
Técoulement  du  temps.  Enfin,  ils  laissent  aussi  couler  leur  argent, 
sans  être  jamais  ni  riches  ni  pauvres  *. 

)(.  Les  Poissons  Çij^'jzii  -  Pisces).  —  La  mythojogie  grecque 
semble  dédaigner  les  poissons,  ce  qui  étonne  de  la  part  d'un 
peuple  de  marins  et  de  pécheurs.  Seul,  le  dauphin  a  obtenu  d'elle 
quelque  attention  et  un  peu  de  bienveillance.  Le  poisson  tient, 
au  contraire,  une  place  considérable  dans  les  légendes  syriennes 
et  chaldéennes.  Aussi  les  Grecs  ont-ils  laissé  visible  la  trace  de 
l'origine  orientale  des  Poissons  du  Zodiaque.  On  disait  que  jadis 
Aphrodite  et  son  fils,  poursuivis  par  Typhon,  s'étaient  jetés  dans 
l'Euphrate  et  avaient  été  métamorphosés  en  poissons  ^  ou  encore, 
qu'elle  était  sortie  d'un  œuf  tiré  de  l'Euphrate  par  les  poissons  ^ 
L'auteur  des  Aratea  appelle  nettement  les  Poissons  les  «  deux 
divinités  de  la  Syrie  *  ». 

La  mention  de  l'Euphrate  n'empêche  pas  certains  mythographes 
d'accommoder  la  légende  à  la  grecque,  c'est-à-dire  de  la  trans- 
porter en  mer,  comme  la  légende  d'Aphrodite  elle-même,  née  de 
l'écume  de  la  mer.  Pour  Manilius,  les  Poissons  sont  des  poissons 
de  mer,  et  l'eau  que  leur  prodigue  le  Verseau  est  de  l'eau  salée.  Il 
ne  manque  pas  de  faire  naître  sous  le  signe  des  Poissons  les 
hommes  de  mer,  depuis  le  simple  pêcheur  jusqu'au  navigateur 
qui  sait  régler  sa  course  sur  les  astres  ou  à  ceux  qui  alignent  leurs 
flottes  pour  le  combat  ^.  Le  caractère  aphrodisiaque  se  retrouve 
dans  le  tempérament  voluptueux  et  mobile  que  le  poète  leur 
attribue,  ainsi  que  dans  la  fécondité  qui  distingue  les  Poissons 


i.  Manil.,  IV,  259-272.  Dans  la  seconde  série  de  portraits,  les  clients  du  Ver- 
seau sont  des  modèles  de  vertu  (IV,  571). 

2.  Hygin.,  II,  30;  Ampel.,  2,  12;  Ovid.,  Fast.,  II,  458-474.  On  remplaçait 
aussi  Vénus  par  Isis  ou  par  la  dea  Syria,  et  l'Euphrate  par  le  Nil  ou  l'étang 
de  Bambyke.  Ératosthène  appliquait  la  légende  à  la  constellation  du  Pois- 
son Austral,  dont  les  Poissons  auraient  été  la  progéniture  {Eralosth.  reliq., 
pp.  129  et  180-181).  Piscis  magnus  cujus  nepoles  dicuntiir  Pisces  (Schol.  Germ. 
ad  V.  378,  II,  p.  84  Buhle). 

3.  Schol.  Germ.,  Arat.,  239  (d'après  Nigidius). 

4.  Syriae  duo  numina  Pisces  (German . ,  Arat.,  557). 

5.  Manil.,  IV,  273-291.  Il  tient  ferme  pour  les  poissons  de  mer  :  Agnoscitque 
suos  Neptunus  in  aeqttore  Pisces  (II,  447);  aussi  l'urne  du  Verseau  est  pars 
maris  (II,  232).  Ptolémée  et  son  scoliaste  sont  en  désaccord,  comme  pour  le 
Cancer,  le  signe  des  Poissons  étant  iroTdéixiov  pour  l'un  {Tetrab.,  II,  7),  SraXia- 
<iiov  pour  l'autre  (p.  67),  qui  se  contredit  d'ailleurs  un  peu  plus  loin  (p.  70). 


d48 


LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 


astrologiques  comme  les  poissons  réels  et  qui  a  été,  en  fin  de 
compte,  la  raison  d'être  de  toutes  ces  légendes.  Plus  loin,  l'idée 
que  le  pêcheur  trompe  et  que  le  pirate  surprend  sa  proie  fait 
attribuer  aux  clients  des  Poissons  le  caractère  de  bavards  falla- 
cieux et  sans  scrupules  *,  chose  d'autant  plus  étonnante  que  les 
poissons  sont  muets. 


Fig.  14.  Les  Poissons. 

La  constellation  occupant  un  large  espace,  on  distinguait  le 
Poisson  du  N.,  la  tête  tournée  vers  le  pôle,  le  Poisson  du  S., 
tourné  du  côté  de  l'Occident,  et,  entre  les  deux,  un  ligament 
flottant  dont  les  astronomes  soigneux  ne  manquaient  pas  de 
faire  état  dans  leurs  pronostics  ^. 


1.  Manil.,  IV,  373  sqq.  Les  Poissons  muets,  qui  engendrent  des  bavards,  ont 
aussi  autorité  dans  le  corps  humain  sur  les  pieds,  eux  qui  en  sont  dépourvus  ! 
(Voy.  ci-après,  la  mélothésie  zodiacale,  au  ch.  x). 

2.  Les  astrologues  appelaient  aussi  le  Poisson  du  Nord  le  Poisson  à  tête 
d'hirondelle  —  xoûxov  toîvuv  tov  popsiôxepov  'Ij(6ùv  /eXiSdvoî;  è^^^^  '^'^^ 
xecpaXTjV  (paaiv,  ov  XaXSaïoi  TcaXoûaiv 'I^ôùv  )(£)kiSôviov  (Schol.  Arat.,  v. 
242).  Ces  «  Chaldéens  »  étaient  probablement  des  «  Égyptiens  »,  familiers 
avec  les  têtes  d'ibis  et  d'épervier  qu'ils  donnaient  à  leurs  décans.  Dans  le 
papyrus  CXXX  du  Brit.  Muséum,  Saturne  est  noté,  au  degré  5"  59'  des  Poissons, 
comme  iiti  xoû  y^z^siBo^  laiou  '1/600?  xaTaeiêiÇcov  (lig.  103-103);  Vénus, 
litl  xoO  voTsiou  ''Ixeûoç  (lig.  148-149).  Il  y  avait  danger  de  confondre  le  Pois- 
son du  S.  zodiacal  avec  le  Poisson  austral,  où  brille  une  étoile  de  première 
grandeur  (Fomalhaut).  Gernaanicus  en  avertit  :  Est  eliam  a  geminis  diversus 
piscibus  unus,   etc.  (German.,  Arat.,  378  sqq.).   La  confusion  a  été  faite  en 


CLASSIFICATIONS    DES    SIGNES  149 

Nous  voici  revenus  au  point  de  départ,  au  Bélier,  après  avoir 
recueilli  en  chemin,  grâce  à  Manilius,  les  premières  associations 
d'idées  d'une  astrologie  encore  étrangère  aux  mathématiques,  ou 
qui  a  échappé  dans  ime  certaine  mesure  aux  remaniements  labo- 
rieux des  savants  et  des  pédants.  Il  nous  reste  encore,  avant 
d'aller  plus  loin,  à  passer  en  revue  les  classifications  de  toute 
sorte,  physiologiques,  psychologiques,  morales,  esthétiques, 
fondées  par  les  astrologues  sur  les  descriptions  précédentes  et 
servant  à  définir  les  qualités  imputables  à  l'influence  des  diverses 
catégories  de  signes. 


§  II.  —  Classifications  des  signes. 

La  plupart  des  motifs  de  classification  sont  empruntés  au  des- 
sin des  figures.  Rien  ne  montre  mieux  sans  doute  l'ineptie  fon- 
cière et  incurable  —  mettons  la  naïveté  —  de  gens  qui  prenaient 
pour  œuvre  de  nature,  susceptible  d'engendrer  des  rapports  natu- 
rels, le  produit  de  la  fantaisie  la  plus  capricieuse  ;  mais  rien  aussi 
n'affirme  plus  nettement  l'autonomie  de  l'astrologie  grecque,  au 
point  de  vue  des  applications  pratiques.  Un  détail  changé  dans 
une  figure  zodiacale  modifie  toute  une  série  d'inductions,  de  cor- 
respondances, utilisées  de  cent  manières  et  surtout  dans  la  méde- 
cine astrologique.  Or  nous  savons  que,  quels  qu'aient  pu  être 
les  emprunts  faits  à  l'Orient,  le  ciel  grec  avait  sa  physionomie 
propre  et  ses  types  à  lui  *. 

Abordons  —  avec  sérieux,  si  faire  se  peut  —  la  zoologie  zodia- 
cale établie  sur  l'analyse  des  types  helléniques. 

I.  —  Au  point  de  vue  de  la  forme  corporelle,  les  signes  sont  : 

i°  Humains  (àvOpwitô [jLoptpa -àvOpcoiroEtSTÎ  -  Awmana)  ou  bestiaux 
C^Tip'Mcr^  -  ferina),  le  signe  composite  du  Sagittaire  étant  sur  la 
limite  des  deux  genres.  Les  signes  bestiaux  se  décomposent  en 
animaux  terrestres  (/ep^aTa)  ou  quadrupèdes  (xETpaTroox),  amphi- 
bies (à[jLot6ia),  aquatiques,  vivant  dans  la  mer  (âraXâaata)  ou  l'eau 
douce  (TtoxâfjL'.a).  On  distinguait  aussi  ceux  qui  marchent  (paSiaxtxà), 
ceux  qui  rampent  (épiruaxixà)  et  ceux  qui  volent  (TrxEpwxà);  mais 


Orient,  non  seulement  avec  le  Poisson  austral,  mais  avec  la  Baleine  (Ktitoî) 
qui  est  tout  près  ;  car  le  Xll"  signe  du  Zodiaque  gréco-hindou  'cf.  ci-dessus, 
p.  136,  3)  s'appelle  Khetthonq.  Aujourd'hui,  par  le  fait  de  la  précession  des 
équinoxes,  le  Poisson  du  S.  est,  comme  l'autre,  au  N.  de  l'équateur. 
1.  Voy.  ci-dessus  (p.  60,  1),  le  texte  d'Achille  Tatius,  Isagoge,  39. 


150  CHAP,    V.   —   LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

cette  classification  ne  rentre  pas  dans  la  précédente,  parce  que, 
sur  les  quatre  signes  humains  (H  nç  :^  ss;),  un  (iip)  est  «  ailé  »  ; 
le  >->  l'est  aussi,  et  aussi  les  )(,  dont  les  nageoires  apparemment 
comptent  pour  ailes!  De  même,  la  classification  en  signes  doués 
de  voix  (çwvrIevTa)  OU  de  demi-voix  (-^JiJLtcpwva)  et  sans  voix  (aowva), 
où  se  trouvent  mélangés  les  signes  humains  et  animaux.  La  sépa- 
ration se  retrouve  entre  les  signes  raisonnables  (Xoytxâ)  et  les 
signes  privés  de  raison  (àtXoYa)  ou  animaux;  ceux-ci  répartis  en 
doux  ou  domestiques  (riixepa)  et  féroces  (àvrjfjLepa)  *. 

2°  Signes  féconds,  soit  en  semence  (■n:oXûffTCp[xa),  soit  en  progé- 
niture (TroX'jyova),  stériles  (<TT£tpw87)  -  oXiYoaiT£p(jt.a  -  a.nzzp^i'x)  OU  com- 
muns. 

1.  Le  renvoi  aux  textes,  qui  obligerait  à  constater  toute  espèce  de  variantes, 
est  ici  superflu.  Les  plus  anciennes  références  ne  vont  pas  au  delà  de  Manilius, 
qui  consacre  une  centaine  de  vers  (II,  150-264)  à  détailler  les  signes  mascula 
et  feminea  (150-154),  humana  et  ferina  (155-158),  gemma  (159-169),  biformia 
(169-174),  duplicia  (175-196),  transvorsim  orientia  et  recta  (197-202),  diurna  et 
nocturna  (203-222),  aquatica  et  terrena  (223-229),  ambigua  (230-233),  fecunda 
(234-237),  sterilia  (238-239),  communia  (240-243),  currentia  et  stantia  (244-248), 
sedentia  {U9-2M)Jacentia  (252-255),  rfe6iii«  (256-264).  Puis  les  distinctions  se 
multiplient  avec  les  épithètes.  Il  n'y  en  a  pas  moins  de  113  dans  Tinforme  com- 
pilation rispl  èvepysiai;  twv  tjî'  ÇwStwv  (Ludwich,  Anecd.,  Astrol., 
pp.  105-110).  Voir,  dans  un  autre  tableau  (p.  110-112),  les  pronostics  fondés  sur 
une  vingtaine  de  ces  épithètes.  Dans  les  tableaux  ajoutés  par  quelque  scoliaste 
à  la  fin  du  Ile  livre  de  la  Tétrabible  de  Ptolémée  et  dans  Héphestion  de  Thèbes, 
chaque  signe  est  pourvu  d'environ  une  dizaine  d'épifhètes.  Ptolémée  s'est 
gardé,  autant  qu'il  l'a  pu,  de  ces  niaiseries,  dont  il  avait  quelque  peu  honte. 
La  classification  fondée  sur  la  «  voix  »  doit  venir  de  l'Egypte,  où  la  «  voix 
juste  »  avait  tant  d'importance  dans  les  rites  magiques.  On  ne  la  rencontre 
ni  dans  Ptolémée,  ni  chez  ses  commentateurs,  mais  dans  les  auteurs  de  basse 
époque,  Firmicus,  Héphestion  et  autres,  et  on  ne  la  voit  utilisée  nulle  part, 
sauf  peut-être  chez  les  Arabes.  Un  «  hermétique  »  dit  :  Revelatur  statim  ver- 
biim  occultum  quod  qiiaeritiir,  quando  Lima  et  planeta  cui  applicat  sunt  in 
signis  vocem  habentibus  (Herm.,  C.  Aphorism.,  92,  p.  842  Junctin.).  Firmicus 
paraît  assimiler  les  signes  «  vocaux  »  aux  signes  humains  {in  humanis  vel 
vocalibus  signis,  IV,  19,  26  Kroll).  Voici  le  classement  donné  par  les  Anecdota 
de  Ludwich  (p.  107)  :  !puvT,îvTa  TV  H  "E  ~  !  Ti(A{cpwva  Si  ^  X>  i  àî'fwva  i§  £z 
m  J( .  Il  serait  curieux  de  savoir  pourquoi  le  rugissement  du  Lion  ne  lui  a 
valu  qu'une  demi-voix  !  Je  suppose  que  nous  avons  là  un  débris  de  spécula- 
tions mystiques.  L'alphabet  ayant  été  adapté  au  Zodiaque  (ci-après,  ch.  x), 
on  a  dû  faire  correspondre  certains  signes  aux  voyelles  (cswvTiev-ca  -{pd\i- 
(laia).  Cette  adaptation  aurait  pu  être  elle-même  suggérée  par  une  tradition 
pythagoricienne,  qui  assimilait  la  musique  des  sept  orbes  planétaires  aux 
voyelles  ("uaûta  [lèv  yâp  êati  cpwv7)evTa.  Procl.,  in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  117 
Pitra  :  ci-après,  ch.  xii)  et  les  signes  aux  consonnes  (<j  ù  (j.  tp  w  v  a  5è  xà  twv 
Çwôtuv,  ibid.).  De  tout  cela,  défiguré,  transposé,  serait  sortie  la  classification 
susvisée.  Le  Scorpion  a  dû  hériter  du  scarabée  égyptien  le  titre  de  signe 
aÛToy^wifiTOv  (Ludwich,  p.  109).  La  Vierge  xpiizoo^iù-Ko^  (p.  108)  est  une  Hécate. 


CLASSIFICATIONS  DES  SIGNES  151 

3°  Signes  entiers,  ou  mutilés  (fxeXoxoTcoufxeva-àiroxoTta- ^{ireeXf) - 
debilia),  comme  le  Taureau,  qui  n'a  que  la  moitié  du  corps,  le 
Cancer  aveugle  *,  le  Scorpion,  qui  a  laissé  ses  Pinces  dans  la 
Balance,  et  le  Sagittaire,  qui,  vu  de  profil,  n  a  qu'un  œil.  «  Ainsi  », 
s'écrie  avec  une  solennité  comique  le  bon  Manilius,  «  le  monde 
console  nos  afflictions  en  les  portant  dans  les  astres  ;  il  nous 
enseigne  par  son  exemple  à  supporter  patiemment  les  pertes, 
puisque  toute  la  marche  de  la  destinée  dépend  du  ciel  et  que  les 
astres  eux-mêmes  sont  nés  avec  des  membres  infirmes  ^  !  » 

4°  Signes  simples  [àrùA  -  simplicia)  et  signes  géminés,  soit  con- 
joints comme  les  Gémeaux,  soit  disjoints  comme  les  Poissons,  soit 
composés  de  parties  hétérogènes  [biforniia  -  otcpusTç)  comme  le 
Sagittaire  et  le  Capricorne.  L'érudition  insuffisante  de  Manilius 
s'embrouille  ici  dans  les  signes  doubles  par  figuration  et  les 
signes  doubles  par  position  (c^wp/icia  -  ofawjjia  -  StiiXâ),  c'est-à-dire 
précédant  les  signes  équinoxiaux  et  tropiques  et  participant  de 
leur  nature.  Au  fond,  il  est  dans  la  logique  quand  il  veut  mettre 
d'accord  la  position  et  la  figure  ;  mais  la  mythologie  a  dû  céder 
le  pas  à  la  géométrie,  et  c'est  la  géométrie  qui  exige  que  la  Vierge 
soit  un  signe  double.  Avec  un  peu  plus  de  savoir-faire,  Manilius 
aurait  fait  rentrer  ce  signe  dans  la  règle,  en  remarquant  qu'il  est, 
en  réalité,  double,  étant  composé  de  la  Vierge  et  de  l'Épi. 

II.  —  Au  point  de  vue  de  leur  attitude,  en  tant  que  figures 
plastiques,  les  signes  sont  debout,  assis,  couchés,  marchant  ou 
courant,  tournés  en  haut  ou  en  bas,  en  avant  ou  en  arrière,  etc. 
Ainsi,  Manilius  sait  que  le  Cancer  et  le  Scorpion  sont  couchés  sur 
le  ventre  et  les  Poissons  sur  le  flanc  ^  Au  point  de  vue  de  leur 

1.  La  cécité  du  Cancer  vient  probablement  de  la  géométrie  des  anliscia  (ci- 
après,  p.  160,  2).  On  lui  trouvait  aussi  une  raison  physique,  c'est  qu'il  commence 
à  raccourcir  les  jours  et  qu'on  y  voit  moins  clair  :  Longaque  j'am  minuit  prae- 
clarus  liimina  Cancer  (Auson.,  Eclog.,  p.  558  ToU).  En  fait,  et  c'est  encore  une 
raison,  ce  praeclarus  est  obscur  (ci-dessus,  p.  137,  1). 

2.  Manil.,  II,  256-264.  Pline  fait  une  réflexion  analogue  à  propos  des  éclipses  : 
quis  enim  cernens  [siderum  labores]  7ion  suae  necessitali  mortales  genitos 
ignoscat  (Plin.,  II,  §  55).  La  lune  particulièrement  était  l'astre  souffrant,  l'éter- 
nelle malade,  mourant  chaque  mois  de  mort  naturelle  et  parfois  d'empoison- 
nement, de  veneficia  magiques.  Les  médecins  astrologues  imputaient  par 
métonymie  aux  signes  les  maladies  dont  ils  étaient  la  cause  ;  ils  disaient  que 
tel  signe  est  pustuleux,  fistuleux,  dartreux,  etc.  (voy.  ci-après,  ch.  xii).  Des 
modernes  eussent  fait  à  coup  sûr  le  Cancer  «  cancéreux  ». 

3.  Manil.,  II,  245-255.  Manilius  confond  les  signa  recta,  debout  sur  le  cercle 
du  Zodiaque,  et  les  recta  qui  se  lèvent  debout  sur  l'horizon.  De  môme,  il 
confond  les  signes  qui  marchent  ou  courent,  comme  le  Lion  et  le  Sagittaire, 
avec  les  signes  «  rapides  »  qui  se  lèvent  rapidement  sur  l'horizon,  comme  le 


lo2         CHAP.    V.  —  LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

inclinaison  par  rapport  à  l'horizon,  ils  sont  droits  {àp^i  -  recta)  ou 
('irXâYi<='  -  obliqua],  distinction  qui  est  souvent  confondue  avec  les 
précédentes. 

Le  docte  Ptolémée  dédaigne  toutes  les  naïvetés  de  la  vieille 

astrologie  :  il  n'ad- 
met d'autres  clas- 
sifications que  cel- 
les qui  se  fondent 
surla  position  géo- 
métrique des  si- 
gnes par  rapport  à 
la  division  duodé- 
cimale du  cercle, 
position  qui,  sui- 
vant lui,  détermi- 
ne leur«  nature». 
Il  partage  d'a- 
bord les  signes  en 
trois  espèces,  dont 
chacune  contient 
quatre  signes  équi- 
distantsetdefonc- 

Fig.  15.  Symbolisme  des  quadrants  et  signes  du  Zodiaque.  tioU  homoloCUe  * 

1°  Les  signes  «  tropiques  »  ou  cardinaux,  subdivisés  en  tropi- 
ques proprement  dits  (xpoTrixâ)  et  équinoxiaux  (lar^fAspiva)  '; 

2°  Les  signes  dits  «  solides  »  (axepeà  -  sollda  -  simplicia),  ainsi  ap- 
pelés, parait-il,  parce  qu'ils  fixent  le  changement  de  tempéra- 
ture amené  par  le  signe  tropique  précédent; 


Bélier.  Le  Bélier  n'est  pas  représenté  courant,  mais  au  repos  :  il  n'en  est  pas 
moins  sidenim  celerrimus  (Hygin.,  Proœm.) —  longe  maxima  currens  orbe  suo 
spatia  (German.,  Arat.,  224),  comme  le  montre  le  tableau  des  ascensions 
obliques  (àvacpopaî).  Enfin,  Manilius  appelle  simplicia  les  signes  axepeâ, 
s'imaginant  que  ces  signes  sont  tels  parce  qu'ils  ne  sont  pas  doubles,  comme 
si  tous  les  signes  simples  étaient  axspsi.  Quant  à  la  position  présumée  des 
figures,  qui  permet  de  distinguer  leur  droite  et  leur  gauche,  la  règle  est  qu'elles 
nous  tournent  la  face  ou  le  ventre,  jamais  le  dos  :  âTtavxa  yàp  là  àfaxpa  -riaxe- 
pidxai  irpôç  xfjv  -fjiJiîxépav  ôewptav,  xai  ûi;  icpôî  •f,[X(2î  Èaxpa[i.[xéva  (Hipparch., 
Comment,  in  Arat.,  ch.  iv,  p.  32  Manitius).  Mais  les  astronomes  eux-mêmes 
s'y  trompaient,  et  Théon  d'Alexandrie  prend  le  contrepied  de  la  règle  d'Hip- 
parque,  en  homme  habitué  à  voir  les  constellations  par  le  dehors,  sur  une 
sphère  artificielle  (Scaliger,  Not.  in  Manil.,  p.  213). 

1.  Qui  n'étaient  plus  réellement,  Ptolémée  le  savait  (ci-dessus,  p.  129,  1), 
ni  équinoxiaux,  ni  tropiques  ou  solsticiaux. 


CLASSIFICATION    DE    PTOLÉMÉE  153 

3°  Les  signes  dits  «  bicorporeis  »  (8((ito(xa-  6i/brmia),  qui,  placés 
entre  un  signe  «  solide  »  antécédent  et  un  signe  «  tropique  » 
consécutif,  participent  à  la  nature  de  l'un  et  de  l'autre.  Chaque 
saison,  représentée  par  un  quadrant  de  cercle,  a  ainsi  un  com- 
mencement tropique,  un  milieu  solide  et  une  fin  composite,  où 
se  fait  sentir  l'approche  de  la  saison  suivante. 

A  la  façon  dont  Ptolémée  justifie  cette  division,  on  voit  bien 
qu'il  l'a  reçue  toute  faite  *  et  qu'il  s'ingénie  à  trouver  des  raisons 
plausibles.  De  quel  signe  ne  pourrait-on  pas  dire  qu'il  subit 
l'influence  de  ses  deux  voisins?  L'explication  du  terme  orepeôç 
n'est  pas  moins  laborieuse.  Tout  cela  fait  soupçonner  une  adap- 
tation faite  après  coup,  par  des  géomètres  qui  ont  voulu  forcer 
certains  caractères  des  signes  à  se  grouper  en  polygones  réguliers. 
Les  signes  cardinaux  obéissent  d'eux-mêmes  à  la  géométrie, 
n'étant  tels  que  par  position.  Sur  les  huit  signes  restants,  trois 
signes  réellement  bicorporeis  (H  >->)()  se  trouvaient  former  les 
trois  angles  d'un  carré;  les  astrologues  appelèrent  également 
bicorporel  la  Vierge,  formant  le  quatrième  angle.  Les  quatre 
signes  formant  un  troisième  carré  étaient  à  peu  près  «  simples  » 
par  antithèse  avec  les  précédents,  y  compris  le  Verseau,  qu'on 
n'eût  pas  manqué  de  dédoubler,  si  la  géométrie  l'avait  exigé.  En 
dernier  lieu  sont  intervenus  les  raisonneurs,  qui  ont  prétendu  trou- 
ver des  raisons  profondes  aux  fantaisies  de  leurs  prédécesseurs*. 

1.  Ptol.,  Telrab.,  I,  12.  Manilius  la  connaît  déjà,  et  avec  les  raisons  alléguées 
par  Ptolémée  (cf.  H,  175-196,  664-670).  De  même,  S.  Empiricus  (p.  339)  et 
l'auteur  des  Philosophiimena  (V,  2,  13),  qui  ne  paraissent  pas  avoir  lu  Ptolémée. 
Le  Scoliaste  {In  Tetrab.,  pp.  28-29)  dit  que  Ptolémée  a  ajouté  à  la  division 
ordinaire  (toî?  T^oiirotî  TuthonoX^)  la  distinction  des  xpoTzixi  et  luT^fxep  ivâ. 
Le  reste  n'est  pas  de  lui.  Les  explications  du  scoliaste  n'expliquent  rien.  11 
insiste  sur  ce  qu'on  appelle  les  StawfAa,  oùy  8xi  è%  Sûo  awixâxtov  auvéarr^xev, 
àXX'  oTi  [iETaÇù  6ûo  ôpwv  sati  (p.  29).  Le  croira  qui  voudra.  L'influence 
est  calculée  d'après  le  sens  officiel  de  ces  épithètes  :  Signa  tropica  peregrinis 
nationibus  praesunt  et  omnino  motibus  et  consiliis  subinde  variantur  algue 
permutantur .  Biformia  generaiione  rerum  omnium  repelitionem  significant  e^ 
intérim  dilationem.   Solida  vehemenler  et  instanler  efpciunt  et  ad  exitiim  vel 

prospéra,  vel  adversa  perducunt  (Schol.  vett.  ad  German.,  II,  p.  110  Buhle). 
Ptolémée  insère  dans  une  proposition  incidente  une  allusion  au  zodiaque 
lunaire  (prenant  pour  point  de  départ  un  nœud  de  l'orbite  lunaire)  :  waTtcp  yàp 
TTiV  Twv  TpOTTixôJv  àpyT,v  àitô  Toû  <st'k-t\^n<x%oû  xùxXou  Àaixêâvoufftv  Ivioi,  8ià  x6 
TauT>;v  ziy.O'/  twv  iXktùw  tps'rïeaSai,  outw  x.  t.  "k.  {Tetrab.,  I,  13).  L'allusion  est 
obscure,  et  le  scoliaste  ne  la  comprend  pas  de  cette  façon  :  il  pense  que  l'on 
prenait  pour  signe  tropique  celui  dans  lequel  se  trouvait  la  Lune  :  xô  yip 
!;a)ôiov  2v8a  èaxiv  t,  îxcXt.vti  xpoirtxov  ûitox-.eéfXEvot  (p.  30).  Au  reste,  peu  importe, 
ces  systèmes  (chaldéens?)  ayant  été  éliminés  de  l'astrologie  grecque. 

2.  La  règle  géométrique  —  sur  laquelle  nous  reviendrons  plus  loin  à  propos 


154  CHAP.    V.  —  LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 

C'est  encore  la  géométrie  qui,  au  mépris  de  la  mythologie  et 
des  inventions  plastiques,  a  décidé  souverainement  du  sexe  des 
signes.  La  règle  est  que  les  sexes  alternent  de  signe  en  signe,  à 
partir  du  premier,  qui  est  masculin.  Comme  le  voulait  la  doctrine 
pythagoricienne,  les  signes  de  nombre  impair  étaient  masculins 
et  les  signes  de  nombre  pair  féminins  *.  C'est  peut-être  là  la  raison 
qui  a  fait  substituer  le  Bélier  au  Cancer  comme  signe  initial,  car 
on  ne  pouvait  attribuer  le  sexe  masculin  au  Cancer  sans  l'enlever 
au  Lion  et  l'attribuer  par  contre  à  la  Vierge,  ce  qui  eût  paru 
absurde  même  à  des  astrologues  capables  de  transiger  sur  le 
sexe  du  Taureau  ^. 

L'astrologie  grecque  ne  connaît  donc  dans  le  Zodiaque  que  le 
sexe  géométrique  ^  :  mais  on  pouvait  appliquer  la  géométrie  de 
plusieurs  façons,  A  ce  sexe  de  position  fixe  pouvait  s'associer  ou 
se  substituer  un  sexe  de  position  accidentelle,  variable  avec  cette 
position  même.  Par  exemple,  en  prenant  pour  signe  premier  — 
et,  par  conséquent,  masculin  —  le  signe  horoscope,  on  obtenait 
une  nouvelle  répartition  des  sexes  dans  le  Zodiaque  *.  Ou  encore, 
puisque,  d'après  la  théorie  exposée  plus  haut,  les  astres  se  mas- 
culinisent en  se  desséchant  dans  le  quadrant  qui  va  de  l'horizon 
oriental  au  méridien  et  dans  le  quadrant  diamétralement  opposé, 
il  était  logique  de  considérer  comme  masculins  les  signes  momen- 
tanément compris  dans  ces  deux  quadrants  (de  nombre  impair, 
1  et  3),  et  comme  féminins  les  autres  ^ 


de  l'aspect  quadrat  —  est  que  les  signes  associés  par  le  carré  sont  de  même 
nature  :  nam  quartum  quodque  locavit  \  Ejusdem  generis  xignum  nalura  per 
orbem  (Manil.,  II,  634-655)  —  xai  <TUvatpETixw<;  stTteïv,  oucl  8ià  S'SieaxTixe,  Taûxa 
Tfjv  OL-jz^^  Twv  !;w5£wv  tpûatv  èxSsyExat  (Paul.  Alex.,  fol.  B  1  v).  Les  raisons  allé- 
guées par  Manilius  et  Ptolémée  viennent  peut-être  de  Posidonius. 

1.  L'auteur  des  Philosophumena  pense  que  le  sexe  des  nombres  a  été  em- 
prunté, au  contraire,  par  les  Pythagoriciens  aux  astrologues  (V,  2, 13). 

2.  11  y  a  une  autre  raison,  tirée  des  ivaçopat  (ci-après,  chap.  ix),  c'est  que  les 
cardines  du  Zodiaque  ne  correspondent  à  ceux  de  l'équateur  que  quand  les 
signes  équinoxiaux  sont  à  l'horizon.  La  condition  est  réalisée  avec  le  Bélier  à 
l'horoscope.  Sur  la  substitution  du  Bélier  au  Cancer,  voy.  ci-dessus,  p.  129. 

3.  Pour  les  signes  pris  en  bloc  :  quant  aux  degrés,  on  leur  attribua  dans  un 
même  signe  les  deux  sexes,  irrégulièrement  distribués  et  sans  raison  discu- 
table (cf.  Firmic,  IV,  23  Kroll),  ou  attachés  »  à  la  qualité  de  pair  ou  d'impair. 

4.  Ptolem.,  Tetrab.,1,  13. 

5.  Ptolem.,  ibid.  Le  scoliaste  constate  que  ce  n'est  pas  le  seul  point  sur 
lequel  il  y  ait  des  divergences  d'opinion  et  de  méthode  :  où  [aôvov  yàp  èirl  xûv 
Tpo-rctxwv  xal  àpasvixwv  Jaxiv  eupeîv  àfX)^ou<;  ^Xk-r^'v  eTwevOT^xÔTaî  irpoaT,YOpiav  (p.  30). 
Cf.  dans  le  Cod.  Parisin.  n"  2419  Omont,  fol.  40  v,  le  chapitre  itEpl  àpasvi- 
xwv  xai  OïjXuxûv  ÇwSiuv  xai  àppevoujiÉvuv  xal  9'rj)kUvo|J.£V(i)V  xoittov  xal  àaxepiov. 


LE    SEXE    DES    SIGNES  155 

Le  sexe  a  une  importance  énorme  en  astrologie,  même  dans  le 
Zodiaque,  à  cause  des  sympathies  et  antipathies  qu'il  engendre 
non  seulement  entre  les  signes,  mais  encore  et  surtout  entre  les 
signes  et  les  planètes.  Ainsi,  c'est  une  règle  générale  que  le  Soleil 
et  les  planètes  masculines  se  montrent  plus  favorables  dans  les 
signes  masculins,  la  Lune  et  les  planètes  féminines  dans  les  signes 
féminins  *  ;  toutes  spéculations  auxquelles  n'avaient  peut-être 
pas  songé  les  astrologues  orientaux,  qui  ne  disposaient  que  d'une 
planète  féminine. 

Nous  avons  vu  comment,  pour  les  planètes,  les  astrologues 
grecs,  avec  deux  planètes  féminines  et  une  androgyne,  avaient 
égalisé  les  deux  sectes  {oàphsi^),  solaire  et  lunaire,  diurne  et 
nocturne.  Ils  appliquèrent  le  même  système,  et  cette  fois  sans 
difficulté,  aux  signes  du  Zodiaque.  Le  sexe  masculin  étant  associé 
à  l'idée  de  chaleur  sèche,  et  le  sexe  féminin  à  l'idée  d'humidité 
froide  ^  il  n'y  avait  qu'à  déclarer  diurnes  —  c'est-à-dire,  plus 
«  joyeux  »,  plus  efficaces  durant  le  jour  —  les  signes  masculins, 
et  les  féminins  nocturnes.  C'est  un  système,  le  plus  simple  de 
tous,  dont  Manilius  a  entendu  parler  ^  Il  en  préfère,  quant  à 
lui,  un  autre,  des  plus  mystérieux,  qui  suppose  déjà  connue 
l'association  des  signes  par  trigones  et  qui  aboutit  à  composer 
chaque  clan,  diurne  et  nocturne,  de  moitié  signes  masculins  et 
moitié  signes  féminins  *. 

Ces  deux  systèmes,  purement  arithmétiques  ou  géométriques, 
avaient  l'inconvénient  de  heurter  de  front  une  idée  simple,  popu- 
laire :  à  savoir,  que  le  jour  et  la  nuit  ne  sont  pas  disséminés  par 
douzièmes  sur  le  cercle,  mais  emplissent  chacun  un  hémisphère. 
Les  Alexandrins  qui  firent  parler  Néchepso  et  Pétosiris  purent 
invoquer  la  vieille  tradition  égyptienne,  qui  adjugeait  une  moitié 


1.  'AptïTOv  êvt  Çtiotat  irapEÏvai  |  "Apisat  [xèv  Titt^v',  èv  OTi^utépotat  5è  Mt,v'»Iv  (Ma- 
neth.,  III,  365-366). 

2.  Même  théorie  en  langage  pythagoricien  :  -fiiiépa  (aèv  yàp  xai  vùÇ,  ûç  epTiat 
rioastScivioî,  ipxiou  xal  irsptTxoij  tpûaiv  l/oudt  (Théo  Smyrn.,  p.  103  Hiller). 
Seulement,  comme  la  nuit  précède  le  jour  dans  les  cosmogonies,  c'est  elle 
qui  devrait  avoir  le  n»  1  (impair  -  irepisTOî)  et,  par  conséquent,  le  sexe  mas- 
culin. C'est  peut-être  ce  qui  a  dérouté  les  astrologues  et  les  a  décidés  à  aban- 
donner la  correspondance  entre  masculin  et  diurne,  féminin  et  nocturne. 

3.  Sunt  quihus  esse  diurna  placet  quae  mascula  surgunt,  |  Feminea  in  noc- 
tem  tutis  gaudere  tenebris  (Manil.,  II,  221-222). 

4.  Manil.,  II,  211-217.  Sur  l'interprétation  littérale  de  ce  texte  difficile,  voy. 
Scaliger,  p.  119  ;  Jacob,  p.  54.  Les  deux  clans,  formés  de  trois  couples  chacun, 
sont  disposés  en  trigones.  Seulement,  chaque  couple  est  composé  de  signes 
contigus  et  de  sçxe  différent,  ce  qui  est  une  hérésie  astrologique. 


156 


LA    ROUTE    DES    PLANÈTES    OU    ZODIAQUE 


du  ciel  aux  heures  du  jour  et  à  leurs  divinités  protectrices, 
l'autre  moitié  aux  heures  et  divinités  de  la  nuit.  Il  n'y  avait  dès 
lors  qu'une  absurdité  à  braver,  celle  qu'il  y  a  à  fixer  sur  le 
Zodiaque  une  ligne  de  démarcation  que  chaque  jour  déplace,  et 
à  qualifier  pour  toujours  «  diurnes  »  ou  «  nocturnes  »  des  signes 


Fig.  IG.  Signes  diurnes  et  nocturnes  (quatre  systèmes  différents). 

qui  sont  tour  à  tour  l'un  et  l'autre.  Cette  absurdité-là  n'effrayait 
pas  les  astrologues.  Prenant  pour  point  de  départ  le  Bélier,  ils 
décidèrent  que  tous  les  signes  compris  du  Bélier  à  la  Balance 
exclusivement  seraient  diurnes;  les  autres,  nocturnes  *.  Ils  se 


1.  Quin  etiam  sex  conlinuis  dixere  diurnas  \  Esse  vices  cas  tris,  quae  sunt  a 
principe  signo  \  Lanigeri;  sex  a  Chelis  vocturna  videri  (Manil.,  II,  218-220). 
Comme  le  poème  de  Maailius  est  incomplet  et  qu'il  n'y  est  pas  question  des 
planètes  —  sauf  amorce  du  sujet,  V,  1-8  —  nous  ne  pouvons  plus  savoir  si 
les  tenants  de  ce  système  mettaient  aussi  des  domiciles  nocturnes  de  planètes 
dans  l'hémisphère  nocturne. 


SIGNES   DIURNES   ET   NOCTURNES  457 

flattaient  d'être  ainsi  d'accord  avec  la  nature,  les  signes  d'été, 
ceux  qui  président  aux  longs  jours,  étant  diurnes,  et  les  signes 
d'hiver  nocturnes.  Mais,  pour  représenter  graphiquement  le  sys- 
tème au  repos  et  mettre  l'hémisphère  diurne  au-dessus  de  l'hori- 
zon, il  fallait  placer  le  Bélier  au  couchant,  et  c'était  aller  à  ren- 
contre de  l'association  d'idées  qui  veut  que  le  commencement 
des  choses  soit  au  levant  *.  Aussi  Ptolémée  a  éliminé  de  l'astrologie 
la  distinction  des  signes  en  diurnes  et  nocturnes  ;  ou  plutôt,  il 
l'a  orientée  autrement  et  replacée  ailleurs,  en  admettant  pour  les 
planètes  six  domiciles  (oTxoi)  diurnes  ou  solaires,  du  Lion  au  Ca- 
pricorne inclusivement,  et  six  domiciles  nocturnes  ou  lunaires, 
suivi  en  cela  par  Firmicus,  le  plus  fidèle  tenant  de  la  tradition 
égyptienne  ^ 

On  n'a  envisagé  jusqu'ici  que  les  qualités  intrinsèques  des 
signes,  celles  qui  ne  dépendent  pas  de  l'influence  des  autres.  Ce 
ne  sont  encore  que  les  rudiments  de  la  grammaire  astrologique  ; 
il  faut  maintenant  aborder  les  règles  de  la  syntaxe,  les  combi- 
naisons des  signes  entre  eux  et  celles,  plus  compliquées  encore, 
des  signes  avec  les  planètes. 

1.  Voy.,  sur  la  figure  16,  3,  le  Bélier  à  droite,  suivant  l'orientation  astro- 
logique, qui,  supposant  le  spectateur  tourné  vers  le  midi,  place  l'Occident  à 
sa  droite  f ci-après,  p.  174). 

2.  Voy.  ci-après,  pp.  182-192,  la  théorie  des  domiciles  planétaires. 


CHAPITRE   VI 


COMBINAISONS  DES  SIGNES  DU  ZODIAQUE 


Dans  l'astrologie  classique,  les  actions  et  réactions  que  les 
signes  exercent  les  uns  sur  les  autres  sont  régies  exclusivement 
par  la  géométrie.  Mais  la  géométrie  n'est  souvent  qu'un  voile 
sous  lequel  se  dissimulent  des  raisonnements  moins  abstraits, 
des  associations  d'idées  que  les  savants  déguisent  de  leur  mieux 
et  que  trahissent  parfois,  fort  à  propos  pour  nous,  les  néophytes. 
Manilius,  dont  l'imagination  refuse  de  se  laisser  emprisonner 
dans  les  mathématiques,  a  une  façon  plus  humaine  de  concevoir 
les  rapports  des  signes  entre  eux.  Comme  dans  le  monde  d'Em- 
pédocle,  c'est  l'Amour  et  la  Discorde  qui  agitent  le  Zodiaque  ;  ce 
sont  des  regards  chargés  de  désir  ou  de  haine  qui  s'échangent  et 
se  croisent  de  tous  les  points  du  cercle.  Hélas!  comme  il  était 
aisé  de  le  prévoir  en  constatant  sur  terre  l'effet  des  influences 
zodiacales  *,  c'est  la  Discorde  qui  prédomine,  et  les  amitiés  ne 
sont  guère  que  des  alliances,  toujours  boiteuses,  pleines  d'arrière- 
pensées  et  de  trahisons,  contre  des  ennemis  communs.  L'imagi- 
nation une  fois  lâchée  sur  cette  pente  ne  connaît  plus  de  règle  ; 
tout  est  prétexte  à  ligues  et  contre-ligues,  et  le  désordre,  déjà 
visible    dans    l'ébauche  de   Manilius  S  aboutit  à  la  disparition 


1.  Comme  conclusion  d'une  tirade  éloquente  (II,  596-607)  :  Vlque  sibi  cœlum, 
sic  tellus  dissidel  ipsa  \  Alque  hominum  génies  inimica  sorte  feruntur.  Descrip- 
tion des  ligues,  antipatliies  (II,  466-607)  et  sympathies  (607-742).  Manilius 
mélange  ce  que  nous  voulons  trier,  les  parallèles  et  les  polygones. 

2.  Il  ne  peut  même  pas  maintenir  la  règle  la  plus  simple,  ainsi  posée  :  Nam 
quaecumque  nitent  humana  condita  forma  \  Astra,  marient  illis  inimica  et  vida 
ferarum  (II,  537-538).  Manilius  —  en  attendant  ses  batailles  de  trigones  (ci- 
après,  p.  173)  —  mêle  au  hasard  les  sympathies  et  les  antipathies.  On  croit 
deviner  pourquoi  le  Verseau  «  est  épris  «  du  Crabe,  qui  aime  Teau  (II,  496.  512), 
et  on  comprend  que  la  Vierge  paie  d'ingratitude  l'amour  du  Sagittaire  (II, 
500-506),  qui  a  du  reste  contre  lui,  nalitra  et  lege  juhente  (II,  561),  les  Gé- 


ASSOCIATIONS   PAR   LIGNES   PARALLÈLES  159 

de  tout  motif  intelligible  dans  l'extravagante  compilation  de 
systèmes  enchevêtrés  que  Firmicus  emprunte  «  aux  livres 
d'Abraham  *  ». 

Pour  rester  en  deçà  du  point  où  l'exercice  de  la  raison  devient 
impossible,  nous  ne  nous  occuperons  que  des  combinaisons  repo- 
sant sur  des  affinités  électives  réglées  par  la  géométrie.  Tout  bien 
considéré,  nous  nous  trouvons  en  présence  de  deux  façons  géné- 
rales d'associer  les  signes,  et,  avec  les  signes,  les  planètes  ^  ;  par 
lignes  parallèles  et  par  côtés  de  po/i/^one*  réguliers  ;  l'une,  d'usage 
commun  aux  astronomes  et  aux  astrologues,  l'autre  propre  à 
l'astrologie. 


§  I.  —  Associations  par  lignes  parallèles. 

Les  associations  par  lignes  parallèles  sont  toujours  des  couples 
et  ne  s'opèrent  que  dans  deux  sens,  parallèlement  à  l'axe  qui 
joint  les  équinoxes  et  à  l'axe  qui  joint  les  solstices.  Les  astro- 
nomes associaient  par  couples  (xaxà  auÇuYt'av)  les  signes  ayant  même 
latitude  ou  zone  (ôjioÇwva-  aj^uy*)»  autrement  dit,  situés  sur  des 
lignes  parallèles  à  l'équateur  (axe  des  équinoxes).  Le  rapport 
que  ces  signes  avaient  entre  eux  était  que,  le  soleil  étant  dans  l'un 
ou  dans  l'autre,  les  jours  avaient  de  part  et  d'autre  même  durée, 
et,  par  conséquent,  les  nuits.  Les  astrologues,  pour  qui  les  signes 
étaient  des  êtres  vivants,  accommodèrent  cette  classification  à 
leurs  idées  et  dirent  que  les  signes  ainsi  placés  se  «  regardaient  » 
et  se  «  voyaient  »  (pXé-irovra  [CqjSta]),  par  dessus  et  par  dessous  le 
disque  de  la  Terre  intercalé  au  milieu  du  cercle.  Ptolémée  les 
appelle  «  équipollents  »  (IdoSuvafjioùvxa)  à  cause  de  l'isochronie 
respective  des  jours  et  des  nuits,  et  il  prétend  que  le  nom  de 


ineaux,  la  Balance  et  le  Verseau  ;  mais  pourquoi  les  Gémeaux  détestent-ils 
le  Bélier  (II,  S46)?  Pourquoi  le  Lion  chérit-il  le  Capricorne  (II,  498)?  Le 
Bélier  aime  le  Taureau,  qui  «  lui  tend  des  pièges  »  {fruslratur  amando  |  Tau- 
rum,  Lanigero  qui  fraudem  nectit,  etc.  II,  486-487),  et  il  est  en  guerre  avec  la 
Vierge  (II,  541),  lui  qui  a  jadis  porté  Hellé.  On  est  en  pleine  fantaisie. 

1.  Firm.,  VIII,  2  :  Videntium  se  et  audientium  stellarum  theorica,  avec  le 
tableau  récapitulatif,  ce  que  j'ai  rencontré  de  plus  déraisonnable,  par  consé- 
quent, de  plus  «  révélé  »  pour  les  croyants,  dans  toute  l'astrologie. 

2.  Il  est  bon  d'avertir  une  fois  pour  toutes  que  le  Zodiaque  sert  principale- 
ment à  fixer  les  positions  des  planètes,  et  que  tout  ce  qui  va  être  dit  des 
antiscia  et  des  dx^, [laxa  s'applique  aussi  aux  planètes,  qui  ont  en  plus  une 
configuration  à  elles,  la  conjonction  (ffûvoSoî-duvouufa). 


160        CHAP.    VI.  COMBINAISONS    DES    SIGNES  DU    ZODIAQUE 

«  voyants  »  leur  a  été  donné  parce  qu'ils  se  lèvent  et  se  couchent 
aux  mêmes  points  de  l'horizon  *. 

Les  anciens  astrologues,  qui  considéraient  les  signes  en  bloc, 
mettaient  en  regard  le  Bélier  et  la  Balance  et  rangeaient  deux 
couples  de  «  voyants  »  de  chaque  côté  de  l'équateur.  Il  résultait  de 
cet  arrangement  que  les  signes  tropiques,  le  Cancer  et  le  Capiri- 
corne,  n'étaient  pas  couplés  (a^uya  -  «Çwva  -  aêXeirxa)  et  ne  regar- 
daient personne.  Ils  étaient  aveugles  ou  «  ne  voyaient  qu'eux- 
mêmes  *  » .  L'ordonnance  précitée  associait  les  signes  de  même 
sexe,  et  c'était,  on  l'a  déjà  dit,  une  condition  harmonique  ^;  mais 
les  astronomes,  depuis  Hipparque,  mirent  ce  bel  ouvrage  en 
désarroi  quand  ils  s'avisèrent  de  placer  les  points  cardinaux  non 
plus  au  milieu,  mais  au  commencement  des  signes  tropiques  et 
équinoxiaux,  ou  plutôt,  en  dépit  du  scrupule  astrologique  con- 
cernant le  jX£(T£[xêôXrj[jLa  (ci-après,  p.  177)  entre  deux  signes.  Du 
coup,  tout  le  système  des  correspondances  fut  changé  :  le  Bélier 
se  trouva  vis-à-vis  de  la  Vierge  et  non  plus  de  la  Balance,  et  le 


1.  Ptolem.,  Tetrab.,  I,  16  ;  Hephest.,  I,  10.  La  raison  est  faible,  et  le  scoliaste 
ne  fait  que  paraphraser  :  -fi  Se  TipoffTiyopîa  IÇ  Ivôç  [lôvou,  Ix  toO  8ià  tûv  aùtôiv 
TÔTtwv  àvatéîvîveiv  xal  SûeaGai  •  Soxet  yàp  -uà  1%  toO  aû-coC  "zà-KOU  dcvia/ovca  ôpâv 
iauTdt  (Anon.,  p.  34).  Antiochus  indiquait  la  vraie  raison  en  objectant  que  le 
Bélier  et  la  Balance  ne  devaient  pas  non  plus  se  voir,  la  Terre  étant  entre  les 
deux  :  cum  dicit  quod  Libra  Arieiem,  propter  terram  quae  média  est,  non  videat 
(Finnic,  II,  29,  2  KroU).  Démophile  (ap.  Porphyr.,  p.  193)  appliquait  Tépi- 
thète  d'Eao5uva[AoûvTa  non  pas  aux  signes  qui  se  voient,  mais  à  ceux  qui,  «  au 
dire  de  certains  »  (tiveî),  ^.'entendent  et  ne  peuvent  pas  se  voir,  5tà  -zb  -rfii;  yf,? 
dtTtoax(aa[ia.  C'est  donc  bien  la  Terre  qui  fait  écran.  Seulement  nos  astrolo- 
gues auraient  été  embarrassés  de  dire  pourquoi  les  signes  qui  se  voient  ne 
peuvent  aussi  s'entendre.  Aussi  l'exercice  simultané  des  deux  sens  est  admis 
par  Paul  d'Alexandrie,  qui  identifie  (fol.  D  4  v)  les  dxoûovxa  xal  ^Xi-Kovza.. 

2.  Cancer  et  adverso  Capricornus  conditus  astro  |  Vertitur  in  semet  oculis,  in 
mutua  tendunt  \  Auribus  (Manil.,  II,  494-496).  C'est  évidemment  la  raison  pour 
laquelle  desunt  lumina  Cancro  (Manil.,  II,  259).  Géminus,  qui  blâme  le  sys- 
tème ancien,  dit  :  Kapxîvov  |xàv  è^sTÎÔevxo  [XT^Seixtav  l/etv  auÇuyîav  icpôç  àXKo 
ÇtôSiov,  àXkà  xal  i^i'zsKXtiv  popsid-ca-cov  xal  Sûvetv  popsiÔTaxov  {Isagog.,  I,  9).  De 
même  pour  le  Capricorne.  Voy.,  contre  Géminus,  Petavius,  Doctr.  iemporum, 
II,  ch.  VII.  Cf.  les  dii  communes,  çMÏàÇwvoi  dicuntur  (Serv.,  Aen.,  XII,  118), 
qualification  astrologique  détournée  de  son  sens  et  appliquée  aux  dieux  non 
classés  dans  le  temple  céleste  des  haruspices  (Martian.  Cap.,  I,  61). 

3.  Manilius  cherche  et  trouve  d'autres  motifs  harmoniques;  ainsi  le  Taureau 
regarde  la  Vierge,  en  souvenir  d'Europe  :  Virgitie  mens  capitur,  sic  quondam 
vexerat  ante  \  Europam  dorso  retinentem  cornua  laeva,  \  Indutusque  Jovi  est 
(Manil.,  II,  489-490).  On  trouve  dans  Paul  d'Alexandrie  (fol.  E  3  v)  un  sys- 
tème d'ôfxôÇwva  où  le  Lion  est  homozone  du  Cancer;  la  Vierge,  des  Gémeaux, 
et  ainsi  de  suite.  C'est  l'homozonie  des  oixot  (ci-après,  fig.  24),  un  système  à 
part,  qui  figure  aussi  dans  les  Anecdota  de  Ludwich  (p.  106). 


ASSOCIATIONS  PAR   LIGNES  PARALLÈLES 


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Cancer,  au  lien  d'êlre  «  aveugle  »,  fit  pendant  aux  Gémeaux, 
comme  le  Capricorne  au  Sagittaire. 

La    juxtaposi- 
tion des  figures  ci-       ASSOCIATIONS  PAR  COUPLES  PARALLÈLES 
jointes    (fig.     17)  '•  système  primitif 

.    . ,  ,  , .  „  Signes  qui  se  voient  r(^'cii)roquement 

rend  visible  la  dif-  (p).s'rovTa  àrAr,)..  -  .uienUa) 

férence  entre  l'an- 
cien et  le  nouveau 
système. 

Le  nouveau  sys- 
tème de  corres- 
pondance, appli- 
qué à  chaque  de-        I    I     |~  i  ?     ;bi^nie*      equmoxiaux    ^'[l  Y  |     I. 

gré    de     chaque 
signe,  est  celui  que 
Firmicus   appelle 
la    méthode     des 
antiscia    et    qu'il 
expose    d'après 
l'astrologue  Doro- 
thée de  Sidon,  en 
ayant  soin  d'insis-  ^ 
ter    sur    l'impor-   "i 
tance  capitale  des    I  ^ 
antiscia  au   point    à.  i^  ^• 
de  vue   des  pro-    §  «  f 
nostics.  Il  y  avait   '^  o  "S 
dans  la  construc-    ^  fî  f. 
tion  des  homozo-    1  ^  ^ 
nés,   satisfaisante  2*,  I  ^ 
pour  les  astrono-   |  I  §, 
mes,   un  vice  ra-    I  ^  E 
dical  qui  scanda-    «  ^  g 
lisait  les  astrolo-    t 
gués.      L'associa-    .1  '    ' 
tion   de   deux  si- 
gnes conligus,  qui 


II.  SYSTÈME  RECTIFIÉ 

Signes  homozones  (ôfidÇwva- ajî^uya),  jîXsxovTa  xotî 

IjoSuvauLO'JVTa  suivant  Ptol(5m('-e. 


/ 

yx.^-'^-^-^y^ 

X 

A 

1 

Li^he    Aei\  equinc^xes 

n 

V 

\ 

%\     ri  ? 

n 

\ 

7 

V/^^- — '\^<^\y 

Fig, 


^ 


Antiscia  de  Firmicus 

17.  Déplacement  des  rapports  entre  les  signes. 


sont  nécessairement  de  sexe  différent,  était  une  hérésie  astrolo- 
gique *.  Cet  inconvénient  se  reproduisait  dans  le  couplement  des 


1.  Jam  vero  nullu  est  haerentibus  addila  signis  \  Gralia  etc.  (Manil.,  II,  385 
sqq.).  Les  signes  contigus  étant  de  sexe  différent,  Disparibtts  non  ulla  datur 


162        CHAP.   VI.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    DU    ZODIAQUE 

degrés,  si  Ton  observait  l'exacte  symétrie.  Les  degrés  de  nombre 
impair,  c'est-à-dire  masculins  d'après  la  doctrine  pythagori- 
cienne, se  trouvaient  associés  par  les  parallèles  aux  degrés  de 
nombre  pair  du  côté  opposé.  C'est  ce  que  n'avait  pas  compris, 
paraît-il,  Fronton,  un  astrologue  pourtant  très  expert  en  son 
art,  et,  pour  celte  raison,  Firmicus  assure  que  «  son  étude 
des  aniiscia  était  inefficace  '  ».  Dorothée  de  Sidon  rectifia  la 
construction  en  réservant  dans  chaque  signe  un  degré  vide, 
le  30%  de  façon  que,  le  1"  degré  d'un  signe  correspondant  avec 
le  29"  du  signe  opposé,  le  2"  avec  le  28'^  et  ainsi  de  suite,  la 
règle  qui  exigeait  la  parité  de  sexe  fût  observée  ^  Les  lignes 
parallèles  suivant  lesquelles  les  degrés  antiscies  échangeaient 
leurs  rayons  ^  se  trouvaient  par  là  légèrement  inclinées  sur  les 
axes  du  Zodiaque,  et  il  y  avait  sur  le  pourtour  du  cercle  douze 

concordia  signis  (ibid.).  Manilius  a  cependant  dit  plus  haut,  par  distraction, 
sterilis  Virgo  est  simili  conjuncta  Leoni  (II,  238).  Les  signes  contigus  sont 
àa \>wù  t  ■z oi-inconjuncta .  Ptolémée  alRnne  qu'ils  se  détournent  l'un  de  l'autre 
(àTtsjTpaTCTai  uxjTsp  àXki^Mv,  d'où  le  terme  àirôaTpoœa  dans  Paul  d'Alexandrie] , 
et  cela,  par  la  raison  bizarre  qu'ils  sont  (ou  peuvent  être)  deux  dans  l'espace 
ou  angle  d'un  seul  :  xal  Sûo  clùix  ôvxa  évô;  Trspté/si  ywnav  [Telrab.,  I,  17).  Le 
savant  a  honte  d'invoquer  comme  motif  d'antipathie  la  diversité  des  sexes. 
Ce  dogme  astrologique  finit  cependant  par  être  ébranlé  (voy.  ci-après,  p.  164). 
11  paraissait  absurde  à  Géminus,  qui  trouve  qu'il  aurait  dû  y  avoir  au  con- 
traire sympathie  naturelle  et  alïinité  de  tempérament  entre  voisins  :  naîrot 
EÎiXoyryv  T,v  Èx  Tôîtv  \i.6.\'.zxai  aûvsyyj;  auyxsifjLSvwv  ÇojStwv  a'jjiriQsiav  yîvEdôai,  -r, 
yàp  i-irosopà  xal  àxôppoia  ti  !p:po[A£V7i  dtiro  tt.î  îStas;  Suvauso);  ÉxaaTou  twv  iairépwv 
HiitCkt  [xâXiaxa  auvavaj^ptoTiÇsaSai  xal  auvavaxipvâarea'.  xoTç  rXT.j'.âÇousi  Çuîtoiç 
(Gerain.,  Isagcge,  9).  La  raison  ultime  de  l'antipathie  présumée  doit  être 
celle  que  donne  Manilius,  à  savoir  que  les  signes  contigus  ne  se  voient  ni  ne 
s'entendent. 

1.  Firmic,  II  Praef.,  4  KroU.  Ce  Fronton  inconnu  anfiscia  Hipparchi  seculus 
est.  Les  aniiscia  rectifiés  ont  été  approuvés  par  Navigius  (Nigidius  ?)  et  Pto- 
lémée {ibid.),  sous  l'étiquette  de  signes  p>*£TîovTa  xal  IffoSuvaaouvxa.  C'est  sans 
doute  ce  que  veut  dire  Firmicus  :  nam  et  Ptolemaeus  nullam  aliam  rationem 
seqidtur  nisi  anlisciorum,  et  Anliochns,  cum  dicit  quod  enim  Libra  Arietem 
propler  terrain  quae  média  est  non  videal  (II,  29,  2  Kroll). 

2.  Et  illud  scire  inler  cetera  oportel,  quod  in  XXX  partem  nulla  pars  millal, 
et  quod  XXX  in  nullam  partem  mittat  antiscium  (Firmic,  II,  29,  4  Kroll). 
Cela  d'après  Dorothée  de  Sidon,  lib.  IV  [ibid.,  29,  2). 

3.  Le  rayonnement  par  antiscie  est  toujours  réciproque  :  nam  pars,  a  qua 
exceperit  antisciutn,  ad  eam  a  se  rui^sus  mitiit  antiscium  (Firmic,  II,  29,6). 
C'est  la  même  règle  que  pour  les  aspects.  Le  mot  àv-rfaxta  prête  aux  confu- 
sions. En  géodésie,  il  signifie  des  points  d'un  même  méridien,  de  latitude 
égale  mais  opposée  (au  nord  et  au  sud  de  l'équateur),  où  les  ombres  se  pro- 
jettent en  sens  contraires.  Ici,  ce  sont  des  «  vis-à-vis  »,  dont  le  regard 
lumineux  est  censé  projeter  aussi  en  sens  opposés  les  «  ombres  »  des  deux 
correspondants  (?),  mais  suivant  une  ligne  parallèle  à  l'équateur. 


THÉORIE  DES    COUPLES   ASSOCIÉS  163 

degrés  disqualifiés;  mais  Tinventeur  de  ce  tour  de  main  avait 
trouvé,  Firmicus  en  répond,  le  chemin  de  la  vérité. 

Si  les  signes  situés  sur  un  même  parallèle  se  voient  et  sympa- 
thisent par  les  yeux,  ceux  qui  sont  situés  symétriquement  dans 
le  sens  perpendiculaire  s  entendent  et  sympathisent  par  l'oreille. 
Évidemment,  les  astrologues  avaient  commencé  par  supposer  que 
ces  signes,  séparés  par  le  disque  terrestre,  ne  pouvaient  pas  se 
voir;  et,  comme  Taxe  des  oreilles  est  perpendiculaire  à  celui  des 
yeux,  leur  raisonnement  enfantin  ne  manquait  pas  d'une  certaine 
logique.  Le  système  des  signes  voyants  comportait  deux  signes 
sans  regard;  l'ordonnance  des  signes  entendants  comportait  deux 
signes  sans  oreilles  ou  n'ayant  personne  à  entendre,  le  Bélier  et 
la  Balance  *. 

Les  astronomes  et  astrologues  savants  qui  avaient  dérangé  le 
système  des  signes  voyants,  pour  y  introduire  des  motifs  scienti- 
fiques, détraquèrent  de  même  celui-ci.  Ils  afTectèrent  d'interpré- 
ter àxojstv  -  audire  par  «  obéir  »,  et  partagèrent  les  signes  en 
signes  qui  commandent  [r.oo^-zirsco^'zx  -  imperantla) . —  ceux  de 
l'hémisphère  boréal  —  et  signes  qui  obéissent  (àxojovxa-  ÛTraxojovxa- 
aud'tentia)  —  ceux  de  Ihémisphère  austral.  Ceux  du  Nord  com- 
mandent, parce  qu'ils  allongent  les  jours,  et  ceux  du  Midi  obéis- 
sent parce  qu'ils  les  diminuent  ^.  Il  y  avait  encore  une  autre 
raison,  c'est  que  les  signes  de  l'hémisphère  nord  se  lèvent  plus 
lentement,  donc  plus  majestueusement,  que  les  signes  corres- 
pondants de  l'hémisphère  sud.  Ils  sont  «  de  plus  grande  ascen- 
sion ^  ».  Mais  cette  raison  disparut  quand  les  astrologues  se 
virent  contraints  de  placer  leurs  points  cardinaux  au  commence- 
ment des  signes.  Alors  les  signes  de  latitude  égale,  au  N.  et  au  S. 
de  l'équateur,  devinrent  des  signes  d'ascension  égale  (taavdtcpopa), 
et  ainsi  s'introduisit  la  confusion  dans  les  idées  et  dans  le  langage, 


d.  Maniliiis  fait  de  cette  surdité  un  privilège,  montrant  ainsi  combien  était 
naturelle  la  transition  du  sens  d'entendre  à  celui  d'obéir  :  Consiliiim  ipse  siium 
est  Aries,  vt  principe  diquiim  est  :  \  Audit  se  Libramque  videt  (Manil.,  II,  485). 
De  môme,  Libra  suos  sequitur  sensiis,  solumqtie  videndo  \  Lanigeritm  (II,  SOI). 
Certains  astrologues  eurent  l'idée  d'établir  aussi  un  lien  d'audition,  c'est-à-dire 
de  subordination,  entre  ces  deux  isolés,  qui  devaient  se  voir  sans  s'entendre. 
La  Balance  obéit  (û-axo'Jsi)  au  Bélier,  par  application  de  la  règle  commune, 
6x1  0  [ièv  Kp'.6;  aj^st  x>,v  f.uépav,  6  8à  Z'jyùç  [isioï  (Demoph.,  p..  193). 

2.  Ptolem.,  Tetrab.,  1,  15;  Anon.,  p.  33;  Hephœst.,  1,  9;  —  et  aussi  parce 
que  les  signes  du  N.  agrandissent  le  quadrant  oriental  du  Zodiaque  et  que  les 
autres  le  diminuent  (ci-après,  ch.  ix). 

3.  TiraxoÛE'.  'I^^û;  Taûpto,  oxi  ô  jxàv  ïaûpoç  zXsiôvwv  iu-clv  dtvaaopwv,  6 
Se  'I/6j;  fjTÔvwv.  'Oijloîwî  TSpoyôoî  AiSûtiot; --c.  t.  X.  (Demophil.,  p.  193). 


464         CHAP.   VI.  —  COMBINAISONS    DES    SIGNES    DU    ZODIAQUE 

los  mêmes  mots  servant  aux  deux  ordonnances.  Il  va  sans  dire 
que  le  docte  Ptolémée  appelle  signes  «  commandants  et  obéis- 
sants »  les  signes  d'égale  ascension  '. 

On  ne  dit  pas  que  le  système  des  antïscia  ait  été  appliqué  ici, 
pour  supprimer  dans  le  détail  l'association  de  signes  contigus. 
Les  savants  persistant  à  imposer  cette  hérésie,  il  n'y  avait  qu'à 
s'en  accommoder,  et  même  à  en  tirer  parti  pour  accroître  les  res- 
sources de  l'astrologie.  Par  exemple,  on  pouvait  réserver  aux 
signes  contigus  le  bénéfice  du  principe  d'égalité  et  de  réciprocité 
parfaites  qui  était  appliqué  jadis  aux  ordonnances  des  voyants, 
des  entendants,  des  antïscia^  et  établir  pour  les  autres  une  alter- 
nance de  supériorité  et  d'infériorité,  fondée  sur  la  droite  et  la 
gauche  pour  chaque  couple,  sur  la  longueur  comparative  des 
parallèles  de  jonction  pour  des  couples  différents,  etc.  ^.  Quant  au 
système  des  antiscia,  il  se  prêtait  à  des  combinaisons  avec  le  sys- 
tème rival  et  beaucoup  plus  connu  des   aspects  polygonaux  ^. 

1.  Atà  10  £v  TOtî  l'ffOiî  /pôvoiî  àvaï£pcs6ai,  yal  ê-rei  l'awv  -;iap3t)»>>f,Xwv  [Tetrab.,  I, 
15).  Démophile  conservait  à  l'ancienne  ordonnance  le  titre  d'û-ir  axoû  ovta 
!;w5ia  (mais  au  sens  d'obéissants),  et  appliquait  aux  îdaviçopa  l'étiquette 
d'JfJ  0  5uv  ajjLoO  v-ca  ou  «  équipollents  »,  que  Ptolémée  réserve  aux  ^>>Érovta. 
Il  définit  iffoSuva[xoûvTa  aXXr^Koii;  "kéyz-zoïi  Ta  ÇtiSta  -ri  I'ttjv  è'/o  vra  ivacpo- 
pdv.  Le  désordre  vient  de  la  violence  faite  au  système  primitif. 

2.  11  y  aurait  petit  profit  pour  un  pénible  labeur  à  commenter  un  texte  . 
plus  qu'obscur  de  Paul  d'Alexandrie  (fol.  E  3-4  v),  évaluant  les  sympathies  et 
énergies  relatives  de  ses  6[jLÔÇwva  (ci-dessus,  p.  159,  3)  et  des  îaavâaopa.  Les 
signes  contigus,  quoique  se  tournant  le  dos  (dirÔTTpo'fa  -  xat'  dTtociTpo'fov 
ff^[jL7ra8oûvTa),  ne  font  qu'un  comme  co-habitants  fw?  èirl  auvoixouoiaî)  et  ils 
ont  même  puissance.  Ta  xatà  ysixvtaTiv  sauxôJv  tjavâsopa  ÇtiSta  (ou  ta  ystxviwvxa 
éauToTi;  xaxà  ttjv  ô[j.oÇwv£av  Çtioia)  t>, v  îaT, v  sœéÇst  8tjva[xiv.  Pour  les  autres, 

il  y  a  prépondérance  de  la  droite  (èv  toïç  fiYoutxsvotî)  sur  la  gauche  (sv  toÎc; 
é-iTO[j.svotî).  Ainsi,  parmi  les  otiôÇwva,  le  Taureau  domine  la  Balance,  et  le  Scor- 
pion, le  Bélier.  De  même,  parmi  les  îffavâœopa,  le  Cancer  domine  le  Sagittaire, 
et  le  Capricorne  les  Gémeaux  [les  noms  étant  figurés  dans  le  texte  par  des 
sigles,  qui  s'altèrent  aisément  sous  la  plume  des  copistes,  je  corrige  ô  Y  i^pôt; 
xàv  m  en  m  TCpôi;  tôv  T.  Schato  a  interverti  plus  loin  Geminos  ad  Capricor- 
niirri].  En  outre,  la  puissance  des  signes  contigus  étant  1,  celle  des  couples 
adjacents,  qui  forment  entre  eux  un  carré,  sera  représentée  par  2;  celle  des 
quatre  couples  restants,  entre  lesquels  la  distance  est  presque  d'un  diamètre, 
est  plus  grande  encore;  si  bien  que  la  règle  est  :  tt  Xs  tova  oûva;j.tv  eysi  xi 
TtXsîova  ôidtaxajiv  è'/ovxa.  Si  le  voisinage  n'est  plus  un  motif  de  discorde, 
du  moins  il  affaiblit. 

3.  Quand  on  ne  réussit  pas  à  joindre  des  astres  au  moyen  des  aspects,  il 
faut,  dit  Firmicus,  voir  s'ils  ne  sont  pas  en  rapport  par  antiscia  et  si  leur 
anlisciumne  peut  pas  être  joint  par  aspect  :  Ciim  enim  anliscium  sic  miserint, 
ut  Ij'igonica  se  per  anliscium  vel  quadrala  vel  diamelra  vel  hexagona  radia- 
tione  conjungant,  sic  decernunt  quasi  sic  sitit  simplici  ordinalione  compositae  ; 
et  sic  omnia  ista  mixlurariim  ratione  complenlur  (Firmicus,  II,  29,  9  Kroll). 


RELATIONS    ANGULAIRES    PAR    ASPECT  163 


^  II.  —  Associations  polygonales  ou  aspects. 

On  a  déjà  dit  (p.  158)  que  la  géométrie  se  refuse  à  couvrir  les 
combinaisons  anarchiques  que  produisent  l'amour  et  la  haine 
dans  le  monde  sidéral  décrit  par  Manilius.  Nous  serons  obligés 
d'écarter  pareillement  ces  fantaisies  inintelligibles  des  associa- 
tions polygonales  où  le  poète  a  prétendu  aussi  les  introduire.  Ces 

associations  ou  configurations  (ayr^ixa-ca  -  (y^i][i.iXi(7iioi  -  (j\i<jyrTiiiy.'Z'.<J\xoi- 

con/igurationeu  -  adspecius)  sont  les  instruments  par  excellence  de 
l'astrologie  savante,  de  celle  à  qui  la  collaboration  des  pythago- 
riciens a  valu  le  nom  de  «  mathématique  ».  Le  nom  impropre 
d'  «  aspects  »  (o^/s;!;  -  ndspectus),  qui  a  prévalu  en  latin,  rappelle 
encore  que,  là  aussi,  la  rigidité  des  mathématiques  n'a  pas 
empêché  l'imagination  de  cultiver  la  métaphore  et  d'humaniser 
les  relations  angulaires,  qui  sont  censées  ne  se  mesurer  qu'au 
compas.  On  dit  aussi  que  les  signes  associés  par  configuration  se 
«  voient  »  réciproquement  ou  se  '(  rendent  témoignage  '  ».  Enfin, 
comme  transition  —  et  motif  de  confusion  —  entre  le  système 
des  associations  par  parallèles  et  celui  des  groupements  polygo- 
naux, il  y  a  l'aspect  diamétral,  qui  appartient  aux  deux  caté- 
gories, ou  plutôt  figure  indûment  dans  la  seconde. 

Le  nombre  des  configurations  ou  aspects,  d'abord  fixé  à  trois. 

On  doublait  ainsi  pour  le  moins  le  nombre  des  combinaisons  possibles.  Fir- 
micus  fait  ensuite  l'application  du  système  mixte  à  la  géniture  d'un  grand 
personnage  contemporain  (Ceionius  Rufius  Albinus,  cos.  33o). 

1.  Manéthon,  à  propos  des  planètes  —  les  iTyT,uiaTa  du  Zodiaque  servant  de 
mesure  à  ceux  des  planètes  —  emploie  comme  synonymes  les  termes  [xaprj- 
piai,  s-ifiapT'jptai  [[jiipTjpîç -àTtiixâpxupEî  -  Tj]x\Liovjot^'\  et  3yT|ixxxa  (voy.  VInde.v 
verborum  de  l'édition  Axt  et  Rigler).  De  même  teslimonium  ou  testimonium 
radialionis  dans  Firmicus  (III,  1  Kroll).  Toù;  irpoî  iXkr^^o-j^  xwv  dtjTspwv  (il 
s'agit  aussi  des  planètes)  ay  T,;xaT  t  j[ioùî  xx'XoGatv  éittiiapxuptaî  (Porphyr., 
Isag.,  p.  186).  On  ne  peut  même  pas  réserver  à  jiapT-jpta  le  sens  d'aspect 
favorable.  C'est  le  sens  ordinaire  (cf.  œîXoî  xal  [xipxupoî,  Maneth.,  VI,  626); 
mais  on  rencontre  aussi  Mars  jxâpx'Jî  avec  des  effets  déplorables  (I,  335).  Quant 
à  l'expression  ôpâv,  ôpîTÔai  [adspicei-e),  Manéthon  l'emploie  continuellement 
(voy.  VIndex).  On  rencontre  aussi  des  expressions  comme  ay  ïjjxaT  (Çovca  : 
èi:  i6  ctijpoûvTcî  iWrjKo'Ji  iazépsi  %.  x.  >,.  {Philosophitm.,  V,  2,  13  ;  S.  Empir., 
Adv.  Aslrol.,  39,  p.  344),  et  les  verbes  p>>£T:£tv,  £Ttt6>>£i:£iv,  9£wp£ïv,  aujx'-swvEÏv, 
etc.  {ihid.).  Sur  le  sens  propre  à'adspectus,  ô^j/tî,  voy.  ci-après  ch.  vui.  Nous 
ne  pouvons  plus  savoir  de  quel  aspect  parlait  Horace  en  disant  :  Seu  Libra 
seu  me  Scorpius  adspicit  \  Formidolosus ,  pars  violenlior  |  Nalalis  horae,  seu 
tyrannus  \  Hesperiae  Capricornus  undae  (Hor.,  Od.,  Il,  17).  11  entendait  sans 
doute  par  là  autre  chose,  le  regard  ou  patronage  du  signe  horoscope. 


166 


CHAP.  VI.   —  C03IBIN'AIS0NS    DES    SIGNES  -DU    ZODIAOLE 


—  le  diamètre,  le  trigone,  le  télragone  ou  aspect  quadrat,  — fut 
porte  à  quatre  par  doublement  du  trigone,  doublement  qui  donna 
l'hexagone  ou  as- 
pect sextil  *.  Les 
signes  qui  ne  com- 
muniquent entre 
eux!  par  aucune  de 
ces  lignes,  comme 
les  signes  contigus 
(ci-dessus,  p.  16i, 
1)  et  ceux  qui  sont 
séparés  par  cinq 
(ou  sept)  signes, 
sont  dits  «  incon- 
joints »  (àajvSeTa  - 
inconjuncta  ou 
aTToarpocpa). 

Nous  allons  voir 
dans  quelle  me- 
sure la  géométrie 
et  la  psychologie 
ont  collaboré  à  la 

définition  des  propriétés  des  figures,  et  si  Tune  et  l'autre  ont  tou- 
jours réussi  à  se  mettre  d'accord. 

1°  Soit  d'abord  le  diamètre  ou  aspect  diamétral  (otâjjieTpov - 
diome(rum).  C'est  l'aspect  le  plus  anciennement  interprété  par 
les  astrologues.  Les  Chaldéens  de  Babylone  et  de  Ninive  notaient 
déjà  la  coïncidence  des  levers  de  certaines  étoiles  ou  planètes 

1.  On  faisait  observer  que,  dans  le  cycle  lunaire,  résumé  de  toutes  les 
harmonies,  se  trouve  aussi  l'aspect  hexagonal  (conséquence  du  fait  qu'on  y 
avait  artificiellement  introduit  l'indispensable  trigone).  Les  phases  lunaires 
étaient  donc  —  en  dehors  des  deux  syzygics  —  au  nombre  de  six  :  \j.r,wzi5-f\i 
(hexagone)  —  Si/ôtofio;  (tétragone)  —  àficsixiip-co;  (trigone)  —  «[i-jixyp-coî  p 
(trigone)  —  5i/ôto[aoî  p'  (tétragone)  —  tir.voctS'^iÇ  p'  (hexagone);  soit,  avec  les 
syzygies,  huit  phases  en  tout,  inégalement  espacées  sur  le  cercle.  Le  plus 
curieux,  c'est  que  les  mystiques  ne  veulent  pas  de  ce  nombre  huit  :  il  leur 
faut  le  nombre  septénaire,  et  ils  y  atteignent,  soit  en  supprimant  la  aûvoSoî, 
moment  où  la  Lune  ne  se  voit  pas  (Porphyr.,  p.  183),  soit  en  supprimant  les 
deux  phases  [j.Trjvoci.Set'î  et  faisant  deux  phases  avec  le  commencement  et  la 
fin  de  la  aûvoôoî,  —  cum  nascitur  —  et  cum  ad  nos  luminis  iiniversitate  pri- 
vaiar  (Macr.,  S.  Scip.,  I,  6,  55).  D'autres  se  rejettent  sur  la  triade,  et  trouvent 
trois  phases  de  chaque  côté  du  diamètre  —  Tpsîç  IxaTspaî  oûaaî  SieaT/jffaTO 
[lï.voc'.ôeti;,  5i/otô[xojî,  <x;x»'.xtjpTO"j;  (Proclus  in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  168  Pitra). 
D'autres  comptaient  10  et  même  11  phases  (Paul.  Alex.,  G  3  v). 


Aspect  diamétral. 


l'aspect  diamétral  167 

avec  le  coucher  de  certaines  autres,  coïncidence  qui  répond  ap- 
proximativement à  l'opposition  diamétrale.  Le  rapport  ainsi 
établi  par  le  diamètre  était-il  sympathique  ou  antipathique?  Il  y 
avait  pour  ou  contre  Tune  ou  l'autre  manière  de  voir  des  raisons 
dont  le  conflit  produisit  l'hésitation  et  l'incertitude.  La  tradition 
«  chaldéenne  »  tranchait  la  question  dans  le  sens  de  la  sympathie  : 
pour  elle,  les  signes  ou  planètes  opposés  se  regardaient,  non  de 
travers,  mais  bien  en  face,  et,  par  conséquent,  agissaient  de 
concert.  Du  reste,  toute  association  présuppose  la  sympathie,  et 
surtout  l'aspect  diamétral,  qui  est  V  «  aspect  »  par  excellence,  au 
sens  propre  du  mot  *. 

Les  partisans  de  la  tradition  adverse  —  plus  grecque  peut-être 
que  l'autre  —  raisonnaient  difîéremment,  et  ils  avaient  pour  eux 
l'association  d'idées  que  représente  le  mot  «  opposition  ».  Les 
astres  opposés  sont  des  antagonistes;  psychologiquement,  comme 
des  adversaires  alignés  pour  le  combat,  matériellement,  comme 
les  poids  qui  tirent  en  sens  contraire  les  deux  extrémités  du  fléau 
d'une  balance.  Manilius,  qui  emprunte  de  toutes  mains  et  veut 
raisonner  par  surcroît,  est  fort  embarrassé.  Il  remarque  que  les 
signes  opposés  vont  en  sens  contraire  et  que  l'un  se  lève  quand 
l'autre  se  couche.  Ils  ont  donc  des  mœurs  incompatibles.  Évidem- 
ment, le  Cancer  brillant  et  le  Capricorne  glacial  ne  peuvent  être 
en  bonne  intelligence.  Mais  le  Bélier  et  la  Balance  ont  presque  le 
même  office,  et  les  Poissons  «  aiment  les  mêmes  lois  »  que  la 
Vierge.  «  La  nature  l'emporte  sur  le  lieu  ».  La  nature  est  ici 
d'abord  le  sexe,  ensuite  un  des  trois  qualificatifs  relatés  plus  haut 
(p.  152-3  et  fig.  15).  Tous  les  signes  associés  par  le  diamètre  étant 
de  même  sexe  et  de  même  qualité,  l'atrinité  de  nature  atténue 
l'opposition  géométrique.  Tout  bien  pesé,  Manilius  finit  par  con- 
clure que  «  la  haine  est  plus  fréquente  entre  signes  opposés  ^  ». 


1.  Géniinus,  disciple  de  Posidonius,  ne  connaît  encore  que  b'ois  aspects 
efficaces  :  xaxà  yip  TpsT;  xpôirouî  al  au[X7tâ6£'.ai  ytvovTai,  xaxà  5iâ  [xôt  po  v,  xaxi 
Tpiywvov,  xaxà  xe  xpâyoïvov  •  xaxi  àXkry  Se  Stiaxaoriv  o65c[jLÎa  uujnriOïia 
yCvcxat,  ce  qu'il  trouve  d'ailleurs  arbitraire  et  inepte.  Il  dit  de  l'aspect  dia- 
métral :  )va|x6âvïxat  5e  xà  xaxà  5tâ[jLcxpov  <j~à  xwv  XaXSaiwv  xai  irpô;  xi;  èv  xaT; 
vïvasîs'.  cujiTîaBeia;  •  ôoxoûat  yip  ol  xaxà  8'.â[itxpov  yavôiAEvoi  <3u\i~d<jy ziv 
àXX'/jXo'.;,  xai,  w;  5v  ziizoï  xiî,  àvx'.xôTaOa'.  àXkr^'ko'.^.  Kal  xwv  àaxî'pwv  èszoyoLl  èv 
xoî;  xaxà  3-.â(jisxpov  ^woio-.î  xaxà  x6v  aùx6v  xaip6v  xat  ctuvw -f  £)>o  ôa;  xaî  aujji- 
êXauxouff  i  xà;  vîvî'ïcIî,  xaxà  xà;  — apaÔ£ÔO|xÉvaî  5'jvi|j.ct;  xwv  àaxspwv  (Gcmin., 
Isagog.,  1,  9).  Cicéron  {Divin.,  II,  42)  et  S.  Einpiricus  (§  39.  p.  244)  ne  men- 
tionnent que  le  trigone  et  le  quadrat  —  ea  Iriangula  illi  et  quadrala  nominant. 
Cf.  ci-après  (p.  202)  les  planètes  sympathiques  associées  par  le  diamètre. 

2.  Manil.,  II,  401-432.   Il  oublie  qu'il  a  mis  du   feu  dans  le  Capricorne  et 


168        CHAP.   VI.   —  COMBINAISONS    DES    SIGNES    DU    ZODIAQUE 

Ptolémée,  lui,  dissimule  son  embarras  sous  un  étalage  de 
science  pythagoricienne  qui  intimide  grandement  son  scoliaste  *. 
Il  invoque  les  angles  et  les  longueurs  harmoniques  des  cordes, 
après  quoi,  il  conclut  d'un  ton  péremptoire  que,  si  les  signes 
opposés  sont  «  homogènes  »  (de  même  sexe),  ils  sont  surtout 
opposés  ^  Il  se  garde  bien  de  dire  que,  même  dans  son  harmonie 
musicale,  les  Ions  étant  représentés  par  des  cordes  d'arc,  le 
diamètre,  double  du  rayon,  représente  l'octave,  c'est-à-dire  le 
plus  parfait  des  accords  :  il  ne  veut  plus  se  rappeler  que  lui- 
même  attribue  même  nature  aux  quadrants  opposés  par  le  dia- 
mètre^ et  qu'il  fera  grand  usage  de  ce  principe  —  appliqué  aussi  à 
la  théorie  des  «  lieux  >>  (ci  après,  ch.  ix)  —  dans  son  «  apotéles- 
matique  catholique  ».  On  comprend  qu'il  n'ait  pas  réussi  à  impo- 
ser la  théorie  du  diamètre  discordant.  Le  Pseudo-Manéthon  se 
rallie  évidemment  à  la  tradition  adverse  quand  il  dit  :  «  Tels 
sont  les  effets  produits  par  les  planètes  en  conjonction  avec  le 
Soleil  seul  :  pareils  sont  leurs  effets  quand  elles  se  montrent  à 
l'opposé  du  Soleil  »  *.  Quand  il  y  a  une  contradiction  quelque 
part,  on  est  sûr  de  la  retrouver,  enregistrée  sans  être  remarquée, 
dans  le  répertoire  incohérent  de  Firmicus.  En  effet,  Firmicus 
affirme  que  le  rayonnement  diamétral  est  toujours  menaçant  ', 
et,  plus  loin,  il  explique  que  Saturne  se  met  d'accord  soit  avec  la 
Lune,  soit  avec  le  Soleil,  quand  il  se  trouve  avec  eux  en  opposi- 
tion diamétrale  *.  Enfin,  la  tradition  chaldécnne  ressuscite  tout 


le  Cancer  dans  Teau  (ci-dessus,  p.  138, 1  et  p.  145),  ce  qui  diminue  l'opposition. 
Vincit  nalura  locum  (11,  416);  conclusion  :  Crebrius  adversis  odium  est. 
(II,  652).  Ailleurs,  dans  son  système  des  tulelae  (II,  433-447),  il  met  Junon 
dans  le  Verseau,  en  face  de  Jupiter  dans  le  Lion,  sans  avoir  probablement 
rintention  de  représenter  un  mauvais  ménage  (ci-après,  p.  184). 

1.  Ptolem.,  Telrab.,  II,  14  (rispl  tûv  (j'j5yT,u.aTiî^0|j:£vwv  ôwSsxaTT^ijiopîuv).  Le 
scoliaste  (Anon.,  p.  30)  remarque  :  eî5sva'.  6è  ypti  wî  xo)vXf,î  -rposôj^fi?  SsÏTai  tô 
TrpoxsipLSvov  ywptov,  xai  yàp  -cà  XeyôjJ-sva  SuaxaTavôfiTa  tuvj^âvît.  Il  fera  de  son 
mieux  pour  rendre  le  passage  intelligible. 

2.  'A  a  u  fi-f  wv  0  t  6è  o:  TcTpiywvoi  xal  ot  xxTà  S'.a[jL£Tpov,  Stoxi  x  a  x  '  àv  ti- 
Oeatv  TfÔv  ô[JLoyEvûv  Tf,v  aûaTaaiv  >>au.6âvoy(Ti  [Tetrab.,  II,  14).  Il  vient 
de  dire  que,  pour  le  diamètre,  l'opposition  rectiligne  est  une  «  raison 
évidente  »  (>.ôyoî  œavcpôç). 

3.  Voy.  ci-dessus  p.  102,  3. 

4.  Tôaaa  fièv  'Hsî.tu  [loûvw  |uvfi  xapsdvxe;  |  'PÉÎ^ouu',  ïaa  5è  total  nal  àvxtov 
'HcXîoco  I  «I>aivôixEvot  (Manetli.,  II,  436-438). 

5.  A  signo  ad  aliud  signum  septimum  quod  fuerit,  hoc  est  diametrum  ;  sed 
haec  semper  maligna  ac  minax  radiatio  est  (Firmic,  II,  22,  2  Kroll). 

6.  Saturnus  —  ideo  conditionem  Lunae  seqidtur,  quia  in  feminino  signo 
conslitutus  Lunae  in  feminino  signo  constitutae  per  diametrum  radios  excepit 


L  ASPECT  TRIGONE 


169 


à  fait  dans  VBermippus,  dont  l'auteur  est  d'avis  que,  vu  la  vertu 
du  nombre  7,  l'aspect  diamétral,  qui  unit  le  premier  signe  au 
septième,  est  le 
plus  sympathique 
et  le  plus  favora- 
ble de  tous  *. 

2°  En  revanche, 
tous  les  astrolo- 
gues s'accordent 
à  considérer  l'as- 
sociation des  si- 
gnes trois  par 
trois,  en  trigone 
(xpt'Ywvov  -  Irlgo- 
num  -  triangulum  - 
triqueirum),  com- 
me la  figure  effi- 
cace et  bienfai- 
sante par  excel- 
lence ^  L'unique 
raison  qu'en  don- 
ne Ptolémée,  —  raison  qu 


Fig.  ly.  Les  Trigones 


écartait  pour  le  diamètre  et  qu'il  invo- 
quera encore  pour  l'hexagone,  —  c'est  que  le  trigone  réunit  des 
signes  de  même  sexe  ^ .  Les  motifs  qu'il  passe  sous  silence,  c'est 

—  Soli  se  rursiis  simili  radiatione  conjunxil  et  rurstis  ad  eam  qiiam  Sol  condi- 
lionein  componitur  ;  nam  in  masculino  constilutus  signo  aequabili  se  lestimonio 
radiationis  associai,  cum  per  diamelrum  Solem  simili  qiia  Lunam  radiatione 
respexerit  (Firmic,  IIF,  1,  3  Kroll). 

1.  Ce  n'est  pas  le  sexe, —  qui  n'existe  pas,  suivant  l'auteur,  —  c'est  le 
nombre  impair  qui  crée  la  sympathie  :  o\  xaxi  zspttToùç  twv  àaTspwv  s/r.txa- 
Ttsiiol  irpô;  àX>.f,Xou;  STt'.ÇcUvvûaEvo'.  auixjraôsT;  te  eiai  xal  wcpAijioi,  xal  toûtwv 
jAâXXov  ô  xa6'  é65o|iâ8a,  ô;  xal  xaxà  StaîfxeTpôv  èstiv  •  oî  5i  xaxà 
Toij;  îpttou;  cpaO^ot  tî  xal  àjtj[jiï;uvo'.  x.  t.  "k.  [Hermipp.,  I,  19,  §  138).  Macrobe 
aussi  explique  que  le  diamètre  a  la  vertu  du  nombre  septénaire  :  Sol  qicoque 
ipse,  de  qiio  vitam  omnia  miiluantiir,  septimo  signo  vices  suas  variai,  etc. 
(Macr.,  Somn.  Scip.,  1,  6,  57  sqq.). 

2.  Tpîywvo'.,  Êusl  TÔSs  itiiirav  âp  t  j  xo  v  |  ay^  [x  a  itsXsi  tpaûXot;  te  xal 
èaeXoïî  àaxpâai  -ràctv  (Maneth.,  III,  361-363.  Cf.  III,  270-292).  Voy.  ci-après  les 
trigones  planétaires.  C'est  aussi  des  planètes  que  S.  Empiricus  dit  :  Soxsï 
xaxà  [lèv  xpîyuvov  àvaOoTtoiôî  xaxoTotOî  ff'ja/TjjiaxiÇôtiEvoî  E'jEpyExixô;  Eiva'.,  xal 
T.o^-j  pLâ'X7>ov  iyaôoTTOiô;  (S.  Euipir.,  §  39,  p.  344).  —  'Ev  xoÎî  <ryTi[xaxiaaor;  aùxwv 
xô  oip'.  3X0V  £Xa/s  xûv  uyr.fxaxwv  xô  xpîywvov  (Proclus  in  Anal.,  V,  2, 
p.  168  Pitra).  C'est  un  axiome,  connu  même  des  profanes. 

3.  O't  |xàv  xptywvoi  xal  è^iyawoi  (iû]jL!pwvot  xaXoûvxat  Sià  xà  è^  Ô[10Y£vwv  (jjyxEToôai 
SwSsxaxT.jjiopfwv,  fjxot  èx    itivxuv  OtiX-jxûv  f,.  dp  uev.x  w  v  (rc/raô.,  I,  14), 


170         CHAP.  VI.  —  COMBINAISONS    DES    SIGNES    DU    ZODIAQUE 

aux  religions  et  aux  spéculations  pythagoriciennes  qu'il  faut  les 
demander.  On  sait  le  rôle  que  jouent  dans  les  religions  orientales 
les  Triades  (Père-Mère-Fils),  symboles  de  la  vie  perpétuée  par  la 
génération  *.  Ce  qui  a  été  dit  plus  haut  des  propriétés  attribuées 
aux  nombres  et  aux  figures  nous  dispense  d'insister  davantage. 
Le  nombre  3,  la  triade,  est  le  plus  petit  nombre  complet  conte- 
nant le  pair  et  l'impair,  comme  le  triangle  est  la  surface  la  plus 
simple,  le  générateur  de  tous  les  polygones.  Enfin,  le  Irigone  est 
—  le  diamètre  une  fois  écarté  —  la  seule  association  parfaite,  la 
seule  dans  laquelle  chaque  signe  communique  directement,  et  par 
la  droite  et  par  la  gauche,  avec  les  signes'  associés.  On  a  vu  pré- 
cédemment comment  la  théorie  dite  chaldéenne  des  rétrograda- 
tions planétaires,  suggérée  par  la  foi  en  la  puissance  du  trigone, 
servait  de  preuve  à  cette  même  foi. 

3°  Le  tétragone  ou  aspect  quadrat  [zBzpiytù^o-j  -  quadratum)  est 
presque  universellement  noté  comme  une  association  antipa- 
thique et  défavorable.  En  effet,  il  comprend  un  nombre  égal  de 
signes  de  sexe  différent,  et  les  signes  de  même  sexe  y  sont  en 
opposition  par  le  diamètre.  Ptolémée  le  déclare  à(Tj[i.9wv  o;  pour 
cette  raison,  et  Firmicus  le  note  comme  «  d'influence  maligne  ^  ». 
Mais  cette  sentence  n'était  pas  sans  appel,  et  il  y  avait  bien  des 
raisons  pour  la  réformer.  Le  carré  est  la  division  normale  du  cer- 
cle en  quadrants.  Les  signes  de  même  fonction,  les  «  cardinaux  » 
ou  «  tropiques  »,  les  «  solides  »  et  les  «  bicorporels  »,  sont  lous 
associés  par  aspect  quadrat^.  Cette  «  parenté  »,  si  elle  ne  vaut  pas 
l'amitié  qui  règne  dans  les  trigones  *,  doit  compenser  l'antago- 

1.  Cf.  la  Triade  platonicienne  des  Mœres  (Lachcsis-Clotho-Atropos),  oîov  év 
IsoTikiùptù  Tp'.ywvo)  TETayiJLÉvai;  (Proclus  in  Anal.,  V,  2,  p.  84  Pitra).  Les  portes  du 
ciel  disposées  en  trigone  (Serv.,  Geoj-g.,  I,  34),  texte  cité  plus  haut,  p.  23,  l. 

2.  El  haec  minax  esl  radialio  el  maliliosa  poleslale  composi/a  (Firmic,  H, 
22,  6  Kroil).  Le  même  Firmicus  a  dit  plus  haut  (II,  19,  S),  en  parlant  des 
«  lieux  »  :  Sed  hic  locus  [quarlus]  cum  horoscopo  maxima  socielate  conjungi- 
lur,  quia  de  quadralo  horoscopum  respicit  el  per  quadratum  ab  horoscopo 
videlur  :  contradiction  flagrante.  Le  quadrat  est  meurtrier  (àvatpcT'.xôî)  dans 
le  calcul  concernant  la  durée  de  la  vie  (ci-après,  ch.  xii).  Influence  inverse  de 
celle  du  trigone  :  xatà  5è  xô  TcTodywvov  àvâi:a)viv  (S.  Enipir.,  toc.  cit.). 

3.  Voy.  ci-dessus,  p.  152,  fig.  13. 

4.  Coqnata  quadratis  \  Corpora  censentur  sigîiis,  el  arnica  Irigonis  (Manil.,  H, 
633).  Sic  quaecumque  manent  quadralo  condita  lemplo  \  Signa  parem  referunt 
numeris  aut  lempore  sorlem,  \  Ac  veluti  cognala  manent  sub  foedere  lali 
(11,668-670.  Cf.  II,  337-341).  Les  tétragones  adfines  signant  (II,  671).  Puis, 
Manilius  cherche  à  l'estreindre  l'affinité  aux  cardines,  lesquels  sont  sympa- 
thiques non  pas  parce  que,  mais  quoique  associés  en  quadrat  :  quae  quan- 
qiiam  —  Sidéra  quadrata  efficiunt,  non   lege  quadrati  \  Censentur.  Minor  est 


ASPECT   TÉTRAGONAL  OU  QUADRAT 


171 


nisme  résultant  du  mélange  des  sexes.  Aussi  voit-on  le  carré, 
dans  la  théorie  des  XII  lieux  (ci-après,  ch.  ix),  devenir  une  figure 

des  plus  heureu- 
ses et  les  astres 
qui  se  regardent 
d'un  cardo  à  Tau- 
Ire  (suivant  le  qua- 
drat  ou  le  diamè- 
tre) acquérir  une 
énergie  particu- 
lière. Manilius,  qui 
soutient  tour  à 
tour  toutes  les  opi- 
nions, adjuge  en 
fait  au  tétragone 
et  lui  refuse  en 
théorie  le  carac- 
tère sympathique. 
On  ne  voit  même 
plus  bien,  en  face 

Fi,.  20.  Aspect  quadrat  ^^  ^^^^^^  ^^^  ,^^^^_ 

nités,  ce  qui  a  fait  disqualifier  le  carré.  Ce  n'est  pas  aux  mathé- 
matiques pythagoriciennes  qu'il  faut  s'en  prendre.  Le  carré  y  a 
un  assez  beau  rôle  et  ne  se  ressent  nullement  de  l'infériorité 
des  nombres  pairs.  Le  scrupule  ne  vient  pas  non  plus  des  Grecs, 
ou  des  Romains  ou  des  Étrusques,  la  division  en  quadrants  étant 
chez  eux  le  tracé  normal  du  temple.  Peut-être  faut-il  supposer  ici 
quelque  superstition  chaldéenne,  la  même  qui  a,  dit-on,  empêché 
les  astrologues  orientaux  de  partager  l'orbite  lunaire  en  qua- 
drants —  hypothèse  peu  sûre  et  conlrebattue  elle-même  par 
l'usage  de  la  semaine,  considérée  comme  quart  du  mois  lunaire. 
4°  L'aspect  hexagonal  ou  scxtil,  qui  réunit  tous  les  signes  de 
même  sexe,  a  les  mêmes  propriétés  que  le  trigone,  mais  à  un 


numeri  quam  cardinis  tisus  (II,  674-675).  Il  oublie  qu'il  a  ligué  contre  la 
Balance  les  trois  autres  cardines,  le  Bélier  (H,  340.  556),  le  Capricorne  et  le 
Cancer,  Cfielis  quod  ulvumque  qiiadratum  est  (II,  555).  Enfin,  il  constate  que 
plerumque  manent  inimica  lerlia  quaeque  \  Leqe,  in  Iransverstim  vullu  defixa 
maligno  (II,  572).  Manéttion  na  pas  de  doctrine  générale  le  tétragone  est 
chez  lui  tantôt  favorable,  tantôt  défavorable,  suivant  les  planètes  qui  sont  en 
rapports.  Par  exemple,  le  Soleil  en  tétragone  avec  Mars,  effet  détestable  (1,341); 
Jupiter  avec  Saturne,  effet  excellent  (I,  346.  III,  234).  Paul  d'Alexandrie  fait 
valoir  l'identité  de  nature  des  signes  en  aspect  quadrat  (ci-de8sus,p.  lo3,  2). 


172 


CHAP.  VI.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    DU    ZODIAQUE 


moindre  degré  *.  C'est,  en  somme,  une  superfétation,  que  ne  con- 
naissent ni  Gémi- 
nus,  ni  Cicéron,  ni 
Sextus  Empirions, 
et  dont  certains 
astrologues,  com- 
me Manéthon,  ont 
persisté  à  ne  pas 
se  servir.  Ceux-là 
étaient  peu  tou- 
chés sans  doute 
de  s  perfections 
géométriques  de 
l'hexagone,  qui  se 
décompose  en  six 
triangles  équilaté- 
raux  et  que  la  Pro- 
vidence a  donné 
pour  modèle  aux 
abeilles  construi- 
sant leurs  cellules  de  cire  ^ 

La  théorie  des  aspects,  la  création  la  plus  admirée  de  l'astro- 
logie savante  et  la  base  de  tous  ses  calculs,  repose  en  dernière 
analyse  sur  les  propriétés  occultes  adjugées  aux  nombres  et  aux 
figures  par  les  Pythagoriciens,  propriétés  que  ressassent  ad  nau- 
seam  tous  les  mystiques  et  tous  les  défenseurs   de  l'astrologie. 


P'ig.  21.  Aspect  sextil. 


1.  Debilia  alternis  data  sunt  commercia  signis  (Manil.,  H,  358  sqq.).  Hexa- 
ffona  hoc  idem  sunt  quod  trigona,  nisi  qiiod  minoris  polestatis  (Firmic, 
II,  22,  7).  Ce  quatrième  aspect  a  pu  être  inventé  pour  parfaire  le  Jet  de  sept 
rayons  (fig.  22)  que,  d'après  une  théorie  visée  plus  haut  (p.  81,  3),  lance  cha- 
que foyer  céleste.  Suivant  Firmicus,  Thexagone  a  plus  de  vertu  quand,  étant 
donné  trois  signes  reliés  par  aspect  sextil  (?),  celui  du  milieu  est  un  signe 
tropique  ou  bicorporel  :  Sed  hexagona  illa  sunt  potiora  quae  hahent  in  medio 
tropica  vel  duplicia  signa,  inefflcacia  vero  quae  signis  solidis  dividuntur 
(II,  22,  8  Kroll). 

2.  La  Terre  étant  le  point  central  du  cercle  :  quantum  a  terris  atque  aequore 
signa  recédant  \  Tantum  binapatent  (Manil.,  I,  544-o4o).  Le  scoliaste  d'Aratus 
(ad  Phaenom.,  541,  I,  p.  124-126  Buhle)  remarque  aussi  cette  propriété  et 
ajoute  :  'E^iywvov  isx:  toûto  xb  iT/T,(ia  xal  »'j5;xÛTaT0v  ■  xal  yàp  a'.  [AiXtïcrai, 
(pûaEi  Çwffai  xal  où  Xôyw,  Ti;  xaTaTpT,ar£iî  twv  xT,p(wv  élaywvouî  TroioOfft.  L'unité  de 
sexe  étant  le  caractère  principal  de  l'hexagone  astrologique  (cf.  Manil.,  II, 
379-384),  c'est  embrouiller  les  idées  que  de  dire,  comme  Proclus  (in  Anal.,  V, 
2,  p.  168  Pitra),  qu'il  a  cpûatv  dp^evôeT^>vuv.  Il  est  masculin  ou  féminin,  mais 
non  pas  l'un  et  l'autre  à  la  fois. 


THÉORIE  MATHÉMATIQUE  DES  ASPECTS 


173 


Monade,  dyade,  triade,  tétrade,  pentade,  hexade  ;  vie,  intelli- 
gence, mouvement,  àme,  corps,  etc.  ;  cela  répondait  à  tout  et 
noyait  les  objec- 
tions dans  le  flot 
bruyantdesmots'. 
Que  répondre,  en 
effet,  à  qui  afïirme 
que  «  les  côtés  du 
Irigone  sont  les 
âmes  des  choses 
cosmiques  »,  ou 
que  «  le  tétragone 
engendre  le  cube, 
lequel  est  la  se- 
mence de  la  ter- 
re^ »  ?  On  chercha 
pourtant  à  expli- 
quer mécanique- 
ment Faction  dos 
ligures  astrologi- 
ques,  en  partant 


Récapitulation  des  Asperts 


de  ridée  que  leur  énergie  décroît  du  diamètre  à  Thexagone. 
Plus  l'arc  sous-tendu  par  le  côté  d'un  polygone  inscrit  au  cercle 
est  grand,  plus  ce  côté  se  rapproche  du  centre.  Or,  le  centre  est 
ici  la  Terre.  L'influence  dardée  suivant  le  trigone  imprègne 
davantage  notre  atmosphère  que  le  rayon  lancé  suivant  un  angle 
plus  ouvert,  le  quadrat,  et  à  plus  forte  raison  le  sextil,  qui  ricoche 
dans  le  cercle  à  plus  grande  distance  du  centre.  Quant  au  dia- 
mètre, «  il  frappe  droit  et  le  coup  en  est  plus  sûr  ^  ».  Il  n'y  a 

1.  Rappelons  qu'il  n'y  a  pas  la  moindre  allusion  aux  <jyT(|iaTa  dans  ce  que 
Diodore  rapporte  des  méthodes  chaldéennes  :  xà  [làv  yàp  Sià  rî^î  àvaxoTkTJî, 
-i  6è  8tà  TTjî  SûuEWi;,  Tivi  Se  6tà  xf,?  ypôa<;  TrpoTr,{jiafvïiv  œaffîv  aÛToO;  toT; 
xpoai/civ  dxpiêôx;  poaXT.Ocrat  (Diod.,  11,  30,  4). 

2.  Proclus  in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  168  Pitra. 

3.  Voy.  Manil.,  II,  332-378.  Ainsi,  pour  le  trigone  comparé  au  tétragone  : 
llla  [linea]  mugis  vicina  méat  coeloque  recedit,  \  El  propius  terras  accedil  visas 
eorum,  \  Aeraque  infectnm  nostras  demitlit  ad  auras  (II,  353-357)  —  ex  recto 
certior  ictus  (II,  373).  Manilius  a  sans  doute  mal  compris  une  explication  qui 
portait  sur  l'angle  d'incidence  du  rayonnement  allant  d'un  astre  à  l'autre. 
Mesuré  par  rapport  à  la  «  normale  »  ou  rayon  du  cercle,  l'angle  sous  lequel 
chaque  signe  reçoit  le  rayon  de  ses  associés  de  droite  et  de  gauche  est  de  30» 
dans  le  trigone,  de  45»  dans  le  tétragone,  de  60»  dans  l'hexagone.  On  trouve 
un  écho  de  ces  idées  dans  des  scolies  du  moyen  âge  (Schol.  vet.  ad  German., 
Prognost.,  II,  p.   HO  Buhle)  :  Aspiciunt  in  ter  se  stellae  e.r  tertio   [quinto?] 


174        CHAP.   VI.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    DU    ZODIAQUE 

qu'un  défaut  dans  cette  théorie  balistique,  c'est  qu'elle  est  à  côté 
de  la  question.  Les  «  configurations  »  astrologiques  n'expriment 
pas  les  rapports  des  astres  avec  la  terre,  mais  les  rapports  des 
astres  entre  eux.  L'auteur  inconnu  à  qui  Manilius  emprunte  son 
raisonnement  n'avait  sans  doute  pas  commis  cette  méprise.  Recti- 
fication faite,  la  susdite  théorie  rend  assez  bien  compte  non  pas 
de  la  qualité  —  qui  reste  occulte  —  mais  de  l'intensité  supposée  du 
rayonnement  échangé  entre  les  astres  dans  les  diverses  figures. 

Une  explication  plus  simple,  parce  qu'elle  est  humaine  et  intel- 
ligible pour  le  vulgaire,  de  l'énergie  décroissante  des  figures,  du 
diamètre  à  l'hexagone,  c'est  que  l'association  devient  plus  lâche 
à  mesure  que  les  participants  sont  plus  nombreux.  Chacun  d'eux, 
n'étant  en  rapport  direct  qu'avec  ses  deux  voisins  de  droite  et  de 
gauche,  devient  indifîérent  aux  autres  et  pour  les  autres. 

La  droite  et  la  gauche  —  une  distinction  bien  humaine  aussi  — 
modifient  dans  chaque  figure  la  valeur,  c'est-à-dire  la  qualité  des 
rapports.  L'astre  associé  à  un  autre  par  la  droite,  c'est-à-dire 
placé  à  la  droite  de  son  associé,  a  une  supériorité  sur  celui-ci, 
qui  est  à  la  gauche  de  l'autre.  La  droite  des  signes  est  du  côté  ofi 
les  entraîne  le  mouvement  diurne,  la  gauche,  dans  le  sens 
rétrograde  ^ 

sic/no,  qiiod  dicitur  Trigonum  et  habenf  maxime  confusionem  [s'associent  plus 
étroitement  ?]  :  item  a  quarto  signo,  quod  Tetragomnn  et  Cenlrum  [à  cause  des 
v.évip(x-cardines]  vocatur,  et  in  alterutrum  maxime  praestant  effeclmn  [à  cause 
de  l'énergie  intrinsèque  des  cardines].  Item,  ex  contrario,  quod  est  septimum 
signum  et  Diametron  vocatur,  quae  maxime  adversum  caetera  [?]  dissident.  Vel 
leviter  aspiciunt,  ut  sextum  [tertium?]  quod  dicitur  Hexagonon.  Le  scoliaste 
confond  perpétuellement  le  nombre  ordinal,  qui  indique  la  distance  •d'un 
sommet  à  l'autre,  avec  celui  qui  désigne  le  polygone  lui-même. 

1.  Sed  discrimen  erit,  dextra,  an  sint  laeva.  Sinistra  \  Quae  subeunl  ;  quae 
praecedunt,  dextra  esse  feruntur.  \  Dextera  erit  Tauro  Capricornus,  Virgo  sinis- 
tra (Manil.,  II,  284-286).  La  doctrine  est  la  même,  sous  des  expressions  inverses, 
dans  Firmicus,  qui,  se  réglant  sur  l'ordre  des  degrés  de  longitude,  définit  : 
quod  rétro  fuerit  dextrum,  et  sinislrum  quod  est  ab  ante  (II,  22,  8).  Scire  etiam 
debemus  quod  sit  dextrum  trigonum,  quod  sinistrum.  Dextrum  trigonum  est 
quod  ab  eo  signo,  a  quo  incipimus,  rétro  est,  sinislrum  vero  quod  ab  ante  ; 
utputa  Arietis  dextrum  trigonum  est  Sagittarius,  sinistrum  vero  Léo,  et  simili 
modo  Leonis  dextrum  trigonum  est  Aries,  sinistrum  Sagittarius  ;  Sagittarii 
vero  dextrum  trigonum  est  Léo,  sinistrum  est  Aries.  Et  de  même  dans  les  autres 
figures  (II,  22,  4).  Nous  n'aurons  que  trop  d'occasions  de  revenir  sur  la  hiérar- 
chie attachée  à  la  droite  et  à  la  gauche  et  les  problèmes  qui  s'y  rattachent 
(voy.  ci-après,  ch.  viir,  l'àxTivoSo'Xta  et  autres  rapports  modifiant  la  théorie 
plus  complexe  des  aspects  planétaires).  En  règle  générale,  l'aspect  par  la  droite 
est  plus  favorable  que  l'autre  :  dans  le  tétragone,  par  exemple,  il  arrive 
que  fi  xaxà  xà  Ssç'.àv  Tcxpaywvûv  -TiXaupi  à6>>a6-h|î  yivcxai,  xf,?  xaxà  xà 
sùwvutjLOv  TïXE'jpîî  x'.vS'jv:'jo  ûa-fiî  [làXXov,  x.  x.  "X.  (Paul.  Alex.,  R  3  v). 


LES   ASPECTS  FIXES  DU  ZODIAQUE  175 

En  fait,  rassociation  par  aspects  est  le  plus  souvent  appliquée 
aux  planètes,  qui  ne  restent  pas  incrustées  une  fois  pour  toutes 
à  la  même  place  et  peuvent  varier  leurs  combinaisons.  Il  n'ar- 
rive guère  que  les  planètes  occupent  tous  les  sommets  d'un 
polygone  :  elles  sont  généralement  en  aspect  deux  à  deux,  et 
elles  y  sont  dès  qu'il  y  a  entre  elles  l'angle  que  sous-lend  la 
corde  du  polygone.  On  ne  s'imagine  donc  pas  des  trigones  ou  des 
létragones  de  planètes  formant  des  sociétés  permanentes,  à 
effectif  complet.  C'est,  au  contraire,  sous  forme  de  ligues  éter- 
nelles, animées  de  sentiments  invariables,  que  l'astrologie  poé- 
tique se  représentait  les  configurations  inscrites  au  cercle  du 
Zodiaque  *.  Pourquoi  les  signes  s'associent-ils,  si  ce  n'est  pour 
mettre  en  commun  leurs  haines  et  leurs  sympathies?  Si  la  con- 
corde n'est  pas  toujours  parfaite  à  l'intérieur  de  ces  ligues,  de 
l'une  à  l'autre  l'état  normal  est  la  guerre.  Le  trigone  présidé  par 
le  Bélier  (  V  ^  "^^  )  attaque  celui  que  préside  la  Balance  i':^  sz^ 
Vf),  mais  sans  succès  :  le  groupe  animal  est  défait  par  le  groupe 
humain.  Le  contraire  eût  étonné  le  bon  Manilius,  qui  croit  à  la 
supériorité  de  l'intelligence  sur  la  force.  La  bande  animale  se 
rue  aussi,  par  antipathie  de  sexe,  contre  le  trigone  féminin  auquel 
préside  le  Taureau  (^  np  ^).  Les  carrés  ne  sont  pas  moins 
batailleurs  que  les  triangles.  Le  plus  triste,  c'est  que  tel  signe, 
comme  membre  d'un  carré,  devient  l'ennemi  de  ceux  qu'il  avait 
pour  alliés  dans  le  triangle,  et  inversement  :  si  bien  que,  en  fin 
de  compte,  les  signes  sont  partout  égoïstes,  suspects  et  traîtres 
à  leurs  alliés  du  moment.  Inutile  d'ajouter  que  ces  haines  célestes 
se  reproduisent  sur  terre,  où  elles  ont  leur  efl'et  réel  et  se  per- 
pétuent de  génération  en  génération,  par  l'afflux  sans  cesse 
renouvelé  des  passions  de  là-haut. 

L'astrologie  mathématique  fera  de  son  mieux  pour  pacifier 
cette  mêlée;  mais  elle  en  retiendra  le  principe,  en  l'appliquant 
aux  trigones  seuls,  trigones  peuplés  de  planètes,  qui  y  sont 
installées  virtuellement  par  droit  de  propriété.  Entre  autres 
usages,  cet  engin  bizarre  lui  servira  principalement  à  rendre 
compte  de   la   diversité  des  races   qui  peuplent  la  terre  et  de 

1.  Manilius,  sur  ce  sujet,  est  inépuisable.  Voy.  II,  466-642.  Après  les  sym- 
pathies et  haines  individuelles  (466-519),  bataille  des  trigones  :  Quin  adversa 
meanl  et  juncla  trigona  Irigonis  \  AUeraque  in  belliim  diverso  limite  dticit  | 
Linea  (520  sqq.),  avec  toute  espèce  de  complots  et  agressions  de  détail  :  Sed 
tnmen  in  proprias  secedunt  singula  mentes  \  Et  privala  gerunt  secrelis  liostibus 
arma  (539  sqq.).  Inimitiés  des  carrés,  etc.  (372  sqq.).  Aussi  rien  de  plus  rare 
que  l'amitié  :  Umis  erat  Pylades,  unus  qui  mallet  Oresles  \  Ipse  moin  (583  sqq.). 


176        CHAP.  VI.  —  COMBINAISONS    DES    SIGNES    DU    ZODIAQUE 

Tantipalhie  engendrée  par  celte  diversité  K  Elle  rejettera,  comme 
inintelligibles  ou  contradictoires,  les  rapports  que  Manilius  croit 
découvrir  entre  les  trigones  et  les  amitiés  que  Ton  va  chercher 
au  loin,  à  cause  de  la  distance  qui  sépare  les  trois  signes  d'un 
trigone  ;  entre  les  trois  carrés  et  les  trois  degrés  de  parenté 
appelés  agnalion,  cogna tion,  affinité  ;  entre  l'hexagone  et  l'hospi- 
talité K  Les  acquisitions  qu'elle  fit  par  ailleurs  compensèrent 
largement  ces  sacrifices  volontaires.  Encore  n'est-il  pas  sûr  que 
les  débris  de  ces  systèmes  n'aient  pas  été  replacés  dans  la  théo- 
rie des  «  lieux  »  substitués  au  Zodiaque. 

Manilius,  au  cours  de  son  exposé,  s'embarrasse  de  scrupules 
qu'il  emprunte  aux  géomètres  et  qui  infirment  toutes  ses  induc- 
tions. Lui  qui  considère  toujours  les  signes  en  bloc,  il  s'avise 
imprudemment  de  déclarer  que  les  figures  géométriques  ne  sont 
efficaces  qu'autant  qu'elles  sont  exactes  et  que  les  angles  sous- 
tendus  par  les  cordes  sont  bien  de  180°  pour  le  diamètre,  de  120° 
pour  le  trigone,  de  90'^  pour  le  télragone,  de  60°  pour  l'hexagone  ^. 


1.  Voy.  ci-après  (pp.  199-206)  les  «  Trigones  planétaires  »  et  (ch.  xi)  leurs 
domaines  dans  la  chorographie  astrologique. 

2.  Ptolémée  n'en  fait  point  usage  au  chapitre  des  amitiés  et  inimitiés  (voy. 
ci-après,  ch.  xii),  à  l'occasion  duquel  on  reviendra  sur  le  système  de  Manilius 
(II,  670-685).  Le  texte  de  Manilius  est  obscur  et  diversement  ordonné  par 
Scaliger  et  par  Fr.  Jacob.  Les  tétragones  cardinaux  adfines  signant  gradi- 
busqiie  propinquis  j  Accedunt  (II,  671  sqq).  ;  quant  aux  trigones  :  Haec  ad 
amicitias  imitantes  jura  gradumque  |  Sanguinis  alque  animis  haerenliapeclora 
ducunt.  I  Utqiie  ipsa  a  longo  coeunt  submola  recessu,  \  Sic  nos  coiijungunt 
majoribus  intervallis  (II,  679-682),  amitiés  qui  valent  mieux  que  la  parenté 
(II,  683-684).  Les  hexagones  :  Proxima  vicinis  subscribunt  tertia  quaeque  | 
Hospitibus  (II,  685).  Le  principe  sous-entendu  par  Manilius  est  fort  simple  : 
c'est  que  les  individus  qui  ont  leurs  signes  généthliaques  en  aspect  contrac- 
tent par  là  une  parenté,  amitié  ou  affinité  quelconque  entre  eux  :  Sic  erit 
iîi  signis  odium  tibi  paxque  notanda;  \  In  terris  geniti  tali  sid)  lege  creantur 
(II,  641-642.  Cf.  II,  337-342.  484.  560  sqq.  652).  Ce  principe  est  affirmé  par 
Géminus,  qui  le  tenait  peut-être  de  Posidonius,  à  propos  du  diamètre  (ci- 
dessus,  p.  167,  1)  et  du  trigone  :  Soxoûai  yàp  o\  xaxà  Tptywvov  ■/2vô[X£voi  aufji'rra- 
Osiv  àXh-^Koi^  {fsag.,  1,  9).  C'est  de  la  généthlialogie  comparée. 

3.  Sed  si  quis  contentiis  erit  numerasse  quadrata,  |  Divisum  ut  signis  mundum 
putet  esse  quaternis,  |  Aut  tria  sub  quinis  signis  ornare  trigonum  [trigona 
Salmas.,  p.  149]  |  Falsus  erit.  Faute  du  nombre  exact  de  degrés,  amisere 
loco  dotes  numerisque  répugnant.  Le  trigone  exige  un  arc  de  120°  :  Hanc 
autem  niimeri  non  reddit  lima  summam  |  Si  signum  a  signo,  non  pars  a  parte 
notaliir.  Manilius  développe  l'idée  avec  sa  prolixité  habituelle  (II,  297-351). 
Un  passage  de  Démophile,  que  je  cite  plus  loin  (p.  179,  1),  nous  explique  les 
scrupules  de  Manilius.  Il  y  avait  condit,  pour  le  tracé  des  T/i]\xa-cci,  entre 
plusieurs  méthodes  :  la  méthode  vulgaire,  celle  qui  prenait  les  signes  en 
bloc  (ÇwStaxf,),  est  signalée  comme  entachée  d'erreur. 


LES   ASPECTS   PLANÉTAIRES  177 

Alors  ce  ne  sont  plus  les  signes  qui  correspondent  entre  eux, 
mais  les  degrés  des  signes.  Manilius  passe,  sans  s'en  apercevoir, 
du  calcul  en  gros  (Çiooiaxw;  -  irXaTtxwc -jo/a/ice)  au  calcul  par  degrés 
([jiotptxwç  -  partiliter),  celui-ci  infirmant  les  résultats  obtenus  par 
celui-là  *.  Pour  être  logique,  il  aurait  dû  aller  jusqu'au  bout  et 
avertir,  comme  le  font  certains  astrologues,  que  les  figures  peu- 
vent être  régulières,  mais  être  pourtant  inefficaces  ou  d'une  effi- 
cacité dévoyée  et  malencontreuse.  Le  cas  se  produisait,  d'après 
ces  abstracteurs  de  quintessence,  quand  les  sommets  d'un  poly- 
gone tombaient  sur  les  lignes  de  séparation  des  signes,  sur 
r  «  entre-deux  »  (|jL£a£[i6oXYj(xa)  ^.  En  réalité,  le  poète,  étourdi  par 
la  complication  du  sujet,  n'a  pas  réfléchi  que  le  calcul  par 
degrés  ne  s'applique  utilement  qu'aux  configurations  planétaires 
et  qu'il  n'avait  nul  besoin,  lui  qui  ne  s'occupe  que  du  Zodiaque, 
de  briser  ainsi  l'individualité  concrète  des  signes  ^. 

Appliqués  aux  planètes,  les  <ix^  (Jia-ca  ont  pour  but  et  pour 
efiFet  de  remplacer  la  présence  réelle  de  la  planète,  de  porter  son 
action  là  où  elle  n'est  pas  elle-même.  Les  astrologues  parvenaient 
ainsi  à  concentrer  dans  un  espace  restreint  du  Zodiaque,  quand 
le  besoin  s'en  faisait  sentir,  les  influences  des  planètes  qui  se 
trouvaient  dans  d'autres  parties  du  cercle.  Par  exemple,  dans  le 
calcul  de  la  durée  de  la  vie,  cette  durée  étant  enfermée  dans  un 
quadrant  et  devant  nécessairement  se  buter  à  une  planète  «  meur- 
trière.» (àvaipexixôç),  le  rayon  lancé  suivant  le  diamètre  ou  le 
quadrat  par  Mars  ou  Saturne  faisait  fonction  de  la  planète  elle- 
même.  On  pouvait  cependant  admettre  une  diff'érence  d'énergie 
entre  la  présence  réelle  et  la  présence  virtuelle  par  aspect.  Une 

1.  C'est  une  habitude  chez  Firmicus  (cf.  II,  14,  1  ;  IV,  17,  2  etc.)  d'indiquer 
d'abord  la  méthode  platice  et  de  déclarer  ensuite  qu'elle  ne  vaut  guère, 
attendu  qu'on  arrive  à  de  tout  autres  résultats  en  comptant  partiliter. 

2.  Un  individu  qui  aurait  pour  horoscope  le  [jieaEjxêôXTiiAa,  ouxo;  iXaXo; 
xal  xwçôî  %od  àffT.fioî  -czlsvzi^'szi  (Hephaest.  Theb.,  p. 48-49  Engelbrecht). L'au- 
teur indique  les  effets  spécifiques  des  douze  [iECTc(i6oXT,[xaT»  du  Zodiaque.  La 
considération  du  [xetrs  tiSrfX-ri  jxa  ou  zéro  mathématique  fait  que  les  astrolo- 
gues ont  subi  à  regret  les  exigences  des  astronomes  qui  plaçaient  équinoxes 
et  tropiques  entre  deux  signes.  Sur  le  [xîa2ix6ôXTj[j.a  considéré  par  rappoi't  à 
r  aTtrfppoia  et  à  la  construction  des  «  lieux  »,  voy.  ci-après,  ch.  viii  et  ix. 

3.  Individualité  qui,  répétons-le  (cf.  p.  132,  1),  n'existe  plus  pour  les  astro- 
logues savants.  Ils  décomposaient  les  signes,  quand  il  leur  plaisait,  en  parties 
fortes,  faibles,  ou  même  d'influences  contraires.  Nous  en  verrons  nombre 
d'exemples.  Cela,  au  dire  des  doctes,  o-zi  xal  i%  ôtaçopwv  iTrXavwv  iruvéaTT.xav, 
xal  oùx  i\  ô[i.o(wv  iixçoTÉpuv  twv  xpaaÉwv,  xovxé^ii  xal  6êp[io0  xal  <^vyooû 
(Anon.,  p.  80).  Soit  !  mais  alors  l'analyse  devait  aboutir  logiquement  à  la 
suppression  des  signes  figurés. 

12 


178  CHAP.  VI.  —  COMBINAISON    DES    SIGNES   DU    ZODIAQUE 

règle  formulée  par  un  scoliasle  dé  Paul  d'Alexandrie  veut  que  la 
différence  soit  de  moitié  *. 

Les  aspects  polygonaux,  dont  on  n'a  trouvé  jusqu'ici  aucune 
trace  dans  les  documents  chaldéens  ou  égyptiens,  dominent  la 
théorie  et  la  pratique  de  l'astrologie  grecque.  Cette  géométrie, 
accessible  même  aux  intelligences  moyennes,  résista  aux  scru- 
pules qui  vinrent  du  perfectionnement  des  méthodes  et  qui  ren- 
dirent si  difficile  la  construction  des  cases  mobiles  ou  lieux  (voy, 
ci-après)  appliquées  sur  le  Zodiaque  à  l'aide  de  calculs  relevant 
de  la  trigonométrie.  Il  n'y  avait  discussion  qu'entre  les  partisans 
des  vieux  procédés,  ceux  qui  se  contentaient  de  considérer  les 
signes  en  bloc  (Çwoiaxwç)  et  ceux  qui  exigeaient  la  correspondance 
exacte  des  degrés  (îJtotpi>cwç)2,Cette  discussion  faillit  pourtant  pro- 
voquer une  intrusion  des  calculs  suscités  par  la  constatation  de 
l'inégalité  du  mouvement  des  diverses  parties  du  Zodiaque,  iné- 
galité causée  par  l'obliquité  du  Zodiaque  sur  l'axe  du  monde. 
L'astrologue  Antigone  de  Nicée  n'eut  pas  à  démontrer  —  on  le 
savait  — •  que  les  polygones  réguliers  étaient  presque  toujours  en 
désaccord  avec  le  cadre  naturel  formé  par  le  plan  de  l'horizon  et 
celui  du  méridien  ;  il  proposa  d'estimer  les  côtés  des  polygones 
non  plus  en  degrés  du  cercle,  mais  en  unités  de  temps  (ypov.xwç), 
en  portions  égales  des  24  heures  que  dure  une  révolution  entière 
du  cercle  par  le  mouvement  diurne.  Il  connaissait,  du  reste,  trop 
bien  les  habitudes  des  astrologues  et  leur  façon  d'inspirer  con- 
fiance pour  prendre  la  réforme  à  son  compte  :  il  dut  la  mettre 
sous  le  nom  d'un  vénérable  «  Égyptien  »,  Phnaès,  déjà  connu  ou 
inventé  pour  la  circonstance.  Malgré  ses  précautions,  il  n'eut  que 


1.  Parlant  des  «  lieux  »  —  équivalents  des  signes  —  le  scoliaste  dit  :  si  îiév- 
TOi  [iTjSslî  EÎ71  xûv  àaxépwv  Èxsîas,  aitoTtsîv  8eï  ÛTtô  izoïiJiw  pd'k'ks  x  ix  i  xatà 
ajrfiixa  TÔ  Ça)Siov,  xal  oJiTWî  dtTio!pa£v£a8at  [xÉaa  "cà  àyaOà  xa'.  [x  s  a  a  -ui 
xaxdt  •  TOÛTO  Se  xal  s  ir  l  TtivTwv  twv  xôxwv,  oxav  [x  7^  ir  a  pf,  àaTT,p 
(Paul.  Alex.,  L  3  v).  Nous  ne  saurions  dire  si  cette  règle  était  généralement 
acceptée. 

2.  A  signaler  la  transaction  d'après  laquelle  les  aspects  planétaires  seraient 
efficaces  quand  l'inexactitude  ne  dépasserait  pas  une  certaine  largeur  ou 
champ  de  tir  battu  par  le  rayon  de  la  planète  mise  en  cause,  largeur  difl'é- 
rente  pour  chaque  planète.  C'est  du  moins  ce  que  je  crois  voir  dans  un 
fragment  de  scolie  que,  pour  plus  de  sûreté,  je  cite  in  extenso  :  Al  dtxTlvsi; 
Toû  O  àœtxvoOvTat  \ioip.  X',  £[A-iîpoa6£v  irevxsxatSExa,  xal  ôxiaOev  it£7T£xat5cxa  •  xfiç 
C  [JLOtp.  x8',  EjiitpojOcv  Sw8£xa,  xal  ô-r:ta6£v  StôSsxa  •  toG  î)  xat  tou  2i  jxot'p.  ce', 
IfjLirpoffÔEv  Èvvéa,  xal  ÔTiiaSEv  IvvÉa  •  'zi\i;  Q  xal  toû  '^  tS',  EfiirpoaÔEv  ÉTixà  xal  ôitia- 
6£v  ÉTîxà  •  Toû  o^  iç,  EfjLTtpoaÔEv  ôxTw  xal  ôtiktOev  ôxtw  (Schol.  Demoph.,  p.  204). 
A  rapprocher  de  ces  chiffres  ceux  indiqués  plus  haut  (p.  112  en  note). 


LES    ASPECTS    PLANÉTAIRES  179 

de  rares  adeptes,  et  le  calcul  par  la  durée  des  «  ascensions  » 
(àvattopat)  resta  en  dehors  du  système  des  aspects  *. 

En  somme,  les  polygones  zodiacaux,  qui  représentent  des  réac- 
tions fixes  si  Ton  ne  considère  que  les  signes,  servaient  surtout  à 
évaluer  les  combinaisons  variables  des  planètes  accidentellement 
logées  dans  les  signes.  Nous  allons  voir  grandir  de  plus  en  plus 
le  rôle  des  planètes  et  la  vertu  propre  des  signes  passer  au  second 
plan  dans  les  associations  entre  signes  et  planètes  ^,  associations 
que  Ton  serait  tenté  d'appeler  invasion  et  confiscation  des  signes 
par  les  planètes. 

1.  Il  y  a,  dit  Démophile,  trois  manières  de  tracer  les  aspects  :  une  vulgaire 
et  erronée  (t;  Ç  w  5 1  a  x-h,  xai  xoiv>,  xal  xaôoXtxi^,  xa9'  f.v  ttcxvteî  TtXavwjxsOa)  ;  l'es- 
timation au  degré  (ixo  tôt  xwî),  d'après  le  canon  des  ascensions  de  Ptolémée, 
et  une  autre,  r\  y  povix-h,,  t,v  «Sv 'Avxtywvoî  xal  <I>viT|î  ô  Alyû-K-zioei  xal  SXkoi  xtvèç 
ÛTîSTaÇav  xal  (Lvô.uiaffav  taoffX£>>èi;  Tpt'ywvov  twv  àva-iopwv  tûv  ÇwStwv  (Schol.  Demo- 
phil.,  p.  201).  Le  recours  à  «  l'Égyptien  »  est  typique,  car  c'était  un  fait 
notoire  (voy.  ci-dessus,  p.  54,  et  ci-après)  que  les  anciens  Égyptiens  igno- 
raient l'inégalité  des  ascensions  obliques. 

2.  J'ajourne  au  chapitre  suivant,  par  souci  de  la  clarté,  les  combinaisons 
produites  par  intégration  des  signes  dans  les  signes,  qui  reviendraient  logi- 
quement à  celui-ci,  ces  combinaisons  étant  de  tout  point  analogues  à  celles 
des  signes  avec  les  planètes  et  concurrentes  avec  ces  dernières  ou  remplacées 
par  elles. 


CHAPITRE  VII 


COMBINAISONS  DES  SIGNES  DU  ZODIAQUE 
ET  DES  PLANÈTES 


Le  Zodiaque,  ne  craignons  pas  de  le  répéter,  doit  toute  son 
importance  à  ce  fait  qu'il  marque  la  route  des  planètes  {stellae), 
et  en  particulier  du  Soleil.  Ses  constellations  [sidéra)  remplissent 
même  très  imparfaitement  le  rôle  d'étapes  régulières,  car  elles 
sont  inégales  en  grandeur,  et  elles  s'écartent  de  l'écliptique,  au 
Sud  et  au  Nord,  bien  au-delà  de  la  largeur  suffisante  pour  con- 
tenir les  orbites  des  planètes  connues  des  anciens.  C'est  donc  par 
une  sorte  d'excroissance  illégitime  de  la  doctrine  que  l'astrologie 
en  était  venue  à  reconnaître  aux  signes  (ÇwSta),  substitués  aux 
constellations  réelles,  le  caractère  tranché,  l'autonomie  et  la  pré- 
pondérance abusive  qu'ils  affectent  dans  le  poème  de  Manilius  K 
Sans  les  planètes,  les  constellations  zodiacales  n'avaient  aucun 
droit  à  un  honneur  qui  fût  allé  aux  plus  brillantes,  à  celles  que 
connaissaient  le  mieux  les  agriculteurs  et  les  marins.  Aussi  l'as- 
trologie que  l'on  pourrait  appeler  zodiacale  est  destinée  à  s'atro- 
phier de  plus  en  plus.  Pour  les  docteurs  de  la  science,  les  signes 
ne  sont  que  des  «  douzièmes  »  (owSexaTT)  (xopia),  et  le  Zodiaque 
lui-même,  discrédité  par  la  précession  des  équinoxes,  remplacé 
par  des  graduations  indépendantes  (celles  des  «  lieux  »  et  des 


1.  On  a  déjà  averti  que  les  caractères  propres  des  signes  n'ont  d'autonome 
que  l'apparence.  Le  Cancer  n'est  brûlant  que  parce  qu'il  héberge  le  soleil 
d'été,  et  le  froid  aqueux  du  Capricorne  vient  du  solstice  d'hiver.  Ces  propriétés 
relatives  seraient  interverties  pour  un  habitant  de  l'hémisphère  austral.  Mani- 
lius se  proposait  de  chanter  aussi  les  planètes  —  adversos  slellarum  noscere 
cursus  (I,  15)  —  adverso  Ivctantia  sidéra  mundo  (I,  259,  809.  Cf.  II,  119)  —  con- 
tra nitentia  signa  (I,  309),  —  mais  il  a  ajourné  sa  tâche  (V,  l-U),  et  il  aurait 
dû  faire  quelques  palinodies  pour  leur  rendre  la  prééminence  qui  leur  con- 
vient. Cependant,  il  sait  que  Utcunque  stellae  septem  laeduntve  juvanive,  \ 
...Sic  felix  aut  triste  venit  per  singula  fatum  (III,  89-91). 


HÉGÉMONIE    DES   PLANÈTES  181 

«  sorts  »,  qui  s'ajustent  à  l'heure  de  chaque  géniture),  courait 
risque  d'être  relégué  parmi  les  antiquailles,  s'il  n'avait  été  de 
bonne  heure  converti  en  domaines  planétaires  et,  à  une  certaine 
époque,  sous  l'influence  de  la  tradition  «  égyptienne  »,  régénéré 
par  l'invasion  des  «  décans  ». 

Dans  les  calculs  de  l'astrologie  savante,  de  celle  qui  se  dit 
capable  de  suivre  les  mouvements  des  planètes  et  d'en  noter  à 
tout  moment  la  position,  les  étoiles  fixes  ne  sont  jamais  qu'un 
appoint.  Elles  sont  trop  haut  placées,  trop  pures,  trop  étrangères 
aux  vicissitudes  de  notre  monde  sublunaire,  pour  rivaliser  avec 
les  planètes.  C'était  une  question  philosophique  à  débattre  que 
de  savoir  si,  dans  la  collaboration  des  signes  et  des  planètes, 
l'harmonie  venait  de  ce  que  les  planètes  répartissent  des  influences 
issues  des  étoiles,  ou  au  contraire,  de  ce  que  les  étoiles  parti- 
cipent de  la  nature  des  planètes  et  s'accommodent  à  leur  tempé- 
rament *.  Les  astrologues  avaient  tranché  la  question  de  pra- 
tique en  faveur  des  planètes.  C'est  par  assimilation  aux  planètes 
qu'ils  appréciaient  la  nature  des  étoiles  fixes  S  et  ce  travail  d'as- 
similation, ils  l'ont  poursuivi  et  achevé  sur  les  signes  du  Zo- 
diaque, en  y  fixant  à  demeure,  sous  forme  de  droit  de  propriété. 


1.  Cicéron,  qui  exprime  en  termes  vagues  des  idées  confuses,  semble  attri- 
buer à  ses  «  Clialdéens  »  la  première  solution  :  Vim  quamdam  esse  aiunt  signi- 
fero  in  orbe,  qui  Graece  Zwôtaxôî  dicilur,  talem  ut  ejus  orbis  iinaquaequae  pars 
alla  alio  modo  moveat  inmutetque  caelum  perinde  ut  quaeque  stellae  in  his 
finitumisque  partibus  sint  quoque  tempore,  earnque  vim  varie  moveri  ab  iis 
sideribus  quae  vocanlur  errantia,  etc.  (Cic.  Divin.,  11,44).  On  ne  saurait  dire 
si  la  vertu  de  chaque  partie  du  cercle  est  une  fraction  de  la  vertu  du  cercle 
entier  ou  une  vertu  spéciale  qui  est  suscitée  {moveri)  par  les  planètes  supposées 
présentes  [ut  quaeque  stellae  in  his  finitumisque  partibus  [cf.  lesSpta]).  L'au- 
teur de  VHermippus  enseigne  que  les  étoiles  ajoutent  un  supplément  considé- 
rable (xà  jxsyiaxa  toù;  dtTt)iav£Îî  iaTépwv  au[jL6aXXo|x£vou;)  à  l'action  des  planètes, 
et  de  même  nature  :  8xi  [ièv  vàp  xal  ouxoi  [duXavsîî]  vT^  twv  tTzxà  icotdxr.Tt 
xéxpavTai  rpixspov  eïpTixai  —  xal  8f,Xov  w;  xaùxàv  ûlv  Ixetvw  irof/iaetev  ou  xfiÇ 
xpâaswi;  lffi:aaev(II,  7,  §  60-62).  —  Suivant  Hermès  Trismégiste  (tradition  «  égyp- 
tienne »),  au  contraire,  c'est  l'action  des  planètes  qui  est  l'appoint,  l'action 
principale  venant  des  signes  intelligents  :  ÇoiSta  ydép  xiva  è\i.ol  ivsÔT^xev  ô  Trax^.p 
xal  ÔTifitoupvôî  lixcppova  xs  xal  voepi,  xal  xôxe  tîXéov  ôxav  xal  èrixettxévTi  aùxot;  xwv 
àaxépwv  xtvYian;  aûixtpwvov  ïyr^  xt,v  évôî  Éxâdxou  tpuaivcf,v  èvépyEtav  (ap.  Stob., 
Ed.,  I,  41-44,  p.  948).  Hermès  songeait  plutôt  aux  décans  égyptiens  qu'aux 
ÇoiSia  grecs. 

2.  Voy.  les  estimations  minutieuses  faites,  étoile  par  étoile,  d'après  les  éta- 
lons planétaires,  dans  Ptolémée  et  Héphestion  de  Thèbes,  et  portant  même  sur 
des  constellations  extra-zodiacales  (Ptol.,  I,  9.  Hephest.,  pp.  68-70  Engelbr., 
xaOw;  0  1  ipyalo:  xal  ô  Oeïoî  Ilxo^ssiato?  sxxiOsxa'.).  11  faut  toujours  des  àp- 
/aloi  au  fond  de  la  perspective  ! 


182        CHAP.  VII.  COMBINAISONS   DES    SIGNES   ET    PLANÈTES 

de  présence  virtuelle,  de  préférence  voulue,  l'influence  prépondé- 
rante des  planètes. 

Cette  répartition  des  droits  de  propriété  des  planètes  «  maî- 
tresses de  maison  »  (or/ooeaTcÔTat)  sur  le  contour  du  Zodiaque  n'est 
pas  la  conception  la  plus  étrange  de  l'astrologie,  —  celle  de  la 
répartition  des  influences  zodiacales  à  la  surface  de  la  Terre  l'est 
davantage,  —  mais  c'est  une  des  plus  curieuses  à  analyser  et 
peut-être  des  plus  difliciles  à  ramener  à  des  motifs  intelligibles. 

L'astrologie  classique,  entre  tous  les  systèmes  que  pouvait  éla- 
borer la  fantaisie,  en  a  adopté  et  couramment  employé  trois  prin- 
cipaux :  celui  des  domiciles  (oTxoc  -  domus)  ;  celui  des  exaltations 
et  dépressions  [\i<^iii\i.az%  -  xaTistvwtjiaxa  -  altitudines  -  dejectiones)  ; 
celui  des  termes  ou  confins  [opia-  fines  -  iermini). 


§  I.  —  Domaines  planétaires 

i°  Domiciles  des  Planètes  (oTxot).  —  Au  temps  où  l'on  croyait 
que  les  planètes  cheminent  au  milieu  des  étoiles  fixes,  il  était 
naturel  d'imaginer  que  chaque  planète,  considérée  comme  divi- 
nité, eût  quelque  préférence  pour  une  des  stations  rencontrées 
sur  la  route,  et,  pour  employer  l'expression  astrologique,  s'y 
réjouît  [yoilpziv - gaudere)  particulièrement*.  La  science  grecque, 
en  espaçant  les  orbes  planétaires  et  en  reculant  le  ciel  des  fixes, 
ébranlait  le  principe  même  qui  pouvait  conduire  à  la  théorie 
des  domiciles  planétaires  et  la  justifiera  Par  conséquent,  ce 
n'est  pas  en  Grèce,  mais  en  Orient,  qu'il  faut  chercher  les 
origines  du  système.  Cela  ne  veut  pas  dire  qu'il  ait  été  importé 
tout  fait  et  accepté  tel  quel.  Le  principe  a  pu  être  connu  de 


1.  Le  principe,  suffisant  à  toutes  les  applications,  est  twv  itXavwjxîvwv  àXXouî 
irpôî  SXkx  Tôiv  Çw5{tov  wxstwaÔa'.  (Proclus,  In  Tim.,  p.  333  A). 

2.  On  a  peine  à  comprendre  que  Ptolémée  ait  accepté  ces  puériles  inven- 
tions. Il  s'est  sans  doute  exercé  à  se  payer  de  mauvaises  raisons.  L'exemple 
du  Soleil,  qui  donne  plus  de  chaleur  quand  il  est  (par  effet  de  perspective) 
dans  le  Cancer  ou  le  Lion,  a  fait  naître  l'idée  que  chaque  planète  pouvait  avoir 
une  position  préférée  d'où  elle  rayonne  le  mieux,  qui  le  chaud,  qui  le  froid, 
ou  le  sec  ou  l'humide,  et  où  sa  nature  se  trouve  modifiée  :  oi  yàp  iaxépzi 
Tî^iTjaidîÇov'csî  -i^  à(pi(TTâ[jL£voi  toïî  TrapavaxsXXouaiv  iXkol(x<i  xat  où  xi;  aôxàî 
lyoufftv  àTto^^oioLz  (Anon.,  p.  3).  Passe  encore!  Mais  que  ces  domaines  pla- 
nétaires conservent  des  affinités  actives  avec  les  planètes  en  l'absence  des 
planètes,  des  affinités  incrustées  dans  leur  figure  et  certaines  parties  de  leur 
figure,  ceci  est  de  la  psychologie  mystique,  qui  n'a  plus  rien  à  voir  avec  la 
physique  de  Ptolémée. 


LES    DOMICILES    PLANÉTAIRES  183 

bonne  heure  et  rester  quelque  temps  inutilisé  ou  utilisé  autre- 
ment, d'une  façon  que  les  Grecs  jugeaient  moins  raisonnable. 
L'astrologie  grecque  a  été  élaborée  par  des  savants,  et  ceux-ci 
ont  dû  être  sensibles  à  une  objection  qui  décida  plus  tard  cer- 
tains éclectiques  à  rejeter  en  entier  le  système  des  domiciles.  C'est 
là,  dit  l'auteur  de  VHnrmippus,  une  idée  de  gens  tout  à  fait  igno- 
rants :  «  Comment  ce  qui  ne  s'arrête  pas  peut-il  se  faire  un  do- 
micile quelque  part  *?  »  Mais,  d'un  autre  côté,  les  savants  eux- 
mêmes  ne  pouvaient  pas  négliger  une  donnée  fournie  par  la  foi 
populaire,  qui  plaçait  les  mois,  c'est-à-dire  les  signes  du  Zodiaque, 
sous  le  patronage  de  certaines  divinités,  parmi  lesquelles  se  trou- 
vaient nécessairement  des  divinités  planétaires.  Cette  idée  était 
parfois  affirmée,  de  la  façon  la  plus  explicite,  par  le  nom  même 
des  mois.  C'est  le  cas  notamment  pour  le  calendrier  romain,  où 
l'on  retrouve  les  noms  de  Janus,  de  Mars,  de  Junon,  peut-être 
même,  un  peu  de  bonne  volonté  aidant,  de  Vénus  (Aphrodite  = 
Aprilis)  et  de  Maia,  mère  d'Hermès-Mercure.  Les  astrologues  ne 
pouvaient  pas  faire  moins  que  les  haruspices  toscans,  lesquels 
distribuaient  les  divinités  fulminantes  dans  les  cases  de  leur 
temple  céleste  ^  Seulement,  ils  paraissent  n'avoir  pas  trouvé  du 
premier  coup  le  moyen  d'éviter  l'intrusion  importune  de  divinités 
non  astrologiques  et  de  peupler  les  douze  compartiments  de  leur 
Zodiaque  avec  les  sept  planètes.  Il  y  eut  sans  doute  une  période 
d'hésitation  et  de  tâtonnements  durant  laquelle  les  inventeurs 
eurent  le  champ  libre. 

Un  curieux  passage  de  Manilius  nous  met  en  présence  d'une 
des  combinaisons  essayées,  combinaison  qui  n'entra  pas  dans 
l'outillage  définitif  de  l'astrologie,  mais  qui  est  fondée  sur  des 
associations  d'idées  et  même  des  règles  géométriques  empruntées 
à  l'astrologie.  C'est  un  Zodiaque  dans  lequel  siègent  les  douze 
grands  dieux,  appariés  suivant  le  diamètre,  en  commençant  par 
le  signe  du  Lion.  Comme  roi  des  animaux,  le  Lion  est  sous  la 

1.  Anon.,  Hermipp.,  1,  19,  p.  30  Kroll.  Ne  pas  confondre  les  dotnus  planétaires 
avec  les  XII  «  lieux  »,  souvent  appelés  domus  caeli  (cf.  ci-après,  ch.  ix,  fig.  30). 

2.  Cf.  Histoire  de  la  Divination,  IV,  p.  23-28,  et  l'article  Haruspices  dans  le 
Dict.  des  Antiquités  de  Daremberg  et  Saglio.  La  qiiestion  est  de  savoir  qui, 
des  astrologues  et  des  haruspices,  a  prêté  ou  emprunté  l'idée  première.  Mar- 
tianus  Capella,  dénombrant  la  foule  qui  peuple  les  seize  régions  du  temple 
toscan  et  songeant  en  même  temps  aux  domiciles  astrologiques,  se  dispense 
assez  ingénieusement  de  choisir  entre  les  deux  systèmes  :  quippe  disa^etis 
plurimum  locis  deorum  singuli  mansitabant  et  licet  per  Zodiacum  tractum 
nonnulli  singulas  vel  binas  domos  animalibus  titularint,  in  aliis  tamen  habita- 
çulis  commanebant  (Mart.  Cap.,  I,  44). 


184        CHAP.  VII.  —  COMBINAISONS   DES   SIGNES   ET   PLANÈTES 

«  tutelle  »  de  Jupiter,  roi  des  dieux.  Son  épouse  Junon  lui  fait 
vis-à-vis  dans  le  Verseau.  Neptune  prend  naturellement  pour  lui 
les  Poissons,  et  sa  parèdre  Cérès  trouve  dans  la  Vierge  (l'Épi)  un 
logement  convenant  à  sa  nature  en  même  temps  que  conforme  à 
la  loi  du  diamètre.  Apollon,  l'un  des  Gémeaux,  est  vraiment  chez 
lui  dans  cette  constellation,  et  la  chasseresse  Diane  s'installe  en 
face  dans  le  Sagittaire.  Vénus  a  le  domicile  que  lui  attribuent 
tous  les  systèmes,  le  Taureau;  et,  à  l'autre  bout  du  diamètre,  Mars 
protège  le  malfaisant  Scorpion.  L'industrieuse  Minerve  pourra 
filer  la  laine  du  Bélier,  et  la  légende  qui  veut  qu'elle  ait  excité 
les  désirs  de  Vulcain  (Héphsestos)  fait  placer  celui-ci  dans  la 
Balance .  Mercure  retrouve  dans  le  Cancer  l'équivalent  de  la  tor- 
tue avec  laquelle  il  avait  jadis  fabriqué  la  lyre,  et  Vesta  son  foyer, 
le  foyer  d'hiver,  dans  le  Capricorne  *. 

L'absence  de  Saturne,  qui  n'avait  point  de  place  parmi  les 
douze  grands  dieux,  aurait  suffi,  à  elle  seule,  pour  rendre  le  sys- 
tème impropre  aux  usages  astrologiques  ;  mais  Mars  et  Vénus  y 
occupent  la  place  que  leur  conserveront  les  astrologues,  et  cette 
place  n'a  pas  été  choisie  au  hasard. 

Le  système  des  domiciles  exclusivement  planétaires  apparaît 
complet  et  définitif  dans  les  papyrus  égyptiens  de  l'époque  des 
Antonins  et  dans  le  livre  de  Ptolémée.  Il  y  a  même  concurrence 
entre  deux  traditions  rivales;  si  l'une  se  réclamait  de  l'Egypte, 
l'autre  passait  nécessairement  pour  venir  de  la  Chaldée.  Du 
moins,  Firmicus  —  à  qui  il  ne  faut  pas  autrement  se  fier  —  pré- 
tend que  les  «  Babyloniens  »  assignaient  pour  domicile  aux  pla- 
nètes les  signes  que  l'on  appelait  d'ordinaire  les  «  exaltations  » 

1.  Manil.,  II,  433-4S2.  Manilius  suit  l'ordre  des  signes,  en  commençant  par 
le  Bélier,  et  ne  paraît  pas  avoir  remarqué  la  règle  du  diamètre,  qu'il  men- 
tionne seulement  pour  le  couple  Jupiter-Junon  {Et  Jovis  adverso  Junonis  Aqua- 
rius  astrum  est).  Il  n'y  songe  pas  davantage  pour  Vulcain,  qu'il  ne  met  pas  en 
relation  avec  Minerve  :  il  suppose  que  Vulcain  possède  la  Balance  parce  qu'il 
l'a  fabriquée  {fabricataque  Libra  \  Vulcani)\  Sa  naïveté  nous  garantit  qu'il  n'est 
pas  l'inventeur  du  système.  Les  tutelae  des  dieux  susdits  sont  ordonnées  de 
même  sur  l'autel  de  Gabies  (Clarac,  Musée  du  Louvre,  pi.  171),  où  l'on  voit  les 
animaux  symboliques,  l'aigle  de  Jupiter,  le  paon  de  Junon,  etc.,  accolés  aux 
signes  du  Zodiaque.  On  les  retrouve  encore,  mais  transposées  d'un  mois  (Ju- 
piter dans  le  Cancer,  au  lieu  du  Lion),  dans  le  Calendarium  Rusticum  (cf. 
Th.  Mommsen,  Bôrn.  Chron.,  2"  éd.,  pp.  30S-308).  L'ordonnance  n'est  pas  ro- 
maine, évidemment  :  les  Romains  auraient  mis  Mars  dans  le  Bélier  (mars) 
Junon  dans  le  Cancer  (juin),  Janus  dans  le  Verseau  (janvier),  etc.  Les  couples 
ne  sont  pas  non  plus  appariés  suivant  la  doctrine  officielle  des  Xviri  S.  F.  (cf. 
Liv.,  XXII,  10).  Mommsen  attribuerait  volontiers  le  système  à  Eudoxe;  mais 
la  dose  d'idées  astrologiques  qu'il  contient  montre  qu'il  doit  être  plus  récent. 


LES   DOMICILES   PLANÉTAIRES  185 

(64»w(xaTa)  des  dites  planètes*.  En  ce  cas,  la  divergence  se  rédui- 
sait à  une  querelle  de  mots,  à  un  troc  d'épithètes,  les  deux 
formes  de  propriétés  (oTxot-6tj>c6[jLaT:a)  ayant  des  valeurs  compa- 
rables. 

Quoi  qu'il  en  soit,  voici  comment  —  peut-être  d'après  «  Né- 
chepso  et  Pétosiris  ^  »  —  les  astrologues  avaient  fixé  les  domiciles 
des  planètes.  A  la  question  préalable,  déjà  mentionnée  plus 
haut  à  titre  d'objection  :  «  Pourquoi  des  domiciles?  »,  ils  répon- 
daient que  les  domiciles  avaient  été  choisis  par  les  planètes  elles- 
mêmes  ou  leur  avaient  été  assignés  par  le  Démiurge  à  l'origine 
du  monde.  Lors  donc  que  le  branle  fut  donné  à  la  machine,  la 
Lune  était  à  l'horoscope  —  c'est-à-dire,  à  son  lever  —  au  milieu 
du  Cancer,  le  Soleil  au  milieu  du  Lion,  Mercure  au  milieu  de  la 
Vierge,  Vénus  au  milieu  de  la  Balance,  Mars  au  milieu  du  Scor- 
pion, Jupiter  au  milieu  du  Sagittaire,  et  Saturne  au  milieu  du  Ca- 
pricorne ^.  L'origine  égyptienne  de  ce  thème  ou  horoscope  du 
monde  se  trahit  à  première  vue  par  le  jour  et  l'heure,  qui  y  sont 


1.  Comme  les  planètes  sont  favorables  dans  les  altitudines,  hac  ex  causa 
Babyloni  ea  signa,  in  quitus  slellae  exaltantur,  domicilia  earum  esse  volue- 
runt  —dicentes  Saturni  quidem  domicilium  esse  Libram,  Jovis  Cancrum,  Martis 
Capricomum,  Solis  Arielem,  Lunae  Taurum,  Veneris  Pisces,  Mercurii  Virgi- 
netn  (Firm.,  II,  3,  4  et  6  KroU).  Les  Chaldéens  (de  quelle  époque?)  appelaient 
les  maisons  bêtu  =  otxo;,  ou  parakku  =  sacellum;  les  Arabes,  al-buritg,  du 
grec  TcûpYo;  (Hommel).  Le  texte  de  Firmicus  semble  prouver  tout  au  moins 
que  la  tradition  dite  «  chaldéenne  »  tenait  pour  le  domicile  unique. 

2.  Firmicus  (III,  Proœm.  et  1,  1  KroU)  dit  formellement  que  la  genitura 
mundi  a  été  donnée  par  Pétosiris  et  Néchepso,  lesquels  la  tenaient  d'une 
révélation  d'Hermès  (Trismégiste),  transmise  par  Esculape  et  Anubis.  Il  s'agit 
peut-être  de  retouches  faites  au  «  Pétosiris  »  par  les  hermétisants.  Wachs- 
muth  {Prolegom.  in  Lyd.,  p.  xxxi)  pense  que  Nigidius  Figulus  ne  connaissait 
pas  encore  le  système  des  olxoi.  Il  en  avait  peut-être  un  à  lui,  mettant  le 
Soleil  dans  le  Cancer  (solstice)  et  la  Lune  à  côté,  dans  le  Lion.  On  s'explique- 
rait ainsi  le  rapport  mythique  qu'il  établissait  entre  le  Lion  et  la  Lune  :  Nigi- 
dus  refert  hune  leonem  nutritum  apud  Lunam  jussu  Junonis  —  dimissumque 
caelo  a  Junone  (Schol.  German.,  v.  146,  p.  393  Eyssenh.).  Manilius  montre 
qu'il  connaît  les  8pta  (ci-après,  p.  206,  2),  mais  il  ne  fait  aucune  allusion  aux 
oîxot,  que  Lucain  mentionne  (Phars.,  I,  645  sqq.). 

3.  Firmic,  III,  1.  C'est  le  système  déjà  invoqué  (p.  129,  1)  pour  expliquer 
comme  quoi,  dans  la  tradition  égyptienne,  le  Bélier  est  xecpaX-Jj  xdajiou.  Les 
fabricants  du  thema  mundi  s'imaginaient  (voy.  ci-après,  ch.  ix)  que,  le 
Cancer  étant  à  l'horoscope,  le  Bélier  devait  culminer  au  méridien.  Même  ver- 
sion dans  Macrobe  {Somn.  Scip.,  I,  21,  23-27),  et  Paul.  Alex.,  s.  fin.  Sic  fac- 
tum  est  ut  singuli  eorum  signorum  domini  esse  dicantur,  in  quitus,  cum  mun- 
dus  nasceretur,  fuisse  creduntur  (Macr.,  l.  c).  Macrobe  n'était  sans  doute  pas 
encore  bien  renseigné  quand  il  appelait  le  Sagittaire  omnium  zodiaci  domici- 
liorum  imus  atque  postremus  (Macr.,  Sat.,  I,  21,  26). 


186       CHAP.    VII.  —    COMBINAISONS    DES    SIGNES   ET    PLANÈTES 

marqués  comme  sur  un  cadran  K  C'est  le  commencement  de  Tan- 
née égyptienne  au  début  de  la  période  sothiaque,  signalé  par  le 
lever  héliaque  de  Sothis  (Sirius)  et  coïncidant  avec  le  lever  de  la 
seconde  moitié  du  Cancer. 

Donc,  suivant  la  tradition  égyptienne,  mise  en  circulation  par 
les  Alexandrins,  les  constellations  précitées  restaient  les  domi- 
ciles élus  des  planètes  qui  s'y  trouvaient  à  la  naissance  du  monde. 
On  voit  bien  pourquoi  les  auteurs  du  système  ont  mis  le  Soleil 
dans  le  Lion,  position  postulée  par  le  lever  héliaque  de  Sothis. 
Toutes  les  autres  positions  sont  déterminées  par  celle-là,  en 
suivant  l'ordre  des  signes  et  l'ordre  pythagoricien  (platonicien, 
stoïcien)  des  planètes  ^,  ainsi  que  l'on  peut  s'en  convaincre  à  l'ins- 
pection de  la  figure  ci-jointe  (fig.  23). 

Firmicus  n'a  pas  l'air  de  se  douter  qu'il  y  ait  un  rapport 
quelconque  entre  le  thème  du  monde  et  l'ordonnance  des  domi- 
ciles^. En  revanche,  il  se  livre  aux  considérations  les  plus  extra- 
vagantes sur  les  rapports  géométriques  des  positions  respectives 
des  planètes  et  des  deux  «  luminaires  «  dans  le  thème  donné.  Il 
mélange  le  système  du  domicile  unique  avec  celui  du  double 
domicile  et  embrouille  le  tout  avec  force  géométrie,  la  géométrie 
des  aspects,  additionnée  de  réminiscences  du  temps  où  le  pou- 


1.  "Qpa  la'  vjvtxEptvïj  (Paul.  Alex.,  T  2  v).  Cf.  ci-après,  fig.  23.  Solin,  parlant 
du  moment  où,  le  Soleil  entrant  dans  le  Lion,  l'inondation  du  Nil  bat  son 
plein,  ajoute  :  quod  temporis  sacerdotes  natalem  mundi  jvdicaverunt,  id  est 
inter  xiii  K.  Aug.  et  xi  (Solin.,  32,  18  Mommsen).  Horapollon  (I,  10,  p.  12 
Leemans)  place  au  29'=  jour  du  mois  lunaire,  outre  la  conjonction  du  Soleil 
et  de  la  Lune,  lii  ts  xal  yéveaiv  xôff;j.ou. 

2.  Notandum  hoc  loco  quod  in  genitura  mundi  vel  ipsa  rej'um  providentia 
vel  vetustatis  ingenium  hune  stellis  ordinem  dédit  quem  Plato  adsignavit 
sphaeris  earum  (Macr.,  l.  c).  Cela  prouve,  pour  Macrobe,  que  Tordre  platoni- 
cien est  le  bon;  pour  nous,  que  les  auteurs  du  système  «  égyptien  »  étaient 
des  Grecs.  On  a  vainement  cherché  dans  les  zodiaques  égyptiens  —  même  de 
l'époque  romaine  —  une  répartition  analogue  des  planètes  (Lepsius,  Ei?ileitimg, 
p.  87,  et  ci-dessus,  p.  64,  1).  Dans  les  deux  figures  d'époque  romaine,  tirées  du 
Zodiaque  de  Denderah  (Brugsch,  p.  61-62),  représentant  les  positions  du  Soleil 
et  de  la  Lune  au  début  de  l'année  sothiaque,  on  voit  le  Soleil  levant  entre 
Isis  (symbole  de  l'année  ?)  à  l'O.  et  Osiris-Sahu  à  l'E.,  celui-ci  suivi  de  Isis- 
Sothis  (Sirius).  Dans  l'autre  figure,  la  Lune  soi-disant  pleine  précède  immé- 
diatement le  Soleil,  lequel  est  au-dessus  de  Seta  (la  Tortue  =  Cancer)  et  de 
Sothis,  celle-ci  ayant  encore  à  côté  d'elle,  à  l'O.,  Osiris-Sahu.  Tout  cela  est 
inintelligible  et  même  inintelligent,  la  Lune  ne  pouvant  pas  être  pleine  à 
côté  du  Soleil. 

3.  Il  ne  fait  aucune  allusion  au  thème  dans  le  ch.  De  domibus  stellarum 
(II,  2),  ni  aux  domiciles  dans  le  ch.  Thema  mundi  (III,  1).  Il  avertit  seule- 
ment que  le  thème  est  artificiel,  le  monde  n'ayant  pas  eu  de  commencement. 


LES    DOMICILES    PLANÉTAIRES 


187 


voir  royal  se  transmettait  d'un  Pharaon  à  l'autre  par  mariage 
avec  des  princesses  du  sang  K 

Le  «  thème  du  mon-  ^^^ 

de  »  expliquait  que  les 
planètes  eussent  un  do- 
micile; mais  les  astrolo- 
gues voulurent  que  le 
Zodiaque  entier  fût  oc- 
cupé de  cette  façon,  et, 
pour  cela,  ils  imaginé-  i 
rent  de  doubler  le  do- 
micile des  «  cinq  planè- 
tes »  proprement  dites, 
laissant  aux  deux  «  lu- 
minaires »  leur  domicile 
unique.  C'étaient  des 
gens  fort  ingénieux,  et 
ils  n'étaient  pas  embar- 
rassés de  justifier  un  arrangement  qui  leur  était  visiblement 
imposé  par  la  tyrannie  des  chiffres.  Ils  commençaient  par  affir- 
mer que  les  planètes  devaient  avoir  un  domicile  de  jour  et  un  de 
nuit;  cela  posé,  on  trouvait  rationnel  que  le  Soleil,  qui  est  le  jour 
même,  n'eût  pas  un  domicile  de  nuit,  et  que  la  Lune,  flambeau 
de  la  nuit,  n'eût  pas  de  domicile  diurne.  Les  autres  planètes  se 


Fig.  23, 


IMC 
Le  tliômc  du  monde. 


1.  L'extravagance  consiste  à  confondre  la  présence  réelle  d'un  astre  avec 
son  domicile,  et  à  supposer  que  la  planète,  se  déplaçant  d'un  domicile  à 
l'autre,  se  «  conjoint  »  par  aspect  diamétral,  trigone,  quadrat,  avec  le  Soleil 
ou  la  Lune  supposés  immobiles.  Par  exemple,  Saturne  dans  le  Capricorne  est 
associé  à  la  Lune  par  le  diamètre  :  mais,  quand  il  a  passé  dans  le  Verseau 
(second  domicile),  il  s'associe  de  même  avec  le  Soleil  (qui  l'a  sans  doute 
attendu  dans  le  Taureau).  Quant  à  la  transmission  du  ■principatus  temporum 
(=  ypovoxpaxopta)  d'une  planète  <à  l'autre  par  mariage  avec  la  Lune,  elle  est 
vraiment  curieuse,  et  Firmicus  enfle  la  voix  pour  la  faire  valoir  :  Libet  itaque 
divinae  istius  composilionis  explicare  commenta,  ut  conjuncturae  isiius 
admirabilis  ratio  magisterii  studio  pandatur.  III,  i,  10).  Les  planètes  arrivent 
l'une  après  l'autre,  dans  l'ordre  descendant,  en  commençant  par  Saturne,  et 
par  refl"et  de  leur  mouvement  propre,  à  s'unir  {se  conjungere)  à  la  Lune,  ce 
qui  leur  donne  la  «  principauté  »  (comme  jadis  les  Pharaons  parvenus  se 
légitimaient  en  épousant  des  princesses  royales).  Et  voilà  pourquoi  l'histoire 
du  monde  a  commencé  par  le  règne  de  Saturne  et  doit  finir  au  règne  de 
Mercure,  l'âge  de  la  «  malice  ».  Quid  hac  potest  inveniri  dispositions  subti- 
lius?  (lll,  1,  14).  Cela  est  subtil,  en  effet,  et  le  conjugium  de  la  Lune  et  de 
Vénus  est  subtilement  escamoté  par  l'expression  :  post  Martem  dominandi 
Venus  tempus  accejnt  (III,  1,  13). 


188        CHAP.  VII.  COMBINAISONS    DES    SIGNES   ET    PLANÈTES 

partageaient  les  dix  autres  domiciles  et  en  avaient  par  consé- 
quent deux  chacune,  l'un  du  côté  solaire,  l'autre  du  côté  lunaire. 
Ici,  la  logique  était  quelque  peu  violentée,  car,  à  part  l'andro- 
gyne  Mercure,  les  planètes  avaient  leur  a'îpeaic  bien  tranchée, 
et  on  ne  voit  pas  pourquoi,  étant  pourvues  d'un  domicile  du 
côté  de  leur  chef  de  file,  elles  en  ont  un  encore  du  côté  adverse  *. 
Mais,  si  la  logique  n'était  pas  satisfaite,  le  goût  de  la  symétrie 
l'était  amplement. 

Le  grave  Ptolémée  s'est  chargé  de  trouver  des  motifs  raison- 
nables à  un  système  qu'il  n'avait  pas  inventé,  mais  qu'il  voulait 


DOMICILES  ET  PLANÈTES  DOMICILIÉES 
(A'ipsatî  lunaire  ou  nocturne) 


DOMICILES  ET  PLANETES  DOMICILIÉES 
(Aïpeat;  solaire  ou  diurne) 


■S- 

n 

it 

u 

nu 

10 

•C^ 

S 

r9 

& 

^ 

7 

Fig.  24.  Les  domiciles  (oixoi)  planétaires. 

rendre  plausible  à  ses  propres  yeux.  Comme  les  péripaléticiens 
niaient  que  le  monde  eût  jamais  eu  un  commencement,  il  se 
garde  bien  de  recourir  au  «  thème  du  monde  »  ;  mais  il  conserve 
l'ordonnance  traditionnelle  qui,  du  Lion  au  Capricorne,  étage  les 


1.  On  est  étonné  de  rencontrer  dans  le  Papyrus  CX  du  British  Muséum  le 
Sagittaire  appelé  olxo?  édirepîa  Aie;  (lig.  24).  On  dirait  que  le  rédac- 
teur avait  sous  les  yeux  une  figure  analogue  au  schéma  ci-dessus  et  plaçait, 
comme  nous  le  ferions  par  habitude,  l'occident  à  droite.  Or,  éairÉpto;  est 
presque  synonyme  de  vuxTîpivô;  ou  de  aeXTiVtaxdî,  ce  qui  intervertirait  la 
classification.  'EisTzspia,  olxo;  veut  dire  sans  doute  que,  pax  rapport  au  Soleil 
supposé  dans  le  Lion,  le  Sagittaire  se  couche  après  (iTirspioç),  tandis  que 
l'autre  domicile,  les  Poissons,  se  lève  avant  (éwo<;}. 


LES   DOMICILES   PLANÉTAIRES  189 

six  domiciles  diurnes.  La  même  disposition,  répétée  du  Cancer 
au  Verseau,  donne  les  six  domiciles  nocturnes,  comme  on  le  voit 
dans  la  figure  ci-dessus  (fig.  24) . 

Ptolémée  trouve  JimL_àtJait  naturel  que  les  planètes  soient 
rgni^^fisITâns  Tordrft  dft  l^^'ir^^  Hiafannps  an  Snlpil  p.tà  la  Lune  *,  et 

1.  'Axoî^oûôuî  xaî;  xûv  xivfjffewv  aùtwv  (T;pa{patî  xal  tatî  twv  tpûirsuv  iSio-rpoiriaiî 
{Tetrab.,  I,  18).  Cf.  prout  ratio  siderum  sequilur  (Serv.,  Georg.,  I,  33).  Pto- 
lémée ne  juge  pas  à  propos  de  rappeler  que,  comme  astronome,  il  suit  l'ordre 
«  chaldéen  »  :  C  ?  9  O  c?  ^  I) ,  qui  est  incompatible  avec  l'ordonnance  des 
domiciles.  Il  est  intéressant  de  remarquer  que  si  l'on  superpose  les  orbites 
planétaires  dans  l'ordre  indiqué  (voy.  fig.  24  bis)  et  si  l'on  aligne  les  signes 
domiciles  sur  un  diamètre  transversal,  on  obtient  une  série  qui  commence 
par  le  Verseau,  exactement  comme  l'année  civile  des  Romains.  De  plus,  il  y  a 
des  afiBnités  évidentes  (dont  quelques-unes  déjà  signalées  par  Macrobe,  Sal., 
I,  12,  10  sqq.,  avec  référence  expresse  à  la  théorie  des  domiciles)  entre  le 
domicile  (T)  et  le  mois  de  Mars;  entre  le  domicile  (V)  de  Vénus  et  Avril; 
entre  le  domicile  de  Mercure  (H)  et  Afan<*;  entre  le  domicile  de  la  Lune  (S) 
et  Juin  (de  Juno  ou  Diuno  =  Diana, 
la  Lucina  ou  Juno  lunaire,  laquelle  Janw 
confert  fluorés  menstruos.  Aug., 
C.  D.,  VII,  3  —  Juno  Luna  Regina. 
C.  I.  L.,  VI,  3233)  ;  entre  le  domicile 
de  Saturne  (;i&)  et  décembre,  le 
mois  des  Saturnalia.  Enfin,  il  y  a 
antithèse  symétrique  entre  les  six 
premiers  mois  à  éponymes  divins 
(Februarius  est  liturgique)  et  les 
six  derniers,  simplement  numérotés 
jusqu'au  temps  de  César.  Tout  cela 
—  et  bien  d'autres  affinités  de  dé- 
tail (v.  g.  entre  Janus  Consevius  et 
Satumus,  entre  le  Capricorne,  si- 
gne final,  et  Vesta,  antithèse  de 
Janus,  extrema.  Cic,  Nal.  Deor.,  II, 
21,  67)  —  me  suggère  l'idée  que  le 
calendrier  romain  a  pu  être  rema- 
nié sous  l'influence  des  idées  astro- 
logiques. Le  commencement  de 
l'année  civile  aurait  été  reporté  de  mars  en  janvier  et  le  nom  tout  neuf  de 
Januarius  substitué  à  un  nom  ordinal  comme  Undecimber,  pour  aboutir  à 
une  ordonnance  censée  «  naturelle  »  et  d'accord,  par  surcroît,  avec  les  tradi- 
tions de  la  Saturnia  tellus.  Le  remaniement  aurait  été  opéré  par  les  pontifes 
après  la  lex  Acilia  de  intercalatione  (191  a.  Chr.)  et  donné  comme  un  retour 
aux  instructions  de  Numa,  les  pontifes  étant  dupes  ou  complices  de  la  super- 
cherie qui  fit  découvrir  (en  181  a,  Chr.)  des  livres  grecs  et  latins  dans  le 
tombeau  de  Numa.  Ces  livres,  au  nombre  de  sept  (Liv.  XL,  29.  Lactant.,  Inst. 
Div.,  I,  22;  Piso  ap.  Plin.,  XIII,  §  87)  ou  de  douze  (Val.  Antias  ap.  Plin.,  ibid.; 
Plut.,  Numa,  22)  pour  chaque  langue,  traitaient,  les  latins,  du  droit  pontifical 
(dont  faisait  partie  la  gérance  du  calendrier),  les  grecs,  de  philosophie  pytha- 


Fig.  24  bis.  Les  oixot  et  le  calendrier  romain. 


190       CHAP.   VII.    —  COMBINAISONS   DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

il  fait  observer  que  cette  disposition  satisfait  à  toutes  les  exi- 
gences de  la  logique.  Le  Soleil  ne  pouvait  être  mieux  placé  —  et 
la  Lune  avec  lui  —  que  dans  les  signes  les  plus  rapprochés  de 
notre  zénith  (/.opuov^),  ceux  où  les  luminaires  acquièrent  leur  maxi- 
mum de  puissance.  Le  Cancer  (quoique  au  solstice)  a  été  attribué 
à  la  Lune,  parce  que  c'est  un  signe  féminin  :  le  Soleil  a  pris  le 
Lion.  Le  diamètre  mené  entre  le  Cancer  et  le  Lion  sépare  les  deux 
hémicycles,  le  domaine  lunaire  et  le  domaine  solaire.  Saturne  est 
relégué,  comme  il  convient  à  sa  nature  froide,  dans  les  signes 
«  froids  et  hivernaux  *  »,  le  Capricorne  et  le  Verseau,  qui  sont, 
comme  il  convient  encore  au  caractère  malfaisant  de  Saturne,  en 
opposition  diamétrale,  le  Capricorne  avec  le  domicile  lunaire,  le 
Verseau  avec  le  domicile  solaire.  Jupiter,  auteur  des  souffles 
féconds  (ci-dessus,  p.  97),  aime  les  signes  «  venteux  et  féconds  », 
le  Sagittaire  et  les  Poissons  ^  qui  se  trouvent  à  point  nommé 
proches  des  domiciles  de  Saturne  et  en  aspect  trigone  —  c'est-à- 
dire  bienfaisant  —  avec  les  domiciles  de  la  Lune  et  du  Soleil.  Les 
signes  voisins  en  descendant  la  série,  le  Scorpion  et  le  Bélier,  ne 
sont  pas  moins  bien  adaptés  au  caractère  de  Mars,  et  par  leur 
nature  belliqueuse  et  par  leurs  rapports  en  aspect  quadrat  — 
c'est-à-dire  malfaisant  —  avec  les  luminaires.  Vénus,  tempérée  et 
féconde,  se  plaît  dans  les  signes  «  les  plus  féconds  »,  les  Serres 
(Balance)  et  le  Taureau  ^,  joints  par  aspect  sextil  aux  domiciles 


goricienne  {Pythagoricos.  Liv,  et  Plin.,  loc.  cit.),  c'est-à-dire  de  «  mathéma- 
tique »  ou  astrologie.  Il  y  a  là  le  canevas  d'un  petit  roman  astrologique, 
fait  avec  des  conjectures,  mais  non  dépourvu  de  vraisemblance.  L'objection 
tirée  du  fait  que  ces  livres  furent  officiellement  brûlés  est  facile  à  tourner  ;  et, 
de  plus,  elle  est  atténuée  par  le  témoignage  de  Valère-Maxime,  d'après  lequel 
Latinos  [libros]  magna  diligentia  adservandos  curamrunt  (Val.  Max.,  1, 1,  12). 
Quant  au  nom  de  Januarius,  les  textes  qui  le  font  remonter  à  Numa  prouvent 
seulement  que  la  prétention  des  pontifes  était  de  ne  pas  innover. 

1.  Ptolémée  ne  souffle  plus  mot  de  la  «  sécheresse  »  de  Saturne.  Au  besoin, 
il  aurait  allégué  que  les  domiciles  de  Saturne  corrigent  sa  sécheresse. 

2.  Le  scoliaste  ajoute  que  Jupiter  se  plaît  chez  les  Poissons  comme  ô  tûv 
Y>>ux£wv  65âTwv  xopT,y6;  (Anon.,  p.  70).  Cf.  ci-dessus,  p.  98,  1.  Il  n'a  garde  de 
faire  remarquer  que  Jupiter  est  là  en  opposition  avec  le  Soleil  (àxpôvuyoî 
Zeûî.  Nonnus,  VI,  244). 

3.  Ici,  il  est  difficile  de  croire  à  l'entière  bonne  foi  de  Ptolémée.  Les  Pinces 
(à  plus  forte  raison,  la  Balance)  n'ont  jamais  passé  pour  un  signe  fécond,  et 
la  fécondité  du  Taureau  (mutilé  au  bon  endroit)  est  la  conséquence,  non  la 
cause  déterminante,  de  sa  qualité  de  domicile  de  Vénus.  Seulement,  en  cher- 
chant bien,  on  finit  par  trouver  que,  comme  Zuyrf;  =  Jugum,  la  Balance  con- 
venait à  Vénus,  quae  velutjugo  concordi  jungit  matriynonia  amicitiasque  com- 
ponit  (Macrob.,  SaL,  I,  12,  11). 


LES   D03I1CILES    PLANÉTAIRES  191 

des  luminaires.  Enfin,  les  deux  domiciles  restants,  contigus  à 
ceux  des  luminaires,  ne  peuvent  être  que  ceux  de  Mercure,  Taco^ 
lyte  du  Soleil.  Les  rapports  de  caractère  entre  Mercure  et  les 
Gémeaux  d'une  part,  la  Vierge  de  l'autre,  ne  manqueraient  pas 
d'apparaître  à  qui  voudrait  les  rechercher  K 

Tel  est  ce  chef-d'œuvre  de  logique  qui,  une  fois  consacré  par 
Ptolémée,  fut  universellement  accepté,  sans  variante  aucune,  et 
connu  même  des  profanes  ^.  On  n'avait  besoin  de  rien  ajouter  aux 
motifs  allégués  par  Ptolémée  pour  résoudre  une  question  qu'il  ne 
pose  pas,  mais  qui  devait  venir  à  l'esprit  des  praticiens,  celle-ci  : 
une  planète  ayant  deux  domiciles,  quel  est  celui  qu'elle  préfère? 
Réponse,  le  domicile  de  même  sexe  qu'elle.  On  arrivait  ainsi  à 
dresser  une  liste  des  domiciles  préférés,  qui  est  en  désaccord 
avec  celle  des  positions  occupées  dans  le  «  thème  du  monde  »  et 
pouvait  servir  à  discréditer  la  tradition  prétendue  égyptienne  au 
profit  de  la  tradition  rivale.  J'ignore  si  la  liste  de  Dorothée  de 
Sidon  ^  passait  pour  chaldéenne;  mais  il  est  certain  que  les  par- 

1.  Cf.  Apollon  et  Mercure  per  Geminos  proprietale  quadam  sigrii  familiaris 
invecti  (Martian.  Cap.,  I,  30)  et  la  Vierge  savante  deManilius  (ci-dessus,  p.  140). 
Comme  Astrée  ou  Justice,  la  Vierge  est  à  .la  fois  l'or/co;  et  l'uij'wjJLa  du  juriste 
Mercure  (û<{^otjpccvo;  'Ep[jLf,î  ...Atxr.v  Sôpiov  clys  SixajTrôXoî.  Nonn.,  VI,  249-250). 
Ptolémée  fait  remarquer  que  Mercure  et  Vénus  sont  placés  à  la  distance  maxi- 
mum de  leurs  élongations;  Mercure  à  un  signe,  Vénus  à  deux  signes  du 
Soleil.  Cela  est  juste  pour  les  domiciles  du  côté  solaire  ;  mais  Ptolémée  se  tait 
prudemment  sur  l'anomalie  des  domiciles  du  côté  opposé,  qui  sont  écartés 
d'un  signe  de  plus.  Il  ne  prend  dans  la  théorie  des  aspects  que  ce  qui  peut 
lui  servir. 

2.  Cf.  un  bas-relief  représentant  à  côté  de  Séléné  et  d'Endymion  un  crabe 
(le  Cancer,  domicile  de  SîXf^vrj),  dans  Baumeister,  Denkmaler,  p.  480.  —  De 
même,  les  domiciles  planétaires  sur  les  monnaies  alexandrines  de  l'an  VIII 
d'Antonin  (ap.  Eckhel,  IV,  70  sqq.).  S.  Athanase  (in  Anal.  Sacr.,  V,  1,  p.  25 
Pitra),  à  propos  de  Job,  ix,  9,  dit:  ô  y^P  "EaTtspoî  oîxov  ïyti  xb  otd-rpov  tûv 
TDvEiâowv  (Taureau).  Domicile  de  Mars  dans  le  Scorpion  (Lucan.,  Phars.,  I,  653. 
Serv.,  Georg.,  I,  35).  Il  est  fâcheux  que  les  domiciles  solaires  ne  soient  pas  tous 
masculins  et  les  lunaires  tous  féminins.  La  perfection  n'est  pas  de  ce  monde. 

3.  Fragment  de  Dorothée  (ap.  Ilephaest.,  I,  1)  indiquant  sv  oî;  /aipoudi 
xô-oi;  oî  à(TT£p£î:  Saturne  dans  le  Verseau  (masc),  Jupiter  dans  le  Sagit- 
taire (masc).  Mars  dans  le  Scorpion  (masc),  Vénus  dans  le  Taureau  (fém.), 
Mercure  dans  la  Vierge  (dans  les  Gémeaux  eût  été  plus  contraire  à  la  tradi- 
tion égyptienne).  Ce  sont  les  domiciles  préférés  (atpe-col  [xâ>>Xov).  Quant  aux 
luminaires  :  sî;  o'  laxi  56jio;  tpwïxf.po;  éxâjxou.  Nonnus  (VI,  232-249)  ne  men- 
tionne qu'un  domicile.  Sa  liste  diffère  de  celle  de  Dorothée  pour  Jupiter  (}() 
et  Saturne  {^^).  C'est  en  l'honneur  de  Mars  ("Apr,;)  —  ou  peut-être  comme 
force  antagoniste  et  atténuante,  participant  un  peu  de  la  nature  de  Jupiter 
(Ptol.,  Tetrab.,  II,  9)  —  que  l'étoile  la  plus  brillante  du  Scorpion  porte  le  nom 
d"AvTaépT,î  (ci-dessus,  p.  143,  3). 


192      CHAP.  VII.  —  COMBINAISONS  DES   SIGNES  ET  PLANÈTES 

tisans  des  Chaldéens  fabriquèrent,  eux  aussi,  un  thème  du  monde 
qui  avait  sur  le  thème  égyptien  l'avantage  d'expliquer  la  eonsli- 
tution  des  doubles  domiciles,  et  probablement,  par  surcroît,  celle 
des  ô'I'^fxaTa  *. 

Le  système  des  domiciles  n'épuisait  pas,  tant  s'en  faut,  toutes 
les  associations  d'idées  qui  pouvaient  servir  de  lien  entre  les 
signes  et  les  planètes.  Vénus  avait  au  moins  autant  de  droits  sur 
les  Poissons  que  sur  le  Taureau,  et  c'est  la  géométrie  seule  qui 
l'écartait  ainsi  de  son  berceau  au  profit  de  Jupiter.  Manéthon  sait 
que  Saturne  «  se  réjouit  »  dans  le  Capricorne,  le  Verseau,  le  Lion» 
les  Serres  et  le  Bélier,  et  il  appelle  ces  signes  les  «  domiciles  »  de 
Saturne  ^  Deux  de  ces  hôtelleries  supplémentaires  ainsi  adjugées 
à  Saturne  figurent  dans  le  système  des  u^j^cofiaTa,  imaginé  pour 
multiplier,  sous  d'autres  noms,  les  domiciles,  les  lieux  dont  les 
planètes  sont  propriétaires  (olxoSeoTto-cai). 

^°  Exaltations  et  dépressions  {d^MiKOLxa.-zaTizi^MnaL'z'x  [TaTtet- 
viocreti;  -  xotXcoixa-ua]  -  altitudines  -  dejectiones).  —  Les  astrologues 

t.  Nous  n'avons  sans  doute  que  des  débris,  presque  la  caricature,  de  cette 
théorie  chaldéenne  dans  le  ©eptéXtoî  Tfji;  daxpovojxixfii;  xéyvi\i  xaxà 
Xa)v6aCouî  [Anal.  Sacr.,  V,  2,  p.  300-301  Pitra).  Le  Démiurge,  après  avoir 
créé  le  grand  Dragon  et  placé  sa  Tête  au  nœud  ascendant,  sa  Queue  au  nœud 
descendant,  après  avoir  disposé  les  signes  et  les  planètes  dans  les  signes  (sui- 
vant l'ordre  égyptien),  le  Démiurge,  dis -je,  lance  au  milieu  le  Soleil  (cf.  r^kiou 
tieuefjLfioXT.aaî  itûp.  Oracula  Chald.,  ap.  Procl.,  In  Tim.,  p.  280  B),  le  milieu 
étant  la  place  qui  lui  revient  dans  l'ordre  «  chaldéen  »  (ci-dessus,  p.  107-109). 
Le  Soleil  s'avançant  de  gauche  à  droite  sur  les  planètes  déjà  rangées,  Mercure 
prend  peur  et  se  sauve  du  côté  opposé;  les  autres  planètes  en  font  autant, 
fuyant  devant  le  brasier.  Saturne,  n'ayant  pu  se  déplacer  que  d'un  signe 
(en  œ),  l!p6a<j9Ti  uirô  xà?  r^kiou  aôyi;  xal  è%ir\  xat  IÇ-ripavOT),  xal  5ii  xoûxo  [ié>>aî 
Èyivexo.  (Voilà  la  fameuse  «  sécheresse  »  et  la  couleur  de  Saturne  expliquées 
du  même  coup  ;  mais  non  pas  le  «  froid  » .  )  Kal  à'vsxa  xouxou  D^ay  e  xoùç  e'  àuxé- 
pa;  (xvà  6ûo  oïxwv,  xôv  5è  f|X:ov  xal  (TsXTivrjv  àizb  ivôç  oîxou.  Cependant,  la  Lune 
s'est  mise  aussi  à  courir,  et  plus  vite  que  les  autres.  En  tournant  ainsi,  les 
planètes  finirent  par  connaître  les  endroits  où  elles  pouvaient  «  s'élever  »  au 
plus  haut,  c'est-à-dire  s'écarter  au  plus  loin  du  Soleil,  [xÉ^pt  tzoWw  irEpiôSuv 
xwv  iTTxà  àaxépwv,  à'wi;  IdXTjaav  sv  xoï;  î8(otç  G  tj;  (i  [x  a  n  i.  Le  reste  de  cette  verti- 
gineuse théorie  doit  se  trouver  dans  la  suite  de  l'ouvrage,  qui  compte  encore 
59  feuillets  {Cod.  Vatic,  191,  fol.  229  sqq.).  La  raison  humaine  n'était  pas 
alors  dans  son  £j4iwixa! 

2.  Maneth.,  ITI,  14-15,  IV,  20-26.  On  dirait  que  Manéthon  ne  connaît  pas  les 
Cnj/ûixaxa,  et  qu'il  les  confond  avec  les  domiciles.  Le  terme  uij^cofia  ne  se  ren- 
contre dans  les  Apotelesmatica  que  trois  fois,  et  dans  le  V»  chant  (V,  33,  173, 
261),  qui  est  d'une  autre  main.  Probus  aussi  (Georg'.,  I,  32)  appelle  domicile 
rî;(j;w|ia  :  domicilium  Saturni  tradunl  astrologi  Libram,  quod  est  signum 
aequitatis.  La  maison  (domicile)  est  restée  le  type  de  la  propriété  planétaire  : 
c'est  elle  qui  est  sous-entendue  dans  les  expressions  :  Ç<{)Stov  Kpôvou,  Atdç. 


EXALTATION    DES    PLANÈTES  193 

entendent  par  u^}^co[jLa  d'une  planète  le  signe,  et  même  le  degré 
précis  du  signe,  où  la  planète  acquiert  ou  commence  à  acquérir 
son  maximum  de  puissance  ;  le  degré  du  cercle  diamétralement 
opposé  est  le  Taitet'vwfjia  *. 

Cette  définition,  insuffisante  à  différencier  l'hypsomadu  domi- 
cile, —  car  on  dit  aussi  qu'une  planète  est  plus  puissante  dans  sa 
propre  maison,  —  est  loin  d'être  claire,  et  il  ne  faut  pas  compter 
sur  les  astrologues  pour  l'éclaircir.  Le  seul  qui  eût  été  capable 
de  dissiper  l'équivoque  contenue  dans  le  terme  d'u^^wixa,  Pto- 
lémée,  a  mieux  aimé  spéculer  sur  cette  équivoque  pour  dissi- 
muler son  embarras  et  couvrir  de  son  autorité  les  inepties  accu- 
mulées par  ses  devanciers.  Les  justifications  qu'il  allègue  sont  si 
misérables  qu'il  n'a  pas  pu  n'en  pas  sentir  lui-même  l'incohé- 
rence. Nulle  part  il  ne  ressemble  mieux  à  un  avocat  qui  plaide 
sciemment  une  mauvaise  cause. 

Pour  rendre  intelligible  le  reproche  fait  ici  à  Ptolémée,  il  nous 
faut  essayer  de  débrouiller  la  terminologie  d'où  naît  l'équivoque 
et  de  tracer  une  ligne  de  démarcation  entre  l'astronomie  et  l'as- 
trologie, la  ligne  que  Ptolémée  a  comme  effacée  à  plaisir. 

Les  astronomes  entendaient  par  îi^poç  [ù<\n\'k6'n]ç-'6<\iont.'x- alti- 
tudo)  ou  altitude  : 

1°  La  déclinaison  boréale  des  planètes  —  le  Nord  étant  le 
«  haut  »  du  monde  —  déclinaison  par  rapport  à  l'équateur,  s'il 
s'agit  du  Soleil,  par  rapport  à  l'écliptique  pour  les  autres  pla- 
nètes. La  déclinaison  australe  est  le  xaTreîvwfjLa.  L'orbite  d'une  pla- 
nète étant  divisé  en  quadrants  par  la  ligne  des  nœuds  et  l'axe 
perpendiculaire  à  cette  ligne,  on  disait  que  la  planète  allant  du 
nœud  ascendant  au  Nord  «  montait  la  montée  »  (u^/oç  u<|^oùff6ai)  ;  du 
Nord  au  nœud  descendant,  elle  «  descendait  la  montée  »  (u(}^o<; 
TaTOwoùaôai)  ;  du  nœud  descendant  au  Sud,  elle  «  descendait  la  des- 
cente »  (Tairetviofjta  xaTrsivoùdôat)  ;  après  quoi,  elle  «  remontait  la  des- 
cente »  {xaTre(vio|jia  ô^/oûaOat)  pour  rejoindre  le  nœud  ascendant  ^. 

1.  Paul  d'Alexandrie  emploie  aussi  le  mot  xotXu|xa.  Altitudines  —  in  quibus 
naturali  quadam  sublimitate  magnitudinis  eriguntur  —  dejectiones,  in  quibus 
constitutae  oppressa  auctorilatis  suae  poteslate  minuuntur  (Firmic,  II,  3). 
T^'^l^axa  Se  xaXoûatv  àjxÉpwv  xatl  taTcsivwjj.a'ca  waaûtw;  èv  ot;  j^atpouuiv  fj 
ÔXtyT^v  S'jvafiw  lyouaiv  %.  t.  X.  (Sext.  Empir.,  Adv.  Astrol.,  35-36,  p.  343-344). 
S.  Empiricus  donne  une  liste  conforme  au  tableau  ci-après. 

2.  Cléomède  {Cycl.  Theor.,  I,  4,  p.  14-16  Schmidt)  explique  que  le  Soleil 
monte  et  descend  par  rapport  à  l'équateur,  mais  non  par  rapport  au  Zodiaque, 
dont  il  suit  le  juste  milieu,  oùxe  tu)  ^opzlt^,  ojte  tw  voxfw  7t£>»âÇ(ov.  Les  planètes 
ont  en  plus  —  xaxà  ttiv  TtpoatpsTtxV  xivT.utv — un  écart  au  S.  et  au  N.  du  Zodia- 
que, dans  lequel  elles  se  meuvent  éXixosiSwî,  et  c'est  à  elles  que  s'appliquent 

13 


194       CHAP.  VII.  —   COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET   PLANÈTES 

2o  Lorsque  les  astronomes  eurent  inventé  les  excentriques  et 
les  épicycles,  ils  appelèrent  aussi  '^oc;  —  par  opposition  à  pâ6o; 
—  le  point  où  une  planète  est  au  plus  loin  de  la  terre,  à  «  l'apo- 
gée »,  tandis  que  le  périgée,  qui  est  le  pâôoi;,  est  aussi  et  plus 
couramment  appelé  xaTrei'vioiJLa  ^ 

Il  y  a  donc  là  double  sens  pour  chacun  des  mots  '^<\ioç  ou  ^oni'x 
et  Ta7r£tvio(xa,  un  danger  d'équivoque  dont  les  astronomes  sont 
responsables.  Les  astrologues  s'emparent  à  leur  tour  de  ces 
mêmes  mots  et  les  surchargent  d'un  troisième  sens  que  l'on  ne 
sait  comment  rattacher  aux  deux  autres,  en  croyant  peut-être  — 
les  «  Chaldéens  »  professionnels  étaient  assez  ignorants  pour 
cela  —  en  croyant  suivre  le  fil  d'un  raisonnement  amorcé  par  les 
astronomes.  En  effet,  une  planète  en  «  altitude  »  au  premier 
sens  du  mot,  c'est-à-dire  plus  rapprochée  de  la  verticale,  doit 
darder  plus  énergiquement  ses  effluves,  «  exalter  »  son  influence. 
En  «  altitude  »  au  second  sens  du  mot,  c'est-à-dire  à  l'apogée, 
elle  est  plus  loin  de  la  Terre,  sans  doute,  mais  on  peut  supposer 
qu'elle  «  monte  »  parce  que  sa  vigueur  propre  est  accrue,  et  que 
cette  élévation  ajoute  à  sa  dignité,  la  réjouit,  bref,  la  dispose  à 
agir  plus  et  mieux  ^  "r^/wfjia  signifie  alors  exaltation,  accroisse- 
ment d'énergie.  C'est  le  sens  astrologique  du  mot. 

les  expressions  désignant  la  montée  et  la  descente.  C'est  le  mouvement  en 
latitude  (xatà  nXâ-coç). 

1.  "r^/oç  Ts  v-al  pdtÔOî,  ôtè  jièv  à-noyeiàxzpoi,  ôxâ  8è  t:  po<7yzi.6iep(x  Oeu- 
poû[Aeva  (Théo  Smyrn.,  p.  179  Hiller).  Cléomède  (II,  5,  p.  89  Schmidt),  parlant 
des  apogée  et  périgée  solaires,  ajoute  :  OOxw  itaî  ■rcavtwv  tûv  itîiavTiTwv  sv 
ÉxâuToti;  Twv  ÇwStwv  Ln|;w[AaTa  xal  xaice  tvwfjLat  a  èXévyeTai.  On  vient  de 
montrer  qu'il  emploie  les  mêmes  termes,  u^'Oî  ou  u4/w[xa  -  taTtstvwtia,  pour 
les  déplacements  en  latitude.  Il  est  donc  impossible  de  leur  conserver  un  sens 
unique,  même  en  astronomie.  De  même,  pâOoç  désigne  aussi,  d'une  manière 
générale,  le  sens  du  mouvement  qui  rapproche  ou  éloigne  les  planètes  de 
la  Terre,  —  par  opposition  à  TîXâxoç  et  [xtixoî,  —  de  sorte  que  pa8o<;  équivaut 
souvent  à  u^oi;. 

2.  On  a  vu  plus  haut  (p. 113  sqq.)  que,  dans  la  théorie  des  rétrogradations  par 
épicycles,  les  planètes  ont  plus  d'énergie  quand  elles  sont  irpûaBsTixoÊ,  bien 
que  plus  loin  de  la  Terre.  Du  reste,  ceux  qui  les  croyaient  alors  au  périgée 
(p.  116  sqq.)  auraient  pu  quand  même  placer  là  ru4"^[xa,  en  invoquant  non 
plus  la  «  hauteur  »,  raison  géométrique,  mais  une  raison  physique,  l'exalta- 
tion d'énergie  résultant  de  la  proximité.  Disons  à  ce  propos  —  pour  compléter 
la  discussion  instituée  ci-dessus  (p.  118,  1)  —  que  Pline  a  pu  être  trompé  par 
l'amphibologie  de  l'expression  vespertinus  exortus  (lairépio;  àvaxoî^ixôç),  qui 
signifie  pour  les  astronomes  (cf.  Ptol.,  ^âasK,  §  5)  «  lever  du  soir  »  ou  acro- 
nyque,  toto  Sole  adverso,  tandis  que  les  astrologues  entendent  par  là  que  la 
planète  suit  le  Soleil  à  courte  distance  et  se  montre  à  l'Occident  aussitôt 
après  son  coucher  (Firmic,  II,  8  Kroll;  Paul.  Alex.,  Fv). 


EXALTATION   DES    PLANÈTES  495 

Tableau  des  ij^ét)j.T:%  et  xairstvwjjiaTa  [avec  les  oîxot)*. 


DOMICILES 

PLANÈTES 

-- — ^^ 

EXALTATIONS   ET   DÉPRESSIONS       || 

solaires. 

lunaires. 

0 

^(m.) 

^       19" 

^      19° 

C 

63  (f.) 

y         3° 

«l         3° 

ï) 

%  (f.) 

^(m.) 

^      21° 

<^       21° 

^ 

0(m.) 

)C  (f-) 

tfp       15° 

;fe     15° 

(^ 

«l(f-) 

^  (m.) 

:t    28° 

G       28° 

9 

-(m.) 

^  (f.) 

I       27° 

np     27° 

? 

"P(f-) 

H  (m.) 

np       15° 

I    1S° 

On  chercherait  vainement  dans  les  b<i^  t^ [x  (xi  a.  astrologiques 
un  rapport  quelconque  entre  ces  positions  et  celles  appelées  du 
même  nom  par  les  astronomes.  Ainsi,  tandis  que  l'altitude  ou 
maximum  de  déclinaison  boréale  du  Soleil  est  au  solstice  du 
Cancer,  son  altitude  au  sens  d'apogée  dans  les  Gémeaux,  les 
astrologues  placent  son  ut];a>(jia  dans  le  Bélier.  Pline,  qui  lisait 
vite  et  qui  a  pu  faire  confusion  entre  astronomes  et  astrologues, 
a  trouvé  quelque  part  l'explication  de  cette  troisième  liste  d'alti- 
tudes, qu'il  appelle,  pour  les  distinguer  des  autres,  sublimiiates. 
Tandis  que  l'altitude  formant  apogée  est  une  apside  supérieure 

1.  Dans  l'état  actuel  des  textes,  il  y  a  des  variantes  portant  sur  le  quantième 
des  degrés,  variantes  que  les  éditeurs  pourraient  et  devraient  corriger  d'après 
l'exposé  versifié  de  Dorothée  de  Sidon  (ap.  Hephœst.,  I,  8,  p.  72  Engelbrecht). 
Le  système  étant  transrais  à  l'état  d'arcane  n'a  été  altéré  que  par  des  erreurs 
involontaires  (cf.  Pline,  ci-après,  p.  196,  1).  L'avant-dernier  éditeur  de  Firmi- 
cus,  C.  Sittl,  a  laissé  subsister  dans  son  texte  (pp.  40-41)  une  hérésie  énorme 
que  Firmicus  n'aurait  pu  professer  sans  en  avertir,  la  règle  at  Si  iraTreivwacii; 
Iv  StaasTpo)  (Doroth.,  l.  c.  —  Ta-î:eivw(j.a  5è  xô  StaiietpoGv.  S.  Empir.,  p.  343 
—  dvTixpù  xwv  û(|;(0[jLaTtov.  Porph.,  p.  186)  ne  comportant  pas  d'exception. 
C'était  un  cas  où  l'on  devait  corriger  sans  hésitation  (ce  qu'ont  fait,  du  reste, 
Kroll  et  Skutsch).  A  rectifier  aussi  quelques  erreurs  de  chiffres  dans  Por- 
phyre {Isag.,  p.  186).  L'auteur  du  papyrus  XCVIIl  Brit.  Mus.  marque  bien 
r  u'i^iù^oL  de  î^  en  15  (lig.  13),  mais  il  met  plus  loin,  par  distraction,"  le  •ta'rceî- 
vw|ia  en  ss  (lig.  59).  Les  autres  indications  (lig.  13,  19,  30,  35,  44,  49)  sont 
exactes.  De  même,  celles  des  pap.  CX  (lig.  14,  18,  31,  33,  36,  39)  et  CXXX 
(lig.  82,  102,  118,  146). 


196       CHAP,    VII.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET   PLANÈTES 

par  rapport  à  la  Terre  prise  comme  centre,  la  «  sublimité  »  est 
une  apside  supérieure  par  rapport  au  centre  de  l'orbite  excen- 
trique de  la  planète  ^  Si  j'entends  bien  ce  que  Pline  veut  dire, 
r  altitudo  est  située  sur  un  premier  excentrique,  et  la  sublimitas, 
V  u^ui^a  astrologique,  sur  un  deuxième  excentrique  dans  lequel 
la  ligne  des  apsides  ne  coïncide  pas  comme  direction  avec  la 
même  ligne  dans  le  premier  excentrique. 

Ptolémée  avait  compris  mieux  que  personne  combien  il  était 
chimérique  de  chercher  des  explications  dans  la  mécanique  céleste 
et  le  compas  à  la  main  ^  D'abord,  il  passe  sous  silence  la  nota- 
tion du  degré,  qui  rappellerait  la  prétention  de  faire  de  l'hyp- 
soma  un  lieu  géométrique  ;  il  se  contente  de  considérer  en  bloc 
le  signe  où  s'exalte  chaque  planète,  absolument  comme  s'il 
s'agissait  de  domiciles  ^.  Est-ce  bien  d'une  exaltation  d'énergie 

1.  On  sait  aujourd'hui  que  la  ligne  des  apsides  se  déplace,  mais  peu  importe. 
Nous  prenons  les  positions  fixées  par  les  anciens.  Pline  explique  le  mouve- 
ment des  planètes,  et  il  commence  Ténumération  des  trois  espèces  d'altitudes 
par  les  apogées  :  Igitur  a  terrae  centra  apsides  altissimae  sunl  Saturno  in 
Scorpione,  Jovi  in  Virqine,  Marti  in  Leone,  Soli  in  Geminis,  Veneri  in  Sagitta- 
rio,  Mercurio  in  Capricorno,  mediis  omnium  partibus  (c'est-à-dire  au  degré  15° 
de  chaque  signe).  —  Altéra  sublimitatiiim  causa,  quoniam  a  suo  centro  apsidas 
altissimas  habent  in  aliis  signis,  Saturnus  in  Librae  parte  XX,  Jupiter 
Cancri  XV,  Mars  Capricorni  XXVIIl,  Sol  Arietis  XXIX,  Venus  Piscium  XVII, 
Mercurius  Virginis  XV,  Luna  Taiiri  IV.  En  troisième  lieu,  l'altitude  par 
inclinaison  des  orbites  sur  l'écliptique  (Plin.,  II,  §  63-68).  Les  chiffres  donnés 
par  Pline  sont  à  rectifier.  Martianus  Capella  (VIII,  884-886)  donne  pour  les 
trois  planètes  supérieures  les  apogées  [altitudines)  et  les  ■j(j/w(j.aTa  astro- 
logiques, qu'il  appelle  absides.  Il  entend  aussi  par  là  une  «  élévation  » 
quelconque  {absidem  etiam  habet  [Pj/j'ow]  recessumque  sublimem  in  Capricorni 
confinio,   hoc  est,   sub    ejus  vicesima  noua  parte.  N\\\,  %i^). 

2.  Omnia  autem  haec  constant  ratione  circini  semper  indubitata  (Plin.,  II, 
§  63).  L'idée  que  V  i)  i^w  jia  est  au  point  extrême  de  la  déclinaison  boréale, 
bien  qu'implicitement  désavouée  par  Ptolémée,  persiste  quand  même.  L'astro- 
logue Valens  appelle  Nord  (Boppâ;)  1'  Û!J/w[xa  de  chaque  planète.  Ainsi,  le 
nord  du  Soleil  est  dans  le  Bélier  !  De  T  à  §,  le  Soleil  xa-caêaîvsi  tôv  popoiv  ; 
de  69  à  i^i,  xaTa6a(vEt  tôv  vôtov  ;  de  ^îk  k  ^,  àvaêaivei  tov  vôtov,  et  de  jl^  à  T, 
Xiyo[JLSv  aÛTÔv  ^oppàv  dvaêaîvetv  xal  Oij^oî  utJ/ouff9ai  (Valens,  Cod.  Paris.  330  A 
fol.  1  v).  Il  faut  que  la  langue  de  tout  le  monde  s'accommode  aux  fantaisies 
des  astrologues  en  rupture  de  sens  commun.  Cf.  ©  en  T  T^pàî  poppw[?] 
ÇcoSto)  û(J/oû[i£voi;  {Pap.  Brit.  Mus.,  CXXX,  lig.  62-63).  L'ordonnance  des  û']^!^- 
{jiaTa,  mise  à  l'abri  du  raisonnement,  s'est  conservée  intacte  chez  les  Orien- 
taux. Dans  le  Bundehesh  pehlvi,  Jupiter  (Ahurmazd)  et  Saturne  (Kaivan)  s'exal- 
tent dans  les  signes  indiqués  (S  et  :ù.).Cî.  Rev.Hist.  Relig.,  XXXll  [1895],  p.  218. 

3.  La  notation  du  degré  est  propre  au  système  des  utj'wiJLaTa.  Paul 
d'Alexandrie  (fol.  T  2  v)  la  transporte  indûment  dans  celui  des  oixot,  sans 
doute  à  cause  de  la  prétendue  relation  alléguée  par  Porphyre  (ci-après, 
p.  198),  tandis  que  Ptolémée  la  retranche  aux  OtJxijxaTa.   Il  devait  la  con- 


EXALTATION    DES    PLANÈTES  197 

qu'il  s'agit,  ou  dune  «  montée  »  astronomique?  Ptolémée  n'a 
garde  de  poser  la  question,  se  réservant  d'user,  suivant  le  cas, 
de  l'un  ou  de  l'autre  motif.  Ainsi,  le  Soleil  a  son  uij^to  [jia  dans  le 
Bélier,  parce  que  là  il  «  commence  à  monter  »  vers  le  Nord,  et 
son  xaTceîvwiJia  dans  la  Balance  pour  la  raison  inverse  *.  C'est 
un  motif  astronomique,  plus  ou  moins  détourné  de  son  vrai 
sens.  Pour  Saturne,  motif  physique.  Le  froid  Saturne  étant  l'anti- 
thèse du  Soleil,  on  lui  attribue  des  positions  inverses,  ï  uJ^w  jxa 
dans  la  Balance,  le  xaTcstvwfxa  dans  le  Bélier;  «  car,  là  où 
la  chaleur  augmente,  le  froid  diminue,  et  là  où  la  chaleur  dimi- 
nue, le  froid  augmente  ».  Ni  le  Soleil  ni  Saturne  n'ont  donc  leur 
u4/w|xa  aux  lieux  où  on  pourrait  leur  attribuer  le  maximum  d'éner- 
gie. L'  uij^wjAa  de  la  Lune  est  placé  dans  le  Taureau,  parce  que, 
après  conjonction  avec  le  Soleil  dans  le  Bélier,  elle  «  commence  à 
croître  »  dans  le  Taureau,  qui,  du  reste,  est  le  premier  signe  du 
trigone  lunaire  ^.  Jupiter  atteint  son  maximum  d'énergie  —  qui, 
cette  fois,  est  bien  l'  '6<}^iù  ixa  —  dans  le  Cancer,  parce  qu'il  a  la 
propriété  d'exciter  «  les  vents  féconds  du  Nord  »,  et  que  le  Can- 
cer est  le  point  le  plus  septentrional  du  Zodiaque.  C'est  une  rai- 
son chimérique  sans  doute,  mais  qui  n'a  pas  été  inventée  pour  les 
besoins  de  la  cause  '.  Jupiter  ayant  son  '6<\nayL0L  au  Nord,  d'où 
partent  les  souffles  rafraîchissants,  et  le  brûlant  Mars  étant  son 
antagoniste,  celui-ci  doit  avoir  son  maximum  de  causticité  à 

naître,  car  S.  Empiricus  {loc.  cit.),  qui  n'est  guère  plus  récent  et  n'était  pas 
astrologue,  sait  le  degré  exact  de  l'exaltation  du  Soleil.  11  n'est  pas  question 
non  plus  de  degré  spécifique  dans  les  trois  papyrus  astrologiques  {Brit.  Mus., 
nos  XCVI1[-CX-CXXX)  qui  mentionnent  les  û^/oiixaTz  et  TaT:£tvwjjia"ra. 

1.  En  fait,  le  Soleil  monte  vers  le  Nord  depuis  le  Capricorne  (cf.  ci-dessus, 
p.  193,  l'expression  TaTrsivwfix  ui{;  où  (j9  a  i).  La  raison  véritable  est  donnée 
par  le  «  thème  du  monde  »  oil  le  Bélier  culmine,  est  au  haut  (uij/Os)  du  ciel. 
Le  Soleil  expliquant  à  Phaéthon  le  système  des  SûSexa  oixot,  dit  :  Kévxpov 
ôXou  )côa[ioto,  [A£(TÔ[A  cpaX  0  V  cïaTpov  '  0>.û  [jnto  u,  Kptàv  èyw  jxsôéitwv 
6ij;oiJiisvoî  elap  àéÇw  (Nonnus,  XXXVIII,  268  sqq.). 

2.  Ptolémée  a  déjà  parlé  des  trigones  (II,  19),  dont  nous  nous  occuperons 
plus  loin.  C'est  un  cercle  vicieux  que  dinvoquer  la  raison  du  «  trigone  » 
pour  justifier  V  u^(ù\iix  ,  car  on  nous  dira  plus  loin  que  la  Lune  figure  dans 
le  trigone  V  "ï  )^  parce  qu'elle  a  son  li  <{;  w  [x  a  dans  le  Taureau.  La  vraie 
raison  est  mythologique,  le  Taureau  étant  le  symbole  de  la  Lune  et,  comme 
symbole  féminin,  adjugé  tantôt  à  la  Lune  et  tantôt  à  Vénus.  Cela  est  de  toute 
évidence.  HorapoUon  {Hieroglyph.,  I,  10)  dit  que  le  scarabée  tauriforme  est 
consacré  à  la  Lune,  i^'  ou  xal  xôv  oùpiviov  taijpov  -jtj^utJLa  r?,;  SreoO  -uaÛTT,;  Xéyou- 
<iiv  slvai  TcaîSEî  AlYUTtxt'tov.  Une  raison  accessoire,  qui  paraît  excellente  au 
scoliaste,  c'est  que  le  Soleil  et  la  Lune  devaient  avoir  leurs  û^wiiaxa,  aussi 
bien  que  leurs  oixot,  à  côté  l'un  de  l'autre  (Anon.,  p.  39). 

3.  Voy.  ci-dessus,  pp.  97,  3.  98,  2.  127,  2  et  ci-après,  pp.  200,  3.  20],  1. 


198       CHAP.    VII.    —   COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

l'opposé,  dans  le  Capricorne,  où  il  est  au  plus  bas  dans  le  S., 
c'est-à-dire  le  plus  près  de  l'horizon.  Ainsi,  cette  étrange  logique 
arrive  à  ses  fins  en  associant  l'idée  de  froid  à  celle  de  nord,  et 
l'une  et  l'autre  au  tropique  septentrional,  placé  dans  le  (torride) 
Cancer.  Donc  Mars  brûle  à  son  aise  dans  le  Capricorne  *  et  s'éteint 
relativement  dans  le  Cancer.  L'humide  Vénus  exalte  ses  qualités 
naturelles  dans  les  Poissons,  «  où  s'annonce  le  commencement 
de  l'humide  printemps  ».  Ptolémée  a  exclu  la  mythologie  de  son 
livre  et  ne  veut  rien  savoir  des  légendes  concernant  la  déesse 
orientale.  Il  dédaigne  également  de  constater  une  incompatibi- 
lité, à  l'autre  extrémité  du  diamètre,  entre  Vénus  et  la  Vierge. 
La  Vierge,  où  Vénus  se  déprime,  convient  au  contraire  très  bien 
à  l'exaltation  de  Mercure,  qui  est  «  un  peu  sec  (bizô^ripo^)  »  et, 
comme  tel,  s'annihile  dans  les  Poissons. 

Pour  Mercure,  l'utt^^ixa  est  identique  à  l'oTxo;,  à  l'un  de  ses  deux 
domiciles  ;  les  deux  systèmes,  parallèles  ailleurs,  se  rejoignent 
ici.  Porphyre  en  donne  une  raison  ineffable  :  c'est  que  Mercure, 
affaibli  par  ses  couchers  fréquents,  s'exalte  dans  son  propre  domi- 
cile ^.  Tel  un  valétudinaire,  qui  ne  se  trouve  à  l'aise  que  chez  lui. 
Porphyre  a  découvert  la  raison  géométrique,  qui  est  en  même 
temps  «  naturelle  »,  de  l'ordonnance  des  6<]>i6  (xa-ua.  Il  a  remar- 
qué que  les  planètes  diurnes  (O  ^  '^)  ont  leur  exaltation  en  as- 
pect trigone  avec  leur  domicile  (un  de  leurs  domiciles  arbitraire- 
ment choisi),  tandis  que  les  nocturnes,  «  à  cause  de  la  faiblesse 
de  leur  rayon  »,  l'ont  en  aspect  sextil.  On  voit  la  gradation  de 
l'énergie  :  Mercure  reste  chez  lui;  les  planètes  nocturnes  por- 
tent leur  rayon  à  60°,  et  les  planètes  diurnes  à  120°  de  leur 
domicile. 

Le  chaud,  le  froid,  le  sec,  l'humide,  les  figures  géométriques 
cachent  à  ces  prétentieux  savants  leur  propre  sottise.  Ils  cher- 
chaient à  consolider  des  traditions  qu'ils  commençaient  par 
accepter  à  l'état  de  mystère  et  croyaient  raisonner  en  s'impo- 
sant  l'obligation  d'amener  leur  raisonnement  à  un  but  marqué 
d'avance. 

Les  débris  de  toutes  les  fantaisies  qui  n'avaient  pas  trouvé 


1.  On  a  vu  plus  haut  (p.  145)  que  Manilius  loge  le  feu  et  la  métallurgie  dans 
le  Capricorne  :  il  suit,  peut-être  sans  le  savoir,  la  tradition  des  u  (}<  w  [a  «  t  «• 

2.  '0  5à  xoij  'EofioO,  èicsiS-^,  xoivô;  Èaxiv  r\  te  àxxE;  (X[xuSpoTépa  5tà  ta  iz'keKi- 
Tdtxtî  aÙTÔv  Suveiv,  xô  (xùxà  ïysi  olxov  xat  uipwixa  (Porphyr.,  Isag.,  p.  186).  Cela 
n'empêche  pas  que  la  rapidité  de  la  course  de  Mercure,  cause  de  ses  couchers 
(et  levers)  fréquents,  ne  soit  généralement  donnée  comme  cause  de  sa  chaleur 
et  de  son  énergie. 


LES   TRIGONES   PLANÉTAIRES  499 

place  dans  la  répartition  des  oTxoi  et  des  ô<\n}iyi  a zol  '  ont  servi  à 
fabriquer  le  système  des  trigones  planétaires.  On  s'achemine  peu 
à  peu  vers  Tincompréhensible,  qui  atteint  sa  pleine  floraison  dans 
le  système  des  Sp  la. 

3°  Trigones  (xpÎYwva  -  iriplicitates  -  triquetra).  —  On  a  vu  que  le 
Zodiaque  se  partage  en  quatre  trigones,  et  que  chacun  d'eux 
possède  une  sorte  d'individualité  collective,  les  signes  compo- 
sants étant  de  même  sexe  et  parfois  —  comme  dans  le  «  trigone 
humain  »  (^  —  ïï:)  —  de  même  nature.  Les  astrologues,  en 
quête  d'affinités  entre  signes  et  planètes,  eurent  l'idée  d'encadrer 
les  planètes  dans  les  trigones  et  de  déterminer  les  propriétés  des 
Irigones  d'après  celles  des  planètes  dont  ils  y  auraient  ainsi  im- 
planté l'influence.  Cette  construction,  qui  supporte  tout  l'écha- 
faudage de  «  l'apotélesmatique  catholique  ^  »,  a  de  ce  fait  une 
importance  telle  que  l'on  voudrait  pouvoir  en  démêler  la  logique 
interne,  s'il  y  en  a  une,  je  veux  dire  une  autre  que  les  explica- 
tions données  en  style  d'oracle  par  Ptolémée. 

La  première  et  non  pas  la  moins  étrange  propriété  des  tri- 
gones, c'est  d'avoir  une  orientation  particulière,  spécifique,  dont 
on  ne  peut  évidemment  pas  chercher  la  raison  dans  la  position 
du  triangle,  puisque  celui-ci  touche  le  cercle  en  trois  points, 
chacun  d'orientation  très  diff'érente.  Le  motif  d'orientation,  sous 
sa  forme  la  plus  simple,  nous  est  fourni  par  Géminus,  un  astro- 
nome qui,  tout  en  dédaignant  l'astrologie,  cite  de  temps  à  autre 
les  «  Chaldéens  ^  ».  L'orientation  d'un  trigone  zodiacal  est  déter- 
minée par  la  direction  constante  que  prennent  les  vents  lorsque 
la  Lune  occupe  l'un  ou  l'autre  des  signes  du  trigone  *.  La  théorie 
est  d'origine  météorologique  et  a  la  prétention  d'être  fondée  sur 
un  fait  d'observation.  Donc  le  premier  trigone  («CP  ^i^)  est  sep- 
tentrional (^ôpeiov)  parce  que,  la  Lune  étant  dans  l'un  de  ses  trois 
signes,  si  le  Borée  se  lève,  on  peut  prédire  qu'il  soufflera  pen- 

1 .  On  remarquera  que  le  système  des  64;w[jiaxa  et  ra'reetvwiJiaTa  n'utilise  pas 
tous  les  signes.  Paul  d'Alexandrie  fait  observer  que  le  Lion  est  Otj/wjjia  oùSevôî, 
xoîXwfjia  [synonyme  de  Tai:££vo)[xa]  oùSev^î  (f.  A  3  v).  On  en  peut  dire  autant  de 
son  vis-à-vis  le  Verseau  e£  du  couple  Gémeaux-Sagittaire.  C'est  une  preuve  de 
plus  que  les  astrologues  ont  réellement  cru  avoir  affaire  à  des  positions  as- 
tronomiques qu'ils  ne  pouvaient  pas  répartir  à  leur  gré. 

2.  Voy.  ci-après,  ch.  xi. 

3.  Gemin.,  Isag.,  I,  9. 

4.  Cf.  ci-après,  ch.  viii,  le  pronostic  concernant  l'orientation  des  vents 
à  la  suite  des  auvaœaJ  et  iit6j5^otat  de  la  Lune  avec  les  planètes.  C'est  un 
dogme  astrologique,  qu'on  ne  discute  pas,  personne  n'ayant  coUigé  d'expé- 
riences contraires. 


200       CHAP.    vil.  —  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

dant  plusieurs  jours  K  Le  Notas  en  fait  autant  quand  la  Lune 
occupe  un  des  signes  du  trigone  méridional  (vôttov),  composé  de 
y  iip  )t.  De  même,  le  Zéphyre  pour  le  trigone  occidental  (Çsteu- 
P'.xôv),  soit  \li  d^:^;  l'Apéliote  pour  le  trigone  oriental  (àçpTrjXta)- 
Ttxôv),  c'est-à-dire  S  n]^  }(• 

Il  est  inutile  de  discuter  le  fait  allégué  comme  motif  de  clas- 
sification :  c'est  de  là  que  sont  partis  les  auteurs  inconnus  du 
système  des  trigones  planétaires.  Ils  n'ont  fait  que  substituer  ou 
associer  à  la  Lune,  comme  auteurs  des  vents,  les  planètes,  en 
supposant  que  chacune  d'elles,  ou  certaines  d'entre  elles,  avaient 
par  nature  la  propriété  de  chasser  l'air  dans  une  direction  déter- 
minée. Il  faut  suivre  pas  à  pas  les  déviations  du  raisonnement. 
Les  astrologues  se  croyaient  encore  ici  d'accord  avec  la  logique 
et  même  avec  l'opinion.  Les  philosophes  étaient  unanimes  à 
penser  que  le  mouvement  propre  des  planètes,  contraire  à  celui 
du  monde,  avait  pour  but  ou  pour  effet  d'agiter  les  éléments  et 
surtout  l'air  ^  Il  n'était  pas  absurde  —  surtout  au  point  de  vue 
des  finalistes  —  d'admettre  que  l'action  de  chacune  d'elles  s'exer- 
çait de  préférence  dans  un  sens  déterminé.  Avec  l'aide  des  sup- 
positions incontrôlables  qui  attribuaient  aux  vents  une  influence 
sur  la  procréation  des  sexes  ^  et  considérant  que  les  planètes 

1.  Koi\eX-c(xi  5è  t6  aèv  -npwTOv  irpiywvov,  xô  aTtô  Kpioû,  pôps  to  v.  'Eàv  yàp 
Tf,<;  ac);TivT,ç  EV  Tivi  Twv  xpiwv  ÇwSiwv  ûitap/oûar.î  popéaç  -itvcÛsti,  èttI  uoXXàî 
TjfjLspaî  f,  auTT"!  6ta[jiév£t  a  Ta  u  tç.  "OOev  àir6  taûxT^î  tt;?  irapaTT^pTjjewç  ôpjXT,- 
eévTEî  ol  àaxpoXôyoi  TtpoXéyoufft  ta;  popetaî  aTstasiç  •  Èàv  |j,èv  yàp  sv  àWtù  ÇwStw  xf;; 
a£>>TjvT|Ç  6-7ïap/oÛTT,i;  popetv^  yevT.xai  axiai?,  sùSiaXuxoî  y(v£xai  ô  popéaç  •  èàv  Se  ev 
Tivi  xûv  à»(i)pi7[j,£vci)v  Ç(o5£(i)v  £v  xw  jâop£ivw  xpiywvtp  ^opÉa;  au[XT:v£Û<T-r|,  xpoXéyouffiv 
ÈTil  itoXXàî  fitxépaî  Sia[jL£v£iv  -c^y  aOxi^v  aÛTxaaiv  (Gemin.,  loc.  cit.).  De  même, 
Firmicus,  san3  mention  ni  de  lune,  ni  de  planètes,  ni  de  motif  quelconque, 
enseigne  quae  signa  quitus  subjecta  sint  ventis  :  haec  enim  nobis  scientia 
maxime  in  apotelesmatibus  necessaria  est.  Aquiloni  subjacent  T  <Sl  W  ;  Aus- 
tro  V  "E  X  ;  Aphelioti,  quem  nos  Solanum  dicimus,  H  A  ss  ;  Africo,  qui  a 
Graecis  \[<^  dicitur,  ^  nj  K  (Firmic.,11,  12Kroll). 

2.  Pline  entasse  cinq  hypothèses,  dont  trois  mettent  à  contribution  les  pla- 
nètes :  sive  [venti]  adsiduo  mundi  incitu  et  contrario  siderum  occursu  nas- 
cuntur,  sive  hic  est  ille  generabilis  rerum  naturae  spiritus  hue  illuc  tanquam 
in  utero  aliquo  vagus,  sive  disparili  errantium  siderum  ictu  radiorumque  mul- 
tiformi  jactu  flagellatus  aer,  sive  a  suis  sideribus  exeunt  his  propioribus,  sive 
ab  mis  caelo  adfixis  cadunt,  etc.  (Plin.,  II,  §  116).  Philon,  qui  n'est  pas  un 
astrologue,  admet  aussi  que  non  seulement  le  Soleil  et  la  Lune,  mais  toutes 
les  planètes  suscitent  des  vents  (De  opif.  mundi,  38,  p.  40  Cohn).  Le  scoliaste 
de  Ptolémée  dit  et  répète  que  le  Soleil  et  la  Lune  ont  action  sur  tous  les  vents, 
tandis  que  chaque  planète  suscite  un  vent  d'orientation  particulière  (Anon., 
p.  37  et  79).  Saturne  venteux  et  froid  (ci-après,  ch.  xi). 

3.  Sur  la  fécondation  par  les  vents  fécondants  (yôvifjLot)  —  si  souvent  attri- 
bués à  Jupiter  par  Ptolémée  —  et  les  sexes  produits,  voy.  ci-dessus,  p.  98,  2. 


LES    TRIGONES    PLANÉTAIRES  201 

avaient  elles-mêmes  un  sexe,  on  ne  jugeait  pas  impossible  d'ar- 
river à  spécifier  Torigine  des  vents  rapportés  aux  planètes.  Si  le 
Borée  produisait  des  mâles  et  le  Notus  des  femelles,  il  n'était 
pas  absurde  a  priori  de  penser  que  le  Borée  était  excité  ou  par  le 
chef  des  planètes  masculines,  le  Soleil,  ou  par  son  principal  lieu- 
tenant Jupiter  *  ;  le  Notus,  par  la  Lune  ou  par  la  planète  qui  lui 
ressemble  le  plus,  par  Vénus.  Les  astrologues  qui  mettaient  à 
part  les  deux  «  luminaires  »,  pour  leur  attribuer  une  influence 
universelle,  n'hésitaient  plus  à  attribuer  l'influence  spécifique 
dont  il  s'agit  à  Jupiter,  pour  le  Borée,  à  Vénus,  pour  le  Notus. 
Enfin,  la  doctrine  de  l'orientation  des  planètes  dut  trouver  un 
appui  dans  la  tradition  des  «  très  doctes  »  Égyptiens,  qui  don- 
naient aux  planètes  les  titres  d'étoiles  du  Sud  ou  de  l'Est  ou  de 
l'Ouest  ^.  Le  recours  aux  Égyptiens  était  pour  les  astrologues 
l'argument  suprême,  celui  sur  lequel  ils  comptaient  pour  fermer 
la  bouche  aux  contradicteurs. 

Il  fut  donc  entendu  que,  pour  toute  espèce  de  raisons,  l'hybride 
Mercure  une  fois  mis  à  part,  les  quatre  planètes  restantes 
avaient  autorité  sur  les  quatre  points  cardinaux  :  Jupiter  au  Nord, 
Vénus  au  Sud,  Saturne  à  l'Orient,  Mars  à  l'Occident  ^.  Libre  aux 

1.  Jupiter  est  yoviixôç  t»  xal  TcveufxaTwSïiî  olxetax;  toiî  iizb  xtjiv  àpxTwv 
àv£|xotî:  l'astre  de  Vénus,  xâv  votïmv  irv  s  ujxâxwv  5tà  t6  6cp!i.ôv  xaî  svtx- 
[xov  xf.î  6uvâ[j.ewî  xo'.fi'^'.xôî  {Telrab.,  I,  19).  Jupiter,  installé  en  0(|/wixa  dans  le 
Cancer,  au  solstice,  a  dépossédé  le  Soleil,  qui  était  censé  exciter  le  Borée  et 
céder  à  son  souffle  (ci-dessus,  p.  97,  3  et  127,  2). 

2.  Jupiter  était  l'étoile  du  Sud;  Saturne,  l'étoile  de  l'Ouest  et  aussi  de  l'Est; 
Mars,  étoile  de  l'Est  et  aussi  de  l'Ouest  ;  Vénus,  d'abord  étoile  du  soir  (Ouest) 
et  ensuite  du  matin  (Est).  11  s'agit  cette  fois  —  une  fois  n'est  pas  coutume  — 
d'Égyptiens  authentiques  et  de  monuments  du  temps  des  Pharaons.  Voy.  Lep- 
sius,  Einleihing,  p.  106,  et  Brugsch,  Thésaurus,  I,  pp.  65-78.  Cf.  ci-dessus,  p.  67. 
Il  importe  peu  que  l'orientation  égyptienne  soit  ou  non  conforme  à  celle  des 
astrologues  grecs.  C'est  le  principe  qui  se  trouve  confirmé  par  là.  Du  reste,  la 
tradition  égyptienne  comporte  des  variantes,  même  absolument  contradic- 
toires, et,  dans  le  nombre,  il  s'en  trouve  qui  concordent  avec  le  système  grec  : 
par  exemple,  Saturne  étoile  de  l'Orient  et  Mars  étoile  de  l'Occident. 

3.  Suivant  Ptolémée,  Saturne  est  à  l'E.  et  excite  les  vents  d'E.,  Sià  x-riv  -rpôî 
Tôv  Ti>.Lov  aïpeijtv,  l'Orient  étant  le  côté  du  Soleil.  Et  le  même  Ptolémée,  au 
chapitre  suivant  (II,  20),  placera  V  i5t]/to|jLa  de  Saturne  à  l'opposé  de  celui 
du  Soleil,  pour  cause  d'antipathie  !  Les  astrologues  montrent  ici  un  parfait 
dédain  pour  la  mythologie,  qui  logeait  le  vieux  Titan  dans  le  fin  fond  de 
l'Occident  —  quem  volgo  maxime  colunt  ad  occidentem  (Cic,  Nat.  Deor.,  III, 
17),  et  même  pour  la  tradition  chaldéenne  (cf.  ci-dessus,  p.  69).  Jupiter  est 
plus  solaire  que  Saturne  et  n'est  pas  pour  cela  à  l'Orient.  Quant  à  Mars,  il 
excite  les  vents  d'ouest,  parce  qu'il  est  de  1'  a'ipsaiî  lunaire  et  que  l'Occident 
est  le  côté  de  la  Lune,  le  côté  où  les  planètes  s'humectent  et  se  féminisent. 
Autant  dire  avec  le  scoliaste  que  Saturne  aime  la  contradiction  :  xal  yàp  x(^ 


202       CHAP.    VII.  —   COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 


amateurs  d'harmonies  providentielles  de  chercher  pour  quel  motif 
ultime  les  deux  planètes  favorables  se  trouvaient  associées  par 
le  méridien,  les  deux  malfaisantes  par  l'axe  transversal,  l'un  et 
l'autre  couple  par  aspect  diamétral. 

Nous  pouvons  maintenant  suivre  Ptolémée,  avec  chance  de  le 
comprendre,  et  même  de  le  surprendre  en  flagrant  délit  d'incon- 
séquence, le  péché  habituel  des  astrologues  éclectiques.   Nous 

avons,  pour  le 
contrôler  et  éva- 
luer son  apport 
personnel,  les  ver- 
sions concurren- 
tes de  Dorothée  de 
Sidon  et  de  Paul 
d'Alexandrie  *. 

Pour  l'intelli- 
gence de  ce  qui  va 
suivre,  voici  d'a- 
bord les  figures  ré- 
sumant les  textes 
de  Ptolémée  et  de 
Dorothée  de  Sidon 
(flg.  25  et  26). 

k.Trigone  N.-O. 
(PoppoXtêuxôv),  pre- 
mier  trigone  ^, 
composé  de  signes  masculins  («DP  ^  +>)•  —  Une  observation 
préalable,  qui  s'applique  à  tous  les  trigones,  c'est  que  chacun 
d'eux  est  gouverné  durant  le  jour  par  une  des  deux  (ou  trois) 
planètes  titulaires,  et  durant  la  nuit  par  une  autre,  le  gouver- 
nement (oiKoSecnroxta  ^)  correspondant  à  une  influence   majeure 


Fig.  25.  Trigones  planétaires  daprès  Ptolémée. 


èvxvTfw  x^'ps^  '^^'^  °"  '^'^  ô(xo(w.  Anon.,  p.  37),  et  Mars  de  même,  comme  il 
convient  à  des  gens  bourrus  et  querelleurs!  Des  raisonnements  enfantins  sous 
de  grands  mots.  Les  deux  luminaires  n'ont  pas  d'orientation  particulière. 

1.  Ptoleui.,  Tetrab.,  I,  19.  Doroth.  Sidon.,  Ilepl  Tptywvwv  ap.  Hephaest.,  I,  6, 
p.  71  Engelbrecht.  Paul.  Alex.,  fol.  A  2  -  B.  Cf.  Firmic,  II,  10  et  12  KroU;  VI, 
31,  p.  174-5  Pruckner.  Pap.  Brit.  Mus.,  CXXX  (lig.  131, 170, 178).  Paul  d'Alexan- 
drie abrège  :  il  ne  donne  que  deux  planètes  par  trigone.  Dorothée  passe  sous 
silence  l'orientation. 

2.  Dit  aussi  —  à  cause  du  Lion  et  du  Bélier  —  trigone  royal  (tô  paaiXtxov 
Tptywvov.  Hephaest.  Theb.,  I,  22,  p.  91,  IGEngelbr.;  lo.  Lyd.,  Ostent.,  9;  etc.). 

3.  Les  olxoSsa-K^Tai  ou  rptyoùvoxpattopEi;  d'un  trigone  sont  tantôt  les  deux 
régents  du  trigone,  tantôt  simplement  les  trois  co-propriétaires. 


LES    THIGONES    PLANÉTAIRES 


203 


(I(? 


dans  le  laps  de  temps  donné.  N'insistons  pas  sur  le  motif  :  l'afTi- 
nité  du  jour  et  de  la  nuit  avec  la  «  secte  »  (a'îpsat;)  diurne  et  noc- 
turne dans  les  planètes  est  une  raison  suffisante,  et  nous  n'au- 
rions pas  à  protester  si  la  règle  était  toujours  observée. 

Donc,  le  pre- 
mier trigone  com- 
prenant trois  do- 
miciles, celui  du 
Soleil  (^),  celui 
de  Jupiter  (-(->), 
celui  de  Mars  («[?), 
et  de  plus  l'îitl^wfxa 
du  Soleil  («(?),  est 
dominé  collective- 
ment par  ces  trois 
planètes  et  gou- 
verné pendant  le 
jour  par  le  Soleil. 
Le  régent  de  nuit 
aurait  dû  être 
Mars,  à  qui  les  as- 
trologues ont  in- 
fligé r  a'tpeai;  noc- 


/// 


/TR ICONES  PLANETAIRES*^ 
d  après  Dorothée  de  Sidon     ;' 


/  \ 

orientations   di 
Geminui   Firmicui 

X     1.     N.          N. 

>:, 

\II.    S.          S. 
•...III.  0.           E 

/ 

^1. 

iv.--.E        O . 

*"^    ''•«!~/'^ 

\ 

/    \,/^'''-- 

\v 

*/A", 

^ 

Je:       \<s! 

\\\ 


Fig.  26.  Trigones  planétaires,  d'après  Dorothée  de  Sidon. 


turne.  Mais  la  providence  astrologique  a  évincé  la  planète  malfai- 
sante et  lui  a  substitué  arbitrairement  le  bon  Jupiter.  Le  Soleil 
n'ayant  pas  d'orientation  propre,  celle  du  trigone  est  déterminée 
par  Jupiter  et  Mars  :  le  trigone  est  «  borrholibyque  »,  entre  le 
Nord  (Jupiter)  et  l'Ouest  (Mars)  *. 
B.   Trigone  S.-E .  (voTaTcr]XtwT[y.ôv),  deuxième  trigone,  composé 


1.  Dorothée  de  Sidon,  dans  un  passage  que  n'ont  compris  ni  Kœchly 
{Manethon.,  p.  116)  ni  Engelbrecht  {Hephaest.,  p.  71)  et  qu'ils  ont  ponctué 
de  travers,  substitue  Saturne  à  Mars,  qui  se  trouve  «  expulsé  »  non  seulement 
de  la  régence,  comme  le  dit  Ptolémée  (ÈÇtoaeivtO!;  xoîJ  'Apeoî.  Tetrab.,  II,  19), 
mais  du  trigone.  A  quel  titre  Saturne  intervient-il  là,  lui  qui  est  au  plus  bas 
dans  le  Bélier?  Évidemment,  pour  n'avoir  que  des  planètes  diurnes  associées 
au  Soleil.  Un  autre  brouillon,  Paul  d'Alexandrie,  ne  parle  pas  de  Saturne; 
mais  ce  Saturne  oublié  doit  être  la  raison  pour  laquelle  il  oriente  à  TE.  le 
susdit  trigone,  que  les  Chaldéens  de  Géminus  appelaient  «  septentrional  » 
(ci-dessus,  p.  199).  Voilà  comment  s'emmêle  l'écheveau  des  postulats.  Les 
trigones  de  Ptolémée  sont  orientés  obliquement  entre  les  points  cardinaux, 
parce  que,  comme  on  le  verra  au  ch.  xi,  ils  correspondent  sur  terre  aux 
quatre  parties  du  monde,  délimitées  par  le  méridien  du  Palus-Mœotide  et  le 
parallèle  d'fssos. 


204       CHAP.   VII.  —   COMBINAISONS    DES   SIGNES    ET    PLANÈTES 

de  signes  féminins  (y  irp  *^).  —  Ce  trigone  féminin  *,  qui  con- 
tient un  signe  à  la  fois  domicile  de  Vénus  (y)  et  u<};a)(jia  de  la 
Lune  (y),  ne  peut  élre  gouverné  que  par  la  Lune  durant  la  nuit, 
et  Vénus  durant  le  jour.  La  troisième  place  est  à  débattre,  le 
Capricorne  étant  à  la  fois  le  domicile  de  Saturne  et  V  'S^ouxol 
de  Mars,  et  Mercure  ayant  son  domicile  dans  la  Vierge.  Les  pré- 
tentions s'équilibrent.  Ptolémée,  qui  a  moins  de  souci  des 
«  sectes  »,  se  décide  pour  Saturne  ;  Dorothée,  qui  a  logé  Saturne 
dans  le  premier  trigone,  opte  pour  Mars  et  prend  Mercure  en 
surcharge.  Avec  Vénus  et  Saturne,  Ptolémée  détermine  l'orien- 
tation du  trigone,  entre  le  S.  (Vénus)  et  l'E.  (Saturne).  Dans  le 
système  qui  élimine  Saturne,  le  trigone  devient  ou  plutôt  reste 
((  méridional  »  (vôxtov)  ^, 

C.  Trigone  N.-E.  (poppaTrvjXtw-ctxôv),  troisième  trigone,  composé 
de  signes  masculins  (H  -dt^  -^  Qi  «  humains  ».  —  Ce  trigone 
humain  renferme  un  domicile  (ïïs)  et  un  utj^wfjia  [^  de  Saturne, 
qui  sera  pour  cette  raison  le  régent  de  jour,  et  un  domicile  de 
Mercure  (14),  qui,  diurne  ou  nocturne  à  volonté,  exercera  la 
régence  nocturne.  A  qui  adjuger  la  troisième  place?  La  Balance 
est  un  domicile  de  Vénus  ;  mais  la  morale  astrologique  exclut 
Vénus  d'un  trigone  masculin,  et  Ptolémée  a  absolument  besoin 
d'une  planète  marquant  le  Nord.  Aussi  il  installe  Jupiter,  le  bon 
et  complaisant  Jupiter,  sous  prétexte  qu'il  est  de  la  même  secte 
que  Saturne.  De  cette  façon,  toutes  les  planètes  du  trigone  sont 
diurnes,  et  le  trigone  lui-même  orienté  au  N.-E.  Paul  d'Alexan- 
drie, qui  n'entre  pas  dans  ces  finesses  et  paraît  même  ignorer  le 
caractère  «  oriental  »  de  Saturne,  reste  fidèle  cette  fois  à  la 
tradition  des  Chaldéens  de  Géminus;  il  déclare  le  troisième 
trigone  «  occidental  ». 

D.  Trigone  S.-O.  (voxoXtêuxôv),  quatrième  trigone,  composé  de 
signes  féminins  {<3  nj,  }().  —  Dans  ce  trigone  s'accumulent  les 
signes  prolifiques  :  Vénus  y  a  son  Gtpwfxa  ()()  ;  la  Lune,  son 
domicile  (ûp);  Jupiter,  son  u^^wfxa  (05)  plus  un  domicile  ()();  Mars, 
un  domicile  (lï],).  Tout  cela  ne  laisse  pas  que  d'être  embarrassant 
pour  des  astrologues  en  quête  de  planètes  féminines  et  nocturnes. 


1.  C'est  le  trigone  agricole  suivant  lo.  Lyd.,  Ostent.,  9,  étant  composé  du 
Taureau  laboureur,  de  la  Vierge  à  TÉpi  et  du  Capricorne,  lequel  irpwxoî  xiôv 
TôioÛTuv  xapiiûv  àTToyeûïtat  (allusion  aux  Saturnalia  de  décembre?). 

2.  Voy.  ci-dessus,  p.  199,  le  système  de  Géminus.  Orientation  au  S.  dans 
Paul  Alex.,  loc.  cit.  Après  Vénus,  la  Lune  et  Mars,  ev  Se  vu  napôsvticTi  MaiT;ç 
-itpoff>.â;x6av£  xoûpov  (Doroth.,  loc.  cit.).  Ptolémée  lui-même,  revenant  sur  les 
trigones  (II,  3,  ci-après,  ch.  xi),  substitue  Mercure  à  la  Lune. 


LES   TRIGONES    PLANÉTAIRES  205 

Jupiter,  quoique  le  mieux  pourvu,  est  éliminé  *.  C'est  une  com- 
pensation à  l'honneur  usurpé  par  lui  dans  le  troisième  trigone, 
où  il  n'avait  que  faire.  Mars,  si  maltraité  dans  le  premier  trigone, 
ne  pouvait  être  pourchassé  de  partout.  Dorothée  lui  accorde  une 
régence,  mais  la  moindre,  celle  de  nuit,  l'autre  étant  dévolue  à 
Vénus.  La  mauvaise  volonté  est  évidente  ;  car  si  Vénus  est  fémi- 
nine. Mars,  bien  que  rangé  malgré  lui  dans  la  secte  nocturne  ou 
lunaire,  est  plus  qualifié  pour  régner  durant  le  jour.  La  Lune  se 
contente  de  la  troisième  place,  sans  doute  parce  que,  aux  yeux 
de  Dorothée,  1'  îi^''*^!^*  de  Vénus  prime  le  domicile  de  la  Lune, 
Ptolémée  ne  veut  pas  non  plus  disqualifier  Mars,  dont  il  a  besoin, 
ainsi  que  de  Vénus,  pour  son  orientation  mixte  :  mais  il  ne  lui 
laisse  qu'une  régence  honorifique,  étendue  au  jour  et  à  la  nuit  ^  : 
la  régence  effective  est  exercée  par  ses  auvoixoScOTtôxai,  Vénus 
pendant  le  jour,  la  Lune  pendant  la  nuit.  Le  maudit  est  ainsi 
tenu  en  bride  par  ses  acolytes.  Toutes  ces  tergiversations  n'ex- 
pliquent pas  pourquoi  le  trigone  «  notolibyque  »  de  Ptolémée 
devient,  chez  Paul  d'Alexandrie,  un  trigone  «  septentrional  ». 
L'explication  la  plus  simple ,  c'est  que  l'astrologue  dissident 
n'avait  plus  d'autre  orientation  disponible.  On  peut  remarquer 
toutefois  que  le  sommet  du  trigone,  le  Cancer,  est  réellement  au 
point  le  plus  septentrional  du  Zodiaque. 

Nous  retrouverons  plus  loin  les  trigones  zodiaco-planétaires,  et 
la  répartition  de  leur  influence  sur  l'étendue  de  la  terre  habitée 
nous  montrera  tout  le  parti  qu'ont  tiré  les  astrologues  de  cette 
orientation  si  anxieusement  précisée.  En  attendant,  nous  allons 
poursuivre  le  recensement  de  l'outillage  astrologique,  qui  devient 
de  plus  en  plus  compliqué.  De  même  que  des  raisons  tirées  des 
domiciles  et  des  exaltations  interviennent  dans  la  construction 
des  trigones,  de  même  le  recours  aux  domiciles,  aux  exaltations. 


1.  Ptolémée  le  replace  ailleurs  (II,  3)  dans  ce  même  trigone,  pour  rendre 
compte  de  la  position  du  temple  de  Jupiter  Ammon  dans  le  S.-O.  (ci-après, 
ch.  xi).  Sa  logique  ne  connaît  que  les  raisons  opportunes.  Il  ôte  aussi  à  la 
Lune  sa  part  de  régence,  celle-ci  étant  exercée  par  Mars  et  Vénus. 

2.  Le  scoliaste  assure  que  c'est  une  compensation  avantageuse  pour  Mars  : 
le  trigone  SÎSoxat  tw  "Apet  [lôvu)  Sià  tô  u.')',  xaxà  -itoûtov  Xôyov  oûxtvi  xûv  5)vXwv 
EÎXTJ'f  9ai,  SOev  xal  èv  vuxxl  xal  Iv  f|[J.Épa  Bstnzoxzùei  ôfiotu;  j^aipwv,  8tà  r^v  etpT|[jLÉVT|v 
alTbv(Anon.,  p.  38).  11  prétend  aussi  que,  cette  fois,  Ptolémée  institue  trois 
TpiywvoxpiTopai;,  comme  Dorothée,  lequel  en  met  trois  dans  chaque  tri- 
gone. Ou  il  a  mal  lu  Dorothée,  ou  Dorothée  complétait  son  explication  dans 
un  passage  que  nous  n'avons  plus  -,  car  on  ne  trouve  rien  de  pareil  dans  les 
treize  vers  iiEpi  toiywvwv  qui  nous  ont  été  conservés  par  Héphestion  de 
Thèbes. 


206       CHAP.    VII.   COMBINAISONS   DES    SIGNES   ET    PLANÈTES 

aux  trigones,  jettera  peut-être  quelque  lueur  subobscure  sur  le 
grand  arcane  des  6'pta. 

4°  Confins  ou  Termes  (6'pta  -  fines-  iermîni).  —  On  entend  par  6'pia 
des  fractions  de  signe  séparées  par  des  bornes  intérieures  et  dis- 
tribuées dans  chaque  signe  entre  les  cinq  planètes  ^  à  titre  de 
propriété  domaniale  représentant  leur  influence  spécifique  et 
équivalant  à  leur  présence  réelle  ^.  Ces  propriétés  sont  inégales 
en  étendue,  inégales  entre  elles  dans  le  même  signe  et  inégales 
d'un  signe  à  l'autre  pour  la  même  planète,  ce  qui  est  un  premier 
mystère  :  les  planètes  qui  les  possèdent  sont  rangées  dans  un 
ordre  qui  varie  pour  chaque  signe,  sans  former  jamais,  ni  dans 
un  signe,  ni  dans  l'ensemble  des  signes,  une  série  connue  et 
intelligible,  ce  qui  achève  de  dérouter  même  les  docteurs  en 
astrologie.  Ptolémée,  cette  fois,  renonce  non  seulement  à  com- 
prendre, ce  qui  a  dû  lui  arriver  plus  d'une  fois,  mais  à  affecter  de 
comprendre.  Se  trouvant  en  présence  de  deux  systèmes,  l'un, 
absolument  capricieux,  mais  généralement  accepté,  sur  la  foi  des 
«  Égyptiens  »,  l'autre,  plus  intelligible,  mais  garanti  seulement 
par  la  tradition  chaldéenne,  qui  inspirait  moins  de  confiance,  — 
surtout  à  Alexandrie,  —  Ptolémée  n'est  pas  médiocrement 
embarrassé.  Il  fait  des  objections  à  l'un,  critique  l'autre,  et  finit 
par  en  proposer  un  troisième,  qu'il  n'ose  pas  donner  comme  sien, 
mais  qu'il  prétend  avoir  trouvé  dans  un  vieux  livre,  rongé  par  le 
temps,  mutilé  et  en  certains  endroits  indéchiffrable.  A  l'entendre, 
ce  troisième  système,  fondé  sur  des  raisons  «  naturelles  »  et 
d'accord  avec  une  foule  de  constatations  expérimentales  que 
contenait  le  vieux  livre  en  son  neuf,  est  le  vrai  système  égyptien, 
expurgé  des  erreurs  et  retouches  maladroites  qui  l'avaient 
défiguré. 

Cette  page  de  Ptolémée  est  un  document  psychologique  de 
haute  valeur  ;  elle  nous  montre  l'état  d'esprit  des  croyants  et  les 

1.  'Eitsl  où  StSovtat  Totî  cpwal  opta  (Ptol.,  Tetràb.,  I,  21). 

2.  Licet  ipsum  signum  aliénas  sit  potestatis  et  alterius  habeat  domicilium, 
tamen  partes  ejus  quasi  propriae  singulis  stellis  dividuntur,  quae  parles  fines 
stellarum  nominantur  :  hos  fines  Graeci  8pta  vocant  (Firm.,  II,  6  Kroll). 
Cf.  l'expression  de  finitumae  parles  dans  Cic.  Divin.,  42  (ci-dessus,  p.  181,  1). 
—  "Opta  8è  daTÉpwv  Ttpoaayopeûouatv  Iv  ixdtaTw  Ça)8£to,  Iv  olç  ëxaaTOî  twv  àaxipwv 
i'izà  itoaTT,;  (Jiotpai;  lirl  xocttV  [AoJpav  tï^eiutov  S-jvaxat  •  irspl  wv  où^  "h 
TU)(0'jaa  Ttap'  aùioT;  ÈffTt  xal  xaxà  Toi;  nivaxaç  Statpovta  (S.  Empir.,  op.  cit.,  37, 
p.  344).  Manilius  avait  l'intention  de  donner  le  tableau  des  Spta,  dont  il  connaît 
la  vertu  :  Cujus  enim  stellae  in  fines  in  sidère  quoque  \  Inciderit  [dodecate- 
moj'ion],  dabit  effeclus  in  viribus  ejus-  -Verum  haec  posterius  proprio  cuncta 
ordine  reddam  (I,  747  sqq.)  Cf.  ci-après,  ch.  ix. 


LES   CONFINS   OU   TERMES   PLANÉTAIRES 


207 


moyens,  bien  connus  des  fabricants  d  apocryphes,  dont  il  fallait 
se  servir  pour  capter  la  foi.  Enfin,  quand  on  sait  que  Ptolémée^ 
en  dépit  de  toutes  ses  précautions^  ne  réussit  pas  à  remplacer  le 
vieux  système  égyptien  par  le  nouveau,  donné  comme  plus  vieux 
que  l'autre,  la  démonstration  est  complète.  Il  appert  de  ce  fait, 
ajouté  à  tant  d'autres,  que  le  plaisir  de  comprendre  gâte  celui  de 
croire,  et  que  la  foi  non  seulement  ne  craint  pas,  mais  recherche 
le  mystère,  y  voyant  la  marque  spécifique  des  œuvres  divines  et 
des  vérités  révélées. 

Voici  d'abord  le  système  «  égyptien  »,  (sans  doute  celui  de 
Néchepso  et  Pé- 

tosiris),  le    seul  I.  —  Tableau  des  6'pta  [système  égyptien). 

que  connaissent 
Dorothée  de  Si- 
don,  Firmicus  et 
Paul  d'Alexan- 
drie *,  et  celui 
qui  fait  loi  pour 
tous  les  tenants 
de  l'astrologie 
classique.  Il  y  a, 
dans  tout  systè- 
me d'  ô'pia,  deux 
choses  principa- 
les à  considérer, 
l'ordre  (xâçtc) 
des  planètes  et 
la  quantité  (iroaô- 
T7)(;)  de  degrés 
qui  leur  est  attri- 
buée. Ptolémée 
n'est  satisfait  ni 
de  l'ordre,  ni  de 
la  quantité. 

L'ordre  devrait  être  réglé  d'après  les  trois  formes  de  propriété 
précédemment  énumérées,  le  domicile,  le  trigone,  l'hypsoma;  la 
première  place  étant  donnée  dans  chaque  signe  à  la  planète  qui 


V 

'^   6 

0    G 

^   8 

Cf   5 

ï,  5 

=   30 

y 

98 

^   6 

"^   8 

ï,    5 

d  3 

=  30 

H 

?   6 

^   6 

9  0 

d^  7 

ï>    6 

=  30 

69. 

d^  7 

9    6 

?    6 

•^    7 

ï>    4 

=  30 

SI 

^   6 

9  s 

ï)    7 

?    6 

(5^  6 

=  30 

«P 

^   ^ 

910 

:^   4 

C?   7 

ï,    2 

=   30 

-A- 

ï,    6 

^   8 

-^   7 

9    7 

d  2 

=  30 

«l 

d  7 

9  '^ 

^   8 

!^   5 

ï)    6 

=   30 

+> 

:^12 

9  5 

?   4 

ï,   5 

d<  4 

=   30 

H 

^   7 

^  7 

9  8 

ï,    4 

d*  4 

=  30 

55Î 

^   7 

9  6 

^    7 

d  5 

ï,    5 

=   30 

)C 

912 

^    4 

V   3 

d  9 

ï)    2 

=   30 

1.  L'exposé  versifié  —  et  par  conséquent  mis  à  l'abri  des  altérations  de 
chiffres  —de  Dorothée  de  Sidon  (ap.  Hephaest.  Theb.,  I,  1,  reproduit  à  la  suite 
du  Manéthon  de  Kœchly,  p.  113-116)  permet  de  corriger  les  erreurs  de  copie 
dans  les  tableaux  de  Ptolémée,  de  Paul  d'Alexandrie,  de  Firmicus  (II,  6),  celui- 
ci  laissé  en  piteux  état  par  C.  Sittl,  incomplètement  rectifié  par  W.  Kroll. 


208       CHAP.  VII.  —  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET   PLANÈTES 

possède  le  droit  le  plus  prisé  ou  la  plus  grande  somme  de  droits, 
et  les  places  suivantes  adjugées  de  même,  suivant  la  gradation 
des  titres.  Ptolémée  montre  que  l'ordonnance  des  6'pia  ne  suit  ici 
aucune  règle  précise,  aucune  cote  des  titres,  la  préséance  étant 
donnée  tantôt  au  domicile,  tantôt  au  trigone,  tantôt  à  l'hypsoma, 
tantôt  à  une  planète  dépourvue  de  tout  droit.  Ainsi,  Mercure 
figure  au  premier  rang  dans  le  Capricorne,  où  il  est  tout  à  fait 
étranger;  dans  le  Verseau,  où  il  n'a  qu'un  droit  de  trigone,  il 
dépossède  Saturne,  qui  y  a  domicile  et  trigone.  Ces  dénis  de 
justice  ont  eu  pour  cause,  généralement,  le  désir  philanthropique 
de  diminuer  l'autorité  des  planètes  malfaisantes,  sentiment  qui  a 
poussé  les  astrologues  <j  égyptiens  »  à  rogner  aussi  sur  la  quantité 
des  ô'pia  dévolus  aux  mêmes  planètes  *. 

La  quantité  (tiouott)?),  envisagée  comme  total  des  sommes 
partielles  allouées  à  chaque  planète,  représente  le  nombre 
d'années  de  vie  que  peut  impartir  la  dite  planète  à  l'individu  qui 
naît  sous  sa  domination,  c'est-à-dire  quand  elle  est  «  maîtresse 
de  la  géniture  »  ^  Ptolémée,  qui  ne  croit  guère  à  cette  façon  de 
mesurer  la  vie,  trouve  ces  évaluations  arbitraires;  mais  il  n'ose 
pas  rejeter  tout  à  fait  l'autorité  des  Égyptiens,  et  il  ne  se  per- 
mettra de  rectifier  que  la  répartition  de  détail  ^.  Mais  à  quoi 
répondent  ces  sommes  d'années  de  vie  dont  dispose  les  planètes? 
Quelle  en  est  la  raison  naturelle,  s'il  y  en  a  une  autre  que  les 
constatations  expérimentales  invoquées  par  les    Égyptiens  *? 

1.  Porphyre  (ap.  Stob.,  Ed.  II,  7,  42,  p.  390)  dit  que  Ton  avantageait  le 
maître  du  signe,  placé  en  tête,  et  qu'on  rejetait  les  planètes  malfaisantes  à 

la  fin  :  aï  (Jièv  TtpÛTai  toC  î;wS{ou  [xotpai  wî  Sv  «ûtw  vsv£[jL-r)[jLsvai  tû  xupîw  toO 
!;u8(ou  TtapeSôÔTiaav  elvai  iéix'f  iXatpstç  •  ai  Se  xeXsuTaïat  êirl  -rcivrwv  -coTç  xaxoitoîo'.; 
î^eyotxévoiî  iarpâaiv  dtTt£ve[jLf,eTiaav.  En  eflet,  Saturne  et  Mars  occupent  seuls  la 
dernière  colonne  des  opia.  Quant  à  la  règle  concernant  le  «  maître  du  signe  », 
elle  est  mieux  observée  dans  le  système  chaldéen  (ci-après,  p.  210). 

2.  C'est  une  règle  Sxt  l'xauTOî  twv  àatépwv  olxoSsjTroxTiaa!;  toaaûxa  îvr\  itapéÇet 
■  Sut,  xal  fi  tîoœôtTii;  èaxl  twv  ôpt'wv  (Anon.,  p.  42).  Voy.  ci-après,  ch.  xii. 

3.  '0  yàp  xa6'  ëva  k'xaaTov  xwv  dtff-cÉpwv  iTzi<sway6\t.twz  è%  icdvxwv  àpiO|iô(;,  irpàî 
8v  œaaiv  aLiTwv  ta  ^(oovticà  |j.£ptÇ£<j8ai,  oûSéva  otxetov  oùSà  eùaitoSsittov  è'^st  ^ôyov. 
'Eàv  5à  xal  tw  toutou  xaTà  Ttiv  éTriauvaywy^iV  àpi8[J.w  TïtuTeûffwjisv,  ûî  dvTivtpuî 
ôjAoXoYOujisvo)  uir'  AîyunTfwv,  TzoXka.yG>i;  [Jiâv  vcal  âXXwç  tt;?  xaTà  tô  Çw6iov  iroaô- 
TTQTOç  évaXXaaao[i£VTi<;,  ô  «ùtôç  àpib^b<;  auvayô[JL£voi;  sùpéb-r\  {Tetrab.,  I,  21).  En 
effet,  dans  son  système  retouché,  il  conserve  les  sommes  et  modifie  la 
répartition. 

4.  Ptolémée  a  bien  soin  de  dire  que  le  système  égyptien  des  opia  mérite 
créance,  plus  que  le  chaldéen,  xal  5ià  t6  t^  (îuvaywyT,v  aÛTwv  napà  toT?  Atyuit- 
Tt'oiç  auyypacpEÛCTiv  w;  j(p7jat[iV  àvaypatpV  Ti^iûaÔa'.,  xal  Stà  tô  «juiAcpwvEtv  aÙTOÎ;  w; 
ÊirÎTtav  Tàç  [xotpa;  twv  ôpîwv  xaîî  xaTaTETayjjiÉvai;  6it'  aÛTwv  itapaSEtyii-aTixat; 
ysvéasj'.v.  Il  allègue  de  même,  à  l'appui  de  ses  retouches,  Ta;  twv  Trpoysvoaévwv 


LES    CONFINS    OU    TERMES    PLANÉTAIRES  209 

D'aucuns  avaient  imaginé  que  ces  chiffres  représentaient  les 
«  temps  anaphoriques  »  de  chaque  planète,  c'est-à-dire  — 
hasardons  cette  hypothèse  *  —  le  temps,  exprimé  en  degrés  de 
Téquateur,  que  mettent  à  monter  au-dessus  de  l'horizon  les  deux 
signes  qui  constituent  les  domiciles  de  la  planète.  Ptolémée,  qui 
se  sent  ici  sur  son  terrain,  traite  ces  gens-là  avec  le  dédain  qu'ils 
méritent.  Il  leur  apprend  que  les  chiffres  évaluant  les  ascensions 
varient  avec  les  latitudes,  et  que  les  leurs,  faux  pour  toutes  les 
latitudes,  n'ont  pu  être  accommodés  aux  cotes  traditionnelles 
qu'à  force  d'expédients,  de  raffinements,  de  mensonges.  Mais 
Ptolémée  se  contente  de  ce  résultat  négatif  :  il  se  dérobe.  C'est  à 
ses  scoliastes  qu'il  faut  recourir  pour  trouver  au  moins  un 
indice  qui  aide  à  deviner.  Démophile  dit  que  la  répartition 
inégale  des  ô'ptac  a  pour  cause  «  les  périodes  complètes  des  pla- 
nètes »  ^.  Ces  périodes  complètes  ou  achevées  étaient  des  cycles 
calculés  par  les  Chaldéens  —  les  Chaldéens  du  temps  des  Séleu- 
cides  ^  —  et  servant  à  déterminer  à  l'avance  les  positions  des 
planètes  pendant  toute  la  durée  de  leurs  cycles  respectifs. 
L'explication    de  Démophile   représente    évidemment  l'opinion 


YeveuEwv  [Aoipoypa'f  taç  (ibid.).  On  voit  quel  avantage  avaient  les  astrologues  à 
vieillir  leurs  doctrines  et  antidater  leurs  expériences,  et  pourquoi  les  fabricants 
de  livres  égyptiens  ont  fini  par  l'emporter  sur  leurs  rivaux,  les  Chaldéens, 
qui  n'avaient  pas  une  officine  comme  Alexandrie  à  leur  service. 

1.  Ptolémée  et  le  scoliaste  sont  ici  aussi  obscurs  que  possible  :  Kal  ô  i:£i- 
Bavo^kOYSîv  xal  ffocptÇeaOat  tivè;  sirtj^stpoOai  irepl  aùtwv,  8ti  xatà  iravrôi; 
xXijxatoi;  àvatpoptvcàv  Xdyov  oT  xaô' ëxaa-cov  iazépct  crujj^Yifia'ciÇôp.Evoi -Ttwî 
Xpôvoi  x->iv  OLÙx^v  lit  tauvivou  j  i  tz  o <j ô-z-fiX a,  t^zuBéi;  èsti  {Telrab.,  1,21).  Le 
scoliaste  répète  :  xal  xof  ye  tivéî  oaai  aoaiÇôfJicvo'.,  wî  éxdtuTw  twv  iarxépwv  èSôBTi 
r,  itoadTT,;  twv  ôptwv  irpô;  t>,v  àvaçoptxiiv  twv  j^povwv  toS  ÇwStou 
ir  0  j6  tt)  Ta.  2uvaYÔ[iEV0'.  yàp  oi  dtva'fopixot  xpôvoi  t)\v  aÛTi^v  Toti;  ôptoi;  àiroTs^oOffi 
itoaÔTTiT»  •  i^'ïûSoî  5è  ToÛTO  (Anon.,  p.  41).  Quel  lien  supposer  entre  la  durée 
de  l'ascension  des  signes  et  les  planètes  ?  Le  domicile  ?  Thypsoma  ?  le  tri- 
gone?  Le  scoliaste  dit  plus  loin  (p.  43)  qu'on  additionnait  Tiç  àva9opàî  twv  5ûo 
ÇwSiwv    IxiffTou    dtaTÉpoî,  ce  qui  ne  peut  s'entendre  que  des  domiciles. 

2.  Les  5pta  sont  distribués  dans  les  signes,  non  par  parties  égales,  comme  les 
les  décans,  àXki.  ôtaçôpw;  xaTà  5X)kTjV  a'.TÎav,  TjVTiva  ÛTtiBsvTo  èv  TaT;  twv  asTipwv 
teXeîxi;  irep'.  oSot;  [ap.  Porphyr.,  Isag.,  p.  200).  Sur  ces  périodes,  voy. 
Saluias.,  De  annis  climact.,  p.  209-215. 

3.  Des  fragments  de  cette  Connaissance  des  Temps  élaborée  dans  les  obser- 
vatoires chaldéens,  datant  des  années  219-121  avant  J.-C,  figurent  parmi  les 
textes  déchiffrés.  Voy.  P.  Epping,  Astronomisches  aus  Babylon,  p.  189. 
P.  Epping  et  Strassmaier,  Neue  babylonische  Planeten-Tafeln  (Zeitschr.  f. 
Assyriol.,  V  [1890],  p.  341-366.  VI  [1891],  pp.  89-102  et  211-244).  Les  évaluations 
chaldéennes  (I)  59  ans;  "if  83  ans;  o^  79  ans  ;  Q  8  ans;  "^  46  ans)  sont  tou- 
tefois assez  différentes  des  sommes  adoptées  pour  les  Sota  (ci-après,  p.  212). 

14 


210       CHAP.    VII.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 


commune  des  astrologues  ;  car  d'autres  disent  aussi  que  les 
années  de  vie  imparties  par  les  planètes  sont  égales  à  la  durée  de 
leurs  périodes  (grandes  ou  petites  ou  moyennes),  et  on  nous  a 
déjà  averti  que  ce  nombre  d'années  est  égal  à  la  somme  des  Sp-.a. 
Seulement,  il  faut  admettre  un  postulat  énorme  et  admirer  plus 
que  jamais  l'harmonie  providentielle  du  monde,  car,  dans  tous 
les  systèmes  d'opia,  la  somme  de  ces  périodes  est  précisément 
égale  aux  360  degrés  du  cercle.  Ptolémée  a  reculé  devant  ce 
sacrifice  imposé 

à  sa  foi,  ou  plutôt  II.  —  Tableau  des  opta  diurnes  [système  chaldéen). 
devant  l'aveu 
public  de  sa  foi. 
C'est  la  même 
règle  de  quan- 
tité qui  a  présidé 
à  la  confection 
du  tableau  des 
6'pta  chaldéensS 
encore  que  les 
sommes  partiel- 
les y  soient  diffé- 
rentes, les  «Chal- 
déens  »  ayant 
réagi,  ce  semble, 
contre  l'optimis- 
me de  leurs  ri- 
vaux et  fait  la 
part  plus  large 
aux  planètes 
malfaisantes.  Le 
principal  défaut 
que  Ptolémée 

trouve  au  système  chaldéen  est  sa  régularité  mécanique,  excès 
contraire  à  l'irrégularité  intempérante  du  système  égyptien.  Il 
consiste  à  donner  même  division  aux  signes  d'un  même  trigone  ^. 
En  tête  se  place  la  planète  maîtresse  du  trigone;  viennent  ensuite 
la  maîtresse  du  trigone  suivant,  les  deux  maîtresses  du  troisième 

1.  Ce  tableau  ne  se  trouve  que  dans  Ptolémée  [Tetrab.,  J,  21). 

2.  La  répartition  une  fois  faite  pour  le  premier  signe  de  chacun  des  quatre 
trigones,  il  n'y  a  plus  qu'à  la  répéter  pour  le  second  et  le  troisième  signe, 
comme  on  le  voit  dans  chacune  des  trois  tranches  du  tableau  ci-dessus.  Même 
symétrie  dans  le  système  des  opia  vca-uà  t-^,v  sTrxdÇwvov  (ci-après,  p.  214). 


^ 

'^   8 

9  7 

ï,*6 

?*5 

d'  4 

=  30 

9    8 

ï)*7 

^*6 

d  3 

If   4 

=  30 

ï,*8 

^*7 

Cf  6 

^   5 

9    4 

=   30 

ffp 

^  8 

If    7 

9   6 

ï)*o 

?*4 

:=:    30 

Q. 

if   8 

9    ^ 

ï,*6 

^«5 

d  4 

=   30 

np 

9    8 

1^*7 

^*6 

â  6 

C?5 

If   4 

=  30 

-n-. 

ï)*8 

^*7 
If   7 

%  5 

9    4 

=  30 

H 

d  8 

9   6 

ï,*5 

?*4 

=z   30 

O 

if  8 

9  7 

ï)*6 

î*5 

6  4 

=  30 

1o 

9    8 

ï)*7 

^*6 

6  o 

If    4 

=  30 

ï,*  8 

^*7 

C?  6 

If  5 

9    4 

=  30 

}t 

d  8 

If    7 

9    6 

ï,*5 

?*4 

=  30 

LES    CONFINS    OU    TEHMES    PLANETAIRES 


211 


III.  —  Tableau  des  opca  {système  de  Ptolémée). 


trigone,  enfin,  la  maîtresse  du  dernier  trigone.  Le  nombre  de 
degrés  attribué  à  chaque  planète  va  décroissant  d'une  unité,  de 
la  première  planète,  qui  en  a  8,  à  la  dernière,  qui  en  a  4,  Chaque 
tranche  d'6'p'.a  est  découpée  dans  la  série  —  invariable  et  inexpli- 
quée :  ï)  ^  d*  ^  9-  C'est  pour  maintenir  cette  série  que,  par 
exception,  dans  le  trigone  humain  (H  -^  sss)  les  deux  planètes 
maîtresses  du  trigone,  Saturne  et  Mercure,  occupent  les  deux 
premiers  postes  :  Mars,  qui  devrait  être  au  second  rang  comme 
maître  du  tri- 
gone suivant,  est 
relégué  au  troi- 
sième. Enfin, 
Saturne  et  Mer- 
cure—  ces  deux- 
là  seulement  — 
permutent  l'un 
avec  l'autre  dans 
tous  les  signes, 
suivant  que  la 
géniture  est 
diurne  ou  noc- 
turne *. 

Ptolémée,  aidé 
de  son  vieux 
livre,  voudrait 
introduire  dans 
le  système  égyp- 
tien un  ordre  ra- 
tionnel, moins 
régulier,  mais 
plus  souple  et 
plus  compréhen- 
sif  que  celui  du  système  chaldéen  ^  11  tient  compte  à  la  fois  des 
b^io^Tz^,  des  trigones  et  des  domiciles,  trois  espèces  de  titres  dont 
la  valeur  décroît  dans  l'ordre  indiqué.  Une  planète  qui  possède 

1.  Peut-être  emprunt  fait  à  la  méthode  de  l'heptazone. 

2.  J'avais  cru  pouvoir  échapper  aux  variantes  constatées  dans  le  texte 
(Tetrab.^l,  21)  et  les  diverses  traductions  de  Ptolémée,  dans  le  Scoliaste  (Anon., 
pp.  44-47)  et  la  Paraphrase  de  Proclus  (I,  24)  en  suivant  les  nombres  donnés 
en  toutes  lettres  par  Iléphestion  de  Thèbes  (cf.  ci-après,  p.  215,  1).  Mais  ces 
nombres  changent  les  sommes  partielles,  et  —  ce  qui  tranche  la  question  — 
leur  total  donne  366°.  Je  m'en  tiens  donc  au  texte  de  Ptolémée  (ap.  Juncti- 
nus,  I,  p.  75). 


^ 

If   6 

9    8 

?    7 

Cf   5 

ï,    4 

=   30 

^ 

9    8 

?    7 

If    7 

ï)    4 

d^  4 

=   30 

H 

^    '7 

if    6 

9  7 

6  6 

ï)    4 

=   30 

69 

Cf  6 

If    7 

^  -? 

9    7 

ï,    3 

=   30 

^ 

ï,    6 

^    '7 

9  6 

If    6 

d*  3 

=  30 

np 

?    '^ 

9    6 

if  5 

ï)    6 

d  6 

=   30 

-n-. 

ï>    6 

9    3 

:^   8 

?    3 

d  6 

=   30 

«l 

d  6 

if    8 

9  7 

^    6 

ï)    3 

=   30 

-H" 

-^   8 

9    6 

?    3 

ï)    6 

Cf   3 

=    30 

lo 

9   6 

^   6 

If    7 

6  6 

ï,    5 

=   30 

^ 

ï,    6 

?    6 

9    8 

if    0 

d  3 

=   30 

)C 

9    8 

If    6 

■^   6 

Cf  6 

ï,    4 

=   30 

212       CUAP.  VII.  —   COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

deux  de  ces  litres  passe  avant  celle  qui  n'en  a  qu'un.  A  titres 
égaux,  une  planète  bienfaisante  prend  rang  avant  une  malfai- 
sante, sauf  dans  le  Cancer  et  dans  le  Lion,  où  sont  les  domiciles 
de  la  Lune  et  du  Soleil.  Là,  la  Lune  est  remplacée  par  Mars,  qui 
fait  partie  de  la  secte  (a'îpsjtç)  lunaire  ou  nocturne,  et  le  Soleil 
par  Saturne,  qui  est  planète  diurne.  Pour  la  quantité  des  degrés 
occupés  par  chaque  planète,  —  quantité  dont  Ptolémée  ne 
modifie  pas  le  total,  —  la  règle  est  des  plus  rassurantes.  Elle  con- 
siste à  avantager  les  planètes  bienfaisantes,  toutes  les  fois  que 
l'astrologue  n'a  pas  les  mains  liées  par  la  prédominance  d'une 
planète  à  deux  titres  trônant  soit  dans  le  signe  visé,  soit  dans  le 
quadrant  auquel  ce  signe  appartient.  Ptolémée  alloue  7  degrés  à 
Jupiter  et  à  Vénus,  contre  5  à  Saturne  et  à  Mars.  Mercure,  tou- 
jours hybride,  en  reçoit  6.  Enfin,  comme  on  n'aboutirait  pas,  en 
appliquant  cette  règle,  aux  mêmes  totaux  que  le  tableau  égyp- 
tien, Ptolémée  dispose  encore  d'unités  aberrantes  qu'il  ajoute  ou 
retranche  çà  et  là  pour  des  raisons  passablement  compliquées  et 
obscures.  Le  lot  des  planètes  à  titre  double  peut  être  augmenté 
d'un  degré  prélevé  sur  le  lot  des  autres.  D'autre  part,  il  arrive 
qu'on  retranche  un  degré  à  Saturne,  et  même  à  Jupiter,  sous 
prétexte  que  ceux-ci,  étant  à  marche  lente,  ne  tiennent  pas  à 
avoir  un  grand  nombre  d'opta*.  Enfin,  on  aboutit  de  cette  façon  à 
une  ordonnance  qui  redresse  les  erreurs  de  détail  sans  changer 
la  valeur  totale  des  propriétés  possédées  par  chaque  planète, 
ainsi  qu'on  le  voit  par  le  tableau  suivant  : 

Système  égyptien  et  ptolémaïque  : 

ï)  570  _^  :^  790  _|_  ^  660  _j_  ç  82°  +  ^  760  _  360° 

Système  chaldéen  (avec  permutation  àc  f)  et  ^)  : 

780  {diurne)       ,    ^  ^^^  -f  d^  69°  +  9  75»  +  ?  !  ^f  =  360» 
66°  [nocturne]  ~  ^        ^  ^         ~  ^         ^^(78° 

Tandis  que,  sur  360  degrés,  le  tableau  chaldéen  accorde  141° 
en  moyenne  aux  planètes  malfaisantes  et  219°  aux  trois  autres, 
le  tableau  égyptien  abaissait  à  123°  la  part  des  malfaisantes  et 
haussait  à  237°  le  lot  des  autres.  La  plus  grande  différence  entre 

1.  Ptolémée,  qui  masque  autant  qu'il  peut  les  puérilités  de  la  doctrine,  se 
contente  de  dire  :  Stà  xô  PpaS^jxspov  ajxwv  xf^ç  -xivtitewi;.  C'est  le  scoliaste  qui 
ajoute  :  ppa8uxtvT|X0t  yàp  ôvxsi;,  txâXîiOv  aùxol  y^CLipou^i  -zr^  icpaipéac-.,  Stà  xà  xal 
xàv  IXi/iffxov  xÔTTOv  èv  xXstovt  SteÇiÉvat  XP'^'-'V  (Anon.,  p.  44).  Ces  podagres  aiment 
les  petits  coins.  Ce  chapitre  du  scoliaste  (p.  44-47)  est  un  spécimen  curieux 
des  tours  de  force  de  la  logique  obligée  de  justifier  un  dogme  préexistant. 


LES   CONFINS   OU   TERMES    PLANÉTAIRES  213 

les  deux  systèmes  porte  sur  Saturne,  qui  est,  nous  le  savions 
déjà,  le  grand  ouvrier  de  l'astrologie  chaldéenne. 

La  question  des  ô'pta  était  peut-être  celle  qui  divisait  le  plus 
les  astrologues,  au  moment  oîi  Ptolémée  intervint  dans  la  que- 
relle. Même  des  profanes,  comme  Sextus  Empiricus,  ont  ouï 
parler  de  leurs  discordes*  :  «  Apollinaire  »,  dit  Démophile,  «  est 
en  désaccord  sur  la  distribution  des  opta  avec  Ptolémée,  et  ils  le 
sont  l'un  et  l'autre  avec  Thrasylle,  Pétosiris,  et  autres  anciens  »  ^. 

Nous  ne  savons  si  c'est  parmi  ces  «  autres  anciens  »  qu'il  faut 
placer  l'auteur  inconnu  d'un  système  qui  diffère  des  précédents 
non  plus  seulement  dans  le  détail  de  la  répartition,  mais  par  son 
principe  même,  car  le  Soleil  et  la  Lune  y  ont  part  à  la  distribution 
des  6' pi  a.  C'est  le  système  «  suivant  l'heptazone  »,  qui  nous  a  été 
conservé  par  Vettius  Valens  ^  En  voici  l'économie.  Le  Soleil, 
ayant  dans  le  Zodiaque  trois  titres  de  propriété,  savoir  :  un 
domicile,  un  hypsoma,  un  trigone  (+->■),  aura  dans  chaque  signe 

3  degrés.  La  Lune,  avec  un  domicile,  un  hypsoma  et  deux  tri- 
gones  (iip  et  ^),  4  degrés.  Saturne,  deux  domiciles,  un  hypsoma, 
un  trigone  (ss;),  4  degrés.  Jupiter,  deux  domiciles,  un  hypsoma, 
deux  trigones  («0»  et  H),  5  degrés.  Mars,  de  même  (trig.  }(  et 
ôp),  5  degrés;  Vénus,  de  même  (trig.  np  et  )t),  S  degrés.  Enfin, 
Mercure,  pour  deux  domiciles,  un  hypsoma,  un  trigone   {'^), 

4  degrés.  La  quantité  étant  ainsi  fixée,  l'ordonnance  se  règle  sur 
les  trigones,  de  telle  sorte  que  tous  les  signes  d'un  même  trigone 
ont  même  ordonnance  et  que  la  première  place  y  est  dévolue 
au  régent  (TptYwvoxpà-cwp)  diurne  du  trigone,  la  deuxième  au  régent 
nocturne.  Les  troisième  et  quatrième  places  sont  attribuées  de 
même  aux  deux  régents  du  trigone  suivant  :  la  cinquième  et  la 
sixième,  aux  régents  du  trigone  à  la  suite;  la  septième  et  der- 
nière, à  la  planète  restante.  Seulement,  la  logique  exige  que  les 
régents  diurnes  n'aient  la  préséance  que  durant  le  jour  et  la 
cèdent  pour  la  nuit  à  leur  collègue  nocturne.  Il  y  a  donc  permu- 
tation (sauf  exception  pour  Mars), régime  de  jour  et  de  nuit;  deux 
tableaux  symétriques,  que  j'insère  ici  à  titre  de  curiosité. 

1.  Cf.  ci-dessus,  p.  206,  2. 

2.  Demophil.  ap.  Porphyr.,  Isag.,  p.  195.  Aussi  n'y  a-t-il  pas  grand  intérêt 
à  rechercher  si  les  auteurs  de  nos  papyrus  égyptiens  s'écartent  sciemment 
ou  non  du  canon  égyptien  fixé  par  Dorothée  quand  ils  notent,  par  exemple, 
J(  16»  4'  ôpEoiî 'Epixoû  (CXXX,  lig.  151);  -(->  20°  ôptotî  'A'fpoSeiTT;;  (XCVIII, 
lig,  38);  n  150  ôpîotî  'Ep;jioû  (CX,  lig.  29);  Vénus  en  -(->•  9»  4'  ôptot;  t5(otî  {ibid., 
lig.  20-22).  Le  planisphère  de  Bianchini  (ci-après,  p.  227,  3)  offre,  sur  quinze 
chiflres  d'Spia,  une  divergence  :  ^  1  dans  le  V. 

3.  Valens,  Cad.  Paris.  Suppl.  330  A.  fol.  9  v.-lO  r.  Cf.  Salmasius,  pp.  290-292. 


214       CHAP.   VII.   COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

Tableau  des  "Opta  (système  de  l'heptazone). 


^ 

0  3 

^  3 

9  3 

C  4 

ï,    4 

?   4 

d^    3 

=  30 

^ 

9  o 

C  4 

ï)   4 

?    4 

d'3 

0   3 

^    3 

=  30 

H 

ï,    4 

?   4 

cf  5 

O  3 

:^  3 

9   5 

C   4 

=  30 

tfp 

d*  5 

O  3 

:^  3 

9    3 

C  4 

ï,    4 

^    4 

=  30 

2 

Q. 

O  3 

:^  5 

9   3 

c  4 

ï)4 

î    4 

d'   3 

=  30 

s 

np 

9    5 

C4 

ï)   4 

?    4 

d*  5 

0  3 

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=  30 

« 

1- 

!£h; 

ï)  ^ 

?  4 

Cf  5 

O  3 

•^   3 

9    3 

C  4 

=  30 

- 

°l 

05^  s 

O   3 

^   5 

9  3 

C  4 

ï,    4 

?    4 

=  30 

■H- 

o  3 

:^  5 

9  o 

C4 

ï,    4 

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çf  3 

=  30 

lo 

9  o 

C4 

ï)  4 

?  4 

d^  3 

0   3 

^    3 

=  30 

^ 

ï>    4 

^4 

d  5 

0  3 

^    3 

9    3 

C  4 

=  30 

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C?  3 

O  3 

:^   3 

9    3 

C   4 

ï,    4 

?    4 

=  30 

^ 

^    5 

O  3 

C   4 

9    3 

^  4 

ï)    4 

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=  30 

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C  4 

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î    4 

ï)    4 

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0   3 

=  30 

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0  3 

C   4 

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=  30 

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:^  5 

O  3 

C   4 

9    3 

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ï)    4 

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i 

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:^  3 

O  3 

C  4 

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ï,    4 

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=  30 

1 

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C  4 

9   5 

^  4 

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0   3 

=  30 

« 

^ 

^   4 

ï,   4 

d*  3 

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0  3 

C   4 

9    3 

=  30 

«1 

-H- 

d  5 

^   5 

o  3 

C  4 

9    3 

^    4 

ï,    4 

=  30 

^    o 

O   3 

C  ^ 

9    3 

^   4 

ï)    4 

d^  3 

=  30 

:fc 

c  4 

9  o 

^    4 

ï,    4 

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0  3 

=  30 

s^ 

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ï,   4 

d^  5 

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0  3 

C   4 

9    3 

=  30 

}t 

Cf   3 

:^  3 

O  3 

C  4 

9   3 

^    4 

ï)    4 

=  30 

LES    DÉCANS  215 

Les  mathématiciens  qui  ont  tabriqué  ce  jeu  de  patience  ne  se 
sont  pas  demandé  à  quoi  répondaient  les  sommes  partielles  et 
par  quoi  ils  remplaçaient  les  «  périodes  complètes  »  qui  passaient 
pour  être  la  saison  ultime  des  autres  systèmes.  Ils  mettaient  en 
désarroi  la  distribution  des  années  de  vie,  les  planètes  ayant 
leur  énergie  diminuée,  sans  que  le  Soleil  et  la  Lune,  admis  au 
partage,  fussent  convenablement  lotis.  Aussi  Valons  lui-même 
désapprouve  cette  invention  baroque,  qui  n'eut  aucun  succès. 

En  définitive,  les  praticiens  restèrent  fidèles  aux  opta  égyptiens, 
que  les  vers  mnémoniques  de  Dorothée  fixèrent  dans  toutes  les 
mémoires,  et  ils  n'acceptèrent  même  pas  les  retouches  discrètes 
de  Ptolémée,  qui  en  fut  pour  ses  frais  de  mise  en  scène  K  Ils 
avaient  bien  raison  de  se  défier  de  l'astronome  qui  les  tenait  pour 
des  ignorants  et  trahissait  leur  cause  en  avouant  qu'après  tout 
l'astrologie  zodiacale  était  à  refaire  de  fond  en  comble,  avec  les 
équinoxes  et  solstices  réels  pour  points  de  repère  ^. 


§  II.  —  Les  DÉCANS. 

Ptolémée  n'a  pas  réussi  davantage  à  discréditer  un  certain 
nombre  de  combinaisons  qu'il  juge  ineptes,  futiles,  sans  raison 
«  physique  «  *.  Parmi  les  systèmes  qu'il  comprend  dans  une  fin 
de  non-recevoir  générale,  sans  leur  faire  l'honneur  de  les  nommer, 
il  en  est  un  qui  non  seulement  a  survécu  à  ses  dédains,  mais  s'est 
développé  à  la  façon  d'une  théorie  autonome  et  a  fini  par  former 
une  sorte  d'excroissance  parasite  sur  le  tronc  de  l'astrologie 
classique.  Il  s'agit  de  l'association,  ou,  pour  mieux  dire,  de  la 
substitution  des  36  décans  aux  12  signes  du  Zodiaque.  Ici,  nous 
n'avons  plus  affaire  à  des  tracés  géométriques,  à  des  fantaisies  de 

1.  Les  op'.a  de  Ptolémée  ne  se  rencontrent  plus  après  lui  que  chez  Héphestion 
de  Thèbes  (1,  1),  qui,  à  chaque  signe,  cite  d'abord  les  vers  de  Dorothée, 
annoncés  par  la  formule  li  6è  opta  outw;,  et  donne  ensuite  l'énumération 
xaxi  5è  nToX£[jLqtîov.  Albohazen  Haly  (I,  5,  p.  15,  éd.  Basil.  1571)  constate  qu'il 
y  a  grande  discorde  au  sujet  des  opta  entre  les  «  sages  anciens  »,  et  Cinq 
opinions  :  celle  des  Égyptiens,  celle  de  Ptolémée,  celle  des  Babyloniens,  celle 
des  Indiens  et  celle  des  Attarathyh  (?);  mais  que  la  majorité  se  rallie  aux 
Égyptiens,  Ptolémée  étant  peu  suivi  et  les  autres  opinions  étant  délaissées. 
On  retrouvera  sans  doute  les  opta  indiens  dans  «  plusieurs  systèmes  de 
visites  attribuées  aux  planètes  »  sur  lesquels  les  Brahmes  sont  en  désaccord 
(F.  Guérin,  Astron.  indienne,  p.  80). 

2.  Voy.  ci-dessus,  p.  129,  1. 

3.  Par  exemple,  la  distribution  des  sexes  entre  les  degrés,  aussi  arbitraire  que 
celle  des  opta  (voy.  Firmic,  IV,  23  Kroll);  celle  des  parties  pleines  ou  vides,  etc. 


216       CHAP.   vil.   COMBINAISONS    DES    SIGNES   ET    PLANÈTES 

mathématiciens,  mais  à  une  religion  qui  se  glisse  dans  rofficine 
astrologique  sous  le  couvert  d'un  nom  emprunté  à  l'arithmétique, 
et,  une  fois  dans  la  place,  menace  d'en  expulser  les  manieurs  de 
chiffres  aussi  bien  que  les  virtuoses  du  compas.  C'est  bien  parce 
qu'il  s'était  rendu  compte  de  la  nature  religieuse,  de  l'esprit 
anti-scientifique  du  système  des  décans,  que  Ptolémée  se  garde 
d'y  faire  la  moindre  allusion.  S'il  espérait  renvoyer  ces  génies 
ressuscites  du  temps  des  Pharaons  aux  magiciens  et  aux  fabri- 
cants d'amulettes  *,  il  s'est  trompé  une  fois  de  plus.  Les  décans 
une  fois  introduits  dans  l'astrologie  grecque  y  ont  gardé  une  place 
qui,  aux  yeux  de  certains,  était  la  place  d'honneur. 

Le  nom  générique  de  «  décans  »  (Sexavoi  -  decani)  n'est  pas  une 
définition.  Il  tient  à  cette  circonstance,  tout  à  fait  secondaire  et 
accidentelle,  que  ces  36  divinités  —  désignées  aussi  par  le  nom 
vague  de  «  figures  »  (irp^awTra)  ^  ou  personnages  —  réparties  régu- 
lièrement sur  le  contour  de  la  sphère  occupaient  chacune  un  arc 
de  10  degrés.  Cette  circonstance  accidentelle  n'en  est  pas  moins 
caractéristique  :  elle  rappelle  que  les  génies  égyptiens  se  sont 
glissés  dans  le  Zodiaque  grec  à  la  faveur  et  sous  le  couvert  d'un 
de  ces  sectionnements  que  les  astrologues  multipliaient  à  plaisir 
pour  incruster  sur  tous  les  points  de  la  sphère  des  influences 
diverses  entre  lesquelles  ils  pussent  choisir.  Il  y  avait  des  combi- 
naisons de  toute  sorte,  consistant  en  répartitions  soit  des  planètes 
dans  les  signes,  —  analogues  à  celles  auxquelles  est  consacré  le 
présent  chapitre,  —  soit  même  des  signes  dans  les  signes,  diver- 
sement ordonnées,  tantôt  suivant  l'ordre  «  naturel  »  des  planètes 
ou  des  signes,  tantôt  suivant  l'ordre  des  trigones,  et  découpant  les 
signes  en  fractions  de  plus  en  plus  petites,  tiers,  septièmes,  neu- 
vièmes, douzièmes,  ou  même  trentièmes,  c'est-à-dire  aboutissant 
au  degré  simple  ([jLovojxo(ptat)  ^.  La  division  qui  a  servi  de  prétexte  à 

1.  Les  Gnostiques,  surtout  ceux  de  la  secte  de  Basilide,  avaient  mis  à  la  mode 
les  amulettes  à  figures  de  décans.  Voy.  l'amulette  avec  le  nom  de  XNOrBIC 
que  donne  Saumaise  (p.  566),  et  les  descriptions  des  ouvrages  hermétiques 
(v.  g.  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  285-290  Pitra). 

2.  Mot  traduit  ordinairement  par  faciès  (cf.  formae  decanorum.  Martian. 
Cap.,  II,  200)  et  finalement  réservé  aux  décans  planétaires  (ci-après,  p.  228). 

3.  Pour  expédier  en  quelques  mots  ce  fatras  répugnant,  œuvre  de  cerveaux 
sans  génie,  mentionnons,  en  fait  de  répartitions  de  planètes  dans  les  signes  : 
1"  une  division  en  tiers  (celle  des  décans  planétaires)  ;  2°  répartition  des 
planètes  dans  les  douzièmes  de  signe.  Je  ne  sais  où  Macrobe  a  lu  que  le 
Soleil  duodecimi  signi,  in  quocumque  signo  fiierit,  locum  occupât  (Macr., 
Sat.,  I,  23,  6)  ;  3o  répartition  des  planètes,  suivant  l'ordre  naturel,  dans  les 
360  degrés  du  cercle,  avec  manière  de  recommencer  la  série  par  la  même 


LES    DÉCANS    DE    MANILIUS  217 

l'introduction  des  «  décans  »  égyptiens  n'était  d'abord  qu'un  de 
ces  passe-temps  arithmétiques,  jugé  peut-être  plus  intéressant 
que  d'autres  comme  représentant  à  la  fois  la  triade,  la  décade, 
et  enfin,  surtout,  la  fameuse  TeTpaxxjç  pythagoricienne,  le  nom- 
bre 36,  qui  se  trouvait  par  surcroît  correspondre  aux  36  décades 
de  l'année  égyptienne  et  prenait  de  ce  fait  une  signification 
cosmique  K 

Manilius  connaît  déjà  un  système  de  décans,  dont  l'origine  lui 
importe  peu  ^  et  qui  consiste  pour  lui  en  une  répartition  ternaire 

planète,  par  subdivision  du  reliquat,  et  4°  répartition  des  planètes  dans  les 
360  degrés,  mais  par  trigones  (Paul.  Alex.,  D  et  Q  2-3  v).  Dans  le  papyrus  CXXX 
du  fî?*i7.  Mus.  (lig.  60),  on  trouve,  après  mention  de  l'olxo?  et  des  opia,  la 
notation  <jxo:yzi(ù  {=  [loipa?)  Atôî,  au  degré  14°  6'  du  Bélier.  En  fait  d'intégra- 
tion des  signes  dans  les  signes  :  1»  répartition  à  raison  de  trois  par  signe 
(voy.  ci-après  les  décans  de  Manilius)  en  ordre  continu;  2°  à  raison  de  douze 
par  signe  (ôwSsxaxTijxdpiov  Sw5ExaTT,[jLoptou.  Ptol.,  I,  20).  Le  système  est  exposé 
tout  au  long  par  Manilius  (II,  693-722),  qui  l'appelle  lenuem  visu  rem,  'pon- 
dère maqnam,  et  vante  les  effets  de  cette  mixture.  L'ordre  n'est  plus  continu, 
mais  chaque  signe  commence  par  lui-même  la  série,  qu'il  contient  tout 
entière.  Même  règle  dans  les  Philosophumena  (V,  2,  13,  p.  190  Cruice).  Ces 
«  dodécatémories  »  zodiacales  ont  disparu  de  l'astrologie  classique,  où  elles 
auraient  produit  confusion  avec  le  système  tout  différent  et  autrement  appré- 
cié des  «  dodécatémories  »  planétaires,  calculées  à  nouveau  chaque  fois,  par 
le  procédé  des  xXfjpoi  (ci-après,  ch.  ix);  3"  répartition  à  raison  de  trente  par 
signe  ou  un  par  degré  (Herm.  Trismeg.  ap.  Junctinus,  p.  23).  On  en  trouve- 
rait d'autres  encore;  car  on  a  dû,  par  exemple,  diviser  les  signes  en  deux  pour 
représenter  les  24  heures  (wpovôaûuî  sïxoai  xal  TETxipai;  ôvcaç.  Procl., 
in  Anal,  sacr.,  V,  2,  pp.  168  Pitra;  cf.  les  24  5txa(jTai  chaldéens,  ci-dessus, 
p.  43,  4).  Enfin,  le  système  des  décans  s'est  surchargé  non  seulement  de  la 
distinction  des  pleins  et  des  vides  (ci-après,  p.  231),  mais  d'entités  vagues 
(numina)  appelées  ministres  ou  appariteurs  (XstToupYoi  -  munifices)  des  décans. 
Leur  nombre  était  en  rapport,  soit  :  1»  avec  celui  des  signes  —  7  par  signe, 
84  en  tout  —  combinaison  des  deux  chiffres  astrologiques  par  excellence, 
7  et  12  (Martian.  Cap.,  II,  200);  soit  :  2»  avec  celui  des  décans—  3  par  décan, 
108  en  tout  —  autre  combinaison  de  vertu  non  moins  absconse,  compliquée 
elle-même  de  subdivisions  à  l'infini  (Firmic.  II,  4,  4-5;  texte  cité  plus  loin, 
p.  225,  l).On  nous  permettra  de' ne  pas  remuer  plus  avant  ce  tas  d'inepties,  qui, 
au  dire  de  Firmicus,  ont  dégoûté  jusqu'aux  astrologues  «  grecs  »  —  in  primis 
vesliriiis  constittitionis  istum  tractatum  cum  quodam  dissimulationis  fastidio 
reliquernnt.  (Firmic,  II,  4,  6)  —  et  qui  procèdent  toutes  de  l'idée  que  chaque 
fraction  du  temps  doit  avoir  son  maître,  son  ypovoxpitwp,  au  ciel. 

1.  Ceux  qui  tiennent  pour  l'origine  égyptienne  du  pythagorisme,  en  atten- 
dant les  preuves,  ne  manqueront  pas  de  soutenir  que  la  TE-cpaxTÛî  elle-même 
(voy.  ci-dessus,  p.  9,  3)  vient  de  l'Egypte.  Il  n'y  a  pas  à  discuter  là-dessus. 
Proclus  aussi  était  convaincu  que  Platon,  vu  son  omniscience,  ne  pouvait 
pas  ignorer  les  Ssxavoùî  l\  xatî  xptâxovxa  (Procl.,  in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  168 
Pitra),  bien  qu'il  n'en  dise  mot. 

2.  Les  éditeurs  de  Manilius  lui  font  dire  ce  qu'il  leur  plaît.  Scaliger  :  Quam 


218       CHAP.    VII.   COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

des  signes  dans  les  signes  ^  En  partant  da  signe  du  Bélier,  qui 
reçoit  pour  décans  le  Bélier,  le  Taureau  et  les  Gémeaux,  chaque 
tiers  de  signe  est  attribué  à  la  constellation  zodiacale  qu'appelle 
Tordre  accoutumé,  si  bien  qu'au  bout  de  quatre  signes  ou  douze 
tiers  la  série  épuisée  se  recommence.  Cette  disposition  donne 
aux  esprits  préoccupés  de  mathématiques  la  satisfaction  non 
médiocre  de  constater  que  les  signes  associés  en  aspect  trigone 
ont  même  décans  et  sont,  par  conséquent,  en  harmonie  parfaite. 

Voici  la  disposition  des  décans  de  Manilius,  mis  en  regard  des 
signes  auxquels  ils  appartiennent  (fig,  27). 

Si  simple  que  soit  cette  combinaison  du  Zodiaque  avec  lui- 
même,  Manilius  se  sent  saisi  de  respect  devant  un  pareil  mystère 
qui,  s'ajoutant  aux  actions  et  réactions  réciproques  des  signes, 
aboutit  à  une  altération  secrète,  dangereuse  pour  les  non-initiés, 
du  tempérament  propre  de  ces  signes  ^ 

partem  decimam  dixere  Decania  gentes.  Bentley  :  Quapropter  Graiae  dixere 
Decania  gentes.  Jacob,  contre  Bentley  :  Qiiam  partem  indigenae  dixere  Decania 
gentes  (IV,  298).  On  ne  sait  pas  non  plus  si  decania  est  un  pluriel  (de  decanium?) 
ou  si  decania  =  Sexavîa.  Reste  Tétymologie.  Les  Grecs  tenaient  pour  grec  le 
mot  Sexavôî  -  Ssxa  (lotpwv  àpjretv,  Siô  xai  Ssxavôî  xaXêîxai  (Schol.  Demoph., 
p.  199).  Aussi,  5exa[xotp(a  est  synonyme  de  5cxavôî(cf.  Anon.,  De  terr,  mot.,  ap. 
Wachsmuth,  lo.  Lyd.,  éd.  2»,  p.  174).  Scaliger  {Not.  in  Manil.,  p.  291)  déclare 
que  le  mot  est  bien  latin,  et  Huet  est  de  son  avis  —  étant  donné  surtout  que  le 
signe  représentatif  de  «  décan  »  dans  les  manuscrits  est  le  chiflre  romain  X, 
et  non  pas  le  chiffre  grec  A.  Saumaise  {De  ann.  climact.,  pp.  560  sqq.)  fulmine 
contre  les  partisans  du  latin.  Pour  lui,  decanus  est  la  transcription  de  8exav6î, 
mais  Ssxavô;  ne  vient  pas  de  SÉxa.  C'est  une  transcription  d'un  mot  chaldéen 
—  nam  et  Decan  chaldaice  inspector  et  excubilor,  h.  e.  sirtaxoiroî  vel  îi^oçoi;. 
11  songe  évidemment  aux  30  ou  36  pouXatoi  6eoi  de  Diodore,  dont  nos  assyrio- 
logues  modernes  veulent  faire  aussi  des  décans  chaldéens  (ci-dessus,  p.  43,  4). 
Mais  nos  assyriologues  ne  vont  pas  jusqu'à  revendiquer  comme  chaldéen 
le  mot  décan,  et  on  nous  permettra  de  récuser  le  chaldéen  de  Saumaise. 
D'autre  part,  ni  Scaliger  ni  Saumaise  ne  parviennent  à  me  persuader  que 
Ssxavôî  ne  puisse  venir  de  5^xa,  aussi  bien  que  decanus  de  decem.  Quant  au 
sigle  grec  A,  il  y  avait  une  raison  pour  ne  pas  l'employer  comme  symbole  de 
décan,  c'est  qu'il  représente  l'aspect  trigone  (cf.  p.  169,  fig.  19). 

1.  En  somme,  il  avait  retenu  de  la  doctrine  égyptienne  une  idée  juste, 
oubliée  par  les  partisans  des  décans  planétaires,  à  savoir  que  les  décans  étaient 
des  sections  de  signes  :  idée  qui  sera  appliquée  plus  tard  aux  signes  morcelés 
de  l'apotélesmatique  «  catholique  »  (ci-après,  ch.  xi). 

2.  Haec  ratio  retegit  latitantis  robora  mmidi  \  In  pluresque  modos  repetita 
nomina  caelum  |  Dividit,  et  melius  sociat,  quo  saepius  orbem.  —  Mixta  sed  in 
plures  sociantur  sidéra  vires.  C'est  un  mystère  ardu  ;  haut  les  cœurs  ! 
Quod  qiiaeris,  deus  est;  conaris  scandere  caelum,  etc.  (Manil.,  IV,  292-408). 
En  dépit  de  ces  grands  mots,  Manilius  ne  songe  plus  du  tout  aux  décans 
lorsque,  au  V"  livre,  il  parle  des  influences  concourantes  des  TrapavaxéXXovxa. 
Il  aurait  dû  distinguer  le  triple  apport  du  signe,  du  décan,  du  paranatellon. 


LES   DÉCANS   DE   MANILIUS 


219 


Nous  ne  pouvons  plus  savoir  si  Manilius  ne  connaissait  pas 
d'autres  décans  que  ceux-là  et  s'il  ne  se  réservait  pas  de  traiter 

par  la  suite  des 
décans  planétai- 
res, ou  même  s'il 
ne  s'est  pas  mé- 
pris en  prenant 
pour  des  signes 
du  Zodiaque  rape- 
tisses au  tiers  de 
grandeur  des  dé- 
cans qui  pou- 
vaient  être  des 
domaines  plané- 
taires. Il  n'est  pas 
question  d'infir- 
mer un  témoi- 
gnage qui  servira 
peut-être  tout  à 
l'heure  d'indice 
concernant  l'ori- 
gine des  décans. 
Mais,  en  fait,  le  système  des  décans-signes  est  propre  à  Manilius, 
et  on  n'en  entend  plus  parler  après  lui. 

Cependant  la  tradition  qui  a  trouvé  un  écho  aussi  énigmatique 
dans  son  poème  se  soudait  en  Egypte,  vers  la  même  époque,  à 
une  tradition  plus  ancienne,  remontant  au  temps  des  Pharaons  S 
tradition  qui,  combinée  avec  les  douze  cases  du  Zodiaque  grec, 
est  devenue  le  système  des  décans  proprement  dits.  Les  anciens 
Égyptiens  avaient  une  idée  fixe,  qui  contenait  le  germe  d'une 
astrologie  spéciale  et  qui,  introduite  dans  l'astrologie  grecque,  y 
engendra,  en  effet,  des  méthodes  divergentes,  raccordées  tant 
bien  que  mal  avec  celles  qui  procédaient  de  la  tradition  chal- 


Fig.  27.  Les  décans  de  Manilius 


1.  Par  une  fantaisie  étrange,  qui  s'explique  très  suffisamment  par  une 
distraction  du  poète,  Manilius  abandonne  pour  le  dernier  signe  ()()  la  règle 
observée  jusque  là  et  qui  consiste  à  ranger  les  signes  dans  l'ordre  continu. 
Il  a  mis  étourdiment  le  Bélier  et  le  Taureau  à  la  place  du  Capricorne  et 
du  Verseau.  J'ai  corrigé  sans  scrupule  dans  le  dessin  ci-dessus.  Fr.  Jacob 
(Tab.  III)  ne  corrige  pas  et,  suivant  son  habitude,  ordonne  les  signes  à  rebours. 

2.  Il  va  sans  dire  que,  obligé  de  sortir  encore  une  fois  du  domaine  de  l'an- 
tiquité classique,  j'emprunte  tous  les  détails  positifs  à  R.  Lepsius,  Einleihing 
zur  Chronologie  der  Aegypter.  Berlin,  1848,  et  H.  Brugsch,  Thésaurus  Insa\ 
Aegypt,  I  {Astronomische  und  astrologische  Inschriften),  Leipzig,  1883. 


220       CHAP.    VII.    COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

déenne  :  l'idée  que  chaque  division  du  temps,  grande  ou  petite, 
devait  avoir  son  génie  protecteur,  être  la  propriété  d'une  divinité 
quelconque,  d'un  ^(^povoxpaTwp .  On  a  vu  déjà  cette  idée  poindre 
dans  la  distribution  des  degrés  du  cercle  en  opta,  qui  sont  dits  et 
doivent  être  réellement  de  tradition  égyptienne,  incorporée  à 
l'astrologie  par  les  Alexandrins  (les  soi-disant  Néchepso  et  Péto- 
siris).  Nous  la  retrouverons  un  peu  partout,  et  la  place  qu'elle 
tient  est  assez  grande  pour  que  les  prétentions  des  «  Égyptiens  », 
comme  inventeurs  de  l'astrologie,  aient  pu  contrebalancer  celles 
des  «  Chaldéens  ».  Les  Égyptiens,  dès  le  temps  des  Pharaons, 
avaient  donc  semé  le  long  de  la  route  diurne  et  nocturne  du 
Soleil  toute  espèce  de  génies,  qui  lui  disputaient  pour  ainsi  dire 
la  maîtrise  du  temps,  de  qui  il  obtenait  le  passage  au  moyen  de 
charmes  magiques  *,  et  qui,  lui  couché,  régnaient  enfin  à  sa  place 
sur  le  monde.  Les  plus  puissants,  ceux  qui  étaient  attachés  à  des 
étoiles,  constellations  ou  parties  de  constellations,  situées  sur  la 
route  du  Soleil,  étaient  les  «  lampes  »  [yebs-iabs-jabsu)  ou  les 
«  groupes  »  [yet],  les  futurs  décans  ^  Cette  route  du  Soleil  n'était 
pas,  comme  l'écliptique  grecque,  un  grand  cercle  de  la  sphère 
oblique  sur  l'équateur;  mais  plutôt  une  large  bande,  allant  d'un 
tropique  à  l'autre  et  dont  l'équateur  formait  la  ligne  médiane.  Les 
cercles  diurnes,  parallèles  à  l'équateur,  que  décrit  le  Soleil  d'un 
solstice  à  l'autre,  remplissent,  en  effet,  toute  cette  zone,  et  c'est 
un  raisonnement  enfantin,  sans  doute,  mais  logique  à  sa  façon, 
que  de  considérer  comme  étant  sur  la  route  du  Soleil  les  étoiles 
qui  se  lèvent  et  se  couchent  aux  mêmes  points  de  l'horizon  que 
lui.  Les  Égyptiens  avaient  catalogué  à  leur  gré,  suivant  le  témoi- 
gnage de  leurs  yeux  et  sans  s'astreindre  aucunement  à  des  divi- 
sions régulières  postulées  par  des  raisons  théoriques,  les  étoiles 
et  groupes  d'étoiles  qui  attiraient  leur  attention,  en  commençant 
ou  finissant  la  liste  par  les  noms  toujours  accolés  de  Sah  (Orion) 

1.  La  tradition  s'est  conservée  dans  l'Inde  avec  les  drekans  (décans).  Ces 
36  génies  «  tâchent  d'épouvanter  le  Soleil  par  leurs  cris  »  (Guérin,  Astron.  in- 
dienne, p.  76).  Ce  sont  cependant  des  décans  planétaires,  à  la  mode  grecque. 

2.  On  ne  rencontre  pas  en  égyptien  —  et  ceci  est  à  considérer  —  de  nom 
spécifique  ou  devenu  tel  comme  Be%aw6i-decanus.  Les  décans  sont  désignés 
par  quantité  de  synonymes,  sibu  (Sterne,  trad.  Brugsch),  sibu  sepesu  (Pracht- 
sterne),  sau  (Schutzaterne),  nutajn  (die  Gôttlichen),  anyu  ou  bin  anyu  (die 
Seelen  der  Aufsteigenden),  bekti  (?)  et  même  sekod  (die  wandernden  Gestirne, 
qui  précèdent  et  suivent  le  Soleil),  nom  qui  conviendrait  aussi  bien  et  mieux 
aux  planètes  (Brugsch,  Thésaurus,  l,  pp.  133  et  176).  Aussi  le  nom  technique 
de  décan  finit-il  par  être  employé,  sous  la  forme  becan,  même  en  égyptien 
(Brugsch,  op.  cit.,  p.  177). 


LES   DÉCANS   ÉGYPTIENS  221 

et  Sopdet  ou  Sothis  (Sirius)  *.  On  compte  une  vingtaine  de  cons- 
tellations ainsi  mises  hors  de  pair  dans  les  neuf  listes  conservées 
par  les  monuments  pharaoniques  et  rédigées  entre  la  XIX^  et  la 
XXX"  dynastie  ^  Ces  constellations,  soit  indivises,  —  cas  le  plus 
rare,  —  soit  divisées  en  deux  ou  trois  parties,  forment  autant  de 
demeures  pour  les  génies-décans,  désignés  par  le  nom  de  leurs 
domiciles  et  plus  ou  moins  identifiés  avec  eux.  Ainsi  la  constel- 
lation Kenmut  comprend  les  décans  Tpa-kenmut  (pointe  de  K.), 
Kenmut  et  yr-kenmut  (nombril  de  K.)  ;  celle  de  yont,  cinq  ou 
même  huit  décans,  appelés  la  «  pointe  »,  le  «  haut  »,  le  «  bas  », 
la  «  table  »,  le  «  bord  »  de  yont;  celle  d'Orion,  quatre  décans,  et 
ainsi  de  suite.  Les  «  Égyptiens  »  hellénisés  exagéreront  à  plaisir 
ce  procédé  en  disséquant,  à  la  façon  des  anatomistes,  les  signes 
du  Zodiaque  grec,  pour  la  plus  grande  gloire  de  la  médecine  et 
de  l'ethnographie  astrologiques.  Le  total  des  décans  obtenus  de 
la  sorte  à  l'époque  pharaonique  est  de  40.  Il  n'est  pas  encore 
question  du  nombre  fatidique  de  36,  correspondant  au  fraction- 
nement des  signes  zodiacaux  en  tiers  ou  de  la  somme  des  degrés 
du  cercle  en  groupes  de  10  degrés. 

Ce  nombre  de  36  apparaît  à  l'époque  gréco-romaine,  c'est-à- 
dire  au  moment  où  l'astrologie  grecque  s'approprie  les  vieilles 
traditions,  —  puisqu'il  est  convenu  que  tout  doit  être  vieux  chez 
elle,  —  mais  en  leur  imposant  des  cadres  fixes  et  les  dénaturant 
pour  les  forcer  à  y  entrer.  Certains  noms  de  décans  sont  rempla- 
cés par  d'autres  et  certains  couples  de  décans  contractés  en  un 
seul  personnage  céleste.  En  même  temps,  ces  divinités  prennent 
une  individualité  plus  concrète  en  ajoutant  à  leur  nom  une  forme 
plastique,  une  figure  (itpôawTtov  - /acte*)  ou  idéogramme  qui  rend 
désormais  leur  personnalité  indépendante  de  leur  nom  ^.  Le  sys- 
tème des  décans  —  au  nom  près,  car  le  mot  decanus  apparaît  pour 
la  première  fois  dans  Manilius  —  se  trouve  ainsi  constitué  et  mis 
en  rapport  harmonique  avec  les  36  décades  de  l'année  égyp- 


1.  Rappelons,  de  peur  qu'on  ne  songe  encore  à  un  Zodiaque  égyptien 
comme  prototype  du  Zodiaque  grec,  que  Orion,  traversé  par  Téquateur,  est 
à  assez  grande  distance  du  Zodiaque,  et  que  Sirius  en  est  plus  loin  encore. 

2.  Brugsch  compte  neuf  listes  pharaoniques  et  quatorze  en  tout  :  Lepsius 
(pp.  68-69)  ne  donnait  que  les  quatre  principales,  empruntées  au  tombeau  de 
Séti  1",  au  plafond  du  palais  de  Ramsès  II,  au  tombeau  de  Ramsès  IV  et  à 
un  sarcophage  du  temps  de  Nectanébo  le"". 

3.  Il  y  aurait  lieu  de  comparer  ces  figures  aux  descriptions  hermétiques 
{Anal,  sacr.,  V,  2,  pp.  285-290)  et  à  celles  données  par  Scaliger  (pp.  442-458), 
qui  vont  jusqu'aux  monomoeries. 


222       CHAP.    VII.    —   COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

tienne,  dont  chacune  a  ainsi  son  x.povoxpàTwp  ^  Mais  ce  n'était  pas 
encore,  ou  ce  n'était  pas  nécessairement,  une  machine  astrolo- 
gique employée  à  brasser  des  chifTres  et  fabriquer  des  pronos- 
tics. Les  décans  étaient  des  divinités  qui  avaient  droit  à  d'autres 
hommages  qu'à  ceux  des  astrologues,  des  divinités  que  l'on 
invoquait  même  pour  le  souverain. 

«  Le  grand  disque  du  Soleil  »,  dit  une  inscription  d'Ombos, 
«  marchant  dans  le  ciel  durant  le  jour,  a  achevé  sa  course  à 
«  l'Occident  comme  dieu  Atoum;  alors  la  Lune  prend  possession 
«  du  ciel...  Les  décans  brillent  après  le  Soleil.  Ils  marchent  en 
«  cercle,  se  relevant  mutuellement;  ils  apparaissent  après  son 
«  coucher,  à  leurs  heures  suivant  les  saisons.  0  vous»  âmes  des 
«  étoiles  des  dieux,  qui  montez  pour  promettre  des  bienfaits, 
«  faites  monter  le  fils  du  Soleil,  le  seigneur  des  diadèmes,  Ptolé- 
«  mée  éternellement  vivant,  l'ami  de  Ptah  et  d'Isis,  comme  vous 
«  montez  vous-mêmes  »  ^  La  rivale  d'Ombos,  Tentyra  (Denderah), 
n'invoque  pas  avec  moins  de  ferveur  «  les  sublimes  et  grands  et 
«  très  grands  dieux,  les  étoiles  protectrices  qui  suivent  Sothis  au 
«  ciel,  les  étoiles  montantes  qui  montent  à  l'orient  du  ciel,  qui 
«  accordent  leur  protection  aux  divinités  de  Tentyra,  les  messa- 
«  gers  de  Sa  Majesté  (Isis-Hathor),  qui  exterminent  quiconque 
«  franchit  leur  eau  (c'est-à-dire  agit  contre  leur  gré)  et  octroient 
«  leur  protection  à  la  ville  de  Tentyra  »  ^. 

Il  n'y  a  aucun  doute  à  avoir  :  les  décans  sont  bien  les  étoiles, 
des  étoiles  fixes  qui  chacune  à  leur  tour,  suivant  les  saisons, 
«  montent  à  l'orient  du  ciel  »  au  coucher  du  Soleil,  et  c'est  ce  que 
traduit  exactement  le  terme  wpoaxôirot  (ol  Xafjnrpoi  X;'  wpooxôitot) 
par  lequel  sont  désignés  les  décans  dans  un  papyrus  astrologique 
gréco-égyptien  du  iV  siècle  de  notre  ère  *.  A  cette  époque,  les 


1.  Seulement,  il  n'y  a  pas  de  décan  pour  les  cinq  jours  épagomènes,  oflBce 
que  remplissait  jadis,  suivant  Brugsch,  le  dernier  décan  Sat-Sah,  une  partie 
de  Sah  (Orion).  Tous  les  systèmes  de  chronocratories  que  nous  aurons  à 
examiner  se  sont  heurtés  à  la  difficulté  insoluble  qu'il  y  a  à  faire  correspondre 
les  360  degrés  du  cercle  aux  365  jours  de  l'année  solaire.  Les  séries  plané- 
taires, ordonnées  avec  7  pour  raison,  ne  voulaient  pas  non  plus  entrer  dans 
360,  et  c'est  peut-être  un  des  motifs  pour  lesquels  l'auteur  inconnu  que  suit 
Manilius  leur  avait  préféré  des  séries  zodiacales  ou  douzaines  qui,  elles,  y 
entrent  à  merveille. 

2.  Brugsch,  op.  cit.,  p.  135.  Il  s'agit  de  Ptolémée  Évergète  11,  l'odieux 
Physcon  (seul  roi  après  la  mort  de  Philométor,  de  145  à  117  a.  Chr.). 

3.  Brugsch,  op.  cit.,  p.  136. 

4.  Catalogue  du  British  Muséum,  (n»  XCVIII,  p.  126-130).  La  date  probable 
du  document  est  comprise  entre  95  et  loo  p.  Chr.  Dans  un  papyrus  antérieur, 


LES   DÉCANS    ÉGYPTIENS  223 

décans  étaient  bien  entrés  dans  les  calculs  astrologiques,  —  du 
moins  dans  la  pratique  des  astrologues  qui  se  réclamaient  de  la 
tradition  égyptienne  *,  —  et  non  pas  hellénisés,  transformés  en 
signes  du  Zodiaque,  comme  ceux  de  Manilius,  mais  avec  leurs 
noms  égyptiens.  Déjà  les  fabricants  de  livres  hermétiques  spécu- 
laient sur  les  décans,  les  dotaient  d'une  nature  purement 
spirituelle  et  intellectuelle,  à  laquelle  ils  doivent  l'hégémonie  de 
l'univers.  En  les  détachant  ainsi  des  constellations  auxquelles 
ils  avaient  été  incorporés,  on  facilitait  la  besogne  des  astrologues 
qui  cherchaient  à  les  domicilier  tous  dans  les  cases  du  Zodiaque 
grec.  Hermès  Trismégiste  ^  explique  à  son  fils  Tat  (Thot)  ou 
Asklépios  que,  au-dessus  du  Zodiaque,  qu'ils  «  allègent  »  et 
tiennent  comme  suspendu  obliquement  entre  les  deux  cercles  tro- 
piques, à  moitié  chemin  entre  le  Zodiaque  et  le  cercle  exté- 
rieur du  monde,  sont  placés  par  la  Providence  les  36  décans, 
«  gardiens  vigilants,  inspecteurs  de  l'Univers  »  et  régulateurs  de 
ses  mouvements.  Ils  sont  «  impassibles  (àiiaôôTc)  »,  n'étant  pas, 
comme  les  planètes,  arrêtés  dans  leur  course  toujours  égale  ^  et 
obligés  de  rétrograder,  ni  frappés  des  rayons  du  soleil,  que  subis- 
sent (7ta(r)ç^ou(jtv)  «  les  autres  astres  »  *.  Cela  ne  les  empêche  pas 
d'exercer,  même  sur  terre,  une  action  très  grande,  leur  énergie 


daté  de  Tan  III  de  Titus  (81  p.  Chr.),  les  décans  portent  leur  nom  technique, 
Scxavoi  {op.  cit.,  n"  CXXX,  pp.  132-139).  D'après  le  Trismégiste  que  fait 
parler  Apulée  [Asclepiits  sive  dial.  Herm.  Trism.,  19),  les  Horoscopi  seraient 
comme  des  «  indications  d'heures  »  fixées  sur  la  sphère  du  Soleil.  Bonum  enim 
luminis  per  orbem  nobis  Solis  infunditur  XXXVI,  quorum  vocabulum  est 
Horoscopi,  id  est  eodem  loco  semper  defixorum  sidernm.  Le  texte  n'est  pas  très 
clair,  et  il  se  pourrait  que  les  Horoscopi  fussent  des  sources  de  lumière  pla- 
cées au-dessus  du  Soleil. 

1.  Il  y  avait  alors,  même  en  Egypte,  des  dissidents  :  par  exemple,  l'auteur 
du  thème  d'Annubion  [Not.  et  Extr.,  XVIII,  2,  n»  19  =:  Pap.  Brit.  Mus.,  n«  CX), 
qui,  bien  que  fort  minutieux,  ne  fait  aucune  mention  des  décans. 

2.  Stob.,  Ed.  phys.,  I,  21,  9. 

3.  Il  faut,  sans  aucun  doute,  corriger  la  leçon  acceptée  par  Meineke 
(I,  p.  129,  28)  :  ffuna£po|jL£vou;  toï;   irXâvTiat,  et  lire  :  toîî  ii:Xavéat. 

4.  Hermès  distingue  ainsi  les  décans  des  «  autres  astres  »,  lesquels  —  y 
compris  les  étoiles  —  sont  illuminés  par  le  Soleil  et  deviennent  ainsi  visibles 
pour  nous.  Il  résulte  de  là,  si  ce  fabricant  de  révélations  s'entend  bien  lui- 
même,  que  les  décans  sont  invisibles,  mais  sont  tout  de  même  des  «  astres  », 
et  non  pas  des  «  énergies  »  incorporelles.  Il  se  peut  toutefois  qu'Hermès 
fasse  allusion  à  la  rétrogradation  des  planètes  frappées  par  les  rayons 
solaires  (ci-dessus,  p.  118).  On  remarquera  à  quel  point  les  titres  donnés  aux 
décans  —  cpûXaxsi;  ixpiêeî;  xal  Èxtaxoxoi  toû  Travxôî  —  s'appliquent  aux 
Oeol  pouXaîot  de  Diodore  (II,  30,  6),  Ti  xa6'  àveptôzou;  £-:cjx»7:oûvtji;  Sjjia  xai  xà 
xa-cà  tàv  oùfir/àv   <jy;j.6aivovTa  (cf.  ci-dessus,  p.  43,  4). 


224       CHAP.    VII.    —   COMBINAISONS    DES    SIGNES   ET    PLANÈTES 

siniusant  dans  une  foule  de  Génies  '  qui  émanent  soit  directement 
des  décans,  soit  des  planètes  vassales,  et  vont  exécuter  les 
ordres  reçus.  Rien  de  ce  que  prévoit  l'astrologie  «  catholique  » 
—  chutes  de  trônes,  séditions,  postes,  famines,  marées,  tremble- 
ments de  terre  —  ne  se  fait  sans  leur  intervention;  et,  bien  que 
les  génitures  individuelles  soient  sous  la  domination  immédiate 
des  planètes,  elles  ressentent  aussi,  directement  ou  indirecte- 
ment, l'influence  des  décans  qui  mènent  les  planètes. 

Le  Trismégiste  ne  dit  pas  que  les  décans  «  inspecteurs  du 
Tout  »  soient  dans  le  Zodiaque,  puisqu'il  les  met  au-dessus;  ni 
même  qu'ils  soient  dans  le  même  plan,  car  il  semble  bien  qu'il 
leur  alloue  comme  habitat  toute  la  bande  comprise  entre  les 
tropiques,  en  quoi  il  est  tout  à  fait  d'accord  avec  la  tradition 
égyptienne  :  mais,  comme  il  les  suppose  invisibles  et  incorporels, 
il  devenait  facile  de  les  faire  entrer  dans  le  Zodiaque  et  de  les 
distribuer  entre  ses  douze  cases,  sans  se  soucier  autrement  des 
constellations  extra-zodiacales  dont  ils  portaient  encore  les 
noms  ". 

Le  Zodiaque  étant  la  route  des  planètes,  les  décans  fixés  sur 
sur  ce  cercle  devaient  nécessairement  entrer  en  rapports  définis 
avec  les  planètes,  rapports  fondés  soit  sur  des  affinités  électives, 
soit  sur  des  raisons  géométriques  qui,  vu  l'harmonie  mathéma- 
tique de  l'univers,  équivalaient  à  des  affinités  électives.  Ce 
travail  d'adaptation  paraît  avoir  été  fait,  ou  du  moins  achevé  et 
vulgarisé,  par  Teucros  de  Babylone,  sans  doute  un  tenant  de  la 
tradition  «  chaldéenne  »,  laquelle,  discréditée  par  le  succès  des 
«  Égyptiens  »,  par  la  vogue  des  Néchepso  et  des  Pétosiris,  prit 
ainsi  sa  revanche  sur  ses  rivaux  et  les  battit  avec  leurs  propres 
armes.  Quelles  étaient  les  combinaisons  prônées  par  Teucros? 
Démophile,  qui  renvoie  à  son  livre  ^  n'en  a  pas  gardé  une  idée 

1.  'XTzo'kti'zoupyobi  xal  ÙTiTipéxaî  xal  aTpaxiwxaî  —  ce  sont  les  liturgi  de  Firmi- 
eus  et  de  Martianus  Capella  (ci-dessus,  p.  217  en  note). 

2.  Le  nom  de  5exâtvo£  -  decani,  déjà  en  usage  du  temps  de  Manilius,  n'impli- 
que pas  la  limilation  du  cercle  des  36  décans  au  Zodiaque.  Le  cercle  égyptien 
serait  plutôt  la  zone  équatoriale.  D'autre  part,  le  système  de  Manilius,  exposé 
plus  haut,  indique  que  cette  limitation  avait  déjà  été  essayée,  mais  en  déna- 
turant ou  plutôt  supprimant  les  décans  égyptiens,  et  d'ailleurs  sans  succès. 

3.  "EyxEtxat  Se  xal  twv  Ssxavûv  xal  xwv  ti:  apavax  sXXô  vxwv  aûxoî;  xal 
xwv  TtpofftoTtwv  xi  àizo'zs.'ksiiLCfzx  Trapà  TeJxpou  xoO  BaêuXwvCou  (Schol. 
Demoph.,  p.  200).  Psellus  (in  Paradoxographi  graeci,  p.  147  Westermann) 
cite  aussi  de  Teucros  des  xaxapxaî  dressées  d'après  les  décans,  et  Teucros 
est  encore  mentionné  (ap.  Salmas.,  p.  565)  à  propos  des  amulettes  décaniques. 
Nous  n'avons  aucune  indication  chronologique  sur  ce  personnage. 


LES    DÉCANS    HELLÉNISÉS    OU    PLANÉTAIRES  225 

très  claire,  ou  les  extraits  qui  nous  restent  de  ses  scolies  ont  été 
découpés  un  peu  à  l'aventure.  Autant  que  je  puis  l'entendre,  le 
système  superpose  au  Zodiaque  trois  espèces  d'influences  :  celle 
des  décans,  celle  des  astres  qui  se  lèvent  en  même  temps  (irapava- 
TîXXovTSî)  et  celle  des  «  personnages  »  ou  «  figures  »  (TcpouoiTra)  qui 
sont  accolés  aux  planètes,  sinon  confondus  avec  elles.  Cette 
triple  série  d'agents  paraît  composée  des  décans  et  d'hypostases 
ou  émanations  des  décans  ;  les  décans  en  haut,  les  paranatellons 
au  niveau  du  Zodiaque  et  les  «  figures  »  planétaires  au  dessous. 
Soit,  dit  Démophile,  le  cercle  zodiacal  partagé  en  36  fractions  de 
10  degrés  (SsxavoO.  «  Sous  ces  décans  se  trouvent  les  (astres) 
«  mentionnés  comme  paranatellons  dans  le  Zodiaque,  et  il  y  a 
«  aussi  les  figures  des  sept  planètes,  qui  ont  une  certaine  affinité 
«  avec  les  planètes  auxquelles  elles  sont  attribuées.  Supposez  le 
«  Soleil  dans  le  Bélier,  au  degré  10,  premier  décan,  figure  de 
«  Mars.  Puisque  nous  avons  dit  que  le  Soleil  indique  les  aptitudes 
«  psychiques,  vous  trouverez  l'âme  du  sujet  virile,  irascible, 
«  belliqueuse,  ambitieuse,  et  autres  traits  de  ce  genre.  Soit  main- 
ce  tenant  le  Soleil  dans  le  degré  20  du  Bélier,  deuxième  décan, 
«  figure  du  Soleil  ;  le  sujet  sera  ambitieux,  glorieux,  mais  non 
«  plus  belliqueux.  Plaçons  encore  le  Soleil  au  degré  30  du  Bélier, 
«  troisième  décan,  figure  de  Vénus,  Il  présage  un  sujet  à  l'âme 
«  efféminée,  à  formes  féminines,  de  mœurs  honteuses,  lascif  et 
«  ainsi  de  suite.  Voyez  comment  un  signe  unique  recèle  trois 
«  différences,  rien  que  pour  les  qualités  psychiques  \  » 


1.  'r-TTÔxï'.vTa'.  TOÛTO'.;  Toï?  Ssxavoîî  0'.  Etp7i[iÉvot  £v  Tw  Çtoôtaxw  xûx)vw  Ttapava- 
TsXXovxEî,  Ixouffi  Se  xal  Ttpôdwita  -cwv  Ç'daTÉpwv  Si  Tiva  ay[jLTtdt6£tav  syouat  irpôç  toùî 
£inxîi|jL£vouî  aÙToïî  àaTipa;  y.x'K.  (Schol.  Demoph.,  ap.  Porphyr.,  Isag.,  pp.  199- 
200).  Ce  texte  ambigu,  que  chacun  corrige  à  sa  façon,  prôte  à  des  discussions 
sans  fin.  Que  sont  au  juste  ces  «  paranatellons  »  qui  sont  confondus  avec  les 
■îrpÔTWTta  dans  le  titre  de  l'alinéa  (iTEpl  twv  X;'  SExavûv  xal  twv  irapavaTcXîkôvTwv 
aj-cotî  [xal  add.  Salmas.,  p.  534]  xpoawitwv)  et  en  sont  distingués  à  quelques 
lignes  de  distance?  Scaliger  {In  Manil.,  p.  298)  conclut  sans  hésiter  que  les 
TrapavaT£X>iOvT£î  (iaxEpE;)  sont  les  planètes  qui  se  lèvent  en  même  temps  que 
les  décans-signes  de  Manilius  et  identiques  aux  icpéauTra.  11  a  pour  lui  la 
grammaire,  iaxÉpeç  au  masculin  désignant  ordinairement  les  planètes.  Mais  il 
a  contre  lui  l'usage  astronomique  d'appeler  «  paranatellons  »  des  étoiles  fixes, 
dont  le  lever  est  en  rapport  synchronique  avec  une  partie  désignée  du 
Zodiaque,  usage  que  n'infirme  pas  l'emploi  accidentel  de  -rcapaivaTsXXovxEî 
pour  désigner  des  planètes  qui  se  lèvent  au  moment  d'une  éclipse  (Ptol., 
Teli'ab.,  II,  6.  Cf.  ci-après,  ch.  xi).  Les  figures  planétaires  incrustées  dans  les 
décans  ne  sont  pas  des  planètes  se  levant  réellement  avec  eux.  Saumaise  {De 
annis  clim.,  Praef.  et  pp.  552  sqq.;  raffine,  suivant  son  habitude.  Pour  lui,  les 
•::apavaxéXXovxcî  sont  les  X£txoupyo{  de  Firmicus  :  teima  numina  decanis  singulis 

15 


226       CHAP.    vil.    —    COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

Dans  ce  passage,  le  scoliaste,  ou  celui  qui  a  découpé  les 
extraits,  a  oublié  de  tripler  chacune  de  ces  «  trois  différences  » . 
Il  ne  parle  absolument  que  de  l'influence  des  hypostases  plané- 
taires, qui  ne  diffèrent  en  rien  des  planètes  elles-mêmes.  C'est 
qu'en  effet,  de  toute  cette  métaphysique,  partie  d'un  principe 
faux,  —  puisque  la  plupart  des  décans  étaient  eux-mêmes  à 
l'origine  en  dehors  du  Zodiaque  et  «  paranatellons  »  des  signes, 
—  embrouillée  et  incohérente,  il  ne  resta  qu'une  idée,  fausse 
également,  mais  claire  :  à  savoir,  que  les  décans  du  Zodiaque 
étaient  les  planètes  elles-mêmes,  affublées  de  «  figures  »  qu'on  ne 
leur  connaissait  pas  autrefois,  mais  conservant  leur  tempérament 
traditionnel  ^  Les  adaptateurs  avaient,  du  reste,  fait  litière  de  la 
tradition  égyptienne  qu'ils  prétendaient  s'assimiler,  et  c'est  tout 
à  fait  par  hasard  que,  de  temps  à  autre,  leurs  décans  planétaires 
ressemblent  par  quelque  trait  à  leurs  prototypes  égyptiens.  Ils 
ont  dû  commencer  par  identifier  le  premier  décan  du  Cancer  — 
qui  était  Sothis  (Sirius),  étoile  déjà  assimilée  à  Isis  ^  —  avec 
Vénus,  planète  féminine  en  tête  d'un  signe  féminin,  et  laisser 
couler  à  la  suite  la  succession  des  séries  septénaires.  Cette  suc- 

applicarunt,  quos  munifèces  appellandos  esse  voluerunt,  i.  e.  TvetToupyoïiî,  ita 
ut  per  signa  singula  novem  possint  munifices  inveniri,  division  qui  est  elle- 
même  subdivisée  per  infinitas  numinum  potestales  (Firmic,  II,  4,  4-S  Kroll. 
Cf.  supra,  p.  217).  Laissons  de  côté  les  objections,  qui  ne  manquent  pas. 
Saumaise  ne  veut  pas  cependant  que  chaque  décan  soit  subdivisé  en  tiers  : 
il  lui  faut  la  division  décimale  en  degrés.  Comme  Démophile  place  successive- 
ment la  «  figure  »  aux  degrés  10,  20  et  30,  Saumaise  suppose  que  le  décan  laisse 
.3  degrés  à  chacun  de  ses  serviteurs  et  trône  lui-même  au  lO^  :  tanquam 
magister  et  dux  eorum  decimo  loco  cujusque  Decadis  sedem  videtur  habuisse 
(p.  555)  :  les  décans  sont  à  la  queue  du  peloton,  quasi  agminis  coactores, 
vel  oùpayoûi;  (p.  556),  et  c'est  là  qu'ils  ont  par  excellence  leur  irpdawTtûv.  Voilà 
bien  de  l'esprit  employé  à  ressouder  les  morceaux  d'un  texte  incohérent. 
L'important,  si  quelque  chose  importe  ici,  c'est  que,  sans  nul  doute,  les 
TtpôffWTta  portent  les  noms  des  planètes  :  ce  sont  les  décans  «  déguisés  »  en 
planètes. 

1.  Il  y  a  là  une  équivoque  soigneusement  entretenue.  Firmicus  ne  dit  pas 
que  le  décan  soit  la  planète  elle-même,  mais  qu'il  est  «  affecté  »  à  la  planète, 
à  la  façon  d'un  domicile  :  ipsi  decani  singulis  stellis  deputantur,  et  si  cum  in 
ipso  decano  stella  fuerit,  licet  sit  in  alieno  domicilio,  sic  est  habenda  quasi  in 
suo  domicilio  sit  constituta  (Firmic,  II,  4,  2).  Le  décan,  qui  «  possède  »  un  tiers 
du  signe,  est  lui-même  possédé  parla  planète,  n'agit  que  par  elle,  et,  en  fin  de 
compte,  on  ne  sait  ce  qu'il  est.  C'est  une  SûvaixU  iiî  5ixa  [Aoipaç  lxo"'«  «'' 
TÔ)  ÇoiSto)  (Schol.  Arat.,  I,  p.  372  Buhle). 

2. ''latîSà  -i:ap' aÛToTî  éaxlv  dffx^.p  alvuTr-riaTl  îca>>oiJ[iEvo<;  SwOtç,  l>»>»T|ViaTl  6è 
'Aaxpoxûwv,  5î  xal  ôoxsï  paaiXeijeiv  twv  Xo-.tîwv  iaTÉpwv  (Horapoll.,  I,  3).  —  Quae 
autem  stella  in  capite  ejus  (Canis)  Isis  dicitw,  quam  quidam  Sirium  vocant 
(Schol.  Germanie,  p.  415  Eyssenhardt). 


LES    DÉCANS    PLANÉTAIRES  227 

cession  amenait  au  premier  dccan  du  Bélier  le  Soleil,  qui  y  a  son 
u<]^to|j.a,  au  premier  décan  du  Taureau  la  Lune,  qui  s'y  «  exalte  » 
également,  et  l'année  finissait  comme  elle  avait  commencé,  par 
un  décan  de  Vénus,  la  bienfaisante  Vénus,  qui  se  trouvait  avoir 
ainsi,  pour  la  plus  grande  joie  des  mortels,  deux  décans  conti- 
gus.  Seulement,  il  fallait  pour  cela  placer  le  commencement  de 
l'année  au  lever  du  Cancer,  à  la  mode  égyptienne  ;  et  c'est  sans 
doute  ce  que  ne  voulut  pas  admettre  Teucros  de  Babylone  ou  le 
«  Chaldéen  »  quelconque  auteur  de  l'adaptation.  Celui-là  voulut 
commencer  l'année  par  le  Bélier,  à  la  mode  chaldéenne  et 
romaine,  que  les  effrontés  et  insatiables  «  Égyptiens  »  préten- 
daient aussi  avoir  inventée  *.  Comme  la  concordance  de  Sothis 
avec  les  premiers  degrés  du  Cancer  était  un  point  de  repère  fixe, 
de  notoriété  publique,  et  qu'il  n'y  avait  aucun  intérêt  à  le 
déplacer,  l'adaptateur  dut  poursuivre  la  série  en  reculant  vers  le 
Bélier,  dont  le  premier  décan  se  trouva  être  affecté,  comme  le 
dernier  des  Poissons,  à  la  planète  Mars.  Les  astrologues  trou- 
vaient toujours  après  coup  des  raisons  pour  justifier  les  fantaisies 
voulues  ou  imposées  par  la  géométrie.  Ils  en  alléguaient  une 
excellente  pour  mettre  Mars  à  la  tète  du  Bélier,  qui  était  lui- 
même  la  «  tête  du  monde  »  :  c'est  que  le  Bélier  était  le  domicile 
(otxoc)  de  Mars  et  que  la  belliqueuse  planète  était  en  conformité 
de  goût  avec  le  hargneux  et  belliqueux  Bélier  ^ . 

Quoi  qu'il  en  soit,  cette  ordonnance  est  celle  qui  a  prévalu  et 
la  seule  dont  parlent  les  auteurs.  Voici  le  canon  des  décans  pla- 
nétaires, d'après  les  listes  concordantes  de  Firmicus,  de  Paul 
d'Alexandrie  et  de  Démophile  '  (fig.  28  et  tableau  annexé)  : 

1.  Cf.  ci-dessus,  pp.  129,  1. 

2.  Seulement,  la  raison  n'est  pas  très  «  chaldéenne  »,  car,  au  dire  de  Fir- 
micus, les  Babyloniens,  identifiant  \'"\t<^hi]xx  et  le  domicile,  mettaient  le  domi- 
cile de  Mars  dans  le  Capricorne  (Firmic,  II,  3, 4  et  6  KroU:  ci-dessus,  p.  185,  1), 
et  c'est  Paul  d'Alexandrie  qui  note  l'opportunité  de  mettre  Mars  dans  le 
Bélier.  L'hypothèse  d'une  adaptation  chaldéenne  m'est  suggérée  par  le  nom 
de  Teucros  de  Babylone  et  aussi  par  le  fait  que  cette  adaptation  confisque  en 
réalité  les  décans  égyptiens  au  profit  des  planètes,  celles-ci  objet  constant  et 
presque  unique  de  l'attention  des  Chaldéens  de  Chaldée. 

3.  Firmic,  II,  4.  Paul.  Alex.,  Ilepl  wv  êiréxoy'i  •*.<:txk  Sexavàv  itpoaoiuwv  h  toïî 
iP'  ÇwSîoiî  oî  Ç'  àaTipsî  (C  2  v).  Cf.  Cod.  Parisin.,  n"  2419  Omont  :  nspl  Sexavou 
fiTOi  [xopœTJî  xal  TTpoffwTcwv  Twv  t|î'  ÇwStwv  xal  Ttêpl  liva  xwv  Ç'  àuxépwv  lyrouT. 
iTjyxoivfav  (fol.  7  r.).  —  nspl  xwv  >.c'  Sexatvuv  %aX  -zCtw  Ttapava-csî^XôvTwv  èv 
aÙToîî  idxÉpwv  xal  twv  irpoaûirwv  aùxwv  (fol.  8  r.).  Encore  les  décans  plus 
loin  (fol.  38  V.  et  47  r.).  Démophile  (p.  200)  ne  fait  qu'amorcer  la  liste;  mais 
cela  suffit,  puisque  le  commencement  détermine  tout  le  reste.  Les  décans 
planétaires  sont  figurés  sur  le  zodiaque  ou   planisphère  dit  de  Bianchini 


228       CHAP,  VII.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET   PLANÈTES 


Tableau  des  Décans 

planétaires   en  séries 

hebdomadaires. 


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Fig.  28.  Les  décans  planétaires. 

Entre  autres  propriétés  et  affinités  secrètes,  la  liste  ci-jointe 
offre  cette  particularité  que.  tandis  que  les  lignes  horizontales 
suivent  l'ordre  descendant  des  planètes,  les  colonnes  verticales 
donnent  l'ordre  des  jours  de  la  semaine,  continué  depuis  le  pre- 
mier jusqu'au  dernier  décan.  C'eût  été  troubler  la  joie  des  mys- 
tiques et  ce  serait  ici  devancer  le  moment  d'expliquer  l'économie 


{Hist.  Acad.  des  Sciences,  année  1708,  p.  110),  actuellement  au  Musée  du  Lou- 
vre. C'est  une  plaque  de  marbre  sur  laquelle  sont  gravés  au  trait,  au  centre 
les  deux  Ourses  et  le  Dragon;  puis,  sur  quatre  cercles  concentriques  :  1»  un 
zodiaque  oriental;  2°  et  3°  deux  zodiaques  grecs  identiques,  avec  les  chiffres 
des  opta  égyptiens  (cf.  ci-dessus,  p.  213,  4)  ;  4"  les  Décans  égyptiens.  Autour 
de  ce  cercle  extérieur,  les  irpôawiïa  grecs  en  médaillons.  Nos  fragments  ne 
constituent  qu'un  tiers  environ  du  dessin,  et  les  décans  ne  sont  au  complet 
que  dans  deux  signes  (T  et  ê^).  Letronne  [Œuvres  choisies,  II"  série,  I, 
pp.  231-232)  estime  que  le  monument  est  «  postérieur  au  second  siècle  de 
notre  ère  ».  Dans  le  zodiaque  circulaire  du  T.  du  Soleil  à  Paimyre  (Wood, 
Ruines  de  Paimyre,  pi.  xix  A.  Cf.  Letronne,  op.  cit.,  p.  234;  R.  Lepsius,  op. 
cit.,  p.  80),  il  y  a  des  figures  de  planètes  accolées  aux  signes,  c'est-à-dire  : 
(j*  en  T,  9  en  H,©  en  Si,  <C  en  éz,  1^  en  y>,  "if  en  «,  et  I)  au  milieu  de 
l'ensemble.  Lepsius  en  conclut  un  peu  vite  que  ce  sont  là  des  décans.  Ce 
serait  plutôt  un  thème  de  géniture  royale  :  par  exemple,  celle  du  fondateur 
du  temple,  ou  encore  le  thème  de  la  fondation  du  temple.  On  sait  que, 
depuis  Auguste,  les  parvenus  utilisaient  l'astrologie  pour  se  légitimer  par 
décrets  des  astres,  et  que  S.  Sévère,  au  dire  de  Dion  Câssius  (LXXVI,  11), 
avait  fait  dessiner  son  thème  au  plafond  de  son  prétoire  du  Palatin.  Une 
raison  de  plus,  c'est  que  Q  en  0  ou  '-f  en  «s  serait  une  hérésie. 


RÉINTÉGRATION    DES    DÉCANS    ÉGYPTIENS  229 

de  rhebdomade  ou  semaine  que  de  demander  à  un  arithméticien 
la  clef  de  cet  arcane. 

La  combinaison  des  décans  avec  les  planètes  fît  loi  pour  les 
héritiers  de  l'astrologie  grecque,  Arabes,  Persans,  Hindous  ;  je 
laisse  à  d'autres  le  soin  de  rechercher  si  c'est  entre  leurs  mains 
que  le  système  s'est  surchargé  de  figures  supplémentaires,  une 
par  degré  du  cercle  *.  Mais  quel  que  fût  le  succès  de  cette  espèce 
d'escamotage,  qui  dénaturait  les  «  dieux  »  égyptiens  ^  absorbés 
par  les  dieux-planètes  des  Chaldéens  et  Hellènes,  il  resta  toujours 
des  partisans  de  la  vraie  tradition  égyptienne,  et  ceux-là  prirent 
leur  revanche.  Le  même  Firmicus,  qui  a  donné  d'abord  la  liste 
des  décans-planètes  et  vanté  leur  «  infinie  puissance  »,  se  décide 
plus  loin,  non  sans  un  certain  tremblement  religieux,  à  révéler 
les  arcanes  que  les  «  divins  anciens  »  ont  enveloppées  d'une  obs- 
curité voulue,  de  peur  de  les  livrer  aux  profanes.  Il  expose  un 
système  dans  lequel  les  décans  sont  bien  les  dieux  égyptiens, 
portant  des  noms  égyptiens  et  dégagés  de  toute  association  avec 
les  planètes  qui,  dans  le  système  rival,  prétendaient  les  asservir. 
Ces  décans  sont  dans  le  Zodiaque  et  distribués  trois  par  trois 
entre  les  signes,  ce  qui  efface  à  demi  la  trace  de  leur  origine 


1.  Ce  sont  probablement  les  «  paranatellons  »,  Xstxoupyof,  ÛTroXetToupyot, 
munifices,  etc.  (ci-dessus,  pp.  217,  223-6),  et  ils  ont  pu  être  déjà  intégrés  dans 
le  Zodiaque  par  les  «  Égyptiens  »,  qui  avaient  la  manie  des  (iovoixotptai  et  de  la 
«  myriogénèse  »  ou  plutôt  «  mœrogénèse  ».  Voy.  dans  Scaliger  {Notae  in 
Manil.,  pp.  442-458)  les  Monomoeriarum  ascendentes  in  sinyulis  signis  cum 
significationibus  et  decanis  sui  aegi/ptiacis,  d'après  les  Arabes.  Ce  n'est  pas 
aux  Arabes,  iconoclastes  par  religion,  que  l'on  peut  attribuer  l'invention 
de  cette  iconographie  compliquée.  D'après  l'abbé  Guérin  {Ast7'on.  indienne^ 
pp.  81-83),  les  36  décans  ou  «  drekans  »  hindous  sont  représentés  par  les  pla- 
nètes à  raison  de  trois  par  signe,  mais  rangés  dans  un  ordre  différent  (emprunté 
aux  trigones).  Scaliger  {op.  cit.,  pp.  336-347)  donne  la  division  en  décans  de  la 
sphère  «  persique,  indienne  et  barbarique  «  —  celle-ci  égyptienne  avec  cons- 
tellations -napavatsXXovTcî,  mais  sans  figures  de  décans  —  d'après  Aben-Ezra  : 
Sphaerarum  Persicae  Indicae  et  Barbaricae  ortus  ex  libro  Aben-Ezrae  ludaeo- 
rum  doctissimi.  Haly  (I,  3)  compte  sur  les  décans  (faciès)  trois  opinions  :  celle 
des  Grecs  (décans  planétaires),  la  plus  véridique  et  la  plus  suivie  ;  celle  des 
Indiens,  qui  suit  l'ordre  des  trigones,  et  celle  d'Alkindi,  qu'il  n'explique  pas. 

2.  Les  décans  sont  toujours  appelés  «  dieux  »  par  les  tenants  de  la  tradition 
égyptienne,  notamment  par  Héphestion  de  Thèbes  (v.  g.  èx  ôsoC  [=  Sexâvou] 
ÈvspYEta;,  pp.  48,  27  Engelbr.  —  oî  xoO  Oeoû  [=  Sexdcvou]  xXtjj.axTfipeî,  pp.  51,  29 
etc.)  et  Firmicus  :  sutit  autem  decani  ipsi  magni  numinis  et  potestatis  —  quia 
deum  fréquenter  alius  deus  vincit  —  iste  deorum  numerus,  id  est,  decanorum 
(Firm.  IV,  22,  2-3  KroU).  Celse  les  connaissait  aussi  comme  tels  :  ëÇ  xal  xpti- 
xovTa  Sa([iove<;  t^  OsoJ  xtve;  al6ipto'.  (ap.  Salmas.,  p.  841).  Les  signes  ne  sont 
plus,  par  comparaison,  que  des  êtres  inférieurs,  de  simples  logements, 


230        CHAP.  VII.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

réelle;  mais  ils  y  sont  inégaux  en  étendue  %  non  contigus  et 
séparés  par  des  espaces  vacants,  des  degrés  inoccupés  {partes 
vacuae,  vacantes,  par  opposition  à  plenae)  où  ne  s'exerce  pas  leur 
bienfaisante  influence.  D'après  Firmicus,  Néchepso,  le  «  très  juste 
empereur  d'Egypte  et  très  bon  astrologue  »,  avait  attribué  aux 
décans  tout  pouvoir  de  distribuer  à  leur  gré  la  santé  et  les  mala- 
dies et  enseigné  l'art  d'employer  les  uns  à  guérir  les  maux 
envoyés  par  les  autres  ^.  Les  dieux  médecins  sont,  dans  toutes 
les  religions,  les  derniers  à  perdre  leur  clientèle.  Les  astrologues 
se  chargèrent  de  ne  pas  laisser  oublier  ceux-ci  et  de  battre  mon- 
naie avec  les  recettes  mystérieuses  de  Néchepso.  Elles  agissaient 
d'autant  mieux  que  les  noms  égyptiens  des  décans  remplissaient 
la  condition  requise  des  mots  magiques,  à  savoir,  d'être  inintelli- 
gibles. Comme  ils  n'étaient  plus  compris,  ils  se  sont  défigurés  de 
transcription  en  transcription,  et  on  ne  s'étonnera  pas  de  trouver 
de  nombreuses  variantes  dans  le  tableau  ci-dessous  (p.  232-233), 
qui  lui-même  représente  déjà  un  choix  fait  dans  les  variantes 
plus  nombreuses  des  listes  égyptiennes,  connues  et  inconnues^. 

1.  La  grandeur  des  décans  de  Firmicus  varie  entre  2  degrés  (Uiu)  et 
10  degrés  (Futile);  celle  des  espaces  vides,  entre  1  et  9  degrés.  Ce  ne  sont  plus 
des  Ssxavoi  ou  arcs  de  10  degrés.  L'idée  d'intercaler  des  vides  est  venue  natu- 
rellement aux  astrologues,  puisqu'il  y  en  a  dans  le  Zodiaque  réel  :  mais  ce 
serait  leur  faire  trop  d'honneur  que  de  chercher  un  rapport  quelconque  entre 
leurs  chiffres  —  qui  sont,  du  reste,  en  désarroi  complet  dans  les  mss.  de  Fir- 
micus —  et  les  vides  comptés  par  Hipparque  {In  Eudoxi  Phaen.,  III,  3). 

2.  Voy.  ci-après  le  ch.  xv,  consacré  à  Ylatromalhématique. 

3.  Les  listes  comparatives  confectionnées  par  Brugsch  [Thésaurus,  I, 
pp.  137-184)  montrent  bien  qu'il  n'y  a  jamais  eu  d'orthodoxie  étroite  ni  pour 
les  noms,  ni  pour  l'ordre,  ni  pour  les  figures  des  décans,  en  Egypte  même; 
et  les  astrologues  grecs  n'ont  pas  trouvé  non  plus  de  dogme  arrêté  dans 
Néchepso  et  Pétosiris.  Istam  rationem  veteres  involutam  variis  obscuritatibus 
reliquerunt,  <ne>  ad  omnium  notitiam  verissima  haec  et  inmutabilis  ratio 
■perveniret.  Sed  et  magnus  ille  Pétosiris  hanc  partem  leviter  attigit,  non  quod 
eam  nesciret  {ad  omnia  enim  sécréta  divinitatis  accessit),  sed  cum  docere 
nollet,  ne  immortalem  operis  sui  relinqueret  disciplinam  (Firmic,  IV,  22,  20 
KroU  :  cf.  22, 1).  Il  n'y  avait  de  fixe  que  la  distribution  mécanique  des  TcpôawTia 
planétaires  (ci-dessus,  p.  228).  On  a  vu  précédemment  (p.  221)  que  les  listes 
pharaoniques  donnent  40  noms,  qui  ne  sont  pas  classés  partout  dans  le  même 
ordre  (Brugsch,  pp.  137-143,  155-158).  Les  listes  de  l'époque  gréco-romaine 
(Brugsch,  pp.  147-150,  162-164)  ne  contiennent  plus  que  36  noms  (sur  lesquels 
8  nouveaux);  mais  l'ordre  comporte  de  nombreuses  variantes,  surtout  au 
point  de  suture  du  cycle,  là  où  commence  et  finit  la  liste,  au  signe  du  Cancer. 
Les  astrologues-astronomes,  tiraillés  entre  les  systèmes,  voulaient  placer  la 
suture  (le  tropique),  qui  au  commencement,  qui  au  milieu,  qui  à  la  fin  du 
Cancer,  ou  même  —  vu  la  précession  des  équinoxes  —  remonter  à  la  fin  des 
Gémeaux  {Phui-hr  en  tête  dans  les  listes  L  et  M,  de  Denderah).  L'ancien  chef 


LES    DÉCANS    ÉGYPTIENS  231 

Il  y  a  encore  un  mystère  à  constater,  sinon  à  élucider,  dans  le 
système  des  décans  tel  que  Texpose  Firmicus.  Les  décans,  avons- 
nous  dit,  ne  sont  pas  contigus,  mais  séparés  par  des  espaces 
vides.  Ces  espaces,  généralement  moins  grands  que  les  décans, — 
puisque  le  cercle  compte  205  degrés  «  pleins  »  contre  155  «  vides  », 
—  sont  non  seulement  inégaux  entre  eux  comme  les  décans  et 
inégalement  répartis  entre  les  signes,  mais,  chose  plus  bizarre, 


de  file,  Tpa-Kenmut  disparaît,  remplacé  par  Sit  ou  Seta,  que  la  plus  ancienne 
liste,  celle  d'Edfou  (H),  met  en  tôte,  au  milieu  du  Cancer.  D'autres  (listes  I  et 
K)  commencent  par  Kenmut  ou  Knum,  à  la  fin  du  Cancer,  et  terminent  la  liste 
par  Sit.  Enfin,  comme  Sit,  Seta,  Sita,  Setu,  Si^u  (les  Tortues)  est  le  Cancer 
lui-même  (Brugsch,  pp.  113,  164),  Sit  était  aussi  bien  le  commencement  que 
le  milieu  du  Cancer.  Mais,  si  l'on  fait  commencer  l'année  avec  le  Cancer, 
alors  le  premier  rang  revient  à  Solhis  ou  Sati  (Sirius),  qui  précède  le  lever 
du  Cancer  et  que  les  exigences  de  la  division  ternaire  ont  fait  entrer  dans 
cette  constellation.  Le  lever  de  Sothis  indiquant  également  bien  la  fin  d'une 
année  ou  le  commencement  de  l'année  suivante,  son  décan  pouvait  être  mis 
en  tête  ou  en  queue  de  la  liste.  On  voit  le  flottement  dans  les  idées  et  la 
cause  des  divergences.  Les  listes  d'Hermès  et  de  Firmicus  représentent  l'anar- 
chie complète,  comme  ordre  et  comme  nomenclature.  Le  papyrus  XCVIII 
recto  [Brit.  Mus.,  pp.  127-130)  pose  une  énigme  dont  l'auteur  a  gardé  la  clef.  11 
distingue  ou  semble  distinguer,  d'une  part,  les  36  )^a[jn:pol  wpoaxôirot,  de 
l'autre,  les  8  =  xavot,  quoique  ces  termes  soient  synonymes  et  que  les  noms 
des  uns  comme  des  autres  soient,  à  l'ordre  près,  dérivés  des  listes  égyp- 
tiennes. Autant  que  le  permet  l'état  du  texte,  je  conjecture  qu'il  lui  a  plu 
d'appeler  wpoaxÔTroi  les  décans  coïncidant  avec  les  positions  de  ses  planètes 
et  «  centres  »,  et  Szxavoi  les  décans  coïncidant  avec  les  dodécatémories  des 
dites  planètes.  Cela  me  paraît  plus  probable  que  les  hypothèses  de  C.  W. 
Goodwin  (ap.  F.  Chabas,  Mélanges  Égyptologiques,  lie  série,  pp.  294-306. 
Chalon-sur-Saône,  1864),  qui  propose  de  distinguer  des  wooaxÔTtoi  étoiles 
isolées,  des  ôsxavoî  groupes  d'étoiles  et  des  étoiles  non  qualifiées,  ni  horos- 
copes ni  décans.  L'exégèse  de  ce  document  est  encore  à  faire  :  mais,  à  sup- 
poser qu'on  y  découvre  une  méthode  quelconque,  l'autorité  d'un  praticien 
anonyme  ne  pèse  guère  plus,  au  regard  des  traités  en  forme,  que  celle  des 
figurations  dessinées  par  des  artistes  décorateurs.  En  attendant,  j'ai  pris  le 
parti,  dans  le  tableau  ci-joint,  de  placer  les  noms  extraits  du  papyrus  XCVIII 
d'après  leur  horaophonie  probable  et  d'indiquer  entre  parenthèses  le  signe 
auquel  je  pense  qu'ils  se  rapportent.  Les  figures  ou  types  plastiques  ne  sont 
pas  non  plus  sans  variantes.  Il  y  a  déjà  des  différences  notables  dans  les 
deux  séries  de  figures  (L  et  M)  données  par  Brugsch  (pp.  151-152),  la  plupart 
avec  la  tête  d'ibis  (Thot)  diversement  coiffée.  Ce  ne  sont  plus  des  variantes, 
mais  des  incompatibilités  que  l'on  constate,  si  l'on  rapproche  ces  figures  de 
la  liste  des  types  hermétiques  décrits  dans  la  'lepà  ptêXoç  {Anal.  Sacr.,  V,  2, 
pp.  284-290  Pitra).  Par  exemple,  le  Knum  {Xvou[xiî)  de  la  liste  M  est  une 
figure  debout,  coiffée  du  pschent  ;  le  Xvoûtxoî  hermétique,  un  ophidien  léon- 
tocéphale,  tel  qu'on  le  voit  sur  une  pierre  gravée,  publiée  par  Saumaise 
(p.  566),  avec  le  nom  de  XvouSt'î.  A  plus  forte  raison,  les  figures  des  sphères 
persique,  arabe,  etc.,  sont-elles  de  pure  fantaisie. 


232        CHAP.  VII.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

LISTES    DES 


NOUS  HIEROGLYPHIQUES 
d'après  Brugsch, 


27. 
«0»  l  28. 
29. 
30. 
31. 
32. 


<3 


^ 


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yont-har 

Xont-xre 

Si-ket 

y  au 

Arat 

Remen-hare 
'  0osalq 
'  Uaret 


35.  *  Phu-hor 

36.  *  Sopdet  (Sati) 
l.*Seta  (Set-Sit) 

2.  Knum 

3.  yar-knum 

4.  Ha-tet 

5.  Phu-tet 

6.  Tom 

7.  Uste-bikot 

8.  '  Aposot 

9.  *  Sob^os 

10.  Tpa-xont 

11.  yont-har 

12.  Spt-yne 

13.  Sesme 
Si-sesme 
Hre-ua 
Sesme 
Konime 
Smat 
Srat 
Si-srat 
Tpa-xu 
yu 

23.  *  Tpa-biu 

24.  Biu 

25.  yont-har 

26.  Tpi-biu 


HEPHESTION 

[Saumaise] . 


Xovxaps 

Xovxaypé 

Xwou 
"Epw 

'PojJLêpôixape 
BodôXvc 

O'japs 
•toûopt 

Six 

Xvoujit; 

Xapyvoû[Jiiî 

Tw[j. 

OÙWffTSUXtÔTt 

'Acsôao 
So'jywÉ 
rixTiyo'jT 

Xoviapé 

^xuiyyr\wé 
'Ptiouw 

S£<J[XÉ 

Ko[J.tJ.é 

Sptô 

'lapw 

rixiaû 

'As'j 

nxTjêuotJ 

'Aêtoû 

Xovxap^ 

nxt6toû 


HERMÈS  TRISMÉGISTE  (cl  variantes). 


Aaywpî 

Xouxaplx 
Styéx 
Xwoû 
'Apwv 


X£v5aywp£ 
Xaux£tv 

Sixaû 

'Aipw 


'Po[i.6po[j.âp(<);    'Pwjjiivoî 

Zôya 

Oùapt 

n£'7tt!Jw9 


£(>)6£Îp 

Oùœiïtx 

Xvoûo 

Xvoû[iOî 

'Iict 

«tâxixi 

'AGoûê 

Bpwoûî 

'A  [jLfaxdîê 

2'fOuxoO 

N£cpat[XT|; 

4>oû 

Bw; 

Oûîxiyoi; 
"AtpTiêtî 

TeOyiiOî 

XOtuocp 

Taîp 

'EittxÉy 

'ETCtyvatOî 

'I(TÛ 
20T0[1VW 

XovoO[xoî 
T£xttjLâ 

Supû 


Oùôptffix 
Xvoutpôê 
Xvou|xixTii; 


'la8oû[J. 
Bpuaoûo; 

SstoO 

NEtpOijiT,!; 

tI»oÛYtî 


SétpxiAOî 
XayQtTâp 

Xeixâ£tp 

T£Tr£lXÉX 

XvoujxoOî 
'l(jpû-0pw 

Xvoujioûî-IIxtÊîo'- 
Tc(jxt[JLâv-'06{oy 

SOULOEÏV 


*  Noms  nouveaux,  propres  à  l'époque  gréco-romaine  (Brugsch,  p.  164). 


LES    DÉCANS    ÉGYPTIENS 

DÉCANS    ÉGYPTIENS 


233 


PAPYRUS  XCVm  ET  CXXX 
Greelc  Pap. 

FIRMIGUS 

et  variantes) 

[Scaligcr] 

PARTES 

î   1 

PLANÈTES 

(-npôuwxa) 

'  XsvTa...  (T) 

Setialor 

Asicta 

Asiccan 

V 

3 

(^ 

1 

-j-SsvTayop 

Sanacher 

Sentafora 

Senacher 

IV 

9 

iv  o 

2 

Sentacher 

Asentacer 

Acenlacer 

IV 

;  M? 

3 

*  Xa)ûu  (V) 

Suo 

Asicat 

Asicath 

VII 

.     (« 

4 

tApwÔ 

Aryo 

Asou 

Viroaso 

VIII 

«  c 

5 

Psixevaap  {S() 

Romanae 

Aarfi 

Ahai'ph 

V 

'  )  U 

6 

Thesogar 

Tesossar 

Thesogar 

VII 

î  )  (^ 

1 

'  Apoy  (n) 

Ver 

Asue 

Verasua 

V 

HK 

8 

Tepis 

Atosoae 

Tepisatosoa 

VI 

:i  (0 

9 

Sothis 

Socius 

Sothis 

VI 

\  )  ^' 

10 

Sit 

Sith 

Syth 

IV 

h  « 

II 

Kvo'j;x£-paxvouix  (V) 

Thiumis 

Thumus 

Thuimis 

IX 

(c 

12 

*  PcjASvax  (S) 

Craumonis  Afruicois 

Aphruimis 

VII 

\'> 

13 

*  Ex8£  (njî) 

Sic 

Sith 

Sithacer 

III 

À^h 

14 

•  ttouTÔE  (nx) 

Futile 

Futie 

Phuonisie 

X 

'  s  (j 

15 

Thiumis 

Thinnis 

Thtimis 

IV 

l      (0 

16 

...T,  BlXlOT  (m) 

Tophicus 

Tropicus 

Thopitus 

VI 

■W    9 

n 

Afut 

Asuth 

Aphut 

IV 

Hï 

18 

^Tw-ia  (Jk) 

Seuichul 

Senichut 

Serucuth 

V 

(C 

19 

Sepisent 

Atebenus 

Aterechinis 

VIII 

-U 

20 

Setita 

Atepicen 

.  Arpien 

VI 

:1  <^ 

21 

Sentacer 

Asente 

Sentacer 

V 

'  )  {<} 

22 

f  eou;xu)e 

Tepisen 

Asentatir 

Tepiseuth 

VI 

"10 

23 

Sentineu 

Atercen 

Senciner 

V 

/ç 

24 

Apwi-apwt  (-(-f) 

Eregbuo 

Ergb 

Eregbuo 

IX 

{^ 

25 

Sagon 

Sagen 

Sagen 

VII 

^*   C 

26 

KxT-xouaT  (-(->■) 

Chenene 

Chenem 

Chenen 

VII 

*      h 

21 

Themeso 

Themedo 

Themeso 

III 

Vf 

28 

Spo).  (r) 

Epiemu 

Epremu 

Epima 

IV 

AA^ 

29 

stdpw.  (;&) 

Omot 

Omor 

Homoth 

VI 

^0 

30 

Apou  (ss) 

Oro 

Oroasoer 

Oroasoer 

V 

' 

31 

Cratero 

Asturo 

Astiro 

VI 

~    5 

32 

Tepis 

Amapero 

Tepisatras 

VIII 

'    'c 

33 

Acha 

Athapiat 

Archatapias 

VI 

:  W\t 

34 

Tepibui 

Tepabiu 

Thopibui 

V 

33 

Uiu 

Aatexbui 

Alembui 

II 

2 

-A 

36 

CCV[II]  15 

t  Désigne  les  décans 

[lu  papyrus 

CXXX. -'Désigne  les  «ipoc 

rx6xoi 

du  papyrus  XC 

^III 

234        CHAP.  VII.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

ils  sont  au  nombre  de  38  contre  36  décans.  En  effet,  l'année  com- 
mence par  un  vide  au  Bélier  et  finit  par  un  vide  au  bout  des  Pois- 
sons :  l'alternance  des  vides  et  des  pleins  est  également  rompue 
entre  le  Taureau  et  les  Gémeaux  par  la  contiguïté  de  deux  décans; 
entre  les  Gémeaux  et  le  Cancer,  entre  la  Balance  et  le  Scorpion,  par 
la  juxtaposition  de  deux  vides  *.  Nous  avons  encore  affaire  évidem- 
ment à  quelque  superstition  égyptienne.  Le  cercle  zodiacal  porte 
peut-être  là  la  marque  de  deux  coupures  —  ou  soudures,  comme 
on  voudra  —  qui  correspondent  l'une  au  commencement  et  fin 
de  l'année  égyptienne  (lever  de  Sothis),  l'autre  au  commencement 
et  fin  de  l'année  chaldéenne  ou  astronomique.  On  dirait  que  les 
adaptateurs  du  système,  trouvant  la  coupure  faite  à  la  mode  égyp- 
tienne, ont  appliqué  le  même  procédé  au  point  où  la  mode  chal- 
déenne plaçait  la  ligne  de  démarcation  entre  l'année  finissante 
et  l'année  commençante.  Quant  aux  deux  vides  conligus  entre  la 
Balance  et  le  Scorpion,  c'est  fantaisie  pure  ou  erreur  de  copiste. 
Quelle  utilité  avait-on  pu  imaginer  au  large  vide  ménagé  entre 
les  Gémeaux  et  le  Cancer?  Voulait-on  donner  une  sorte  d'élasti- 
cité au  cercle  et  pouvoir  y  insérer  des  génies  protecteurs  pour  les 
5  jours  épagomènes  de  l'année  vague,  ou,  au  besoin,  pour  le  jour 
intercalaire  de  l'année  fixe  ou  julienne?  C'est  un  problème  que 
nous  pouvons  laisser  sommeiller,  avec  tant  d'autres,  qui  ne  sont 
ni  plus  solubles  ni  plus  intéressants  ^.  Il  est  prudent  de  renoncer 

1.  L'alternance  des  vides  et  des  pleins  —sauf  les  quatre  exceptions  visées  ci- 
dessus  —  est  maintenue  :  mais  tel  signe  a  3  vides,  autant  que  de  décans,  et  tel 
autre  (§  np  )()  en  a  4,  tandis  que  deux  signes  (<$t  et  >»)  n'en  ont  que  2.  Le 
nombre  des  loci  (vides  et  pleins)  compris  dans  un  signe  varie  ainsi  de  5  à  7, 
De  même  pour  l'étendue  respective  des  vides  et  des  pleins,  la  somme  des 
vides  dans  un  signe  variant  de  7  degrés  {^)  à  17  ()(  ;&);  la  somme  des  pleins, 
de  13  ()(  ^^)  à  23  (»»)  degrés.  Les  signes  les  plus  pleins  sont,  en  ordre 
décroissant,  »  SI  "i^  ^  zù.  ss  n  ;  les  plus  vides,  T  X  )(  n]E  m,.  La 
somme  des  parties  pleines  (207)  et  des  parties  vides  (155)  dans  le  tableau 
ci-dessus  dépassant  360  de  deux  unités,  il  y  a  lieu  de  corriger  certains 
chiffres,  peut-être  les  deux  nombres  exceptionnels  X  (<$t)  et  9  (T). 

2.  Je  n'ai  nulle  envie  de  reprendre  à  mon  compte  les  spéculations  de 
R,  Lepsius  [Einleit.  zur  Chronol.,  p.  121),  qui  retrouve  dans  la  somme  des 
36  décans  et  des  38  loci  vacui  74  divinités  rencontrées  dans  les  tombeaux  des 
rois  thébains.  Ces  divinités  seraient  des  demi-déçans  (r\  I?  xal  xpiixovTa  -îj 
SiitXaaia;  toutwv.  Jambl.,  Myst.,  VIII,  3)  affectés,  72  aux  demi-décades  ou 
pentades  de  l'année  (360  jours),  1  à  la  pentade  des  épagomènes,  et  1  au  jour 
que  l'on  aurait  dû  intercaler  tous  les  quatre  ans  (?).  11  est  bien  étrange  qu'on 
ait  senti  le  besoin  d'un  génie  protecteur  pour  un  jour  qui  n'existait  pas,  puis- 
qu'on ne  le  comptait  pas  et  que  l'on  préférait  laisser  le  commencement  de 
l'année  «  vague  »  faire  le  tour  du  cercle  dans  les  1461  ans  (1460  années  julien- 
nes) de  la  période  sothiaque. 


LES   DÉCANS   ÉGYPTIENS  235 

à  chercher  des  raisons  à  ce  qui  n'en  a  probablement  pas  d'autres 
que  la  fantaisie  des  astrologues  et  le  besoin  qu'ils  avaient  de  tenir 
leur  clientèle  sous  la  fascination  de  l'incompréhensible.  Ce  serait 
de  la  naïveté  que  de  confronter  les  tableaux  de  Firmicus  avec 
une  carte  du  Zodiaque  pour  voir  si  d'aventure  les  parties  notées 
comme  «  vides  »  ne  correspondraient  pas  à  des  endroits  dépour- 
vus d'étoiles  ou  de  recommencer  le  même  examen  sur  les  listes 
d'Héphestion  de  Thèbes,  qui,  lui,  ne  connaît  point  de  vides  entre 
ses  décans,  tous  taillés  à  la  mesure  exacte  de  10  degrés,  mais 
cite  par  leur  quantième,  dans  chaque  signe,  des  «  degrés  bril- 
lants »  (XafjLTTpa-.  jjLoTpat)',  dont  le  nombre  varie  de  quatre  à  sept. 
L'idée  de  noter  des  parties  «  brillantes  »  ou  pleines  ou  vides 
dans  les  constellations  zodiacales  a  pu  être  suggérée  par  la  con- 
templation du  ciel,  mais  il  y  a  fort  à  parier  qu'en  fait  ni  les  unes 
ni  les  autres  n'ont  été  prises  dans  la  nature.  Des  gens  qui  attri- 
buaient un  sexe  —  et  nombre  d'autres  propriétés*  —  à  chaque 
degré  du  cercle  n'en  étaient  plus  à  compter  avec  la  nature. 

Firmicus  semble  dire  que  le  système  des  décans  avec  pleins  et 
vides  vient  de  Néchepso  et  Pétosiris,  mais  que  ceux-ci  l'avaient 
laissé  «  enveloppé  d'ambages  obscures  ».  Cela  expliquerait  assez 
bien  que  Manilius  en  ail  eu  connaissance,  mais  ne  l'ait  pas  com- 
pris, et  aussi  qu'il  en  ait  retenu  des  bribes  dont  il  a  fait  usage 
à  sa  façon,  c'est-à-dire  hors  de  propos.  Il  a,  lui  aussi,  un  tableau 
de  parties  non  pas  «  vides  »,  mais  mauvaises  {damnandae) ,  et 
mauvaises  pour  des  raisons  qu'il  s'ingénie  honnêtement  à  trouver  : 
excès  de  froid  ou  de  chaud  ou  d'humidité  ou  de  sécheresse  ^.  Mais 
d'où  viennent  ces  défauts  de  nature,  et  pourquoi  sont-ils  ainsi 
distribués?  C'est  le  secret  de  la  divinité,  qui  a  daigné  révéler  le 
fait  ^.  Pour  arriver  à  cette  conclusion,  le  poète  aurait  pu  s'épar- 


1.  Cf.  dans  le  Cod.  Parisin.  2419  les  chapitres  intitulés  IIspl  [lotpwv  à^^ivwv 
xal  8t,Xsiô»v  —  Ilepl  ixotpwv  Xajiirpûv  xai  axoxetvwv  xal  «rxtuSûv  xal 
xoû'.pa»v  Twv  ip'  ÇwSiwv  —  IIcpl  zù'zuyij)^  aoipôiv  (fol.  71  r.-72  r.),  etc.  Les 
Arabes,  outre  ces  degrés  ténébreux,  ombreux  ou  fumeux,  connaissaient  des 
degrés  colorés  en  vert,  en  jaune,  humides,  secs,  indifférents,  débilitants,  etc. 
et  semaient  des  trous  ou  «  puits  »  (partes  puteales  -  œpsaxtatat.  Salmas.,  Praef., 
1 6)  dans  le  Zodiaque  (cf.  Junctinus.  p.  24-27,  qui  donne  des  tableaux  d'après 
Albumazar  et  le  Frater  Britannus). 

2.  Manil.,  IV,  411-499.  Il  aborde  le  sujet  aussitôt  après  avoir  exposé  son 
système  des  décans,  mais  sans  dire  qu'il  y  ait  un  lien  quelconque  entre  les 
deux  questions.  Il  use  d'une  transition  banale  :  Nec  satis  est  signis  domi- 
nantia  discere  signa  |  Per  denos  numéros,  et  quae  sint  insita  cuique,  \  Sed 
proprias  parles  ipsas  spectare  mémento. 

3.  Adjussa  loquendum  est  |  ...Oslendisse  deum  nimis  est,  dabit  ipse  sibimet  | 


236        CHAP.  VII.  COMBINAISONS    DES    SIGNES    ET    PLANÈTES 

gner  la  peine  de  faire  un  circuit  à  travers  le  vocabulaire  de  la  phy- 
sique. En  tout  cas,  son  système  est  optimiste;  car  sur  360  degrés, 
70  seulement  sont  à  craindre,  tandis  que  les  degrés  vides  de 
Firmicus,  tout  aussi  redoutables,  montent  à  plus  du  double. 

Après  tout,  c'est  peut-être  Manilius  qui  suit  le  mieux  la  vraie 
tradition.  La  répartition  des  parties  bonnes  et  mauvaises,  bril- 
lantes ou  obscures,  pleines  et  vides,  qui  sèment  d'accidents  et  de 
trous  le  pourtour  du  Zodiaque,  à  la  façon  des  «  puits  »  du  jeu  de 
l'Oie,  a  dû  naître  indépendante  du  système  des  décans  *,  qui 
n'auraient  pas  été  appelés  «  décans  »  s'ils  n'avaient  occupé  cha- 
cun un  arc  de  10  degrés.  Le  mélange  des  vides  avec  les  décans 

Pondéra  (437-440).  Voici,  pour  l'édification  de  ceux  qu'intéressent  les  arcanes, 
le  tableau  des  partes  damnandae  de  Manilius  et  des  Xa|XTrpal  (xoîpai  d'Héphes- 
tion.  Peut-être  y  trouvera-t-on  l'origine  de  quelques  superstitions  concernant 
l'heur  ou  malheur  attaché  à  certains  quantièmes  (sujet  abordé  plus  loin, 
ch.  xiii).  Il  m'est  impossible  d'apercevoir  un  rapport  quelconque  entre  les 
«  degrés  brillants  »  et  les  étoiles  cataloguées  par  Ptolémée  aux  livres  VIII-IX 
de  VAlmageste.  Ce  n'est  pas  de  l'astronomie,  mais  de  l'astrologie. 

I.  Partes  damnandae,  d'après  Manilius  : 


r 
n 

SI 

.... 

4. 

.6. 

9 

12. 

...14 

..17.  18. 
..  17.... 

19. 

...21 
...21. 
...21 

...21 

....24.25...  .27 

....24 26 28 30. 

1.3. 
1.3. 
1... 
1  .. 

7 

25 27 29.... 

4. 

4 

6. 
fi 

....8 

10. 

8,... 

H. 
1i 

15. 

15. 

22 25 27 29.... 

22 25 28 30. 

....24 

18. 

....  24 27 29,  30. 

J( 

T 

n 

1.  3 

3 

4. 

5 

6. 

...8 

.7.. ..9.... 

II. 

15. 

....12 

13 

11 13.... 15. 

11 

Aaiiirpal  [loîpai 

16 

..  17.... 

...17.... 

d'après 

....20.... 

19 

19 21 

Héphes 

19 

.22 25 28.  29.... 

24.... 26 28 30. 

25 27 

25 29.... 

25 27 

tion: 

26                      30 

3 

ï 

...10 

28..       30 

19 

...21 

...8.  9.... 

15. 

16. 

20.... 

.22 26 

20 26 30. 

^ 

10 

...,17... 

.20... 

26 29.... 

12. 

...  14.... 

...  17... 

.20... 

..23 30 

30 

7          .  10 

4. 

6 

10. 

18 

26 29.... 

....  24 30 

1"^ 

15.. 

11 

...17 

... 

20... 
.20... 

25 29.... 

...23 25 30 

3( 

..8 

15. 

1.  La  vogue  des  divisions  par  degrés  (iJiovo[iotp(at)  a  dû  avoir  pour  excitant 
et  garant  une  étymologie  à  la  mode  stoïcienne,  rapprochant  les  Motpai- 
Parques  des  (xoïpai-degrés .  Has  [totius  Zodiaci  CCCLX  particulas]  Graeci 
moeras  cognominarunt,  eo  videlicet  qiiod  deas  fatales  nuncupant  Moeras  et 
me  particulae  nobis  velut  fata  sunt  (Censorin.,  De  die  nat.,  8,  S). 


HIÉRARCHIE    DES  DOMAINES    PLANÉTAIRES  237 

est  une  de  ces  inventions  comme  en  produisaient  à  la  douzaine 
les    songe-creux   abrités    derrière    les   noms    complaisants    de 
Néchepso  et  Pétosiris.  Ce  qui  survécut  malgré  les  dédains  de 
Ptolémée,  ce  fut  l'ordonnance  des  décans,  avec  ou  sans  «  mas- 
ques »  (Trpôawita)  planétaires,  des  décans  guérisseurs,  maîtres  des 
parties  du  corps  humain  comme  de  la  pharmacopée  végétale  et 
minérale.  Nous  n'aurons  que  trop  d'occasions  de  retrouver  dans 
leurs  divers  rôles  ces  concurrents  des  signes  du  Zodiaque," à  la 
fois  plus  vieux  et  plus  jeunes  que  ceux-ci  *.  Pour  le  moment, 
revenons  aux  domaines  planétaires,  auxquels  la  tradition  chal- 
déenne,    persane,    arabe,    indienne,  a  persisté  à  assimiler  les 
décans,  et  cherchons  à  nous  faire  une  idée  de  leur  valeur  relative. 
C'est  ici  qu'il  faudrait  faire  intervenir  l'histoire,  s'il  était  pos- 
sible d'introduire  une  chronologie  quelconque  dans  cet  amas  de 
systèmes  enchevêtrés   et  antidatés,  tous   uniformément  placés 
sous  la  garantie  des  anciens  Égyptiens  et  Chaldéens.  Il  est  pro- 
bable que  le  système  le  plus  sommaire,  celui  des  oTxot,  qui  prend 
les  signes  en  bloc,  est  le  plus  ancien,  surtout  sous  la  forme  dite 
«  Babylonienne  »,  qui  n'admettait  qu'un  domicile  pour  chaque 
planète  (ci-dessus,  p.  184).  Il  paraît  que  les  domiciles  babyloniens 
devinrent  les  j-^/ojjjLaTa,  quand  les  Égyptiens  eurent  réparti  à  leur 
façon  et  doublé  les  domiciles.  L'ordonnance  des  ^mixccxoi.,  celle 
qui  note  le  degré  précis  de  1'  «  exaltation  »,  avait  chance  d'être 
cotée,  pour  ses  prétentions  à  l'exactitude,  plus  haut  que  celle  des 
oTxoi.  Mais  le  système  des  trigones,  qui  utilisait  les  deux  précé- 
dents en  y  mêlant  de  hautes  considérations  dites  scientifiques  et 
était  autrement  difficile  à  comprendre,  aurait  emporté  la  palme 
s'il  n'avait  eu  pour  concurrent  un  système  qui  l'absorbait  lui- 
même  et  qui  avait  l'avantage  d'être  parfaitement  inintelligible, 
celui  des  ô'p-.a,  une  invention  «  égyptienne  »  dont  le  succès  fut  tel 
que  —  nous  l'avons  vu  —  les  «  Chaldéens  »  en  essayèrent  une 
contrefaçon^.  En  présence  de  tous  ces  chefs-d'œuvre,  les  astrolo- 
gues hésitaient  à  qui  donner  la  prééminence,  et  ils  n'ont  pas 
abouti  à  établir  une  hiérarchie  orthodoxe.  Ils  évitent  même  en 
général  de  poser  la  question. 

1.  En  bon  Égyptien,  non  seulement  Héphestion  de  Thèbes  ne  veut  pas 
connaître  les  décans  à  l'état  de  itjsdawTra  planétaires,  mais  il  confisque  à  leur 
profit  l'influence  des  signes  sur  les  génitures  individuelles.  Dans  chaque 
signe,  il  ne  considère  que  l'action  des  décans  et  fait  par  signe  trois  séries  de 
pronostics,  différenciés  par  décan  premier,  second,  troisième.  Sur  la  méde- 
cine et  pharmacopée  décaniques,  voy.  ci-après,  ch.  x  et  xv. 

2.  Voy.  ci-dessus,  p.  210,  les  opia  chaldéens. 


238       CHAP.  VII.  —  COMBINAISONS   DES    SIGNES   ET   PLANÈTES 

Cette  question  cependant,  Ptolémée  semble  lavoir  posée,  à 
propos  des  titres  comparatifs  des  diverses  planètes  à  Tœcodes- 
potie  d'une  géniture  quelconque  *,  et  l'avoir  résolue  comme  on 
pouvait  s'y  attendre  de  la  part  d'un  géomètre  qui  avait  au  moins 
perfectionné  le  système  des  trigones  et  qui  trouvait  à  gloser  sur 
les  ô'pia.  Dans  son  énumération,  il  place  le  trigone  au  premier 
rang  et  les  opta  au  dernier  '\  Seulement,  il  ne  dit  pas  que  cette 
énumération  soit  bien  un  classement,  et  cela,  peut-être  par  souci 
de  ne  pas  se  contredire  de  façon  expresse  ;  car,  en  rectifiant  les 
6'pta  égyptiens,  il  avait  fait  entendre,  pour  les  besoins  de  la  cause, 
que  les  maîtres  des  ôtj^wp.aTa  doivent  passer  avant  ceux  des 
trigones  et  ceux-ci  avant  les  maîtres  des  domiciles  ^.  Héphestion 
redresse  Ptolémée  sans  le  dire,  car  il  classe  les  titres  à  l'œcodes- 
potie  dans  l'ordre  qu'on  pourrait  appeler  historique  (o l'xou,  6i|;w- 
[xatoç,  tp t  Y  ^vou,  ô  p  1 0)  V,  cpâaewç  Tcpoç  tov  7]Xtov)  *.  Mais  ailleurs  ^,  il 
énumère  les  titres  des  planètes  aux  «  trônes  »  dans  un  ordre  tout 

1.  Voy.  ci-après,  ch.  xii. 

2.  Les  titres  des  planètes  à  Toecodespotie  sont,  suivant  lui,  de  cinq,  dont 
quatre  sont  des  titres  de  propriété  et  le  cinquième  un  rapport  de  position  ou 
aspect  :  Iv  Tpiywvw  ts  xal  otxw  xal  ùii^ûiiictzi  xal  ôpiw  xal  cpdtust  t, 
CTU(Tx.'^[iaTia[AÛ)  {Tetrab.,  III,  2).  Ce  qui  est  curieux,  c'est  que  les  partisans  des 
décans  considérés  comme  irpôdWTrl  planétaires,  ne  se  consolant  pas  de  n'avoir 
pas  Ptolémée  avec  eux,  veulent  absolument  que  'fdî(Tt?-n  auayruKxxusixôi;  signifie 
ici  TiprfffwTcov,  c'est-à-dire  décan  planétaire.  C'est  ainsi  que  traduit  l'auteur 
de  Ylsagoge  (Porphyr.,  p.  103).  Là-dessus,  Saumaise  {Praef.îol.  e-f)  cherche  à 
démontrer  que  Porphyre  entend  par  irpéatoirov  non  pas  un  décan,  mais  une 
planète  qui  est  en  marche  directe  et  a  par  conséquent  la  face  (tpâcrtî  =  64/t<:  = 
Tcpôawitov)  tournée  dans  le  sens  de  sa  marche,  comme  le  dit  l'autre  scoliaste 
—  tpiaiv  8è  îva  ivaxoT^ixàv  tir;  r^  irpooSÉTrii;  (Anon.,  p.  91).  Il  se  pourrait,  avoue 
Saumaise,  que  Ptolémée  entendît  ici  par  œâai;,  qui  signifie  position  par  rap- 
port au  Soleil,  cette  «  phase  »  très  spéciale,  qu'il  appelle  ailleurs  iSioTrpouwrcia 
(ci-après,  p.  243)  et  qui  est  un  auay-ri|xaTia[j.ôî  assez  compliqué.  C'est  cette 
ISioirpoiTWTtfa  que  Porphyre  aurait  traduite  par  Tcpôawrtov,  terme  litigieux,  à  qui 
Ptolémée  refuse  le  sens  de  «  décan  ». 

3.  Toujours,  en  homme  prudent,  sous  forme  d'énumération  :  èizl  [lèv  yàp  tt.î 
tiÇewî  Tfiî  xa6' ëxaaTOv  SwSexaxTiiJiôpiov  irapaî^aiiSivEtai  Tdé  ts  ù<^(!)\t.aix  (x.  xal  Ta 
Tpiywva  xal  ol  oixoi  {Tetrab.,  I,  21).  Le  scoliaste  est  plus  explicite  ;  itpoTt- 
IxTflÔTiffs'cai  yàp  ib  ûil"^!^*»  =^'^*  1^^'^'  *^'^°  "^^  xpfywvov  taj^STiffETat,  xal  xpCTOv  ô 
oixoî  (Anon.,  p.  42)  —  xpÎY'^^o^  xtjxtwTspov  ouv  lyzi  xoû  oîxou  (p.  44)  — 
u  tj^w  [Aa  TtpoTSTtjiTi'cat  oïxou  xal  xptytdvou  (p.  45).  Aussi,  au  chapitre  trai- 
tant de  l'oecodespotie  de  la  géniture,  il  ne  fait  aucune  attention  à  l'ordre 
indiqué  par  Ptolémée,  et  il  énumère  les  titres  dans  un  ordre  (Iv  IStoii;  ôp  îoi;, 
•?,  oïxoi;,  -îi  xptYwvoiî, -il  64'<ii[Aaffi)  qui,  s'il  est  ascendant,  reproduit  le 
précédent  (Anon.,  p.  94). 

4.  Hephœst.,  I,  13,  p.  73  Engelbrecht. 

5.  Hephaest.,  I,  19,  p.  75.  'À»a-zoK\  doit  être  ici  l'équivalent  de  œâjn;,  qui, 
on  vient  de  le  dire,  a  été  probablement  substitué  à  lïpôawTrov  =  décan. 


HIÉRARCHIE   DES   DOMAINES    PLANÉTAIRES  239 

différent  (ol'xtjj,  épti]i,  xpcytovip,  àvaxoXïi,  6(|/ w  [xxxt).  Ou  il  n'a 
pas  de  système,  ou  il  en  change  suivant  les  cas.  Paul  d'Alexandrie 
n'en  a  pas  davantage,  car  il  donne  à  deux  pages  de  distance  deux 
séries  discordantes  (xpt'Ywvov,  olxoç,  u^^wjjia,  6'pia,  et  6'pia, 
u4'K>[jLa,  xpÎYwvov,  oT/coc)  *.  Consulter  Firmicus  n'est  pas  le  moyen 
de  sortir  d'embarras.  Firmicus  s'extasie  devant  chaque  associa- 
tion à  mesure  qu'il  l'aborde,  et  il  a  toujours  l'air  de  placer  celle 
dont  il  parle  au-dessus  des  précédentes.  Dans  leurs  domiciles,  les 
planètes  ont  autorité  {impet^ium)  ;  mais  elles  «  se  réjouissent 
«  dans  leurs  exaltations  et  donnent  alors  les  marques  de  la  plus 
«  grande  félicité  »,  et,  si  une  planète  se  trouve  dans  ses  6'pta, 
elle  est  encore  «  comme  dans  son  domicile  constitué  »,  D'autre 
part,  une  planète  dans  son  décan  est  «  comme  si  elle  était  dans 
son  domicile  »,  et  Firmicus  ne  s'inscrit  pas  en  faux  contre  ceux 
«  qui  pensent  trouver  toute  la  substance  d'une  géniture  »  dans 
cette  autre  espèce  de  domicile  adventice  qu'on  appelait  «  dodé- 
catémorie  ^  ».  Il  n'y  a  que  le  trigone  pour  lequel,  brouillé  comme 
il  l'est  avec  la  géométrie,  il  ne  se  sente  nul  enthousiasme.  Il  n'en 
médit  pas  :  il  le  passe  sous  silence.  Si  on  pouvait  le  soupçonner 
d'avoir  un  système,  sa  préférence  irait  d'abord  à  l'utj^wixa,  et 
ensuite  aux  6'p'.a  ^. 

En  fin  de  compte,  il  n'y  a  pas  entre  les  fiefs  planétaires  de 
hiérarchie  fixe.  Les  astrologues,  qui  les  avaient  successivement 
inventés  pour  trouver  toujours  à  un  point  donné  un  ample  choix 
d'influences  disponibles,  n'entendaient  pas  restreindre  par  des 
règles  incommodes  les  facilités  qu'ils  s'accordaient  *,  et  ces 
règles,  il  ne  s'est  jamais  trouvé  un  congrès  d'astrologues  pour  les 

1.  Paul.  Alex.,  B  3v  et  Cv. 

2.  Firmic,  II,  2,  1  KroU  (m  domibus);  II,  3,  2  (m  altitudinibus) ;  II,  6,  1  {in 
finibus);  II,  4,  2  (m  ipso  decano);  II,  13,  1.  Il  s'agit,  dans  ce  dernier  passage, 
des  dodécatémories  types  des  xXrjpo'.,  dont  il  sera  question  plus  loin  (ch.  ix). 

3.  Nos  autem  scire  debemus...  omnes  stellas  melius  decernerein  altitudinibus 
suis  quam  in  domiciliis  suis  (Firmic,  II,  3,  4  KroU)  —  gaudet  autem  Stella 
principe  in  loco,  in  altitudine  sua  posita,  secundo  in  finibus  (Firmic,  VIII,  32, 
p.  244  Pruckner). 

4.  Voir  plus  haut  (p.  208)  les  critiques  adressées  par  Ptolémée  au  système 
des  Spia  égyptiens,  et,  dans  le  détail  (ap.  Anon.,  pp.  44-47),  les  escamotages 
subtils  qui  permettraient  de  faire  des  objections  aussi  fortes  à  son  propre 
sy«tème.  J'ignore  si,  en  fait  de  hiérarchie,  Alcabitius  (sic)  a  réussi  à  imposer 
une  opinion  orthodoxe  chez  les  Arabes.  Suivant  lui,  la  planète  dans  son 
olxoî  a  liberté  complète  et  possède  5  puissances;  dans  son  u<j/u|ia,  elle  com- 
mande de  haut,  comme  les  rois,  avec  4  puissances  ;  elle  tombe  à  3  puissances 
dans  ses  Spia,  à  2  dans  son  trigone,  à  1  dans  son  décan  où  elle  n'est  plus 
qu'un  ouvrier  dans  son  atelier  (Salmas.,  Praef.,  fol.  f  3  et  f  6). 


240        CHAP.  VII.  —  COMBINAISONS    DES    SIGNES   ET    PLANÈTES 

formuler.  On  s'aperçoit  aussi  que,  en  juxtaposant  les  diverses 
formes  de  domaines  planétaires,  ils  ont  négligé  de  créer  des 
termes  correspondants  pour  en  désigner  les  possesseurs  (SeairoTaf- 

-  xjpiot).  Ils  se  servent  pour  tous  du  mot  oIxoSsaTcÔTr,;,  qui,  étant 
susceptible  d'autres  acceptions  encore,  est  devenu  le  terme  le 
plus  banal  et  le  moins  précis  du  vocabulaire  astrologique  *.  Ils 
en  ont  trouvé,  en  revanche,  et  beaucoup,  pour  exprimer  les  rap- 
ports de  position  des  planètes  entre  elles  et  les  sentiments,  pour 
ainsi  dire,  qu'excitent  en  elles  ces  rapports,  sentiments  parmi 
lesquels  figure  leur  joie  et  leur  orgueil  de  propriétaires. 

1.  Le  mot  olxoSeffTTÔxTiî  doit  dater  d'une  époque  où  roïxoî  était  le  seul  fief 
planétaire  connu.  Le  sens  en  fut  étendu  à  toutes  les  propriétés  imaginées  par 
la  suite,  et  surtout  à  la  «  maîtrise  de  la  géniture  »  (otxoSsairôtTiî  ttjî  ^eviaeioî). 
Héphestion  aurait  voulu  limiter  les  acceptions  à  deux  :  maîtrise  du  domicile, 
maîtrise  de  la  géniture.  Encore  admet-il  qu'une  planète  qui  a  un  titre  de 
propriété  quelconque  dans  ToIxoî  d'une  autre  soit  auvotxoS£aTiôxT,<;  de  celle-ci 
(Hephaest.,  I,  13,  p.  73  Engelbrecht).  Mais  la  maîtrise  de  la  géniture  elle-même 
se  subdivise  en  une  quantité  de  maîtrises,  ol-m.oBscTzoïia.  tfiç  '\iuyffi,  xoû 
aw[iaTOî,  etc.  Aussi  vague  est  l'expression  de  yjxipzi^  -  gaudei^e.  Les  planètes 
se  réjouissent  et  sont  favorables  d'abord  dans  leurs  domiciles  (ôixot),  et  c'est 
l'acception  première  du  mot,  comme  l'indique  expressément  le  fragment  de 
Dorothée  de  Sidon  :  'Ev  oîî  y  aCpouor  i  t^ttoiî  oî  àaxÉpE;,  conservé  par  Héphes- 
tion (I,  7,  p.  72  Engelbrecht).  Mais  les  planètes  se  «  réjouissent  »  aussi  dans 
toute  espèce  de  domaines  et  pour  toute  espèce  de  raisons  :  les  nocturnes  la 
nuit,  les  diurnes  le  jour,  etc.  Elles  se  réjouissent  encore  —  les  bonnes  âmes  — 
de  se  trouver,  à  défaut  de  leurs  propres  domiciles,  dans  les  domiciles  des 
planètes  sympathiques,  de  même  sexe,  de  même  atpsaiî,  etc.  (Anon.,  pp.  49-SO) 

—  Firmicus  en  appelle  sur  ce  point  à  nos  sentiments,  (II,  20,  9  KroU)  —  et 
surtout  de  faire  échange  de  domiciles  [h^aXkctyri)  avec  leurs  amies  (voy.  ci- 
après,  p.  241, 1).  Plus  une  géniture  compte  de  planètes  présentes  in  domiciliis 
suis,  plus  elle  est  heureuse  (Firmic,  II,  21  Kroll).  Mal  placées,  les  planètes 
«  s'attristent  »  nnturali  quodam  dolore  (Firiiîic,  II,  20,  7  Kroll).  «  Naturelle  » 
vaut  son  pesant  d'or  ! 


CHAPITRE   VIII 


RAPPORTS  DE   POSITION   DES  PLANÈTES 
ENTRE  ELLES 


Il  ne  s'agit  plus  maintenant  de  recenser  les  droits  fixes  attri- 
bués une  fois  pour  toutes  aux  planètes  sur  les  diverses  parties  du 
Zodiaque,  mais  de  considérer  les  rapports  de  position  respective, 
accidentels  et  transitoires,  que  leur  crée  leur  mouvement  propre. 
Chaque  planète  ayant  une  vitesse  différente  et  une  orbite  inégale, 
ces  rapports  sont  incessamment  variés  et  en  nombre  tel  que  les 
astrologues  n'ont  pu  céder  à  la  tentation  de  les  utiliser  tous. 

En  règle  générale,  ces  rapports  sont  créés  par  la  présence 
réelle  des  planètes  dans  les  positions  indiquées  ou  par  l'aspect 
substitué  à  la  présence  réelle.  Ils  sont  censés  produire  des  effets 
presque  toujours  définis  comme  des  sentiments  ou  des  actes,  en  ^ 
dehors  de  toute  explication  mécanique.  Nous  sommes  en  plein 
anthropomorphisme.  Éliminer  les  motifs  psychologiques  serait 
supprimer  le  chapitre  entier.  Nous  l'allégerons  tout  au  moins,  en 
rejetant  dans  les  considérations  accessoires  la  plupart  des  effets 
dont  la  cause  elle-même  est  un  sentiment  préexistant  à  la  posi- 
tion, et  en  tenant  pour  suffisamment  connus  les  aspects  et  les 
phases,  rapports  élémentaires  qui  entrent  dans  toutes  les  autres 
combinaisons. 

Les  rapports  où  la  position  n'est  qu'une  cause  seconde  dérivent 
tous  ou  à  peu  près  tous  de  la  théorie  des  domaines  planétaires*. 

1.  Ce  sont  les  rapports  qui  tiennent  aux  titres  de  propriété  des  planètes. 
Hospitalité  réciproque  dans  le  cas  d'  èvaXXay^  ou  [xexa^Xay^  {receptio),  déjà 
visé  ci-dessus  (p.  240,  1).  L'  évaX^ayr,  {immutalio)  figure  à  chaque  instant 
dans  les  pronostics,  avec  des  effets  divers  suivant  que  les  hôtes  qui  échangent 
ainsi  leurs  domiciles  sont  sympathiques  ou  antipathiques  (Maneth.,  I,  302. 
IV,  182,  189,  202,  250.  VI,  242,  367,  467,  505,  670.  Firmic,  II,  29,  19  KroU;  VII, 
15  Pruckner).  Ainsi,  la  combinaison  la  plus  favorable  au  mariage  est  ôiav 
ivaXXâ;o>iii  xal  ô  [xèv  -FiXtoî  tti  (I£Xt,vt|,  tj  Se  ueXTivri  tw  f.Xtw  (Anon.,  p.  153; 
id,,  p.  155).  Ptolémée  mentionne  de  temps  à  autre  l'éuallage,  v.  g.,  ô  xf.î  9 


242         CHAP.   VIII.  RAPPORTS    DE    POSITION    DES    PLANÈTES 

Nous  en  garderons,  à  titre  de  transition  entre  le  chapitre  précé- 
dent et  celui-ci,  quelques  échantillons,  ceux  qui  ont  trouvé  place 
dans  la  Tétrabible.  Nous  aurons  ainsi  deux  catégories  de  posi- 
tions :  celles  qui  ne  se  réalisent  que  par  coïncidence  avec  des 
points  d'attache  ou  domaines  prédéterminés,  et  celles  qui  sont 
possibles  sur  tout  le  pourtour  du  Zodiaque  indifféremment. 

I.  Ptolémée  ne  mentionne  que  trois  cas  de  la  première  caté- 
gorie, et  d'une  façon  très  brève.  Ce  sont  des  rapports  de  position 
qui  communiquent  aux  planètes  des  qualités  ou  dignités  compa- 
rables à  des  titres  honorifiques,  définis  par  les  noms  bizarres  de 
«  figures  propres  »  (lotoTipoawTra),  de  «  carrosses  brillants  »  (Xa{x- 
TT^vat)  et  de  <(  trônes  »  (Srpôvoi). 

4°  On  dit  qu'une  planète  fait  «  figure  propre  »  lorsqu'elle  est 
actuellement  avec  le  Soleil  ou  la  Lune  dans  le  même  rapport  de 
position  que  son  domicile  propre  avec  les  domiciles  de  ces 
luminaires.  «  Telle  est,  par  exemple,  Vénus  »,  dit  Ptolémée, 
«  lorsqu'elle  est  en  aspect  hexagonal  avec  les  luminaires,  mais  à 
«  la  condition  d'être  vespérale  par  rapport  au  Soleil  et  matinale 
«  par  rapport  à  la  Lune,  conformément  aux  domiciles  originels  *.  » 
L'oracle  de  l'astrologie  ne  daigne  pas  toujours  être  clair,  et  le 
scoliaste,  sous  prétexte  de  préciser  sa  pensée,  l'obscurcit.  Suivant 
Ptolémée,  il  faut  et  il  suffit  que  Vénus  soit  en  aspect  hexagonal 
—  à  60  degrés  —  du  Soleil  ou  même  de  la  Lune  pour  être  lS'.0Trp6- 
(TcoTroî,  à  la  condition  que,  s'il  s'agit  du  Soleil,  elle  soit  placée  à 
gauche,  comme  l'est  son  domicile  de  la  Balance  par  rapport  avec 
le  domicile  du  Soleil  (Lion),  et,  s'il  s'agit  de  la  Lune,  elle  soit 
placée  à  droite,  comme  l'est  son  domicile  du  Taureau  par  rapport 

TtÔ  [lèvroO  ï)  auvwv, -î^  au(J5(''l!Aa'rtÇô[j.£vo<;,  T^  svT|XXaj(à);  toùî  totioui;  {Tetrab., 
III,  11,  p.  263  Junctinus).  11  y  a  aussi  énallage,  dans  un  sens  plus  large,  quand 
la  Lune  et  le  Soleil  sont  logés  chacun  dans  un  signe  de  sexe  contraire  :  'Hv 
Bé  x'  ÈvaXXdtÇ  w(7t  Se>kT|va£ifi  ]xèv  êtt'  dfp^êv,  |  'HiXtoç  S'  iizl  6f,Xu  TroXuÇwoiaiv  êx' 
^(TTpotî  (Maneth.,  IV,  515-516).  Sur  l'espèce  d'énallage  antipathique  produisant 
r  ivTavâXuïii:,  voy.  ci-après,  p.  255.  11  y  a  iieTOXTfi  ou  <"  participation  »  entre 
CTuvoixoSEcr-noxai,  lorsque  —  par  présence  réelle  ou  par  aspect  —  deux  pla- 
nètes se  trouvent  ensemble  dans  un  signe  qui  est  le  domicile  de  Tune  et 
l'hypsoma  de  l'autre.  Joie  ou  tristesse  d'une  planète  qui,  occupant  la  maison 
d'une  autre,  n'est  contente  que  si  celle-ci  est  bien  placée  (Firmic,  II,  20, 
7-8  Kroll). 

1.  AÉYOvxai  SèîStoirpoawTtoi  (xèv  otav  l'xaaxoç  aûxwv  SiaawÇ-ri  Tipô;  0  f,  xal 
([^  a)rTi[iaxtff(j.ôv  8vTtep  xal  oî  otxoi  aôxoû  Ttpô;  xoùç  ixeJvwv  oîxouî  •  olov  ô  xf.î  Ç, 
X6you  ËvsxEv,  Sxav  êÇâytovov  itoÏTi  icpôî  xà  œwxa  Stioxaaiv,  à'Wà  irpô;  ©  jièv  iairs- 
ptoî  wv,  Ttp6;8è(C  Êwoi;,  dxoXoûOwi;  xoïî  IÇ  ipZT,î  o'ixotî  {Tetrab.,  I,  22).  Héphestion 
(I,  19,  p.  75  Engelbr.)  répète  Ptolémée  presque  mot  pour  mot  :  mais  le  texte 
d'Engelbrecht  demande  correction. 


l'idioprosopie  ou  figube  propre  243 

au  domicile  de  la  Lune  (Cancer)  * .  Mais  le  scoliaste  ne  Tentend 
pas  ainsi.  Il  suit  l'opinion  du  grand  nombre  (ol  iroXXot),  et  ceux-là 
exigent  deux  conditions  de  plus,  à  savoir  :  1"  que  la  planète  dite 
IStoTrpôjfOTTOi;  soit  dans  son  propre  domicile,  et  2°  qu'elle  soit  en 
aspect  défini  comme  ci-dessus  non  pas  avec  le  Soleil  ou  la  Lune, 
mais  avec  le  Soleil  et  la  Lune  ^,  tout  en  restant  vespérale  par 
rapport  au  Soleil  et  matinale  par  rapport  à  la  Lune.  La  question 
ainsi  posée  ne  comportait  guère  qu'une  solution  pour  chaque 
planète,  et  cette  espèce  d'honneur  devait  être  assez  rare.  Dans 
l'exemple  précité,  il  faudrait  que  Vénus  fût  dans  son  domicile  du 
Taureau,  le  Soleil  étant  dans  les  Poissons  et  la  Lune  dans  son 
propre  domicile  du  Cancer. 

Obtenue  de  l'une  ou  de  l'autre  façon,  1'  'tSioirpoawTrfa  [visio 
facialis),  en  tant  que  vocable,  reste  inexpliquée.  En  quoi  une 
planète  dans  la  position  susdite  fait-elle  une  figure,  un  visage, 
un  personnage  «  propre  »?  A-t-elle  en  propre  de  loucher  sous  un 
certain  angle  pour  regarder  à  la  fois  les  deux  luminaires?  Il  y  a 
là  très  probablement  une  équivoque  voulue  de  la  part  de  Ptolé- 
mée,  un  épisode  de  la  guerre  qu'il  fait,  par  le  silence,  aux 
décans,  aux  entités  divines,  incorporelles,  qui  n'ont  point  de 
place  dans  sa  physique.  On  conçoit  très  bien  qu'une  planète  soit 
qualifiée  îotoirpôdwTroc  quand  elle  est  dans  son  propre  TrpoawTtov, 
c'est-à-dire  dans  son  décan,  sans  autre  rapport  avec  qui  que  ce 
soit.  Ptolémée,  qui  ignore  de  parti  pris  les  décans,  a  substitué  à 
cette  condition  si  simple  une  mixture  de  rapports  géométriques 
qu'il  savait  propre  à  dérouter  ses  adversaires  «  égyptiens  »  et 
que  ses  disciples  ont  peut-être  compliquée  encore.  Cela  fait,  il 
gardait  sans  scrupule  à  ses  tS'.oTrpoawTroi  le  genre  d'infiuence  pro- 
pre aux  décans,  c'est-à-dire  l'action  sur  les  facultés  psychiques  '. 


1.  Rappelons  (voy.  ci-dessus,  p.  174)  que  à  droite  signifie  en  avant  dans  le 
sens  du  mouvement  diurne  ;  à  {/auche  =  en  amère. 

2.  Il  faut  avouer  que,  dans  le  texte  précité  de  Ptolémée,  t,  xat,  qui  se 
retrouve  aussi  dans  le  texte  d'Héphestion,  est  équivoque  et  peut  aussi  s'in- 
terpréter de  cette  façon.  Ptolémée  n'est  jamais  plus  obscur  que  quand  il 
dénature  et  déguise  quelque  chose  qui  le  gêne. 

3.  Cette  sophistication,  déjà  soupçonnée  par  Saumaise  (qui  n'y  croit  pas, 
Praef.,  fol.  f  4),  me  parait  indubitable.  Pour  Ptolémée,  1'  iSioTrpoawitîa  est  un 
aspect,  un  tryT.jjiaTtiTiiô;,  les  positions  qui  font  les  âmes  fortes  et  les  esprits 
lucides  étant,  suivant  lui,  at  àvaxoXtxal  woo^xoTiJai  xal  u.â)i'.aTa  aï  tSt OTtpo- 
autrJ.oL:  [Telrah.,  III,  14,  p.  525  Junctinus).  lia  confisqué  le  mot  irpoutoirov 
et  en  a  fait  le  synonyme  de  phase  :  -i:p($ao)T:a  8è  (xaXsî)  àiTTjîkiwTixà  xal  ^i6uxà 
TcTapxTjjjiôpia  xal  xàç  ésuepîouî  xal  iûouî  çiast;  (Anon.,  p.  156).  Le 
sens  est  visiblement  forcé  et  trahit  la  déformation  voulue. 


244         CHAP.   VIII.  RAPPORTS    DE    POSITION    DES    PLANÈTES 

Ptolémée  ne  trouvait  guère  plus  à  son  goût  les  termes  baroques 
de  XajjiTc^vat  et  de  Srpôvot  *.  N'osant  les  supprimer,  il  voulait  tout 
au  moins  en  faire  des  synonymes.  Ils  s'appliquent  aux  planètes 
qui  ont  deux  ou  plus  de  deux  motifs  de  s'enorgueillir,  quand  elles 
se  trouvent  dans  des  domaines  qui  leur  appartiennent  à  plusieurs 
titres,  comme  domicile,  hypsoma,  trigone,  6'pta  et  autres  investi- 
tures analogues.  Le  scoliaste  ^  prend  la  peine  de  rétablir  la 
distinction  que  «  le  Vieux  »  a  passée  sous  silence.  Il  nous  ex- 
plique que  la  dignité  de  «  siège  brillant  »  est  au-dessus  de  celle 
de  «  trône  «,  attendu  que  ce  sont  des  noms  métaphoriques  em- 
pruntés à  l'étiquette  des  magistrats,  et  que  la  XajxTiT^vrj  est  un  siège 
élevé,  en  argent;  le  ^fpô^^oc;,  un  siège  en  bois  et  moins  haut.  Por- 
phyre, acceptant  la  synonymie,  ne  parle  que  des  Xa[x7rfjvat,  ajou- 
tant que  les  planètes  ainsi  honorées  ont  une  puissance  excep- 
tionnelle et  la  gardent  même  en  phase  occidentale  ou  perdues 
dans  les  rayons  du  Soleil  ^. 

Il  est  probable  que  ces  désignations  venaient  de  Pétosiris, 
c'est-à-dire  d'un  Alexandrin  qui,  se  souvenant  peut-être  des 
«  trônes  »  sur  lesquels  Platon  installe  ses  trois  Mœres,  aura  subs- 
titué ce  siège  majestueux  à  la  barque,  véhicule  ordinaire  des 
dieux  et  des  décans  égyptiens  *. 

II.  Nous  passons  maintenant  aux  rapports  exclusivement  inter- 
planétaires, toujours  mesurés  sur  le  cercle  zodiacal,  mais  sans 
connexion,  ou  sans  connexion  nécessaire,  avec  les  signes  qui 
l'occupent.  Nous  entrons  dans  le  champ  de  courses  des  planètes, 
où  la  plus  rapide  de  toutes,  la  Lune,  est  l'objet  principal  de 
l'attention,  avec  une  ample  provision  de  termes  pour  noter  les 
incidents  de  ce  sport  silencieux  d'où  a  disparu  la  musique  pytha- 
goricienne. Il  ne  faut  pas  compter  sur  les  astrologues  pour  intro- 
duire quelque  ordre  dans  l'abondante  nomenclature  que  nous 
allons  affronter.  De  tous  ces  termes,  Ptolémée  n'en  a  retenu  que 
deux,  —  les  cruvaçat  et  les  omôppoioLi,  —  et  ce  qu'il  a  dédaigné  comme 
ne  supportant  pas  d'explication  scientifique  est  resté  à  l'état 
confus  ^  Les  astrologues  d'ordre  inférieur  considèrent  les  cas 

1.  Tetrab.,  1,  22.  Hephest.,  I,  19,  p.  75  Engelbrecht. 

2.  Anon.,  p.  49. 

3.  Porphyr.,  Isag.,  p.  190.  Cf.  ci-dessus,  p.  113,  1. 

4.  C'est  Proclus  (in  Anal,  sacr.,  V,  2  p.  138,  Pitra  :  cf.  p.  84)  qui  rappelle 
les  Srpôvoi  de  Platon,  disposés  en  trigone,  et  qui,  à  ce  propos,  mentionne  Péto- 
siris (dvt.p  TravTofaiî  Tâ^eji  Srswv  ts  vcal  àyyéXwv  fjwoCkKs^zli)  comme  ayant 
adapté  à  l'astrologie  le  Sroôvoî  ou  x>.f,poî  'AvâyxT);  (ci-après,  ch.  ix). 

o.  Les  Arabes,  suivant  Junctinus  (pp.  40-45),  comptaient  jusqu'à  25  habi- 
Uidines  planetarum  ad  invicem  ! 


CONTACT   ET   DÉFLUXION  245 

isolément  et  n'ont  aucun  souci  des  associations  d'idées  qui  les  rat- 
tachent les  uns  aux  autres.  Nous  allons  partir,  comme  du  cas  le 
plus  simple,  de  la  conjonction  de  deux  planètes. 

1°  SuvacpT)  [xôXXtj  (j'.i;J  [contactus  ou  conjunctio  -  adplicatio - 
glutinatlo  —  et  àiroppo'.a  -  defluxio)  *.  —  Il  y  a  «  contact  »  («luvaor]) 
entre  deux  planètes  qui  se  trouvent  exactement  sur  le  même 
méridien.  Les  amateurs  de  distinctions  réservaient  le  nom  de 
collage  (xôXXiQatî)  pour  le  contact  imminent,  qui  admet  un  écart 
de  3  degrés  entre  les  deux  planètes,  la  plus  rapide  étant  derrière. 
Si  cette  planète  est  la  Lune,  certains  astrologues  portaient  l'écart 
à  13  degrés,  espace  que  la  Lune  peut  franchir  en  un  jour  ^ 

Au  contact  ou  conjonction  succède  la  défluxion  (àTtôôpota),  qui 
commence  réellement  aussitôt  après  le  contact,  astrologique- 
ment,  à  3  degrés  à  TE  ^. 

Approche  ou  «  collage  »,  contact,  défluxion,  sont  des  périodes 
successives  d'un  même  événement  de  haute  importance  astrolo- 
gique, la  rencontre  de  deux  planètes.  Quand  l'une  des  deux  était 
le  Soleil,  la  rencontre  amenait  toujours  une  crise  douloureuse 
pour  l'autre  :  anéantissement  et  renaissance  pour  la  Lune,  para- 


1.  Ptol.,  Tetrab.,  I,  23  (IIspl  auvaçetûv  xal  dxoiS^oiwv).  Anon.,  p.  50. 
Hephaest.,  I,  14,  p.  73  Engelbrecht.  Porphyr.,  p.  187.  Paul.  Alex.,  H  -  H  3v.  (nsol 
T.î  Ttoter-rat  5Tro(5po£aî  xaî  uuvatpf,î  -fj  Se)^-^vTi  -irpô?  toùç  TrXavw|jiévouç  duxépaç) 
et,  pour  la  duvacp-f,  de  la  Lune  avec  le  Soleil,  S  3v.  (Ilept  xoû  xf,;  SeX-rjvT,; 
ffuvSédfJiou).  Cf.  Cod.  Parisin.  2419,  fol.  47  v.  (IlEpl  twv  auvatpwv  r?,?  SeX-fjvTii; 
irpoî  Toùî  à<7T£pa;  [xexà  xà  )r<<>pt<r6f,vat  aùx-^v  xt,v  aûvoSov  tj  x^v  navaé^TiVOv  xa6' 
k'xaaxov  Çwov  [pour  ÇûS-.ov].  Celui-ci  fait  intervenir,  outre  la  considération  des 
phases,  celle  des  signes.  Firmicus  (IV,  2-16  KroU)  traite  en  grand  détail  des 
pronostics  à  tirer  de  la  Lune  en  conjonction  ou  défluxion  suivie  d'autres 
conjonctions  avec  toutes  les  planètes  une  à  une,  en  tenant  compte  des  phases 
lunaires  et  de  la  qualité,  diurne  ou  nocturne,  de  la  géniture.  De  même 
Manéthon  (II,  441-480). 

2.  Porphyr.,  l.  c. 

3.  Hephaest.,  l.  c.  Suivant  Paul  d'Alexandrie  (S  3v),  le  auvSsafiôî  xf.î  SeXtivt.i:  — 
période  dangereuse  pour  ses  justiciables  —  comprenant  l'approche,  le  contact 
et  la  défluxion  par  rapport  au  Soleil  (ou  à  une  position  la  mettant  en  aspect 
quelconque  avec  le  Soleil)  s'étend  sur  un  arc  de  10  degrés,  b»  à  FO.  et  5  à 
l'E.  Le  scoliaste  Anonyme  (p.  50)  fait  des  distinctions,  pour  l'espace,  entre  la 
«juva'f^i  et  l'iTtoppota,  entre  les  planètes  tardigrades  (ppaSuxCvTjxot)  et  les  rapides 
{x(xy(y%i^T^-:o:)  :  il  distingue  aussi  entre  les  contacts  et  défluxions  en  longitude 
(xaxà  [xfixo;)  et  en  latitude  (xaxà  izlizo;).  On  a  envie  de  crier  grâce.  Dans  les 
(Tuvapal  iTzo^^oï%(xi  (ci-après,  p.  247,  1),  le  (XEasjiêôXT.tAa  ou  ligne  de  démarcation 
entre  deux  signes  formerait  barricade  empêchant  et  l'approche  (ad  nullum 
feratur  [Luna])  et  la  défluxion  (a  nullo  defluit.  P'irinic,  IV,  25,  3  Ki-oll).  Il  est 
bien  entendu  que  le  contact  n'amène  l'occultation  que  quand  les  planètes 
se  rencontrent  à  un  nœud  commun  à  leurs  orbites. 


246         CHAP.  VIII.  —  RAPPORTS    DE    POSITION    DES    PLANÈTES 

lysie  et  «  brûlure  »  pour  les  autres  vassales  du  Soleil  *.  Parfois,  la 
crise  s'étendait  au  Soleil  lui-même  :  la  Lune  l'occultait  et  il 
tombait  lui-même  en  «  défaillance  »  (sxXst^^tç).  Mais,  dans  cet 
hymen  céleste,  la  Lune  faisait  provision  d'énergie,  et,  d'une 
manière  générale,  les  planètes  se  communiquaient  réciproque- 
ment dans  leurs  rencontres  quelques-unes  de  leurs  qualités, 
bonnes  ou  mauvaises.  Aussi  avait-on  soin  de  noter  non  seulement 
l'effet  intrinsèque  d'un  tel  colloque,  mais  sa  répercussion  sur 
l'effet  d'une  rencontre  consécutive  avec  une  autre  planète.  La 
Lune,  par  exemple,  —  qui  en  un  mois  visite  ses  six  collègues,  — 
la  Lune,  dis-je,  venant  à  rencontrer  une  planète,  il  n'était  pas 
indifférent  qu'elle  vînt  de  quitter  celle-ci  ou  celle-là  :  elle  apportait 
à  ce  «  contact  »  une  certaine  humeur  emportée  de  la  «  défluxion  » 
précédente.  Enfin,  il  y  avait  à  considérer  les  cas  où  une  planète 
était  à  la  fois  en  contact  avec  une  autre  et  en  défluxion  par  rap- 
port à  une  troisième. 

Tout  cela  n'était  pas  encore  assez  compliqué  pour  les  astro- 
logues en  quête  de  raisons  et  surtout  d'échappatoires.  Ils  éten- 
dirent le  champ  des  contacts  et  défluxions  à  30  degrés,  l'espace 
d'un  signe,  sans  exiger  toutefois  que  les  planètes  visées  fussent 
dans  le  même  signe,  ce  qui  aurait  restreint  le  nombre  des  cas. 
Dans  ce  champ  de  30  degrés,  ils  distinguent  des  contacts  et 
défluxions  plus  ou  moins  approchés  et,  par  conséquent,  d'in- 
fluence plus  ou  moins  énergique,  le  plus  ou  moins  d'énergie 
indiquant  un  délai  plus  ou  moins  long  avant  l'échéance  du  pro- 
nostic. Ce  doit  être  cette  dernière  considération,  associée  à  la 
théorie  des  quatre  «  âges  »  de  la  vie,  qui  leur  a  fait  établir  quatre 
catégories  :  contacts  et  défluxions  à  moins  de  3,  de  7,  de  25  et 
de  30  degrés.  Cela  ne  leur  suffit  pas.  Ils  ont  remplacé  la  règle  de 
sens  commun,  en  vertu  de  laquelle  la  rencontre  des  planètes 
doit  être  réelle  (xatà  aujaTrapouaiav  ou  aw[xaTixù)<;),  par  cette  autre 
règle  astrologique  que  l'aspect  (<iyj,[J.a)  vaut  ou  vaut  presque  la 
présence  réelle.  Par  conséquent,  toute  planète  peut  être  rem- 
placée, par  toute  relation  entre  astres  —  celles  que  nous  avons 
vues  et  celles  qui  nous  restent  à  voir  —  par  le  «  rayon  »  qu'elles 
lancent  suivant  un  des  aspects  polygonaux  "^  ;  si  bien  que  le  nom- 
bre des  cas,  déjà  considérable  avec  la  condition  de  la  présence 
réelle,  se  trouve  multiplié  par  le  nombre  des  aspects,  doublé  lui- 


1.  Voy.  ci-dessus,  pp.  112  et  113,  1. 

2.  'H  5è  auvatp-};  Sitt'^j  îvéyeTat  elvai  •   tj   fjièv    xaxà    aw[jia,  oxav   èv    tw    aÙTcÔ 
Çw5£(i),  Ti  ôè  xatà    uy^r^iia.  x,  t.  X.  (Anon.  p.  50). 


CONTACT  ET   DÉFLUXION  247 

même,  quand  il  y  a  lieu,  par  distinction  entre  la  droite  et  la 
gauche.  Enfin,  pour  combler  la  mesure,  certains  astrologues 
interprétaient  les  contacts  et  défluxions  de  la  Lune  avec  les  pla- 
nètes représentées  par  leurs  6'p'.a  et  recommandaient  d'étudier  en 
même  temps  l'aspect  de  la  planète  dont  la  Lune  occupe  le 
domaine  *.  Et  ce  ne  sont  pas  là  choses  négligeables.  Paul  d'Alexan- 
drie et  son  scoliaste  déclarent  que,  ni  en  généthlialogie,  ni  par 
la  méthode  des  xaxap^^aî,  qu'il  s'agisse  du  corps  ou  de  l'âme  ou 
des  biens,  on  ne  peut  rien  prévoir  sans  viser  les  contacts  et 
défluxions  de  la  Lune  ^.  C'est  un  refrain  qui  clôt  toutes  les  for- 
mules astrologiques. 

De  même  qu'en  rhétorique  tous  les  tropes  sont  des  variantes 
de  la  métaphore,  de  même,  en  astrologie,  tous  les  rapports  des 
planètes  entre  elles  dérivent  du  contact  et  de  la  défluxion.  Quand 
il  y  a  contact  entre  une  planète  et  plusieurs  autres  à  la  fois,  on 
dit  qu'il  y  a  «  agrégation  »  (iTiiauvaYWYï^)  ^,  et  la  planète  principale 
prend  pour  elle  l'énergie  des  autres.  Si,  une  planète  étant  en 
contact  avec  une  autre,  cette  autre  entre  en  contact  avec  une 
troisième,  il  y  a  dérivation  ou  canalisation  [iitxoyize'jdK;  -  translatio 
virtutis)  *,  la  conduite  ainsi  formée  faisant  passer  les  propriétés 
de  la  planète  précédente  dans  la  suivante.  Quand  deux  planètes, 
avant,  pendant  ou  après  «  collage,  par  présence  réelle  ou  par 
aspect  »,  sont  dans  une  même  tranche  d'ô'pta,  on  dit  qu'elles  sont 
en  communauté  de  frontières  ou  contiguïté  (ôiaopwati;  -  confinium)  ". 

2° 'AxTivoSoXta  [emissio  radiorum)^.  —  C'est  une  expression 
toute  naturelle  et  à  peine  métaphorique  que  de  dire  que  les 
astres  «  lancent  des  rayons  »,  et  la  comparaison  du  rayon  avec 
une  flèche  ou  un  projectile  quelconque  va  de  soi.  Une  fois  là. 


1.  Firmic,  IV,  23  Kroll.  Je  ne  vois  pas  pourquoi  les  Grecs  auraient  réservé 
à  ce  genre  spécial  le  nom  de  duvaoal  àiîo^poïxaJ  (Firmic,  ibid.). 

2.  A£ya  5è  toO  irspl  àirop^ota;  xal  auva'ffjî  Xôyou  où  itoXuypoviÔTT,!;,  où  irâôoî, 
oj  (jïvoî,  où  TiXoÛTOî,  où  SujTuj^ia,  où  S6\<x,  oùx  dSo^îa,  oùx  ivSpêta,  oùx  àaOévsta, 
Ttspl  yz'/é^etit^  xa6E'aTT,x£v  (Paul.  Alex.,  H2v).  Et  le  scoliaste  :  'Eirl  itdcvTOi;  yàp 
TrpâyfxaTo;  xat  lirl  iraTT,;  vsvéffew;  xal  Èitt  xaTap/ûv,  iSûvaxov,  fr^ii,  ti  T:pocni£Tv, 
ywp'.î  àiîoppot'aî  xal  duva-ff,;  deXTjviaxfiî  (H  3v).  Sans  compter  que,  en  vertu  de 
l'orientation  par  trigones  des  planètes  rencontrées  (ci-dessus,  p.  199  sqq.),  ou 
peut  dire  de  quel  côté  vont  souffler  les  vents  émus  par  la  rencontre  elle- 
même  {ibid.). 

3.  Porphyr.,  p.  188. 

4.  Porphyr.,  ibid. 

5.  Porphyr.,  p.  189. 

6.  Sur  l'actinobolie,  voy.  Porphyr.,  p.  189.  Manelh.,  IV,  165  sqq.  Hephaest., 
I,  16,  p.  74  Engelbrecht, 


248         CHAP.  VIII.  RAPPORTS    DE    POSITION    DES    PLANÈTES 

rimagination  se  prête  volontiers  à  supposer  au  dit  projectile  une 
action  mécanique  et  offensive.  Le  rayon  peut  aussi  être  assimilé 
à  un  regard  :  c'est  même  Tidée  qui  a  prévalu  chez  les  astrologues 
parlant  latin  et  qui  leur  a  fait  traduire  ]^a.r  adspectus  les  positions 
géométriques  que  les  Grecs  appellent  ^jy^iiciza.  ou  iT^^rjixa-cKTixoi. 
Dans  ce  cas,  l'action  du  regard  n'est  plus  conçue  comme  méca- 
nique, mais  comme  impression  sensible.  Il  est  entendu  d'ailleurs 
que,  rayon  ou  regard,  l'influx  astral  ne  compte  que  dirigé  suivant 
un  des  aspects  polygonaux.  Si  les  astrologues  n'avaient  pas 
raffiné  là  dessus,  il  n'y  aurait  pas  lieu  d'ouvrir  un  paragraphe 
spécial  pour  l'àxxtvogoXi'a,  qui  resterait  le  mode  unique,  universel 
et  nécessaire  de  communication  entre  les  astres.  Mais  l'anthropo- 
morphisme qui  sommeille  au  fond  des  «  mathématiques  »  n'a  pas 
laissé  la  théorie  à  ce  degré  de  simplicité.  Non  seulement  les 
astrologues  ont  introduit  dans  les  aspects  la  distinction  purement 
subjective  de  la  droite  et  de  la  gauche;  mais,  voulant  l'utiliser 
pour  différencier  les  effets,  ils  l'ont  poussée  à  outrance,  de  façon 
à  opposer  l'une  à  l'autre  les  deux  métaphores  primitivement 
équivalentes  et  interchangeables  de  «  rayon  »  et  de  «  regard  ». 

Donc,  à  les  entendre,  les  planètes  marchant  à  l'encontre  du 
mouvement  diurne,  c'est-à-dire  de  droite  à  gauche,  portent 
leur  «  regard  »  en  avant,  sur  les  planètes  qui  les  précèdent,  et 
elles  lancent  leur  rayon  en  arrière  sur  celles  qui  les  suivent.  Pour 
qui  veut  bien  entrer  dans  ces  enfantines  comparaisons,  le  regard 
en  avant,  dans  le  sens  de  la  marche,  est  chose  naturelle;  il  n'en 
va  pas  de  même  du  rayon  lancé  en  arrière.  Nos  fabricants  de 
théories  étaient-ils  des  artistes  qui  voyaient  flotter  en  arrière,  au 
vent  de  la  course,  la  chevelure  des  planètes,  ou  des  stratégistes 
qui  avaient  entendu  parler  de  la  classique  flèche  du  Parthe  *  ? 
Le  regard  en  avant  suffit  à  tout  expliquer  :  il  fallait  bien,  puis- 
qu'ils cherchaient  une  antithèse,  qu'il  missent  le  rayon  en  arrière. 

L'imagination  travaillait  à  l'aise  sur  ces  coureurs  armés.  Les 
esprits  méticuleux  réclamaient  contre  l'estimation  en  gros,  par 
signes  (ÇwSiaxûx;  -  platice),  et  n'admettaient  que  le  tir  précis  ou  le 
regard  ajusté  au  degré  (fxotptxûx;).  D'autres  faisaient  réflexion  que 
le  tir  en  arrière  ou  lancement  du  rayon  suppose  une  intention 

1.  La  chevelure  flottante  chez  les  hommes  (ne  pas  oublier  que  Tz'ka.vi^Triq 
[à(7XT,p]  est  masculin  et  que  Vénus  s'appelle  ô  [ànxi^p]  xt\<;  'A'fpoStnriç)  était  aussi 
une  mode  parthe.  La  théorie  de  rixTtvoSoXJa  est  probablement  postérieure  h 
Ptolémée  :  la  mention  de  Thrasylle  (ci-après,  p.  249)  n'est  pas  une  preuve  du 
contraire.  Elle  pourrait  dater  du  temps  où  les  Parthes  et  les  Perses  hantaient 
et  terrifiaient  les  imaginations  gréco-romaines. 


LE   TIR    OFFENSIF    OU    ACTINOBOLIE  249 

hostile,  et  que,  l'admettre  en  aspect  trigone,  c'était  enlever  à  cet 
aspect  son  caractère  universellement  favorable.  Par  conséquent, 
il  n'y  avait  «  actinobolie  »  qu'en  aspect  fâcheux,  comme  le  qua- 
drat  et  le  diamètre  ;  mais,  dans  ces  conditions,  le  tir  d'une 
planète  malfaisante  était  redoutable.  En  aspect  quadrat,  au  dire 
de  Thrasylle,  il  était  meurtrier.  Pour  le  diamètre,  il  y  avait  une 
difficulté,  c'est  que  la  planète  en  opposition  diamétrale  avec  une 
autre  n'est  ni  en  avant,  ni  en  arrière  de  celle-ci  :  elle  est  en  face. 
Donc,  ou  elle  ne  regarde  ni  ne  tire,  —  ce  qui  est  une  absurdité, 
vu  l'énergie  de  l'aspect  diamétral,  —  ou  elle  regarde  et  tire  en 
même  temps,  et  l'effet  du  regard  tempère  celui  du  rayon  ^  Voilà 
pourquoi,  je  suppose,  le  tir  en  quadrat  était  particulièrement 
néfaste,  plus  que  le  tir  diamétral,  et  comment  les  novateurs  met- 
taient en  désarroi  la  psychologie  classique  des  aspects  ^ 

Les  raisonneurs  avaient  là  ample  matière  à  réflexions.  Quand 
une  planète  rétrograde,  marche-t-elle  réellement  à  reculons  ou 
se  retourne-t-elle  de  façon  que  le  regard  devienne  le  rayon  et 
réciproquement?  Si  elles  rétrogradent  sans  changer  d'attitude, 
leur  vitesse  en  arrière  s'ajoute-t-elle  à  celle  du  rayon,  qui  devien- 
drait alors  plus  dangereux  quoique  la  planète  elle-même  soit 
affaiblie  ?  Fallait-il  expliquer  ainsi  que  les  planètes  marchant  en 
avant  soient  plus  favorables,  leur  vitesse  étant  soustraite  de  celle 
du  rayon,  ou  que  leur  tir  soit  plus  sûr  en  station?  La  théorie 
de  l'actinobolie  touchait  ainsi  à  tout,  —  puisque  tout  se  tient  et 
s'enchevêtre  en  astrologie,  —  risquant  d'ébranler  ou  de  renforcer 
au  hasard  les  dogmes  formulés  avant  elle. 


1.  Il  y  a  encore  une  troisième  hypothèse  envisagée  par  Saumaise  {Praef., 
e  8)  :  c'est  de  distinguer  la  gauche  et  la  droite  dans  le  corps  des  planètes 
en  présence  :  Chacune  aeque  ab  altéra  conspicîtur  et  radiis  pulsatur,  sed  a 
sinistris  partibus  videtur,  a  dextris  radiatur. 

2.  OpiauXXoç  Se  t^v  àx-civo  6o?i(av  dtvatpEdiv  Î^Éyei,  àvaipeîv  Se  toùî  toi? 
TETpaywvoii;  <iyTi[jLa<ïiv  ÈTtmap^vxai;,  tandis  que  le  tir  diamétral  n'agit  ainsi 
que  £v  Ttô  StaaTT,[xaTi  xfjç  wpoaxoTtoûdTii;  (xofpaç,  allant  de  l'horoscope  à 
l'occident  (Porphyr.,  p.  189).  Ce  Thrasylle  (lequel?)  paraît  être  encore  peu  au 
courant  de  la  distinction  entre  l'dtxTiî  et  l'ô^itî  ou  l'avoir  passablement 
embrouillée  ;  car,  dans  certains  cas  qu'il  précise,  il  dit  qu'il  importe  peu  que 
le  rayon  vienne  de  droite  ou  de  gauche  —  où  8  i  o  is  e  i  9T,al  ircJTspov  z%  SeÇiwv 
•r;  £ijwvû|j.wv),  c'est-à-dire  qu!il  confond  le  regard  et  Je  rayon.  Au  fond,  il 
s'agit  ici  de  ràxTtvo6oXta  des  planètes  anaerétiques  employée  comme  engin  de 
mort,  sans  quoi  on  eût  fait  valoir  l'énergie  du  tir  diamétral  —  ex  recto  cer- 
tior  ictus  (cf.  ci-dessus,  p.  173,  3),  On  verra  plus  loin  (ch.  xii)  que,  suivant  les 
systèmes,  c'est  l'Occident  (en  tir  diamétral)  ou  une  planète  (en  aspect  qua- 
drat) qui  détruit  l'œuvre  de  vie.  Nos  scolies  sont  des  agrégats  de  phrases 
détachées,  où  il  faut  deviner  les  sous-entendus. 


250         CHAP.   VIII.  RAPPORTS    DE    POSITION    DES    PLANÈTES 

Mais,  pour  en  revenir  aux  questions  de  sentiment,  balistique  à 
part,  quelle  raison  imaginer  à  ce  tir  offensif?  Ne  serait-ce  pas  que 
celle  qui  tire  sur  l'autre  est  jalouse  de  la  supériorité  de  celle-ci  ? 
Car  celle-ci  est  supérieure,  attendu  que  c'est  une  règle  générale 
de  l'étiquette  astrologique  que  la  droite  préémine  sur  la  gauche, 
la  droite  précédant  la  gauche  dans  le  sens  du  mouvement  cos- 
mique ou  diurne,  imprimé  par  le  premier  moteur.  Cette  préémi- 
nence (xaOuTOpxepyîdt;  -  supereminentia  -  elevatio)  n'était  pas  un 
vain  mot  :  pour  les  gens  du  Bas-Empire,  toute  classe  supérieure 
exploite  l'inférieure  et  vit  à  ses  dépens.  On  affirmait  donc  grave- 
ment que  la  planète  supérieure  dîme  {ImovAixxz'k:)  sur  son  infé- 
rieure dès  que  l'une  et  l'autre  sont  en  aspect  quadrat,  c'est-à-dire 
hostile.  Ainsi,  une  planète  occupant  le  Bélier  dîme  sur  celle  qui 
se  trouve  dans  le  Cancer;  celle-ci  fait  valoir  son  droit  sur  la 
Balance,  et  ainsi  à  la  ronde  :  ce  qui  sert  à  fonder  des  pronostics 
relatifs  aux  chances  qu'ont  de  s'enrichir  les  clients  des  astro- 
logues K 

L'actinobolie  ou  action  offensive,  distincte  du  rayonnement 
favorable  ou  indifférent,  a  dû  être  inventée  pour  servir  principa- 
lement aux  pronostics  concernant  la  mort,  alors  que  les  planètes 
ou  positions  vitales  viennent  s'enferrer  sur  le  dard  des  planètes 
«  anserétiques  ».  Du  reste,  la  distinction  n'est  pas  toujours  main- 

1.  Sur  laxaôuTTep-cépTiffiîetrèirtSsxaxeia,  voy.  Porphyr.,  p.  188,  texte 
altéré  à  rectifier  d'après  Hephaest.,  I,  16.  Anon.,  pp.  74  et  139.  L'Anonyme  for- 
mule sommairement  la  règle  :  xaSuirspxEpeïv  XsyovTat  o  l  daxépe;  otav  è  X  a  t- 
TÔvwv  [xotpwv  EÎat,  c'est-à-dire  en  remontant  la  série  ordinale  des  degrés 
du  Zodiaque.  Cf.  Maneth.,  VI,  279.  651.  Héphestion,  qui  semble  peu  curieux  des 
minuties  dédaignées  par  Ptolémée  (sauf  pour  les  décans),  simplifie  en  disant 
que  la  planète  qui  en  regarde  une  autre  a  aussi  la  'prééminence  et  prélève  la 
dime  sur  celle-ci.  '0  5è  Trpo7iYOÛ[i£voî  xàv  iTcôfjievov  éçopqt  [Aèv  xal  xa6ui:sp- 
xepeï  9£p6[X£voî  ètt'  aùtdv,  oCx  dtxtivoêoXeî  M...  6  5è  xa  Ouirspxepwv  xal 
li:  iSsxaxeii  wv  ô  aÙT(5<:  i<jx  tv.  Mais  si  toute  planète  dîmante  est  préémi- 
nente, il  ne  s'ensuit  pas  que  la  réciproque  soit  vraie.  Les  exemples  cités  par 
Porphyre  et  Héphestion  lui-même  sont  fondés  sur  l'aspect  quadrat,  et  c'est 
évidemment  un  carré  parfait  que  suppose  le  cas  visé  par  Manéthon  :  celui  où 
Saturne  dîme  sur  la  Lune  et  Mars  sur  Vénus,  Vénus  et  la  Lune  étant  xsxpâ- 
ywvot  (VI,  278),  c'est-à-dire  tous  dimant  l'un  sur  l'autre  à  la  ronde.  Les  éclec- 
tiques de  la  Renaissance  ajoutent,  en  cas  de  conjonction,  deux  autres  motifs 
de  xaeuTtEpxspTidw,  en  faveur  de  la  planète  qui  est  au  plus  près  de  l'apogée  sur 
son  épicycle  (d'après  Centiloq.,  63)  et  de  celle  qui,  en  latitude,  s'approche  le 
plus  du  zénith.  Je  n'ai  noté  qu'une  allusion  à  la  xa6u7CcpxépT,<Ttî  dans  la  Tétra- 
bible  (IV,  6),  et,  d'une  manière  générale,  la  généthlialogie  use  peu  de  tous  ces 
rapports  d'étiquette,  qui  sont,  au  contraire,  la  ressource  préférée  des  mé- 
thodes de  xaxap/ai,  surtout  de  celle  qui  consiste  à  ramener  tout  problème  à 
un  conflit  et  toute  solution  à  une  supériorité  (ci-après,  ch.  xin). 


SIÈGES    ET   BLOCUS    DES    PLANÈTES  251 

tenue,  ni  dans  l'application  ni  dans  le  langage  :  elle  <  iait  trop 
artificielle  pour  empêcher  un  astrologue  de  dire  qu'une  planète 
en  «  voit  de  ses  rayons  *  »  une  autre.  Il  n'en  est  plus  guère  ques- 
tion dans  les  agencements  que  nous  avons  encoro  a  recenser, 
encore  que  fondés  sur  les  mêmes  idées  de  supériorité,  d'attaque 
et  de  défense. 

30  Il£pi(j5^£fft;  -  £(XTt£p  [(j^£<jt<;  [detentio  -  obsidio)  ^.  —  Voici 
maintenant  la  guerre  de  sièges.  Une  planète  peut  être  bloquée 
ou  assiégée  de  deux  façons  : 

a.  Par  une  seule  planète  (TrEpiT/ia-.;),  lorsque  celle-ci  lance  ses 
rayons  dans  les  signes  adjacents,  à  droite  et  à  gauche.  Ainsi,  que 
la  Lune  soit  dans  la  Vierge,  et  Mars  dans  le  Bélier.  La  Lune  est 
bloquée  par  le  rayon  martial  qui  tombe  dans  la  Balance,  en  aspect 
diamétral,  et  celui  qui  tombe  dans  le  Lion,  suivant  l'aspect  tri- 
gone  ^.  Alors  la  Lune  est  paralysée,  livrée  à  l'influence  de  Mars, 
et  gare  aux  nouveau -nés,  si  quelque  planète  bienfaisante  en 
aspect  favorable  ne  vient  pas  à  leur  secours! 

b.  Par  deux  planètes  {ï\i.Tiz^i<iji<3iq]  qui  ont  entre  elles  la  planète 
assiégée  ou  qui  lancent  leurs  rayons  par  aspects,  à  droite  et  à 
gauche  de  celle-ci,  à  une  distance  moindre  que  7  degrés.  C'est  le 
blocus  le  plus  étroit,  dangereux  ou  heureux  suivant  le  caractère 
des  planètes  assiégeantes  et  celui  de  la  planète  assiégée  —  celle- 
ci,  du  reste,  étant  presque  toujours  la  Lune. 

Mais,  dans  tous  les  cas  *,  il  n'y  a  blocus  que  si  un  troisième 


1.  'Oirir(5x'  ôtv...  nupdet;  StatjxsTpoî  dîxxïuiv  Mf,v7iv  xaOopS  (Maneth.,  VI, 
29-30).  Dans  environ  cinquante  passages  où  Manéthon  emploie  les  expressions 
àxTÎai  piX)i£iv,  at9po6iXX£'.v,  alyXoêoXeîv,  etc.,  il  ne  m'a  pas  paru  qu'il  y  ait 
trace  de  la  distinction  sus-mentionaée.  Cf.  ci-après,  p.  252,  3. 

2.  Sur  la  irsp  t  ay  sa lî,  voy.  Porphyr.,  pp.  187-188.  Hephaest.,  I,  15. 

3.  Ceci  supprime  net  la  distinction  entre  rix-cf;  et  l'ôij/iç.  On  peut  se  deman- 
der si  c'est  un  rayon  que  Mars  lance  en  Ji:,  mais  c'est  un  regard  —  et  même 
en  trigone  —  qui  produit  le  même  eflet  offensif  en  Si. 

4.  Eu  réalité,  la  ■jrep-.axÉo'tî  ou  êjx-rtepiayéfftî  —  si  on  la  borne  au  blocus  par 
présence  réelle  —  n'est  qu'une  variété  de  la  auva^pif^  et  de  T  iitôp^otat  avec 
l'intention  hostile  en  plus,  les  assaillants  étant  le  plus  souvent  xaxo-Troiot, 
et,  en  tout  cas,  hostiles  à  la  planète  assiégée.  Manéthon  et  Firmicus,  qui 
n'emploient  pas  le  mot,  connaissent  très  bien  la  chose.  "Aoeo;  t,5è  Kp6voio 
[jL£aT,v  SîtjxatvE  ScXt^vtiv  (Maneth.,  I,  230).  —  "Apso?  T|Sè  Kp6vou  fxéaTTi  Kû:rptî  où 
xaXoepyoî  (I,  256).  —  'Hvtxa  3"  ^  [îaaiXeia  [xéffTi  uuvéj^otTO  SsXtjvti  |  "Apeoî  i'fiï 
Kpdvou  (V,  197),  etc.  Môme  cas  chez  Firmicus  :  Si  autem.  {Luna)  a  Salinmo  ad 
Martem  feratur,  i.  e.  si  utrumque  latus  ejus  Mars  Saturnusque  possederint 
(Firmic,  IV,  16,  2  KroU).  C'est  le  cas  ordinaire  d'  àTrôpjjoia  suivie  de  duvacpr,. 
Une  éclipse  peut  aussi  être  Ouô  twv  xaxoroiwv  TTcpia^eOstija  (Hephaest.,  I,  23, 
p.  93,  21  Engelbrecht). 


252  CHAP.  VIII.  —  RAPPORTS    DE    POSITION    DES    PLANÈTES 

rayon  ne  vient  pas  s'intercaler  entre  les  deux  rayons  assiégeants. 
Cette  intercalation  (iJieaefjLêoXy^cxt;  -  TtapEfjLêoXv^ut;  -  in^ercejo/io - 
intercalatio)  *  peut  encore  servir  à  empêcher  la  communication 
entre  deux  planètes  placées  à  courte  distance.  Ici,  il  faut  des 
mesures  précises.  Ainsi,  soit  la  Lune  au  10"  degré  du  Lion,  et 
Mars  au  25".  Si  Jupiter  se  trouve  simultanément  au  degré  42  du 
Bélier,  le  rayon  qu'il  lance  en  aspect  trigone  frappe  le  Lion  au 
degré  12  et  intercepte  momentanément  l'action  réciproque  des 
deux  planètes  réunies  dans  ce  signe.  La  communication  se  réta- 
blit entre  elles  au  bout  de  deux  heures,  temps  qu'il  faut  à  la 
Lune  pour  atteindre,  en  se  rapprochant  de  Mars,  le  point  visé 
par  Jupiter. 

4°  Aoputfopia  (comitatus)  ^.  — Du  blocus  au  cortège  honori- 
fique, le  rapport  de  sentiment  est  renversé.  Les  assiégeants  se 
transforment  en  satellites  (ooputp(5poi).  Mais  l'étiquette  des  cortèges 
est  plus  compliquée  que  celle  des  sièges  :  on  sent  que  les  astro- 
logues ont  dû  s'inspirer  du  cérémonial  byzantin.  Il  y  a  trois 
manières  de  faire  cortège  : 

a.  Lorsque  deux  planètes  sont  chacune  dans  son  domicile  pro- 
pre ou  son  hypsoma,  celle  qui  se  trouve  sur  un  «  centre  »  (èttixév- 
Tpoç)  et  précède  l'autre  dans  le  sens  du  mouvement  diurne  a  pour 
satellite  cette  dernière,  si  celle-ci  est  avec  elle  en  aspect  défini. 
Ainsi,  par  la  vertu  du  domicile,  le  Soleil  étant  dans  le  Lion  a 
pour  satellite  Saturne,  si  celui-ci  se  trouve  dans  le  Verseau, 
en  aspect  diamétral,  ou  Jupiter,  si  celui-ci  se  trouve  dans  le 
Sagittaire,  en  aspect  trigone.  De  même,  Jupiter  étant  dans  le 
Cancer  a  pour  satellite,  par  la  vertu  de  l'hypsoma.  Mars  dans  le 
Capricorne.  Ce  premier  système  vise  un  cas  particulier  de  xaôuTrep- 
TepY^aiç  avec  actinobolie,  surchargé  de  conditions  nouvelles  concer- 
nant les  «  centres  »  et  les  domaines  planétaires  ^. 


1.  Sur  la  ixEff£[x6oXT|at;,  voy.  Porphyr.,  p.  188. 

2.  Sur  la  doryphorie,  voy.  Porphyr.,  pp.  190-191.  Hephaest.,  I,  17,  p.  74 
Engeibr.  Héphestion  reproduit,  en  l'abrégeant,  le  texte  de  Porphyre.  Ptolémée 
ne  définit  pas  la  Sopuœop{a,  mais  il  s'en  sert  dans  les  pronostics  concernant 
les  parents  {Tetrab.,  III,  4),  et  surtout  au  chapitre  des  honneurs,  de  la  tux'^ 
à?tw[iaTtxT|  {ibid.,  IV,  2).  Voy.  ci-après,  ch.  xii. 

3.  La  planète  qui  «  voit  »  fascine  et  se  subordonne  celle  qu'elle  regarde  et 
qui  «  tire  »  sur  elle.  Héphestion,  qui  vient  de  définir  1'  sxtivoêoîvCa  (I,  16)  et 
qui  appelle  le  second  mode  de  doryphorie  xb  Sc'jxspov  ysvo;  xô  xarà  t'>iv 
àxxtvoêoXtav  )k£yô[j.cvov,  a  l'air  d'oublier  complètement  la  distinction  qu'il 
vient  de  poser  en  termes  très  clairs  :  fi  [xèv  S^j/iç  ek  x6  £[jLiîpoa6£v  cpIpExai  (dans 
le  sens  du  mouvement  propre  des  planètes),  r,  5è  dtxxU  sk  xoùuîaw.  Il  écrit 
que,  dans  le  premier  mode  de  doryphorie,  la  planète  satellite  «  regarde  »  le 


LES  CORTÈGES  DE  SATELLITES  253 

b.  Le  deuxième  mode  de  doryphorie  ne  convient  qu'aux  lumi- 
naires, au  Soleil  elà  la  Lune,  chefs  de  file  des  deux  sectes  diurne 
et  nocturne.  Si,  même  sans  être  dans  sa  propre  maison,  l'un  ou 
l'autre  de  ces  astres  se  trouve  sur  un  des  deux  «  centres  »  les 
plus  importants,  —  l'Horoscope  ou  le  MC,  —  il  a  pour  satellites 
toutes  les  planètes  de  sa  secte  (x^ç  aiplasox;)  qui  le  visent  suivant 
un  aspect  défini.  Il  y  a  seulement  cette  différence,  que  les  satel- 
lites du  Soleil  visent  en  avant,  —  c'est-à-dire,  cette  fois,  dans  le 
sens  du  mouvement  diurne,  —  et  ceux  de  la  Lune  en  arrière,  — 
c'est-à-dire  du  côté  où  l'entraîne  son  mouvement  propre  et  où  ils 
vont  eux-mêmes.  Ainsi  le  Soleil  marche  suivi  et  la  Lune  précédée 
de  ses  satellites. 

c.  Enfin,  il  y  a  encore  une  troisième  espèce  de  doryphorie,  qui 
est  une  extension  de  la  précédente,  avec  retouches  au  profit  des 
planètes  autres  que  les  luminaires.  Toute  planète  qui  est  à  l'ho- 
roscope ou  en  culmination  a  pour  satellites  les  planètes  qui  la 
précèdent  ou  la  suivent  de  près  et  sont  de  secte  concordante  avec 
la  géniture.  Ainsi,  dans  le  cas  d'une  géniture  diurne,  ce  sont  les 
planètes  diurnes  qui  font  cortège  ;  ce  sont  les  nocturnes  dans  les 
génitures  nocturnes.  L'accord  est  parfait  quand  la  planète  ainsi 
entourée  est  de  même  secte  que  ses  satellites  *.  Dans  ce  système 


côté  où  elle  «  lance  son  rayon  »  —  naToirTsû-ri  èirl  xt^v  T:poavâ'f epofxÉvTjv  aÙTOû 
[loîpav  T^^v  àxxîva  paXwv.  C'est  très  humain  de  viser  en  tirant;  mais  il  ne 
fallait  pas  avertir  d'abord  que  les  planètes  regardent  en  avant  et  tirent  en 
arrière.  Dans  le  second  mode  de  doryphorie,  les  satellites  du  Soleil  tirent  sur 
lui  ;  mais  ceux  de  la  Lune  devraient  la  regarder,  et  cependant,  on  dit  aussi 
qu'ils  actinobolisent.  Plus  loin  (troisième  mode)  on  va  nous  dire  que  le  Soleil 
aura  pour  satellite  la  planète  qui  se  lève  avant  lui,  c'est-à-dire  qui  le  regarde 
—  6op'jcpof.T,6y|(i£Tat  u7:ô  xoO  irpoava'^spo [Jiévo  u  (Porphyr.,  p.  192).  C'est  le 
gâchis  complet.  La  coexistence  des  deux  mouvements,  diurne  ou  cosmique  et 
planétaire,  a  si  bien  embrouillé  les  notion  A'avant  et  à'arriere  qu'il  devait  y 
avoir  des  théories  contraires,  confondues  ensuite  par  les  scoliastes  et  abré- 
viateurs. 

1.  Il  n'est  pas  ici  question  d'aspects,  et  on  parle  de  courtes  distances,  comme 
7  degrés  pour  la  Lune  et  15  pour  le  Soleil.  Du  reste,  Porphyre  et  Héphestion 
répétant  les  mêmes  phrases  incohérentes,  il  faut  renoncer  à  s'orienter  dans  ce 
fatras.  Après  avoir  spécifié  (deuxième  mode)  que  les  satellites  du  Soleil  lan- 
cent leur  rayon  en  avant  (à  droite)  et  admis  (troisième  mode)  que  les  satel- 
lites peuvent  être  en  avant  ou  en  arrière  (TtpoT.yoûixevo  i  r\  é-itôiiEvo  t). 
Porphyre  ajoute  :  xaxi  xoOxo  Se  «Txfijia  ô  •î'iXtoî  Sopu!pop7|0/,aexat  uic6  xoO 
Ttpoavaœepo  [iévou,  iTeXT,vr;  8è  67:6  xoû  èv  xaTî  Ç'  [xoCpaL?  Iiravaç  epo|xévou. 
Donc  tout  est  à  l'envers  du  second  mode,  et  il  n'y  a  pas  de  ayr\\i.x'l  A  son 
tour,  le  scoliaste  Anonyme  (p.  41)  nous  prévient  aussi  que  la  doryphorie  pour 
le  Soleil  n'est  pas  la  même  que  pour  la  Lune,  et  que,  dans  un  cas  comme  dans 
l'autre,  la  distance  du  satellite  ne  doit  pas  excéder  un  signe  :  èui  p.èv  yàp  xoû 


254        CHAP.  VIII.  «APPORTS    DE    POSITION    DES    PLANÈTES 

égalitaire,  les  luminaires  eux-mêmes  peuvent  descendre  à  la  con- 
dition de  satellites. 

Autant  que  j'en  puis  juger,  la  doryphorie  a  commencé  par  être 
réellement  une  rangée  à  courte  distance,  comprise  dans  l'espace 
d'un  signe,  les  satellites  suivant,  dans  le  sens  du  mouvement 
diurne,  la  planète  honorée,  supérieure  (cf.  xaejTCpTspv^tTi;),  et  tous 
par  présence  réelle.  Puis  sont  venus  les  raisonneurs  et  abstrac- 
teurs  de  quintessence.  Assimilant  les  satellites  à  des  appariteurs 
ou  licteurs,  il«  ont  fait  réflexion  que  ceux-ci  devaient  précéder  le 
magistrat,  et  que,  étant  donné  comme  ici  deux  collègues,  l'éti- 
quette consulaire  mettait  devant  les  appariteurs  du  premier  et 
derrière  les  appariteurs  de  l'autre  *.  Mais,  comme  il  était  impos- 
sible de  s'entendre  sur  le  sens  des  mots  devant  et  derrière,  vu  la 
coexistence  de  deux  mouvements  de  sens  contraire,  les  uns  ont 
mis  les  appariteurs  du  Soleil  devant  lui  dans  le  sens  de  sa  marche 
diurne,  et  les  autres  devant  lui  dans  le  sens  de  son  mouvement 
propre,  avec  disposition  inverse  pour  la  Lune.  L'inévitable  sub- 
stitution des  aspects  à  la  présence  réelle  a  mis  en  jeu  l'actinobolie, 
au  sens  propre  et  impropre  du  mot;  elle  a  rendu  problématique, 
à  grande  distance  et  sur  un  cercle  fermé,  la  distinction  de  la 
droite  et  de  la  gauche,  de  l'avant  et  de  l'arrière  ^  et  produit  des 
confusions  nouvelles  qui,  les  commentateurs  aidant,  ont  fait  du 
tout  un  chaos  inintelligible. 

Nous  sommes  loin  d'avoir  épuisé  la  liste  des  hostilités  ou  des  po- 
litesses en  usage  au  ciel.  La  politesse  peut  aller  —  nous  l'avons 
vu  —  jusqu'à  la  charité  désintéressée  ^  :  mais  la  casuistique  des 
conflits  est  bien  plus  ample  que  le  code  de  l'hospitalité  sympa- 
thique. Les  planètes  se  contrecarrent  et  s'annulent  mutuellement 
lorsque  les  diurnes  occupent  soit  les  domiciles,  soit  les  hypsomas 
des  nocturnes,  et  inversement;  ou  lorsqu'il  y  a  antagonisme  de 
caractère  —  et  non  plus  seulement  d'a'îpefft;  —  entre  une  planète 
bienfaisante  logée  chez  une  malfaisante  ou  inversement.  On  dit 
alors  qu'il  y  a  àvcavàXuatc  (j-eso/wfio)  ou  annulation  du  pronos- 
tic, et  on  appelle  particulièrement  «  affliction  »  (xdcxwcm;),  l'état 
d'une  planète  bienfaisante  accolée,  ou  assiégée,  ou  frappée,  ou 
hébergée  par  une  planète  malfaisante. 

■îiXîou  jjpTj  sîvat  TÔv  Sopu'fopoOvxa  idTipa  |i->i  ttXsïov  sv6î  ÇwStou  dtite'xovTa  èv  toïî 
T:poiriYOU[xé  voiç  [iépeiriv,  èitl  5è  cpe^-^vt,;  Iv  toÏî  £iro(jiévot  î.  Débrouille 
qui  pourra  cet  écheveau. 

1.  Suet.,  Caes.,  20. 

2.  La  droite  et  la  gauche  ont  chacune  180°,  de  chaque  côté  du  diamètre. 

3.  Voy.  ci-dessus,  p.  242,  1  et  247,  1.  Cf.  Firmic,  II,  14,  2  Kroll. 


LA    COURSE    A    VIDE  255 

Le  pessimisme  astrologique,  plus  exigeant  que  celui  des  philo- 
sophes, n'admettait  même  pas  que  l'absence  du  mal  fût  un  bien, 
au  moins  pour  le  sexe  féminin,  représenté  excellemment  par  la 
Lune.  Quand  la  Lune  n'était  ni  en  contact,  ni  en  défluxion,  ni  en 
rapport  par  aspect  quelconque  avec  aucune, planète,  ni  sur  le 
point  de  l'être  dans  un  court  délai  (espace  de  30  degrés),  les  astro- 
logues disaient  qu'elle  «  court  à  vide»  (xevo  opojju'a-  per  vacitum 
cui'sus]  et  que  son  action  était  alors  indifférente  et  inefTicace  sui- 
vant les  uns,  détestable  suivant  les  autres  *.  On  voudrait  savoir 
si  le  psychologue  inconnu,  auteur  de  cette  belle  invention,  son- 
geait aux  coquettes  délaissées  ou  aux  vieilles  filles. 

Enfin,  les  astrologues  notaient  encore  —  comme  fâcheuse,  sans 
doute  —  la  moindre  différence  de  position  {-KOLpctllT.^-/,)  susceptible 
d'altérer  la  régularité  des  aspects.  On  cite  comme  exemple  la 
position  du  Soleil  au  15^  degré  du  Bélier  et  celle  de  Saturne  au 
20*  degré  de  la  Balance,  l'un  n'ayant  pas  atteint  ou  l'autre  ayant 
dépassé  le  point  exact  de  l'opposition  diamétrale  ^.  Ce  scrupule 
nous  mène  bien  loin  de  l'astrologie  primitive,  qui  procédait  par 
estimations  grossières.  Nous  approchons  des  méthodes  délicates, 
rêvées  plutôt  qu'appliquées  au  calcul  de  l'horoscope. 

1.  Sur  la  xsvoSpojxCa,  voy.  Porphyr.,  p.  189  ;  Firmic,  IV,  8  [Luna  si  ad  nul- 
lum  feratur)  ;  Maneth.,  II,  486  sqq.  On  appelait  aussi  xevo6po[ita  l'état  de  l'un 
ou  de  l'autre  luminaire,  quand  ils  se  trouvaient  dépourvus  de  satellites  (iSo- 
puçdoT.Tx).  Kjvo8pop.eïv  ou  Xéyst  [FlToî^îjxatoî]  t6  (XTjSsva  twv  datipwv  ff/T.jxaT^- 
ÇsffOat,  (àX>và  t6  èaxepf,aeat  Sopucpopîaç  (Anon.,  p.  98).  Ces  potentats  n'ai- 
maient pas  à  marcher  sans  cortège.  Il  y  a  un  cas  où  la  xevoSpojita  de  la  Lune 
est  relativement  utile,  celui  des  accouchements  prématurés  (ci-après,  ch.  xv) 
dans  le  système  des  xatap^aL 

2.  Porphyr.,  p.  187.  Sur  l'exactitude  requise,  cf.  ci-dessus,  pp.  176,  3  et  248. 


CHAPITRE   IX 


LE  ZODIAQUE   CONSIDERE  GOMME  CERCLE 
DE   LA   GÉNITURE 


L'étude  des  propriétés  fixes  du  Zodiaque  ou  qualités  intrin- 
sèques de  ses  signes,  des  influences  mouvantes  des  planètes  et 
des  combinaisons  des  unes  et  des  autres,  ne  doit  pas  nous  faire 
oublier  que  cette  machine  tournante,  cette  roulette  du  Destin, 
doit  être  interrogée  à  un  moment  précis.  Ce  moment,  les  astro- 
logues ont  cherché  à  le  faire  aussi  court  que  possible,  en  vue  de 
se  ménager  la  possibilité  d'introduire  des  différences  notables  — 
et  même  très  considérables  —  entre  les  pronostics  applicables  à 
des  naissances  presque  simultanées,  comme  celles  des  jumeaux. 
Pour  répondre  à  une  objection  célèbre,  reproduite  indéfiniment 
par  tous  leurs  adversaires,  ils  comparaient  la  sphère  céleste  à  la 
roue  du  potier,  qu'il  est  impossible  de  toucher  deux  fois  de  suite 
au  même  endroit,  si  rapide  que  soit  le  mouvement  du  doigt  deux 
fois  approché  de  sa  circonférence  *.  Il  s'agissait  donc  pour  eux 
de  fixer  l'image  du  ciel  à  un  moment  indivisible,  de  faire  ce  que 
nos  photographes  modernes  appelleraient  un  «  instantané  ».  Cette 
image  ou  carte,  limitée  à  la  bande  zodiacale,  est  le  «  thème  de 
géniture  »  (âréfjia  ou  SiaGe|xa  Tïi<;  yz'^i(jsia(;  -  constellatio)^. 

1.  La  comparaison  a  été  imaginée,  dit-on,  par  Nigidius,  surnommé  depuis 
Figulus.  Nigidius,  dum  rotam  figuli  quanta  vi  potuit  intorsisset,  currente  illa 
bis  numéro  de  atramento  tamquam  uno  ejus  loco  numma  celeritate  percussit  ; 
deinde  inventa  sunt  signa  quûe  fixerat,  desistente  motu,  non  parvo  intervallo 
in  rotae  illius  extremitale  distantia.  Sic,  inquit,  in  tanta  rapacitate  caeli, 
etiamsi  alter  post  alterum  tanta  celeritate  nascatur  quanta  rotam  bis  ipse 
percussi,  in  caeli  spatio  plurimum  est,  etc.  (Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  3).  Nigidius 
était  bien  naïf  de  recourir  à  Texpérimentation,  qui  aurait  pu  le  tromper.  Il 
eût  posé  sa  seconde  tache  d'encre  sur  la  première,  si  la  roue  avait  fait  un 
tour  complet  entre  les  deux  contacts.  Pour  renforcer  encore  l'argument,  les 
astrologues  faisaient  valoir  l'énorme  dimension  d'un  seul  degré  mesuré  sur 
la  voûte  céleste,  dimension  que  Firmicus  évalue  à  21,400  stades  (VIII,  4  Pr.). 

2.  Ou,  par  abréviation,  yéveffi;  -  genitura,  mais  non  pas  «  horoscope  ». 


LE    DEGRÉ    INITIAL    OU    HOROSCOPE  257 


I.  —  Le  Cycle  des  lieux. 

A.  Les  centres.  —  Le  moment  fatidique  que  l'astrologue  aux 
aguets  devait  saisir  est  représenté  sur  le  cercle  zodiacal  par  le 
point  qui  émerge  alors  à  l'horizon  du  côté  du  Levant  et  qui 
s'appelle  pour  cette  raison  «  indicateur  du  moment  »  ou  Horos- 
cope (wpoffxoiroî  -ascendens)  K  C'est  de  ce  point  que  part  la  division 
du  cercle  de  la  géniture  ^,  cercle  qui  est  le  Zodiaque  lui-même, 
mais  doté  d'une  division  duodénaire  autonome  superposée  à  celle 
des  signes  et  communiquant  à  chacune  de  ses  cases  (xottoi  -  loci) 
des  propriétés  spécifiques  qui  pourront  être  combinées  après 
coup  avec  celles  des  signes  sous-jacents  ^,  mais  en  sont  de  prime 
abord  indépendantes.  Les  signes  avaient  leur  place  fixée  une  fois 
pour  toutes,  tandis  que  les  compartiments  du  cercle  gradué 
d'après  l'Horoscope  se  déplaçaient  comme  lui,  par  rapport  à  eux, 
pour  chaque  géniture.  Mais,  d'autre  part,  mobile  par  rapport  aux 
divisions  du  Zodiaque,  le  cercle  de  la  géniture  est  fixe  par  rapport 
à  la  Terre.  Il  est  comme  un  bâti  immobile  à  l'intérieur  duquel 
tourne  le  Zodiaque  et  la  machine  cosmique  tout  entière. 

H  est  évident  que  les  anciens  astrologues,  ceux  qui  n'avaient 
pas  encore  eu  maille  à  partir  avec  les  faiseurs  d'objections,  cher- 
chaient à  l'horizon  l'astre,  étoile  fixe  ou  planète,  qui  naissait 
pour  ainsi  dire  en  même  temps  que  l'enfant  dont  ils  comptaient 
prédire  la  destinée.  Les  planètes  étant  trop  rares  pour  fournir 
un  nombre  d'horoscopes  suffisant  *,  c'est  surtout  au  cadran  du 


1.  Propter  caeli  parliculam  ubi  ponitur  horae  notatio,  quem  lioroscopum 
vocant  (Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  2).  Les  auteurs  latins  qui  veulent  traduire 
sans  transcrire  emploient  comme  équivalent  ascendens,  lequel  indique  mieux 
le  point  d'émergence. 

2.  Terme  que  j'estime  commode  et  que  j'adopte  sous  ma  responsabilité. 
Les  auteurs  se  contentent  d'appellations  de  détail,  comme  xôtzoi,  x'kf^poi. 

3.  C'est  à  propos  de  l'altération  du  caractère  des  signes  par  combinaison 
avec  les  cases  ou  «  lieux  »  du  cercle  de  la  géniture  que  Manilius  dit  :  Omne 
quidem  signum  siib  qtialicunque  figura  |  Partibus  inficilur  mundi;  locusimpe- 
rat  astris  \  El  dotas  noxamque  facil,  etc.  (Manil.,  11,856  sqq.).  Vincit  enim 
positura  genus....  et  praelereuntia  cogit  \  Esse  sui  moris  (ibid.,  861  sqq.). 

4.  L'auteur  à'Hermippits  pense  que  c'est  pour  suppléer  à  la  rareté  des  pla- 
nètes que  les  astrologues  ont  assimilé  à  celles-ci,  comme  de  même  tempé- 
rament (tô  Tîôv  éirxà  TtotQTTiTt  xixpavxat),  deux  ou  trois  étoiles  par  signe 
[Hermipp.,  II,  7,  p.  44  Kroll).  Nous  avons  vu  (ci-dessus,  pp.  132,  1.  181,  2)  que 
ce  travail  avait  été  fait  même  pour  des  étoiles  extra-zodiacales. 

17 


258  CHAP.    IX.    LE    CERCLE    DE    LA    GÉNITURE 

Zodiaque  qu'on  demandait  «  l'heure  »  (wpa)  *,  et  l'on  se  conten- 
tait de  noter  en  bloc  le  signe  zodiacal  qui  montait  alors  au-dessus 
du  plan  de  l'horizon.  De  là  l'expression  courante  :  «  naître  sous 
tel  signe  ^  » .  Quand  cette  estimation  grossière  ne  suffît  plus,  il 
fallut  y  regarder  de  plus  près  et  aller  jusqu'au  degré  du  cercle  et 
même  jusqu'aux  subdivisions  du  degré,  La  limite  n'était  ici 
qu'une  nécessité  de  fait,  imposée  par  l'imperfection  des  moyens 
d'observation  ^.  Mais  le  «  degré  horoscope  »  ainsi  obtenu  ne  cor- 
respondait le  plus  souvent  à  aucune  étoile  ou  planète.  Il  devenait 
une  entité  en  soi,  une  abstraction  à  laquelle  les  astrologues  furent 
contraints  d'attribuer  la  valeur  concrète  d'un  astre.  Aussi  répètent- 
ils  constamment  que  les  combinaisons  géométriques  imaginées 
pour  les  astres  s'appliquent  également  au  pivot  ou  «  centre  » 
appelé  Horoscope  et  aux  trois  autres  «  centres  »  (xÉvTpa-Ywvîai  - 
cardines  - angulï)  déterminés  par  ce  point  initial  *. 

Les  «  centres  »  du  cercle  de  la  géniture  sont,  énumérés  dans  le 
sens  du  mouvement  diurne  :  1°  l'Horoscope  ou  Levant  (wpo- 
axoTtoç  -  àvaxoX  v]  -  ortus  -  pars  horoscopï)',  2°  laculmination  supé- 
rieure ([i.£aoupâv7i{jia  -  médium  caelum,  en  abréviation  MC); 
3"  le  Couchant  (Suai ç  -  Suvov  -  8iâ|jL£Tpov  Suxtxov  -  occasus) ;  A°  la, 
culmination  inférieure  (uttôys'ov  -  |j.e(ToupàvTj[i.a  6tto  -^r^^  -  àvxifjLearou- 


1.  Synonymes  plus  ou  moins  poétiques  d'horoscope  :  îipa  tout  court;  tipa 
(ou  ixoïpa)  u)povci[i.oî,  wpovojioûaa,  SiotùaxÔTîôî,  T£vcvoffi:ôpoi;,  [jiEpoxoa-rcôpo;,  yovî[i.T|, 
iravc-itidxôiroî,  etc.,  ou  encore  «î)povô[jioî  wpoaxôxo;,  pour  distinguer  de  wpoaxd- 
xoi;=Ssxavô<;  (Cf.  ci-dessus,  p.  222,  4). 

2.  Ceci  soit  dit  sans  anticiper  sur  la  discussion  instituée  plus  loin  (ch.  xii) 
sur  le  signe  horoscope  proprement  dit  et  le  signe  hébergeant  le  Soleil  ou 
chronocrator  du  mois. 

3.  Les  minutes  i^tTzti)  sont  notées  dans  nos  trois  papyrus  égyptiens  [Brit. 
Mus.,  XCVIII-CX-CXXX).  On  allait  même  ou  prétendait  aller  jusqu'aux  minutes 
secondes  (SsuTspa)  et  au-delà  (twv  Tvstïtwv  XenTà  xat  sxi  >*s-itTÔTjpa.  Philosophum., 
VI, *2,  p.  279  Cruice).  L'auteur  du  papyrus  CXXX  prétend  estimer  des  fractions 
invraisemblables  de  degré  ([Jiépoî  [t.oipi\i  5ia[iupo;(t^s|a)coatoffTÔv.  lig.  114). 

4.  Comme  point  initial,  l'horoscope  est  TrpwTr,  ip/i-,  xâvriov  xal  pîÇa  (Anon., 
p.  90)  —  îpZ'^i  5tal  oîa?  twv  dfX)itov  (ibid.,  p.  99).  Le  mot  xévtpov,  point 
«  piqué  »,  est  le  terme  technique  ordinaire,  et  il  forme  l'adjectif  éirfxevTpo;, 
«  situé  sur  un  centre  ».  Au  risque  de  produire  parfois  une  équivoque  (qui 
existe  aussi  en  grec),  nous  le  rendrons  en  français  par  «  centre  »,  le  terme 
synonyme  dont  usent  communément  les  Latins,  anguli,  étant  plus  équivoque 
encore.  Anguli  est  1^  traduction  de  ywvîai ,  employé  —  rarement —  par  Pto- 
lémée  :  aùxô;  6è  [nToXstiatôi;]  xal  yuviai;  èxaXsaev  sixotwç  •  Trâaa  yàp  ypafijx-^i  eIî 
xûxXov  ÊfiTtixTouca  xal  xÉ[j.vouffa  aôxôv  ywvîaç  dtTcoxsTkEÎ  (Anon.,  p.  26).  C'est 
parce  que  les  «  centres  »  sont  toujours  en  aspect  quadrat  que  telraqonum  et 
centron  vocatur  (Censorin.,  Fragm.  III,  8,  p.  59  Hultsch  :  cf.  ci-dessus, 
p.  273,  3). 


LES    POINTS    CARDINAUX    OU   CENTRES  259 

pivTj fxa  -  imwm  cae/wm,  en  abréviation  IMC).  Ils  sont  déterminés 
par  la  rencontre  du  plan  du  Zodiaque  avec  le  plan  de  l'horizon  et 
celui  du  méridien  '. 

Avant  d'expliquer  la  vertu  des  centres  et  les  qualités  spéci- 
fiques emmagasinées  dans  les  douze  cases  ou  «  lieux  »  (tôttoi  - 
loci)  dont  ils  forment  comme  la  charpente,  il  faut  faire  une  excur- 
sion dans  le  domaine  de  la  géométrie,  domaine  commun  aux 
astrologues  et  aux  astronomes,  afin  de  poser  le  problème  qui  a 
tourmenté  plus  que  nul  autre  les  astrologues  capables  de  le  com- 
prendre, et  fait  plus  que  nul  autre  pour  discréditer  les  praticiens 
de  carrefour  au  profit  des  vrais  «  mathématiciens  »  :  le  problème 
des  ascensions  (àvacpopaî)  des  signes  du  Zodiaque,  dont  la  solu- 
tion règle  la  position  des  centres  et  des  lieux  par  rapport  aux 
degrés  du  Zodiaque. 

Les  premiers  astrologues,  et  ceux  qui,  plus  tard,  s'étaient 
arrêtés  au  même  degré  d'instruction,  considéraient  le  Zodiaque 
comme  un  cercle  qu'il  suffit  de  partager  en  quatre  quadrants 
égaux  pour  avoir  les  positions  de  l'horoscope  et  de  l'occident  ou 
points  d'intersection  avec  l'horizon,  de  la  culmination  supérieure 
et  inférieure  ou  points  d'intersection  avec  le  méridien.  Mais  ceux 
qui  étaient  capables  de  mettre  quelque  précision  dans  leurs 
mesures  et  avaient  une  teinture  de  géométrie  s'aperçurent  que 
le  Zodiaque,  tournant  autour  d'un  axe  oblique  à  son  plan,  n'était 
presque  jamais  divisé  en  quadrants  égaux  par  fhorizon  et  le 
méridien  ^.  Ils  s'aperçurent  en  même  temps  —  et  c'est  par  là 


1.  Ne  pas  confondre  le  MC.  avec  le  zénith  (xoputp-f;),  qui  n'est  pas  Tintersec- 
tion  du  Zodiaque  et  du  méridien,  mais  la  verticale  de  chaque  lieu,  comme  son 
antithèse,  le  nadir  —  mots  d'origine  arabe. 

2.  Géminus  [Isag.,  5)  explique  comme  quoi  le  méridien  ne  divise  en  par- 
ties égales  que  le  tétragone  contenant  les  solstices  et  équinoxes,  au  moment 
où  les  équinoxes  coïncident  avec  la  ligne  d'horizon.  Pour  toute  autre  position, 
le  Zodiaque  est  divisé  en  quadrants  inégaux,  la  différence  pouvant  aller  du 
simple  au  double  (quadrants  de  60  à  120  degrés).  Démophile  (p.  198)  en  dit 
autant,  et  il  rattache  à  ces  différences  (p.  197)  la  classification  des  signes  en 
xpoaxâaaovTa  (qui  agrandissent  le  quadrant  oriental)  et  6i:axoûovTa  (qui 
agrandissent  le  quadrant  occidental).  Cf.  ci-dessus,  p.  163,  2.  Dans  le  papyrus 
Stobart  {Brit.  Mus.,  XCVIII  recto),  œuvre  d'un  Égyptien  savant,  HOR.  est  en 
S  23»  (lig.  42)  et  MC.  en  Y  10°  30'  (lig.  47),  le  quadrant  oriental  valant  104»  30'. 
Dans  le  thème  d'Anubion  {Notices  et  Extr.,  XVIII,  2,  n°  i9=Brit.  Mus.,  CX, 
lig.  25-30),  HOR.  est  en  +->■  23o,  MC.  en  nj  8»,  le  quadrant  oriental  étant  de  77». 
Dans  le  papyrus  CXXX  Brit.  Mus.,  HOR.  étant  en  la  18»,  MC.  est  «  sur  le  dos 
du  Lion  »,  c'est-à-dire  à  une  distance  comprise  entre  78»  et  108"  (lig.  163-173). 
Manéthon,  dans  son  propre  thème  degéniture  (VI,  738-750),  met  le  MC.  au  troi- 
sième signe,  c'est-à-dire  à  moins  de  90°  de  l'horoscope.  Dans  le  thème  de  Pro- 


260  CHAP.    IX.    LE    CERCLE    DE    LA    GÉNITURE 

qu'ils  avaient  dû  commencer  —  que  certains  signes  du  Zodiaque 
montent  beaucoup  plus  vite  que  d'autres  au-dessus  de  l'hori- 
zon, ces  mêmes  signes  descendant  au  contraire  plus  lentement 
de  l'autre  côté.  Et  la  chose  était  de  grande  conséquence,  car  les 
pronostics  concernant  la  durée  de  la  vie  —  grave  sujet,  s'il  en 
fut  —  étaient  fondés  sur  la  valeur  des  arcs  du  cercle  zodiacal 
exprimé  en  temps;  autrement  dit,  sur  la  vitesse  angulaire  avec 
laquelle  tournent,  par  l'effet  du  mouvement  diurne,  les  diverses 
parties  du  Zodiaque.  De  même,  la  position  des  centres  était 
faussée,  et  avec  elle  la  distribution  des  lieux,  si  l'on  persistait  à 
croire  que  l'horizon  et  le  méridien  divisent  nécessairement  le 
Zodiaque  en  quatre  parties  égales. 

Nous  ne  pouvons  rien  dire  des  anciens  Chaldéens,  ni  même  de 
ceux  qui  avaient  pu  recevoir  des  Grecs  des  leçons  de  géométrie  *  : 
mais  il  est  certain  que  les  Égyptiens,  après  comme  avant  leur 
contact  avec  les  Hellènes,  se  montrèrent  absolument  rebelles  à 
l'intelligence  des  àva<5opa(.  On  a  vu  plus  haut  (p.  54)  comment 
on  prétendait  qu'ils  avaient  divisé  le  Zodiaque  en  arcs  égaux 
de  30  degrés,  sans  que  les  littérateurs  qui  nous  renseignent 
songent  à  protester.  Longtemps  après  qu'Euclide  se  fut  occupé 
de  la  question,  le  Grec  égyptien  auteur  de  VArt  d'Eudoxe  ou 
Didascalie  de  Leptine  ^  donnait  la  recette,  qu'il  croyait  infaillible  : 
«  Au  coucher  du  soleil,  laisse  couler  l'eau  de  la  clepsydre  dans 
«  un  vase  jusqu'à  ce  que  les  astres  se  lèvent  »,  —  ce  qui  fait, 
suivant  l'auteur,  une  de  nos  heures  ou  montée  d'un  demi  signe  ;  — 
«  immédiatement  après,  fais  couler  la  même  eau  tout  entière, 
<(  de  la  même  façon,  les  astres  étant  levés;  en  même  temps  que 
«  l'eau  finira  le  signe  entier  »  ^.  Il  n'est  même  pas  sûr  que  le 

dus  (Marin.,  Vit.  Procl.,  35),  la  distance  de  HOR.  T  8°  19'  à  MC.  X  4°  42'  est 
de  93°  3T  (latitude  de  Byzance).  Le  scoliaste  Anonyme  (p.  179)  avertit  qu'il 
peut  y  avoir  entre  l'horoscope  et  le  MC.  depuis  ti^ois  jusqu'à  cin^r  signes.  Démo- 
phile  (p.  197)  pose  le  cas  où  le  quadrant  oriental  vaudrait  72».  Les  exemples 
abondent  :  ceux-là  suffisent  pour  montrer  la  préoccupation  constante,  sinon 
la  virtuosité  mathématique  de  nos  auteurs. 

1.  P.  Epping  [Aslronomisches  aus  Babylon,  p.  46)  croit  que  l'inégale  ascen- 
sion des  degrés  de  l'écliptique  «a  dû  certainement  être  connue  des  Chaldéens  ». 
Mais  il  ne  s'occupe  que  des  Chaldéens  du  ii^  siècle  avant  J.-C,  et  il  ne  peut 
affirmer  sans  réserves,  même  pour  ceux-là. 

2.  Voy.  ci-dessus,  p.  107,  1. 

3.  Notices  et  Extr.,  p.  65;  Tannery,  pp.  290-291.  Géminus  [Isag.^  5)  daube  sur 
les  Égyptiens  :  ils  s'obstinaient  à  croire,  suivant  lui,  que  leur  année  vague 
faisait  toujours  tomber  la  fête  d'Isis  à  la  même  époque  de  l'année  solaire, 
«  un  comble  d'ignorance  qu'on  ne  peut  dépasser  »  (Û7t£p6o).iiv  oùx  àitoXeîiroujtv 
àyvo^aç). 


CALCUL    DES    ASCENSIONS  261 

fameux  Pétosiris  ait  tenu  compte  des  àva^opaî  *  :  en  tout  cas,  il  a 
dû  être  là  plus  obscur  que  jamais,  et  pour  cause  ;  car  Firmicus, 
qui  le  cite  si  souvent,  n'entend  rien  à  la  question.  Parlant  des 
lieux  ou  cases  du  cercle  de  la  génilure,  il  a  soin  de  noter  que 
les  centres  sont  à  90°  l'un  de  l'autre  ;  que  le  premier  lieu  s'étend 
du  1"  au  30*=  degré;  le  second,  du  30*  au  60*;  que  le  troisième 
atteint  la  culmination  inférieure  à  90°,  et  ainsi  de  suite  ;  et  cela, 
afin  «  d'éclairer  l'obscurité  »  et  prévenir  toute  confusion  ^.  Il  a 
bien  entendu  parler  des  àvacpopat  et  de  leur  diversité  suivant  les 
climats;  mais  notre  Béotien  s'imagine  qu'elles  marquent  «  en 
quelle  année  chaque  signe  se  lève  dans  les  génitures  »,  c'est-à- 
dire,  s'il  fallait  chercher  un  sens  à  ce  non-sens,  en  quelle  année 
de  la  vie  d'un  individu  né  sous  un  des  sept  climats  recensés  par 
lui  se  fera  sentir  l'influence  de  chaque  signe  du  Zodiaque.  C'est 
pour  «  éclairer  »  encore  ce  recoin  obscur  qu'il  dresse  une  liste 
d'àvatfopa!^.  Le  fameux  «  thème  du  monde  »,  ordonné  par  les  Égyp- 
tiens »  et  dont  Firmicus  mène  si  grand  bruit,  prouve  péremp- 
toirement l'ignorance  de  ces  législateurs  de  l'astrologie;  car, 
plaçant  l'horoscope  au  milieu  du  Cancer,  ils  n'avaient  pas  man- 
qué de  mettre  la  culmination  supérieure  au  juste  milieu  du 
Bélier  *.  Enfin,  Firmicus  proteste  à  sa  façon  —  sans  le  savoir 
probablement  —  contre  les  gens  qui  dérangent  à  tout  propos  la 
position  des  centres,  en  révélant  un  secret  que   Pétosiris   lui- 

1.  Au  dire  de  Vettius  Valens  (ap.  Riess,  Necheps.  fragm.,  p.  334),  le  roi 
Néchepso  xoO  itpwTOU  xXt'jxaxoi;  jj-ôvaç  tàî  àvaçopàî  èST.Xwaev.  Ces  àvatpopai 
du  premier  climat  (voy.  le  tableau  ci-après,  p.  269)  sont  celles  calculées  par 
Hypsiclès.  L'auteur  du  papyrus  Brit.  Mus.,  n°  XCVIII  a  soin  d'avertir  qu'il  a 
déterminé  l'horoscope  St'  oXt^v  tV  àvaXoyîav  è%  xoû  ivacpoptxoû  irpôî  xXs^'OSpav 
(lig.  40-41). 

2.  Firmic,  II,  15  (De  cardinibus  genilurarum)  et  19  (De  duodecim  locorum 
poleslalibus).  Il  sait  pourtant,  ou  plutôt  il  a  lu  quelque  part,  que  le  MC.  se 
trouve  parfois  au  XI'  lieu,  c'est-à-dire  à  moins  de  60°  de  l'horoscope.  In  hoc 
médium  caelum  fréquenter  partiliter  invenitur  (II,  19,  12  KroU).  Mais  les 
idées  ne  se  lient  pas  dans  son  esprit. 

3.  Debetnus  ostendere  quolo  anno  unumquodque  signum  in  geniluris  oriatur. 
Suit  une  liste  de  chiffres  ordinaux  appliqués  aux  années  (Firmic,  II,  il  KroU). 
Pruckner  (II,  13)  avait  corrigé  à  sa  façon  ce  tableau,  qui  fourmille  d'erreurs. 
Les  climats  s'y  succèdent  dans  l'ordre  :  Alexandrie,  Babylone,  Rhodes,  Helles- 
pont,  Athènes,  Ancône,  Rome.  Les  ascensions  sont  supposées  égales  in  climate 
primo  alque  in  climate  secundo.  En  fait,  il  n'y  a  pas  de  «  chronocratories  »  à 
chercher  dans  ce  texte.  Firmicus  a  entendu  dire  que,  dans  le  calcul  de  la 
durée  de  la  vie,  les  degrés  d'ascension  comptent  pour  autant  d'années.  Il  a 
mêlé  ces  deux  idées  et  en  a  fait  ce  que  j'appelle,  au  risque  d'offenser  Saumaise 
du  même  coup  (ci-après,  p.  266,  1  et  ch.  xii),  un  non-sens. 

4.  Voy.  ci-dessus,  pp.  129,  1.  185-187.  197,  1. 


262         CHAP.  IX.  —  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

même  a  fait  exprès,  suivant  lui,  de  cacher.  Ce  secret  consiste 
tout  bonnement  à  placer  la  culmination  inférieure  à  90»  de 
l'Horoscope  et  à  y  entasser  «  toute  la  substance  de  la  vie  »  ^. 

En  voilà  assez  pour  montrer  que  les  «  Égyptiens  »,  habitués  à 
placer  leur  Zodiaque  à  eux,  le  cercle  des  Décans,  aux  environs 
de  Téquateur,  n'ont  su  ni  découvrir  par  eux-mêmes  ni  accepter 
des  astronomes  grecs,  avec  toutes  ses  conséquences,  la  notion  de 
l'obliquité  du  Zodiaque. 

La  difficulté  du  problème  des  àvacpopaf  consiste  en  ceci  :  que  les 
signes  du  Zodiaque  montant  au-dessus  de  l'horizon  et  descendant 
au  dessous  plus  ou  moins  obliquement,  leur  vitesse  angulaire  ne 
peut  être  mesurée  que  sur  le  limbe  de  la  grande  roue  cosmique, 
celle  dont  le  plan  est  perpendiculaire  à  l'axe  de  rotation,  c'est-à- 
dire  sur  l'équateur.  Il  s'agit  donc  de  convertir  les  degrés  d'ascen- 
sion oblique  (Zodiaque)  en  degrés  d'ascension  droite  (Equateur). 
L'obliquité  du  Zodiaque  par  rapport  à  l'équateur  est  un  élément 
fixe  du  problème  :  il  y  en  a  un  autre,  variable  suivant  la  latitude 
du  lieu  d'observation,  c'est-à-dire  l'angle  que  fait  l'horizon  du 
lieu  avec  le  plan  de  l'équateur  et  celui  de  l'écliptique  ou  ligne 
médiane  du  Zodiaque.  Cet  élément  variable  est  cause  que,  tous 
les  calculs  une  fois  faits  pour  un  «  climat  »  (latitude),  il  faut  les 
recommencer  pour  un  autre  climat. 

La  question,  d'importance  capitale  pour  les  astrologues,  inté- 
ressait aussi  les  astronomes  ;  car  eux  aussi  marquaient  les  degrés 
de  longitude  sur  l'écliptique  %  et  ils  s'obligeaient  par  là  à  éta- 
blir la  correspondance  des  degrés  de  longitude  avec  les  degrés 
d'ascension  droite  marqués  sur  l'équateur,  cadran  de  l'horloge 
du  monde.  Aussi  les  plus  doctes  géomètres  de  la  Grèce  avaient 
cherché  des  méthodes  de  calcul.  Nous  possédons  encore,  du 
mathématicien  Hypsiclès  ^   qui  vivait  environ  un  demi-siècle 


d .  Quae  res  et  a  plurimis  incognila  et  a  paucis  leviter  videtur  esse  tractala, 
nam  et  istum  tractatum  Petosiris  (ut  mihi  videtur)  invido  voluit  livore  celare. 
In  omnibus  enim  genituris  nonagesima  pars  sagaci  débet  inquisitione  perquiri, 
ex  ea  namque  exitus  vitae,  mors,  infortunia,  pericula,  félicitâtes  et  tota  sub- 
stantia  geniturae  colligitur  (Firmic.  VIII,  1  Pruckner).  Voilà  le  grand  secret 
de   rèvvevTixo  vcajjié  poç  (ci-après,  ch.  xii). 

2.  Aujourd'hui,  les  astronomes  ont  délaissé  les  longitudes  comptées  sur 
l'écliptique  et  les  latitudes  parallèles  à  l'écliptique  pour  d'autres  coordonnées  ; 
l'ascension  droite  {AR  =  ascensio  recta)  mesurée  (en  unités  de  temps  le  plus 
souvent)  sur  l'équateur,  et  la  déclinaison,  australe  ou  boréale. 

3.  Voy.  K.  Manitius,  Des  Hypsikles  'Ava'fopixoî  nach  Ueberlieferung  und 
Inhalt  kritisch  behandelt.  Progr.  Dresden,  1888.  Cf.  P.  Tannery,  Recherches, 
p.  40.  On  reproche  à  Hypsiclès  :  1»  d'avoir  adopté  une  progression  de  raison 


CALCUL    DES    ASCENSIONS  263 

avant  Hipparque,  un  opuscule  sur  la  matière.  Hipparque  avait 
repris  le  sujet  dans  un  ouvrage,  spécial  également,  que  cite 
Pappus  *,  et  Ptolémée  rectifia  les  solutions  proposées  en  em- 
ployant des  méthodes  qui  devaient  conduire  à  Tinvention  de  la 
trigonométrie,  seule  capable  de  fournir  des  formules  exactes  et 
commodes  à  la  fois.  Les  divergences  que  constatent  les  scoliastes 
entre  les  tables  dressées  par  les  anciens  et  les  nouveaux  astro- 
logues, Apollinaire,  Thrasylle,  Pétosiris,  Ptolémée  ^,  montrent 
bien  que  l'accord  n'avait  pu  se  faire.  Les  «  Egyptiens  »,  qui 
avaient  commencé  par  ignorer  les  àvacpopaf,  ne  voulaient  plus 
abandonner  les  tables  d'Hypsiclès,  qu'on  avait  fini  par  mettre 
sous  le  nom  de  Pétosiris,  —  au  moins  pour  le  climat  d'Alexandrie, 
—  et  l'autorité  même  de  Ptolémée  ne  put  avoir  raison  de  leur 
entêtement.  Deux  siècles  après  lui,  Paul  d'Alexandrie  rédigeait 
encore  un  manuel  d'astrologie  destiné  à  son  fils  Kronammon, 
dans  le  but  de  réagir  contre  les  erreurs  traditionnelles  et  de 
faire  valoir,  entre  autres  rectifications,  «  les  àvaçopai  suivant 
Ptolémée  ^  ». 

L'observation  avait  appris  depuis  longtemps  que  les  parties  les 
plus  obliques  du  Zodiaque  sont  celles  qui  montent  le  plus  vite 


constante  ;  2°  de  n'avoir  pas  appliqué  la  progression  à  l'intérieur  des  signes, 
de  degré  en  degré,  mais  seulement  d'un  signe  à  l'autre.  Un  détail  curieux, 
c'est  que  le  nom  d'Hypsiclès  a  été  travesti  par  les  Arabes  (et  peut-être  par 
d'autres  avant  eux)  en  Esculeus  =  Asclepius,  nom  appartenant  à  la  tradition 
hermétique  (Manit.,  op.  cit.,  p.  xii).  Du  reste,  Hypsiclès,  comme  Alexandrin, 
était  «  Égyptien  »,  et  il  n'a  pas  été  plus  difficile  de  le  déguiser  en  Pétosiris. 
Ce  déguisement  n'en  est  pas  un  si,  comme  le  pense  Manitius,  Hypsiclès  a 
travaillé  pour  les  astrologues  et  non  pour  les  astronomes. 

1.  Pappus  in  Coll.  Malhem.,  II,  p.  160. 

2.  Demophil.  ap.  Porphyr.,  pp.  194-197. 

3.  Paul  d'Alexandrie  cite  les  astrologues  qui  emploient  xàç  xaxà  I1to)v£- 
[xatov  àvacpopiî  —  nai  'AitoXivapCou  TtapaxeT^e'JOulvou  êv  xw  -rcspl  à'-fé-zov  vcal 
oixoSeaTTÔTOu  xal  àvatpÉxou  Taûxaiî  vcsypfidOai  —  xaî  'AicoXXwviou  xoû  AaoSixÉwî 
67  ToTî  îS{otî  TcÉvTE  pt6Xtoii;  SiaSâXXovToç  xoùç  AiyuirxCouî,  w?  itoXX-)j  dtirâxT, 
aùxoî;  ysYcWixai  èv  xai;  xwv  ÇwSt'wv  dva^opatî  (Paul  Alex.,  Praef.).  Parmi  les 
contemporains  de  Paul,  c'est  à  qui  ne  comprendra  pas.  On  a  vu  (ci-dessus, 
p.  34)  que  Macrobe  ne  soupçonne  pas  la  difficulté,  ni  peut-être  Servius.  Ser- 
vius  sait  que  les  signes  du  Zodiaque  ne  se  lèvent  pas  au  même  moment  dans 
les  différents  climats,  et  il  enseigne  que  c'est  la  raison  pour  laquelle  le  Soleil 
n'entre  pas  partout  au  même  moment  dans  chaque  signe  (Serv.,  Georg.,  I, 
205).  Il  confond  Vorlus  au-dessus  de  l'horizon,  ou  lever  héliaque,  avec 
Vingressus  in  signum,  qui  est  tout  à  fait  indépendant  de  l'horizon  terrestre 
et  n'a  rien  à  faire  avec  les  àvaçopat.  Martianus  Capella  donne  une  liste 
d'ivdi'fopai  (VIIT,  844-845),  mais  une  seule,  qu'il  croit  sans  doute  universelle, 
exacte  à  toute  latitude. 


264 


LE    CERCLE    DE    LA    GÉNITURE 


au-dessus  du  plan  de  l'horizon.  Au  coucher,  la  position  se  trou- 
vant renversée,  ceux  qui  avaient  monté  le  plus  vite  sont  les 
plus  lents  à  descendre  *.  Aussi  disait-on  que  «  le  Bélier  est  le 
plus  rapide  des  signes  »  ^  Soit,  pour  fixer  les  idées  sur  ce  point, 
les  figures  suivantes,  représentant,  en  quatre  étapes,  le  lever  et 
le  coucher  du  Bélier  : 


II 


m  IV 

Fig.  29.  Le  lever  (I-II)  et  le  coucher  (III-IV)  du  Bélier  ' 


1.  Voy.  Gemin.,  Isag.,  5;  Cleomed.,  Cycl.  Theor.,  I,  6,  p.  24  Schmidt;  Mar- 
tiau.  Cap.,  VIII,  844.  Ta  ppaSùavdtpopa  tûv  ÇwStuv  xaj^uxaTâtpopa 
yivsxat,  xal  tc.  dtvdîxaTktv,  ià  ppaSiixa-ricpopa  oXiyo  avâcpopa  (Anon.,  p.  114). 

2.  Ci-dessus,  p.  151,  3.  Géminus  {loc.  cit.)  réfute  les  «  anciens  »  qui  ne 
savaient  pas  que  les  Poissons  sont  aussi  rapides  que  le  Bélier,  la  Balance  aussi 
lente  que  la  "Vierge. 

3.  Dans  les  quatre  figures,  la  projection  de  la  sphère  céleste  est  faite  sur  le 
méridien,  à  peu  près  à  la  latitude  de  Rhodes  (arc  HN  =  36<').  Le  plan  de  l'équa- 
teur,  toujours  perpendiculaire  au  plan  du  méridien,  est  partout  représenté 


CALCUL    DES    ASCENSIONS  265 

Ce  que  les  mathématiciens  cherchaient,  c'était  la  progression 
suivant  laquelle  le  temps  ascensionnel  allait  croissant  du  Bélier 
à  la  Vierge,  et  le  temps  de  la  descente  décroissant  de  la  Balance 
aux  Poissons.  Ils  avaient  fini  par  dresser,  en  usant  de  diverses 
méthodes  empiriques  *,  des  tables  calculées  pour  sept  «  climats  » 
ou  latitudes.  Le  malheur  est  que  ces  climats  étaient  alignés  au 
juger,  et  que,  en  voulant  les  faire  équidistants,  on  ne  s'entendait 
pas  sur  la  mesure  à  adopter,  ou  plutôt,  on  supposait  que  des 
différences  égales  dans  la  durée  du  jour  solstitial  correspondaient 
à  des  arcs  égaux  du  méridien  ^ 

Pour  en  revenir  à  nos  astrologues,  disciples  récalcitrants  des 
géomètres,  Manilius  ne  paraît  pas  avoir  saisi  l'importance  de  la 
donnée  variable  (heure  ou  latitude)  dans  le  calcul,  car  il  a  l'air 
de  considérer  comme  utilisables  en  tous  lieux  les  chiffres  qu'il  a 
réussi  à  versifier  et  qu'il  emprunte  au  tableau  anaphorique  du 
climat  de  Rhodes.  La  preuve  que  cette  page  de  mathématiques. 


par  une  ligne  EE  :  le  plan  du  Zodiaque,  de  même,  dans  deux  positions  initiales 
où  le  0  (zéro)  du  Bélier  (point  vernal)  affleure  à  l'horizon  HH,  du  côté  de 
rOrient  (I)  et  du  côté  de  TOccident  (III).  Si  l'on  fait  tourner  la  sphère,  les 
divisions  du  Zodiaque  décrivent  des  cercles  parallèles  à  l'équateur  (lignes 
ponctuées)  et  le  plan  du  Zodiaque  se  projette  en  ellipse.  Lorsque,  partant  de 
la  position  I,  le  mouvement  de  la  sphère  a  fait  monter  au-dessus  de  l'horizon 
les  30  degrés  du  Bélier,  l'arc  d'équateur  qui  a  monté  en  même  temps  est 
représenté  ci-dessus  (II)  par  la  ligne  qui  va  du  centre  de  figure  au  0  du  Bélier. 
Il  suffit  de  rabattre  le  plan  de  l'équateur  sur  celui  du  méridien  pour  voir  que 
cet  arc  est  égal  à  l'arc  a-b  (environ  20o).  En  suivant  la  même  marche  à  partir 
de  la  position  III,  on  constate  que  l'arc  d'équateur  descendu  au-dessous  de 
l'horizon  en  même  temps  que  les  30  degrés  du  Bélier  équivaut  à  l'arc  a'-b'  (IV), 
lequel  doit  être  égal  à  60"  — 20°  (ci-après,  p.  267,  2).  Le  plan  du  Zodiaque 
n'étant  perpendiculaire  à  celui  du  méridien  que  quand  les  points  équinoxiau.v 
sont  à  l'horizon,  il  résulte  de  là  que  les  quadrants  du  Zodiaque  sont  inégaux 
dans  toute  autre  position  (ci-dessus,  pp.  259.  261,  4). 

1.  Ils  se  servaient,  pour  remplacer  ou  vérifier  le  calcul,  de  sphères  mobiles. 
Properce  (V,  1,  76)  raille  un  vates  \  Nescius  aerata  siqna  movere  pila;  Stra- 
bon  (II,  5,  10,  p.  116)  parle  de  sphères  (terrestres)  de  10  pieds  de  diamètre  ; 
Martianus  Capella  (VIII,  813),  de  la  sphaera  aenea  quae  xpixwT-f,  dicitur,  où 
l'axe  fait  saillie  par  des  trous.  On  connaît  la  fameuse  sphère  d'Archimède 
(Cic,  Rep.,  I,  14,  22;  Nat.  Deor.,  II,  35;  TuscuL,  1,  25  ;  Ovid.,  Fast.,  VI,  277; 
Lactant.,  Inst.  Div.,  II,  5).  On  en  citait  aussi  de  Posidonius  (Cic,  N.  D.,  II,  34), 
d'Eudoxe  (Cic,  Rep.,  I,  14,  22),  d'Anaximandre  (Diog.  Laert.,  II,  2)  et  même 
de  Thaïes  (Cic,  l.  c).  Voir  le  curieux  opuscule  Aeovxtou  [iT./avixoû  -itspi  irapa- 
ffxeufjî  'Apaxcfa;  dçaJpaî  (ap.  Arat.,  éd.  Buhle,  I,  pp.  257-266).  Dans  les  Diony- 
siaca  de  Nonnus,  le  vieil  Astraeos,  pour  donner  une  consultation  à  Démê- 
ler, se  fait  apporter  «  une  sphère  tournante,  image  du  monde  »  (ajpatpav 
£XiiiffOji.Évï)v,  TÛitov  alôspo;,  stxova  xtiafiou.  VI,  65). 

2.  Sur  l'échelle  des  climats,  voy.  ci-après,  ch.  xi. 


266         CHAP.  IX.  —  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

devenue  dans  ses  hexamètres  un  véritable  grimoire,  n'était  pas 
non  plus  très  claire  pour  lui,  c'est  que,  après  cet  exemple  parti- 
culier, il  aborde  à  deux  reprises  la  discussion  générale  du  pro- 
blème, une  fois  avec  des  unités  de  temps  (heures),  une  seconde 
fois  avec  des  unités  d'arc  (stades),  sans  remarquer  que  ses  deux 
solutions  n'en  font  qu'une  *.  Enfin,  après  avoir  répété  sur  tous  les 
tons  que,  sans  le  calcul  des  ascensions,  «  les  fondements  de  l'art 
croulent  »,  Manilius  revient  d'instinct,  une  fois  sa  leçon  récitée, 
à  la  méthode  des  ignorants  dont  il  a  signalé  la  sottise.  Il  enseigne 
tranquillement  cette  énormité  que  «  en   une  heure  n'importe 

1.  Je  ne  veux  pas  entrer  ici  dans  le  débat  entre  Scaliger  {Not.  in  Manil., 
pp.  215-235)  et  Sauuiaise  {De  ann.  clim.,  pp.  666-714)  à  propos  des  calculs  de 
Manilius.  Il  y  faudrait  un  Excursus,  aussi  long  qu'inutile.  L'opinion  de  Sau- 
niaise  est  que  miserrime  hallucinatus  est  Scaliger  ad  Manilium  (p.  686). 
Quant  à  lui,  mêlant  ensemble  Manilius,  Valens,  Firmicus,  et  confondant, 
par  respect  pour  Firmicus,  les  degrés  et  les  années  que  les  degrés  repré- 
sentent (ci-dessus,  p.  264,  1),  il  est  conciliateur  à  outrance  et  obscur  à  plaisir 
(voy.  pp.  692-697,  etc.).  L'objet  du  litige,  le  texte  de  Manilius,  a  été  lui-même 
corrigé  et  bouleversé  de  telle  sorte  qu'il  est  à  peine  comparable  dans  les 
éditions  de  Scaliger  et  de  Fr.  Jacob.  Manilius  commence  par  expliquer 
(comme  chose  vraie  en  tous  lieux)  que,  au  solstice  du  Capricorne,  le  jour 
dure  9  h.  1/2  équinoxiales  {vernales  horas),  et  la  nuit  14  h.  1/2.  Il  enseigne 
ensuite  quot  stadiis  et  quanto  tempore  surgant  \  Sidéra  (III,  275-300  Jacob), 
accordant  40  stades  ou  l  h.  1/3  au  Bélier,  avec  progression  de  8  stades  par 
signe,  progression  croissante  jusqu'à  la  Balance,  décroissante  ensuite.  La 
sphère  tournant  avec  une  vitesse  angulaire  de  15°  par  heure,  il  est  évident 
que  1  h.  1/3  représente  20°,  équivalant  aux  40  stades.  Le  stade  céleste  de 
Manilius  vaut  donc  1/2  degré  ou  2  minutes  de  temps.  Vient  ensuite  l'exposé 
de  la  méthode  générale,  applicable  au  calcul  des  heures  :  quot  surgant  in 
quoque  loco  cedantque  per  horas  (III,  385-417  Jacob).  C'est  cette  même 
méthode  qu'il  reprend  ensuite  (III,  418-442)  pour  le  calcul  des  stades,  sans 
avertir  (à  moins  qu'il  ne  l'ait  fait  dans  une  transition  aujourd'hui  perdue, 
lacune  signalée  entre  III,  417  et  418?)  que  c'est  la  même.  En  outre,  on  se 
heurte  là  à  une  énigme  jusqu'ici  mal  résolue  et  qui  a  forcé  Scaliger  à  recourir 
à  des  expédients  aventureux.  Le  stade  valant  1/2  degré,  il  doit  y  avoir 
720  stades  (360  x  2)  dans  le  cercle  entier.  Or,  Scaliger  lit  :  quae  cum  tercen- 
tum  numeris  vicenaque  constent  (300  -f-  20  =  320j,  et  il  se  charge  d'expliquer 
quand  même  ce  chiffre  étrange.  Jacob  corrige  :  quae  cum  ter  centum  et  quater 
vicenaque  constent  (III,  419),  avec  la  prétention  de  traduire  :  300  -f  4(00)  -f  20  = 
720.  Th.  Breiter  [Zu  Manilius  in  Jahrb.  f.  kl.  Philol.,  1889,  p.  701)  revient  à 
la  leçon  de  Scaliger,  mais  en  traduisant  ter  centum  vicenaque  par  3  x  (100  -f- 
20)  =  360.  On  aurait  ainsi  360  stades,  non  pour  le  cercle  entier,  mais  pour 
le  demi-cercle.  Il  faut  admettre  que  l'on  fait  mentalement  la  somme  des  deux 
demi-cercles  et  que  c'est  de  cette  somme  que,  au  vers  suivant,  Manilius  déduit 
la  durée  de  la  nuit  la  plus  courte  :  Detrahitur  summae  tota  pars,  etc.  (III, 
420  Jacob).  Ce  n'est  guère  vraisemblable  ;  mais  c'est  le  seul  moyen  de  respecter 
—  ou  plutôt  de  solliciter  respectueusement  —  le  texte  et  de  conserver  au 
stade  la  valeur  indiquée  plus  haut. 


CALCUL   DES   ASCENSIONS  267 

laquelle,  les  signes  montent  de  trois  fois  cinq  degrés  »  *.  Mani- 
lius,  médiocre  élève  d'Uranie,  n'a  fait  que  traverser  les  mathé- 
matiques sur  le  dos  de  Pégase. 

Dégagé  des  périphrases  poétiques  qui  ont  exercé  la  sagacité  de 
ses  commentateurs,  le  système  exposé  par  Manilius  consiste  à 
instituer  une  progression  arithmétique  dont  la  raison,  fournie  par 
une  méthode  empirique,  dépend  de  la  latitude,  celle-ci  représen- 
tée par  la  durée  du  jour  solstitial  d'été  ou  par  un  arc  de  cercle 
équivalent.  Le  minimum  de  la  durée  ou  de  l'arc  anaphorique 
étant  fixé  au  Bélier  et  le  maximum  à  la  Vierge,  on  obtient  la  pro- 
gression (TrapajçTjatç),  soit  par  addition  de  la  raison  (aù^ofxsîtoat;), 
de  signe  en  signe,  du  minimum  au  maximum,  soit  par  soustrac- 
tion, du  maximum  au  minimum.  Cette  série  de  six  signes  une  fois 
réglée,  ilsuffîl  de  la  doubler  d'une  série  égale  et  inverse  de  signes 
isanaphoriques  pour  parfaire  le  tableau  ^ 

1.  A  propos  de  la  détermination  de  l'Horoscope  par  les  àvacpopaJ  :  Quod  nisi 
subtili  visum  ralione  tenetui\  |  Fiindamenta  ruunt  artis,  nec  consonat  ordo 
(III,  206-207  Jacob).  Ensuite  il  reprend  (III,  483-502)  la  méthode  vulgaire  qu'il 
a  plus  haut  (III,  218-246),  et  avec  raison,  déclarée  inexacte,  ou  qu'il  a  crue 
exacte  seulement  pour  la  zone  équatoriale  (III,  304-308),  erreur  reproduite 
par  Lucain  {Phars.,  IX,  533  sqq.). 

2.  Voici  le  calcul  deux  fois  recommandé  par  Manilius.  Prendre  la  durée  du 
jour  solstitial  {sttb  Cancro)  en  heures  équinoxiales  ou  en  stades  ;  la  diviser 
par  6  et  attribuer  le  quotient  comme  àva^popà  au  Lion,  c'est-à-dire  au  signe 
qui  suit  le  Cancer.  Prendre  de  même  la  durée  complémentaire,  celle  de  la 
nuit  au  même  solstice  ou  du  jour  au  solstice  d'hiver;  la  diviser  par  6  et  attri- 
buer le  quotient  au  Verseau,  c'est-à-dire  au  signe  qui  suit  le  Capricorne 
(Manilius  dit  :  au  Taureau,  îaavioopoî  du  Verseau,  ce  qui  revient  au  même).  Ces 
deux  points  de  repère  ainsi  fixés,  reste  à  trouver  la  raison  (aùÇoixsîwffti;-  TiooaO- 
acpa(pEa'.î)  de  la  progression  arithmétique.  Celle-ci  s'obtient  en  faisant  la  diffé- 
rence entre  les  deux  quotients  sus-mentionnés  et  divisant  cette  différence 
par  3.  La  raison  une  fois  trouvée,  on  la  soustrait  de  la  cote  du  Taureau  pour 
avoir  celle  du  Bélier;  on  l'ajoute  pour  avoir  celle  des  Gémeaux.  En  opérant 
de  même  sur  celle  du  Lion,  on  obtient  par  soustraction  la  cote  du  Cancer,  par 
addition  celle  de  la  Vierge.  La  progression,  croissante  du  Bélier  à  la  Vierge, 
se  reproduit  en  ordre  inverse  de  la  Balance  aux  Poissons.  —  La  méthode  de 
Valens,  analysée  par  Saumaise  (p.  680  sqq.),  revient  au  même.  On  calcule 
directement  les  degrés  anaphoriques  en  supposant  que  le  jour  solstitial  d'été 
équivaut  à  un  arc  de  210o  (=  14  h.)  pour  le  premier  climat  (Alexandrie),  et 
que  cette  quantité  s'accroît  de  4°  (=16  min.)  pour  chacun  des  six  climats 
suivants.  Le  1/6  de  210»  ou  35»  donne  l'àvayopâ  du  Lion.  Celle  du  signe  opposé 
(Verseau)  est  le  complément  de  3oo  à  60»,  c'est-à-dire  25»,  la  somme  des  dva- 
tpopat  de  deux  signes  opposés  étant  toujours  égale  à  60».  La  raison  de  la  pro- 
gression est  le  1/3  de  la  différence  de  ces  deux  ascensions,  soit  ^^  ~^^  = 
3»  20'.  Ce  chiffre,  qui  s'accroît  de  climat  en  climat,  est,  au  septième,  de  6».  Je 
me  demande  si  ce  ne  serait  pas  ce  chiffre  de  6°  que  l'on  rencontre  égaré  dans 
le  fouillis  des  scolies  de  Demophile  et  donné  comme  l'aOÇofietuaiî,  non  plus 


268         CHAP.  IX.  —  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

Il  est  inutile  de  critiquer  ou  de  réviser  les  solutions  diverses 
apportées  par  des  astrologues  plus  compétents  que  Manilius,  mais 
moins  intéressants  à  suivre.  On  trouvera  celles  de  Ptolémée 
dans  son  Almageste  et  foison  de  tables  rectifiées,  d'après  les  an- 
ciens ou  les  modernes,  dans  les  gros  livres  des  Junctinus  et  des 
Petau.  Il  suffît,  pour  donner  une  idée  de  l'outillage  réellement 
employé  par  les  astrologues,  d'insérer  ici  un  tableau  des  àva- 
«popat  dites  Pétosiriaques,  calculées  pour  le  premier  et  le  deuxième 
climats  (Alexandrie  et  Rhodes)  *. 

Avec  un  canon  de  cette  espèce,  l'astrologue  devait  être  en  me- 
sure de  déterminer  les  «  centres  »  du  cercle  de  la  géniture.  Étant 
donné  la  position  d'un  point  quelconque  du  Zodiaque  par  rapport 
au  méridien  ou  à  l'horizon,  il  pouvait  savoir  quel  degré  affleurait 
à  ce  moment  à  l'Horoscope  et  quel  passait  au  méridien.  Ces 
deux  centres  déterminaient  la  position  des  deux  autres,  en  oppo- 
sition diamétrale  avec  eux. 


des  signes,  mais  des  quadrants  :  x6  TtpodtaaaôvTwv  f,|xticû)t>viov,  xb  àitô  Y  V-^X?^ 
Wji  wpoaxoTtoûv,  àtl  xà  àTtT,)vtu)Ttvci  Texaptriiiôpia  [jLsfÇova  irotEÏ  Tta'vxa  xwv  ç^[jLOtpûv, 
xà  5è  >a6uxà  èXdtxxova  (Demoph.  ap.  Porphyr.,  p.  297).  Je  ne  sais  à  quoi  riment 
ces  6»,  les  quadrants  subissant  des  variations  d'amplitude  beaucoup  plus 
grande  (cf.  ci-dessus,  p.  259,  2).  Mais  l'exposé  de  ces  méthodes  empiriques  n'en 
fait  pas  comprendre  l'esprit.  Voici  comme  je  me  représente  la  marche  du 
raisonnement.  Il  est  entendu  que  les  signes  couplés  par  des  parallèles  per- 
pendiculaires à  la  ligne  des  équinoxes  sont  de  même  ascension  (ÎTaviipopa, 
voy.  ci-dessus,  fig.  17,  p.  161)  et  que  la  durée  de  l'ascension  va  croissant  du 
point  vernal  à  l'équinoxe  d'automne.  Les  signes  sont  donc  partagés  par  la 
ligne  des  solstices  en  deux  groupes  de  six,  les  signes  de  courte  ascension 
(ôX'.yoavGtcpopa)  et  les  signes  de  lente  ascension  (ppaSuavi'fopa).  D'autre  part, 
on  sait  que  la  diflérence  des  uns  aux  autres  croît  avec  la  latitude,  laquelle 
s'exprime  par  la  différence  entre  le  jour  le  plus  long  et  la  nuit  la  plus  courte. 
On  attribue  donc  en  bloc  au  groupe  des  six  ,8pa5uava»opa  la  durée  du  jour  le 
plus  long,  au  groupe  des  six  autres  la  durée  complémentaire.  Si  la  répartition 
devait  être  égale,  il  suffirait  de  diviser  chacune  de  ces  deux  quantités  par  6. 
Ce  1/6,  quotient  moyen,  est  attribué  au  couple  de  signes  qui  occupe  dans 
chaque  groupe  la  position  moyenne  {\j  is  d'un  côté,  SI  m  de  l'autre).  Comme 
ces  deux  groupes  sont  à  trois  signes  l'un  de  l'autre,  on  obtient  la  raison  de  la 
progression  supposée  régulière  (ôiialr^)  en  prenant  le  tiers  de  la  différence 
entre  les  deux  àva-fopat  moyennes.  En  résumé,  soit/  le  jour  solstitial,  ti  la 
nuit  complémentaire,  on  aboutit  aux  formules  :  àva-f  opi  de  Si  m  =  -g-;  àva'-popd 
de  ^  œr  r=-^.  L'aù^o[j.etwaii:  ou  raison  r  =i  (-^  —  —j  :  3.  La  conversion  du 
temps  en  degrés,  ou  inversement,  se  fait  à  raison  de  4  minutes  de  temps  par 
degré  ([AOÏpa  /povtxTi). 

1 .  La  première  colonne  reproduit  les  chiffres  d'Hypsiclès.  Le  scoliaste  de 
Ptolémée  (Anon.,  p.  41)  blâme  la  progression  régulière  {b\i.ci.\-f\w  itapau^TtSw) 
et  signale  l'inexactitude  des  chiffres  égyptiens.  Mais,  comme  pour  les  opta, 
c'est  la  tradition  «  égyptienne  »  qui  a  prévalu. 


CALCUL    DES    ASCENSIONS 


269 


ASCENSIONS  (ivasopai). 

DESCENTES  (xataaopat). 

(  T 
ZwSta        \ 

\  ^ 

ûXtyoavâcpopa  ) 

l  n 

(S 
ZciSia 

PpscSuavâfopa 

n 

lor  cl. 

2e  cl. 

■H 

Y 

n 

l"  cl. 

2e  cl. 

/           ZwSta 

V  ppaSuxaxâcpopa 

1           Zwôia 

V  oAiyoxaTitpopa 
—  / 

21"  40' 
2o» 

280  20' 
310  40' 
350 
380  20' 

20» 
240 
280 
32» 
360 
40o 

380  20' 
330 

31»  40' 
28°  20' 
250 
21»  40' 

40» 
360 
320 
280 
24" 
20» 

Total 

180» 

180» 

180o 

180O 

Il  résulte  de  toutes  ces  laborieuses  mensurations*,  entre  autres 
conséquences,  que  les  douzièmes  du  cercle  de  la  géniture  ou 
«  lieux  »  (T(57rot),  dont  il  sera  question  tout  à  l'heure,  étant  des 
fractions  égales  de  quadrants  inégaux  ^,  sont  inégaux  d'un  qua- 
drant à  l'autre,  et  que,  si  les  astrologues  persistent  à  les  diviser 
en  30  degrés,  ces  degrés  aussi  sont  inégaux  d'un  quadrant  à 
l'autre. 

Comme  si  ce  n'était  pas  assez  de  distinctions  et  tergiversations, 
les  astrologues  ne  s'entendaient  pas  sur  la  façon  de  placer  les 
lieux  par  rapport  aux  centres  qui  les  encadrent.  Les  «  Égyptiens  » 
en  usaient  pour  les  lieux  comme  pour  les  signes  :  ils  faisaient 


1.  Je  laisse  aux  mathématiciens  le  soin  de  débrouiller  les  méthodes  recom- 
mandées par  nos  astrologues  pour  la  détermination  des  «  centres  ».  Us  ré- 
pètent constamment  qu'il  faut  déterminer  l'Horoscope  par  les  ascensions 
propres  au  climat,  et  leMC.  d'après  la  sphère  droite  :  t6  |xèv  wpoaxoiîoûv  Çti- 
?iiO'j  5ià  xX  {[xaxo  î,  x6  8è  [issoupavoûv  Stà  ttjî  ôp6fiî  ucpaipaç  (Anon., 
pp.  66,  91,  92,  101,  120,  122,  168, 169, 170,  180,  etc.).  Cela  veut  dire,  je  suppose, 
que,  puisque  les  durées  de  l'dvaaopdî  et  de  la  xatatpopdt  sont  inverses,  la  marche 
des  signes  dans  la  partie  médiane  (MC.  et  IMC.)  a  la  vitesse  moyenne,  celle 
du  cercle  équatorial,  la  différence  entre  l'équateur  et  le  Zodiaque  étant  consi- 
dérée comme  insignifiante  dans  la  sphère  droite  (celle  où  le  plan  de  l'équa- 
teur est  perpendiculaire  à  l'horizon).  Voici,  puisque  l'état  des  textes  grecs  ne 
permet  pas  de  suivre  les  calculs,  la  règle  formulée  par  Haly.  Pour  avoir  les 
ascensions  et  descentes  dans  les  Xil  maisons  ou  secteurs  célestes,  prendre  la 
ditlerence  entre  l'ascension  à  l'Orient  et  la  descente  à  l'Occident,  partager  cette 
différence  en  6,  et  s'il  s'agit  de  signes  ^Xiydavâ'fopa,  ajouter  un  1/6  de  la  XlI»  à 
la  Vil'  maison  inclusivement,  retrancher  un  1/6  de  la  VIIIo  à  la  Ire.  Opérer 
inversement  pour  les  signes  ppaSuavâ-f opa  (Albohazen  Haly,  Dejud.  aslr.,  IV,  7). 
Tayu  -  ou  'OXtyo  -  en  composition  sont  synonymes  (cf.  ci-dessus,  p.  264,  1). 

2.  Demoph.,p.  197. 


270         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

tomber  chaque  centre  au  milieu  de  la  case  qui  lui  était  dévolue. 
Les  astrologues  stylés  par  les  astronomes  plaçaient  les  centres  à 
la  façon  des  solstices  et  des  équinoxes,  au  commencement  de  la 
case.  Mais  le  commencement  du  degré  1  est  en  réalité  un  zéro,  et 
les  partisans  du  système  avaient  contre  eux  la  superstition  du 
fjiEae|xêôXT][jLa.  Ptolémée  crut  bon  de  transiger  :  il  place  les  centres 
après  le  5^  degré  des  lieux  afférents,  pour  des  raisons  que  les 
commentateurs  admiraient  fort,  mais  n'expliquent  guère  ^ 

Les  centres  ont  par  eux-mêmes  une  énergie  spécifique  qu'ils 
communiquent  aux  signes  et  planètes  ^  avec  lesquelles  ils  se  trou- 


1.  Tô  Ttepl  t6v  wpoaxÔTTov  SioSexaTTjjiôptov,  àirô  inévTe  [xotoûv  TÔJv  Tcpoava'fspo- 
[lÉvtov  aÙTOÛ  ôptÇovTo;  [JiÉ/pi  twv  Xonrwv  xal  ^itava'fspojxlvwv  sïxoai  tiévtc 
{Tetrab.,  II,  12,  pp.  318-319  Junctinus).  De  même,  Démophile  (p.  202).  Les  trois 
opinions  se  retrouvent  dans  le  texte  du  scoliaste  Anonyme  (pp.  109-110), 
pourvu  qu'on  le  rectifie  et  le  complète.  Le  lieu  iizUe'vzpoi  —  il  s'agit  de  l'Ho- 
roscope —  a,  dit-il,  des  degrés  au-dessus  et  au-dessous  de  l'horizon.  Il  faut 
ajouter  aux  5  degrés  montés  au  dessus  [TzpooLwzweyfiziaoïi)  25  degrés  pris  au 
dessous  {è%  twv  iitavacpopwv).  En  ceci,  Ptolémée  oùy^  ëiteTat  tt)  twv  AtyuT  x  [wv 
Sd^Ti,  8x1  j^p^  le  [lot'pa;  xal  ;:poavevE)(6eEffa;  (^«"0  ^'ïravacp£po[j.£va<;  Xaêsïv.  Ici  une 
lacune  du  texte,  oti  il  était  évidemment  question  de  ceux  qui  plaçaient  l'ho- 
roscope à  contre-sens,  le  lieu  horoscopique  étant  tout  entier  au-dessus  de 
l'horizon,  à  la  place  du  XII»  lieu.  Ceux-là,  Ptolémée  ne  les  suit  pas  non  plus  : 
où%éxi  éirôfiEvof;]  aÙTOÎç  (pT^nEv  •  èx  to'jtwv  yàp  /p^  ixoXoijôwî  [aùj-royç  iv  xû> 
iJTtèp  yf;v  fj[it(T(paipEo)  Xaêsîv  xà;  X'  [lot'paç  xoû  Kaxo5at[xovoç,  %.  x.  1.  En  réalité, 
Ptolémée  tenait  à  rayer  ce  qui  est  sous  terre  (xô  xs  yàp  ûicb  ff,v  -irâv  elxdxwç 
i^z-zT^iéow.  Tetrab.,  III,  12)  et  pourtant  à  ne  pas  placer  l'horoscope  dans  un 
[isa£(i6dX-f)[jLa  —  superstition  qu'il  partage  ou  qu'il  respecte  sans  l'avouer. 
D'autres  parlaient  de  prendre  10»,  au  lieu  de  5°,  au-dessus  de  l'horizon.  Démo- 
phile (p.  197)  explique  aux  uns  et  aux  autres  que,  vu  l'étendue  variable  des 
quadrants,  il  ne  s'agit  pas  d'un  nombre  fixe  de  degrés,  mais  d'une  proportion 
fixe  ;  soit  1/6  suivant  Ptolémée.  Si  donc,  par  exemple,  le  quadrant  HOR.  à  MC. 
est  réduit  à  72»,  chaque  lieu  n'a  plus  que  24°,  dont  le  1/6  est  4».  Le  lieu  horos- 
copique commence  donc  à  4»  au-dessus  de  l'horizon.  En  fait,  les  praticiens 
n'ont  pas  tenu  compte  de  ces  scrupules.  Dans  leurs  thèmes  de  géniture,  le 
point  de  départ  des  lieux  est  au  commencement  du  lieu  horoscope.  Là  surgit 
une  autre  question,  posée  par  les  partisans  de  la  combinaison  des  lieux  et 
des  signes.  Si  le  lieu  horoscopique  recouvre,  comme  presque  toujours,  des 
parties  de  deux  signes  contigus,  quel  sera  le  «  signe  horoscopique  »  ?  On 
décida  que  le  signe  qui  aurait  la  majeure  partie  de  ses  degrés  au-dessus  de 
l'horizon  serait  exclu  au  profit  du  suivant  :  èaxai  x6  èiravatpepôjAsvo 
ÇûSiov  5(pTi[xax{!;ov  xw  wpoŒxôiro)  (Demophil.,  p.  193). 

2.  Voy.  dans  Firmicus  (V,  1-2,  pp.  116-124  Pruckner)  les  Simplicia  cardi- 
num  décréta  sine  alicuj us  plane tae  lestimonio  (par  coïncidence  avec  les  signes 
seulement)  et  les  Horoscopi  décréta  cum  omnium  planetarum  societale.  Géné- 
ralement, les  astrologues  classiques  ne  s'occupent  que  des  planètes.  Voir 
au  IIIo  livre  de  Manéthon  (v.  132-225)  les  planètes  placées  sur  des  centres 
opposés. 


HIÉRARCHIE  DES  CENTRES  271 

vent  coïncider.  Dans  tous  les  cas  où  il  s'agit  de  comparer  l'action 
des  planètes  au  point  de  vue  de  l'intensité,  on  entend  répéter 
constamment  qu'il  faut  attribuer  une  cote  plus  élevée  à  la  planète 
qui  est  sur  un  centre  (eTrtxevxpoç)  ou  qui  en  est  à  proximité  (avec 
différence  de  pronostic,  bien  entendu,  suivant  qu'elle  est  à  droite 
ou  à  gauche).  La  question  de  hiérarchie  entre  les  centres  n'était 
pas  si  facile  à  résoudre.  C'était  affaire  d'appréciation,  variable 
suivant  les  cas  particuliers  ou  genres  de  pronostics,  et  même 
suivant  l'idée  que  l'on  se  faisait  du  souverain  bien,  de  ce  qui  fait 
la  valeur  de  l'existence.  Il  se  trouve  ainsi  que  les  considérations 
philosophiques  pénètrent  là  où  on  s'attendait  à  ne  trouver  que 
de  la  géométrie.  A  vrai  dire,  il  n'y  a  eu  compétition  qu'entre 
l'Horoscope  et  le  MC,  les  autres  centres  n'étant  que  les  vis-à-vis 
de  ceux-ci  *.  L'Horoscope  conserve  sans  doute  la  première  place  : 
au  point  de  vue  géométrique,  comme  servant  à  déterminer  les 
autres;  au  point  de  vue  proprement  astrologique,  comme  don- 
nant la  vie,  la  vie  matérielle  (Cwï^),  sans  laquelle  il  n'y  a  plus 
matière  à  pronostics.  Mais  le  MG.  —  qui  pouvait  aussi  bien  servir 
à  déterminer  l'Horoscope  —  avait  pour  lui  des  prérogatives  au 
moins  comparables.  Il  représentait  non  plus  la  vie  matérielle  et 
l'enfance,  mais  les  joies  et  les  ambitions  de  l'âge  mûr,  la  fortune, 
les  honneurs,  la  gloire,  tout  ce  sans  quoi  la  vie  ne  vaut  pas  la 
peine  d'être  vécue.  Les  physiciens  —  et  on  sait  si  Ptolémée  pré- 
tend l'être  —  trouvaient  encore  d'autres  raisons.  L'Horoscope  ne 
lance  sur  terre  qu'un  rayon  oblique  et  détrempé  par  l'humidité 
des  brumes  de  l'horizon,  tandis  que  l'astre  culminant  au  méri- 
dien est  à  son  maximum  d'énergie  et  fait  tomber  d'aplomb  sur 
les  têtes  le  feu  de  ses  rayons.  A  cet  argument,  irréfutable  en 
physique,  les  partisans  de  la  suprématie  de  l'Horoscope  en  oppo- 
saient un  valable  en  physiologie  et  en  métaphysique  :  c'est  que 
l'Horoscope  donne  le  signal  de  la  croissance,  de  la  montée, 
tandis  que  le  déclin  commence  à  la  culmination.  Aussi  la  question 
resta  toujours  indécise,  Ptolémée  tenant  pour  le  MC.  et  Dorothée 
de  Sidon  maintenant  la  prérogative  de  l'Horoscope  -. 


1.  Elp-fixafiEv  iroXXdîxiî  ôxi  ta  xÉvToa  Sûva|i.tv  toîî  èv  aÙToIî  ÈTtiêEêTixafft 
-Traps'jfO'jffi  xal  5xi  xà  l<jyrjp6xzpix  twv  xsvTpwv  tô  [leaoupivTijxâ  IdTi  xat  ô 
wpoffxoiroç  (Anon.,  p.  102). 

2.  Ptolémée  classe,  au  point  de  vue  de  la  xupt'a  Çw-îj;  (il  vaudrait  mieux 
dire  piou),  les  centres  dans  l'ordre  suivant  :  1°  le  MC.  ;  2°  l'Horoscope;  S»  l'Occi- 
dent ;  4»  le  IMC,  qui  ne  compte  pas  pour  cet  objet  {Telrab.,  III,  12).  Cela  ne 
l'empêche  pas  de  reconnaître  que,  au  point  de  vue  logique,  l'Horoscope  est 
TrpwTov  xal  xuptwTatov  [Telrab.,  III,  2).  L'opinion  de  Dorothée  de  Sidon  dans 


272  CHAP.    IX.   LE  CERCLE    DE    LA    GÉNITURE 

L'Occident  a  une  valeur  symbolique  qui  faisait  de  lui  l'antithèse 
de  l'Horoscope,  la  personnification  du  déclin  et  de  la  mort.  Quant 
à  riMC,  Ptolémée  aurait  voulu  l'éliminer  des  thèmes  de  géni- 
ture  et  même  de  toute  espèce  de  calculs*  ;  mais  la  tradition  «  égyp- 
tienne »,  antérieure  à  ses  remaniements  et  supérieure  à  son 
autorité,  lui  maintint  une  place  et  un  rôle  spécifique  dans  le 
cercle  de  la  géniture.  La  théorie  des  lieux,  comme  on  le  verra 
plus  loin,  embrasse  le  cercle  entier. 

Si  ce  cercle  n'avait  dû  servir  qu'à  asseoir  les  pronostics  con- 
cernant les  destinées  individuelles  (généthlialogie),  les  astro- 
logues n'auraient  peut-être  pas  senti  le  besoin  de  déterminer 
l'orientation  des  deux  centres  situés  sur  le  méridien.  Mais  comme 
ils  en  usaient  aussi  pour  motiver  des  prédictions  météorologiques 
et  «  catholiques  »,  les  unes  et  les  autres  rapportées  à  différentes 
régions  terrestres,  il  leur  fallut  préciser.  Ils  décidèrent  que  le 
MC.  correspondait  au  Midi,  et,  par  conséquent,  le  IMC.  au  Nord^ 


Anon.,  p.  110.  Manilius  tient  pour  le  MC.  :  Primus  erit  summi  qui  régnât 
culmine  caeli  (II,  810).  Le  MC.  est  la  tête  (x£(pa>^T,  -  xoputp-f.)  du  monde.  Fir- 
micus  hésite,  quia  fréquenter,  immo  semper  MC.  in  omnibus  genituris  possidet 
principatum,  etc.  (III,  1, 18).  Etienne  d'Alexandrie  (éd.  Usener,  p.  23)  vante  le 
JIC,  le  È^outTiacTTixôî  xai  [âafftîkiiiô;  zô-ko^.  En  revanche,  Paul  d'Alexandrie 
(K3-L2)  ne  tarit  pas  sur  l'elTicacité  de  l'horoscope,  pâatç  xxOsffTwç  toû  Travcàî 
xoff[xoO  —  pdtaiç  Çtofiî  xal  TtvEÛ[jiaTOç  napatTia  —  Çwt,î  xal  TrvsûîxaTOç  SoT-f|p,  ôOev 
ota|  xaXsÏTat  (ô  6'  ota^  tûv  ô>iwv  wpoïxÔTtoç.  Papyr.  CXXX  brit.  Mus.,  lig.  163- 
166).  De  même,  Proclus,  pour  qui  les  [jLoTpat  wpoaxoTroûaat  i:>,v  S)vt,v  eyouat  tf,; 
Yevédeax;  Sûva[jitv  {Anal,  sacr.,  V,  p.  173,  29  Pitra). 

1.  Voy.  ci-dessus,  p.  270,  1.  C'est  sans  doute  la  raison  gui  l'a  empêché 
d'accepter  —  ouvertement,  du  moins  —  la  théorie  des  lieux.  Le  scoliaste 
insiste  sur  cette  idée.  En  matière  «  catholique  »,  une  éclipse  survenue  sous 
terre  ne  nous  concerne  pas  (Anon.,  p.  70).  De  môme  en  généthlialogie.  Notre 
vie  se  passe  sur  terre  (Iv  xtô  ijiœavîT  xôufiw),  et  non  au  dessous  (p.  190).  Il 
n'y  a  donc  à  tenir  compte  que  de  trois  centres  :  l'Horoscope,  qui  symbolise 
la  vie  et  «  le  premier  âge  »  ;  le  MC,  qui  représente  l'âge  mûr  ou  «  moyen  », 
et  l'Occident,  correspondant  à  la  vieillesse  et  «  centre  final  »  (xà  yôpovTtxa  • 
TÔ  yàp  TeXsuTaïov  xÉvTpov.  pp.  68-69).  Lauteur  de  ÏHermippus  borne  à  l'hémis- 
phère supérieur  l'action  des  astres  et  le  cycle  de  la  vie,  l'autre  hémisphère 
représentant  les  ténèbres  et  la  mort  :  ^>vw;  xe  ô  xa6'  t,[i5<;  ouxoî  ^ioç  xw  àr.' 
livaToXf,;  fjXfou  [i^ypi  Sûaewç  ypôvto  xal  xôirw  dtxsixaffxat,  x6  8è  T^otirôv  axôxo?  xal 
Gâvaxoî  [xâXa  Tot  auvâSetv  èoixaatv  (II,  6,  p.  44  KroU).  Ptolémée  semble  avoir 
oublié  qu'il  a  lui-même  comparé  le  cercle  entier  et  ses  quatre  saisons  aux 
quatre  âges  de  la  vie  [Tetrab.,  I,  10.  Cf.  ci-dessus,  fig.  15). 

2.  Cf.  Ptol.,  Tetrab.,  I,  11  ;  Anon.,  p.  27  ;  Paul.  Alex.,  L  3  v.  sqq.  Nv.  Ptolémée 
ne  s'occupe,  en  réalité,  que  de  l'horizon  et  des  quatre  vents  qui  soufflent  des 
quatre  points  cardinaux,  en  faisant  observer  que  les  astres,  suivant  leur  posi- 
tion, participent  de  la  sécheresse  ou  humidité,  chaleur  ou  froidure  de  ces 
vents.  Le  scoliaste  sollicite  le  texte  pour  en  faire  un  yapticrxaxov  SrstôpTjjia. 


LES    LIEUX    LIMITROPHES    DES    CENTRES  273 

Les  raisons  ne  leur  manquaient  pas.  Ils  n'invoquent  que  la  raison 
géométrique  en  disant  que,  vu  Tinclinaison  de  la  sphère,  le  MC. 
est  évidemment  au  midi  par  rapport  à  la  verticale.  Sous  cette 
preuve  suffisante  se  cachait  sans  doute  aussi  l'idée  vulgaire, 
jadis  de  sens  commun,  que  les  astres,  une  fois  couchés  à  l'Occi- 
dent, rejoignent  le  Levant  par  le  Nord,  si  bien  que  «  au  nord  » 
et  «  sous  terre  »  étaient,  dans  la  course  des  astres,  des  étapes 
identiques.  Le  scoliaste  de  Ptolémée  aurait  bien  pu  se  contenter 
d'admirer  «  la  très  élégante  et  utile  harmonie  »  qui  unit  ainsi  les 
points  cardinaux  du  Zodiaque  à  ceux  de  l'horizon,  et  ne  pas  faire 
dire  à  Ptolémée  que  les  vents  du  Nord,  de  par  la  théorie  susdite, 
soufflent  de  dessous  terre  (àTrô  toù  uTroysfou). 

Énergie  et  rapidité  d'action  sont  les  caractères  que  commu- 
niquent les  centres  aux  astres  pointés  par  leur  aiguille.  Après 
eux,  au  propre  et  au  figuré,  dans  l'ordre  du  mouvement  comme 
dans  celui  des  dignités,  viennent  leurs  héritiers  présomptifs,  les 
quatre  compartiments  dits  sTravatpopat.  Ceux-là  «  montent  après  »  ; 
ils  marchent  vers  l'avenir,  et,  sauf  exceptions,  —  il  en  faut,  et 
beaucoup,  en  astrologie,  —  leur  action,  assez  énergique,  est  plu- 
tôt favorable.  Restent  les  quatre  compartiments  qui  «  déclinent  » 
(àTroxXî[Jiaxa  -  EirixaTacpopaî)  par  rapport  aux  centres.  Évidemment 
ceux-ci  sont  affaiblis,  et  les  logiciens  étaient  tentés  de  leur 
refuser  une  énergie  quelconque,  ou,  considérant  que  le  mal  est 
la  négation  du  bien,  de  leur  en  attribuer  une  mauvaise  *.  Mais, 
dans  toutes  les  classifications  astrologiques,  les  raisonnements 
partis  de  principes  divers  s'entrecroisent,  et  celle  des  lieux,  qu'il 
est  temps  enfin  d'exposer,  nous  réserve  des  surprises. 

Le  système  des  lieux  (tciiTot  -  loci)  a  été  créé  sans  doute  par  des 
astrologues  ^  qui  voulaient  rompre  pour  ainsi  dire  avec  la  fati- 


1.  Paul  d'Alexandrie,  icepl  (J-reox  Xi  (xixwv  (P  2  —  Q) 'proteste  contre  la 
prétendue  inefficacité  des  àTîoxXtixaxa.  'laTÉov  oti  èaO'  6tê  xal  xk  àiroxXfu.a'ca 
Xp'liiatTtÇsi  xai  ivs'pyEtav  où  x^v  xuyoûaav  lupl  twv  à:roxc>.e(T[iaTixûv  \6fOw  TotEttai 
X.  T.  X.  Protestation  superflue  d'ailleurs,  la  théorie  des  lieux  ayant  triomphé 
sans  conteste  du  mépris  silencieux  de  Ptolémée,  lequel  y  est  constamment 
ramené  par  ses  scoliastes  et  convaincu  de  l'avoir  appliquée  de  temps  à 
autre.  Ptolémée  remplace  très  souvent  le  mot  ÇwStov,  qu'il  n'aime  pas,  tantôt 
par  SwSîxaxTjiKÎptov,  tantôt  par  tcStzo;  (voy.  H,  8).  De  là  des  équivoques.  On  ne 
sait  pas  toujours  s'il  n'emploie  pas  aussi  tôxo;  dans  son  sens  technique. 

2.  On  les  dit  toujours  «  Égyptiens  »,  par  exemple  :  tôv  Tté[jLXTOv  tôitov  ot 
AiyÛTTTiot  Toïî  xixvo'.î  irapeT/ov  (Anon.,  p.  158  etc.);  ou  bien  ce  sont  «  les 
Anciens  »  :  yajxtxôv  xôttov  eiwÔaatv  aùxàv  (le  VII' lieu)  oî  TraXaîoi  itpoaa- 
yopeÛEtv  (Anon.,  p.  139)  —  yatioTTÔXov  dans  un  papyrus  égyptien  [Notices 
et  Extraits,  XVIII,  2,  no  19  =  Brit.  Mus.,  CX)  et  Paul  d'Alexandrie  (M  2). 

18 


274         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

gante  exégèse  du  Zodiaque,  se  débarrasser  de  tout  l'attirail  des 
domiciles,  exaltations,  confins,  décans  et  autres  fiefs  délimités  à 
poste  fixe  sur  le  Zodiaque  comme  de  la  ménagerie  zodiacale  elle- 
même,  et  asseoir  leurs  pronostics  exclusivement  sur  l'influence 
des  planètes  considérées  dans  les  trois  espèces  de  positions  angu- 
laires (xévTpa  -  ETTava'f opaî  -  àiroxXffxaTa)  par  rapport  à  l'horizon.  Peut- 
être  comptaient-ils  laisser  à  l'interprétation  du  Zodiaque  l'esti- 
mation des  forces  qui  agissent  sur  le  corps  et  appliquer  leur 
méthode  au  calcul  des  aptitudes  morales,  des  vicissitudes  de  la 
vie  consciente,  de  la  succession  des  actes  aux  divers  âges.  En 
tout  cas,  leur  système,  conçu  indépendant  des  signes  du  Zodiaque, 
n'a  fait  que  se  superposer  à  l'autre,  la  logique  des  astrologues 
acceptant  tout  et  n'ayant  jamais  assez  de  mélanges  à  triturer. 

La  logique  à  l'usage  de  tout  le  monde  est  moins  complaisante  : 
elle  trouve,  soit  dans  le  principe,  soit  dans  les  détails  de  la 
théorie  des  lieux,  des  difficultés  que,  très  probablement,  les 
«  Égyptiens  »  n'ont  même  pas  aperçues.  L'efficacité  spéciale 
attribuée  aux  «  centres  »,  et  plus  ou  moins  bien  expliquée  par 
des  raisons  soi-disant  «  naturelles  »,  autorisait  à  penser  que  les 
autres  positions  angulaires  pouvaient  avoir  aussi  des  modes 
d'action  spécifiques,  soit  par  elles-mêmes,  soit  par  collaboration 
avec  les  centres  et  suivant  qu'elles  étaient  rattachées  par  aspect 
défini  à  celui-ci  ou  à  celui-là.  Nous  allons  voir  que,  en  eff"et, 
l'efficacité  des  lieux  est  expliquée  —  après  coup,  tout  au  moins 
—  parleurs  rapports  angulaires  avec  l'Horoscope,  ou,  au  besoin, 
avec  un  autre  centre.  Mais,  en  fin  de  compte,  le  cercle  de  la  géni- 
ture,  avec  ses  compartiments  fixes  par  rapport  à  la  Terre  suppo- 
sée elle-même  immobile,  constitue  —  on  l'a  déjà  dit  —  comme 
une  sphère  extérieure  au  monde,  une  enveloppe  immobile  à 
l'intérieur  de  laquelle  tournent  toutes  les  autres  sphères,  y  com- 
pris celle  des  fixes.  Sur  cette  enveloppe  idéale,  où  l'imagination, 
faute  de  réalités  visibles,  sème  des  influences  occultes,  immaté- 
rielles, sont  incrustées  des  étiquettes  étranges,  qui  représentent 
le  bonheur  et  le  malheur  à  l'état  abstrait,  distribués  entre  les 
divers  actes  ou  phases  de  l'existence  pour  des  raisons  et  d'après 
des  règles  qui  sont  un  défi  perpétuel  au  bon  sens.  C'est  même 
pour  avoir  essayé  de  rendre  ces  règles  intelligibles  que  les  astro- 
logues se  sont  enfoncés  d'un  degré  de  plus  dans  l'absurde.  Ils 
ont  fixé  dans  sept  de  ces  douze  compartiments  des  patronages, 
tutelles  ou  domiciles  de  planètes,  dont  le  tempérament  connu 
devait  rendre  raison  des  influences  ainsi  localisées.  Ils  ne  fai- 
saient en  cela  qu'imiter  la  distribution  des  domiciles  planétaires 


LES    TUTELLES   PLANÉTAIRES   ET   LES   LIEUX  273 

(oTxoi)  dans  les  signes  du  Zodiaque;  mais  la  contrefaçon  était 
encore  moins  compréhensible  que  le  modèle,  qui  déjà  ne  Tétait 
guère.  Un  néophyte  de  bonne  volonté  pouvait  admettre  que 
certains  signes  plaisaient  particulièrement  à  certaines  planètes 
par  afïinilé  réciproque  ;  il  fallait  une  foi  aveugle  pour  accepter 
ces  espèces  de  génies  ou  âmes  de  planètes,  rangés  à  la  façon  des 
heures  sur  un  cadran  et  dardant  éternellement  des  mêmes 
points  leurs  invariables  émanations,  qu'on  ne  peut  plus  conce- 
voir comme  des  effluves  matériels  '. 

Mais  une  fois  ces  postulats  admis,  la  foi  aux  «  siècles  d'expé- 
riences »  masquant  l'incohérence  et  les  caprices  du  raisonne- 
ment, on  était  en  possession  d'un  instrument  commode  dont  les 
ressources  étaient  accrues  par  la  combinaison  des  influences 
fixes  et  de  l'action  des  astres  qui  traversent  ces  compartiments, 
planètes  et  signes,  action  spécifique  locale  et  réaction  réci- 
proque à  distance.  En  effet,  —  il  est  à  peine  besoin  d'en  avertir, 
—  ces  combinaisons  sont  elles-mêmes  modifiées  et  compliquées 
par  la  balistique  des  aspects  et  des  aniiscia  ^ . 

1.  Ptolémée  n'a  pas  donné  les  raisons  de  son  dédain  visible  pour  la  théorie 
des  lieux,  et  les  profanes  ne  connaissaient  pas  l'astrologie  d'assez  près  pour 
soulever  ces  objections.  L'astrologue  amateur  qui  a  écrit  YHermippiis,  rejetant 
la  théorie  des  oixoi,  devait  à  plus  forte  raison  éliminer  celle-ci  :  mais  il  n'en 
dit  rien.  C'est  «  l'astrologue  chrétien  »  Ciruelo  (I,  2)  qui  se  pose  la  question 
et  avoue  ses  scrupules.  Il  a  trouvé  dans  les  auteurs,  dit-il  (j'ignore  lesquels), 
trois  opinions  :  1°  il  y  a  une  sphère  immobile,  dont  les  influences  forment 
comme  des  jets  continus  à  travers  les  sphères  mobiles  ;  2"  il  n'y  a  pas  de  sphère 
immobile  ;  ce  sont  des  «  anges  »  moteurs  des  cieux  qui  résident  dans  cer- 
taines parties  et  dirigent  de  là  les  influences  ou  «  vertus  »  susdites  ;  3°  la 
diversité  de  ces  influences  tient  aux  angles  sous  lesquels  elles  arrivent  à  la 
Terre.  La  première  opinion  est  ineptie  pure,  attendu  que,  l'horizon  variant 
pour  chaque  contrée,  ce  qui  est  l'Horoscope  pour  l'une  est  au  même  moment  le 
midi  d'une  autre  et  l'occident  d'une  troisième.  La  seconde  prête  aux  discus- 
sions théologiques.  Ciruelo  se  rallie  à  la  troisième  et  trouve  moyen  de  la 
mettre  sous  la  garantie  d'Aristote.  Ce  qui  lui  importe,  c'est  de  ne  pas  rompre 
avec  le  système  des  XII  lieux  ou  «  maisons  du  ciel  »,  l'instrument  principal 
de  l'astrologie  gréco-arabe,  le  cadre  usuel  des  thèmes  de  géniture.  Il 
constate,  au  surplus,  les  divergences  d'opinion  concernant  la  qualité  des 
influences,  l'ordonnance  des  planètes  dans  les  maisons,  le  sexe  des  dites 
maisons,  etc.,  et  penche,  en  somme,  pour  le  demi-scepticisme  de  Ptolémée. 
C'est  à  l'expérience  de  décider  :  Quod  autem  virlutes  singularum  domorum 
laies  sint  quales  descripsimus,  experientie  relinquitur  probandum. 

2.  La  théorie  des  antiscia,  à  peu  près  écartée  par  Ptolémée,  ne  paraît  pas 
avoir  été  de  grand  usage,  et  je  ne  trouve  pas  de  texte  ancien  bien  explicite  à 
l'appui  de  l'assertion  ci-dessus.  Mais  les  astrologues  de  la  Renaissance  (cf. 
Junctinus,  I,  pp.  460.  466,  etc.)  appliquent  les  antiscia  aux  lieux  {domus  caeli), 
suivant  sans  doute  en  cela  une  tradition  grecque  transmise  par  les  Arabes. 


276 


CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 


B.  Système  des  huit  lieux  (ôxtcotottoç).  —  Que  l'on   prenne  les 
trois  catégories  de  lieux    sus -mentionnées    (xivxpa  -  eitavaciopat  - 

àitoxXi'fiaxa)  en  gar- 
dant aux  <(  cen- 
tres »  leur  sens 
étymologique  de 
«  points  »,  et  Ton 
obtient  lé  système 
des  huit  lieux 
ajoutés  aux  qua- 
occ.  tre  centres,  tel  que 
l'expose  Manilius, 
ou  du  moins  tel 
que  Manilius  le 
comprend. 

L'œuvre  de  ce 
néophyte,  il  est 
bon  de  le  répéter, 
est  précieuse  à  qui 
veut  saisir  les  as- 


IMC. 

Fig.  30.  Système  dos  huit  lieux. 


sociations  d'idées  plus  tard  effacées  ou  travesties  par  les  astrolo- 
gues à  prétentions  scientifiques.  Manilius  commence  par  définir 
les  centres,  et  il  nous  livre  tout  de  suite  le  secret  de  l'hégémonie 
qu'il  attribue  à  la  culminalion  supérieure  :  c'est  que  ce  faîte  sym- 
bolise le  succès,  est  le  séjour  de  la  Gloire*.  Mais  la  richesse  est 
aussi  une  puissance  :  elle  s'identifie  même  avec  le  «  fondement 
des  choses  »  ^.  Comme  fondement,  et  aussi  parce  que  l'on  est 
dans  les  entrailles  de  la  terre,  la  richesse  patrimoniale  (et  non 
pas  le  gain)  siège  au  centre  le  plus  bas.  L'Horoscope,  qui  balance 
tout  juste  l'influence  du   centre  souterrain  ^,  décide  du  cours 


1.  Primus  erit  summi  qui  régnât  culmine  caeli,  \  Et  médium  tenui  partitur 
limine  mundum,  \  Quem  capit  excelsa  subtimem  Gloria  sede  (II,  810  sqq.).  11 
s'agit  bien  du  point  {tenui  limine)  et  non  d'une  case  du  système  duodénaire. 
Je  dois  dire  que  Scaliger  ne  veut  pas  d'une  construction  à  huit  compartiments. 
Huit  lieux  plus  quatre  centres,  dit-il,  font  bien  douze  cases.  Mirum  vero 
èxTotTozov  dici  quae  omnino  Su5 exâ-roxoç  si^  (p.  183).  S'étonner  n'est  pas 
expliquer. 

2.  Le  IMC.  est  moins  glorieux,  mais  peut-être  plus  utile  que  le  MC.  :  Sus- 
tinet  alternis  nixum  radicibus  orbem,  \  E/fectu  minor  in  specie,  sed  major  in 
usu.  I  Fundamenta  tenet  rerum  censusque  gubernat;  |  Quam  rata  sint  fossis 
scrutatur  vota  metallis,  \  etc.  (II,  820  sqq.). 

3.  Après  le  IMC.  vient  l'Horoscope,  Tertius  aeque  illi  pollens  (II,  826  sqq.), 
mais  «  troisième  ». 


LES    HUIT    LIEUX   DE    MANILIUS  277 

que  prendra  l'existence,  des  mœurs,  goûts  et  aptitudes.  Enfin, 
les  consolations  de  l'âge  mûr  et  de  la  vieillesse,  —  les  banquets, 
les  conversations,  le  loisir,  l'apothéose  même,  —  vont  se  fixer  au 
couchant  appelé  Janua  Ditis,  porte  de  Pluton*.  Bien  qu'un  peu 
dérouté  par  ce  chassé-croisé,  le  lecteur  devine  que  le  cercle  de 
la  géniture  représente  la  vie  humaine,  et  les  quatre  quadrants, 
les  quatre  âges,  comparaison  si  naturelle  qu'elle  en  est  devenue 
banale  ^  C'est  bien  ainsi  sans  doute  que  l'entend  Manilius;  mais 
il  semble  ne  pas  s'être  aperçu  que,  provisoirement,  il  fait  tenir 
la  vie  entière  dans  le  demi-cercle  placé  au-dessus  de  l'horizon, 
tandis  que  l'hémicycle  souterrain  sert  de  soubassement,  de  «  fon- 
dement »,  comme  il  le  dit,  à  la  machine  supposée  immobile. 
C'est  la  conception  que  Ptolémée  juge  à  bon  droit  incompatible 
avec  le  système  des  lieux  embrassant  toute  la  sphère  et  la  sup- 
posant en  mouvement. 

Manilius  n'y  regarde  pas  de  si  près,  et  il  se  met  en  devoir  de 
distribuer  les  planètes  dans  les  centres  ;  car  les  planètes  ont 
aussi  leurs  domaines  dans  cette  contrefaçon  du  Zodiaque  ^.  Mer- 
cure est  assigné  à  l'Horoscope,  parce  qu'il  préside  à  l'éducation 
de  l'enfance  ;  Vénus  à  MC,  parce  que  là  commence  l'âge  de  l'amour 
et  du  mariage  *.  Pour  l'Occident,  Manilius,  ne  trouvant  pas  de 
planète  propre  à  représenter  la  mort,  y  place  le  dieu  Pluton. 
Enfin,  dans  les  basses  régions  où  gît  la  richesse  patrimoniale,  il 
installe  Saturne  qui,  en  astrologie,  joue  le  rôle  de  père  et  de  vieil- 
lard thésauriseur.  Cela  ne  l'empêche  nullement  de  mêler  au 
système  les  éléments  d'un  système  tout  différent,  qui  justifie 
mieux  la  présence  de  Saturne  en  IMC.  11  déclare  à  la  fin,  d'un  ton 
d'oracle,  que  les  quatre  quadrants  représentent  les  quatre  âges; 
que  l'enfance  va  de  l'Horoscope  à  MC.  ;  la  jeunesse,  de  MC.  à 
l'Occident,  où  commence  l'âge  mûr,  lequel  finit  au  bas  de  l'échelle 
et  laisse  ensuite  la  vieillesse  remonter  péniblement  la  pente  qui 

1.  On  retrouve  r"At5ou  irûXti  dans  Paul  d'Alexandrie,  mais  au  II" lieu  (sur  XII), 
dans  rèirava'fopâ  de  l'Horoscope  (ci-après,  fig.  31  et  p.  282). 

2.  Elle  était  peut-être  neuve  au  temps  de  Pythagore,  qui  passe  pour  l'avoir 
inventée  et  calculée  à  raison  de  vingt  ans  par  âge  (Diog.  Laert.,  VIII,  1,  §  10; 
Ovid.,  Melam.,  XV,  199-215,  etc.). 

3.  Le  rapport  des  planètes  avec  les  lieux  est  indéfinissable  :  ni  présence 
réelle,  ni  aspect,  ni  xXfipoî,  ni  domaine  zodiacal.  Scaliger  (p.  183)  reproche  à 
Pic  de  la  Mirandole  d'avoir  pris  ces  protectorats  pour  des  possessions.  Il  ne 
veut  pas  qu'on  dise  que  la  planète  est,  en  son  lieu,  olxoSeuTrôxiiç,  mais  seule- 
ment numen  tulelare. 

4.  Vénus  y  est  identifiée  avec  la  Fortune  ;  [Haec  tutela  docet  Venerem  sua  tela 
movere.  |  Nomen  eril  Fortuna  loco  (II,  926-927). 


278         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

rejoint  l'Horoscope  *.  Aussi  a-l-il  placé  d'avance  à  l'Occident, 
milieu  et  non  plus  fin  de  la  vie,  le  mariage  ^,  qu'il  ne  juge  sans 
doute  pas  incompatible  avec  la  légende  de  Pluton  enlevant 
Proserpine.  Il  n'y  a  rien  à  opposer  à  des  logiciens  de  cette 
trempe  :  ils  font  perdre  le  goût  de  la  discussion. 

Donc,  Mercure,  Vénus,  Pluton  et  Saturne  se  logent  comme  ils 
peuvent,  à  l'étroit  sans  aucun  doute,  dans  des  centres  qui  sont 
des  points.  Entre  ces  points  s'étendent  les  huit  lieux,  à  raison  de 
deux  par  quadrant.  Grâce  à  une  règle  à  laquelle  il  n'est  dérogé 
que  dans  la  théorie  des  aspects,  —  et  là  même,  avec  quelque  hési- 
tation, —  il  n'y  a  que  quatre  genres  d'influence  à  trouver  pour 
les  huit  lieux,  les  secteurs  opposés  ayant  des  tempéraments  ana- 
logues. Manilius  fait  de  louables  efforts  pour  se  les  rendre  intel- 
ligibles. Le  premier  lieu  en  avant  de  l'Horoscope  est  la  «  Porte  du 
Labeur  »,  lieu  triste,  découragé  dès  le  début  de  l'ascension;  le 
lieu  opposé,  qui  vient  de  plonger  dans  la  nuit,  est  aussi  triste  et 
avec  plus  de  raison;  c'est  une  seconde  «  Porte  du  Labeur  ».  Pour- 
quoi le  lieu  qui  monte  derrière  l'horoscope  (sTrava'^opâ)  est-il  «  à 
bon  droit  l'horrible  séjour  de  Typhon  »,  et  de  même,  le  lieu 
opposé?  C'est  que,  comme  Typhon  foudroyé  et  enseveli  sous 
l'Etna,  ces  lieux  sont  lugubres  et  angoissés.  Celui  qui  est  comme 
suspendu  au-dessus  du  couchant  a  peur  de  tomber  dans  le  néant, 
et  celui  qui  monte  derrière  l'Horoscope  craint  de  glisser  sur  la 
pente  M  II  faut  croire  que  l'habitude  quotidienne  n'a  rien  appris 
à  ces  êtres  de  raison,  qu'on  n'eût  pas  cru  si  déraisonnables.  En 
revanche,  le  lieu  qui  approche  de  la  culmination  supérieure  est 
tout  espoir,  et  par  conséquent  félicité  pure.  C'est  la  demeure  de 
Jupiter  et  aussi  de  la  Fortune  *.  Le  secteur  opposé  représente  le 


1.  Tarda  supinatum  lassatis  viribus  arcum  \  Ascendens  seros  demiim  complec- 
tiiur  annos,  etc.  (Manil.,  Il,  853  sqq.)  Symbolisme  identique  dans  Paul 
d'Alexandrie  (D  2  -  3).  C'est  le  mode  contemplatif  (cf.  ci-après,  p.  280,  1),  qui 
considère  la  sphère  au  repos  et  procède  à  rebours  de  la  succession  amenée 
par  le  mouvement  de  la  sphère. 

2.  Conjugia  atque  epulas,  extremaque  tempora  vitae  (II,  839  sqq.)  :  un  hémis- 
tiche pour  chacun  des  deux  systèmes  juxtaposés!  Voy.  ci-après  le  SwôsxatxoTtoi;. 

3.  Il  est  prudent  de  citer  ces  incroyables  balivernes  :  Porta  lahoris  erit ,' 
scandendum  atque  cadendiim  (ceci  pour  les  deux  èinxaTa!sopa{  de  Hor.  et  Occ.)  ; 
maintenant,  pour  les  ii:avacpopa£  :  Nec  melior  super  occasus,  contraque  sub 
orlu  I  Sors  agitur  mundi  :  praeceps  haec,  illa  superne  \  Pendens  aut  metuit 
vicino  cardine  finem,  \  Aut  fraudata  cadet.  Merito  Typhonis  habentur  \  Hor- 
rendae  sedes,  etc.  (Manil.,  II,  870  sqq.) 

4.  Manilius  replace  encore  ici  la  Fortune  :  Jupiter  hac  habitat.  Fortunae 
crede  regenti  (II,  890),  avec  les  épithètes  de  Veneranda  et  de  Félix  (II,  887-888). 


LES   HUIT   LIEUX   DE   MANILIUS  279 

labeur  accompli  et  approchant  de  la  richesse  qui  sera  sa  récom- 
pense. Celui-ci  est  la  demeure  de  la  AatfxovtT],  pour  qui  Manilius 
ne  trouve  pas  de  nom  équivalent  en  latin  *.  Restent  deux  eirixaxa- 
(fopal,  lieux  occupés  l'un  par  le  Soleil,  désigné  par  les  Grecs  sous 
le  nom  de  Oeô.;  [Deus),  l'autre  par  la  Lune  ou  «  Déesse  »  (6eâ  - 
Dea).  Le  motif  est  ici  que  le  lieu  occupé  par  le  «  Dieu  »  corres- 
pond à  l'âge  où  la  fougue  amortie  des  passions  cède  la  place  à 
l'ambition,  et  que  la  Lune  fait  vis-à-vis  à  son  frère. 

Telle  est  la  bizarre  esquisse  du  «  temple  »  astrologique  à  huit 
lieux,  tracée  en  traits  si  confus  qu'on  ne  peut  même  pas  s'en- 
tendre sur  la  façon  de  la  réaliser  par  la  règle  et  le  compas.  Sca- 
liger  prétend  attribuer  à  chaque  centre  un  arc  égal  à  celui  des 
«  huit  lieux  »,  c'est-à-dire  qu'il  ramène  la  construction  appelée 
par  Manilius  lui-même  ôxxwTOTroi;  ^  au  système  usuel  des  douze 
lieux,  plus  ou  moins  défiguré.  Le  témoignage  de  Firmicus  ^,  le 
seul  astrologue  avec  Manilius  qui  parle  de  «  huit  lieux  »,  ne  peut 
servir  à  trancher  la  question  ;  car  il  considère  ces  huit  lieux 
comme  un  extrait  en  gros  (platice)  du  système  des  douze  lieux, 
extrait  à  l'usage  des  commençants,  et  ses  huit  lieux  ne  sont  ni 
qualifiés  comme  ceux  de  Manilius,  ni  sériés  dans  le  même  sens, 
ni  situés  de  même,  puisque  les  centres,  exclus  des  huit  lieux  de 
Manilius,  figurent  au  nombre  de  trois  dans  ceux  de  Firmicus.  La 
présomption  qui  résulte  de  ce  rapprochement,  c'est  qu'il  a  dû 
exister  une  tradition  délaissée  qui  divisait  le  cercle  de  la  génilure 
en  huit  cases,  ou  en  douze  cases  dont  huit  seulement  étaient 


1.  Daemonien  inemorant  Graii,  Romana  per  ora  \  Quaeritur  in  versu  litulus 
(II,  897-898).  C'est  encore  une  Fortune,  tantôt  bonne,  tantôt  mauvaise. 

2.  Cui  parti  nomen  posuit  qui  condidit  arlem  |  Octotopos  (Manil.,  II,  969). 
Remarquer  que  le  nom  est  grec  et  que  Manilius  expose  ailleurs  (ci-après, 
pp.  289  sqq.)  un  système  à  douze  compartiments  {a^'Kci -sortes).  Si  distrait 
qu'on  le  suppose,  il  a  dû  se  rendre  compte  de  la  différence.  Il  se  peut  que 
Vodotopos  soit  l'œuvre  d'un  adaptateur  grec  ou  toscan,  qui  aura  voulu  intro- 
duire dans  le  «  temple  »  astrologique  la  structure  du  «  temple  »  toscan  à  huit 
divinités  fulminantes  correspondant  à  huit  âges  du  monde  (voy.  Haruspices 
dans  le  Dict.  des  Antiq.  de  Daremberg  et  Saglio).  Ou  encore,  l'adaptateur  sus- 
dit a  pu,  par  distraction  ou  par  goût  de  nouveauté,  appliquer  au  cercle 
zodiacal  la  division  en  8  parties  que  Hygin  {Astron.,  IV,  2)  recommande  pour 
les  cercles  tropiques,  au  nom  de  scrupules  pythagoriciens.  Enfin,  et  plus  sim- 
plement, le  système  a  pu  être  copié  sur  le  cycle  lunaire  à  huit  phases  (ci- 
dessus,  p.  166,  1). 

3.  Firmic,  II,  14  :  De  octo  locis.  Les  huit  lieux  de  Firmicus  correspondent 
aux  lieux  I  (Hor.),  II,  III,  IV  (IMC),  V,  VI,  VII  (Occ),  VIII  du  système  duo- 
dénaire.  Le  système  laisse  de  côté  un  tiers  du  cercle,  celui  qui  est  consacré  à 
la  vie  intellectuelle  et  morale. 


280 


CHAP.  IX.  —   LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 


considérées  comme  actives  *,  et  que  ce  système  a  pu  n'être  compris 
ni  de  Manilius,  ni  de  Firmicus,  l'un  et  l'autre  capables  de  défi- 
gurer, incapables  d'inventer. 

C.  Système  des  douze  lieux.  —  Le  système  de  Voctotopos  ainsi 
entendu  était  incompatible  avec  la  théorie  des  aspects;  ou  bien  il 
serait  d'un  pessimisme  outré,  car  il  n'admet  que  le  diamètre  et  le 
quadrat,  excluant  les  deux  aspects  favorables,  le  trigone  et 
l'hexagone.  Oublions-le  pour  nous  occuper  du  système  vraiment 
astrologique  et  réellement  appliqué,  celui  du  owosxâTOTroç.  Nous 
sommes  en  présence  d'un  dogme  universellement  accepté,  —  sauf 

peut-être  par  Pto- 
lémée,  — un  dog- 
me qui  s'est  main- 
tenu sans  altéra- 
tion depuis  le 
temps  de  Sextus 
Empiricus  jus- 
qu'au moyen  âge 
et  par  delà  . 

Remarquons 
tout  d'abord  —  la 
chose  en  vaut  la 
peine  —  que  nous 
n'avons  plus  af- 
faire au  symbo- 
lisme poétique  ou 
populaire  qui  con- 
temple le  ciel  sans 
tenir  compte  de 
son  mouvement  ni  se  soucier  de  la  partie  cachée  sous  l'horizon. 
Nos  astrologues-astronomes  rangent  les  lieux,  comme  les  signes 
du  Zodiaque,  dans  l'ordre  où  ils  émergent  et  se  couchent.  Par 
conséquent,  les  étapes  de  la  vie  symbolisée  par  le  cercle  se 
déroulent  dans  un  ordre  inverse  de  celui  que  les  contemplatifs 
ont  accoutumé  d'attribuer  aux  quatre  âges  ^  et  que  les  astrolo- 
gues, amis  de  la  logomachie  ou  esclaves  de  traditions  antérieures, 


y^^lf 


Fig.'_31.  Les  douze^lieux  du  cercle  de  la  géniture - 


1.  Cf.  ci-après  les  lieux  du  Dodecatopos  déclarés  ineflBcaces  comme  «  incon- 
joints »  (p.  281)  ou  pour  d'autres  raisons  (p.  287,  2),  et  qui  ne  sont  pas  les 
mêmes  que  ceux  éliminés  par  Firmicus. 

2.  J'ai  indiqué  aussi,  dans  la  fig.  31,  la  place  que  devraient  avoir  les  «  douziè- 
mes »  par  rapport  aux  centres,  d'après  Ptolémée  (ci-dessus,  p.  270,  1). 

3.  Cf.  ci-dessus,  pp.  152  (fig.  15).  277.  278,  1. 


SYMBOLISME   DES   DOUZE   LIEUX 


281 


ont  conservé  quand  même,  pour  le  mélanger  au  besoin  avec 
l'autre  *. 

Les  lieux  situés  sur  les  centres  viennent  en  première  ligne 
comme  importance,  et  à  peu  près  avec  les  mêmes  attributs  que 
dans  le  système  de  Voctotopos.  L'Horoscope  (lieu  I)  représente  «  la 
vie,  lé  fondement  de  toute  la  géniture  »  ;  le  IMC.  (lieu  IV),  «  les 
parents,  le  patrimoine,  l'avoir  »  ;  l'Occident  (lieu  VII),  les  noces, 
sans  conteste,  cette  fois  :  c'est  le  y^i^^^^  'o?  Toiroç;  le  MG.  (lieu  X), 
«  la  vie  et  le  souf-  ^ç. 

tle,  les  actes,  la 
patrie,  le  domi- 
cile, les  arts  et  les 
honneurs  »,  bref 
les  préoccupa- 
tions de  l'âge  mûr 
et  les  ambitions 
du  citoyen.  Vien- 
nent ensuite  qua- 
tre lieux  dits  «  se- 
conds »  ou  favo- 
rables, lesquels 
sont  en  relation 
avec  l'Horoscope 
par  aspect  trigone 
(lieux  V  et  IX)  et 

Sextil  (lieux  III   et  ^'^'  '"■  ^^  système  des  Xll  lieux  i^tracé  rectangulaire). 

XI)  ;  et  enfln,  quatre  lieux  défavorables  ou  inefficaces  (lieux  II, 
VI,  VIII,  XII),  lieux  «  paresseux  et  déjelés  »  (àpyov  ÇwStov  -  àtêXe- 
TTTov  -  pigrum  -  dejectum)^  qui  sont  sans  rapport  défini  de  posi- 
tion, autrement  dit,  «  inconjoinls  »,  avec  l'Horoscope. 


>v                 W 

/x    .  / 

\Amcci 

/       Honores       ^sPere^riaationjf 

XII         \ 

/ 

x. 

/       VIII 

Inim.c,        ? 

Quadrature 

\          Mors 

/         I 

du  cercle  des  Xllifeux 

VII            \ 

\         Vita 

ou  maisons  du  ciel  : 

tracé  usuel  du  thème 

de  génilure 

Nupliae     y 

Il          \ 

/       VI 

Lucrum     / 

\ 

/ 

\  yalitudo 

/        "' 

\          .V           /v    \ 

/      Praires      \^  Pa rentes    /        Fil,i          \ 

IMC 


1.  Le  système  des  douze  lieux  est  exposé  ici  d'après  les  listes  concordantes, 
quoique  de  plus  en  plus  surchargées,  de  S.  Erapiricus  {Adv.  Astrol.,  pp.  340- 
341  ;  Fabricius,  dans  le  schéma  mis  en  note,  numérote  les  lieux  à  l'envers, 
dans  le  sens  du  mouvement  diurne),  de  Firmicus  (II,  13-20  Kroll),  de  Paul 
d'Alexandrie  (L  —  0  2)  et  de  Vettius  Valens  {Cod.  Paris.,  Suppl.,  n»  330  A, 
fol.  29  r.-30  V.).  La  plupart  des  termes  techniques  cités  entre  guillemets  sont 
de  Firmicus.  Je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait  des  spéculations  pythagoriciennes  dans 
le  système,  qui  est  parfois  en  contradiction  avec  certains  dogmes  de  l'école. 
Par  exemple,  les  Pythagoriciens  attachaient  l'idée  de  mariage  au  nombre  6 
(Théo  Smyrn.,  p.  102  H.)  ;  ils  ne  l'auraient  pas  placé  à  la  VII«  case.  Iléphes- 
tion  (I,  12,  p.  13  Engelbr.)  disqualifie  même  le  lieu  III.  Cependant,  les  perfec- 
tions des  nombres  7  et  10  ont  pu  améliorer  les  pronostics  du  lieu  VII  et 
assurer  la  prééminence  «  naturelle  »  (culmination)  du  lieu  X. 


282         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

Les  planètes  —  sous  des  noms  d'emprunt  —  ont  été  réparties 
dans  ces  douze  lieux  d'après  deux  espèces  de  considérations  qu'il 
est  aisé  de  deviner  quand  on  connaît  le  modèle  imité  par  les 
fabricants  du  système,  c'est-à-dire  la  répartition  des  domiciles 
planétaires.  On  a  voulu  à  la  fois  suivre  dans  le  sens  indiqué 
Tordre  ascendant  des  planètes  et  situer  les  planètes  bienfaisantes 
dans  les  lieux  favorables,  les  malfaisantes  dans  les  lieux  défavo- 
rables, exception  faite  pour  les  centres,  qui  se  suffisent  à  eux- 
mêmes  et  n'ont  pas  besoin  de  planètes.  La  concordance  de  l'ordre 
naturel  des  planètes  avec  les  affinités  indiquées  parla  géométrie 
des  aspects  a  dû  passer  pour  une  preuve  de  la  merveilleuse  har- 
monie de  l'Univers  et  consacrer  à  tout  jamais  ce  chef-d'œuvre  de 
l'art  interprétant  la  Nature.  Seulement,  les  inventeurs  n'ont 
obtenu  cette  concordance  qu'en  dérangeant  quelque  peu  l'ordre 
accoutumé  des  planètes,  en  ne  regardant  pas  de  trop  près  à  la 
suite  naturelle  des  étapes  de  la  vie  et  en  faisant  bon  marché  des 
principes  qui  attribuent  une  action  favorable  aux  £7ravacfopa(,  défa- 
vorable aux  aTtoxXîfxaTa.  Cela  fait  beaucoup  d'exceptions,  de  quoi 
emporter  les  règles. 

Donc,  le  IP  lieu  —  qui  suit  (sTravaçopà)  l'Horoscope  et,  comme 
limitrophe,  n'est  pas  en  aspect  avec  lui  —  conserve  son  nom  de 
«  Porte  d'Enfer  »  ("A  t Sou  TruX?))  ;  mais  nos  astrologues  ont  corrigé 
de  leur  mieux  la  «  paresse  »  naturelle  du  lieu  en  y  introduisant 
«  l'espérance  »  et  «  l'accroissement  de  possession,  le  lucre  »  *.  Ils 
songent  sans  doute  à  l'enfant  entrant  dans  son  second  douzième 
d'existence,  et  ils  en  appellent  de  la  géométrie  à  la  géométrie,  en 
remarquant  que,  si  cette  case  est  sans  relation  avec  l'Horoscope, 
elle  est  en  aspect  trigone  avec  le  MG  ^.  C'est  même  là  sans  doute 
que,  s'ils  avaient  eu  les  mains  libres,  ils  auraient  placé  Mercure, 
pour  qui  ils  ne  trouveront  plus  un  emploi  satisfaisant. 

Au  IIP  lieu,  favorable  quoique  àuôxXtiJLa,  figurent  les  «  frères  et 
amis  »,  et  peut-être  aussi  les  «  voyages  ».  En  tout  cas,  on  y  place 

1.  Spei  ac  possessionis  incrementa  (Firmic,  II,  19,  3).  —  xTvTipovdfiou;  àXko- 
TpLwv  (Paul  Alex.,  L  2).  Pour  les  qualités  spécifiques  des  XII  lieux,  les  défini- 
tions les  plus  courtes  sont  celles  réunies  dans  ces  vers  mnémoniques  du 
moyen  âge  : 

Vita,  lucrum,  fratres,  genitor,  nati,  valetudo, 
Uxor,  mors,  pietas,  regnum  benefactaque,  carcer. 

2.  "EffO'  8x8  Se  xal  xôv  irspl  TcpaÇswv  Xôyov  ffTi[xatv£t,  Sià  tô  aûjxœwvov  auxà  eîvai 
xax'  EÙwvufiov  TpiywvovTw  [jisaoupavoGvxi.  Onya  héritage  avec  la  pré- 
sence de  bonnes  planètes,  pauvreté  et  exil  avec  les  mauvaises  (Paul.  Alex., 
loc.  cit.).  Il  y  a  là  peut-être  contamination  avec  le  cercle  des  àBXa  (ci-après, 
p.  298),  où  la  Milice  et  les  Voyages  éveillent  l'idée  d'espoir  du  gain. 


SYMBOLISME    DES    DOUZE    LIEUX  283 

la  grande  voyageuse,  la  Lune,  sous  le  nom  de  «  Déesse  »,  ouvrant 
ainsi  la  série  des  planètes  *. 

En  IMC.  ou  IV^  lieu,  on  trouve  encore,  nous  l'avons  dit,  «  les 
parents  »,  «  le  patrimoine  »,  etc.,  mais  non  plus  le  «  père  »  Sa- 
turne, délogé  par  la  tyrannie  de  l'ordonnance  planétaire  et  calom- 
nié pour  justifier  cette  expulsion.  Nous  le  retrouverons  à  l'état  de 
«  Mauvais  Génie  »,  dans  le  dernier  compartiment.  Il  eût  fallu, 
pour  suivre  l'ordre  des  planètes,  le  remplacer  par  Mercure  ;  mais 
Mercure  représente  l'éducation,  ou,  en  fait  de  richesse,  le  lucre 
et  non  le  patrimoine.  Il  est  laissé  de  côté,  à  moins  que,  en  dépit 
de  la  géométrie,  il  ne  trouve  un  refuge  à  l'Horoscope  où  l'avait 
placé  Manilius  ^. 

On  tombe  au  V*  lieu  sur  le  compartiment  des  «  fils  »,  mis  à 
côté  de  celui  des  parents.  Comme  Vénus  est  déesse  de  la  géné- 
ration, on  n'est  pas  autrement  étonné  de  l'y  rencontrer  déguisée 
en  «  Bonne  Fortune  »,  et  l'on  se  prend  à  regretter  le  temps  où 
c'était  une  bonne  fortune  que  d'avoir  beaucoup  d'enfants  ^. 

Mars  ne  saurait  être  loin  de  Vénus  :  l'attraction  est  telle  qu'elle 
fait  violence  à  la  série  planétaire;  le  Soleil  attendra  la  case  op- 
posée à  la  Lune.  Le  VP  lieu,  «  paresseux  »  et  défavorable  par 
position,  est  donc  l'hôtellerie  de  Mars,  sous  le  pseudonyme  de 
«  Mauvaise  Fortune  ».  C'est  le  réceptacle  des  maladies  et  infirmités. 

A  l'Occident  ou  VIP  lieu,  étape  centrale  de  l'existence,  nous 
savons  que  l'on  rencontre  «  les  noces  »,  et  il  ne  faut  pas  trop  se 
demander  pourquoi  les  noces  viennent  après  les  fils.  Elles  sont  là 
parce  que,  dans  quelque  sens  que  tourne  l'existence,  l'Occident 
représente  le  milieu  de  la  carrière. 

Le  diamètre  une  fois  dépassé,  la  construction  obéit  par  sur- 
croît aux  lois  de  la  symétrie.  Brusquement,  au  VIII*  lieu,  lieu 
«  paresseux  »,  situé  en  face  d'un  autre  lieu  paresseux  *,  nous  nous 


1.  Iluic  loco  Dea  nomen  est;  est  autem  peregrinantis  lociis  (Firmic,  II,  19,  4). 
Ceci  a  bien  l'air  d'une  explication,  et  d'une  explication  suspecte,  car  la  vraie 
case  de  la  peregrinalio  (ÇsvtTeia)  est  l'opposée,  au  lieu  IX. 

2.  Ci-dessus,  p.  277.  Démophile  le  scoliastc  (ap.  Porphyr.,  p.  204)  met  encore 
Mercure  dans  l'Horoscope,  tout  en  laissant  les  autres  aux  lieux  traditionnels. 
De  môme,  Paul  d'Alexandrie.  L'auteur  du  Papyr.  CX  Brit.  Mus.,  qui  impro- 
visait à  son  aise,  a  soin  de  faire  coïncider  l'Horoscope  et  Mercure  (lig.  23-27). 

3.  On  sait  ce  que  signifie  «  bonne  fortune  »  chez  nous,  et  comme  le  masque 
irait  mieux  encore  à  Vénus. 

4.  Firmicus  (II,  17  et  19,  9  KroU)  appelle  spécialement  le  VIII«  lieu  non  pas 
anafora,  mais  epicalafora,  synonyme  approché  de  dtTtôxXijAa.  C'est  évidem- 
ment un  souvenir  du  système  de  Manilius  où  le  lieu  qui  surmonte  l'Occident, 
se  sentant  sur  la  pente  (sTrixaxatpopâ),  a  peur  de  tomber  (ci-dessus,  p.  278,  3). 


284         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

trouvons  en  présence  de  la  Mort  *,  qu'on  n'attendait  pas  à  pareille 
étape  et  qui  a  remplacé  sans  avantage  le  Typhon  de  Voctotopos. 
Le  système  commence  à  paraître  quelque  peu  incohérent.  Les 
astrologues  ont  atténué  de  leur  mieux  leurs  propres  scrupules 
en  admettant  que,  dans  certaines  conditions,  assez  compliquées 
d'ailleurs,  ce  lieu  pouvait  présager  le  comble  de  la  félicité,  de  la 
richesse  et  de  la  gloire  ^ 

Au  IX"  lieu,  le  «  Dieu  »  par  excellence  ^,  le  Soleil,  préside  aux 
«  sectes,  religions  et  pérégrinations  ».  C'est  bien  là,  en  face  de  la 
«  Déesse  »,  que  Manilius  avait  placé  son  Phébus,  et  c'est  de  ce 
«  Dieu  »  aussi  que  parlaient  les  élèves  de  Sénèque  le  rhéteur  *. 
Pourquoi  réunir  des  idées  aussi  disparates  que  religions  et  péré- 
grinations? Je  résoudrais  volontiers  l'énigme  en  disant  qu'il  y  a  là 
très  probablement  une  association  d'idées  due  à  la  vogue  excep- 
tionnelle des  cultes  solaires,  c'est-à-dire  des  religions  étrangères 
ou  «  pérégrines  »  sous  l'Empire.  Ce  «  Dieu  »  est  encore  plus 
Mithra,  le  dieu  oriental,  que  le  soleil  qui  luit  pour  tout  le  monde. 

A  la  culmination  supérieure  ou  X^  lieu  s'accumulent  «  la  vie  et 
«  le  souffle,  les  actes,  la  patrie,  le  domicile,  les  arts  et  les  hon- 
«  neurs  »  :  c'est  la  case  de  1'  «  action  »  par  excellence. 

Jupiter  ne  fait  pas  grande  figure  au  XP  lieu,  où,  sous  le  nom 
de  «  Bon  Génie  ('AyaBoç  oaî|jia)v)  ^  »,  il  forme  le  pendant  de  Vénus 
«  Bonne  Fortune  ».  Sa  bonté  proverbiale  est  indéfinie  et  sans 
objet  spécifié;  c'est  un  ami  qui  rend  des  «  services  »  et  répand 
des  «  bienfaits  ». 

1.  'Apyjh  SraviTou  dans  S.  Empiricus  (op.  cit.,  p.  340j. 

2.  Il  faut  :  1"  qu'il  s'agisse  d'une  géniture  nocturne  ;  2»  que  la  Lune  se  trouve 
au  VIII"  lieu  en  croissance;  S"  qu'elle  y  soit  ou  dans  sa  maison  zodiacale  ou 
dans  un  domaine  de  planètes  amies;  4°  qu'elle  soit  visée  par  Jupiter  en  as- 
pect favorable  ;  5°  qu'elle  ne  soit  ni  accolée,  ni  cernée  ou  visée  par  une  pla- 
nète malfaisante.  Moyennant  quoi,  la  Lune  maxirnas  decernit  félicitâtes  et 
ultra  modum  divitias  et  magnificas  potestatum  glorias  et  nobilitalis  ornamenta 
■perspicua  (Firm.,  II,  19,9).  C'est  passer  d'un  extrême  à  l'autre  et  faire  bonne 
mesure  !  —  Cette  superfétation  doit  provenir  du  cercle  des  àôXa  (ci-après, 
p.  297-298),  ou  le  Ville  sort  est  occupé  par  la  Noblesse  et  la  Renommée. 

.3.  S.  Empiricus  entasse  les  titres  disparates  dexâxw  [XEp(5a(=  àiîoxXt|j.a?) 
xal  [jLOvoixoip£av  (jxôvoç  =  soins  =  Sol?)  vcai  Srsôv. 

4.  Les  astrologues,  dit  Arellius  Fuscus,  cherchent  quo  ierint  motu  sidéra, 
in  quas  discurrerint  partes;  contrane  Deus  stelerit  an  placidus  affulserit  Sol 
{Senec.,Suasor.,i).On  retrouve  le  Deus  dans  le  temple  hépatique  des  haruspices 
(voy.  Haruspices  in  Dict.  des  Antiquités  de  Daremberg-Saglio). 

5.  Les  astrologues  avaient  créé  ou  refrappé  à  leur  usage  les  mots  àyaBoSai- 
[jiovetv,  xaxo5ai[xovEtv,  vcaitoTuj^eïv,  pour  désigner  la  position  d'une  planète  dans 
les  cases  ainsi  qualifiées  ;  v.  g.  'AcppoSiTiriç  àyaôoSaiiJiovoûffTiç  (Steph.  Alex., 
p.  21  Usener)  signifiant  Vénus  dans  la  XI'  case. 


SYMBOLISME    DES    DOUZE    LIEUX 


285 


Enfin,  au  XIP  lieu,  sous  le  nom  de  «  Mauvais  Génie  »  (Kay.àç 
8a([xwv)  placé  en  face  de  la  «  Mauvaise  Fortune  »,  Saturne  groupe 
autour  de  lui  tous  les  désagréments;  ennuis  causés  par  les  enne- 
mis, les  esclaves,  et  aussi  les  infirmités  et  maladies  chroniques 
amenées  là  par  l'idée  de  vieillesse,  inséparable  elle-même  de  la 
personne  du  «  vieux  »  Saturne. 


\ 

XI    / 

/\ 

\  "^ 

/ 

XII 

/ 

\ 

1 

X 

X 

vil 

Vil! 

\ 
II 

/ 

>< 

IV 

)< 

VI 

\.      XI 

X 

\t   / 

XII     \v 

/    VIII 

1 

VII 

Il       X 

IV 

\^    VI 

/         "' 

V      \. 

IMC  IMC 

Fig.  33  cl  33  hh.  Tracés  de  quadratures. 

Nous  ouvrons  ici  une  sorte 
de  parenthèse  pour  présenter 
au  lecteur  les  cadres  artifi- 
ciels dans  lesquels  les  astrolo- 
gues avaient  l'habitude  d'ins- 
crire les  données  du  thème  de 
géniture  (fig.  32,  33,  33  b\s 
et  34).  Ces  carrés  substitués 
au  cercle  —  et  que  j'appelle 
pour  cette  raison  «  quadra- 
tures du  cercle  »  —  n'en  sont 
que  des  équivalents  grossiers, 
imaginés  par  des  hommes 
déshabitués  du  compas  ou 
dépourvus  de  cet  instrument*.  Peut-être  ne  leur  déplaisait-il  pas 
non  plus  que  ces  figures  bizarres  fussent  inintelligibles  aux  pro- 
fanes. 

1.  C'est  la  raison  que  donne  Ciruelo  (I,  2)  :  Sed  quod  circinus  circulorwn 
descinptor  non  ubique  presto  est  volenlibus,  consueverunt  judices  astrologici 
facere  figuras  rectilineas  quadrangulares,  et  hoc  bifariam .  Suit  la  description 
des  deux  méthodes  :  celle  de  la  fig.  33  b,  qu'il  déclare  préférable,  parce  qu'elle 
met  en  valeur  les  quatre  maisons  cardinales,  et  l'autre  (fig.  32  ),  qui  est  la 
plus  employée.  Suivant  lui,  le  carré  vacant  au  milieu  représente  concavtim 
celi.  La  fig.  33  est  empruntée  au  Thema  cod.   Vindobon.,  d'après  H.  Usener 


Fig.  34.  Tracé  circulaire. 


286         CHAP.  IX,  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

On  comprend,  quand  on  a  parcouru  ce  cycle  où  la  logique  est 
si  souvent  en  détresse,  que  Ptolémée  n'ait  pas  voulu  le  prendre 
à  son  compte  *.  Il  représente  un  conflit  et  un  accommodement 
boiteux  entre  deux  et  même  trois  conceptions  différentes  :  une 
première,  qui  déroulait  la  trame  symbolique  de  la  vie  entre 
l'Horoscope  et  le  Couchant  et  assimilait  l'homme  à  ses  modèles, 
les  astres  allumés  à  l'orient,  éteints  à  l'occident;  une  seconde, 
qui,  sans  changer  le  sens  de  la  vie,  la  prolongeait  dans  les  quatre 
quadrants  et  assignait  le  dernier  à  la  vieillesse  ;  enfin,  une  troi- 
sième, plus  mathématique,  qui  considérait  l'ordre  —  inverse  du 
précédent  —  dans  lequel  les  douzièmes  du  cercle  sont  amenés 
par  le  mouvement  diurne  au-dessus  de  l'horizon.  C'est  le  premier 
ordre  d'idées  qui  a  fait  mettre  la  mort  au  couchant,  ou  immédia- 
tement au-dessus  (àpx'î  OavàTou  2)  ;  c'est  le  second  qui  a  situé  les 
noces  au  couchant,  Saturne,  le  patrimoine,  les  trésors,  en  IMC, 
et  Typhon  ou  la  mort  au-dessous  de  l'Horoscope,  pour  fermer  le 
cycle.  Le  troisième  aurait  simplement  interverti  le  produit  du 
second,  si  un  éclectisme  à  prétentions  multiples  n'avait  fait  pré- 
valoir le  système  qui  vient  d'être  exposé  et  qui  est  en  somme  le 
plus  incohérent  de  tous. 

Je  disais  plus  haut  que  ce  système  a  été  définitif.  Cela  ne  veut 
pas  dire  que  personne  n'ait  essayé  de  le  retoucher  ou  même  de  lui 
en  substituer  un  autre.  H  est  aisé  de  voir,  en  consultant  les  des- 
criptions de  Paul  d'Alexandrie  et  de  Vettius  Valens,  que  l'incohé- 
rence augmente  par  accueil  de  traditions  précédemment  éliminées. 
Ainsi,  la  vieillesse  et  même  la  mort  rentrent  en  IMC,  où  logeait 
jadis  le  vieux  Saturne,  pêle-mêle  avec  les  marécages  que  l'imagi- 
nation naïve  d'autrefois  supposait  occuper  cette  sentine  de  l'uni- 
vers. Un  pessimiste  a  glissé  les  femmes  et  les  esclaves  dans  la 
«  Mauvaise  Fortune  ».  La  vieillesse  infirme  et  la  mort  ont  été  de 
nouveau  attirées  à  l'Occident  par  le  symbolisme  naturel,  et  aussi 
les  «  longs  voyages  »,  peut-être  placés  là  par  un  Grec  qui  se 

(De  Stephan.  Alex.,  p.  57),  sauf  qu'elle  est  en  rectangle  dans  le  manuscrit  et 
que  je  l'ai  remise  au  carré.  La  fig.  34  —  d'après  Cunrad  Dasypodius 
[Rauchfuss]  de  Strasbourg,  commentateur  de  Ptolémée  (ap.  H.  Cardan.,  éd. 
Basil.  1378,  p.  722)  —  est  une  fantaisie  d'astrologues  qui  trouvaient  le  compas 
plus  commode  encore  que  la  règle  pour  découper  le  cercle  en  cases,  sans 
souci  aucun  de  l'exactitude. 

1.  Il  connaît  les  lieux  usuels,  mais  il  ne  les  désigne  jamais  par  leur  numéro 
d'ordre,  et  il  a  soin  de  dire  de  tel  lieu  :  5  léys-ztxi  -co-jroç  dpyo;  —  de  tel  autre  : 
ô  xai  xaXstTat  xaxoû  5a{[Aovoç  {Tetrab.,  H,  12).  Son  disciple  Héphestion  de 
Thèbes  n'a  que  six  lignes  llspl  Siatpopàfî  Tdirwv  (ci-dessus,  p.  281,  1). 

2.  S.  Empiricus  (ci-dessus,  p.  281, 1). 


SYMBOLISME   DES   DOUZE   LIEUX  287 

souvient  des  Phéniciens  et  songe  à  l'Atlantique  *.  La  culmination 
supérieure,  qui  avait  été  longtemps  le  séjour  de  Vénus  et  des 
ardeurs  de  la  chair,  reprend  les  «  noces  avec  progéniture  mâle  ». 
D'autres  correcteurs,  préférant  aux  douze  étapes  la  division  septé- 
naire des  Hippocratiques,  retranchaient  du  cercle,  en  les  décla- 
rant inactifs  {ix?f]iJ-i^^'^^),  cinq  lieux  (III,  VI,  VIII,  XI,  XII),  dont 
trois  défavorables  dans  le  système  usuel  ^. 

Enfin,  on  rencontre  une  tentative  originale  faite  pour  substituer 
à  ce  système  une  construction  plus  complète,  étendant  le  cycle 
vital  en  deçà  de  la  naissance  et  au  delà  de  la  mort  ^.  Notre  philo- 
sophe —  c'en  était  un  sans  doute  —  a  trouvé  moyen  d'être  plus 
extravagant  encore  que  ses  prédécesseurs,  car  son  cycle  vital 
tourne  en  même  temps  en  deux  sens  contraires.  Les  quatre 
grandes  étapes  de  l'existence — la  naissance,  l'âge  mûr,  la  vieil- 
lesse, la  mort,  correspondant  aux  quatre  centres  —  vont  de  gauche 
à  droite  comme  le  mouvement  diurne,  l'âge  mûr  étant  au  haut 
de  la  sphère,  la  mort  au  bas  ;  mais  chaque  centre  forme  le  milieu 
d'un  groupe  de  trois  lieux  qui  se  comptent  dans  l'ordre  chrono- 
logique de  leur  lever,  l'àTiôxXtiJia  en  tête,  le  centre  après,  l'eTcavaceopâ 
en  queue.  De  cette  façon,  les  groupes  sont  rangés  de  gauche  à 
droite,  et  les  unités  de  chaque  groupe  de  droite  à  gauche.  Le 
cycle  commence  au  lieu  qui  précède  (àirôx).'.[jia)  l'Horoscope.  Là 
sont  les  douleurs  de  la  gestation  et  de  l'enfantement.  L'Horoscope 
représente  la  naissance  et  le  premier  âge  :  l'enfance  se  termine 
au  lieu  suivant.  On  passe  alors  au  deuxième  groupe,  au  haut 
duquel  culmine  le  «  milieu  du  milieu  »,  flanqué  à  droite  par  le 
début,  à  gauche  par  la  fin  de  l'âge  moyen.  L'Occident  représente 
le  «  temps  final  »,  la  décadence,  qui  commence  à  sa  droite  et 


1.  Ou  empruntés  aux  àÔXa  de  Manilius  (ci-après,  p.  298).  Les  «  Périls  » 
s'associent  tout  naturellement  aux  [xaxpal  ÇsviTetai. 

2.  Demophil.  ap.  Porphyr.,  p.  193.  On  conserve  :  1°  les  quatre  centres 
(I,  IV,  VII,  X)  ;  2°  les  deux  lieux  (V  et  IX)  formant  trigone  avec  Tlloroscope  ; 
3°  l'èravacpopa  de  l'Horoscope  (lieu  II).  Héphestion  énumère  les  xaXol  tôirot 
dans  l'ordre  HOR.,  MC,  XI,  V,  Occ,  IMC.IX;  les  xaxol  II,  III,  VIII;  et  les 
xdtxiffxoi  VI,  XII.  Un  Hermétique  (C.  Aphor.,  p.  841  Junctinus)  établit  l'or- 
dre suivant  :  Centres  1°  Ilor.,  2=  MC,  3°  Occ,  4»  IMG.  —  Lieux  favorables  : 
XI,  II,  V,  IX,  III,  VIII.  —  Lieux  défavorables  :  VI  et  XII.  Cf.  les  xôitoi  itps- 
Tixoî  de  Ptolémée,  X,  I,  XI,  VII,  IX  (ci-après,  ch.  xn). 

3.  Demophil.  ap.  Porphyr.,  pp.  202-203.  Cf.  Paul.  Alex.,  fol.  K  2,  où  le  IMC. 
symbolise  «  la  vieillesse,  l'ensevelissement  du  corps,  xal  xà  fjiexà  eivaxov 
Ttivxat  ».  Aucune  indication  d'origine  à  propos  de  ce  système  aberrant,  qui 
détraque  l'ordre  accoutumé  et  lui  substitue  la  succession  suivante  :  XII,  I, 

II  —  IX,  X,  XI  -  VI,  VII,  VIII  -  m,  IV,  V. 


288         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITDRE 

finit  à  sa  gauche.  La  culminalion  inférieure  symbolise  la  mort, 
ayant  d'un  côté  «  le  temps  avant  la  mort  »,  de  l'autre,  «  le  temps 
après  la  mort  ».  Qu'est-ce  que  le  temps  après  la  mort?  Le  scoliaste 
ne  pense  qu'à  la  réputation  laissée  par  le  défunt  :  il  ne  s'est  pas 
demandé  si  le  système  ne  sortait  pas  de  quelque  fabrique  pytha- 
goricienne, et  si  le  temps  après  la  mort  n'était  pas  employé 
à  préparer  une  métempsycose  qui  recommencerait  le  cycle. 


II.  —  Cycles  divers  :  Système  des  sorts. 

Le  cercle  des  «  lieux  »,  gradué  à  partir  de  l'Horoscope,  n'est 
pas  le  seul  qui  ait  été  superposé  au  Zodiaque.  L'imagination  des 
astrologues  est  inépuisable,  et  qui  les  fréquente  doit  s'armer  de 
patience.  Voici  maintenant  le  cercle  des  «  travaux  »  (àOXa)  ou  des 
«  sorts  »  {sortes),  gradué  d'après  le  «  sort  de  la  Fortune  »  (xX^ipo? 
Tuj^Tjç)  *,  sorte  d'  «  horoscope  lunaire  »  dérivé  de  l'autre  ^. 

La  Lune  était,  comme  dieu  Sin,  le  grand  ouvrier  de  l'astro- 
logie chaldéenne,  et  les  Grecs  lui  ont  conservé  un  rôle  prédomi- 
nant, inférieur  seulement  à  celui  du  Soleil.  Encore  les  docteurs 
qui  se  piquent  de  philosophie  enseignent-ils  que,  si  l'influence 
solaire  prévaut  dans  la  vie  psychique,  la  Lune  régit  de  plus  près 
ïa  vie  physique.  D'autre  part,  on  sait  combien  fut  envahissante, 
au  déclin  des  religions  civiques,  la  foi  à  l'omnipotence  de  la  For- 
tune ^.  Cette  entité  vague  se  décomposait  aisément  en  «  fortunes  » 
ou  chances  particulières,  adaptées  à  la  mesure  de  tous  êtres, 
collectifs  ou  individuels,  existant  dans  le  monde  sublunaire  et 
considérés  comme  les  «  jouets  de  la  Fortune  ».  Chaque  individu 
avait  donc  sa  Fortune,  et  une  place  d'honneur  devait  être  réservée 


1 .  Représenté  dans  les  manuscrits  par  le  signe  ©,  la  «  roue  »  de  la  For- 
tune ou  le  symbole  hiéroglyphique  du  Temps,  le  serpent  enroulé.  Scaliger 
(p.  198)  pense  que  c'était  la  forme  de  tous  les  jetons  cléromantiques  {soi'les). 

2.  Le  scoliaste  Anonyme  (p.  94)  explique  pourquoi  Ptolémée,  qui  rejette  tous 
les  xXf,pot  imaginés  par  les  «  Égyptiens  »,  emploie  cependant  —  comme  on 
le  verra  par  la  suite  —  celui  de  la  Fortune.  C'est  que  Ptolémée  oj  x)kf, pov 
Tû/Tjî  )^éy£t,  àXkà.  asTiTivtaxàv  wpoaxdTcov.  Le  pudibond  savant  colore 
de  son  mieux  les  concessions  qu'il  fait  à  des  traditions  plus  fortes  que  lui. 
Le  nom  d'àÔXa  vient  des  douze  travaux  d'Hercule,  type  de  l'humanité  mili- 
tante et,  en  attendant  l'apothéose,  jouet  de  la  Fortune.  Voy.  ci-après 
(p.  298,  3)  la  réclamation  de  Saumaisc,  injustifiée  pour  le  pluriel  àôXa. 

3.  Cf.  F.  Allègre,  Étude  sur  la  déesse  grecque  Tyché.  Thèse  Doct.  Paris,  1889, 
et  la  recension  de  A.  Bouché-Leclercq,  Tyché  ou  la  Fortune  (Rev.  Ilist.  Relig., 
XXIII  [1891],  pp.  273-307). 


LE    SORT   DE   LA   FORTUNE  289 

dans  le  cercle  de  la  géniture  à  ce  Génie  féminin.  Nous  l'y  avons, 
en  effet,  rencontré  deux  fois,  sous  les  noms  de  «  Bonne  »  et  de 
«  Mauvaise  Fortune  »  associées  à  Vénus  et  à  Mars  K  Son  sexe,  sa 
nature  proléiforme  et  ses  caprices  la  rapprochaient  davantage 
encore  de  la  Lune;  d'où  l'idée  de  l'agréger  comme  second  acolyte, 
décalque  de  l'autre,  au  Soleil.  Aux  aptitudes  psychiques  et  phy- 
siques dérivées  de  l'influence  des  «  luminaires  »,  la  Fortune 
ajoute  tout  ce  qui  vient  du  dehors,  tout  ce  qui  est  «  acquis  » 
(Tû^r)  xxï.xaT^  -  àçiwijiaTtxr;)  ^.  On  lui  chercha  donc  sur  le  cercle  une 
position  qui  dépendît  à  la  fois  des  positions  du  Soleil,  de  la  Lune 
et  de  l'Horoscope. 

C'est  encore  à  Manilius  que  nous  demanderons  les  plus  anciens 
renseignements  qui  nous  sont  parvenus  sur  le  sujet. 

Après  avoir  répété  une  fois  de  plus,  avec  son  emphase  ordi- 
naire, que  tout  est  complexe  dans  les  combinaisons  astrales  et 
que  de  là  vient  la  variété  des  destinées,  Manilius  enseigne  la 
manière  de  trouver  le  sort  de  la  Fortune,  point  de  départ  de  la 
division  du  cercle  en  douze  aOXa  ou  sorts  ^.  Et  d'abord,  il  faut 
distinguer  entre  géniture  diurne  et  géniture  nocturne.  Pour  une 
géniture  diurne,  il  faut  prendre  la  distance  du  Soleil  à  la  Lune, 
en  suivant  l'ordre  des  signes  (de  droite  à  gauche)  et  reporter  la 
valeur  de  cet  arc  à  droite  de  l'Horoscope  :  là  où  finit  l'arc,  là  est 
le  Sort  de  la  Fortune.  Si  la  géniture  est  nocturne,  on  fait  l'inverse  : 
on  mesure  non  plus  la  distance  du  Soleil  à  la  Lune,  mais  la  dis- 
tance complémentaire,  celle  de  la  Lune  au  Soleil,  et  on  la  reporte 
non  plus  à  droite,  mais  à  gauche  de  l'Horoscope  *.  Firmicus  donne 


1.  Et  même,  par  Manilius,  à  Jupiter  (ci-dessus,  p.  278,  4). 

2.  Il  ne  faudrait  pas  avoir  la  naïveté  de  croire  que  cette  répartition  est 
respectée  par  tous.  On  rencontre  des  classifications  de  toute  sorte  (cf.  Salmas., 
p.  126,  et  ci-après,  ch.  xii),  et,  dans  le  nombre,  une  qui  adjuge  xi  awjiotxixà 
xô)  wpoaxôirw,  xà  ^j^uytxà  x^  SeXyjvTi.  Paul  d'Alexandrie  (K  3)  attribue  à  la 
Fortune  xi  Tztpl  xoû  (Tu>[xaxoî  râvxa. 

3.  Sur  le  mot  àOXi,  voy.  ci-après,  p.  298,  3.  Le  terme  traduit  en  latin  par  sors 
est  xXf.poi;,  qui  est  aussi  rendu  —  et  très  souvent  —  par  locus,  pars.  KXf.poî 
s'emploie  de  môme  pour  xôttoî  au  sens  technique  de  lieu  (voy.  Nonn.,  Dionys., 
VI,  83).  Manilius  fait  parfois  de  sors  le  synonyme  de  pars,  portion  ou  lot 
quelconque.    C'est  ainsi  qu'un   décan  est  à   volonté  sors  ou  pars   (IV,  313). 

4.  Manil.,  lll,  176-202.  Firmic,  IV,  17  (De  loco  et  efficacia  Forlmme),  3-5 
Kroll.  Scaliger  (pp.  197-199),  qui  a  sans  doute  oublié  Firmicus,  s'obstine  à 
mettre  Manilius  d'accord  avec  le  scoliaste  de  Ptolémée,  en  lui  faisant  dire  le 
contraire  de  ce  qu'il  dit  réellement.  La  graduation  du  Zodiaque  allant  de 
droite  à  gauche,  reporter  un  arc  à  droite  de  l'Horoscope,  c'est  soustraire 
[prlivo  totidem  de  cardine  duces);  le  reporter  à  gauche,  c'est  ajouter  {tôt  nume- 
rare  jubet  fidgens  horoscopus  a  se).  Ces  mots  «  ajouter  »  (irpoffxtOévat-adni/me- 

19 


290  CHAP.   IX.  LE    CERCLE    DE    LA    GÉNITDRE 

exactement  la  même  recette,  soit  qu'il  Tait  prise  dans  Manilius, 
soit  qu'il  ait  consulté  Néchepso  et  Pétosiris.  C'est,  en  effet,  à  ces 

(d'après  Plolemee),,, — ^ Le  k A fjp oc  Tû;(nc  ^ — îi2_>._^^('d après  Maniliu^ 


Fig.  35.  Le  Sort  de  la  Fortune  d'après  Manilius  et  Ptoléraée  *. 

initiateurs  que  le  scoliaste  de  Ptolémée  attribue  la  dite  méthode, 
à  celte  différence  près  qu'il  comprend  le  procédé  à  rebours,  c'est- 

rare),  «  retrancher  »  ou  «  décompter  »  {àizo'Kvsiv  -  sv.ëiXkzi.^  -  Si£x6iX>.£tv  -  dedu- 
cere),  sont  —  on  Fa  vu  à  propos  de  la  rétrogradation  des  planètes  —  la  source 
de  confusions  perpétuelles,  suivant  que  l'on  considère  le  mouvement  diurne 
ou  le  sens  inverse.  Les  auteurs  emploient  constamment  5i£x6âX)v£iv  et  dito- 
Tiûziw  au  sens  de  «  partir  de  »  {itoeX^xi  -  àpyja^y-i)  dans  n'importe  quelle  direc- 
tion. Cf.  les  exemples  cités  par  Saumaise,  pp.  272-273,  et  notamment  Héphes- 
tion  (I,  19,  p.  73  Engelbr.),  Paul  d'Alexandrie  (Kv),  etc.  Peu  nous  importe 
qui,  de  Manilius  ou  du  scoliaste,  a  le  mieux  compris  Pétosiris  :  le  vice  dont 
est  entaché  le  calcul  est  le  même.  Firmicus  donne  deux  recettes,  l'une  pla- 
tica,  qui  consiste  à  reporter  les  distances  toujours  à  la  gauche  de  l'Horoscope 
et  qui  différencie  réellement  les  génitures  diurnes  des  nocturnes;  l'autre 
pai'tilis,  celle  de  Manilius,  sans  paraître  se  douter  que  celle-ci  dément  la 
première.  Enfin,  Firmicus  commet  une  seconde  (ou  troisième)  bévue  qui 
montre  à  quel  point  il  était  brouillé  avec  l'arithmétique.  Pour  reporter  l'arc 
à  droite  ou  à  gauche  de  l'Horoscope,  certains  calculateurs  trouvaient  plus 
commode,  au  lieu  de  partir  du  degj'é  horoscopique,  de  partir  du  commence- 
ment du  signe  horoscopique,  en  ajoutant  à  la  somme  de  degrés  avec  laquelle 
ils  opéraient  le  nombre  de  degrés  compris  entre  l'Horoscope  et  le  nouveau 
point  de  départ.  Soit,  par  exemple,  dit  Paul  d'Alexandrie  (K  4v),  à  défalquer 
(aTzo'Kùso^Lz^)  —  c'est-à-dire  ajouter—  un  arc  de  33°,  l'Horoscope  étant  en  SI 
H".  On  additionne  ces  11  degrés  à  330"  (=341°)  et  on  prend  pour  point  de 
départ  le  commencement  du  Lion.  Le  résultat  est  le  même  que  si  on  partait 
de  l'Horoscope  en  soustrayant  330°  au  lieu  de  341».  Firmicus,  ne  comprenant 
pas,  écrit  :  additis  horoscopi  parlibus  unam  numeri  facis  summam^  quam  a 
parte  Horoscopi  incipiens  per  omtiia  quae  ab  Horoscopo  sunt  signa  dividis,  etc. 
(IV,  17,  4  Kroll  :  cf.  ci-après,  p.  294,  1).  Pruckner  (IV,  10,  p.  98)  atténue  de  son 
mieux  la  méprise  en  ajoutant,  après  additis  Horoscopi  partibus,  si  opus  fuerit. 
1.  Voy.  ci-après  (p.  295)  l'explication  des  figures  I  et  IL 


LE    SORT   DE   LA   FORTUNE  291 

à-dire  qu'il  reporte  ou  «  décompte  »  la  distance  du  Soleil  à  la 
Lune  à  gauche  de  THoroscope  pour  les  génitures  diurnes,  la  dis- 
tance de  la  Lune  au  Soleil  pour  les  génitures  nocturnes  à  droite 
de  l'Horoscope,  Mais  il  fait  observer  à  ce  propos,  et  très  justement, 
que  cette  double  opération  aboutit  au  même  résultat  *.  En  effet, 
reporter  d'un  côté  de  l'Horoscope  une  des  deux  distances,  ou,  de 
l'autre  côté,  la  distance  complémentaire,  c'est  faire  le  même  cal- 
cul par  deux  procédés  différents  et  non  pas  différencier  la  posi- 
tion du  sort  de  la  Fortune  pour  les  génitures  diurnes  et  noc- 
turnes. Que  ni  le  bon  Manilius,  ni  l'inconscient  Firmicus  ne  s'en 
soient  pas  aperçus,  cela  n'est  pas  douteux  :  pour  d'autres,  dont 
l'intelligence  était  moins  impénétrable  aux  mathématiques,  la 
question  était  de  savoir  si  les  grands  initiateurs,  Néchepso  et 
Pétosiris,  avaient  cru  réellement,  eux  aussi,  obtenir  par  ces  deux 

1.  Tl  ouv  Ëcpaaav  ouTot  (Néchepso  et  Pétosiris);  Sxav  xXf,pov  Tû/t,;  >kajx6aivT|;, 
fi[xépa;  i^èv  iiib  -^"klou  èttî  a£)k-/iVT,v  ipiOjieï  xal  ta  îaa  iizb  a)poax(5-!rou  éirt  xà  éitô- 
[Asva  xôiv  ÇwSîwv  àitéXue,  vuxxôî  6è  àvdtiraXiv.  Ta  8è  âvâiraXtv  tî  idTiv  ;  "va 
aTTÔ  «jeXïiVTiî  sttI  t.Xiov  ■KOiT^uT^i  xal  [nrjxÉTt  eîî  ta  Éirotieva,  àXk'  ek  xà  -f^yoûiieva 
<iito>^ûffTiî.  Mais  ce  renversement  n'est  qu'apparent  :  -rcdtXiv  yip  ô  aùxix;  supi- 
ffxETa'.  [se.  x>^f|po<; Tûyjii;]  ô  xal  Trpôxepov  eûpsOeU  ô  àptSjiTiOelî  iTtô-f.Xîou  ètzl  5êXf,vT,v 
(Anon.,  p.  Hi).  C'est  la  méthode  qu'applique  l'auteur  du  papyrus  CXXX  {Brit. 
Mus.),  un  astrologue  qui  se  targue  d'appliquer  les  vraies  traditions  égyp- 
tiennes. Dans  ce  thème  de  géniture  nocturne,  daté  de  8i  p.  Chr.,  ©  étant  en 
T  14°,  C  6"  V  130  et  l'Horoscope  en  in,  18°,  le  Sort  de  la  Fortune  tombe  en 
-(->  n»;  tandis  que  des  «  ignorants  »  (comme  Manilius  et  Firmicus]  l'auraient 
reporté  en  :^  19".  '0  x^-i\poî  Se  Tf,<;  tû/t,;  tU  A'.ô;  xai  ÇwStov  xal  Tpiywvov  (c'est- 
à-dire  le  Sagittaire)  dvâTraXiv  sa-cai,  8v  Ttveç  Zu^w  SupyjaovTii  àyvoîa  •  8[awc; 
*A'fpoS{Tri(;  -nâXiv  ô  x)>fipo;  (lig.  117-184).  Le  mot  àvaTraXiv  fait  allusion  au 
texte  de  Néchepso,  si  diversement  interprété.  Sur  le  x>if,poi;  'AtppùSixT,<;  ou 
'EpwTOî,  voy.  ci-après,  p.  307.  Ce  papyrus  CXXX  contient,  comme  ses  congé- 
nères, des  choses  bien  étranges.  La  Lune,  qui,  en  \;f  13°,  doit  être  à  S»  au- 
dessous  de  l'horizon  à  l'occident,  est  dite  ait'  àvatoX-rii;  tpepo[j.Év7i  (lig.  74-75)  : 
on  lit  (lig.  112-115)  qu'une  certaine  somme  de  minutes  (3  ou  13  ?)  constitue 
1/21,600'  (?)  de  degré  ([xÉpoç  Sia]jiiipoxt>^e?otxoa'.ouTÔv  :  cf.  ci-dessus,  p.  258,  3)  : 
plus  haut  (lig.  79),  il  est  question  d'un  millième  de  degré  (xai  Ixi  [iépoî  X'^'°" 
(ïx6v  !xo£pT,î).  L'expression  uxoiysiu  At6î  appliquée  au  degré  14  du  Bélier  (lig.  60) 
doit  indiquer  une  répartition  des  planètes,  degré  par  degré  ((Txoixsîov=(jiotpa) 
dans  l'ordre  ?^  9  d*  -^  ?)>  ^n  commençant  par  ?^  =  l»  y  (cf.  ci-dessus, 
p.  216,  3).  Cette  mention  ne  se  retrouve  plus  pour  les  données  autres  que 
la  position  du  Soleil.  En  revanche,  l'astrologue  oublie  pour  celle-ci  la 
mention  u(j;a»[iaxt  tSiw,  qu'il  a  soin  de  mettre  pour  la  Lune.  Les  décans  et 
leurs  dodécatémories  ne  figurent  que  pour  les  positions  des  deux  luminaires. 
Quant  à  l'évaluation  des  grosseurs  apparentes  des  planètes,  4/3  (lirixpixoî 
ô^xw)  pour  Saturne  (lig.  106-107),  3/2  pour  Jupiter  (fifxiôXtoî  xe  ôyxw  xal 
-pooxâddojv  [comme  étant  dans  l'hémisphère  boréal  et  dans  son  u^^^!^^]' 
lig.  124-125),  je  laisse  aux  astronomes  le  soin  de  vérifier.  Mais  tout  cela  sent 
le  charlatan  en  train  d'éblouir  une  dupe. 


292 


CHAP.  IX.  LE    CERCLE    DE    LA    GÉNITURE 


procédés  deux  résultats  différents,  ou  s'il  leur  avait  plu,  pour 
des  raisons  mystérieuses,  de  tracer  à  leurs  adeptes  deux  voies 
différentes  conduisant  au  même  but.  Au  rapport  de  Valens,  le 
«  roi  »  (Néchepso)  avait,  dans  son  XIIP  livre,  exposé  l'un  des 
deux  procédés  et  indiqué  sommairement  l'autre  en  disant  : 
«  opérer  en  sens  inverse  ».  C'était  là  une  «  énigme  *  ».  Néchepso 
voulait-il  dire  seulement  qu'il  fallait  prendre  la  distance  complé- 
mentaire, ou  que,  cette  distance  complémentaire,  on  devait  encore 
la  décompter  en  sens  inverse?  Dans  le  doute,  Valens  se  fait  un 


((Jiiirne) 


(nocturneX 

540 


Fig.  36.  Le  Sort  de  la  Fortune  d'après  Valens  et  Firmicus  *. 

système  à  lui.  Il  reporte  toujours  les  distances  à  gauche  de 
l'Horoscope,  ce  qui  lui  donne  des  positions  différentes  pour  le  Sort 
de  la  Fortune  suivant  que  la  géniture  est  diurne  ou  nocturne. 
Seulement,  lorsque,  dans  une  géniture  nocturne,  la  Lune  est 
comme  le  Soleil  au-dessous  de  l'horizon,  il  retourne  au  calcul 
usité  pour  les  génitures  diurnes,  c'est-à-dire  qu'il  prend  pour 
report  la  distance  du  Soleil  à  la  Lune  ^. 

A  ce  raffinement  près,  le  système  de  Valens  se  retrouve  dans 
Firmicus,  qui  prend  de  toutes  mains  et  le  note  comme  «  méthode 
sommaire  »,  encore  qu'il  puisse  être  aussi  précis  que  n'importe 
quel  autre  *.  D'aucuns,  notamment  le  «  divin  Abraham  »,  avaient 


1.  'Ev  yàp  -z^  TpiaxatSexâxT;!  (îtêXo)  ô  paart>.eùî . . .  [itepl  x>kT|pou  tûx'nî]  xal 
aîvty[iaT£9T)X£Tà  ïinca'kiw  xal  àvdcTta);iv  (Valens,  III,  5,  fr.  19  Riess).  Cf. 
le  texte  précité  du  scoliaste,  qui  discute  aussi  le  sens  de  dviTtaTviv. 

2.  Voy.  ci-après  (p.  295)  l'explication  des  figures  1  et  II. 

3.  Valens,  III,  5  =  fr.  19  Riess. 

4.  In  omni  genitura  nocturna  compuia  a  Lwia  usque  ad  Solem,  in  diurna 
genitwa  a  Sole  computa  rursus  ad  Lunam,  et  quantuscunqiie  signorum  <fue- 
rit:>  numerus,  tanta  ab  Horoscopo  incipiens  signa  numera;  et  quodcumque  si- 
gnum  habuerit  novissimum  numerum,  ipsius  signum  locum  Forlunae  démons- 


LE    SORT    DU    GÉNIE  293 

fait  réflexion  que  Ton  pouvait  utiliser  ces  manières  différentes  de 
reporter  les  distances  pour  enrichir  l'outillage  astrologique.  Si  le 
Sort  de  la  Fortune  était  un  «  lieu  de  la  Lune  »,  comme  on  le  di- 
sait, il  fallait  également  un  «  lieu  du  Soleil  »,  celui-ci  lié  à  l'autre 
par  un  rapport  mathématique  '.  Dès  lors,  il  était  tout  simple  — 
naturel  même,  pour  un  astrologue  —  de  déterminer  ces  deux 
points  jumeaux  par  inversion  du  même  calcul.  Si  donc  on  adop- 
tait, pour  pointer  le  Sort  de  la  Fortune,  le  report  des  distances  à 
gauche  de  l'Horoscope  (xaxà  xà  àuôjjiEva),  on  obtiendrait  le  «  lieu  du 
Soleil  »  en  reportant  les  mêmes  distances  à  droite  (xaxà  xà  i^-(o■'J- 

trat.  Sed  haec  platica  compulatio  est,  quam  ideo  posuimus,  ne  qiiid  a  nobis 
praelermissum  esse  videatur  :  partiliter  vero  locus  Forlunae  isla  ratione  colli- 
fjitur,  quam  tu  sequi  in  omni  dispulatione  debebis.  Suit  la  méthode  exposée 
plus  haut  (p.  289),  méthode  que  P^irmicus  s'imagine  sans  doute  être  la  même, 
sauf  que,  au  lieu  de  déterminer  en  gros  [platice)  le  signe,  elle  précise  le  degré 
(Firmic,  IV,  17,  1  sqq.  Kroll).  Voy.  les  textes  ci-après,  p.  294,  i. 

i.  Locum  daemonis  ista  ratione  colligimus  ;  quam  ideo  huic  libro  indidimus, 
quia  Solis  eum  locum  esse  Abraham  simili  ratione  monstravit  et  iniquum  erat 
ut  a  loco  Lunae  Solis  separaretur  locus  (Firmic,  IV,  18,  1  Kroll).  Suit  la  mé- 
thode relative  ci-après.  Plus  haut,  en  parlant  du  locus  Fortunae,  il  a  été  dit  : 
appellatur  autem,  sicut  Abraham  desic/nat,  Lunae  locus  (IV,  11,  3).  C'est,  je 
suppose,  le  locus  Daemonis  qui  est  appelé  ô  SsÛTepoî  xXfipoî  Tf,<;  Tûjcr,? 
dans  le  thème  d'Anubion  {Notices  et  Extr.,  XVIII,  2,  n°  19  ==  Greek  Pamjri  of 
the  Brit.  Mus.,  n°  CX).  Ce  document  est  l'œuvre  d'un  astrologue  qui  affecte 
une  précision  extrême  dans  ses  mesures  et  qui  place  ses  deux  «  sorts  de  la 
Fortune  »  d'une  façon  absolument  inintelligible.  Les  données  étant:  O  en 
■f>  13"  23',  C  en  js  3»  6',  et  Ilor.  en  -(->■  IS»,  la  distance  SL  =  49»  43'  reportée  à 
gauche  de  l'Horoscope  aboutirait  à  ss  4»  43'.  Or,  notre  homme  pointe  son 
-pwxoî  xXfjpoî  xfiî  Tùyr,:;  en  '^  29°,  c'est-à-dire  5°  43'  plus  près  de  l'Ho- 
roscope. La  même  distance  SL  reportée  à  droite  de  l'Horoscope  aboutirait  à  A 
23»  IT,  tandis  que  le  «  second  sort  de  la  Fortune  »  est  marqué  à  104"  17  de 
là,  en  §  il".  En  opérant  avec  la  distance  complémentaire  LS,  on  arriverait 
également  aux  deux  points  ss  4»  43'  et  i  23°  17'.  Il  faut  nécessairement  ou  que 
l'auteur  du  papyrus  ait  employé  une  méthode  inconnue,  un  transfert  par  rico- 
chet quelconque,  ou  que  tout  simplement  il  prétende  avoir  fait  des  calculs 
auxquels  il  n'entendait  rien.  On  trouvera  peut-être  la  seconde  hypothèse 
plus  vraisemblable.  Le  thème  du  papyrus  n»  XCVIII  recto  a  trois  xXf.poi, 
dont  le  premier  est  T'AyaOèç  5at|xwv,  les  deux  autres  anonymes.  Les 
lacunes  du  texte  supprimant  les  données  indispensables,  il  n'y  a  pas  lieu  à 
vérification.  Un  détail  curieux,  c'est  que  les  xXf,poi  ne  sont  plus  ici  des 
points,  mais  des  arcs  pouvant  coïncider  avec  les  opia  de  deux  planètes 
différentes  (lig.  53  et  59).  Voici  ce  qu'avaient  retenu  de  tout  ce  fatras  les  gens 
du  monde  à  la  fin  du  iv"  siècle  :  Aegyptii  protendunt  deos  praestiles  homini 
nascenti  quattuor  adesse,  memoi'antes  A(xi[>.o'jai  Tu/tiv  'Epwxa  'Avi y*"'!^' 
et  duos  priores  Solem  ac  Lunam  intellegi  volunt,  quod  Sol,  auctor  spirilus 
caloris  ac  luminis,  humanae  vitae  genitor  et  custos  est,  et  ideo  nascentis 
5ai|iwv  id  est  deus  creditur,  Luna  Tûy-ri,  quia  corporum  praesul  est,  quae 
fortuitorum  varietate  jactantur  (Macr.,  Sat.,  I,  19,  17). 


294         CHAP.  IX.  —  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

[jLEva).  Ce  lieu  reçut,  comme  nom  astrologique,  le  titre  de  lieu  ou 
sort  du  «  Génie  «  (Aatjjiio v-Z)aemon),  celui-ci  homonyme  sans 
épithète  *  du  «  Bon  Génie  »  incorporé  à  la  XP  case  dans  l'ordon- 
nance des  lieux  fixes.  Chaque  faiseur  de  système  puisait  à  son 
gré  dans  le  vocabulaire,  sans  souci  des  confusions  possibles. 

11  ne  faut  plus  demander  à  Firmicus  comment  on  détermine, 
d'une  part,  le  sort  ou  lieu  de  la  Fortune,  de  l'autre,  le  sort  ou  lieu 
du  Génie.  Cet  avocat,  égaré  dans  les  mathématiques  et  disirait 
par  son  propre  bavardage,  y  fait  tant  de  détours  qu'il  lui  est 
impossible  de  suivre  une  idée  et  de  comprendre  ce  qu'il  a  lu  2. 
Tenons-nous  en  à  l'arithmétique  de  Paul  d'Alexandrie.  Si  l'on 
marque  le  xXf,po<;  Tjyr^i;  au  bout  des  distances  reportées  à  gauche 
de  l'Horoscope,  on  trouve  le  xX^po?  Aat|jiovoç  au  bout  des  mêmes 
distances  reportées  à  droite  ^  et  réciproquement;  de  sorte  que, 
les  distances  restant  les  mêmes,  le  Génie  diurne  occupe  la  place 

1.  Avec  épithète  dans  le  Pap.  Drit.  Mus.  XCVIII  (ci-dessus,  p.  293,  1). 

2.  On  a  vu  déjà  que  Firmicus  ne  fait  de  différence  qu'au  point  de  vue  de  la 
précision  entre  sa  méthode  platica  et  la  parlilis,  qu'il  recommande  spéciale- 
ment (ci-dessus,  p.  292,  4).  Voici  comment  il  applique  celle-ci  à  la  détermina- 
tion du  locus  Fortunae  et  du  locus  Daemonis. 

Locus  Fortunae  (IV,  17).  Locus  Daemonis  (IV,  18). 

Pour  une  géniture  diurne,  reporter  Pour  une  géniture  diurne,  reporter 

<à  droite  de  l'Horoscope  la  distance  à  gauche  de  l'Horoscope  {per  sequen- 

du  Soleil  à  la  Lune,  additis  horoscopi  lia  signa)  la  distance  du  Soleil  à  la 

partibus.  Lune. 

In  nocturna  vero  genitura  a  Lunae  In  nocturna  vero  a  Luna  usque  ad 
parte  incipiens  et  per  sequentia  signa  Solem  omnium  signorum  colligis  par- 
simili  modo  pergens  usque  ad  partem  tes  et  omnem  istam  summam  ab  Horos- 
Solis  totas  signorum  colligis  partes  et  copo  incipiens  simili  ralione  (c'est-à- 
additis  Horoscopi  partibus  unam  nu-  dire  per  sequentia  signa  et  à  raison 
meri  facis  summam,  quam  a  parte  de  30"  par  signe)  totis  dividis  signis, 
Horoscopi  incipiens  per  omnia  quaeab  et  in  quocumque  signo  <,pars  ultima 
Horoscopo  sunt  signa  dividis,  singulis  ceciderit,  ipsa  tibi~>  pars  geniturae 
tribuens  -  -  XXX  partes.  Daemonem  monstrat. 

Ainsi,  d'après  Firmicus,  dans  une  géniture  nocturne,  le  locus  Fortunae  et  le 
locus  Daemonis  se  calculent  de  la  même  façon,  et  ils  tomberaient  au  même 
point  s'il  n'avait  pas  introduit  du  côté  du  locus  Fortunae  un  accroissement 
de  distance  (additis  horoscopi  partibus)  qui,  on  l'a  démontré  plus  haut  (p.  290), 
provient  d'une  méprise.  Firmicus  atout  simplement  oublié  que,  pour  le  locus 
Daemonis,  il  faut  renverser  ou  les  distances  ou  le  sens  du  report.  Avec  le  re- 
port nocturne  à  droite,  son  système  serait  cohérent,  c'est-à-dire  exactement  le 
contre-pied  de  celui  de  Paul  d'Alexandrie.  De  même  pour  le  locus  Fortunae  : 
son  procédé,  expurgé  de  l'addition  des  partes  horoscopi,  reviendrait  à  celui 
de  Manilius,  qui  est  celui  de  Néchepso-Ptolémée  appliqué  à  contre-sens. 

2.  Ou,  ce  qui  revient  au  même,  au  bout  des  distances  complémentaires 
reportées  du  même  côté  (Paul.  Alex.,  K  3  -  L). 


LE    SORT    DU    GÉNIE 


295 


de  la  Fortune  nocturne  et  le  Génie  nocturne  la  place  de  la  Fortune 
diurne,  solidarité  admirable  et  propre  à  réjouir  les  mystiques. 


(diurne) 


(nocturne) 


Fig.  37.  Le  Sort  du  Génie  d'après  Paul  d'Alexandrie*. 

Nous  verrons  tout  à  l'heure  comment  la  même  méthode  a 
fourni  le  moyen  de  fixer  un  «  lieu  »  ou  «  sort  »  à  chacune  des 
planètes,  affublées  également  de  noms  mystiques.  Pour  le  mo- 
ment, revenons  au  «  Sort  de  la  Fortune  »  et  à  Manilius  en  passant 
par  Ptolémée.  Ptolémée,  à  qui  toutes  ces  spéculations  arithméti- 
ques, imaginées  sans  ombre  de  raison  «  naturelle  »,  inspirent 
visiblement  du  dégoût,  n'en  conserve  que  le  Sort  de  la  Fortune, 
un  seul,  le  même  pour  les  génitures  soit  diurnes,  soit  nocturnes, 
comme  l'avaient  voulu  Néchepso  etPétosiris.  Il  dédaigne  de  faire 
savoir  aux  ignorants  que  son  procédé  unique   est  l'équivalent 


1.  Dans  toutes  les  figures  ci-dessus  (33-37),  SL  —  150»  et  LS  =  210°  : 

Fig.  3a,  1.  Le  sort  de  la  Fortune  unique,  d'après  Néchepso  et  Ptolémée.  Il 
est  évident  que  la  distance  SL  reportée  à  gauche  de  l'Horoscope  aboutissant 
en  F,  la  distance  complémentaire  LS  reportée  à  droite,  par  la  méthode  dite 
nocturne,  eût  abouti  au  même  point.  Ptolémée  n'a  conservé,  par  conséquent, 
que  le  premier  procédé.  L'angle  LOF  =  l'angle  SOH  (ci-après,  p.  296,  2). 

Fig.  33,  II.  La  méthode  de  Néchepso,  interprétée  par  Manilius  et  Firmicus, 
fournit  aussi  un  terminus  unique  pour  les  deux  procédés;  mais  la  condition 
exigée  par  Ptolémée  pour  «  l'horoscope  lunaire  »  n'est  plus  remplie,  l'arc  LOF 
n'étant  plus  égal  à  l'arc  SOH.  Manilius  s'est  évidemment  mépris,  et  Firmicus 
a  suivi  Manilius,  qu'il  ne  cite  jamais. 

Fig.  36,  I  et  II.  Système  du  sort  de  la  Fortune  différent  pour  les  génitures 
diurnes  (report  de  SL)  et  nocturne  (report  de  LS).  La  condition  exigée  par 
Ptolémée  n'est  pas  remplie  pour  le  cas  de  géniture  nocturne. 

Fig.  37,  I  et  II.  Figures  montrant  que  lexXr, poç  AaJjxovoç  diurne  rem- 
place le  xXfipoî  Tû/Tiî  nocturne,  et  inversement.  Le  résultat  eût  été  le 
même  si,  comme  le  veut  Paul  d'Alexandrie,  l'on  avait  conservé  le  report  à 
gauche  et  employé  les  distances  complémentaires,  LS  pour  SL,  et  SL  pour  LS. 


296         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

exact  des  deux  procédés  pétosiriaques  qui  avaient  mis  tant  de 
cervelles  à  la  torture.  Il  reporte  dans  tous  les  cas  à  la  gauche  de 
l'Horoscope  la  distance  du  Soleil  à  la  Lune,  et  il  obtient  ainsi  un 
point  qu'il  consent  à  appeler,  par  déférence  pour  l'usage,  le  Sort 
de  la  Fortune,  mais  qui  est  en  réalité  une  espèce  d'«  horoscope 
lunaire  »  *.  Ce  point  a  une  valeur  à  ses  yeux,  parce  qu'il  lui  a 
découvert  une  raison  d'être  «  naturelle  »,  l'horoscope  lunaire 
étant  placé  par  rapport  à  la  Lune  dans  la  même  position  angulaire 
et  du  même  côté  que  l'Horoscope  proprement  dit  par  rapport  au 
Soleil  ^  Puisque  cette  relation  mathématique  suffît  à  calmer  les 
scrupules  de  Ptolémée,  nous  n'irons  pas  demander  comment  il 
se  fait  que  cet  angle  quelconque  établit  un  rapport  si  notable 
entre  l'Horoscope  et  le  Soleil,  l'horoscope  lunaire  et  la  Lune, 
alors  qu'il  était  entendu  que  seuls  les  angles  catalogués  sous  le 
nom  d'aspects  ont  une  vertu  efficace.  Ptolémée  eût  répondu  sans 
doute  que,  ce  qui  importe  ici,  ce  n'est  pas  l'angle  lui-même,  mais 
la  similitude  des  deux  angles,  le  fait  que  le  Soleil  et  la  Lune  sont 
dans  le  même  rapport  de  position,  chacun  avec  un  des  points 
fatidiques. 

Nos  tracés  graphiques  (fig.  35-37)  rendront  intelligibles  et  le 
texte  de  Ptolémée  et  r«  énigme  »  pétosiriaque  et  les  tergiversa- 
tions, rectifications  ou  contradictions  d'astrologues  en  mal  d'exé- 
gèse, dont  quelques-uns  ne  savaient  plus  distinguer  la  droite  de 
la  gauche  ou  discutaient  sur  l'inversion  partielle  ou  totale. 

De  quelque  façon  qu'il  soit  déterminé,  le  Sort  de  la  Fortune  a, 
dans  un  thème  de  géniture,  une  importance  majeure.  Au  dire  de 
Firmicus,  il  décide  non  seulement  de  la  fortune,  c'est-à-dire  de 

1.  Cf.  ci-dessus,  p.  288,  2,  et  la  note  suivante. 

2.  KXf,pov  [JLsvTOt  Tû)(tiî  [TrapaTkTfiiTTiov]  tôv  auvayôiicvov  àitô  toû  àpt9[AoO  -icatv- 
tOTE  xwv  jAoïpûv,  xai  Ti[j.épaî  xal  vuxtôî,  toO  te  àizô  f.Xiou  èizi  a£XTivT,v,  xal  xà  Tua 
à'f  aipoûvTEî  4^:0  toû  wpoTxôirou  xaxà  ta  £-7iô[i.cva  twv  ÇwSfwv.  "Ottou  6'  àv  ixitÉcrir^  ô 
ipt9[x6ç,  èxEÎvTiv  Ti\v  [loïpav  toO  SwSExaTTijjLopCou  xai  tov  tôtcov  (pa|xèv  êhsj^eiv  tôv 
x).f,pov  Tfiî  Tûy^r^i,  ïvx  ôv  ïyzi  îkôyov  xai  ffj(Ti[xaTia[i6v  ô  T,Xto<;  irpôî  xôv  izvaTo)^txôv 
ôptÇovxa,  Toijxov  e/ti  xal  i]  ff£XT,vT,  Ttpû!;  t;6v  xXf.pov  Tf.i;  Tùyji:;,  xai  [outo?]  ^  w  a- 
TtEp  a£XT|viax6î  wpodviÔTroî  {Tetrab.,  III,  12,  p.  329  Junctinus).  Ptolémée 
répète  encore  plus  loin  [Tetrab.,  IV,  1,  p.  614  J.)  qu'il  n'admet  que  cette  façon 
de  pointer  le  sort  de  la  Fortune.  Le  scoliaste  sait  que  Ptolémée  arrive  au 
même  résultat  qu'avec  les  deux  procédés  pétosiriaques,  et  il  semble  avoir  eu 
sous  les  yeux  un  passage  de  la  Tétrabible,  supprimé  depuis,  où  Ptolémée  le 
disait  lui-même  en  accusant  ses  devanciers  de  n'avoir  pas  compris  «  le 
Vieux  »  (Pétosiris)  :  ^où^yip,  »T,fft,  vEvoTjxaat  xi  6it6  xoû  iraXatou  irspl  x>>-^,pou 
Tûy-r^î  yeyponip.é'voL.  Asysi  Se  T:aXxt6v  xôv  NsyE'j'w  xotl  lUxôaipiv  •  ouxoi  yàp  itpwxoi 
xô  5t'  dtaxpoXoYUî  é^yjirXuaav  -irpoyvwffxtxôv  (Anon.,  p.  111).  Voy.  la  suite  du  texte, 
ci-dessus,  p.  291,  1. 


LES    DODZE    SORTS    DE    MANILIUS 


297 


XI  , 

Va  le  tu  do  -  morbiX        ^ 
medicatio  /       A  dus 

Dominica  imptrta 

XII 

Votorum  ejfecluj 
Acquisilio 


Cycle  des  àGAa 

suivant   Manilius 
(111,56-155) 


IX 

Nati  ■  infant Ui 
nutritia 


la  richesse  et  du  succès  en  général,  —  comme  l'admet  Ptolémée 
lui-même,  —  mais  encore  des  aiTections  conjugales  et  de  la 
((  patrie  »  ou  condition  sociale  *.  Autant  dire  qu'il  décide  de  tout. 
C'est  ainsi  que  l'a  compris  Manilius.  Il  dresse,  sans  nous  dire  où 
il  a  puisé  ces  secrets,  un  cercle  complet  à  douze  compartiments 
où  le  Sort  de  la  Fortune  joue  le  rôle  d'Horoscope  et  qui  représente 
à  peu  près  un  cy- 
cle complet  de  vie. 
En  somme,  c'est 
une  contrefaçon 
du  cercle  des 
lieux,  qui  était 
déjà  lui-même  une 
contrefaçon  du  Zo- 
diaque. 

Les  douze  sorts, 
énumérés  dans  le 
sens  des  signes, 
sont  :  I.  La  Fortu- 
ne, au  sens  usuel 
du  mot,  c'est-à- 
dire  l'avoir;  II.  La 
Milice  elles  Voya- 
ges; 111.  Les  affai- 
res civiles  ;  IV.  Le 
métier  d'avocat  ; 
tueuses  ;  VI 


VI 
Opei  -  Salut 


III      \Ope, 
Urkana  k  civiliaSJuJiaa  -  Lejes/Conjujia  ■  jociî^ 
eaotia  ■  officia  publiccS 


hospiti 


es  -  amici 


Fig.  38.  Les  Sorts  de  Manilius. 


V.   Le   mariage  et  autres  associations  affec- 
La  richesse  en  acquêts;  VII.  Les  périls;  VIII.  La 


1.  Ex  hoc  loco  [Fortunaé]  qiialitalem  vitae  et  patrimonii  subslantiam  et 
felicitatis  alque  infelicUatis  cursus  oslendi  dalur.  Amor  eliam  et  adfeclus 
virorum  circa  mulieres  qualis  sil  ex  hoc  loco  discitur,  et  nutrimentorum  et 
desideriorum  omnium  e/fectus  ex  islius  loci  substantia  quaeritur.  Hic  locus 
pati-iam  faciliralione  detnonstrat  {Virmic,  IV,  17,  3  Kroll).  Comme  fond,  c'est 
du  galimatias;  comme  langue,  du  charabia.  J'avoue  ne  pas  savoir  au  juste 
ce  que  Firmicus  entend  par  palria  :  d'autant  que  ce  mot  se  retrouve  plus 
loin  dans  la  litanie  des  prérogatives  et  oflices  du  Génie  :  hic  locus  [Daemonis} 
vocatur  et  animae  substantia  ;  ex  hoc  loco  actus  omnisqiie  augmenta  substan- 
tiae  quaerimus,  et  ostendit  qualis  circa  virum  mulieris  sil  affectus.  Sed  et 
hic  locus,  et  quadrata  lalera  istius  loci,  patriam  nobis  manifesta  ratione 
detnonstrat  (IV,  18,  2  Kroll).  Firmicus  a  dû  lire  quelque  part  que,  comme 
lieu  de  la  Lune,  le  sort  de  la  Fortune  est  féminin,  passif,  concernant  le  corps, 
l'amour  pour  le  féminin,  etc.  ;  le  sort  du  Génie,  connue  lieu  du  Soleil,  est  mas- 
culin, actif,  concernant  l'âme,  l'amour  pour  le  masculin,  etc.  Son  livre  con- 
tient à  l'état  chaotique  des  débris  d'une  quantité  énorme  de  spéculations  sur 
lesquelles  Ptolémée  a  prélevé  son  système,  en  faisant  oublier  le  reste. 


298         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

noblesse,  la  réputation,  etc.  ;  IX.  L'éducation  des  enfants; 
X.  L'action,  l'autorité,  la  tâche  du  maître  de  maison  ;  XL  La 
santé  et  la  maladie  ;  XII.  Réalisation  ou  faillite  des  souhaits  [qui 
continet  omnes  votorum  effectus)  *. 

La  copie  ressemble  sur  bien  des  points  au  modèle,  et  il  y  a  eu 
entre  eux  contamination  réciproque.  Le  mariage  a  été  mis  au 
même  numéro  d'ordre  (V)  que  les  fils  dans  le  système  des  douze 
lieux;  les  périls  à  la  place  où  logeait  Pluton,  c'est-à-dire  la  mort, 
dans  le  système  de  Voctotopos;  on  reconnaît  au  VHP  sort  la 
«noblesse  «que  Firmicus  a  introduite  au  Vlll®  lieu  (ci-dessus, 
p.  284,  1);  l'éducation  des  enfants  (IX)  peut  bien  aller  de  pair 
avec  la  religion  ;  enfin,  le  X'  sort  conserve  le  caractère  domina- 
teur du  X^  lieu  ^.  Il  est  inutile  d'étudier  de  plus  près  le  parallèle, 
car  le  système  des  aOXx  ou  sortes  est  resté  la  propriété  exclusive 
de  Manilius  ^ 

Que  Manilius  ait  bien  ou  mal  compris  les  leçons  de  ses  profes- 
seurs, ce  n'est  pas  ainsi  que  les  astrologues  «  Égyptiens  »  enten- 
daient le  maniement  des  xX^pot.  Encore  une  méthode,  et  même 
deux,  à  examiner.  Il  faudrait  ici,  pour  encourager  le  lecteur,  une 
de  ces  exhortations  enthousiastes  dont  notre  poète  a  le  secret. 
Nous  ne  pouvons  lui  promettre,  s'il  a  le  goût  des  idées  claires, 
que  des  déceptions. 

1.  Manil.,  III,  96-159. 

2.  Autres  contaminations,  celles-là  plus  intéressantes,  entre  les  lieux  ou 
so7'ls  astrologiques  et  les  divisions  du  temple  à  16  cases  où  les  haruspices 
avaient  réparti  les  divinités.  A  la  XI»  case  de  ce  temple,  on  trouve  Fortuna 
(Xle  lieu,  ou  place  du  Xl«  lieu,  dans  Manilius,  ci-dessus,  fig.  30)  et  Valiludo 
(XI<î  sort  de  Manilius).  A  la  V«  case  toscane  se  trouvent  Juno  et  Genius, 
divinités  du  mariage  (V^  sort  de  Manilius)  ;  à  la  IX",  Genius  Junonis  Sospitae 
(correspondant  à  l'éducation  des  enfants,  IX"  sort;  car  Juno  Sospita  Mater  est 
déesse  de  la  maternité.  L.  Preller,  Rom.  Mylh.,  P,  p.  276)  :  à  lall^,  Quirinus, 
Mars,  Lares  militares  (\l°  sort  de  Manilius);  à  la  II1«,  Minerva,  Discordia, 
Seditio  (Ul»  sort  de  Manilius,  urbani  labores- jurgia- hoc  quoque  mililiae 
geniis  est).  Cf.  Hist.  de  la  Divination,  IV,  pp.  24-25,  et  Tart.  Haruspices  dans 
le  Dict.  des  Antiquités  de  Darcmberg  et  Saglio. 

3.  Scaliger  ne  se  lasse  pas  de  répéter  (p.  186  sqq.)  qu'il  a  été  le  premier  à 
reconnaître  Tautonomie  du  système  des  àôXa  de  Manilius,  inconnu  de  tous  les 
autres  astrologues,  anciens  et  modernes,  quum  ante  nos  nullus  Ma thema tiens, 
ne  gloriosuli  quidem  inier  illos,  quid  essent  athla,  sciverint  (p.  187)  :  sur  quoi 
Saumaise,  agacé,  remarque  que  ni  Manilius,  ni  Scaliger  n'ont  compris  le  véri- 
table sens  d'àOXa,  qui  signifie  des  prix  (liiaôXa),  et  non  pas  des  luttes  ou  con- 
cours, des  àOXoi  (pp,  127-128).  11  est  possible,  pour  ne  pas  dire  probable,  que 
tous  les  x).fjpoi  énumérés  ci-après  aient  servi  de  point  de  départ,  d'Horoscope, 
à  des  cycles  autonomes  pareils  à  celui-ci,  chacun  contenant  un  des  multiples 
aspects  de  l'existence.  Toutes  ces  méthodes  ont  été  balayées  par  Ptolémée. 


LES   DODÉCATÉMORIES   PLANÉTAIRES  299 

Le  système  des  xX^pot,  «  lots  »  ou  «  sorts  »,  est  un  ensemble  dont 
le  «  sort  de  la  Fortune  »  n'est  qu'un  débris.  Il  consiste,  étant 
donné  la  position  d'une  planète,  soit  considérée  isolément,  soit 
par  rapporta  une  autre,  à  s'en  servir  comme  d'un  dé  qu'on  jette 
sur  le  cercle  et  qui  va  rouler  à  une  autre  place.  Les  dieux  jouent 
à  cache-cache  avec  les  mortels,  et  c'est  le  comble  de  l'art  que  de 
leur  arracher  leur  secret.  Pour  les  inventeurs  de  cette  «  loterie  », 
les  positions  visibles  des  astres  ne  sont  pas  celles  où  ils  exercent 
réellement  leur  énergie.  Celles-là,  il  faut  les  chercher,  et  l'on 
peut  s'attendre  d'avance  à  des  tours  de  main  assez  compliqués. 

Il  y  a  pour  cela  deux  procédés,  dont  les  astrologues  eux- 
mêmes  n'ont  peut-être  pas  aperçu  le  lien  *,  mais  dont  l'affinité  va 
se  révéler  par  la  comparaison  :  l'un,  qui  reporte  une  planète 
considérée  isolément  à  sa  «  dodécatémorie  »  ;  l'autre,  qui  se 
sert,  pour  trouver  le  lieu  efficace,  de  la  mesure  de  la  distance 
comprise  entre  la  planète  susdite  et  une  collaboratrice  désignée 
comme  telle  non  par  sa  position,  mais  par  son  tempérament. 
Ceignons  nos  reins  et  entrons  résolument  dans  ces  arcanes  issus 
de  cerveaux  enfiévrés  et  détraqués  2. 

Les  «  dodécatémories  »  planétaires  dont  il  s'agit  ici  n'ont  que 
le  nom  de  commun  avec  la  division  des  signes  en  douzièmes 
(owSexaxTiiJiôptov  oa)0£xaTr,[jLopîoy)  dont  il  a  été  question  plus  haut 
(p.  216, 3).  Le  système  est  déjà  connu  de  Manilius^  qui  s'exténue 

1.  Le  système  des  dodécatémories  passait  pour  chaldéen  {Babylonii  enim 
duodecalemoriis  omnium  summam  decretorum  tribuunt.  Firmic,  III,  13,  14 
KroU)  ;  celui  des  %k^o:  pour  égyptien  (cf.  ci-après).  Mais  le  scoliaste  (Anon., 
pp.  47-48)  attribue  aussi  les  SuSexaTTitjiôpia  à  ses  «  Égyptiens  ». 

2.  Ptolémée  proteste  tant  qu'il  peut  à  ce  propos  :  Kal  xà  [lèv  -Tceptepyw;  uTr6 
xwv  •7to>kXwv  cpX'japoûjxEva  xal  \i.rfiï  TttOavôv  lyovxa  X&yov  -rtpô;  xi?  àità  xf;i;  (oûteuî 
aîxiaî  diTto-ejxirdtxsvoi  [-îiixôtî],  xi  5è  IvSEXOfiévTiv  l/ovxa  xf,v  xaxotXTj^'iv  où  6tà 
xXTipwv  xal  àpiejjLwv  ivaixioXovTjXuv,  iXXi  8i'  aùxf.î  xf,î  xwv  aytifxaxtajxwv  xpôî 
xoùî  olxsîou;  xÔTïOJîBewpta;  £itiax£irx()[i.evoi,  x.  x.  X.  {Tetrab.,  III,  3,  p.  148  Juncti- 
nus).  Il  avait  déjà  dit,  à  propos  de  quantité  de  subdivisions  du  Zodiaque  : 
xaûxa  [ièv  où  iriOavôv  xal  où  cpuatxôv,  iXkà  xôvôSo^ov  lyovxa  Xô^ov  itapfjTOixev 
[Tetrab.,  I,  21,  p.  76  Junct.).  Sans  doute  ;  mais  il  s'est  mis  de  son  plein  gré 
dans  la  société  de  ces  monomanes,  et  il  n'est  pas  à  nos  yeux  moins  naïf, 
lui  qui  croit  à  la  vertu  «  naturelle  »  des  aspects  et  des  otxctoi  xà-zoï.  Le 
scoliaste  insiste  sur  la  xevoSoÇia  des  inventions  des  «  premiers  Égyptiens  » 
(Anon.,  pp.  47.  48.  89). 

3.  Sur  les  dodécatémories,  voy.  Manil.,  II,  693-750;  Firmic,  H,  13  [De  duode- 
calemoriis)\  Schol.  Demophil.,  p.  194;  Ilephaest.,  I,  18;  Paul.  Alex.  (Hepl  SwSe- 
xaxT,[ioptou.  K-K2).  Paul  d'Alexandrie  commence  ainsi  son  exposé  :  Tô  6è  xwv 
àffxépwv  6w5exaxT,[iôptov,  xal  oîouSt,t:ox£  eTxs  xévxpou,  cTxs  xX^ipou,  itpaYjxa- 
xsjxéov  ojxw;,  etc.  Les  dodécatémories  (planétaires)  sont  notées  dans  le  thème 
de  géniturc  du  papyrus  de  81  p.  Chr.  [Gr.  Pap.  Brit.  Mus.,  CXXX). 


300         CHAP.  IX.  —  LE  CEKCLE  DE  LA  GÉNITLRE 

à  en  versifier  l'exposé,  et,  loin  de  tomber  en  désuétude  après 
Ptolémée,  qui  refuse  de  s'y  arrêter,  il  devient  une  méthode 
générale,  qu'on  emploie  à  déplacer  non  seulement  les  planètes, 
mais  les  «  centres  »  et  les  xX^pot  eux-mêmes.  Comme  il  est 
absurde  en  lui-même,  ses  partisans  le  mettent  au-dessus  de  tous 
les  autres  et  grossissent  la  voix  pour  le  déclarer  indispensable. 
«  D'aucuns  »,  dit  Firmicus,  «  pensent  pouvoir  trouver  par  là  toute 
«  la  substance  d'une  génilure  et  déclarent  que  tout  ce  que  recèle 
«  le  décret  (du  destin)  peut  être  révélé  par  les  dodécatémories  ». 
Et,  en  effet,  Firmicus  ne  manque  pas,  après  avoir  énuméré  les 
«  décrets»  d'une  planète  ou  du  sort  de  la  Fortune,  d'ajouter: 
«  de  plus,  cherchez-en  la  dodécatémorie  »  '. 

On  appelle  dodécatémorie  d'un  point  quelconque  du  cercle  (cen- 
tre ou  siège  d'une  planète),  le  degré  du  signe  dans  lequel  aboutit 
le  produit  du  quantième  de  degrés  occupé  par  lui  dans  le  signe 
où  il  se  trouve  multiplié  par  12  et  reporté  sur  le  cercle,  à  partir 
de  sa  position  réelle,  dans  le  sens  des  signes,  à  raison  de  30  de- 
grés par  signe.  Pour  éclaircir  cette  définition,  nos  auteurs  pro- 
diguent les  exemples.  «  Soit  »,  dit  Firmicus,  «  le  Soleil  dans  le 
«  Bélier  à  5°  5';  douze  fois  5°  font  60°  et  douze  fois  5'  font  60'  (un 
«  degré),  de  sorte  que  le  total  est  61°.  Donnez  au  Bélier,  où  nous 
«  disons  qu'est  le  Soleil,  30  degrés,  et  au  Taureau  30.  Le  dodéca- 
«  témorion  tombe  au  l^""  degré  des  Gémeaux  »  ^  Paul  d'Alexan- 
drie  montre  par  un    calcul   semblable  que,  Mercure  étant   au 

1.  Firmic,  II,  13,  d;  III,  13,  14;  IV,  17,  12  Kroll. 

2.  Firmic,  II,  13,  3.  Il  devrait  tomber  à  6°  5'  des  Gémeaux.  La  bévue,  com- 
mise avant  Firmicus  par  son  guide  Manilius,  consiste  à  donner  30  degrés,  au 
lieu  de  24°  25',  au  Bélier;  autrement  dit,  à  prendre  pour  point  de  départ  le 
commencement  du  Bélier  en  gardant  12  pour  multiplicateur.  L'auteur  du  pa- 
pyrus Brit.  Mus.,  n»  XCVIIl  recto  sait  mieux  compter  :  il  fait  tomber  en 
V^  25"  le  dodécatémorion  de  l'Horoscope  situé  en  ^  25°  (lig.  42-45),  c'est-à- 
dire  qu'il  a  pris  pour  multiplicateur  12  et  réparti  ses  300  degrés  (12  x  25  = 
300)  en  partant  de  250  du  Cancer.  Cet  auteur  a  relevé  aussi  les  dodécatémo- 
ries de  toutes  les  planètes  :  ses  calculs  sont  à  peu  près  exacts  là  où  les  don- 
nées sont  conservées.  L'auteur  du  papyrus  CX  (thème  d'Anubion),  qui  note 
avec  soin  les  stations  (axTipiYixoi)  des  planètes,  ne  dit  mot  des  dodécatémories  : 
c'est  celui  qui  calcule  d'une  façon  si  étrange  ses  deux  «  sorts  de  la  Fortune  » 
(ci-dessus,  p.  293,  1).  Le  prétentieux  rédacteur  du  papyrus  CXXX  ne  donne 
que  les  dodécatémories  de  O  et  de  C»  avec  de  grossières  erreurs  de  calcul.  Le 
SuSeitaTTijxôptùv' solaire  qu'il  place  (lig.  71-72)  SxopitLou  irsol  tôv  irpÛTOv  a^ôv- 
6uXov  (vers  15°  m)  devrait  être  à  =!!  3°  18',  et  le  lunaire  mis  SxopTriou  TziTyv/  irepl 
TÔv  aÔTÔv  Toirov  (lig.  92-94)  devrait  être  en  J^  19".  Il  s'est  trompé  de  plus  de  40" 
dans  le  premier  cas  et  de  30"  environ  dans  le  second.  J'ignore  comment  les 
Arabes  ont  manié  ce  calcul,  qu'ils  appellent  Dorogen,  au  dire  de  Scaliger 
(p.  102). 


LES   DODÉCATÉMORIES    PLANÉTAIRES  301 

degré  11  du  Bélier,  sa  dodécatémorie  tombera  au  degré  23  du  Lion. 
Seulement,  Paul  d'Alexandrie  n'est  pas  aussi  étranger  aux  plus 
simples  notions  d'arithmétique  que  Firmicus  :  il  comprend  que  si, 
au  lieu  de  partir  du  point  initial,  on  remonte  au  commencement 
du  signe  initial,  il  faut  ajouter  au  produit  du  quantième  par  12  le 
quantième  lui-même,  ce  qu'on  obtient  du  premier  coup  en  ajou- 
tant une  unité  au  multiplicateur.  Paul  d'Alexandrie  a  donc  pris 
pour  multiplicateur  13  au  lieu  de  12.  Alors  survient  un  scoliaste 
qui  ne  comprend  pas,  et  qui  croit  comprendre  que  le  multipli- 
cateur 13  est  choisi  afin  que  —  en  certains  cas  tout  au  moins  — 
la  dodécatémorie  revienne  dans  le  signe  même  qui  a  servi  de 
point  de  départ.  On  obtient  ainsi,  paraît-il,  «  un  dodécatémorion 
plus  évident  »,  sans  doute  parce  que,  si  le  quantième  est  30°^  le 
dodécatémorion  revient  exactement  au  même  point  et  se  trouve, 
en  fait,  supprimé  *. 

On  arrivait  au  même  résultat  par  une  méthode  inverse  ^  Au 
lieu  de  multiplier  le  quantième  par  12  et  de  répartir  les  degrés  à 
raison  de  30  par  signe,  on  le  prend  tel  quel  et  on  le  répartit  par 
quantités  12  fois  moindres  (2°  30'  au  lieu  de  30°)  entre  les  signes 
suivants.  Cette  méthode  était  encore  plus  dodécatémorique  que 
l'autre,  car  chaque  signe  recevait  un  owosxaxïjjjLÔptov  owSexaxï) [xo- 
pt'ou  (un  douzième  de  douzième  du  Zodiaque),  et  c'était  un  excel- 
lent moyen  d'opérer  une  mixture  inextricable  entre  le  système  des 

1.  Ces  textes  délabrés  prêtent  aux  hypothèses.  Le  scoliaste  a  dû  poser  — 
dans  une  lacune  du  texte  —  le  cas  du  quantième  =  30  T.  Alors,  dit-il,  30  x  12 
donnent  360»,  et  (si  l'on  commence  le  report  à  !<>  Y)  le  dodécatémorion  tom- 
bera en  30  )(  et  n'atteindra  pas  T.  Or,  xôte  ytvcTat  êvapyéaTepov  SwSs- 
xaxTfiiioptov  Stsv  àiT6  toO  aùtoû  èirl  t6  aùxô  xaTaX-Z^Çi;!.  Kal  ïva  toCto 
■fbrtitcii,  èTtl  xàv  ly'  yivExai  ô  TToXXa-Xaaiajjxôç,  x.  x.  X.  (Schol.  Paul.  Alex., 
K  2  v).  Seulement,  avec  un  quantième  inférieur  à  28",  on  n'arrive  plus,  même 
avec  13  pour  multiplicateur,  à  rentrer  dans  le  même  signe.  Scaliger  (pp.  162- 
165)  est  ici  au-dessous'  de  lui-même.  11  est  si  occupé  de  bafouer  son  souffre- 
douleurs,  Bonincontro,  qu'il  n'a  compris  ni  la  bévue  du  scoliaste  (qu'il  confond 
avec  Paul  d'Alexandrie),  ni  celle  de  Manilius,  Firmicus  et  autres.  Il  répète, 
nuqae,  ntigae  sunt  haec  :  mais,  en  attendant,  il  prend  en  pitié  Bonincontro, 
qui  avait  pourtant  très  bien  compris  la  phrase  de  Manilius  :  Inde  suas  illi 
siffno  in  qito  Luna  refulsit  |  Quaeque  hinc  defuerant  parles  numerare  mémento 
(II,  729-730).  Ordonner  de  compléter  le  signe,  c'est  dire  de  remonter  au  com- 
mencement. Scaliger  déclare  cette  leçon  «  ridicule  »  et  lit  :  Et  quae  dehinc 
fiierint. 

2.  Le  scoliaste  (Anon.,p.  48)  dit  que  la  méthode  par  multiplication,  la  plus 
claire,  est  aussi  la  plus  ancienne  :  oi  TcaT^a-ot  5ià  x6  (ra-^éaxepov  èizl  x6v 
SwSixixo/  ipiOixàv  STroXXaTiXaaiaÇov.  Ainsi  faisait  Dorothée  de  Sidon  :  mais 
Ptolémée  ne  fait  allusion  qu'à  la  méthode  par  division  [Tetrab.,  1,  21).  Il  n'en 
parle,  du  reste,  que  pour  écarter  en  bloc  tout  le  système  (ci-dessus,  p.  299,  2). 


302         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

dodécatémories  variables  et  celui,  tout  différent,  des  dodécaté- 
mories  fixes  du  Zodiaque.  L'eau  n'est  jamais  assez  trouble  aux 
yeux  des  astrologues.  De  plus,  cette  méthode  ne  laissait  pas  voir 
aussi  bien  que  l'autre  le  point  de  départ  et  le  point  d'arrivée;  on 
commençait  la  répartition  des  «  douzièmes  »  par  le  signe  initial, 
sans  souci  des  mathématiciens  quinteux  qui  auraient  voulu  ré- 
duire la  portion  de  ce  signe  à  la  quantité  complémentaire  du 
quantième,  c'est-à-dire  d'autant  plus  petite  que  celui-ci  serait 
plus  élevé  *. 

Nous  pouvons  maintenant  revenir  à  Manilius,  pour  nous  le 
plus  ancien  garant  de  ces  fantaisies  «  babyloniennes  »  et  l'homme 
candide  à  qui  on  peut  demander  son  avis  sur  leur  raison  d'être. 
Manilius  estime  que,  la  machine  ronde  marchant  par  divisions 
duodénaires,  il  est  parfaitement  logique  de  subdiviser  les  signes 
par  12.  Voilà  justifiées  du  coup  les  dodécatémories  zodiacales  de 
2°  30'  chacune  :  elles  opèrent  dans  chaque  signe  un  des  mélanges 
qui  l'émerveillent.  Il  passe  alors  des  dodécatémories  fixes  aux 
dodécatémories  mobiles.  «  La  Nature  »,  dit-il,  «  a  placé  et  tracé 
«  ses  voies  de  plusieurs  façons,  et  elle  a  voulu  qu'on  les  cherchât 
«  par  tous  les  moyens  ».  La  «  Nature  »  endosse  tout  ce  qu'il  plaît 
aux  astrologues  d'imaginer.  Donc,  où  que  se  trouve  la  Lune  au 
moment  d'une  naissance,  il  faut  multiplier  le  nombre  ordinal  du 
degré  qu'elle  occupe  dans  son  signe  par  12  [Sublimi  iotidem  quia 
fulgent  sidéra  mundo)  et  répartir  le  produit  en  commençant  par 
le  premier  degré  du  signe.  Jusqu'ici  c'est  la  méthode  vulgaire 
exposée  plus  haut,  avec  l'erreur  dont  elle  est  entachée.  Mais 
Manilius  nous  réserve  des  surprises.  Après  que  chaque  signe  a 
reçu  sa  portion  complète  de  30  degrés  (xpiaxovTàç)  ^,  si,  au 
bout  de  la  répartition,  il  reste  une  fraction  de  triacontade,  il  faut 
la  transformer  en  dodécatémories  de  signe,  c'est-à-dire  en  por- 
tions de  2°  30',  et  distribuer  ces  portions,  en  guise  de  triacontades, 
aux  signes  à  la  suite.  Là  où  finira  la  répartition,  là  sera  la 
«  dodécatémorie  de  signe  »  dévolue  à  la  Lune.  C'est  une  combi- 


1.  Ceci  pour  le  point  de  départ.  Démophile  (p.  194)  le  met  sans  doute,  comme 
tout  le  monde,  au  commencement  du  signe,  sans  nous  dire  si  ces  2°  30'  cou- 
vrent tout  le  signe,  à  raison  de  5'  par  degré  du  signe.  On  l'attend  au  point 
d'arrivée,  pour  voir  comment  il  fera  coïncider  la  fraction  1/2  degré  qui 
reste  à  distribuer,  dans  l'exemple  posé  par  lui,  avec  une  fraction  de  signe. 
Mais  là,  il  se  contente  d'une  estimation  en  bloc.  Le  dodécatémorion  de  la 
Lune  placée  en  T  13»  tombe,  dit-il,  «  dans  la  Vierge,  maison  de  Mercure  ». 
Comme  Manilius,  Démophile  ne  s'occupe  que  de  la  Lune. 

2.  TpiavcovTiç  dans  Démophile,  loc.  cit. 


LES   DODÉCATÉMORIES   PLANÉTAIRES  303 

naison  des  deux  méthodes  de  calcul  exposées  plus  haut,  combi- 
naison qui  conduit  à  des  résultats  différents  et  aboutit  à  déter- 
miner non  pas  le  degré,  mais  le  «  dodécatémorion  »  proprement 
dit  ou  «  douzième  de  signe  »  où  est  transportée  la  planète  K 

Manilius  a-t-il  combiné  par  mégarde,  c'est-à-dire  confondu  les 
deux  méthodes,  ou  apporte-t-il,  seul  entre  tous,  un  procédé  par- 
ticulier, délaissé  plus  lard  ?  Pour  qui  le  connaît,  la  première  hypo- 
thèse est  de  beaucoup  la  plus  probable. 

Obtenu  par  un  moyen  quelconque,  le  8wosxaT7)[j.ôpiov  a  pour 
effet  non  seulement  de  déplacer,  mais  d'altérer  notablement  Tin- 
fluence  de  la  planète  objet  du  calcul,  en  combinant  cette  in- 
fluence avec  celle  de  la  planète  qui  occupe  déjà  à  un  autre  titre 
le  lieu  où  la  nouvelle  venue  est  transportée.  A  quel  titre,  cela 
importait  peu  :  c'était  une  question  à  débattre  entre  les  partisans 
des  domiciles,  hypsomas,  trigones  et  confins,  voire  des  décans,  et 
aussi  avec  ceux  qui  mettaient  comme  valeur  les  «  lieux  »  (Toitot) 
à  côté  ou  au-dessus  des  signes  du  Zodiaque.  L'hypsoma  n'étant 
guère  utilisable,  parce  qu'il  n'occupe  qu'un  degré  par  signe  ^  et 
n'existe  pas  dans  tous  les  signes,  les  trigones  ayant  les  allures 
indécises  d'un  ménage  à  trois  et  les  décans  n'étant  pour  certains 
que  des  tiers  de  signe,  les  préférences  se  partagent  entre  l'oTxoç 
et  les  6'pta.  Démophile  tient  pour  les  domiciles  ^,  et  Firmicus 
penche  pour  les  opia  *.  Manilius  aussi  sait  que  la  vertu  des  dodé- 

1.  Encore  une  fois  (cf.  ci-dessus,  p.  302,  1),  où  les  astrologues  placent-ils, 
dans  un  signe,  leurs  douzièmes  de  signes  ?  Us  se  contentaient  sans  doute 
d'abord  de  prendre  en  bloc  le  signe  où  tombait  —  entière  ou  fractionnée  — 
la  dernière  portion  de  2°  30'.  Mais  plus  tard,  cela  ne  suffit  plus,  et  on  préféra 
la  méthode  de  la  multiplication  par  12,  qui  aboutit  à  désigner  non  plus  seu- 
lement le  signe,  mais  le  degré  du  signe  dodécatémorique.  Pourtant,  je  dois 
dire  que  le  scoiiaste  semble  considérer  cette  méthode,  celle  des  «  Égyptiens  », 
comme  plus  ancienne  (ci-dessus,  p.  301,  2). 

2.  A  moins  que,  comme  le  voulait  Ptolémée  (ci-dessus,  p.  196,  3),  la 
qualité  d'u (l'enta  ne  soit  étendue  au  signe  entier.  C'est  l'avis  du  rédacteur  du 
papyrus  XCVIII  ;  car  il  note,  à  propos  des  dodécatémories,  qu'elles  tombent 
dans  tel  signe,  telle  maison,  tels  opia,  et,  quand  il  y  a  lieu,  tel  {><j;w[xa. 

3.  Ci-dessus,  pp.  195  et  199,  1. 

4.  Firmicus  accepte  tout  néanmoins,  y  compris  les  «  aspects  »  visant  le 
point  en  question  et  les  lieux;  et  il  y  mêle  encore,  en  son  inénarrable  ma- 
nière, la  condilio  (aïpEat;)  de  la  planète  propriétaire,  l'état  de  celle  qui  «  envoie 
son  dodécatémorion  »,  etc.  :  Quaere  ilaque  ne  Liina  pîena  per  diem  in  finibus 
Marlis  duodecatemorion  miltal,  ne  minuta  id  est  deficiens  in  Satwni  aut  ne 
Mars  in  occasu  aut  ne  Venus  in  Martis  et  Mars  in  Venei'is  et  a  finibus  et  a 
decanis  et  a  conditionibus...  accipiant  potestatem...  Sed  et  malitia  Saturni 
fortins  crescit,  cum  ex  loci  qualitate  tel  ex  finium  vel  ex  decani  vel  ex  signi 
vel  ex  conditione  provocata  ad  nocendum  acceperit  potestatem  (11,  13,  4-5).  A 


304        CHAP.  IX.  —  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

catémories  vient  des  6'pia,  et  qu'il  faut  y  regarder  de  très  près, 
attendu  que  «  la  pins  petite  partie  est  la  plus  grande  par  l'efTica- 
cité  »;  mais  l'infortuné  poète,  perdu  dans  ses  séries  de  «  dou- 
zièmes '),  s'imagine  que  les  opia  sont  des  cinquièmes  de  dodéca- 
témorie,  laquelle  est  elle-même  le  douzième  d'un  douzième  du 
Zodiaque.  Donc,  à  l'entendre,  le  Swosxatï^fjiôptov  ou  douzième  de 
signe  est  partagé  également  entre  les  cinq  planètes,  à  raison  de 
1/2  degré  par  planète,  et  c'est  la  planète  propriétaire  du  demi- 
degré  où  aboutit  la  répartition  qui  décide  de  la  vertu  de  la  dodé- 
catémorie  K  C'est  encore  une  de  ces  combinaisons  dont  l'igno- 
rance de  Manilius  est  très  probablement  seule  responsable.  Elle 
est  d'autant  plus  inacceptable,  qu'il  serait  fort  embarrassé  lui- 
même  de  dire  comment  coïncident  avec  les  degrés  des  signes  ses 
douzièmes  de  douzièmes,  à  plus  forte  raison,  ses  cinquièmes  de 
douzième  de  douzième. 

En  voilà  assez  —  pour  le  moment  du  moins  —  sur  les  dodé- 
calémories  mobiles,  qui  représentent,  comme  les  aspects  géomé- 
triques, une  espèce  de  balistique,  un  tir  plongeant  de  portée  très 
diverse,  nullement  astreint  aux  portées  fixes  et  au  tir  rectiligne 
des  aspects  polygonaux.  Le  système  a  été  bien  jugé  par  le  com- 
mentateur de  Ptolémée,  qui  ne  l'acceptait  pas  :  «  Supposons  »,  dit- 
il,  «  que  nous  trouvions  le  dodécatémorion  du  Bélier  tombant 
«  dans  la  Vierge.  De  deux  choses  l'une  :  ou  nous  en  userons,  ou 
«  nous  n'en  userons  pas.  Si  nous  n'en  usons  pas,  il  était  superflu 
«  de  le  prendre.  Si  nous  en  usons,  alors  ce  n'est  plus  l'influence 
«  du  Bélier  que  nous  aurons,  bien  qu'il  figure  comme  point  de 
«  départ  »  ^  C'est  fort  bien  dit  ;  mais  comment  l'honnête  scoliaste 
ne  s'est-il  pas  aperçu  qu'on  en  pourrait  dire  autant  de  tous  les 
domaines  planétaires,  fixes  ou  non,  qu'il  lient  pour  valables? Les 
besaciers  raisonnent  toujours  à  merveille  sur  le  contenu  de  la 
poche  de  devant. 

Maintenant,  au  tour  des  xX^pot,  produit  non  moins  confus,  non 

quelques  lignes  de  distance  (II,  13  et  14),  Firmicus  emploie  locus  dans  les 
quatre  sens  de  «  lieu  »  ou  position  en  général,  de  «  signe  »,  de  «  lieu  »  ou 
TÔTTOî  astrologique  fixe  et  de  «  lieu  »  mobile,  SwSsxaTTijAÔptov  ou  xXf.po;,  calculé 
partiliter. 

1.  Quid  sit  quod  dicitur  esse  |  Dodécatémorion  :  namque  id  per  quinque 
notatur  \  Partes  ;  nam  totidem  praefulgent  sidéra  caelo  \  Quae  vaga  diciintur; 
ducunt  et  singula  sortes  {so7's  =  [lotpa  =  degré)  |  Dimidias,  viresque  in  eis  et 
jura  capessunt  (11,740  sqq.).  Scaliger  (p.  167)  est  ici  inintelligible,  et  l'athé- 
tèse  de  Th.  Breiter  {Zu  Manilius,  pp.  206-207),  qui  considère  ces  vers  comme 
une  glose  introduite  dans  le  texte,  est  au  moins  inutile. 

2.  Anon.,  p.  49. 


LES    SORTS    AUTONOMES    ET    MOBILES  305 

moins  importun  pour  Ptolémée  et  ses  disciples,  de  la  tradition 
«  égyptienne  »,  révérée  avant  et  après  et  malgré  Ptolémée. 

Nous  avons  déjà  dit,  à  propos  du  xXf.po;  Tu^^t,?  ou  xXfjpo;  de  la 
Lune,  ce  qu'on  entend  par  ce  mot.  C'est,  comme  le  owosxaTï)- 
IJLÔptov,  un  point  du  cercle  où  l'on  transporte  par  le  calcul  l'in- 
fluence et  l'ofïice  propre  d'un  astre,  en  prenant  pour  élément 
premier  du  calcul  la  distance  entre  le  point  réellement  occupé 
par  cet  astre  et  le  point  occupé  soit  par  une  autre  planète,  soit 
par  un  autre  xXvjpo;  antérieurement  déterminé  *,  soit,  au  besoin, 
par  un  centre. 

Le  système,  incompatible  avec  celui  des  «  lieux  »  fixes,  a  pour 
but  de  le  remplacer  par  des  calculs  plus  subtils.  Firmicus,  qui  a 
passé  beaucoup  de  temps  à  détailler  les  propriétés  des  lieux  au 
II*  livre  de  son  manuel,  à  l'usage  des  commençants,  dévoile  plus 
loin  le  tréfonds  de  la  vérité  à  son  cher  Mavortius.  «  En  effet  », 
dit-il,  «  il  n'est  pas  exact  que  les  parents  ou  la  vie  des  parents 
«  soient  dans  le  lieu  qui  est  en  aspect  quadrat  avec  l'horoscope,  ou 
«  que  le  septième  révèle  le  conjoint;  ou  le  cinquième,  les  fils;  le 
«  onzième,  les  amis,  et  le  sixième,  la  santé  »  ^.  Que  faut-il  donc 
faire?  Laisser  là  les  douze  lieux  rangés  dans  l'ordre  qu'on  sait 
et  calculer  à  part,  sans  souci  des  divisions  régulières,  l'endroit 
où  il  faut  placer  chacune  des  rubriques  entassées  dans  les  lieux 
traditionnels.  Ces  nouveaux  lieux  —  c'est  ainsi  que  Firmicus  les 
appelle,  faute  d'équivalent  aussi  commode  pour  v-X^poç  —  sont 
des  xX^po'..  Veut-on  trouver  le  «  lieu  du  père  »?  Il  faut  s'adresser 
au  symbole  de  la  paternité,  à  Saturne,  mesurer  la  distance  du 
Soleil  à  Saturne  pour  une  géniture  diurne,  de  Saturne  au  Soleil 
pour  une  géniture  nocturne,  reporter  cette  distance  à  la  gauche 
de  l'Horoscope  et  pointer  le  lieu  de  la  paternité  à  l'endroit  où  finit 
l'arc  ainsi  additionné  ^.  S'il  s'agit  du  lieu  de  la  mère,  on  compte 
la  distance  de  Vénus  à  la  Lune  pour  une  géniture  diurne,  de  la 
Lune  à  Vénus  pour  une  géniture  nocturne,  et  on  opère  de  la  même 
façon.  Pour  les  «  frères  »,  opérer  avec  la  distance  de  Saturne 

1.  Nous  avons  dit  (p.  300)  —  répétons-le  —  que,  pour  les  éclectiques, 
auteurs  responsables  de  ce  gâchis,  un  x>.f,poi;  peut  ôtre  à  son  tour  transporté 
par  la  méthode  des  dodécatémories  :  Secl  et  Forlunae  duodecatemorium  dili- 
genter  inquire,  ne  te  apotelesmatum  fallut  inlentio  (Firmic,  IV,  H,  12  KroU). 

2.  Firmic,  VI,  32.  L'exposé  est  fort  ample  (pp.  182-187  Pruckner),  confirmé 
et  compliqué  sur  certains  points  par  Schol.  Paul.  Alex.,  K  4  v  -  L.  Cela  n'empê- 
che nullement  Firmicus  de  répéter  de  temps  à  autre  que  la  méthode  vul- 
gaire, fausse  en  particulier,  suffit  en  général. 

3.  Si  Saturne  est  C'rcauYOî  (c'est-à-dire  à  moins  de  15»  du  Soleil),  remplacer 
par  la  distance  entre  c?  et  if,  sans  inversion  (Schol.  Paul.  Alex.,  /.  c). 

20 


306         CHAP.  IX.  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

à  Jupiter  ou  de  Jupiter  à  Saturne  *.  Pour  le  lieu  de  l'épouse, 
compter  de  Saturne  à  Vénus  ou  de  Vénus  à  Saturne  ^.  Certains 
substituaient  le  Soleil  à  Saturne  et  prenaient  toujours,  que  la 
géniture  fût  diurne  ou  nocturne,  la  distance  du  Soleil  à  Vénus. 
Firmicus  s'est  bien  trouvé  aussi  de  ce  procédé.  Si  l'on  cherche 
le  lieu  du  mari,  compter  de  Mars  à  Vénus,  ou  de  Vénus  à  Mars  ^ 
Le  problème  des  fils  est  plus  compliqué,  à  cause  du  caractère 
hybride  de  Mercure  qui  est,  suivant  sa  position,  mâle  ou  femelle, 
diurne  ou  nocturne,  et  aussi  parce  que  Vénus  et  Mercure  se  ren- 
contrent souvent  sur  une  même  longitude.  Que  la  géniture  soit 
diurne  ou  nocturne,  on  prend  pour  point  de  départ  de  l'arc  à, 
mesurer  celle  de  ces  deux  planètes  qui  est  «  la  première  »,  c'est- 
à-dire  précède  l'autre  dans  le  sens  du  mouvement  propre  des 
planètes*.  Si  les  deux  planètes  sont  en  conjonction  parfaite  (m 
iisdem  minutis),  alors  il  faut  remplacer  Vénus  par  Jupiter,  qui  lui 
est  comparable  pour  le  tempérament,  et  mesurer  la  distance  de 
Jupiter  à  Mercure  pour  les  génitures  diurnes,  de  Mercure  à 
Jupiter  pour  les  génitures  nocturnes.  Le  lieu  de  la  santé  et  des 
infirmités  se  déduit  de  la  distance  entre  Saturne  et  Mars,  les 
deux  planètes  malfaisantes,  ou  entre  Mars  et  Saturne.  Firmicus 
ne  s'arrête  pas,  pour  les  xXTjpot,  au  nombre  de  douze.  Il  entasse 
pêle-mêle  quantité  de  rubriques  diverses,  et  il  emploie,  outre  les 
distances  entre  planètes,  les  distances  des  planètes  aux  centres, 
au  lieu  de  la  Fortune,  à  celui  du  Génie,  et  même  entre  ces  deux 
xX^pot  ^  C'est  une  série  qui  pourrait  être  prolongée  au-delà  des 
bornes  de  la  patience  humaine  ®. 

1.  Le  Jupiter  mythique  a  sauvé  ses  frères  avalés  par  Saturne. 

2.  L'épouse  est  surtout  la  mère  future,  la  femme  du  père. 

3.  Firmicus  a  peur  qu'on  ne  comprenne  pas  le  motif;  il  ajoute  :  meminisse 
autem  debes  quod  gêner  aliter  uxorem  Venus,  marilum  ver  o  Mars  semper  ostendit. 
Nous  verrons  au  ch.  xu  que  Mars  et  Vénus  représentent  surtout  l'adultère. 

4.  C'est  une  application  à  rebours  de  la  xx6u~spTlpTia'.<;  (ci-dessus,  p.  2S0). 

5.  Un  auteur  anonyme,  qui  ne  songe  probablement  qu'aux  sorts  herméti- 
ques, prétend  que  les  sorts  de  la  Fortune  et  du  Génie  servent  à  déterminer 
tous  les  autres  {Cod.  Florent.,  p.  167). 

6.  Voici,  sans  plus,  la  liste  des  autres  sujets  abordés  par  Firmicus,  avec 
distances  inverses  pour  le  jour  et  la  nuit,  toujours  reportées  à  l'Horoscope  : 
locus  cupidinis,  distance  entre  le  x);7ipo(:  Aaijiovo;  et  le  xMpo?  Tû/t,î  ;  necessitatis, 
entre  le  xTvî^poi;  Tuyjiç  et  le  xXfipo;  Aa([j.ovO(;;  cinaedorum,  entre  C  et  9  (VU,  16)  : 
libidinis,  entre  C  et  I)  (ibid.);  honorum,  entre  le  X<=  lieu  et  O;  militiae, 
entre  o^  et  O  ;  pereç/rinationis,  entre  O  et  c?  ;  existimationis,  entre  0  et 
MC;  corporis  virlutis,  entre  0  et  ^  ;  basis,  entre  le  xXfipoç  Tû/tiî  et  le  xî^fipo; 
Aafjiovoî  ;  possessionum,  entre  $  et  ^  ;  accusationis,  entre  c?  et  ï)  ;  adversa- 
riorum,  inimicorum,  entre  c?  et  ^  ;  gloriae,  entre  9  et  ^  ;  Nemesis,  entre 
le  xXfipoî  T-j/T.;  et  Q  ;  potestatis,  entre  I)  et  0  ;  servorum,  entre  ^  et  C-  Le 


Saturne 

devient  Némésis 

Jupiter 

— 

la  Victoire 

Mars 

— 

VAudace 

Le  Soleil 

— 

le  Génie 

Vénus 

— 

VAmour 

Mercure 

— 

la  Nécessité 

La  Lune 

— 

la  Fortune 

LES    SEPT    SORTS    HERMÉTIQUES  307 

Sur  ce  fatras,  bourbier  sans  rivages,  les  Hermétiques,  qui  s'ad- 
jugèrent le  monopole  de  l'antique  sagesse  égyptienne,  ont  prélevé 
sept  xXfjpoi  «  universels  »,  un  par  planète.  Nous  en  avons  déjà 
rencontré  cinq,  et  c'est  le  hasard  des  lacunes  qui  nous  a  fait  man- 
quer les  deux  autres.  Les  voici  tous  les  sept,  tels  que  les  énumérait 
le  Trismégiste  dans  son  livre  de  la  «  Toute-Vertu  »  (IlavàpeToi;)  *. 

(NâfXEfflç)  «. 
(N{)t7j)    ». 

(T(5X|JLa). 
(Aaîfjitov). 
("Epwç). 
('AvaYXT))  *. 

Nous  n'avons  rien  à  ajouter  à  ce  qui  a  été  dit  des  xXYjpot  cor- 
respondant aux  deux  luminaires,  Tu^^^tj  et  Aai'[xwv.  Paul  d'Alexan- 
drie nous  enseigne  la  manière  de  prendre  les  autres,  la  manière 
hermétique,  qui  ne  fait  nullement  loi  pour  les  astrologues  indé- 
pendants. Pour  le  xXïjpoç  "EpioToç,  on  reporte  à  l'Horoscope  la  dis- 
texte donné  par  Pruckner  est  trop  sujet  à  caution  pour  qu'il  y  ait  utilité  à 
remarquer  ici  autre  chose  que  l'apparition  de  certains  xXf,pot  sous  leur  nom 
hermétique  (N£[X!ai;  -  'Epox;  [Cupido]  -  'Avay^-rj  [Nécessitas]),  mais  sans  rapport 
avec  les  planètes  auxquelles  ils  correspondent  dans  la  tradition  hermétique. 
Au  moment  où  ce  chapitre  est  sous  presse,  les  Codices  Florentini  m'apportent 
de  quoi  allonger  la  liste  de  Firmicus,  avec  des  recettes  toutes  différentes  pour 
les  mêmes  cas.  J'y  retrouve  l'énigmatique  xXfipoî  piaew;  (pp.  160,  16.  170,  19) 
ou  pdaî  wv  (p.  169,  28),  qui  est  le  xXfipoî  de  l'Horoscope  lui-même,  transporté 
à  distance  de  sa  position  réelle  et  ajouté  comme  huitième  «  sort  universel  » 
aux  sept  sorts  hermétiques  (pàjtî,  8  lïtiv  wpoaxoiroî.  Paul.  Alex.,  K  3.  Cf.  Cod. 
Florent.,  p.  160,  et  ci-après,  p.  308,  1). 

1.  Paul.  Alex.,  K  2-4  (Ilepl  xwv  Ç'  xX-ripiov  xwv  h  t^  TlavapÉTo)).  Le  livre  her- 
métique avait  le  même  titre  que  le  navâpsTo;  ou  Ecclésiastique  de  Jésus, 
fils  de  Sirach.  On  trouve  ce  IlavâpeTo;  cité  dans  un  papyrus  magique  de  Leide 
(W.,  p.  XXII,  31)  à  côté  du  livre  V  des  nTo>>£[xaïxi  de  Ptolémée  Évergète  II, 
sous  le  règne  duquel  fut  traduit  le  navofpexoî  du  fils  de  Sirach  et  vivait  un  phi- 
losophe appointé  par  le  roi,  du  nom  de  navdtpsxoî.  Il  y  a  là  matière  à  conjec- 
tures (cf.  A.  Dicterich,  in  Jahrb.  f.  kl.  Philol.,  Supplbd.,  XVI,  [1888],  p.  754). 
Les  sept  xXf|poi  hermétiques  sont  Trpwxoi  et  xaOoXtxoi  (Cod.  Florent.,  p.  168). 
Le  scoliaste  nous  avertit  qu'il  y  a  quantité  d'autres  xT^-ripot,  laissés  de  côté 
par  Paul,  ceux  que  nous  avons  énumérés  tout  à  l'heure  (i:  axp  6  ç  xal  (jLTixpà; 
xal  àSsXcpwv  xal  xéxvwv  xal  yaixtov  xal  àX>iwv  ttoXXwv). 

2.  Sur  Saturne  -  Némésis,  voy.  ci-dessus,  p.  94,  1. 

3.  NixT,  est  constamment  associé  à  Zeus  —  Ntx-ri  Atôî  xoO  (xsydXou  irai  (Himer., 
Oral.,  XIX,  3)  —  èv  'OXû[XTr(i)  ZtjvI  -nap-.axajiiva  (Bacchyl.,  fr.  9). 

4.  Mercure  -  'Avâyxr,  doit  être  un  symbole  philosophique.  Mercure  est  la 
Science,  et  la  science  ne  connaît  que  la  Nécessité  qui  régit  le  monde  matériel. 


308         CHAP.  IX.  —  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

tance,  directe  (géniture  diurne)  ou  inverse  (géniture  nocturne), 
entre  le  xXfjpo;  Aa(|jiovo<;  et  Vénus;  pour  le  xX^poç  'Avày/riç,  la  dis- 
tance de  Mercure  au  xXïipo<;  Tu^ç^y]?  et  inversement  ;  pour  le  xXTjpoc 
TôX[jiT)(;,  la  distance  de  Mars  au  xXripoç  Tu^ç^r,?  et  inversement;  pour 
le  xX^poç  Nîxïjç,  la  distance  de  Jupiter  au  xXripo;  Aat[xovoç  et  inverse- 
ment; pour  le  xXïjpoç  Nepiéaeajç,  la  distance  de  Saturne  au  xXvjpo; 
Tu^^Tf)?  et  inversement.  Ainsi,  ces  entités  mathématiques  s'engen- 
drent les  uns  les  autres  par  une  série  de  calculs  tous  suspendus 
aux  positions  du  Soleil  et  de  la  Lune. 

Il  est,  je  crois,  inutile  de  philosopher  sur  les  points  de  départ 
de  ces  distances  :  nul  doute  que  les  astrologues  n'aient  été  très 
fiers  des  intentions  subtiles  qu'ils  y  avaient  mises.  Il  n'est  pas  non 
plus  nécessaire  d'anticiper  sur  l'apotélesmatique  en  énumérant, 
d'après  Paul  d'Alexandrie,  les  présages  fixés  sous  ces  étiquettes 
assez  transparentes  *.  Peut-être  serait-il  plus  à  propos,  avant 
d'aller  plus  loin,  de  faire  halte  et  de  résumer  brièvement  les 
résultats  acquis.  On  a  pu  voir  que  le  Zodiaque  pris  en  lui-même, 
comme  collection  de  signes,  n'a  dans  l'astrologie  adulte  qu'une 
importance  secondaire.  11  sert  surtout  de  mesure  pour  la  position 
des  planètes  et  la  direction  de  leurs  aspects.  Même  sous  ce  rap- 
port, il  est  le  plus  souvent  remplacé  par  le  cercle  de  la  géniture. 
Cependant,  les  domaines  planétaires  incrustés  sur  son  contour 
offrent  une  variété  à  laquelle  n'atteignent  pas  les  localisations 
sommaires  des  planètes  —  masquées  sous  des  noms  théologiques 
—  dans  le  cercle  de  la  géniture,  et  ils  associent  les  signes  à  toutes 
les  influences  émanées  des  planètes. 

Les  planètes  sont  les  véritables  Mœres  de  l'astrologie,  les 
fileuses  de  la  destinée.  C'est  la  liste  de  leurs  modes  d'action  que 
l'astrologue  doit  toujours  avoir  présente  à  l'esprit.  Ptolémée  l'a 
dressée  à  l'usage  de  ses  disciples  :  ceux-ci  l'ont  remaniée  et 
allongée  après  lui,  sans  épuiser  le  sujet  ^.  Démophile  compte  et 
classe  en  ordre  quelconque  onze  modes  d'action  planétaires, 
chaque  planète  ayant  d'autant  plus  d'énergie  bienfaisante  qu'elle 
réalise  un  plus  grand  nombre  de  ces  conditions  et  se  «  réjouit  » 
davantage  ^. 

1.  Les  sept  sorts,  avec  THoroscope  sous  le  nom  de  pâuiî,  Çu%  xai  TrvsûjxaTo; 
Tiapaitta  (Paul.  Alex.,  l.  c),  forment  un  cycle  complet,  clos  par  Némésis  qui, 
entre  autres  effets,  est  cause  xal  tïoi6tt|toç  SravaTou. 

2.  Tetrab.,  II,  23.  Voir  toute  la  casuistique  des  auvaçaî,  àTr(5^j5o'.at,  xaôoicsp- 
TEp-riasK,  etc.,  etc.  (ci-dessus,  ch.  viii),  qui  ne  se  laisse  pas  résumer. 

3.  Ap.  Porphyr.,  Isag.,  p.  203.  Ne  pas  oublier  que  même  les  xaxoitotoi  sont 
moins  malfaisantes  quand  elles  se  trouvent  à  l'aise  (ci-dessus,  p.  101,  3). 
Cf.  Anon.,  p.  74. 


CONDITIONS   GÉNÉRALES   DE   l'aCTION   PLANÉTAIRE  309 

Pour  être  en  bonne  forme,  une  planète  doit  être  dans  une  ou 
plusieurs  des  conditions  suivantes  (reclassées  en  ordre  logique)  : 
l'.'Par  rapport  au  cercle  de  la  géniture.  —  a.  Être  dans  une  posi- 
tion favorable  à  l'égard  de  l'Horoscope,  c'est-à-dire  sur  un  centre 
(surtout  en  MC.)  ou  en  aspect  propice  (trigone-sextil).  —  b.  Ne. 
pas  se  trouver  dans  un  lieu  «  paresseux  »,  c'est-à-dire  sans  aspect 
avec  l'Horoscope,  règle  impliquée  dans  la  précédente, 

IL  Par  rapport  au  Zodiaque.  — a.  Être  dans  un  signe  «  solide  » 
(jTspeô;),  symbole  de  stabilité  et  de  calme  *.  —  b.  Être  dans  un 
signe  et  un  quadrant  de  même  sexe,  —  c.  Être  dans  un  des  do- 
maines qui  lui  appartiennent,  domicile,  trigone,  hypsoma,  con- 
fins, décans  (irpÔTtoTia).  —  d.  N'être  pas  en  dépression  (xairetvwiJia). 

III.  Par  i^apport  aux  autres  planètes.  —  a.  A  défaut  de  do- 
maine propre,  être  dans  le  domaine  d'une  planète  sympathique  : 
1°  sympathique  par  a'ipeatç  (diurne- nocturne);  2°  sympathique 
par   sexe  ;  3°  sympathique    absolument,  comme   bienfaisante^. 

—  b.  Être  en  situation  telle  qu'elle  ne  soit  ni  en  conjonction,  ni 
en  opposition,  ni  en  aspect  quadrat  avec  une  planète  malfaisante, 
surtout  avec  une  planète  malfaisante  d'a'ipeatç  contraire  ^. 

IV.  Par  rapport  à  son  mouvement  propre  et  au  Soleil  (phases).  — 
a.  Être  en  mouvement  direct  (opeoiroSwv),  et  non  pas  rétrograde. 

—  b.  Être  en  phase  orientale,  s'il  s'agit  d'une  planète  masculine, 
en  phase  occidentale  pour  une  planète  féminines.V —  c.  Être  avec 
son  luminaire,  —  autrement  dit,  dans  son  aipeatç,  — les  planètes 
masculines  étant  au-dessus  de  l'horizon  le  jour,  et  les  autres,  la  ' 
nuitr^^'cZ.  Être  ou  bien  hors  des  rayons  solaires  (à  plus  de  15°), 
ou  «  dans  le  cœur  du  Soleil,  degré  pour  degré  »  ". 

1.  Il  n'y  a  pas  avantage  quand  la  planète  est  malfaisante,  ou  bien  le  sco- 
liaste  joue  sur  les  mots  :  totî  yàp  ol  [xèv  àyaOcirotol  dxepeoûai  xô  iyaOov,  ol  5è 
xaxoTToiol  TÔ  xaxôv.  Il  faudrait  entendre  que  le  signe  fixe  (c'est-à-dire  consolide) 
le  bien,  et  fixe  (c'est-à-dire  an'êle)  le  mal  ! 

2.  Les  méchants  s'associent  pour  le  mal,  mais  ne  s'aiment  pas  :  ils  s'adou- 
cissent au  contact  des  bons. 

3.  Anon.,  p.  74.  ^ 
(i)  Ceci  est  un  rafiBnement  négligé  par  Ptolémée,  bien  qu'il  soit  dans  la  lo- 

gique  de  la  doctrine.  Ptolémée  se  contente  de  dire,  d'une  manière  générale,  ! 
que  l^^planètcs^ont  plus  énergiques  à  l'orient  jt  en  _^mouyejnent  direjLiJ 
XT,v  5è  5ûva[Aiv  upwTOv  [xèv  [ÊTïtaxe-jrTÉov]  ex  xoû  f,Toi  àvaxoXtxoùi;  aÙTOÙî  elvai  xal 
irpOffôe-cixoOî   xaTç  lôiaiî  xivrjaeat,  —  xàxe  yip  (jtâXiaxa  eîtIv  layupof,  — f|  Suxixoùî 
xaî  iyatpexixouî,  xôxe  yàp  dcuôeveux^pav  2)(ou<ji   x^v  èvépYetav  {Tetrab.,  I,  23).  Cf. 
ci-dessus,  p.  113,  1. 

5.  Ci-dessus,  p.  112,  1.  Un  texte  nouveau  {Cod.  Floretii.,  p.  145)  nous 
apprend  que  l'exception  faite  pour  les  planètes  èyxâpStot  -  èv  xfi  xap5(a  xoû 
T,  ')\lou  -  date  d'Antiochus  :  xaûxTjî  oè  xfii;  fâcemi  oùSelî  xwv  àpj^aiwv  è|xvTi<i6Tj. 


310         CHAP.  IX.  —  LE  CERCLE  DE  LA  GÉNITURE 

Après  avoir  exposé  ces  règles,  le  même  compilateur  —  ou  un 
glossateur  quelconque  —  en  a  repris  quelques-unes  dans  un  ta- 
bleau des  quatre  «  Joies  »  (x*P*'')  ou  «  témoignages  favorables  » 
des  planètes.  La  première  joie  est  d'avoir  les  planètes  aux  places 
qui  leur  sont  assignées  dans  le  cercle  de  la  géniture  ;  la  seconde, 
de  les  avoir  dans  leurs  domiciles  du  Zodiaque  ;  la  troisième  et  la 
quatrième  ont  trait  à  la  «  phase  »  et  au  sexe.  C'est  un  essai  de 
classification  comme  tant  d'autres.  Celle-ci  confirme  une  fois  de 
plus  —  et  c'est  tout  ce  que  j'en  veux  retenir  —  la  supériorité  des 
«  lieux  »  sur  les  «  signes  »,  la  défaite  du  symbolisme  chaldéen  ou 
grec  par  le  symbolisme  plus  compliqué  des  «  Égyptiens». 


CHAPITRE  X 


PROPRIÉTÉS  ET  PATRONAGES  TERRESTRES 
DES  ASTRES 


Nous  avons  appris  à  connaître  les  forces  agissantes  qui  mènent 
le  monde  et  leurs  points  d'attache  au  ciel,  dans  les  positions  des 
planètes  et  des  signes  ;  mais  il  n'a  guère  été  question  jusqu'ici  de 
la  Terre  autrement  que  comme  siège  de  l'observateur  et  centre 
de  toutes  ses  mesures.  A  côté  de  ces  relations  perpétuellement 
variables  et  déterminées  pour  chaque  cas  par  le  calcul,  l'astrolo- 
gie en  a  supposé  d'autres,  fixes,  toujours  semblables  à  elles- 
mêmes,  qui  ajoutent  leur  action  spécifique  aux  influences  acci- 
dentelles, pour  accroître  ou  entraver  celles-ci.  En  un  mot,  de 
même  que  le  Zodiaque  a  été  garni  sur  tout  son  pourtour  de 
domaines  permanents,  de  même  le  monde  terrestre  a  été  partagé 
en  domaines  dévolus  soit  aux  planètes,  soit  aux  signes,  soit, 
concurremment,  aux  uns  et  aux  autres.  Ce  partage  peut  porter 
sur  des  surfaces  ou  régions  terrestres;  il  peut  concerner  aussi 
des  catégories  de  choses  ou  d'êtres  animés.  Enfin,  puisqu'il  est 
entendu  que  l'homme  est  un  microcosme,  le  partage  fait  sur  le 
monde  peut  être  répété  sur  lui  et  aboutir  à  une  répartition  des 
influences  astrales  entre  tous  ses  organes  corporels  et  toutes  ses 
facultés  psychiques. 

Ce  procédé  logique  est,  en  somme,  si  naturel,  malgré  les 
résultats  bizarres  auxquels  il  conduit,  qu'on  ne  saurait  dire  à 
quel  moment  et  par  quel  biais  il  est  entré  dans  la  doctrine.  Les 
astrologues  l'ont  poussé  aux  conséquences  extrêmes,  mais  ne 
l'ont  pas  inventé.  Sans  doute,  une  carte  terrestre  découpée  en 
fiefs  sidéraux,  comme  celles  que  nous  rencontrerons  plus  loin,  a 
la  prétention  d'être  œuvre  savante;  mais  des  esprits  plus  primi- 
tifs pouvaient  arriver,  sans  tant  de  mathématiques,  à  une  con- 
ception analogue.  Qu'étaient-ce  que  les  cités  antiques,  sinon  les 
domaines  propres  de  leurs  divinités  poliades?  Il  suffit  de  rempla- 


312     CHAP.  X.  —  PATRONAGES  TERRESTRES  DES  ASTRES 

cer  les  dieux  populaires  par  les  astres,  dieux  aussi,  pour  ébau- 
cher le  système  que  se  sont  approprié  les  astrologues.  Platon  ne 
songe  pas  à  leur  doctrine  quand  il  fait  dire  à  Gritias  :  «  Les 
«  dieux  se  partagèrent  autrefois  la  terre  entière,  contrée  par 
«  contrée,  et  cela  sans  querelle.  Ils  s'installèrent  dans  chaque 
«  contrée,  et,  une  fois  établis,  ils  prirent  soin,  comme  font  les  pas- 
ce  teurs,  de  nourrir  et  former  les  hommes,  qui  étaient  à  la  fois 
«  leurs  élèves  et  leurs  propriétés  »  ^  Si  les  astrologues  n'ont  pas 
inventé  le  partage  de  la  terre  en  surface  ou  par  populations  ^,  ils 
n'ont  pas  manqué  non  plus  de  précurseurs  qui  ont  imaginé  le 
partage  des  catégories  de  choses,  prises  dans  tous  les  règnes  de 
la  Nature.  La  mythologie  avait  disséminé  ses  dieux  dans  l'air, 
l'eau,  la  terre,  avant  que  les  astrologues  n'eussent  disserté  sur 
les  affinités  des  corps  célestes  avec  le  froid,  le  chaud,  le  sec  et 
l'humide.  Les  poètes  avaient  chanté  le  Soleil  d'or  et  la  Lune 
d'argent  ou  parlé  du  fer  de  Mars  avant  que  la  chimie  astrolo- 
gique n'eût  adjugé  chaque  métal  à  une  planète  déterminée.  On 
connaissait  les  végétaux,  les  animaux  que  préféraient  certains 
dieux  ;  le  chêne  et  l'aigle  de  Zeus,  le  laurier  et  le  dauphin  d'Apol- 
lon, le  myrte  et  la  colombe  d'Aphrodite  ^.  La  médecine  astro- 
logique (laxpo[jLa6Yj[jiaTtx75)  *,  qui  est  fondée  tout  entière  sur  les 
affinités  des  organes  d'une  part,  des  médicaments  de  l'autre, 
avec  les  astres,  a  été  devancée  par  les  superstitions  populaires. 
La  démonologie,  qui  attribue  les  maladies  à  la  possession  du 
corps  par  des  puissances  occultes,  est  la  première  forme  des  reli- 
gions, qui  ne  s'en  dégagent  jamais  complètement  et  y  retournent 
lorsque  vient  pour  elles  la  décrépitude.  Les  astrologues  n'ont 
fait  que  démarquer  et  transposer  le  bagage  d'amulettes,  phylac- 
tères, recettes  magiques,  dont  ils  ont  hérité.  Ce  n'est  pas  eux  qui 
ont  eu  les  premiers  l'idée  de  transformer  les  viscères  en  proprié- 
tés divines.  De  temps  immémorial,  les  devins  considéraient  le 
foie  comme  le  siège  de  la  révélation,  —  le  miroir  sur  lequel 
les  dieux  projettent  des  images  révélatrices,  suivant  Platon,  — 
et  c'est  pour  ne  pas  être  en  reste  avec  leurs  devanciers  que  les 
astrologues  y  logèrent  Mercure. 

De  toutes  les  traditions  et  rêveries  antérieures,  les  astrologues 

1.  Platon,  Critias,  p.  109  B. 

2.  Voy.  ci-après,  ch.  xi,  les  divers  systèmes  chorographiques,  qui  devraient 
logiquement  être  insérés  ici  et  n'ont  été  distraits  de  ce  chapitre  que  pour  les 
rapprocher  de  leurs  applications  pratiques. 

3.  Voy.  G.  Bœtticher,  Der  Baumkultus  der  Hellenen.  Berlin,  1836. 

4.  Voy.  ci-après,  ch.  xv. 


COULEURS  ET  MINÉRAUX  313 

ont  tiré,  en  les  rattachant  à  leurs  dogmes  par  un  lien  quelconque, 
des  séries  d'idées  associées  qui  ont  envahi  toutes  les  sciences 
naturelles  et  produit  une  minéralogie  ou  alchimie,  une  bota- 
nique, une  zoologie,  une  physiologie,  médecine  et  pharmacopée 
astrologiques.  La  physiologie  du  microcosme  humain  engendrait 
à  son  tour  des  raccourcis  de  l'astrologie  entière.  Si  les  traits  du 
visage  et  la  conformation  du  corps  étaient  dus  aux  influences 
astrales,  on  pouvait  reconnaître  celles-ci  par  ceux-là  :  la 
méthode  était  réversible.  L'astrologie  s'emparait  ainsi  d'une 
science  toute  faite,  la  physiognomonie,  et  de  portraits  tout  tra- 
cés *.  On  pouvait  abréger  encore  :  les  chiromanciens  localisaient 
dans  la  main,  qui  devenait  un  thème  de  géniture  tracé  par  la 
nature  elle-même,  les  marques  des  influences  célestes.  Les  pla- 
nètes y  avaient  leurs  domiciles  ^  ;  la  direction  des  lignes  indiquait 
leurs  rapports  et  aspects  réciproques,  et  la  longueur  ou  la  pro- 
fondeur des  lignes,  leur  degré  d'énergie. 

On  ne  sait  par  où  aborder  cet  énorme  fouillis,  quand  on  veut 
non  pas  énumérer,  mais  comprendre,  c'est-à-dire  saisir  les  asso- 
ciations d'idées  qui  rattachent  les  attributions  particulières  à  des 
principes  généraux  et  extraire  de  cet  amas  d'extravagances  le 
peu  de  raison  qu'elles  contiennent. 

Essayons  d'abord  de  ramener  à  un  principe  intelligible  la 
répartition  des  minéraux,  métaux  et  pierres  précieuses.  Là  on  a 
pour  guides  les  métaphores  courantes  qui  assimilent  le  Soleil  à 
l'or,  la  Lune  à  l'argent.  La  répartition  des  métaux  s'est  faite 
principalement  d'après  leur  couleur,  comparée  à  celle  des  pla- 
nètes. L'association  des  couleurs  aux  planètes  remonte  certaine- 
ment au  temps  des  anciens  Chaldéens.  Les  sept  étages  des 
observatoires  de  Borsippa  et  de  Ninive  étaient  peints  des  couleurs 
planétaires,  et  de  même  les  sept  enceintes  d'Ecbatane  ^.  Nous 
avons  vu  que  Saturne  passait  pour  noir;  Jupiter  était  rouge 
clair;  Mars,  pourpre;  le  Soleil,  couleur  or;  Vénus,  blanche; 

1.  Cf.  rédition  toute  récente  des  Scriptores 'physioqnomonici  graeci  et  lalini, 
par  R.  Fœrster,  2  vol.  Lips.,  1893.  La  série  s'ouvre  par  les  «fruïioyvwfjiovtxâ 
du  Pseudo-Aristote.  Les  physiognomonistes  n'empruntent  pas  aux  astro- 
logues, mais  bien  les  astrologues  aux  physiognomonistes.  Cf.  les  portraits 
des  individus  nés  sous  chacun  des  XII  signes  dans  les  Philosopintmena,  IV,  3, 
pp.  84-93  Cruice. 

2.  Saturne  dans  le  petit  doigt,  le  Soleil  dans  lannulaire  (à  cause  du  sigle 
solaire  en  anneau  O?),  Mercure  dans  le  médius,  Mars  dans  l'index,  Vénus 
dans  le  pouce.  Je  m'abstiens  de  toute  ingérence  de  ce  côté,  ayant  pour  but 
d'étudier  l'astrologie,  mais  non  ses  dépendances. 

3.  Voy.  ci-dessus,  p.  41,  1. 


314  CHAP.   X.  —   PATRONAGES    TERRfeSTRES    DES    ASTRES 

Mercure,  bleu.  Platon,  décrivant  les  orbes  ou  sphères  célestes 
"au  X*  livre  de  sa  République,  a  soin  de  noter  leurs  couleurs,  qui 
varient  du  blanc  au  jaune  et  au  rouge.  Ptolémée,  gui  se  serj,  des. 
couleurs  planétaires  pour  les  pronostics  à  tirer  des  rayons  colo- 
nies que  projette  la  chromosphère  du  Soleil  durant  les  éclipses  \ 
attribue  à  Saturne  le  gris  livide,  à  Jupiter  le  blanc,  à  Mars  le 
rouge,  à  Vénus  le  jaune  (la  blonde  Aphrodite),  à  Mercure,  tou- 
jours changeant  et  indifférent,  des  nuances  variables.  Ses  sco- 
"Tiastes  compilent  au  hasard  et  ne  s'accordent  guère  que  sur  le 
rouge  feu  de  Mars  ou  la  couleur  d'or  du  Soleil  ^ 

Ceux  qui  s'imagineraient  que  les  astrologues  se  sont  contentés 
d'observer  les  couleurs  réelles  des  planètes  sont  loin  de  compte. 
Les  nuances  n'auraient  pas  été  assez  tranchées  et  les  harmonies 
secrètes  assez  visibles.  Proclus  a  beau  dire  qu'il  n'y  a  pas  de  noir 
dans  les  corps  en  ignition  (èv  l[>.TZ'jpioii-)  ^  :  il  faut  que  Saturne  soit 
noir,  ditValens,  parce  qu'il  est  le  Temps  (Kpôvoç  =  Xpôvot;)  et  que 
le  temps  obscurcit  tout.  Il  n'en  reste  pas  moins  *a{vwv,  parce 
que  le  Temps  amène  tout  à  la  lumière  (Ttàvxa  x^>  ipô^u»  tpavepà  yl- 
vov-uat).  Pourquoi  Jupiter  est-il  éclatant  (XajjiTrpoç)?  Parce  qu'il  pré- 
side à  la  gloire  et  aux  honneurs.  Vénus  est  de  couleur  bigarrée, 
à  cause  de  la  mobilité  et  diversité  des  passions  qu'elle  engendre. 
Mercure  est  jaune,  couleur  de  fiel,  parce  qu'il  préside  au  foie.  La 
Lune  est  couleur  d'air,  c'est-à-dire  bleuâtre  comme  l'atmosphère 
qu'elle  agite,  et  changeante   comme  elle.  Et  il  est  regrettable, 

1.  Voy.  ci-après,  ch.  xi. 

2.  On  sait  combien  il  est  diflicile  de  s'entendre  sur  le  sens  des  mots  expri- 
mant les  couleurs,  et  surtout  leurs  nuances.  Je  préfère  donner  les  termes 
grecs  d'après  Ptolémée  {Tetrab.,  II,  9)  et  son  scoliaste  Anonyme  (p.  75), 
Héphestion  (I,  24),  Démophile  (ap.  Porphyr.,  p.  199),  Vettius  Valens  (ap. 
Salmas.,  pp.  620-623),  en  laissant  de  côté  les  couleurs  des  enceintes  d'Ecba- 
tane  (Ilerod.,  I,  98).  Saturne  est  de  couleur  [xpo'à]  (lÉT^aiva  t,  Cnréx^^wpa  (Ptol., 
Anon.,  Hephaest.),  [iéXaiva  (Valens),  pacp%  xaaxopi!;oû(TT,<;  (Demoph.),  irop'fupsaiî 
àxx'.ai  (Maneth.,  IV,  188).  —  Jupiter  est  de  couleur  Xeunfi  (Ptol.,  Anon.,  He- 
phaest.); Xa[j.itpa  (Val.);  [XPO'*î]  yoLk(xï^où<ji]<;  èizl  -zh  T^euxàv  p£i:oû(jTi;  (Demoph.); 
—  Mars,  de  couleur  ôirôxippa  (Ptol.,  Anon.,  Hephaest.):  xtppa  (Val.);  [xpoiàî] 
Tnjp(vfi;,  (fi>vOYtvTiî  (Demoph.).  —  Le  Soleil  est,  à  l'unanimité,  xpûaeo;  ou  XP"'o- 
xitpfvriç  (Demoph.).  —  Vénus  est  \zu%i\  (Demoph.),  ^avO-r;  (Ptol.,  Anon.,  Heph., 
Proclus),  Tw  xpwjxaTi  T.Q\,%i\r\  (Val.),  dx-ttat  -/^pu/jér^iji  (Maneth.,  IV,  225),  npuu- 
ziXktù  ôjxota  {Pap.  CXXX  Brit.  Mus.,  lig.  150),  coloi^e  aureo  (Schol.  German., 
p.  422  Eyssenh.).  —  Mercure  est  de  couleur  iîoixîXti  (Ptol.,  Anon.,  Heph.)  ;  wxp» 
(Val.),  àX7i6tvri  (Demoph.).  —  La  Lune  est,  à  la  presque  unanimité,  argentée 
ou  iepûS-ri!;  (Val.),  i:paa(vT,  (Demoph.),  ou  encore  (accidentellement  peut-être) 
XpuiTw  ôjioîa  {Pap.  CXXX,  lig.  85).  Il  faut  attendre  de  nouvelles  recensions  des 
textes,  de  Démophile  notamment,  pour  être  plus  sûr  de  ces  attributions. 

3.  Procl.,  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  71  Pitra. 


COULEURS  ET  MINÉRAUX  315 

ajoute  mélancoliquement  notre  logicien,  que  les  couleurs  «  dont 
une  goutte  suffît  pour  ternir  les  couleurs  claires  »,  le  noir  et  le 
rouge,  soient  celles  des  planètes  malfaisantes  *.  Un  autre  raison- 
neur, astrologue  ou  non,  n'est  pas  loin  de  conclure  que  le  Soleil 
est  noir,  puisqu'il  noircit  la  peau  et  que  son  symbole,  le  taureau 
Mnévis,  était  très  noir  ^  !  Enfin,  ce  n'est  pas  «  la  nature  »  qui  a 
fourni  les  couleurs  attribuées  aux  signes  du  Zodiaque  et  à  ces 
entités  géométriques  qu'on  appelle  des  «  lieux»,  ou  qui  a  réparti 
les  qualités  élémentaires,  le  froid,  le  chaud,  le  sec  et  l'humide, 
entre  les  trigones  zodiacaux  ^.  ^        .  ' 

Avec  les  couleurs  et  des  considérations  accessoires,  il  n'était       Ss^^  -> 
pas  malaisé  de  découvrir  la  marque  de  fabrique  des  planètes  sur  ^»<r 

les  métaux  que  leur  action  engendre  dans  le  sein  de  la  terre  *. 
L'or  étant  attribué  au  Soleil  et  l'argent  à  la  Lune,  Jupiter  pouvait  X^-"^ 

prend^l^e  jaunâlrc  électron,  et  Saturne  le  plomb,  livide  conopi?''''''^        .h«-^ 
sa  face^.  Guerrier  et  sanguinaire.  Mars  avait  droit  au  feu,  "cou-  "><^ 

vert  de  rouille  ou  de  sang,  rouge  dans  les  deux  cas.  Vénus,  déesse 
de  Cypre,  prenait  pour  elle  le  métal  de  Cypre  ou  «  cuivre  »,  qui, 
sTTnlivait  pas  la  couleur  de  la  planète,  rappelait  le  rose  des 
joues  de  la  déesse.  Un  septième  métal,  l'étain,  fut  adjugé,  sans 
rapport  évident  et  faute  de  mieux,  à  Mercure.  Aussi  lorsque  fut 

1.  Valens  ne  songe  pas  que  les  couleurs  planétaires  puissent  être  naturelles; 
il  les  veut  symboliques  et  cherche  Sii  xoiav  altiav  xoiaûxai;  ypotaî;  tovî  itÉvxe 
irXav^TiXç  %cii  xî^v  <j£)iT|V7;v  xal  xàv  t^Xiov  oc  iraXatol  èxÛTCwaav. 

2.  MvzOïç  poûv  éjTi  [i.éyi'sxoi;,  a'f65pa  [xÉXaî,  [laXiaxa  8xt  xal  ô  i^Xio;  ô  tto^ùî 
(leXafvei  xà  àvôpw-ireta  awjxaxa.  De  même,  le  lunaire  Apis,  oxi  xal  xf,ç  asXTivr;!;  xà 
{pwî  êÇ  i^klou  •  TiXîou  Se  (jTijxeîov  xà  (iéXav  xoû  awiiaxoç  (les  «  Égyptiens  »  ap. 
Euseb.,  Praep,  Ev.,  III,  13, 1-2).  C'est  une  affinité  de  plus  (cf.  ci-dessus,  p.  93,  2) 
entre  Saturne  et  le  Soleil. 

3.  Pour  les  trigones,  voy.  ci-dessus,  fig.  19.  Suivant  Saumaise  {Praef.),  à  qui 
je  m'en  rapporte  sur  ce  point,  Horoscopus  et  VII  locus...  albi  sunt,  Il  et  XII 
virides,  III  et  XI  crocei,  IV  et  X  rubri,  V  et  IX  mellei,  VI  et  VIII  nigri,  six 
couleurs  occupant  chacune  deux  secteurs  opposés.  Sur  les  couleurs,  odeurs, 
saveurs  réparties  dans  le  Zodiaque,  voy.  le  Firmicus  de  Pruckner,  II,  12. 

4.  "Exaaxa  xô5v  [xexiXXwv,  wairsp  xal  xwv  àXT^wv,  5ir6  xwv  oùpavÈwv  èv  yfi  (pûe- 
xai  Sreûv  xal  xt^î  IxeÎÔsv  (iTroppo{aî  (Proclus,  In  Tim.,  p.  14  B). 

5.  Il  se  pourrait,  vu  les  affinités  de  l'astrologie  et  de  la  magie,  que  le  métal 
de  Saturne  ait  été  choisi  de  préférence  pour  y  graver  les  formules  d'envoû- 
tement (àpal  -  xaxiûc(T|xot,  defixiones).  On  trouve  la  «  lame  de  plomb  »  expres- 
sément recommandée  en  ce  cas  :  XaScbv  zXixuujjLa  ij.oXu6o0v  •j'p»4'°^  xôvXôyov 
—  jjLoXuSoOv  TtÉxaXov  xal  (jt8T\pouv  %pi%o^  (les  métaux  de  Saturne  et  de 
Mars),  etc.  Cf.  A.  Dieterich,  in  Jahrbb.  f.  Philol.,  Supplbd.  XVI  [1888],  pp.  790- 
791.  Le  nombre  des  lames  de  plomb  chargées  d'imprécations  s'accroît  tous 
les  jours.  Le  P.  Delattre  en  a  trouvé  récemment  55  dans  un  souterrain  de 
l'amphithéâtre  de  Carthage  {C.-R.  Acad.  Inscr.,  1897,  pp.  318  sqq.). 


316  CHAP.   X.   PATRONAGES    TERRESTRES    DES    ASTRES 

découvert  le  «  vif-argent  »,  ce  métal  miraculeux,  mobile  et  pro- 
téiforme,  moitié  solide,  moitié  liquide,  revint  de  droit  à  l'andro- 
gyne  Mercure,  et  Tétain  remplaça,  comme  propriété  de  Jupiter, 
l'électron,  supprimé  en  l'honneur  du  nombre  septénaire  plutôt 
encore  que  rayé  de  la  liste  des  corps  simples  *. 

Pour  les  pierres  précieuses,  matière  préférée  des  phylactères, 
réceptacles  d'une  infinité  de  propriétés  occultes  ^,  la  couleur  a  été 
un  motif  de  classification,  mais  non  pas  le  seul.  Les  astrologues 
«  égyptiens  »  purent  puiser  à  pleines  mains  dans  l'amas  foison- 
nant des  superstitions  égyptiennes.  Ils  y  trouvèrent  des  pierres 
attribuées  à  chaque  jour  du  mois  et  aux  chefs  des  décades  ou 
décans.  Il  y  eut  des  répartitions  par  planètes  ^;  mais  le  mode  pré- 
féré fut  la  répartition  par  décans,  ceux-ci  tenant  d'une  part  aux 
planètes,  de  l'autre  aux  signes  du  Zodiaque  *.  Les  astrologues  ont 
mis  en  œuvre  tous  les  rapports  imaginables,  domiciles,  protecto- 
rats chorographiques  (ci-après,  ch.  xi),  ressemblances  fortuites  de 
noms,  etc.,  sans  compter  la  fantaisie  pure.  Ceux  qui  aiment  les 
énigmes  peuvent  s'exercer  sur  celles-là  ^.  Quand  ils  en  auront 

1.  Voy.  la  répartition  des  métaux  dans  Proclus  {In  Tim.,  p.  14  B),  Olympio- 
dore  (ap.  Fabric,  Bibl.  gr.,  V,  6),  les  Anecdota  de  Ludwich  (p.  121),  Téchelle 
métallique  de  Mithra  {%ki\i:L\  itz'ziTzuko^)  dans  Lobeck,  Aglaophamus,  p.  934, 
et,  ce  qui  dispense  du  reste,  la  Collection  des  anciens  alchimistes  grecs  de 
M.  Berthelot,  notamment  V Introduction,  Paris,  1888,  pp.  73-85.  Les  noms  de 
médicaments  mercuriaux,  martiaux,  extrait  de  Saturne,  etc.,  sont  passés  dans 
la  langue  courante.  On  appelait  pilules  joviales  une  préparation  à  base  d'étain 
(Littré,  s.  V.).  Il  va  sans  dire  que  les  métaux  ont  été  désignés  par  les  sigles 
des  planètes.  L'OSpâpyupov,  connu  «  à  partir  du  temps  de  la  guerre  du  Pélo- 
ponèse  »,  prenait  d'abord  le  signe  de  la  Lune  (argent)  avec  les  cornes  à  gau- 
che :  il  devint  ensuite  le  «  mercure  ».  La  mutation  s'est  faite  entre  le  v«  et  le 
vue  siècle  de  notre  ère  (M.  Berthelot,  Introd.,  pp.  84.  94-93.  112). 

2.  Il  y  a  toute  une  littérature  «  lapidaire  ».  A  signaler  la  collection  de  Mély, 
dont  le  tome  II,  les  Lapidaires  grecs,  par  F.  de  Mély  et  Ch.-Ém.  Ruelle,  vient 
de  paraître  (Paris,  Leroux,  1898).  Il  contient  beaucoup  d'inédit  (v.  g.  Les  Cyra- 
nides),  mais  rien  d'astrologique  :  il  y  a  là  une  lacune  à  combler. 

3.  Voy.  les  Anecdota  de  Ludwich  (p.  121). 

4.  "Voy.  les  amulettes  décaniques  sur  pierres,  dans  Toû  'Ep[jioû  itpô;  'AavcW.- 
ittov  71  XcY0[j.£V7i  'Ispà  ptêXoç  {Anal,  sacr.,  V,  2,  pp.  284-290).  Toutes  ces 
superstitions  apparaissent  dans  des  textes  de  basse  époque  ;  mais  elles  peuvent 
remonter  très  haut,  et  c'est  peine  perdue  que  de  chercher  à  déterminer  leur 
âge.  Nous  les  retrouverons  en  «  iatromathématique  »  (ci-après,  ch.  xv). 

5.  Voici,  pour  amorcer  ce  jeu  de  devinettes,  un  échantillon  de  clefs  :  soit  le 
Bélier,  avec  ses  trois  décans  planétaires  {^  Q  Q).  La  première  pierre,  le 
>^t8oî  Baêu^wvioî,  fait  allusion  au  protectorat  du  Bélier  sur  la  Babylonie  (sys- 
tème de  Dorothée,  ci-après,  ch.  xi);  Mars,  premier  décan,  recule  au  second 
rang  et  remplace  le  Soleil  (XMo?  ffi5T,p£TTnî)  :  reste  Vénus,  troisième  décan,  qui 
a  pour  symbole  «  la  Frisée  »  (XiOoî  '^oiipuy^irii).  Le  Taureau,  hypsoma  de  la 


VÉGÉTAUX    ET    ANIMAUX  317 

fini  avec  les  minéraux,  il  leur  sera  loisible  de  recommencer  à 
nouveaux  frais  sur  la  botanique  et  la  zoologie. 

La  répartition  des  plantes  *  a  été  faite  de  la  même  façon,  et  sans 
plus  de  système,  d'après  l'aspect  général,  la  couleur  des  fleurs, 
d'après  une  foule  de  propriétés  magiques  ou  médicinales  qu'on 
leur  reconnaissait,  parfois  d'après  leur  nom  populaire  ou  des  ca- 
lembours faits  sur  ces  noms.  Une  plante  qui  s'appelait  la  «  bou- 
clée »  {■Kloy.oLiiiç)  ou  bien  «  l'herbe  à  colombes  »  (TueptdTspwv),  était 
adjugée  à  Vénus  ;  la  «  baguette  d'Hermès  »  ('Ep[ioù  pâêSoç),  à  Mer- 
cure, absolument  comme  le  tournesol  irait  aujourd'hui  au  Soleil. 
C'est  sans  doute  un  jeu  de  mots  (àp-^v  rapproché  de  "Apirjç)  qui  a 
fait  attribuer  l'arnoglosse  à  Mars,  à  moins  que  la  «  langue 
d'agneau  »  n'ait  fait  penser  au  Bélier,  domicile  de  Mars.  En  gé- 
néral, les  plantes  acres,  piquantes,  étaient  du  domaine  de  Mars  ; 
les  plantes  parfumées,  «  aphrodisiaques  »,  et  les  fruits  sucrés 
allaient  à  Vénus.  L'énergie  toujours  un  peu  offensive  de  Saturne 
se  révélait  dans  la  saveur  de  l'oignon,  de  l'ail,  de  la  moutarde  et 
du  poivre. 

Le  chapitre  de  la  zoologie  est  moins  fourni  ^.  L'habitude  d'at- 
tribuer des  animaux  comme  serviteurs  ou  messagers  spéciaux  aux 
divinités  était  universelle,  à  tel  point  que  le  Jahveh  biblique  et 
apocalyptique  lui-même  en  est  entouré  et  que  nos  évangélistes, 
avec  quelques  saints  bien  connus,  ont  aussi  les  leurs.  Dragons, 
serpents,  scorpions,  vipères,  renards,  chats  et  souris,  oiseaux 
nocturnes  ^  et  autres  engeances  sournoises  sont  le  lot  de  Saturne. 


Lune,  débute  par  le  ?k(9o<;  ueXTjvtrrji;  ;  comme  domicile  de  Vénus,  il  a  ensuite  le 
>it6o;  à'^poSiiTiaxôî  ;  et  son  troisième  décan,  icpôauTrov  de  Saturne,  motive  la 
couleur  violacée  du  Xiôoî  uaxMivoç.  Et  ainsi  de  suite. 

1.  Voy.  la  pharmacopée  'Epaoû  toû  TptaiJLEYiaTou  lîpôç 'AaxX-fiirtov  irspt  poTa- 
vôiv  xwv  Ç'  dtfftépwv,  etc.  [Anal.  saa\,  V,  2,  pp.  279-284  et  291)  et  les  Anecdota 
de  Ludwich,  pp.  120-121.  La  liste  des  amulettes  décaniques  de  la  'lepà  piêXoî 
d'Hermès  Trismégiste  (ci-dessus,  p.  316,  4  et  5)  contient  aussi  une  plante  par 
décan.  Je  mentionne  pour  mémoire  les  rudiments  de  distribution  du  règne 
minéral  (voy.  les  terrains,  ci-après,  ch.  xi),  végétal  et  animal  entre  les  signes 
du  Zodiaque  (Ludwich,  pp.  119-120).  Sont  adjugés,  en  fait  de  végétaux,  les 
plants  d'olivier  au  Cancer,  le  blé  à  la  Vierge,  le  palmier  à  la  Balance,  la 
vigne  au  Scorpion  et  au  Sagittaire  (époque  des  vendanges?),  les  légumes  au 
Capricorne  (idée  d'irrigation,  xT^Truv  dpSeuTwv)  ;  en  fait  d'animaux,  les  fauves 
au  Lion,  les  oiseaux  à  la  Vierge  (ailée);  les  poissons  aux  Poissons  ;  les  hommes, 
aux  signes  humains  (Gémeaux,  Balance,  Verseau). 

2.  \oy.  les  Anecdota  de  Ludwich,  pp.  121-122  (Tî  êxXr.pûaaxo  ëxauxoç 
Twv   àaTÉpwv  iitô  xwv    Çwwv). 

3.  Ti  xf,;  vuxxôî  itEXEivi—  bien  que  Saturne  soit  de  la  secte  solaire  et  diurne. 
Mais,  d'autre  part,  Saturne  est  «  noir  »,  et  le  noir  l'emporte. 


318     CHAP.  X.  PATRONAGES  TERRESTRES  DES  ASTRES 

Pourquoi  faut-il  que  le  lièvre  et  l'âne  se  soient  fourvoyés  en 
pareille  compagnie?  Du  lièvre,  je  n'ai  rien  à  dire,  sinon  que  ses 
oreilles  font  un  digne  pendant  à  celles  de  l'âne.  Quant  à  l'âne,  je 
soupçonne  qu'il  a  été  amené  là  par  un  jeu  de  mots  digne  de 
figurer  à  côté  des  étymologies  platoniciennes  et  stoïciennes  :  ovoc 
est  contenu  dans  Kpovo;  K  On  ne  s'étonne  pas  de  voir  les  animaux 
féroces  et  carnassiers  dans  le  lot  de  Mars,  égayé  pourtant  par  les 
singes  et  les  pourceaux.  Le  reste  de  la  ménagerie  ne  laisse  guère 
apercevoir  d'idées  générales,  sauf  peut-être  que  les  animaux 
domestiqués  sont  le  lot  de  Mercure,  le  pédagogue  attitré  de 
l'astrologie. 

Mais  l'animal  sur  lequel  se  concentre  l'attention  des  dieux  et 
l'énergie  des  astres,  c'est  l'homme,  le  microcosme.  La  répartition 
des  influences  célestes  dans  les  membres  humains  ou  «  mélothé- 
sie  »  astrologique  ne  pouvait  manquer  d'être  un  chef-d'œuvre, 
ou  plutôt,  puisque  tout  le  monde  y  a  travaillé,  une  collection  de 
chefs-d'œuvre.  C'était  une  de  ces  tâches  qui,  complexes  à  l'ori- 
gine, s'embrouillent  encore  à  la  réflexion.  Fallait-il  considérer 
comme  parties  du  corps,  à  titre  égal,  les  divers  membres  et  or- 
ganes; ou  distinguer  au  moins  entre  les  membres  extérieurs  et 
les  organes  intérieurs,  ou  entre  les  éléments  constitutifs,  les  os, 
le  sang  et  les  humeurs,  le  souffle,  la  chaleur  vitale,  correspon- 
dant aux  quatre  éléments  cosmiques;  ou  mieux  encore,  instituer 
une  hiérarchie  embrassant  le  corps  et  l'âme,  la  vie  végétative, 
sensitive,  intellectuelle  ?  Il  y  avait  assez  d'astrologues  pour  poser 
et  résoudre  différemment  ces  sortes  de  questions. 

On  retrouve  encore  ici  la  concurrence  entre  l'astrologie  zodia- 
cale et  l'astrologie  planétaire. 

1.  Diogène  Laërce  termine  par  ce  calembour  son  épigramme  surDiodore  le 
Mégarique,  surnommé  Kronos  :  -rotyàp  e'jpéÔTiç  Kpôvoî  |  èÇwOe  xoû  pu  xâ-Ttira  te 
(Diog.  L.,  II,  §  112).  Je  suis  persuadé  que  les  astrologues  l'ont  fait  avant  lui 
et  ont  trouvé,  pour  le  justifier,  maintes  affinités  entre  le  vieux,  lent,  froid 
Saturne  et  Vanimal  frigidum,  indocile,  tardum  --longae  uifae  (Physiognom. 
graec,  II,  pp.  136  et  139  Fœrster),  les  longues  oreilles  étant  signes  de  longue 
vie  (Plin,,  XI,  §  27)  et  Saturne  ayant  influence  sur  l'oreille  (ci-après,  p.  321). 
Je  me  propose  de  montrer  plus  loin,  à  propos  de  la  semaine  planétaire 
(ch.  xiii),  que  l'attribution  de  l'âne  à  Saturne  est  probablement  la  raison  pour 
laquelle  les  Juifs,  observateurs  du  sabbat  (jour  de  Saturne),  ont  passé  dans  le 
monde  romain  pour  adorer  ou  vénérer  un  âne  ou  une  tête  d'âne.  Notons  pro- 
visoirement que  Plutarque  {Qnaest.  Conviv.,  IV,  5)  associe  le  lièvre  et  l'âne  et 
les  dit  honorés  tous  deux  par  les  Juifs  ;  le  lièvre  «  à  cause  de  sa  similitude  avec 
l'âne  »,  et  l'âne  «  comme  leur  ayant  découvert  une  source  d'eau  »  (dans  le 
désert,  au  temps  de  Moïse.  Tac,  Hist.,  IV,  3),  ce  qui  rappelle  Saturne  logé 
dans  le  Verseau  et  patron  des  porteurs  d'eau  (ci-dessus,  p.  96) .   ■ 


MÉLOTHÉSIE    ZODIACALE  319 

La  série  des  signes  du  Zodiaque,  considérée  comme  mesure  et 
prototype  du  corps  humain,  avait  sur  la  série  planétaire  le  double 
avantage  d'être  fixe,  tandis  que  l'autre  était  discutée,  et  d'offrir 
un  plus  grand  nombre  de  divisions,  surtout  si  l'on  faisait  inter- 
venir les  décans  '.  Manilius  ne  connaît  ou  n'expose  que  la  mélo- 
thésie  zodiacale  :  on  a  chance  de  retrouver  chez  lui  les  raison- 
nements naïfs  que  les  autres  ont  soin  de  cacher.  Ici,  nous  sommes 
déçus  :  par  exception,  il  est  très  bref  et  ne  raisonne  pas  ;  il  ne 
prend  même  pas  le  temps  de  formuler  la  règle  très  simple  qu'il 
applique.  Elle  consiste  à  étendre  pour  ainsi  dire  le  corps  humain 
sur  le  cercle  déroulé  du  Zodiaque,  en  faisant  poser  la  tête  sur  le 
Bélier  (le  Bélier  «  tête  du  monde  »)  et  les  pieds  sur  les  Poissons, 
qui,  eux,  n'ont  pas  de  pieds,  mais  compensent  cette  fâcheuse 
inaptitude  par  le  fait  qu'ils  sont  deux.  Donc,  la  tête  étant  dévo- 
lue au  Bélier,  le  cou  correspond  au  Taureau,  l'animal  à  la  forte 
encolure  ;  les  épaules  et  les  bras,  membres  géminés,  aux  Gémeaux  ; 
la  poitrine,  à  la  carapace  du  Cancer  ;  les  flancs,  au  Lion  ;  le  bas- 
ventre  ou  vessie,  à  la  Vierge  ;  les  fesses,  qui  tiennent  le  corps  en 
équilibre  dans  la  station  droite,  à  la  Balance  ;  le  pubis,  au  Scor- 
pion ;  les  cuisses,  au  Sagittaire  ;  les  genoux,  au  Capricorne  age- 
nouillé ;  les  jambes,  au  Verseau,  et  les  pieds  aux  Poissons  ^. 

Les  associations  d'idées  ne  sont  pas  précisément  le  côté  bril- 
lant de  ce  procédé  mécanique,  et  l'on  comprend  que  Manilius  ne 
s'attarde  pas  à  les  faire  valoir  ^.  Sextus  Empiricus  connaît  et 
reproduit  le  canon  précédent,  en  ajoutant  une  indication  sur  son 


1.  La  mélothésie  zodiacale  —  décanique  surtout  —  est-elle  plutôt  «  égyp- 
tienne »  ;  Tautre,  plutôt  «  chaldéenne  »  ?  La  question  ne  comporte  que  des 
solutions  arbitraires.  Manilius  ne  s'en  occupe  pas,  et  S.  Empiricus,  pour  qui 
tous  les  astrologues  sont  des  Chaldéens,  attribue  la  mélothésie  zodiacale  à 
«  certains  Chaldéens  »  (rivèî  XaXSaiwv,  op.  cit.,  pp.  341-342),  tandis  que  d'autres 
en  font  honneur  aux  Égyptiens  —  ol  Aiyûr^'zioi  (Schol.  Arat.,  v.  544).  —  Hune 
enim  locum  divinus  ille  Nechepso,  ut  remédia  valetudinum  inveniret,  diligen- 
tissime  quidem,  ut  divinum  tanti  viri  potuit  ingenium,  manifestis  tractatibus 
explicavit  [Yïrxmc,  VIII,  3  Pruckner). 

2.  Manil.  II,  453-463. 

3.  Toutes  ne  sont  pas  commodes  à  indiquer.  Cf.  le  Scorpion  laboureur  (ci- 
dessus,  p.  143,  2);  ici,  1%'  dpÔTpw  iraCSwv.  Le  Sagittaire  remplace  parfois  le 
Scorpion,  par  un  symbolisme  analogue  [Cupidinis  arcus).  Le  scoliaste  d'Ara- 
tus  (v.  544)  trouve  ces  assimilations  très  satisfaisantes  :  il  est  convaincu  que 
le  choix  a  été  fait  par  les  «  Égyptiens  »  xaxà  àvaXoY{av  tôJv  [ieXûv.  A  coup  sûr, 
leur  canon  ne  doit  rien  à  celui  de  Polyclète.  Le  lot  de  la  Vierge  a  quelque  peu 
scandalisé,  surtout  dans  ses  variantes  :  Quid  enim  pugnacius  dici  posset  quam 
testes  et  pudenda  Virgini  assignari,  ut  Alchabitius?,  dit  l'auteur  de  i&  Marga- 
rila  philosophica  (VII,  18). 


320  CHAP.    X,  —  PATRONAGES    TERRESTRES    DES    ASTRES 

usage  ;  à  savoir,  que  la  présence  d'une  planète  malfaisante  dans 
un  des  signes  au  moment  de  la  naissance  entraîne  la  mutilation 
du  membre  correspondant.  Le  même  tableau  se  retrouve  ailleurs, 
avec  des  tentatives  de  remaniement,  mais  protégé  contre  les 
déformations  par  sa  structure  même,  qui  ne  laisse  gaère  de  place 
à  la  fantaisie  *.  La  mélothésie  par  décans  (la  même  avec  subdivi- 
sions ternaires),  probablement  mise  en  vogue  par  le  célèbre 
«  Néchepso  »,  était  connue  de  Celse  et  attribuée  par  lui  aux 
Égyptiens.  «  Selon  eux  »,  dit-il,  «  trente-six  génies  ou  dieux  de 
«  Tair  —  on  en  compte  quelquefois  plus  encore  —  se  sont  par- 
«  tagé  le  corps  de  l'homme  en  trente-six  parties.  Chacun  d'eux  a 
«  été  désigné  pour  veiller  sur  une  de  ces  parties.  Ils  savent  les 
«  noms  de  ces  dieux  dans  la  langue  du  pays  »  ^ 

C'est  sur  la  mélothésie  planétaire  que  se  rejetèrent  les  nova- 
teurs incommodés  par  la  géométrie  rigide  du  Zodiaque.  Là  ils 
avaient  affaire  à  une  série  «  naturelle  »  sans  doute  ^,  mais  plus 


1.  Firmic.  II,  24  Kroll.  La  mélothésie  mêlée  d'autres  considérations  dans  le 
Firmicus  de  Pruckner  (II,  12)  est  une  interpolation,  éliminée  dans  les  éditions 
récentes.  Voy.  de  plus  Paul.  Alex.,  A-B  2.  Demophil.  ap.  Porphyr.,  p.  198. 
Celui-ci  note  les  variantes  %at'  èviouç,  par  exemple,  les  flancs  (TiXeupai)  attri- 
bués au  Cancer  à  la  place  du  Lion.  La  mélothésie  zodiacale  était  encore  telle 
au  temps  de  saint  Augustin  :  ipsum  corpus  nostrum  secundiim  XII  signa  com- 
positum  adstruunt  Mathematici,  constituentes  in  capite  Arielem...  ad  plantas 
usque,  quas  Piscibus  tribuunt  (Augustin.,  De  Haeres.,  70).  Dans  le  ms.  2419  de 
la  Bibl.  Nat.  se  trouve  en  frontispice  une  figure  humaine  entourée  des 
XII  signes  du  Zodiaque,  disposés  en  deux  séries  alternantes  de  six  signes 
chacune  :  Tune,  du  Bélier  aux  Poissons  sur  le  demi-cercle  de  droite,  l'autre, 
du  Taureau  aux  Poissons  sur  le  demi-cercle  de  gauche  (cf.  la  description  de 
M.  Berthelot, /n^rod.,  p.  205).  Les  figures,  accoutrées  à  la  mode  du  xv"  siècle, 
sont  quelconques,  sans  proportion  avec  la  grandeur  relative  des  signes. 
Cf.  la  figure  donnée  au  livre  VU,  2,  1  de  la  Margarila  philosophica  de  Greg. 
Reisch  (Argentor.,  1504).  Le  gnostique  Marcus  avait  eu  l'idée  originale  d'ap- 
peler ce  spécimen  anatomique  la  «  Vérité  »  et  de  disposer  à  l'entour  les  lettres 
de  l'alphabet  en  deux  séries  de  douze  lettres,  l'une  descendante,  l'autre  mon- 
tante. La  tête  correspondait  ainsi  à  l'A  et  à  l'û,  ce  qui  était  évidemment  la 
raison  d'être  du  système  {Philosophum.,  VI,  5,  45,  p.  314  Cruice).  Les  Priscil- 
lianistes  remplaçaient  les  signes  du  Zodiaque  par  les  XII  Patriarches  d'Israël 
(Concil.  Brag.,  Can.  X).  Enfin,  les  XII  «  lieux  »  ou  maisons  du  ciel  pouvaient 
être  substitués  aux  signes,  la  première  maison  correspondant  à  la  tête  et  la 
douzième  aux  pieds.  C'est  le  système  préféré  des  Arabes. 

2.  Origen.,  Contra  Cels.,  VIII,  58,  trad.  Aube  (texte  visé  ci-dessus,  p.  229, 2). 
Voy.  la  mélothésie  par  décans  de  la  'lepà  <^i6'Koi  hermétique  (ci-dessus, 
p.  316,  4),  précédée  d'une   mélothésie  sommaire  par  signes. 

3.  Le  Trismégiste  (ap.  Ideler,  p.  387),  qui  réclame  l'honneur  de  l'invention, 
appelle  sa  science  CitfipéTtv  Tf.î  œûaswç-  dwdéyxT,  yio  TauT7|v  ouvxpoTeïv  r^ 
(pûïsi.  Pas  d'objection  qui  tienne  devant  cet  àviyxTi  yip. 


MÉLOTHÉSIE    PLANÉTAIRE  321 

complaisante,  et  à  des  affinités  électives  plus  intelligibles.  Ils 
pouvaient  même  s'affranchir,  si  bon  leur  semblait,  de  Tordre  des 
distances  et  s'en  tenir  aux  affinités  électives  ;  mais  le  comble  de 
l'art  était  de  combiner  les  deux  genres  de  rapports. 

Ptolémée  ne  l'a  pas  essayé,  ou  n'y  a  pas  réussi  *.  Il  suit,  à 
regret  sans  doute  et  faute  de  mieux,  un  système  fabriqué  par  de 
véritables  assembleurs  de  nuages  ;  il  le  mentionne  brièvement, 
sans  même  ajouter  çà  et  là  quelques  motifs  de  classification,  que 
nous  suggérerons  à  sa  place,  de  compte  à  demi  avec  son  scoliaste.-^ 
Saturne  a  l'oreille  droite,  —  l'autre  étant  réservée  à  Mars  ^,  —  la 
vessie,  la  rate,  les  phlegmes  et  les  os  ;  c'est-à-dire  tout  ce  qui 
est  humide  ou  dur,  avec  mélange  de  froid.  Jupiter  gouverne  le 
sens  du  toucher,  le  poumon,  les  artères  et  le  sperme;  c'est-à-dire 
tout  ce  qui  est  tempéré  et  surtout  «  pneumatique  »,  la  planète 
étant  venteuse  par  excellence  ^.  Mars  a  l'oreille  gauche  comme 
collaborateur  de  Saturne  en  œuvres  mauvaises,  et,  en  propre,  les 
•>4eins,  les  veines  et  les  testicules,  sources  de  chaleur  et  de  pas- 
sion. Le  Soleil,  œil  du  monde,  a  pour  lui  les  yeux,  le  cerveau,  le 
cœur,  les  nerfs,  et,  d'une  manière  générale,  le  côté  droit,  corres- 
pondant à  l'héihisphère  des  «  domiciles  »  diurnes.  Il  régit  les 
organes  «  hégémoniques  »  *.  Vénus  a  l'odorat,  les  parfums  étant 
aiguillon  d'amour  ;  le  foie,  siège  de  l'enthousiasme  prophétique 
pour  lequel  la  femme  a  une  réceptivité  particulière  ;  les  chairs, 
qui  font  la  beauté.  Mercure  a  empire  sur  la  raison,  sur  la  langue, 
comme  dieu  de  la  science  et  de  l'éloquence  ;  comme  planète  à 
mouvement  rapide,  il  régit  la  bile  par  affinité,  et  «  le  siège  »,  sans 
doute  par  logique  hégélienne,  en   vertu  de  l'identité  des  con- 

1.  Tetrab.,  III,  H,  p.  258  Junctinus;  Anon.,  pp.  138-140. 

2.  Cela  allait  de  soi,  si  l'on  commençait  par  admettre  que  Saturne  et  Mars, 
auteurs  de  toutes  les  infirmités  (ci-après,  ch.  xii),  font  les  sourds;  et  les  sourds- 
muets  avec  la  collaboration  de  Mercure  (Maneth.,  II,  192-193  ;  V,  263). 
Saturne  est  à  droite  comme  oriental  et  diurne;  Mars  à  gauche,  comme 
occidental  et  nocturne.  Il  y  a  de  plus  pour  Saturne  une  raison  topique  :  c'est 
qu'il  était  assimilé  à  Némésis  (ci-dessus,  pp.  93,  2  et  307),  et  que  Némésis 
siégeait  derrière  loreille  droite,  en  un  lieu  que  l'on  touchait  du  petit  doigt 
pour  demander  pardon  aux  dieux  de  quelque  parole  avantageuse  :  est  posé 
aurem  aeque  dexteram  Nemeseos  [locus]...  quo  referimus  laclum  ore  -proxu- 
mum  a  minimo  digitum  veniam  sermonis  a  dis  ibi  recondenles  (Plin.,  XI, 
§  251).   L'astrologie  est  un  réceptacle  de  toutes  les  superstitions. 

3.  Cf.  ci-dessus,  pp.  97-98.  201. 

4.  Twv  àpyixtdxâxwv  xal  •fj  y  e  (A  o  vi  xo  x  ix  wv  (Anon.,  p.  138).  Les 
Stoïciens  hésitaient  sur  la  localisation  de  Y  fjeuovixôv.  Les  uns  le  plaçaient 
dans  la  tôte  ;  Chrysippe,  Iv  xû  uxTiOst  (Phaedr.  Epicur.,  p.  21  Petersen).  Pto- 
lémée s'évite  la  peine  de  choisir. 

21 


J 


322  CHAP.  X.  —  PATRONAGES    TERRESTRES    DES    ASTRES 

Iraires  *.  La  Lune  enfin,  qui  règne  sur  la  moitié  gauche  du  corps 
comme  le  Soleil  sur  le  côté  droit,  a  en  propre  le  sens  du  goût,  — 
le  seul  qui  reste  à  distribuer,  —  l'ingestion  des  boissons,  l'estomac, 
le  ventre  et  la  matrice  ^. 

Cet  essai  n'était  pas  pour  décourager  l'émulation.  Démophile 
reprend  et  perfectionne  le  système,  en  y  mélangeant  toute  espèce 
d'influences  psychiques  et  de  raisonnements  dangereux'.  Il  laisse 
à  Saturne  tous  les  phlegmes  et  humeurs  froides  et  lui  enlève 
le  reste  :  du  moins  il  n'est  plus  question  ni  de  la  rate,  adjugée  à 
la  Lune,  ni  d'oreille,  droite  ou  gauche.  L'ouïe  va  là  où  est  la 
langue,  à  Mercure.  La  subtile  distinction  appliquée  ci-devant  à 
l'oreille  est  transportée  à  l'œil,  et  avec  une  sous-distinction  dont 
l'auteur  peut  être  fier.  Le  Soleil  régit  l'œil  droit  chez  l'homme  et 
l'œil  gauche  chez  la  femme  :  la  Lune,  l'œil  gauche  chez  l'homme 
et  l'œil  droit  chez  la  femme.  Voilà  qui  s'appelle  remettre  les 
choses  à  leur  vraie  place  *.  Le  foie  échoit  à  Jupiter,  avec  l'estomac 
et  les  nerfs.  Mars  prend  les  parties  chaudes,  tout  ce  qui  bouil- 
lonne et  fermente  dans  l'organisme,  le  sang,  les  reins,  les  réser- 
voirs de  la  semence  :  s'il  laisse  la  bile  à  Vénus,  c'est  sans  doute 
pour  ne  pas  voisiner  avec  Jupiter.  Les  perfectionnements  finissent 
par  aboutir  à  un  bouleversement. 

Ce  sont  peut-être  des  astrologues  amateurs,  gnostiques  ou 
pythagorisants,  qui,  plus  libres  à  l'égard  des  traditions,  ont  le 
mieux  réussi  à  combiner  l'ordre  des  planètes  avec  leurs  affinités 
physiologiques  et  psychologiques.  Voici,  en  ce  genre,  un  petit 
chef-d'œuvre,  transmis  par  l'auteur  de  YHermippus  ^. 

Saturne,  qui,  comme  planète,  trône  au  haut  du  ciel,  et  qui, 

1.  Ptolémée  dit  simplement  x^'^'^iî  ^'^^  è'Spaî  :  le  scoliaste,  embarrassé, 
ajoute,  sans  plus  :  8tà   x  ô  x  i  v  t;  x  i  x  6  v. 

2.  C'est  ici  que  le  scoliaste  se  surpasse  et  fait  dépense  de  philosophie  : 
àvaTkOyeî  yàp  TTi  ysûasi  fj  éXxT  t  tc')^  [Sûvajiiç],  T?i  Se  xaTairôffst -fj  xaôsx  tixti,  Ttô 
6è  axoiidy^ù  r;  dX^o i  w  Tt  x:?) ,  tr^  5è  xoiXîa  f;  àir  o x p  t  x  i xti.  La  métaphy- 
sique vient  au  secours  de  la  physique  défaillante.  Plus  haut,  s'étant  aperçu 
que  Ptolémée  a  oublié  l'appareil  génital  masculin,  il  se  risque  à  attribuer  à 
la  Lune  une  influence  générale  sur  ta  (rirspjxaxtxà  xal  y6vi[ia  ylvr,. 

3.  Demoph.  ap.  Porphyr.,  p.  198.  D'après  la  tradition  égyptienne,  le  Soleil 
était  l'œil  droit  de  Horus  ou  d'Osiris  ;  la  Lune,  l'œil  gauche  (Brugsch,  Thésau- 
rus, II,  pp.  436-438) ;  l'innovation  consiste  ici  à  intervertir  les  attributions  pour 
le  sexe  féminin. 

4.  On  pouvait  enchérir  encore  sur  ces  subtilités,  en  attribuant  in  nativitate 
diurna  oculum  dextrum  Soli  et  sinistrum  Lune;  in  noclurna  vero  dextrum 
Lune,  sinistrum  Soli  :  in  nativitate  autem  femine  tenent  modos  oppositos 
(Ciruelo,  III,  7,  fol.  1). 

5.  Hermippus,  I,  13,  §§  80-92,  pp.  18-20  Kroll  ;  II,  3,  pp.  31-39. 


MÉLOTHÉSIE    PLANÉTAIRE  323 

comme  dieu,  est  prudent,  sage,  froid  de  corps  et  d'âme,  corres- 
pond au  cerveau.  Son  attribut  spécifique,  la  paternité,  peut 
même  être  utilisé,  car  c'était  une  croyance  générale  dans  l'anti- 
quité que  la  semence  descend  du  cerveau  par  la  moelle  épinière  '. 
Jupiter  a  pour  lui  le  thorax,  siège  de  l'âme  «  sensible  »,  à  l'excep- 
tion du  cœur,  qui,  comme  foyer  calorifique  du  corps,  est  le  siège 
du  Soleil.  Mars,  dieu  colérique,  émeut  la  bile  (xô^o?)-  Vénus 
règne  sur  le  vaste  domaine  des  appétits  physiques  :  le  ventre,  les 
reins,  les  parties  génitales,  les  cuisses  et  les  jambes  ^.  Mer- 
cure représentant  l'intelligence  divine,  source  de  toute  science 
humaine,  loge  dans  le  foie,  où  s'inscrivent  les  signes  de  la  révé- 
lation. Enfin,  à  la  Lune,  basse,  froide,  exsangue,  restent  les 
extrémités  des  membres  inférieurs. 

L'auteur  anonyme  qui  nous  fait  part  de  ces  belles  inventions 
s'extasie  sur  l'harmonie  de  l'ensemble  et  l'à-propos  du  détail  ; 
mais  il  gâte  quelque  peu  le  système,  en  y  introduisant  des  consi- 
dérations empruntées  à  des  opinions  divergentes  et  le  bagage 
obligé  du  chaud,  du  froid,  du  sec  et  de  l'humide.  Il  se  crée  par  là 
des  difficultés  qu'il  esquive  par  de  mauvaises  raisons.  Il  ne  veut 
pas  voir  que  le  Soleil  est  au  cœur  pour  raison  d'affinité,  et  non 
aussi  pour  cause  de  position  centrale;  ni  que  la  Lune  est  aux 
pieds  pour  raison  de  position  inférieure,  et  non  aussi  à  cause  du 
«  froid  »  des  extrémités  ^ 

1.  Le  aiTÉpiia  saturnien  est  un  Ttv£Û|ia  {Philosophum.y  pp.  134-135  Cruice). 
Cf.  Saturne  TrvEÛjxaxo;  Ppaêsû;  (Maneth.,  V,  262). 

2.  On  dirait  qu'on  a  tenu  compte  même  de  la  grosseur  des  planètes  :  le  petit 
Mars  est  réduit  au  fiel  ;  Vénus,  qui  passait  pour  énorme  (ci-dessus,  p.  100,1), 
a  un  domaine  très  étendu. 

3.  Dans  la  cosmogonie  des  «  théurges  chaldéens  »  (ci-dessus,  p.  192,  1),  le 
Démiurge  tô  -fiXiaitàv  Tiûp  xpaStT^î  xéita)  ^ïTepiÇev.  Varron,  à  propos  de  TofA- 
œaXôî  de  Delphes,  placé,  disait-on,  au  juste  milieu  de  la  terre  habitée,  faisait 
remarquer  que  le  nombril  n'est  pas  au  milieu  du  corps  (Varr.,  L.  lat.,  VIU,  17)  ; 
à  plus  forte  raison,  le  cœur.  De  même,  le  prétendu  froid  de  la  tête  est  de  cir- 
constance. On  dit  une  tête  froide,  mais  par  métaphore.  Cela  vaut  l'étymologie 
Kpôvoç  de  àxTjpaxoî  voO;  {Hei'mipp.,  11,  3,  §  24),  une  étymologie  à  la  mode  de 
Platon  et  des  Stoïciens.  Théon  de  Smyrne  (p.  187  Hiller)  expose  une  théorie, 
peut-être  de  Posidonius,  qui  aurait  pu  conduire  à  une  mélothésie  différente. 
Il  dit  que  le  monde  a  deux  centres  :  un  centre  de  vie  (xfi;  éjuI/u)^^!;),  le  Soleil, 
qui  en  est  le  cœur,  et  un  centre  de  figure  (toû  jjley^Oouî),  le  nombril,  correspon- 
dant à  la  Terre.  La  moitié  inférieure  du  corps  aurait  eu  les  mêmes  planètes, 
en  ordre  inverse.  L'idée  de  combiner  la  mélothésie  planétaire  et  la  zodiacale 
devait  venir  à  quelque  astrologue.  Le  Trismégiste  (ap.  Ideler,  I,  pp.  387  et  430) 
—  suivant  peut-être  inconsciemment  la  tradition  platonicienne,  qui  fait  de  la 
tête  sphérique  le  tout  de  l'homme  (ci-dessus,  p.  21)  —  adjuge  la  tête  au  Bélier 
et  distribue  dans  la  tête  les  sept  planètes,  attribuant  l'œil  droit  au  Q,  le 


324     CHAP.  X.  PATRONAGES  TERRESTRES  DES  ASTRES 

Les  termes  abstraits  qui  apparaissent  çà  et  là  dans  le  jargon 
de  nos  charlatans  sont  empruntés  à  des  spéculations  pythagori- 
ciennes, platoniciennes  et  autres  sur  le  macrocosme  et  le  micro- 
cosme, images  troubles  et  harmonies- confuses  que  déversaient  à 
flots  les  commentateurs  du  Timée  ;  divisions  ternaires,  septé- 
naires, duodénaires  du  monde  sensible,  spirituel,  intelligible,  des 
appétits  du  corps,  des  facultés  de  Tâme,  enfin  de  tout  ce  que 
Timagination  en  quête  d'harmonies  peut  saisir  au  vol  et  accom- 
moder à  son  gré.  Les  uns  trouvaient  dans  le  corps  sept  membres 
intérieurs  et  sept  organes  extérieurs  *  ;  des  anatomistes  plus  ex- 
perts encore  comptaient  dans  l'intérieur  vingt-huit  parties,  cor- 
respondant aux  quatre  septénaires  du  cours  de  la  Lune  ^.  Les 
musiciens  pythagorisants  à  qui  ne  suffisait  pas  la  division  septé- 
naire arrivaient  à  l'octave  en  ajoutant  aux  sept  orbes  planétaires 
la  sphère  des  fixes,  et  ceux  qui  voulaient  une  place  de  plus,  pour 
loger  les  neuf  Muses,  y  ajoutaient  encore  la  Terre,  support  de 
toute  la  lyre  ^.  Ptolémée  s'était  abstenu  ou  n'avait  pas  eu  le  temps 


gauche  à  la  C,  les  oreilles  à  ï),  le  cerveau  à  ^,  la  langue  et  la  gorge  à  $, 
l'odorat  et  le  goût  à  Q»  1^  sang  à  ^.  J'ignore  où  Tauteur  de  la  Margarita 
philosophica  (VII,  2,  5)  a  pris  les  éléments  du  tableau  en  forme  de  Table  de 
Pythagore,  avec  les  signes  en  colonne  verticale  et  les  planètes  en  série  hori- 
zontale (84  cases),  intitulé  :  Quas  corporis  parles  planetae  in  diversis  signis 
respiciant.  C'est  le  corps  humain  dépecé  en  8pia.  Ainsi  Saturne  régit  :  en  T, 
la  poitrine;  en  ^  et  H i  le  ventre;  en  ^  et  Si,  les  parties  génitales;  en  np  et 
W,  les  pieds;  en  =!!,  les  genoux;  en  m,  les  talons;  en  ;;&,  la  tête;  en  ss,  le  cou; 
en  J( ,  les  épaules.  Chaque  planète  change  de  patronage  à  chaque  signe. 

1.  Membres  extérieurs  :  xstpaX-f,,  axépva,  yaaxTip,  SittsI  /eïpsî,  5tTTal  pâssu;; 
organes  intérieurs  :  <sx6^oLyo^,  icap5£a,  ttvsijiiwv,  (itiXtiv,  T.Ttap,  vscppol  Sûo  (Philo, 
De  opific.  mundi,  40,  §  118).  Distribution  hermétique  (ap.  Stob.,  Ed.,  I,  15, 14, 
p.  176)  :  I)  Sixpu  +  "if  y^veatc;  +  ^  Xôyoî  +  c?  2ru|iô;  +  C  ^"^voî  +  9  ôp^^^î 
+  O  yéXwî.  Voy.  les  divisions  ternaires  et  septénaires  de  l'âme,  du  corps  et 
de  la  vie  physique,  même  utérine,  dans  Macrobe  {Somn.  Scip.,  I,  6,  34-83)  : 
même  les  sens  y  sont  ramenés  à  l'ordonnance  septénaire,  parce  qu'il  y  a  dans 
la  tête  sept  trous  percés  pour  leur  service  [septem  foraminibus  sensuum  ce- 
lebrantur  officia,  §  81).  C'est  une  voie  qui  mène  directement  aux  sept  sages, 
aux  sept  merveilles  du  monde,  et,  par  delà,  aux  psychothésies  chrétiennes  : 
les  trois  vertus  théologales,  les  sept  péchés  capitaux,  les  sept  sacrements,  les 
sept  dons  du  S.  Esprit,  les  sept  douleurs  de  la  Vierge,  etc.  L'astrologie, 
comme  les  parfums  dans  l'air,  est  partout,  insoupçonnée,  mais  présente. 

2.  Cf.  les  28  aunes  d'intestins  d'après  Hérophile  (Théo  Smyrn.,  p.  104  Hiller), 
autant  que  de  cases  dans  le  Zodiaque  lunaire  (ci-dessus,  pp.  55-56). 

3.  Martian.  Cap.,  I,  28.  Nul  doute  que  la  chose  ne  s'arrange  très  bien  avec 
Uranie  dans  la  sphère  étoilée,  qui  donne  le  son  le  plus  aigu  ;  Polymnie  dans  le 
cercle  de  Saturne;  Euterpe  dans  celui  de  Jupiter  (cf.  risum  Jovis,  ibid.,  I,  16); 
Érato  chez  Mars  l'amoureux;  Melpomène  accompagnant  le  Soleil;  Terpsi- 
chore,  Vénus;  Calliope,  Mercure;  Clio  tenant  la  basse  aux  sons  rauques  dans 


MÉLOTHÉSIE    PLANÉTAIRE  325 

d'adapter  à  l'astrologie  ses  spéculations  Harmoniques  —  sauf  les 
cordes  et  angles  des  «  aspects  »  ;  —  mais  d'autres  se  chargèrent 
de  ce  soin.  Proclus  ',  pour  ne  parler  que  du  plus  convaincu  de 
tous,  enseigne  qu'à  la  sphère  des  fixes  correspond  l'intellectuel 
(to  voEpôv)  ;  à  l'orbe  de  Saturne,  le  contemplatif  (to  ôswp-riTtxov)  ;  à 
Jupiter,  le  sens  politique  ou  social  (tô  -itoXtxixov)  ;  à  Mars,  le  pas- 
sionnel (to  &u[xo£i5É<;)  ;  au  Soleil,  le  sensible  (to  aîaÔTiTtxov)  ;  à  Vénus, 
le  désir  (to  ÈTitOuiJiTjTixôv)  ;  à  Mercure,  la  faculté  vocale  (to  tpwvT)- 
Tixôv)  ;  à  la  Lune,  la  force  végétative  (to  çudtxôv).  L'âme,  en  descen- 
dant du  ciel,  s'empare  de  toutes  ces  facultés  et  les  y  reporte  en 
remontant  ^ 

On  peut  rire  de  ces  billevesées  ;  on  en  a  moins  envie  quand  on 
constate  que  l'état  d'esprit  qui  les  a  produites  tend  à  se  renou- 
veler et  que  l'idée  du  microcosme  se  glisse,  sous  des  déguisements 
divers,  avec  ses  procédés  aprioristiques,  dans  ce  qu'on  appelle 
du  nom  barbare  de  sociologie.  La  manie  des  comparaisons,  au 
service  d'un  reliquat  de  mysticisme  ',  se  retrouve  chez  nos  socio- 


le  cercle  de  la  Lune.  Quant  à  Thalie,  déposée  à  terre  par  son  cygne  paresseux, 
«  elle  chantait  à  même  l'abondante  poussée  de  la  plaine  fleurie  »  {in  ipso 
florentis  campi  uhere  personabat). 

1.  Proclus,  In  Tim.,  p.  348  A.  Cf.  dans  le  KaoTtô;  (§  86)  :  ô  fiXtOî  èttI  TZT\yr> 
Tf|;  ÇwïxT^î  5uvi[xs(oî,  -fj  8è  (TsXrivri  tt,?  «puaixfiî,  ô  5è  Zeti;,  -zr^i  a  OÇT^Tix-f\î,  ô 
6è 'EpiJif;;  Tfiî  Xoyix-î^î,  ô  5è  "Apr.i;  tt^î  £  t  t6u(j.7^xix'î\;.  Saturne  et  Vénus 
manquent.  Je  ne  sais  quel  mystificateur  s'est  avisé  de  transporter  la  mélo- 
thésie  aux  œuvres  de  l'homme  et  de  mettre  sous  le  nom  de  Ptolémée  une 
analyse  des  «  membres  »  d'un  navire,  où  la  proue  est  adjugée  au  Bélier, 
l'avant  au  Taureau,  les  flancs  au  Lion,  la  carène  ou  ventre  à  la  Vierge,  le  màt 
au  Sagittaire,  etc.  (P.  Liechstenstein,  à  la  suite  de  Haly,  p.  549). 

2.  Voy.  Macr.,  Somn.  Scip.,  I,  12,  68;  Serv.,  Aen.,  VI,  714;  XI,  51,  et  les 
textes  cités  par  Lobeck,  Aglaophamus,  pp.  932-936. 

3.  On  n'imagine  pas  à  quel  point  ces  survivances  de  mysticisme  sont  tenaces. 
Niebuhr  modelait  les  cités  antiques  sur  l'année  solaire  ou  lunaire  (v.  g.  à 
Athènes,  quatre  tribus  ou  saisons,  douze  phratries  ou  mois,  trente  yévTi  par 
phratrie  ou  360  dans  la  cité  entière),  avec  la  conviction  que  leurs  fondateurs 
les  avaient  voulues  telles.  Huschke  écrit  qu'il  y  avait  à  Rome  dix  curies  par 
tribu,  parce  qu'il  y  a  dix  doigts  aux  mains  et  aux  pieds.  Ceci  n'est  qu'une 
circonlocution  pour  désigner  le  système  décimal.  Mais  il  découvre  ensuite 
qu'il  y  avait  deux  centuries  militaires  par  tribu,  parce  que  l'armée  marche  et 
a  besoin  pour  cela  de  deux  pieds.  Tel  autre  dira  que  Rome  a  dû  sa  fécondité 
au  rapprochement  de  l'élément  romain,  ou  mâle,  avec  l'élément  latin  ou  fe- 
melle, etc.  Aujourd'hui  encore,  depuis  J.  Grimm,  c'est  presque  un  dogme  que 
«  l'humanité  marche  d'Orient  en  Occident  »,  comme  le  Soleil.  Les  poètes  ne 
renonceraient  pas  volontiers  non  plus  à  dire  que  l'Orient  est  le  pays  du  Soleil. 
La  comparaison  de  la  cité  avec  l'homme  est  partout  dans  Platon  ;  la  com- 
paraison du  ciel  avec  la  cité  unique  (ou  avec  un  ensemble  de  cités  amies  et 
hostiles),  dans  Manilius  {Sic  etiam  magno  qtiaedam  respublica  mundo  est,  avec 


326  CHAP.    X.   PATRONAGES    TERRESTRES    DES    ASTRES 

logues  modernes,  disciples  attardés  de  Platon,  qui  prêtent  à  la 
société  tous  les  organes  du  corps  humain,  sous  prétexte  que  le 
tout  doit  ressembler  à  la  partie.  Nous  les  voyons  en  train  de  créer 
une  histologie  sociale,  qui  sait  retrouver  le  cœur  dans  les  capi- 
tales; les  artères  et  les  veines  dans  les  voies  commerciales;  le  sys- 
tème nerveux  dans  le  télégraphe  ;  la  tête  dans  les  classes  diri- 
geantes; le  muscle  dans  l'ouvrier;  la  graisse  dans  le  riche  ou  le 
prêtre,  et  la  peau,  couverture  et  défense  de  l'ensemble,  dans 
l'armée.  Ils  ont  découvert  que  les  sociétés  croissent  non  seule- 
ment en  largeur,  par  extension  de  territoire,  mais  aussi  en  hau- 
teur, par  surélévation  progressive  des  édifices.  Ils  leur  trouvent 
aussi  un  sexe,  comme  les  astrologues  aux  planètes  et  aux  signes 
du  Zodiaque.  La  conquête  n'est  souvent,  à  leurs  yeux,  qu'un  viol 
fécond,  une  ruse  de  la  Nature.  Ils  pourront  étudier  avec  profit, 
s'ils  sont  à  court  d'idées,  notre  chapitre  suivant,  où  il  sera  traité 
des  protectorats  célestes  assignés  aux  divers  peuples.  Car  ils  ne 
sont  qu'à  moitié  chemin  ;  la  voie  platonicienne  et  astrologique 
mène  plus  haut.  Après  avoir  découvert  tant  d'harmonies  entre 
l'homme  et  les  groupes  humains,  il  plaira  sans  doute  aux  plus 
ingénieux  d'entre  eux  de  les  étendre  à  la  Terre  entière,  et  on  leur 
reprochera  de  ne  pas  avoir  conscience  de  l'unité  des  lois  de  la 
Nature  s'ils  s'interdisent  d'aller  plus  loin. 

Mais  laissons-là  les  mystiques  d'aujourd'hui  :  leurs  ancêtres 
nous  réclament  et  nous  allons  voir  comment  ils  ont,  eux,  étendu 
et  distribué  à  la  terre  habitée,  sous  forme  de  patronages  célestes, 
les  influences  sidérales.  Nous  entrons  un  peu  avant  le  temps, 
pour  ne  pas  fausser  compagnie  à  Ptolémée,  dans  l'astrologie 
appliquée  ou  apotélesmatique . 

ordre  sénatorial,  équestre  et  plèbe.  V,  734-745),  lequel  s'inspire  des  Stoïciens 
{mundus  quasi  communis  deorum  atque  hominum...  ui'bs.Cic,  Nat.  Deor.,  11,62; 
7i6ff[xov  etvat  uôXtv,  avec  le  Soleil  pour  conseiller,  Hespéros  pour  prytane,  etc. 
Plut.,  Adv.  Stoic,  34).  Démade  approchait  aussi,  sans  le  savoir,  de  ces  belles 
découvertes,  quand  il  appelait  lap  5è  toû  Sfijiou  toùç  £tpTi6ouç,  t6  Se  t£Ïj(oç 
Ia6-î\xa  xTfi  TrrfXcwç  (ap.  Athen.,  III,  p.  99  D).  Iphicrate  trouvait  que,  dans  une 
année,  les  troupes  légères  ressemblent  aux  mains,  la  cavalerie  aux  pieds,  la 
phalange  à  la  poitrine  (Plut.,  Pelopid.,  2).  Il  n'y  a  qu'à  délayer  des  méta- 
phores pour  en  faire  des  comparaisons  qui  tiennent  lieu  de  raisons. 


CHAPITRE   XI 


APOTELESMATIQUE   UNIVERSELLE 


Ptolémée  nous  a  ménagé  une  transition  des  plus  opportunes 
en  faisant  entrer  dans  son  apotélesmatique  universelle  les  con- 
ditions préalables  sur  lesquelles  se  fondent  ses  pronostics.  La 
première  moitié  du  présent  chapitre  appartient  en  réalité  au  cha- 
pitre précédent  et  le  continue.  Il  s'agit  de  répartir  les  influences 
sidérales  non  pas  tant  sur  la  Terre  considérée  dans  sa  structure 
physique  que  sur  la  «  terre  habitée  »  (oîxoufxévT)),  c'est-à-dire  sur 
le  support  des  groupes  humains  appelés  cités  ou  États,  peuples, 
nations,  races.  C'est  donc  l'homme  encore  que  visent  surtout, 
pour  ne  pas  dire  uniquement,  les  divisions  et  subdivisions  que 
j'appellerai  «  chorographie  astrologique  »  *. 

1.  Cf.  A.  Bouché-Leclercq,  Chorographie  astrologique  (Mélanges  Graux 
[Paris,  1884],  pp.  341-351)  et  l'adaptation  du  système  aux  royaumes  et  villes 
modernes  dans  Junctinus,  pp.  811-821.  Xwpoypacpfa  n'est  pas  un  mot  spé- 
cialement astrologique  :  les  astrologues  évitent  même  de  l'emprunter  aux 
géographes.  Us  préfèrent  l'analyser  en  termes  concrets  et  écrire  sur  leurs 
tableaux  :  Al  ytôpat  ïuvo  txE  loû  [XEvat  toîç  1 6' Çu 5 io iç  (Ludwicb,  ^nec- 
dola,  p.  112),  ou  Ilepi  Tf,î  xwv  ywpwv  xpôç  xà  xpfywva  xai  xoùç 
àffTspaî  (juvoixeiwffewi;  (Ptol.,  Tetrab.  II,  2).  On  rencontre  dans  nos  textes 
un  article  qui  appartient  indifféremment  au  présent  chapitre  ou  au  précédent  : 
la  répartition  des  patronages  de  signes  sur  la  terre  envisagée  au  point  de 
vue  de  la  configuration  et  nature  du  sol,  point  de  vue  dont  les  auteurs  de 
cartes  chorographiques  sont  censés  avoir  tenu  compte.  Ainsi,  le  Bélier  do- 
mine les  prairies  et  pâturages  :  le  Taureau;  les  terres  arables;  les  Gémeaux, 
les  montagnes  et  terrains  élevés  et  incultes  (légendes  d'Apollon  et  d'Hercule?)  ; 
le  Cancer,  les  lieux  bas,  humides,  boisés;  le  Lion,  les  déserts  et  repaires  de 
fauves  ;  la  Vierge,  les  terres  à  blé  ;  la  Balance,  les  plaines  non  labourées  et 
les  palmiers  ;  le  Scorpion,  les  vignobles  de  côte  et  mûriers  ;  le  Sagittaire,  les 
vignobles  de  plaine,  cèdres,  cyprès,  etc.  ;  le  Capricorne,  les  jardins  maraîchers 
et  les  chèvres  ;  le  Verseau,  les  fleuves  et  lacs  ;  les  Poissons,  la  mer  et  les 
poissons.  Voy.  ces  détritus  de  traditions  dans  les  abrégés  de  basse  époque 
(Ludwich,  pp.  119-120). 


328       CHAP.  XI.  APOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 

Ptolémée  nous  avertit,  en  abordant  l'apotélesmatique  ou 
mise  en  œuvre  de  l'outillage  astrologique,  que  cette  branche  de 
l'art  se  partage  entre  deux  tâches  bien  distinctes,  selon  qu'il 
s'agit  de  pronostiquer  des  événements  intéressant  des  êtres  col- 
lectifs ou  les  incidents  et  virtualités  de  la  vie  individuelle.  Comme 
la  tâche  est  différente,  ainsi  la  méthode.  Les  êtres  collectifs  ne 
naissent  pas  à  un  moment  donné,  et  c'est  par  métaphore  que  l'on 
parle  des  étapes  de  leur  existence,  de  leur  croissance  et  de  leur 
mort.  On  ne  peut  donc  pas  observer  leur  horoscope  et  dresser 
pour  eux  un  thème  de  géniture.  En  admettant  que  cela  fût  pos- 
sible, approximativement  et  dans  certains  cas,  comme  la  fonda- 
tion d'une  cité  à  une  date  connue,  il  est  des  phénomènes,  comme 
les  tremblements  de  terre,  les  famines,  les  pestes  ou  les  guerres, 
qui  intéressent  au  même  moment  plus  d'une  cité  à  la  fois  et  dont 
le  pronostic  doit  être  cherché  en  dehors  des  méthodes  servant  à 
établir  les  destinées  particulières. 

L'astrologie  appliquée  ou  «  apotélesmatique  '  »  se  divise  donc 
en  «  universelle  »  (xaGoXixT^-  >ta6'  oXov)  et  en  «  spéciale  »  (yevi- 
x(5v)  ou  «  généthlialogie  ». 

La  méthode  principale  employée  par  l'astrologie  «  catholique  » 
est  l'interprétation  des  éclipses  des  deux  luminaires,  lesquelles 
indiquent  la  nature,  le  genre  et  l'espèce,  enfin  l'intensité  et  la 
durée  de  l'événement  attendu  en  conséquence  du  phénomène 
observé.  Quant  au  lieu  où  le  pronostic  devra  se  réaliser,  il  faut, 
pour  résoudre  cette  question,  la  plus  importante  de  toutes  au  gré 
des  consultants,  qu'une  correspondance  ait  été  préalablement 
établie  entre  les  régions  terrestres  et  les  parties  du  Zodiaque  où 
se  produisent  les  éclipses. 

Telle  est  l'utilité  des  cartes  terrestres  divisées  en  fiefs  astro- 
logiques, cartes  dressées  d'abord  par  des  praticiens  qui  n'y  insé- 
raient que  l'indispensable,  c'est-à-dire  les  domaines  zodiacaux, 
puis  par  des  savants  qui,  en  y  introduisant  les  planètes,  ont  eu 
la  prétention  de  convertir  la  chorographie  astrologique  en  ethno- 
graphie comparée. 


1.  Chorographie  et  ethnographie  astrologiques. 

Le  système  de  Ptolémée,  le  plus  compliqué  de  tous,  a  été  pré- 

1.  'AtîoxeXs  (j[jLaT;ixT|  [TÉxvri],  science  de  l'accomplisseuient  (à7coTe)i£rv) 
ou  réalisation  des  pronostics  astrologiques.  Le  mot  n'ayant  d'équivalent  ni  en 
latin  ni  en  français,  je  le  prends  tel  quel  et  dans  son  sens  restreint. 


CHOROGRAPHIE   ZODIACALE  329 

cédé  de  systèmes  plus  simples,  qui  n'ont  pas  tous  été  abandonnés 
par  la  suite.  Commençons  par  ceux  qui  n'utilisent  que  les  signes 
du  Zodiaque,  en  tant  que  figures,  et  non  —  ostensiblement  du 
moins  —  comme  domaines  planétaires.  Le  premier  en  date  est 
pour  nous  celui  de  Manilius,  le  très  précieux  néophyte,  à  qui  il 
arrive  de  trouver  des  raisons  naïves  et  primesautières  à  l'appui 
de  sa  répartition  *. 

Le  Bélier^  ne  l'oublions  pas,  est  celui  qui  a  fourni  la  Toison 
d'Or.  La  Propontide,  qu'il  a  traversée  à  la  nage,  lui  revient  de 
droit.  Ajoutons-y  l'Hellespont  etla  Colchide,  qui  n'ont  pas  trouvé 
place  dans  les  vers  du  poète.  L'Egypte  lui  appartient  aussi.  Ma- 
nilius, hanté  par  son  type  de  bélier  nageur,  croit  que  c'est  à 
cause  des  inondations  du  Nil  :  il  oublie  Ammon,  le  dieu  à  tête  de 
bélier. 

Le  Taureau  a  sous  sa  dépendance  «  les  monts  de  Scythie,  la 
«  puissante  Asie  et  les  Arabes  efféminés,  contrée  enrichie  par  ses 
«  bois  ».  Les  «  monts  de  Scythie  »  désignent  la  Scythie  ou  Cher- 
sonèse  Taurique,  dont  le  nom  est  parlant.  L'Asie  est  dominée 
par  la  chaîne  du  Taurus,  et  les  Arabes,  enrichis  par  le  commerce 
des  résines  odoriférantes,  méritent  d'avoir  pour  patron  le  chef 
des  signes  féminins  (domicile  de  Vénus,  hypsoma  de  la  Lune). 

Les  rivages  du  Pont-Euxin,  qui  se  courbent  en  forme  d'arc,  sont 
sous  la  tutelle  du  premier  des  Gémeaux,  l'archer  Apollon.  L'autre 
Gémeau  règne  sur  les  bouches  de  l'Indus  et  du  Gange.  Ce  doit 
être  Bacchus,  triomphateur  de  l'Extrême-Orient,  à  moins  que  ce 
ne  soit  un  Hercule  mené  jusque-là  par  une  des  nombreuses 
variantes  de  la  légende  des  Argonautes. 

Au  Cancer  brûlant  revient  l'Ethiopie,  le  pays  des  noirs,  qui 
«  font  tache  sur  le  globe  »  -. 

1.  Manil.,  IV,  742-805. 

2.  Aethiopes  maculant  orhem  (IV,  723).  Le  texte  du  passage  concernant  les 
Gémeaux  et  le  Cancer  (75S-759)  est  très  incertain.  Le  Gemblacensis  porte  : 
Ultimus  et  solidos  Ganges  et  transcolit  India  Cancer.  D'après  la  leçon  de  Sca- 
liger  {post,  brachia  fratris  I  Ultimus  ex  solido  tetrans.  Colit  India  Cancrum  : 

I  Ardent  Aethiopes  Cancro),  l'Inde  revient  non  aux  Gémeaux,  mais  au  Cancer, 
comme  pays  chaud.  Fr.  Jacob  donne  :  post  brachia  fratris  |  Ultimus  occulit 
os  Ganges  et  trameat  Indos),  et  K.  Rossberg  [Jahrb.  f.  Phil.,  1889,  pp.  711-712) 
propose  Alterius  folio  fragrans  colit  India  Gangen.  C'est  un  vers  à  laisser 
pour  compte  aux  orthopédistes.  L'idée  de  «  climat  »  ou  latitude  géodésique  est 
absente  de  cette  répartition,  sans  quoi  le  Cancer,  le  plus  boréal  des  signes, 
aurait  pu  avoir  une  autre  affectation.  Lucain  (X,  210  sqq.),  qui  embrouille 
tout  ce  qu'il  touche,  adjuge  au  Cancer  «  les  Bouches  du  Nil  »,  comme  au 
régulateur  de  l'inondation,  et  Syène  à  cause  de  la  chaleur.  Virgile  dit  correc- 
tement :  Aethiopum   versemus  oves  sub  sidère  Cancri  (Virg.,  Ed.,  X,  68). 


330  CHAP.  XI,  APOTÉLESMATIQLE    UNIVERSELLE 

Le  Lion  possède  la  Phrygie,  où  ses  pareils  traînent  le  char  de 
Cybèle  ;  puis  la  Cappadoce,  l'Arménie,  la  Bithynie,  tous  pays 
peuplés  de  fauves  et  de  gens  qui  leur  ressemblent  ;  enfin,  la  Ma- 
cédoine, patrie  de  ces  lions  humains  qui,  sous  la  conduite 
d'Alexandre,  ont  «  vaincu  l'univers  »  *. 

La  Vierge,  qui  est  la  justice,  la  science  et  la  paix,  étend  son 
patronage  sur  Rhodes,  pays  de  savants  astronomes,  habité  pour 
un  temps  par  un  nouvel  Hélios,  Tibère,  le  vrai  Soleil  du  monde  ^  ; 
sur  le  littoral  de  l'Asie-Mineure  (Carie- Doride -lonie)  et  la  vieille 
Arcadie.  Les  Athéniens,  qui  avaient  pourtant  leur  napOÉvo;  et  pou- 
vaient encore  revendiquer  la  Vierge-Érigone,  sont  oubliés  ou 
noyés  dans  le  groupe  Ionien. 

hd.  Balance  protège  le  pays  —  la  Ville  surtout —  qui  tient  la  ba- 
lance entre  les  peuples  dominés  par  le  peuple-roi  et  les  élève  ou 
les  abaisse  à  son  gré,  l'Italie  latine  et  Rome  ^ 

Le  patronage  du  Scorpion  ne  pouvait  être  adjugé  qu'à  des  gens 
déplaisants.  Il  revient  à  Carthage,  aux  côtes  de  Libye  et  de 
Cyrénaïque  *,  à  la  Sardaigne  aussi,  et,  en  général,  aux  «  terres 
semées  par  les  plaines  liquides  »,  c'est-à-dire  à  tous  les  endroits 
jadis  hantés  et  colonisés  par  les  Phéniciens.  ManiJius,  antisémite 
à  sa  façon,  se  fait  ici  l'interprète  des  vieilles  rancunes  hellé- 
niques et  romaines. 

Où  le  Sagittaire  se  plairait-il,  si  ce  n'est  en  Crète,  la  patrie 

1.  Macetum  tellus,  quae  vicerat  orbem  (IV,  762). 

2.  C'est  là  une  de  ces  flatteries  éhontées  —  celle-ci  maladroite,  par  surcroît 
—  qui  sentent  le  poète  peureux  ou  famélique  :  Est  Rhodos,  hospitiwn  recluri 
principis  orbem,  \  Tumque  domus  vere  Solis,  cui  Iota  sacrata  est,  |  Quum  cape- 
ret  lumen  magni  sut  Caesare  mundi  (IV,  764-766). 

3.  Pour  Etienne  d'Alexandrie  (p.  22'  Usener),  Zuyôî  n'est  plus  une  balance, 
mais  un  joug  de  servitude.  Songe-t-il  à  Rome  conquérante  ou  à  Rome  asser- 
vie? L'idée  de  «  balance  »  ou  équilibre  physique  et  moral  dans  la  nature  ita- 
lienne était  devenue  familière  à  d'autres  qu'aux  astrologues.  Vitruve  trouve 
les  septentrionaux  braves,  mais  stupides  ;  les  méridionaux  déliés,  mais  pol- 
trons. L'Italie  réunit  les  qualités  du  Nord  et  du  Midi  :  namque  temperatis- 
simae  ad  utramque  partem,  et  corpoinim  membris  aiiimorumque  vigoribus,  pro 
fortitudine  sunt  in  Italia  gentes  —  itaque  {Italia)  consiliis  refringit  barba- 
rorum  virtutes,  forti  manu  meridianorum  cogitationes  :  l'Italie,  non  la  Grèce, 
encore  trop  méridionale  (VI,  1,  11.  Cf.  6).  On  n'est  bien  loué  que  par  soi- 
même. 

4.  Le  vers  :  Tin'henas  lacrimis  radiatus  Scorpius  arces  (ms.  G)  devient,  sous 
la  plume  de  Fr.  Jacob  :  Et  Zmyrnes  lacrimis  radiantes  Cyprios  arces  (IV,  780). 
Mieux  vaudrait  l'élaguer,  comme  fait  Scaliger  (p.  326).  K.  Rossberg  substitue  à 
Tirrhenas  [arces)  les  {rura)  Cyrenes  avec  les  «  larmes  «  du  laser  Cyrenaicum 
et  acer  remplaçant  arces.  De  même,  Th.  Breiter,  qui  substitue  armis  à  arces 
[Jahrb.  f.  kl.  PhiloL,  1889,  pp.  852-855). 


CHOROGRAPHIE    ZODIACALE  331 

classique  des  archers?  Avec  la  légende  Cretoise  de  Minos  et  de 
Dédale  —  de  Dédale  poursuivi  jusqu'en  Trinacrie  —  on  atteint  la 
Sicile,  qui  obéit  aussi  au  Sagittaire,  ainsi  que  sa  voisine,  la 
Grande-Grèce. 

Le  Capricorne,  composé  amphibie,  domine  tous  les  rivages 
alternativement  baignés  et  délaissés  par  le  flot  des  marées  *, 
l'Espagne,  la  Gaule,  la  Germanie. 

Le  Verseau  règne  sur  les  pays  aquatiques  ou  maritimes,  la 
Phénicie,  la  Cilicie,  la  Basse-Egypte  ^. 

Enfin,  les  Poissons,  ayant  pour  berceau  TEuphrate,  gouvernent 
tous  les  alentours,  Babylone,  Suse,  Bactres,  les  riverains  du  Tigre 
et  de  la  Mer  Rouge. 

Nous  ignorons  dans  quelle  mesure  Manilius  est  responsable  de 
l'arrangement  qu'il  expose  ou  des  raisons  qui  le  motivent.  Ce  qui 
est  certain,  c'est  qu'il  a  cru  appliquer  les  règles  d'une  saine 
logique  en  jugeant  de  la  cause  par  l'effet,  en  cherchant  des 
ressemblances  entre  les  protégés  et  les  patrons.  D'autres,  usant 
de  la  même  logique,  arrivaient  à  des  résultats  très  différents. 
Dorothée  de  Sidon,  un  docteur  dont  l'autorité  balançait  celle  de 
Ptolémée,  avait  ses  raisons,  que  nous  essayerons  de  deviner,  pour 
répartir  tout  autrement  les  domaines  terrestres  des  signes. 
Celui-là  paraît  avoir  voulu  combiner  les  affinités  du  tempérament 
avec  la  position  des  contrées  sur  la  carte,  c'est-à-dire  dérouler  le 
Zodiaque  sur  la  surface  de  la  terre,  d'Orient  en  Occident,  sauf  â 
expliquer  par  le  tempérament  les  exceptions  faites  à  la  règle  de 
position  ^. 

Dorothée  prend  son  point  de  départ  au  berceau  de  l'astrologie, 
dont  la  primauté  est  affirmée  par  celle  du  Bélier^  signe  initial  de 
l'année  chaldéenne.  A  la  Babylonie  s'ajoute,  en  vertu  sans  doute 
de  la  longitude,  l'Arabie.  Une  partie  de  l'Arabie  revient  au 
Taureau,  qui  possède  en  outre  la  Médie  et  l'Egypte,  celle-ci  à 
cause  des  taureaux  Apis  et  Mnévis,  celle-là  peut-être  à  cause  des 
chapiteaux  taurocéphales  de  l'architecture  médo-perse.  La  règle 
de  position  nous  entraîne  vers  la  Cappadoce,  la  Perrhébie  (?),  la 


1.  Cf.  ci-dessus,  p.  144,  2. 

2.  Fr.  Jacob  écrit  Assyriam,  et  ajoute  fièrement  :  «  Aegyptum  omnes  :  ego 
correxi  »  (IV,  798).  Le  motif  m'échappe  complètement. 

3.  La  chorographie  de  Dorothée  dans  le  texte  peu  sûr  des  Anecdota  de 
Ludwich  (pp.  112-119),  où  sont  accolés  en  brèves  indications  les  systèmes 
les  plus  divers,  de  Ptolémée,  Dorothée,  Paul,  Valens,  Odapsos,  Hipparque,  et 
d'anonymes  désignés  comme  Aiyûitxtoi,  ou  simplement  sous  la  rubrique  xtviî, 
ôXXoi.  La  méthode  est  celle  de  la  mélothésie  zodiacale  (ci-dessus,  p.  319). 


332 


APOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 


Phénicie,  qui  vont  aux  Gémeaux;  la  Phénicie  convenant  par 
surcroît  à  Héraklès  Melqart,  et  la  Perrhébie  homérique  avec 
Dodone  à  Apollon,  prophète  unique  de  Zeus.  Le  Cancer  règne 
sur  la  Thrace  comme  signe  boréal,  et  sur  l'Ethiopie  comme  signe 
brûlant,  la  longitude  étant  supposée  la  même.  Au  Lion  appar- 


Systèmes  chorographiques  divers 

T 

MANILIUS 

DOROTHÉE  DE  SIDON 

PAUL  D'ALEXANDRIE 

Hellespont  -  Propontide  - 

Babylonie  -  Arabie. 

Perse. 

Syrie  -  Perse  -  Egypte. 

V 

Scythie  -  Asie  -  Arabie. 

Médie  -  Arabie  -  Egypte. 

Babylonie. 

n 

Pont  -  Euxin. 

Cappadoce  -  Perrhébie  - 
Phénicie. 

Cappadoce. 

s 

Inde  -  Ethiopie. 

Thrace  -  Ethiopie. 

Arménie. 

Si 

Phrygie  -  Bithynie  -  Cap- 
padoce  -  Arménie  -  Ma- 
cédoine. 

Hellade  -  Phrygie  -  Pont. 

Asie. 

n 

Rhodes  -  Carie  -  Doride  - 

Rhodes  -  Cyclades  -  Pélo- 

Hellade -  lonie. 

lonie  -  Arcadie. 

ponnèse. 

A 

Italie. 

Cyrène  -  Italie. 

Libye- Cyrénaïque. 

iti 

Carthage  -  Libye  -  Cyré- 
naïque  -  Sardaigne  -  Iles 
de  la  Méditerranée. 

Carthage  -  Libye  -  Sicile. 

Italie. 

-(-> 

Crète  -  Sicile. 

Gaule  -  Crète. 

Cilicie  -  Crète. 

s 

Espagne  -  Gaule  -  Germa- 

Cimmérie. 

Syrie. 

ss 

Phénicie  -  Cilicie  -  Basse- 
Egypte. 

Egypte. 

K 

Chaldée  -  Mésopotamie  - 

Mer  Rouge  -  Inde. 

Susiane  -  Parthie  -  Mer 

Rouge. 

tiennent  la  Phrygie  avec  ses  lions  de  Cybèle,  et,  sans  doute 
comme  pays  belliqueux,  la  Grèce  du  Nord  (Hellade)  et  le  Pont,  la 
patrie  de  Mithridate.  Rhodes,  les  Cyclades,  le  Péloponnèse  for- 
ment un  ensemble  de  contrées  civilisées  et  pacifiées  que  gouverne 
la  Vierge.  L'Italie  revient,  comme  précédemment,  à  la  Balance, 
et  aussi,  par  assimilation  flatteuse  pour  Cyrène,  la  Cyrénaïque. 
Carthage,  la  Libye,  la  Sicile,  sont  adjugées  en  gros  au  venimeux 
Scorpion.  Nous  voici  tout  à  fait  en  Occident.  De  ce  côté  se  ren- 
contrent, pour  le  lot  du  Sagittaire,  des  frondeurs  et  archers,  [les 


CH0R06RAPHIE   ZODIACALE  333 

Baléares  *],  la  Crète  par  affinité,  et,  sous  le  nom  de  Gaule,  le 
vaste  habitat  des  populations  celto -germaniques.  Enfin,  les 
brumes  de  la  Cimmérie  devaient  être,  avec  le  Capricorne,  à 
r Extrême-Occident.  Dorothée  avait  dû  reprendre  sa  distribution 
à  l'Extrême-Orient  avec  le  Verseau,  qui  se  trouvait  placé  au 
commencement  de  la  bande  terrestre,  exactement  comme  le  mois 
de  janvier  dans  l'année  romaine,  et  revenir  à  l'Euphrate  avec  les 
Poissons  ^.  Seulement,  les  noms  d'auteurs  ont  été  effacés  ici  dans 
notre  texte,  et  ce  n'est  pas  grand  dommage. 

Sur  ces  élucubrations  déjà  inquiétantes,  les  «  anciens  Égyp- 
tiens »,  la  terreur  de  qui  cherche  en  astrologie  des  règles  intelli- 
gibles, les  Égyptiens,  dis-je,  avec  Odapsos,  Valens  «  et  autres  » 
pour  émules,  avaient  répandu  les  ténèbres  à  pleines  mains, 
disséquant  les  signes  en  fractions  minuscules  (xatà  (xÉpoc  -  fxeptxwc) 
et  prenant  un  malin  plaisir  à  faire  correspondre  des  membres 
contigus  à  des  contrées  très  éloignées  les  unes  des  autres.  Ces 
nouveaux  démiurges,  ne  relevant  que  de  la  crédulité  de  leurs 
clients  ou  de  leur  propre  sottise,  brassaient  avec  délices  les 
effluves  occultes  émanés  de  la  tête,  du  ventre,  du  bras  droit,  du 
bras  gauche,  des  pieds  de  devant,  des  pieds  de  derrière,  du 
carquois,  de  l'urne,  etc.,  de  tel  ou  tel  signe  et  les  semaient  à  la 
volée  sur  le  monde,  sans  savoir  peut-être  au  juste  où  tombaient 
les  étincelles  de  ce  feu  d'artifice  ^.  Les  moins  enragés  de  mystère 
se  contentaient  de  substituer  la  répartition  par  décans  à  la  répar- 
tition par  signes  *,  ou  bien  arrivaient  au  nombre  de  48  adresses 
différentes  pour  les  éclipses  par  un  moyen  tout  à  fait  ingénieux, 
groupant  les  12  heures  du  jour  en  quatre  «  trihories  »  (xpitopoc 

1.  Les  Baléares  ne  sont  pas  dans  le  texte;  mais  je  suppose  que  le  compila- 
teur les  a  oubliées  et  que  la  Crète  est  venue  là  par  analogie. 

2.  J'ignore  si  c'est  par  hasard  que  la  carte  de  Peutinger  est  partagée  en 
XII  planches,  qui  reproduiraient  peut-ôtre  une  division  zodiacale. 

'.i.  Je  ne  tiens  pas  à  reproduire  ici  les  échantillons  que  j'ai  donnés  de  ces 
inepties  dans  les  Mélanges  Graux,  pp.  348-330,  d'après  les  Anecdota  (pp.  112-119 
Ludwich).  Leurs  auteurs  doivent  être  de  basse  époque,  et  je  ne  suis  plus  très 
sûr  qu'il  y  ait  une  intention  sarcastique  dans  le  fait  que  la  Macédoine  est  au 
ventre  du  Lion,  tandis  que  l'Hellade  est  dans  la  poitrine  [ibid.,  p.  349).  Disons 
seulement  que  la  Grèce  au  cœur  du  Lion  a  une  place  «  royale  »,  et  que 
r  <■  Égyptien  »  qui  la  lui  a  donnée  devait  être  un  Grec.  Comme  spécimen  de 
dissection,  il  suffit  de  citer  le  Scorpion,  qui,  de  la  tête  à  la  queue,  règne  sur 
plus  de  vingt  contrées,  disséminées  de  la  Bactriane  à  l'Ibérie  et  de  la  Bas- 
tarnie  à  la  Libye.  11  est  évident  qu'il  faut  renoncer  à  plier  ces  fantaisies  au 
joug  des  mathématiques. 

4.  Bardesane  l'indique  en  passant  (ap.  Euseb.,  Praep.  Evang.,  VI,  10,  37), 
et,  à  défaut  de  textes,  on  serait  en  droit  de  la  supposer  a  Tpriori. 


334  CHAP.  XI.    APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 

[wpa])  et  supposant  que  chaque  signe  correspond,  pendant  chaque 
trihorie,  à  une  contrée  différente.  C'est  une  combinaison  de  la 
division  du  temps  avec  la  division  de  l'espace  ^ 

Tout  cela  sent  l'Egypte,  le  berceau  par  excellence  des  systèmes 
de  «  chronocratories  »  ou  régences  des  fractions  du  temps,  an- 
nées, mois,  jours,  heures,  par  différents  dieux  ou  génies  soigneu- 
sement catalogués.  Ces  «  anciens  Égyptiens  »,  qui  étaient  Hellènes 
ou  hellénisés,  puisaient  dans  les  vieilles  traditions  indigènes  de 
quoi  enrichir  l'astrologie  et  surpasser  leurs  rivaux,  les  «  Chal- 
déens  ».  Il  se  peut  même  que  l'idée-mère  de  la  chorographie 
astrologique  ait  été  empruntée  à  la  vieille  Egypte,  car  le  ciel  égyp- 
tien était  une  copie  de  la  terre  ;  on  y  distinguait  une  mer  orien- 
tale, une  septentrionale,  une  occidentale,  des  provinces  ou  nomes 
appartenant  aux  36  décans,  entourées  de  fleuves  et  de  canaux, 
couvertes  de  villes  [deman)  où  résidaient  les  décans  ^.  Il  a  suffi 
de  faire  redescendre  la  copie  du  ciel  en  terre  et  de  l'élargir  à  la 
mesure  des  connaissances  géographiques  acquises  depuis. 

On  s'attend  bien  à  rencontrer,  dans  une  veine  de  tradition 
concurrente,  une  chorographie  planétaire,  celle-ci  plus  «  chal- 
déenne  »,  en  tout  cas,  combinée  par  les  Grecs  avec  leur  division 
géodésique  de  la  terre  en  «  climats  » . 

Les  anciens  géographes  et  astronomes,  qui  n'avaient  cure  de 
l'astrologie,  Eudoxe,  Ératosthène  et  Hipparque,par  exemple,  esti- 
maient les  latitudes  et  les  espaçaient  approximativement  d'après 
la  durée  du  jour  solstitial  d'été,  accru  d'une  demi-heure  à  chaque 
parallèle.  Ils  en  comptaient  ainsi,  dans  la  terre  habitée,  sept  ou 
davantage,  selon  qu'ils  poussaient  plus  loin  leurs  mesures  vers  le 
Nord  ou  le  Midi.  Ératosthène  en  établissait  onze,  de  Cinnamo- 
phore  aux  bouches  du  Tanaïs.  A  un  autre  point  de  vue,  consi- 
dérant la'  terre  entière  comme  une  sphère  où  se  trouvaient 
reproduites  à  moindre  échelle  les  zones  célestes,  ils  admettaient 
cinq  zones  ou  six,  suivant  qu'ils  utilisaient  ou  non  Téquateur 

1.  Hephaest.,  I,  21,  pp.  82-89  Engelbr.  On  m'excusera  volontiers  de  ne  pas 
détailler  cette  chorographie  spéciale.  Môme  système  de  trihories,  sinon  mêmes 
adresses,  dans  le  fragment  de  Léon  [Hermès,  VIII  [1874],  pp.  173-176).  C'est 
peut-ôtre  une  réminiscence  de  la  division  du  cercle  en  48  parties  (oi-dessus, 
p.  60,  2).  Ici,  ce  sont  quatre  répartitions  duodénaires  qui  se  succèdent. 

2.  Voy.  Brugsch,  Thés.  Inscr.  Aegypt.,  I,  pp.  376-377.  On  rencontre  un  sys- 
tème hermétique,  peut-être  fait  de  vieilles  traditions  égyptiennes,  qui  repré- 
sente la  Terre  couchée  sur  le  dos,  wanep  à'vepwiroç,  oùpavôv  p>.£Trouaa,  la  tête  au 
S.  les  pieds  au  N.,  et  recevant  ainsi  perpendiculairement  les  influences  cé- 
lestes, combinées  avec  celles  de  ses  organes  à  elle.  Il  va  sans  dire  que,  cette 
fois,  l'Egypte  est  à  la  place  du  cœur  {Stoh.,  Ed.,  I,  41-43,  p.  302Meineke). 


CHOROGRAPHIE    PLANÉTAIRE  335 

comme  ligne  de  démarcation  en  sus  des  deux  cercles  tropiques 
et  des  deux  cercles  polaires  *.  Mais  ces  zones  ne  sont  plus  des 
«  climats  ». 

Les  astrologues  n'avaient  que  faire  de  ces  larges  aperçus  :  il 
leur  fallait  des  climats  pour  estimer  les  àvaoopa(,  puisqu'ils  pas- 
saient sans  cela  pour  des  ignorants;  mais  ils  en  voulaient  sept,  ni 
plus  ni  moins,  et  tous  dans  la  terre  habitée,  pour  pouvoir  en  ad- 
juger un  à  chacune  des  planètes  ^.  Ils  eurent  donc  leurs  sept  cli- 
mats, et  on  peut  se  fier  à  eux  pour  trouver  des  motifs  de  réparti- 
tion. Cependant,  ils  durent  se  heurter  à  des  difficultés  presque 
insurmontables,  s'ils  voulaient  à  la  fois  conserver  l'ordre  des  pla- 
nètes et  ne  pas  sortir  de  leur  otxoufiévri,  toute  au  Nord  de  l'équa- 
teur.  Mettre  le  froid  Saturne  au  N.  les  obligeait  à  mettre  la  non 
moins  froide  Lune  au  S.,  contre  la  zone  torride.  La  correspon- 
dance s'établissait  mieux  en  plaçant  le  Soleil  dans  la  zone  torride, 
Saturne  et  la  Lune  vers  les  pôles;  mais  alors  ils  sortaient  de  la 
terre  habitée  et  tombaient  dans  le  système  des  cinq  zones,  pour 
eux  inutilisable  ^.  Inutilisable,  non  pas  tant  à  cause  du  nombre 
cinq —  ils  avaient  cinq  «planètes  «  proprement  dites,  défalca- 
tion faite  des  luminaires  —  que  parce  qu'il  paraissait  absurde 
d'étendre  aux  régions  polaires  l'action  des  planètes,  qui  circulent 
toutes  entre  les  tropiques  et  passaient  pour  envoyer  à  peu  près 

1.  Voy.  les  discussions  géodésiques,  trop  prolixes  pour  être  visées  par  des 
références  de  détail,  dans  le  II»  livre  de  Strabon.  Ptolémée,  dans  ses  «tias'-î 
(ap.  Wachsmuth,  pp.  200  sqq.),  se  borne  à  cinq  climats,  allant  de  Syène- 
Bérénice  (icr  climat)  par  Héliopolis  -  Alexandrie  -  Cyrène  (2c),  Rhodes  (3»), 
l'Hellespont  (4e),  jusqu'au  parallèle  d'Aquilée  -  Vienne  (5^),  le  jour  solstitial 
étant  de  13  h.  1/2  à  Syène  et  de  15  h.  1/2  à  Aquilée.  Dans  VAlmageste  (II,  6), 
il  en  compte  sept  :  Méroé,  Syène,  Alexandrie,  Rhodes,  Ilellespont,  Milieu  du 
Pont-Euxin  et  Borysthène.  La  mesure  des  climats  étant  prise  dans  le  temps, 
les  arcs  compris  entre  les  parallèles  allaient  en  diminuant  —  autrement  dit, 
les  parallèles  se  rapprochant  —  du  S.  au  N. 

2.  Les  partisans  de  la  chorographie  zodiacale,  au  contraire,  poussaient  jus- 
qu'à 12  le  nombre  des  climats.  Les  Gnostiques  valentiniens  s'imaginaient  les 
signes  du  Zodiaque  faisant  tomber  d'aplomb  (xarà  xiÔExov)  leurs  effluves  sur 
ces  12  «  climats  »  et  y  engendrant  des  êtres  semblables  à  eux  (ô[j.ooûaia  xéxva 
TTJ  xaxaitEfjnroûoTi  xatà  t>,v  àTrôppoiav  SuviiAsi.  Philosophum,  VI,  5,  54,  p.  331 
Cruice).  C'est  à  peu  près  la  conception  égyptienne  (ci-dessus,  p.  334,  2). 

3.  Firmicus  tient  pour  les  cinq  zones,  mais  loge  toutes  les  espèces  vivantes, 
ainsi  que  les  influences  des  signes  et  planètes,  dans  les  deux  zones  tempérées. 
Le  type  des  races  dépend  de  l'action  des  zones  limitrophes,  et  les  variétés  in- 
dividuelles ont  pour  cause  les  planètes  :  Uiide  manifestis  rationibus  compro- 
balur  zonanim  quidem  esse  quod  nigri  vel  candidi  sunt,  stellarum  vero  quod 
in  illa  unitate  coloris  dissimilium  formarum  varietatibus  corporantur  (Fir- 
mic,  I,  10,  11  Kroli). 


336  CHAP.   XI.   APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 

perpendiculairement  leurs  effluves  aux  zones  qu'elles  proté- 
geaient ^  Bref,  nous  savons  qu'il  y  a  eu  des  systèmes  de  choré- 
graphie planétaire  à  sept  zones  ou  climats  ^  ;  mais,  sans  doute 
mal  équilibrés,  ils  ont  été  délaissés,  soit  pour  les  répartitions  zo- 
diacales, soit  pour  le  chef-d'œuvre  de  Ptolémée. 

Abordons  enfin  le  chef-d'œuvre  ^,  où  entrent  tous  les  ingré- 
dients de  la  science  frelatée  par  l'astrologie. 

On  peut  se  demander  quelle  part  d'originalité  revient,  dans  le 
système  ethnographique  que  nous  allons  analyser,  à  l'astronome 
et  au  géographe  qu'était  Claude  Ptolémée.  Il  est  certain  qu'il  n'a 
inventé  ni  le  procédé  en  lui-même,  puisque  Manilius  connaît  déjà 
le  régime  des  suzerainetés  astrales  distribuées  sur  la  surface  de 
la  terre,  ni  l'idée  d'appliquer  à  des  agglomérations  d'individus 
les  pronostics  tirés  des  éclipses,  puisque  c'est  le  fond  même  de 
l'astrologie  chaldéenne,  née  servante  et  conseillère  des  rois.  L'as- 
trologie orientale  s'est  occupée  des  peuples  avant  de  s'occuper 
des  individus.  L'astrologie  grecque,  née  de  l'autre,  mais  dans  un 
temps  et  chez  un  peuple  où  la  culture  intellectuelle  avait  exalté 
le  sentiment  de  la  personnalité,  dut  refaire  le  même  chemin  en 
sens  inverse.  Après  avoir  fondé  sa  vogue  sur  la  curiosité  égoïste 


1.  Il  aurait  fallu  tout  au  moins  mettre  à  contribution  les  constellations 
extra-zodiacales,  ce  que  fait  d'ailleurs  Ptolémée.  Achille  Tatius  {Isag.,  29) 
expose  le  système  des  cinq  zones  terrestres  correspondant  xaxà  xiôeTov  avec 
les  zones  célestes,  et,  par  un  moyen  inconnu,  avec  les  cinq  planètes  :  Saturne 
présidant  à  la  zone  arctique,  Jupiter  à  la  zone  tempérée,  Mars  à  la  zone  tor- 
ride,  Vénus  à  la  zone  tempérée  australe  et  Mercure  à  la  zone  glaciale  antarc- 
tique. On  n'aurait  pas  cru  le  brillant  St(X6wv  si  gelé.  Même  distribution  dans 
le  Ps.-Ératosthène  (ad  Arat.,  Phaenom.,  9).  Le  système,  connu  de  Lucain  {Fri- 
gida  Saturno  glacies  et  zona  nivalis  \  Cessit.  X,  205)  remonte  au-delà  de  Vitruve 
(cf.  IX,  1,  16). 

2.  Oî  5è  àaTpov(5|xoi  epaul  -c^v  y^iV  Taii-CTiV  [leiiEpbôai  st;  éirtà  x>i{[iata,  xal  âp- 
/siv  éxadtou  Yll\iaixoz  l'va  xwv  iitxà  àa-réouv  (Bardesan.  ap.  Euseb.,  Praep.  Ev., 
VI,  10,  36  :  cf.  ci-après,  p.  347).  Nous  ne  possédons  pas  de  chorographie  plané- 
taire par  yypcti  proprement  dites,  sauf  celle  de  Ptolémée,  dont  une  moitié  peut 
se  détacher  de  l'ensemble,  et  un  fragment  de  système,  qui  attribue  "^  à  l'Egypte 
et  à  la  Syrie,  J  à  la  Libye,  C  à  la  Palestine,  l'Orient  relevant  en  général  de  ^, 
et  l'Occident,  de  (^  (Steph.  Alex.,  pp.  22-33  Usener).  Les  Arabes  ont  des  cho- 
rographies  par  climats  et  planètes  ou  par  signes  :  témoin  les  indéchiffrables 
chapitres  d'Albohazen  Haly  (VIII,  34.37). 

3.  Ptolem.,  Tetrab.,  II,  3,  pp.  82-86  Junctinus.  En  fait  d'appréciation,  les 
modernes  vont  d'un  extrême  à  l'autre.  Pour  Schleiden  (cité  par  Hâbler,  p.  29, 
et  Boll,  p.  201),  c'est  une  idée  géniale  au  premier  chef  que  cette  chorogra- 
phie; pour  Boll,  Ptolémée  est  un  des  «  gâte-sauce  de  la  géographie  ».  De  la 
géographie,  sans  doute  ;  mais  il  fait  à  merveille  la  cuisine  astrologique,  et  ses 
sauces  ne  manquent  pas  d'imprévu. 


LA  CHOROGRAPHIE  DE  PTOLÉMÉE  337 

des  individus,  elle  s'était  haussée  jusqu'aux  prédictions  intéres- 
sant la  destinée  des  sociétés  humaines.  Gela  ne  veut  pas  dire  que 
les  Chaldéens,  qui  ne  voyageaient  guère,  eussent  déjà  dressé  des 
cartes  à  usage  astrologique.  On  peut  laisser  debout  l'hypothèse 
proposée  récemment  qui  attribue  au  philosophe,  historien,  géo- 
graphe et  astrologue  Posidonius  la  répartition  complète  et  rai- 
sonnée  des  influences  astrales  sur  l'étendue  de  la  terre  habitée  *. 
Et  comme  les  idées  n'engendrent  pas  tout  de  suite  toutes  leurs 
conséquences,  il  n'est  pas  dit  non  plus  que  Posidonius  ait  des- 
tiné sa  carte  à  l'usage  qu'en  a  fait  plus  tard  Ptolémée.  Il  a  pu  se 
proposer  simplement,  comme  le  pense  Fr.  Boll,  de  répondre  à 
une  objection  gênante  de  Carnéade,  qui  déclarait  incompatible 
avec  la  théorie  des  thèmes  généthliaques  individuels  le  fait 
que  des  masses  d'hommes  avaient  même  tempérament,  mêmes 
mœurs,  mêmes  lois,  et  par  conséquent,  à  le  prendre  en  gros, 
même  destinée  ^.  Il  s'agissait,  pour  Posidonius,  de  mettre  à  part 
la  somme  de  ces  influences  multiples  qui  font  les  races  et  les 
peuples,  de  les  considérer  comme  un  bloc,  constituant  le  fonds 
immuable  de  tous  les  thèmes  individuels  pour  une  même  race  ou 
une  même  contrée  ^.  Une  partie  de  ces  influences  fut  imputée 


1.  Fr.  Boll,  op.  cit.  (voy.  Bibliographie).  Le  principal  argument  de  Fr. 
Boll,  c'est  que  la  chorégraphie  de  Ptolémée  astrologue  est  en  retard  sur 
la  géographie  de  Ptolémée  géographe  ;  l'auteur  de  la  Tétrabible  ignore  à  peu 
près  tout  ce  qui  ne  pouvait  être  connu  de  Posidonius.  Si  donc  Ptolémée  cho- 
régraphe est  bien  le  même  que  Ptolémée  géographe,  —  un  faussaire  n'aurait 
pas  manqué  de  travailler  d'après  la  Géographie  de  Ptolémée,  —  il  faut  croire 
que  Ptolémée  a  inséré  dans  sa  Tétrabible,  sans  le  remanier,  un  travail  anté- 
rieur, peut-être  de  Posidonius.  C'est  bien  à  Posidonius,  en  effet,  que  s'en  prend 
Strabon  (II,  3,  7,  pp.  102-103),  quand  il  réfute  la  théorie  des  aptitudes  dépen- 
dant des  n  zones  ».  Seulement,  Posidonius  parlait  de  zones  parallèles  à  l'équa- 
teur,  et  j'hésite  à  lui  attribuer  la  répartition  par  trigones  de  Ptolémée. 

2.  Voir  la  discussion  de  l'argument  plus  loin,  au  ch.  xvi. 

3.  Ptolémée  et  ses  scoliastes  ou  disciples,  même  Paul  d'Alexandrie,  insis- 
tent sur  le  fait  que  les  pronostics  «  catholiques  »  entrent  comme  élément 
premier  et  prépondérant  dans  tous  les  thèmes  individuels.  La  même  position 
des  astres  (elle  ne  peut  pas  être  absolument  la  même  à  des  latitudes  diffé- 
rentes) n'aboutit  pas  aux  mômes  résultats  pour  un  Égyptien  ou  un  Éthiopien 
que  pour  un  Gaulois  ou  un  Scythe  (cf.  Ptol.,  Tetrab.,  III,  12.  Anon.,  pp.  73-74. 
Paul.  Alex.,  B  3).  En  ce  qui  concerne  l'influence  du  «  milieu  »  sur  les  races, 
voy.  les  textes  réunis  par  R.  Fœrster,  Script,  physiognomonici,  II,  pp.  321-352. 
Firmicus,  qui  ne  s'occupe  pas  d'apotélesmatique  universelle  et  n'en  dit  qu'un 
mot  en  passant,  admet  l'influence  des  zones  sur  le  type  physique  des  races 
(ci-dessus,  p.  12),  mais  non  sur  les  mœurs  :  De  moribus  vero  gentium  super- 
vacna  disputatio  est,  attendu  qu'on  voit  des  Asiatiques  sobres,  des  Grecs 
sérieux,  des  Scythes  doux,  etc.  (I,  10,  12  KroU). 

1% 


338       CHAP.  XI.  —  APOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 

à  l'hérédité,  c'est-à-dire,  en  fin  de  compte,  à  l'action  passée  des 
astres  dont  les  effets  se  sont  accumulés  ;  le  reste,  à  leur  action 
présente.  Cette  action,  passée  ou  présente,  toujours  identique  à 
elle-même,  est  celle  du  signe  ou  des  signes,  de  la  planète  ou  des 
planètes  qui  dominent  chaque  contrée.  Tout  bien  considéré, 
je  laisserais  volontiers  à  Posidonius  l'idée  générale,  philoso- 
phique, de  lois  naturelles  déterminant  le  caractère  des  peuples, 
et  à  Ptolémée  le  mérite  douteux  d'avoir  compliqué  un  système 
probablement  plus  simple  en  y  introduisant  l'arcane  des  trigones 
planétaires. 

Ptolémée  commence  par  diviser  I'oIxoujjisvï)  en  quatre  régions  ou 
quadrants  (TetaoxTjjjiôpia),  séparés,  en  longitude,  par  le  méridien 
du  Golfe  Arabique  et  du  Palus-Mseotide,  en  latitude,  par  le  paral- 
lèle qui  va  des  Colonnes  d'Hercule  au  golfe  d'issos.  Chacun  de 
ces  quadrants  est  dominé  (olxoceauoTeTTat)  par  un  des  trigones 
zodiacaux  qui,  on  l'a  vu  plus  haut  (p.  199-206),  ont  une  orien- 
tation propre,  motivée  par  le  tempérament  des  planètes  y  domi- 
ciliées. Si  l'on  met  en  correspondance  l'orientation  céleste  et 
l'orientation  terrestre  *,  on  trouve  que  le  trigone  N.-O.  {^  ^  ■<->•) 
domine  la  Celtogalatie  ou  Europe  ;  le  trigone  S.-E.  (^  np  %), 
l'Ethiopie  et  la  Haute-Asie;  le  trigone  N.-E.  {\i  ;^ss;),  laScythie; 
le  trigone  S.-O.  {<3  ^,  )C)i  la  Libye.  Reste  maintenant  à  distribuer 
dans  l'intérieur  des  quadrants  les  influences  conjointes  des 
signes  du  Zodiaque  et  des  planètes  ^.  De  la  part  d'un  géographe 
qui  a  hérité  de  la  science  de  Posidonius  et  peut  invoquer  tour 
à  tour  soit  la  physiologie,  soit  la  psychologie  des  peuples,   on 


1.  Les  T£xapT7i(j.(5pta  de  Ptolémée,  orientés  à  4So  de  la  méridienne,  sont  des 
triangles  rectangles  ayant  leur  angle  droit  au  centre  de  la  figure  (Anon.,  p.  58). 
Le  contour  de  cette  figure  serait  donc  un  losange  plus  ou  moins  allongé  dans 
le  sens  de  la  «  longitude  ».  Je  me  demande  comment  l'oîxouixévT),  projetée 
sous  forme  rectangulaire  ou  môme  elliptique,  pouvait  entrer  dans  ce  losange. 
Cardan,  pour  qui  il  n'existe  pas  de  difficultés,  prétend  résoudre  le  problème 
en  dessinant  (p.  228)  une  sorte  de  trapèze  à  côtés  curvilignes,  dans  lequel 
les  quatre  triangles  rectangles  représentent  la  partie  intérieure  au  centrale. 
Les  hypoténuses  de  ces  triangles  sont  communes  à  quatre  triangles  exté- 
rieurs qui  empruntent  leurs  deux  autres  côtés  curvilignes  au  contour  de  la 
figure.  J'aime  mieux  renoncer  à  me  faire  une  opinion  sur  cette  question, 
restée  pour  moi  inintelligible  au  point  de  vue  géodésique. 

2.  Il  faut  y  ajouter  encore  l'influence  des  principales  étoiles  extra-zodia- 
cales (Ptol.,  Tetrab.,  II,  4;  Anon.,  pp.  69-70,  71).  Seulement,  il  s'agit  des  cons- 
tellations TtapavaTÉXÎiOV'ueî,  et  Ptolémée,  par  distraction  sans  doute,  ou  parce 
qu'il  considère  non  le  lever  des  étoiles  (Horoscope),  mais  leur  passage  au  mé- 
ridien (MC),  associe  les  étoiles  aux  signes  par  la  communauté  de  méridien.  Le 
Scoliaste  rectifie  sans  le  dire  :  Iléphestion  (I,  5,  p.  7  Engelbr.),  copie  Ptolémée. 


LA  CHOROGRAPHIE  DE  PTOLÉMÉE  339 

s'attend  à  des  tours  de  force.  Le  fait  est  que,  si  l'on  n'aperçoit 
pas  toujours  les  raisons  qui  motivent  les  attributions  de  détail, 
on  remarque  très  bien  les  précautions  que  prend  l'astrologue 
pour  réserver  sa  liberté  et  se  garer  des  objections.  La  combi- 
naison des  influences  planétaires  avec  les  influences  zodiacales 
augmente  déjà  considérablement  le  nombre  des  nuances  appli- 
cables à  la  peinture  des  caractères  ethniques.  La  sympathie  des 
signes  associés  en  trigone  ofi're  une  foule  de  ressources  supplé- 
mentaires. Enfin,  comme  les  peuples  qui  habitent  les  régions 
centrales  sont  de  race  plus  mêlée  et  doivent  à  une  civilisation 
plus  avancée  une  plus  grande  variété  d'aptitudes,  le  prudent 
docteur  pose  comme  règle  que  les  parties  des  quadrants  tournées 
vers  le  centre  de  figure  «  assument  par  surcroît  »  (irpouXafiSâvouït) 
les  caractères  des  quadrants  opposés,  sans  compter  l'influence 
de  la  planète  Mercure,  qui,  représentant  la  culture  intellectuelle, 
leur  est  commune  à  tous. 

Ptolémée  déguise  de  son  mieux  la  marche  qu'il  a  suivie  :  il 
n'avoue  pas  que  les  affinités  constatées  par  lui  ont  servi  de  point 
de  départ  à  ses  inductions.  Il  suppose  les  causes  connues  direc- 
tement par  la  physique  et  la  géométrie  astrale,  d'une  part;  par 
la  géodésie  et  la  météorologie,  de  l'autre;  et  il  n'invoque  les 
tempéraments  ethniques  que  comme  preuves  de  fait.  Il  se  garde 
bien  de  convenir  que  les  causes,  parfaitement  inconnues  en 
elles-mêmes,  la  chaleur  solaire  mise  à  part,  ont  été  imaginées 
pour  expliquer  les  effets.  Ce  n'est  pas  qu'il  y  ait  lieu  d'incriminer 
ici  sa  bonne  foi.  Les  dogmes  sont  toujours  des  œuvres  collectives; 
ceux  qui  les  achèvent  ou  les  modifient  suivent  une  impulsion  qui 
ne  vient  pas  d'eux.  11  ne  faut  pas  croire  que  la  carte  astrologi- 
que de  Ptolémée  n'avait  pas  de  mystères  pour  son  auteur  *  :  elle 


1.  Ptolémée  (ou  Posidonius)  a  dû  être  fort  gôné  par  la  coexistence  de  tra- 
ditions divergentes.  11  eût  été  fort  simple  de  partager  la  terre,  comme  le  ciel, 
en  deux  moitiés  :  l'une,  solaire,  à  l'Orient;  l'autre  lunaire,  à  l'Occident.  On 
retrouve  un  débris  de  ce  système  dans  Jean  de  Lydie  :  où  yàp  piovoetSsïi;  al 
l>cX£(4'e:î,  'HXîou  [lèv  x^  'Adîav  Siéizorzoi,  SeXtiVtjî  6è  x-^v  EûpwTîTiv 
(Ostenl.,  9).  Mais  les  mages  ou  Chaldéens  de  Xerxès  avaient  affirmé  jadis  "HXtov 
Etvai  'EXXtjvwv  TîpoSexTopa,  2îXt,vt,v  5è  acpéwv  [se.  Ilepffwv]  (Herod.,  VII,  37),  et 
les  devins  «  égyptiens  »  d'Alexandre  de  même  :  affirmant  Solem  Graecorum, 
Lunam  esse  Persarum  (Curt.,  IV,  10,  6).  Ptolémée  n'a  pas  voulu  accepter  cette 
tradition  tout  entière,  de  façon  à  donner  des  adresses  différentes  aux  éclipses 
du  Soleil  et  de  Lune  :  mais  elle  l'a  obligé  à  faire  prédominer  —  contrairement 
à  la  théorie  de  1'  a'tpejt<;  —  le  tempérament  solaire  à  l'Occident,  le  lunaire  à 
l'Orient.  Le  système  des  trigones,  qui  réunit  des  points  très  distants  du 
cercle,  était  évidemment  le  plus  propre  à  masquer  et  escamoter  les  difficultés. 


340  CHAP.    XI.    —    APOTÉLESMATIQLE    UNIVERSELLE 

repose  sur  quantité  de  prétendues  observations  et  d'associations 
d'idées  qui  sortaient  les  unes  des  oificines  astrologiques,  les 
autres  d'une  espèce  d'opinion  générale,  de  jugements  anonymes 
portés  sur  les  peuples  et  les  races  par  les  habitants  du  monde 
gréco-romain.  Ce  sont  précisément  ces  jugements  qu'il  est  le  plus 
intéressant  de  relever  dans  notre  analyse  :  si  l'astrologie  est  une 
chimère,  ils  ont  été,  eux,  une  réalité. 

Ptolémée  a  soin,  tout  d'abord,  de  limiter  et  préciser  la  valeur 
des  influences  exercées  sur  les  régions  terrestres  par  les  astres 
rangés  dans  le  Zodiaque.  Ces  influences  s'ajoutent  et  ne  se  substi- 
tuent pas  à  celles,  plus  immédiates  et  plus  énergiques,  du  climat, 
de  l'altitude,  de  la  nature  du  sol.  Il  est  évident  que  les  riverains 
de  la  mer  s'adonneront  à  la  navigation  et  que  les  cavaliers  se 
rencontreront  là  où  peut  prospérer  l'élevage  des  chevaux.  Ensuite, 
les  influences  dont  il  s'agit  sont  générales  et  non  particulières  ; 
elles  n'atteignent  l'individu  que  comme  partie  d'une  collectivité. 

Pris  en  masse,  les  peuples  de  l'Europe,  placés  sous  l'influence 
de  Jupiter  et  de  Mars  en  phase  occidentale  (laTtépiot  )*,  sont  belli- 
queux, ennemis  de  toute  servitude,  plus  sensibles  à  l'amitié  qu'à 
l'amour  et  trop  portés  à  convertir  l'amitié  en  amour  physique. 
L'absence  de  Vénus  se  fait  sentir,  à  ce  point  de  vue,  dans  la 
partie  extérieure  du  quadrant,  celle  qui  ne  reçoit  pas  l'influence 
du  quadrant  ou  trigone  opposé,  c'est-à-dire  chez  les  Bretons, 
Gaulois  et  Germains  ^  Ces  Barbares  sont  sous  l'influence  exclu- 

1.  La  mention  de  la  phase  est  un  raffinement  dont  il  n'était  pas  question 
dans  le  chapitre  des  trigones  (ci-dessus,  p.  199-206).  Cardan  (p.  228)  l'explique 
en  disant  que  les  quatre  planètes  qui  dominent  chacune  un  des  points  car- 
dinaux (ci-dessus,  p.  201,  3)  ne  dominent  ailleurs  que  en  condition  ou  phase 
concordante  avec  l'orientation  de  la  région.  Ainsi,  Jupiter  gouverne  en  tout 
temps  le  Nord;  mais  il  n'a  d'action  à  l'Occident  qu'en  phase  vespérale.  Cardan 
improvise,  comme  toujours.  Il  oublie  que  Ptolémée  exige  la  phase  concordante 
même  du  principal  œcodespote,  de  celui  qui  est  censé  être  sur  son  domaine 
propre. 

2.  On  est  surpris  de  voir  avec  quelle  insistance  les  Grecs  rejettent  sur  les 
Barbares  —  les  Barbares  d'Occident  —  l'ignominie  d'un  vice  auquel  ils  ont 
donné  une  triste  notoriété  en  en  faisant  un  thème  littéraire,  et  même  philo- 
sophique; ce  dont,  à  coup  sûr,  les  Barbares  ne  leur  avaient  pas  donné 
l'exemple.  Cette  accusation,  dont  on  ne  peut  plus  discuter  la  valeur  histo- 
rique, remonte  au  moins  jusqu'à  Aristote.  Parlant  des  peuples  belliqueux  et 
par  conséquent  voluptueux  (toujours  Mars  et  Vénus!),  Aristote  dit  que  ces 
peuples  sont  en  danger  de  tomber  sous  la  domination  des  femmes,  «  à  l'excep- 
tion des  Celtes  et  de  tels  autres  peuples  qui  ont  ouvertement  encouragé  le 
commerce  avec  les  mâles  »  (Polit.,  II,  6,  6).  Contre  les  Celtes,  terreur  du 
genre  humain,  tout  était  licite.  L'affirmation  d'Aristote,  précisée  et  aggravée 
par  Posidonius,  l'historien  attitré  des  Barbares  du  Nord,  et  sans  doute  aussi 


LA  CHOROGRAPHIE  DE  PTOLÉMÉE  341 

sive  du  Bélier  et  de  Mars  *.  Le  Lion  et  le  Soleil  donnent  une 
majesté  bienveillante  à  Tltalie,  à  la  Gaule  (Cisalpine),  l'Apulie  et 
la  Sicile  ;  le  Sagittaire  et  Jupiter,  le  goût  de  la  propreté  (xo  cptXo- 
xaOapov)  à  la  Tyrrhénie  (Toscane),  la  Celtique  ou  Gaule  centrale  et 
l'Espagne.  La  partie  intérieure  du  quadrant  européen,  qui  subit 
Tinfluence  du  quadrant  asiatique,  comprend  le  bassin  de  la  mer 
Egée.  Là,  les  effluves  de  Saturne,  de  Mercure  et  de  Vénus,  asso- 
ciés à  ceux  de  Jupiter,  produisent  des  natures  équilibrées  de 
corps  et  d'âme,  des  amis  de  la  liberté  réglée,  des  savants,  des 
artistes  qui,  là  où  domine  Vénus,  mettent  l'art  au  service  de 
l'élégance  et  des  plaisirs. 

Le  quadrant  S.-E.  ou  Asie  méridionale,  placé  sous  l'influence 
de  Saturne  et  de  Vénus  en  phase  orientale  (Iwot),  enferme  des 
peuples  à  la  fois  graves,  solennels  et  voluptueux.  Ceux  qui  res- 
sentent la  double  action  de  Vénus  et  du  Taureau  (Parthie -  Médie  - 
Perse)  outragent  la  nature  par  inceste  ^.  En  revanche,  l'action 

par  Timagène,  est  reproduite  par  Diodore  (V,  32);  par  Strabon,  qui  allègue 
les  on-dit  (toûxo  Se  twv  2rpuXou[iivwv  scxCv  (IV,  p.  199)  ;  par  Athénée  (XIII, 
p.  603);  par  Ptolémée,  qui  étend  le  cas  à  tous  les  peuples  du  Nord;  par 
S.  Empiricus  {Hypotyp.,  III,  §  199),  qui  l'applique  aux  Germains  comme  un 
on-dit.  Bardesane  (ap.  Euseb.,  Praep.Ev.,  VI,  10,  27)  va  plus  loin;  interpré- 
tant Aristote,  il  assure  que  ces  sortes  d'unions  sont  «  légales  »  chez  les  Gaulois 
et  les  Germains.  Nous  savons  comment  Bardesane  interprète.  Ayant  lu  quelque 
part,  peut-être  dans  la  Germanie  de  Tacite  (§  12  et  16),  que  les  Germains  pen- 
daient les  transfuges  ou  échappaient  à  la  honte  par  la  pendaison,  il  écrit  : 
TeptJiavwv  oi  tcXsïjto  i  i^yo^i]i.'xitù  [AÔpw  àTo6vT,axouai  [Praep.  Ev.,  VI, .10, 
34).  A  partir  du  iv*  siècle,  c'est  aux  Germains  seuls  que  l'on  impute  le  vice 
contre  nature.  Ammien  Marcellin  le  reproche,  toujours  sur  on-dit,  aux  Ger- 
mains Taïfales  (XXXI,  9,  5),  et  Procope  aux  Ilérules  {Bell.  Golh.,  II,  14,  p.  204). 
L'histoire  n'a  que  faire  de  pareils  témoignages,  qui  visent  toujours  les  peuples 
les  plus  mal  connus.  Dans  l'espèce,  il  ne  faut  pas  oublier  que  les  Romains 
déposent  en  sens  contraire.  Tacite  vante  les  mœurs  pures  des  Germains,  — 
lesquels  étaient  pour  les  anciens  des  Celtes  restés  barbares,  —  et  Quintilien, 
parlant  des  mœurs  corrompues  des  civilisés,  dit  :  nihil  taie  novere  Germani, 
etsanctius  vivitur  apud  Oceanum  (Quintil.,  Declam.,  III,  16).  Firmicus  appelle 
les  Gaulois  Galli  stolidi  (I,  2,  3  Kroll),  mais  rien  de  plus.  De  sa  part,  c'est  le 
coup  de  pied  de  l'âne. 

1.  Le  scoliaste  Anonyme  (p.  60)  ne  se  contente  pas  du  Bélier  pour  justifier  la 
thèse  du  maître.  Il  trouve  que  la  partie  postérieure  non  seulement  du  Bélier, 
mais  aussi  du  Lion  et  du  Sagittaire,  pousse  au  vice  contre  nature,  comme 
ataypÔTspat  xal  xe6Tj>.utj[xéva,  c'est-à-dire  qu'il  étend  la  tache  à  l'Italie,  à  la  Gaule, 
à  l'Espagne.  Voy.  ci-après  (chap.  xii)  la  foison  de  pronostics  sur  les  cinaedi. 

2.  Ici,  non  seulement  l'accusation  est  unanime  et  cite  des  faits  (IIerod.,111, 
31.  Ctesias  ap.  TertulL,  Apolog.,  9.  Philo,  De  spec.  ley.,  p.  778.  Strab.,  XV, 
p.  735.  Diog.  Laert.,  IX,  11,  §  83.  Athen.,  V,  p.  220,  etc.),  mais,  ce  qui  tranche 
la  question,  les   coupables  avouent.  Les  théologiens  de  l'Avesta  ont  même 


342  CHAP.    XI,    —    APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 

combinée  de  la  Vierge  et  de  Mercure  donne  à  la  Babylonie- Méso- 
potamie-Assyrie  sa  supériorité  en  fait  de  science  astrologique. 
La  partie  mixte  du  quadrant  asiatique  subissant  l'influence  réci- 
proque du  quadrant  européen,  les  peuples  y  sont  plus  remuants, 
plus  hardis,  plus  fourbes  aussi.  Les  cultes  solaires  y  sont  suscités 
par  le  patronage  du  Soleil  *,  et  Jupiter  fait  régner  dans  l'Arabie- 
Heureuse  la  félicité  proverbiale  à  qui  elle  doit  son  nom. 

Le  quadrant  N.-E.  ou  Asie  septentrionale,  dominé  par  Saturne 
et  Jupiter  en  phase  orientale,  et  aussi  par  Mercure,  renferme  sur 
son  pourtour  extérieur  des  peuples  extrêmement  riches,  sages  et 
chastes.  C'est  que  l'influence  du  «  trigone  humain  »,  des  Gémeaux, 
du  Verseau,  et  surtout  de  la  Balance,  s'accorde  parfaitement  avec 
celle  des  planètes  œcodespotes.  Il  faut  dire  cependant  que  le  Ver- 
seau et  Saturne  engendrent  des  peuplades  féroces  en  Sarmatie, 

fait  une  vertu  de  l'inceste,  qui  sauvegarde  la  pureté  du  sang  dans  les  familles. 
Voy.  J.  Darmesteter,  Le  Hvaêtvadatha  chez  les  Parsis  (Rev.  Hist.  Relig.,  XXIV 
[1891],  pp.  366-375);  le  Zend-Avesta  (Ann.  Mus.  Guimet,  XXI-XXIV  [1892-1893], 
t.  XXI,  pp.  126-134).  D.  Menant,  Les  Parsis  (Bibl.  Guimet,  Vil  [1898],  p.  157). 
Depuis,  la  morale  naturelle  l'a  emporté.  Le  hvaêtvadatha  ou  khêtûkdas  n'est 
plus  chez  les  Parsis  que  le  mariage  entre  cousins.  En  revanche,  Bardesane  (ap. 
Euseb.,  Pr.  Ev.,  VI,  10,  25-26)  assure  que  1'  àpaevoxotxTii;  est  honni  et  se 
suicide  iizb  EùcppaToû  xal  [xéj^pt 'a-xsavoû.  Cf.  Curt.,  X,  3,  et  Ammien  Marcellin 
disant  des  Orientaux  :  e/fusius  plerique  soluti  in  venerem  aegreque  contenti 
multitudine  pelicum,  puerilium  stuprorum  expertes  (XXIII,  6,  76).  Mais  Héro- 
dote disait  des  Perses  :  xat  Sîr\  xat  àiz'  'E>kXT|vwv  [xaSôvTSî  Tiatal  [AÎuYovxat  (Herod., 
I,  135;  Athen.,XlIl,  p.  603),  et  S.  Empiricus  assure  irapi  [aIv  Uépaim;  IBoî  elvai 
(5ppevo[it|fat<;  -/pî^ffOat  {Hypolyp.,  I,  §  152).  S.  Cyrille  {Adv.  Julian.,  IV,  p.  117) 
étend  l'inceste  aux  Chaldéens  eux-mêmes;  il  écrit  :  [iTfiTpoyajjLEtv  6é  tpaai 
Xa>^5a[ooi;.  Strabon,  toujours  sans  garantir  le  fait,  impute  aussi  aux 
Bretons,  outre  l'anthropophagie,  xè  epavcpwî  [xicryEaOat  -uatî  te  ôfXXatî  ^uvat^l  xal 
[iT^Tpâai  xal  àSeT^cçaïç  (IV,  p.  201,  témoignage  récusé  par  H.  d'Arbois  de  Jubain- 
ville,  N.  Rev.  Hist.  de  Droit,  XXII  [1898],  p.  439,  3).  Catulle  (lxxxviii-xci)  ne 
manque  pas  de  rappeler  la  Persarum  impia  relligio  à  propos  de  Gellius.  Le 
Byzantin  Ps. -Etienne  d'Alexandrie  impute  aux  Arabes  un  penchant  -icpôî  xe 
(juvoujEaç  yuvaixwv  xai  dp  psv  o  [xav  £  a;  (ap.  Usener,  p.  22),  en  vertu  du  thème 
de  géniture   de  leur  empire,  oii  Saturne  est  associé  à  Vénus. 

1.  Les  cultes  d'Astarté,  Istar,  Anaïtis  s'accordaient  bien  avec  le  patronage 
de  Vénus  :  mais  Ptolémée  ne  pouvait  oublier  Mithra  et  les  autres  dieux 
solaires.  Il  les  fait  rentrer  par  le  procédé  de  la  mixture.  Ptolémée  assimile 
Isis  à  Vénus,  Mithra  à  Saturne  oriental  ou  solaire,  Mi6pav/iXiov  irpoaaYopstiovxeî 
(Procl.,  Paraphr.,  II,  3,  p.  93),  à  cause  des  mutilations  portant  sur  les  organes 
génitaux.  Le  texte  est  ici  peu  sûr,  et  le  départ  des  religions  insulïisant.  Les 
Arabes  n'ont  pas  manqué  de  noter  les  aptitudes  religieuses  dérivées  des  pla- 
nètes, et  les  chrétiens  de  même  :  au  dire  de  certains,  le  christianisme  était 
sous  le  patronage  de  la  Vierge,  de  Mercure  et  de  Jupiter,  ou  encore,  du  Lion 
et  du  Soleil  (Ciruelo,  p.  51),  l'islamisme  étant  régi  par  l'association  particu- 
lièrement mai  famée  de  Saturne  et  de  Vénus  (ci-après,  p.  371) 


LA  CHOROGRAPHIE  DE  PTOLÉMÉE  343 

Oxitme  et  Sogdiane.  L'Asie-Mineure,  partie  centrale  du  quadrant, 
subit  rinfluence  du  quadrant  africain.  On  y  honore  Vénus  sous  le 
nom  de  Grande-Mère  et  Mars  sous  le  nom  d'Adonis.  Les  femmes 
y  ont  des  vertus  qui  manquent  aux  hommes.  La  Colchide  surtout 
doit  à  l'action  de  la  Lune  en  phase  orientale,  masculinisée  par 
position,  ses  viriles  Amazones,  tandis  que  le  Scorpion  et  Mars 
sont  responsables  de  la  méchanceté  sournoise  des  Cappadociens 
et  des  Syriens  de  Commagène. 

Le  quadrant  S.-O.  ou  africain  vit  sous  l'influence  du  trigone  bes- 
tial par  excellence  {<3  1%  )0>  dominé  par  Mars  et  Vénus  en  phase 
vespérale  ainsi  que  par  la  Lune,  planètes  auxquelles  s'ajoute 
Jupiter,  comme  l'indique  le  culte  de  Jupiter  Ammon  *.  Vénus  et 
les  signes  d'un  trigone  tout  féminin  produisent  des  races  ar- 
dentes à  l'amour  et  prolifiques.  Aussi  les  rois  y  partagent  le  trône 
avec  leurs  épouses,  qui  sont  souvent  leurs  sœurs  ^  L'Egypte, 
comme  toute  la  partie  intérieure  du  quadrant,  emprunte  au  qua- 
drant opposé  des  aptitudes  variées,  notamment  celles  qui  relè- 
vent de  Mercure,  comme  la  science  des  «  mathématiques  », 
indigène  pour  ainsi  dire  dans  le  pays  de  Thot  et  la  patrie  d'Her- 
mès Trismégiste. 

Chorographie  de  Ptolémée. 

I.  Trigone  N.-O.  (Y  ^  +->•)  :  régent  de  jour  ©;  de  nuit  ^;  +  c?. 
Y  et  (5*.—  Britannia,  Gallia,  Germania,  Basiarnia. 
SI  et  ©.  —  Italia,  Gallia  {Cisalpina  ?),  Apulia,  Sicilia. 
+>et^.  —  Tyrrhenia,  Celtica,  Hispania. 

*  Région  centrale,  influencée  par  le  trigone  S.-E.  (et  ^). 

X,  et  ï).—  Thracia,  Macedonia,  Illyria. 
nj  et  ?^ .  —  Hellas,  Achaia,  Creta. 
,  V  et  Ç.  —  Cyclades,  littus  Asiae  Minoris,  Cyprus. 

1.  Cf.  ci-dessus,  p.  205,  1. 

2.  Ptolémée  songeait  à  ses  compatriotes  et  homonymes,  les  Lagides,  plus 
fidèles  encore  que  les  Séleucides  à  la  pratique  des  mariages  consanguins, 
usités  du  reste  même  dans  l'Egypte  hellénisée,  au  point  que,  en  189  après  J.-C, 
ils  étaient  encore  en  majorité  dans  le  nome  Arsinoïte  (U.  Wilcken  ap.  Sitzungs- 
berichte  d.  Berl.  Akad.,  1883,  p.  903).  La  gynécocratie  a  été  largement  repré- 
sentée dans  les  dynasties  hellénistiques  par  des  douzaines  d'Arsinoés,  de 
Laodices  et  de  Cléopâtres,  qui  souvent  ne  se  contentaient  pas  de  «  partager  » 
le  trône.  La  tradition  remontait  —  et  pour  le  mariage  et  pour  la  supériorité 
de  la  femme  sur  le  mari  —  au  couple  Isis-Osiris  (Diod.,  I,  27).  Elle  s'impo- 
sait au  point  que  la  reine  d'Egypte,  qu'elle  fût  ou  non  sœur  du  roi  selon  la 
nature,  est  toujours  àSeXtpifi  pour  le  protocole. 


344  CHAP.    XI.    APOTÉLESMATIQCE    UNIVERSELLE 

II.  Trigone  S.-E.  [V  W  X>)  ■■  régent  de  jour  9  ;  de  nuit,  C,  +  ^  (et  ?). 
](,  et  ï).—  India,  Ariana,  Gedrosia. 
V  et  9  •  —  Parthia,  Media,  Persia. 
nj  et  '^.  —  Babylonia,  Mesopotamia,  Assyria. 

*  Région  centrale,  influencée  par  le  trigone  N.-O.  et  ^ . 

'  T  et  (5*.  —  Idumaea,  Coele-Syria,  Jtidaea. 
I  SI  et  0.  —  Phoenicia,  Chaldaea,  Orchinia. 
'^-^  et  ^.  —  Arabia  Félix. 

III.  Trigone  N.-E.  (n  ^^  «)  :  régent  de  jour  I)  ;  de  nuit,  ??;  +  ¥• 
n  et  $ .  —  Armenia,  Hyrcania,  Matiana. 
J5.  et  9*  —  Bactriana,  Caspia,  Serica. 
»  et  ï) .  —  Sarmatia,  Oxiana,  Sogdiana. 

*  Région  centrale,  influencée  par  le  trigone  S.-O. 

'  S  et  (Q.  —  Bithynia,  Phrygia,  Colchis. 
\  la  et  ^ .  —  Syria  Cotnmagene,  Cappadocia. 
,  }{  et  ^.  —  Lydia,  Cilicia,  Pamphylia. 

IV.  Trigone  S.-O.  (S  m  J()  :  régents  de  jour  ç?  et  9  ;  de  nuit,  ^  et  C- 
0  etC-  —  Numidia,  Carthago,  Africa. 
M  et  ^.  —  Phazania,  Nasamonitis,  Garamantice. 
m,  et  c?.  —  Mawitania,  Gaetulia,  Metagonilis. 

*  Région  centrale,  influencée  par  le  trigone  N.-E. 

'  n  et  ?^ .  —  Cyrenaica,  Aegyplus,  Marmarica. 
\  Ji  et  9-  —  Thebais,  Oasis,  Troglodytica. 
^  as  et  ï).  —  Arabia,  Azania,  Aethiopia  média. 

Un  triage  fait  dans  le  tableau  précédent  permet  de  grouper 
autour  de  chaque  signe  les  contrées  qu'il  protège,  soit  directe- 
ment, soit  par  communication  d'un  trigone  à  l'autre.  Ce  «  simple 
exposé  »  {^ù.T\  Ixôeatç),  que  le  scoliaste  attribue  également  à 
Ptolémée,  est  destiné  à  servir  de  guide  aux  praticiens  qui  se 
contentent  de  chercher  dans  le  Zodiaque  l'adresse  des  présages 
et  n'ont  cure  des  finesses  de  la  psychologie  ethnographique. 

Correspondance  des  signes  et  des  régions  terrestres  : 

X.  —  Britannia,  Gallia,  Germania,  Bastarnia,  Coele-Syria,  Palaestina, 

Idumaea,  Judaea. 
)t^.  —  Part/lia,  Media,  Persia,  Cyclades,  Cyprus,  lilliis  Asiae  Minoris. 
H.  —  Hyrcania,  Armenia,  Matiana,   Cyrenaica,  Marmarica,  Aegyptus 

inferior. 


LA  CHOROGRAPHIE  DE  PTOLÉMÉE  345 

§.  —  Numidia,  Carthago,  Africa,  Bithynia,  Phrygia,  Colchis. 

Si.  —  lialia,  Gallia  {Cisalpina?),  Sicilia,  Apulia,  Phoenicia,  Chaldaea, 

Orchinia. 
nf.  —  Mesopotamia,  Babylonia.  Assyria,  Hellas,  Achaia,  Crela. 
J!=.  —  Bactriana,  Casperia,  Serica,  Thebais,  Oasis,  Troglodytica. 
m.  —  Metagonilis,    Mauritania,    Gaetulia,    Syria   Commagene,    Cap- 

padocia. 
-(->.  —  Tyrrhenia,  Celtica,  Hispanin,  Arabia  Félix. 
% .  —  India,  Ariana,  Gedrosia,  Thracia,  Macedonia,  lllyria. 
as.  —  Sarmatia,  Oxiana,  Sogdiana,  Arabia,  Azania,  Aethiopia  média. 
)( .  —  Phazania,  Nasamonitis,  Garamantice,  Lydia,  Cilicia,  Pamphylia. 

Cette  construction  savamment  machinée,  où  entrent  à  doses 
égales  la  géométrie,  la  géographie,  l'histoire  et  la  mythologie,  est 
une  statistique  encore  intéressante  pour  nous  de  la  civilisation  à 
l'époque  qui  va  de  Posidonius  à  Ptolémée;  mais  elle  était  trop 
compliquée  pour  les  astrologues  de  culture  moyenne.  Ceux-là  ne 
trouvaient  pas  leur  compte  à  de  si  hautes  spéculations,  et,  en  gé- 
néral, ils  n'aimaient  pas  les  confrères  bardés  de  philosophie.  Aussi 
voit-on  les  successeurs  de  Ptolémée  élaguer  ses  trigones  et  ses 
planètes  «  trigonocratores  »,  pour  ne  retenir  que  la  répartition 
des  signes  du  Zodiaque  *.  Ils  ne  se  croyaient  même  pas  interdit 
de  recommencer  à  nouveaux  frais  cette  répartition,  simple  ou 
compliquée  d'autre  façon,  avec  moins  de  prétention  scientifique 
et  plus  de  mystère.  C'est  ce  que  firent  les  «  anciens  Égyptiens  » 
ci-dessus  mentionnés.  Paul  d'Alexandrie,  qui  a  une  estime  égale 
pour  Ptolémée,  Dorothée  et  les  Égyptiens,  prend  le  parti  d'essayer 
une  répartition  des  signes  qui  lui  permette  à  la  fois  d'établir  sur 
terre  une  série  continue  en  suivant  l'ordre  des  signes  du  Zodia- 
que, comme  faisaient  Manilius  et  Dorothée  ^,  et  de  conserver 
cependant  aux  signes  l'orientation  qui  leur  revient  dans  le  sys- 
tème des  trigones.  La  série  des  signes  se  compose  ainsi  de  trois 
groupes  dont  chacun  fait,  en  quatre  étapes,  le  tour  du  cercle, 
tout  en  correspondant  à  des  contrées  censées  contiguës,  dont  la 


1.  Jean  de  Lydie  {Ost.,  71)  ne  conserve  que  la  4/iX-)\  IxOeaiî  xiva  I9vï\ 
Tiuiv  ÛT:à  <jY|(X£(oii;  xeitai  mise  à  la  suite  du  chapitre  de  Ptolémée  (ci- 
dessus),  et  cela  lui  suffit  comme  livre  d'adresses  pour  ses  présages  brontosco- 
piques  ou  sismiques.  Mais  Campestrius  et  Vicellius  {Ost.,  10-15.  54-58)  ont, 
pour  les  comètes  et  pour  les  tremblements  de  terre,  des  répartitions  choro- 
graphiques  analogues  ou  identiques  avec  celles  de  Ptolémée.  De  même  le 
Tonitruale  Aegypliacum  (ibid.,  23-26). 

2.  Voy.  ci-dessus  le  tableau  chorographique  (p.  332)  et  l'orientation  des 
trigones  d'après  Paul  d'Alexandrie  (p.  203,  fig.  26). 


346       CHAP.  XI.  —  APOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 

série  se  déroule  de  TE.  à  TO.  Cela  est  loul  à  fait  merveilleux  et 
inintelligible  à  souhait.  En  commençant  par  le  Bélier  et  la  Perse 
à  l'E.,  notre  astrologue  géographe  arrive  aux  Poissons,  c'est-à- 
dire  au  N.,  n'ayant  plus  de  disponible  que  la  mer  Rouge  et 
l'Inde.  Il  les  inscrit  sans  hésiter  au  nord,  dans  un  groupe  où  la 
Syrie  occupe  le  midi  *  ! 

Il  y  avait  de  quoi  scandaliser  les  adeptes  qui  conservaient  une 
ombre  de  sens  commun.  L'auteur  de  VHermippus  s'insurge  con- 
tre la  prétention  de  placer  à  la  fois  l'Arménie  et  l'Afrique  sous 
le  Cancer,  la  Syrie  et  l'Inde  et  la  Thrace  sous  le  Capricorne  ^  Il 
constate  que  le  point  le  plus  septentrional  de  l'écliptique  ne  dé- 
passe pas  le  zénith  de  Syène  et  qu'il  est  absurde  de  placer  sous  un 

1.  Paul  d'Alexandrie  (À-B  2)  paraît  convaincu  que  la  répartition  des  do- 
maines est  ici  affaire  de  «  climats  ».  11  dit  :  tel  signe  correspond  à  tel  climat 
ou  parallèle,  et,  par  la  vertu  de  son  trigone,  à  tel  vent  ou  orientation.  Ainsi, 
le  XII"  signe  (Poissons)  vcetxat  %Ki^<x'z\.  tw  'Eptj9p5î  SraXdÉffjïi;  %<x\  'Iv5ixf,î  X'*'P*î  ' 
àTro[Xc[Aspia;j,évov  dvÉjxu  Bo^^â.  Il  a  sans  doute  voulu,  comme  Dorothée,  aller 
d'Orient  en  Occident  et  reprendre  ensuite  l'Extrême-Orient.  Il  suit  la  série 
jusqu'à  l'Italie,  à  qui  il  lait  l'injure  de  la  déposséder  de  la  Balance  au  profit 
de  Cyrène  et  de  la  mettre  sous  le  Scorpion  (Cf.  de  même  —  Sxopirtavôv.. . 
Tô  xfiî  'ItaXîaî  xX£[j.a.  Harpocrat.,  in  Revue  de  Philologie,  II,  p.  75  Graux).  A 
partir  de  là,  il  est  esclave  des  associations  d'idées,  qui  l'obligent  à  mettre 
le  Sagittaire  en  Crète,  le  Capricorne  en  Syrie,  le  Verseau  en  Egypte  et  les 
Poissons  dans  la  mer  Erythrée.  Pendant  ce  temps,  son  orientation  méca- 
nique va  son  train,  et  l'on  voit  le  résultat.  Les  monnaies  nous  renseignent 
sur  la  notoriété  de  certains  systèmes  chorographiques  (voy.  Eckhel,  D.  N.,  III, 
pp.  283-284).  Le  signe  du  Scorpion  apparaît  sur  celles  de  la  Commagène  ;  on 
rencontre  le  Capricorne  à  Zeugma,  le  Bélier  à  Antioche  et  à  Cyrrhos,  la  Ba- 
lance à  Palmyre,  sans  doute  à  l'instar  de  Rome,  le  Sagittaire  dans  la  Rhésane 
et  la  Singarie.  A  propos  du  Lion  de  Milet,  Letronne  {Œuvres,  11^  série,  I,  p.  227) 
fait  observer  avec  raison  que  ce  Lion  milésien  date  du  siècle  d'Alexandre, 
d'un  temps  où  il  n'y  avait  pas  encore  de  chorographie  astrologique.  Je  me 
refuse  à  entrer  plus  avant  dans  cette  voie  de  recherches  par  trop  conjectu- 
rales. Zodiaques  entiers,  le  plus  souvent  gravés  par  des  ornemanistes,  sans 
souci  des  conditions  et  positions  traditionnelles  ;  signes  du  Zodiaque  ou  ani- 
maux réputés  tels,  ou  symbolisant  des  constellations  extra-zodiacales  ;  tout 
cela,  réparti  ou  à  répartir  entre  différentes  régions  et  cités,  n'offre  qu'un  in- 
térêt très  médiocre  pour  notre  sujet,  qui,  déjà  assez  complexe  par  lui-même, 
en  serait  encombré  sans  profit.  A  d'autres  de  contrôler  les  hypothèses  pro- 
posées par  J.  N.  Svoronos  {Zeitsck.  f.  Numism.,  XVI  [1889],  p.  219-232;  —  'Apx- 
'E'f£,a.,  1893,  pp.  1-11  ,  —  B.  C.  H.,  XVllI  [1894],  pp.  101-128),  hypothèses  qui, 
même  vérifiées,  n'intéresseraient  que  la  mythologie  sidérale,  non  l'astrologie 
proprement  dite. 

2.  Nouveaux  exemples  de  confusion  (cf.  pp.  272.  329,  2.  332)  entre  l'orienta- 
tion des  signes  par  position  et  par  tempérament.  Le  Cancer  est  boréal  par 
position  (Arménie)  et  méridional  par  sa  chaleur  (Afrique);  le  Capricorne, 
méridional  par  position  (Inde),  boréal  comme  froid  (Thrace,  pays  de  Borée). 


CHOROGRAPHIE   ANONYME  347 

point  quelconque  du  Zodiaque  les  régions  situées  plus  au  nord. 
Il  semble  rejeter  absolument  toute  chorégraphie  astrologique, 
zodiacale  ou  planétaire.  Mais  sa  logique  ne  va  pas  plus  loin  et  le 
monomane  reparaît  aussitôt.  Sa  conception  de  l'influx  perpendi- 
culaire aurait  dû  Tamener  à  reléguer  toute  application  de  l'astro- 
logie dans  la  zone  intertropicale.  Or,  ce  qu'il  cherche,  c'est 
l'adresse  des  éclipses,  dont  l'effet  s'étend  à  toute  la  terre  habitée. 
Il  a  trouvé  pour  cela  quelque  part  ou  imaginé  un  système  qu'il 
juge  excellent.  Comme,  dit-il,  la  Terre  se  rétrécit  de  l'équateur 
aux  pôles,  il  faut  partager  la  terre  habitée,  entre  le  «  Paradis  » 
terrestre  et  les  bouches  du  Tanaïs,  en  sept  climats  ou  zones  dont 
la  largeur  diminue  en  proportion  de  la  longueur.  Ce  chrétien  pla- 
tonisant  sait  que,  dans  une  zone  centrale  étendue  à  13  degrés  de 
chaque  côté  de  l'équateur  et  prétendue  torride,  se  trouve  le 
Paradis,  l'Elysée  (to  'HXjcrtov  iriSiov)  de  la  mythologie,  patrie  de 
l'âge  d'or,  berceau  de  l'espèce  humaine  et  séjour  des  âmes  bien- 
heureuses, le  lieu  d'où  leur  regard  peut  embrasser  le  monde 
entier  et  en  contempler  la  beauté.  Le  premier  climat  du  monde 
des  vivants  commence  donc  au  13^  degré  de  latitude  et  a  8°  de 
largeur.  Les  autres  s'étagent  au-dessus  et  leur  largeur  décroît, 
jusqu'au  48''  degré  inclusivement  —  limite  de  la  terre  habitée 
ou  habitable,  —  suivant  la  régression  arithmétique  8,  7,  6,  5,  4, 
3,  2.  Ces  sept  climats  correspondent  à  autant  de  parties  décou- 
pées dans  le  Zodiaque,  de  l'équinoxe  au  tropique,  et  comprenant 
chacune  13  degrés  (-cptoxaiSsxajxotpfat).  Dès  lors,  il  suffit  d'obser- 
ver dans  quel  degré  d'une  de  ces  tranches  zodiacales  se  produit 
une  éclipse  pour  savoir  dans  quel  climat  et  quelle  partie  du 
climat  en  retentira  l'effet.  Ainsi  reparaît  la  chorographie  indis- 
pensable; ni  planétaire,  en  dépit  de  ses  sept  (ou  plutôt  huit) 
climats,  puisque  la  graduation  passe  pour  être  réglée  unique- 
ment sur  les  étapes  solaires;  ni  zodiacale,  puisque  les  climats 
sont  indépendants  des  signes  *. 

1.  Hermipp.,  II,  12,  pp.  SI  sqq.  KroU.  J'ai  chercké  longtemps  —  peut-être 
sans  la  trouver  —  une  interprétation  plausible  de  ce  texte  délayé,  décousu, 
où  figure  une  monstruosité  astrologique,  la  TptTxaiSexa;jLocpia  ou  arc  de  13». 
L'auteur  me  paraît  avoir  rendu  inintelligible,  par  la  superfétation  du  Paradis, 
un  système  qui  partageait  1'  oîxouijl^vtj  —  la  zone  où  mûrit  le  blé  —  en  sept 
climats  et  lui  assignait  pour  limite  empirique  le  48»  degré  de  latitude.  A 
cette  limite  correspond  —  les  eflets  de  la  chaleur  solaire  le  prouvent  —  la 
limite  septentrionale  du  Zodiaque,  le  tropique  du  Cancer.  De  ce  tropique  à 
l'équateur,  point  vernal  ou  0»  du  Bélier,  il  y  a  un  quadrant  ou  90  degrés, 
dont  la  septième  partie  occupe  environ  13"  (12«,  857).  C'est  la  part  d'un  climat, 
la  ,Tpiïxai5êxa(i.otpia  xoO  xXt>aTOî  (p.  57,  14).  Mais  c'est  assez  insister  sur  celte 


348  CHAP.    XI.    —   APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 


II.  RÈGLES   DE   l'APOTÉLESMATIQUE   UNIVERSELLE. 

Nous  avons  enfin  achevé  la  description  de  l'outillage  servant  à 
localiser  les  pronostics  «  universels  »  ;  voyons-en  maintenant  le 
maniement.  Nous  rejoignons  ici  les  origines  les  plus  authentiques 
de  l'astrologie.  C'est  au  vieux  fonds  chaldéen  qu'est  empruntée, 
sinon  la  méthode  elle-même,  au  moins  l'espèce  de  phénomènes 
qui  fournit  les  données  du  calcul  *.  Ces  données,  on  les  demande 
à  l'observation  des  éclipses  de  Soleil  et  de  Lune,  et,  accessoire- 
ment, aux  «  météores  »  accidentels,  halos,  bolides,  comètes,  ton- 
nerres, et  même  tremblements  de  terre. 

L'importance  des  éclipses  n'a  pas  besoin  d'être  démontrée  :  les 
luminaires  étant,  comme  le  dit  Ptolémée  '^  causes  de  l'énergie 
de  l'ensemble,  leur  conjonction,  dans  les  éclipses  de  Soleil,  leur 
opposition,  dans  les  éclipses  de  Lune,  sont  des  moments  d'une 
importance  capitale.  Les  hommes  n'avaient  pas  attendu,  pour  en 
avoir  peur,  des  raisonnements  de  physiciens.  Ils  auraient  pu  être 
guéris  de  leur  frayeur  par  d'autres  raisonnements  leur  montrant 
que  les  éclipses  arrivaient  à  échéance  fixe  et  n'avaient  aucun  rap- 
port avec  leurs  affaires  ;  mais  ceux-là,  qui  auraient  emporté  l'as- 
trologie tout  entière,  étaient  encore  plus  difficiles  à  comprendre, 
et  d'ailleurs  les  hommes  ne  renoncent  pas  ainsi  à  occuper  d'eux 
les  puissances  célestes.  Ptolémée  connaissait  le  calcul  des  éclipses  : 
il  ne  s'en  est  pas  moins  converti  à  l'astrologie  et  ne  souffle  mot 
de  l'objection.  L'auteur  de  Vffermippus  ^,  qui  se  la  pose,  répond 
que  les  éclipses  sont  fixes  dans  leur  période,  mais  irrégulière- 
ment réparties  dans  cette  période,  et  que  Dieu,  qui  a  tout  prévu, 
a  fait  correspondre  à  cette  irrégularité  celle  des  événements  dont 
elles  sont  non  pas  les  causes,  mais  les  signes  *.  Du  reste,  ces  signes 
ne  sont  pas  nécessairement  suivis  des  malheurs  annoncés  :  si  les 
hommes  intimidés  deviennent  sages,  l'avertissement  divin  peut 
rester  une  simple  menace.  Le  pieux  auteur  pense  aussi  que  Dieu 

mixture  bizarre,  confectionnée  au  pays  des  rêves  et  vraiment  trop  loin  des 
«  mathématiques  ».  Nous  avons  affaire  ici  à  un  spéculatif,  à  un  réformateur 
aventureux  qui  ne  croit  ni  aux  domiciles  des  planètes,  ni  au  sexe  des  signes, 
ni  probablement  à  la  théorie  des  lieux,  ni  à  la  domination  des  astres  sur  la 
vie  privée,  et  dont  l'opinion  n'a  jamais  fait  autorité  pour  personne. 

1.  Voy.  ci-dessus,  p.  48,  1. 

2.  Tetrab.,  II,  8. 

3.  Hermipp.,  II,  11,  pp.  49-50  Kroll. 

4.  Voy.,  au  ch.  xvi,  la  discussion  métaphysique  sur  les  causes  et  les  signes. 


PRONOSTICS    TIRÉS    DES    ÉCLIPSES  349 

fait  tourner  les  nœuds  de  Técliptique  pour  que  ces  avertissements 
ne  soient  pas  toujours  adressés  aux  mêmes  contrées  et  que  cha- 
cune en  ait  sa  part.  Mêlé  d'un  peu  de  science,  ce  galimatias  prend 
un  air  tout  à  fait  sérieux  et  fait  dévier  l'objection,  qui,  au  fond, 
subsiste  entière. 

Mais  ne  discutons  pas  les  dogmes  établis,  et  voyons  Ptolémée 
à  l'œuvre  Ml  se  propose  de  donner  réponse  aux  quatre  questions 
suivantes  : 

1°  Quel  est  le  pays  visé  par  le  pronostic  inclus  dans  l'éclipsé? 
C'est  la  question  de  lieu  (xoirtxôv)  ; 

2°  Quand  viendra  à  échéance  et  combien  de  temps  durera 
l'événement  annoncé?  C'est  la  question  de  temps  (^povixov)  ; 

3'  Quelle  espèce  d'êtres  intéressera-t-il?  (^evi^ov)  ; 

4"*  De  quelle  qualité  sera-t-il  ;  autrement  dit,  quelle  forme  afifec- 
tera-t-il?  (elSiKov-inotoTï]?). 

I.  Question  de  lieu  ^  —  Comme  règle  générale,  Ptolémée  aver- 
tit que  le  pronostic  est  effectif  seulement  quand  l'éclipsé  se  pro- 
duit au-dessus  de  l'horizon  et  a  été  aperçue  du  lieu  qu'elle  con- 
cerne ^.  Il  ne  tient  pas  compte  des  éclipses  invisibles.  Pour 
connaître  l'adresse  du  présage,  il  faut  noter  le  signe  du  Zodiaque 
où  se  produit  l'éclipsé  et  chercher  sur  les  cartes  ou  tables  détail- 
lées ci-dessus  le  pays  qui  correspond  à  ce  signe  *.  Pour  préciser 
davantage,  il  faut  examiner  si  le  point  écliptique  a  quelque  rap- 
port soit  avec  l'Horoscope  des  villes  de  la  région,  soit  avec  les 
positions  qu'occupaient  les  deux  luminaires  lors  de  la  fondation 
de  ces  villes,  soit  avec  le  MC.  du  thème  de  géniture  de  leurs  gou- 
vernants actuels  ^ . 

1.  L'exposé  occupe  le  reste  du  livre  II  (ch.  4-13)  de  Is.  Té trabible,  les  pp.  63- 
85  de  l'Anonyme,  et  les  pp.  73-102  d'Héphestion,  lequel  résume  «  le  divin 
Ptolémée  »,  mais  avec  variantes  pétosiriaques  (fr.  7  et  *7  Riess). 

2.  Ptol.  Tetrab.,  II,  5  ;  Anon.,  pp.  63-64. 

3.  C'est  une  règle  de  bon  sens,  —  si  l'on  considère  les  éclipses  comme  des 
avis  envoyés  par  les  dieux,  ce  qui  n'est  pas  le  cas  de  Ptolémée,  —  mais  con- 
traire à  la  pratique  des  lieux,  qui,  pour  les  génitures  individuelles,  sont 
efficaces  aussi  bien  au-dessous  qu'au  dessus  de  l'horizon.  Aussi  n'a-t-elle  pas 
été  acceptée  sans  conteste  (ci-dessus,  p.  270,  l.  272,  1,  et  ci-après,  p,  336,  3). 

4.  Comme  les  nœuds  écliptiques  se  déplacent  d'un  mouvement  régulier,  on 
pouvait,  dans  leur  cycle  d'environ  18  ans  (ci-dessus,  p.  123,  4),  non  seulement 
prédire  les  éclipses,  mais  savoir  d'avance  à  quels  pays  elles  s'adresseraient. 

5.  Le  MC.  comme  symbole  de  l'autorité,  de  la  domination  (ci-dessus,  p.  271). 
Ptolémée,  qui  ne  veut  pas  des  lieux,  même  quand  il  s'en  sert,  se  garde  bien 
de  dire,  au  lieu  de  MC,  le  X<^  lieu.  L'État  est  identifié  avec  son  chef.  Ptolémée 
écrivait  sous  l'Empire  ;  c'est  un  signe  des  temps.  Ptolémée  ajoute  encore, 
pour  le  tourment  de  ses  confrères  peu  ferrés  sur  l'astronomie,  la  considéra- 


350       CHAP.  XI,  APOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 

II.  Question  de  temps  *.  —  Vu  la  différence  des  méridiens,  la 
même  éclipse  n'est  pas  aperçue  partout  à  la  même  heure  locale, 
et,  vu  la  différence  des  latitudes,  les  heures  locales  n'ont  pas  par- 
tout même  durée.  Il  faut  donc,  après  avoir  déterminé  la  région 
intéressée,  en  noter  la  longitude  et  la  latitude,  de  façon  à  éta- 
blir la  position  des  quatre  «  centres  »  locaux  sur  le  cercle  zo- 
diacal au  moment  de  l'éclipsé,  comme  pour  un  thème  de  géni- 
ture  ;  puis,  évaluer  la  durée  de  l'éclipsé  en  heures  équinoxiales. 
La  durée  de  l'éclipsé  indique  celle  de  l'événement  attendu,  à 
raison  d'une  année  par  heure  d'éclipsé  de  Soleil,  d'un  mois  par 
heure  d'éclipsé  de  Lune  ^  La  date  de  l'échéance  est  fournie  par  la 
position  du  point  écliptique  par  rapport  aux  centres,  rapport  qui 
permet  en  outre  de  prévoir  les  phases  dintensité,  exacerbations 
(ÈTnxàaeiç)  et  rémissions  (àvédsti;),  du  phénomène  pronostiqué.  Ainsi, 
le  point  écliptique  à  l'Horoscope  présage  un  délai  de  quatre  mois 
(tiers  de  l'année)  avant  l'échéance  et  un  maximum  d'intensité 
dans  le  premier  tiers  de  la  durée;  le  point  en  MC,  un  délai 
double  et  le  maximum  au  tiers  moyen  de  la  durée  ;  le  point  à 
l'Occident,  un  délai  triple  et  le  maximum  au  dernier  tiers  ^.  Le 

tion  des  «  phases  mensuelles  »  et  stations  des  trois  planètes  supérieures  :  %cd 
x&'j  Tr>iavo[i£va)v  al  itaxà  xafpouç  I[x[jitivoi  tpatastç,  S-uav  sxTipi^ovTEî  -itotûffi  tàç  èit\.(iy\- 
[j.aa£aî  {Tetrab.,  II,  4).  C'est  pour  échapper  à  ces  épineux  calculs  que  les 
Egyptiens  avaient  appliqué  de  nouveau  aux  signes  et  poussé  à  outrance  (cf.  ci- 
dessus,  p.  333, 1)  le  sectionnement  qui  avait  déjà  produit  les  décans  (p.  217  sqq.) 
ou  le  système  des  «  trihories  »  (p.  334,  1),  celui-ci  tenant  compte  aussi  de  la 
direction  des  vents  qui  soufflent  soit  au  commencement,  soit  à  la  fin  de 
l'éclipsé  (Ilephaest.,  I,  21,  p.  82  Engelbr.).  En  outre,  tandis  que  Ptoléméc  donne 
môme  adresse  aux  éclipses  de  Lune  et  aux  éclipses  de  Soleil,  les  Égyptiens 
distinguent  et  changent  l'adresse  (voy.  Hephaest.,  I,  21),  ce  qui  les  obligeait  à 
avoir  quatre  tableaux  chorographiques  —  autant  que  de  trihories  —  pour 
chacun  des  deux  luminaires.  On  rencontre,  dans  Jean  de  Lydie  {Oslent.,  9), 
un  système  sommaire,  qui  adjuge  en  gros  les  éclipses  de  Soleil  à  l'Asie,  et 
celles  de  Lune  à  l'Europe,  en  vertu  de  l'aphorisme  astrologique  que  le  Soleil 
domine  l'Orient  et  la  Lune  l'Occident  (cf.  ci-dessus,  p.  339,  1). 

1.  Ptol.,  Tetrab.,  II,  6;  Anon.,  pp.  64-66. 

2.  Cf.  Manilius  :  Nec  tamen  aequali  languescunt  tempore  cuncta,  etc.  (IV, 
853  sqq.).  On  n'adopte  pas  même  mesure  pour  les  éclipses  de  Soleil,  qui  sont 
très  courtes,  et  les  éclipses  de  Lune,  qui  durent  longtemps.  La  Lune  peut 
être  totalement  éclipsée  durant  près  de  2h;  le  Soleil,  pendant  quelques  mi- 
nutes seulement  (de  2  à  10,  suivant  la  latitude). 

3.  Tous  ces  tiers  viennent  du  goût  qu'a  Ptolémée  pour  ses  trigones.  Cf.  les 
tiers  insérés  dans  les  cotes  généthliaques  (ci-après,  p.  380  et  382).  Les  trigones 
étant  antipathiques  aux  Égyptiens,  Héphestion  (I,  21,  p.  83)  divise  le  cercle 
en  quarts,  correspondant  sans  doute  chacun  à  trois  «  heures  »  (à  convertir  en 
mois,  etc.).  Seulement,  il  mélange  deux  données  indépendantes  l'une  de 
l'autre:  la  position  angulaire  du  point  écliptique  et  la  durée  de  Téclipse.  11 


PRONOSTICS    TIRÉS    DES  ÉCLIPSES  351 

IMC,  comme  il  a  été  dit,  reste  sans  emploi.  On  voit  que  le  délai 
triple  embrasse  Tannée  entière,  mais  n'empiète  pas  sur  la  sui- 
vante. La  durée  de  l'effet  peut  donc  dépasser  une  année,  mais 
l'échéance  arrive  nécessairement  dans  l'année. 

Si  l'on  veut  pousser  plus  avant  le  diagnostic  des  variations 
d'intensité,  il  faut  alors  tenir  compte  des  «  syzygies  »  qui  se  pro- 
duiront au  même  point  écliptique,  ou  dans  un  point  associé  par 
aspect  à  celui-ci,  pendant  toute  la  durée  de  l'effet  pronostiqué  *, 
et  aussi  des  positions  des  planètes  au  moment  des  éclipses, 
sachant  que,  à  leur  lever  ou  en  station  (axTjpiYiJioc),  ces  planètes 
augmentent  l'effet  et  qu'elles  le  diminuent  quand  elles  sont  au 
couchant. 

Le  dispositif  de  ces  calculs  est  ingénieux  :  mais  il  n'approche 
pas,  comme  complication,  de  celui  qui  doit  résoudre  le  troisième 
problème. 

III.  Question  d'espèce  (du  sujet  visé)  ^.  —  Pour  savoir  à  quelle 
espèce  d'êtres,  à  quel  règne  de  la  Nature  doit  s'attaquer  l'action 
annoncée  par  les  astres,  il  faut  mettre  à  contribution  et  le  Zo- 
diaque et  les  planètes  et  aussi  les  étoiles  extra-zodiacales,  le  tout 
combiné  et  accommodé  de  la  manière  qu'on  va  voir.  En  fait, 
c'est  sur  la  forme  et  les  attributs  des  signes  du  Zodiaque  que  se 
fonde  le  pronostic  :  c'est  pour  multiplier  les  données  que  l'astro- 
logie savante  a  mis  en  cause  les  autres  étoiles  et  les  planètes. 

Donc,  étant  donné  le  signe  écliptique,  il  faut  chercher  quelle 
est  la  planète  «  maîtresse  de  l'éclipsé  »  (xupco;  t^;  sxXeîij^ewç),  c'est- 
à-dire  celle  qui  est  soit  en  contact  ou  en  défluxion  (uuvatpT^  -  ànop- 
pota)  avec  ce  signe,  soit  associée  à  lui  par  un  des  «  aspects  »  ré- 
guliers ou  pourvue  chez  lui  d'un  domaine  quelconque,  domicile. 


pose  ainsi  le  cas  où  l'éclipsé  survient  à  l'Horoscope  et  dure  3  h.  ;  survient  à 
la  4e  heure  et  dure  2  h.;  «  et  ainsi  de  suite  jusqu'à  la  12°  heure  ».  A  la 
4«  heure,  il  en  est  déjà  à  six  mois  de  délai  :  à  la  12»,  il  arriverait  à  dix-huit 
mois.  On  ne  voit  pas  si  ses  heures  sont  des  1/12  ou  des  1/24  du  cercle,  s'il  con- 
sidère le  cercle  entier  ou  seulement  l'hémisphère  supérieur.  11  compile  et 
abrège  à  l'aventure. 

1.  Twv  6è  xaxi  [Acpoç  àvéaewv  xal  èiriTaaewv  àizà  xs  tûv  àvà  [lidou  auÇuyiwv 
[&£wpoûuEv],  8xav  xatxà  xwv  xè  aîxiov  £[jLTtotoûvxwv  xôhuvt^  xwv  aucrj(7^iiaxiÇoiJ.év(i>v 
xôitwv  aùxoî;  auiATîi-Kxtoat  {Tetrab.,  II,  6).  Toujours  bref  et  imprécis,  Ptolémée  a 
besoin  d'être  interprété;  or,  le  scoliaste  n'a  ici  que  quatre  lignes  en  désarroi, 
et  Héphestion  (I,  21,  p.  76  E.)  copie  mot  à  mot.  Je  crois  surprendre  ici  Pto- 
lémée en  flagrant  délit  de  concession  au  système  des  xaxapj(a£  (ch.  xiii-xiv), 
qu'il  n'a  su  ni  accepter,  ni  repousser,  le  système  qui  échelonne  les  influences 
au  lieu  de  les  englober  toutes  dans  une  frappe  instantanée. 

2.  Ptol.,  Tetrab.,  11,  1;  Anon.,  pp.  66-70. 


352  CHAP.    XI.    —    APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 

trigone,  confins,  etc.  K  Le  signe  écliptique  n'est  pas  le  seul  point 
d'attache  de  ces  rapports.  Le  «  centre  »  ou  point  cardinal  qui  le 
suit,  et  que  le  mouvement  diurne  va  faire  passer  au  lieu  de 
l'éclipsé  ^  a  une  importance  presque  égale.  La  planète  maîtresse 
sera  donc  celle  qui  a  des  rapports,  et  le  plus  de  rapports,  avec 
ces  deux  «  maîtres  lieux  »  (xjpiot  xoTiot)  à  la  fois.  En  cas  de  con- 
currence entre  plusieurs  planètes  ayant  une  somme  de  droits 
égale,  l'arbitrage  devient  une  opération  délicate,  guidée  par  des 
règles  ^  sur  lesquelles  il  est  d'autant  moins  à  propos  d'insister 
que  nous  les  retrouverons  plus  loin.  Parmi  les  étoiles  extra-zodia- 
cales, celle  qui  est  la  plus  qualifiée  pour  collaborer  est  celle  qui 
se  trouve  sur  le  «  centre  »  le  plus  rapproché  de  l'éclipsé,  mais  du 
côté  de  l'Occident,  c'est-à-dire  qui  a  le  plus  récemment  passé  par 
la  position  angulaire  de  l'éclipsé.  A  son  défaut,  on  prendra  celle 
qui  se  serait  levée  ou  aurait  culminé  au  moment  de  l'éclipsé. 

L'astrologue  a  maintenant  à  analyser,  d'abord  le  signe  éclip- 
tique  lui-même,  ensuite  les  signes  où  se  trouvent  ou  auxquels 
correspondent  les  planètes  et  étoiles  introduites  dans  les  données 
par  les  calculs  préliminaires. 

Il  considère  en  premier  lieu  leur  forme.  Si  ce  sont  des  signes 
anthropomorphes,  le  présage  vise  l'espèce  humaine.  Si  ce  sont 
des  signes  terrestres  (^(^spaaTa),  il  s'adresse  aux  quadrupèdes,  sau- 
vages ou  domestiques.  Les  signes  ailés  menacent  les  oiseaux  ;  les 
signes  aquatiques  les  poissons  :  ceux  de  mer,  si  le  signe  est  mari- 
time, ceux  d'eau  douce,  si  le  signe  est  fluvial.  La  constellation 
d'Argo,  le  navire  qui  traversait  les  mers  et  remontait  les  fleuves, 
a  les  deux  caractères  à  la  fois. 

En  second  lieu,  l'astrologue  fait  état  des  influences  que  les 
signes  doivent  à  leur  position  fixe  dans  le  Zodiaque,  en  tant  que 
tropiques  ou  équinoxiaux,  solides  ou  bicorporels.  Il  en  tire  des 
pronostics  météorologiques,  applicables  aux  saisons  et  aux  fruits 

1.  C'est  le  système  de  !'«  œcodespotie  de  la  géniture  »,  auquel  nous  aurons 
affaire  plus  loin  (ch.  xii),  et  qui  est  comme  le  refrain  de  toutes  les  cantilènes 
astrologiques. 

2.  Je  suppose  que  les  astrologues  ont  fait  cette  ombre  de  raisonnement,  et, 
par  symétrie,  le  raisonnement  inverse  pour  les  étoiles  fixes.  Mais  il  paraît 
que  les  Arabes  avaient  fait  ou  passaient  pour  avoir  fait  schisme  sur  ce  point, 
en  tenant  pour  le  centre  précédant  le  lieu  de  l'éclipsé,  c'est-à-dire  qu'ils 
unifiaient  la  méthode  en  traitant  de  la  même  façon  centres  et  étoiles  fixes 
(ïlaly  Abenroda  ap.  Ciruelo,  fol.  d  8). 

3.  Oîov  Tiç  aùxwv  iffTiv  iv  tw  uitèp  yfjv  -ritALaçaipiu),  xk  TtpodOexixôî  xal 
TÎc;  àvaToTiixô;.  El  Se  xauxa  xoivà  èitt  Ttdvxtov  euptaxovxat,  xàv  xf,î  aîpé(X£u>î 
{iâXXov  TipoxtiAïiaofisv  (Anon.,  p.  67;  id.,  p.  69). 


PRONOSTICS    TIRÉS    DES    ÉCLIPSES  353 

de  la  terre,  et  aussi  aux  poussées  morales  de  nature  analogique  : 
à  la  religion  et  aux  prêtres,  s'il  s'agit  de  signes  équinoxiaux  *, 
aux  changements  et  révolutions  politiques,  s'il  s'agit  de  signes 
tropiques.  Les  signes  solides  visent  les  monuments  et  édifices  ; 
les  signes  bicorporels,  les  «  hommes  et  les  rois  »  ^. 

En  troisième  lieu,  l'astrologue  estime  dans  les  signes  l'influence 
qui  leur  vient  de  leur  position  angulaire  par  Tapport  à  l'horizon. 
Le  signe  qui  se  trouve  à  l'Horoscope  ou  dans  le  quadrant  oriental 
au  moment  de  l'éclipae  vise  la  jeunesse,  l'avenir  ;  au  méridien,  il 
concerne  les  hommes  faits,  les  prêtres  et  les  rois;  vers  le  cou- 
chant, les  vieillards,  les  morts,  les  réformes  des  vieilles  lois. 

Enfin,  on  préjuge  l'intensité  absolue  des  effets  attendus  —  et 
non  plus,  comme  tout  à  l'heure,  les  phases  d'intensité  —  d'après 
la  grandeur  de  l'éclipsé,  et  aussi  d'après  la  position  des  planètes 
intéressées.  En  effet,  les  planètes  vespérales  diminuent  l'effet  des 
éclipses  de  Soleil;  les  matinales,  l'effet  des  éclipses  de  Lune  ^,  et 

1.  Sans  doute  parce  que  les  dieux  et  prêtres  sont  au  haut  du  monde  (Equa- 
teur dans  la  sphère  droite)  et  à  la  tête  (Bélier)  de  l'espèce  humaine,  y  faisant 
régner  l'autorité  et  l'équilibre  (Balance).  Au  physique,  ce  sont  les  arbres 
(Hephaest.,  p.  78),  élevés  aussi,  et  en  général  le  haut  des  plantes  (xôiv  tpuTwv 
•uà  ofxpa.  Anon.,  p.  68),  que  visent  les  pronostics  équinoxiaux. 

2.  Pour  les  signes  «  tropiques  »,  l'analogie  est  dans  le  mot  même  (de  xpiizui), 
et  il  n'est  pas  malaisé  de  voir  pourquoi  les  signes  «  solides  »  menacent  la  so- 
lidité des  édifices.  Pour  les  «  bicorporels  »,  le  scoliaste  oublie  la  double  na- 
ture de  l'homme  ;  mais  il  estime  qu'un  roi  représente  deux  rapports,  celui 
du  roi  avec  ses  sujets,  celui  des  sujets  avec  le  roi  (p.  68).  Cardan  (p.  255) 
trouve  mieux  :  guia  Reges  plerumque  sunt  duplicis  animi  et  valde  callidi. 
Ptolémée  n'a  pas  voulu  lâcher  le  flot  des  superstitions  mélothésiques  (ci- 
dessus,  ch.  x),  qui  lui  auraient  fourni  et  fournissaient  à  d'autres  des  adresses 
toutes  faites:  minéraux,  plantes,  animaux  et  espèces  d'animaux,  de  plantes  et 
de  minéraux.  11  en  prend  quand  même  plus  qu'il  ne  croit.  On  retrouve,  échoué 
dans  Héphestion  (p.  89),  un  autre  système,  qui  aurait  dû  tenter  Ptolémée,  s'il 
lui  est  antérieur,  car  il  divise  le  cercle  en  trois  arcs  compris  entre  les  som- 
mets d'un  trigone.  Le  premier  arc  (de  X  à  Y  inclusivement),  peut-être  parce 
qu'il  comprend  le  Bélier  et  deux  «  centres  »  (solstice-équinoxe),  concerne  les 
rois  ;  le  second  (de  \:f  à  Si),  en  majeure  partie  bestial,  les  émeutes  populaires; 
le  troisième,  sans  doute  en  l'honneur  de  la  Vierge  et  de  la  Balance,  les  lieux 
sacrés.  Un  auti'e  système  encore,  usité  pour  les  éclipses  souterraines  (ci-après, 
p.  356),  prend  les  quatre  trigones.  Une  éclipse  survenant  dans  le  «  trigone 
royal  »  (T  Si  t)  vise  les  rois;  dans  le  trigone  agricole (V  nj  ;;&),  les  fruits 
de  la  terre  ;  dans  le  trigone  «  humain  »  (H  ^  «),  les  hommes  en  général, 
menacés  de  peste  et  famine;  dans  le  trigone  bestial  et  prolifique  (^  in,  )(). 
les  foules,  décimées  par  les  émeutes,  guerres  et  naufrages  (lo.  Lyd.,  Ostent.,  9). 

3.  En  vertu  de  la  règle  ou  axiome  du  «  sexe  de  position  »  (ci-dessus,  p.  102), 
les  planètes  vespérales  se  féminisent  et  les  autres  se  masculinisent;  par  con- 
séquent, elles  se  mettent  avec  la  Lune  et  contre  le  Soleil,  ou  inversement. 

23 


334  CHAP.    XI.    APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 

inversement.  Celles  qui  sont  en  opposition  diamétrale  avec  IVsli^ 
éclipsé  diminuent  de  moitié  l'énergie  du  présage. 

IV.  Question  de  qualité  ou  forme.  —  Reste  une  question  qui  se 
compose  de  deux  autres,  souvent  satisfaites  par  la  même  réponse. 
L'événement  présagé  sera-t-il,  en  général,  bon  ou  mauvais,  et  à 
quel  point  l'un  ou  l'autre?  Secondement,  de  quelle  espèce  parti- 
culière sera-t-il?  Ce  chapitre  est  un  des  plus  hâtés  et  des  plus 
confus  de  la  Tétrabible.  Entraîné  par  son  goût  pour  les  classifica- 
tions, Ptolémée  n'y  a  pas  assez  réfléchi.  Il  aurait  pu  se  dispenser 
de  traiter  la  première  question,  s'il  s'en  était  remis  à  l'opinion 
vulgaire,  qui  ne  pouvait  pas  admettre  qu'un  pronostic  tiré  d'une 
éclipse  ne  fût  pas  malheureux  *.  Au  point  de  vue  religieux,  cela 
ne  faisait  pas  de  doute,  le  dieu  éclipsé  voilant  sa  face  ou  subis- 
sant une  crise  douloureuse.  De  même  au  point  de  vue  physique, 
la  privation  de  lumière  et  de  chaleur  en  temps  anormal  ne  pou- 
vant être  un  bienfait  pour  le  monde.  Ptolémée  invoque  ici  plus 
que  jamais  le  «  tempérament  naturel  »  des  astres  ;  mais  la  phy- 
sique est  aussi  contre  lui.  Il  juge  donc  que  le  pronostic  est  bon 
ou  mauvais  suivant  le  tempérament  naturel  ou  acquis  de  la  pla- 
nète «  maîtresse  »  de  l'éclipsé.  Cette  planète  lui  suffit  ^  Là  dessus 
il  énumère,  planète  par  planète  «  seule  œcodespote  »,  les  pronos- 
tics à  répandre  sur  les  hommes,  sur  l'atmosphère,  sur  les  ani- 
maux et  végétaux,  et  cela  sans  sortir  des  banalités  accoutumées. 
Saturne  et  Mars  sont  malfaisants  comme  à  l'ordinaire,  Jupiter  et 
Vénus  bienfaisants,  Mercure  l'un  ou  l'autre  suivant  la  planète 
avec  laquelle  il  est  en  aspect.  On  perd  de  vue  l'éclipsé  et  même  le 
caractère  universel  du  pronostic,  car  on  persuadera  diflicilement 
à  un  homme  sensé  que  les  humeurs  froides  ou  les  heureux  ma- 

1.  Pascal  remarque  que  prédire  des  malheurs  était  encore  pour  les  astro- 
logues le  plus  sûr  moyen  de  ne  pas  se  tromper  :  «  Us  disent  que  les  éclipses 
«  présagent  malheur,  parce  que  les  malheurs  sont  ordinaires;...  au  lieu  que, 
«  s'ils  disaient  qu'elles  présagent  bonheur,  ils  mentiraient  souvent  »  {Pensées, 
XXV,  13,  éd.  E.  Havet). 

2.  Héphestion  enregistre  les  présages  signe  par  signe,  trihorie  par  trihorie 
ou  môme  heure  par  heure,  et  a  soin  de  ne  prédire  que  des  malheurs.  Il  y  a  là 
beaucoup  de  guerres  entre  TÉgypte  et  la  Syrie,  et  des  allusions,  parfois  assez 
transparentes,  à  l'histoire  des  Lagides  et  des  Séleucides.  Il  y  est  question 
de  compétitions  au  trône,  de  rois  expulsés,  souvent  par  leur  compagne  et 
co-régente  (cf.  ci-dessus,  p.  343,  2),  ou  qui  ne  transmettent  pas  leur  héritage 
à  leurs  enfants,  etc.,  surtout  dans  le  chapitre  des  présages  —  catholiques 
aussi  —  tirés  de  la  position  des  planètes  au  moment  du  lever  de  Sothis 
{Hephaest.,  pp.  91-97  Engelbrecht  :  cf.  ci-après,  p.  367).  Le  «  philosophe  » 
byzantin  Léon  (ci-dessus,  p.  334,  1)  tïent  compte  :  1°  du  mois;  2"  du  signé; 
3»  'de  l'heure. 


PRONOSTICS   TIRÉS    DES   ÉCLIPSES  355 

riages  puissent  être  à  un  moment  donné  le  lot  de  tout  le  monde 
dans  toute  une  contrée. 

En  réalité,  pressé  ou  impatienté,  Ptolémée  a  pris  tout  fait  et 
accommodé  tant  bien  que  mal,  au  moyen  de  quelques  additions, 
un  lot  de  pronostics  convenant  aux  génitures  individuelles.  Il 
trahit  sa  fatigue  en  disant  que,  vu  le  nombre  des  combinaisons 
possibles  par  aspects,  par  signes,  par  phases,  il  s'en  remet  pour 
les  investigations  de  détail  à  «  Tinitialive  et  au  discernement  du 
mathématicien  ».  Il  est  un  point  toutefois  qu'il  recommande  à 
son  attention.  Le  pronostic  peut  être  très  différent  suivant  que  les 
planètes  maîtresses  de  l'éclipsé  ont  ou  n'ont  pas  sous  leur  patro- 
nage les  régions  visées.  Même  les  planètes  malfaisantes  traitent 
leurs  protégés  avec  une  certaine  bienveillance,  tandis  qu'elles  se 
permettent  tout  à  l'égard  des  pays,  des  hommes  et  des  choses 
avec  lesquels  elles  n'ont  point  d'attaches  préexistantes.  Ptolémée 
ne  manque  pas  de  dire  qu'il  s'agit  là  d'aflinités  naturelles  ;  il  ne 
veut  pas  s'apercevoir  que  sa  règle  vient  en  droite  ligne  de  la  foi 
qui  attribuait  aux  astres-dieux  des  sentiments,  sympathies  et 
antipathies,  à  la  mode  humaine. 

Tous  ces  calculs  n'épuisent  pas  les  inductiops  à  tirer  des 
éclipses.  On  trouve  un  supplément  d'informations  dans  l'aspect 
du  phénomène,  c'est-à-dire  en  interprétant  la  teinte  de  l'astre 
éclipsé  et  des  phénomènes  concomitants,  faisceaux  lumineux 
(piêooi),  halos  et  autres  particularités  *.  Les  couleurs  ont  la  même 
influence  que  les  planètes  de  même  teinte,  et,  suivant  que  la 
couleur  sera  générale  ou  limitée  à  quelques  points,  l'effet  sera 
général  dans  la  région  visée  ou  limité  à  certaines  parties,  les- 
quelles sont  indiquées  par  les  points  en  question  sur  le  disque  de 
l'astre  éclipsé  ^. 

Les  infatigables  «  Égyptiens»  poussaient  bien  plus  loin  les  spé- 
culations sur  les  couleurs  du  Soleil  et  de  la  Lune,  non  seulement 
pendant  les  éclipses  ^,  mais  au  lever,  au  coucher  des  luminaires, 

1.  D'autres  y  ajoutent  les  vents  (ci-dessus,  p.  349,  5),  les  pluies,  les  ton- 
nerres et  les  étoiles  filantes.  Héphestion  (p.  82,  cf.  p.  89)  pose  le  cas  où,  la 
Lune  étant  éclipsée,  SiâxTwv  ijT-h.p  S'.aSpajiiLv  eXOti  eu  aùfr^v,  ce  qui  présage 
force  ennuis  à  «  un  grand  tyran  ».  Les  astronomes  modernes  s'occupent  aussi 
des  couleurs  de  la  couronne  dans  les  éclipses  du  soleil  ;  les  astrologues  sont 
ici  leurs  devanciers. 

2.  Selon  que,  dans  les  éclipses  partielles,  la  partie  éclairée  ou  éclipsée  est 
au  N.  ou  au  S.  du  disque,  etc. 

3.  Citons,  comme  échantillons,  le  noir,  signifiant  mort  du  chef  de  l'État, 
famine,  révolution  ;  le  rouge,  ravage  du  pays  ;  le  gi'is,  épizootie  ;  le  violet, 
guerre  et  famine;  le  doré,  peste  et  mort  (Hephaest.,  I,  21,  p.  82). 


336       CHAP.  XI.  APOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 

'oii  même  «  pendant  tout  un  jour  ».  Le  Soleil,  sans  être  éclipsé, 
peut  être  «  terni  »  (àiJiaupwôeîc)  au  point  de  ressembler  à  un  miroir, 
ou  à  une  Lune,  et  de  laisser  voir  des  «  astres  »  en  plein  jour  ;  il 
peiit  être  ocreux  ou  rouge  au  point  que  «  le  sol  a  des  reflets 
sanguinolents  »  ;  tout  cela,  selon  le  signe  où  il  se  trouve,  a  un 
sens  et  une  adresse  *.  Les  astrologues  ont  dû  reverser  là  tout  ce 
qu'ils  avaient  pu  trouver  d'observations  et  de  comparaisons  dans 
les  traditions  de  l'Egypte  et  de  la  Chaldée.  C'est  eux  aussi  qui, 
plus  doctes  que  Ptolémée,  ont  trouvé  l'emploi  des  éclipses  surve- 
nues «  sous  terre  »,  au-dessous  de  l'horizon  ^  Ils  ont  recours 
c8tte  fois  —  sans  doute  pour  étourdir  les  naïfs  par  la  multiplicité 
des  méthodes  —  aux  signes  groupés  en  trigones,  et  ils  dis- 
tinguent, suivant  leur  habitude,  entre  les  éclipses  de  Soleil,  qui 
ont  leur  effet  en  Orient,  et  les  éclipses  de  Lune,  qui  opèrent  en 
Occident.  Les  éclipses  souterraines  causent  généralement  des 
tremblements  de  terre  ^.  Surveuant  dans  le  «  trigone  royal  »,  elles 
font  mourir  les  rois  en  Asie  ou  en  Europe.  On  distingue  aussi, 
suivant  la  qualité  et  la  position  des  signes,  entre  le  Nord  et  le 
Midi.  Par  exemple,  une  éclipse  de  Soleil  dans  le  Verseau  dessèche 
les  fleuves  du  Nord  ;  dans  le  Lion,  elle  fait  baisser  les  eaux  en 
Egypte  et  agite  la  mer  Rouge  et  l'Atlantique  *.  Les  associations 

1.  Hephaest.,  I,  22(11  epl  twv  èv  xatç  ÈxXsitj^sai  ït)  (jl  e  iwv);  I,  24  (Ilepl 
.  Twv  I V  xaîç  èv.'ktii^issi  j^pwiidtTwv  xal  ico[iT,Twv);  I,  25  (IIspl  Tf|ç 
Twv  [lexewpwv  a  t)  [i  e  i  to  a  e  w  ;,  pp.  89-102.  Engelbr.).  Cf.  le  chapitre  homo- 
nyme de  Ptolémée  (II,  13),  mais  consacré  exclusivement  aux  pronostics  météo- 
rologiques (ci-après,  pp.  365-366),  et,  dans  lo.  Lyd.  Oslent.,  9,  où  est  cité  Cam- 
"  pestrius  xaîî  IlEToatpiaxaïi;  (xxo>vOu6ô5v  napaSôaeai,  les  pronostics  fondés  sur  la 
•  couleur  de  la  Lune  dans  chaque  signe  et  à  chaque  veille  (tpuXax-ri  -  vigilia) 
et  sur  tout  ce  qui  se  passe  —  y  compris  les  éclipses  du  Soleil,  Vénus  ecn- 
brumée,  les  .bruits  célestes,  les  étoiles  filantes,  etc.  —  pendant  que  la  Lune 
est  dans  le  signe.  C'est  un  amas  de  traditions  à  l'état  de  détritus. 

2.  Hephaest,  I,  22,  p.  91.  C'est  au  chapitre  suivant,  quelques  lignes  plus 
loin,  qu'Héphestion  cite  les  iraXa'.ysvEÏî  ao'fot  Al-)"jTtTtot  ;  mais  tout  vient  de  la 
même  source,  et  l'on  ne  peut  s'empêcher  de  sourire  en  voyant  déguisés  en 
«  anciens  »  des  gens  qui  savaient  qu'il  y  a  des  éclipses  ù-nà  y-î\v. 

3,  KaôoXou  5è  ai  ùità  yf^v  ■èxXei»!'^^?  i{kiou  f,  (j{kî\-^-t\(i  aetaiioùî  àizoxsloÏKji^  wî 
èr.l  t6  TtXEÏaTov  (Anon.,  De  teir.  mot.,  p.  169  [174^]  Wachsmuth).  Leur  effort 
se  produit  de  bas  en  haut  et  soulève  la  terre. 

.  4.  Ptolémée  met  la  Sarmatie  sous  le  Verseau  (à  qui  Paul  d'Alexandrie 
attribue  l'Egypte).  Quant  au  Lion,  c'est  un  habitant  du  pays  de  la  soif.  Les 
.compilateurs  ne  savent  plus  ce  qu'ils  disent.  D'après  Héphestion  (p.  83),  une 
éclipse  de  Soleil  dans  le  Taureau  (laboureur)  présage  en  général  uîtou  cpOopiv 
par  les. sauterelles  ;  à  quelques  lignes  de  distance,  l'èclipse  survenant  dans 
le  Taureau  entre  4  h.  et  9  h.  présage  sû^opJav  aÎTou  Iv  AtytJitTCj).  Les  distinc- 
tions ont  dû  être  jiiultipliées  tantôt  pour  grossir  les  petites  différences, 
tantôt  pour  juxtaposer  des  opinions  contradictoires. 


PRONOSTICS    TIRÉS    DES  COMÈTES  357 

d'idées  les  plus  incohérentes  tourbillonnent  et  se  heurtent  dans 
le  cerveau  des  astrologues,  et  sans  doute  ils  n'échappaient  à  la 
folie  déclarée  qu'en  faisant  un  choix  entre  tant  de  systèmes  et 
n'absorbant  de  ces  inepties  que  ce  qu'ils  en  pouvaient  digérer. 

Les  comètes  *,  apparues  durant  les  éclipses  ou  comme  phéno- 
mènes indépendants,  forment  un  chapitre  important  de  l'astro- 
logie catholique.  Ptolémée  ne  leur  consacre  que  quelques  lignes  ; 
mais  d'autres  avaient  étudié  de  plus  près  avant  lui,  comme 
météorologistes  ou  comme  astrologues  ou  comme  haruspices,  les 
diverses  espèces  de  comètes.  C'était  là  un  domaine  indécis  que 
se  disputaient  Toscans  et  Chaldéens,  et  sur  lequel  les  Toscans 
avaient  peut-être  devancé  leurs  rivaux  ;  non  pas  tant  au  point 
de  vue  de  l'observation,  car  on  trouve  dans  les  documents  chal- 
déens mention  d'une  «  étoile  ayant  un  noyau  en  avant  et  une 
queue  derrière  ^  »,  qu'au  point  de  vue  de  l'interprétation.  Les 
haruspices ,  dont  l'art  fulgural  était  la  spécialité  reconnue , 
avaient  l'avantage  de  pouvoir  rattacher  l'apparition  des  comètes 
à  une  théorie  toute  faite.  Les  comètes  étaient  pour  eux  des 
foudres  spéciales,  des  torches  enflammées  lancées  par  des  divini- 
tés fulminantes,  et,  comme  leur  explication  finit  par  prévaloir 
chez  les  Chaldéens  eux-mêmes,  il  est  à  présumer  que  les  astro- 
logues n'avaient  pas  réussi  avant  eux  à  en  trouver  une  plus 
satisfaisante. 

Ni  les  astrologues,  ni  les  météorologues.  Anaxagore  et  Démo- 
crite  avaient  pensé  que  les  comètes  pouvaient  naître  de  la  ren- 
contre de  deux  planètes  ^  Les  «  Chaldéens  »  —  sans  garantie 


1.  Sur  les  comètes,  bolides,  etc.,  voy.,  du  côté  des  astrologues,  Manil.,  I, 
803-927;  Ptol.,  Telrab.,  II,  9;  Anon.,  pp.  7S-76;  Hephaest.,I,  24;  Campestrius  ap. 
lo.  Lyd.,  Ostent.,  10-15.  Cf.  Riess,  Fragm.,  8-11,  pp.  343-351,  et  les  textes 
réunis  par  Wachsmuth,  Supplementum  disputationis  Lydianae  de  Cometis 
(pp.  161-166).  Du  côté  des  polygraphes,  Plin.,  II,  89  sqq.  ;  Senec,  Quaest.  Nat. 
(le  VU»  livre  tout  entiei-);  Stob.,  Ed.,  I,  27  (Ilepl  xofx-rixûv  xal  SiaxxôvTwv  xal 
Twv  Totoûxwv);  Avien.  ap.  Serv.,  Aen,,  X,  272. 

2.  Fr.  Lenormant,  La  Divination  chez  les  Chaldéens,  p.  38.  C'est  l'Apparetice 
des  comètes  allant  vei's  le  Soleil.  Les  Chaldéens  de  Diodore  (II,  30,  5)  inter- 
prètent aussi  X  0  iiT|  T  wv  àuxépuv  ÈTctToXâç. 

3.  Aristot.,  Meteor.,  I  init.  Encore  une  opinion  naïve  —  les  comètes  jaillis- 
sant du  choc  des  planètes  —  défigurée  par  des  gens  qui  savaient  que  les 
planètes  ne  peuvent  pas  se  toucher  réellement.  Alors  les  comètes  sont  les 
planètes  elles-mêmes  réunies  par  projection  visuelle  (oxav  Stà  t6  TtXfîatov 
êXÔÊÏv  SôÇwatv  SriyyoivEtv  àX)>T,X<i)v),  et  cela  devient  absurde,  attendu  qu'on  pou- 
vait voir  les  planètes  à  leur  place  —  c'est-à-dire  séparées  le  plus  souvent  — 
durant  l'apparition  des  comètes.  Pour  les  opinions  et  discussions  scientifi- 
ques, voy.  Sénèque,  ici  notamment:  Quaest.  Nat.,  VII,  12. 


358       CHAP.  XI.  —  ÀPOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 

d'antiquité  —  avaient  trouvé  d'instinct  l'explication  adoptée  par 
la  science  moderne  :  pour  eux,  les  comètes  étaient  des  astres 
qui  viennent  des  profondeurs  de  l'espace  et  qui  y  retournent, 
des  corps  qui  «  plongent  dans  l'immensité  de  l'éther  comme  les 
poissons  dans  la  profondeur  de  la  mer  *  ».  Seulement,  ceux  qui 
croyaient  aux  sphères  cristallines  d'Aristote  ne  pouvaient  pas 
faire  venir  de  bien  loin  leurs  comètes,  car  elles  auraient  brisé  les 
sphères  en  les  traversant  ^.  Ce  scrupule  remit  en  faveur  les 
vieilles  théories  qui  faisaient  des  astres  des  feux  émanés  de  la 
Terre  ^.  Abandonnée  pour  les  astres  permanents  et  à  marche  ré- 
gulière, l'explication  parut  encore  bonne  pour  les  comètes  et  tout 
à  fait  topique  pour  les  bolides.  C'étaient  autant  de  fusées  lancées 
par  la  Terre,  qui  s'enflammaient  dans  les  hautes  régions  du 
monde  sublunaire  et  se  consumaient  en  retombant.  Le  Trismé- 
giste  égyptien  se  range  à  un  avis  éclectique.  Au  point  de  vue  de 
la  divination,  il  ne  fait  aucun  cas  des  bolides,  ces  «  astreâ 
caduques  »,  étincelles  inutiles  et  gênantes  exhalées  par  la  Terre  ; 
mais  il  retient  les  comètes,  «  messagers  et  hérauts  »  des  présages 
catholiques,  envoyés  exprès  des  sphères  supérieures,  par  les 
décans  probablement,  dans  la  région  subsolaire  *.  Il  en  revenait 
par  là  k  l'explication  qui  était  la  plus  intelligible  pour  la  foi 
sans  être  inacceptable  pour  les  physiciens  non  inféodés  à  Aristote, 
celle  des  Toscans. 

Les  comètes  étaient  donc,  pour  les  astrologues  classiques,  des 
torches  lancées  par  les  planètes  et  participant  de  leur  nature.  Il 
suffisait  de  savoir  de  qui  elles  émanaient  pour  asseoir  le  pro- 
nostic. Ptolémée,  toujours  prudent,  ne  dit  pas  qu'elles  jaillissent 
des  planètes,  mais  seulement  qu'elles  sont  de  même  nature  ;  et, 
comme  il  sait  que  le  pronostic  est  toujours  fâcheux,  il  ne  relient 
que  les  comètes  consubstantielles  à  Mars  et  à  son  toujours  com- 
plaisant acolyte  Mercure  ('Apeïxà  ou  'Epptxâ)  ^.  Saturne  a  dû  être 
éliminé  par  lui  comme  «  froid  »  *.  Il  s'abstient  aussi  de  regarder 

1.  AûvTEî  tli  TÔ  piOoî  ToG  aîôÉpoi;  waTcsp  sî;  t6v  tou  irsTiOtyou?  pu9ôv  ûl  t/Oûç  (ap. 
Stob.,  J?cZ.,  I,  28).  Les  comètes  étaient  des  planètes  surnuméraires. 

2.  Suivant  Achille  Tatius  {Isar/.,  34),  les  comètes  sont  oùk  èv  oùpivtj),  dtXX' 
év  Tw  àipt,  c'est-à-dire  au-dessous  de  la  Lune,  T  atÔT^p  étant  au  dessus. 

3.  Émanés  (ci-dessus,  pp.  4-10)  ou  nourris  (pp.  75-76)  des  vapeurs  terrestres. 

4.  Ap.  Stob.,  op.  cit.,  I,  21. 

5.  Ptolémée  suit  probablement  ici  une  tradition  chaldéenne.  Pour  les  Chal- 
déens,  Mercure  était  un  bûcher  ardent,  incendiaire,  au  moins  autant  que  Mars 
(ci-dessus,  p.  69).  Les  comètes  où  Ti  aùxà  dTtoxsXoûji,  xaxà  6è  Ttivxe;  (Lyd., 
Oslent.,  10). 

6.  Froid  et  humide,  quoique  Ptolémée  le  fasse  sec  à  outrance  (ci-dessus, 


PRONOSTICS    TIKÉS    DES   COMÈTES  35^ 

de  près  aux  distinctions;  il  cite  en  passant  les  comètes  appelées 
poutres,  trompettes,  tonneaux  «  et  autres  noms  semblables  », 
Ceux  qui  ne  rougissaient  pas  de  leur  métier  étaient  moins  dis- 
crets. Ils  décrivaient,  classaient  et  reclassaient  les  comètes  d'après 
leur  forme,  leur  couleur,  leur  origine  présumée,  et  Gampestrius, 
moitié  haruspice,  moitié  astrologue,  paraît  avoir  été  un  spécia- 
liste en  la  matière.  Il  connaissait  les  effets  de  la  comète  dite 
«  cavalière  »  (liritsuç),  à  cause  de  sa  crinière  rejetée  en  arrière,  et 
qui  procède  de  Vénus;  de  la  comète  en  glaive  (^t'ftaç),  qui  vient 
de  Mercure  ou  de  Mars  ;  de  la  comète  en  torche  (XaixTraoïai;) ,  rap- 
portée également  à  Mercure  ou  à  Mars;  de  la  comète  propre- 
ment dite  ou  «  chevelue  »  (xoiat^tt)?),  qui  procède  de  Jupiter;  du 
«  disque  »  ou  tambour  (Stoxeu;),  qui  est  un  effluve  et  comme  un 
décalque  du  Soleil;  de  la  comète  Typhon  ou  l'ouragan  (Tucpwv), 
créée  par  les  remous  de  l'atmosphère  •. 


pp.  95-96.  190,  1).  Ptolémée  est  en  révolte  —  silencieuse,  comme  toujours,  — 
sinon  contre  une  tradition  authentiquement  chaldéenne,  au  moins  contre 
celle  attribuée  à  Épigène,  disciple  de  Bérose.  Suivant  Épigène,  le  principal 
moteur  des  vents  et  tonnerres,  c'est  Saturne,  par  ses  (juva-faî  et  àTtô^potact. 
Haec  [Stella]  cum  proxima  si(jna  Marti  premit  aut  in  Lunae  viciniam  transit 
aut  in  Solis  incidit  radios,  natiira  venlosa  et  frigida  conlrahit  pluribus  locis 
aéra  conçjlobatque.  Deinde  si  radios  Solis  assuinpsit,  tonat  fulguratque.  Si  Mar- 
lem  quoque  consentienlem  habet,  fulminât  (Senec,  Q.  Nat.,  VU,  4),  On  n'en 
voudra  pas  à  Ptolémée  d'avoir  trouvé  trop  compliquée  la  fabrication  de  cet 
explosif.  11  ne  réclame  pour  Saturne  ni  vents,  ni  foudres,  ni  comètes. 

1.  Là  non  plus  il  n'y  a  pas  de  dogme  orthodoxe  et  de  vocabulaire  arrêté, 
Stoici  dicunt  has  stellas  esse  ultra  triginta  duas  (Serv.,  Aen.,  X,  272). 
D'autres,  au  contraire,  simplifient  :  une  comète  est  xojjltjttii;  avec  la  queue  en 
bas,  Xaii-iraî  avec  la  queue  en  haut,  5oxiç  avec  la  queue  horizontale  (Ach.  Tat,, 
Isag.,  34).  Voici,  pour  abréger,  les  listes  courantes  :  %Q\y.r^'za.\.-crinitae,  du  Soleil 
(ci-dessus);  pâ65ot,  de  Jupiter  (Heph.)  ;  lîOYwvîaî,  avec  la  chevelure  ou  barbe 
en  bas  (Plin.,  lo.  Lyd.)  ;  ixovTta?  (Plin.,  Lyd.),  en  forme  de  dard;  ÇitpCa;  ou 
Çi90£i5t,î,  —  la  même  plus  courte  (Plin.),  — de  Mercure(Lyd., Heph.),  de  Mars 
(Schol.  Lucan.,  I,  529);  xepax  îaç  ou  %zo  i(s-zr\  s,  (Plin.,  Lyd.)  ;  îirireûî  ou 
ïiiTtiov  (Plin.,  etc.),  de  Vénus  (Lyd.),  Ispôç  àjx-^p  xf;?  'AtppoSixTiç  (Heph.),  du 
Soleil  (Schol.  Lucan.);  Xa|X7:a5  taç  (Plin.,  etc.),  de  Mercure  (Lyd.),  de  Mars 
(Heph.),  de  la  Lune  (Schol.  Luc);  Si  jxsûî  (Plin.,  etc.),  du  Soleil  (Lyd.),  dç 
Mercure  (Sch.  Luc.)  ;  5ox£  û;  ou  8ox6î,  la«  poutre  »  {trabes),  —  souvent  con- 
fondue avec  ôtCTXEJî,  —  de  Saturne  (Heph.);  itiÔEÛî  ou  ittOoi;  (Plin.,  Ptol., 
etc.);  o-aXittyÇ  (Ptol.,  Heph.);  Tu  cpiiv,  sans  origine  précise  (Lyd.,  Heph.),  nec 
Stella  verius  quam  quidam  igneus  nodus  (Plin.),  de  Saturne  (Schol.  Luc).  La 
liste  n'est  pas  close,  attendu  que  ybovxat  yàp  toiaûxa  sXB~i\  irotxtXôjxoptpa, 
xepajAwv,  Çciwv,  TravTofcov  (puxwv  ïyo'^xot.  x^,v  àitofxdpcpwaiv  (Anon.,  p.  76).  On 
entend  parler  de  pôeuvoi  ou  comètes  «  trouées  »  (Stob.,  Ed.,  I,  34),  de 
xpiyoi,  qui  vont  sans  doute  boire  du  lait  dans  la  Voie  Lactée  (Plin,,  11  g  91, 
avec  la  correction  hirci  pour  hirti:  lo.  Lyd.,  Oslenl.  10),  Héphestion  connaît 


360  CHAP.    XI.    —   APOTÉLESMATIQUE   UNIVERSELLE 

A  part  ces  deux  dernières  espèces,  qui,  étant  de  forme  circu- 
laire, menacent  le  monde  entier  ',  les  comètes  indiquent  elles- 
mêmes  l'adresse  du  présage  (toirtxôv)  par  l'endroit  du  ciel  —  Orient 
ou  Occident  —  où  on  les  voit  poindre  et  par  la  direction  de  leur 
queue;  ou  on  la  devine  par  relation  chorographique  de  la  partie 
du  Zodiaque  où  elles  apparaissent,  ou  encore  du  signe  où  se  trou- 
vent les  planètes  qui  les  ont  lancées  ^.  Les  êtres  visés  par  le  pré- 
sage (YEvtxôv)  sont  désignés  par  la  forme  de  la  comète.  Il  était  de 
règle,  à  l'origine,  que  les  comètes  ne  visaient  pas  les  petites  gens. 
Elles  s'adressaient  aux  rois  et  royaumes.  C'est  ce  que  disait  en- 
core à  Néron  son  astrologue  Balbillus  ^.  Avec  le  progrès  des  idées 
démocratiques  et  surtout  de  la  mélothésie,  on  en  vint  à  diriger 
les  pronostics  non  seulement  sur  les  hommes  en  général,  mais 
sur  les  animaux  et  les  végétaux.  Les  comètes  anthropomorphes 
visaient  directement  les  hommes  ;  les  comètes  à  forme  animale 
(3-ir]pt6(jLop(pa),  les  animaux;  les  Soxt'Ssç,  en  leur  qualité  de  «  poutres  », 
les  végétaux  *.  Comme  de  juste,  les  «  flûtes  »  n'étaient  pas  ras- 


une  comète  El|>^T|euîa;,  ronde,  rosée,  à  face  de  jeune  fille,  avec  rayons  entre 
or  et  argent,  qui  présage  des  malheurs,  mais  aux  méchants,  et,  par  consé- 
quent, un  «  changement  en  mieux  ».  C'est  une  façon  ingénieuse  do  tourner  la 
règle,  que  les  comètes  sont  signes  de  malheur  :  règle  déjà  entamée  pour  le 
xojXTiTTjî  d'Auguste,  qui  avait  mis,  paraît-il,  le  monde  en  liesse,  promettant 
gaiidia  omnibus  qentibus  futura  (Serv.,  Aen.,  X,  272). 
t.  Cf.  Hephaest.,  p.  99  (avec  Soxejç  au  lieu  de  Suxeû?)  ;  Serv.,  Aen.,  X,  272. 

2.  Les  anciens  avaient  remarqué  que  les  comètes  apparaissent  souvent  en 
dehors  du  Zodiaque,  même  vers  les  pôles  (Plin.,  Il,  §  91  :  v.  g.  le  Tuçwv  au  N.  ; 
les  TpdYoi  dans  la  Voie  Lactée.  Lyd.)  ;  mais  on  pouvait  toujours  faire  corres- 
pondre leur  position,  par  le  méridien  ou  par  l'horizon  (xapavaTÉXXovreç),  avec 
le  Zodiaque. 

3.  Stella  crinita,  quae  summis  potestatibus  exitium  portendere  vulgo  puta- 
tur,  per  continuas  noctes  oriri  coeperat  —  ex  Balbillo  astrologo  didicit  solere 
reges  talia  os  tenta  caede  aliqua  illustri  expiare,  etc.  (Suet.,  Nero,  36).  Cf. 
regnorum  eversor  comètes  (Sil.  Ital.,  VIII,  637),  et  maint  passage  de  Pline 
(II,  §  23),  de  Lucain  (I,  528  sqq.),  de  Tibulle  (II,  5,  72  sqq.)  et  autres.  Vespasien 
ne  plaisantait  qu'à  demi  quand  il  disait  que  la  comète  apparue  de  son  temps 
menaçait  non  pas  sa  tête  chauve,  mais  le  roi  des  Parthes,  qui  capillatus 
essef  (Suet.,  Vespas.,  23).  Il  avait  peut-être  été  rassuré  par  Balbillus.  L'auteur 
de  la  Margarita  philosophica  (IX,  23),  qui  ne  veut  ni  croire  aux  présages  as- 
trologiques, ni  nier  absolument  les  effets  des  comètes,  risque,  entre  autres 
explications  naturelles,  celle-ci,  qui  est  ingénieuse  :  mortem  aulem  Principum 
cometa  fartasse  ex  eo  significare  dicitur,  quod  Principes,  ut  magis  delicati  vel 
intemperati,  ab  aère  corrupto  citius  inficiuntur.  De  même,  l'infection  de  l'air 
produit  guerre  et  séditions,  en  excitant  «  l'appétit  irascible  et  concupiscible  ». 

4.  Anon.,  p.  76.  Ce  qui  est  une  façon  de  menacer  les  hommes  dans  leur 
alimentation,  et,  quand  il  s'agit  de  «  tonneaux  »  (irtôot),  leurs  celliers.  On 
pouvait  aussi  mélanger  des   pronostics  météorologiques  aux  autres,  sans 


PRONOSTICS   TIRÉS    DES   COMÈTES  361 

suranles  pour  les  musiciens  *.  Il  n'était  pas  difficile  de  trouver 
des  associations  d'idées  aussi  frappantes  pour  la  nature  ou  forme 
des  malheurs  attendus.  On  devine,  par  exemple,  que  les  «  glaives  » 
et  «  trompettes  »  annonçaient  des  guerres  et  massacres;  mais  il 
faut  entendre  les  finesses  de  Tart  pour  se  douter  que  les  fameuses 
«  poutres  »  annoncent,  entre  autres  pertes  de  bois,  des  naufrages, 
surtout  par  suite  de  batailles  navales  ^.  On  avait  songé  aussi  à 
appliquer  aux  comètes  la  géométrie  des  aspects,  à  interpréter 
leur  correspondance  avec  tel  signe  ou  partie  de  signe  du  Zo- 
diaque ou  avec  une  constellation  marquante  ^,  ou,  mieux  encore, 
avec  les  planètes  qu'elles  pouvaient  rencontrer  et  occulter  en 
passant.  Ce  dernier  système  est  plus  ingénieux  que  l'autre,  étant 
donné  qu'il  s'agit  d'astres  à  marche  rapide.  Une  comète  occultant 
Saturne  —  dieu  des  semailles  —  annonce  la  perte  des  récoltes  : 
si  elle  passe  devant  Jupiter,  le  Grand-Roi  de  l'Olympe,  il  y  aura 
«  troubles  pour  les  maisons  royales  ».  L'accolade  donnée  à  Mars 
présage  guerres  et  pestes;  à  Vénus,  des  viols,  morts  de  reines  et 
discordes  civiles;  à  Mercure,  diplomate  et  messager  céleste,  la 
rupture  de  conventions  et  des  «  bruits  fâcheux  *  ». 

La  question  d'échéance  et  de  durée  ne  restait  pas  non  plus 
sans  réponse.  On  applique  ici  les  règles  formulées  plus  haut  pour 
les  éclipses.  Une  comète  «  matinale  »  (ewoc;),  se  levant  avant  le 
Soleil,  accélère  l'échéance  ;  une  comète  vespérale  (l<nripto;)  la 
retarde.  La  durée  de  l'effet  se  mesure  à  la  durée  de  l'apparition 

même  rattacher  ceux-ci  à  ceux-là.  Ainsi,  au  dire  d'Avienus  (ap.  Serv.,  Aen., 
X,  272),  le  XaixTraSiaç  présaj^e  des  brouillards  à  TE.,  de  la  sécheresse  au  S., 
des  inondations  à  l'O.  et  la  famine  au  N.  La  famine  au  N.  n'est  pas  la  consé- 
quence de  la  sécheresse,  qui  est  au  S.  L'imagination  ne  travaille  à  l'aise  que 
débarrassée  de  la  logique. 

1.  Plin.,  II,  §  93  :  ses  tibiae  sont  peut-être  les  fji'kTziyys^  autrement  inter- 
prétées, celles-ci,  au  dire  de  Jean  de  Lydie,  n'étant  connues  que  de  Ptolémée. 

2.  Anon.,  p.  76.  Le  scoliaste  tient  cela,  non  de  Ptolémée,  mais  de  son  pro- 
fesseur (ô  ^[x^Tîpo;  StSiaxaXo;).  La  poutre  symbolise  sans  doute,  par  surcroît, 
l'éperon  des  navires  de  guerre. 

3.  Pline  compile  et  mêle  les  considérations  les  plus  diverses  :  Referve  arbi- 
tranlur  in  quas  partes  sese  jaculetur  aut  cujus  stellae  (planète)  vires  accipial, 
quasque  simililudines  reddat  et  quitus  in  locis  emicet.  Tibiarum  specie  mii- 
sicae  arti  porlendere,  obscenis  autem  moribus  in  verendis  partibus  signorum, 
ingeniis  et  eruditioni  si  triquetram  figurant  quadralamve  paribus  angulis  ad 
aliquos  perennitim  stellarum  si/us  edant  (étoiles  extra-zodiacales),  venena  fun- 
dere  in  capite  septentrionalis  austrinaeve  serpentis  (Plin.,  II,  §  92-93). 

4.  La  logique  particulière  des  astrologues  veut  que  Mars,  quoique  occulté, 
soit  plus  puissant,  parce  que  le  feu  s'ajoute  au  feu.  La  yuvauwv  99opat,  pour 
Vénus,  est  équivoque  à  dessein  :  c'est  la  pudeur  ou  la  vie  qui  est  menacée 
(lo.  Lyd.,  Ostent.,  10). 


362  CHAP.    XI.    APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 

de  la  comète.  Un  savant  disciple  de  Ptolémée  avait  trouvé  un 
moyen  «  tout  à  fait  admirable  »  de  fixer  avec  une  précision  ma- 
thématique la  cessation  de  TefFet  des  comètes.  Supposant  qu  elles 
Venaient  toutes  de  Mars  ou  de  Mercure,  —  et  sans  doute  toujours 
de  ces  planètes  en  marche  «  additive  »  (Tîpoaôâxai)»  —  il  enseignait 
que  l'effet  prévu  cesse  quand  la  planète  mère  de  la  comète  se  met 
en  marche  «  soustractive.»  ou  rétrograde  *. 

Les  bolides  ou  «  astres  sautants  »  (ot^xTovre;)  sont  interprétés 
de  la  même  façon  que  les  comètes,  avec  lesquelles  certains  les 
confondent.  Il  n'y  a  pas  lieu  de  les  considérer  à  part  :  il  nous 
suffira  d'admirer  en  passant  l'emploi  qu'ont  su  leur  trouver  les 
platoniciens.  Ce  sont  les  modèles  des  âmes  ou  les  âmes  elles- 
mêmes,  qui  «  sautent  »  de  là  haut  dans  des  corps  ^.  L'aurore 
boréale  (xâ<J(Jta  èv  xt})  oùpàvtp)  était  aussi  un  de  ces  phénomènes  qui, 
comme  les  comètes  et  bolides,  déroutait  les  astrologues  grecs,, 
habitués  à  tout  rapporter  à  leur  Zodiaque  et  leurs  planètes. 
C'était  une  espèce  de  «  Typhon  »,  et  d'autres  sans  doute  avaient 
dit  avant  eux  que  cet  «  hiatus  »  céleste  présageait  des  tremble- 
ments et  crevasses  du  sol  ^.  A  plus  forte  raison  les  foudres,  que 
d'autres  devins,  sans  compter  les  physiciens,  étudiaient  concur- 
remment avec  eux  et,  disait-on,  mieux  qu'eux.  Mais  les  astro-^ 
logues,  à  qui  rien  d'humain  n'était  étranger,  n'étaient  pas  libres 
de  décliner  la  concurrence,  d'autant  plus  que  les  anciens  BabylO' 
niens  s'étaient  occupés  de  ces  questions  *.  Ceux-ci  distinguaient, 

1.  Gela  après  expérience  faite,  dit  son  disciple  :  xoti  ouxw  ysYovev  (Anon., 
p.  76).  Il  se  peut  que  la  théorie  ait  été  plus  générale  et  ait  été  formulée  ainsi  ; 
une  comète  étant  donnée,  son  effet  cesse  quand  la  planète  d'oîi  elle  provient 
change  le  sens  de  sa  marche. 

2.  Proclus  in  Anal.  Sacr.,  V,  2,  pp.  142-143  Pitra.  On  sait  que  les  éphores  de 
Sparte  observaient,  à  fin  de  divination,  les  bolides,  qui  visaient  les  rois  de 
Sparte  (Plut.,  Agis,  9).  L'astrologie  plonge  ses  racines  partout.  Pour  les  phy- 
siciens, les  étoiles  filantes  {bolides  -  faces  -  stellae  micantes)  étaient  des  àitô^- 
potai  ignis  aetherii  (Serv.,  Georg.,  I,  366)  :  Virgile  en  tire  des  pronostics  sur 
les  vents  qui  souffleront  ab  illa  parte  in  quam  ignis  ille  reciderit  (Serv., 
Georg.,  I,  365).  Les  anciens  ne  paraissent  pas  avoir  remarqué  de  flux  de 
bolides  comme  ceux  qui  jaillissent  aujourd'hui  à  jour  fixe  de  certaines  par- 
ties du  ciel,  par  exemple,  les  «  Léonides  »,  provenant  de  la  constellation  du 
Lion  (depuis  1864  environ). 

3.  lo.  Lyd.,  Oslent.,  10.  Cfiasma  ou  discessiis  caeli  (Cic,  Divin.,  I,  43;  II,  28  ; 
Plin.,  II,  §  96)  ;  classé  inter  os  tenta  in  auguralibus  [fulguralibus  ?]  libris  (Serv., 
Aen.,  IX,  20). 

4.  Voy.  Fr.  Lenormant,  La  Divination  chez  les  Chaldéens,  pp.  67-76.  Lenor- 
mant  attribue  sans  aucun  scrupule  aux  Chaldéens  de  Chaldée  la  division 
tripartite  des 7»'incipe5  doctrinae  viri  de  Pline  (ci-après,  p.  363,  2).  Sur  les 
foudres,  voy.,  outre  les  textes  ci-après,  le  livre  II  des  Quaest.  Nat.  de  Sénèque. 


INTERPRÉTATION    DES    FOUDRES  363 

paraît-il,  toute  espèce  de  foudres,  des  foudres  atmosphériques^ 
lancées  par  le  dieu  Bin,  et  des  foudres  planétaires,  provenant  de 
Nergal  (Mars)  ;  les  premières  influant  sur  les  récoltes,  les  autres 
produisant  les  tremblements  de  terre.  Les  haruspices  répartis- 
saient  les  foudres  entre  un  certain  nombre  —  incessamment 
accru  —  de  divinités  fulminantes,  et,  comme  les  astrologues,  ils 
reconnaissaient  l'origine  de  la  foudre  à  sa  couleur  K  D'autre  part, 
les  Stoïciens,  dévots  à  la  mythologie  classique  et  pontifes  du 
trigone,  avaient  tout  ramené  à  leurs  divisions  ternaires  et  réclamé 
pour  Jupiter  seul  le  privilège  de  lancer  les  foudres,  au  nombre 
de  trois  {très  manubiae).  Les  adaptateurs  qui  déversaient  l'harus- 
picine  dans  l'astrologie  et  l'astrologie  dans  l'haruspicine,  Cam- 
pestrius,  disciple  de  Pétosiris,  et  le  «  Romain  »  Vicellius  travail- 
lant sur  les  livres  de  Tagôs,  avaient  fait  du  tout  un  véritable 
chaos.  Les  astrologues,  menés  par  tant  de  collaborateurs,  ne 
savaient  à  quelle  théorie  s'attacher  et  quelle  pratique  suivre.  Des 
«  princes  de  la  doctrine  »  enseignaient  qu'il  y  a  trois  foudres, 
lesquelles  viennent  des  trois  planètes  supérieures,  mais  princi- 
palement de  Jupiter,  lequel,  travaillé  par  l'humidité  qui  tombe 
de  Saturne  et  le  feu  qui  monte  de  l'orbe  de  Mars,  projette  ces 
espèces  de  charbons,  tout  chargés  de  présages,  surtout  quand 
l'atmosphère  est  agitée  ^ 

La  foudre,  projectile  qui  heurte,  brise  et  brûle,  n'est  pas  le 
tonnerre.  On  peut  entendre  tonner  sans  voir  d'éclairs,  ce  qui  est, 
suivant  le  cas,  un  prodige  ou  un  phénomène  plus  bénin.  Jean  de 
Lydie  a  extrait  des  livres  de  Nigidius  Figulus,  de  Fonteius  et  de 
Labéon,  interprètes  eux-mêmes  des  «  livres  de  Tagès  ^  »,  des  ca- 

1.  Voy.  Haruspices  (1896)  dans  le  Dict.  des  Antiquités  de  Daremberg  et  Saglio. 

2.  Pline  (II,  §  82)  est  étonnant.  Il  fait  une  mixture  de  physique  et  d'inten- 
tion providentielle,  de  sphères  supérieures  et  d'atmosphère  terrestre,  qui  est 
du  galimatias  pur.  C'est  par  action  mécanique,  suivant  lui,  que  e  sidère  caeles- 
tis  ignis  exspuitur  praescita  secum  adferens,  ne  abdicata  quidem  siii  parte  in 
divinis  cessante  operibus.  Pour  ce  bon  stoïcien,  le  feu  intelligent  profite  de 
l'occasion  et  charge  de  pensée  le  feu  expulsé  par  le  jeu  des  lois  physiques. 
L'air  intervient,  soit  comme  cause  efficiente  {quia  collectus  umor  abundan- 
tiam  stimulât),  quoiqu'il  y  ait  loin  de  là  à  Jupiter,  soit  comme  subissant 
l'action  d'en  haut  (quia  turbatur  quodam  ceu  gravidi  sideris  partu).  La  théo- 
rie toscane  des  ostenta  -  prodigia  -  portenta,  etc.,  était  plus  simple  et  plus  rai- 
sonnable. Les  Toscans  avaient  aussi  leur  diagnostic  par  les  couleurs  :  les 
foudres  rouge  sombre,  par  exemple,  venaient  de  Mars  ;  seulement,  ils  enten- 
daient par  là  le  dieu  Mars,  non  la  planète. 

3.  lo.  Lyd.,  Ostent.,  21-26  (tceoI  ppovuôJv),  présages  mensuels  fondés  sur  la 
.présence  du  Soleil  dans  les  signes  correspondant  aux  mois,  avec  retard  d'un 

signe  (commençant  par  X  en  janvier -système  romain).  'E? f,!JLepoî  ppov- 


364      CHAP.  XI.  —  APOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 

lendriers  «  brontoscopiques  »,  très  appréciés  chez  les  Byzantins, 
où  la  signification  très  variée  «  des  tonnerres  »  (Ppovxa-!)  ou  des 
foudres  (xepauvoQ  dépend,  jour  par  jour,  de  l'âge  de  la  Lune  *  ou, 
mois  par  mois,  de  la  position  soit  du  Soleil,  soit  de  la  Lune  dans 
le  Zodiaque,  ou  encore  de  la  nature  de  l'objet  frappé  par  la  fou- 
dre, ceci  doctrine  proprement  toscane  ^.  Les  présages  mensuels 
sont  adressés  en  diverses  régions  au  moyen  d'une  chorographie. 
Des  foudres  et  tonnerres  aux  tremblements  de  terre  la  transi- 
tion est  à  peine  sensible.  On  rapportait  les  uns  et  les  autres  à  la 
même  cause,  à  l'agitation  de  l'air,  au-dessus  et  au-dessous  de  la 
terre  ^.  Il  vint  un  temps,  au  ii*  siècle  de  notre  ère,  où  des  trem- 
blements de  terre  répétés  et  destructeurs  de  cités  florissantes 
attirèrent  l'attention  sur  ces  redoutables  crises.  Les  astrologues 
se  trouvèrent  à  court.  Leurs  fournisseurs  d'idées  habituels,  les 
Stoïciens,  n'osaient  plus  faire  resservir  le  vieux  trident  de  Poséi- 
don 'ENivoTsyaToc,  chétif  instrument  pour  de  telles  œuvres  et,  par 
surcroît,  fort  peu  astrologique.  Du  reste,  la  colère  des  dieux 
était  une  explication  plus  simple,  celle  dont  les  théologiens  de 
tous  les  temps  usent  le  plus  volontiers,  et,  quoique  désobligeante 
pour  les  victimes,  elle  suffisait  à  tout  le  monde.  Les  devins  ordi- 
naires, surtout  les  haruspices,  avaient  là  une  occasion  de  faire 
valoir  leurs  talents,  en  recherchant  les  péchés  qui  avaient  pu 
exciter  le  courroux  des  dieux  *,  libres  d'ailleurs  de  les  imputer  à 

Touvioitta  TOTTix-îi  TTpô;  xijv  SsXVivriv  {Ostent.,  27-38),  d'après  Figulus  et  Tagès, 
présages  quotidiens,  du  l^""  juin  au  30  mai,  tous  les  mois  ayant  30  jours  (sys- 
tème égyptien).  Bpovto  jxot:  [a  de  Fonteius  {Ostent.,  39-41),  présages  men- 
suels fondés  sur  la  Lune  (en  commençant  par  X>  )  et  adressés  par  chorogra- 
phie. Ensuite,  IIspl  xepauvwv  [Ostent.,  42-52),  traduit  de  Labéon  avec  présages 
mensuels  fondés  sur  la  position  du  Soleil  (en  commençant  par  T,  système 
chaldéen)  et  adressés  chorographiquement.  Il  n'est  pas  question  ici  de  la 
«  procuration  »  des  foudres,  art  relevant  de  la  magie  et  donné  comme  toscan, 
mais  revendiqué  aussi  pour  Numa,  à  qui  il  avait  été  révélé  par  Faunus  et 
Picus.  La  légende  insinuait  que  cette  révélation  était  d'origine  astrologique, 
ayant  été  extorquée  aux  dieux  susdits  garrottés  par  duodecim  juvenes  (Arnob., 
V,  1),  en  qui  on  peut  reconnaître  les  douze  signes  du  Zodiaque. 

1.  D'une  lune  fictive,  qui   suit  la   marche  des  mois  de  30  jours. 

2.  On  voit  souvent  reparaître  le  cas  si  xepauvôî  iizl  SévSpou  xapTrffxou  xaxe- 
vex^eifi,  présage  visant  l'agriculture,  funeste  ou  favorable  suivant  les  signes 
(v.  g.  Os^en^,  §§  48,  49,  51). 

3.  Plin.  II,  §  191-192.  nveuiiaxoç  xîvriartî  (Proclus  in  Anal.  Sacr.,  V,  p.  142 
Pitra).  Jean  de  Lydie,  Ilspt  aeidfiwv  {Ostent.,  54-58),  fait  intervenir  le  feu  souter- 
rain, les  eaux  thermales,  les  jets  d'air  ou  de  mer  s'engoufl'rant  dans  des 
grottes,  etc.  On  invoquait  aussi  les  éclipses  souterraines  (ci-dessus,  p.  356,  3). 

4.  On  sait  que  la  recherche  des  «  demandes  »  {postiliones)  des  dieux  offensés 
était  la  spécialité  des  haruspices. 


LES   TREMBLEMENTS    DE   TERRE  365 

l'impiété  des  chrétiens,  qui,  eux,  n'étaient  pas  en  peine  de  trou- 
"ver  des  vices  énormes  aux  païens.  Les  astrologues  ne  pouvaient 
pas  ne  pas  poser  en  principe  que  les  tremblements  de  terre 
avaient  pour  cause  l'action  des  astres,  une  action  violente,  due 
à  quelque  conjonction  accidentelle  comme  celle  qui,  à  entendre 
les  disciples  des  Stoïciens,  produisait  de  temps  à  autre  la  réno- 
vation du  monde  par  déluge  ou  embrasement.  C'étaient  surtout 
les  planètes  supérieures,  en  conjonction  avec  le  Soleil  sur  un  des 
points  cardinaux  du  monde,  qu'ils  soupçonnaient  d'être  causes 
du  phénomène  *.  En  définitive,  les  astrologues  se  dérobèrent  à 
la  tâche  qu'on  leur  eût  le  plus  volontiers  imposée,  celle  de  pré- 
dire les  tremblements  de  terre.  Ils  lui  en  substituèrent  une  autre, 
infiniment  plus  facile  et  qui  les  exposait  moins  aux  démentis. 
Ils  considéraient  les  phénomènes  de  cette  espèce  comme  des  prér 
sages  de  nature  «  universelle  »  et  répartissaient  les  pronostics 
tirés  de  là  sur  la  surface  de  la  terre,  au  moyen  de  leurs  tableaux 
chorographiques  ^ 

Mais  nous  nous  écartons  de  plus  en  plus  de  l'astrologie  clas- 
sique. Ptolémée  consacre  la  dernière  partie  de  son  apotélesma; 
tique  universelle  à  enseigner  la  façon  de  dresser  des  almanachs^, 


1.  Babyloniorum  placita  et  motuus  terrae  hiatuusque  qua  cetera  omnia  side- 
rum  vi,  sed  illorum  trium  quitus  fulmina  adsignant,  fieri  autem  meantium 
cum  Sole  aut  congruentium,  et  maxime  circa  quadrata  mundi  (Plin.  II,  §  191). 
Il  y  a  là  un  mélange  d'art  fulgural  et  d'astrologie.  D'autres  attribuaient  les 
tremblements  de  terre  au  «  Typhon  »  (ci-dessus,  p.  359),  ouragan  qui  pour  les 
uns,  simples  météorologistes,  naissait  spontanément  dans  l'atmosphère  (région 
arctique),  pour  d'autres,  venait  des  planètes.  Naturellement,  les  Hermétiques 
et  Orphiques  étaient  venus  à  la  rescousse.  Nous  avons  encore  61  vers, 
vagues  et  ineptes,  'EpjjLoO  toû  TptdfxsYiaxou  Ilepl  ScKjjjlwv,  èv  àXXw 'Optpewi;  {Anal, 
sacr.  V,  2,  pp.  275-278  Pitra),  calendrier  avec  présages  mensuels,  où  les 
<ï£ta[ioî  dépendent  du  signe  occupé  par  le  Soleil.  En  somme,  des  rudiments 
de  théories,  point  de  doctrine.  Il  y  a  place,  aujourd'hui  encore,  pour  des 
explications  astrologiques  des  tremblements  de  terre.  H.  de  Parville  veut  abso- 
lument en  faire  des  marées  souterraines  coïncidant  avec  certaines  phases  de 
la  Lune.  Ce  serait  un  effet  bien  rare  pour  des  causes  si  fréquentes. 

2.  Jean  de  Lydie  [Ostent.,  54  sqq.)  enseigne  que  la  Providence  convertit  en 
signes  révélateurs  les  phénomènes  physiques,  et  que  où  jjiovov  «ùtoI  xa6'  éauxoC*? 
oî  detaixol  pXâTCTOuiTt  xoùî  xa8'  wv  uu[i6aivouaiv,  iXXi  ji-V  xal  Sk\^ù'^  ttô^^w  itou 
TÔTtw  xal  yj^à'jtù  [XEpiÇo[X£V(ov  yivovtat  {iTjvuxai  où  fxexpîwv  xaxwv.  Là  dessus,  il 
donne  un  calendrier  sismique  dressé  par  le  «  Romain  Vicellius  d'après  les 
vers  de  Tagès  »,  avec  pronostics  mensuels  (commençant  par  le  Bélier),  adres- 
sés au  moyen  d'une  chorographie  conforme  à  celle  de  Ptolémée,  car  son  Tagès 
—  qui  fait  une  attention  particulière  au  sexe  des  signes  —  est  devenu  sur  le 
tard  expert  en  astrologie. 

3.  Telrab.,  II,  10-13;  Anon.,  pp.  77-85.  Le  scoliaste  s'extasie  sur  xb  s-kiuxt,- 


366  CIIAP.    XI.    APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 

de  répartir  les  pronostics  météorologiques  (chaleurs  et  froidures, 
pluies  et  vents,  orages,  sécheresses),  avec  leurs  conséquences 
naturelles  (famines,  pestilences,  etc.),  entre  les  saisons  et  les 
mois,  d'après  les  syzygies,  les  «  aspects  et  défluxions  »  des  pla- 
nètes œcodespotes  des  syzygies,  l'apparence  des  étoiles,  etc.,  et 
surtout  les  propriétés  des  signes  du  Zodiaque  occupés  par  le 
Soleil  et  la  Lune.  Nulle  part  il  n'a  prodigué  davantage  les  rai- 
sons soi-disant  scientifiques.  Il  décompose  chaque  signe  en  trois 
parties  (précédente  -  moyenne  -  suivante)  dans  le  sens  de  la  lon- 
gitude *,  en  deux  bandes  (boréale  et  australe)  dans  le  sens  de  la 
latitude,  et  il  y  loge  à  son  gré  les  forces  élémentaires  dont  il  aime 
à  se  réclamer,  le  chaud,  le  froid,  le  sec  et  l'humide.  C'est  là  qu'il 
a  entassé  à  la  hâte  et  plutôt  enseveli  qu'exposé  ce  qu'il  conserve 
des  théories  relatives  aux  foudres  et  tremblements  de  terre.  Tel 
signe,  ou  tel  tiers  de  signe,  est  pluvieux  ou  venteux,  ou  fulminant 
ou  sismique  ;  les  vents,  foudres  et  tremblements  étant  le  plus 
souvent  logés  dans  la  bande  septentrionale  ^  Il  est  inutile  de 

(jiovixôv  %<xl  l[j.iJi£6o5ov  ToO  na>;aioG  (p.  80).  Avant  sa  conversion  à  l'astrologie, 
Ptolémée  partageait  la  foi  générale  aux  pronostics  météorologiques  (l-i:imi[i«- 
at'at)  tirés  des  positions  du  Soleil,  de  la  Lune,  des  phases  planétaires  et  du 
lever  ou  coucher  des  constellations.  Celles-ci  n'étaient  que  des  indices  chro- 
nographiques,  mais  les  planètes  représentaient  déjà  pour  lui  des  influx  d'élé- 
ments premiers,  le  froid  (I)),  l'humide  C^f),  le  sec  {(^),\e  chaud  (9),  le 
vent  humide  (î^).  Cf.  ses  4>âa£ti;  ou  Apparitiones,  g  8  (ap.  Wachsmuth,  p.  209). 

1.  C'est  le  tiercement  usité  pour  les  décans.  Ptolémée,  qui  ne  veut  pas  des 
décans,  les  reprend  ainsi,  déguisés  en  forces  naturelles.  Héphestion  a  reporté 
ces  qualités  des  signes,  par  parties  (\i-épy\  T:poT;yoû|isva,  [jLÉja,  éir6[i£V(z,  ^opEta, 
v6Tta),  dans  sa  description  générale  des  signes  et  décans  (I,  1,  pp.  46-67 
Engelbrecht). 

2.  Voici,  comme  échantillon,  l'analyse  du  Cancer  :  Tô  Se  toû  KapxJvou  8w5ï- 
xaTTificSpiov  xaôô  >k  0  u  [lév  êaxtv  eùSiov  xal  Srsptvdv,  xa-rà  [lÉpoî  Se  -rà  [ièv  tto  o-r\yoù- 
jjiEva  aÙToO  xal  xa-cà  Tf,v  4>iTVT;v  TrviywSvi  xai  (j£'.!j[iOTtotâ,  i-/}.uôiZr\,  là  Se  jiéaa 
sSxpaxa, -cà  5ê  éirôixeva  irveupLaTtôST),  ta  5è  p<5peia  xaivtSxia  Ixirupa  xal  tsOap- 
Tixà  xal  xaudwS-ri  (II,  11).  Dans  le  signe  des  Gémeaux  :  -zà  Se  p  6  p  e  i  a  icvsujxa- 
twStj  xal  asiffaoTTOiût,  ta  6è  vôxta  ?Tipà  xal  xaujwSr,.  C'était  une  idée  répandue 
que  les  vents  et  tempêtes  viennent  surtout  du  N.,  séjour  des  dieux  ou,  pour 
les  physiciens,  le  côté  où  les  vents  arrêtent  le  Soleil  au  solstice,  etc.  On  faisait 
aussi  intervenir  la  Voie  Lactée  agissant  par  ses  deux  points  d'intersection 
avec  l'équateur,  là  où  se  trouvent  l'Aigle  et  le  Chien,  quoniam  in  his  lanlum 
locis  solis  terraeque  centra  congruunt  (Schol.  vett.  ad  German.  Prognost.,  II, 
p.  116  Buhle).  Cf.  la  manière  de  prédire  les  pluies  d'après  les  chronocrators 
de  l'année  (èx  tûv  toO  Itou;  xup£wv),  Vénus,  Mercure  et  la  Lune  {Cod.  Florent., 
pp.  131-134),  ou  l'énumération  des  effets  de  chaque  planète  en  diverses  posi- 
tions {ibid.,  pp.  134-137).  D'ailleurs,  en  fait  de  météorologie,  les  astrologues  ne 
sont  pas  seuls  :  tout  le  monde  s'en  mêle,  et  l'on  ne  sait  à  qui  entendre.  C'est 
un  sujet  mixte,  que  j'élimine  de  l'astrologie  proprement  dite. 


PRONOSTICS    TIRÉS    DU    LEVER    DE    SOTHIS  367 

nous  attarder  devant  ces  élucubratîons  indigestes,  qui  n'intéres- 
sent même  plus  les  fabricants  d'almanachs. 

Il  suffira  aussi  d'indiquer  un  chapitre  ajouté  à  l'apotélesma- 
tique  universelle  de  Ptolémée  par  les  tenants  de  la  tradition 
égyptienne,  pour  qui  le  lever  de  Sothis  (Sirius)  était  le  régulateur 
du  calendrier.  Héphestion  de  Thèbes  donne  l'adresse  et  le  sens 
des  pronostics  de  toute  sorte,  météorologiques,  nosologiques, 
politiques,  résultant  de  la  position  des  planètes  lors  du  lever  de 
Sirius  «  durant  les  vingt-cinq  jours  du  mois  Épiphi  »  K  En  combi- 
nant les  positions  et  aspects  des  dites  planètes,  l'influence  de 
leur  couleur,  de  l'apogée  et  du  périgée  de  leur  orbite,  et  leurs 
réactions  réciproques,  avec  la  couleur  plus  ou  moins  éclatante  ou 
embrumée  de  l'étoile  elle-même,  au  besoin,  avec  les  vents  qui 
soufflent  ou  les  tonnerres  qui  grondent  au  moment  de  son  lever, 
les  «  sages  Égyptiens  d'autrefois  »  avaient  ouvert  une  nouvelle 
carrière  où  l'imagination  pouvait  courir  à  son  aise  ^.  Sirius  est 
un  intrus  dans  l'astrologie  grecque,  et  la  prudence  nous  conseille 
de  ne  pas  suivre  plus  loin  cette  piste  divergente. 

Le  moment  est  venu  de  considérer  la  partie  de  l'apotélesma- 
tique  qui  attaque  de  front  le  problème  de  la  destinée  humaine, 
celle  qui  a  été  le  champ  de  bataille  de  ses  défenseurs  et  de  ses 
adversaires,  la  généthlialogie.  Seulement,  la  science  généthliaque, 
qui  étudie  les  conditions  des  naissances,  a  débordé  sur  l'apoté- 

1.  Cette  indication  est  un  trait  de  lumière  qui  permet  de  dater  ces  préten- 
dues observations.  Le  cycle  sothiaque  ayant  son  point  de  départ  au  20  juillet 
julien  1322  a.  Chr.  (J.  Oppert,  La  Chronologie  de  la  Genèse,  in  Rev.  des 
Éludes  juives,  XXXI  [1895],  p.  1  -  23),  le  lever  de  Sothis  (Sirius),  qui  retardait 
d'un  jour  en  quatre  ans  sur  le  calendrier,  a  dû  tomber  au  {<>'■  Épiphi  1,200  ans 
(300  jours  du  1"  Thoth  au  1"  Épiphi  x  4)  après  1322,  c'est-à-dire  en  122  a. 
Chr.  Les  iraXatYEvsïî  Aty-jn-ctoi  sont  bien  les  pseudo-Néchepso  et  Pétosiris.  Les 
25  jours  dÉpiphi  représenteraient  un  siècle  d'observations  faites  en  juillet- 
août,  de  122  à  22  a.  Chr. 

2.  Hephaest.,  I,  23  (IlEpl  èitt(jT,|xa(it  ûv  xfiî  xoû  Kuvô;  cTttxoXfjç  xal 
xûv  irpôî  aùxî^v  daxÉp  wv),  pp.  91-91  Engelbr.  Il  y  avait  là  dessus  un  ouvrage 
hermétique,  cité  par  l'astrologue  Palchos  :  'Ep|xf,ç  ïypa<i^tw  sv  toîç  xoajAixoïç 
(JTroTsXÉajxaT'.  irspl  T-f,i;  xoû  Kuvàî  d[vaxo)if,î  (ap.  Fr.  Cuniont,  op.  cit.,  p.  6).  Ma- 
nilius  a  entendu  parler  de  cette  méthode  astrologique,  dont  il  place  le  ber- 
ceau en  Asie  :  Hanc  [Canictilam]  quant  surgentem  primo  cum  reddilur  ortu  ( 
Montis  ab  excelso  speculanlur  vertice  Tauri,  \  Eventus  frugum  vai'ios  et  iem- 
pora  dicunt,  \  Quaeque  valitudo  veniat,  etc.  (I,  401-411).  De  même  Cicéron  : 
Etenim  Ceos  accepimus  ortum  Caniculae  diligenler  quolannis  solere  servare 
conjecluramque  capere,  ut  scribil  Ponticus  Heraclides,  salubrisne  an  pestilens 
annus  futurus  sit  (Cic,  Divin.,  I,  S7,  130).  Ce  pouvait  être  un  usage  ancien, 
ou,  au  temps  d'Héraclide,  une  des  premières  manifestations  de  la  foi  astrolo- 
gique en  pays  grec. 


368  CHAP.    XI.    APOTÉLESMATIQUE    UNIVERSELLE 

lesmatique  universelle,  et  il  nous  faut  ici,  bon  gré  mal  gré,  à  titre 
de  transition  obligatoire,  anticiper  sur  le  chapitre  suivant. 

Le  point  de  soudure  entre  les  deux  sujets  connexes  est  la  nais- 
sance des  roiS;  la  destinée  de  ceux-ci  contenant  virtuellement 
celle  de  leurs  peuples.  On  a  vu  que  Ptolémée  lui-même  recom- 
mande, au  cas  où  l'on  voudrait  donner  plus  de  précision  aux 
pronostics  universels,  de  consnlter  le  thème  de  géniture  des  cités 
ou  de  leurs  gouvernants.  Il  ne  fait  qu'approuver  une  pratique 
connue  par  des  témoignages  plus  anciens.  La  fondation  d'une 
cité  était  tout  à  fait  assimilable  à  une  naissance  *.  D'autre  part, 
les  éclipses  étant  l'instrument  spécial  de  l'apotélesmatique  uni- 
verselle ^  il  était  à  propos  d'en  faire  intervenir  dans  un  acte  aussi 
mémorable.  Ennius  était  dans  la  vraie  tradition  astrologique 
quand  il  assurait  que  la  fondation  de  Rome  avait  coïncidé  avec 
une  éclipse  de  Soleil  ^.  On  ne  saura  jamais  dans  quelle  mesure 
l'astrologie  a  collaboré  à  la  confection  de  l'ère  Urbis  conditae  :  il 
est  certain,  en  tout  cas,  qu'elle  a  suppléé  à  l'absence  de  données 
historiques.  Varron  et  son  ami  Tarutius  paraissent  s'être  affran- 
chis de  la  coïncidence  avec  une  éclipse  et  avoir  traité  le  thème 
de  la  fondation  comme  celui  d'une  naissance  ordinaire.  Tarutius, 
«  expert  comme  pas  un  dans  les  calculs  chaldaïques  »,  avait  trouvé 
que,  lors  de  la  fondation  de  Rome,  la  Lune  était  dans  la  Ralance  *. 


1.  On  appelait  les  Parilia  (21  avril)  le  dies  nalalis  Romae.  Quand  l'astro- 
logie fut  à  la  mode,  on  prétendit  que  les  œkistes  avisés,  par  exemple,  Séleu- 
cus  Nicator  fondant  Séleucie  sur  le  Tigre,  avaient  attendu  l'heure  favorable 
(Appian.,  Syr.,  S8).  Les  astrologues  dépossédaient  ainsi  les  devins  qui  avaient 
réellement  assisté  les  fondateurs,  à  la  mode  antique.  Mais  les  Grecs,  en  géné- 
ral, ne  fêtaient  pas  le  «  jour  de  naissance  »  des  villes,  leurs  calendriers  ne 
se  prêtant  pas  aux  «  anniversaires  ».  C'était  un  usage  plutôt  romain  (cf. 
Lobeck,  Aglaophamus,  pp.  595-597). 

2.  Les  éclipses  entraient  aussi,  le  cas  échéant  et  en  vertu  de  la  logique, 
dans  les  thèmes  de  géniture  individuels,  avec  une  influence  prépondérante  et 
redoutable.  Malheur  à  ceux  qui  ont  dans  leur  thème  un  point  de  coïncidence, 
soit  par  la  position  des  «  luminaires  (xôxot  cpwfftpopoûvTEî)  »,  soit  par  celle  des 
«  centres  »,  avec  le  lieu  d'une  éclipse  quelconque,  ou  avec  le  lieu  diamé- 
tralement opposé  !  Ils  auront  plus  que  leur  part  des  fléaux  annoncés,  surtout 
si  la  coïncidence  est  exacte,  au  degré  [Tetrab.,  II,  8).  On  se  demande  si  Pto- 
lémée oublie  ou  prétend  abroger  une  règle  contraire,  d'après  laquelle  — 
l'exemple  de  Romulus  le  prouve  —  l'enfant  né  (ou  conçu)  au  moment  d'une 
éclipse  est  marqué  pour  de  hautes  destinées. 

3.  Ennius  ap.  Cic,  Divin. ,\,  48,  108;  Plut.,  Romul.,  12.  Plutarque  cite  comme 
garant  le  poète  épique  Antimaque  de  Téos,  d'époque  inconnue. 

4.  Romnmque  in  Jugo  cum  esset  huna  nalum  esse  dicebat  nec  ejus  canere  fata 
canere  dubitabal  {Cic,  Divin.,  M,  47,  98).  C'était  un  sujet  sur  lequel  s'exer- 
çaient haruspices  et  astrologues  et  bien  fait  pour  Tarutius,  qui  était  à  la  fois 


THÈMES  DES  CITÉS  ET  FONDATEURS  DE  CITÉS       369 

Il  avait  dû  en  dire  davantage,  ou  d'autres  astrologues  complétè- 
rent le  thème.  Suivant  la  version  qui  fmit  par  prévaloir,  le  Soleil 
était  dans  le  Taureau,  la  Lune  dans  la  Balance,  —  à  moins  que  ce 
ne  fût  dans  la  Vierge  ;  — Saturne  dans  la  Balance,  son  hypsoma  ; 
Jupiter  dans  le  Lion,  le  domicile  hospitalier  du  Soleil  ;  Mars  dans 
la  Balance,  le  signe  protecteur  de  Bome  et  de  l'Italie  ;  Vénus  dans 
le  Taureau,  son  propre  domicile,  et  Mercure,  symbole  de  l'intel- 
ligence, dans  le  Bélier,  tête  du  monde.  Les  Romains  pouvaient 
être  rassurés  sur  leurs  destinées  !  Tarutius  avait  aussi  calculé 
le  thème  de  géniture  de  Romulus,  ce  qui  était  une  autre  façon 
de  scruter  les  destinées  de  Rome  et,  sous  ce  prétexte,  d'adresser 
à  Auguste  la  plus  neuve  et  la  plus  exquise  des  flatteries.  Comme 
on  connaissait  par  le  thème  les  étapes  futures  de  l'existence,  on 
pouvait,  connaissant  les  étapes  d'une  vie  écoulée,  restituer  le 
thème  initial.  Tarutius,  étudiant  de  près  la  biographie  de  Ro- 
mulus, trouva  ainsi  qu'il  avait  été  conçu  au  moment  d'une  éclipse 
de  Soleil,  le  23  Choiak  (déc.  772  a.  Chr.),  à  la  troisième  heure,  et 
était  né  le  21  Thoth  (sept.  771),  c'est-à-dire,  ô  miracle!  avec  le 
même  thème  de  géniture  qu'Auguste,  le  nouveau  Romulus,  conçu 
sous  le  Capricorne  et  né  sous  la  Balance  *. 


Tun  et  l'autre.  Solin  complète  :  Sole  in  Tatiro,  Luna  in  Libra,  Saturno,  Venere, 
Marie,  Merciirio  in  Scoi'pione,  peut-être  d'après  un  système  chorographique 
qui  adjugeait  l'Italie  au  Scorpion.  La  chose  est  d'ailleurs  impossible,  ni  Vénus, 
ni  Mercure,  qui  s'éloignent  peu  du  Soleil,  ne  pouvant  être  dans  le  Scorpion 
au  mois  d'avril.  Plutarque  indique  il'heure  (entre  2*"  et  S*",  le  9  Pharmouthi), 
d'après  Tarutius,  et  Jean  de  Lydie  {Mens.,  1, 14)  établit  le  thème  comme  suit  : 
'HXto'j  [xàv  Taûpw,  I,s\-fy/T\i  5è  IlapOsvw,  Kpôvou  Se  Zûvw,  Aiôt;  Se  AÉovxi,  "Apsoî  Zûyw, 
'A'fpoSixTiî  Taûpo),  'Ep;jioû  Kptw.  Que  la  Lune  soit  dans  la  Balance  ou  la  Vierge, 
le  Soleil  étant  dans  le  Taureau,  il  ne  peut  y  avoir  éclipse.  Cf.  dans  Junctinus 
(pp.  813  sqq.),  les  thèmes  de  Rome,  Byzance,  Bologne,  Milan,  Florence,  Venise, 
etc.,  restitués  par  un  procédé  fort  simple,  qui  consiste  à  composer  le  thème 
en  vue  d'une  interprétation  voulue  d'avance.  Les  disciples  de  Ptolémée,  à  la 
Renaissance,  prétendaient  découvrir  le  signe  horoscope  ou  patron  d'une  ville 
en  confrontant  les  dates  des  calamités  éprouvées  par  elle  avec  celles  des 
éclipses  ou  des  conjonctions  de  planètes  supérieures  —  celles-là  seulement,  les 
autres  pro  negociis  parfois  (Cardan.,  p.  282)  —  survenues  dans  tel  ou  tel  signe. 
1.  Plut.,  Romul.,  12.  Voy.  la  discussion  du  problème  chronologique  —  les 
mois  égyptiens  étant  rapportés  à  l'année  fixe  —  dans  Soltau,  Rom.  Chrono- 
logie, pp.  52  sqq.,  432  sqq.  Ainsi  s'expliquent  et  le  passage  où  Virgile  offre  à 
Auguste  un  domicile  céleste  dans  la  Balance  [Chelae]  et  les  flagorneries  de 
Manilius  :  Hesperiam  sua  Libra  lenet  qua  condila  Roma  (dans  la  personne 
de  son  fondateur)...  Qua  genilus  Caesarque  meus  nunc  condidit  orbem  (IV, 
776  sqq.).  Manilius  promet  l'empire  —  assez  imprudemment,  si  l'on  songe  à 
l'avenir  —  à  qui  sera  Félix  aequato  genilus  sub  pondère  Lihrae  (IV,  547). 
Même  enthousiasme  pour  le  Capricorne  :  Conlra  Capricomus  in  ipsum  |  Con- 

24 


370       CHAP.  XL  APOTÉLESMATIQUE  UNIVERSELLE 

Ce  genre  de  curiosité  pouvant  n'être  pas  inoffensif,  les  amateurs 
se  rejetèrent  sur  les  villes  disparues,  sur  les  héros  épiques  et 
mythologiques,  ou  sur  le  «  thème  du  monde  ».  On  se  mit  à  con- 
trôler et  refaire  l'histoire  en  restituant  les  thèmes  de  géniture  de 
Minos,  d'Œdipe,  de  Paris,  d'Énée,  de  Thersite,  et  les  astrologues 
s'offraient  à  trancher  la  question  si  discutée  de  la  patrie  d'Ho- 
mère. C'était  un  jeu  de  société  à  ravir  d'aise  les  femmes  savan- 
tes, et  aussi  un  moyen  de  ressaisir,  pour  la  plus  grande  gloire 
des  dogmes  astrologiques,  des  preuves  de  fait,  des  expériences 
qui  n'avaient  pas  été  notées  en  leur  temps  '.  Nous  possédons 
encore  un  extrait  curieux  de  cette  veine  mixte,  qui  fait  contri- 
buer la  généthlialogie  à  la  restitution  des  événements  d'intérêt 
général  ou  à  la  prévision  de  l'histoire  future.  C'est  une  consulta- 
tion astrologique  sur  les  destinées  de  l'empire  arabe.  Bien  qu'elle 
soit  l'œuvre  d'un  Byzantin  de  basse  époque  et  que  le  prétendu 
Etienne  d'Alexandrie,  par  une  inconcevable  méprise,  spécule 
non  pas  sur  le  thème  de  géniture  de  Mahomet  ou  sur  le  point  de 
départ  de  son  hégire,  mais  sur  l'état  du  ciel  au  moment  où  lui- 
même  est  informé  par  un  voyageur  de  ce  qui  se  passe  en  Arabie, 
la  série  des  raisonnements  de  notre  astrologue,  qui  déclare  appli- 
quer les  méthodes  de  Ptolémée,  est  intéressante  à  suivre.  Il  y  a 
mis  tout  ce  qu'il  savait:  aspects,  positions  des  centres,  domaines 
planétaires,  «  lieux  »  du  cercle  et  chorographie  terrestre,  lieux 
aphétiques,  anœréliques,  et  tout  l'attirail  qui  lui  sert  à  fixer 
l'ordre  et  la  durée  des  règnes  des  khalifes.  Il  trouve  au  ciel  les 
raisons  pour  lesquelles  les  musulmans  sont  belliqueux  et  volup- 


ve7'tit  visus,  quid  enim  mirabitur  ille  |  Majus,  in  Augusti  felix  cum  fulserit 
ortum  (II,  507).  Sur  l'horoscope  de  la  conception,  voy.  ci-après,  ch.  xii.  On 
remontait  aussi  à  Énée  :  Mulli  volunt  Aeneam  in  horoscopo  Virginem  [et  ibi 
Venerem]  habuisse  (Serv.,  Aen.,  I,  314.  Cf.  Ps.-Lucian.,  Astrol.,  20).  Naturelle- 
ment, on  retrouve  encore  une  éclipse  de  Soleil  à  la  mort  ou  apothéose  de 
Romulus  (Plut.,  RomuL,  27;  De  Fort.  Rom.,  8). 

1.  Voy.  dans  Firmicus  (VI,  26-31  Pruckner)  les  thèmes  de  géniture 
d'Gîdipe,  de  Paris,  de  Démosthène  et  d'Hermodore,  de  Platon,  de  Pindare, 
d'Archiloque,  d'Archimède,  de  Thersite,  considérés  comme  types  moraux  et 
intellectuels.  Minos  fut  «  roi,  dit  le  Ps.-Lucien  {Astral.,  20)  »,  parce  que  Jupi- 
ter le  dominait;  Énée  dut  sa  beauté  à  V  «  influence  de  Vénus,  etc.  »,  Toute  la 
mythologie  y  passe,  expliquée  par  l'astrologie.  Tirésias,  Atrée  et  Thyeste, 
Bellérophon,  Dédale,  Pasiphaé,  Endymion,  Phaéthon,  étaient  de  savants  astro- 
logues, et  ainsi  de  suite.  Manilius  sait  bien  comme  on  s'y  prenait.  Étant 
donné  la  Saqitta  (V,  294-311),  il  peut  l'adjuger  aux  archers  légendaires,  soit  à 
Teucer,  soit  à  Philoctète,  soit  à  un  prototype  antique  de  Guillaume  Tell, 
l'Alcon  de  Virgile  (£c/.,  V,  11.  Cf.  Serv.,  ad  /oc).  De  même,  à  propos  de  la 
Balance  :  J^on  alio  ■potius  genitus  sit  Servius  dstro,  etc.  (IV,  213). 


THÈMES    DES    CITÉS   ET   FONDATEURS    DE   CITÉS 


371 


mfovfavmia  n 


tueux,  s'interdisent  le  vin  et  la  viande  de  porc,  pratiquent  la 
circoncision  et  la  polygamie;  à  quels  pays  s'étendront  leurs  con- 
quêtes, et  à  quel 
terme,  dans  l'es- 
pace et  le  temps, 
s'arrêtera  leur  for- 
tune. Ces  suppôts 
de  Saturne  et  de 
Vénus  —  Saturne 
culminant  dans 
les  opta  de  Vénus 
—  seront  vaincus 
et  chassés  par 
l'empereur  ro- 
main quand  Sa- 
turne sera  revenu 
douze  fois  à  son 
point  de  départ, 
c'est-à-dire,  sa  pé- 
riode étant  trente- 
naire,  au  bout  de 
360  ans.  En  fait  de  cycle,  ce  prophète  effronté  n'a  pas  cru  pou- 
voir en  choisir  un  plus  parfait  que  le  cercle  lui-même,  avec  ses 
360  degrés  * . 

Grecs  et  Arabes  ont  dû  prendre  au  sérieux  ce  qui  leur  conve- 
nait de  part  et  d'autre  dans  cette  prophétie  à  longue  portée  ^. 
Ainsi  faisaient,  sans  nul  doute,  pour  leur  thème  particulier,  les 
clients  individuellement  justiciables  de  la  généthlialogie. 


n 

/ 

si 

ô    ôpoffjto'jioç 

Tp.>o»oy  t} 
itKavài    t) 

Y 

qJ. 

K 

Fig.  39. 

VTioyttoy  n    x^ 
—  Thème  de  l'empi 

re  arabe. 

1.  Voy.  H.  Usener,  De  Stephano  Alexandrino  commenlatio,  Bonnae,  1880, 
pp.  17-32  et  56.  L'id6e  de  la  domination  de  Vénus  a  été  suggérée  principalement 
par  le  fait  que  le  jour  férié  des  musulmans  est  le  dies  Veneris.  Ceux-ci  ne 
boivent  pas  de  vin,  qui  est  de  nature  solaire,  et  ne  mangent  pas  de  porc,  de 
nature  martiale,  par  antipathie  de  Saturniens  et  Vénériens  ;  ils  pratiquent  la 
circoncision,  par  hommage  à  Saturne  (irsptT£[ivovT2t  5è  t^.v  dtxpoêuaxiav  Si 
aÙTÔv  Kp6vov,  p.  22).  Cf.  les  Juifs  adorateurs  de  Saturne  (ci-dessus,  p.  318,  1,  et 
ci-après,  ch.  xiii). 

2.  La  preuve,  pour  les  Grecs,  résulte  des  corrections  et  interpolations  faites 
dans  la  partie  qui  était  l'avenir  pour  l'auteur,  le  passé  pour  le  correcteur 
(8G1-926  p.  Chr.).  Les  Arabes  s'étaient  aussi  fabriqué  un  thème  à  leur  fan- 
taisie. Albohazen  Haly  (VIII,  16)  ne  parle  pas  de  Saturne.  Les  Arabes  ont  pour 
signe  horoscope  le  Scorpion;  pour  planètes  maîtresses,  Mars  el  Vénus. 


CHAPITRE   XII 


APOTÉLESMATIQUE   INDIVIDUELLE 
OU  GÉNÉTHLIALOGIE 


Nous  entrons  enfin  dans  le  véritable  sanctuaire  de  l'astrologie, 
l'oracle  où  les  croyants,  brûlés  du  désir  de  connaître  leur  propre 
destinée  ou  celle  des  personnes  auxquelles  était  liée  la  leur, 
venaient  chercher  un  remède  au  tourment  d'ignorer,  au  risque 
de  l'échanger  contre  un  tourment  plus  âpre,  celui  de  prévoir  sans 
espérer. 

La  tâche  de  l'astrologue  est  ici  plus  délicate,  les  méthodes  plus 
compliquées  et  les  résultats  plus  incertains  qu'en  matière  de  pro- 
nostics «  universels  ».  Pour  ceux-ci,  on  se  contente  d'un  cer- 
tain degré  d'approximation  ;  le  phénomène  qui  sert  d'indice  est 
plus  simple,  et  il  sufïit  le  plus  souvent  à  lui  seul  pour  asseoir  le 
pronostic.  Le  plus  souvent  aussi,  il  n'est  pas  instantané,  mais 
évolue  pour  ainsi  dire  sous  l'œil  de  l'observateur.  Pour  les  pro- 
nostics individuels,  au  contraire,  on  est  obligé  de  faire  tenir  vir- 
tuellement le  futur  tout  entier  dans  le  point  initial,  dans  l'instant 
où  commence  la  vie  et  où  l'individualité  se  sépare  des  causes  qui 
l'ont  engendrée.  Autrement,  l'individu  resterait  engagé,  comme 
une  molécule  passive,  dans  les  collectivités  dont  il  fait  partie  ; 
il  n'y  aurait  plus,  à  vrai  dire,  de  destinées  particulières,  autonomes, 
mais  seulement  des  fractions  à  peu  près  semblables  de  destinées 
communes,  comme  des  morceaux  taillés  dans  la  même  étolTe.  Le 
dogme  fondamental  et  spécifique  de  la  généthlialogie,  celui  qui 
la  distingue  du  système  concurrent  des  xaxap^^at,  c'est  l'idée  que 
la  vie  de  l'individu  est  déterminée  tout  entière,  en  qualité  et 
en  quantité,  dans  ses  modes  successifs  et  dans  sa  durée,  par 
l'action  des  astres  instantanément  concentrée  sur  l'être  vivant  au 
moment  précis  où  commence  l'existence,  moment  marqué  par 
l'Horoscope. 


LES   DONNÉES    PREMIÈRES   DE   LA    GÉNÉTHLIALOGIE  373 


I.  —  Du  MOMENT   FATIDIQUE,   CONCEPTION    OU   NAISSANCE. 

Mais  les  astrologues  grecs,  auteurs  probables  de  ce  dogme,  se 
sont  heurtés  à  une  difTiculté  qu'ils  se  sont  acharnés  soit  à  résoudre, 
soit  à  écarter.  L'opinion  commune  faisait  commencer  la  vie  à  la 
naissance.  Mais  cette  donnée  de  sens  commun  devint  bien  vite  le 
point  de  mire  des  objections.  La  naissance,  disaient  les  dialec- 
ticiens, n'est  pas  le  commencement  de  la  vie  :  celle-ci  reçoit  son 
mouvement  initial  de  la  conception,  et  c'est  dans  le  germe  que 
sont  incluses  toutes  les  virtualités  qui  se  déploieront  dans  le  cours 
de  l'existence.  C'est  donc  là,  et  non  lors  du  passage  de  la  vie  intra- 
utérine  à  la  vie  consciente,  qu'il  faut  transporter  la  frappe  ins- 
tantanée du  destin.  Ce  raisonnement,  les  philosophes  durent 
l'opposer  aux  premiers  astrologues,  car  Vitruve  semble  considé- 
rer comme  un  disciple  immédiat  de  Bérose  un  certain  Achinapo- 
lus  qui  l'avait  accepté  et  avait  modifié  ses  méthodes  en  consé- 
quence *.  Nous  savons,  en  tout  cas,  que  le  calcul  du  thème  de 
conception,  qui  devait  être  le  comble  de  l'art,  paraît  avoir  été 
appliqué  à  des  cas  royaux,  peut-être  à  la  conception  du  roi  de 
Commagène,  Antiochus  I"  Épiphane,  plus  probablement  à  celle 
de  l'empereur  Auguste  ^ 

1.  Voy.  ci-dessus,  p.  36,  2.  E.  Maass  {Aratea,  p.  328)  propose  un  Anchi- 
molus  qui  serait  le  Molon  des  Thalysia  de  Théocrite  (VH,  125).  Le  Trismégisle 
enseigne  que  èv  x7i  xaTaêoXîj  toO  àvOpwitsCou  dirs'piJiaTOi;  i%  -zût^  Ç'  axo-.j^stwv  àxxtveî 
ÈT:nr>k£xovTa'.  è^'  k'xaa-uov  (lÉpoî  toG  àvOpeiitou.  Les  XII  signes  agissent  de  même 
£tI  TT,;  èxxpoiïf.î  [Phys.et  med.  gr.  min.,  I,  pp.  387  et  430  Ideler).  C'est  fort 
ingénieux  :  le  tempérament  (il  s'agit  de  médecine)  résulte  de  la  collaboration 
des  planètes  à  la  conception  et  des  signes  à  la  naissance. 

2.  Voy.  K.  Ilumann  et  0.  Puchstein,  Reisen  in  Klein- Asien  und  Nord- 
Syrien,  Berlin,  1891,  pp.  333-334.  On  a  trouvé  à  Nimroud-Dagh,  non  loin  de 
l'ancienne  Samosate,  dans  les  ruines  d'édifices  élevés  par  Antiochus,  un  bas- 
relief  (reproduit  ci-après,  fig.  41)  représentant  une  conjonction  de  planètes 
dans  le  Lion,  planètes  énumérées  dans  l'ordre  f^  5  -^-  H  est  probable  qu'il 
s'agit  d'un  thème  ou  état  du  ciel  à  un  moment  donné.  Quel  moment?  Si 
l'on  tient  pour  réel  et  voulu  l'ordre  des  planètes,  les  calculs  astronomiques 
ne  montrent  ce  rendez-vous  possible  (et  encore,  la  Lune  y  manquerait)  qu'à 
la  date  du  17  juillet  97  avant  J.-C.  Or,  Antiochus  se  dit  né  le  16  Audynaeos 
(=  déc.  97  ou  janv.  96).  Donc,  en  le  supposant  né  à  sept  mois,  il  aurait  pu 
être  conçu  en  juillet.  Cet  enchaînement  de  postulats  est  bien  fragile.  Le  roi, 
qui  fonde  des  anniversaires  de  sa  naissance  et  de  son  avènement  (10  Lôos), 
ne  fait  aucune  allusion  à  sa  conception,  ni  à  des  thèmes  ou  horoscopes  quel- 
conques. Il  est  bien  vrai  que  les  planètes,  dans  le  Lion,  constituent  un  thème 
royal  (ci-après,  ch.  xn),  et  il  se  peut  que  le  bàs-relief  soit  un  symbole  astro- 
logique de  la  royauté  d'Antiochus  ;  mais  affirmer  qu'il  s'agit  de  la  conception 


374  CHAP.    XII.    LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

On  devine  sans  peine  à  quelle  diflicuUé  pratique,  insurmon- 
table, se  heurtait  cette  méthode  imposée  par  les  logiciens.  En  fait, 
on  ne  connaissait  le  moment  de  la  conception  que  par  celui  de  la 
naissance,  et  encore  fallait-il,  pour  remonter  de  l'un  à  l'autre, 
avoir  la  prétention  de  connaître  exactement  la  durée  de  la  vie 
intra-utérine,  durée  qui,  de  l'aveu  des  astrologues  eux-mêmes, 
était  extrêmement  variable.  Cependant,  les  docteurs  de  l'astro- 
logie n'osaient  pas  contester  la  précellence  théorique  du  thème 
de  la  conception,  et  les  praticiens  qui  prétendaient  réussir  à  le 
dresser  avant  la  naissance  y  trouvaient  l'avantage  de  savoir  non 
seulement  tout  ce  que  devait  révéler  le  thème  de  nativité,  mais 


du  roi  est  une  conjecture  bien  aventurée.  Le  cas  éveille  les  mêmes  doutes  que 
celui  de  Palmyre  (ci-dessus,  p.  228  en  note).  Quanta  la  conception  d'Auguste, 
il  y  a  là  une  question  épineuse  à  débattre.  Nous  avons  déjà  vu  plus  haut 
(p.  369,  1)  les  deux  signes  généthliaques  d'Auguste  (Balance  et  Capricorne) 
cités,  sans  autre  réflexion,  par  Manilius.  Fr.  Jacob  (p.  57,  ad  v.  II,  290)  pré- 
tend adjuger  le  Capricorne  à  Tibère,  né  le  16  novembre  42  a.  Chr.  (Suet., 
Tib.,  5).  Mais  des  textes  précis  ne  permettent  pas  cette  échappatoire.  Germa- 
nicus,  parlant  du  Capricorne,  dit  :  Hic,  Auguste,  tuum  genilali  corpore  numeti... 
In  caelum  tulit  (German.,  Arat.,  557  sqq.).  Il  s'agit  bien  d'Auguste  mort  et  non 
pas  de  Tibère.  Suétone,  de  son  côté,  raconte  qu'Auguste  divulgua  son  thème 
de  géniture  et  frappa  le  denier  d'argent  nota  sideris  Capricorni,  quo  nalus  est 
(Suet.,  Aug.,  94).  L'assertion  de  Suétone  est  surabondamment  justifiée  par 
la  numismatique.  Cf.  le  mot  d'Horace  :  Orte  Saturno  {Od.,  1,  12,  50),  X^  étant 
la  maison  de  I).  Une  solution  assez  simple  se  présente  tout  d'abord  à  l'esprit. 
La  Balance  peut  être  le  signe  du  mois  dans  lequel  est  né  Auguste  (23  sept. 
63  a.  Chr.),  et  le  Capricorne,  le  signe  horoscope  (voy.  ci-après).  Scaliger  y 
avait  songé  {op.  cit.,  pp.  147-148),  mais  il  constate  qu'il  faut  alors  récuser 
un  autre  texte  de  Suétone,  celui  où  il  dit  :  Natus  est  Augusttis  ...  paulo  ante 
Solis  exortum.  En  pareil  cas,  le  signe  du  mois  (celui  où  est  le  Soleil)  est  en 
même  temps  le  signe  horoscope,  et,  si  le  Soleil  était  dans  le  Capricorne,  c'est 
qu'on  était  au  mois  de  décembre.  Scaliger  pense  résoudre  le  problème  en 
alléguant  le  désordre  où  était  le  calendrier  en  63  a.  Chr.  (voy.  conclusion  con- 
traire de  W.  Soltau,  Rom.  Chronol.,  p.  52  sqq.),  désordre  tel  qu'Auguste  ne 
savait  plus  lui-même  où  en  était  la  correspondance  des  signes  et  des  mois, 
et  que,  Théagène,  mal  renseigné,  a  cru  bon  d'opter  pour  le  Capricorne, 
signe  qui  fait  des  rois,  suivant  Firmicus  (VIII,  28  Pruckner).  Cette  explication 
n'est  acceptable  qu'à  défaut  d'une  meilleure.  Le  thème  de  la  conception  a  dû 
paraître  tout  d'abord  plus  savant  et  probant  que  celui  de  la  nativité,  et  il  n'a 
été  abandonné  par  la  suite  que  en  raison' de  l'incertitude  de  la  donnée  pre- 
mière. Si  donc  Tarutius  calculait  le  moment  de  la  conception  de  Romulus 
(ci-dessus,  p.  369),  il  est  à  croire  que  lui  ou  Théagène  en  a  fait  autant  pour 
Auguste.  L'écart  entre  décembre  et  septembre  correspond  à  la  durée  d'une 
gestation  normale,  et  natus  pour  genitus  ou  conceptus  n'est  qu'une  inexacti- 
tude vénielle.  Le  Capricorne  serait,  dans  l'hypothèse,  non  pas  le  signe  «  horos- 
cope (levé  à  Yheure  de  la  conception)  »,  mais  le  signe  «  chronocrator  »  du 
mois  de  la  conception. 


LE    THÈME    DE    LA    CONCEPTION  375 

encore  si  le  fœtus  arriverait  à  terme,  s'il  serait  viable  ou  mal 
conformé,  toutes  questions  qui  n'avaient  d'intérêt  que  si  la 
réponse  devançait  l'événement  *.  On  pouvait  rechercher  les  élé- 
ments du  problème  à  résoudre  dans  les  thèmes  de  la  génilure 
des  parents,  où  la  destinée  des  enfants  se  trouve  virtuellement 
incluse  :  c'était  une  voie  ouverte  par  la  théorie,  mais  hasardeuse 
entre  toutes  et  fermée  par  l'impossibilité  pratique  d'aboutir.  Il  y 
en  avait  une  autre,  qui  ne  demandait  pas  tant  de  virtuosité  :  l'in- 
formation directe.  Certains  astrologues  affirmaient,  en  invoquant 
le  témoignage  d'une  Cléopâtre  quelconque  %  que  beaucoup  de 
femmes  reconnaissent  à  des  spasmes  utérins  le  moment  de  la 
conception.  Pour  plus  de  sûreté,  ils  conseillaient  à  leurs  clients 
d'adopter  le  système  des  «  anciens  Égyptiens  »,  qui  choisissaient 
pour  l'œuvre  de  chair  le  jour  et  l'heure,  et  vérifiaient  à  la  pro- 
chaine époque  menstruelle  si  l'imprégnation  avait  été  obtenue  ^. 
A  cela  on  objectait  que  la  conception  peut  ne  pas  suivre  immé- 
diatement la  copulation  charnelle,  et  que  l'œuvre  invisible  se 
parfait  à  une  date  inconnaissable  *. 

Ptolémée  se  montre  assez  embarrassé.  Il  considère  la  concep- 
tion comme  le  commencement  «  naturel  »  de  la  vie,  et  il  sait  que 
la  vie  physique  elle-même  ne  va  pas  sans  infusion  de  l'âme,  de 
l'entéléchie  ou  premier  moteur  postulé  par  la  doctrine  d'Aristote. 
Les  platoniciens  étaient  plus  exigeants  encore  :  pour  eux,  la  con- 

1.  Les  oracles,  au  temps  de  leur  décadence,  donnaient  des  consultations  de 
ce  genre  :  les  astrologues  ne  voulaient  pas  être  en  reste.  Cf.  le  chapitre 
Ulrum  gravida  sit  mulier,  cité  par  les  Arabes  comme  étant  de  Dorothée  (ap. 
Engelbrecht,  p.  31)-,  seulement,  c'était  à  la  méthode  des  %7.x(xpycii  (ci-après, 
ch.  XIII  et  xiv)  qu'il  fallait  recourir,  et  non  pas  à  la  généthlialogie. 

2.  Les  astrologues  vivant  de  traditions  apocryphes,  il  y  aurait  naïveté  à  se 
demander  si  cette  Cléopâtre  a  bien  pu  être  la  fameuse  reine  d'Egypte.  On  a, 
sous  le  nom  de  Cléopâtre,  une  Chrysopée,  un  extrait  sur  les  poids  et  mesures, 
sans  compter  un  entretien  de  Comérius  le  philosophe  avec  Cléopâtre  et  un 
Dialogue  des  philosophes  et  de  Cléopâtre  (M.  Berthelot,  Introd.,  pp.  174-175, 
187  etc.). 

3.  Deux  moyens  d'information  :  auvaijôr.xixw;  ■  iroT^Xat;  yàp  xtôv  yuvai- 
xwv  Y{vExai  (TUva{a9T,atî  tt,;  ju>kXf,ij;£(i);,  xXovou[iévT,î  xfiî  piT.Tpa;  xal  eU  jxût^v  cruvEp- 
jfOjjiévTiî  xal  ivapiraÇotJirrjî  tô  sv  toî;  IÇw  [xipsdi  duépixa  —  xaO'  3  KXeoitâtpa  cpTitjt. 
IlapaxTip  Tjxtxwi;  Ix  xûv  lTrt[iT,v{u)v  •  86ev  ol  AlyÛTtxioi  £>»iyovxo  SiraÇ  xoû 
}iT|vôî  xatç  Y'Jvai?^  ayvcTvai,  éxXeÇâiisvo  i  x'^jv  w  pav  xal  x->\v  -f^îiÉ  pav,  xal  el 
|jièv  xoû  xaipo'j  xf,î  xaOâptrEw;  lyvwaav  x'i'.v  d'jXTkT^t]/'^  Yeyovévat,  xax'  sxetvr.v  èori- 
pLEtoOvxo  xV  TijAipav  (Anon.,  p.  88).  On  reconnaît,  au  choix  du  moment,  la, 
méthode  égyptienne  des  xaxapxat  (ci-après,  ch.  xiii  et  xiv). 

4.  J'entends  dire  que  les  Arabes,  avec  leur  théorie  du  «  germe  dormant  », 
admettent  au  besoin  des  années  entre  la  fécondation  et  raccoucheraent  dans 
l'espèce  humaine. 


376  CHAP.  XII.  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

ception  est  le  moment  où  l'âme  préexistante  se  soude  au  corps 
qu'elle  a  choisi.  Ptolémée  se  résout,  devant  l'impossibilité  des 
constatations  nécessaires,  à  n'exploiter  que  le  thème  de  la  nati- 
vité, et  il  cherche  à  prouver  que  ce  commencement  actif  ou  «  dy- 
namique »  de  la  vie,  bien  que  subordonné  et  postérieur  à  l'autre, 
a  une  énergie  supérieure,  parce  que  cette  énergie  s'exerce  non 
plus  sur  une  semence,  mais  sur  un  homme  complet  et  s'ajoute 
à  l'action  déjà  exercée  dans  le  même  sens  sur  l'embryon.  Ptolémée 
glisse  ici  dans  la  doctrine,  d'un  air  de  confiance  qui  le  dispense 
de  démonstration,  un  postulat  énorme.  Il  prétend  que  la  concep- 
tion et  la  naissance,  étant  des  phénomènes  liés  par  une  cause 
commune,  se  produisent  nécessairement  dans  les  mêmes  circons- 
tances, c'est-à-dire  sous  des  influences  astrales  sinon  de  tout 
point  identiques,  du  moins  analogues  et  de  même  eff"et  *. 

Ce  postulat,  nécessaire  pour  mettre  la  pratique  d'accord  avec 
la  théorie,  engendrait  lui-même  des  conséquences  singulières  qui 
entrèrent  par  l'astrologie  dans  les  doctrines  médicales  et  juridi- 
ques. Comme  l'analogie  postulée  entre  le  thème  de  la  conception 
et  celui  de  la  nativité  ne  pouvait  se  produire  et  se  constater 
qu'au  moyen  des  «  aspects  »,  par  substitution  et  équivalence  d'un 
aspect  à  un  autre  [^^JTfr^^%zirs\lo[),  les  astrologues  enseignaient 
qu'un  enfant  ne  naît  que  quand  l'état  du  ciel  se  trouve  assimilé, 
par  analogie  plus  ou  moins  adéquate  des  aspects,  à  l'état  qui  a 
présidé  antérieurement  à  la  conception.  La  géométrie  des  aspects 
représentant  des  étapes  de  la  durée,  puisqu'il  s'agit  de  corps  en 
mouvement,  ce  dogme  les  obligeait  à  fixer  la  durée  de  la  gesta- 
tion, chose  qui  intéressait  de  très  près  médecins  et  légistes. 
L'astrologie,  qui  touche  à  tout,  entrait  là  dans  le  vif  d'une  ques- 
tion toujours  actuelle,  et  il  y  a  plaisir  à  voir  les  efforts  qu'ont 
faits  les  «  Chaldéens  »  pour  contenter  sur  ce  point  la  curiosité 
universelle. 

Ce  qui  les  gênait  le  plus,  c'étaient  leurs  propres  principes. 
Quand  on  en  est  à  spéculer  sur  des  différences  infinitésimales 

1.  Tetrab.,  III,  1.  La  conception  est  l'àpxTi,  et  la  naissance  une  xaTapyri  ; 
mais  Ta  [xÉYêOoi;  aiJTf,i;  [se.  èxTpoTrf.î]  xw  jièv  y^powtù  Y^ve-cat  Seûtcpov,  Itov  Se  xatl 
[xàDvXov  xeXeiôxspov  tr^  Swd\isi,  cyj86w  te  Stxaiwç  êxsîvri  [se.  aiîopà]  [xâv  5v  ôvo[xa- 
ÇotTo  (TTrépjjiaToç  àv6ptoTr{vou  yévsdn;,  auTT|  5à  [se-  lxTpoitT|]  àvSpwTrou.  Le  scoliaste 
répète  et  affirme  :  [-fi  ttiî  èxTpouf,;  wpa]  ttoXXt^v  ôfiotÔTT.Ta  ïysi  irpô?  tt,v  tt,; 
ffitopâî  xal  irivTwi;  è?  dtvdÎY*''!?  eûpiaxovTai,  oî  ffyïi[j.aTiffixol  twv  dffTspwv  twv  tote 
•3rapô;xotoi  (Anon.,  p.  88).  Ce  «  nécessairement  »  (répété,  p.  89)  est  une  échappa- 
toire; il  ne  répond  pas  à  l'objection  :  quod  aliud  stellanim  agmen  foret,  quo 
primum  lempore  conciperetur  homo  in  utero  matris,  aliud  postea  cum  in 
decem  mensibus  proximis  in  lucem  ederetur  (Favorin.  ap.  Gell.,  XIV,  1,  19). 


LE    THÈME    DE    LA    CONCEPTION  377 

pour  expliquer  des  écarts  énormes  entre  les  destinées  des  ju- 
meaux, il  y  a  quelque  impudence  à  soutenir  que  l'analogie  est 
suffisante  entre  deux  états  du  ciel  à  sept,  huit,  neuf  ou  dix  mois 
d'intervalle.  Les  astrologues  ont  engagé  quand  même  une  lutte 
désespérée  contre  leur  propre  logique.  Ils  ne  pouvaient  pas  pré- 
tendre que  tous  les  astres  se  retrouvaient,  lors  de  la  naissance, 
dans  les  positions  qu'ils  occupaient  au  moment  de  la  concep- 
tion. Pour  simplifier  le  problème,  ils  se  rabattirent  sur  les  deux 
«  luminaires  »,  le  Soleil  et  la  Lune,  ou  même  sur  un  seul;  et 
comme  il  était  encore  impossible  de  ramener  le  Soleil  au  même 
point,  ou  la  Lune  dans  le  même  rapport  avec  le  Soleil,  ils  con- 
sidérèrent comme  accordé  ce  qu'il  fallait  démontrer,  à  savoir 
que  l'identité  de  position  pouvait  être  remplacée  par  une  position 
symétrique  ou  concordante. 

Voici  le  système  le  plus  simple,  fondé  exclusivement  sur  les 
positions  du  Soleil,  tel  que  l'expose  Censorinus  d'après  «  la 
méthode  des  Chaldéens  »  *,  après  avoir  passé  en  revue  les  di- 
verses opinions  des  philosophes  et  médecins.  Les  Chaldéens 
commencent  par  justifier  la  simplification  du  problème  en  disant 
que,  si  nous  dépendons  des  astres,  les  astres  sont  eux-mêmes 
menés  par  le  Soleil.  «  Donc,  au  moment  où  le  part  est  conçu, 
«  le  Soleil  se  trouve  nécessairement  dans  un  signe,  et  dans  une 
«  particule  de  ce  signe  :  c'est  ce  qu'ils  appellent  proprement 
«  le  lieu  de  la  conception  ^.  Il  y  a  trente  de  ces  particules 
«  dans  chaque  signe,  et  360  dans  le  Zodiaque  entier.  Les  Grecs 
«  les  appellent  moeres,  sans  doute  parce  qu'ils  nomment  Moeres 
«  les  divinités  des  destins  et  que  ces  particules  sont  comme 
«  nos  destins  à  nous  ^  Lors  donc  que  le  Soleil  passe  dans  le 
«  signe  suivant,  il  voit  sous  un  aspect  inefficace  ou  même  ne 
«  voit  pas  du  tout  ce  lieu  de  la  conception;  car  la  plupart  des 
«  astrologues  assurent  que  les  signes  voisins  ne  se  voient  en 
«  aucune  façon.  Quand  le  Soleil  est  dans  le  troisième  signe,  c'est- 
«  à-dire  séparé  par  un  signe  intermédiaire,  alors  on  dit  qu'il 


1.  Censorin.,  De  die  natali,  8.  Cf.  le  résumé  versifié  par  Ausone,  Ecloga- 
rium  :  De  ralione  puerperii  maluri  (pp.  541-546  ToU.). 

2.  On  ne  dit  guère  tôtcoî  Tf,î  (jT:opâ<;  (ou  auXX-fiij'Swî),  mais,  en  gros,  crit6~ 
pt[i.ov  Çwôiov.  Censorinus  appelle  l'aspect  conspectus,  le  regard  ou  rayon 
conspectus  ou  lumen  ou  radius  ;  il  n'a  cure  de  la  distinction  entre  l'àxTiç  et 
l'ô^^tî  (ci-dessus,  p.  248-249). 

3.  Cf.  ci-dessus,  p.  236,  1.  P.  Pomponazzi  {De  IncantaL,  eh.  x.  Basil.,  1556), 
dira  de  même,  utilisant  comme  argument  un  jeu  de  mots  analogue,  que  les 
Genii  sont  les  geniturae  hominum. 


378  CHAP.   XII.  —  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

«  commence  à  voir  le  lieu  d'où  il  est  parti,  mais  d'un  rayon  très 
«  oblique  et  sans  force  :  c'est  l'aspect  appelé  y-axà  ï^i^mw^,  parce 
«qu'il  sous-tend  la  sixième  partie  du  cercle...  aspect  dont  cer- 
«  tains  ne  tiennent  pas  toujours  compte,  parce  qu'il  leur  semble 
«  contribuer  fort  peu  à  la  maturité  du  fœtus.  Mais,  parvenu  au 
«  quatrième  signe,  avec  deux  signes  d'intervalle,  le  Soleil  voit 
«  xaxà  TExpâycovov,  parce  que  la  ligne  que  suit  son  regard  découpe 
«  le  quart  de  la  circonférence.  Quand  il  est  dans  le  cinquième,  à 
«  trois  signes  d'intervalle,  il  regarde  xatà  Tpîywvov,  car  cette  visée 
«  mesure  la  tierce  partie  du  Zodiaque.  Ces  deux  aspects,  tétra- 
«  gone  et  trigone,  étant  très  efficaces,  aident  beaucoup  à  l'ac- 
«  croissement  du  fœtus.  Le  regard  dirigé  du  sixième  lieu  n'a 
«  aucune  action,  car  son  alignement  ne  forme  le  côté  d'aucun 
«  polygone.  Mais  au  septième  signe,  celui  qui  est  en  opposition, 
«  l'aspect  très  plein  et  très  puissant  fait  naître  certains  enfants 
«  déjà  mûrs,  qu'on  appelle  septimestres,  parce  qu'ils  naissent 
«  au  septième  mois.  Que  si  la  matrice  n'a  pu  mûrir  son  fruit 
«  durant  cet  espace,  il  ne  vient  pas  au  jour  le  huitième  mois  (car 
«  du  huitième  signe  le  regard  est  aussi  inefficace  que  du  sixième  )* , 
«  mais  au  neuvième  ou  au  dixième  mois.  En  effet,  au  neuvième 
«  signe,  le  Soleil  regarde  de  nouveau  le  degré  de  la  conception 
«  xaxà  Tpt'ywvov  ^,  et,  au  dixième,  xaxà  TSTpaYwvov  ;  aspects  qui, 
a  comme  on  l'a  dit  ci-dessus,  sont  extrêmement  efficaces.  Quant 
«  au  onzième,  on  ne  pense  pas  qu'il  s'y  produise  des  naissances, 
«  parce  que  le  rayon  désormais  languissant  envoie  sa  lumière 
«  débile  xaxà  ïliyiùvo^  ;  à  plus  forte  raison  au  douzième,  d'où  l'as- 
«  pect  est  tenu  pour  nul.  Ainsi,  d'après  ce  calcul,  les  lmi^Ti)wi 
«  naissent  xaxà  8tà[jL£xpov  ;  les  èvveàfXTjvot,  xaxà  Tptywvov,  et  les  Sexà- 
«   IJLTjvot,  xaxà  xsxpaYWvov  ». 

Voilà  bien  des  débats  tranchés  d'un  seul  coup,  au  nom  d'une 
théorie  qui  semblait  illuminer  le  chaos  confus  des  traditions 
empiriques^,  en  les  coordonnant  et  donnant  satisfaction  à  tout  le 
monde,  sauf  à  ceux  qui  tenaient  pour  la  possibilité  des  nais- 
sances au  huitième  et  au  onzième  mois.  Elle  flattait  la  manie 


1.  C'est  ce  que  dit  en  d'autres  termes  Plutarque  {Plac.  phil.,\,  18,  8),  en 
notant  les  signes  incompatibles  d'après  les  «  mathématiciens  ». 

2.  On  se  demande  pourquoi  Héphestion  (ap.  Salmas.,  pp.  643-644)  n'admet 
pas(?)  les  naissances  suivant  ce  trigone,  trigone  de  «  droite  »  (SeÇtôç). 

3.  Empédocle  avait  eu  une  idée  géniale;  c'est  que,  à  l'origine,  l'homme 
était  l'œuvre  d'un  jour  solaire,  lequel  durait  autant  que  dix  mois  actuels,  les 
jours  ayant  été  accourcis  depuis  par  l'accélération  du  mouvement  diurne 
(Plut.,  Plac.  phil.,  V,  18,  1  :  ci-dessus,  p.  12,  2). 


LE    THÈME    DE    LA    CONCEPTION  379 

des  partisans  des  périodes  septénaires,  sans  donner  de  démenti, 
grâce  à  l'ingénieuse  explication  des  enfants  attardés,  à  ceux  qui 
plaçaient  la  naissance  normale  au  neuvième  mois  *. 

Mais  Censorinus  n'était  pas  un  homme  du  métier,  et  il  ne  nous 
donne  qu'un  fragment  de  la  théorie  complète,  celle  qu'on  attribue 
aux  disciples  de  Néchepso  et  Pétosiris  ou  d'un  Zoroastre  tout 
aussi  authentique  ^  c'est-à-dire  élaborée  de  compte  à  demi  par 
les  écoles  rivales.  Égyptiens  et  Chaldéens.  Il  ne  faut  pas  oublier 
que  la  vie  physique  procède  surtout  de  la  Lune,  et  il  y  aurait 
hérésie  notoire  à  exclure  du  débat  l'astre  qui  règle  et  suspend  la 
menstruation.  Le  luminaire  dont  il  fallait  avant  tout  déterminer 
la  position  au  moment  de  la  conception,  c'était  la  Lune  ;  et  comme 
l'action  de  la  Lune  dépend  étroitement  de  ses  phases,  c'est-à-dire 
de  ses  rapports  de  position  avec  le  Soleil,  l'astrologue  devait, 
pour  déterminer  la  phase,  connaître  aussi  la  position  du  Soleil. 

En  ce  qui  concerne  le  Soleil,  nous  venons  de  voir  qu'il  doit  être, 
lors  de  la  naissance,  en  aspect  défini  —  quadrat,  le  plus  souvent 
—  avec  le  lieu  qu'il  occupait  sv  aTiopqi.  Pour  la  Lune,  la  règle  péto- 
siriaque  portait  que  l'Horoscope  de  la  conception  se  trouve  être  le 
lieu  occupé  par  la  Lune  lors  de  la  naissance;  et  inversement,  le 
signe  horoscope  de  la  naissance  est  celui  dans  lequel  se  trouvait 


1 .  On  rencontre  parmi  les  dissidents  l'astrologue  Épigène  de  Byzance  et 
Hippocrate  ( —  [Epigenes]  neque  nono  fiein  passe  contendit,  nec  Hippocrates 
Cous  decimo.  Censorin.,  op.  cit.,  7).  Aristote  acceptait  le  septième,  neuvième, 
dixième  et  même,  seul  de  son  avis,  le  onzième  mois  {undecimum  mensem  Aris- 
toteles  soins  recipit).  Hérophile,  Philostrate  et  autres  ne  croyaient  pas  aux 
naissances  à  sept  mois,  qui  étaient  les  plus  naturelles  aux  yeux  des  Pytha- 
goriciens, disant  tôv  êTtxijjiTjvov  Ti7:aTT|jj.lvwv  uTïoXfitpOfivat  yuvatxwv  (Proclus,. 
in  Anal,  sacra,  V,  2,  p.  163  Pitra).  Polybe,  Dioclès  et  les  «  Empiriques  « 
soutenaient,  contre  tous  les  astrologues,  que  les  fœtus  du  huitième  mois  sont 
viables  (Plut.,  Plac.  phil.,  V,  18,  3).  On  comprend  l'importance  de  la  question 
pour  les  jurisconsultes,  qui  discutaient  sur  la  légitimité  des  enfants  nés 
undecimo  mense  (Gell.,  III,  16).  Hadrien,  astrologue  amateur,  tira  les  consé- 
quences juridiques  de  la  date  de  la  conception  substituée  à  celle  de  la  nais- 
sance (Cf.  Gains,  I,  92.  94.  Dig.,  I,  5,  18,  etc.). 

2.  Démophile  (ap.  Porphyr.,  Isag.,  p.  194)  et  Héphestion  (II,  1  et  111,  10,  ap. 
Riess,  p.  358)  ne  mentionnent  que  Pétosiris.  Proclus,  grand  clerc  en  «  oracles 
chaldéens  »,  ajoute  Zoroastre  et  l'approbation  de  Ptolémée  :  Oî  6è  irepl  Ilexd- 
atp'.v  AlvÛTCTioi  xal  ZwpoiatpTiî  SiaTet'vovtat  xal  nxo'ke\i.7.io<;  àpéi3%zxa.i  x^v  \j.kv 
<nropi(i.^v  wpav  yiveirOai  et?  ffEXT,vT,î  x6tcov  xôv  èv  xatç  iitoxy/;- 
asai,  x-f,v  8è  j  iropi  |i->jv  jeX'f.vijv  etç  x-^jv  tipav  xf,î  èxxé^ttùz  (Procl., 
in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  174  Pitra).  Ce  Ptolémée  est  l'auteur  du  KapTrôî,  lequel 
ajoute  une  option,  pour  l'horoscope  de  la  naissance,  entre  le  signe  où  était 
la  lune  lors  de  la  conception  fi  x6  xoûxou  5iâ[xêxpov  {Cenliloq.,  31).  Le  cas 
r^  x6  xoûxou  6ta(i£xpov  prévu  par  Pétosiris,  suivant.  Démophile  (p.  194). 


380  CHAP.  XII.  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

la  Lune  lors  de  la  conception  *,  à  moins  que  ce  ne  soit  le  signe 
diamétralement  opposé.  Avec  l'aspect  solaire  donnant  la  durée  de 
la  gestation  et  la  position  de  la  Lune  indiquant  le  quantième  du 
mois  au  moment  de  la  conception,  les  astrologues  se  flattaient 
d'arriver  à  une  date  exacte  ^.  Seulement,  il  fallait  opter  pour  un 
des  aspects  possibles,  et  le  choix  ne  laissait  pas  d'être  délicat. 
Pour  assouplir  les  règles  et  se  donner  du  champ,  les  astrologues 
avaient  dressé  des  barèmes  où  la  durée  de  la  vie  intra-utérine 
était  estimée  suivant  trois  cotes  :  grande,  moyenne,  petite  (àTO- 
xuïjaiç  [lEY^orr),  [JLÉar),  l'Xc^y^^<rtT^),  la  différence  entre  la  cote  maxima  et 
la  cote  minima  étant  de  30  jours.  Par  exemple,  pour  les  8exa|ji7)- 
vtaTot,  la  cote  maxima  était  de  288  jours  1/3  ;  la  cote  moyenne, 
273  jours  1/3;  la  cote  minima,  258  jours  1/3.  Pour  les  lTrca[jLT(ViaToi, 
la  cote  allait  de  206  jours  1/3  à  176  jours  1/3  ^.  Avec  ces  chiffres 
ou  d'autres  approchant,  convertis  en  mois  de  différentes  lon- 
gueurs, mois  calendaires  de  30  jours,  mois  lunaires  de  29  jours  1/2 
(révolution  synodique)  ou  de  28  jours  (révolution  anomalistique, 
tropique,  draconitique),  on  avait  chance  de  satisfaire  les  partisans 
de  tous  les  systèmes  *.  Avec  des  mois  de  28  jours,  on  pouvait 
appeler  mois  révolu  ce  qui,  pour  d'autres,  était  le  mois  courant  : 

1 .  La  règle  se  rencontre  énoncée  en  termes  presque  identiques  dans  les 
textes  visés  à  la  note  précédente  et  Vettius  Valens  (111,  4,  ap.  Riess,  p.  338). 

2.  Hephaest.  ap.  Salmas.,  pp.  635  sqq.  Même  computdans  Proclus  {loc.  cit.). 
Saumaise  lit  wpwv  y'  (3*")  là  où  Proclus  donne  wpwv  H  (p.  173)  ou  1/3  de  jour. 
11  a  dû  confondre  tiers  (y")  et  trois  (y')  et  ajouter  ûpwv. 

3.  Voy.  ci-après  (p.  382),  278  jours  9  h.  1/3  dans  un  thème  d'Iléphestion; 
276  jours  dans  le  Pap.  Brit.  Mus.,  CXXX,  lig.  17-20,  p.  139. 

4.  Il  y  a  —  approximativement  —  deux  espèces  de  conception  :  auvoSix-)^ 
et  itav  (T  eXe  V  t  a  vt-^i  qtzoox  (Valens,  ibid.),  la  conception  synodique  amenant 
une  naissance  panséléniaque  et  iuversement  (Proclus,  p.  164  Pitra).  Quant  aux 
conceptions  opérées  dans  les  premier  et  dernier  quartiers  (èv  Si^ofATiViai;), 
elles  amènent  l'accouchement  soit  (du  P.  Q.)  à  la  pleine  Lune,  soit  (du  D.  Q.) 
à  la  nouvelle.  De  même  l'accouchement  survenu  èv  StxoiA-rivîa-.î  résulte  d'une 
conception  ou  synodique  (P.  Q.)  ou  panséléniaque  (D.  Q.).  Affirmations  et 
arrangements  symétriques  :  voilà  le  procédé  ordinaire  des  astrologues.  Voir 
la  discussion  des  chiffres,  mois,  jours  et  heures,  dans  Saumaise  {op.  cit., 
pp.  627-649),  qui  prend  la  peine  de  réfuter  les  partisans  des  périodes  sep- 
ténaire et  novénaire,  et  par  des  arguments  qui  ne  valent  guère  mieux  que  les 
doctrines  réfutées.  Un  homme  qui  croit,  sur  la  foi  d'Aristotc,  que  les  femmes 
égyptiennes  septenos,  immo  et  novenos  interdum  uno  utero  gerunt  (p.  645),  et 
que,  par  privilège  spécial,  —  refusé,  par  exemple,  à  Cyrène,  —  in  Aegypto  octi- 
mestris  partus  vitalis  est  (p.  716),  n'a  pas  voix  au  chapitre.  Les  astrologues 
avaient  un  moyen  fort  simple  de  mettre  leurs  règles  à  l'abri  des  démentis.  Ifs 
considéraient  les  accouchements  contraires  à  ces  règles  comme  des  expulsions 
de  fœtus  non  viables,  monstrueux  ou  idiots,  ou,  au  pis  aller,  d'enfants  dé- 
pourvus de  force  génératrice  (Proclus,  p.  163  Pitra). 


LE   THÈME    DE   LA    CONCEPTION  381 

par  exemple,  dire  qu'un  enfant  né  à  288  jours  était  né  après  dix 
mois  révolus,  au  lieu  de  dire  qu'il  était  né  au  dixième  mois  *. 

Nous  renverrons  au  chapitre  des  Y.xzctpirxi  tout  ce  qui  concerne 
l'influence  présumée  des  planètes,  de  leurs  phases,  stations  et 
rétrogradations,  sur  les  étapes  de  la  vie  intra-utérine,  un  laby- 
rinthe dans  lequel  la  généthlialogie  ne  veut  pas  entrer.  Celle-ci  ne 
connaît  que  les  frappes  instantanées,  celle  de  la  conception  et 
celle  de  la  naissance  :  elle  cherche,  la  date  de  l'une  des  deux 
étant  connue,  à  déterminer  la  date  de  l'autre.  Il  n'y  a  plus  à  trou- 
ver que  des  méthodes  de  calcul  pour  le  problème  ordinaire,  la 
recherche  du  thème  de  la  conception. 

On  m'excusera  de  ne  pas  contrôler  ces  méthodes  :  c'est  l'affaire 
des  mathématiciens,  et  c'est  déjà  courir  le  risque  de  surcharger 
inutilement  notre  sujet  que  de  signaler  en  passant  les  principales. 
Il  s'agit  toujours  de  déterminer  la  position  de  la  Lune,  la  phase 
lunaire  étant  donnée  ensuite  par  la  position  du  Soleil,  laquelle 
est  elle-même  indiquée  par  l'aspect  choisi.  Voici  le  calcul  proposé 
par  Antiochus  d'Athènes  ^  «  Considérez,  dit-il,  dans  quel  quan- 
«  tième  de  la  Lune  est  né  le  sujet  ;  ajoutez  à  ce  chiffre  180  et 
«  soustrayez  le  tout  du  mois  de  la  naissance,  à  raison  de  29  (par 
«  mois).  Arrivé  au  jour  où  s'épuise  le  nombre,  voyez  où  se  trou- 
ce  vait  alors  la  Lune  :  le  signe  où  vous  la  rencontrez  sera  celui  qui 
«  hébergeait  la  Lune  au  moment  de  la  conception  ».  Héphestion 
trouve  la  méthode  inexacte  et  en  propose  une  autre.  «  Soit,  par 
«  exemple,  un  individu  né  l'an  97  à  partir  du  règne  de  Dioclétien, 
«  le  30  Athyr,  à  la  sixième  heure  dans  le  troisième  climat.  A  cette 
«  heure  nous  avons  trouvé  le  Soleil  dans  le  Sagittaire  4°  environ, 

1.  Proclus  {loc.  cit.)  appelle  xi  évV£dt[jLTiva  les  ScxaiiTivtaîot  de  Saumaise. 
Les  astrologues  chrétiens  se  sont  occupés  de  cette  question  à  propos  de  la 
naissance  de  J.-C.  et  des  275  jours  qui  séparent  l'Annonciation  (25  mars) 
de  Noël  (23  déc).  Ciruelo  (I,  3),  prônant  les  naissances  tardives,  constate  que 
le  Sauveur,  en  sus  des  neuf  mois,  sex  diebus  in  virgineo  alvo  moram  traxit.  Il 
compte  par  mois  de  30  jours  et  comprend  Noël. 

2.  Cité  par  Héphestion  yujivaatai;  x«P'^  ('I,  1)  •'  le  texte  dans  Engelbrecht, 
p.  36.  Démophile  (p.  194)  donne  aussi  une  méthode  empruntée  à  Antiochus, 
qui  en  a  deux  (cpTjffl  5ûo  ècbôSouî  l/strOai  Tfiî  àXTiOeiaç).  Le  texte  est  trop  mutilé 
pour  être  utilisé.  Voici,  d'après  le  même  auteur,  le  calcul  par  lequel  «  certains  » 
(tivé;)  trouvent  l'Horoscope  de  la  conception.  Prendre,  dans  le  signe  horos- 
cope de  la  naissance,  le  degré  horoscope;  multiplier  les  degrés  du  signe  levés 
au-dessus  de  l'horizon  par  la  somme  des  heures  (?)  et  répartir  le  produit  en 
partant  de  l'Horoscope,  à  raison  de  30o  par  signe  :  xal  3rou  5'  àv  èTc-iréori  ô 
àpi6(j.ôî,  Êxsïvo  wpoffxdiTTjac  xxxi  "zï^t  xoû  aitépiiaxoi;  xaTa6o>»TiV.  C'est  la  méthode 
des  dodécatémories  (ci-dessus,  p.  300  sqq.).  Scaliger  {Nol.  in  ManiL,  p.  236) 
bâtit  là-dessus  des  rapprochements  chimériques  avec  un  passage  de  Manilius. 


382  CHAP.  XII.  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

«  la  Lune  dans  le  Taureau  à  47.',  et  l'Horoscope  au  Verseau  25°. 
«  Gomme  la  Lune  se  trouvait  dans  les  signes  à  la  suite  de  THoros- 
«  cope,  il  faut  compter  à  partir  de  l'Horoscope  jusqu'au  degré 
«  occupé  par  la  Lune,  et  nous  trouvons  65°  47',  qui,  convertis 
«  en  jours  d'après  le  mouvement  quotidien  de  la  Lune,  à  raison 
«  de  13°  par  jour,  font  5  jours.  Le  reste  47',  converti  de  même 
«  d'après  la  course  horaire  de  la  Lune,  c'esl-à-dire,  je  pense,  33', 
«  nous  donne  environ  une  heure  et  un  tiers.  Ajoutant  donc  les 
«  3  jours  i  heure  1/3  aux  jours  de  la  première  cote  de  gestation 
«  273  jours  1/3,  le  total  donne  278  jours  9  heures  1/3.  Nous  dédui- 
«  sons  donc  cette  somme  de  jours  en  remontant  à  partir  du  jour 
«  de  naissance,  c'est-à-dire  du  30  Athyr,  sixième  heure,  et  nous 
«  tombons  au  27  Méchir,  à  la  huitième  heure  de  nuit.  Déduisant 
«  encore  le  quart  de  jour  intercalaire,  soit  six  heures,  on  arrive 
«  à  l'an  96,  27  Méchir,  deuxième  heure  *.  » 

J'ignore  et  n'ai  nulle  envie  de  rechercher  si,  le  27  Méchir  96, 
la  Lune  se  trouvait  bien  au  rendez-vous  indiqué  par  la  règle  péto- 
siriaque,  au  25°  du  Verseau,  ou  si  Héphestion  s'est  affranchi  de 
la  règle  susdite. 

Proclus  s'attaque  au  problème  inverse,  plus  intéressant  pour 
les  femmes  enceintes  et  les  gens  pressés  :  étant  donné  le  moment 
de  la  conception,  prévoir  la  durée  de  la  gestation.  «  Supposons, 
«  dit-il,  que,  entre  la  conjonction  précédente  et  l'heure  de  la 
«  fécondation  (aTiopà),  il  y  ait  30°.  Il  faut  prendre  ces  30  degrés, 
«  plus  un  tiers  (de  30),  c'est-à-dire  40°,  les  considérer  comme 
«  autant  de  jours  et  les  déduire  de  la  conjonction  précédente. 
«  Comme  ils  dépassent  la  syzygie  consécutive  à  la  fécondation,  le 
«  fœtus  naîtra  à  sept  mois.  Si  vous  preniez  un  nombre  de  degrés 
«  moindre,  par  exemple,  15  et  un  tiers  (de  15),  en  les  déduisant 
«  comme  jours  à  partir  du  jour  de  la  conjonction  précédente, 

1.  Hephaest.  ap.  Engelbrecht,  pp.  22-23.  J'ai  dû  éliminer  de  ce  texte  une 
erreur  évidente,  la  Lune  dans  le  Capricorne  et  pourtant  èv  toîç  é-rconévoii;  xoO 
wpoaxÔTrou  (!),  et  des  superfétations  de  chiifres  provenant  de  gloses.  L'année 
est,  sans  conteste,  l'année  alexandrine  :  avec  l'année  vague,  le  30  Athyr  97,  qui 
correspond  ici  au  27  novembre  381  de  notre  ère,  tomberait  au  18  août,  et  le 
Soleil  ne  serait  pas  dans  le  Sagittaire.  La  position  du  Soleil  a  été  estimée 
d'après  le  quantième  du  mois,  sans  souci  de  la  précession  des  équinoxes,  qui 
l'aurait  fait  rétrograder  d'environ  8».  Si  la  Lune  était  à  65°  47'  à  la  suite  de 
l'Horoscope,  elle  était  nécessairement  dans  le  Taureau.  L'auteur  a  soin  de 
décompter  en  sus  le  quart  du  jour  intercalaire  qui  avait  été  inséré  90  jours 
auparavant,  à  la  fin  des  épagomènes  de  96  (29  août  381).  Cette  date  de  381  sert 
à  dater  l'ouvrage  d'Héphestion,  qui  ne  peut  plus  être  considéré  comme  anté- 
rieur à  celui  de  Firmicus.  L'addition  prouve  bien  ici  que  uoy',  y'  {sic)  signifie 
273  j  1/3  et  non  pas  273 J 'à^  (cf.  ci-dessus,  p.  380,  2). 


DÉFINITION    ET    RECHERCHE    DE   l'hOROSCOPE  383 

«  voQS  devriez  conclure  que  l'enfant  procréé  à  cette  heure  naîtra 
«  à  neuf  mois  *.  » 

L'exposé  ne  brille  pas  par  la  clarté  :  je  suppose,  sans  y 
regarder  de  plus  près,  que  «  déduire  »  (ixêâXXetv)  signifie,  pour 
notre  auteur,  reporter  dans  le  sens  du  mouvement  diurne  ^. 

En  fin  de  compte,  l'établissement  du  thème  de  la  conception 
se  heurtait  à  tant  de  difficultés  que  les  astrologues  sérieux  le 
reléguèrent  parmi  les  discussions  oiseuses,  en  regrettant  proba- 
blement de  s'être  laissé  entraîner  sur  ce  terrain  où  pullulent  les 
objections,  et  se  contentèrent  de  spéculer  sur  le  thème  de  la 
naissance  ^. 

IL  —  Détermination  de  l'Horoscope, 

Là  non  plus  ne  manquaient  pas  les  difficultés,  les  raisonne- 
ments et  théories  entre  lesquels  il  fallait  opter.  La  généthlialogie 
n'est  pas  arrivée  du  premier  coup  à  formuler  son  dogme  fonda- 
mental, à  faire  de  l'Horoscope,  point  d'intersection  du  Zodiaque 
avec  l'horizon  oriental,  la  maîtresse  pièce  du  thème  de  géniture. 
Le  plus  ancien  texte  qui  nous  renseigne  sur  la  question,  celui  de 
Chrysippe  *,  nous  montre  que  l'Horoscope  n'était  pas  nécéssaire- 

1.  Proclus,  in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  175  Pitra.  Suit  une  vérification  géomé- 
trique par  le  «nropifxov  Tptywvov,  qui  permet  de  décider  si  la  naissance  aura 
bien  lieu  à  sept  ou  à  neuf  mois.  Hors  de  là,  le  produit  sera  dDkoyov  Çôiov  t\  xspa- 
tûSeç.  Proclus  vante  beaucoup  l'utilité  du  triangle  rectangle  pythagoricien 
{iToiytio^  tt\i;  -riôv  8Xwv  •j'evÉaswi;.  lo.  Lyd.,  Mens.,  II,  7),  construit  d'après  la 
méthode  du  philosophe  Nestorius,  le  grand-père  de  son  maître  Plutarque, 
avec  rôipa  <sTzopl\i.T\  pour  sommet  principal,  et  qui  permet  de  trouver  toutes 
les  puissances  à  invoquer  durant  la  gestation  [op.  cit.,  pp.  177-178).  C'est 
le  triomphe  de  la  magie  et  de  la  sottise.  Ces  gens  qui  avaient  tant  de  foi  dans 
leurs  incantations  n'en  avaient,  paraît-il,  aucune  dans  la  Nature.  Le  triangle 
rectangle,  utile  pour  prévenir  les  naissances  monstrueuses,  faisait  l'objet 
d'un  traité  spécial  de  Firmicus  :  illic  ejiim  ratio  Iriqoni  orthogoni,  quae  a 
quibusdam  Graecis  ol)scuvis  videtur  involuta,  [a  nobis]  manifestis  et  brevissi- 
mis  ejrplicationibiis  explicataest  (Firmic,  Vil,  6,  p."  200  Pruckner). 

2.  Sur  l'amphibologie  de  ce  terme  technique,  voy.  ci-dessus,  p.  289,  2. 

3.  Nous  avons  dit  que  Ptolémée  mentionne  en  théorie  et  écarte  en  pratique 
le  thème  de  la  conception.  Le  Ps.  -Manéthon,  de  même,  se  propose  de  révéler 
les  décrets  des  astres  aTretpo[iévotî  xat  xixxo[j.£voiî  SetXoïat  ppoxoïatv 
(I,  6);  mais,  en  fait,  il  ne  s'occupe  que  de  la  nativité.  Le  thème  de  la  con- 
ception pouvait  aider  à  expliquer  les  différences  entre  jumeaux,  à  la  condi- 
tion d'admettre  qu'ils  n'avaient  pas  été  conçus  en  même  temps.  Mais  la  «  super- 
fétation  »  était  elle-même  chose  fort  discutée  (voy.  ci-après,  chap.  xvi). 

4.  Voy.  ci-dessus,  p.  34,  1.  La  Canicule  ou  Chien  dont  parle  Chrysippe  est 
en  dehors  du  Zodiaque. 


384  CHAP.  XII,  —  LA    GÉNÉTHLÏALOGIE 

ment  pointé  sur  le  Zodiaque.  On  a  suflisamment  exposé  plus  haut 
que  la  concentration  des  forces  astrales  dans  le  Zodiaque  est 
chose  artificielle,  un  postulat  d'origine  grecque  et  de  but  pra- 
tique, qui  n'a  même  jamais  éliminé  complètement  les  influences 
extra-zodiacales.  Le  texte  précité,  où  le  «  lever  de  la  Canicule  » 
ne  peut  guère  s'entendre  que  du  lever  héliaque  de  la  constella- 
tion, nous  donne  encore  la  clef  d'un  problème  qui  n'est  pas  des 
plus  simples.  Qu'entendait-on,  dans  le  monde  des  astrologues, 
par  «  naître  sous  tel  signe  »  ? 

Pour  les  généthlialogues  de  l'âge  classique,  la  question  ne  se 
posait  pas,  ou  se  posait  tout  autrement.  Le  signe  horoscope  était 
celui  que  le  mouvement  diurne  faisait  monter  à  l'horizon  au 
moment  précis  de  la  naissance,  et,  soit  comme  constellation,  soit 
comme  horoscope,  ce  signe  n'avait  qu'une  importance  secon- 
daire. En  vertu  de  la  théorie  des  «  lieux  »,  l'Horoscope  n'est 
plus  que  le  degré  horoscopique,  et  ce  degré  sert  principale- 
ment à  établir  la  position  des  autres  centres,  parmi  lesquels  le 
MG.  dispute  la  primauté  à  l'Horoscope.  Les  influences  à  calculer 
sont  réparties  entre  les  douze  lieux  et  exercées  par  les  planètes, 
celles-ci  subordonnées  à  la  planète  «  maîtresse  de  la  géniture  ». 
Voilà  le  point  d'arrivée  de  la  généthlialogie.  On  ne  saurait  douter 
que  le  point  de  départ  n'ait  été  sensiblement  diff'érent.  L'idée 
qui,  aujourd'hui  encore,  survit  au  naufrage  de  l'astrologie,  c'est 
que  l'on  naît  sous  le  signe  dans  lequel  se  trouve  à  ce  moment  le 
Soleil.  Or,  les  astronomes  appelant  lever  héliaque  d'une  étoile 
l'époque  où  on  commence  à  la  distinguer  dans  les  premières 
clartés  de  l'aurore  *,  il  s'ensuit  que  le  signe  en  lever  héliaque  est 
celui  qui  héberge  à  ce  moment  le  Soleil,  lequel  se  trouve  déjà 
presque  au  milieu  quand  le  signe  «  se  lève  ». 

Donc,  au  début,  le  signe  dominant  la  géniture  était  le  signe  en 
lever  héliaque,  primant  tous  les  autres,  en  vertu  d'une  énergie 
exaltée  et  comme  surchaufi"ée  par  la  présence  du  Soleil.  C'est  la 
théorie  qui  a  présidé  à  la  confection  des  thèmes  de  conception  ou 
de  géniture  d'Antiochus  de  Commagène  et  d'Auguste  ^.  C'est  celle 
que  Manilius  a  exposée  dans  son  poème,  à  côté  de  la  théorie  con- 
currente, dont  il  n'a  pas  su  la  distinguer  ^. 


1.  Voy.  ci-dessus,  p.  111,  3. 

2.  Ci-dessus,  p.  373.  Voy.  dans  Letronne  {op.  cit.,  p.  202)  la  mention  de 
Pétémenon,  né   en  janvier  93  p.  Chr.,  sous  le  signe  du  Capricorne. 

3.  On  rencontre,  dans  Manilius,  deux  séries  indépendantes  de  pronostics 
tirés  du  signe  horoscope  :  dans  la  première  (IV,  122-292),  le  poète  vise  — 
sans  le  dire  expressément  —  Thoroscope  de  mouvement  diurne,  calculé  à  la 


LE   SIGNE   HOROSCOPE  388 

Ce  premier  système,  facilement  intelligible,  avait  un  inconvé- 
nient capital,  qui  le  fit  tomber  en  discrédit  auprès  des  dialecti- 
ciens; c'était  de  répartir  un  pronostic  uniforme,  de  tempérament 
ou  de  destinée,  sur  tous  les  individus  nés  dans  le  même  mois  '. 
Les  astrologues,  traqués  par  les  incroyants,  se  rejetèrent  du  côté 
des  mesures  exactes;  ils  voulurent  marquer  non  plus  l'époque, 
mais  l'heure,  et  que  l'indicateur  de  l'heure  ou  Horoscope  changeât 
d'instant  en  instant  par  le  fait  du  mouvement  diurne.  Dès  lors, 
le  signe  horoscope  était  celui  qui  se  lève  au  moment  où  naît  l'en- 
fant dont  il  fixe  la  destinée.  Il  se  pouvait  que  ce  signe  fût,  par 
surcroît,  celui  qui  hébergeait  le  Soleil;  mais  cette  conciliation 
entre  les  deux  théories  ne  se  réalisait  que  pour  les  enfants  nés  au 
lever  de  l'aurore  ^.  D'autres  considérations  ont  dû  contribuer 
aussi  à  faire  abandonner  le  signe  en  lever  héliaque  ou  mansion 
solaire.  D'abord,  la  concurrence  du  signe  occupé  —  et  occupé 
moins  longtemps  ^  —  par  la  Lune,  signe  plus  facile  à  apercevoir 
et  pouvant  être  à  l'horizon  ou  au-dessus  de  l'horizon  aussi  bien 
la  nuit  que  le  jour.  C'était,  en  effet,  un  principe  de  sens  commun, 
conservé  avec  obstination  par  Ptolémée,  que  les  astres,  une  fois 
sous  terre,  n'agissent  pas  ou  n'ont  qu'une  action  négative  sur  sa 
face  supérieure  *,  et  la  doctrine  même  de  l'horoscope  suppose  que 


manière  desgénéthlialogues  ;  dans  l'autre  (IV,  503-582),  l'horoscope  en  lever 
héliaque.  Sur  ce  dernier  point,  le  doute  n'est  pas  possible.  C'est  au  lever 
héliaque  que  s'appliquent  les  expressions  :  {signa)  orlii  \  Accipiunt  proprias 
vires  ullraque  remit tunt  (IV,  504-505),  et  le  refrain  :  tibi  se  summis  Arles  extol- 
let  ab  undis  (505);  —  Geminos  cum  profert  iinda  (525),  etc.;  c'est  bien  lorsque 
le  Soleil  est  dans  le  Cancer  que  celui-ci,  velut  exustiis  Phoebeis  ignibus  ignis, 
est  enfumé  de  vapeurs  (530  sqq.)  :  enfin,  ce  n'est  pas  du  lever  diurne  que  le 
poète  dit  :  Sed  cum  autiimnales  coeperunt  surgere  Chelae  (547).  Manilius  a 
suivi  d'abord  un  auteur  inféodé  au  premier  système,  et  recommencé  sa  can- 
tilène  à  la  suite  d'un  autre,  en  toute  ingénuité.  Il  est  étonnant  que  Scaliger 
(p.  305)  soit  resté  muet  sur  la  question. 

1.  Voy.  les  «  types  »  d'individus  nés  sous  les  différents  signes  dans  les  Phi- 
losophiimena ,  IV,  3,  pp.  84-93  Cruice,  portraits  imputés  non  à  l'astrologie, 
mais  à  la  divination  «  métoposcopique  »,  devenue  ici  une  vassale  de  l'astrologie. 

2.  On  ne  manque  pas  de  supposer  le  cas  réalisé  pour  Auguste  (ci-dessus, 
p.  373,  2).  Théagène  s'est  ainsi  dispensé  d'opter  entre  les  deux  systèmes. 

3.  La  Lune  franchit  un  signe  en  un  peu  moins  de  2  jours  1/2. 

4.  Dans  un  des  deux  thèmes  chaldéens  cunéigraphes  du  temps  des  Arsa- 
cides  (ci-dessus,  p.  50),  le  signe  sous  lequel  est  né  l'enfant,  entre  minuit  et 
l'aube,  est  celui  de  la  Lune,  et  non  pas  celui  du  Soleil,  qui  est  sous  terre;  dans 
l'autre,  l'enfant  est  né  «  sous  Jupiter  {Te-ut)  levé  toute  la  nuit  ».  Il  n'est  pas 
question  de  l'Horoscope  classique,  de  la  coïncidence  du  lever  soit  de  la  Lune, 
soit  de  Jupiter,  avec  la  nativité.  Sur  l'élimination  du  ciel  souterrain  par 
Ptolémée,  voy.  ci-dessus,  pp.  270,  1;  272,  1.  349,  3.  356,  2. 

38 


386  CHAP.  XII.   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

l'action  initiale  d'où  dépend  tout  le  reste  commence  au  lever  de 
l'astre  horoscope.  A  ce  point  de  vue,  le  signe  occupé  par  le  Soleil 
n'avait  prise  que  sur  les  génitures  diurnes,  les  nocturnes  —  c'est- 
à-dire  plus  de  la  moitié  des  cas,  au  dire  des  statisticiens  —  échap- 
pant à  son  influence  K 

C'est  donc  après  avoir  essayé  de  divers  expédients  ^  et  aban- 
donné le  recours  aux  positions  de  l'un  comme  de  l'autre  lumi- 
naire par  rapport  au  Zodiaque  que  l'astrologie  savante  a  créé  la 
doctrine  purement  grecque  de  l'Horoscope  instantané,  ni  signe, 
ni  planète  ^,  mais  lieu  géométrique,  point  de  départ  de  la  gra- 
duation du  cercle  de  la  géniture. 

Nous  pouvons  ajourner  sans  inconvénient  les  discussions  rela- 
tives à  la  difficulté  —  les  adversaires  de  l'astrologie  disaient  l'im- 
possibilité —  de  déterminer  avec  précision  le  point  horoscopique. 
La  visée  directe  étant  le  plus  souvent  impraticable,  les  astrologues 
se  servaient  des  tables  d'àvacpopa(.  Avec  ces  tables,  il  suffisait  de 
savoir  à  quel  degré  d'un  signe  se  trouvait  pour  le  moment  le  Soleil 
et  quel  angle  cet  astre  faisait  avec  l'horizon,  angle  mesuré  soit 
directement  par  l'astrolabe  ou  le  gnomon,  soit,  en  fonction  du 
temps,  par  la  clepsydre  *.  Ptolémée  ne  veut  ni  de  l'une  ni  de 

1.  Avec  le  Soleil  à  l'horoscope,  c'est-à-dire  in  signo  horoscopi,  il  pouvait  y 
avoir  quand  même  quelques  génitures  nocturnes,  à  l'aube,  quand  l'astre 
était  encore  au-dessous  de  l'horizon  (cf.  Firmic,  III,  5,  11  Kroll). 

2.  Par  exemple,  l'idée  populaire,  mais  d'origine  astrologique  ou  altération 
d'une  doctrine  astrologique,  que  chacun  a  son  étoile  au  ciel,  étoile  gar- 
dienne, naissant  et  mourant  avec  lui.  Sidéra  quae  adfixa  diximus  mundo,  non 
illa,  ut  existimal  vulgus,  singulis  attributa  nobis,  et  clara  diviiibiis,  minora 
pauperibus,  obscura  defectis,  ac  pro  sorte  cujusque  lucentia  adnumerata  mor- 
talibus,  nec  cum  suo  quaeque  homine  orta  moriuntur  nec  aliquem  exstingui 
decidua  significant  (Plin.,  II,  §  28).  Même  croyance  combattue  par  l'évêque 
Eusèbe  d'Alexandrie  (p.  17  Thilo),  qui,  la  poussant  à  l'absurde  (Saoi  àuxÉpsi:, 
Toaoûxot  xal  àvSpwTcoi),  répond  :  il  n'y  avait  donc  que  deux  étoiles  au  ciel  au 
temps  d'Adam  et  d'Eve,  et  huit  quand  Noé  est  sorti  de  l'arche  avec  les  siens? 
La  chute  d'une  étoile  filante  était  symbole  de  conception  pour  les  néoplato- 
niciens, de  mort  pour  le  «  vulgaire  »  (cf.  ci-dessus,  p.  362). 

3.  L'auteur  de  d'Hermippus  ne  veut  pas  de  cette  abstraction  ;  il  définit  l'Ho- 
roscope ÔTioîoç  Twv  àats'pwv  xaxà  tôv  xaipàv  Tf|;  ysvsffew;  (îvsifft  tôv  ôpîî^ovua 
{Hermipp.,  II,  6,  p.  44  Kroll).  C'est  un  amateur  qui  revient  d'instinct  à  la  vraie 
tradition. 

4.  Ptolem.,  Tetrab.,  III,  2.  C'est  le  Soleil  qui  marque  l'heure  :  ut  ratio 
signis  ducatur  ab  illis  |  In  quis  Phoebus  erit  (Manil.,  III,  299  sqq.)  —  parte  ex 
illa  quam  Phoebus  habebit  (III,  442).  Avec  des  tables  de  la  Lune  ou  des  pla- 
nètes, on  pouvait  prendre  l'heure  à  un  autre  astre.  Les  estimations  en  degrés 
et  minutes  que  nous  avons  rencontrées  dans  les  thèmes  de  géniture  ne  pro- 
venaient certainement  pas  de  l'observation  directe. 


RECTIFICATION   DE   l'hOROSCOPE  387 

l'autre  méthode.  Ce  qui  lui  a  fait  chercher  un  autre  biais,  ce  ne 
sont  pas  seulement  les  chances  d'erreur  inhérentes  à  l'opération 
et  qu'il  ne  manque  pas  de  faire  valoir.  Le  motif,  qu'il  n'avoue  pas, 
c'est  le  désir  d'esquiver  une  objection  redoutable,  insoluble  par 
réfutation  directe  :  à  savoir  que,  la  parturition  n'étant  pas  un  acte 
instantané,  il  ne  peut  pas  y  avoir  non  plus  d'Horoscope  instan- 
tané. Ptolémée  a  trouvé  une  solution  ingénieuse,  fondée  sur 
des  postulats  qu'il  n'est  pas  impossible  de  restituer.  De  même 
que  la  parturition,  quoique  comportant  des  étapes  successives, 
n'en  est  pas  moins  un  acte  unique,  de  même,  dans  un  signe 
horoscopique  pris  en  bloc,  il  doit  y  avoir  un  point,  un  degré  qui 
est  excellemment  et  spécialement  horoscope  *.  Ce  point  doit  être 
en  rapport  naturel,  exactement  défini,  avec  les  générateurs  uni- 
versels, les  luminaires,  et  plus  particulièrement  encore  avec  le 
patron  particulier  que  les  astrologues  appellent  «  l'œcodespote  » 
ou  «  maître  de  la  géniture  ».  Ce  patron  individuel,  mis  lui-même 
en  rapport  avec  les  deux  luminaires,  concentre  en  lui  et  dispense 
à  son  client,  en  le  marquant  de  son  empreinte,  l'énergie  dont  il 
est  le  véhicule  intermédiaire. 

Déterminer  le  degré  horoscope  revient  donc,  pour  Ptolémée,  à 
discerner  la  planète  maîtresse  de  la  géniture  et  à  supposer  que 
le  degré  horoscope  est  placé  dans  son  signe  exactement  comme 
cette  planète  l'est  dans  le  sien.  Voici  la  méthode  qu'il  conseille 
à  ses  adeptes,  méthode  assez  compliquée  pour  dérouter  les  fai- 
seurs d'objections.  Observer  d'abord  la  syzygie  lunisolaire,  con- 
jonction ou  opposition,  qui  a  précédé  la  nativité,  c'est-à-dire  en 
pointer  le  lieu  sur  le  cercle.  Cela  fait,  chercher,  parmi  les  planètes, 
celle  qui  «  domine  »  le  lieu  susdit,  pour  une  ou  plusieurs  des 
raisons  (XÔYot-tJ^ï^oot)  suivantes  :  parce  que  le  lieu  est  soit  dans  son 
trigone  à  elle,  soit  dans  son  domicile,  soit  dans  son  hypsoma,  soit 
dans  ses  6'pia;  ou  encore  parce  qu'elle  est  elle-même,  par  rapport 
au  Soleil,  dans  un  aspect  ou  phase  particulièrement  efficace  (par 
exemple,  en  phase  orientale).  Cette  planète  maîtresse  étant  pour 
ainsi  dire  choisie  au  concours,  noter  le  degré  qu'elle  occupe  dans 
le  signe  où  elle  se  trouve,  et,  connaissant  par  les  tables  le  signe 


1.  Connaître  le  signe  horoscope  est  chose  aisée  :  la  difficulté  est  de  préciser 
le  degré  :  laTÉov  8à  ojx  aùxàv  x6v  wpo  ctxôt:  o  v  èiraYYÉXXExaJ  aoi  StSiixEiv 
[îlToXEfxatoî],  i'k'kà  Stà  xavôvo;  irpoyviuffOévco;  aùxoO,  Sià  tr^i  vûv  ^r^^i\<30\tÀVT\i 
iiEÔôSou  T'J-.v  [xotpav  aÛT-^iv  xal  t->iv  Sî^tv  sOptffxetv  (Anon.,  p.  90).  Toutes  les 
méthodes  exposées  ci-après  sont  rectificatives  et  s'appliquent  au  signe  horos- 
cope déjà  connu.  La  syzygie  est  considérée  comme  un  point  de  repère  naturel, 
où  s'associent  dans  une  action  commune  et  souveraine  les  deux  luminaires. 


388  CHAP.   XII.  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

horoscope,  placer  dans  ce  dernier  signe  l'Horoscope  au  degré 
correspondant  *. 

Cette  règle,  qui  n'est  pas  déjà  si  simple,  s'encombre  encore  de 
toute  une  casuistique  en  vue  de  l'application.  La  syzygie  -  con- 
jonction n'a  qu'un  lieu;  mais  la  syzygie  -opposition  en  a  deux, 
entre  lesquels  il  faut  opter.  L'option  doit  se  faire  en  faveur  du 
lieu  occupé  par  celui  des  deux  luminaires  qui  était  au-dessus  de 
l'horizon  au  moment  de  la  syzygie  ^.  Mais  la  grande  difficulté 
était  la  comparaison  des  titres  des  planètes  à  l'œcodespotie. 
D'abord,  on  l'a  vu,  tout  le  monde  n'était  pas  d'accord  sur  la 
valeur  respective  de  ces  titres  ^.  Ensuite,  il  pouvait  arriver  que, 
tout  compte  fait,  plusieurs  planètes  fussent  également  qualifiées. 
Alors,  il  fallait  faire  intervenir  de  nouveaux  motifs  de  classement, 
le  sexe,  l'aipeatç,  la  moindre  distance  par  rapport  à  l'Horoscope. 
Enfin,  ce  rapport  de  distance  pouvait  créer  un  nouvel  embarras. 
Quand  la  planète  choisie  était  plus  voisine  de  la  culmination  que 
de  l'Horoscope  présumé,  on  appliquait  la  règle  à  la  culmination, 
et  on  déterminait  ensuite  par  celle-ci  l'Horoscope,  qui,  ainsi  su- 
bordonné, méritait  à  peine  son  nom  *. 

1.  Il  faut  citer  ce  texte,  qui  a  une  importance  capitale.  Aeî  B^  Xa|i6avctv  -cV 

Tf^î  IxTpoicfiî  Tcpeyivoiiévriv  fyytaTa  <juÇuy(av,  èdtv  te  aiJvoSoi;  fi  iatv  ts  TcavuéXTjvoî,  xal 
TT,v  [AOtpav  ixpiêwç  8taa>C£4'0[J-^vou(;,  ffuvôSou  [lèv  oùarn;  t>iV  àjxtpoxépwv  tûv  tpwTwv, 
iravjs)v/ivou  Se  x^v  toû  u-Trèp  yî^v  aÙTwv  ôvxoç  [xatà  xàv  /pôvov  'zr\i  iv.'zpoTzrfi], 
tScïv  TObî  iïpô<;  a'JxV  oivcoSEairoxtxôv  "kôyoy  xwv  àdt^pwv,  xoO  xpôirou  xoû  y.otbô'kou  xou 
xaxi  x^,v  otxoSeaitoxfav  èv  tt^vxs  xo'jxotç  Sfewpoûjxevov,  év  xpiywvw  xs  xal  otxw, 
xal  ù<\iôi\).ix'zi,  xal  ôpfu,  *al  tpaast  r\  eu  ay  Ti  [jiaxt  a  [xw,  xouxsaxi  ôxav  è'v  xi 
f,  Tcal  ■jr)isJova  xoûxtov  ^  xal  Tiivxa  ô  Ç7ixoj[asvoî  è'j^st  xôtto;  Tipô;  xôv  (jiéXTvovxa  oixo- 
SsffTTOxfiaEtv.  'Eàv  [xèv  ouv  ëva  Tipèi;  xaûxa  iràvxa  t;  xà  xXsîaxa  otxefuî  Staxaifievov 
£Optaxo[jL£v,  f|v  àv  iiîÉy-f)  [xoîpav  ouxoç  àxpt6û;  xa6'  5  itapoSsûei  8())5£xax7i[j.ôpiov 
Iv  xw  xfiî  Èxxpôitf,;  ypôvw,  x^v  îadpiOfxov  aùxr,  xptvoûfjisv  àvaxÉXX£tv  êv  xw  Stà  xf;; 
xwv  dtvacpopwv  TtpayfiaxeiaîEupTiixsva)  ÈyyuxÉpw  Sw5£xaxTi[A0piw  (PtoL,  Tetrab.,  111,2). 
Cf.  Anon.,  pp.  91-92;  Porphyr.,  Isag.,  pp.  191-192;  Hephaest.,  II,  2,  ap.  Salmas., 
op.  cil.,  Praef.,  f.  3.  La  planète  la  plus  rapide  ne  se  déplace  pas  sensiblement 
durant  l'accouchement  le  plus  laborieux.  Sur  tpâaEi  -î^  auayT^fxaxtajiw,  cf.  ci- 
dessus,  p.  238,  2. 

2.  Le  scoiiaste  nous  avertit  que  beaucoup  de  gens  comprenaient  mal  le 
texte  de  Ptolémée  et  croyaient  qu'il  fallait  prendre  la  position  du  luminaire 
qui  se  trouvait  au-dessus  de  l'horizon  au  moment  de  l'accouchement.  La 
glose  qu'il  condamne  :  xaxà  xôv  ypôvov  xfjî  ixxpo7:f,;,  et  qui  se  trouve,  dit-il, 
£v  TtX£{ffxoi;  xwv  pi6X£uv,  a  été  mise  plus  haut  entre  crochets.  Proclus  iParaphr. 
m,  3,  p.  156  Allât.)  la  reproduit.  Junctinus  (p.  119)  tient  aussi  pour  le  moment 
de  la  naissance,  mais  en  supposant  que  toute  naissance  nocturne  sera  lunaire. 

3.  Cf.  ci-dessus,  pp.  238-239. 

4.  Ceci  rentre  assez  dans  la  physique  de  Ptolémée,  qui  accepte  l'hégémonie 
de  l'Horoscope,  imposée  par  la  tradition,  mais  attribue  plus  d'énergie  natu- 
relle au  MC.  (ci-dessus,  p.  271,  et  ci-après,  p.  416,  comme  x^tioî  d'fExtxôç). 


RECTIFICATION    DE    L  HOROSCOPE  389 

Que  Plolémée  ait  créé  de  toutes  pièces  ou  seulement  perfec- 
tionné sa  méthode  *,  il  eut  des  émules,  peut-être  même  des  de- 
vanciers. Annubion,  d'époque  probablement  antérieure,  avait 
tout  simplement  appliqué  à  l'invention  de  l'Horoscope  le  calcul 
usité  pour  les  dodécatémories  et  xX^pot.  Pour  les  génitures  diurnes, 
prendre  la  distance  du  Soleil  à  la  Lune  et  la  «  déduire  »  en  par- 
tant du  Soleil  :  là  où  elle  prend  fin,  là  est  l'Horoscope.  Pour  les 
génitures  nocturnes,  opérer  de  la  même  façon  avec  la  distance 
de  la  Lune  au  Soleil  ^  Paul  d'Alexandrie  expose  d'après  les 
«  sages  Égyptiens  »,  éternels  plastrons  des  mystificateurs,  jusqu'à 
cinq  méthodes  «  naturelles  »  pour  trouver  le  degré  nécessaire  de 
l'Horoscope.  Pour  ces  gens-là,  «  naturel  »  signifie  qui  n'est  pas 
géométrique.  Le  signe  horoscope  une  fois  désigné,  ils  placent  le 
degré  horoscope  entre  ses  limites,  partout  où  l'attire  une  affinité 
élective  imaginée  par  eux.  L'un  prend  un  tableau  où  les  planètes 
sont  réparties  au  degré  dans  chacun  des  signes,  répartition  iden- 
tique pour  les  signes  d'un  même  trigone  ^  ;  et  il  pointe  comme 
degré  horoscope,  dans  le  signe  horoscope,  un  degré  appartenant 
à  la  planète  qui  devient  «  maîtresse  de  l'époque  (xupioi;  t^ç  Itto^t,!;)  », 
parce  que  le  luminaire  chef  de  secte  (to  alpsxr/ov  cpàj?)  —  c'est-à- 
dire  le  Soleil  pour  les  génitures  diurnes,  la  Lune  pour  les  noc- 
turnes —  se  trouve  actuellement  dans  un  degré  à  elle  appar- 
tenant. Un  autre,  appliquant  autrement  la  même  idée,  place 
l'Horoscope  dans  les  6'pta  de  la  planète  qui  a  pour  le  moment  la 
Lune  sur  ses  propriétés  ainsi  dénommées.  Un  troisième  prend 
pour  point  de  repère,  comme  Ptolémée,  la  syzygie  précédant  la 

1.  Je  crois  reconnaître  la  main  de  Ptolémée  dans  Teffort  fait  pour  unifier  la 
doctrine  apotélesmatique  en  ses  deux  parties,  universelle  et  particulière.  Les 
syzygies  (dont  il  sera  beaucoup  question  encore  dans  le  calcul  de  la  durée 
de  la  vie)  sont,  en  généthlialogie,  ce  que  sont  les  éclipses  dans  les  pronostics 
«  catholiques  »  :  ce  sont  des  quasi-éclipses,  se  produisant  aux  points  éclip- 
tiques.  La  planète  qui  domine  la  dernière  syzygie  a  la  maîtrise  jusqu'à  la 
suivante,  c'est-à-dire  durant  un  demi-mois.  On  peut  trouver  après  coup  des 
raisons  physiques  et  philosophiques  au  rôle  capital  des  syzygies.  La  vraie 
raison,  c'est  qu'elles  tiennent  la  place  des  éclipses  :  la  N.  L.,  la  place  des 
éclipses  de  Soleil  ;  la  P.  L.,  la  place  des  éclipses  de  Lune. 

2.  Annubion,  ap.  Kœchly,  Manethon.,  p.  117.  Si  la  distance  est  insuffisante, 
on  se  rejette  sur  l'aspect  quadrat  ou  diamétral  du  point  où  l'on  s'est  arrêté 
(Xpi^,  TeTpiywva  &'  ôpâv  xal  8tst[jiêTpa  to-wv).  Il  se  peut  que  par  [J-éxpi  SsXfjvaifiî 
àdtépoî  luta  (iévou,  il  faille  entendre  la  N.  L. ;  mais  le  mot  peut  aussi  être  une 
cheville.  Cf.  ci-dessus  (p.  306,  6)  le  transfert  de  l'Horoscope  par  xXfipoî  pdaew?. 

3.  C'est  la  méthode  des  xa-c à  xp^y^vov  (jiovopi oipiai.  Le  texte  de  Paul 
d'Alexandrie  (fol.  Q2-R)  est  en  mauvais  état,  et  les  chiffres  du  tableau  y 
annexé  ne  concordent  pas  avec  les  données  du  texte. 


390  CHAP.   XII.   —  LA   GÉNÉTHLIALOGIE 

nativité,  cherche  la  planète  à  qui  appartient,  soit  comme  confins 
(ôpioxpàtwp),  soit  comme  domicile  (olxoSÉxtcop),  le  lieu  de  la  syzygie, 
balance  les  titres  des  planètes  à  la  maîtrise  et  choisit  celle  qui 
occupe,  dans  le  signe  où  elle  est,  le  plus  fort  quantième,  lequel 
devient  le  quantième  de  l'Horoscope.  C'est  une  ébauche  ou  une 
simplification  de  la  méthode  de  Ptolémée,  laquelle  est  mentionnée 
brièvement  au  quatrième  rang,  et  sans  enthousiasme.  On  avait 
trouvé  mieux,  en  effet.  Le  comble  de  la  virtuosité,  c'était  d'ins- 
tituer un  concours  entre  la  planète  qui  dominait  la  syzygie 
antérieure  à  la  conception  et  celle  qui  avait  le  même  droit 
sur  la  syzygie  antérieure  à  la  naissance,  —  ce  droit,  fondé  sur 
la  théorie  des  trigones  combinée  avec  raipsaiç,  —  et  d'adjuger 
l'honneur  de  déterminer  l'Horoscope  à  la  plus  méritante. 

Ce  serait  perdre  son  temps  que  de  chercher  quelque  logique 
dans  ces  arcanes.  Leur  raison  d'être  leur  est  extérieure.  Ce  sont 
expédients  de  gens  mis  aux  abois  par  l'impossibilité  de  résumer 
la  naissance  en  un  instant  indivisible  pour  la  faire  correspondre 
avec  un  Horoscope  également  instantané. 


III.  —  Interprétation  du  thème  de  géniture. 

Supposons  donc  l'Horoscope  convenablement  rectifié,  le  cercle 
de  la  géniture  divisé  en  quatre  quadrants  et  douze  lieux,  la  posi- 
tion des  luminaires  et  des  planètes  par  rapport  aux  signes  et  aux 
lieux  pointée  sur  le  cercle,  et  leurs  «  aspects  »  dûment  détermi- 
nés. C'est  là  le  thème  (Sré[jia  -  8tà6£[jLa  -  y^veuiç  -  constellatio)  qu'il 
s'agit  maintenant  d'interpréter,  pour  en  tirer  tous  les  pronostics 
qu'il  contient. 

Le  système  des  «  lieux  »  ayant  été  imaginé  précisément  pour 
localiser  les  pronostics,  et  au  point  de  vue  de  leur  nature  et  au 
point  de  vue  de  leur  échéance  dans  les  quatre  âges  de  la  vie,  il 
semble  qu'il  n'y  avait  qu'à  examiner  successivement  les  cases  du 
cercle  de  la  géniture  et  à  noter  les  signes  et  planètes  qui  s'y 
trouvent,  en  présumant  les  efïets  de  leur  présence,  de  leurs 
aspects,  rapports,  combinaisons  et  réactions  réciproques.  C'est 
bien  ainsi  que  l'entendaient  les  astrologues  de  moyenne  enver- 
gure, avant  et  après  Ptolémée.  Ils  dénombrent  les  effets  des  corps 
célestes,  planètes  surtout,  dans  les  douze  compartiments,  en 
accordant  une  attention  toute  spéciale  aux  «  centres  »  et  recom- 
mençant patiemment  leurs  énumérations  pour  chaque  planète 
prise  isolément,  pour  les  planètes  associées  deux  à  deux  ou  même 


CATÉGORIES   DE    PRONOSTICS  391 

trois  à  trois,  par  contact  ou  autrement,  sans  oublier  de  noter 
leurs  rapports  avec  leurs  domaines  propres  ouïes  domaines  d'au- 
trui.  Mais  nous  avons  vu  que  la  théorie  des  lieux  fixes  était  tenue 
en  échec  et  adultérée  par  des  systèmes  concurrents  de  lieux  mo- 
biles —  dodécatémories  ou  sorts  —  qui  passaient  pour  avoir  une 
influence  plus  efficace  ou  plus  spécifique. 

En  présence  de  tous  ces  procédés  enchevêtrés  et  combinés  à 
l'aventure,  Ptolémée  voulut  faire  œuvre  originale.  11  prit  dans 
les  divers  systèmes  les  parties  susceptibles  de  se  souder  en  un 
tout  cohérent  et  expulsa  le  reste  de  la  généthlialogie  systématisée, 
dégagée  autant  que  possible  de  l'ingérence  des  xaTap/a(. 

Ptolémée  range  les  pronostics  en  quatre  catégories,  qui  com- 
posent la  «  partition  généthlialogique  ».  Ces  pronostics  visent  : 

A.  Les  faits  antérieurs  à  la  naissance  ; 

B.  Les  faits  précédant  et  suivant  la  naissance  ; 

C.  Les  faits  accompagnant  la  naissance  ; 

D.  Les  faits  postérieurs  à  la  naissance. 

Ptolémée  n'oublie  pas,  à  cette  occasion,  de  déclarer  qu'il  se 
propose  de  simplifier  la  doctrine,  d'en  éliminer  les  raffinements 
inutiles  et  de  n'y  admettre  que  des  explications  «  naturelles  »  *. 
Nous  sommes  habitués  à  ce  refrain  pudibond.  On  se  demande,  en 
dénombrant  les  exigences  de  l'art  simplifié,  ce  que  pouvait  bien 
être  la  tâche  de  l'astrologue  avant  que  Ptolémée  ne  l'eût  allégée. 

Pour  chacun  des  problèmes  posés  dans  les  quatre  catégories 
susdites,  il  convient  et  il  suffit  de  rechercher  : 

1°  Certains  «  lieux  propres  »  (olxeTot  ou  wxstwfjiivot  tô-îtoi)  où  sont 
fixées  les  diverses  influences  qui  régissent  la  vie  humaine,  sui- 
vant un  choix  fait  dans  les  systèmes  exposés  plus  haut,  et  la  cor- 
respondance de  ces  lieux  avec  les  signes  du  Zodiaque; 


\.  Telrab.,  111,  3,  pp.  148-149  Junctinus  (texte  cité  plus  haut,  p.  299,  2). 
C'est  un  congé  signifié  auï  xXfjpoi  et  à  l'arithmétique  égyptienne.  11  a  rejeté 
de  même  «  l'ancienne  méthode  de  pronostiquer  »  qui  prétendait  tenir  compte 
de  tous  les  astres  (ci-dessus,  p.  125,  2.  Cf.  Anon.,  p.  89).  Pour  les  xXf,poi,  le 
scoliaste  (p.  94)  remarque  que  «  l'Ancien  »  ne  les  rejette  pas  tous,  mais  seu- 
lement tojî  àvuTtoôcixTou?.  L'apotélesmatique  de  Ptolémée  est  un  triage  fait 
dans  une  foule  de  systèmes  nés  indépendants  les  uns  des  autres.  Tel  inter- 
prétait la  coïncidence  de  l'Horoscope  avec  les  signes  ;  tel  autre,  avec  les  pla- 
nètes; tel  avec  les  décans,  avec  les  opta,  avec  les  degrés  pleins  ou  vides,  avec 
le  degré  en  soi  (siovoftoipia).  A  la  considération  de  l'Horoscope  s'ajouta  celle 
des  autres  «  centres  »,  ce  qui  triplait  ou  quadruplait  les  pronostics  :  enfin, 
les  aspects  remplaçant  la  présence  réelle,  les  données  étaient  susceptibles  de 
s'accroître  indéfiniment. 


392  CHAP.    XII.   —  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

2»  Les  planètes  qui  sont  maîtresses  ou  «  œcodespotes  »  du  lieu 
envisagé,  par  un  des  cinq  modes  énumérés  précédemment. 

Voilà  pour  l'outillage;  abordons  maintenant  l'interprétation. 
On  pronostique  : 

1"  La  qualité  (xo  ttoTovJ  du  présage,  d'après  la  nature  des  pla- 
nètes et  des  signes  occupés  tant  par  les  planètes  que  parles  lieux; 

2°  L'intensité  (zo  [xsyeOoç)  de  l'effet  attendu,  d'après  l'énergie  des 
planètes,  énergie  variable  suivant  leur  position  par  rapport  aux 
étapes  soit  de  leur  mouvement  propre,  soit  du  mouvement 
diurne  *  ; 

3°  Le  temps  ou  échéance  du  présage,  d'après  la  position  des 
planètes  par  rapport  au  Soleil  et  à  l'Horoscope  ^ 

A.  —  Les  faits  préexistant  à  la  naissance  (xà  Tcpo  ty;?  yeviaetoi;).  — 
L'astrologie  avait  la  prétention  d'être  en  pleine  possession  du 
trépied  divinatoire,  le  passé,  le  présent,  l'avenir.  Selon  que  l'on 
remonte  ou  qu'on  descend  l'enchaînement  immuable  des  causes 
et  des  effets,  on  peut  conclure  également  bien  d'une  donnée  pré- 
sente à  l'avenir  ou  au  passé  ^.  La  destinée  des  parents  conditionne 
et  contient  virtuellement  celle  de  leur  postérité  ;  de  même,  le 
thème  de  nativité  d'un  enfant  peut  renseigner  sur  la  destinée 
passée,  présente,  future  de  ceux  qui  l'ont  engendré. 

Évidemment,  les  astrologues  n'ont  pas  dû  s'en  aviser  tout  de 
suite  :  ils  y  ont  été  poussés  par  les  objurgations  des  métaphysi- 
ciens *,  par  les  suggestions  de  leur  propre  casuistique  %  peut- 
être  même  par  la  curiosité  de  clients  qui,  en  possession  d'un 


1.  Ptolémée  mesure  l'énergie  des  planètes  à  deux  points  de  vue  :  1»  au  point 
de  vue  général,  c'est-à-dire  en  tout  temps  (xaxà  t6  xojixtxôv),  les  planètes  sont 
Spaatixwxaxoi  quand  elles  sont  :  a)  èv  oly-tioii  f\  xal  ISîotç  'zôtzoi^;  b)  iva- 
'zo'kiy.ol  xal  TcpouÔETixol  xoïç  àptOiAoïî;  faibles  dans  les  cas  inverses  (cf.  ci- 
dessus,  p.  113,  1);  2°  au  point  de  vue  du  au  moment  de  la  nativité  (xaxà 
YÉvsfftv),  elles  sont  actives  oxav  sTri  xwv  xévxpwv  •?,  twv  è-Tîavatpop  wv 
itapoSeûwffi,  xal  [xdtXtaxa  twv  TipwTtov,  \éytù  Se  xûv  xaxà  xà;  àvaœopàç  xal  xà; 
[jieaoupavT;CT£iî,  faibles  dans  les  àitoxTi  { [xaxa  . 

2.  'Ewot  (j-èvyàp  ôvxcç  f,  sTtixevxpot  xaxapj^àî  yivovxat  ôpatyrixiiispot,  s  a  -jr  s  - 
ptot  8è  ■?,  ÈTil  Twv  sTi  avacco  p  îjv,  ppiStov.  Cf.  Anon.,  pp.  92-95. 

3.  Propria  est  [Chaldaeo7'um]  genethlialogiaê  ratio,  uti  possint  ante  fada 
et  fulura  ex  ratiocinationibus  astrorum  explicare  (Vitruv.,  IX,  4  [7]).  —  Où 
[lovov  ta  |xé  )vX  0  V  X  a  s^sxaÇo'jjtv,  àX>ià  xal  T  à  itapeîvTiXuôÔTa  xal  xà  irpô 
xf,;  vsvÉaewç  (Bardesan.,  ap.  Euseb.,  Praep.  Ev.,  VI,  11,  58). 

4.  Voy.  ci-après,  ch.  xvi.  Les  pronostics  concernant  le  passé  fournissaient 
argument  à  la  thèse  néoplatonicienne  des  astres  signes  et  non  causes  des  faits 
(oTiixavuixâ,  non  T:oir\xiyid). 

5.  11  est  clair  que  si  l'astrologue  prédisait  à  un  client  quïl  deviendrait  orphe- 
lin à  telle  date,  il  prédisait  par  là  même  la  mort  des  parents  de  celui-ci. 


PRONOSTICS    CONCERNANT    LES    PARENTS  393 

thème  connu,  celui  d'un  fils,  les  consultaient  sur  le  thème  inconnu 
des  parents  *. 

C'est  aux  pronostics  concernant  les  parents  que  Ptolémée  réduit 
la  catégorie  sus-indiquée  ^.  Le  scoliaste  y  distingue  quatre  ques- 
tions principales,  à  savoir  :  1°  les  parents  sont-ils  heureux  (eùxu- 
yeTç,  c'est-à-dire  riches)  ou  malheureux  ;  2°  transmettront-ils  à 
leurs  enfants  leurs  infirmités;  3°  leur  vie  sera-t-elle  courte  ou 
longue  ;  4°  comment  mourront-ils? 

Il  y  a  dans  le  système  des  «  lieux  »  une  case  (la  IV  en  IMC.) 
consacrée  aux  «  parents  »,  sous  le  patronage  du  «  père  Saturne  ^  » 
(ci-dessus,  lig.  31),  et  la  méthode  des  xXYjpot  (p.  305)  permettait 
de  remplacer  cette  case  par  une  autre  ou  deux  autres,  lieu  du 
père,  lieu  de  la  mère.  On  pouvait  extraire  de  là  les  pronostics.  Pto- 
lémée se  rallie  à  une  autre  méthode,  qui  distingue  entre  le  père  et 
la  mère.  Elle  consiste  à  observer  dans  quelles  conditions  se  trou- 
vent les  planètes  qui  symbolisent  la  paternité  (O  pour  les  nais- 
sances diurnes,  ï)  pour  les  nocturnes)  et  la  maternité  (9  diurne 
et  ((2  nocturne).  Il  tombe  sous  le  sens  que,  si  leur  position  respec- 
tive est  en  «  aspect  »  favorable  et  leur  entourage  (Sopuoopîa)  à  leur 
goût,  —  par  exemple,  si  le  Soleil  est  entouré  de  planètes  en  phase 
matinale  et  bien  logées;  la  Lune,  de  planètes  en  phase  vespérale 
et  bien  logées,  —  le  pronostic  ne  peut  être  que  favorable.  C'est  l'in- 
verse dans  le  cas  contraire,  surtout  si  Mars  suit  de  près  le  Soleil, 


1.  Il  y  avait  parmi  ces  clients  des  fils  pressés  d'hériter  :  motus  asti^oriim 
ignora;  funus  fromittere  patris  |  Nec  volo,  nec  possum  (Juven.,  III,  42  sqq.); 
des  fils  ou  des  pères  soupçonneux  qui  se  livraient  à  la  recherche  de  la  pater- 
nité ;  des  parents  qui,  ignorant  la  date  de  leur  propre  naissance,  cherchaient 
leur  destinée  dans  le  thème  des  enfants,  etc.  Voy.  dans  Firmicus  les  chapitres 
Filiorum  cum  patribus  dissidentium  genitwae  (VII,  9  Pruckner).  —  Parentum 
mortis  tempus  et  conditio  (VII,  10).  —  Orbonim  filiorum  natalia  genituraeque 
(VII,  11).  —  Adoptivorum  filiorum  geniturae  (VII,  12). 

2.  Tetrab.,  III,  4  (Dspl  yoviwv).  Cf.  Anon.,  pp.  95-100.  Ces  pronostics  sup- 
pléent à  ceux  qu'on  aurait  tirés  directement  du  thème  du  père  ou  de  la  mère. 
Ainsi,  le  thème  de  l'enfant  peut  expliquer  que  la  mère  meure  en  couches;  on 
l'aurait  prévu  si  on  avait  su  que  la  mère  avait  son  Horoscope  dans  le  «  cœur 
du  Bélier  »  (T  H»  Firmic,  VIII,  19),  ou  en  Q  12'"  (VIII,  21),  ou  en  t  16»  (VIII, 
27).  Firmicus  abonde  en  pronostics  concernant  les  parents  —  surtout  leur  genre 
de  mort  —  d'après  la  géniture  de  l'enfant.  Fr.  Junctinus  {op.  cit.,  p.  185) 
donne  une  Figura  nativitatis  patris  ex  genitura  filii  facta,  à  l'exemple  de 
Cardan,  qui  restitue  d'après  sa  propre  géniture  le  thème  de  son  père  (p.  342, 
différent  du  thème  réel,  donné  p.  633),  de  sa  mère  (p.  635),  de  ses  deux  der- 
niers enfants  (p.  666),  et  fait  aussi  bien  l'opération  inverse  (ci-après,  p.  394, 1). 

3.  Ou  plutôt,  qui  était  à  l'origine  —  dans  le  système  de  Manilius  —  sous 
la  tutelle  de  Saturne  (ci-dessus,  fig.  30,  pp.  277-278). 


394  CHAP.  XII.  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

OU  Saturne  la  Lune,  à  cause  de  l'opposition  de  secte  (a'îpsdt;).  En 
ce  qui  concerne  la  vie  du  père,  elle  sera  longue  si  Saturne  se 
trouve  associé  à  Vénus  ;  précaire,  si  Mars  accentue  son  ingérence 
ou  si  Saturne  est  en  aspect  fâcheux  avec  le  Soleil  ;  menacée  d'une 
fin  soudaine  et  prochaine  par  la  prédominance  exagérée  de  Mars. 
Mêmes  conclusions,  en  ce  qui  concerne  la  vie  de  la  mère,  fondées 
sur  les  positions  respectives  de  la  Lune,  de  Vénus  et  de  Jupiter, 
avec  ou  sans  ingérence  de  Mars  et  de  Saturne  *. 

Si  l'on  veut  des  détails  plus  amples  ou  plus  précis  sur  les  acci- 
dents et  maladies  à  redouter  pour  les  parents,  il  faut  construire 
un  thème  spécial  avec  la  planète  maîtresse  pour  Horoscope  ^,  et 
aussi  faire  entrer  dans  le  calcul  le  caractère  des  signes  dans  lesquels 
se  trouvent  les  planètes  opérantes — une  exégèse  dont  nous  aurons 
occasion  plus  loin  de  signaler  la  navrante  puérilité. 

B.  —  Faits  précédant  et  suivant  la  naissance  (xà  irpo  x-^;  Y^vÉusa);  xaî 
fiExà  xriv  YÉvEffw).  —  Les  pronostics  de  cette  catégorie  ^  ne  s'appli- 
quent qu'aux  frères  et  sœurs  nés  de  la  même  mère.  La  consan- 
guinité n'est  pas  un  lien  suffisant  ;  c'est  dans  la  mère  que  se  loca- 
lise le  commencement  de  la  vie,  conception  ou  naissance.  Aussi, 
la  première  chose  à  faire  est  de  déterminer  le  a  lieu  de  la  mère  », 

1.  On  rencontre  çà  et  là  des  bribes  d'autres  systèmes.  Le  père  meurt  préma- 
turément si  Tenfant  naît  avec  ï)  au  IV«  lieu  (Firmic,  III,  2,  8-9  Kroll).  Maladies 
envoyées  aux  parents  par  I)  (Maneth.,  III,  276)  et  par  (^  (I,  168)  :  père  et 
mère  tués  par  ï)  et  (5*  (I>  328-337).  Mort  violente  des  parents  par  défluxion  de 
la  Lune  de  (j*  à  ]^,  ou  de  ©  à  c?  (Firmic,  IV,  11,  6-7;  12,  9-10),  surtout  lors- 
qu'elle est  pleine  au  moment  où  elle  s'enferre  sur  le  rayon  de  Mars  (Anon., 
p.  97).  Cf.  ci-dessus,  (p.  249,  1)  ràxTivoSoXia.  Cardan  accumule  les  observa- 
tions faites  sur  ses  enfants  et  petits-enfants  pour  démontrer  le  choc  en  retour, 
l'influence  des  nativités  d'enfants  sur  la  destinée  des  parents  et  grands- 
parents  [op.  cit.,  pp.  652-666).  Son  propre  thème  [Nativitas  nostra  ex  primo- 
geniti,  filii  ultimi,  filiae,  nepotis,  etc.  nativitate,  pp.  632, 663,  665,  669)  change 
à  chaque  naissance.  Il  découvre  ainsi  neuf  périodes  distinctes  {status  novem) 
dans  sa  propre  existence,  sans  compter  le  thème  de  sa  conception,  qu'il 
connaît  très  hïenjuxla  dictum  matris  (p.  632).  Ce  sont  des  combinaisons  de 
la  généthlialogie  avec  les  xaxapj^aî,  suivant  une  méthode  analogue  à  celle  des 
Revolutiones  (ci-après,  ch.  xiv),  qui  introduit  dans  le  thème  initial  le  calcul 
des  influx  successifs  considérés  à  certaines  dates  critiques. 

2.  AajAêavî  wairsp  wpoaxdirov  xàv  ar,  [xaCvovxa  àaxépa  xal  xà 
ÈœeÇfiÇ  Çt})6ta  (Anon.,  p.  99).  C'est  une  méthode  analogue  à  celle  du  x  Xf,  p  o  î 
T  ô  X  "n  <  et  des  à  6  >.  a  (ci-dessus,  pp.  289  sqq.),  applicable  à  toutes  les  ques- 
tions, et  que  Ptolémée  préfère  partout  à  celle  des  >tVf|pot. 

3.  Tetrab.,m,  5,  ïlspl  dSeXcptÔv,  pp.  192-193  Junct.  Cf.  Anon.,  pp.  lOO-lOS; 
Le  scoliaste  trouve  à  l'analyse  six  questions  :  1°  s'il  y  a  ou  y  aura  des  frères 
ou  sœurs;  2»  s'il  y  en  a  peu  ou  beaucoup;  3»  s'ils  sont  bien  faits  et  heureux; 
4°  si  ce  sont  des  frères  ou  des  sœurs;  5°  quels  sont  les  aînés,  des  frères  ou  des 
sœurs;  6"  s'il  y  aura  entre  eux  amitié  ou  inimitié  (Anon.,  p.  101). 


PRONOSTICS   CONCERNANT   LES   FRÈRES  395 

autrement  dit,  le  lieu  occupé  par  Vénus,  si  la  naissance  est 
diurne  ;  par  la  Lune,  pour  les  génitures  nocturnes.  Suivant  que 
ce  lieu  sera  en  relation  avec  un  nombre  plus  ou  moins  grand  de 
planètes  sympathiques  et  bienfaisantes,  le  nombre  des  frères  nés 
ou  à  naître  sera  plus  ou  moins  grand.  Le  caractère  des  signes  où 
se  trouvent  les  planètes  susdites  peut  atténuer  ou  exalter  leur 
influence  fécondante,  laquelle  sera  plus  forte  dans  les  signes 
bicorporels  que  dans  les  signes  simples.  De  même,  les  planètes 
malfaisantes  tendent  à  produire  la  stérilité.  On  comprend  de  reste 
que  les  planètes  masculines  annoncent  des  frères,  et  les  fémi- 
nines, des  sœurs  ;  que  les  planètes  à  l'Orient  dominent  les  pre- 
miers frères  ou  sœurs,  et  les  planètes  à  l'Occident,  les  derniers  ; 
enfin,  que  les  positions  des  planètes  par  rapport  aux  «  lieux  » 
—  lieu  des  frères  (IIP),  sort  de  la  Fortune,  etc.  —  et  leur  plus  ou 
moins  de  sympathie  réciproque  peut  renseigner  sur  le  degré  de 
prospérité  ou  de  concorde  auquel  doivent  atteindre  les  frères. 
Pour  plus  ample  informé,  Ptolémée  conseille  de  dresser  un  thème 
spécial  à  chaque  frère  ou  sœur,  en  prenant  pour  Horoscope  la 
planète  qui  lui  aura  «  donné  »  Texistence. 

Éclectique  comme  toujours,  Ptolémée  a  construit  sa  méthode 
avec  des  débris  d'autres  procédés.  Le  plus  simple  de  ceux  qu'il  a 
éliminés  consiste  à  recourir  au  «  lieu  »  fixe  spécialement  con- 
sacré aux  «  frères  »  dans  le  cercle  de  la  géniture  *.  Un  autre  est 
de  rechercher  un  lieu  de  la  fraternité  particulier  au  thème,  par  la 
méthode  des  xX^pot  ^.  Enfin,  on  peut  spéculer  sur  l'influence  des 
planètes  qui  représentent  la  paternité,  Saturne  ou  Jupiter,  et 
doubler  ainsi  les  observations  portant  sur  la  mère  ^. 

1.  Cf.  les  àS£>^tpc(ai  dans  Manôthon  (VI,  307-337),  qui  s'adresse  tout  d'abord 
au  IIl"  lieu  (èç' wpovô|xoj  Çiôw  ipitâTo))  :  —  Stacot  xaaiyvrjoi  (utérins)  dans  les 
Sîawjjia  Çw5ia,  puis  frères  consanguins  (oiiatjioi),  dépendant  de  Saturne,  oî  [lèv 
ipatvci  Ttaxpôî  ydvov,  f|  5'  [se.  £eXf,vT,]  àoa  (ir.Tpô;  (v.  328). 

2.  Firniic.,  VII,  13  [Fratrum  cujusque  nati  numerus),  p.  203  Pruckner.  Cf. 
VI,  32,  p.  184  [fratrum  lociis  partiliter  invenlus),  et  ci-dessus,  pp.  303-306. 

3.  Dans  la  méthode  des  xXfjpoi,  on  opère  toujours  sur  la  distance  de  I)  à  ^ 
(diurne)  ou  de  ^  à  ^  (nocturne).  Autres  spéculations  :  I)  à  l'Horoscope  fait 
périr  tous  les  frères  (Maneth.,  VI,  336-337),  ou  bien  il  les  exile,  pour  que  le 
Saturnien  présentement  né  ait  la  primauté  :  [Salurno  per  diem  in  horoscopo 
partiliter  constituto]  erit  iste  qui  nascilur  major  omnibus  fratribus,  aut,  si 
quisanteeum  nalus  fuerit,  a  parentibus  separalur  (Firmic,  III,  2,  1  Kroll).  A 
la  phrase  suivante,  Saturne  en  fait  autant  in  omnibus  quatuor  cardinibus. 
Même  pronostic  pour  ^  per  noctem  :  cela,  afin  que  le  nouveau-né  solus  in 
domo  paterna  habeat  principatum  (Firm.,  III,  3,  2-3),  comme  le  Saturne  et  le 
Jupiter  de  la  mythologie.  Dans  la  théogonie  hésiodique,  la  primauté  échoit  à 
Kronos,  dernier  né  des  Titans  ;  puis  à  Zeus,  dernier  né  des  Olympiens. 


396  CHAP.  XII.   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

C.  —  Les  Faits  accompagnant  la  naissance  (xà  xarà  xfjv  y^veuiv  y . 
—  Nous  ne  pouvons  que  répéter  ce  qui  a  été  dit  plus  haut,  à 
savoir  que  les  pronostics  concernant  des  faits  pleinement  révélés 
par  la  naissance  n'avaient  d'intérêt  que  formulés  avant  la  nais- 
sance, d'après  le  thème  de  la  conception.  Ptolémée,  qui  écarte 
celui-ci,  aurait  pu  se  dispenser  d'enseigner  la  manière  de  prévoir 
le  sexe,  le  nombre  et  la  conformation  des  enfants  à  naître,  ou 
avertir  qu'il  l'enregistre  pour  l'amour  de  l'art,  pour  ne  pas  laisser 
croire  les  astrologues  incapables  de  répondre  à  des  questions  que 
savaient  résoudre  d'autres  devins  ^.  Il  se  contente  de  dire,  sur  un 
ton  évasif,  que  les  données  «  dépendent  principalement  du  thème 
«  de  la  conception,  mais  aussi  d'une  manière  plus  générale,  de 
«  celui  de  la  naissance  »  :  c'est-à-dire,  au  fond,  que  le  thème 
de  la  naissance  servira  à  vérifier  après  coup  les  inductions  qui 
auraient  pu  être  fondées  sur  celui  de  la  conception  ^. 

Il  y  a  bien  des  choses  à  considérer  pour  le  sexe.  Il  faut  voir  si 


i.?to\.,Tetrab.,m,6-9:llzpl  àppsvixwv  xal  Sfri  Xuxwv.— Hsp  l  5t5u- 
[jioYÔvwv.  —  nepi  TEpaxwv.  — Tlepi  dtTpôœwv.  Anon.,  pp.  103-109.  Cf. 
Geminorum  geniturae  cum  suo  sexu  (Firmic,  VII,  2  Pr.).  —  Monstrosorum 
foetuum  geniturae  (VII,  6).  —  Expositorum  vel  non  nutritorum  geniturae 
(VII,  1).  Maneth.,  VI,  19-98  (Uspl  Tooœf,;  xal  àxpocp{a;  iiaîSuv). 

2.  C'était  un  sujet  de  consultations  fréquentes  et  gênantes  pour  les  devins, 
qui  étaient  obligés  de  risquer  un  démenti  à  courte  éctiéance.  Les  anciens 
Égyptiens  savaient  reconnaître  Tétat  de  grossesse  et  le  sexe  de  l'enfant  à  naître 
par  un  procédé  ingénieux,  qui  consistait  à  faire  germer  des  grains  d'orge  et 
de  froment  dans  l'urine  de  la  femme  présumée  enceinte.  La  germination  des 
grains  d'orge  annonçait  un  garçon  ;  celle  des  gi-ains  de  froment,  une  fille. 
Point  de  germination,  point  de  grossesse  {Papyr.  Berlin,  de  la  XIX*»  dynastie). 
On  cite  une  méthode  fondée  sur  un  raisonnement  par  analogie.  Elle  consistait 
à  faire  éclore,  à  la  chaleur  de  la  femme  enceinte,  un  œuf  d'oiseau,  le  sexe 
dépendant  surtout  de  la  température.  C'est  ainsi  que  Livie,  enceinte  de  Tibère, 
sut  à  l'avance  qu'elle  accoucherait  d'un  fils.  Praegnans  enim  Livia,  cum  an 
marem  editura  esset  variis  captaret  ominibus,  ovum  iticubanti  gallinae  sub- 
ductum  nunc  sua,  nunc  ministrarum  manu  per  vices  usque  fovit,  quoad  pullus 
insigniter  cristatus  exclusm  est  (Suet.,  Tiber.,  14).  L"astrologue  Scribonius 
s'était  sans  doute  trouvé  à  court,  car  il  n'intervient  qu'après  la  naissance  de 
l'enfant,  auquel  il  prédit  une  royauté  alors  inconnue  :  regnaturum  quandoque, 
sed  sine  regio  insigni.  En  371,  un  certain  Bassianus  est  mis  à  mort  par  Valens, 
licet  ipse  de  qualitate  partus  uxoris  consuluisse  firmaret  (Amm.  Marc,  XXIX, 
2,  5)  :  on  ne  dit  pas  quelle  espèce  de  devins  il  consultait.  C'est  une  question 
à  renvoyer  aux  xarap^at,  aux  méthodes  populaires.  Cf.  Cod,  Florent.,  p.  13, 
F.  189  (El  à'ppev  t\  2rfj>kU  xô  syyâCTxptov),  et  ci-après,  ch.  xni. 

3.  Il  se  flatte  d'échapper  ainsi  à  une  objection  métaphysique,  insoluble  avec 
le  thème  de  nativité  seul,  quand  on  considère  le  sexe,  les  malformations,  etc., 
tous  faits  antérieurs  à  la  naissance.  Si  les  positions  des  astres  en  sont  «  causes  », 
reflet  peut-il  préexister  à  la  cause  ? 


PRONOSTICS    CONCERNANT   LE    SEXE  397 

les  planètes  qui  sont  en  rapport  avec  les  trois  lieux  principaux  — 
c'est-à-dire  avec  les  positions  du  Soleil,  de  la  Lune  et  de  l'Horos- 
cope —  sont  masculines  ou  féminines,  soit  par  nature,  soit  par 
position  *,  et  tenir  compte  aussi  du  sexe  des  signes  dans  lesquels 
elles  se  trouvent  ^ 

La  question  des  sexes  est  de  celles  sur  lesquelles  les  astrolo- 
gues avaient  beau  jeu,  à  condition  de  se  borner  à  expliquer  sans 
se  risquer  à  prédire;  parce  que,  leurs  principes  une  fois  admis, 
leur  explication  était  beaucoup  plus  simple  que  celles  des  phy- 
siologistes. Dire  que  l'enfant  prend  le  sexe  de  celui  des  deux  géné- 
rateurs qui  fournit  la  semence  la  plus  abondante  (Alcmseon)  ou 
de  celui  dont  la  semence  arrive  la  première  au  but,  c'est-à-dire, 
en  résumé,  de  celui  qui  est  le  plus  fort  des  deux  à  ce  moment, 
c'est  répondre  à  la  question  par  la  question.  Les  autres  sys- 
tèmes —  ceux  qui  faisaient  dépendre  le  sexe  de  la  tempéra- 
ture, le  chaud  produisant  le  sexe  masculin,  et  le  froid,  le  féminin 
(Empédocle),  ou  inversement  (Parménide),  ou  ceux,  d'origine 
pythagoricienne,  qui  distinguaient  dans  les  organes  générateurs 
la  droite  et  la  gauche,  le  côté  droit  produisant  les  mâles,  et  le 
gauche,  les  femelles  (Anaxagore,  Léophane,  etc.)  —  ces  systèmes, 
dis-je,  se  rapprochaient  de  celui  des  astrologues  et  paraissaient 
trouver  en  lui  leur  raison  dernière.  Les  planètes  masculines  étaient 
aussi,  en  principe,  plus  chaudes  et  plus  sèches  que  les  féminines, 
et  on  a  vu  que,  dans  la  théorie  des  domiciles  (ci-dessus,  p.  188), 
l'hémisphère  droit  était  tout  entier  solaire  ou  masculin.  Les  doc- 
teurs de  l'astrologie  s'étaient  habilement  emparés  des  raisons 
«  physiques  »  alléguées  avant  eux  et  les  avaient  adaptées  sans 
difficulté  à  leur  dogme  *. 

1.  Les  planètes,  on  Ta  dit  plus  haut  (pp.  102  et  353,  3),  se  «  masculinisent  » 
àrOrient;  elles  se  «  féminisent  »  à  l'Occident. 

2.  On  pouvait  toujours,  quand  il  s'agissait  d'adapter  un  pronostic  rétrospec- 
tif au  fait  accompli,  trouver  dans  un  signe  quelconque  le  sexe  voulu,  en  se 
rejetant  sur  les  degrés,  ceux-ci  alternativement  ou  irrégulièrement  masculins 
et  féminins  :  ex  his  enim  partibus  invenitur  cujus  sit  genitura  masculina,  cujus 
feminina  (Firmic,  IV,  23,  1  KroU).  Suit,  dans  Firmicus,  une  répartition  capri- 
cieuse, analogue  à  celle  des  parties  «  pleines  »  et  «  vides  »,  de  197  degrés  mas_ 
culins  contre  163  féminins  sur  360.  C'est  sans  doute  la  proportion  qu'admet- 
taient entre  les  deux  sexes  les  astrologues  improvisés  démographes. 

3.  La  question  de  l'origine  des  sexes  est  un  sujet  qui  avait  beaucoup  préoc- 
cupé les  philosophes.  Elle  est  encore  pendante  aujourd'hui,  malgré  la  «  décou- 
verte »  récente  du  D""  Schenk,  qui  revient  tout  simplement  à  la  théorie  du 
plus  fort,  la  force  dépendant  de  l'alimentation.  Beau  secret,  à  transporter  d'aise 
les  badauds.  Voy.,  pour  les  philosophes,  les  textes  réunis  dans  les  Doxographi 
de  Diels,  pp.  191-'194,  résumés  sommaires  envers  lesquels  il  faut  garder  une 


398  CHAP.  XII.   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

La  question  des  sexes  se  mêle  encore  à  la  suivante,  celle  de 
savoir  si  le  part  sera  simple,  double,  triple;  si  les  jumeaux  ou 
trijumeaux  seront  de  même  sexe,  ou  dans  quelle  proportion  domi- 
nera l'un  ou  l'autre  sexe.  En  règle  générale,  si  deux  des  trois 
lieux  signalés  plus  haut  ou  même  tous  les  trois  se  trouvent  en 
des  signes  «  bicorporels  *  »,  et  surtout  si  les  planètes  «  oecodes- 
potes  »  de  ces  lieux  sont  en  partie  ou  toutes  dans  le  même  cas, 
ou  réunies  à  deux  ou  plus,  on  peut  prédire  la  naissance  de  ju- 
meaux. Il  n'est  pas  malaisé  de  comprendre  que,  plus  il  y  aura  de 
ces  causes  réalisées  ^,  plus  l'effet  sera  intense.  De  là  les  naissances 
multiples,  de  sexe  uniforme  ou  mêlé.  Ce  sont  là,  du  reste,  des 
tours  de  force  dont  la  Nature  ne  se  tire  pas  toujours  à  l'avantage 
des  nouveau-nés  et  qui  ne  réussissent  guère  que  dans  la  légende. 
Aussi,  Ptolémée  a  recours  à  la  mythologie  (c'est  la  première  et 
dernière  fois  dans  tout  l'ouvrage)  pour  donner  un  tour  rassurant 
et  populaire  à  sa  pensée.  Il  assimile  la  naissance  de  trois  garçons 
(produite  par  l'association  en  aspects  de  ï)  ^  et  (^)  k  celle  des 
Anactores  ou  Cabires;  celle  de  trois  filles  (produite  par  Ç  (C  ^t  ^ 
«  efféminé  »)  à  celle  des  trois  Charités  ;  celle  de  deux  garçons  et 
une  fille  (produite  par  ï)  ^  9)  à  celle  desDioscures  [et  d'Hélène]; 
celle  de  deux  filles  et  d'un  garçon,  au  groupe  de  Démêter,  Coré 
et  Dionysos  ^. 

certaine  défiance.  Les  médecins  ne  sont  pas  en  reste.  La  plupart  acceptent  le 
chaud,  et  surtout  la  droite,  pour  cause  du  sexe  masculin,  et  ils  cherchent  à  de- 
viner, à  certains  symptômes,  si  le  foetus  est  à  droite  ou  à  gauche  dans  l'utérus. 

1.  Cf.  les  conditions  analogues  (9  C  O  ?  ÇoïStoiat  5t[iopcpwToiffi)  posées  par 
Manéthon  (IV,  450-461)  pour  les  jumeaux  et  trijumeaux  et  la  répartition  des 
sexes  :  conditions  analogues,  non  identiques. 

2.  Le  scoliaste  (p.  104)  fait  encore  intervenir,  à  défaut  de  l'Horoscope,  leMC. 

3.  Ce  curieux  passage,  unique  en  son  genre,  a  fort  tourmenté  les  commen- 
tateurs. Ptolémée  ne  parle  pas  précisément  de  patronages  divins,  mais  de 
conditions  analogues  :  tStuç  5à  xpsïç  |j.èv  Sp^evaç  TrXT.po-fopoOaiv  uiiô  t^v  twv 
'AvaxTÔpwv  y^vsaiv  x.  z.  X.  C'est  plutôt  une  tradition  populaire  qu'il  enregistre, 
et  il  n'y  regarde  pas  de  trop  près  s'il  considère  Démêter,  Coré  et  Dionysos 
comme  frère  et  sœurs.  Mais  enfin,  le  scoliaste  constate  qu'il  fait  de  la  théo- 
logie, qu'il  «  rapporte  ces  sortes  d'accouchements  à  quelqu'une  des  puissances 
divines  »,  et  qu'il  ne  l'aurait  pas  fait  s'il  n'y  avait  vu  chose  utile  pour  l'art. 
Quelle  utilité?  Suivant  lui,  il  s'agit  twv  -rcpô  t-^ç  ycvijscoî  l<pdpwv  Sreûv,  et  on 
peut  pronostiquer,  d'après  leur  caractère,  que  les  clients  des  Anactores  seront 
haut  classés  et  honorés  ;  ceux  des  Grâces,  gais  ;  ceux  des  Dioscures,  redou- 
tables et  sans  peur  ;  ceux  de  Démêter,  comblés  de  toute  espèce  de  «  fruits  ». 
En  somme,  il  ne  comprend  guère,  et  on  voit  bien  qu'il  entend  par  Anactores 
des  «  princes  »  quelconques.  Les  Arabes  comprennent  moins  encore  :  ils 
estropient  les  vocables  mythologiques  en  Albetatraz,  Alchatis,  Diasaccora, 
Dimantarcoris  (Junctinus,  p.  207).  Cardan,  qui  n'hésite  jamais,  affirme  (p.  348) 


PRONOSTICS   CONCERNANT   LES   MONSTRES 


399 


Une  éventualité  fort  redoutée,  et  qui  a  dû  provoquer  bien  des 
consultations,  était  la  naissance  de  monstres  (xépaxa)  K  L'imagi- 
nation populaire,  encombrée  de  vieilles  superstitions  totémis- 
tiques  et  de  métempsycose,  n'avait  pu  suggérer  aux  philosophes 
uue  explication  raisonnable  de  ces  mécomptes  de  la  nature.  L'as- 
trologie, avec  son 
énorme  provision 
de  chiffres  et  de 
combinaisons , 
n'éprouvait  ici  au- 
cun embarras. 
Elle  avait  le  choix 
entre  quantité 
d'influences  per- 
turbatrices qui 
avaient  entravé  et 
dévoyé  le  fonc- 
tionnement nor- 
maldu  mécanisme 
cosmique. 

Ainsi,  quand  les 
deux  «  luminai- 
res »  se  trouvent 
éloignés  de   l'Ho- 


Fig.  40.  —  Thème  de  géniture  monstrueuse. 


roscope  et  que  des  planètes  malfaisantes  sont  installées  sur 
les  «  centres  »,  il  est  certain  que  la  géniture  attendue  sera  mal- 
heureuse, peut-être  même  monstrueuse.  Pour  préciser,  il  faut 
noter  la  syzygie  qui  a  précédé  la  naissance,  avec  son  cortège  de 
planètes  œcodespotes,  ainsi  que  la  place  du  Soleil  et  de  la  Lune 
au  moment  de  la  naissance,  dans  leurs  rapports  avec  l'Horos- 
cope. Si  les  rapports  entre  toutes  ces  positions  ou  la  plupart  de 
ces  positions  sont  «  disjoints  »  (àduvSsTa),  il  naîtra  un  monstre.  Si, 


que,  des  trois  «  Anactores  »,  il  y  en  avait  deux  méchants  (nature  de  I)  et  c?) 
et  un  bon  (nature  de  ^).  Le  titre  d"AvixTop£î  ("AvaicTs;  -  "Avsxeî)  ayant  été 
porté  par  les  Dioscures,  les  Cabires  et  les  Curetés,  j'ignore  à  quel  groupe  il 
fait  allusion,  et  peut-être  ne  le  savait-il  pas  bien  lui-même. 

1.  Tetrab.,m,  8  (Depl  xepdtTwv),  pp.  213-213  Junct.  Cf.  Anon.,  pp.  104-106. 
Les  ouvrages  des  astrologues  de  la  Renaissance  abondent  en  exemples  de  nais- 
sances monstrueuses,  témoignages  suspects  sans  doute,  mais  dont  la  térato- 
logie scientifique  pourrait  peut-être  tirer  quelque  parti,  en  y  mettant  la  pru- 
dence nécessaire.  Cf.  Junctinus,  op.  cit.,  pp.  213-224.  Le  thème  ci-dessus  est 
tiré  de  Cardan  (p.  351).  C'est  celui  de  jumelles  soudées  à  partir  de  rombilic, 
nées  aux  environs  d'Oxford  en  1552.  Cardan  explique  le  cas  à  merveille. 


400  CHAP.    XII.   LA    GÉNÈTHLIALOGIE 

de  plus,  les  «  luminaires  «  se  trouvent  en  des  signes  «  quadru- 
pèdes »  ou  «  animaux  »,  le  monstre  n'aura  pas  forme  humaine. 
Ce  sera  un  animal  sauvage,  si  quelque  planète  bienfaisante  ne 
vient  pas  améliorer  le  pronostic  ;  un  animal  domestique  (chien, 
chat,  singe),  par  la  grâce  de  Jupiter  ou  de  Vénus;  un  animal  d'es- 
pèce utile  (poule,  porc,  chèvre,  bœuf),  si  c'est  Mercure  qui  inter- 
vient. Si,  au  contraire,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  les  «  lumi- 
maires  »  se  trouvent  dans  des  signes  à  forme  humaine,  le  part 
sera  humain  ou  quasi-humain.  Le  monstre  anthropomorphe  sera 
privé  de  raison  si  les  «  luminaires  »  et  les  «  centres  »  ne  sont  en 
rapport  qu'avec  des  planètes  malfaisantes;  mais  le  concours  de 
planètes  bienfaisantes  peut  atténuer  les  malformations  et  les 
réduire  à  des  infirmités  qui  soient  objet  de  curiosité  ou  même  de 
vénération.  Tels  les  hermaphrodites,  les  harpocratiens  (sourds- 
muets),  les  idiots.  L'industrieux  Mercure  sait  même  façonner 
ainsi  des  éclopés,  malins  et  retors,  qui  vivent  de  la  charité  ou  de 
la  crédulité  publique  *. 

Il  est  un  cas  que  Ptolémée  examine  à  part,  celui  des  àÎTpoçot, 
des  enfants  qui  ne  seront  pas  «  nourris  »,  soit  parce  qu'ils  ne 
vivront  pas,  soit  parce  qu'ils  seront  expulsés  de  la  maison  pater- 
nelle. Notre  docteur  a  perdu  là  une  occasion  d'exercer  son  talent 
de  classification,  car  il  vise  les  deux  cas  dans  le  même  chapitre  *, 
et  l'un  et  l'autre  d'une  façon  vague.  Il  remplit  sans  conviction 
un  cadre  tracé  par  d'autres.  Le  cas  qui  l'intéresse  le  plus,  c'est 
celui  des  enfants  non  viables  ;  il  veut  éviter  à  ses  disciples  les 
méprises  ridicules  des  astrologues  qui  calculaient  les  étapes 
d'une  existence  destinée  à  ne  pas  dépasser  le  seuil  de  la  carrière  ^. 
Il  appelle  aTpotpot  les  enfants  qui  ne  vivront  pas  un  an  entier.  Ce 
pronostic  doit  être  porté  : 

1"  Si,  un  des  «  luminaires  »  étant  sur  un  «  centre  »,  une  planète 


1.  Cf.  l'exposé  chaotique  de  Firmicus  (Monstrosorum  foetuum  geniturae, 
VU,  6  Pruckner)  où  interviennent,  outre  les  signes  et  les  planètes,  les  «  lieux  », 
le  dominus  horoscopi,  le  dominus  Forlunae,  etc.  On  peut  prévenir  les  malfor- 
mations par  la  trigoni  orthogoni  ratio  (ci-dessus,  p.  383,  1). 

2.  Tetrab.,  III,  9  (Os pi  tJxpéepwv),  pp.  224-225  Junctinus,  avec  commen- 
taire, pp.  226-244.  Cf.  Anon.,  pp.  106-109  (Uspl  à-cpô^wv  xal  Ixeé-cwv); 
Maneth.,  VI,  19-Hl.  Paul  d'Alexandrie  met  dans  la  même  catégorie  enfants 
non  viables,  infirmes,  maladifs,  orphelins  :  èiriv  tiî  tôjv  xaxo^rotwv  àaxipwv 
wpoaxoTîfiTri  xai  tôv  0  t,  t>,v  <£,  %ixxoTitzù<n^,  à-cpocpa  t^  ôXtyoxpôvia  ^  (jsfftvwfjiiva  -5^ 
èitnraôf,  tj  èv  ôp'f  avt'a  ôiaxcîvoûvTa  xà  ysytifieva  laxai  (L  2). 

3.  'EneiSv^Ttsp  xaxà  tèv  àpj^aïov  -fs'ho'.ôw  èuxt  xà  xa6'  l'xaaxov  xwv  àTtoxcXou- 
[isvwv  l'fapjAÔÇetv  xw  [xtjSôX'jJî...  s:rl  xoùî  àTtoxsXsuxtxoùi;  aûxûv  j^pôvouî  -i^^ovxi 
{Tetrab.,  111,  10  [12,  p.  318  Junctinus]).  T6v  àpyaïov  doit  désigner  Pétosiris. 


LES  ENFANTS   MORT-NÉS    OU   NON    VIABLES  401 

malfaisante  se  trouve  en  conjonctiGn  ou  en  opposition  exacte 
avec  lui  ',  sans  tempérament  apporté  par  une  planète  bienfai- 
sante et  alors  que  la  planète  œcodespote  du  lieu  occupé  par  le 
luminaire  est  elle-même  logée  chez  une  planète  malfaisante  ; 

1°  Si  l'action  des  luminaires  est  contrebattue  par  des  planètes 
malfaisantes  qui  les  suivent  à  courte  distance  (en  siravacpopâ)  ou 
sont  en  opposition  diamétrale  ;  surtout  si  ces  planètes  se  trouvent 
occuper  des  lieux  appartenant  aux  planètes  maîtresses  de  la  gé- 
niture,  c'est-à-dire  de  celles  qui  sont  associées  soit  aux  lumi- 
naires, soit  à  l'Horoscope. 

3°  Au  cas  où  les  deux  luminaires  seraient  sur  des  centres  et 
tenus  tous  deux  en  échec  par  opposition  diamétrale,  la  vie  serait 
arrêtée  avant  la  naissance  ou  aussitôt  après  :  l'enfant  serait  mort- 
né  ou  à  demi-mort. 

Moyennant  certains  tempéraments  apportés  par  l'immixtion 
d'influences  compensatrices,  l'enfant  peut  vivre  plus  ou  moins 
longtemps,  mais  pour  être  retranché  de  la  famille  par  exposition 
ou  autrement. 

J'ignore  où  Ptolémée  a  puisé  les  éléments  de  sa  doctrine,  en 
l'espèce  ;  mais  il  est  clair  qu'il  a  capitulé  devant  des  traditions 
préexistantes  et  reculé  devant  les  conséquences  de  ses  propres 
principes.  Il  devait  ne  tenir  compte  de  ses  luminaires  et  planètes 
qu'autant  que  ces  astres  seraient  au-dessus  de  l'horizon  —  un 
principe  plus  d'une  fois  affirmé  par  lui  ^  et  auquel  il  revient  plus 
loin,  quand  il  s'agit  de  calculer  la  durée  de  la  vie  des  individus 
nés  viables.  On  ne  voit  pas  non  plus  pour  quelle  raison  le  cas  des 
mort-nés  est  disjoint  des  méthodes  générales  d'estimation  pour 
la  durée  de  la  vie  ^  Il  aurait  suffi,  ce  semble,  de  constater  que  les 


1.  Ptolémée  emploie  une  expression  (Taûxa  8è  [xotpixôJi;  xal  xax'  l(so<s%i- 
Xciav)  que  le  scoliaste  n'explique  pas.  Cardan  (p.  353)  entend  par  là  que 
l'opposition  doit  être  exacte  non  seulement  en  longitude,  mais  encore  en 
latitude;  Junctinus  (p.  227)  songe  à  un  triangle  isocèle  dont  le  diamètre 
serait  le  grand  côté,  c'est-à-dire  un  triangle  rectangle.  Serait-ce  le  fameux 
triangle  rectangle  qui  régit  la  vie  intra-utérine  (cf.  ci-dessus,  p.  383,  1)  ?  Le 
scoliaste  avertit  que  le  calcul  de  la  durée  de  la  vie  se  règle  sur  la  force  des 
planètes.  Les  mêmes  chiffres  signifient  des  mois  avec  des  planètes  TtpooOeTixol 
xai  àvaTo>vtxo£,  des  jours,  ou  même  des  heures,  avec  des  planètes  Suxtxol  xal 
àcpaiplxa'.  (Anon.,  p.  108). 

2.  Voy.  ci-dessus,  pp.  270, 1.  272, 1.  349,  3.  356.  385,  4,  et  ci-après,  p.  415,  2. 

3.  Ptolémée  répond  à  la  question  par  la  question.  11  affirme  simplement  la 
diversité  des  méthodes  connexes  :  celle-ci  simple,  parce  que  le  laps  de  temps 
ne  dépasse  pas  une  année;  l'autre,  compliquée  -  5ti  Tîfj  [lèv  ô  -updiroî  outo; 
l)^£Tai  Toû  itspl  ypôvtov  Çw%,  êireiS-^1  t6  Çtitoûjjlevov  eiSo;  oùx  dX^éxpiov  éxatipou, 

20 


402  CHAt».    XII.    —   LA    GÉNÉTHLIALOGIË 

conditions  de  vitalité  exigées  de  tous  n'étaient  pas  remplies  ; 
qu'il  n'y  avait  pas  au-dessus  de  l'horizon  d'  «  aphètes  »  dans  des 
lieux  «  aphétiques  ».  Seulement,  comme  il  comptait  s'arranger 
de  façon  qu'il  y  eût  toujours  des  «  aphètes  »  disponibles,  il  s'est 
rejeté  sur  une  autre  méthode,  et  celle-ci  exigeait  impérieusement 
que  l'hémisphère  inférieur  fût  mis  à  contribution  comme  l'autre, 
sous  peine  de  condamner  à  une  mort  immédiate  les  enfants  nés 
par  des  nuits  sans  lune. 

Ptolémée  n'a  pas  voulu  entrer  dans  les  détails  d'obstétrique  où 
d'autres  s'aventurent  *  ;  il  ne  tient  pas  non  plus  à  s'empêtrer  dans 
les  liens  de  solidarité  qui  font  dépendre  la  destinée  des  enfants 
de  celle  des  parents.  II  ne  pose  pas  le  cas,  par  exemple,  où  l'en- 
fant ne  vit  pas  parce  qu'il  est  dans  la  destinée  de  la  mère  de  ne 
mettre  au  monde  que  des  enfants  non  viables  ^  Quant  aux  enfants 
exposés,  qui  peuvent  survivre,  être  recueillis  ou  même  adoptés 
et  devenir  ainsi  esclaves  ou  riches,  il  sent  que  le  sujet  déborde 
son  cadre  et  va  rejoindre  les  pronostics  concernant  les  conditions 
et  professions. 

Tcf,  5è  XE)' wpicTTa  t  Trapà  tô  xax'  aÙT>,v  ttiî  £T:iaic£4'ewî  Sijva[xtv  Staçipsiv  irû; 

"Evôev  xaxeïvoî  [lèv  izo'kv  [izpztjxépoiv  ïyzi  Th|V  ÈTibxe^'tv,  outoî  ûè  tV  b^Ody^s- 
psarspav  (III,  9,  pp.  224-223  Junctinus).  Ainsi,  la  méthode  change,  suivant 
qu'on  opère  à  titre  d'essai,  sur  les  conditions  préalables,  ou  qu'on  veut  des 
chiffres  précis. 

1.  Voy.  l'interminable  casuistique  de  Firmicus  (VII,  1  Pruckner),  où  il  est 
question  d'enfants  mort-nés  ou  extraits  par  morceaux,  avec  mort  ou  survi- 
vance de  la  mère,  ou  noyés  dans  leur  premier  bain,  ou  exposés  et  mangés 
par  des  chiens,  etc.  Il  serait  intéressant  de  savoir  si  les  astrologues  du  ivc  siè- 
cle ne  calomnient  pas  leurs  contemporains  en  insistant  sur  l'exposition  des 
enfants  (Cf.  Cod.  Theod.,  V,  Tit.  7,  De  Expositis.  Tit.  8,  De  his  qui  sanguino- 
lentes emptos  vel  nutriendos  acceperint.  =  Cod.  Just.,  VIII,  52).  Manéthon 
parle  aussi  de  fœtus  informes,  venus  avant  terme,  parce  que  la  Lune  est  blo- 
quée ou  assaillie  par  Mars  et  Saturne  (VI,  185-193).  Il  traite  longuement  (VI, 
19-111)  des  dxpo'-so'.  et  des  accouchements  laborieux,  pour  lesquels  il  distingue 
au  moins  six  cas,  diurnes  et  nocturnes,  sans  oublier  les  enfants  exposés, 
esclaves  ou  fils  adoptifs,  suivant  l'ingérence  de  Saturne  ou  de  Jupiter  (VI, 
51-68.  Cf.  IV,  365-383,  593-596).  Si  l'on  peut  surprendre  dans  ce  fairas  quelque 
chose  qui  ressemble  à  une  idée  générale,  c'est  que  la  vie  de  l'enfant  est  repré- 
sentée par  la  Lune,  et  que  son  sort  dépend  du  signe  dans  lequel  la  Lune 
entrera  au  bout  de  trois  jours  (VI,  109-111).  C'est  là  un  arcane  sur  lequel 
nous  reviendrons  au  ch.  xiv. 

2.  Telle  la  femme  qui  5t,  itoXTkôiv  !it^tt,p  ètcI  Satxpyutv  l'a-uai  jîtîxvoi;  (Maneth.,  V, 
325),  ou  celles  qui  œÔstpouffi  yôvaî  àitô  yastépoî  ùfioxoxoOirdci  (VI,  289).  Ptolémée 
sait  cependant  très  bien  que  certaines  femmes,  à  cause  de  leur  géniture 
propre,  ÈxTptdjfxoTî  •?,  ùiiOToxiai;  ^  xai  È[x6pjJ0T0[jL£aiî  itsptxuîifovTai  :  que  Mars 
lài;  Y'jvaTxaî  ïti  xal  lxxpw7|xoTî  xai  lixêpuoTOxtaiî  t^  ivaSpwusff'.v  sïw6s  irspixv- 
>.Uiv  {Tetrab.,  III,  12)  ;  mais  il  traite  le  sujet  au  chapitre  des  infirmités. 


DURÉE    NORMALE    DE    l'eXISTENCE  403 

D.  Faits  postérieurs  à  la  uaissancc  \~'j.  \i.i~%  xt,v  yâveaiv),  —  Enfin, 
Ptolémée  se  dégage  de  tous  ces  prolégomènes  importuns  et 
aborde  franchement  le  problème  de  la  destinée  calculé  pour  un 
enfant  qui  naît  viable  et  capable,  sauf  accident,  de  fournir  une 
carrière  normale. 

C'était  une  idée  familière  aux  anciens  que,  tout  étant  réglé  par 
la  nature,  il  doit  y  avoir  pour  chaque  espèce  d'êtres  vivants  une 
durée  normale  de  l'existence,  qui  serait  la  même  pour  tous  les 
individus  de  l'espèce  si  aucune  cause  perturbatrice  ne  venait 
contrecarrer  l'action  de  la  nature  *.  De  là  les  efforts  faits  pour 
déterminer,  par  voie  empirique  ou  par  déduction  a  priori,  la  du- 
rée maximum  de  la  vie  humaine  ^.  Philosophes,  médecins,  harus- 
pices et  astrologues  avaient  sur  ce  point  leurs  systèmes,  à  peu 
près  tous  aussi  dédaigneux  des  constatations  expérimentales.  Les 
astrologues  n'avaient  pas  réussi  plus  que  les  autres  à  se  mettre 
d'accord  ^,  et,  en  somme,  cette  question  de  pure  théorie  impor- 
tait peu  à  la  doctrine.  Aussi  Ptolémée  n'y  fait-il  pas  la  moindre 
allusion,  trouvant  plus  simple  et  plus  judicieux  de  compter  les 

\.  C'est  ce  que  dit  en  propres  termes  Platon  dans  le  Timée  {p.  89  b-c  :  au 
delà,  mort  par  dissociation  des  «  trigones  »  constitutifs).  De  même  l'auteur 
platonicien  et  chrétien  de  VHermipptis  (II,  6,  p.  43  Kroll),  lequel  conclut  de  là 
que  la  durée  de  la  vie  ne  dépend  pas  des  astres.  Cf.,  comme  échantillon  de 
traditions,  le  morceau  De  aetatibus  animalium  où  Ausone  (pp.  533-536  ToU.) 
fixe  le  maximum  de  la  vie  humaine  à  96  ans  et  énumère  ensuite,  en  progres- 
sion croissante,  les  années  de  la  corneille,  du  cerf,  du  corbeau,  du  phénix  et 
des  Hamadryades.  Les  notes  de  Tollius  renvoient  aux  autres  textes. 

2.  Voy.  dans  Pline  (VII,  §§  160-161)  et  dans  Censorinus  {De  die  nat.,  14),  les 

10  hebdomades  de  Solon,les  12  hebdomades  de  Staséas,  les  septénaires  iné- 
gaux d'IIippocrate,  etc.  Les  haruspices  avaient  aussi  spéculé  là-dessus,  et  il 
n'y  a  qu'à  admirer  l'aplomb  imperturbable  avec  lequel  ils  déclaraient  que 
l'homme  qui  a  dépassé  quatre-vingt-quatre  ans  se  survit  et  ne  compte  plus. 

11  est  hors  la  nature  (Censorin.,  loc.  cit.  Cf.  l'article  Haruspices  dans  le  Dict. 
des  Antiquités).  Ceci,  du  reste,  s'accorde  assez  mal  avec  la  théorie  toscane 
des  saecula  de  100  ou  110  ans,  la  mesure  du  siècle  étant  fournie  par  la  durée 
de  la  plus  longue  existence  humaine  commencée  avec  lui. 

3.  Voici  sideralis  scientiae  sententiam.  Epigenes  CXII  annos  impleri  negavit 
posse,  Berosus  excedi  CXVII.  Durât  et  ea  ratio  quam  Petosiris  ac  Necepsos 
tradiderunt  {tetartemorion  appellant  a  trium  signorum  portione)  qua  posse  in 
Italiae  tractu  CXXIV  annos  vitae  contingere  adparet,  etc.  (Plin.,  VII,  §  160). 
On  reviendra  plus  loin  (p.  412,  1)  sur  ce  texte.  Dioscorides  astrologus  scribit 
Alexandriae  inter  eos  qui  mortuos  sallunt  constare  hominem  plus  C  annos  vivere 
non  posse,  parce  que  le  cœur  s'atrophie  progressivement  à  partir  de  l'âge  de 
cinquante  ans  (Censorin.,  17,  14).  C'est  peut-être  sur  la  foi  des  taricheutes 
égyptiens  que  l'auteur  de  V Ecclésiastique  affirme  aussi  :  numerus  dierum 
hominum  ut  multum  centum  anni  (xvni,  8).  Lactance  {Inst.  Div.,  II,  12)  n'y  songe 
pas  quand  il  écrit  :  auctores  idonei  tradunt  ad  CXX  annos  perveniri  solere. 


404  CHAP.   XII.   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

années  de  vie  accordées  à  chaque  individu  Çi-cr,  p'.u)(jt[jia)  par  l'éner- 
gie des  astres. 

1°  Estimation  de  la  durée  de  L'existence.  —  Le  calcul  de  la  durée 
de  la  vie,  avec  indication  du  genre  de  mort  préfixé  par  les  astres, 
est  le  grand  œuvre  de  l'astrologie,  l'opération  jugée  la  plus  diffi- 
cile par  ses  adeptes,  la  plus  dangereuse  et  condamnable  par  ses 
ennemis  *.  C'est  dire  que  ce  chapitre  de  la  doctrine  a  été  fouillé 
et  remanié  à  Fenvi  par  tous  les  rêveurs  ou  charlatans  acharnés  à 
percer  le  mystère  et  que  nous  ne  trouverons  pas  là  non  plus  de 
doctrine  imposée  comme  orthodoxe.  Celle  de  Ptolémée,  saturée 
de  mathématiques,  est  d'une  complication  qui  nous  donne  le 
droit  de  la  considérer  comme  postérieure  aux  méthodes  plus 
simples,  à  celles  qui  prennent  leur  point  d'appui  sur  des  idées 
accessibles  au  vulgaire. 

L'idée  la  plus  simple,  celle  qui  sans  doute  a  suffi  longtemps  à 
la  théorie  comme  à  la  pratique,  est  que  chaque  individu  tient  sa 
vitalité,  comme  ses  autres  aptitudes,  de  l'astre  sous  lequel  il  est 
né.  Seulement,  il  y  avait  divergence  sur  la  question  de  savoir 
quel  était  cet  astre  «  maître  de  la  géniture  »,  signe  ou  planète,  et 
quel  signe  ou  quelle  planète.  On  a  vu  qu'il  y  a  eu  concurrence 
entre  le  signe  hébergeant  le  Soleil  ou  chronocrator  du  mois  et  le 
signe  horoscope.  L'un  ou  l'autre  pouvait  être  pris  pour  le  «  don- 
neur de  vie  »  (^tooôxr^p  -  daior  vitae).  Manilius  n'éprouve  pas  le 
besoin  de  se  renseigner  là  dessus  ;  mais  il  sait  au  plus  juste 
«  combien  d'années  accorde  chacun  des  signes  »,  et  on  l'écoute 
d'autant  plus  volontiers  que  la  règle  suivie  est  fort  simple  :  un 
signe  donne  autant  d'années  que  son  àvaceopà  comprend  de  de- 
grés ^  La  vie  est  donc  courte  avec  les  signes  à  marche  rapide, 
longue  avec  les  autres. 

1.  On  dit  que  les  oracles  d'Apollon  s'interdisaient  absolument  ce  genre  de 
consultation  :  \i.t\  /pTiiiaTiÇetv  xa9ôXou  -nspl  Sravaxou  (Diod.,  XV,  10).  Les  astro- 
logues n'imitaient  pas  cette  réserve,  même  et  surtout  quand  il  s'agissait  de  la 
mort  des  rois  :  mais  c'était  un  sujet  plus  souvent  traité  par  la  méthode  des 
xaTap/ai  et  relevant  aussi,  pour  les  rois,  de  l'apotélesmatique  universelle. 
Sur  les  lois  pénales  visant  le  cas,  voy.  ci-après,  ch.  xvi.  On  prétend  que  les 
lasTtoTTOffxô-irot,  émules  des  astrologues,  savaient  aussi  prédire  la  durée  de 
l'existence,  au  point  que  l'un  d'eux,  sans  autre  renseignement  qu'un  portrait 
peint  par  Apelle,  dixisse  aut  futurae  mortis  annos  aut  praeteritae  (Plin., 
XXXV,  §  89)  ! 

2.  Manil.,  III,  563-580.  Cf.  ci-dessus  (p.  209)  la  théorie  des  opta  fondés  sur 
les  àvaçopat,  point  de  soudure  entre  l'estimation  par  les  signes  et  l'estimation 
par  les  planètes.  Il  est  probable  que  le  signe  choisi  est  celui  occupé  par  le 
Soleil.  C'est  celui  qui,  pour  .Manilius  lui-même,  ouvre  la  série  des  chronocra- 
tors  annuels  (ci-après,  ch.  xiv)  ;  celui  que  vise  en  pareil  cas  Paul  d'Alexandrie 


ANNÉES    DE    VIE    OCTKOYÉES    PAR    LES    SIGNES  405 

Si  les  signes  pouvaient  déparlir  des  sommes  fixes  d'années,  il 
n'y  avait  pas  de  raison  pour  refuser  la  même  prérogative  aux 
«  lieux  »  ou  cases  du  cercle  de  la  géniture.  Aussi  Manilius  passe- 
t-il  immédiatement  des  signes  aux  «  temples  »  ou  lieux  du  cercle, 
assurant  que  la  considération  des  signes  «  ne  suffit  pas  ».  Le  lieu 
qui  décide  de  la  durée  de  l'existence  est  celui  qu'occupe  la  Lune  *. 
On  comprend  bien  que  le  chiffre  le  plus  fort  (78  ans)  soit  dévolu  à 
l'Horoscope,  et  le  plus  faible  (12  ans)  à  la  VI"  case,  réceptacle  des 
maladies  et  station  de  Mars  ;  mais  il  est  impossible  de  trouver 
une  raison  quelconque  à  la  progression  instituée  par  le  poète  ^. 

Ces  modes  de  supputation  pouvaient  rester  autonomes  ou  se 
combiner  avec  un  autre  plus  savant,  qui  faisait  de  la  planète 
«  maîtresse  de  la  géniture  >>  (olxoSeairÔTT);  oux  upto?  t?, ;  Y^''^" 
ueto;)  la  dispensatrice  des  années  de  vie.  La  première  difficulté 
était  de  s'entendre  sur  la  planète  qui  avait  droit  à  cette  dignité. 
Les  astrologues  ont  fait  ici  assaut  d'invention,  et  la  multiplicité 

(S  2  :  cf.  Scaliger,  p.  262;  Valens  ap.  Salmas.,p.2l0j  :  le  comput  par  les  lieux, 
qui  table  sur  le  locus  Lunae,  présuppose  un  calcul  symétrique  et  concurrent 
par  le  locus  Solis.  Manilius  ne  soupçonne  sans  doute  pas  la  règle  qu'il  appli- 
que, car  il  opère  sur  des  moitiés  de  cotes  anaphoriques  et  n'avertit  pas 
qu'elles  sont  variables  suivant  les  climats.  Firmicus,  lui,  sait  qu'elles  sont 
variables;  mais  il  comprend  le  sujet  tout  de  travers,  s'imaginant  qu'il  s'agit 
de  déterminer  quoto  anno  unumquodque  signum  in  geniluris  orialur  (II,  11 
Kroll),  ce  qui  est  proprement  inintelligible,  sauf  pour  Saumaise  (p.  665  sqq.), 
qui  reproche  à  Scaliger  «  de  n'avoir  pas  compris  Firmicus  »  (cf.  ci-dessus, 
p.  261,  3). 

1.  Manil.,  III,  581-617.  C'est  peut-être  à  ce  système  que  Cicéron  fait  allu- 
sion :  cum  ortus  nascentium  luna  moderelur,  et  ea  notent  sidéra  Chaldaei 
quae  cumque  lunae  j  une  ta  videantur  (Cic.  Divin.,  II,  43).  Manilius,  auteur  de 
VOctolopos  (ci-dessus,  p.  276)  et  aussi  du  cycle  duodénaire  des  àOXa  (p.  297), 
suit  ici  la  division  normale  en  XII  lieux,  chaque  «  centre  »  ayant  son  àTtô- 
xXi[j.a  devant,  son  sTravasiopâ  derrière. 

2.  Voici  les  tableaux  (cf.  Scaliger,  p.  264  et  266)  des  années  de  vie  en  regard 
des  signes  occupés  par  le  Soleil  et  des  «  lieux  »  dans  lesquels  se  trouve  la  Lune, 
d'après  Manilius  (VII  33  -  au  lieu  de  23.  Scaliger  -  d'après  le  texte  de  Fr.  Jacob). 


T 

){ 

10  ans 

V 

:z: 

12    — 

n 

;*. 

14    — 

s 

-H- 

16    — 

Si 

m 

18   — 

m 

=«: 

20   — 

I 

(Hor.) 

78  ans. 

XI 

57  ans. 

V^II 

(Occ.) 

76    — 

III 

50    — 

X 

(Me.) 

75    - 

II 

42    — 

IX 

68    — 

VIII 

33    - 

V 

63     — 

XII 

23    — 

IV 

(IMC.) 

61     — 

VI 

12    — 

Pour  les  lieux,  les  raisons  sont  mj-stérieuses.  Les  «  centres  »  viennent  en 
tête,  sauf  IMC.  ;  les  IX"  et  V»  cases  sont  avantagées  comme  étant  en  aspect 
trigone  avec  l'Horoscope,  l'une  à  droite,  l'autre  à  gauche.  Dans  la  cote  des 
signes,  les  8  mois  représentent  la  fraction  2/3.  Sur  les  tiers,  cf.  ci-dessus, 
pp.  350,  3  et  380. 


406  CHAP.    Xll.    LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

des  systèmes  s'accroît  encore  par  l'inintelligence  de  ceux  qui  les 
mélangent  sans  les  comprendre  et  créent  ensuite  des  distinctions 
subtiles  entre  des  termes  de  même  sens.  La  confusion  est  telle  que 
Firmicus  lui-même  s'en  est  aperçu.  On  s'accorde  à  peu  près  à 
mettre  hors  de  cause  le  Soleil  et  la  Lune,  qui,  ayant  une  domina- 
tion générale  sur  toutes  les  génitures,  n'ont  la  préséance  dans 
aucune  ^  Ceci  admis,  le  concours  entre  les  cinq  planètes  com- 
porte toute  espèce  d'enjeux.  On  distingue  dans  les  nombreuses 
variantes  comme  deux  groupes  d'opinions  :  les  uns  priment  la 
planète  qui  se  trouve  le  mieux  logée  dans  ses  propriétés  ;  les 
autres,  celle  qui  se  trouve  honorée  par  des  rapports  avec  les  lu- 
minaires ou  avec  les  centres  ^. 


1,  Scii'e  debemus  quod  neque  Sol  neque  Luna  in  aliqua  genitura  domini  effî- 
ciantur,  lotius  enim  geniturae  dediqnantur  dominia  sortiri  (Firinic,  IV,  19,  4 
Kroll).  Scire  nos  oportet  ...  quia  Sol  et  Luna  nunquam  accipiunt  geniturae 
domination  (IV,  19,  31). 

2.  Élucider  ce  chaos  est  une  tâche  sans  fin.  On  a  vu  plus  haut  (p.  387)  le 
système  autonome  de  Ptolémée.  Firmicus  (IV,  19)  cite  quatre  solutions,  tirées 
des  deux  groupes  sus-mentionnés.  Est  dominus  geniturae:  1°  qui  in  princi- 
palibus  geniturae  lacis  positus  in  signis  suis  aut  in  finibus  suis  fuisset  inven- 
tus  ;  2°  in  cujus  stellae  finibus  Sol  et  Luna  fuissent  inventi,  i.  e.  Sol  in  diurna 
et  Luna  in  nocturna  genitura  ;  3"  qui  altitudinis  Lunae  dominus  fuisset  inven- 
tus ;  4»  cujuscumque  signum  (domicile?)  post  natum  hominem  Luna,  relicto  eo 
signa  in  qua  est,  secundo  laco  fuerit  ingressa  :  ce  dernier  système  —  véritable 
hérésie  qui  introduit  dans  le  thème  un  état  futur  du  ciel  (voy.  ci-dessus, 
p.  402,  1)  —  préféré  par  Firmicus.  Dans  le  thème  d'Annubion  [Not.  et  Extr., 
XVIll,  2,  p.  237  ;  Pap.  CXBrit.  Mus.,  lig.  41),  rolxoSscr-rcoTT.î  ttiî  ysveazwî  est  Vénus, 
qui  se  trouve  dans  le  même  signe  que  le  Soleil.  Dans  le  papyrus  CXXX  Bint. 
Mus.,  c'est  Mercure,  qui  se  trouve  également  à  côté  du  Soleil  (lig.  160-164),  bien 
qu'il  s'agisse  d'une  géniture  nocturne.  Paul  d'Alexandrie  (C  1),  recueille  aussi 
des  débris  de  diverses  méthodes.  Est  oixoSscrTrÔTT,!;  if,.;  yevEJsoj;  la  planète 
ÈTrîxe  vxpo;,  èv  ôp  to  i  ç  olxcioiç  y\  ùi\i(îi\j.axi,  xat  èv  Tp  lywvw  oixeîw  xal  o  txw- 
xai  in'Xhi^,  ô;  ïy^si.  twv  ttev-cî  otxoSsaTtOTsi'aç  -i^  Ttâaa;  r\  xivâ;  (voy.  les  cinq  titres 
admis  par  Ptolémée,  ci-dessus,  p.  387),  xaî  ;jl^,  ûtt  oiroSiÇe  i  [it,t£  ^Tza.uy6i 
ÈCTTi  •  iiiXko^  SE,  oTTtî  irXctova;  T^ôyo'j;  s/si,  f,[jL£ptvfiç  [lèv  yevéaew;  ouTr,ç,  irpôç  © 
xal  TÔv  wpoaxÔTTOv,  vuxx2pivf,(;  6é,  ttoo;  ^  xal  tûv  xXf|pov  ttiîTû/t,  î  (horos- 
cope lunaire,  ci-dessus,  pp.  288,  2.  296,  2).  Ailleurs  (S  4-T),  il  propose  la  planète 
qui  loge  le  Soleil  ou  la  Lune  sur  ses  propriétés  :  toû  O  [ou  Tf,i;  (Q]  tôv  bpio- 
xpaTOpa?!  0 1  xo  S  £  X  To  pa  -îi  Tptywvixôv  ôz^izôir^'v  (c'est  la  solution  n"  2 
de  Firmicus),  mais  à  condition  que  le  luminaire  soit  Iv  toTî  ypr^iix'zi^ouai. 
TÔTTOi;  xfj;  y£V£a£u)î  (lieux  I,  X,  XI,  II,  VII.  Cf.  Demophil.,  p.  193,  ci-dessus, 
p.  287,  2)  :  à  défaut  de  celle-ci,  le  «  maître  »  de  la  dernière  sygyzie,  ou  du  xX?,po<; 
Tû/Tjî  ou  du  xXfipoç  Aattiovoç,  etc.  On  voit  aussi  paraître,  comme  titre,  la  «  phase 
orientale  »  et  1'  «  idiothronie  ».  Tout  cela  emprunté  de  droite  et  de  gauche  à 
divers  systèmes,  y  compris  celui  de  Ptolémée,  embrouillé  par  confusion  entre 
roLxo5£aiiÔT-ri<;  des  uns  et  V àoéir^^  des  autres,  par  synonymie  douteuse  entre  oîxo- 
SEaTïÔTTii;  et  xûpioi;,  entre  celui-ci  ou  celui-là  et  le  ;^povoxpâTwp  du  système  des 


ANNÉES    DE    VIE    OCTROYÉES    PAR    LES    PLANÈTES  407 

La  planète  maîtresse  de  la  géniture  une  fois  trouvée  par  une 
méthode  quelconque,  il  était  naturel  de  penser  que,  parmi  ses 
multiples  prérogatives*,  elle  avait  aussi,  et  principalement,  celle 
de  mesurer  la  durée  de  la  vie  à  laquelle  elle  avait  pour  ainsi  dire 
donné  l'impulsion  initiale  ^.  FMrmicus  explique  comme  quoi  le 
maître  de  la  géniture,  dispensateur  de  la  vie,  quand  il  est  com- 
modément installé  dans  un  de  ses  fiefs  et  appuyé  par  des  planètes 


xTczotpyjxL  C'est  la  tour  de  Babel.  Le  Ps. -Porphyre  {Isag.,  pp.  191-192),  consta- 
tant cette  anarchie  (o?  yàp  iraXaioi  irXéÇavTEî  ràî  ovo[jLaataî  x-^v  ÊTrayvEXtav  où 
S'.sxptvav),  veut  définir  les  termes  olxoSsa-iroTT,  ?,  xôpioç,  iTtxpaxT,  - 
xo)  p  .  Mais  il  recense  des  opinions  plutôt  qu'il  ne  définit.  Son  ixtxpaxTiXwp 
est,  suivant  des  cas  minutieusement  prévus,  le  Soleil  ou  la  Lune,  ou,  à  leur 
défaut,  l'Horoscope  ;  c'est,  comme  le  dit  Saumaise  (p.  241),  le  ypovoxpixwp. 
L'ot-/coS£a-7:ôxT,î  est  en  rapport  avec  l'sTrtxpaxfixwp  :  par  exemple,  comme 
propriétaire  du  domicile  (olxoç)  ou  des  opia  occupés  par  celui-ci.  Enfin,  le 
xûptoi;  xf,î  vsvÉaE  w<;  (xf,?  Çwf.ç,  xf,î  àïisjEUî  =  ivéxt]^  dans  le  système  de 
Ptolémée)  est  la  planète  qui,  pour  une  foule  de  raisons  —  la  plupart  invo- 
quées plus  haut  pour  rœcodespotie  —  a  la  primauté.  Le  genre  d'influence  et  le 
degré  d'énergie  du  xûptoî  sont  questions  litigieuses,  xal  uj^sSov  dxâvxwv  Suaxo- 
)^wx£pa.  Mais  ce  qui  est  une  combinaison  aussi  rare  qu'heureuse,  c'est  Sxav  ô 
sûpsOctî  xûptoî  ô  aixô;  •?!  xoû  êTTixpax-Zixopoî  çwaxf.poî  olxoSeditoxT^i;, 
oaTEp  àplz:  [xsyâXou  iTroxs)v£a[xaxoî.  Valens  (III,  1,  fr.  18  Riess)  fabrique,  avec 
des  réminiscences  de  Ptolémée  et  la  méthode  des  xXfjpot,  le  système  suivant. 
Voir  si  la  géniture  est  juvoS'.xt;  ou  'Kv/<izKz^K7.%-f\.  Dans  le  premier  cas,  compter 
la  distance  de  la  conjonction  au  lieu  occupé  par  la  Lune  au  moment  de  l'ac- 
couchement, la  reporter  à  gauche  de  l'Horoscope  (xaxà  xô  é^f.î)  :  là  où  finit 
l'arc  reporté,  ôxoû  ôpiouxûpioç  laxai  oI%oBz7Tz6tt[<;  vffi  Çwf.î  xal 
xf,î  àçédswî.  Dans  le  second  cas,  prendre  la  distance  du  lieu  de  la  Lune  (à  la 
précédente  opposition  ?)  et  la  reporter  non  plus  à  gauche,  mais  à  droite  de 
l'Horoscope:  au  bout  de  l'arc,  ô  xoiJ  ôptou  xûpio<;  xpiO-f.aexai  o".xo5£C7tiôxt,i;.  Suivant 
la  nature  de  ses  rapports  avec  le  signe,  avec  le  Soleil,  la  Lune,  etc.,  cet  œco- 
despote  accordera  le  maximum,  le  minimum  ou  la  moyenne,  ou  même  sera 
déchu  de  l'œcodespotie.  Nous  ne  sommes  pas  au  bout,  mais  il  faut  en  finir. 
Là  où  les  Grecs  ont  laissé  le  gâchis,  on  devine  ce  qu'ont  pu  faire  les  Arabes 
s'ingéniant  à  partager  la  besogne  entre  leur  alcochoden  (oîxoSsaTtôx-r;;)  et  leur 
hylech  (à'f£XT,î). 

1.  Firmicus,  suivant  son  habitude,  donne  des  séries  complètes  de  pronos- 
tics, concernant  le  corps,  l'âme,  les  dignités,  etc.,  pour  chaque  planète  maî- 
tresse (IV,  19  Kroll). 

2.  Proposition  contestée  par  les  disciples  de  Ptolémée  et  embrouillée  même 
par  ses  partisans.  Firmicus  affirme  la  synonymie  de  dominus  genitttrae  et 
dalor  vitae  —  si  ilaque  dominus  vilae  vel  dalor  vitae,  id  est,  dominus  geni- 
turae,  etc.  (II,  25,  10  Kroll  :  cf.  25,  2).  Mais  il  se  met  dans  son  tort  en  ne 
remarquant  pas  qu'il  inscrit  parmi  les  datores  vitae  le  Soleil  et  la  Lune,  qu'il 
a  mis  hors  de  la  liste  des  domini  genilurae.  C'est  précisément  la  difficulté  qui 
avait  amené  la  distinction  entre  le  luminaire  èTrixpax-^xwp  et  rotxoSsTiiôxTiî  ou 
le  xûptoî  (ci-dessus).  Paul  d'Alexandrie  admet  aussi  que  les  Ixwv  SoxT^psç  (X^yw 
§à  xûv  xT^î  Çwfiî  ypôvwv)  sont  les  otxoSsTt'^'cai  (C  1), 


408  CHAP.   XII.  LA    GÉiNÉTHLIALOGIE 

bienfaisantes,  octroie  le  maximum  des  années  dont  il  dispose.  Il 
n'accorde  que  le  minimum  quand  il  est  mal  placé  et  mal  entouré, 
et  plus  ou  moins  entre  ces  deux  limites  extrêmes,  suivant  qu'il 
est  plus  ou  moins  contrarié.  Il  y  a  donc,  dans  cette  échelle  chro- 
nographique,  trois  degrés:  le  maximum  [tUbiol  exy)),  la  moyenne 
(  [jiÉda  £X7)),  le  minimum  (î'ôta  I'xt))  '. 

Reste  à  fixer  les  chiffres  qui  mesurent  l'énergie  vivifiante  de 
chaque  planète.  Les  astrologues  en  quête  d'un  principe  intelli- 
gible durent  tâtonner  longtemps.  Les  physiciens  demandaient 
sans  doute  que  l'énergie  des  planètes  fût  calculée  à  la  fois  d'après 
leur  grosseur  et  leur  distance  à  la  Terre.  Mais  ces  données  étaient 
mal  connues,  et  ce  raisonnement  était  contraire  aux  principes 
astrologiques  et  philosophiques  qui  faisaient  descendre  le  feu 
vital  des  sphères  supérieures.  On  pouvait  raisonner  autrement  et 
penser  que,  la  vie  étant  un  mouvement,  sa  durée  se  réglait,  par 
analogie  sympathique,  sur  le  mouvement  de  la  planète  d'où  par- 
tait l'impulsion.  Mais  ce  théorème  de  mécanique,  qui  s'accordait 
fort  bien  avec  l'idée  de  la  solidarité  du  monde  et  du  microcosme, 
avait  l'inconvénient  de  réserver  la  longévité  aux  clients  des  pla- 
nètes tardigrades,  qui  étaient,  chose  contradictoire,  en  majorité 
malfaisantes  et  «  meurtrières  »,  Les  astrologues  ne  donnèrent  ni 
tort  ni  raison  à  aucune  théorie.  Ils  affirmèrent  que,  en  pratique, 
la  solution  du  problème  se  trouvait  toute  faite  dans  le  tableau 
des  6'pta  dressé  par  la  science  infuse  ou  acquise  des  sages  Égyp- 
tiens, laissant  chacun  libre  de  chercher  si  les  chiffres  des  6'pia 
représentaient  bien  les  périodes  de  révolution  des  planètes.  Quand 
on  leur  demandait  la  raison  d'être  de  ces  chiffres,  ils  répondaient 
que  les  opia  correspondent  aux  années  de  vie  imparties  par 
chaque  planète;  et  quand  on  voulait  savoir  comment  on  avait 
trouvé  le  nombre  de  ces  années,  ils  disaient  que  la  somme  était 
préfixée  par  les  ô'pia  ^.  Le  cercle  vicieux  est  le  cercle  astrologique 
par  excellence. 

Les  totaux  partiels  des  opia,  dont  la  somme  fait  360,  furent  donc 
pris  comme  maximum  pour  le  nombre  des  années  dévolues  aux 
clients  des  planètes  «  maîtresses  de  la  géniture  »  ''. 


1.  On  voudrait  savoir  quel  est  rhomme  d'esprit  qui  a  imaginé  que  les  pla- 
nètes donnaient  la  moyenne  juste  quand  l'Horoscope  était  dans  la  Balance 
(Firmic,  II,  23,  10  Kroll)  ! 

2.  Voy.  ci-dessus,  pp.  208-209.  J'imagine  qu'un  jeu  de  mots  fait  sur  opia  = 
fines  =:  «  limites  de  la  vie  »  a  pu  suggérer  aux  astrologues  cette  solution  et 
servir  ensuite  à  la  confirmer. 

3.  Ci-dessus  (p.  208,  2),  le  texte  du  scoliaste.  De  même,  Paul  d'Alexandrie  : 


ANNÉES    DE    VIE    OCTHOYÉES    PAR    LES    PLANÈTES  409 

Pour  fixer  le  minimum,  les  astrologues  puisèrent  au  hasard 
dans  ce  qu'ils  savaient  d'astronomie  ou  donnaient  pour  tel.  Je 
crois  que  Scaliger  et  Saumaise  leur  font  un  honneur  immérité  en 
s'évertuant  à  découvrir  la  raison  d'être  de  leurs  chiffres  *.  On 
voit  bien  que  le  minimum  de  Saturne  (30  ans)  est  égal  à  la  durée 
de  sa  révolution  (îoîa  TOpi'oooç)  ;  de  même,  pour  Jupiter  (12  ans). 
Mais  les  15  ans  de  Mars,  les  8  ans  de  Vénus  ^  et  les  20  ans  de 
Mercure  sont  probablement  à  classer  parmi  les  arcanes.  Quant  à 
la  moyenne,  c'est,  comme  de  raison,  la  moitié  de  la  somme  des 
extrêmes. 

Bien  que  les  luminaires  fussent  exclus  de  la  maîtrise  des  géni- 
tures  et  du  tableau  des  6'p'.a,  on  finit  par  les  replacer  dans  la  liste 
des  «  donneurs  de  vie  »  ^.  Il  y  avait,  en  effet,  quelque  chose  de 
choquant  à  leur  ôter  l'exercice  d'une  prérogative  qu'ils  pos- 
sédaient par  excellence.  Ils  puçent  donc  l'exercer  quand  ils  se 
trouvaient  dans  les  conditions  imposées  aux  «  œcodespotes  de  la 
géniture  ».  Le  maximum,  que  ne  donnaient  pas  les  opta  de  la 
tradition  égyptienne,  fut  élevé  pour  eux  à  des  chiffres  plus  que 
centenaires;  le  minimum  fut  emprunté  au  cycle  de  Méton  (19  ans) 
pour  le  Soleil,  et,  pour  la  Lune  (25  ans),  à  la  durée  approximative 
(en  jours)  du  mois  tropique  *. 


Stà  yàp  TwvSî  Twv  ôptwv  o'.  ad'fot  twv  AtyuTtTtwv  ÈTEXjiTipavTO  t6v  irspl  qIv.oôîwo- 
iziaç  Xôyov,  à»'  oy  xai  ô  :rspl  '/pôvwv  Çio%  auviaxaTai.  Kai  yip  xaxà  àva>ioy(av  eî<; 
auixirXT.pwaw  xwv  xç'  jjLoipwv  xoû  Çwocpôpou  xûx)kO'j  (encore  un  jeu  de  mots  sur 
ÇwT,  et  ÇwoaôpO!;)  ô  xwv  ô  p  £  w  v  àpiOaoî  àir'/,pxi!Txat,  xf,;  itoaôx'f^xoî  xwv  (jiotpwv  t,; 
xa6'  k'xaaxov  ÇwS'.ôv  sxaaxoî  xwv  àaxspiov  sxX-ripwïxxo  xàv  àpiOjxôv  xà  'zé'kz'.at. 
xf, î  Çwfis  ÊxT,  5'.5oûrr,î  (C  1).  En  dernier  recours,  les  astrologues  invo- 
quaient les  observations  et  expériences  faites.  C'est  ce  que  répond  Ciruelo 
(op.  cit.,  Prolog.  II,  1)  à  Pic  de  la  Mirandole. 

1.  Voy.  Scaliger,  pp.  262-266;  Salmas.,pp.  209-222. 

2.  Ce  chiffre  figure  dans  les  Tables  chaldéennes  du  temps  des  Arsacides 
(ci-dessus,  p.  209,  3).  C'est  aussi  le  nombre  de  degrés  mesurant  l'écart  de 
Vénus  en  «  lever  héliaque  »  (ci-dessus,  p.  111,  3)  et  l'efficacité  de  son  rayon 
(ci-après,  p.  421,  2).  Nous  retrouverons  toutes  ces  cotes  au  ch.  xiv,  dans  la 
dislribulio  tempo^ncm  ou  système  des  chronocratories. 

3.  C'est  peut-être  la  raison  pour  laquelle  fut  confectionné  le  système  de 
r  éirx ai  Çwvoî  (ci-dessus,  pp.  213-215). 

4.  Voy.  le  texte  cité  par  Saumaise  (p.  247)  où  il  est  dit  que  le  |JiT,vtaToi;  xûx^oî 
est  xaxà  [loîpav  r.jxépa;  xs'.  Malgré  l'écart  considérable  (la  durée  réelle  est 
de  27  j.  4  h.  43'),  le  chiffre  de  25  comme  ISia  icspioôo;  de  la  Lune  est  attesté 
par  Valens  (ap.  Salmas.,  p.  209),  Firmicus  (II,  25,  9  Kroll),  Nicéphore  Choniata 
(ap.  Fabric,  S.  Empivic,  II,  p.  236)  etc.  Pruckner  (Firmic,  II,  28-29)  écrit  29. 
Le  tableau  ci-joint  (p.  410)  est  donné  par  Pruckner  (Firmic,  II,  28-29)  et  Sau- 
maise (p.  215),  qui  prend  la  peine  inutile  d'ajouter  des  1/2  aux  moyennes  des 
sommes  impaires,  mais  oublie  de  corriger  l'erreur  de  moyenne  (I)  42)  com- 


410 


CHAP.    XII.    —    LA    GÉNÉTHLIALOGIE 


On  dressa  donc,  pour  les  sept  datores  vitae,  le  tableau  suivant. 
Bien  entendu,  les  éclectiques  ne  se  firent  pas  faute  —  surtout 

quand  ils  avaient  à  rendre 
raison  de  la  durée  d'une 
existence  déjà  terminée  — 
de  mélanger  les  divers 
procédés,  d'emprunter  aux 
signes  ou  aux  «  lieux  »  ce 
qui  pouvait  manquer  à 
l'apport  des  planètes,  de 
combiner  un  maximum 
avec  un  minimum,  ou  de 
faire  les  soustractions  con- 
venables en  invoquant  l'intervention  de  planètes  antagonistes  ou 
de  crises  climatériques  *.  Un  astrologue  intelligent  n'était  jamais 
à  court  de  raisonspour  sauver  la  théorie  des  bévues  de  la  pratique. 
Ptolémée,  qui  ne  prenait  pas  fort  au  sérieux  les  ô'p-.a  et  savait 
à  quoi  s'en  tenir  sur  les  prétendues  «  périodes  »  planétaires  y 


PLANÈTES 

MAXIMUM 

MOYENNE 

MINIMUM 

I) 

57  ans. 

43  ans. 

30  ans. 

^ 

79    - 

45    — 

12    — 

C? 

66    — 

40    — 

15    — 

O 

120     - 

69    — 

19    - 

9 

82    — 

45    - 

8    — 

? 

76    — 

48    - 

20    —    1 

C 

108    — 

66    — 

25    

mise  par  Pruckner.  Il  a  été  dressé  d'après  Valens,  Firmicus  (II,  25  Kroll,  Quis 
deorum  quoi  atinos  décernât)  et  Paul  d'Alexandrie  (T  1).  On  sait  combien  les 
chiffres  des  manuscrits  sont  sujets  à  caution.  Les  éditeurs  récents  de  Firmicus 
auraient  dû  y  songer  et  ne  pas  enregistrer,  ici  encore  (cf.  ci-dessus,  p.  195,  1, 
207,  l),des  méprises  aisées  à  rectifier.  C'est  à  de  pareilles  méprises  que  j'attribue 
les  bizarreries  des  chiffres  de  mois,  jours  et  heures  ajoutés  par  Firmicus  aux 
chiffres  du  minimum.  Les  astrologues  avaient  songé  à  accommoder  leur  tableau 
au  calcul  de  la  vie  des  axpotpoi.  Celle-ci  ne  dépassant  pas  un  an  (ci-dessus, 
p.  400),  ils  avaient  décidé  que  les  chiffres  du  minimum  représenteraient,  selon 
les  cas,  des  mois  ou  des  jours  ou  des  heures.  Les  chiffres  ne  devaient  donc  pas 
varier,  et  ils  ne  varient  pas,  en  effet,  dans  les  cotes  données  par  Paul  d'Alexan- 
drie [l.  c).  11  n'y  avait  dès  lors  qu'une  méprise  possible  ;  c'était  d'additionner 
les  années,  mois,  jours  et  heures  du  minimum  au  lieu  de  les  substituer.  On 
trouve  dans  Firmicus  d'abord  des  chiffres  variés,  ensuite  et  là  où  il  aurait 
fallu  aut.  Par  exemple  :  Saturtius  si  dator  vitae  fuerit  et  in  integrum  decre- 
verit  annorum  numerum,  LVIl  annos  decernit  ;  si  vero  maie  decreverit , 
XXX  annos  aut  menses  XXX  et  horas  XII  decernit  (II,  25,  3  Kroll). 

1.  Paul  d'Alexandrie  (lac.  cit.)  cherche  à  formuler  une  règle  pour  les  addi- 
tions et  soustractions  dues  aux£Tn[xapTuptat  des  planètes  qui  aident  ou  contre- 
carrent la  planète  «  œcodespote  de  la  géniture  ».  Bien  placées,  ces  planètes 
ajoutent  leur  cote  minimum  à  celle  de  l'œcodespote;  elles  l'enlèvent  dans  le 
cas  contraire,  c'est-à-dire  placées  èv  toïî  àTîoxX{[jiaaiT,  6-itô  Tàî?,), toxiSa; 
aùyài  y\  toTî  àpt6[A0ti;  àcp  aipoûvTs  <;.  Valens  (ap.  Salmas.,  pp.  210,  713  etc.) 
mélange  les  signes  et  les  planètes  :  somme  de  vie  par  addition  d'un  signe  et 
d'une  planète  (p.  210),  de  deux  signes  (p.  713),  d'un  signe  et  de  deux  planètes 
[ibid.).  Quant  aux  climatères,  qui  relèvent  principalement  du  système  des 
•/.otTapyai,  nous  reviendrons  plus  loin  sur  ce  sujet,  obscurci  par  l'exubérante 
érudition  de  Saumaise  (ci-après,  ch.  xv). 


LA    CARRIÈRE    VITALE    OU    THÉORIE    APHÉTiQLE  411 

incluses,  fit  table  rase  de  toutes  ces  manipulations  de  chiffres 
livrées  à  Tarbitraire.  Il  voulut  instituer  une  théorie  géométrique 
et  mécanique  dans  laquelle  il  utiliserait  des  parties  des  systèmes 
antérieurs,  Taction  des  planètes,  Tinfluence  des  lieux  et  les 
ascensions  (àvauopaî)  des  signes. 

Sa  théorie  repose  essentiellement  sur  Tassimilation  du  Zo- 
diaque à  une  roulette  dans  laquelle  la  vie  des  individus  est  lancée 
avec  une  force  plus  ou  moins  grande  d'un  certain  point  de  départ 
(xÔTTo;  icpe-cty-ôç)  et  se  trouve  arrêtée,  ou  risque  d'être  arrêtée, 
par  des  barrières  ou  lieux  destructeurs  (tôttoi  àvaipsTixo-!),  sans 
pouvoir  en  aucun  cas  dépasser  un  quart  du  cercle.  Le  nombre 
de  degrés  parcourus,  converti  en  degrés  d'ascension  droite,  donne 
le  nombre  des  années  de  vie  *. 

L'idée    maîtresse  du  système   n'appartient   pas   en   propre   à 

1.  Ce  n'est  pas  sans  hésitation  que  je  m'aventure  dans  les  ténèbres  de  la 
théorie  «  aphétique  »,  ténèbres  épaissies  par  la  logomachie  et  les  contradictions 
des  astrologues  anciens  (surtout  Vettius  Valens  et  Paul  d'Alexandrie),  des 
Arabes  et  des  érudits  de  la  Renaissance,  lesquels  s'acharnent  à  mélanger, 
combiner,  troquer  les  deux  systèmes  principaux,  empruntant  la  durée  de  la 
vie  à  l'un  et  la  répartition  du  temps  à  l'autre.  Saumaise  lui-même  (pp.  264 
sqq.),  cédant  au  plaisir  de  réfuter  Scaliger  et  quelque  insulsum  pecus  Lojoli- 
ticum  (p.  271),  soutient  que  Ptolémée  faisait,  comme  tout  le  monde,  octroyer 
la  quantité  de  vie  par  la  planète  œcodespote  et  n'employait  ses  àsé-rat  que 
comme  ypovoxpixopEç,  pour  subdiviser  cette  quantité  en  étapes.  Il  confond  le 
calcul  de  la  durée  absolue  de  la  vie  avec  la  Siaipsi^  yjô^uiw  Çwf,;  dont  il  sera 
question  plus  loin  (ch.  xiv).  Chez  les  Arabes,  l'àcpÉxT.î  de' Ptolémée  [hyleg - 
alliyleg)  est  soudé  à  un  cochoden  ou  alcochoden,  dans  lequel  on  croit  recon- 
naître le  nom  défiguré  de  1'  oîxoSea-ÔTT.t;.  Cet  alcochoden,  espèce  de  Verbe 
sans  lequel  Yalhyleg  ne  fait  rien,  est  à  la  fois  »  donneur  de  vie  »  (pioSÔTTjp) 
en  généthlialogie,  chronocrator  en  xa-rap/at  (ci-après,  ch.  xiii-xiv),  et  ses 
deux  rôles  s'enchevêtrent  l'un  dans  l'autre.  Albohazen  Haly  (IV,  ch.  m  sqq.) 
déclare  avoir  écrit  un  traité  spécial  en  cinq  chapitres  sur  Vhylech  et  Yalcocho- 
den,  et  ce  qu'il  y  a  de  plus  clair  dans  son  nouvel  exposé,  c'est  que  les  «  sages 
anciens  »  étaient  là-dessus  en  discorde  irréconciliable.  Pour  comble  d'infor- 
tune, commentateurs  et  traducteurs  de  Ptolémée  ne  s'entendent  ni  sur  le 
sens  précis  du  mot  i'-sé-zr^i  ou  xûptoî  ttjî  Ç w f, <;,  vaguement  traduit  par 
•prorogaLor,  vilae  gubemator,  liberalor,  significator,  disposilor,  ou  par  promis- 
S07'  (mot  qui  pour  certains  signifie  àvaipÉx-r,!;),  ni  sur  le  rôle  de  rà-féTr,?,  ni 
même  sur  le  sens  du  mouvement  imprimé  par  lui  ou  à  lui.  Saumaise  (p.  426) 
propose  decursor  pour  iœsxTjs,  decursio  (ou  directio,  progressio,  profectio)  pour 
âcpEaiî  et  s'inscrit  en  faux  contre  des  opinions  moins  paradoxales  que  les 
siennes  (voy.  ci-après,  p.  418,2).  Une  note  de  scoliaste,  citée  plus  haut  (p.  249,2), 
me  fait  croire  que  Thrasylle  se  contentait  encore  d'un  système  simple,  qui 
consistait  à  supposer  une  ixxivoêoXia  produisant  l'àvatpejtî,  par  tir  diamétral, 
de  l'Occident  à  l'Horoscope.  Voy.  ci-après  (pp.  425-426)  le  même  antagonisme 
de  l'Occident  et  de  l'Horoscope  utilisé  pour  déterminer,  non  plus  la  date, 
mais  le  genre  de  mort. 


412  CHAP.   Xll.   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

Ptolémée.  L'assimilation  de  la  vie  à  une  course  dans  une  carrière 
dont  la  mort  marque  le  terme  était  et  est  encore  un  lieu-commun 
littéraire.  Pour  les  astrologues,  la  carrière  était  toute  tracée  : 
la  vie,  partie  de  l'Horoscope,  comme  les  astres,  devait  aller 
s'éteindre,  comme  eux,  à  l'Occident.  Mais,  vu  l'habitude  prise 
de  compter  une  année  par  degré  du  cercle,  cette  course  était 
évidemment  trop  longue.  Il  fallait  chercher  un  autre  maximum, 
qui  fût  d'accord  avec  l'expérience.  L'école  de  Néchepso  et  Péto- 
siris  le  trouva  dans  la  théorie  des  aspects,  convenablement  solli- 
citée. Puisque  la  vie  ne  pouvait  pas  atteindre  le  diamètre  (180°), 
elle  devait  se  buter  à  l'aspect  quadrat,  qui  était  menaçant  autant 
et  plus  que  le  diamètre.  De  là  la  règle,  empirique  et  logique  à  la 
fois,  du  quadrant  zodiacal  (90°)  comme  mesure  extrême  de  la  vie, 
mesure  qui,  grâce  à  la  conversion  en  degrés  d'ascension  droite, 
pouvait,  suivant  les  cas  et  les  climats,  dépasser  90°  *.  Cette  règle 
fut  jugée  tout  à  fait  «  naturelle  »  et  il  se  trouva  quelque  pytha- 
goricien pour  lui  donner  la  consécration  arithmétique,  en  faisant 
remarquer  qne,  Saturne  étant  le  dispensateur  du  temps  (Kpovoç  = 
Xpôvoç)  et  le  nombre  3  le  régulateur  universel,  90  degrés  ou 
années  représentent  exactement  trois  révolutions  de  Saturne  ^ 

1.  Pline,  après  avoir  donné  la  règle  du  quadrant  {zzioL^zr^^iôpiow)  d'après 
Pétosiris  et  Néchepso,  et  constaté  que  la  conversion  en  degrés  d'ascension 
droite  peut  aller  à  124°  sous  la  latitude  de  l'Italie  (ci-dessus,  p.  403,  3),  ajoute  : 
neçjavere  illi  quemquam  XC  parliiim  exortivam  mensuram  (quod  anaphoras 
vocanl)  transgredi,  et  (sous-entendu  «  affirment  »)  has  ipsas  incidi  occursii 
maleficorum  siderum  aut  etiam  radiis  eorum  Solisque.  Schola  rursus  Aescu- 
lapii  secuta  qiiae  stata  vilae  spatia  a  slellis  accipi  statuit  (c'est  le  système  de 
la  vie  octroyée  par  1'  otxo52TTrÔTT,;  tt.î  ysvéacto;,  exposé  ci-dessus),  sed  quantum 
plurumum  tribuat  incertum  est,  etc.  (Plin.,  VJI,  §  160).  Ainsi,  d'après  Pline, 
les  deux  systèmes  sont  égyptiens,  et  le  système  aphétique  aurait  précédé 
l'autre.  La  règle  du  quadrant  est  affirmée  de  tous  côtés  :  niaav  8'  aux'  àtasaiv 
■uXeup^i  TSTpdywvoî  ôptijôt  (Maneth.,  III,  427).  Démophile,  identifiant  1'  iasTr,; 
avec  r  £-;ri-icpaTTiTwp  (ci-dessus,  p.  406,  2),  écrit  :  ffXT,(7a;  xôv  s-rtixpdtx-fiTopa,  axôirsi 
Tàç  Twv  xaxoiio'.wv  dtvaipsttxàç  àxTÏvaç  [Jis/pi  èvsvTixovTa  (xoîpaî,  %<û  èx 
Twv  àvaaoptxwv  /pôvuv  ytvsTat  (it^i\  t,  xoffOTTiî  -tfjî  Çof,i;  (ap.  Porphyr.,  p.  193). 
Voy.  ci-dessus  (p.  262,  1)  et  ci-après  (p.  414,  1)  l'îvevYixovxatixspoç  de 
Firmicus,  fondé  sur  la  règle  du  quadrant,  avec  points  de  départ  divers. 

2.  Servius,  juxtaposant  des  idées  dont  il  ne  voit  pas  le  lien,  explique  que 
tribus  humana  vita  continetur  :  Natura,  oui  ultra  CXX  solstitiales  annos  con- 
cessum  non  est  ;  Fato,  cui  XC  aiini  hoc  est  très  Saturni  cursus  exitium  créant, 
nisi  forte  aliarum  stellarum  benignitas  etiam  tertium  ejus  superet  cursum  ; 
Fortuna,  i.  e.  casu,  qui  ad  omnia  pertinet  quae  extrinsecus  sunt  (Serv., 
Aeîi.,  IV,  633).  Servius  n'a  pas  compris  que  la  Nature  et  le  Destin  universel 
sont  synonymes  et  que  ces  deux  chiffres  différents  représentent  un  même 
maximum,  l'étendue  d'un  quadrant.  La  remarque  :  90  =  3  révolutions  du 
destructeur  Saturne,  est  du  mysticisme  pur. 


LA    CARRIÈRE   VITALE    OU    THÉORIE   APHÉTIQUE  413 

Il  ne  restait  plus  qu'à  disposer  à  l'intérieur  du  quadrant  des 
obstacles  destinés  à  faire  trébucher  les  coureurs  qui  ne  devaient 
pas  atteindre  le  terme  ultime;  et  là,  avec  leurs  planètes  malfai- 
santes, présentes  ou  représentées  par  leurs  aspects  ou  leurs 
domaines,  leurs  signes  d'ascension  lente  ou  rapide,  leurs  degrés 
dangereux,  etc.,  les  astrologues  étaient  en  mesure  de  suffire  à 
tout. 

Mais  toutes  les  questions  n'étaient  pas  résolues  par  là.  Où 
placer  le  quadrant  vital?  Le  symbolisme  voulait  que  l'Horoscope 
fût  le  point  de  départ  de  la  vie  ;  mais  il  voulait  aussi  que  l'Occi- 
dent représentât  la  mort.  Il  exigeait  de  même,  et  plus  impé- 
rieusement, que  le  MC.  figurât  l'apogée,  la  plénitude  de  la  vie. 
Or,  placer  le  point  de  départ  (totto;  àtp£X'.x6<;)  à  l'Horoscope,  c'était 
faire  coïncider  le  terme  mortel  (tôttoç  àvatpsxtxôi;)  avec  le  MC.  Il 
valait  donc  mieux  prendre  pour  point  de  départ  le  MC.  et  uti- 
liser pour  le  terme  le  caractère  symbolique  de  l'Occident.  De  là 
un  premier  système  qui  est  entré  tout  entier  dans  la  théorie  de 
Ptolémée  '.  Ce  système  avait  contre  lui  une  objection  grave,  entre 
autres.  Si  l'Occident  n'était  que  la  limite  maximum,  celle  qu'attei- 
gnent quelques  rares  privilégiés,  il  fallait  chercher  d'autres  lieux 
«  anaerétiques  »  sur  le  parcours,  et  le  symbolisme  n'avait  plus 
guère  d'applications  pratiques  :  si  Ton  tenait,  au  contraire,  à  l'uti- 
liser dans  tous  les  cas,  il  fallait,  pour  abréger  la  course,  rappro- 
cher le  point  de  départ,  et  on  ne  trouvait  de  ce  côté  qu'un  seul 
lieu  favorable  (le  IX%  lieu  du  Btô^)  pouvant  être  considéré  comme 
source  de  vie.  Pourtant,  le  recours  aux  planètes  intercurrentes 
fournissant  des  moyens  d'ajouter  et  de  retrancher  des  années 
de  vie,  le  IX**  lieu  fut  retenu,  avec  le  MC.  ou  à  la  place  du  MC.  ^ 
comme  «  lieu  aphétique»,  et  l'Occident  conservé  comme  seul  lieu 
«  anaerétique  ». 

1.  C'est  le  système  que  Ptolémée  appelle  «  horaire  »  ou  de  l'heure  fixe  — 
xaTi  T^,v  wptaiàv  ou  wpttxaiav.  Ici,  I'  àzé-zi]!^,  qui  ne  lance  plus,  à  vrai  dire,  mais 
est  lancé  lui-même,  prend  souvent  le  nom  de  xpa-n/^xtop  ou  sTtixpatfjTwp,  qui 
prête  aux  confusions  indiquées  ci-dessus  (p.  406, 2)  et  s'applique  aussi  à  l'à-jéT-nî 
oriental,  quand  il  plaît  aux  auteurs.  La  mort  arrive  naturellement  par  des- 
cente :  xatà  t6  Suxixôv  xoû  xpa-cViiropoî  xaxaœopâ  (p.  416  Junctinus).  J'enregistre 
avec  empressement  ~  car  ce  sera  une  excuse  pour  mon  insuffisance  —  une 
critique  adressée  à  Porphyre  par  Léon  «  le  philosophe  »,  dans  des  scolies  ek 
T*iv  wpifiaîav.  «  Porphyre  lui-même  »  n'a  pas  su  comprendre  «  la  pensée  du 
grand  Ptolémée  ».  11  a  pris  dans  les  Tables  les  ivatpopaî  pour  des  xaxa'fopai 
et  s'est  ainsi  trompé  de  35  ans  sur  la  durée  d'une  vie  qu'il  estime  à  75  ans, 
au  lieu  de  40  {Cod.  Florent.,  p.  139). 

2.  Dans  le  système  de  Ptolémée,  l'  cïtpeaK  partie  du  MC.  va  vers  l'Orient,  ou 
attend  le  choc  des  planètes  anœrétiques  venant  de  ce  côté. 


4l4  CHAP.    XII.   LA    GÈNÈTHLIALÔGIE 

De  leur  côté,  les  partisans  de  l'Horoscope  comme  lieu  aphé- 
lique  n'étaient  pas  à  bout  de  raisons  ;  ils  avaient  pour  eux  la 
tradition  et  presque  le  bon  sens.  Les  uns  durent  s'obstiner  à 
prendre  pour  carrière  de  la  vie  le  quadrant  compris  entre  l'Horos- 
cope et  le  méridien,  en  faisant  appel  peut-être  aux  légendes  qui 
attribuaient  un  caractère  meurtrier  au  soleil  de  midi  ;  d'autres 
eurent  l'idée,  traditionnelle  aussi  et  symbolique  à  merveille,  de 
placer  la  mort  au  plus  bas  de  la  région  souterraine,  en  IMC.  *. 
Seulement,  ils  étaient  forcés  d'intervertir  le  mouvement  parti  de 
l'Horoscope  et  de  le  diriger  suivant  le  mouvement  propre  des 
planètes.  Dans  ce  sens,  suivant  la  théorie  de  1'  àxxtvoSoXfa  (qui  a 
peut-être  été  créée  ou  systématisée  à  ce  propos),  la  vie  assimilée 
à  un  mobile  devait  s'enferrer  sur  le  dard  des  planètes  anaeré- 
tiques  Mars  et  Saturne  ^  soit  qu'on  la  considérât  comme  allant 
à  leur  rencontre,  soit  que  celles-ci  fussent  censées  entraînées  à 
sa  rencontre  par  le  mouvement  diurne  ^.  Le  mouvement  diurne 


1.  C'est  réternelle  querelle  entre  les  deux  espèces  de  symbolisme,  l'un  con- 
venant au  ciel  immobile,  l'autre  au  ciel  tournant.  Pour  l'un,  l'avenir  est  au 
dessus  de  l'horizon;  pour  l'autre,  au  dessous.  Il  me  semble  retrouver  la 
trace  des  hésitations  des  inventeurs  et  du  conflit  des  systèmes  dans  Firmicus 
(VIII,  1,  p.  212  Pruckner  :  ci-dessus,  p.  262,  1).  Firmicus  va  expliquer,  dit-il,  la 
doctrine  de  l'svsvrixov'cotiJLEpoç,  doctrine  peu  connue,  et  sur  laquelle 
Pétosiris  a  volontairement  laissé  planer  le  mystère.  Il  faut  donc,  en  partant 
de  l'Horoscope,  chercher  per  cetera  signa  parlem  nonagesimam  -  ex  ea 
namque  exitus  vitae,  mors^  inforlunia,  peiHctcla,  félicitâtes  et  tota  substantia 
geniturae  colligitur.  Tout  !  Firmicus  a  l'habitude  de  faire  tout  dépendre  de 
chaque  détail.  Non  seulement  il  ne  se  rend  pas  bien  compte  qu'il  est  question 
de  la  durée  de  la  vie  et  des  passes  dangereuses  ou  climatères  rencontrées  sur 
la  route,  mais  il  ne  dit  pas  dans  quel  sens  il  faut  chercher  l'angle  droit  à  partir 
de  l'Horoscope.  Aussi  les  érudits  se  querellent  à  ce  sujet.  Scaliger  (p.  263) 
tient  pour  le  quadrant  qui  va  de  Hor.  à  MC.  ;  d'autres,  avec  plus  de  raison, 
à  mon  sens,  pour  celui  qui  va  de  Hor.  à  IMC.  (cf.  Riess,  fr.  16,  pp.  359-360). 
Firmicus,  s'il  a  réellement  consulté  Pétosiris,  a  dû  y  trouver  des  solutions 
diverses  et  n'a  pas  su  choisir.  Enfin,  pour  achever  d'embrouiller  la  question, 
il  recommence  le  même  calcul  avec  un  autre  point  de  départ,  a  Luna,  et 
reproduit  son  invariable  antienne  :  sic  invenies  mortis  exitum,  sic  vitae  ordi- 
nem,  sic  totam  denique  humanae  geniturae  substantiam.  Ce  sont  deux  systèmes 
différents,  qui,  à  l'entendre,  doivent  être  appliqués  en  même  temps,  et  dont 
chacun  donne  la  clef  de  tout  ! 

2.  Les  Stoïciens  justifiaient  par  l'étymologie  'Apti?  i-Kà  -zbû  aloîîv  xal 
àvaipEÎv  le  rôle  de  Mars,  la  planète  «  anferétique  »  par  excellence  (Cornut., 
Theol.  gr.,  21  :  cf.  ci-dessus,  p.  99,  1).  Sur  l'actinobolie,  voy.  p.  248  sqq. 

3.  Ptolémée  l'appelle,  entre  autres  noms,  âasari;  xaTà  t-î^v  xaXo'j[i^vT,v  «xt:. 
voSoXiav  (p.  332  Junct.)  ou  àxTtvoî-àcpefftî  xaî  O-rcâvTT.atî  (p.  416);  le 
scoliaste,  xa-ui  f)-,v  dixtiva  ou  àxtivoSoXtav  (Anon.,  p.  163).  La  planète 
àvaipsrr;;  prend  alors  le  qualificatif  subsidiaire  de  Oit avuViTwp,  ô   ôitavtwv. 


THÉOKIE    APHÉTIQUE    DE    PTOLÈMÈE  418 

et  le  degré  étant  la  commune  mesure  de  la  vitesse  et  de  l'espace 
dans  tous  les  systèmes,  c'était  évidemment  à  cette  seconde 
manière  de  concevoir  l'approche  et  la  rencontre  que  l'on  devait 
s'arrêter.  Il  va  sans  dire  que  les  planètes  anserétiques  se  trou- 
vaient toujours  dans  le  parcours  des  90  degrés,  car,  si  elles  n'y 
étaient  pas  «  corporellement  »,  elles  y  étaient  représentées  par 
un  ou  plusieurs  «  aspects  ». 

Ainsi  donc,  autant  que  l'on  peut  en  juger  par  voie  de  conjec- 
ture, Ptolémée  a  trouvé  toutes  faites  plusieurs  théories  aphé- 
tiques,  avec  divers  points  de  départ  et  des  sens  difTérents  pour  la 
course  symbolique  qui  représente  la  vie,  sans  compter  la  doctrine 
rivale  de  l'octroi  des  années  de  vie  par  «  le  maître  de  la  géniture  ». 
C'est  avec  ces  éléments  qu'il  a  fabriqué  sa  théorie  à  lui,  un  pur 
chef-d'œuvre,  au  dire  de  ses  disciples,  en  tout  cas,  une  preuve  de 
sa  dextérité  d'éclectique,  habile  à  masquer  l'incohérence  de  cer- 
tains raccords  ^ 

Ptolémée  commence  par  mettre  en  ligne  une  série  de  postulats 
triés  dans  les  traditions  préexistantes.  Comme  il  se  propose 
d'adopter  plusieurs  points  de  départ  (-cÔTiot  àtp stixoî),  il  faut  bien 
que  le  choix  du  lieu  aphétique  dépende  d'une  planète  qui  joue 
le  rôle  de  maîtresse  de  la  géniture  et  qui  soit,  pour  cette  raison, 
àoltYjç,  c'est-à-dire  qui  lance  le  mouvement  vital  de  la  place 
qu'elle  occupe.  Or,  cette  place  doit  être  en  même  temps  un  lieu 
aphétique.  Les  deux  conditions  sont  donc  liées  :  il  faut  un  aphète 
dans  un  lieu  aphétique.  En  conséquence,  Ptolémée  dresse  la  liste 
des  lieux  aphétiques  et  des  àtf  éxat  possibles. 

Ptolémée  pose  en  principe  que  les  lieux  aphétiques  doivent 
être  tous  au-dessus  de  l'horizon  :  il  élimine,  comme  il  l'a  fait  dans 
son  apotélesmatique  universelle,  l'hémicycle  souterrain  ^.  Dans 


1.  Voy.  lexposé  de  la  doctrine  dans  la  Tetrab.,  III,  10-15  (réunis  en  seul 
ch.  XII  par  Junctinus),  sous  les  titres  :  Ilepl  ypdvwv  Çwf.î  (p.  318  Junctinus)  — 
lleplTÔ-Tcwv  àasTtxwv  (pp.  318-319)  —  ïlzpl  xoû  x>iT,pou  •tf;îTûx''lî(p-  329) 
—  nd»ot  dio^Tai  (p.  330)— TIspl  tpôirwv  àcpéacwî  avec  TitôSe'. yjia 
(pp.  332-335,  338-340).  Le  commentaire  de  Junctinus  sur  ces  chapitres  remplit 
près  de  100  pages  in-folio.  On  se  doute  bien  quil  n'en  est  pas  plus  clair.  Ma- 
néthon  (II,  401-421;  III,  399-428)  reproduit  sommairement  la  doctrine  de  Pto- 
lémée, dont  Proclus  donne  un  résumé  fidèle  dans  sa  Paraphrase.  Le  scoliaste 
Anonyme  (pp.  109-134)  dilue  de  son  mieux  le  texte  du  maître  ;  mais  il  est 
d'un  médiocre  secours,  car  son  texte  à  lui  est  dans  un  état  tel  qu'on  ne  peut 
réviser  ses  calculs  avec  des  chiffres  et  des  sigles  altérés.  Le  fil  se  rompt  à 
chaque  instant  dans  la  main. 

2.  Ta  ûir6  yfiv  tc5v  ïIvcôxw;  iT66T,T^ov  irp6;  XT,>iiitaÛT7iv  xupîav  (cf.  ci-dessus, 
pp.  270, 1.  272,  1.  349,  3.  356.  385,  4.  401,  2).  Le  scoliaste  admire  :  eîxÔTux;  8è  x6 


416  CHAP.   XII.   —  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

rhémicycle  supérieur,  les  lieux  aphétiques  sont  tous  ceux  qui 
sont  en  rapport  défini,  en  «  aspect  »,  avec  l'Horoscope  *.  On  s'at- 
tendrait à  voir  figurer  en  première  ligne  l'Horoscope,  et  à  la  suite 
l'aspect  favorable  par  excellence,  le  trigone,  les  aspects  défavo- 
rables étant  relégués  à  la  lin.  Mais  il  n'en  va  pas  ainsi.  Certains 
«  centres  »  passent  avant  les  autres  lieux,  et  parmi  eux  l'Horos- 
cope n'occupe  pas  le  premier  rang. 

1°  Le  premier  rang  est  réservé  à  la  culminalion  supérieure 
(MC),  en  aspect  quadrat  avec  l'Horoscope  ;  évidemment  parce 
que  le  «  physicien  »  Ptolémée  évalue  l'énergie  physique  des  astres 
et  la  considère  comme  ayant  son  maximum  au  méridien  ^. 

2°  Puis  vient  l'Horoscope,  pointé  au  5^  degré  du  signe  ou  «  dou- 
zième »  qui  commence  à  émerger  au-dessus  de  l'horizon  ^. 

3"  Le  troisième  rang  échoit  au  lieu  (XP)  dit  du  «  Bon  Génie  », 
préféré  sans  doute  à  tel  autre  parce  qu'il  est  du  côté  de  l'Orient, 
en  aspect  sextil  avec  l'Horoscope. 

4°  Malgré  son  incapacité  symbolique,  l'Occident  figure  ici 
comme  «  centre  »,  pour  représenter  l'aspect  diamétral. 

5°  Enfin,  en  dernier  recours,  bien  qu'en  aspect  trigone  avec 
l'Horoscope,  vient  le  lieu  (IX")  dit  du  «  Dieu  ». 

Voyons  maintenant  la  liste  des  aphètes.  Ptolémée  l'a  dressée 
avec  rinlention  évidente  de  n'accepter  que  ce  qu'il  lui  plairait 
des  doctrines  concernant  la  maîtrise  de  la  géniture  et  de  mettre 
au  premier  rang,  d'accord  avec  l'opinion  vulgaire,  le  Soleil  et  la 
Lune,  n  classe  avec  beaucoup  de  méthode,  et  surtout  de  symétrie, 
les  cas  qui  se  présentent  dans  les  génitures,  soit  diurnes,  soit 
nocturnes. 

Pour  les  génitures  diurnes^  Ykoi-zi]  ç  sera  : 

û-âp  vf.v  •fiji.KJ-jaîpiov  jjLÔvov  -^xapÉXaês  •  toûto  yàp  àvaXoysî  tti  Çwîi  èv  tw 
éjAsavEt  xôaao)  urapyov  (Anon.,  p.  109).  On  a  déjà  dit  que  ce  dogme  de  Ptolé- 
mée n'a  pu  prévaloir.  Qu'arriverait-il,  disent  les  opposants,  siles  deux  lumi- 
naires et  les  cinq  planètes  se  trouvaient  sous  terre? 

1.  Pour  éliminer  les  lieux  VIII  et  XII,  au  lieu  de  se  contenter  de  dire  qu'ils 
sont  diaûvÔETa,  Ptolémée,  entêté  de  sa  physique,  prétend,  en  outre,  qu'ils  sont 
éteints  par  les  brumes  de  l'horizon,  lesquelles  n'affaiblissent  apparemment  ni 
l'Horoscope  ni  l'Occident!  Saumaise  aussi  trouve  la  raison  inepte  (p.  333), 
mais  pour  une  raison  qui  ne  l'est  guère  moins  :  quod  est  ineptitm  et  inscitum, 
quasi  vapores  e  terra  ascendentes  eo  pervenire  possint.  Il  ne  s'agit  pas  de  savoir 
si  les  vapeurs  terrestres  peuvent  monter  jusqu'aux  astres  (ce  qu'admettaient, 
du  reste,  les  anciens),  mais  si  les  rayons  de  ceux-ci  se  détrempent  et  perdent 
leur  vertu  en  traversant  la  couche  de  vapeurs. 

2.  Dorothée  de  Sidon  n'acceptait  pas  cette  prééminence  du  MC.  sur  l'Ho- 
roscope (Anon.,  p.  110.  Cf.  ci-dessus,  p.  271). 

3.  Voy.  ci-dessus,  p.  270,  1. 


THÉORIE    APHÉTIQUE    DE    PTOLÉMÉE  417 

1°  Le  Soleil,  s'il  se  trouve  dans  un  lieu  aphétique  ; 

2°  A  son  défaut,  la  Lune,  en  même  condition; 

3°  A  défaut  de  l'un  et  de  l'autre  luminaire,  la  planète  qui,  étant 
en  lieu  aphétique,  se  trouve  avoir  le  plus  de  droits  à  la  maîtrise 
(olxooECTTroTEÎa)  soit  du  lieu  occupé  par  le  Soleil,  soit  du  lieu  de  la 
dernière  syzygie  (N.  L.),  soit  de  l'Horoscope  ; 

4°  En  dernier  recours,  l'Horoscope  lui-même  *. 

Pour  les  génitures  nocturnes,  l'à^péxT,  ç  sera  : 

1°  La  Lune,  en  lieu  aphétique  ; 

2°  A  son  défaut,  le  Soleil,  en  même  condition  ^  ; 

3°  A  défaut  de  l'un  et  de  l'autre  luminaire,  la  planète  qui,  étant 
en  lieu  aphétique,  se  trouve  avoir  le  plus  de  droits  à  la  maîtrise 
soit  du  lieu  occupé  par  la  Lune,  soit  du  lieu  de  la  dernière 
syzygie  (P.  L.),  soit  du  Sort  de  la  Fortune. 

4°  En  dernier  recours,  l'Horoscope.  Mais  Ptolémée,  pour  qui  le 
Sort  de  la  Fortune  est  un  «  horoscope  lunaire  »  ^,  décide  que  l'on 
prendra  cet  horoscope  spécial,  si  la  dernière  syzygie  a  été  une 
P.  L.,  et  l'Horoscope  proprement  dit,  si  cette  syzygie  a  été  uneN.L. 

D'une  manière  générale,  s'il  y  a  concurrence  entre  plusieurs 
aphètes  possibles,  choisir  le  mieux  placé  des  deux  luminaires  et 
préférer  même  à  l'un  et  à  l'autre  la  planète  qui  aurait  des  droits 


1.  Ainsi,  par  faveur  spéciale,  l'Horoscope  peut  être  à  la  fois  âtaetiitôî  (xôttoî), 
comme  entité  mathématique,  et  à'si-z-t\<;,  à  la  condition  d'être  représenté  par 
une  planète,  présente  réellement  ou  par  aspect  (tj  xatà  (ju[nrapouaiav  r\ 
xari  à*TÎva.  Anon.,  p.  169).  De  même  pour  le  Sort  de  la  Fortune.  Au  besoin 
les  8pta  (les  décans  planétaires,  les  dodécatémories  ou  les  ic>.T;poi  planétaires, 
suivant  les  systèmes)  pouvaient  suppléer  les  aspects.  De  là  une  confusion 
qui  fait  qu'  dEtpeaw  s'entend  tantôt  de  l'aphète,  tantôt  du  lieu,  et  des  deux 
ensemble.  Nous  verrons  plus  loin  (ch.  xiv)  un  système  de  quintuple  (Jœeutç 
simultanée,  où  l'i'f  étt.î  est  en  même  temps  toitoî  dtcpexixô;,  où  qu'il  soit  :  sys- 
tème également  de  Ptolémée  ou  donné  comme  tel. 

2.  Dans  une  géniture  nocturne,  le  Soleil  ne  peut  être  que  sous  terre  et 
devrait  être  éliminé  (ci-dessus,  p.  386,  1).  Ptolémée  l'inscrit  ici  pour  faire 
pendant  à  la  Lune  dans  la  série  diurne.  C'est  un  exemple  curieux  de  l'obses- 
sion de  la  symétrie.  Le  scoliaste  (Anon.,  p.  111)  dit  simplement:  è-îri  tôv  \\\.o^ 
A£ua<5[i£6a  ■  êàv  Se  [i-^i  aùxàv  £upyi<TO[X£v  (sous-entendu  Iv  i'f£T'.)cw  x^zw,  mais 
comment  pourrait-il  y  être?  Peut-être  dans  les  25  degrés  souterrains  du  lieu 
de  l'Horoscope?),  recours  au  n»  3.  En  suppléant  à  son  silence  par  un  texte 
d'Omar  {De  nativil.,  p.  121  Pruckner),  qui  cite  Ptolémée  et  Dorothée,  on  voit 
que  le  Soleil  doit  être  ici  remplacé  par  le  degré  qui  est  avec  lui  en  opposition 
diamétrale.  Manéthon  simplifie  :  il  supprime  partout  le  second  (içéxTjî  de  Pto- 
lémée et  conserve  les  trois  autres  dans  le  même  ordre. 

3.  C'est  ici  que  Ptolémée  et  le  scoliaste  précisent  l'unique  manière  dont  ils 
entendent  déterminer  le  x>kf,poî  Tû^Tiç,  afin  qu'il  soit  «a-irep  j£XT,v'.axôî  ûpouxo- 
t:oî  (à  la  différence  de  Néchepso  et  Pétosiris).  Voy.  ci-dessus,  pp.  288,  2.  296,  2. 

27 


418  CHAP.    XII.    —   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

exceptionnels  (par  exemple,  trois  sur  cinq)  à  la  maîtrise  simul- 
tanée des  points  utilisables  dans  les  deux  espèces  de  génitures 
(diurnes  et  nocturnes)  —  c'est-à-dire,  des  positions  de  la  Lune  et 
du  Soleil  —  et  qui,  en  outre,  se  trouverait  dans  un  lieu  plus 
qualifié  d'après  la  liste  susmentionnée  *. 

L'aphète  une  fois  trouvé,  à  la  suite  de  comparaisons  labo- 
rieuses, il  faut  déterminer  le  sens  dans  lequel  il  lance  la  vie,  à 
partir  de  son  lieu  aphétique  ;  sens  direct,  c'est-à-dire  conforme  au 
mouvement  propre  des  planètes,  quand  il  suit  la  série  des  signes 
(acpeai;  elç  xà  £TTO[jieva  xwv  t,iùVn)i^i  - directio  - pi^orogatio  directa)^ 
rétrograde  (acpsati;  elç  xà  n  p  o  t)  y  o  u  [x  ev  a  xwv  ÇwStwv  -  directio  con- 
versa) ^,  quand  il  suit  le   mouvement  diurne.   Nous   avons  dit 


1.  Je  ne  crois  pas  avoir  altéré,  en  le  paraphrasant,  le  sens  du  texte  un  peu 
obscur  de  Ptolémée.  Au  surplus,  le  voici  :  el  Se  xal  d([itp6xEpa  xà  owxa  ical  ô 
xfjç  oixEiaç  atpsaetoî  oixoSsairôxr,;  èv  xoî<;  àcpexixoti;  elsv  xôiroiç,  xôv  [lèv  xû  xuptw- 
xÉpto  xpÔTTu)  xiôv  cpwxiov  TtapaXTj-rexsov,  xôxs  6è  |jiôvov  xov  oÎxo5ettîôxtiv  àjjLcpoxépwv 
TtpoxpixÉov,  8xav  xal  xupiwxspov  ètié/ti  xôttov  xal  TTpoi;  à[itpoxépaç  xàç  a'.pé- 
ffstî  olxoSsa-rcoxtai;  Xdyov  ïyr^  (p.  330  Junctinus).  Le  scoliaste  établit  V  aYpeffi<; 
des  divers  points  visés.  L'Horoscope  est  toujours  diurne  :  par  contre,  l'Horos- 
cope lunaire  ou  xT^fipo;  Tùy^r^  doit  être  nocturne  (corriger  ii\izp:vbi  en  vuxxspt- 
voç).  Des  deux  syzygies,  Soxeï  yàp  ôijrep  -f^tASpiv-Ji  [xèv  eîvai  ■}\  atJvoSoi;, 
vuxxspiv-}-,  51  i,  TtavaéXTjvoî.  Voilà  pourquoi,  quand  la  dernière  syzygie  a 
été  diurne,  on  prend  l'Horoscope  ;  quand  elle  a  été  nocturne,  le  Sort  de  la 
Fortune.  C'est  sans  doute  quelque  glossateur  malavisé  qui  écrit  plus  loin  : 
Soxeî  yàp  r\  aûvoSoî  wsirep  x^,v  a't'psatv  [xsxaxtÔsvat  xai  vuxxepiv^,  ouda 
etî  -fijxsptyV  [lexixBdXkei^.  Celui-là  a  dû  faire  les  associations  d'idées  suivantes  : 
N.  L.  =  absence  de  lumière  =  nocturne.  Mais  si  le  xXf,poî  Tûyr,ç  se  trouvait 
par  hasard  sous  terre?  Le  cas  ne  se  présente  pas,  dit  le  scoliaste  (p.  113),  si 
c'est  une  P.  L.  qui  a  précédé  la  naissance;  et,  si  c'est  une  N.  L.,  il  est 
entendu  qu'on  prend  l'Horoscope. 

2.  L'dt'fsxTi;  sîî  xà  irpoTiyoûfxsva  est  dit  àvair  o  5  t  crxtxôi;  (Valens  ap.  Salmas., 
p.  432).  La  logomachie  (cf.  ci-dessus,  p.  117,1)  n'est  pas  seulement  dans  les 
mots,  n  est  évident  que,  avec  le  mouvement  diurne  pour  mesure,  le  terme  de 
directio  pour  le  sens  d'Occident  en  Orient  a  l'air  d'un  contre-sens  :  on  en 
voit  encore  mieux  l'impropriété,  si  l'on  songe  que,  1'  àcpéxT.i;  étant  supposé 
immobile,  c'est  1'  dvaipéxTiî  qui  fait  le  parcours,  d'Orient  en  Occident.  Aussi, 
Saumaise  reproche  à  ceux  qui,  comme  moi,  l'entendent  ainsi,  de  ne  pas  plus 
comprendre  Ptolémée  que  s'il  avait  écrit  en  chinois  (p.  430).  11  veut  que,  quel 
que  soit  le  sens  de  1'  dE^sai;,  ce  soit  1'  issxfiî  qui  se  déplace,  aussi  bien  dans 
le  sens  «  direct  »  de  10.  à  l'E.  que  dans  le  sens  rétrograde  de  l'E.  à  l'O.  Il  a 
raison  et  contre  ceux  qui  veulent  que  directio  indique  le  sens  du  mouvement 
diurne  et  contre  ceux  qui  confondent  la  directio  conversa  avec  la  rétrograda- 
tion des  planètes.  Mais  si,  en  théorie,  il  est  fondé  à  soutenir  que  â'-p£«7iî  tU 
xà  éTî&[jiEva  ne  peut  pas  signifier  mouvement  de  1'  àvaipÉxTi?  sU  xà  -lîporjoûiiEva, 
en  fait,  il  a  complètement  tort.  Il  oublie  que  les  astrologues  ont  été  obligés 
d'adopter  une  commune  mesure  pour  les  deux  sens  de  1'  i^esa,  et  que  cette 
mesure  ne  pouvait  être  que  le  mouvement  diurne.  Autrement,  dans  1'  xï^et'.î 


THÉORIE    APHÉTIQUE    DE    PTOLÉMÉE  419 

comment  et  pourquoi  ces  deux  modes  de  lancement  (xpoirot  tôjv 
àçÉaeiov)  ont  été  imaginés  et  ont  sans  doute  empêché  par  leur 
concurrence  Tinstitulion  d'un  système  unique  *.  En  tout  cas,  il  y 
a  de  part  et  d'autre  unité  de  mesure,  le  mouvement  diurne.  Dans 
le  sens  appelé  ici  direct,  le  mouvement  diurne  amène  la  planète 
àvatpÉTTiC  ou  «lieu  suivant»  (lirofxevoc  T07:o<;)àla  rencontre  du  lieu 
«  précédent  »  (r  p  o  t;  y  o  û  fji  e  v  o  ;)  où  est  logé  Taphète.  Dans  le  sens 
contraire,  c'est  l'aphète  qui  est  entraîné  vers  le  lieu  anaerélique, 
lequel  est  toujours  l'Occident.  D'une  façon  comme  de  l'autre,  la 
durée  de  la  vie  était  égale  au  nombre  de  degrés  d'ascension 
droite  compris  entre  le  lieu  aphétique  et  le  lieu  angerétique,  à 
raison  d'une  année  par  degré. 

Nous  savons  déjà,  et  de  reste,  combien  était  laborieuse  la 
conversion  des  degrés  du  Zodiaque  en  degrés  d'ascension  droite 
comptés  sur  l'équateur,  conversion  indispensable  toutes  les  fois 
qu'il  s'agit  d'évaluer  le  temps.  C'est  à  propos  de  ce  calcul  que 
les  astrologues  savants  accablent  de  leur  dédain  les  ignorants. 
Ceux-ci  en  tout  cas,  à  moins  de  pousser  l'ignorance  jusqu'à  ne  pas 
comprendre  même  l'énoncé  du  problème,  pouvaient  user  des 
canons  ou  tables  dressés  par  leurs  doctes  confrères  ^. 


eî;  xà  éTco|xeva,  chaque  içirriç,  qu'on  le  conçoive  comme  moteur  ou  comme 
mobile,  aurait  eu  sa  vitesse  propre.  La  Lune  aurait  atteint  V  dvatpsxTii;  plus 
vite  que  le  Soleil,  celui-ci  plus  vite  que  Jupiter,  et  ainsi  de  suite.  Il  est  fort 
possible  que  ceux  qui  ont  créé  l'expression  â('f  saiî  sU  xà  CTÔfxsva  l'aient  entendu 
ainsi,  et  que  V  àtpÉTTiî  ait  joué  pour  eux  le  rôle  de  «  donneur  de  vie  »,  chacun 
avec  sa  cote  spéciale,  comme  roîxoSsffuôxTiç  x%  ^svÉastoç  des  méthodes  visées 
plus  haut  (p. 405-410)  ;  mais  il  y  a  eu  à  la  méthode  une  retouche  qui  a  rendu 
cette  expression  impropre.  Saumaise  a  beau  anathématiser  Cardan,  il  lui 
faudrait  encore  récuser  les  interprètes  anciens  de  Ptolémée.  Le  scoliaste, 
visant  le  cas  où  1'  à'-séxr^^  serait  en  MC,  dit:  xpoirr,  [ièv  yàp  Sriaiç  -f;  xoû  d'f^xou, 
ctç  fiv  ô-fEÎXei  èXeeîv  b  àvaipixTji;,  et  c'est  en  MC.  que  se  produira 
la  xô^XTiaiî  xf.ç  ivaip^asuç  (Anon.,  p.  127).  Cf.  Paul.  Alex.,  R3-4  {xàXkr^^ii  ouv 
xal  èxe£v(i)  laxlv  f,xt;  xal  évxaOôaxaxà  -KEpiTtaxov  XEyopiévT,,  amenée  aussi 
par  le  mouvement  diurne).  Saumaise  ici  nie  l'évidence,  ce  qui  lui  arrive  de 
temps  à  autre. 

1 .  Je  me  persuade  que,  si  Ptolémée  avait  été  libre,  il  aurait  réservé  pour 
les  morts  violentes  le  système  de  la  direclio,  de  1'  dçixr.ç  frappé  par  le  rayon 
des  planètes  anserétiques. 

2.  Les  Arabes,  dignes  successeurs  des  «  Égyptiens  »,  n'étaient  pas  très 
convaincus  de  la  nécessité  de  la  conversion  :  ils  ont  fort  épilogue  sur  ce 
point,  les  uns  tenant  pour  l'ascension  droite,  les  autres  pour  l'ascension 
oblique  (cf.  Junctinus,  p.  381).  Les  explications  et  exemples  fournis  par 
Ptolémée  (pp.  338-340  Junct.),  résumés  par  Proclus  {Paraphr.,  pp.  183-201), 
largement  délayés  par  le  scoliaste  (Anon.,  pp.  109-134),  dont  le  texte  est 
criblé  de  lacunes  ou  d'interpolations,  de  fautes  et  de  méprises  (par  exemple, 


420  CHAP.    XII.    —  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

Ce  serait  bien  mal  connaître  Tesprit  de  l'astrologie  grecque 
que  de  supposer  que,  une  fois  fixés  le  point  de  départ  et  le  point 
d'arrivée,  le  calcul  de  la  durée  de  la  vie  se  réduisît  à  une  simple 
mesure  de  l'arc  compris  entre  ces  deux  points.  S'il  y  avait  un 
sujet  de  consultation  sur  lequel  les  astrologues  dussent  être 
circonspects,  c'était  bien  celui-là.  Aussi  le  résultat  brut  donné 
par  l'estimation  des  àvatpopat  était-il  retravaillé,  soumis  à  des 
additions  et  soustractions  diversement  motivées.  On  faisait  état 
de  toute  espèce  d'influences  intercurrentes,  susceptibles  d'accé- 
lérer ou  de  retarder  le  moment  fatal  :  influences  variables  comme 
qualité  suivant  la  nature  des  planètes  interférentes,  comme  éner- 
gie suivant  la  position  des  dites  planètes  par  rapport  aux  lieux 
aphétique  et  anœrétique,  au  Soleil  (phases  orientale  et  occiden- 
tale), aux  «  centres  »  et  particulièrement  à  l'Horoscope,  sans 
oublier  les  combinaisons  dans  lesquelles  ces  planètes  se  trou- 
vaient engagées  avec  les  signes  et  les  domaines  planétaires 
inscrits  dans  ces  signes.  Au  chiffre  fourni  par  la  mesure  de  la 
carrière  vitale,  les  planètes  bienfaisantes  ajoutaient  et  les  mal- 
faisantes retranchaient  un  certain  nombre  d'années,  suivant  des 
règles  compliquées  qui  rendaient  toujours  la  balance  incertaine. 
Quand  la  carrière  vitale  était  à  l'O.  du  méridien,  ayant  son  point 
d'arrivée  fixe  à  l'Occident,  les  planètes  malfaisantes  rencontrées 
sur  la  route  (corporellement  ou  par  aspect)  ne  tuaient  pas,  parce 
qu'elles  n'avaient  pas  leur  dard  ou  rayon  tourné  du  côté  de 
l'àcfÉTT)?  *  ;  mais  elles  retranchaient  des  années  de  vie,  et  d'autant 
plus  qu'elles  étaient  elles-mêmes  plus  rapprochées  de  l'Horos- 
cope. Les  planètes  bienfaisantes  allongeaient  la  course  dans  la 

nj  pour  X))  ne  sont  intelligibles  que  pour  des  mathématiciens.  Ce  sont  des 
modèles  de  calcul  pour  les  lieux  aphétiques  à  la  latitude  ou  climat  où  le  plus 
long  jour  solstitial  est  de  14  h.  Le  point  aphétique  (irpoT,Yoû[i£vo(:)  est  placé  en 
T  1%  et  le  point  anaerétique  (éirôiJLEvoi;)  en  0  1°-  Suivant  les  positions  occupées 
par  ces  points  par  rapport  à  l'horizon,  leur  distance  (60  degrés  du  Zodiaque), 
convertie  en  degrés  d'ascension  droite,  varie  de  46  à  70  degrés  ou  années. 
A  moins  que  Ptolémée  n'intervertisse,  sans  le  dire,  les  positions  respectives 
de  r  àïjixTi;  et  de  1'  ivatpÉTTii;,  il  me  semble  que  tout  est  ramené  à  1'  à'feutç  et; 
xà  ÉTcôfiEva,  comme  l'ont  compris  plus  tard  les  Arabes  (cf.  Junctinus,  p.  380)  ; 
aussi  peut-on  suspecter  le  dit  chapitre  d'avoir  été  remanié  et  interpolé.  Ce 
qui  nous  importe,  ce  ne  sont  pas  ces  calculs  empiriques  qui  suppléent  à  la 
trigonométrie  ;  c'est  le  principe,  à  savoir,  que  le  nombre  des  années  de  vie 
est  égal  au  nombre  de  degrés  d'ascension  droite  compris  entre  le  lieu  aphé- 
tique et  le  lieu  anaerétique. 

1.  Oùx  àvatpouffi  Sià  tô  [l^  èuKospeJÔai  tû  dtpsTixû  tôttw,  àXk'  Ixsîvov  toTî  aitwv 
{Tetrab.,  III,  14,  p.  334  Junctinus).  Voy.  'ci-dessus  (pp.  249,  2.  2S1,  3.  377,  2)  la 
théorie  de  l'àxttî  et  de  l'ô^nî,  souvent  oubliée,  utilisée  ici. 


ESTIMATION    DES  INFLUENCES  PERTURBATRICES  421 

même  proportion  *.  Avec  l'açsat;  tournée  du  côté  de  l'Orient,  en 
sens  «  direct  »,  les  astrologues,  dont  c'était  la  méthode  préférée, 
avaient  une  casuistique  beaucoup  plus  ample.  Là  le  point  d'ar- 
rivée n'était  plus  fixe.  Ils  avaient  à  choisir  entre  deux  planètes 
anœrétiques ;  entre  leur  présence  réelle  et  leurs  aspects;  enfin, 
entre  ces  aspects.  D'une  part,  les  planètes  anaerétiques  ne  tuaient 
pas  nécessairement,  même  par  présence  réelle  ou  par  aspect 
quadrat  ou  diamétral,  si  elles  étaient  contrebattues  par  des 
rayons  de  planètes  bienfaisantes  ^  ou  si,  n'ayant  pas  même  lati- 
tude que  ràcphïjî,  leur  coup  portait  à  côté  '';  d'autre  part,  en 
certaines  conditions,  elles  étaient  meurtrières  par  aspect  sextil 
ou  même  trigone  *.  Pour  surcroît  de  ressources,  le  Soleil  pouvait 
remplacer  une  planète  anaerétique  annulée  par  ses  rayons,  si  la 
Lune  était  aphétique.  Il  s'établissait  entre  les  planètes  bienfai- 
santes et  malfaisantes  une  lutte  dont  la  vie  était  l'enjeu  et  où 
l'estimation  des  forces  respectives  des  combattants  était  des  plus 
laborieuses  *.  Grâce  à  des  secours  opportuns,  telle  passe  mortelle 

1.  Ptolémée,  ne  voulant  pas  recourir  aux  cotes  des  planètes  ptoSoxîîpeî 
(ci-dessus,  p.  410),  institue  une  proportion,  additive  et  soustractive,  qui  a  son 
zéro  à  rOccident  et  son  maximum  (la  valeur  en  degrés  d'une  wpa  xatptxi,  de 
jour  ou  de  nuit)  à  l'Horoscope  (p.  335  Junct.). 

2.  Les  cotes  planétaires  reparaissent  ici  :  le  rayon  de  Jupiter,  pour  être  effi- 
cace, doit  porter  sur  le  degré  anaerétique  ou  en  arrière,  dans  un  espace  ne 
dépassant  pas  12»;  le  rayon  de  Vénus  n'a  d'action  que  sur  8".  Ces  chiffres,  12 
et  8,  sont  les  cotes  de  VlBioL  irsofoSoi;  de  chacune  de  ces  deux  planètes  (ci-dessus, 
p.  409).  Cf.  les  cotes  de  largeur  des  rayons  planétaires  (ci-dessus,  p.  178,  2). 

3.  C'est  bien  une  idée  d'astronome.  Le  cas  ne  se  produit  qu'avec  des 
planètes  réelles,  et  non  avec  les  aspects  :  èiv  re  awiiâxtov  ôvxwv  àiA'foxépwv, 
Toû  TE  àytivTo;  xal  xoû  uitavxwvxoî,  \>-^  xaôxô  -rcXixoî  ^  éxaxÉpiov  (p.  335  Junct.). 

4.  Par  exemple,  V  ivaipÉxT,;  est  meurtrier  par  aspect  sextil,  s'il  se  trouve 
dans  des  signes  d'ascension  lente  (uoXuypovia);  par  aspect  trigone,  s'il  est  en 
signes  d'ascension  rapide  (èXtyoxpdvia).  Les  faiseurs  d'objections  devaient  être 
intimidés  par  cet  étalage  de  géométrie  et  de  cinématique  :  impossible  de 
réfuter  ce  qu'on  ne  comprend  pas. 

5.  Voici  un  échantillon  des  questions  à  résoudre  :  Sxav  ouv  Sûo  ^  xal  Tz'keiovix 
T^  éxax^pwOev  xi  xe  poT,8oûvxa  xal  xaxà  xà  evavxi'ov  ivaipoûvxa,  axeicxéov  x^v 
iTTtxpâxTjdtv  ôiroxspou  xûv  eîSwv  xaxâ  xs  x6  itXfiBoî  aôxwv  auXXa|x6avo[jL£vwv  aùxoTç 
xai  xaxà  t)\v  5jva|itv.  Kaxà  (ièv  x6  irXfjOoî  aùxôiv,  8xav  at^OT^xû;  irXstova  ^ 
xà  l'xepa  xûv  éxépwv  •  xaxà  S'Jva[j.iv  Si,  oxav  xûv  Pot,6oûvxwv  r\  àvatpoûvxuv  âdxé- 
pwv  oî  (jièv  èvotxeion;  ut  ai  xôiroiç,  oî5è  (j.y|,  [AiXtaxa  6'  Sxav  ol  [jièv  w<tiv  iva- 
xoXixoi,  ol  6è  6uxixô(.  KaOdXou  yàp  twv  u-rcô  xàç  aùyài  ôvxwv  oùSiva 
■reapaXTj-Trxéov,  oûxe  irpôç  ivatpeuiv  oûxs  Tcpôî  pOTiOctav  •  nX-^^v  ei  [i^  tf^i  SeXi^vr,!; 
^(pexiSoî  oÙTriç  aôxôî  ô  xoû  'HXiouxÔTtoî  (iviXoi,<Ji)vxexpa[i[xévo<;  jjièv  ûttô  xoû  uuvôvxoî 
xaxoTtoioû,  ÛTTÔ  ixt,5evÔi;  6è  xûv  àfx^o-KoiSi^  PoTi9oû[i£voç  xal  àvaXeXufjisvoî  (p.  335 
Junctinus).  A  elle  seule,  la  comparaison  des  otxeîot  xditoi  (domicile,  hypsoma, 
trigone,  etc.)  pouvait  mener  loin. 


422  CHAP.    XII.    LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

pouvait  être  franchie;  ce  n'était  plus  alors  qu'un  «  climatère  », 
une  crise  ou  évitée  ou  rejetée  sur  des  biens  moins  précieux  que 
la  vie  physique  *. 

Je  n'entends  pas  m'enfoncer  plus  avant  dans  le  dédale  des 
exceptions,  compensations  et  autres  recettes  que  Ptolémée  accu- 
mule avec  l'air  détaché  d'un  homme  qui  semble  viser  plutôt  à 
rendre  le  problème  insoluble  qu'à  enseigner  les  moyens  de  le 
résoudre  ^  On  dirait  qu'il  sent  sur  lui  l'oeil  des  légistes  impériaux, 
très  chatouilleux  à  l'endroit  des  prédictions  concernant  les  décès, 
et  qu'il  s'arrange  de  façon  à  ne  fournir  à  ses  disciples  que  des 
matières  à  conjectures. 

Ptolémée  est  un  peu  plus  à  l'aise  quand  il  aborde,  en  un  autre 
endroit  de  son  livre,  la  question  connexe,  celle  du  genre  de 
mort  '.  Le  calcul  qui  a  déterminé  le  point  mortel  permet  de 
juger  à  quelle  planète  appartient  la  «  maîtrise  de  la  mort  »  (xupîa 
Toù  âravâxou).  C'est  celle  qui  a  des  titres  de  propriété  sur  le  lieu  de 
la  rencontre  mortelle,  ou  dans  le  voisinage  immédiat.  Dès  lors,  il 
n'y  a  plus  qu'à  consulter  le  tempérament  de  la  planète,  plus  ou 
moins  modifié  par  sa  position.  En  général,  Saturne  fait  mourir 
par  maladies  réfrigérantes,  chroniques,  telles  que  rhumatismes, 
affections  du  foie  et  autres  semblables;  Jupiter,  le  venteux  Jupi- 
ter, par  esquinancie,  spasmes,  maladies  flatulentes  et  maléo- 
lentes  de  la  gorge,  du  poumon,  du  cœur,  ou  foudroyantes,  comme 
l'apoplexie*;  Mars,  par  inflammations  et  fièvres  diverses;  Vénus, 
par  humidité  putride,  abcès,  fistules  et  apostumes  variés;  Mer- 
cure, par  maladies  sèches,  nerveuses  et  mentales,  telles  que 
l'épilepsie, 
~    Ce_spnt  là  les  morts  «  naturelles  ».  Les  morts  violentes  (piawOà- 

1.  Sur  les  climatères,  voy.  ci-après,  ch.  xv. 

2.  Je  laisse  aussi  de  côté  les  mélanges  et  intrications  de  la  méthode  aphé- 
tique  de  Ptolémée  avec  les  autres,  qui  font  les  délices  des  compilateur^. 
Saumaise  (p.  368)  en  cite  une  assez  originale,  de  Valens.  Le  rôle  de  «  donneur 
(le  vie  »  est  mis  à  l'encan,  et  adjugé  au  rabais.  Le  débat  est  entre  V  à.psTT,î 
(à  la  fois  èTziv.pci'z-f\'ztiip  et  j^povoxpâTwp)  et  1'  olxoSeffitÔTTiç  tt;?  yevsaewç.  Celui 
des  deux  qui  accorde  le  moins  d'années  prend  le  rôle  de  régulateur.  C'est  une 
invention  de  pessimiste. 

3.  Tetrab.,  IV,  8:  Ilepl  itotôxTiTo;  2ravot-co'j  (chapitre  transféré  à  III,  13 
par  Junctinus,  pp.  416-417,  et  pourvu  d'un  énorme  commentaire,  pp.  417-524). 
Cf.  Anon.,  pp.  163-16.5.  Les  fabricants  du  système  des  XII  lieux  avaient  logé 
les  données  du  problème  au  VIII<=.  Ex  hoc  loco  mortis  qualitas  invenitur 
(Firmic,  II,  19,  9  KroU  :  ci-dessus,  pp.  283-284).  C'était  beaucoup  plus  simple. 
De  même  dans  Yoctotopos,  où  la  janua  Ditis  est  à  l'Occident  (pp.  276-277). 

4.  Est-il  encore  bien  nécessaire,  au  point  où  nous  en  sommes,  de  signaler 
ici  l'allusion  mythologique  au  «  maître  du  tonnerre  »  ? 


xMORTS    NATURELLES    ET    MORTS    VIOLENTES  423  --, 

va-coti  sont  l'œuvre  des  deux  bourreaux  astrologiques,  Saturne  et 
Mars  *,  seuls  ou  assistés  d'autres  planètes.  Saturne  procure  les 
morts  violentes  quand  il  domine  —  soit  par  présence  réelle,  soit 
par~âspêct  quadrat  ou  diamétral  —  le  lieu  du  Soleil  ou  celui  de 
lÉTEune,  ou  les  deux  ensemble.  Le  genre  de  mort  est  spécifié  par 
la  nature  des  signes  dans  lesquels  il  se  trouve.Plaç(ljia.us  lés 
signés  «  solides  »  [mozi]  et  dominant  le  Soleil,  Saturne  présage 
la  strangulation  ou  lapidation  pai"  Ta  foulé  ;^%ans  les  signes  ani- 
maux, la  mort_^ar  la  dent  des  bêtes,  au  cirque,  si  Jupiter  colla- 
bore,  parjnorsure  de  bêtes  venimeuses,  si  Tes  signes  sont  eux- 
mêmes  ophidiens  ou  terrestres  (izp<sau(x)^  surtout  si  Mercure 
intervient;  par  empoisonnement  et  embûches  de  femmes,  avec 
la  collaboration  de  Vénus.  Placé  dans  les  signes  humides —  parmi 
lesquels  figure,_d'une  façon  bien  imprévue,  la  Vierge  ^  —  et 
dominant  la  Lune,  Saturne  provoque  la  mort  par  submersion  et 
naufrage  ;  dans  les  signes  tropiques  ou  quadrupèdes,  et  en  aspect 
avec  le  Soleil  ou  avec  Mars,  il  annonce  la  mort  par  chute,  la 
victime  de  l'accident  étant  écrasée  sous  des  ruinesy^u  tombant 
ëTTe-même  de  haut,  si  les  planètes  opérantes  sont  en  haut  du  ciel  ^ 


1.  Le  scoliaste  insiste  sur  la  distinction  ÎSioBâva-uoi  ou  Srâvaxoi  xaxà  cpûaw 
et  p  t  aïoOotvaxo  t  ou  Srivaxot  irapà  cpûaiv  (les  Latins  écrivent  biothanatï).  Fir- 
micus  sème  un  peu  partout  ses  biolhanali  (cf.  IV,  1  Kroll;VIIl,  6-17  Pruckner) 
et  leur  consacre  deux  chapitres  spéciaux  :  Damnalorum  fatales  geniturae 
(VII,  26  Pr.);  Mortalis  exilus  varius  incertusque  finis  (VII,  27  Pr.).  Morts  vio- 
lentes dans  Manéthon,  IV,  613-616;  V,  189-201,  217-221  ;  VI,  605-606.  Il  est  à 
remarquer  que  les  astrologues  n'envisagent  guère  l'hypothèse  du  suicide, 
mentionnée  une  seule  fois,  et  brièvement,  par  Ptolémée,  comme  méfait  de 
Mars  [f^  oLÙxôy^tipoLi  éauTwv  Ytvo[A£vouî.  p.  426  Junctinus)  et  conséquence  de 
l'amour  5ià  yuvaïxaç.  Propter  mulierem  vel  propter  uxorem  aut  propter  amoris 
cujusdam  praeposteras  cupiditates  semetipsos  aut  alios  interficient  (Firmic,  III, 
11,  9  Kroll).  Cf.  le  suicide  par  pendaison,  considéré  comme  fin  ordinaire  des 
Germains  par  Bardesane  (ci-dessus,  p.  340,  2). 

2.  Ci-dessus,  p.  139,  5.  On  dirait  que  Bernardin  de  Saint-Pierre  songeait  à 
cette  Vierge  astrologique  quand  il  a  imaginé  de  faire  périr  sa  Virginie  dans 
le  naufrage  du  Saint-Géran.  Argo  collabore  aux  naufrages  :  Ptolémée  l'admet 
et  nous  en  trouvons  l'application  dans  une  consultation  sur  le  sort  d'un  navire 
allant  d'Alexandrie  à  Smyrne  [Cod.  Florent.,  Appendix,  p.  104). 

3.  Chez  Manéthon  («tatvuv)  àfj^Oeaiv  r^  Xâsuai  Sôjiwv  t'  ôpo^fiuLv  èSXujiev  (VI,  612). 
Cf.  les  itTwjïtî  ôpô'fwv  par  action  de  la  Lune  (III,  130).  L'anecdote  concernant 
Simonide  rappelait  ce  cas  aux  astrologues.  On  peut  aussi  tomber  d'un  toit, 
et  sans  que  Saturne  en  soit  la  cause,  au  dire  de  Firmicus.  Tels  les  galants  nés 
sous  l'inûuence  du  Chevreau  au  couchant  :  puellarum  concubitus  caeca  nocle 
sectantes  et  nimio  ardore  poscenles,  cum  per  incognita  loca  perrexerint  ac 
super  tecta  ascenderint,  maritorum  somno  insidialuri,  praecipiti  lapsu  moriun- 
tur  (Firmic,  VIII,  12  Pr.). 


424  CHAP.    XII.   —   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

Voici  maintenant  les  méfaits  du  bourreau  par  excellence,  de 
Mars,  lorsqu'il  se  trouve  en  opposition  ou  en  aspect  quadrat  soit 
avec  la  Lune,  soit,  ce  qui  est  pire  comme  étant  à  contre-secte 
(irap'  aipecTiv),  avec  le  Soleil.  S'il  occupe  un  signe  «  humain  »>,  il 
cause  la  mort  par  guerre  civile  ou  étrangère  ou  par  suicide  ;  mort 
par  les  femmes  ou  à  cause  d'elles,  s'il  est  en  rapport  avec  Vénus; 
mort  par  le  fer  des  brigands  et  spadassins,  s'il  est  en  collabora- 
tion avec  Mercure.  Logé  dans  un  signe  mutilé  ou  qui  se  lève  avec 
la  Gorgone  de  Persée,  Mars  provoque  la  mort  par  décapitation 
ou  mutilation  quelconque.  S'il  est  dans  le  Scorpion  ou  le  Sagit- 
taire, sa  malfaisance  amène  la  mort  par  brûlures  ou  opérations 
chirurgicales;  par  crucifiement,  s'il  se  trouve  en  culmination  supé- 
rieure ou  inférieure,  surtout  associé  à  Céphée  ou  Andromède  *. 
S'il  est  au  couchant  ou  au  levant,  le  sujet  sera  brûlé  vif.  Dans 
les  signes  quadrupèdes.  Mars,  comme  Saturne,  fait  périr  par  écra- 
sement ou  chute.  Le  concours  de  Jupiter  indique,  comme  tout  à 
l'heure,  qu'il  n'y  aura  plus  accident,  mais  condamnation  à  un  sup- 
plice légal,  prononcée  par  des  rois  ou  potentats  quelconques  ^ 

Enfin,  si  les  deux  astres  destructeurs  opèrent  ensemble,  et 
dans  des  conditions  particulièrement  funestes,  il  peut  y  avoir  des 
aggravations  à  la  mort  ^  :  par  exemple,  double  supplice,  la  mort 


1.  L'irruption  de  la  mythologie  est  ici  visible.  D'après  Manilius  (V,  620 
sqq.),  Andromède  (Persée  est  à  côté)  en  horoscope  produisait  des  exécuteurs 
des  hautes  œuvres.  Firmicus  (VIII,  17,  p.  222  Pruckner)  distingue  entre 
Andromède  au  lever,  qui  produit  en  effet  des  carnifices  ou  carcerum  custodes, 
et  Andromède  au  coucher,  laquelle  fait  mourir  par  la  dent  des  bêtes  ou  le 
crucifiement.  Céphée,  père  d'Andromède,  facit  ora  severa,  la  mine  des  Gâtons 
(Manil.,  IV,  4S0  sqq.)  :  assertion  répétée  par  Firmicus  (VIII,  13,  p.  221  Pruck- 
ner). Le  chapitre  des  mutilations  est  développé  par  d'autres  avec  l'aide  de 
la  mélothésie  zodiacale  (ci-dessus,  ch.  x)  :  amputation  de  la  tête  avec  la  Gor- 
gone, des  bras  avec  les  Gémeaux,  des  pieds  avec  les  Poissons,  etc.  (cf.  Ps. 
Ptol.,  Centiloq.,lB). 

2.  Cf.  Firmic,  VII,  26,  p.  208  Pruckner  :  Damnatoriim  fatales  geniturae. 
Firmicus  expose  un  système  tout  différent,  fondé  sur  la  position  du  locus 
Necessitatis  et  de  ses  rapports  avec  les  planètes,  les  lieux,  les  domiciles,  etc., 
avec  lequel  il  distingue  les  espèces  de  pénalités,  les  grâces  et  réhabilitations, 
les  sentences  justes  et  injustes.  Manéthon  (IV,  478-490)  met  aussi  à  part  les 
gredins  dont  la  mort  violente  est  la  conséquence  de  leurs  crimes,  mais  fatale 
pourtant  (mxpfiî  [lotpïiç  uir'  àviyvci;!).  Comme  la  croix  ressemble  à  une  balance, 
on  est  aussi  crucifié,  ywssw  imperatoris,  en  vertu  de  la  présence  de  Mars  au 
18"  degré  (horoscope)  de  la  Balance  (Firmic,  VIII,  23  Pruckner). 

3.  Soit,  dit  Ptolémée,  en  qualité  ou  en  quantité  (vcaxà  t6  i:  o  î  o  v  \  xarà  xô 
x(5  aov).  Il  y  a  là  une  devinette  que  le  scoliaste  est  tout  fier  de  savoir  expli- 
quer. On  ne  meurt  pas  deux  fois,  dit-il  ;  mais  on  raconte  qu'un  individu 
jeté  à  l'eau  par  ordre  du  roi  se  sauva  k  la  nage  et  fut  ensuite  décapité. 


DES    CAUSES    ET    AGENTS    DE    LA    MORT  425 

en  terre  étrangère  et  surtout  la  privation  de  sépulture,  le  cadavre 
en  proie  aux  bêtes  sauvages  —  celles-ci  de  Tespèce  indiquée  par 
les  signes  du  Zodiaque  qui  hébergent  les  planètes  homicides. 

Il  y  a,  dans  tout  ce  chapitre,  une  logique  inquiétante,  qui  rap- 
pelle les  associations  d'idées  familières  aux  monomanes.  Ptolé- 
mée  a  coordonné  un  certain  nombre  de  traditions  éparses,  en  les 
associant  par  leurs  points  de  contact.  Une  de  ces  traditions,  la 
plus  ancienne  probablement,  empruntait  le  pronostic  du  genre 
de  mort,  comme  tous  les  autres,  au  signe  horoscope.  Nous  avons 
déjà  cité  la  proposition  «  chaldéenne  »  discutée  par  Ghrysippe, 
à  savoir  :  «  Un  homme  né  au  lever  de  la  Canicule  ne  mourra  pas 
en  mer  »  *.  Les  arguments  de  Carnéade  demandant  si  tous  les 
soldats  tués  dans  une  bataille  étaient  nés  sous  le  même  signe 
visaient  des  affirmations  analogues.  Sextus  Empiricus  nous  en  a 
conservé  des  échantillons  :  «  Si  »,  dit-il,  «  d'après  le  raisonnement 
«  mathématique,  un  individu  né  sous  la  flèche  du  Sagittaire  doit 
«  être  égorgé,  comment  se  fait-il  que  tant  de  myriades  de  Bar- 
«  bares  ont  été  égorgés  en  même  temps  à  Marathon  ?  Ils  n'avaient 
«  pourtant  pas  tous  le  même  horoscope.  Si  celui  qui  est  né  dans 
«  l'urne  du  Verseau  doit  faire  naufrage,  d'où  vient  que  les  Grecs 
«  revenant  de  Troie  ont  été  submergés  ensemble  le  long  des 
«  rochers  de  l'Eubée  ?  Il  est  impossible  que  des  gens  si  différents 
«  les  uns  des  autres  soient  tous  nés  dans  l'urne  du  Verseau  ^  » 
C'est  pour  échapper  à  ces  objections  —  déjà  réfutées  par  ailleurs 
—  que  le  signe  horoscope,  considéré  plus  tard  comme  donnant  la 
vie  et  non  la  mort,  a  été  remplacé  par  le  signe  qui  héberge  la 
planète  meurtrière. 

Avant  d'en  arriver  à  cette  combinaison  des  signes  et  des  pla- 
nètes, on  avait  trouvé  un  procédé  plus  simple,  qui  consistait  à 
prendre  pour  signe  déterminant  le  genre  de  mort  l'antagoniste  de 
l'Horoscope,  le  signe  placé  à  l'Occident^.  C'est  la  méthode  qui 
s'étale  tout  au  long  dans  les  «  pronostics  de  la  Sphère  Barba- 
rique  »  coUigés  par  Firmicus  et  inconnus,  dit-il,  de  Pétosiris  et 

1.  Ci-dessus,  pp.  34,  1.  383,4. 

2.  S.  Empir.,  Adv.  Aslrol.,  p.  353.  On  trouve  les  mêmes  pronostics  de  mort 
violente  présagée  par  l'Horoscope  dans  Firmicus.  Par  exemple  :  Undecima 
pars  Sagittarii  si  in  horoscopo  fuerit  inventa,  hotnines  faciet  qui  in  hostili 
bello  percussi  criideliter  pereant  (VIII,  27  Pr.).  -  Undecima  pars  Aquarii  si  in 
horoscopo  fuerit  inventa,  homines  faciet  qui  in  aquosis  vel  humidis  locis 
infauste  morientur  (VIII,  29).  Le  chiffre  XI  n'est  pas  funeste  par  lui-même, 
car  il  est  heureux  dans  d'autres  signes  :  il  doit  indiquer  le  degré  correspon- 
dant à  la  flèche  du  Sagittaire  et  à  l'urne  du  Verseau. 

3.  Ci-dessus,  p.  249,  2. 


426  CHAP.    XII.   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

Néchepso.  Firmicus  examine  le  lever  et  le  coucher  de  certaines 
constellations  extra  -  zodiacales  mises  en  correspondance  par 
l'heure  de  leur  lever  (TTapavaTÉXXovxe;)  avec  les  signes  du  Zodia- 
que, et  il  signale  leur  action  sur  la  vie  à  leur  lever,  sur  la  mort 
à  leur  coucher  *.  Le  même  raisonnement  avait  dû  être  fait,  à  plus 
forte  raison,  sur  les  signes  eux-mêmes. 

L'idée  que  la  mort  est  à  l'Occident,  idée  tout  à  fait  conforme 
au  symbolisme  naturel,  pouvait  être  aussi  bien  utilisée  pour  les 
planètes  que  pour  les  signes.  De  là  un  système,  aussi  simple  que 
le  précédent,  et  qui  consistait  à  attribuer  l'office  d'  àvaipéTTjç  à  la 
planète  placée  à  l'Occident  dans  le  thème  de  géniture  :  d'où 
résultait  mort  naturelle  avec  les  planètes  bienfaisantes,  mort 
violente  avec  Mars  ou  Saturne.  Il  va  sans  dire  que  le  pronostic 
tiré  de  la  planète  pouvait  être  combiné  avec  celui  du  signe  ou 
.  modifié  par  la  collaboration  d'autres  planètes  ^. 

Nous  voici  déjà  en  face  de  trois  méthodes  distinctes  :  1°  la 
mort  —  c'est-à-dire  le  genre  de  mort  —  indiquée  par  la  nature 
du  signe  horoscope  ;  2°  la  mort  indiquée  par  la  nature  du  signe 
occident  ;  3"  la  mort  indiquée  par  la  nature  de  la  planète  occi- 
dente.  Signes  et  planètes  doivent  ici  leur  office  à  leur  position  par 
rapport  à  l'horizon. 

Si  l'Occident  symbolise  la  mort,  à  plus  forte  raison,  l'hémis- 
phère souterrain  tout  entier.  On  pouvait  faire  ce  que  s'interdit 
Ptolémée  ^,  considérer  l'hémisphère  supérieur  comme  renfer- 
mant les  causes  de  la  vie  avec  ses  vicissitudes,  et  chercher  dans 
l'hémisphère  inférieur  les  causes  de  la  mort.  C'est  le  système 
que  paraît  viser  Bardesane  quand  il  demande  si  les  Mèdes  «  qui 
«  jettent  aux  chiens  les  morts  respirant  encore  [sic]  ont  eu  tous 


1.  Firmic,  VIII,  5-18,  pp.  217-225  Pruckner.  J'ignore  si  les  titres  des  cha- 
pitres Clara  sydera  cum  Ariete  (etc.)  orientia  occidentiaque  sont  bien  de 
Firmicus.  Il  était  homme  à  croire  que  les  constellations  qui  se  lèvent  avec 
un  signe  se  couchent  aussi  avec  lui.  La  règle  logique  du  système  se  trouve 
au  milieu  du  ch.  vi  :  Et  quia  jam  satis  superque  diximus  quid  in  ortu  hae 
stellae  facianl,  in  sequenti  loco  dicendum  est  quid  in  occasu  constitutae  décer- 
nant. Sicut  enim.  contrariae  sunt  lumini  tenebrae,  sic  vitae  mors.  Vita  igitur 
erit  in  ortu,  mors  autem  in  occasu  reperietur.  Orlus  ilaque  si  est  in  horoscope 
[sicut  fréquenter  diximus),  occasus  erit  in  diametro  horoscope,  hoc  est  inseplimo 
ab  horoscopo  loco. 

2.  Par  exemple,  semper  enim  in  occasu  Mars  positus  violentae  mortis  discri- 
men  indicit  ;  sed  ipsa  mors,  sicut  fréquenter  diximus,  pro  signorum  qualitate 
perficitur  (Firmic,  IV,  19,  16  KroU).  Seulement,  Firmicus  exige  comme 
condition  préalable  que  Mars  soit  dominus  geniturae. 

3.  Cf.  ci-dessus,  p.  415,  2,  la  règle  tô  0-  o  yf.v  ixc9T,xÉov. 


DES   CAUSES   ET   AGENTS   DE   LA   MORT  427 

«  en  géniture  diurne  Mars  avec  la  Lune  dans  le  Cancer  et  sous 
«  terre  »  ;  si  les  femmes  brûlées  vives  dans  l'Inde  «  ont  toutes  en 
«  géniture  nocturne  et  sous  terre  le  Soleil  avec  Mars  dans  le  Lion, 
«  op  ta  de  Mars  »  *.  On  voit  ici  le  drame  souterrain  dont  la  mort 
violente  est  le  dénouement.  La  planète  meurtrière  assaille  l'un 
des  deux  luminaires  dans  sa  propre  maison,  la  Lune  dans  le 
Cancer,  le  Soleil  dans  le  Lion,  avec  ce  raffinement  que  le  lumi- 
naire attaqué,  tout  en  étant  dans  sa  maison,  se  trouve  sur  les 
opta  de  l'adversaire  ^. 

Cette  idée  d'attaque,  de  lutte,  de  blocus,  qui  a  engendré  toute 
une  stratégie  exposée  dans  un  précédent  chapitre  (ch.  vm),  ne 
pouvait  manquer  d'être  exploitée  dans  la  question  de  la  mort  et 
du  genre  de  mort.  On  sait  que  la  Lune  est  le  principal  acteur  dans 
ce  genre  de  données,  et  elle  l'était  ici  à  bon  escient,  comme  repré- 
sentant plus  particulièrement  la  vie  physique  ^.  Aussi  les  contacts 
et  défluxions  de  la  Lune  ont  été  largement  exploités  pour  la 
solution  du  problème.  On  voit  à  chaque  instant,  dans  les  dénom- 
brements de  Firmicus,  la  mort  violente  causée  par  les  infortunes 
de  la  Lune,  qui  entre  en  contact  fâcheux  ou  va  s'enferrer  sur  le 
rayon  d'une  planète  malfaisante  ou  mal  disposée  *.  La  stratégie 
appliquée  à  la  Lune  pouvait  l'être  aussi  à  l'Horoscope,  ou  aux 
deux  ensemble,  nouvelle  source  de  combinaisons  ^ 


1.  Bardesan.  ap.  Euseb.,  Praep.  Evang.,  VI,  10,  32-33. 

2.  Rappelons  ici  que  les  combinaisons  des  planètes  et  des  signes  varient  à 
l'infini,  suivant  que  le  signe  est  considéré  comme  type  zodiacal  ou  comme 
domaine  planétaire,  en  bloc  (oîxoî-u4'<^[xa)  ou  par  parcelles  (opta-5£xavoi)  ou 
comme  correspondant  par  position  à  l'un  des  XII  lieux,  etc. 

3.  Proposition  universellement  admise  en  astrologie,  ressassée  par  Firmicus 
dans  son  IV°  livre  :  omnis  enim  subslantia  humani  corporis  ad  istiiis  perlinet 
auminis  potestalem  (IV,  1  Kroll,etc.).  Cf.  ci-dessus,  pp.  288.  293,  1. 

4.  Avec  Firmicus,  qui  compile  et  met  tout  dans  tout,  on  n'a  que  l'embarras 
du  choix  :  la  vie,  les  conditions  de  la  vie,  la  mort,  reviennent  pour  ainsi  dire 
à  chaque  chapitre.  Dans  les  chapitres  consacrés  aux  contacts  et  défluxions 
de  la  Lune  (IV,  2-lG  Kroll),  mort  violente  si  la  Lune  deficiens  et  minuta  lamine 
Satumo  jungatur  (2,  2)  ;  mort  violente  des  parents  avec  Mars  (4,  1  et  5)  ; 
mort  violente,  du  sujet  ou  des  parents,  avec  Vénus  et  Mars  (6,  3);  par  dé- 
fluxion de  Saturne  à  Mars  (9,  4-5);  de  Jupiter  à  Mars  (10,  4);  de  Jupiter  à 
Saturne  (10,  11);  de  Mars  au  Soleil  (11,  1)  ;  de  Mars  à  Mercure  (11,  4-5);  de 
Mars  à  Saturne  (11,  7);  du  Soleil  à  Mars  (12,  9-10);  de  Vénus  à  Mars  (13,  12); 
de  Mercure  à  Saturne  (14,  4)  ;  de  Mercure  à  Mars  (14,  7-12)  ;  de  Mars  ad  nul- 
lum  (15,  4j  :  le  pronostic  variant  suivant  la  qualité  diurne  ou  nocturne  de  la 
géniture,  suivant  la  phase  de  la  Lune,  l'aspect  des  planètes  concourantes,  etc. 
Sur  les  contacts  et  défluxions,  voy.  ci-dessus,  pp.  245  sqq. 

5.  Bardesane  cite  la  pendaison  comme  causée  par  le  blocus  de  la  Lune  et  de 
THoroscope  (xeuoXaSoujiévjn  ûiià  Kpôvou  %%:  "Aoew?  (Euseb.,  Pr.  iîy.,  VI,  10,34).  - 


428  CHAP.   XII.  —  LA    fiÉNÉTHLIALOGIE 

C'est  de  ce  chaos  de  systèmes,  billevesées  dont  la  masse  est 
comme  l'écume  de  cervelles  en  fermentation,  que  Ptolémée  a 
extrait  sa  théorie,  laquelle  est  limpide  par  comparaison.  Il  a  dû 
s'applaudir  d'avoir  su  tracer  un  chemin  tout  au  travers,  et  il  se 
flattait  probablement  de  n'avoir  pas  laissé  sa  raison  en  route. 

2°  De  la  forme  et  du  tempérament  du  corps.  —  En  parlant  de  la 
mort,  nous  avons  anticipé  sur  l'ordre  suivi  par  Ptolémée,  qui 
passe  en  revue  toutes  les  étapes  et  particularités  de  la  vie  avant 
d'en  considérer  la  fin  *.  Nous  allons  retourner  au  point  où  il  avait 
laissé  son  exposé,  en  abordant  le  chapitre  «  De  la  forme  et  du 
tempérament  du  corps  »  ^ 

Ptolémée  ne  daigne  même  pas  faire  une  allusion  au  système 
qui,  avant  et  après  lui,  suffit  aux  marchands  de  prédictions  astro- 
logiques et  dont  Manilius  fait  si  grand  cas;  celui  qui  consiste  à 
prendre  pour  type  le  signe  zodiacal  occupant  l'horoscope  ou 
hébergeant  le  Soleil  au  moment  de  la  naissance,  et  à  détailler  les 
qualités  et  défauts,  corporels  et  psychiques,  des  individus  nés 
sous  ce  signe  '.  L'influence  des  signes  ne  peut  que  modifier,  dans 
une  certaine  mesure,  l'influence  prépondérante  des  planètes.  Pto- 
lémée écarte  aussi  le  système  contraire  au  précédent,  mais  aussi 
simple,  qui  consiste  à  tout  dériver  de  la  planète  «  maîtresse  de 
la  géniture  ».  Suivant  lui,  l'action  plastique  est  exercée  en  pre- 
mier lieu  par  les  planètes  maîtresses  de  l'Horoscope  et  celles  qui 
le  suivent  de  près  *;  en  second  lieu,  par  la  Lune  et  les  planètes 
maîtresses  du  lieu  qu'elle  occupe.  Ces  planètes  tendent  à  réaliser 
leur  type  ([Jiôpcpwfftç-ôiaxjTrwcTti;),  et  elles  opèrent  avec  d'autant  plus 
d'énergie  qu'elles  sont  plus  orientales  par  rapport  à  l'horizon 

1.  On  peut  se  demander  s'il  n'aurait  pas  séparé  à  dessein  les  chapitres 
nspl /pôvwv  Çwfji;  et  Ilspi  ■koiô  "zr^xo^  Sravârou  pour  masquer  une  des 
imperfections  de  son  système,  qui  est  de  charger  Mars  et  Saturne  tantôt  des 
morts  naturelles,  comme  ivatpexixoî  dans  le  quadrant  oriental,  tantôt  des 
morts  violentes  en  général.  La  foi  a  des  ruses  qui  ne  l'empêchent  pas  d'être 
sincère. 

2.  Ilepi  piopcpfiî  xal  xpiaew;  (j co[xaTt icf.i;  {Tetrab.,  III,  U,  pp.  244-245 
Junctinus,  avec  commentaire,  pp.  247-258).  Cf.  Anon.,  pp.  134-136. 

3.  Voy.  ci-dessus  (p.  132,  1)  les  deux  revues  des  XII  signes  dans  Manilius 
et,  dans  Héphestion  (1,  l),  l'énumération  des  types  réalisés  par  les  signes  et 
les  décans.  Cf.  les  portraits  métoposcopiques  ou  physiognomoniques  déjà 
signalés  (ci-dessus,  pp.  132, 1.  313, 1.  385,  1). 

4.  Ptolémée,  pour  rompre  plus  nettement  avec  l'ancienne  méthode,  évite  de 
nommer  l'Horoscope.  Il  dit  :  Trapa-cTipTi-réov  ouv  x.a6ô>>ou  [xàv  t6v  àvaxoXixàv 
ôptÇovTa,  Toùî  I'ttovtok;,  fi  x^w  oLxo6caiiOT(av  aÔTOÛ  Xa|i6ivovTaî  twv  TXavojiivwv 
ita6'  Bv  eipTixapiev  xpôitov  •  iizl  [Aspouç  5è  xal  T-nv  (sz)^r\yt\^  waaÛTWî  {Tetrab.,  III,  11, 
p.  244  Junctinus).  Suit  une  série  de  portraits  planétaires. 


FORME  ET  TEMPÉRAMENT  DU  CORPS  429 

(àvaToXtxoi),  plus  matinales  (Iwoi)  par  rapport  au  Soleil  *.  Il  faut 
aussi  considérer  leur  position  sur  le  Zodiaque  par  rapport  aux 
solstices  et  équinoxes.  En  eflet,  le  quadrant  vernal  (de  ^  k  <3) 
donne  le  chaud  et  l'humide;  le  quadrant  estival  (de  tfp  à  ^),  le 
chaud  et  le  sec;  le  quadrant  automnal  (de  ^  à  ^),  le  froid  et  le 
sec;  le  quadrant  hivernal  (de  ^  à  «{?),  le  froid  et  l'humide  ^.  De  là 
les  divers  tempéraments  (xpâastc). 

La  physique  infusée  dans  l'astrologie  est  généralement  beau- 
coup plus  ridicule  que  les  superstitions  que  Ptolémée  veut  en 
éliminer.  Ici,  l'éminent  docteur  oublie  que  les  quadrants  du  Zo- 
diaque doivent  ces  prétendues  propriétés  physiques  à  la  présence 
du  Soleil,  et  qu'une  autre  planète  ne  saurait  les  leur  commu- 
niquer, à  plus  forte  raison  les  leur  emprunter.  Enfin,  Ptolémée 
consent  à  faire  la  part  des  signes  du  Zodiaque  dans  lesquels  se 
trouvent  l'Horoscope  et  la  Lune,  et  même  de  certaines  constella- 
tions extra-zodiacales  ^.  Les  signes,  eux  aussi,  tendent  à  réaliser 
leur  type  *.  Les  signes  humains  donnent  plus  d'harmonie  aux 
proportions;  les  signes  spacieux  (comme  ^  np  +->■)  allongent  la 
stature  ;  les  signes  menus  ou  resserrés  (comme  }i'3  ^)  la  raccour- 
cissent ^  Il  est  aussi  telles  parties  de  signes  qui  donnent  de  la 
vigueur  :  ce  sont  les  antérieures  dans  «(?  ^  ^,  les  postérieures 
dans  -(->•  H}^  VI  •  Enfin,  comme  il  est  des  signes  harmonisants  (n|,  ^^ 
f>),  il  y  en  a  d'asymétriques  (il|,  }(  y),  qui  déséquilibrent  l'orga- 
nisme, «  toutes  choses  qu'il  faut  voir  d'ensemble  et  combiner  »  ^, 

1.  Leurs  phases  influent  sur  la  quantité,  la  force  et  la  grosseur  du  corps. 
Analyse  des  quatre  phases  :  êwoi  jxèv  ôvxe;  xal  tpdatv  tco triai (xsvoi  fjLEYaXoTroioûjt 
là  ffûjjiatTa,  axTjpCÇovxsi;  8è  xô  -rcpcjxov  tdj^upà  xal  EÛxova,  itpOTiYOÛ  (xsvot 
Se  àaû[i[i£Tpa,  xà  5è  5sûxepov  dXTipîÇo vxeç  àff9£vÉaxepa,  Sûvovxsç  8è  àSoÇa 
(j.èv  TravxeXw;  otdxivcà  5è  vcaxouxtwv  (i6id.,  p.  243  J.).  Remarquer  ici  i^poT^yoû- 
ÎAsvot  au  sens  d'  àv  «t:  o8  tÇovxE?  (cf.  ci-dessus,  pp.  117,  1.  418,  2). 

2.  Voy.  ci-dessus,  p.  132,  fig.  15. 

3.  Twv  xs  èv  xw  ÇuSiaxw  xal  xwv  èicxô;  {Tetrab.,  l.  c).  Il  énonce  le  principe, 
sans  donner  cette  fois  d'exemples.  C'est  un  moyen  pour  lui  de  diminuer  l'im- 
portance des  signes,  en  leur  enlevant  leur  privilège  exclusif. 

4.  Proclus  connaît  une  théorie  qui  réservait  l'action  sur  les  corps  aux  signes, 
l'action  sur  les  âmes  aux  planètes  :  œ^3CK6-{is>^  yàp  aûfiaui  [lèv  xà  xwv  ÇwStwv, 
^{/uyaïî  5è  xà  xwv  àaxspwv  [Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  177  Pitra).  Cf.  ci-dessus, 
p.  149-150,  les  caractères  physiologiques  des  signes. 

5.  Cela  n'est  pas  mal  imaginé  ;  mais  voici  qui  est  aussi  bien  dans  une  théorie 
concurrente.  On  est  grand  ou  petit  suivant  que  l'œcodespote  de  la  géniture 
est  à  l'apogée  ou  au  périgée  ;  gras  ou  maigre,  suivant  qu'il  est  à  plus  ou  moins 
de  distance  (latitude,  iz'ki'zoi)  de  l'écliptique,  etc.  (Ps.-Ptol.,  Cenliloq.,  52-53). 

6.  "AitEo  lÎTravxa  auvc'-popwvxaî  xal  duveirixpîvovxaî  irporrixet  xijv  èitl  xf^ç  xpiveox; 
!TuvaYO[x£VTiv  l5toxpoir£av  Ttspi  xs  xà;  (xopcpwaei;  xal  xà;  xpâasi;  xûv  «jwjiixwv  xaxa- 
axoj(aiǣs6a'.  {Tetrab.,  Le). 


430  CHAP.  XII.  LA    GÉNÉTHLÏALOGIE 

suivant  la  formule  dont  se  sert  à  tout  propos  Ptolémée,  pour 
garder  le  décorum  scientifique  au  moment  où  il  en  a  le  moins  le 
droit. 

Pour  prévoir  les  «  infirmités  et  maladies  corporelles  *  »,  il  faut 
examiner  dans  quel  rapport  sont  les  planètes  malfaisantes  avec 
trois  «  lieux  »  du  cercle  de  la  géniture,  qui  sont  l'Horoscope, 
l'Occident  et  la  VI*  case,  habitacle  de  la'malechance  (xaxT)  Tûyy]- 
(Ttvouç  TOTToç-  Valetudo)  ^  Si  l'une  d'elles  ou  les  deux  ensemble  y 
sont  présentes  ou  les  visent  suivant  le  diamètre  ou  l'aspect  qua- 
drat,  le  présage  est  très  fâcheux.  C'est  pis  encore,  si  le  Soleil 
et  la  Lune,  ou  l'un  des  deux,  se  trouvant  sur  un  centre  ou  sur 
deux  centres  opposés,  sont  contrebattus  en  aspect  quadrat  par 
les  planètes  malfaisantes,  lesquelles  sont  aussi  en  ce  cas  sur  un 
centre.  Si  les  planètes  sont  au  levant,  leur  énergie  accrue  produit 
des  infirmités  permanentes  (<t(v7))  :  elles  donnent  des  maladies 
seulement  (Trâer))  quand  elles  sont  au  couchant  ^. 

La  nature  de  l'infirmité  ou  de  la  maladie  et  l'organe  menacé 
sont  indiqués  par  une  série  de  constatations  minutieuses  por- 
tant sur  la  position  respective  et  le  tempérament  comparé  des 
planètes  assaillantes  et  des  planètes  attaquées  ;  position  par  rap- 
port à  l'horizon,  au  Soleil,  aux  signes  du  Zodiaque.  Ceux-ci  col- 
laborent passivement  au  maléfice  par  leur  nature  spécifique  et 
indiquent  aussi,  à  la  façon  d'une  cible,  à  quel  endroit  portent 
les  coups.  Ainsi,  pour  n'en  citer  qu'un  exemple,  lorsque  la  Lune 


1.  Tetrab.,  III,  12,  nepl  uivwv  xal  Tcaôûv  awjxaTixwv  (pp.  258-2.59, 
262,  265-266  Junctinus,  qui  en  fait  le  ch.  xi,  avec  commentaire,  pp.  258-332). 
Cf.  Anon.,  pp.  136-142;  Maneth.,  VI,  548-629  (atvri  itspL  aoiuaTa);  Firmic,  VII, 
7  Pr.  [Eunuchorum  hermaphroditorumque  geniturae)  et  VII,  8  {Corpore  vitia- 
torum  geniturae  variae).  Firmicus  (II,  30,  H  JCroU)  recommande  à  l'astrologue 
d'être  discret  sur  ce  chapitre  et  sur  celui  des  infirmités  morales,  ne,  quod 
homini  malus  stellarum  decrevit  cursus,  non  dicere  sed  exprobrare  videaris. 
S.  Augustin  [Civ.  Dei,  V,  5)  connaît  une  théorie  d'après  laquelle  fata  valetu- 
dinis  in  conceptu  sunt,  aliarum  vero  rerum  in  ortu  esse  dicuntur. 

2.  Ce  n'est  pas  ainsi  que  parle  Ptolémée  :  il  démarque  les  lieux  quand  il 
s'en  sert  :  à'7co6XÉ'7tetv  ôsï  irpôç  Ta  toû  ôptÇovTOî  Sûo  xivtpa,  touT^axt  ivaToXtxôv 
xal  Tô  Suxtxôv,  [xdt^iffTa  Se  Ttpôi;  te  tô  6ûvov  aÛTÔ  xal  irpôç  xo  T^yoûfievov, 
6  ItïTtv  àaûvSsTov  tw  ivaxoXtxw  xsvcpw.  Ptolémée,  dit  le  scoliaste,  recherche  : 
1°  dtvos  7\  Tïdîôoî  k'^si  t6  awjia;  2»  sîxa  T^spl  irotov  jxÉpoî  ;  3°  xal  x-^v  olxiav  iirl 
xoûxotç.  Dans  le  détail,  le  scoliaste  admire  les  «  observations  exquises  »  de 
son  auteur  :  xà  2r£(i)pTi[j.aTa  xfi;  èÇatpexou  irapaxTipTiiTEwç. 

3.  Ptolémée,  généthlialogue  impénitent,  s'est  enlevé  ici  les  ressources  que 
fournit  le  système  concurrent  des  xaxap^^aL  On  verra  plus  loin  (ch.  xv)  une 
théorie  ingénieuse  qui  dérive  les  infirmités  du  thème  de  géniture  et  les 
maladies  de  l'état  présent  du  ciel. 


INFIRMITÉS    ET    MALADIES  431 

est  pleine  ou  nouvelle  (position  par  rapport  au  Soleil),  ou  qu'elle 
est  sur  un  centre  (position  par  rapport  à  l'horizon),  ou  qu'elle  est 
en  contact  (uuvaçT^)  avec  quelque  «  nébuleuse  »  comme  il  y  en  a 
dans  le  Cancer  et  dans  le  Taureau  (Pléiades),  avec  la  pointe 
du  Sagittaire,  le  dard  du  Scorpion,  la  crinière  du  Lion  et  l'urne 
du  Verseau  *,  si  elle  est  attaquée  par  Mars  ou  Saturne  à  l'Orient 
ou  en  phase  orientale  (c'est-à-dire  à  leur  maximum  d'énergie)  ^, 
il  y  aura  perte  d'un  des  deux  yeux.  La  cécité  sera  complète,  si 
l'attaque  porte  à  la  fois  sur  les  deux  «  luminaires  »,  la  Lune  et  le 
Soleil.  Que  si  l'action  offensive  vient  de  Mars,  la  perte  de  l'organe 
sera  causée  par  coup,  fer  ou  brûlure  ;  si  elle  vient  de  Saturne, 
par  action  réfrigérante  produisant  des  cataractes  et  des  glau- 
comes, sorte  de  congélation  de  l'œil  ^.  On  peut  même  aller  plus 
loin  en  tenant  compte  de  la  collaboration  éventuelle  de  Mercure, 
qui  est  parfois  du  côté  des  méchants.  Ainsi,  dans  le  cas  où  l'œil 
serait  crevé  par  Mars  assisté  de  Mercure,  on  prévoit  que  le  coup 
sera  porté  «  dans  les  gymnases  et  palestres  ou  dans  quelque 
attaque  de  voleur  »,  Hermès  étant  le  dieu  de  la  bonne  éducation 
et  aussi  de  la  mauvaise  morale. 

Pour  les  aider  dans  ces  délicates  analyses,  les  astrologues 
avaient  déterminé  d'avance  toutes  les  correspondances  sympa- 
thiques entre  le  monde  céleste  et  le  microcosme  humain.  Ptolé- 
mée  écarte  le  plus  qu'il  peut  la  mélothésie  zodiacale  ;  il  la  com- 
bine à  doses  fractionnées  avec  la  mélothésie  planétaire,  qu'il  a 
sans  doute  acceptée  toute  faite,  et  qui,  plus  physiologique  que 
l'autre,  échappe  plus  aisément  au  contrôle.  Elle  fait  comprendre 
comment  les  démêlés  de  Vénus  avec  Mars  et  Saturne,  surtout  si 
la  Lune  est  malmenée  avec  elle  ou  si  le  Soleil  aide  ses  adver- 

1.  Tel  autre  ajoute  le  Capricorne,  Bià  x^v  àxavôav  {Cod.  Florent.,  p.  147). 

2.  Il  y  a  encore  un  maximum  dans  ce  maximum  ;  c'est  quand  les  planètes 
sont  à  la  fois  éwot  piâv  tw  r^kiut,  rfj  6è  seX-^vt^  éî-reépiot  (p.  2S9  Junctinus). 
C'est  une  sorte  d'  «  idioprosopie  »  (cf.  ci-dessus,  p.  242).  L'attaque  est  aussi 
plus  énergique  quand  la  Lune  est  en  décours,  oùoij  5à  «ùt^  àitoxpouctix^ 
aÙTol  àvaToXixol    ôvxeî  Êit'.tpipovxai,  etc. 

3.  La  cécité  est  une  infirmité  qui  occupe  beaucoup  les  astrologues.  Dans  le 
système  zodiacal,  celui  de  Manilius,  c'est  le  Cancer  qui  la  produit  (Manil., 
IV,  530-534.  Firmic,  VIII,  20).  La  vraie  raison  doit  être  que  le  crabe  passait 
pour  n'avoir  pas  d'yeux  :  la  nébuleuse  —  ou  la  position  du  Cancer  parmi 
les  signes  où  pXÉTrovxa  (ci-dessus,  p.  161)  —  ont  été  invoquées  après  coup.  Les 
partisans  des  systèmes  planétaires  puisent  aux  mêmes  sources  que  Ptolémée. 
Voy.  le  (Jtvo;  ô»6aX[xwv  dans  Manéthon  (II,  354,  III,  275,  V,  252  sqq.)  et  la 
cécité  (VI,  548-553).  Ce  sont  toujours  les  deux  luminaires  qui  représentent  les 
yeux  (cf.  .\non.,  p.  139),  Mars  et  Saturne  qui  les  attaquent.  Les  oculistes  aussi 
devaient  être  nombreux,  à  en  juger  par  les  «  cachets  »  retrouvés  jusqu'ici. 


432  CHAP.    XII.  —   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

saires ,  font  naître  des  êtres  impuissants  et  stériles  ,  ou  des 
eunuques  et  des  hermaphrodites  avec  l'intervention  malveillante 
de  Mercure;  comment  le  même  Mercure  collabore  avec  Saturne 
aux  infirmités  des  bègues  et  des  sourds-muets;  comment  les 
planètes  malfaisantes,  attaquant  les  luminaires  et  surprenant  la 
Lune  dans  des  signes  infirmes  et  mutilés,  produisent  des  borgnes, 
des  aveugles,  des  bossus,  des  manchots  et  des  boiteux  *.  Malgré 
qu'il  en  ait,  Ptolémée  est  obligé  de  recourir  au  Zodiaque,  d'ad- 
mettre que  les  signes  animaux  poussent  à  la  scrofule  et  à 
l'éléphantiasis,  que  le  Sagittaire  et  les  Gémeaux  causent  des 
attaques  d'épilepsie  ^  Enfin,  comme  on  l'a  dit  tout  à  l'heure, 
chaque  signe  est  une  cible  qui  marque  la  direction  des  coups. 
Soit,  par  exemple,  la  goutte.  Si  les  planètes  intéressées  sont 
logées  dans  les  derniers  degrés  des  signes,  elle  se  jettera  sur  les 
pieds,  et  non  sur  les  mains. 

Bien  entendu,  le  pronostic  peut  être  amélioré  par  l'intervention 
de  planètes  bienfaisantes.  Jupiter  donne,  pour  cacher  les  maladies 
ou  infirmités,  la  richesse  et  les  honneurs  ^;  Vénus,  des  recettes 
révélées  pour  les  guérir  *  ;  Mercure,  des  médecines  naturelles. 

1.  Cf.,  dans  Manéthon,  les  conditions  qui  font  les  eunuques  de  naissance 
(I,  121-126  ;  VI,  270-275),  les  hermaphrodites  (I,  127-128  ;  VI,  276-280),  les 
individus  stériles  (IV,  582-585  ;  V,  326-331  ;  VI,  260-304),  les  boiteux  et  amputés 
(I,  129-138),  les  hydropiques,  phtisiques,  spléniques  (I,  139-156),  les  lépreux  (V, 
246-251),  les  épileptiques  (VI,  609),  etc.  ;  à  grand  renfort  d'aspects,  de  planètes 
logées  dans  la  maison  d'autrui,  dîmant  (SexaTeûovTe;)  sur  la  Lune,  etc. 

2.  Le  Zodiaque  devient  ici,  pour  les  besoins  de  la  cause,  un  véritable 
hôpital  ou  musée  pathologique.  On  comprend  la  compassion  de  Manilius  pour 
toutes  ces  infirmités  (ci-dessus,  p.  151).  Ptolémée  n'y  veut  jeter  qu'un  coup 
d'œil;  mais  les  barèmes  des  astrologues  consultants  donnaient  des  listes 
de  signes  impétigineux  (àXtpûSTi-Xer/T.vwÔTfi),  squameux  ÇkeiziZtx^-zd),  fistuleux 
((TupiYYwSTi),  lépreux  (XsTtptiST,),  pédiculeux  (cpOsipoTroii),  fiévreux  (Sta-rcupa), 
convulsifs  ((JTraaxixdi),  ophthalmiques  (atvwxmà  ôï!8a>*[itÔv,  liste  la  plus  longue, 
V  S  la  -H  >&  «),  etc.  Voy.  Anecdota  de  Ludwich,  pp.  105-110.  11  y  avait  aussi 
des  signes  stériles  (aTeipwS-rj-cÏYOva)  ;  d'autres,  ôXtydyova,  ou  TroXûyova,  itoX-Ju- 
■TTépjxa.  Les  5t!puf„  Stjiop'fa,  Stj^pwjia,  àjxtpîêia,  devaient  pousser  à  l'androgynie. 
Enfin,  les  tenants  de  la  mœrogenèse  localisaient  les  maladies  dans  les  degrés 
des  signes.  Ainsi,  l'Horoscope  dans  le  venter  Arietis  (T  23°)  strumaticum 
faciet,  exulcerata  macularum  labe  possessum,  vel  certe  elephantiaca  conla- 
(jione  maculatum  (Firmic,  VIII,  19).  Les  quadrants  du  Zodiaque  avaient  aussi 
leur  influence,  d'où  les  maladies  «  saisonnières  ».  L'épilepsie  est  aussi  une 
«  maladie  de  l'âme  »  (voy.  ci-après,  p.  434, 1)  causée  par  la  Lune  et  Mercure  : 
le  Sagittaire  et  les  Gémeaux  figurent  ici  comme  domiciles  de  ces  planètes  et 
causes  de  la  maladie  corporelle  (cf.  ci-dessus,  p.  429,  4,  la  théorie  de  Proclus). 

3.  De  même  Manéthon  (V,  256-259).  Les  astrologues  s'étaient  approprié  le 
Zeû  u û  (j 0  V  populaire  — àyaôôç  uw-c^p  cpasat|j.6poTOç  oùpâvtoi;  Zsûî  (i6id.,  256). 

4.  C'est  la  médecine  préférée  par  Vénus,  c'est-à-dire  par  le  sexe  pieux.  On 


DES    FACULTÉS    PSYCHIQUES  433 

Vénus  peut  même  faire  que  les  infirmités  ne  soient  pas  disgra- 
cieuses *,  et  Mercure,  qu'elles  rapportent  des  bénéfices  à  l'inté- 
ressé ^.  Les  astrologues  n'oublient  pas  qu'il  ne  faut  décourager 
personne  et  que  la  foi  a  besoin  d'espérance. 

3°  Des  qualités  de  l'âme.  —  Après  le  corps,  l'âme,  qui,  au  dire 
de  Ptolémée,  est  de  formation  postérieure  à  celle  de  son  enve- 
loppe ^.  Notre  philosophe  n'entend  pas  pour  cela  rompre  la  soli- 
darité qui  les  unit.  S'il  y  a  dans  l'âme  une  catégorie  d'aptitudes 
intellectuelles  (voepôv  -  XoYtxôv  -  SiavoTjxixov)  qui  dépendent  surtout 
de  Mercure,  il  y  en  a  une  autre,  de  penchants  moraux,  passion- 
nels et  irrationnels  (7)61x07  xal  ako^ov  -  TraOTixixov) ,  qui  est  régie  par 
l'influence  plus  matérielle  de  la  Lune  et  des  planètes  se  trouvant 
en  contact  ou  en  défluxion  avec  elle. 

Là  encore,  là  surtout,  le  pronostic  dépend  d'une  infinité  de 
considérations  :  du  tempérament  des  planètes  agissantes  et  des 
signes  du  Zodiaque  où  elles  se  trouvent;  de  leurs  rapports  entre 
elles,  avec  le  Soleil,  avec  les  centres  du  cercle  de  la  géniture,  et 
ainsi  de  suite.  Ptolémée  fait  aussi  restreinte  que  possible  la  part 
des  signes  du  Zodiaque;  mais  enfin  il  accepte  que  les  signes 
tropiques  produisent  des  esprits  retors  et  ambitieux,  politiques, 
avocats,  démagogues,  devins;  les  signes  bicorporels,  des  individus 
incohérents,  légers,  dissimulés;  les  signes  fixes  ou  solides,  des 
gens  simples,  sûrs,  tout  d'une  pièce.  L'action  prépondérante 
appartient  aux  planètes.  Entre  celles-ci,  il  faut  choisir  celle  qui 
a  la  «  maîtrise  de  l'âme  »  (xupta  «l^u^^ixï^  -  olxoSEairoTeta  tt);  4'^x^i'î)' 
d'après  les  procédés  connus,  c'est-à-dire  celle  qui  a  le  plus  de 
titres  à  dominer  le  lieu  de  Mercure  et  de  la  Lune.  Cela  dit,  Pto- 
lémée énumère  à  la  course,  en  accumulant  les  qualificatifs,  les 
«  décrets  »  des  planètes  maîtresses  de  l'âme,  considérant  chacune 
d'elles  d'abord  en  particulier,  puis  associée  avec  une  autre,  le 
tout  sous  deux  points  de  vue,  en  bonne  ou  en  mauvaise  dispo- 


retrouvera  plus  loin  le  goût  des  femmes  pour  les  «  révélations  et  oracles  des 
dieux  ».  Les  mères,  autrefois  comme  aujourd'hui,  allaient  porter  leurs  enfants 
malades  aux  lieux  de  pèlerinage  :  df/pi  xev  ïl^-»\vTat  jiaxaowv  Upoîç  itapà  p^tioïi; 
(Maneth.,  11,  367). 

1.  Le  scoliaste  assure  que  le  strabisme,  par  exemple,  est  souvent  plein 
d'agrément  ([lexà  /iptro;).  C'est  de  la  logique  d'amoureux,  celle  que  Lucrèce 
(IV,  1156  sqq.)  connaît  si  bien. 

2.  Cf.  ci-dessus,  p.  400,  1. 

3.  Uspl  T:oi6xrizQ<;  <\ivyrii  (Tetrab.,  111,  13,  pp.  525-529  Junctinus,  qui  en 
fait  III,  14  et  le  commente,  pp.  533-607).  Cf.  Anon.,  pp.  142-144.  C'est  au  cha- 
pitre 10  que  Ptolémée  affirme  quexà  xoû  aw|i.aTO<;  irpà;  x^v  4'"XV  TipoTuitoCTac 
xaxà  'fjTtv  (p.  244  Junct.). 


434  CHAP.   XII.  —  LA    aÉNÉTHLIALOfilE 

si  lion.  Ce  torrent  d'adjectifs  est  endigué  et  canalisé  par  une  non 
moins  étonnante  série  d'adverbes,  qui  ont  pour  but  de  caracté- 
riser les  nuances  et  modifications  apportées  aux  décrets  par  l'in- 
fluence concomitante  de  la  Lune  dans  chacune  de  ses  phases  et 
du  Soleil  bien  ou  mal  placé  *.  La  seule  idée  nette  qui  ressorte  de 
là,  c'est  que  le  vocabulaire  grec  est  inépuisable  et  que  les  tra- 
ducteurs feront  bien  de  poser  la  plume,  sans  même  tenter  une 
lutte  inégale. 

;  Mais,  comme  le  corps,  l'âme  a  ses  maladies  ^,  qui  l'attaquent 
soit  dans  sa  partie  intelligente  et  active,  soit  dans  sa  partie  pas- 
sionnelle et  passive.  Les  maladies  de  l'entendement  (toû  StavoTjxi- 
xoù)  rentrent  toutes  dans  ce  que  les  pathologistes  modernes 
appellent  les  maladies  nerveuses  :  elles  vont  de  l'idiotie  à  la  folie 
furieuse,  en  passant  par  l'exaltation,  l'extase,  la  possession 
démoniaque  ^.  Toutes  dépendent,  aussi  bien  que  les  qualités,  de 
Mercure  et  de  la  Lune,  c'est-à-dire  des  assauts  que  subissent  ces 
planètes  de  la  part  des  planètes  malfaisantes  et  des  conditions 
plus  ou  moins  favorables  soit  à  l'attaque,  soit  à  la  défense.  On 
conçoit  que  si  les  planètes  assaillies  ne  sont  pas  associées  entre 
elles  ou  avec  l'Horoscope,  et  si  les  assaillants  sont  exaspérés  par 
l'antipathie  de  secte, — celle  qu'éprouvent  les  planètes  nocturnes 
pour  les  génitures  diurnes  et  inversement,  —  on  doive  s'attendre 
au  pire.  Les  planètes  bienfaisantes  adoucissent  pourtant  le  pro- 
nostic et  rendent  généralement  les  maladies  curables,  à  moins 


1.  Il  avertit,  du  reste,  que  le  sujet  est  compliqué  :  itoXuTpoTcoxdttou  81  ôvtoî 
TOÛ  Tcspl  xàç  t]/uj(ixài;  ôp[iàç  eiSouî,  sIxôtwi;  àv  xal  t-)^v  TotauxTivéïtîffxeij'tv  OJy(  àitî^ôj; 
ouS'  wç  Ixuj^e  ■Koioiiisbn,  5ià  irT^etdvwv  6è  «cal  icotxîXwv  TrapatTipTiaEwv  (p.  525  Junc- 
tinus).  11  y  a  là,  comme  toujours,  de  quoi  intimider  les  profanes. 

2.  nspt  iraOûv  d/uxtxwv  {Tetrab.,  III,  14,  pp.  607-608  Junctinus,  avec 
commentaire,  pp.  610-612).  Cf.  Anon.,  pp.  144-145. 

3.  L'épilepsie  figure  ici  comme  èTrt>k-if)4'i£a,  et  comme  Upà  vôcoi;  parmi 
les  TtaOfi  ffwjjiaTixdt.  Les  diverses  espèces  de  folie  ((xav£a-8at[jLOV'.oT:XT|^ta-2fcOtp&- 
pia-sÇayopta-uYpoxlcça>>ot,  etc.)  préoccupent  aussi  Manéthon  (I,  229-238;  VI, 
572-573,  595-603)  :  folie  ou  épilepsie  (II,  498-499);  folie  prophétique  (IV,  216 
sqq.;  VI,  472  sqq.,  569  sqq.).  Prophètes  et  nécromants  (IV,  545-559  ;  VI,  491- 
493);  Galles  délirants  et  mutilés  (IV,  221  ;  VI,  295-299,  534-540).  L'auteur  décrit 
la  folie  religieuse  des  xâ-uoxoi  ou  reclus  égyptiens  qui  s'enchaînent,  portent 
des  haillons,  des  cheveux  en  crinière  de  cheval,  et  se  mutilent,  sur  un  ton 
où  le  dédain  se  sent  plus  encore  que  la  pitié.  Il  considère  les  pythies  et  autres 
énergumènes  comme  des  victimes.  Firmicus,  qui  connaît  des  cinaedi  dans  les 
tetoples  (VIII,  16  Pr.),  sait  aussi  que  Vénus,  au  IX^  lieu  (des  religions),  faciet 
eum  qui  sic  habueriL  Venerem  assidua  ciijusdam  daemonis  interpellalione 
pulsari;  faciet  autem  in  templis  manere  sordido  et  sic  semper  intercedere  et 
qui  nunquam  tondeant  comam,  etc.  (Ill,  6,  17  KroHj. 


LES    MALADIES    DE   l'aME  433 

que,  affaiblies  par  position,  elles  ne  se  laissent  vaincre  et  n'ac- 
croissent d'autant  la  fureur  de  l'ennemi. 

Les  maladies  intellectuelles,  qui  sont  toujours  des  exceptions, 
intéressent  moins  la  clientèle  des  astrologues  que  les  maladies 
passionnelles.  Celles-ci  se  ramènent  toutes,  pour  nos  moralistes, 
à  des  perversions  de  l'instinct  sexuel,  par  excès  ou  par  défaut.  Il 
est  prudent  d'abréger  ce  chapitre,  sur  lequel  les  auteurs,  Firmi- 
cus  notamment,  sont  intarissables  \  d'autant  plus  qu'il  y  faudra 
revenir  à  propos  de  certaines  passions  tout  à  fait  comparables  à 
ces  «  maladies  ».  Ces  maladies  ont  pour  cause,  comme  celles  de 
l'entendement,  le  conflit  de  deux  couples  antagonistes,  mais  qui 
ne  sont  plus  les  mêmes.  Dans  le  couple  assaillant,  Vénus  rem- 
place Saturne,  et,  dans  le  couple  assailli,  le  Soleil  est  substitué  à 
Mercure;  une  marge  étant  laissée,  comme  toujours,  à  l'ingérence 
des  autres  planètes.  Le  jeu  du  système  est  d'une  simplicité  rela- 
tive et  d'une  symétrie  parfaite,  que  l'on  doit  évidemment  à 
Ptolémée  ^.  Si  les  deux  couples  sont  dans  des  signes  masculins, 
la  prédominance  de  la  virilité  fait  que  les  hommes  sont  d'une 
lubricité  extrême  et  que  les  femmes  deviennent  des  tribades 
effrontées.  Dans  le  cas  inverse,  les  hommes  sont  efféminés  et 


1.  Ptolémée  réserve  pour  un  autre  chapitre,  celui  des  unions  (IIspl  (iuvap[xo- 
ywv,  ci-après,  p.  447),  légales  et  illégales,  les  dérèglements  de  l'amour,  l'adul- 
tère et  l'inceste.  Il  ne  parle  ici  que  de  l'instinct  animal,  de  la  prostitution  et 
des  vices  contre  nature.  Les  autres  n'y  regardent  pas  de  si  près.  Cf.  Firmicus  : 
Inceslorum  natalia  seu  genilurae  (VII,  14  Pruckner)  —  Paediconum  natalia  seu 
geniturae  (Vil,  13)  —  Cinaeclorum  impurorum  steriliumque  geniturae  (VII,  16), 
sujet  sur  lequel  l'auteur  revient  à  chaque  instant,  à  propos  des  chantres 
employés  dans  les  temples  [ibid.),  des  gens  de  théâtre,  etc.  (VIII,  20-21.  23- 
23.  27.  29)  :  même  la  Vierge  et  la  Balance  font  en  certains  cas  des  cinaedi 
et  des  prostitulae  !  C'est  une  obsession.  Les  publici  cinaedi  excitent  l'indigna- 
tion même  d'un  Martial  :  Tanquam  parva  foret  sexus  injuria  nostri  |  Foedandos 
populo  prostituisse  mares,  etc.  (Martial.,  IX,  8).  Manéthon  (I,  29-33;  IIÏ,  383- 
396;  IV,  311,  334-338,  584-592;  V,  211-216,  318;  VI,  583-385,  592)  n'est  pas 
moins  copieux  que  Firmicus,  et  il  use  d'expressions  qu'on  n'ose  citer,  même 
en  grec.  Il  ne  dédaigne  même  pas  le  calembour  ;  il  appelle  les  viveurs  de  son 
temps  des  gens  aimant  les  adultères  [[xot^etaî],  sv  al?  [Jêp:  ç,  où  Kûirpiç  <2pxs' 
(IV,  493).  Déjà  Manilius  connaissait  les  perversions  sexuelles  que  produit  le 
Taureau  (IV,  518),  et  spécialement,  pour  le  sexe  féminin,  les  Pléiades  (V,  151). 

2.  On  rencontre  dans  les  auteurs  toute  espèce  de  combinaisons.  Bardesane 
(ap.  Euseb.,  Pi-aep.  Ev.,  VI,  10,  20  :  cf.  ci-dessus,p.  340,  2)  demande  si  les 
femmes  des  Gèles,  prostituées  à  tout  venant,  IT^a^ov  iv  AtYovcipwui  xal  'rSpo^iw 
xaxoSaijxovoûcrav  (au  XIl^  lieu)  t^  Kùirpiv;  si,  pour  les  impudiques  Bactriennes, 
' A.'■ppoBi'zr^  ULSJoupavêî  [isxi  Atài;  xal  'Apeoç  èv  tSîotç  ôptotç  {ibid.,  21)  ;  si  tous  les 
pathici  ont  pour  thème  «frwucpôpov  [xeO'  'Epjjioû  èv  o"xoi<;  Kpôvou  xal  6pfoi;  'Apsoî 
SùvovTa  [ibid.,  27). 


436  CHAP.    XII.  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

portés  aux  vices  contre  nature,  tandis  que  les  femmes  sont 
insatiables  et  prêtes  à  tout  venant.  Il  ne  manque  pas  toutefois 
de  degrés  intermédiaires,  correspondant  aux  combinaisons  pos- 
sibles entre  le  sexe  des  planètes  et  celui  des  signes.  A  ces  degrés 
s'ajoutent  des  modes,  dus  à  l'action  concourante  des  autres 
planètes  et  que  Ptolémée  nuance  avec  sa  provision  habituelle  de 
qualificatifs  ^ 

4°  De  la  condition  sociale  {biens  -  honneurs  -  prof essions).  —  La 
classification  symétrique  de  Ptolémée  appelle,  après  l'étude  de 
la  personne  du  client,  corps  et  âme,  la  recension  des  choses  qui 
lui  viennent  du  dehors.  Il  ordonne  le  fatras  des  élucubrations 
astrologiques  concernant  tout  ce  qui  remplit  l'existence  humaine 
sous  un  certain  nombre  de  rubriques,  dont  les  premières  ont  trait 
aux  richesses  et  aux  honneurs.  L'auteur  prétend  retrouver  ici  sa 
distinction  fondamentale  entre  le  corps  et  l'âme,  la  «  Fortune 
acquérante  »  (Tu^^t)  xTr^Tix-/])  correspondant  au  corps,  la  «  Fortune 
honorifique  »  (Tu^if]  à^tw(ji.ai:txr;),  à  l'âme. 

C'est  aux  richesses  seulement  ^  qu'il  rapporte,  pour  en  faire  le 
point  de  départ  et  la  clef  des  pronostics,  le  «  Sort  de  la  For- 
tune »  (xXïjpoç  Tu)(^ir)çJ.  La  planète  maîtresse  du  lieu  où  tombe  ce 
Sort  est  celle  qui  donne  ou  refuse  la  fortune,  suivant  qu'elle  est 
bien  ou  mal  placée,  bien  ou  mal  entourée,  diurne  avec  les  diurnes 
ou  inversement,  appuyée  ou  non  par  les  «  luminaires  ».  Chaque 
planète  mène  à  la  fortune  par  une  voie  qui  lui   est  propre   : 


i.  Voici —  comme  spécimen  du  style  de  notre  auteur  —  le  résultat  de  Tin- 
gérence  de  I)  ^  et  ?^  :  ô  [lèv  xoO  ï)  TroouYEvôixEvoi;  êxI  tô  àitkyioxz^o-^  xal 
dxaBapTdxspov  f,  xal  ôvsi5iaTnt6TÊpov  éxdtffxw  xwv  èx>tei[xsvtov  Tté(puxe  auvepyeîv.  'G  5e 
ToO  ^  irpô;  TÔ  EÙff^TijjLOvéa'tEpov  xal  ai6Ti[iovÉffX£pov  xal  œuXaxxtxûxepov  •  ô  Se  xoù 
^  Tipôî  xô  T:spi6oT,x(5x£pov  xal  xô  xwv  ti6wv  eOxtvrixôxepov  xal  TtoXuxpoTtôxspov  xal 
EÙitpoaxoirwxEpov  (p.  608  Junctinus).  Ptolémée  revient  par  ce  biais  à  la  tradi- 
tion avec  laquelle  il  rompait  en  rayant  Saturne  de  la  liste  des  assaillants. 
Mettant  en  équations  le  proverbe  turpe  senilis  amor,  la  tradition  est  à  peu 
près  unanime  à  attribuer  à  Saturne  les  amours  «  honteux  »  (xà  aîaypôv. 
Anon.,  p.  158),  «  sales»  (Stàxô  irpeffêuxixàv  xal  puTcapàv  xf,<;  teûffEio;  xoO  is'zé- 
poî.  Cod.  Florent.,  p.  149).  Saturniens  autrefois,  «  cérébraux  »  aujourd'hui  : 
c'est,  vu  l'aQinité  de  Saturne  avec  le  cerveau  (ci-dessus,  p.  323},  la  même  idée. 
Ptolémée  est  fort  capable  d'avoir  substitué,  par  vue  théorique,  la  chaleur  du 
Soleil  au  froid  de  Saturne  (cf.  ci-dessus,  p.  358,  6). 

2.  Tetrab.,  IV,  1.  Hspl  xûx'nî  xxT;xtxf,  ç,  pp.  614-615  Junctinus,  avec 
commentaire,  pp.  613-666.  Cf.  Anon.,  pp.  146-147;  Maneth.,  VI,  630-682  (irepl 
xxT,(jEw<;).  Ptolémée,  qui  rejette  le  système  des  x)if,poi,  a  soin  d'avertir  qu'il 
n'admet  qu'une  seule  façon  de  calculer  la  position  xoû  xaXoujiÉvoy  x>vT,pou  xf,î 
Tûyjiî  —  pour  lui,  Horoscope  lunaire  —  et  pour  les  génitures  diurnes  et  pour 
les  nocturnes  (cf.  ci-dessus,  pp.  288,  1.  296,  2). 


DES    BIENS    DE    LA    FORTUNE  437 

Saturne,  par  l'agriculture  ou  le  trafic  maritime  *  ;  Jupiter,  par  le 
crédit,  les  curatelles  et  sacerdoces  ;  Mars,  par  les  armes  ;  Vénus, 
par  les  amis  et  a  cadeaux  de  femmes  »  ■^;  Mercure,  par  l'élo- 
quence et  le  négoce.  Saturne,  représentant  la  paternité  et  le 
patrimoine,  procure  aussi  des  héritages  avec  la  collaboration  de 
Jupiter,  et  même  des  héritages  en  dehors  de  la  famille  naturelle 
ou  légitime,  par  adoption  ou  en  dépit  d'une  naissance  irrégulière, 
si  Jupiter  —  qui  représente  ici  l'autorité,  la  loi  civile  —  se  couche 
dans  un  signe  bicorporel  ou  est  en  contact  avec  la  Lune. 
L'échéance  des  héritages  peut  même  être  précisée  par  le  calcul 
des  distances  entre  les  planètes  qui  les  procurent  et  les  «  centres  » 
ou  les  lieux  subséquents  (siravacpopaî)  du  cercle  de  la  géniture  ^, 

Quel  que  soit  le  mode  d'acquisition,  la  fortune  sera  stable  si 
les  planètes  qui  collaborent  avec  la  planète  maîtresse  sont  de 
même  secte  (aîoean;)  qu'elle  ;  instable,  dans  le  cas  contraire. 

Pour  «  les  honneurs  »  *,  autrement  dit  le  rang  occupé  dans  la 
hiérarchie  sociale,  le  principe  est  d'observer  la  position  des 
luminaires  et  le  nombre  ainsi  que  la  qualité  des  planètes  qui  les 
escortent  (Soputfopojvxwv).  Lorsque,  les  deux  luminaires  étant  en 
signes  masculins  et  tous  les  deux  —  ou  celui  des  deux  qui  est  de 
même  secte  que  la  géniture  —  sur  des  centres,  le  luminaire  de 
même  secte  a  pour  escorte  les  cinq  planètes  en  phase  appropriée, 
c'est-à-dire  matinales  (swoi)  pour  le  Soleil,  vespérales  (eirreéptoi) 
pour  la  Lune,  alors  les  nouveau-nés  seront  rois,  et  même  des 
rois  puissants,  des  «  maîtres  du  monde  »  ^,  si  les  planètes  satel- 


1.  On  voit  reparaître  ici  le  Saturnus  latin  (a  satis)  et  le  dieu  de  l'humidité, 
que  Ptolémée  fait  ailleurs  si  sec.  A  remarquer,  l'affinité  de  la  richesse  et  de 
la  banque  avec  le  sacerdoce,  souvenir  des  dépôts  faits  dans  les  temples. 

2.  A  ta  çtXwv,  fi  Yyvaixsîwv  5wpewv.  Espérons,  pour  la  morale,  que  la  dot 
rentre  dans  cette  catégorie. 

3.  Le  scoliaste  (Anon.,  p.  147)  avertit  que  les  centres  opèrent  plus  vite  que 
les  £7cava,popa£.  Il  ne  faut  pas  oublier  non  plus  le  coefficient  de  la  «  phase  » 
de  la  planète  :  et  jAèv  yàp  é  w o i  wdi,  TayÛTspov  Soûcitv,  et  6à  édirép  t  o  i  PpaSÛTspov 
xal  irept  toùî  sjj^atTouî  /povouî.  C'est  un  principe  général,  déjà  visé  plusieurs 
fois  (cf.  ci-dessus,  p.  309,  5.  361.  372,  1).  La  richesse  par  collaboration  de 
Saturne  et  de  Jupiter  se  rencontre  aussi  dans  Manéthon  (III,  234-243  :  de 
même,  sur  le  tard,  yJ^paî  iv  ôXêw.  III,  136).  Voy.  l'ample  casuistique,  perte 
d'héritages,  misère  noire,  etc.,  par  conflits  des  planètes,  surtout  de  Mars,  avec 
la  Lune  (VI,  630-682).  Le  calcul  de  l'échéance  d'un  héritage  est  une  prévision 
indirecte  de  la  mort  d'un  tiers,  du  de  cujus,  solidaire  de  son  héritier. 

4.  Depi  TÛX'»"iî  iÇi<<)H.aTtxfi!;  (Tetrab.,l\,  2,  pp.  666  et 672  Junctinus, avec 
commentaire,  pp.  666-707).  Cf.  Anon.,  pp.  147-iSO. 

5.  Pour  un  auteur  du  n»  siècle,  les  xo  ffjioxpaxopeî  sont  évidemment  les 
empereurs  romains. 


438  CHAP.    XII,  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

lites  sont  elles-mêmes  sur  des  centres  ou  associées  par  aspect 
avec  la  culmination  supérieure. 

Arrêtons-nous  un  instant  à  ce  sommet  des  grandeurs  humaines. 
Ptolémée  savait  que,  même  sous  les  Antonins,  la  police  impériale 
n'entendait  pas  raillerie  sur  les  pronostics  propres  à  échauffer 
l'imagination  des  ambitieux.  Aussi  exige-t-il  du  thème  de  géniture 
des  futurs  monarques  des  conditions  à  peu  près  irréalisables.  A 
en  juger  par  le  nombre  d'  «  augures  royaux  »  relatés  par  l'his- 
toire *,  d'autres  astrologues  se  montraient  sans  doute  moins 
difficiles.  Autant  qu'on  peut  suivre  des  traditions  aussi  flottantes, 
il  paraît  bien  que  les  premiers  astrologues  dérivaient  l'aptitude 
aux  honneurs,  comme  tout  le  reste,  du  signe  horoscope  ou  de 
celui  qui  hébergeait  le  Soleil  au  moment  soit  de  la  naissance,  soit 
de  la  conception.  Entre  tous  les  signes,  le  plus  qualifié  pour  être 
un  horoscope  royal  était  évidemment  le  Lion,  et  comme  roi  des 
animaux  et  comme  domicile  du  Soleil,  roi  de  la  création  ^  Au 
cœur  du  Lion  se  trouve  une  étoile  de  première  grandeur  que  les 
astrologues  avaient  dénommée  le  «  Roitelet  »  [^oi<si\[<jY.oc,-Regu- 
lus)  '.  Comme  on  ne  pouvait  pas  déclarer  candidats  à  la  royauté 
tous  les  enfants  nés  sous  le  Lion,  il  y  avait  lieu  d'exiger  soit  que 
l'Horoscope  tombât  exactement  surRégulus,  —  élimination  encore 
insuffisante  *,  —  soit  qu'il  y  eût  dans  ce  signe  réunion  des  planètes 
apportant  l'idée  symbolique  de  puissance,  de  force,  de  primauté, 
ou  même  de  toutes  les  planètes.  Nous  avons  encore,  dans  un 

1.  Voy.  ci-après,  ch.  xvi,  et,  provisoirement,  les  prédictions  faites  au  jeune 
Octave  par  l'astrologue  Théagène  (Suet.,  Aug.,  94),  à  Tibère  enfant  par  l'as- 
trologue Scribonius  (Suet.,  liô.,  14  :  ci-dessus,  p.  396,  2). 

2.  Le  Lion  àpyixàv  xal  paaiXixôv  ÇwStov  (Anon.,  p.  36).  En  tant  que  domicile 
solaire,  il  correspond  au  cœur  (ci-dessus,  p.  323,  3),  comme  le  Bélier  à  la  tête. 

3.  Voy.  ci-dessus,  p.  139,  2. 

4.  En  supposant  les  naissances  également  réparties  sur  les  360°  du  Zo- 
diaque, les  naissances  sous  le  Lion  représenteraient  un  1/12  de  l'espèce 
humaine;  sous  le  degré  de  Régulus,  1/360.  Au  lieu  de  l'Horoscope  tombant  sur 
Régulus,  le  système  concurrent  du  signe  solaire  aurait  exigé  la  coïncidence 
de  la  longitude  solaire  avec  l'étoile,  mesure  infiniment  moins  précise,  vu  la 
largeur  du  diamètre  du  Soleil  et  la  lenteur  relative  de  sa  marche.  Dans  le 
livre  de  Firmicus,  amas  de  débris  de  toute  sorte,  on  trouve  des  ïloroscopes 
royaux,  au  degré,  dans  le  Lion.  Le  2"  degré  reges  faciet  et  •patentes. ..  In  hac 
■parte  est  limpida  Stella  de  qua  superius  diximus  (VIII,  23  Pr.).  -  In  Leonis  parte 
secunda  limpida  stella  reperitur,  in  qua  qui  nati  fuerint,  reges  erunt  patentes, 
duplex  possidentes  regnum  (VIII,  31).  J'ignore  s'il  veut  parler  de  Sirius  itapa- 
vax^T^wv,  qu'il  place  au  l""-  degré  (VIII,  10),  ou  de  Régulus,  qui  doit  être,  s'il 
est  le  «  cœur  »  du  Lion,  au  9e  degré  (VIII,  3).  Plus  loin,  le  18'  degré  du  Lion 
en  Horoscope  dominos  faciet  ac  principes  et  qui  in  populos  habeant  potes- 
tatem.  Mais,  avec  Firmicus,  il  faut  renoncer  à  comprendre. 


LES    GEISITL'KES    ROYALES 


439 


Fig.  41.  Le  Lion  de  Commagène. 


inoniiment  récemment  publié,  un  thème  qui  peut  être,  comme 
on  Ta  dit  plus  haut,  le  thème  de  conception  du  roi  Ântiochus  I"" 
de  Commagène  *. 
C'est,  dans  le  si- 
gne du  Lion,  un 
rendez -vous  des 
luminaires  et  des 
planètes  auquel 
ne  manquent  que 
Saturne  et  Vénus. 
La  présence  du 
Soleil  y  est  sous- 
entendue,  puisque 
le  Lion  est  ici  le 
signe  solaire  ou 
chronocrator  du 
mois  et  domicile 
du  Soleil  :  la  Lune  est  représentée  en  croissant  au  cou  de  l'ani- 
mal (à  la  place  où  se  portent  les  amulettes),  et  sur  le  champ  du 
bas-relief  figurent  les  trois  planètes  qui  doivent  leur  énergie  à 

leur   chaleur,  Uop6zi.i;  'HpaxX[£Ou<;] ,  SrJXêwv    'AiroXXcovoi;,    *a£0wv 

A'.ô;.  La  présence  des  planètes  à  tempérament  froid  eût  été  sans 
doute  considérée  plutôt  comme  une  dissonance  que  comme  un 
renfort. 

Comme  les  astrologues  avaient  la  prétention  d'appuyer  leurs 
théories  sur  des  preuves  expérimentales  et  qu'ils  savaient  dresser 
le  thème  de  géniture  même  d'Agamemnon,  il  est  possible  qu'ils 
aient  été  amenés  ainsi  à  étendre  à  d'autres  signes  le  privilège  du 
Lion.  Mais  il  est  plus  probable  encore  qu'ils  ont  saisi  au  vol  les 
associations  d'idées  dont  leur  imagination  était  farcie.  Il  est  évi- 
dent que  ceux  qui  ont  placé  un  Horoscope  royal  au  23^  degré  de 
la  Balance  songeaient  au  dies  natalis  d'Auguste  (23  sept.)  ^;  mais 
ceux  qui  en  ont  mis  un  entre  les  cornes  du  Taureau  '  ne  spécu- 

1.  Voy.  ci-dessus,  p.  373,  2.  Le  bas-relief  a  1  m.  75  de  haut  sur  2  m.  40. 

2.  Firmicus  (VIII,  25  Pr.)  ne  s'en  aperçoit  pas,  car  il  dénature  le  pronostic 
en  ajoutant  :  regem  faciet  qui,  muUis  superstitibus  relictis,  ferro  moriahir,  ce 
qui  est  le  contrepied  de  la  biographie  d'Auguste. 

3.  Inler  Tauri  cornua  si  quis  habuerit  horoscopum,  rex  eril  vel  dux  magnus, 
terribilis,  etc.  (Firmic,  VIII,  20).  Peut-être  songeait-on  aux  casques  corni- 
gères  des  chefs  barbares,  qui,  comme  symboles,  représentent  la  même  idée. 
Firmicus  met  encore  des  horoscopes  royaux  au  1°  du  Sagittaire  (VIll,  27)  et 
1»  du  Capricorne  (VIII,  28).  Sur  le  Capricorne  et  Auguste  et  Tibère,  voy.  ci- 
dessus,  p.  373,. 2.  Firmicus  rencontre  encore  des  l'eges,  imperatores,  procon- 


440  CHAP.    XII.  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

laient  que  sur  la  force  offensive  de  l'animal.  Comme  batailleur,  et 
aussi  comme  chef  {princeps)  de  la  ménagerie  zodiacale,  comme 
«  tête  du  monde  »  surtout  et  hypsoma  du  Soleil,  le  Bélier  put 
paraître  aussi  qualifié  que  le  Lion  pour  être  un  signe  royal.  Si 
celui-ci  était  le  cœur,  l'autre  était  la  tête.  Aussi,  Manilius,  qui  ne 
connaît  au  Lion  que  des  instincts  féroces,  aurait  sans  doute 
réservé  la  qualité  de  signe  royal  au  Bélier,  si  la  naissance  d'Au- 
guste ne  l'avait  décidé  à  l'adjuger  à  la  Balance  *. 

Les  pronostics  fondés  exclusivement  sur  les  propriétés  des 
signes  ne  représentent  en  astrologie  que  les  rudiments  de  l'art. 
Les  partisans  de  l'astrologie  planétaire,  disciples  ou  non  de  Pto- 
lémée,  font  valoir  la  position  des  planètes,  soit  par  rapport  aux 
signes  considérés  comme  domaines  planétaires  ou  porteurs  d'un 
sexe  ou  membres  d'une  secte;  soit  par  rapport  aux  «  centres  », 
avec  ou  sans  égard  aux  signes;  soit  au  point  de  vue  de  leur  réu- 
nion (auvoSoç),  avec  ou  sans  égard  au  lieu  de  leur  réunion,  signe, 
«  lieu  »  proprement  dit  ou  centre.  De  là  de  nombreuses  variantes 
connues,  et  plus  encore  de  possibles  ^  Enfin,  la  destinée  des  rois 

suis,  grands-juges,  trésoriers  royaux,  prêtres  provinciaux,  etc.,  dans  le  cha- 
pitre De  actibus  (IV,  21  Kroll.  Cf.  ci-après,  p.  442).  Dans  les  Anecdota  de 
Ludwich  (p.  107),  il  y  a  trois  signes  royaux  :  le  Bélier,  le  Lion,  le  Sagittaire, 
les  trois  signes  du  Tpfyuvov  paatXi>c6v. 

1.  Manil.,  IV,  547-552.  Sur  le  Bélier,  tête  ou  MC.  du  monde  et  signe  royal, 
voy.  ci-dessus,  pp.  131,  1.  185,  3.  196,  1-2.  197.  261.  319. 

2.  Un  des  auteurs  cachés  sous  le  nom  de  Manéthon  déclare  s'abstenir  de 
traiter  ces  questions  par  peur  de  la  colère  des  rois  :  [iavcoaûv-riai  yàp  àv  xolctn; 
yô'ho!;  ex  paat>kVia)v  |  "EuirsTai  x.  x.  \.  (VI,  732-737).  Ce  qui  n'empêche  pas  le 
prétendu  Manéthon  de  multiplier  les  thèmes  royaux.  Royauté  par  C  et  ©  sur 
des  centres,  en  signes  de  sexe  convenant  à  chacun  (I,  26-28)  ;  par  (Q  en  MC. 
nocturne  et  O  ^TtfxevTpoî  en  signe  masculin  (I,  277-280);  par  'if  en  maison  de 
cj*,  rois-soldats  (II,  210-212);  par  if  dans  le  Lion,  maison  de  0  (II,  347-332); 
parOxévTpou  tuj^wv  dans  le  Lion  (11,389);  par  ©  en -(->•  ,JJ,  Y  H  ÇwïSioiî  ISt'oiatv 
(IV,  96-99);  par  planètes  èw  auvôSw  (V,  35-38).  Génitures  de  reines  par  C  en 
Hor.  diurne,  ©  et  $  en  MC.  (I,  281-283);  par  C  en  MC.  nocturne  (paaiMac; 
pour  pafftX^uffaî,  II,  393).  A  en  juger  par  les  titres  de  chapitres  qui  nous  sont 
parvenus,  ce  sujet  dangereux  n'effrayait  guère  Dorothée  de  Sidon  (ap.  Engel- 
brecht,  p.  32).  Firmicus  connaît  encore  des  génitures  royales  et  même  impé- 
riales, indiquées  par  la  position  exceptionnellement  favorable  du  Sort  de  la 
Fortune,  laquelle  fait  imperatores  quorum  imperium  per  totius  orbis  spalia 
dirigatur  et  quorum  tanta  potestas  sit,  ut  ad  deorum  numen  accédant  (IV, 
7,  10  Kroll),  par  le  Soleil  (III,  7),  par  Mercure  (IV,  21,  9),  etc.  Il  les  prodigue. 
Quant  aux  compilateurs  byzantins,  ils  se  mettent  tout  à  fait  à  l'aise.  On  lit 
dans  le  Cod.  Parisinus,  n°  2419  (ap.  Engelbr.,  p.  19)  des  titres  comme  ceux-ci  : 
nepi  Toû  Sravixou  jîaffiXeùx;  —  Ilepl  paffiXéwv  xal  àpj^ôvxtov  itôiç  èsxiv  y'vtovat  x6 
{jLT.xoç  xfiî  àpyffi  aûxwv,  c'est-à-dire  des  consultations  de  sainte  principis,  sujet 
positivement  interdit  par  les  lois  impériales.  L'auteur  du  Kapitôî  ou  Centilo- 


ÉCHELLE    DES  CONDITIONS   SOCIALES  441 

étant  liée  à  celle  des  peuples,  les  thèmes  de  génitures  des  rois 
sont  dominés,  beaucoup  plus  que  ceux  des  simples  particuliers, 
par  les  conditions  générales,  «  catholiques  »,  posées  à  la  naissance 
des  peuples  et  cités  auxquels  ils  appartiennent  K 

Au-dessous  des  souverains  viennent  les  potentats  de  second 
ordre  (f^Ye^ôvEç),  les  hauts  fonctionnaires  pourvus  du  jus  vitae 
necisque.  Ceux-là  naissent  dans  les  mêmes  conditions  que  les  rois, 
sauf  que  un  des  deux  luminaires  seulement,  le  Soleil,  se  trouve 
en  signe  masculin  et  sur  un  centre.  Si  les  satellites  ne  sont  pas 
non  plus  sur  des  centres,  ni  par  eux-mêmes,  ni  par  leurs  aspects, 
la  dignité  baisse  :  on  a  affaire  à  des  «  grands  »,  magistrats  ou 
officiers,  de  pouvoir  moindre  et  moins  stable.  Si  les  luminaires 
ne  sont  pas  sur  centres,  mais  que  leurs  satellites  y  soient,  on 
descend  aux  fonctions  civiles,  à  l'honnête  médiocrité  ^  Si  les 
satellites  ne  sont  pas  non  plus  s-rtîxevxpot,  on  tombe  dans  la  caté- 
gorie des  gens  à  qui  rien  ne  réussit.  Au-dessous,  il  n'y  a  plus 
que  la  condition  servile  ou  quasi-servile.  On  y  arrive  lorsqu'au- 
cun  luminaire  n'est  ni  sur  centre,  ni  en  signe  masculin,  ni  escorté 
de  planètes  bienfaisantes.  C'est  là  le  thème  des  humbles  et  mal- 
chanceux ("uaTceivoî  xat  xaxoSat'fjLOVEç)  ^. 


quium  donne  même  un  moyen  très  simple  de  savoir  si  un  flis  de  roi  (d'em- 
pereur) succédera  à  son  père  :  c'est  de  voir  si  son  Horoscope  est  en  accord 
(au[j.ça)v£Î)  avec  l'Horoscope  de  la  proclamation  (dtvaydpeudt;)  du  fondateur  de 
la  dynastie  (§  30).  U  dit  aussi  (§  36)  que  les  rois  d'un  État  qui  a  Mars  domi- 
nant dans  son  thème  mourront  généralement  par  le  glaive  —  allusion  assez 
claire  aux  empereurs  romains,  —  ou  que  les  chefs  d'État  sont  menacés  de 
mort  quand  la  planète  qui  dispense  la  royauté  (èTtixpaxfjTwp  x-fi;  pa(TiX£(aî) 
tombe  dans  un  «  lieu  climatérique  »  (§  31). 

1.  Dans  le  Ps.  Etienne  d'Alexandrie  (Usener,  p.  23  :  ci-dessus,  p.  370-371), 
c'est  Saturne  qui  règle  la  destinée  des  khalifes  comme  occupant  dans  le 
thème  de  l'empire  arabe  le  MC,  tôv  èÇouaiaaTtxôv  xat  paatXtxôv  tôttov.  Une 
éclipse  dans  le  Lion  (présage  catholique)  menace  le  monarque  régnant.  L'as- 
trologue Léon  (in  Hermès,  VIH  [1874],  pp.  173-176)  considère  comme  un  bienfait 
de  la  Providence  qu'il  n'y  en  ait  pas  eu  «  dans  toute  la  durée  de  l'heureux 
règne  »  [de  Théophile,  d'après  K.  Krumbacher,  G.  d.  Byz.  Lit.,  2°  édit.,  p.  621]. 
De  même,  une  éclipse  dans  le  Bélier  (cf.  Albohazen  H^ily,  VllI,  16). 

2.  Satrapes  et  généraux  par  0  en  MC.  et  o^  (Maneth.,  V,  39-40)  ;  juges  par 
'if  (V,  40);  génitures  quasi-royales  (III,  315-319);  familiers  des  rois,  sophistes 
et  rhéteurs  (IV,  571-576).  Ministres  et  trésoriers  royaux  par  défluxion  de  la 
Lune  entre  ^  et  ^  (Firmic,  IV,  14,  5  KroU);  triomphateurs  par  influence  de 
l'Aigle  avec  ^^  ou  ï)  (Firmic,  VIII,  16  Pruckner)  ;  administrateurs  et  savants 
par  $  (Anon.,  p.  148). 

3.  Ptolémée  glisse  rapidement  sur  le  sujet,  mais  dautres  y  insistent  davan- 
tage. Voy.  Manéthon,  IV,  601-607  et  VI,  684-732  (irepi  SouXetaiî  Tjyy^i);  Firmi- 
cus  :  Servorum  seu  captivorum  genilurae  (VII,  3  Pruckner);  Dominorum  niim- 


442  CHAP.    XII.  —  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

L'astrologue  pourra  intercaler  des  degrés  dans  cette  échelle 
sommaire,  en  observant  de  plus  près  la  condition  des  luminaires 
et  de  leurs  satellites.  Quand  les  mieux  placés  de  ceux-ci  sont  de 
même  secte  que  leur  chef  et  que  ce  sont  des  planètes  bienfai- 
santes, la  position  sociale  est  plus  assurée  :  elle  est  plus  précaire 
dans  le  cas  inverse.  On  peut  prévoir  aussi  le  chemin  par  lequel 
le  nouveau-né  parviendra  aux  honneurs  :  par  la  fortune,  avec 
Saturne,  régulateur  du  «  patrimoine  »  ;  par  influences  amies,  avec 
Jupiter  et  Vénus;  par  la  force,  avec  Mars;  par  le  savoir  et 
l'adresse,  avec  Mercure. 

On  a  pu  voir  déjà  que  les  lignes  rigides  tracées  par  la  classifi- 
cation de  Ptolémée  sont  loin  de  suivre  le  contour  ondoyant  des 
réalités.  On  retrouve  dans  des  compartiments  différents  des 
parties  d'un  même  sujet.  Telle  qualité  est  adjugée  à  l'âme  qui 
aurait  pu  l'être  au  corps  ;  la  richesse  reparait,  comme  moyen 
sinon  comme  but,  dans  le  chapitre  des  honneurs.  Plus  artificielle 
encore  est  la  distinction  entre  les  aptitudes  physiques,  intellec- 
tuelles, morales  et  autres  énumérées  jusqu'ici,  et  les  «  actes  »  des 
individus  qui  en  sont  doués.  Ptolémée  a  déguisé  sous  ce  terme 
général  et  philosophique  de  «  qualité  des  actes  »  *  une  catégorie 
de  pronostics  que  ses  confrères  moins  savants  faisaient  porter 
simplement  sur  les  professions  et  dérivaient  de  toute  espèce  de 
raisons.  Il  est  évident  que,  en  établissant  les  échelons  de  la 
hiérarchie  sociale,  notre  docteur  en  astrologie  a  déjà  imposé  des 
cadres  aux  professions  ^.  Il  n'y  a  plus  qu'à  remplir  ces  cadres 
avec  des  étiquettes  spécifiques.  Mais,  au  point  de  vue  de  la 
méthode,  Ptolémée  a  donné  au  chapitre  des  actes  ou  professions 

erus  in  servis  (VII,  4);  Libertinorum  et  liberorum  geniturae  (VII,  5).  La  question 
des  esclaves  a  déjà  été  abordée  à  propos  de  l'exposition  des  enfants  (p.  402). 
Il  y  a  bien  des  degrés  dans  l'esclavage,  et  surtout  dans  la  ctiance  de  l'esclave, 
suivant  que  celui-ci  est  né  esclave  ou  l'est  devenu,  a  été  pris  ou  vendu  par 
son  propre  père,  suivant  qu'il  trouve  un  maître  bon  ou  mauvais  ou  qu'il  passe 
de  maître  en  maître,  etc.  Firmicus  connaît  des  felices  eunuchi  quitus  regni 
tuitio  credatur...  sed  postea  o/fenso  principe  mala  et  infelici  morte  moriuntur 
(VIII,  20).  Ceux-là  parcourent  toute  l'échelle  des  conditions  sociales.  Grâce  à 
Jupiter,  un  esclave  peut  avoir  une  maîtresse  ingénue,  au  lieu  d'être  l'esclave 
d'une  esclave  ;  être  affranchi,  etc. 

1.  Ilspl  Tcpâlswv  -1:0  i  ÔTTiT  oî  {Tetrab.,  IV,  3,  pp.  707-710  Junctinus, 
avec  commentaire,  pp.  708-730).  Cf.  Anon.,  pp.  150-152;  Paul.  xMex.,  nspt 
-rc  p  dt|cwç  (0  4-P  2)  ;  Firmic,  IV,  21  Kroll  (De  actibus),  chapitre  que  le  compi- 
lateur a  détaché  des  professions  énumérées  par  lui  au  VII«  livre;  Maneth., 
VI,  338-540  (Uepl   Ipywv    vcal  itpotÇsuv). 

2.  Aussi  Firmicus,  dans  le  chapitre  De  actibus  (IV,  21  Kroll),  s'occupe  encore 
plus  des  dignités  que  des  professions. 


DES    ACTES    OU    PROFESSIONS  443 

une  autonomie  plus  ou  moins  justitiable  en  changeant  de  clef,  en 
prenant  le  critérium  dans  un  autre  ordre  de  constatations. 

On  se  doute  bien  que  Ptolémée  n'a  pas  voulu  retourner,  au 
moins  par  voie  directe,  aux  naïves  prédictions  dont  nous  avons 
donné  un  échantillon  en  énumérant,  d'après  Manilius,  les  signes 
du  Zodiaque  et  leurs  clients  (ch.  v).  Il  cherche  une  planète  qui 
ait  la  maîtrise  de  l'action  »  (xupta  x^ç  TrpâÇswç),  laquelle  doit 
être  elle-même  dans  des  conditions  d'énergie  particulière.  Or 
l'énergie  des  planètes  dépend  de  leurs  phases  (etoot-eoTTÉptoi)  et 
de  leur  position  par  rapport  à  l'horizon  (àvaToXtxoî-Suxivcoîj.  La 
phase  orientale  accroît  leur  vigueur  intrinsèque  ;  la  culmination 
supérieure,  l'effet  extérieur  de  leur  rayonnement.  Ptolémée 
adjuge  donc  la  maîtrise  de  l'action  à  la  planète  qui  précède  le 
Soleil  à  moins  de  30°,  ou,  à  défaut  de  celle-ci,  à  la  planète  qui 
se  trouve  au  méridien  *.  En  cas  de  concurrence,  il  faut  appré- 
cier les  titres  respectifs  des  planètes  suivant  les  cinq  modes  ou 
«  suflFrages  »  usuels,  en  ajoutant,  comme  titre  supplémentaire, 
le  fait  d'être  en  contact  avec  la  Lune.  L'absence  de  planète  en 
situation  de  prendre  la  maîtrise  présage  des  «  propres  à  rien  » 
(airpaxTOi)  "^ . 

Jusqu'ici  Ptolémée  paraît  avoir  suivi  ses  devanciers  '  :  il  se 
sépare  d'eux  en  limitant  la  collation  de  la  maîtrise  à  trois  planètes 
seulement,  Mercure,  Vénus  et  Mars;  et  cela,  pour  des  raisons 
soi-disant  scientifiques  que  les  commentateurs  ont  soin  d'expli- 

1.  Porphyre  appelle  la  planète  culminante  w5i:£p  si:'  dixpoTtôXei  Tfjç  yevsaeM;, 
ÈTriTupawoûvca  xf.i;  upâ^EWi;  {Isagog.,  p.  192).  La  planète  maîtresse  est  ô  xô 
zpâuaEivTtapéywv,  waaûxiç  etiroi    x  u  i:  w  5  w  ç   (Ptol.,  p.  709  J.). 

2.  Quand  le  texte  de  Ptolémée  est  obscur,  le  scoliaste  délaye  sans  éclaircir. 
L'obscurité  gît  dans  le  cas,  toujours  fâcheux,  où  aucune  planète  ne  se  trou- 
verait ni  en  phase  orientale  ni  au  méridien  :  auquel  cas  il  faut  prendre  la  maî- 
tresse du  point  culminant,  xôv  xûp  tov  aùxoû  [[jieffoupavTjfiaxoî?]  irapaXiriTtxÉov, 
irpoî  èirtXTiSeûaei;  (asvxoi  xàç  xaxi  xaipouî  ôtTtpaxxoi  xô  wç  êTriirav  ol  xotoGxoo 
vfvovxai  (p.  707  Junctinus). 

3.  Le  scoliaste  avertit  que,  avant  Ptolémée,  ol  roo  aùxoû  iraivxêî  âirXw;  irâvxa 
éitovxaxw  a£aoupavïi|j.axi  IXsyov  xûp-.ov  etvai  xf,?  •rcpâÇstoî  (Anon.,  p.  151).  Quant  à 
la  considération  des  phases,  qui  n'était  pas  à  la  portée  des  astrologues  de 
moyen  acabit,  il  est  probable  que  c'est  Ptolémée  qui  l'a  introduite  dans  le 
sujet.  Paul  d'Alexandrie,  après  Firmicus(IV,  21  Kroll),  accepte  la  restriction 
aux  trois  planètes;  mais  il  suit  un  système  tout  différent  pour  ce  qui  con- 
cerne la  position.  Les  planètes  sont  efficaces  dans  neuf  x6irot  (les  centres, 
leurs  êi:avacpopa£,  et  le  lieu  VI)  :  à  défaut  de  xôirot,  on  recourt  au  xkf^poi; 
Tùyr.i,  et  c'est  seulement  si  on  le  trouve  vide  que  l'on  consulte  xà  'konzi,  oîov 
TÔv  T>iv  <Tuvl!pV  lyowzct.  xf,î  aeXyi</r,î  r\  xoû  f,Xtou  t\  xôv  éûov  àvaxoXixdv  (Schol. 
Paul.  Alex.,  P2).  Ptolémée,  ennemi  des  «  lieux  »,  a  dû  mettre  au  commencement 
ce  qui  est  ici  à  la  fin  et  balayer  le  reste. 


444  CHAP.    XII.  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

quer.  Ces  trois  planètes  sont  censées  exercer  une  action  prépon- 
dérante, comme  étant  les  plus  rapprochées  à  la  fois  de  la  Terre  et 
du  Soleil,  les  plus  rapides  aussi,  celles  qui  reviennent  le  plus 
souvent  faire  provision  d'énergie  dans  le  rayonnement  solaire. 
Les  deux  planètes  supérieures  interviennent  aussi ,  mais  en 
seconde  ligne,  comme  témoins  ([JLapxypoùvreç);  ce  qui  permet  de 
varier  le  pronostic  aussi  aisément  qu'avec  lancien  système.  Les 
planètes  maîtresses  déterminent  le  genre,  et  les  témoins  pré- 
cisent l'espèce,  moyennant  quoi  tout  prend  une  allure  régulière 
et  scientifique. 

Ptolémée  dresse  alors  un  inventaire  dans  lequel  il  entasse  à  la 
hâte,  sans  commentaire  aucun,  toutes  les  rubriques  et  étiquettes 
qu'il  a  trouvées  dans  le  fatras  de  ses  devanciers,  mais  criblées 
et  disposées  en  groupes  distincts,  avec  les  noms  des  planètes 
opérantes  et  collaborantes.  Une  première  série  nous  donne  les 
genres  de  professions  impartis  par  chacune  des  trois  planètes 
maîtresses,  d'abord  seule  ',  puis  en  collaboration  avec  chacun 
des  deux  «  témoins  ».  Une  seconde  série  présente  le  résultat  des 
trois  composés  binaires  de  deux  planètes  maîtresses  :  d'abord  le 
produit  du  [^couple  seul,  puis  du  couple  associé  avec  chacun  des 
deux  témoins.  Il  a  prétendu  épuiser  ainsi  non  pas  toutes  les 
combinaisons  possibles,  mais  les  combinaisons  efQcaces. 

Pourtant,  la  tradition  chaotique  qu'il  voulait  discipliner  lui 
forçait  la  main  et  l'obligeait  à  concéder,  sous  forme  de  considé- 


1 .  Ceci  est  la  méthode  planétaire  la  plus  simple,  correspondant  à  la  mé- 
thode zodiacale  qui  dérivait  toutes  les  aptitudes  d'un  seul  signe.  Elle  était 
connue  du  grand  public  au  temps  d'Horace,  qui  se  classe  lui-même,  comme 
poète,  parmi  les  vù^i  Mercuriales  (Hor.,  Od.,  II,  17).  Plus  tard,  on  n'était  pas 
poète  pour  si  peu;  il  fallait  une  géniture  comme  celle  que  s'attribue  le  Ps. 
Manéthon  (VI,  738-750).  Le  travail  de  Ptolémée  a  consisté,  ici  comme  partout, 
à  isoler  et  classer  par  genres  et  par  espèces  les  pronostics  qui  étaient  con- 
fondus et  donnés  en  bloc  à  la  suite  de  chaque  signe;  planète  en  diverses 
positions,  combinaisons  de  planètes,  Lune  en  contact  et  défluxion,  etc.  : 
genre  de  classement  parles  causes,  que  l'on  trouve  dans  Manéthon  et  Firmicus. 
Ptolémée  a  adopté,  en  général,  la  classification  par  effets,  en  tâchant  de 
ramener  chaque  catégorie  d'effets  à  une  catégorie  aussi  restreinte  que  possible 
de  causes,  ayant  pour  centre  l'énergie  d'une  planète  maîtresse.  Quand  le  détail 
devient  trop  touffu,  comme  c'est  ici  le  cas,  il  revient  au  classement  tradi- 
tionnel par  causes.  Voy.  les  décrets  des  trois  planètes,  avec  associations  de 
toute  sorte,  dans  Firmicus  (IV,  21  Kroll);et  les  monographies  du  même  ; 
Literarum  experlium  genilurne  (Vil,  21  Pruckner)  —  Gladialorum  vel  athle- 
tarumlgeniturae  (VII,  22)  —  Causidicorum  seu  oratorum  geniturae  (VII,  2.*}) 
—  Medicorum  Podaliriorum  geniturae  (VII,  24)  —  Calliopicorum  musicorum 
geniturae  (VII,  25). 


PRONOSTICS  ZODIACAUX  ET   PLANÉTAIRES  445 

rations  supplémentaires,  une  place  aux  systèmes  —  ou  plutôt 
aux  pratiques  —  qui  ne  cadraient  pas  avec  sa  méthode.  C'est 
ainsi  qu'il  tient  compte  après  coup  de  l'influence  des  signes'du 
Zodiaque  et  dresse  une  nouvelle  table  de  professions  à  rubriques 
plus  vagues  et  plus  générales.  C'est  qu'en  effet,  la  question  des 
métiers  est  une  de  celles  où  l'astrologie  zodiacale  s'était  le  plus 
tôt  et  le  plus  librement  donné  carrière.  Le  symbolisme  élastique 
qui  se  jouait  autour  des  figures  baroques  installées  sur  le  pour- 
tour du  cercle  y  trouvait  aisément  place  pour  toutes  les  profes- 
sions. On  sait  si  la  muse  de  Manilius  dédaigne  les  associations 
d'idées  accrochées  à  tous  les  détails  des  types  traditionnels.  Il 
suffit  de  se  rappeler,  par  exemple,  que  les  hydrauliciens  naissent 
sous  le  signe  du  Verseau  et  les  légistes  sous  celui  de  la  Balance. 
Le  système  avait  été  étendu  au  ciel  tout  entier,  ou  peu  s'en  faut, 
par  adjonction  des  paranatellons,  c'est-à-dire  des  constellations 
qui  se  lèvent  en  même  temps  que  les  signes  et  correspondent 
avec  eux  par  la  ligne  d'horizon.  Dans  les  douze  cases  zodiacales 
qui  déterminaient  les  genres,  ces  correspondances  extra-zodia- 
cales déterminaient  les  espèces  *. 

Les  naïfs  inventeurs  de  cette  mécanique  ne  savaient  pas  tou- 
jours très  bien  eux-mêmes  si  leur  signe  dominateur  était  l'horos- 
cope ou  le  logement  actuel  du  Soleil  :  quant  à  la  collaboration 
des  étoiles  extra-zodiacales,  Ptolémée  dut  prendre  en  pitié 
l'ignorance  de  gens  qui  ne  savaient  pas  que  la  ligne  d'horizon  se 
déplace  avec  la  latitude  et  que  la  correspondance  établie  par  elle 
entre  les  signes  et  les  autres  constellations  est  autre  pour  chaque 
climat.  Il  a  donc  éliminé  totalement  ici  l'action  des  étoiles  extra- 
zodiacales, et  réduit  au  minimum  celle  des  signes  ^.  Les  signes 


1.  C'est  le  système  exposé  par  Manilius  dans  son  V*  livre  tout  entier  et 
reproduit,  avec  additions,  dans  la  Sphaera  Barbarica  de  Firmicus  (VIII,  5- 
17  et  31,  pp.  216-223  et  243-244  Pruckner).  On  apprend  là  que  le  Cocher  formera 
des  cochers  ;  la  Chèvre  des  individus  agités,  à  voix,  chevrotante  ;  le  Lièvre,  des 
coureurs;  et  autres  naïvetés  de  cette  force.  Les  professions,  bien  entendu,  n'y 
sont  pas  mises  à  part,  mais  confondues  avec  le  tempérament,  les  maladies,  le 
rang,  la  fortune,  la  mort,  etc.  C'est  le  «  rabâchage  »  perpétuel  auquel  Ptolémée 
a  essayé  d'échapper.  Le  même  système,  confiné  dans  l'intérieur  du  Zodiaque, 
mais  appliqué  degré  par  degré,  forme  la  myriogenèse  (Firmic,  VIII,  18-30, 
pp.  223-243  Pruckner),  partie  spéciale  de  la  Sphère  Barbarique. 

2.  Il  leur  concède  le  pouvoir  de  «  varier  »  les  professions  :  xal  -cwv  ÇwSCwv 
6è  Êv  oïî  wïtv  01  TÔ  itpâjjeiv  irapéyovTeî  a',  xït'  elSo;  ISiorpoTrîai  aujxêâXXovxaC  x: 
icp6î  xà  -rcotx^Xo  V  Tûv  itpiÇetov  (p.  710  J.).  Le  scoliaste  admire  de  confiance; 
mais,  au  fond,  le  itoixtXov  est  impropre,  car  les  rubriques  tirées  des  signes 
sont  beaucoup  plus  générales  et  uniformes  que  les  autres. 


446  CHAP.    XIl.  —    LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

agissants  ne  sont  ni  le  signe  horoscope,  ni  le  signe  occupé  par  le 
Soleil,  mais  ceux  dans  lesquels  se  trouvent  les  planètes  «  maî- 
tresses de  l'action  ».  Ainsi,  les  signes  «  humains  »  poussent  du 
côté  des  arts  et  des  sciences  ;  les  a  quadrupèdes  »,  au  commerce, 
à  l'industrie,  aux  constructions  *  ;  les  tropiques  (et  équinoxiaux), 
prédisposent  aux  «  translations  »,  traductions  et  gloses,  et  aussi 
à  la  géométrie,  à  l'agriculture,  au  sacerdoce  ^;  les  signes  humides, 
aux  professions  qui  vivent  de  l'eau,  depuis  les  constructeurs  de 
navire  jusqu'aux  embaumeurs  qui  font  la  toilette  des  cadavres. 

Ptolémée  n'en  a  pas  fini  par  là  avec  le  Zodiaque,  car  il  n'ose 
pas  rompre  avec  ce  qu'on  pourrait  appeler  l'astrologie  lunaire,  la 
plus  populaire  de  toutes,  avec  les  gens  qui  faisaient  dépendre  la 
profession  de  la  position  de  la  Lune  dans  le  Zodiaque.  Il  accepte 
d'envisager  le  cas  particulier  où  la  Lune,  sortant  de  conjonction 
avec  le  Soleil,  est  associée  à  Mercure  dans  divers  signes.  Mais  il 
ne  donne  de  pronostics  que  pour  dix  signes  sur  douze  :  on  sent 
qu'il  a  hâte  de  sortir  de  ces  voies  détournées,  susceptibles  de  se 
ramifier  à  l'infini,  pour  rentrer  dans  la  logique  de  son  système. 
En  guise  d'épilogue,  il  tire  de  l'énergie  des  planètes  maîtresses, 
de  leur  phase,  position  et  entourage,  des  indications  concernant 
l'intensité,  le  succès  ou  l'insuccès,  et  l'âge  auquel  se  produiront 
ces  hauts  et  bas  de  l'existence. 

Pour  qui  aurait  foi  dans  la  finesse  d'observation  psycholo- 
gique des  astrologues,  tous  ces  inventaires  de  qualités  morales  et 
d'aptitudes  professionnelles  fourniraient  un  appoint  notable  à  ce 
que  nous  savons  des  idées  antiques  sur  le  classement  des  diverses 
professions  et  le  degré  d'estime  que  leur  accordait  l'opinion 
publique  ^.  On  y  relèverait  plus  d'un  trait  de  satire  à  ajouter  aux 

1.  Sans  doute  parce  que  ces  professions  emploient  beaucoup  de  bêtes  de 
somme  et  de  trait  (?). 

2.  Évidemment,  parce  que,  placés  aux  extrémités  de  deux  axes  perpendi- 
culaires, ils  représentent  une  sorte  de  groma  céleste,  l'instrument  de  l'arpen- 
teur. C'est  de  la  géométrie  appliquée  surtout  à  l'agriculture  et  liée  au  souvenir 
des  premiers  agrimensores  sacerdotaux,  haruspices  et  augures.  D'autre  part, 
les  iLfza6o'ki%(xl  [i^x^ai]  sont  un  équivalent  de  -upoittxat  :  une  «  traduc- 
tion »  est  une  «  tournure  »  (xpÔTtoî). 

3.  Les  autres  auteurs  intéressent  plus  que  l'entassement  de  substantifs 
auquel  se  borne  Ptolémée.  Les  planètes  malfaisantes  font  les  professions 
pénibles  ou  dégoûtantes,  les  métallurgistes,  les  croque-morts  et  embaumeurs 
ou  fabricants  de  cercueils  (Maneth.,  I,  75-82;  IV,  263-270;  VI,  494-498,  528- 
531).  Il  n'y  a  pas  loin  du  croque-mort  au  médecin  :  in  vertice  Urnae  [Aquarii] 
qui  nati  fuerint,  medici  erunt.  Mais,  si  peu  que  Saturne  intervienne,  pollinc- 
lores  erunt  et  funerarii  et  vespillones  (Firmic,  VIII,  29  Pruckner).  Mercure 
dans  les  signes  équinoxiaux  (Balance  surtout),  faisant  les  vérificateurs  des 


DU    MARIAGE    LÉGITIME  447 

peintures  de  Juvénal  :  par  exemple,  contre  les  athlètes  et  acteurs, 
gens  couronnés  par  les  hommes,  enrichis  par  les  femmes;  au 
besoin  contre  les  astrologues  eux-mêmes  et  autres  exploiteurs  de 
la  crédulité  humaine,  surtout  de  la  crédulité  féminine.  Mais  nous 
n'avons  pas  le  temps  de  butiner  en  cours  de  route.  Il  s'agit 
d'aborder  maintenant  les  questions  de  sentiment,  l'amour  et 
l'amitié. 

5**  Des  affections  et  de  la  famille.  —  A  vrai  dire,  l'amour  ne  fait 
pas  nécessairement  partie  des  motifs  qui  poussent  au  mariage 
légitime.  On  dirait  que  les  astrologues  le  réservent,  au  moins 
quand  il  atteint  à  la  passion,  pour  les  liaisons  illicites,  qui  for- 
ment un  groupe  à  part.  Ne  voulant  rien  préjuger,  Ptolémée  inti- 
tule le  chapitre  des  relations  entre  les  sexes  :  Ilepl  auvapfjLoywv,  au 
sens  vague  de  «  Accordailles  »  ou  de  «  Convenances  réciproques  »  *. 

Le  mariage  légitime  est  envisagé  au  point  de  vue  des  deux 
contractants.  Du  côté  masculin,  on  cherche  la  femme,  et  par 
conséquent  ce  sont  les  positions  de  la  Lune  qui  décident.  Du 
côté  opposé,  ce  sont  les  positions  du  Soleil.  L'astrologie  sait  tout 
prévoir  des  deux  parts  ^  :  la  date  précoce  ou  tardive  des  mariages, 

poids  publics  (Firmic,  IV,  21,  9  Kroll),  est  une  trouvaille.  Les  devins,  et 
notamment  les  astrologues,  sont  très  diversement  appréciés,  classés  tantôt 
avec  les  pires  charlatans,  tantôt  à  côté  des  plus  hauts  sacerdoces  (Maneth.,  I, 
293;  II,  202  sqq.;  IV,  211;  V,  260  sqq.  ;  VI,  472-475).  C'est  peut-être  un 
astrologue  facétieux  qui  a  assimilé  sa  clientèle  à  un  troupeau  de  bœufs  en 
assimilant  l'astrologue  au  Bouvier  :  In  Boote  quicumque  habuerit  horoscopum, 
divinus  erit  astrologus  vates  artisque  Chaldaicae  vaUe  peritus  (Firmic,  VIII, 
25  Pr.).  En  général,  les  artistes,  sculpteurs,  peintres,  musiciens  et  acteurs, 
sont  bien  traités.  On  trouve  de  vives  sorties  contre  les  rôdeurs,  vagabonds, 
ôpvea  •ff^i,  Tt6>kioî  TtdtaTjî  i-rcôXurTa  yévsOXa  (Maneth.,  IV,  282),  contre  les  TtafiTtaeetî 
(IV,  310  sqq.),  les  farceurs  arétalogues  Po|ji6ti5ôv  Çwvxaç,  àXyjfjLOva;  ^z  y^ovbi 
ahi  (IV,  449),  les  Galles  mutilés  (VI,  534-540.  Cf.  ci-dessus,  p.  434,  3),  les 
lt.i-/}.o\.  {lenones),  en  vingt  endroits,  et  aussi  contre  les  publicains,  tsXwvTiTdtî 
T£  piaiouî  —  Sstvoûî  x£  -/psapTiâya.;  èpyo'Xiêoui  xe  (IV,  329  sqq.)  et  autres  accapa- 
reurs parfois  «  lynchés  »  par  le  peuple  :  ob  interceptam  annonam  vel  maie 
disposilam  seu  cupiditatis  fraiidulentia  subtractam  grave  pulsatum  insanienlis 
invidia  populi  dissipabit,  ita  ut  populari  manu  laceratis  artubus  metuenda 
céleris  acerbae  mortis  exempta  demonslret  {F'ïTm\c.,y\\\,  11  Pruckner).  Firmi- 
cus  est  hanté  par  une  sorte  de  pitié  pour  les  hiérodules  :  aliis  in  lemptis  igno- 
bitia  decernil  officia  —  minisleria  facit  exercere  servitia  (III,  13,  8  Kroll,  etc.). 

1.  Te^raô.,  IV,  4,  pp.  730-731,  740-741  Junctinus,  avec  commentaire,  pp.  732- 
765.  Cf.  Anon.,  pp.  152-158;  Maneth.,  VI,  112-221,  et  les  chapitres  de  Firmi- 
cus,  Uxorum  marilorumque  numerus  (VII,  17  Pruckner).  —  Conjugatorum  ad 
invicem  affeclus  (VII,  18).  —  Sponsalium  seu  nupliarum  lempora  (VII,  19).  — 
Uxorum  suarum  inlerfectorum  geniturae  (Vil,  20). 

2.  Voici  l'analyse  du  scoliaste.  Ptolémée  recherche  :  l"  el  yajiiricjs:,  sT-ce  xal  \x.t,  ; 
2o  xal  si  vaijLT.Tci,  irtJxîpov  Ta/éw;  f,  ppaSéwî  ;  3"  rÔTspov  [xt'a  [iôvri  TuvoixTiffoudtv  ^ 


448  CHAP.    XII.   —    LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

la  différence  d'âge  entre  les  époux,  le  nombre  des  mariages  que 
pourra  contracter  Tindividu,  —  ou,  en  sens  inverse,  sa  vocation 
au  célibat,  —  enfin  et  surtout  le  degré  de  concorde  dû  aux  qua- 
lités et  défauts  des  époux.  On  peut  être  assuré  que  les  astro- 
logues ont  fouillé  avec  un  soin  particulier  cette  partie  de  la  doc- 
trine, car  la  curiosité  des  femmes  en  proposition  de  mariage  ou 
en  mal  d'amour  a  été  de  tout  temps  la  principale  ressource  des 
diseurs  de  bonne  aventure.  Seulement,  la  plupart  des  clients 
devaient  désirer  plutôt  un  conseil  sur  le  choix  de  la  personne 
ou  l'opportunité  de  l'occasion  qu'une  révélation  toute  sèche  de 
l'avenir.  Ceux-là,  la  généthlialogie,  fataliste  par  essence,  n'était 
pas  à  même  de  les  contenter  *  :  il  fallait  recourir  à  l'astrologie 
vulgaire,  celle  des  y.aza.Qj^i.  Les  doctes  rendent  des  arrêts  et  ne 
donnent  pas  de  conseils. 

Après  avoir  constaté  à  maintes  reprises  le  dédain  de  Ptolémée 
pour  le  système  des  lieux  fixes,  on  ne  s'étonne  plus  qu'il  n'ait 
pas  eu  recours  tout  simplement  à  la  case  (VIP)  du  cercle  de  la 
géniture  où  la  tradition  «  égyptienne  »  logeait  les  «  Noces  ».  Il 
avait  pour  cela  plus  d'une  raison.  On  a  vu  plus  haut  que,  dans  le 
système  de  Vodotopos,  l'Occident,  —  et  même,  par  suite  de  retou- 
ches, dans  le  système  courant  des  XII  lieux,  le  lieu  VII,  —  tout 
en  logeant  les  Noces,  n'en  est  pas  moins  le  lieu  du  couchant,  et, 
comme  tel,  symbole  de  la  mort.  C'est  là  que  Manilius  installait 
Pluton,  lequel  aurait  pu  tout  au  plus,  d'après  sa  légende,  présider 
aux  mariages  précédés  de  rapt.  Il  y  avait  bien  une  autre  case 
(X*  en  MC.)  où  Manilius  fait  aussi  mention  du  mariage,  de  Vénus 
et  de  la  Fortune  ;  mais  il  s'agit  là  du  mariage  considéré  comme 
apport  de  richesse,  et,  au  surplus,  Ptolémée,  qui  ne  voulait  pas 
être  esclave  de  la  tradition  courante,  faisait  encore  moins  de 
cas  de  celle  des  dissidents.  D'autre  part,  il  ne  lui  plaisait  pas 
davantage  de  recourir  au  système  des  lieux  variables  obtenus 
par  le  calcul  des  xX^pot. 

•rcTieioat;  4°  ôitoia  luTai  t,  Yaasf^-»\  ô  ivfjp  ;  5°  Ttôtepov  Siapiévouatv  t\  SiaXuOtiaovTat  ; 
6°  si  8ia[iévciu<n,  itéTepov  àXkr^'Koii;  àyaTtwvxeî  -î^  ataffiexÇovTsç. 

1.  Les  généthlialogues  pouvaient  sans  doute  comparer  les  thèmes  de  géni- 
ture et  y  découvrir  un  rapport  de  convenance  ou  de  disconvenance  (cf.  ci- 
après,  p.  167,  i)  ;  mais,  avec  la  liberté  du  choix,  la  généthlialogie  n'avait  plus 
de  sens.  Aujourd'hui  encore,  chez  les  Parsis,  on  confronte  les  horoscopes 
(thèmes  de  géniture)  «  pour  savoir  si  les  étoiles  des  futurs  époux  sont  en 
harmonie;  l'union  dépend  beaucoup  de  la  réponse  ...  Chez  les  Hindous,  à 
cause  du  décès  conjectural  des  conjoints,  l'horoscope  est  encore  de  la  plus 
grande  importance,  puisqu'il  prédit  lequel  des  deux  sera  veuf  ou  veuve  » 
(D.  Menant,  Les  Parsis,  I,  p.  159  :  cf.  la  mention  ci-dessus,  p.  341,  2). 


DU    MARIAGE   LÉGITIMÉ  440 

Le  système  adopté  par  Ptolémée  est  aussi  simple  que  peut 
l'être  un  procédé  astrologique  devant  suffire  à  tant  de  questions 
différentes.  Soit  la  recherche  de  l'épouse  et  l'avenir  du  mariage 
vu  du  côté  masculin.  Si  la  Lune  est  dans  les  quadrants  orientaux, 
mariage  précoce  ou  avec  une  jeune  femme  ;  dans  les  quadrants 
occidentaux,  mariage  tardif  ou  avec  une  vieille  femme.  Si  la  Lune 
est  ou  va  être  nouvelle,  approchée  du  Soleil  à  moins  de  15°  et 
en  aspect  avec  Saturne,  célibat;  la  froideur  et  la  vieillesse  de 
Saturne  s'ajoutant  à  l'inaction  de  la  Lune  noyée  dans  les  rayons 
solaires.  Si  la  Lune  est  dans  un  signe  simple  ([jiovoetSé;)  ou  en 
contact  avec  une  seule  planète,  le  client  sera  monogame  ;  si  elle 
est  en  signe  bicorporel  ou  en  contact  avec  plusieurs  planètes,  il 
contractera  successivement  deux  ou  plusieurs  mariages.  Le  carac- 
tère de  la  femme  dépend  des  planètes  associées  à  la  Lune,  soit 
par  contact,  soit  par  aspect.  La  collaboration  de  Saturne  donne 
des  femmes  laborieuses  et  austères  ;  celle  de  Jupiter,  des  femmes 
graves  et  économes.  Elles  sont  hardies  et  indociles  avec  Mars, 
belles  et  gaies  avec  Vénus,  vives  et  intelligentes  avec  Mercure. 

Même  calcul  du  côté  féminin,  le  Soleil  étant  substitué  à  la 
Lune.  Il  est  à  peine  besoin  de  dire  qu'il  peut  y  avoir,  d'un  côté 
comme  de  l'autre,  collaboration  de  plusieurs  planètes  et  que  les 
pronostics  s'en  trouvent  modifiés  *. 

Le  pronostic  relatif  à  la  concorde  dans  le  ménage  résulte  de  la 
comparaison  des  thèmes  de  géniture  des  deux  conjoints.  Il  faut 
examiner  si,  d'un  thème  à  l'autre,  les  deux  luminaires  se  regardent 
par  aspect  trigone  ou  sextil  ou  sont  en  conjonction,  ou  se  prêtent 
mutuellement  leurs  domiciles  respectifs  (evaXXayT^),  ou  si,  au  con- 
traire, ils  sont  en  aspect  hostile  ou  sans  aspect  aucun  :  le  tout 
modifié  par  les  planètes  collaborantes,  qui  peuvent  amener  le 
divorce  ^. 

La  planète  Vénus,  qui  laisse  à  la  Lune  le  premier  rôle  quand  il 

1.  Par  exemple,  Saturne  en  aspect  quelconque  avec  Vénus  produit  la  stéri- 
lité, et  Tépousée  —  toujours  vieille  en  ce  cas  —  n'est  jamais  -rcapesvix-^i  vûjxîpTj 
(Maneth.,  111,  278  sqq.). 

2.  C'est  de  la  généthlialogie  comparée,  déjà  signalée  plus  haut  (pp.  167,  1, 
176,  2.  448,  1)  et  appliquée  plus  loin  (p.  453)  à  l'amitié.  Ptolémée  a  élagué  ici, 
entre  autres  données,  l'influence  des  signes.  D'après  le  scoliaste  (Anon., 
p.  52),  la  Lune  en  signes  «  humains  »  indique  une  affection  mutuelle,  amorce 
d'un  raisonnement  qui  pouvait  être  étendu  aux  autres  signes.  11  en  est,  en 
eflet,  de  froids,  amoureux,  brutaux,  etc.  Toute  la  psychologie  zodiacale  est 
susceptible  d'être  mise  une  fois  de  plus  à  contribution.  Dans  le  système  des 
xa-capyaî  (ci-après,  ch.  xni),  môme  la  Balance  (à  qui  se  fier  !)  ptot/siav  lictçêpsi 
(liUdwich,  p.  86).  L'adultère  est  peut-être  considéré  comme  une  compensation. 


450  CHAP.    XII.   LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

s'agit  du  mariage  légitime,  le  reprend  quand  il  s'agit  des  passions 
de  l'amour.  Elle  est  en  tête  du  trio  planétaire  qui  mène  leurs 
transports,  trio  où  figurent  malheureusement  les  deux  planètes 
malfaisantes,  Mars  et  Saturne.  Que  l'on  fût  allé  les  chercher  par 
pur  souci  de  moraliste,  pour  symboliser  les  conséquences  funestes 
des  passions,  et  aussi  pour  utiliser  les  légendes  mythologiques, 
les  astrologues  se  gardaient  de  l'avouer.  Ils  invoquaient  toutes 
sortes  d'affinités  naturelles,  nécessaires,  mathématiquement  ex- 
primées par  la  répartition  des  domiciles  et  exaltations  des  dites 
planètes.  Mars  a,  en  effet,  son  utj>io[jLa  dans  le  trigone  de  Vénus,  et 
réciproquement;  Saturne  a  le  sien  dans  le  trigone  de  Mars.  De 
même  pour  les  domiciles.  L'intervention  des  signes-domiciles  et 
des  signes -exaltations,  s'ajoutant  aux  combinaisons  des  trois 
planètes  deux  à  deux  ou  trois  à  trois,  ouvrent  un  large  champ  à 
la  casuistique  *.  Elle  devait  être  bien  ample,  cette  casuistique, 
car  les  seules  étiquettes  réunies  par  Ptolémée  constituent  un  des 
plus  longs  chapitres  de  sa  Tétrabible.  En  dépit  de  la  rigueur  de 
ses  classifications,  il  y  replace  une  partie  des  excès  du  sens  géné- 
sique  signalés  au  chapitre  «  des  maladies  de  l'âme  »  ou  dans 
l'ethnographie  «  catholique  »  ^  Cependant,  il  s'agit  moins  ici  des 
vices  contre  nature  que  des  passions  qui  méconnaissent  les  lois 
de  la  société  et  les  liens  du  sang.  L'inceste  sous  toutes  ses  formes 
—  dont  la  plus  répugnante  était  fixée  dans  l'imagination  grecque 
par  la  légende  d'CEdipe  —  trouve  son  explication  dans  les  regards 
et  approches  des  planètes  en  des  signes  où  elles  possèdent  des 
domaines  communs  à  divers  titres,  ou  sur  certains  centres  et 
certains  lieux  du  cercle  de  la  géniture  '^ 

1.  Voy.  les  produits  de  c?  $  et  I)  dans  Manéthon  (IV,  294-316).  Mars  et 
Vénus  suffisent  à  expliquer  l'adultère,  qui  est  un  mélange  de  plaisir  et  de 
crainte  [Cod.  Florent.,  p.  149).  Ceci  est  d'un  bon  élève  des  Stoïciens. 

2.  Le  chapitre  est  tellement  encombré  que  j'ai  peine  à  croire  le  texte  en 
bon  état.  Ce  sont  sans  doute  des  gloses  qui  y  ont  introduit  les  axdSovxai;  xai 
a6>ktxoùî  Tf\  (TTsJpaî  xal  ^Tp-Z^TOu;,  les  i-ao-Aoïzo-j^  i\  xpiêâSaç,  les  individus  itavTa- 
X^esv  éauToîî  xàî  -fiSovàî  irotoufjiévouî...  irpôç  â^^evaç  ocal  STiXeia;,  enfin,  un 
supplément  à  l'ignoble  séquelle  des  infirmités  du  corps  et  de  l'âme,  qu'il 
faudrait  restituer  aux  chapitres  précédents.  Mais  le  texte  actuel  est  celui  que 
commente  le  scoliaste. 

3.  La  règle,  ou  plutôt  une  des  règles  suivies,  est  que  Saturne  avec  Vénus 
présage  l'inceste  remontant  vers  les  ascendants  et  parents  plus  âgés  (irp6î 
TtpeuSyx^pouç)  ;  Mars  avec  Vénus,  l'inceste  sans  disproportion  d'âge  :  ipst?  ouv 
àizh  Kpovow,  <i)<:  £9'/i[ji$v,  tô  TipsuêuTiitèv  6vo[xa,  otov  Sxi  Srstw  r\  itaxpl  ti  irpww,  àirh 
6è  "Apeo;,  8xt  dSsXtpoïi;  ^  dr^e4''°'î  ^  auyyEvsat  (Anon.,  p.  157).  C'est  une  autre 
méthode  que  de  juger  de  l'âge  par  la  phase  de  Saturne  ou  de  Mars  comparée  à 
celle  de  Vénus.  Si  Vénus  est  h]i.oio<3yi\V-^'^i  oji-riXtxaç  uTitxaJvei,  si  Se  SuxtxwxÉpa 


DES    DMONS   ILLÉGITIMES  451 

Tout  n'est  pas  ombre  pourtant  dans  le  tableau  :  un  astrologue 
du  temps  de  TEmpire  n'avait  pas  les  idées  d'un  moine  écrivant 
un  Guide  des  confesseurs.  Vénus  tempérée  par  Saturne  produit 
parfois,  même  sans  les  formalités  juridiques,  des  unions  aux- 
quelles ne  manque  ni  le  charme,  ni  la  fidélité,  et  qui  se  trans- 
forment plus  tard  en  unions  légitimes. 

Bien  ou  mal  assortie,  l'union  des  sexes  a  pour  but  la  généra- 
tion. Mais  on  sait  trop  que,  quand  il  s'agit  du  nombre  des 
enfants,  de  leur  sexe,  de  leurs  qualités  et  des  chances  de  vie,  de 
fortune,  d'affection  *,  il  n'y  a  pas  de  rapport  visible  entre  la 

TtpEffôuxépatç  [à  compléter  par  tl  Se  àva-co^ixioTÉpa  veoTspaiî]  (Anon.,  p.  156).  Le 
scoliaste  explique  qu'il  y  a  des  ôuif,)vtx£<:  de  tout  âge  et  rattache  à  ces  degrés 
(vÉot  -  «xxfjiaîoi  -  yépovTEç)  les  diverses  espèces  d'incestes.  Ptolémée  fait  aussi 
intervenir,  avec  les  signes  ()(  ^^),  le  Soleil  et  la  Lune.  On  sait  de  cette  façon 
s'il  y  aura  inceste  redoublé  (Sunlv  iScXtpaîî  -r^  auyy^''^''^  ^^  S'julv  àSsXœoïî  ^ 
auyvsvÉatv),  et  aussi  de  quelle  espèce.  La  Lune  dans  certaines  conditions  irotsï 
Toù;  (ièv  àpfSsvaî  [jiT,Tpaatv  -î^  {iTiTÉpwv  à8£>>!paîî  -i^  [iT^-cpuiaîç  ayvépyêdOat,  tàç  8è 
SrT,>.£b;  u'iot;  t;  uîciv  àSeT^çoî;  r^  SruYatÉpwv  dtvSpatatv  :  le  Soleil  xoù<;  [lèv  àppcva; 
SruyaTpifftv  r\  SfUYaxépwv  dtSsXcpaïî  t,  v'jvav^îv  u'.wv,  xi;  Se  STfiXstaî  iraxpafftvT^  Ttaxéptov 
àScX-^oî;  T,  Ttaxptôoi;  {Tetrab.,  p.  741  J.).  En  somme,  quantité  de  moyens  divers; 
comme  toujours,  séparés  ou  combinés.  Cf.,  dans  Manéthon,  les  œuvres  de 
c^  ^  et  î)  (IV,  294-316)  :  incestes  de  pères  et  filles,  fils  et  mères  (VI,  154- 
176),  produits  par  Q  en  MC.  et  Ç  en  IMC.  (VI,  115-121),  compliqués  de  viol 
avec  c^  en  IMC.  ou  en  Occ.  (VI,  176-179).  Le  cas  d'CEdipe  est  visé  (VI,  166)  et 
celui  de  Jocaste  (V,  204).  Le  faussaire  se  permet  une  plaisanterie  qu'il  eût 
payée  cher  s'il  avait  écrit,  comme  il  le  prétend,  sous  Philadelphe.  A  propos 
de  l'inceste  provoqué  par  Saturne,  il  écrit  :  fv9a  6é  [x^t,  paaiXsû,  xw  ojr-rijjiaxt 
yi^veo  [JLâpxuî  |  vvwpîÇtov  vôveti  xo-jç  'ApaivÔTiî  û|ji£vaîou;  (Maneth.,  V,  207-208). 
Sotade,  noyé  en  mer  dans  une  caisse  de  plomb  par  ordre  de  Philadelphe,  n'en 
avait  pas  dit  davantage.  Firmicus  dissémine  l'inceste  un  peu  partout  :  par 
exemple,  III,  6,  28-29  (même  l'inceste  lucratif!)  et  IV,  6,  3  Kroll  ;  VI,  26  et 
VIII,  30  Pruckner.  Dans  la  «  géniture  d'Œdipe  »  (VI,  26  Pr.),  l'agent  principal 
est  Saturne  dans  les  Poissons  (signe  vénérien),  Vénus  étant  dans  le  Verseau 
(signe  saturnien).  Des  astrologues  orientaux  auraient  mis  sans  doute  moins 
de  planètes  malfaisantes  dans  ce  chapitre,  l'inceste  ne  répugnant  pas  aux 
mœurs  et  surtout  aux  théogonies  orientales.  Cf.  l'inceste  prodigieux  commis 
par  Isis  et  Osiris  avant  leur  naissance  dans  le  sein  de  leur  mère  (Plut.,  Is.  et 
Osir.,  11).  Les  Grecs  eux-mêmes  n'avaient  pas  la  conscience  tout  à  fait  tran- 
quille au  sujet  de  r  Up6î  ya  [loi;  de  Zeus  et  de  Héra.  L'épithcte  îepèî  aver- 
tissait que  ce  n'était  pas  là  un  exemple  à  imiter  pour  les  humains.  L'exemple 
était  donné  tous  les  mois,  suivant  l'exégèse  (stoïcienne?)  qui  assimilait  la 
conjonction  lunisolaire  à  l'hymen  sacré  :  xà  (izoyiiiia.  èxéXouv  xôxe  teudiicûî 
elvai  irpwxov  oîôjisvot  yâixov  x-rj;  £e>ki^vriî  oûtti;  irpô;  'H>.(ou  aûvoSov  (Schol.  Hesiod., 
0pp.,  784).  Sur  ce  sujet,  rajeuni  par  la  découverte  d'un  fragment  de  Phéré- 
cyde  de  Syros,  voy.  H.  Weil,  Revue  des  Études  grecques,  X  [1897],  pp.  1-9. 

1.  Tetrab.,  IV,  5,  IIspl  xéxvwv,  p.  765  Junctinus,  avec  commentaire, 
pp.  766-781.  Cf.  Anon.,  pp.  158-160;  Maneth.,  VI,  225-304;  Paul.  Alex.,  Hep l 
xéxv  wv  (02-03);  Firmic,  VII,  9  Pruckner  {Filiorum  cum  patribus  dissiden- 


482  CHAP.    XII.   LA    GÉNÉTHLIALOGIK 

cause  et  la  conséquence.  Aussi  les  deux  clefs  qui  ont  servi  aux 
pronostics  concernant  l'amour  ne  sont-elles  plus  de  mise  ici.  Cette 
fois  encore,  Ptolémée  ne  veut  pas  recourir  directement  au  sys- 
tème des  lieux  fixes  qui  plaçait  les  «  fils  »  au  V*  lieu,  avec  la 
Bonne  Fortune  et  Vénus;  ni  à  la  méthode  des  vcXf^pot  spéciaux, 
qui  trouvait  le  lieu  des  fils  en  mesurant  la  distance  entre  Vénus 
(génération)  et  Mercure  (éducation).  Cependant,  il  n'affecte  pas 
d'ignorer  tout  à  fait  les  lieux  autres  que  les  centres.  Il  consent  à 
ajouter  au  lieu  principal  où  il  attend  les  planètes  et  signes  effi- 
caces en  la  circonstance  (le  MC.)  le  «  lieu  suivant  (XP  lieul,  c'est- 
à-dire  celui  du  Bon  Génie  »  ^  A  défaut  de  ces  deux  lieux,  on 
prend  «  leurs  diamètres  »  (IV  et  V). 

Les  planètes  présentes  réellement  ou  par  aspect  dans  ces  deux 
ou  ces  quatre  compartiments  sont  les  «  donneuses  d'enfants  » 
(SoT^psi;  Twv  T£xv(ov).  Le  prouostic  résulte  du  tempérament  des 
planètes  —  les  plus  humides  étant  les  plus  fécondes  ;  les  plus 
sèches,  les  plus  stériles  ^  —  et  de  la  collaboration  des  signes, 
appréciée  au  même  point  de  vue  ^.  Chaque  planète  prise  à  part 
ne  donne  par  elle-même  qu'un  enfant  ;  elle  en  donne  deux  dans 
les  signes  bicorporels,  davantage  dans  les  signes  «  polyspermes  » 
comme  le  Cancer,  le  Scorpion,  les  Poissons.  Les  planètes  mascu- 
lines ou  masculinisées  par  position  donnent  des  enfants  mâles  ; 
les  autres,  des  filles.  La  prédominance  des  planètes  malfaisantes 
ou  des  signes  stériles  produit  des  enfants  mal  conformés  et  peu 
viables.   Ptolémée  indique   les  moyens  de   prévoir  en   gros  la 


Hum  geniturae)  ;  VII,  12  {Adoptivorum  filiorum  geniturae).  Le  sujet  a  déjà  été 
traité  en  partie,  à  un  autre  point  de  vue,  dans  les  pronostics  précédant  la 
naissance  (ci-dessus,  pp.  392  -  394)  et  dans  ceux  qui  concernent  la  fécondité 
ou  stérilité. 

1.  Il  se  souvient  peut-être  ici  du  système  dissident  de  Voclolopos,  qui  plaçait 
en  MC.  non  pas  les  «  fils  »,  mais  le  mariage,  avec  Vénus  (ci-dessus,  p.  277)  : 
Manéthon  adopte  le  système  de  Ptolémée,  ainsi  que  Paul  d'Alexandrie,  qui 
ajoute  :  xal  tàv  xMpov  tûv  tsxviov.  Avec  les  quatre  TÔiroi  Soxtxoi,  a7rsp[iaTixo( 
(IV,  V,  X,  XI),  on  prend  pied  dans  les  quatre  trigones. 

2.  Par  conséquent,  —  au  nom  de  la  symétrie,  —  le  Soleil  lui-même  est  classé 
en  tête  des  astres  stérilisants,  comme  la  Lune  en  tête  des  féconds.  Les  astro- 
logues maintiennent  Tégalité  dans  les  deux  camps,  formés  chacun  de  trois 
planètes,  en  faisant  passer  tour  à  tour  dans  l'un  et  dans  l'autre  Mercure,  qui 
est  fécond  comme  àvaToX'.xô;  (ouêwoî),  stérile  comme  Suxixo;  {iaizé- 
pio;).  Chez  les  Arabes,  le  caput  Draconis  Lunae  est  dans  le  groupe  fécond, 
et  la  Cauda  dans  l'autre  (Junctinus,  p.  769). 

3.  Analyse  des  signes  dans  Paul  d'Alexandrie:  xb  aiiavÔTsxvov (T  +->■  U  ^), 
ffTEpwSsî,  itavTsXwç  (ÏTEXvûv  (V  iif  X  <ft  î^),  -oXÛTîxvov  (S  m  )().  Cf.  les  Anec- 
dota  de  Ludwich  (pp.  105-110)  et  ci-dessus,  p.  150. 


DE  l'amitié  453 

destinée  des  enfants  à  naître  du  client  et  engage  ceux  qui  vou- 
draient pousser  l'analyse  plus  avant  à  instituer  un  thème  spécial 
en  prenant  pour  Horoscope  la  planète  «  donneuse  d'enfants  »  *. 
C'est  une  méthode  analogue  à  celle  des  xX^poc  et  qu'il  a  déjà  indi- 
quée plusieurs  fois. 

L'amitié  ^  est  une  forme  de  sympathie  dégagée  de  tout  mélange 
d'appétit  sexuel.  Les  premiers  astrologues  trouvaient  aux  amitiés 
et  antipathies  une  raison  fort  simple  :  l'accord  ou  l'antagonisme 
des  signes  du  Zodiaque  qui  dominent  les  génitures,  rapports 
dérivant  eux-mêmes  soit  de  la  nature,  soit  de  la  position  respec- 
tive des  signes.  On  a  vu  plus  haut  comment,  au  dire  de  Manilius, 
qui  semble  s'inspirer  d'Empédocle,  les  effluves  d'amour  et  de 
haine  se  croisent  éternellement  de  tous  les  points  du  Zodiaque  ^. 
Dans  le  système  des  «  lieux  >>,  la  III''  case  contenait  pêle-mêle  les 
frères,  les  amis,  les  voyages,  trois  sujets  de  recherches  que 
Ptolémée  entend  ne  pas  confondre.  Le  bon  sens,  dont  l'astrolo- 
gie se  rapproche  quand  elle  le  peut,  indiquait  que  l'amitié  pré- 
suppose la  conformité  des  goûts,  et  celle-ci  l'analogie  des  thèmes 
de  géniture.  Il  ne  s'agit  donc  plus  de  l'examen  d'un  seul  thème 
de  géniture,  mais  de  comparaisons  à  instituer  entre  deux  thèmes. 

Soit  pour  suivre  la  tradition  philosophique  *,  soit  plutôt  pour 
utiliser  plusieurs  méthodes  imaginées  avant  lui,  Ptolémée  dis- 
tingue, au  point  de  vue  du  motif,  trois  espèces  d'amitiés  et  autant 
de  modes  de  concordance  entre  les  thèmes  de  géniture  :  l'amitié 
spontanée  [-/.or.x  irpûafoeTiv),  celle  qui  a  pour  but  l'utile  (S'.à  x?^''*^) 
et  celle  qui  a  pour  but  le  plaisir  (oià  -^(Oovt.v  xal  XutctJv)  ^.  La  pre- 
mière naît  de  la  concordance  de  la  position  des  deux  luminaires 
dans  l'une  et  l'autre  géniture  ;  la  seconde,  de  la  concordance  des 


1.  Le  scoliaste  dresse  ainsi  la  liste  des  questions  résolues  par  Ptolémée  : 
1°  cl  £;£i  xéxva;  2»  xal  ônrôix  ;  S"  T:()Tcpov  ivSoÇa  r^  àîSoÇa  ;  4»  slxa  éittutvfi  t)  àatvfi; 
5°  xal  [ji(5vi[ia  f,  où;  6"  xat  -i^  '-pîXar,  ^X^pà  xà  xtxtdixeva  (Anon.,  p.  158).  Il  oublie 
provisoirement  le  sexe,  sur  lequel  il  revient  plus  loin. 

■1.  Telrab.,  IV,  6  (Ilspl  oiXwv  xat  ii^^iJi^j),  pp.  181-785  Junctinus,  avec 
commentaire,  pp.  783-800.  Cf.  Anon.,  pp.  160-162. 

3.  Cf.  ci-dessus,  pp.  158,  175-176. 

4.  Cf.  le  De  Amicitia  de  acéron,  résumé  de  nombreux  traités  irspl  çiXîa;. 

5.  Il  commence  par  proposer  une  distinction  concurrente,  au  point  de  vue 
de  la  stabilité  :  les  amitiés  durables  constituant  la  jj[i.zâ8£;a,  les  autres, 
la  ffuvajxpia.  C'était  cependant  une  amitié  durable  qu'Horace  supposait 
entre  lui  et  Mécène  en  disant  :  Utrumque  nostrum  incredibili  modo  \  Consentit 
astrum  (Ilor.,  Od.,  II,  17),  et  ce  serait  plutôt  à  un  adversaire  de  l'astrologie  de 
mettre  la  <:-jyi.rA%t:x  au-dessus  de  la  auvaaxpb.  Perse  [Sat.,  V,  45-51)  fait  appel 
aux  signes  et  aux  planètes  pour  expliquer  l'affection  qui  l'attache  à  Cornutus. 


454  CHAP.    XII.    —  LA    GÉNÉTHLIALOGIE 

positions  du  «  Sort  de  la  Fortune  >>  ;  la  troisième,  de  la  concor- 
dance des  Horoscopes.  Concordance  signifie  position  dans  le 
même  signe  ou  dans  des  signes  échangés  par  énallage  ou  en  des 
points  reliés  par  aspect  sympathique  *. 

La  disposition  des  planètes,  surtout  leur  «  supériorité  »  (xaôu- 
TOpx£p7]crt<;)  respective,  d'un  thème  à  Fautre,  indique  le  plus  ou 
moins  de  spontanéité,  d'utilité  et  d'agrément  des  amitiés,  comme 
aussi  leur  plus  ou  moins  de  solidité  et  de  durée.  La  durée,  avec 
ou  sans  refroidissements,  peut  se  calculer  au  plus  juste  par  la  mé- 
thode aphétique  ou  système  de  la  roulette  (ci-dessus,  p.  411  sqq.), 
au  moyen  d'un  point  de  départ  pris  dans  un  des  deux  thèmes  et 
d'un  point  d'arrivée  pris  dans  l'autre.  Enfin,  il  n'est  point  de 
nuance  entre  les  amitiés  (philosophiques,  religieuses,  artistiques 
et  autres)  qui  ne  puisse  être  notée  par  les  combinaisons  pla- 
nétaires. Les  mêmes  constatations,  avec  substitution  de  la  dis- 
cordance à  la  concordance,  permettent  de  dresser  un  tableau 
parfaitement  symétrique  des  inimitiés. 

Dans  la  société  antique,  il  n'y  avait  pas  de  pires  ennemis  et 
parfois  d'amis  plus  dévoués  que  les  esclaves.  Aussi  le  chapitre 
des  amis  et  ennemis  a-t-il  un  appendice  consacré  aux  esclaves  ^. 
Pour  les  relations  entre  maîtres  et  esclaves,  il  faut  se  reporter  au 
lieu  «  du  Mauvais  Génie  »  (Xll")  et  consulter  aussi  le  lieu  opposé, 
dédié  à  la  «  Mauvaise  Fortune  »  (VI^j  ^,  lieux  qui  ont  décrété  la 
servitude,  et  voir  si  les  planètes  qui  s'y  trouvent  réellement  ou  y 
figurent  par  aspect  sont  de  même  tempérament  naturel  ((fjaixTj 
èTrtxTjSetôxrji;),  et  surtout  si  les  planètes  qui  y  ont  une  «domina- 
tion »  quelconque  sont  en  aspect  sympathique  avec  les  lieux  qui 
font  l'amitié   et    l'inimitié  *.    Ptolémée    est  ici  d'une   brièveté 

1.  La  coïncidence  des  Horoscopes  à  moins  de  17"  produit  des  amitiés  iné- 
branlables. Sur  r  èvaXXaYT^,  voy.  ci-dessus,  p.  241,  1.  Ptolémée  écarte  ici 
complètement  l'influence  des  ÇwSta,  sur  lesquels  se  fonde  exclusivement  Mani- 
lius  (cf.  ci-dessus,  p.  176,  2).  Le  scoliaste  (p.  161)  emploie  le  mot  ÇciSta 
comme  le  fait  d'ordinaire  Ptolémée,  dans  le  sens  de  xô  izoï  ou  douzièmes  du 
cercle  de  la  géniture.  En  général,  la  présence  réelle  produit  la  <TU!XTr49£ta  ; 
les  aspects,  la  awairpta,  graduée  suivant  la  nature  des  aspects,  le  trigone 
produisant  la  plus  forte,  comme  le  diamètre  la  plus  forte  antipathie.  Cf. 
ci-dessus  (p.  178,  1)  la  règle  qui  évalue  Ténergie  des  aspects  à  la  moitié  de 
celle  de  la  présence  réelle. 

2.  ne  pi  SoûXtov,  pp.  783-786  Junctinus.  Cinq  lignes  seulement  sur  le  sujet, 
et  deux  lignes  du  scoliaste  (Anon.,  p.  160). 

3.  Ptolémée,  qui  ne  veut  pas  tenir  compte  des  lieux  Ottô  yf,v,  uâe  du  procédé 
xaxi  Stat[jLSTpov  quand  il  consent  à  y  recourir. 

4.  J'avoue  n'être  pas  très  sûr  du  sens  de  l'expression  xal  ;jLâ)^ia8'  oxe  o:  xoO 
8(ij5£)taxT|[j.op£ou  xupiEÛiravTeî  (à  quel  titre?  et  s'agit-il  du  lieu  ou  du  signe?) 


DES   VOYAGES  455 

d'oracle.  Il  ne  s'occupe  pas  'de  l'esclave  en  lui-même,  considéré 
comme  être  déshérité,  placé  à  l'infime  degré  de  la  hiérarchie 
sociale*,  et  il  laisse  aux  débitants  de  /.axcupiai  le  soin  de  poser 
des  règles  pour  l'acquisition  ou  l'afFranchissement  des  esclaves 
et  la  recherche  de  ceux  qui  se  sont  enfuis. 

11  aurait  bien  dû  leur  laisser  aussi  un  sujet  qui  est  tout  à  fait 
de  leur  ressort,  l'article  «  Voyages  »  {{e^ii  zîoLi-peregrinationes)  ^. 
Autant  l'idée  de  consulter  l'état  du  ciel  au  moment  de  se  mettre 
en  route  paraît  naturelle,  autant  il  semble  bizarre  de  chercher 
dans  un  thème  de  géniture  l'indication  du  nombre,  de  la  durée, 
de  la  direction,  de  la  facilité  des  voyages  à  venir,  des  chances  de 
retour  ou  de  bénéfice,  et  de  la  nature  des  dangers  à  prévoir. 
Aussi  la  clef  des  pronostics  est-elle  faite  avec  des  associations 
d'idées  tortueuses  et  énigmatiques.  Le  pronostic  se  déduit,  en 
règle  générale,  de  la  position  des  luminaires  —  surtout  de  la  Lune, 
l'astre  voyageur  par  excellence  —  par  rapport  aux  centres  et  aux 
signes  du  Zodiaque.  Leur  position  dans  les  à-TtoxXtfxaTa,  c'est-à-dire 
dans  les  lieux  (III,  VI,  IX,  XII)  qui  précèdent  les  centres  visibles, 
et  surtout  à  l'Occident  (VII),  annonce  des  voyages  fréquents,  —  et 
même  perpétuels  si  le  Sort  de  la  Fortune  tombe  dans  un  des  lieux 
susdits  ;  —  infructueux  et  périlleux,  si  Mars  est  en  aspect  fâ- 
cheux ^  ;  heureux  et  facilités  soit  par  des  amis  secourables,  si 
Vénus  intervient,  soit  par  les  autorités  locales  avec  le  concours 
de  Jupiter  ;  lucratifs  avec  Mercure. 

Les  signes  du  Zodiaque  qui  correspondent  aux  «  lieux  »  sus- 
visés  ont  aussi  une  influence,  et  même  considérable  ;  d'abord 
sur  la  fréquence  des  voyages,  qui  seront  rares  et  courts  avec  les 
signes  simples,  longs  et  répétés  avec  les  doubles;  ensuite  sur  les 


f.TOi  TUfjL'fûvwi;  Toïî  aùôevTtxoîî  Tf,(;  YsvEaew;  xôiroi;  r^  êvavxîoui;  irotwvTai 
Toù;  auT77itAaTt7[j.oûî.  Cardan  (p.  475)  se  contente  de  traduire  aûeevTixoîî  par 
p/'aecipwi*  ;.Junctinus,  par  locis  dominii  et  potestatis  eorum  (ce  qui  voudrait 
dire  leurs  domaines  ou  dignités,  contrairement  au  texte  tt,;  yEviaswî).  La 
traduction  de  Mélanchthon,  cum  dominatore  nativilalis,  n'est  pas  plus  accep- 
table. Cet  adjectif  me  paraît,  dans  la  langue  astrologique,  un  SitaÇ  eîpTijji^vov. 

1.  Cf.  ci-dessus,  p.  441. 

2.  nepl  ÇevtTeiaî  [Tetrab.,  IV,  7,  pp.  800-801  Junctinus,  avec  commen- 
taire, pp.  802-811).  Cf.  Anon.,  pp.  162-163. 

3.  Plus  exactement,  lorsque,  étant  en  Occident  ou  au  lieu  IX  (sur  son  terrain 
comme  planète  occidentale,  ci-dessus,  pp.  104.  201),  xotî  owffl  SiâjxeTpov  i\  tzx^i- 
Yuvov  l/Ti  uxiaiv  (p.  800  J.).  La  direction  des  voyages  est  indiquée  par  le  qua- 
drant dans  lequel  se  trouvent  les  luminaires.  Comme  Ptolémée  ne  veut  pas  des 
deux  quadrants  souterrains,  il  enseigne  que  le  quadrant  oriental  dirige  vers 
l'E.  et  le  S.  ;  le  quadrant  occidental,  vers  TO.  et  le  N. 


4S6  CHAP.   XII.  —  LA.    GÉNÉTHLIALOGIE 

dangers  que  déchaînent  les  planètes  malfaisantes  *,  celles-ci 
agissant  difTéremment  suivant  la  nature  des  signes  dans  lesquels 
elles  sont  embusquées.  Là,  le  symbolisme  révélateur  est  tantôt 
transparent,  tantôt  troublent  arbitraire.  Ainsi,  les  dangers  vien- 
dront par  naufrages,  si  les  planètes  malfaisantes  sont  dans  les 
signes  humides  ^•,  par  précipices  et  bourrasques,  dans  les  signes 
solides;  par  disette  et  maladies,  dans  les  signes  tropiques  ou 
équinoxiaux  ^\  par  attaque  de  brigands,  dans  les  signes  humains; 
de  bêtes  fauves,  dans  les  signes  terrestres,  ou,  si  Mercure  se  joint 
dans  ces  mêmes  signes  aux  deux  autres,  par  morsures  veni- 
meuses, délations,  etc. 

Ces  périls  entraînent  parfois  la  mort  :  aussi  Ptolémée  a-t-il  fait 
du  chapitre  des  voyages  une  transition  qui  l'amène  à  parler  du 
genre  de  mort.  Mais  cette  question  de  la  mort  a  trouvé  place 
dans  une  autre  partie  de  notre  exposé,  où  elle  nous  a  paru 
s'adapter,  par  une  soudure  moins  artificielle,  à  la  question  con- 
nexe de  la  durée  de  la  vie  *. 

Il  n'y  a  plus,  pour  achever  l'analyse  de  la  Tétrabible,  qu'à 
sonder  l'obscurité  du  dernier  chapitre,  intitulé  «  De  la  répartition 
des  temps  »  [lltpl  ^ç^pôvwv  oiatpÉaew?)  ^.  Mais  cette  espèce  d'épi- 
logue ne  se  rattache  que  par  un  lien  assez  lâche  à  la  généthlialo- 
gie;  et,  s'il  est  bien  de  Ptolémée,  il  représente  une  concession 
tardive  faite  par  l'auteur  au  système  concurrent  des  xaxap^at, 
qu'il  avait  d'abord  rejeté  en  bloc  *.  Ptolémée  y  a  entassé  tout  ce 
qu'il  savait  ou  jugeait  utilisable  des  méthodes  de  l'astrologie 


1.  Mars  et  Saturne  siriXaSôvTîç  xi  cpwxa,  vtai  [xiAiuTa  eï  3ta;xT,xtJW(T;v  iXKr^yOui; 
(p.  801  J.). 

2.  Il  y  a  des  remarques  qu'on  ne  peut  s'empêcher  de  trouver  ingénieuses. 
Soit,  par  exemple,  un  naufrage  :  le  naufragé  aura  tout  lé  temps  de  se  noyer 
si  la  cause  est  Saturne,  parce  que  l'action  de  Saturne  est  lente;  avec  Mars, 
dont  l'action  est  violente,  mais  rapide,  il  peut  être  sauvé. 

3.  La  raison  m'échappe.  En  thèse  générale,  signa  tropica  peregrinationihus 
praesunt  et  omnino  mobilibus  (Censorin.,  fr.,  3,  9.  Cf.  ci-dessus,  p.  133, 1). 

4.  Voy.  ci-dessus,  pp.  422-427. 

5.  Tetrab.,  IV,  9,  pp.  821-824  Junctinus,  avec  bref  commentaire,  pp.  827- 
830).  Anon.,  pp.  176-180. 

6.  Fr.  BoU  {op.  cit.,  p.  123)  remarque  que  la  division  de  la  vie  en  quatre  âges 
(quadrants  du  cercle),  familière  à  Ptolémée,  est  remplacée  ici  par  la  division 
septénaire;  que  les  cpwxa  ne  sont  plus  mis  à  part  des  ttsvxs,  mais  confondus 
dans  la  série  des  lirxà  TcXavûfXEvoi;  enfin,  que  ce  chapitre  est  exploité  par 
des  auteurs  qui  suivent  des  systèmes  différents  de  celui  de  Ptolémée.  Cepen- 
dant, la  conformité  de  style  le  décide  à  considérer  le  chapitre  comme  une 
addition,  non  une  interpolation.  Le  style,  dans  six  pages  encombrées  de 
termes  techniques,  est  un  critérium  bien  suspect. 


LES    ÉTAPES    DE    l'eXISTENCE  457 

populaire,  mieux  faite  que  la  généthlialogie  pour  tenir  en  haleine 
la  curiosité  de  la  clientèle  et  offrant  à  tout  moment  ses  conseils 
pour  les  moindres  incidents  de  l'existence.  De  ce  vaste  répertoire 
de  recettes  empiriques  qui  supposent  toute  la  fatalité  assouplie 
et  modifiable  par  l'initiative  humaine,  Ptolémée  n'a  retenu  que 
l'arithmétique  compliquée  des  «  chronocratories  »,  intelligible 
seulement  pour  qui  la  replace  dans  le  courant  d'idées  où  elle  a 
pris  naissance. 

Nous  retrouverons  plus  loin,  rattaché  à  des  théories  analogues, 
le  dernier  chapitre  de  la  Téh-abible,  qui  n'appartient  pas  à  la 
généthlialogie  proprement  dite. 


CHAPITRE  XIII 


INITIATIVES  OU  OPPORTUNITES  GENERALES 


La  théorie  des  xaTap^^^at  [electiones)  forme  une  «  apotélesma- 
lique  »  complète,  se  suffisant  à  elle-même,  mais  susceptible  de 
contracter  avec  sa  rivale,  la  généthlialogie,  des  alliances  plus  ou 
moins  boiteuses.  La  généthlialogie,  l'œuvre  propre  de  l'esprit 
grec,  du  fatalisme  stoïcien,  repose  sur  l'idée  fondamentale  que 
tout  est  enchaîné  par  un  lien  de  causalité  qui  court  du  plus 
lointain  passé  au  plus  lointain  avenir;  de  sorte  que  l'œil  qui  se 
place  dans  l'alignement  de  la  chaîne,  à  un  point  quelconque, 
peut  retrouver  le  passé,  prévoir  l'avenir.  Le  point  choisi  par  les 
généthlialogues  est,  nous  l'avons  vu,  le  moment  de  la  naissance 
ou  celui  de  la  conception.  La  théorie  des  xatap^^at,  au  contraire, 
née  en  dehors  de  la  métaphysique,  au  sein  des  religions  et 
croyances  populaires,  ne  considère  que  les  causes  immédiates  et 
successives  non  pas  de  nos  actes,  qui  peuvent  être  posés  libre- 
ment, mais  des  conséquences  heureuses  ou  malheureuses,  du 
succès  ou  de  l'insuccès  des  actions  humaines.  Elle  borne  son 
ambition  à  enseigner  le  moment  opportun  d'agir,  en  toute  espèce 
d'entreprises  ou  initiatives  (xaTap;^a(],  et  elle  se  charge  de  le 
trouver  dans  les  positions  actuelles  des  corps  célestes. 

Nous  étudierons  d'abord  la  théorie  générale  (xaxap^^ai  xaôoXixaQ, 
celle  qui  spécule  sur  l'état  présent  du  ciel,  le  même  pour  tous  au 
même  moment  et  au  même  lieu  ^  réservant  pour  le  chapitre 

d.  Cf.  Hephaest.,  111,  2  ("Oirwç /p^  irf.Çai  xa6oXixàç  vtaTapyâç);  S  (Ttepl 
xaGoÀixtÛv  xotTap/wv  xal  itapax-r|pf,a£wv).  Ne  pas  confondre  ces  pronostics 
généraux,  mais  à  usage  individuel,  avec  les  xaôo'Xiiià  ou  %a8'  6)»ov  àitoTsX£iï[iai:a 
de  Ptolémée  (ci-dessus,  ch.  xi).  A  ceux-ci  répondent,  pour  la  partie  météoro- 
logique, les  xoffixiicai  xaxapxai  (cf.  Cod.  Florent.,  p.  129).  Electiones 
répond  à  l'usage,  mais  non  au  sens  littéral  de  xa^ap/af,  qui  signifie  «  com- 
mencements »,  initia  -  actiotium  auspicia,  et  que  je  traduis  par  des  équiva- 
lents approchés,  «  initiatives  »  au  sens  littéral,  opportunités  ou  choix  du 
du  moment  au  sens  usuel. 


ÉPHÉMÉRIDES    HÉSIODIQUES  459 

suivant  la  théorie  des  initiatives  individuelles,  qui  est  une  com- 
binaison du  système  avec  la  généthlialogie. 

Avant  de  nous  aventurer  dans  ce  nouveau  labyrinthe  —  aussi 
tortueux  que  celui  d'où  nous  sortons  —  il  nous  faut  chercher  un 
fil  conducteur,  et,  pour  cela,  quitter  un  instant  le  domaine  de 
l'astrologie  proprement  dite.  La  superstition  des  jours  favorables 
(a'-'aioi)  et  défavorables  (àTioopaosç),  née  de  croyances  fétichistes  et 
animistes,  est  de  tous  les  pays  et  de  tous  les  temps.  Il  nous 
suflit  de  remonter  au  temps  d'Hésiode,  chez  qui  nous  la  rencon- 
trons ordonnée  et  motivée,  dans  le  cadre  de  1'  «  année  »  primi- 
tive, c'est-à-dire  le  mois  *.  Nous  sommes  là  au  berceau  de  la 
théorie  des  Initiatives,  qui,  du  reste,  n'a  pas  renié  ses  origines. 
On  dit  plus  tard  qu'Hésiode,  instruit  par  révélation  des  Muses  ou 
disciple  des  Égyptiens,  avait  fait  de  l'astrologie  sans  le  savoir  ou 
sans  l'avouer  ^.  Il  l'avouait  si  peu  qu'il  rapportait  la  répartition 
des  jours  opportuns  ou  inopportuns  à  la  volonté  de  Zeus  ^, 
lequel  n'avait  rien  de  commun  à  ses  yeux  avec  la  planète  des 
astrologues,  et  qu'il  avait  recours  à  un  genre  d'explication  tout  à 
fait  étranger  à  l'astrologie.  Hésiode  considérait  les  jours  marqués 
d'une  note  particulière  comme  des  anniversaires  d'événements 
mythologiques.  Ainsi,  le  7  du  mois  était  heureux  comme  jour  de 
naissance  d'Apollon  (£êoo[jiaYiv7)<;)  et  le  5  funeste,  comme  étant  le 
jour  où  les  Euménides  faisaient  leur  ronde  à  la  recherche  des 
parjures*.  Hésiode  ne  se  borne  pas  à  distinguer  les  jours  heureux 

1.  Annus  est  un  cercle  ou  cycle  quelconque,  aussi  bien  du  mois  lunaire  que 
de  l'année  solaire,  laquelle  vocatur  annus,  quod  ut  parvi  circuli  annuli  (Varr., 
L.  Lat.,  VI,  8). 

2.  Proclus  in  Hesiod.,  0pp. ^  ap.  Salmas.,  p.  826.  Pour  les  Orphiques, 
Hésiode  était  disciple  d'Orphée  (cf.  Lobeck,  Aglaophamus,  pp.  412  sqq.). 

^  3.  Hesiod.,  0pp.,  763.  769. 

4.  Hesiod.,  0pp.,  771.  803-805;  ce  dernier  passage  traduit  à  contre-sens  par 
Virgile  :  Quintam  fuçje  ;  pallidus  Orcus  |  Eumenidesque  satae  (Virg.,  Georg., 
I,  277).  Dans  les  calendriers  grecs,  on  consacrait  généralement  le  l""  du  mois 
à  Apollon  ;  le  2,  aux  héros  ;  le  3,  à  Athéna  ;  le  4,  à  Aphrodite:  le  6,  à  Artémis, 
etc.  (cf.  A.  Mommsen,  Heortologie,  Leipzig,  1864).  L'Académie,  avec  ou  sans 
raisons  de  fait,  célébrait  l'anniversaire  de  la  naissance  de  Platon  le  7  Thar- 
gélion,  jour  et  mois  d'Apollon.  Ce  système  de  dies  natales  divins,  importé 
ou  non  d'Egypte  (cf.  Plut.,  Is.  et  Osir.,  12),  fut  adopté  par  les  Juifs  helléni- 
sants, avec  substitution  des  patriarches  aux  dieux  et  héros.  Ainsi,  le  1"  était 
l'anniversaire  de  la  création  d'Adam;  le  2,  d'Eve  :  le  3,  naissance  de  Caïn;  le 
4,  d'Abel,  etc.  (Salmas.,  p.  836).  Le  fait  de  choisir  le  dies  natalis,  équivalent 
du  «  thème  de  géniture  »,  est  un  point  de  soudure  avec  l'astrologie.  Cepen- 
dant, les  jours  fériés  et  les  i-ocppâSs;  n'appartiennent  pas  à  l'astrologie,  qui 
les  a  remplacés  par  des  éphémérides  de  ?[iT:paxToi  xaî  àirpaxtot 
■f^jjLÉpai. 


460  CHAP.  Xin.  —  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

et  malheureux  :  il  apprécie  aussi  et  surtout  les  opportunités,  les 
jours  convenables  pour  des  actes  spécifiés,  et  parfois  avec  des 
distinctions  subtiles  entre  diverses  chances  accumulées  en  un 
même  jour,  favorables  pour  certains  actes,  défavorables  pour 
d'autres,  ou  variant  suivant  que  l'initiative  est  prise  le  matin  ou 
le  soir  ^  C'est  déjà  une  table  de  pronostics,  comparable  aux 

1.  Par  exemple,  le  19  est  «  meilleur  le  soir  »  (v.  810);  le  24  est  «  excellent 
au  lever  de  l'aurore,  pire  le  soir  »  (v.  820-821).  Cf.  les  dies  fissî,  intercisi 
des  Romains.  Ce  sont  là  des  finesses  que  «  peu  de  gens  savent  »  {zaûpot  5'  au-ce 
ïaadt,  vv.  814,  820,  824).  Les  mentions  f.iAaTOC  s*  Tz'kziou  (v.  778),  r.\itif 
f.txatt  (v,  792)  paraissent  indiquer  non  pas  le  milieu  du  jour,  mais  le  plus 
long  jour  de  Tannée  (?).  Le  texte  d'Hésiode,  mutilé  et  interpolé,  ne  permet 
pas  de  reconstituer  avec  certitude  son  éphéméride.  11  y  a  dans  le  mois  des 
jours  sans  marque  spéciale,  ticTaSouiroi,  àxT^pioi,  où  -ci  (pÉpousat  (v.  823).  Les 
jours  caractérisés  sont  les  l^s  2,  4,  5,  7,  8,  9,  11,  12,  13,  14,  15,  16,  18,  20,  24, 
2o,  27  oti  29  (Tpi(T£ivG(î),  30,  Hésiode  partage  le  mois  en  trois  décades,  et  le 
caractère  attribuée  l'unité,  àladyade,  tétrade,  etc.,  se  reproduit  à  peu  près, 
avec  nuances,  dans  les  décades  suivantes.  Tous  les  5  (5,  15,  2S)  sont  yjxKfKnX 
xai  «îvai  (v.  802)  ;  les  4  (4,  14,  24)  sont  favorables  au  mariage  et  à  la  procréa- 
tion ou  à  la  naissance  des  filles  ;  les  6  (6,  16),  favorables  à  la  procréation  des 
garçons  (àvSpoyôvoç  S'  dyaOTi  —  èaeX-r,  5'  àvopoyôvoî,  vv.  782,  788);  les  7  (7,  27) 
favorables  à  l'agriculture  ;  les  9  (9,  19);  excellents  pour  planter  et  engendrer. 
D'autres  jours  sont  désignés  isolément,  les  icf,  2,  8,  11  (bon),  12  (meilleur  que 
le  11),  13  (mauvais  pour  semer,  bon  pour  planter),  18,  20  (jour  où  s'engendrent 
les  gens  intelligents),  le  27  ou  29  (xp'.îje'.vdtî  pouvant  signifier  3  x  9  ou  9  de  la 
troisième  décade),  et  le  30.  On  voit  déjà  paraître  chez  Hésiode  la  préoccupa- 
tion des  sexes  et  du  moment  de  la  conception.  Saumaise  [De  ann.  clim., 
pp.  825-834)  constate  qu'Hésiode  ne  dit  mot  de  l'influence  de  la  Lune  :  mais 
il  pousse  au  paradoxe  en  soutenant  que  |xtiv  ne  remplace  pas  du  tout  (T£)>V^. 
Le  Ps.-Plutarque,  commentant  Hésiode  (ad  v.  778),  assure  que  le  13  est  bon 
pour  planter,  parce  que  «  la  lumière  de  la  Lune  n'est  jamais  plus  abondante 
que  dans  ce  jour  ».  En  eflet,  ce  pouvait  être  souvent  le  jour  de  la  Pleine 
Lune  (cf.  ci-dessus,  p.  47,  1).  Dans  le  calendrier  athénien,  le  13  était  un  jour 
de  mauvais  augure  :  on  n'y  rencontre  que  des  cérémonies  appartenant  aux 
cultes  chthoniens  ;  la  fête  des  Chytres  le  13  Anthestérion,  l'arrhéphorie  le 
13  Skirophorion  (?),  un  sacrifice  à  Nephthys  et  Osiris  le  13  Boédromion  (cf. 
A.  Mommsen,  Heortologie,  p.  295).  Ce  n'est  sans  doute  pas  là  l'origine  de  la 
superstition  actuelle  du  nombre  13.  Celle-ci  n'apparaît  pas  chez  les  Romains. 
On  sait  que  les  Ides,  consacrées  à  Jupiter,  tombaient  le  13,  huit  mois  sur 
douze.  Yégèce,  qui  exige  un  nombre  de  pieds  impair  pour  la  largeur  des 
fossés,  permet  des  largeurs  de  novem  aut  undecim  aut  tredecim  pedibus  (111, 
8).  La  peur  du  nombre  13  viendrait  plutôt  du  treizième  mois  des  calendriers 
lunisolaires,  mois  vide  de  fêtes  religieuses  et  comme  délaissé  par  les  dieux, 
abandonné  par  conséquent  aux  génies  malfaisants.  Quant  aux  Spartiates,  qui 
avaient  un  oracle  lunaire  (Cic,  Divm.,  I,  43.  Plut.,  Agis,  9.  Cleom.,  7),  on  dit 
qu'ils  n'étaient  pas  à  Marathon  parce  qu'ils  avaient  attendu  la  pleine  lune  pour 
se  mettre  en  campagne  (Herod.,  VI,  106).  Le  proverbe  Aaxwvixàî  Seî^-nva; 
(Paroemiogr.  Gr.,  I,  p.  274)  prétendait  que  cette  raison  leur  servit  souvent  de 
prétexte.  L'observance  des  jours  du  mois  pouvait  se  combiner  avec  toute 


ÉPHÉMÉKIDES    HÉSIODIQLËS  461 

éphémérides  futures  des  astrologues,  et  il  n'y  manque  que  des 
raisons  astrologiques. 

Ce  serait  exagérer  néanmoins  que  de  prétendre  qu'elles  n'y 
sont  pas  comme  sous-entendues.  Le  mois  n'est  que  la  durée  d'une 
révolution  lunaire,  et  la  croyance  à  l'influence  des  phases  de  la 
Lune  était  trop  populaire  en  tout  pays  '  pour  que  Hésiode  n'en 
ait  tenu  aucun  compte.  Ce  qu'il  a  voulu,  c'est  ajouter  aux  re- 
marques populaires  des  motifs  plus  savants  et  moins  connus.  A 
quelle  tradition  les  a-t-il  empruntés?  Il  n'est  pas  probable  que 
ce  soit  à  des  spéculations  arithmétiques  comme  celles  qui  ont 
occupé  plus  tard  les  pythagoriciens.  En  ce  temps-là,  la  civilisation 
grecque  tenait  encore  par  mille  attaches  à  l'Orient,  et  on  n'a  que 
l'embarras  du  choix  —  s'il  faut  faire  un  choix  —  entre  l'Egypte 
et  la  Chaldée.  Chaldéens  et  Égyptiens  avaient  leurs  éphémérides 
sacerdotales,  indiquant  à  quelles  divinités  était  consacré  chaque 
jour  du  mois  et  quels  étaient  les  sacrifices  requis  par  chacune 
d'elles  ^.  Le  caractère  des  jours  dépendait  naturellement  du  ca- 
ractère des  divinités,  les  unes  bienveillantes,  les  autres  redouta- 
bles. Le  jour  où  ces  divinités,  ou  quelques-unes  d'entre  elles, 
furent  identifiées  avec  les  astres,  alors,  mais  alors  seulement,  ces 
éphémérides  entrèrent  dans  l'astrologie  et  servirent  à  alimenter 
ses  spéculations.  J'ignore  si  cette  assimilation  des  divinités  aux 
astres  peut  être  considérée  comme  primordiale,  ou  même  comme 

espèce  d'autres  superstitions.  Voy.,  dans  les  Greek  Papyri  du  Brit.  Muséum, 
le  Pap.  CXXI,  contenant  une  'OjxT.pojxavtîa,  et,  à  la  suite,  l'indication  des 
jours  du  mois  et  fractions  de  jours  favorables  pour  les  consultations  [Cata- 
logue, p.  89).  Les  jours  d'abstention  sont  les  3,  6,  9,  16,  17,25.  On  trouve  dans 
toutes  les  compilations  astrologiques  des  listes  è  {iitpa  xtwv  xal  àirpdticcwv 
T,|X£pÛ>v,    ramenées  au  degré  de  simplicité  de  Téphéméride  hésiodique. 

1.  Voy.  ci-dessus,  pp.  90-92.  Les  xaTapyaf  lunaires  chez  les  Germains  :  non 
esse  fas  Germanos  superare,  si  ante  novam  Lunam  proelio  conlendissent 
(Caesar,  B.  G.,  î,  50),  superstition  identique  à  celle  qui  empêcha  les  Spartiates 
d'arriver  à  temps  à  Marathon.  Cerlis  diebus,  cum  aut  incohalur  Luna  aut 
implelur  [coeunl  Germani)  ;  nam  agendis  rébus  hoc  auspicatissimum  initium 
credunl  (Tac,  Germ.,  11).  Ce  sont  des  idées  cosmopolites,  peut-être  même 
encore  aujourd'hui. 

2.  Voy.,  pour  la  Chaldée,  le  tableau  des  jours  favorables  et  défavorables 
dans  les  douze  mois  de  l'année,  et  des  «  veilles  »  (Lenormant,  La  divination 
chez  les  Chaldéens,  p.  40  ;  cf.  Epping,  p.  5\  Ce  sont  probablement  les  Babylonii 
numeri  d'Horace  [Od.,  \,  il,  2).  Pour  l'Egypte,  H.  Brugsch,  Thesaur.  Inscr.  Aeg., 
I,  pp.  33-54,  table  des  30  jours  du  mois,  avec  les  «  pierres  qui  remplissent 
l'œil  de  la  Lune  »;  F.  Chabas,  Calendrier  des  jours  fastes  et  néfastes  de  Vannée 
égyptienne.  Paris,  1868;  G.  Maspero,  Histoire  ancienne  des  peuples  de  l'Orient 
classique.  Tome  L  Les  Origines  [Paris,  1895],  pp.  210-212.  La  croyance  aux 
jours  heureu.i:  ou  malheureu.v  chez  les  Égyptiens  {Débats,  23  mars  1898). 


462  CHAP.  XIII.  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

générale,  chez  les  Ghaldéens  :  il  ne  paraît  pas  probable  qu'elle 
l'ait  été  dans  la  religion  fétichiste  des  Égyptiens  K  Aussi  ai-je 
cru  pouvoir  distraire  de  l'histoire  de  l'astrologie  le  texte  où 
Hérodote  assure  que  les  prêtres  égyptiens  savaient  pronostiquer 
la  destinée  des  individus  d'après  leur  jour  de  naissance.  Les 
motifs  invoqués  pouvaient  n'être  aucunement  astrologiques.  On 
comprend,  sans  recours  aux  astres,  qu'un  individu  né  le  17  Athyr, 
le  jour  où  Typhon  avait  tué  Osiris,  pût  s'attendre  à  périr  de  mort 
violente  ;  qu'un  autre  anniversaire  (23  Phaophi)  le  destinât  à  être 
dévoré  par  un  crocodile;  un  autre  (27  Phaophi),  à  être  mordu 
par  un  serpent  ^ 

C'est  cependant  de  la  tradition  égyptienne  que  se  réclame  —  et 
avec  raison,  sans  doute  ^  —  l'astrologie  des  •Ao.icipyjxi,  qui  repose 
essentiellement  sur  le  système  des  «  chronocratories  »,  c'est-à-dire 
sur  la  croyance  à  la  domination,  à  l'influence  prépondérante  d'un 
astre  actuellement  maître  du  temps  *.  Cette  domination  pourra 
durer  un  an  ou  plus,  un  mois,  un  jour,  une  heure,  moins  encore, 
il  importe  peu  :  le  principe  est  sauf.  C'est  le  même  principe  qui 
a  engendré  la  généthlialogie,  ses  signes  ou  planètes  natales  et 
ses  oecodespotes.  La  divergence  n'a  commencé  entre  les  deux 
méthodes  rivales  que  par  le  coup  d'État  métaphysique  des  géné- 
thlialogues,  qui  ont  prétendu  intégrer  dans  un  moment  unique 
la  totalité  des  causes  prédéterminant  la  destinée.  Dans  la  méthode 
des  xatap^at,  la  naissance  figure  aussi  parmi  les  faits  dont 
l'opportunité  se  calcule,  et  au  premier  rang;  mais  elle  ne  fait 
qu'ouvrir  la  série,  et  celle-ci  se  continue,  subissant  au  fur  et  à 

1.  Il  ne  manquait  pas  de  gens  dans  l'antiquité  pour  soutenir  que  les  Égyp- 
tiens n'avaient  jamais  eu  d'autres  dieux  que  les  planètes,  signes,  décans, 
horoscopes  et  autres  chronocrators  (ap.  Euseb.,  Pr.  Ev.,  III,  4). 

2.  Cf.  Hâbler,  op.  cit.,  p.  10.  Maspero,  loc.  cit.  Durant  les  18  jours  des  fêtes 
de  Typhon,  si  quid  nascitur,  non  amplius  quam  eos  dies  vivit  (Schol.  Germ., 
p.  408  Eyssenhardt).  Le  texte  d'Hérodote  (II,  82),  ci-dessus,  p.  62,  3. 

3.  On  peut  croire  que  la  division  hésiodique  —  plus  tard  athénienne  et 
hellénique  en  général  —  du  mois  en  décades  vient  de  l'Egypte,  oii  les  décades 
avaient  pour  chronocrators  les  36  décans.  A  la  fin  de  l'Empire,  24  jours  de 
l'année  considérés  comme  dangereux  avaient  pris  ou  repris  le  nom  de  dies 
Aegyptiaci.  C'est  aussi  chez  les  Gnostiques  égyptiens  que  foisonne  la  hiérar- 
chie des  chronocrators  de  toute  espèce,  du  jour,  du  mois,  de  l'année,  du 
jour  et  de  la  nuit  ou  des  heures  du  jour  et  des  heures  de  la  nuit  etc.  Cf., 
chez  les  Pératiques,  1'  dtpyuv  SwSsxawpou  vuxxsptvf.î,  Soclas  ou  Osiris,  et  1'  5py wv 
SwSsvcawpou  -fiixspwfiî,  Euno  ou  Isis,  qui  a  pour  signe  le  Chien  {Philosophum., 
V,  2,  p.  195  Cruice). 

4.  Cf.  les  ahnanachs  (iX[xsvixiaxâ)  indiquant  les  xpatatoi  Tiy£[j.ôvEî  (Euseb., 
Praep.  Ev.,  III,  4,  1). 


RÔLE  PRÉPONDÉRANT  DE  LA  LUNE  463 

mesure  Tinfluence  des  combinaisons  célestes  échelonnées  sur  son 
parcours. 

La  distinction  des  opportunités  ayant  commencé  par  les  jours 
du  mois  ou  année  primitive,  elle  était  nécessairement  fondée, 
au  point  de  vue  astrologique,  sur  les  mouvements  de  la  Lune,  la 
grande  ouvrière  des  pronostics  universels*.  On  pouvait  la  consi- 
dérer dans  ses  phases,  limitées  à  quatre  ou  doublées,  ce  qui  était 
à  la  portée  même  des  ignorants  et,  par  conséquent,  ne  suffisait 
pas  aux  prétentions  de  l'astrologie.  Celle-ci  ouvrit  des  séries  plus 
variées  de  pronostics  en  considérant  la  position  de  la  Lune  dans 
les  douze  compartiments  du  Zodiaque  et  en  faisant  intervenir  la 
collaboration  des  signes  ^  La  combinaison  des  phases  avec  Tin- 
tluence  des  signes  fournissait  déjà  une  bonne  provision  de 
nuances;  l'adjonction  des  planètes  étendait  le  champ  d'observa- 
tions à  perte  de  vue.  Les  associations  d'idées  qui  déterminent  le 
pronostic  sont  les  mêmes  qu'en  généthlialogie  et  s'appliquent  de 
la  même  façon  à  tous  les  actes  de  l'existence  ^.  Toute  la  différence 
—  elle  est  capitale  —  gît  dans  le  fait  que  le  pronostic  se  limite 
à  un  acte  donné  et  ne  dépend  pas  de  la  géniture  du  consultant, 
d'un  acte  initial  conditionnant  et  nécessitant  tous  les  autres  *.  Il 


1.  A',  tjièv  yip  3!pX*''  itavTÔî  TcpatyjiaTOî  àizb  SîXtivtiî  Xafxêatvovca'.,  xà  Se  ^zé')\T^  àirô 
■zoû  olxoSsaxÔTOu  ayr?,;  [Cod.  Florent.,  p.  138). 

2.  Il  y  a  une  combinaison  des  mouvements  de  la  Lune  avec  les  signes  qui 
revient  à  peu  près  à  la  supputation  des  jours  du  m^is  :  c'est  la  division  de 
Torbite  ou  Zodiaque  lunaire  en  28  mansions,  système  primitif  (cf.  ci-dessus, 
pp.  55-56,  153,  1),  qui,  négligé  par  les  Grecs,  est  rentré  dans  l'astrologie 
arabe.  La  révolution  rapide  des  nœuds  ne  permettait  guère  de  donner  des 
points  d'attache  fixes  à  ces  28  stations,  ou,  si  on  les  fixait,  la  distribution 
devenait  aussitôt  purement  artificielle.  Voy.  comme  spécimen,  dans  Haly 
{VII,  ch.  101)  ou  dans  Ciruelo  (I,  6),  la  répartition  De  viginti  octo  mansionibus 
lune  in  circula  siqnorum,  avec  les  noms  arabes  des  mansions.  Le  point  de 
départ  de  la  première  [alnath,  i.  e.  comua  Arietis)  est  fixé  par  Haly  au  com-r 
mencement,  par  Ciruelo  à  9"  du  Bélier.  Chacune  a  son  tempérament  propre  : 
la  première,  aerea  calida  et  humida;  la  seconde,  ignea  colerica  et  sicca;  la 
troisième,  aquea  frigida  humida  flegmatica  pluvialis,  et  ainsi  de  suite  :  tout 
cela  transmis  vetustissiinorum  aslrologorum  traditione.  Haly  (op.  cit.,  ch.  100) 
assure  que  les  Arabes  ont  emprunté  le  système  des  28  mansions  aux  Hindous, 
qui  l'avaient  pris  «  dans  les  livres  de  Dorothée  ».  Dorothée  est,  en  effet,  cité 
à  chaque  mansion  comme  auteur  responsable  d'un  pronostic  spécial. 

3.  'EmaxoirriTéov  oûv  xal  xi  èv  xaxapj^fj  irpaTTÔfieva  Trâvxa  w;  èiil  Ysvsaewî  (He- 
phaest.,  III,  5). 

4.  Cette  différence,  les  astrologues  n'en  avaient  pas  tous  une  conscience 
nette  ou  ils  cherchaient  à  l'effacer,  pour  ramener  leurs  doctrines  à  une  unité 
de  façade.  On  trouve  rarement  la  généthlialogie  et  les  t.a'zoLoyjxl  distinguées  et 
opposées.  Elles  sont  plutôt  associées.  Cf.  dXôywv  ysvidsiî  xal  xatao/âî 


464  CMAP.  XIll.  —  INITIATIVES   GÉNÉRALES 

dépend  uniquement  de  l'état  du  ciel  au  moment  où  le  consultant 
demande  à  être  fixé  sur  Topportunité  de  son  initiative. 

Assise  sur  ce  principe  de  bon  sens  que,  si  les  astres  ont  une 
influence,  ils  Texercent  actuellement,  en  vertu  de  leur  position 
actuelle  et  de  la  même  manière  pour  tous,  la  méthode  des 
xaxapj^at  pouvait  compter  sur  une  large  clientèle  de  croyants, 
sur  ceux  qui  ne  savent  pas  voir  les  contradictions  cachées  dans 
les  raisonnements  les  plus  simples  '.  Elle  était  aussi  beaucoup 
plus  facile  à  appliquer  que  la  généthlialogie.  Le  client  était  dis* 
pensé  d'apporter  son  thème  de  géniture,  exigence  intolérable 
pour  qui  ignorait  souvent  jusqu'à  l'année  de  sa  naissance.  De 
son  côté  l'astrologue,  pourvu  d'éphémérides  dressées  une  fois 
pour  toutes  par  les  princes  de  la  science,  les  Pétosiris,  Thrasylle 
et  autres  «  Chaldéens  »  ou  «  Égyptiens  »  de  marque,  pouvait  dire 
à  tout  moment  à  quoi  étaient  opportuns  tous  les  jours  de  l'année, 
ou  même  toutes  les  heures  du  jour  et  de  la  nuit.  Les  lettrés 
pouvaient  même  se  dispenser  de  recourir  aux  praticiens  et  avoir 
chez  eux,  à  portée  de  la  main,  leur  oracle  domestique  ^. 

(Hephaest.,  III,  3)  :  •?!  éici  ^svéasu?  r,  lici  ota;  6t,t:ot£  Y£vo[1£vt,î  xatapyfii; 
(Paul.  Alex.,  E  2).  La  combinaison  des  xaxapyat  avec  la  généthlialogie  acheva 
la  confusion.  Aussi  le  manuel  d'Héphestion,  dont  la  première  moitié  est  un 
résumé  de  Ptolémée  et  la  seconde  appartient  aux  xaxapyâtt,  porte-t-il  dans 
certains  manuscrits  le  titre  de  Uspl  viaxapxûv.  Ce  titre  est  celui  d'ouvrages 
(alexandrins  ?)  dont  nous  possédons  des  extraits  ou  des  analyses  :  Maximi  et 
Ammonis  carminum  de  acHonum  mispiciis  reliquiae  —  accedunt  Anecdota 
astrologica,  rec.  A.  Ludwich,  Lips.  1877.  Le  poème  de  Maxime  (610  vers)  traite 
douze  sujets,  en  commençant  par  la  yévsaiî  et  s'arrêtant  à  un  iTEpi  x>kOitf,(;. 
Ammon  est  réduit  à  19  vers.  Résumé  en  prose  du  poème  de  Maxime,  pp.  79-96. 
Dorothée  de  Sidon  paraît  avoir  été  surtout  l'apôtre  des  x  a-capy  at.  Les  cita- 
tions de  lui  éparses  dans  les  auteurs,  surtout  arabes  (cf.  ci-dessus,  p.  463,  2), 
permettront  de  reconstituer  une  bonne  partie  de  son  œuvre. 

1.  Il  y  a  déjà  une  première  difficulté  dans  la  condition  «  actuelle  ».  Étant 
donné  le  mouvement  rapide  du  ciel,  qu'est-ce  qui  est  «  actuel  »  et  doit  être 
pris  comme  base  de  la  consultation  ?  On  épiloguait  là-dessus,  et  aussi  sur  le 
laps  de  temps  durant  lequel  le  pronostic  obtenu  était  valable.  Logiquement, 
il  ne  devrait  y  avoir  que  des  causes  et  des  effets  instantanés  ;  mais,  comme 
impulsion,  ces  effets  prolongeaient  leurs  conséquences.  Haly  (I,  7)  cite  à  ce 
sujet  Hermès,  les  Persans,  Babyloniens,  Uvellius  (Vettius  Valens  ?)  et  même 
Ptolémée. 

2.  Il  est  question  à  tout  propos  deixae7i[xaTtxol  itEvaiceîOu  xavôvi; 
à  la  disposition  des  astrologues.  On  connaît  par  Juvénal  le  Pétosiris  [Sat.,  VI, 
581)  ou  le  Thrasylle  (VI,  576)  des  dames.  Le  poète  confond  les  xaTapyai  univer- 
selles avec  les  généthlialogiques,  quand  il  dit  :  inspecta  genesi  collyria  poscit 
(VI,  579).  Le  médecin  Crinas  de  Marseille  n'étudiait  sans  doute  pas  le  thème 
de  géniture  de  ses  malades  quand  il  les  traitait  ad  siderum  motus  ex  ephe- 
meride  mathematica  cibos  dando  horasque  observando  (Plin.,  XXIX,  §  9).  Il  y 


ÉPHÉMÉRIDES  GÉNÉRALES  465 

Évidemment,  ces  almanachs  perpétuels  ne  pouvaient  être,  aux 
yeux  de  quiconque  avait  les  moindres  notions  d'astronomie,  que 
des  instruments  grossiers  et  charlatanesques.  Des  calendriers 
lunisolaires,  continués  jusqu'à  la  fin  d'un  cycle,  métonien  ou 
autre,  auraient  pu  prétendre  tenir  compte  tout  au  moins  des 
phases  de  la  Lune  :  avec  l'année  égyptienne  ou  romaine,  il  ne 
pouvait  plus  en  être  question,  ou  bien  on  avait  affaire  à  une  Lune 
fictive  qui  se  laissait  enfermer  dans  les  douzièmes  de  l'année 
solaire.  A  plus  forte  raison  ces  éphémérides  ne  pouvaient-elles 
tenir  compte  de  la  position  des  planètes  autres  que  le  Soleil  et  la 
Lune.  Aussi  les  fabricants  de  pronostics  à  usage  universel  ont  dû 
délaisser  peu  à  peu  la  forme  des  éphémérides  —  conservée  pour 
les  recueils  de  pronostics  «  catholiques  »  (ci-dessus,  p.  363-366)  — 
et  adopter  la  classification  par  actes,  la  seule  que  nous  rencon- 
trions dans  les  recueils  de  xaxap^^at.  En  outre,  ils  ont  dégagé 
leur  système  de  toute  solidarité  avec  les  calendriers  agrono- 
miques, météorologiques,  éclipliques,  brontoscopiques  et  autres, 
en  effaçant  toute  correspondance  entre  leurs  pronostics  et  les 
jours  de  l'année  solaire.  Ils  arrivèrent  aisément  à  ce  résultat  en 
éliminant  les  pronostics  tirés  de  la  position  du  Soleil  dans  le 
Zodiaque  et  en  ne  tenant  compte  que  des  positions  de  la  Lune 
par  rapport  aux  signes.  Cette  combinaison  de  l'influence  lunaire 
avec  celle  des  signes  est  l'outil  principal  de  la  méthode  des 
xaxap^at  *.  Il  n'était  pas  maniable  pour  le  premier  venu,  les 
hommes  de  l'art  étant  seuls  capables  de  préciser  ce  genre  de 
coïncidences  ^.  La  considération  des  phases,  autrement  dit,  du 
rapport  entre  la  Lune  et  le  Soleil,  celle-là  accessible  au  vulgaire, 
avait  son  importance,  mais  pourtant  accessoire  ;  il  fallait  la 
combiner,  d'une  part,  avec  le  caractère  spécifique  des  signes,  de 
l'autre,  avec  les  positions  de  la  Lune  (contact,  défluxion,  aspects 
divers)  par  rapport  aux  planètes,  ce  qui  rendait  tout  à  fait  néces- 
saire l'assistance  des  astrologues  de  profession  ^ 

avait  un  tableau  des  jours  heureux  ou  malheureux  à  la  porte  de  la  salle  à 
manger  de  Trimalchion  (Petron.,  Satyr.,  30). 

1.  Maxime  demande  à  la  Muse  de  lui  enseigner  Mtivïiv  T,ep()cpotTov,  Sitwç 
(îvSpeaaiv  ï%%<st(x\  <s-t\\x<xlwt\.  (ixoXtw7:6v  èTCKJtetxouaa  xéXeuôov  (p.  3  Ludwich). 
Héphestion  commence  par  traiter  nspt  éiciTTiSe^wv  ÇwSîwv  xal  Seat.vi^î 
liîirr.pT.aswv  elî  xatapxr.v  (111,  1,  p.   25  Engelbrecht). 

2.  11  fallait  souvent  distinguer  entre  les  diverses  parties  d'un  signe,  pre- 
miers ou  derniers  degrés,  etc.  (cf.  ci-dessus,  pp.  132,  i,  m,  2)  et,  de  plus, 
TtapaTTipTiTéov  Se  tôv  vcXfipov  x%  TûyT,<;  iv  Triari  xaxap^^  (Hephaest.,  III,  2). 

3.  Les  phases  de  la  Lune  et  ses  rapports  avec  les  planètes  sont  signalés 
brièvement,  et  pas  toujours,  dans  les  divers  chapitres  de  Maxime  et  d'Ammon 

30 


466  CHAP.    XIII.  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

Les  pronostics  en  forme  de  xaxap/^at  reposent  surUes  asso- 
ciations d'idées  qui  nous  sont  devenues  familières;  il  n'en  est 
pas  une  qui  n'ait  trouvé  son  emploi  en  généthlialogie,  l'origina- 
lité de  la  méthode  consistant  uniquement  à  parquer  la  fatalité 
dans  de  courts  laps  de  temps  et  à  laisser  à  l'homme  la  liberté  de 
courir  les  chances  ainsi  groupées  ou  de  s'abstenir. 

Il  est  cependant  un  cas  où  le  principal  intéressé  ne  peut  pas 
s'abstenir  :  c'est  celui  de  la  naissance.  Ici,  la  délibération  sur 
l'opportunité  ne  trouvait  de  place  que  lors  de  l'accomplissement 
de  la  condition  préalable.  En  effet,  le  bon  Hésiode,  on  l'a  vu, 
indique  les  jours  favorables  à  la  procréation.  On  ne  voit  pas  que 
nos  manipulateurs  d'opportunités  aient  prodigué  ces  sortes  de 
conseils  à  leurs  clients,  au  moins  dans  leurs  écrits  *.  Le  problème 
de  la  conception  —  abandonné  même  par  les  généthlialogues  — 
était  de  ceux  qu'ils  ne  tenaient  pas  à  aborder.  Le  plus  sûr  eût 
été  de  faire  échoir  la  naissance  à  un  moment  jugé  opportun.  La 
hâter  n'était  peut-être  pas  impossible  à  la  médecine  ;  la  retarder 
n'était  possible  qu'à  la  magie  ^Le  Pseudo-Callisthène  raconte  que, 
Olympias  étant  sur  le  point  de  mettre  au  monde  Alexandre,  le 
magicien  Nectanebo,  le  véritable  père  de  l'enfant,  retarda  sa 
délivrance  deux  fois  de  suite  jusqu'à  ce  que  se  fût  réalisée  la 
conjonction  d'astres  qui  assurerait  au  nouveau-né  l'empire  du 
monde.  Pour  un  thème  de  géniture,  qui  contient  la  destinée 
tout  entière,  la  chose  en  valait  peut-être  la  peine  ;  dans  la  théorie 
des  xaxap^at,  tant  qu'elle  est  restée  autonome,  une  naissance 
heureuse  n'est,  après  tout,  qu'un  bon  commencement,  et  les  cal- 
culateurs d'opportunités  pouvaient  presque  s'en  désintéresser, 
puisqu'un  thème  de  géniture  n'était,  à  leurs  yeux,  qu'une  occa- 
sion passée,  sur  laquelle  il  n'y  avait  plus  à  revenir  ^.  Ils  devaient 


Ces  positions  modifient  seulement  le  pronostic  :  mais  la  modification  peut 
aller  jusqu'à  transformer  l'opportunité  en  inopportunité.  Héphestion  (III,  îi) 
s'étend  sur  cette  casuistique,  où  il  fait  entrer  signes,  planètes,  centres  et  lieux. 

1.  On  en  rencontre  chez  les  Arabes,  qui  ont  dû  avoir  des  prédécesseurs  en 
Grèce.  Par  exemple,  Zahel,  De  Eleclionibus  (=  Ilêpl  xaxapyûv),  p.  107 
Pruckner,  indique  la  manière  —  c'est-à-dire  le  moment  —  de  procréer  à 
volonté  des  garçons  ou  des  filles.  De  même,  Albohazen  Haly  {VII,  30.  De 
jacendo  cum  muliere  ut  habeat  filium). 

2.  La  magie  est  remplacée,  dans  les  religions  civilisées  et  moralisées,  par 
la  prière.  Le  pieux  Firmicus,  à  propos  d'une  conjonction  funeste,  s'écrie  : 
Unde  orare  debemus  et  summis  precibus  postulare,  ne  quando  Luna  se  Mercurio 
ista  radiatione  conjungat  (IV,  16,  9  KroU).  Son  fatalisme  professionnel,  par- 
fois hautement  affirmé,  est  d'une  étoffe  très  lâche. 

3.  11  ne  reste  plus  que  deux  vers  du  ch.  Ils  pi    v£vÉffEw<;  de  Maxime  :  on  y 


INFLUENCE    DU    THÈME    DE    GÉNITURE  467 

cependant  en  tirer  des  indications  générales  servant  à  régler, 
pour  un  même  individu,  toutes  les  opportunités  futures.  Ainsi 
un  individu  né  durant  la  croissance  de  la  Lune  réussira  toujours 
dans  ce  qu'il  entreprendra  au  moment  où  la  Lune  sera  en  con- 
jonction avec  Jupiter  ou  Vénus  ou  Mercure  :  il  devra  s'abstenir 
quand  la  Lune  sera  en  conjonction  avec  Saturne  ou  Mars.  Le 
conseil  était  sans  doute  inverse  pour  les  individus  nés  dans  le 
décours  de  la  Lune.  De  même  pour  ce  qui  concerne  les  rapports 
de  la  Lune  avec  les  signes  du  Zodiaque.  Étant  donné  le  point  où 
se  trouvait  la  Lune  dans  le  thème  de  géniture  d'un  client,  il  y 
aura  pour  lui  inopportunité  toutes  les  fois  que  la  révolution 
sidérale  de  la  Lune  *  aura  ramené  celle-ci  soit  au  même  point 
(àTroxaxaoTaTtxr]),  SOit  au  point  diamétralement  opposé  (àvrairoxaTa- 
oTaxtxi^),  soit  en  aspect  quadrat. 

Mais  ces  règles  supposent  déjà  un  compromis  entre  les  xa-rap- 
^aî  et  la  généthlialogie  :  elles  dépassent  le  cadre  borné  des 
initiatives  banales,  dressées  à  l'usage  de  tout  le  monde.  C'est 
une  amorce  aux  combinaisons  que  nous  nous  réservons  d'étudier 
dans  le  chapitre  suivant  ^. 

La  revue  des  sujets  traités  ^  n'offre  pas  grand  intérêt  au  point 


voit  seulement  qu'il  distinguait  entre  génitures  diurnes  et  nocturnes.  Ce  qui 
suit  est  tiré  de  l'analyse  en  prose  (pp.  19-80),  qui  n'est  pas  des  plus  claires. 
La  remarque  qui  la  termine  est  bizarre  :  c'est  un  conseil  au  praticien  au 
sujet  de  ses  honoraires,  si  je  ne  me  trompe  :  «  Si  tu  inspectes  la  géniture  de 
«  quelqu'un  et  que  tu  veuilles  lui  demander  de  la  reconnaissance  (al'r/iaaaOai 
«  Ttap'  Ixeîvou  x^P'''),  au  cas  où  tu  verrais  sa  Lune  en  opposition  diamétrale 
«  à  elle-même,  fais  appel  à  sa  reconnaissance  et  tu  ne  demanderas  pas  en 
«  vain  »  —  sans  doute  parce  que  le  client  aura  évité  un  danger  en  s'abste- 
nant  sur  le  conseil  de  l'astrologue.  Sur  ces  roueries  du  métier,  voy.  ci-après, 
p.  471,  1. 

1.  C'est  ainsi  que  j'interprète  le  texte  sommaire  :  ïi  SsXf.vTi  duo  x  axa - 
«TTaxtxii  xal  iv  xaTioxa  xau  xax  txii  xai  éîî  xà  éauTT,?  Texpâvwva  xà  xaxi 
x^,v  Y^vsdiv  èXOoOaa  ^Tcpaxxoî  xal  £Tr{6Xa6'>i;  y^vsxai  (p.  80  Ludwich).  La  révo- 
lution tropique  ne  ramène  pas  la  Lune  au  même  point  du  Zodiaque. 

2.  On  lit  à  la  p.  89  Ludwich  :  ['0  wpo  «rxd  u  oî  f,]  -i]  SeXi^vti  èv  Taiipw 
xxA.  La  substitution  de  l'Horoscope  à  la  Lune  serait  un  emprunt  plus  immé- 
diat encore  à  la  généthlialogie.  Cette  leçon,  déclarée  suspecte  par  Ludwich, 
est  à  rejeter  sans  hésitation.  C'est  une  glose  inintelligente. 

3.  Voici  la  liste  des  chapitres  de  Maxime  :  1.  llspl  yzwi  aet^i.  —  IL  Utçtl 
xxTidewî  6oû>kwv.  —  IlL  Hepl  TtXoû  xai  èjiiroptaç.  —  IV.  Ilspl  ôSot- 
TzopUi.  —  V.  nepl  ydtjiou.  —  VI.  Hspl  vdduv.  —  VIL  Rspl  xo|xf,î  xal 
Xetpoupyfaî.  —  VIII.  Ilepl  Spairexwv.  —  IX.  Ilspl  itaiSwv  ou  xs^vôlv 
ôiSaaxaXiaç.  —  X.  Ilspl  ye wpyîa;.  —  XL  Ilspl  xwv  èv  SsctixoÎî.  —  XII. 
Ilepl  x>>o  Tzr\i.  La  recherche  des  esclaves  en  fuite  et  des  objets  volés  est  très 
circonstanciée  :  elle  devait  fournir  matière  à  bien  des  consultations.  La  liste 


468  CHAP.  XIII.  —  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

de  vue  des  associations  d'idées  mises  en  œuvre.  Nous  les  con- 
naissons déjà  ou  pouvons  les  deviner  sans  peine.  Soit,  par 
exemple,  le  chapitre  de  «  l'acquisition  des  esclaves  ».  Il  faut 
acheter  des  esclaves  à  usage  domestique  quand  la  Lune  est  dans 
des  signes  à  forme  humaine  :  les  signes  humides  formeront  des 
marins,  pêcheurs,  blanchisseurs  ;  les  signes  animaux,  des  ber- 
gers, même  des  foulons  (avec  le  Bélier)  ou  des  cuisiniers  (avec 
le  Taureau).  La  Vierge  (l'Épi)  donnera  des  boulangers  ;  le  Scor- 
pion (ou  le  Zuyô^  considéré  non  comme  Balance,  mais  comme 
Joug),  des  laboureurs.  Nous  retombons  dans  les  fastidieux  refrains 
des  séquences  astrologiques.  Le  chapitre  du  mariage  n'est  pas 
des  plus  optimistes.  Il  y  est  à  tout  moment  question  de  femmes 
acariâtres,  perfides,  prêtes  à  l'adultère,  même  avec  des  esclaves. 
D'abord,  défense  absolue  de  se  marier  à  la  N.  L.  ou  à  la  P.  L., 
sans  doute  parce  que  celle-ci  est  en  opposition  avec  le  Soleil 
et  celle-là  annihilée  par  lui  :  mauvais  ménage  dans  les  deux 
cas.  Même  pronostic  quand  la  Lune  est  dans  sa  propre  maison 
(Cancer)  ou  dans  la  maison  du  Soleil  (Lion).  Il  n'y  a  guère  que  le 
Sagittaire,  les  Poissons  et  le  Verseau  qui  président  à  des  mariages 
heureux.  Le  Capricorne  n'est  bon  que  pour  les  secondes  noces 
et  très  bon  seulement  si  on  épouse  une  veuve  %  ce  qu'on  peut 


des  chapitres  est  beaucoup  plus  longue  dans  le  ïll^  livre  d'Héphestion  (1-37 
ap.  Engelbrecht,  pp.  25-26).  Le  chapitre  nepl  yswpyCaî  ne  prêtait  guère 
à  la  fantaisie  et  n'est  pas  plus  neuf  que  celui  d'Hésiode  :  l'astrologue  y  ajoute 
çà  et  là  un  aufiçipsi  5è  xal  yewiJieTpETv  qui  ferait  croire  que  l'arpentage  ne 
réussit  pas  en  tout  temps.  Cf.  la  consultation  facétieuse  du  paysan  Gailigéne, 
à  qui  l'astrologue  Aristophane,  XaSùv  «{^TitptSaî,  ô-rcèp  irEvaxôç  ts  iruxaiÇwv,  pro- 
met une  bonne  récoite  si  tout  réussit,  et  conclut  en  disant  :  «  seulement, 
crains  les  sauterelles!  »  (Agath.  Scholast.  in  Anthol.  Gr.,  XI,  265.  Fragment 
de  xaiap^al  agricoles  dans  Pline  ;  adjecit  his  Attius  in  Praxidico  ut  sererelur 
cum  luna  esset  in  Ariete,  Geminis,  Leone,  Lihra,  Aquario  :  Zoroaslres  sole 
Scorpionis  duodecim  parles  Iransgresso,  cum  luna  esset  in  Tauro  (Plin.,  XVIII, 
§  200).  Ce  prétendu  Zoroastre  était  un  symboliste  rafïiné  ;  il  lui  fallait  le 
Taureau  attelé  au  dard  ou  soc  du  Scorpion.  Je  ne  sais  à  quelle  époque  rappor- 
ter et  je  ne  revendique  pas  pour  l'astrologie  l'étrange  superstition,  fondée  sur 
un  oracle  de  Bakis,  qui  poussait  les  Tithoréens  à  dérober  une  motte  de  terre 
au  tombeau  de  Zéthos  et  d'Amphion,  iireiSàv  xôv  év  oOpavw  Taûpov  ô  fiXioç  Sis^Cï), 
talisman  qui  leur  procurait  une  bonne  récolte  au  détriment  des  Thébains 
(Pausan.,  IX,  17,  4).  Pour  la  médecine,  cf.  ci-après,  ch.  xv.  La  liste  des 
«  élections  »  est  interminable  chez  les  Arabes,  qui,  en  fait,  ne  comprenaient 
et  ne  pratiquaient  que  les  xaxapyat.  Ils  allaient  jusqu'à  soumettre  Dieu  lui- 
même  au  joug  des  opportunités,  en  disant  qu'il  ne  refuse  rien  à  qui  l'implore 
hora  gua  Luna  cum  capite  Draconis  Jovi  conjungitur  (Albumasar,  in  Marg . 
philos.,  VII,  10)  :  moment  rare,  du  reste,  et  difficile  à  saisir. 
1.  Distinction  empruntée  peut-être  aux  empêchements  prévus  par  le  calen- 


DES    INTERROGATIONS  469 

faire  aussi  sous  la  Vierge,  celle-ci  contraire  par  définition  au 
mariage  des  jeunes  filles. 

La  théorie  des  opportunités,  contenue  dans  les  limites  tenues 
pour  raisonnables,  n'allait  pas  plus  loin  ;  elle  aboutissait  toujours 
à  une  décision  tranchant  Talternative  :  agir  ou  s'abstenir.  Mais 
ce  qui  suffisait  à  la  logique  ne  suffisait  pas  à  la  clientèle.  Si  les 
astrologues  voulaient  attirer  à  eux  les  gens  qui  allaient  consulter 
sur  toute  espèce  de  sujets  les  haruspices,  les  oniromanciens, 
tireurs  de  sorts  et  autres  devins  à  compétence  indéfinie,  il  fallait 
qu'ils  fussent  prêts  comme  eux  à  répondre  à  n'importe  quelle 
question.  Comme  le  besoin  crée  l'instrument  destiné  à  le  satis- 
faire, on  voit  pulluler  sur  la  souche  complaisante  de  l'astrologie 
une  nouvelle  poussée  de  superstitions,  une  foison  de  recettes 
empiriques  pour  lesquelles  les  inventeurs  ne  prennent  même 
plus  la  peine  d'imaginer  une  théorie  quelconque.  C'est  la  branche 
de  l'astrologie  connue  sous  le  nom  vague  d'  «  Interrogations  » 
[Iptax-r^uBii-interrogationes).  Voulait-on  savoir  où  était  caché  tel 
trésor  ou  tel  débiteur,  combien  de  temps  s'écoulerait  avant  le 
retour  d'un  absent,  si  un  navire  attendu  était  perdu  ou  non,  si 
une  femme  avait  eu  des  aventures  (eàv  ireiropveuxev)  ou  quel  était  le 
véritable  père  d'un  enfant,  —  le  questionnaire  est  sans  limites*, — 
l'astrologue,  en  notant  dans  les  cadres  en  usage  l'état  du  ciel 
au  moment  où  s'est  produit  le  fait  dont  on  veut  connaître  les 
conséquences,  se  chargeait  d'y  trouver  la  réponse  demandée. 
Ce  n'était  pas  encore  là  le  comble  de  l'art  A  défaut  de  l'état 


drier  des  Pontifes  romains,  où  telle  interdiction  est  motivée  d'une  façon 
autrement  claire  par  Varron  :  quia  feriis  tercjere  vetei-es  fossas  liceret,  notas 
facere  jus  non  esset,  ideo  magis  viduis  quam  virginibus  idoneas  esse  ferias  ad 
nubendum  (Macrob.,  Sat.,  I,  15,  21).  Au  chapitre  du  mariage  se  rattachent 
une  foule  de  «  questions  »  relatives  à  la  procréation  des  enfants  de  tel  ou 
tel  sexe,  à  la  fécondité,  stérilité,  etc. 

1.  Je  n'ai  nullement  l'intention  d'exploiter  cette  mine  inépuisable.  Voy.  les 
chapitres  du  Cod.  Parisin.,  2419  (xv  siècle),  dont  Engelbrecht  a  publié  les 
titres  (pp.  15-20),  ceux  de  l'astrologue  Palchos  (ap.  Cumont,  op.  cit.)  et  les 
prémices  de  l'inventaire  général  des  manuscrits  astrologiques  dans  les  Codices 
Florenlini  catalogués  par  A.  Olivieri  (Bruxelles,  1898),  notamment  les  curieuses 
consultations,  vérifiées  après  coup,  au  sujet  de  navires  dont  on  était  sans 
nouvelles  (Appendix,  pp.  102-104).  Elles  sont  datées  de  475  et  480  p.  Chr. 
Les  oracles  répondaient  aussi  à  des  questions  de  ce  genre,  notamment  l'oracle 
de  Dodone.  Un  tel  veut  savoir  si  c'est  de  ses  œuvres  que  telle  femme  est 
enceinte;  un  autre,  s'il  aura  d'autres  enfanta;  celui-ci  demande  s'il  a  perdu 
tel  objet  ou  si  on  le  lui  a  volé,  etc.  Cf.  A.  Bouché-Leclercq,  Hist.  de  la  Divi- 
nation, II,  pp.  318-320,  elles  inscriptions  de  Dodone,  réunies  par  Carapanos 
et  0.  Hoflmann  (ap.  Collitz,  Sammlung  d.  gr.  Dial.-Inschr.^  11,  2,  Gœtting.  1890). 


470  CHAP.  XIII.  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

du  ciel  à  un  moment  passé,  qu'il  n'était  pas  toujours  possible 
de  retrouver,  l'état  présent  suffîsait.  Le  même  thème  pouvait 
répondre,  au  même  moment,  aux  interrogations  les  plus  diverses. 
On  n'eût  jamais  démontré  la  chose  à  un  sceptique,  mais  les 
croyants  qui  avaient  réfléchi  sur  ce  mystère  avaient  fini  par  en 
découvrir  l'explication.  C'est  que,  les  astres  étant  causes  de 
tout  ce  qui  se  passe  sur  terre,  le  désir  de  consulter  avait  été 
éveillé  chez  le  client  par  leurs  positions  actuelles,  lesquelles,  par 
conséquent,  puisqu'elles  suggéraient  l'interrogation,  contenaient 
la  réponse  ^  Aussi  les  astrologues  doués  de  quelque  virtuosité 
stupéfiaient  le  client  en  le  dispensant  même  de  poser  sa  question, 
qu'ils  connaissaient  d'avance  par  l'inspection  du  ciel.  C'était  une 


1.  J'emprunte  le  raisonnement  aux  astrologues  de  la  Renaissance  (cf.  Mar- 
garita philosophica,  fol.  z),  qui  le  poussent  même  plus  loin  et  rattachent  les' 
Interrogaliones  aux  xatao/a^  individuelles  (ci-après,  eh.  xiv),  en  disant  que 
les  positions  d'astres  qui  suggèrent  la  question  sont  elles-mêmes  dans  un 
certain  rapport  avec  le  thème  de  géniture  du  consultant  {conslellationem 
interrogationis  proportionabilem  fieri  natalicise  constellationi  affirmant).  On 
s'explique  ainsi  qu'elles  produisent  au  même  moment  des  effets  différents  sur 
des  personnes  différentes.  En  bonne  logique,  c'est  l'état  du  ciel  au  moment 
de  la  suggestion,  et  non  au  moment  de  la  consultation,  que  l'astrologue 
devait  interpréter  {cur  non  magis  observant  constellationem  et  tempus  quo 
quœsitor  desiderium  taie  concepit,  quant  constellationem  et  horam  quo  pro- 
posita  est  quœstio?).  L'astrologue  Ciruelo  {Astrol.  Christ.,  IV,  1)  nie  le  rapport 
avec  le  thème  de  géniture  et  déclare  les  interrogationum  judicia  —  penitus 
damnanda,  quia  vana,  quia  falsa,  quia  periculosa  et  nociva  hominibus.  Le 
danger  venait  de  l'intrusion  possible  dans  la  vie  privée  des  tiers,  et  surtout 
des  consultations  concernant  la  mort  (genre  ou  date).  C'est  au  genre  Inter- 
rogationes  qu'appartient  la  géomancie,  méthode  divinatoire  d'origine  arabe 
et  de  nom  grec  (byzantin?),  combinaison  d'astrologie,  d'arithmétique  et  de 
loterie  qui  fit  fortune  au  moyen  âge  et  a  son  nom  incrusté  dans  les  vers  de 
Dante  {Purgator.,  XIX,  4).  Elle  atout  récemment  attiré  l'attention  de  M.  Paul 
Meyer  {Traités  en  vers  provençaux  sur  l'astrologie  et  la  géomancie  in  Romania, 
XXVI  [1897],  pp.  225-275)  et  de  M.  P.  Tannery  {C.-R.  de  l'Acad.  des  Inscr., 
15  oct.  1897).  Elle  consiste  essentiellement  à  spéculer  sur  des  points  tracés 
ou  «  jetés  »  sur  le  sable  (par  «  terre  »  d'où  géo-mancie)  par  des  mouvements 
instinctifs  de  la  main  du  consultant,  celui-ci  étant  préoccupé  e{  comme  pos- 
sédé de  sa  question.  Ces  points  pouvaient  être  interprétés  comme  figures  de 
constellations  —  ce  qui  paraît  être  le  cas  visé  par  Dante  —  ou  semés  dans  le 
canevas  d'un  thème  à  douze  «  lieux  »  ou  «  maisons  »,  et  soumis  à  diverses 
opérations  arithmétiques  (cf.  ci-après,  ch.  xv).  L'esprit  de  la  méthode  est  que, 
dum  homo  ex  desiderio  inquirendi  futura  puncta  signât,  jam  ex  constellatione 
nativilatis  suae  ad  hoc  pervenit  ut  vis  cœli  manum  suam  dirigat,  quo  nec  plura 
nec  pauciora  puncta  faciet  quam  ad  judicium  intentum  sufficiant  (Reisch, 
Margar.  philos.,  VII,  2,  24).  C'est  la  divination  par  les  actes  instinctifs  de 
l'homme  (cf.  Hist.  de  la  Divination,  I,  p.  153-165),  parquée  dans  un  cadre 
astrologique. 


DES    INTERROGATIONS  471 

concurrence  directe  aux  oracles  qui  répondaient  à  des  questions 
cachetées  *.  Les  raisonneurs,  s'il  en  existait  encore,  pouvaient 
penser  que  l'astrologue  avait  su  s'informer  par  d'autres  moyens 
ou  tirer  du  client  lui-même,  à  son  insu,  les  renseignements  né- 
cessaires :  les  gens  simples  ne  pouvaient  qu'admirer.  Pourtant, 
il  y  avait,  au  choix  des  croyants,  deux  explications  possibles  : 
l'une,  à  l'usage  des  fidèles  de  l'astrologie,  qui  attribuait  la 
clairvoyance  de  l'astrologue  à  sa  science,  à  sa  géométrie  et  à  sa 
physique;  l'autre,  à  l'usage  des  âmes  mystiques  et  timorées,  qui 
soupçonnaient  là  l'intervention  des  démons  et  reculaient  devant 
le  contact  redouté  de  la  magie.  Aussi,  cette  excroissance  aber- 
rante de  l'astrologie  fut-elle  classée  parmi  les  opérations  ma- 
giques et  reniée  par  les  astrologues  qui  tenaient  à  vivre  en  paix 
avec  les  lois  et  la  religion.  Les  astrologues  de  la  Renaissance  la 
répudient,  en  général,  comme  diabolique  autant  que  dangereuse 
pour  la  société,  et  détournent  sur  elle  les  objections  ou  les  ana- 
thèmes  de  leurs  adversaires. 

Les  compilateurs,  qui  mélangent  à  tout  propos  les  xaiap^ai  et 
la  généthlialogie,  à  plus  forte  raison  ne  distinguent  pas  entre  les 
initiatives  ou  opportunités  proprement  dites  [electiones)  et  les 
«  interrogations  ».  La  distinction  est,  en  effet,  toute  morale  :  on 
pourrait  la  formuler  approximativement  en  disant  que  le  client, 
dans  les  «  élections  »,  consulte  sur  lui-même  et,  dans  les  «  inter- 
rogations »,  cherche  à  fouiller  dans  la  vie  ou  la  conscience  d'au- 
trui.  Encore  cette  ligne  de  démarcation  est-eUe  bien  sinueuse  et 
fuyante.  Je  crois  cependant  discerner,  dans  la  masse  des  rece.ttes 
transmises,  une  méthode  qui  est  sinon  propre  aux  interrogations, 

1.  Cachetées  (surtout  pour  les  consultations  officielles),  ou,  ce  qui  revient 
au  même,  posées  mentalement,  sous  la  forme  :  «  Réussirai-je  à  exécuter  ce 
à  quoi  je  pense?  »  Voir  les  chapitres  du  Cod.  Parisin.  2419  :  mpl  irpoyvwirewi: 
ToO  ipuTÛvxoi;  oTov  -repl  tîvoî  éputâ  (fol.  116  r.).  —  Ilepl  xoû  elireiv  xi  êuxl  xô  Ipw- 
xw[i.£vov  (fol.  117  r.).  —  riepl  xoû  y^^iavoLi  xôv  <tuvxuyx^""'°'^'^<^  "^"^  ^*^  ^'■^  ''^°'* 
%z'x>i\a.ix  SrsXci  Èpwxâv  (fol.  117  v.).  —  'Avaxotusiç  è%  xfiî  xwv  ddxépwv  duyxpiaBox; 
Tztpl  OU  xiî  èpwxâv  potj>^£i.  —  El  wcpsXtfiOî  laxat  ô  èpwxwv  ae  t^  où.  —  Ilepl  xoû 
yvûvai  x6v  axÔTiov  xoû  èpwxwvxoî  xal  irepl  x(  SriXst  èpwxâv  (fol.  118  r.).  On  voit  que 
le  sujet  tenait  à  coeur  aux  praticiens;  ce  qui  les  intéresse,  c'est  surtout  de 
savoir  pourquoi  le  client  consulte,  quelle  est  son  intention  secrète,  et  s'ils  en 
tireront  profit.  Ceci  suppose  que  l'astrologue  croit  à  son  art,  et  ce  devait  ôtre, 
en  effet,  le  cas  le  plus  fréquent.  Albohazen  Haly  (I,  17)  emploie  un  moyen 
fort  simple.  Son  cabinet  étant,  je  suppose,  orienté  et  les  planètes  distribuées 
entre  les  points  cardinaux  de  la  façon  indiquée  par  lui  au  chapitre  précédent, 
il  laisse  le  client  s'asseoir  à  son  gré  et  se  rend  compte  des  intentions  de 
celui-ci  d'après  la  place  choisie.  C'est  encore  l'acte  instinctif  traité  par 
méthode  astrologique. 


472  CHAP.  XIII.  —  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

du  moins  rinslrument  ordinaire  à  l'aide  duquel  on  trouve  les 
réponses.  Elle  consiste  à  instituer  dans  le  Zodiaque  soit  un 
concours,  soit  un  conflit  entre  divers  points  représentant  les 
personnes  ou  les  choses  intéressées  dans  la  question  posée. 

Soit,  par  exemple,  un  prêteur  inquiet  pour  son  argent.  Le 
prêteur  étant  représenté  par  FHoroscope,  l'emprunteur  le  sera 
par  l'Occident,  et  l'homme  de  l'art  examine  lequel  a  le  plus  de 
chances  de  son  côté  ^  Voici  un  exemple  sur  lequel  nous  sommes 
mieux  renseignés  :  celui  d'un  esclave  en  fuite  que  son  maître 
veut  dépister.  Le  cas  étant  des  plus  fréquents,  il  y  a  là-dessus  des 
pronostics  tout  faits  où  l'on  tient  compte  du  signe  dans  lequel  se 
trouve  la  Lune  et  des  planètes  avec  lesquelles  elle  entre  en 
contact  ^  Mais  on  pouvait  aussi  creuser  le  problème  en  transpor- 
tant le  cas  dramatisé  sur  la  scène  du  Zodiaque  et  deviner  non 
seulement  les  actes,  mais  les  pensées  du  fugitif,  ainsi  que  la 
nature  et  l'échéance  du  dénouement.  Ne  nous  refusons  pas,  à 
titre  d'intermède,  le  plaisir  de  suivre  le  raisonnement,  sans  nous 
obliger  à  disséquer  les  associations  d'idées  qui  en  forment  la 
trame.  Les  acteurs  ou  intéressés  sont  les  quatre  centres  :  la  scène 
est  l'état  du  ciel  au  moment  de  la  fuite  ^.  «  L'Horoscope  est  le 
«  fugitif  et  le  temps  de  son  arrestation  ;  le  MC,  la  cause  de  la 
«  fuite  ;  le  Couchant,  le  pronostic  du  susdit  ;  le  IMC,  le  climat 
«  sous  lequel  il  vit  et  le  lieu  où  il  doit  demeurer  ».  Suit  un  exa- 
men à  ces  quatre  points  de  vue,  portant  d'abord  sur  les  signes, 
ensuite  sur  les  planètes.  [I.]  «  Si  le  sujet  s'est  enfui,  le  Bélier 
«  étant  à  l'Horoscope,  il  sera  promptement  retrouvé;  si  c'est  le 
«  Taureau,  dans  l'espace  d'un  an  ;  avec  les  Gémeaux,  il  faudra 
«  12  jours  ;  avec  le  Cancer,  dans  les  60  jours  ;  avec  le  Lion,  il  ne 
«  reviendra  pas;  avec  la  Vierge,  son  absence  durera  60  jours; 
«  avec  la  Balance,  il  reviendra  spontanément  ;  avec  le  Scorpion, 
«  il  restera  environ  2  ans  ;  avec  le  Sagittaire,  3  ans  ;  avec  le 

1.  Doroth.  Sidon.,  ap.  Engelbrecht,  p.  34.  S'il  s'agit  d'un  vol,  le  voleur  est 
représenté  par  Occ,  l'objet  volé  par  Hor.,  le  volé  par  MC,  et  le  lieu  où  se 
trouve  l'objet  soustrait  par  IMG.  (Palchus,  in  Cod.  Florent.,  pp.  94  sqq.). 

2.  Maxim.,  v.  320-438,  pp.  26-35  Ludwich. 

3.  Extrait  d'un  Démétrius  inconnu  :  AriiiTiTptou  itepl  SpaTteteuôvTwv  [Codic. 
Florent.,  Appendix,  pp.  104-106).  Il  peut  être  de  basse  époque  et  avoir  con- 
servé des  traditions  anciennes.  Un  autre  {ibid.,  pp.  97-99)  étudie  le  même  cas, 
avec  plus  de  détails  et  de  précision  encore,  par  différentes  méthodes,  dont  une 
consiste  à  figurer  le  fugitif  par  la  Lune  et  le  maître  par  le  MC.  Celui-là  sait 
dire  si  l'évadé  s'est  enfui  seul,  ou  à  deux  ;  si  c'est  un  couple,  homme  et 
femme;  si  c'est  un  eunuque,  un  hermaphrodite;  ce  qu'il  a  volé  et  l'usage 
qu'il  en  fera,  etc. 


DES    INTERROGATIONS  473 

«  Capricorne,  dans  les  premiers  degrés  du  signe,  il  sera  prompte- 
«  ment  retrouvé,  dans  les  derniers  degrés,  au  bout  de  6  mois  ; 
«  avec  le  Verseau,  15  mois  ;  avec  les  Poissons,  7  mois.  Observe 
«  aussi  les  planètes  à  l'Horoscope.  Si  Saturne  l'occupe,  tu  rédui- 
«  ras  la  durée  à  la  moitié  ;  si  c'est  Mars,  au  tiers  ;  si  c'est  Jupiter, 
«  lu  la  doubleras;  si  c'est  Vénus,  annonce  un  long  temps;  si 
«  c'est  Mercure,  il  accorde  fuite  complète.  [IL]  Si  le  Bélier  est  en 
«  MC,  le  sujet  a  fui  sans  cause;  si  c'est  le  Taureau,  à  la  suite 
«  d'une  faute;  si  les  Gémeaux,  avec  hésitation  intérieure;  si  le 
«  Cancer,  pour  avoir  perdu  ou  gâté  quelque  chose  appartenant  à 
«  son  maître  ;  si  le  Lion,  sur  le  conseil  d'un  autre  ;  si  la  Vierge, 
«  décidé  par  parole  ou  action  ;  si  la  Balance,  par  crainte  et  aux 
«  aguets;  si  le  Scorpion,  par  désir  d'une  prostituée  ;  si  le  Capri- 
«  corne,  par  torture  et  frayeur  ;  si  le  Verseau,  par  ivresse  ;  si  les 
«  Poissons,  à  cause  des  femmes.  Observe  aussi  les  planètes  en 
«  MC.  Si  Saturne  culmine,  c'est  par  suite  de  fautes  ;  si  c'est  Mars, 
«  pour  coups  et  injures;  si  c'est  Jupiter,  fuite  sans  motifs;  si 
«  c'est  Vénus,  par  suite  d'accusation  et  calomnie  dans  la  domes- 
«  ticilé  [lacune].  [IIL]  Le  Couchant  établit  le  pronostic.  Si  le 
«  Bélier  se  couche  avec  Mars,  le  sujet  sera  puni,  mais  on  lui 
«  pardonnera  et  il  s'enfuira  de  nouveau  ;  si  c'est  le  Taureau,  il 
«  sera  mis  aux  fers  ;  si  les  Gémeaux,  il  sera  vendu;  si  le  Cancer, 
«  il  sera  délivré  par  intercession  et  ne  s'enfuira  plus  ;  si  le  Lion, 
«  il  courra  des  dangers  de  la  part  de  méchantes  gens  et  d'ani- 
«  maux  féroces;  si  la  Vierge,  les  dangers  lui  viendront  de  lui- 
«  même  ;  si  la  Balance,  en  fuite  perpétuelle  il  tombera  dans  le 
«  feu  ;  si  le  Scorpion,  il  sera  son  propre  ennemi  et  se  suicidera  ; 
«  si  le  Sagittaire,  il  mènera  une  vie  utile  ;  si  le  Capricorne,  il  se 
«  blessera  en  tombant  ;  si  le  Verseau,  il  mènera  une  vie  utile  ;  si 
«  les  Poissons,  il  sera  réintégré  par  une  femme.  Observe  aussi 
«  les  planètes  dans  le  signe  couchant.  Si  Saturne  se  couche,  le 
«  sujet  n'a  tiré  aucun  proht  (de  sa  fuite)  ;  si  c'est  Mars,  il  est  sorti 
«  pour  mourir  par  le  fer  ;  si  c'est  Jupiter  ou  Vénus,  il  a  emporté 
«  avec  lui  de  l'or  ou  de  l'argent  ou  un  vêtement  ;  si  c'est  Mercure, 
«  il  a  emporté  de  l'airain.  [IV.]  Le  IMC.  indique  dans  quel  climat 
«  il  est  allé  et  où  il  doit  demeurer.  Si  le  Bélier  est  en  culmina- 
«  tion  inférieure,  le  sujet  n'est  pas  loin  et  il  se  cachera  aux 
«  champs  ;  si  c'est  le  Taureau,  il  est  en  ville,  près  d'un  cuisinier 
«  ou  marchand  de  denrées;  si  les  Gémeaux,  il  n'est  pas  loin, 
«  mais  près  de  la  localité  ;  si  le  Cancer,  il  restera  dans  la  ville 
«  même,  et  c'est  un  autre  qui  le  ramènera;  si  le  Lion,  il  est  dans 
«  des  lieux  déserts  ;  si  la  Vierge,  pas  loin  ;  si  la  Balance,  dans  les 


474  CHAP.    XIII.  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

«  mêmes  régions;  si  le  Scorpion,  hors  la  ville,  en  lieux  sacrés  et 
«  pas  loin  ;  si  le  Sagittaire,  il  s'en  ira  par  mer  ;  si  le  Capricorne, 
«  dans  des  lieux  écartés  et  saints  du  côté  de  l'Ouest  ;  si  le  Ver- 
ce  seau,  près  des  fleuves,  pas  loin;  si  les  Poissons,  sur  les  bords 
«  de  la  mer.  Observe  aussi  les  planètes  en  IMC,  etc.  ». 

J'abrège  de  quelques  lignes  confuses  et  peu  sûres  ce  spécimen 
d'exégèse  astrologique.  Ce  n'est  pas,  tant  s'en  faut,  un  chef- 
d'œuvre  :  mais  il  suffit  pour  nous  donner  une  idée  de  ce  qu'un 
virtuose  eût  pu  faire,  avec  les  mêmes  pièces  sur  l'échiquier,  en 
introduisant  dans  l'analyse  la  considération  des  domaines  plané- 
taires et  des  rapports  de  position  des  planètes  entre  elles,  c'est-à- 
dire  en  y  déversant  tout  le  mélange  de  géométrie  et  d'étiquette 
que  nous  avons  essayé  de  trier  et  de  définir  (ci-dessus,  ch.  vii- 
VIII  )  *.  Avec  ces  ressources,  nul  doute  que  l'on  ne  pût  pousser 
l'investigation  jusqu'aux  derniers  détails.  La  même  méthode 
s'appliquait  à  toute  forme  de  concurrence  ou  de  lutte,  lutte  de 
force  ou  d'habileté,  guerre,  jeu,  commerce,  navigation,  recherches 
à  la  suite  de  perte  ou  de  vol,  traitement  médical  même,  celui-ci 
assimilé  à  une  lutte  du  médecin  contre  la  maladie  ^. 

Cette  excursion  à  travers  les  recueils  de  xolxol^jolI,  si  courte 
qu'elle  ait  été,  risque  de  nous  faire  perdre  de  vue  le  principe 
générateur  de  la  méthode,  à  savoir  l'idée  que  chaque  fraction, 
grande  ou  petite,  de  la  durée  est  dominée  par  une  influence 
maîtresse,  par  un  astre  ipo^oY.Ç)ixiùt^  ^.  Il  a  plu  aux  calculateurs 
d'opportunités  de  prendre  pour  chronocrator  perpétuel  la  Lune 
et  de  ne  fractionner  la  durée  de  sa  révolution  qu'en  étapes  de 
2  1/2  jours  environ,  temps  que  met  la  Lune  à  traverser  un  signe 
du  Zodiaque  (eTtéfiêautç)  :  mais  il  est  aisé  de  comprendre  que  le 


1.  Un  auteur  de  pronostics  médicaux  examine  si  telle  planète  lôtoOpovet  -î^ 
où  •  et  [lèv  yàp  zt.-t\  eiç  ÎSiov  Tpt-j'wvov  f,  oîvtov  ktT^.  [Cod.  Florent.,  p.  124). 

2.  Voy.  dans  les  Cod.  Florentini  (pp.  124-128)  une  série  de  pronostics  fondés 
sur  l'hypothèse  que  l'Horoscope  représente  le  médecin  et  l'Occident  la  mala- 
die. Le  malade  est  en  MC,  et  la  médication  (SrepaTtsia)  en  IMC.  Le  même 
procédé  est  applicable  eut  -tcoXcjxo'jvtwv  xal  •n:>k£ÔvTwv.  La  recherche  des  objets 
volés  —  la  fuite  de  l'esclave  est  un  vol  —  était  un  sujet  perpétuel  de  consulta- 
tions. Au  xn«  siècle,  le  pape  Alexandre  III  punit  d'un  an  d'interdit  clericum 
qui  bono  zelo  et  ex  simplicitate  per  astrolabii  inspectionem  furlum  cujusdam 
ecclesias  inquisivit  (G.  Reisch,  Marg.  philos.,  VII,  2,  14). 

3.  Principe  que  Sérapion  déclare  universel,  sans  exception  en  matière 
d'opportunités  :  'Eitl  Tcaawv  -uûv  xatap^wv  tûv  TtiBr\  (Jp/T^v  èayTjvt&Twv  xat  tr;j 
àpX'hv  [xeXXôvtwv  îiaêetv,  S£T,aEt  itpwTov  auvopâv  tôv  iroXeùovra  xat  SiÉTrovTa 
xal  TÔV  Tfjç  wpaî  [Horoscope]  ttjî  xaxap5(f,î  xtjptov  sv  bizoion  xô-rcotî 
TETsy/aat  [Cod.  Florent.,  p.  99).  - 


CHROIWCRATORIES    ZODIACALES  475 

principe  ait  pu  être  appliqué  autrement,  et  de  façon  à  mettre  soit 
le  Soleil,  soit  les  autres  planètes,  sur  le  même  pied  que  la  Lune. 
La  généthlialogie  avait  accepté,  lors  de  ses  premiers  essais,  les 
chronocralories  solaires,  fractionnées  par  le  même  procédé  en 
étapes  d'un  mois  ou  douzième  de  l'année  solaire.  Ce  procédé 
n'était  plus  applicable  aux  planètes  à  marche  lente,  celles  dont 
la  révolution  dure  plus  d'une  année.  Aussi  n'est-ce  pas  de  cette 
façon  que  furent  obtenus  les  cycles  de  chronocratories  plané- 
taires dont  il  nous  reste  à  parler  et  dont  un  au  moins,  celui  de  la 
«  semaine  »,  tient  encore  une  place  considérable  dans  les  habi- 
tudes de  tous  les  peuples  civilisés. 

C'est  encore  aux  traditions  de  l'Egypte  qu'il  nous  faut  renouer 
le  fil.  Nous  ignorons  si  la  dodécaétéride  zodiacale,  dite  chal- 
déenne,  dont  il  sera  question  au  chapitre  suivant  *,  a  jamais  été 
employée  à  l'état  banal  et  universel.  En  Egypte,  nous  savons  ou 
croyons  savoir  que  chacun  des  36  décans  était  à  son  tour  le  chro- 
nocrator  de  chacune  des  36  décades.  Le  système  eût  engendré 
un  cycle  annuel,  complet  et  fermé,  si  l'année  solaire  avait  eu 
exactement  la  durée  que  lui  assignaient  sans  doute  les  auteurs  de 
la  division  du  cercle  en  360  degrés.  C'était  là  l'idéal  auquel  se 
sont  attachés  quand  même  les  astrologues;  car  on  a  vu  que,  dans 
leurs  calculs  concernant  la  durée  de  la  vie,  un  degré  correspond 
toujours  à  une  année,  ou  un  jour  ou  une  heure.  Les  Égyptiens 
aussi  fondaient  sur  cette  estimation  leur  division  en  décades 
et  décans.  Mais  la  nature,  dérangée  peut-être  par  quelque  cause 
mystérieuse  ^  refusait  de  faire  cadrer  le  mouvement  de  ses  régu- 

1.  Cf.  ci-après,  p.  489.  Censorinus  en  fait  un  cycle  universel,  mais  à  l'usage 
des  genethliaci  ;  il  y  a  contradiction  dans  les  termes. 

2.  Voy.  le  mythe  égyptien  imaginé  pour  expliquer  la  discordance  de  Tannée 
solaire  de  365  jours  et  de  l'année  lunaire  de  335  jours  avec  l'année  supposée 
primitive  de  360  jours.  Seb  (Kronos)  et  xN'etpe  (Rhea)  ayant  procréé  cinq  enfants 
(planètes  ?)  que  Rhéa  ne  pouvait  mettre  au  monde  ni  dans  le  cours  d'un  mois, 
ni  dans  le  cours  de  l'année,  étant  envoûtée  par  le  Soleil,  Thot  (Hermès)  joue 
aux  dés  avec  la  Lune  et  lui  gagne  cinq  jours,  pendant  lesquels  Rhéa  peut 
être  délivrée.  Ce  sont  ces  cinq  jours,  qui,  retranchés  de  360  (puisque  la  Lune 
les  a  perdus),  forment  depuis  lors  l'année  lunaire,  et,  ajoutés  à  l'année  (itzayo- 
l^cvot),  donnent  Tannée  solaire  (Plut.,  /s.  et  Osir.,  12.  Cf.  Lepsius,  Einleil.  zur 
Chronol.  d.  Aegypler,  pp.  91-92).  H  y  a  dans  toutes  les  cosmogonies  un  acci- 
dent qui  dérange  Tordre  primitivement  établi  et  explique  le  désaccord  entre 
l'idéal  et  la  réalité.  Certains  novateurs  durent  songer  à  rétablir  l'accord  en 
divisant  le  Zodiaque  en  365  degrés.  C'est  ce  que  paraît  dire  un  fragment  de 
Censorinus  :  circtili  sif/niferi  parles  CCCLX...  seci  compensalio  in  quinque 
parles  credilur  adplicari,  ut  sint  omnes  signiferi  partes  CCCLXV  (Censorin., 
fr.  3,  5,  p.  57  IliUtsch). 


476  CHAP.  XllI.  —   INITIATIVES    GÉNÉRALES 

lateurs,  le  Soleil  et  la  Lune,  avec  cette  arithmétique.  Il  se  peut 
que  les  Égyptiens  aient  laissé  courir  leurs  décades  —  comme 
ailleurs  les  nundines  et  les  semaines  —  à  travers  leur  année  de 
365  jours,  sans  en  interrompre  la  continuité  aux  épagomènes.  En 
ce  cas,  chaque  décan  arrivait  à  son  tour  à  être  «  le  Seigneur  du 
commencement  de  Tannée  »  ou,  en  langage  astrologique,  le  chro- 
nocrator  annuel  K  La  seigneurie  de  ce  décan  superposait  son 
influence  spécifique,  durant  toute  Tannée,  à  celle  des  seigneurs 
particuliers  des  décades. 

En  fait,  le  seul  système  de  chronocratories  générales  que  nous 
connaissions  bien,  et  dont  nous  ayons  à  rechercher  les  origines,  est 
celui  des  cycles  hebdomadaires  ou  semaines  (s68o(xaç  -  èirtàCiovo;  - 
septimana)  ^.  Celui-là  n'a  plus  la  moindre  attache  au  Zodiaque  et 

1.  C'est  l'opinion  de  Lepsius  {op.  cit.,  pp.  116-117:  cf.  ci-dessus,  pp.  222,  1. 
234,  2).  Les  cinq  jours  épagomènes  constituaient  une  demi-décade  qui  s'ache- 
vait avec  cinq  jours  pris  sur  l'année  suivante.  Dans  le  calendrier  égyptien  du 
Louvre  (ap.  Brugsch,  Thesaur.,  I,  pp.  182-184),  les  décades  donnent  lieu  à 
des  pronostics  concernant  les  actes  d'un  dieu  local,  Su  ou  Soped,  qui  produit 
des  effets  différents  suivant  les  décades. 

2.  L'étude  de  l'astrologie  orientale  révélera  bien  des  combinaisons  dont  il 
y  aura  lieu  de  débattre  l'origine.  Les  Hindous,  chez  qui  on  retrouve  le  Zodia- 
que grec,  avec  ses  noms  grecs,  ont  une  hiérarchie  de  chronocratories  simul- 
tanées, chaque  signe  ou  mois  étant  dominé  :  1"  dans  son  ensemble,  par  la 
planète  qui  y  a  son  olxo;  ;  2»  dans  une  moitié,  par  le  Soleil  ;  dans  l'autre,  par 
la  Lune,  la  position  des  luminaires  alternant  de  mois  en  mois  ;  3°  par  les 
3  décans  du  signe,  chacun  disposant  d'un  tiers  ;  4°  par  les  planètes  disposées 
en  cycle  novénaire,  dans  un  ordre  spécial,  tantôt  descendant,  tantôt  montant. 
La  semaine  a  gardé  sa  construction  originelle  (J.  M.  F.  Guérin,  Astron. 
indienne,  pp.  80  sqq.).  La  semaine  elle-même  n'a  pas  été  à  l'abri  des  contre- 
façons. J'ignore  s'il  faut  rattacher  à  une  tradition  ou  imputer  à  une  fantaisie 
d'arrière-saison  les  Kaxapx.at  xatà  Zf^vipiov  [Cod.  Florent. j^'p.  128-129) 
qui  enseignent  la  manière  de  trouver  le  chronocrator  du  jour  (iroT^eûwv)  et 
celui  de  l'heure  (Sié-mov),  au  moyen  d'une  série  annuelle  d'hebdomades  partant 
de  la  N.  L.  du  solstice  d'été  (Tri;év  Kapx'!va)  auvôSou)  considéré  sans  doute  comme 
équivalant  au  «  lever  du  Chien  ».  Les  chronocrators  des  jours  de  l'hebdomade 
se  succèdent  dans  l'ordre  ï)  c?  Q  C  -^  O  ?  ;  ceux  des  heures,  dans  l'ordre 
ï)  C  ??  d"  O  9  -^1  suivi  à  partir  du  iroXsûwv,  qui  domine  toujours  la  première 
heure.  On  intéresse  aussi  les  signes  dans  la  combinaison,  en  les  considérant 
comme  fiefs  planétaires  changeant  d'heure  en  heure.  Le  signe  ovi  se  trouve 
réellement  (xaxà  -rcâpoSov  t+iv  xo(ï|xix-^;v)  le  Sté-rcwv  est  adjugé  à  Saturne;  le  6«  à 
partir  de  celui-là,  à  Mars  ;  le  4^  à  partir  du  précédent,  à  Vénus  ;  le  2^  à  partir 
etc.,  à  la  Lune;  le  7^  etc.,  à  Jupiter;  le  5»  au  Soleil;  le  3^  à  Mercure,  l'ordon- 
nance suivant  ici  la  série  des  tzo'Ktûwzz^.  Soit,  dit  l'auteur,  177  jours  écoulés 
depuis  le  auvoSoî  du  Cancer,  4<'  heure.  On  divise  par  7,  reste  2.  Le  -iroXeûwv  de 
ce  2«  jour  est  J,  et  le  Sisitwv  de  la  4«  heure  est  ^.  Comme  ^  est  actuellement 
en  V,  ce  signe  est  adjugé  à  1^,  et  les  autres  planètes,  par  le  chassé-croisé 
sus-indiqué,  se  trouvent  logées,  cT  en  Ji:,  Ç  en  ^,C  en  î»,  ^  en  ^,  O  en  -f> 


CHRONOCRATORTES    PLANÉTAIRES  477 

ne  connaît  d'autres  patronages  que  ceux  des  planètes.  Puisqu'il 
a  survécu  à  l'astrologie  et  s'est  incorporé  aux  religions  des  races 
supérieures,  il  y  a  encore  un  intérêt  actuel  à  en  comprendre 
l'économie. 

Il  importe  de  distinguer  tout  d'abord  entre  la  semaine  consi- 
dérée comme  période  de  sept  jours  et  la  semaine  astrologique  ^ 
qui  attribue  le  patronage  de  chacun  des  sept  jours  à  une  planète 
déterminée.  La  première,  d'origine  chaldéenne  sans  aucun  doute, 
nous  apparaît  au  début  même  de  la  Genèse  ;  c'est  la  mesure  de  la 
durée  de  la  création  dans  la  cosmogonie  hébraïque.  Elle  est 
astrologique  aussi,  en  ce  sens  que  le  nombre  des  jours  de  la 
période  est  réglé  soit  sur  le  nombre  des  planètes,  soit  plutôt  sur 
la  durée  approximative  des  quatre  phases  lunaires,  et  représente 
probablement  un  accord  jugé  mystérieux  et  divin  entre  ces  deux 
données  astronomiques  ^  Il  se  pourrait  même  que  les  Chaldéens 
l'eussent  pourvue  de  patronages  planétaires  disposés  dans  un 
ordre  invariable,  comme  ceux  de  la  semaine  actuelle  ;  mais  nous 

et  ?^  en  ».  Inutile  d'essayer  de  comprendre  :  c'est  un  jeu  de  cartes  que  Ton 
bat  ad  libitum.  Ici,  nous  sommes  renseignés  sur  la  dose  d'intelligence  des 
auteurs  du  système.  Ils  déterminent  la  position  de  l'Horoscope  par  celle  du 
Soleil,  en  supposant  entre  les  deux  autant  de  signes  que  d'heures  (30°  au  lieu 
de  15»  par  heure,  et  sans  souci  des  àvaipopat).  Ainsi,  le  Soleil  étant  en  ss, 
l'Horoscope  de  la  4*  heure  est  en  ^  ! 

1.  Distinction  déjà  faite,  et  très  bien  faite,  par  Letronne  {Œuvres  choisies, 
2»  série,  I,  pp.  232  et  432),  qui  insiste  sur  l'origine  purement  lunaire  de  la 
semaine  orientale,  simple  période  de  sept  jours. 

2.  On  ne  compte  plus  les  perfections  du  nombre  7  {qui  mimerus  rerum 
omnium  fere  nodus  est.  Macr.,  S.  Scip.,  I,  5)  et  la  part  qui  lui  revient  dans 
l'harmonie  du  monde.  Varron  (ap.  Gell.,  III,  10)  avait  copieusement  disserté 
sur  le  sujet  in  primo  libro  qui  inscribitur  Hebdomades  :  Philon  {De  opif.  mundi, 
30-43)  met  toute  sa  science  de  pythagorisant  à  glorifier  ce  grand  arcane 
cosmique,  qu'il  retrouve  dans  le  ciel  (sept  cercles,  sept  planètes,  sept  étoiles 
dans  les  groupes  régulateurs,  l'Ourse  et  les  Pléiades,  etc.),  dans  l'âme 
humaine,  dans  le  corps  humain  (cf.  ci-dessus,  p.  324,  2,  et  tous  les  commen- 
taires du  Timée).  L'origine  astronomique  de  la  semaine  dérive  plutôt  des 
phases  de  la  Lune,  connues  de  tout  temps,  que  de  la  notion  plus  récente  des 
sept  planètes  et  de  leurs  chronocratories.  Aristide  de  Samos  (ap.  Gell.,  111, 
10),  Philon  {Leg.  allegor.,  I,  4),  Macrobe  (S.  Scip.,  I,  5,  48  sqq.)  insistent  sur 
la  division  du  mois  en  quatre  septénaires,  encore  qu'elle  fût  d'exactitutle 
approximative  et  décidément  trop  courte  pour  le  mois  synodique  (Anon., 
p.  81).  Le  nundinum  romain  (cycle  de  8  jours)  a  été  sans  doute  aussi  une 
mesure  du  même  genre,  mais  trop  longue  (les  Kalendes,  Nones,  Ides  et 
nundinae  marquaient  à  l'origine  les  quatre  phases  de  la  Lune  dans  le  mois 
romain).  Aussi  les  séries  hebdomadaires  ou  nundinales  finirent-elles  par 
courir  indépendantes  du  mois,  qui  avait  été  leur  raison  d'être,  et  l'hebdomade 
eut  désormais  comme  fondement  logique  le  nombre  des  planètes. 


478  CHAP.  Xm.  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

ne  savons  d'une  façon  positive  ni  s'ils  l'ont  fait,  ni  dans  quel 
ordre  ils  auraient  rangé  leurs  planètes  ^ 

C'est  du  même  principe,  mais  autrement  appliqué,  et  d'un 
autre  pays  que  paraît  procéder  notre  semaine  planétaire,  produit 
tardif  et  complexe  de  l'astrologie  grecque  travaillant  sur  des 
données  chaldéennes  convenablement  rectifiées  et  des  traditions 
égyptiennes  qui  n'avaient  d'abord  rien  de  commun  avec  l'astro- 
logie, L'Egypte  est  la  véritable  patrie  de  tous  les  systèmes  de 
chronocratories.  Au  cours  des  siècles,  les  prêtres  égyptiens 
avaient  eu  le  temps  de  perfectionner  leurs  instruments  de  domi- 
nation, de  diviser  et  subdiviser  le  temps  en  parcelles  dans  cha- 
cune desquelles  était  comme  incrusté  un  titre  de  propriété  divine, 
un  patronage  qu'il  fallait  se  concilier  par  des  prières  et  conjura- 
tions magiques  si  l'on  voulait  que  l'initiative  prise  à  un  moment 
donné  fût  opportune.  Fécondée  par  l'intérêt  personnel  et  le  loisir, 
leur  imagination  dut  produire  divers  systèmes  de  chronocratories 
régissant  les  années,  mois,  décades,  jours  et  heures  :  les  uns 
réguliers  et  relativement  intelligibles,  les  autres  irréguliers,  inin- 
telligibles et  d'autant  plus  prisés  comme  arcanes  révélés  ^  ;  les 
uns  fixes  par  rapport  à  l'année  et  se  déplaçant  seulement  avec  elle 
dans  l'intérieur  de  la  période  sothiaque  de  1461  années  vagues, 
les  autres,  comme  celui  des  décades,  mobiles  dans  le  cadre 
de  l'année.  Tous  ces  chronocrators  n'étaient  pas  nécessairement 
des  divinités  sidérales,  susceptibles  d'être  identifiées  avec  des 
étoiles  ou  des  planètes.  Les  monuments  égyptiens  nous  ont  con- 


1.  Nous  ne  connaissons  pas  (cf.  ci-dessus,  p.  41,  1)  la  semaine  chaldéenne; 
mais,  en  considérant  les  Hébreux  comme  héritiers  des  traditions  chaldéennes, 
nous  pouvons  croire  que  les  jours  étaient,  chez  les  Chaldéens,  comptés  en 
séries  septénaires  et  pourvus  de  chronocratories  planétaires.  Letronne 
[Œuvres,  II"  série,  I,  p.  493)  objecte  en  vain  que  les  Chaldéens  ne  comptaient 
que  cinq  planètes  proprement  dites  :  c'est  jouer  sur  les  mots.  Un  passage 
du  prophète  Amos  —  le  plus  ancien  texte  peut-être  de  la  Bible  (viiio  siècle 
a.  Chr.),  que  M.  A.  Carrière  signale  à  mon  attention  —  nous  apprend  que  les 
Israélites,  ou  une  partie  de  ce  peuple,  avaient  adoré  dans  le  désert  la  planète 
Saturne  {Kaiwan  —  cf.  ci-dessus  Kaimanoii  et  Kaivan,  pp.  41  et  196,  2  — 
que  la  Vulgate  traduit  par  imaQinem  idoloriim  vestrorum,  sidus  dei  vestri. 
Amos,  V,  26).  Ce  culte  avait  pu  s'associer  ou  se  confondre  en  Egypte  avec  celui 
de  Set-Typhon  (ci-après,  p.  483,  3)  ;  mais,  en  tant  que  culte  planétaire,  ils 
avaient  dû  l'apporter  de  Chaldée.  Le  jour  du  Repos  [Schabbalh)  resta  le  jour 
de  Saturne,  planète  que  les  rabbins  du  moyen  âge  appellent  «  sabbatique  ». 

2.  Le  système  des  opia,  qu'on  nous  donne  comme  bien  égyptien  (ci-dessus, 
pp.  206  sqq.),  pourrait  bien  être  une  adaptation  ou  imitation  astrologique  de 
quelque  éphéméride  de  ce  genre,  indiquant  la  répartition  de  patronages 
divins  dans  l'année  idéale  de  360  jours. 


CYCLE    DE    LA    SEMAINE    PLANÉTAIRE  479 

serve  des  tables  d'heures,  diurnes  et  nocturnes,  —  douze  dans 
chacun  des  deux  groupes,  —  qui  sont  personnifiées  à  titre  auto- 
nome, sans  nom  d'astres  protecteurs  *.  Mais  le  temps  est  toujours 
mesuré  par  l'horloge  céleste,  et  les  astrologues  à  la  recherche  de 
réalités  visibles  n'ont  eu  qu'à  remplacer  ces  Heures  abstraites  par 
des  planètes  pour  aboutir  enfin  à  la  construction  de  la  semaine 
astrologique,  construction  harmonique  dans  laquelle  entrent 
comme  uniques  matériaux  les  nombres  astrologiques  par  excel- 
lence, 7  et  12. 

Que  l'on  se  représente  un  astrologue.  Grec  d'Egypte  ou  Égyp- 
tien hellénisé,  connaissant  l'ordre  des  planètes  tel  que  l'avait 
établi  la  science  grecque  ^  d'après  les  distances  des  planètes  à  la 
Terre,  —  ordre  garanti  par  l'adhésion  d'Hipparque  et,  plus  tard, 
de  Ptolémée,  —  que  l'on  se  représente,  dis-je,  cet  astrologue  se 
proposant  de  répartir  entre  les  planètes  les  chronocratories  des 
heures  du  jour  et  de  la  nuit  durant  une  période  de  sept  jours.  Il 
ne  peut  hésiter  sur  le  commencement  de  la  série.  C'est  le  Soleil 
qui  apporte  le  jour  :  la  première  heure  du  premier  jour  lui  ap- 
partient. A  partir  de  là,  la  série  descendante  appelle  successive- 
ment Vénus,  Mercure  et  la  Lune.  Saturne  commence  par  le  haut 
une  nouvelle  série  descendante,  jusqu'à  épuisement  des  168  heures 
contenues  dans  les  sept  jours.  Le  chronocrator  de  la  première 
heure  de  chaque  jour  devient  par  surcroît  le  chronocrator  de  la 
journée  entière.  La  semaine  astrologique  se  trouve  ainsi  consti- 
tuée, sans  variantes  possibles,  telle  que  nous  l'avons  encore 
aujourd'hui,  ainsi  qu'il  appert  du  tableau  suivant  (p.  480)  ^. 

Un  coup  d'œil  jeté  sur  ce  tableau  révèle  un  arcane  qui  dut 

1.  Elles  sont  elles-mêmes  des  symboles  d'astres,  et,  comme  telles,  figurées 
le  plus  souvent  avec  un  disque  (Brugsch,  Thés.,  I,  pp.  55  sqq.).  Cf.  le  tableau 
des  Heures  tiré  des  tombeaux  de  Ramsès  VI  et  Ramsès  IX  {ibid.,  pp.  183 
sqq.).  Saumaise  (p.  251)  ne  dit  pas  à  quel  auteur  il  a  emprunté  la  liste  gréco- 
égyptienne  des  XII  heures,  qui  sont,   sans  distinction  de  jour  ou  de  nuit  : 


I.  AajjLTCTi 

IV.   'ï-TlVOlS 

VII.  np(5xa 

X.  nop-fupâ 

II.  'AXs^iSi 

V.  'EpiêTj 

VIII.  ndwcp-ri 

XI.  navtpoÛT 

II.  T£p4-iet 

VI.  Atau-rtî 

IX.  Aoida 

XII.  TùptpTi 

Ce  doit  être  une  fabrication  de  basse  époque,  ramassis  de  mots  quelconques. 

2.  Kaxà  T+,v  totÇtv  xwv  xuxXwv  xaO' fiv  ol  AlyÛTCTioi  aOxV  vofJiiÇo'Jdi  (Dio 
Cass.,  XXXVII,  19).  Ces  «  Égyptiens  »  ne  datent  pas  du  temps  des  Pharaons. 

3.  D'après  Paul  d'Alexandrie  (H  3  -  K),  qui,  comme  Dion  Cassius,  associe 
la  tradition  religieuse  et  la  tradition  astrologique  en  appelant  les  astres  des 
dieux  (Ilepl  xoû  y^cJvat  ÈxâaxTiv  fjjjipav  xJvoî  xwv  Stewv  êaxiv).  Il  explique  que 
le  chronocrator  du  jour  est  le  itoXeûwv,  celui  de  l'heure  le  Stinwv,  et  que  le 
système  est  de  grand  usage  irpôç  x6  iSiaitxoixwî  x^v  xaxapyV  iroisToflai. 


480 


CHAP.  XIII.  INITIATIVES    GÉNÉRALES 


grandement  émerveiller  les  âmes  simples  :  c'est  que  tous  les 
chronocrators  d'une  même  heure  dans  les  sept  jours  sont  rangés 
dans  le  même  ordre  que  les  chronocrators  des  jours  de  la  semaine. 
Enfin,  la  série  planétaire  se   continue  sans  interruption  d'une 


Fig.  42.  La  Semaine  planétaire. 

semaine  à  l'autre,  Mars,  patron  de  la  dernière  heure  du  septième 
jour,  appelant  à  sa  suite  le  Soleil  avec  lequel  commence  le  nou- 
veau cycle  septénaire  *. 

C'est  là  une  des  origines  possibles  de  la  semaine  astrologique, 
et  il  y  a  fort  à  parier  que  c'est  la  vraie.  On  en  découvre  une  autre, 
qui  a  pu  servir  de  confirmation  au  système  déjà  créé,  et  non 
moins  égyptienne  que  la  première,  dans  l'association  des  décans 


1.  La  série  de  168  heures  ou  sept  jours  est  le  produit  des  deux  facteurs 
1  (planètes)  et  24  (heures).  Elle  ne  saurait  être  plus  courte,  parce  que  168  est 
le  plus  petit  commun  multiple  de  7  et  de  24,  qui  sont  des  nombres  premiers 
entre  eux. 


CYCLE  DE  LA  SEMAINE  PLANÉTAIRE  481 

aux  planètes.  Nous  avons  déjà  donné  plus  haut  (p.  228)  le  tableau 
des  TTpôfftoiia  ou  décans  planétaires  et  remarqué  à  cette  occasion 
que  les  planètes  y  sont  rangées  —  dans  les  colonnes  descen- 
dantes —  exactement  comme  les  chronocrators  des  jours  de  la 
semaine.  Je  suis  persuadé,  pour  ma  part,  que  l'auteur  du  système 
des  Trpôffwira  avait  sous  les  yeux  celui  de  la  semaine,  qu'il  a 
remarqué  cette  concordance  et  y  a  vu  une  confirmation  de 
l'excellence  de  ses  combinaisons  * .  A  elles  seules,  ces  combinai- 
sons n'auraient  pu  engendrer  la  semaine.  Il  y  manque  le  com- 
mencement caractéristique  par  le  «  jour  du  Soleil  »  ;  il  y  manque 
surtout  l'ordonnance  cyclique,  car,  36  n'étant  pas  un  multiple 
de  7,  la  série  interrompue  ne  peut  se  continuer.  Mars,  qui  cor- 
respond au  36"  décan,  reparaît  à  côté  du  1"  :  il  commence  et 
clôt  la  liste  ^.  Du  reste,  l'association  ou  confusion  des  décans  avec 
les  planètes,  ignorée  de  Manilius,  passée  sous  silence  par  Pto- 
lémée,  destinée,  en  fin  de  compte,  à  annihiler  les  décans  au  profit 
des  planètes,  n'apparaît  que  tard  dans  les  textes  astrologiques, 
et  l'on  est  fondé  à  la  croire  bien  postérieure  à  l'époque  où  la 
semaine  astrologique  commença  à  être  en  vogue. 

Je  ne  mentionne  que  pour  mémoire,  ou  pour  montrer  comment 
se  travestissent  les  faits,  l'explication  que  préfère  Dion  Gassius, 
ébloui  par  les  aperçus  théoriques  de  pythagoriciens  qui  spécu- 
laient sur  les  lois  de  l'harmonie  et  tiraient  à  eux  l'œuvre  des 
astrologues.  On  lui  a  appris  que,  l'harmonie  8tà  Teduàpwv  étant  la 
plus  réputée  en  musique,  si  on  l'applique  aux  sphères  des  pla- 
nètes, elle  est  réalisée  par  l'intervalle  d'une  planète  à  la  troisième 
(quatrième  en  comptant  le  point  de  départ)  ^;  si  bien  que,  partant 

1.  C'est  le  moment  d'expliquer,  si  besoin  est,  cette  concordance,  dont  le 
secret  est  des  plus  simples.  Un  jour  de  24  heures  contient  3  séries  planétaires, 
plus  3  (24  =  (7  X  3)  +  3).  Donc,  le  rang  de  la  planète  initiale  avance  chaque 
jour  de  3  unités  dans  la  série,  exactement  comme  le  rang  du  itpciawirov  initial 
de  chaque  signe,  les  décans  étant  répartis  à  raison  de  3  par  signe. 

2.  Letronne  ne  paraît  pas  avoir  pesé  ces  motifs.  Il  rejette  sans  discussion 
les  deux  explications  de  la  semaine  données  par  Dion  Cassius,  la  bonne 
comme  la  mauvaise,  et  il  conclut  que  la  semaine  «  dérive  de  la  correspon- 
dance établie  entre  les  planètes  et  les  décans  du  Zodiaque  »  [op.  cit.,  p.  232). 

3.  La  proportion  4/3,  qui  s'appelle  ^xt-cp'.Toç  en  arithmétique,  donne  en 
musique  l'intervalle  de  quarte  :  is  numerus  vocatur  epitrilus,  deque  eo  nas- 
citur  symphonia  quae  appellalur  5ti  Tîujipwv  (Macrob.,  Somn.  Scip.,  II,  1,  15). 
Simililer  cum    astrologis    et  musicis  est  disputatio  communis  de  syinpathia 

'  stellarum  et  symphoniarum,  in  quadralis  et  trigonis,  diatessaron  et  diapente 
(Vitruv.,  I,  1).  Soit  la  gamme  des  sept  planètes  :  une  série  continue  de  quartes 
produit  l'ordonnance  de  la  semaine.  Seulement,  la  genèse  de  la  semaine  ainsi 
comprise  aurait  donné  le  premier  jour  à  Saturne,  et  non  pas  le  dernier. 

31 


4'82  CHAP.  XIII.  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

de  Saturne,  on  rejoint  le  Soleil,  de  là  la  Lune,  d'où  l'on  remonte 
et  redescend  à  Mars,  et  ainsi  de  suite  :  opération  qui  donne  pour 
résultat  la  série  des  chronocrators  des  jours  de  la  semaine.  Ces 
oscillations,  descentes  et  montées,  n'ont  rien  de  commun  avec 
les  séries  ou  cycles  astrologiques;  le  système  est  encore  plus 
contraire  à  la  géométrie  des  astrologues  si  l'on  suppose  les  pla- 
nètes disposées  autour  d'un  cercle  et  les  intervalles  représentés 
par  des  cordes,  comme  on  le  fait  d'ordinaire  pour  rendre  l'or- 
donnance susdite  intelligible  (fig.  43). 
Il  est  clair  que  cette  étoile  à  sept  branches  a  dû  séduire  les 

mystiques  et  ne  pas  déplaire 
aux  astrologues  qui  y  voyaient 
les  sept  rayons  ou  aspects  effi- 
caces des  astres  (ci-dessus, 
p.  81,  3)  ;  mais  le  cercle  divisé 
en  sept  arcs  est  une  mons- 
truosité en  astrologie,  et  les 
cordes  sous-tendues  n'ont  ni 
les  angles,  ni  les  longueurs 
exigés  par  la  géométrie  des 
aspects. 

La  semaine  astrologique  est 
donc  une  adaptation  helléni- 
que de  théories  égyptiennes 
nées  en  dehors  de  l'astrologie 
et  transformées  par  substitution  des  planètes  chaldéennes  aux 
génies  horaires  de  l'Egypte.  On  peut  dire  que  trois  peuples,  trois 
civilisations  ont  concouru  à  la  former.  Aussi  est-elle  de  création 
relativement  récente,  très  probablement  postérieure  au  temps 
d'Hipparque.  Le  peu  qu'on  sait  de  son  histoire  confirme  cette 
induction.  Dion  Cassius,  amené  à  parler  de  la  semaine  à  propos 
des  Juifs  et  de  leur  Sabbat,  «jour  dit  de  Saturne  »,  s'exprime 
ainsi  :  «  L'habitude  d'adjuger  les  jours  aux  sept  astres  appelés 
«  planètes  est  venue  des  Égyptiens  *,  et  maintenant  elle  existe 
«  chez  tous  les  hommes,  encore  qu'elle  ait  commencé  il  n'y  a  pas 
«  bien  longtemps.  En  effet,    les  anciens  Grecs,    autant  que  je 

1.  C'est-à-dire  des  astrologues  en  général,  qui  sont  pour  d'autres  des  «  Chal- 
déens  ».  Jean  de  Lydie  attribue  l'invention  de  la  semaine  à  des  Chaldéens  et 
Égyptiens  de  fantaisie  (cf.  ci-dessus,  p.  52  en  note).  N'oublions  pas  que  l'or- 
donnance actuelle  de  la  semaine  suppose  l'ordre  des  planètes  dit  «  chaldéen  », 
lequel  est  aussi  «  égyptien  »  et  n'en  est  pas  moins  hellénique  pour  cela  (cf. 
ci-dessus,  pp.  64,  1.  107-109.  479). 


Fig.  43.  Théorie  des  intervalles. 


CYCLE    DE    LA    SEMAINE    PLANÉTAIRE  483 

«  sache,  n'en  avaient  aucune  connaissance.  Mais,  puisque  pré- 
ce  sentement  elle  s'implante  chez  tous  les  autres  peuples  et  chez 
«  les  Ronriains  eux-mêmes  et  qu'elle  est  déjà  devenue  pour  eux. 
«  une  coutume  en  quelque  sorte  nationale,  je  veux  dire  quelques 
«  mots  à  ce  sujet  »  ^  Dion  ne  prétend  pas  que  les  Romains  aient 
abandonné  la  division  traditionnelle  de  leurs  mois  en  Kalendesy 
Nones  et  Ides,  ni  la  série  continue  de  leurs  nundines.  Dans  ces 
limites,  son  assertion  est  confirmée  par  les  calendriers  officiels 
sur  lesquels  on  voit  apparaître,  dès  le  temps  des  premiers 
Césars,  la  série  hebdomadaire,  marquée  par  les  sept  premières 
lettres  de  l'alphabet,  à  côté  de  la  série  nundinale  de  huit  lettres  ^. 
Cette  vogue  soudaine  et  universelle  ne  s'expliquerait  pas  par 
les  seuls  progrès  de  la  foi  astrologique  :  cette  foi  a  eu  pour  auxi- 
liaire une  autre  foi  plus  accessible  au  vulgaire  et  animée  alors 
d'un  grand  zèle  de  propagande,  la  religion  juive,  laquelle  trou- 
vait à  son  tour  appui,  réconfort  et  comme  un  retour  à  ses  ori- 
gines chaldéennes  dans  l'astrologie.  Grecs  et  Romains,  qui 
avaient  été  jusque-là  fort  en  peine  de  savoir  au  juste  ce  qu'ado- 
raient les  Juifs,  tenus  en  général  pour  athées,  crurent  avoir 
découvert  que  ce  peuple,  si  rigoureux  observateur  du  Sabbat, 
adorait  le  chronocrator  du  jour  du  Sabbat,  devenu  le  «  jour  de 
Saturne  ».  C'est  la  notoriété  universelle  du  Sabbat  qui  a  été  le 
véhicule  de  la  notoriété,  bientôt  universelle  aussi,  de  la  semaine 
planétaire  ^.  La  semaine  une  fois  répandue  par  le  monde,  on 

1.  Dio  Cass.,  XXXVII,  18. 

2.  Voy.  Fasti  Sabini,  entre  19  a.  Chr.  et  4  p.  Chr.  (C.  /.  L.,  I,  p.  302).  C'est 
la  constatation  officielle  d'un  usage  qui  devait  être  déjà  populaire. 

3.  TibuUé  (I,  3,  18)  connaît  Saturni  sacrum  diem,  et  Hygin  {Astron.,  IV,  2) 
sait  très  bien  que  la  série  des  chronocratories  horaires  ou  semaine  astrolo- 
gique se  recommence  octavo  quoque  die.  C'est  à  la  notoriété  de  la  semaine  et 
de  l'observance  judaïque  du  Sabbat,  jour  de  Saturne,  qu'il  faut  attribuer  la 
diffusion  de  la  légende  de  l'âne  ou  tête  d'âne  vénérée  par  les  Juifs  dans  le 
T.  de  Jérusalem,  et  plus  tard  par  les  Chrétiens.  11  y  a  là  un  problème  histo- 
rique qui,  après  les  élucubrations  baroques  colligées  par  Etienne  Morin  {Dis- 
sert, octo.  Genev.  1683.  2*  éd.  Dordraci,nOO,  Diss.  VII,  pp.  285-355)  et  les  hypo- 
thèses suggérées  de  nos  jours  par  le  crucifix  onocéphale  du  Palatin  (le  Christ 
des  gnostiques  Séthiens,  d'après  R.  Wûnsch),  peut  passer  pour  un  cas  déses- 
péré. On  ne  saurait  prendre  au  sérieux  les  soi-disant  preuves  de  fait  ;  le  Moïse 
à  grande  barbe  «  assis  sur  un  âne  »  que  Antiochus  Épiphane  aurait  vu  dans 
le  Temple  (Diod.,  XXXIV,  1),  ou  le  baudet  {cillum)  que  Pompée  trouva,  dit-on, 
au  même  lieu  (Flor.,  1,  40)  et  qui  était,  suivant  Tacite  (//is/.,  V,  4),  une  image 
votive.  Certains  affirmaient  que  les  Juifs  sacrifiaient  à  cette  idole  des  victimes 
humaines  (Joseph.,  C.  Apion.,  1-8),  ou  du  moins,  tous  les  sept  ans,  un  étranger 
coupé  en  morceaux  (Suidas,  s.  v.  Aatiôxpito;).  Des  Gnostiques  croyaient  savoir 
que  le  grand-prêtre  Zacharie  avait  vu  apparaître  dans  le  sanctuaire  un  homme 


484  CHAP.  XIII.  —   INITIATIVES    GÉNÉRALES 

s'empressa  d'en  effacer  les  origines,  d'en  faire  remonter  l'inven- 
tion aux  grands  révélateurs,  Pythagore,  Orphée,  «  Zoroaslre  et 
Hystaspe  »,  et,  d'une  manière  générale,  aux  auteurs  responsables 
de  l'astrologie  entière,  les  «  Égyptiens  et  Chaldéens  ».  Il  était  bon 
aussi  d'en  cacher  le  mécanisme,  un  peu  trop  facile  à  comprendre, 
et  de  chercher  toute  espèce  de  raisons  mystiques  à  l'ordonnance 
des  chronocrators  quotidiens.  On  ne  se  douterait  guère,  en  lisant 
l'explication  pythagoricienne  de  la  semaine  dans  l'ouvrage  de 
Jean  de  Lydie  ^,  que  cet  énorme  fatras  de  raisons  absconses, 
tirées  des  propriétés  spécifiques  des  nombres,  de  1  à  7,  a  été 
entassé  après  coup  pour  dissimuler  le  procédé  enfantin,  l'arith- 
métique puérile  dont  la  semaine  est  le  produit.  On  est  comme 
étourdi  par  ce  prétentieux  bavardage,  au  milieu  duquel  sonnent 
haut  les  noms  des  philosophes  cités  tour  à  tour,  et  par  l'air  de 
bravoure  en  l'honneur  du  nombre  7  qui  termine  l'exposé.  On 
regrette  presque  les  vrais  astrologues,  qui  sont  aussi  maniaques, 
mais  d'esprit  un  peu  moins  trouble. 
Si  l'on    recherche  quel  parti  ont  tiré   les  astrologues  de  la 

à  tête  d'âne  (Epiphan.,  Haeres.,2ù,  12).  Comme  il  n'y  a  pas  d'effet  sans  cause,  la 
cause  de  cette  opinion  persistante  me  paraît  suffisamment  expliquée  par  l'asso- 
ciation de  deux  idées  :  Juifs  adorateurs  de  Saturne  ;  l'âne,  animal  voué  àSaturne 
ou  symbole  de  Saturne.  Je  ne  prétends  pas  que  l'attribution  de  l'âne  à  Saturne 
n'ait  pas  sa  raison  première  dans  l'identification  de  Saturne,  Kaiwan  chaldéen 
(ci-dessus,  p.  478,  1)  ou  Baal  cananéen,  avec  le  Set-Typhon  égyptien,  dieu 
onocéphale  (cf.  R.  Wiinsch,  Sethianische  Verfluchungstafebi  [Leipzig,  1898], 
pp.  88  sqq.),  ou  avec  Sabaoth,  dieu  à  forme  d'âne  ou  de  pourceau,  qui 
occupe  le  septième  ciel  (Epiph.,  Haeres.,  26, 10);  j'estime  seulement  que  c'est 
l'association  astrologique  de  l'âne  et  de  la  planète  Saturne  (ci-dessus, p.  318,  1), 
aisément  vulgarisée,  qui  rend  compte  du  préjugé  populaire,  et  que  cette 
association  a  été  justifiée  aux  yeux  des  astrologues,  toujours  en  quête  d'affi- 
nités «  naturelles  »,  par  l'assonance  «  naturelle  »  ô'voî-Kpôvoî.  Ce  jeu  de  mots 
aurait  ainsi  une  importance  historique,  ce  qui  n'est  pas  pour  étonner  quand 
on  songe  à  la  place  que  tient  encore  dans  le  monde  la  phrase  célèbre  qui  est 
Vimmobile  saxum  de  la  Rome  chrétienne  :  Tu  es  Petrus,  et  super  hanc  petram 
aedificabo  Ecclesiam  meam  (Matth.,  xvi,  18). 

2.  lo.  Lyd.,  Mens.,  II,  3-11  (pp.  14-27  éd.  Bonn.).  Cet  auteur  assure  que  les 
Pythagoriciens  consacraient  le  7«jour  de  la  semaine  à  Apollon  'E65o[jLato<;  (cf. 
ci-dessus,  p.  459),  qui  est  l'Un,  alors  que,  comme  astre  unique  (Soleil),  il  occupe 
déjà  le  premier  jour.  Je  ne  sais  si  le  Lydien  (ou  plutôt  son  abréviateur)  s'en- 
tend bien  lui-même.  Voudrait-il  dire  que  les  Pythagoriciens  ont,  comme  les 
Chrétiens,  disqualifié  le  dies  Saturni  au  profit  du  dies  Solis?  Les  chercheurs 
d'origines  ont  perdu  une  belle  occasion  de  revendiquer  pour  la  Grèce  l'inven- 
tion de  la  semaine.  Ils  n'avaient  qu'à  utiliser  la  légende  du  trépied  retiré  de 
la  mer  (symbole  du  Soleil)  que  les  sept  Sages  se  renvoient  de  l'un  à  l'autre, 
et  qui,  revenu  aux  mains  du  premier,  est  consacré  à  Apollon  (Porphyr. 
ap.  Cyrill.,  C.  Julian.,  I,  p.  28  A). 


LES    JOURS    ÉGYPTIAQCES  485 

semaine  planétaire,  on  distingue  mal  leur  apport  particulier  de 
la  masse  des  superstitions  populaires.  Dégagée  du  comput  des 
24  heures  qui  l'avait  engendrée,  et  réduite  à  une  courte  liste  de 
chronocrators  quotidiens,  la  semaine  échappait  à  leur  mono- 
pole :  chacun  était  libre  d'y  insérer  les  associations  d'idées  qui 
lui  plaisaient  *.  Elle  constitue  un  système  de  Y-x-za^ja-l  indépen- 
dant, qui  pouvait  au  besoin  tenir  lieu  de  tous  les  autres.  Paul 
d'Alexandrie  le  juge  propre  à  tout,  qu'il  s'agisse  de  contrats, 
engagements,  procès  civils  ou  criminels,  rapports  avec  les  auto- 
rités, voyages,  batailles,  mariages,  maladies  et  autres  incidents 
de  l'existence.  Les  médecins  surtout  et  chirurgiens  y  trouveront, 
suivant  lui,  d'utiles  indications  ^ 

Le  souvenir  des  chronocratories  planétaires  survit  encore  dans 
les  noms  des  jours  de  la  semaine  et  a  chance  de  se  perpétuer 
ainsi  à  jamais.  Il  n'en  a  pas  été  de  même  d'une  superstition  d'ori- 
gine obscure,  invention  astrologique  ou  pythagoricienne  ou  revi- 
viscence de  quelque  vieille  croyance  égyptienne,  qui  pénètre  au 
commencement  du  Bas-Empire  dans  les  calendriers  officiels,  celle 
des  dies  Aegyptiaci.  On  appelait  ainsi  24  ou  25  jours,  répartis  à 
raison  de  deux  par  mois,  mais  irrégulièrement  dans  le  cours  de 


1.  Les  opportunités  calculées  d'heure  en  heure  subsistent  chez  les  astro- 
logues arabes.  Cf.,  entre  autres,  Albohazen  Haly  (VII,  ch.  100),  qui  déclare 
«  l'heure  de  Mars  »  impropre  à  tout. 

2.  Paul.  Alex.,  13.  Voy.  dans  Ausone,  De  nominibus  septem  dierum  (pp.  550- 
552  Toll.),  l'amusante  réfutation  de  l'aphorisme  :  demi  de  corpore  oporlet  \ 
Ungiies  Mercurio.  barbam  Jove,  Cypride  crines.  Pourquoi,  dit  Ausone,  Mercure 
n'aimerait-il  pas  les  ongles  crochus  des  voleurs,  Jupiter,  la  barbe,  et  Vénus, 
les  cheveux  ?  Plutôt  le  lundi  et  le  mardi  pour  les  ciseaux  et  le  rasoir  : 
Mavors  imberbes,  et  calvos,  Luna,  adamasli...  Sol  et  Saturnus  nil  obstanl 
iinguibus.  Comme  la  semaine  a  traversé  les  siècles  en  s'adaptant  à  diverses 
religions,  les  associations  d'idées  ont  été  parfois  retournées.  Un  joueur  païen 
pouvait  espérer  le  «  coup  de  Vénus  »  plutôt  le  vendredi  :  mais  Vénus  ne 
disait  rien  de  bon  à  un  chrétien.  J'ignore  si  la  crainte,  encore  aujourd'hui 
si  répandue,  du  vendredi  a  commencé  par  la  peur  de  ce  démon  de  la  luxure, 
et  pour  combien  y  entre  la  mort  de  J.-C,  placée  un  vendredi  par  la  tradi- 
tion, ou  l'horreur  pour  le  vendredi  musulman.  On  rapporte  que  les  Gnos- 
tiques  jeûnaient  les  jours  de  Mercure  et  de  Vénus,  pour  se  garder  de  la 
-^•.XapYup£a  xs  xal  ■^•.l-r\8ovla.  (Clem.  Alex.,  Strom.,  VII,  p.  316).  Avec  l'opinion 
qu'avaient  les  chrétiens  des  dieux  du  paganisme,  ils  auraient  pu  jeûner  toute 
la  semaine.  On  a  remarqué  aussi  que  S.  Justin,  parlant  de  la  Passion,  évite 
de  prononcer  le  nom  de  «  Vendredi  »  ;  il  tourne  par  xr^  Ttpô  xf,;  Kpovixfiî 
■f,;i£pa.  Constantin  déclara  jour  férié  le  dies  Solis  (Cod.  Theod.,  II,  8,  l,  ad 
ann.  321).  L'Église  a  cherché  à  éliminer  les  noms  païens  des  jours  de  la 
semaine,  mais  sans  y  réussir  :  même  le  dimanche  {dies  dominica)  a  gardé 
dans  les  langues  germaniques  le  nom  du  Soleil  [Sonntag-Sunday). 


486  CHAP.    XIII.   —  INITIATIVES    GÉNÉRALES 

Tannée,  jours  de  mort,  jours  «  ténébreux  »,  durant  lesquels  il 
était  prudent  de  ne  rien  entreprendre  et  surtout  de  ne  pas  se 
laisser  saigner  K  L'outillage  astrologique  est  si  compliqué  que, 
en  scrutant  les  arcanes  des  opta,  des  décans,  des  parties  vides  et 
pleines,  etc.,  on  arriverait  peut-être  à  rendre  raison  de  la  répar- 
tition des  «  jours  égyptiaques  »  ;  mais  il  vaut  mieux  renoncer  à 
faire  valoir  les  droits  de  l'astrologie  sur  ce  mystère  que  de  lasser 
une  patience  à  laquelle  il  va  falloir  de  nouveau  faire  appel.  Les 
jeux  de  l'arithmétique  des  xatap^^aL  universelles  et  banales  ne  sont 
rien  à  côté  des  opportunités  individuelles,  fondées  sur  les  chro- 
nocratories  qui  prennent  leur  point  de  départ  dans  le  thème  de 
la  géniture  et  s'enchevêtrent  en  un  fouillis  inextricable. 

1.  Sur  les  Dies  Aegyptiaci,  voy.  les  calendriers  du  Bas-Empire  (C.  /.  L.,  I, 
pp.  374-411).  Ces  jours  sont  diversement  répartis,  suivant  les  calendriers.  Il 
y  en  a  25  (3  en  janvier)  dans  les  Fasti  Philocaliani,  autant  (fait  inexpliqué) 
que  de  dies  legilimi  senatus.  L'anonyme  qui  a  écrit  les  Vei'sus  de  diebus 
Aegyptiacis  (in  Poet.  lat.  min.,  V,  pp.  334-356  Baehrens)  fait  de  la  mnémo- 
technie  et  ne  donne  aucune  explication.  11  simplifie  le  système  en  réduisant  le 
total  à  24  et  la  distribution  à  deux  par  mois.  Saumaise  (pp.  815-819)  ne  doute 
pas  que  ces  jours  ne  soient  d'origine  astrologique,  mais  pour  le  seul  motif 
qu'on  les  appelle  «  Égyptiens  ».  S.  Augustin  {Expos.  Epis  t.  ad  Galalas)  rap- 
porte que  ses  ouailles  le  détournaient  de  commencer  quoi  que  ce  soit,  aul  aedi- 
ficiorum  aut  ej'usmodi  quorumlibet  operum,  diebus  quos  Aegypliacos  vacant 
(cf.  ci-après,  ch.  xvi). 


CHAPITRE   XIV 
INITIATIVES  INDIVIDUELLES  OU  GÉNÉTHLIAQUES 


Le  système  des  y.ctxoLpyixl  ne  pouvait  pas  faire  indéfiniment  con- 
currence à  la  généthlialogie  sans  qu'il  se  rencontrât  des  éclec- 
tiques pour  tenter  une  conciliation  entre  les  deux  méthodes 
rivales.  Les  débitants  d'opportunités  générales  ne  pouvaient  pas 
ne  pas  sentir  le  vice  radical  de  leur  système,  qui  supposait  les  des- 
tinées les  plus  diverses  soumises  au  même  moment  aux  mêmes 
influences  *.  Si  la  logique  populaire  était  inhabile  à  démêler  le 
sophisme,  ils  devaient  au  moins  redouter  le  mépris  de  leurs 
doctes  confrères  les  généthlialogues.  Ceux-ci,  de  leur  côté,  à 
force  de  préciser  leur  dogme  de  l'instantanéité  de  la  frappe  fatale 
et  d'éliminer  toutes  les  influences  subséquentes,  vivaient  en  lutte 
perpétuelle  avec  le  sens  commun.  Ils  avaient  pour  eux  la  méta- 
physique stoïcienne,  la  doctrine  de  la  fatalité  et  de  la  prédesti- 
nation ;  mais  ils  avaient  contre  eux  la  physique,  dont  Ptolémée 
se  réclame  si  souvent.  La  physique  ne  connaît  que  des  efïïuves 
actuels,  des  actions  immédiates  et  successives.  La  Lune  ne  sou- 
lève pas  les  marées  une  fois  pour  toutes  :  elle  les  règle  au  fur  et 
à  mesure  par  sa  marche.  Aussi  arrivait-il  à  certains  généthlia- 
logues de  se  relâcher  de  la  rigueur  de  leur  dogme  et  de  consentir 
à  prolonger  leurs  observations  quelques  jours  après  la  nais- 
sance ^  De  même,  les  professeurs  de  xaxap^at  universelles  ensei- 

1.  L'auteur  du  K  a  p  ir  ô  ;  {Centiloq.,  §  6)  déclare  que  xôxe  6<fé\ti  i\  èTtiXoy^ 
xwv  fipiEpûv  xal  "cwv  wpoffxôitwv,  ox  £  Iffxlv  ô  xaipàî  eùOsxoî  iizb  xoû 
Y£Vc6>kiou.  El  yip  èvavxioî  idxiv,  où  XudixeXi^aet,  ei  xix*  ^*^  ""^P^î  dtyaô-ijv  àtpopqE 

2.  Du  moins  en  ce  qui  concerne  la  Lune  :  nom  et  primus  dies  et  tertius 
eadem  simili  ratione  decernit,  septimus  etiam  et  undecimus  per  Ltinam  totius 
vitae  subsianliam  demonstrat.  —  [Lunam)  et  primo  natalis  die  tractantes  geni- 
tiiram  et  tertio  rursus  die  diligenter  debemus  inspicere,  etc.  (Finuic,  IV,  1,  7 
et  10  KroU).  Il  recommande  de  voir  si  per  vacuum  currens  tertio  natalis  die  a 
Marte  vel  Saturne  pulsata,  etc.  (IV,  8,  1  Kroll).  1!  a  dit  du  reste  plus  haut  :  in 


488  CHAP.    XIV.   —  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

gnaient  que  pourtant  la  xaxapyï]  par  excellence,  la.géniture, 
modifiait  dans  une  certaine  mesure  le  pronostic  à  tirer  des  posi- 
tions actuelles  des  astres.  Il  y  avait  un  terrain  de  conciliation 
que  les  éclectiques  surent  découvrir.  Il  suffisait  d'ordonner  les 
chronocratories  zodiacales  ou  planétaires  en  séries  commençant  à 
la  naissance,  ayant,  par  conséquent,  un  point  de  départ  difl"érent 
pour  chaque  individu.  Vu  la  régularité  mathématique  des  mou- 
vements célestes,  la  correspondance  des  positions  futures  des 
astres  avec  les  phases  de  l'existence  dépendait  de  ce  premier 
moment,  et  les  généthlialogues  avaient  à  peu  près  satisfaction  : 
d'autre  part,  ces  positions,  qu'il  était  possible  de  prévoir  en 
bloc,  n'en  exerçaient  pas  moins  successivement  leur  influence,  et 
les  partisans  des  -/.fx-zoLpial  n'avaient  plus  rien  à  réclamer  '. 

Les  astrologues  ont  dû  être  mis  sur  la  voie  par  les  divisions, 
septénaires  et  autres,  par  lesquelles  les  philosophes,  physiolo- 


omnibiis  genituris  cursum  Lunae  te  servare  conveniet,  nec  tantum  eodem  die 
quo  nattis  homo  prima  vestigia  lucis  ingreditur,  sed  diligenti  ratione  perqui- 
rere  etiam  tertio  die  debemus.  Nam  et  tertio  die,  sicuti  primo,  omnia  simili 
ratione  decernit  (III,  14,  10  Kroll),  et  il  a  montré  comment  Albimis  avait 
subi  les  persécutions  de  Mars,  parce  que  tertio  die  Luna  in  Leone  conslitula 
de  diametro  se  plena  lumine  Martis  radiis  impegit  ;  et  hic  enim  dies,  id  est 
tertius,  plurimum  in  modum  in  genituris  operatiir  (Firmic,  II,  29,  16  Kroll). 
De  même,  Manéthon  dit  que  ce  qui  décide  de  l'élevage  d'un  enfant,  c'est  le 
signe  dans  lequel  la  Lune  entrera  le  troisième  jour  (w  svt  5^  xeivtj  TpiTotT  -riv 
Itciv^etcxi  T.w.  VI,  108-111).  D'où  est  venue  cette  retouche  à  la  doctrine  fonda- 
mentale de  la  généthlialogie,  qui  ne  doit  considérer  que  le  moment  précis  de 
la  naissance  ?  Firmicus  donne  pour  raison  que  eo  die  nato  homini  primum 
immulgentur  alimenta  nutricia  (III,  14,  10),  ce  qui  s'accorde  bien  avec  le 
genre  de  pronostic  tiré  par  Manéthon,  mais  non  avec  la  totiiis  vitae  substantia 
de  Firmicus  lui-même.  C'est  probablement  un  débris  d'un  système  général, 
qui  établissait  la  «  maîtrise  de  la  géniture  »  (ci-dessus,  p.  406,  2)  d'après  le 
signe  que  la  Lune  devait  occuper  après  celui  où  elle  était  lors  de  la  nais- 
sance. Or,  la  Lune  met  2  jours  1/2  à  franchir  l'espace  d'un  signe  et  se  trouve 
dans  le  suivant  au  troisième  jour.  Ce  système  pouvait  être  lui-même  une  res- 
triction et  adaptation  d'une  méthode  recommandée  encore  par  Ptolémée  pour 
les  pronostics  météorologiques  :  x'^iv  Se  <sùà\^T^-^  it^^r^zéoM  èv  TaîîTrpoTpiwv 

•f^p-spwv    Ti     [XETà    TpEÏs     ■fllJLÉpaî    TC  a  p  Ô  S  0  t  î    TWV     TE     ffUvôSwv    xal    TtaViTE- 

>.Tiva)v  xal  StyoTÔjiwv  {Tetrab.,  II,  13,  p.  102  Junct.  Cf.  11,  12,  p.  101  ;  lo.  Lyd., 
Ostent.,  9).  Comme  on  ne  s'occupe  plus  de  la  vie  intra-utérine,  on  a  laissé  de 
côté  les  3  jours  avant  la  naissance  et  recommandé  l'observation  des  3  jours 
après. 

1.  S.  Augustin,  sans  distinguer  nettement  entre  les  deux  méthodes,  a  bien 
senti  qu'elles  superposaient  comme  deux  ordres  de  fatalité.  Jam  illud  quis 
ferai,  quod  in  eligendis  diebus  nova  quaedam  suis  actibus  fata  moliuntur  ? 
Il  estime  qu'il  y  a  contradiction,  et  que  cette  fatalité  née  de  choix  volon- 
taires supprime  l'autre,  celle  de  la  généthlialogie  {Civ.  Dei,  V,  7). 


CHRONOCRATORIES    ZODIACALES  489 

gistes  et  médecins  scandaient  la  vie  humaine  ;  ils  n'ont  eu  qu'à 
substituer  des  causes  célestes  à  celles  que  Ton  ne  connaissait  pas 
et  à  remanier  à  leur  gré  les  périodes. 

Manilius,  notre  plus  ancien  témoin,  s'étant  interdit  de  parler 
des  planètes,  le  système  le  plus  ancien  que  nous  connaissions 
pour  les  chronocratories  individuelles  est  purement  zodiacal; 
c'est  la  dodécaétéride  généthliaque  ou  «  chaldaïque  »  *.  Manilius 
va  enseigner  comment  il  faut  «  rendre  aux  signes  les  temps  qui 
<(  leur  appartiennent  et  qui,  divisés  entre  eux,  se  déroulent  dans 
<(  des  années  qui  leur  sont  propres,  ainsi  que  les  mois,  les  jours 
«  et  les  heures  des  jours  durant  lesquels  chacun  d'eux  manifeste 
«  ses  forces  principales  »  ^.  C'est,  en  périphrase,  une  définition  de 
la  domination  personnelle  et  limitée  ou  chronocratorie  des  signes. 
La  série  commence  par  le  signe  dans  lequel  se  trouvait  le  Soleil 
au  moment  de  la  naissance,  le  signe  qui  réglait  aussi  la  durée  de 
la  vie  ^  Celui-ci  garde  un  an  la  chronocratorie,  qui  passe  ensuite, 
de  signe  en  signe,  dans  l'ordre  connu.  Dans  l'intérieur  de  ce  cycle, 
les  mois  sont  dominés  par  une  autre  série  de  signes,  qui  a  pour 
point  de  départ  le  signe  occupé  par  la  Lune  dans  le  thème  de 
géniture  *.  Les  jours  ont  pour  chronocrators  une  troisième  série 
de  signes,  qui  commence  au  signe  horoscope  ^  Enfin,  l'horoscope 
est  également  le  point  de  départ  d'une  quatrième  série  de  signes, 
qui  dominent  les  heures  ^  On  obtient  ainsi  une  trame  bariolée 

1.  Quae  vocatur  dodecaeteris  ex  annis  vertentibus  duodecim.  Htiic  anno 
Chaldaico  nomen  est,  quem  genelhliaci  non  ad  solis  lunaeque  cursus  sed  ad 
observaliones  alias  habent  adcommodalum,  qiiod  in  eo  dicunl  tempestales 
frugumque  proventus  ac  stei'ilitales,  item  morbos  salubritatesque  circumire 
(Censorin.,  18,  6-7).  Censorinus,  parlant  d'années  tropiques  (vertentes)  qui  ne 
se  règlent  pas  sur  le  cours  du  soleil  et  de  «  généthliaques  »  qui  font  des 
prédictions  météorologiques,  a  bien  l'air  de  parler  de  choses  qu'il  sait  par  à 
peu  près.  Letronne  (op.  cit.,  p.  498)  songe  à  une  période  réglée  sur  la  révo- 
lution de  Jupiter.  C'est  une  hypothèse  mort-née  :  Jupiter  n'est  pas  un  régu- 
lateur universel,  et,  au  surplus,  il  ne  s'agit  pas  ici  de  planètes.  En  astrologie, 
toute  construction  duodécimale  est  réglée  sur  les  signes. 

2.  Manil.,  III,  510-513.  L'exposé  du  système  va  jusqu'au  v.  559. 

3.  Ci-dessus, p.  404.  Primus  erit  signi  quo  Sol  effulserit  annus  {'W.B.n.W.,  111,514). 

4.  Luna  dabit  menses,  peragil  quod  menstriia  cursum  (Manil.,  III,  517). 

5.  Tutelaeqite  suae  primas  horoscopos  horas  \  Adserit  atque  dies,  traditque 
sequentibus  aslris  (Manil.,  III,  518-519), 

6.  Ce  système,  relativement  simple,  apparaît  très  nettement  dans  le  texte 
•le  Manilius,  quand  on  le  lit  après  avoir  renvoyé  dos  à  dos  Scaliger  (pp.  256- 
260)  et  Saumaise  (pp.  244-248),  qui,  quoique  en  parfait  désaccord,  s'obstinent 
tous  deux  à  introduire  les  planètes  dans  le  système  purement  zodiacal  de 
Manilius  et  prennent  leurs  raisons  dans  toute  espèce  de  théories  différentes. 
Ce  sont  des  ve^eXT^vEpéxat.  Le  tableau  de  la  dodécaétéride  dressé  par  Scaliger 


490  CHAP.    XIV.  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

dans  laquelle  «  les  maux  sont  entrelacés  aux  biens,  où  les  larmes 
«  suivent  les  désirs  satisfaits,  et  où  la  Fortune  ne  garde  pas  pour 
«tous  la  même  teneur  ».  Sur  chaque  heure  pèse  la  quadruple 
influence  des  chronocrators  horaire,  quotidien,  mensuel,  annuel, 
hiérarchiquement  étages  et  probablement  dominés  tous  quatre 
par  l'hégémonie,  continuée  durant  douze  ans,  du  premier  chro- 
nocrator  annuel,  devenu  le  chronocrator  général  de  la  dodécaé- 
téride  ou  plutôt  chronocrator  perpétuel  *. 

Cet  ingénieux  système  fait  part  égale,  ou  à  peu  près,  entre  les 
partisans  du  signe  solaire  et  du  signe  horoscope.  Il  doit  dater 
d'une  époque  où  les  deux  théories  génélhliaques  étaient  en 
balance.  Mais  on  sait  que  le  signe  horoscope  finit  par  l'emporter. 
Aussi  Manilius  connaît  et  place  en  seconde  ligne  un  système 
ramené  à  l'unité,  dans  lequel  le  signe  horoscope  est  le  point  de 
départ  unique  des  quatre  séries.  Cela  n'empêchait  pas,  mais 
rendait  autre  le  mélange  des  séries  se  déroulant  avec  des  vitesses 
inégales  ^  D'une  façon  comme  de  l'autre,  chaque  individu  a  son 


(p.  256),  avec  ses  séries  discontinues  —  négation  du  principe  même  du  sys- 
tème —  est  à  rejeter.  Il  faut  des  séries  continues,  et  il  en  faut  une  pour  les 
années,  une  autre  pour  les  mois.  Il  y  a,  à  cette  méthode,  un  perfectionnement 
qui  menace  d'en  déranger  l'économie  :  Alii  in  diurna  genitura  a  Sole  {sumunt 
exordium),  in  noctiirna  a  Luna,  et  habet  rationem  (Firmic,  II,  27,  4).  Ceci,  il 
est  vrai,  à  propos  d'une  mixture  de  chronocratories  zodiacales  et  planétaires 
comme  les  aime  Firmicus.  On  retrouve  le  cycle  duodécennal  au  fond  de 
rOrient,en  Corée.  Voy.  le  Guide  pour  rendre  propice  l'étoile  qui  garde  chaque 
homme,  etc.  (trad.  Hong-Tyong-Ou  et  H.  Chevalier,  Ann.  Mus.  Guimet,  XXVI, 
2  [1897],  pp.  79-123. 

1 .  Le  chronocrator  perpétuel  est  le  «  signe  généthliaque  »  :  il  représente  la 
part  faite  dans  le  système  à  la  généthlialogie.  Je  ne  sais  si  Manilius  s'est 
aperçu  qu'il  avait  déjà  introduit  des  /xxapyal  dans  le  thème  de  géniture 
conçu  comme  cycle  des  àôXa  (ci-dessus,  p.  297).  A  propos  de  la  X1I«  case,  il 
dit  :  Hac  in  parte  dies  et  momenta  dabuntur  pour  les  opérations  lucratives 
(.Manil.,  III,  154). 

2.  Quodnunc  illa  nimis  properant,  nunc  illa  morantur  (III,  556).  Difficile  est 
in  idem  tempus  concurrere  cuncta,  |  Unius  ut  signi  pariter  sit  mensis  et  annus 
(III,  548-549).  Le  second  système  est  celui  de  Paul  d'Alexandrie  :  Hepl  èvt  au- 
Toû  xal  [xï^vôç  vc]al  Ti[i£paî  (Q  1).  Seulement,  Paul  se  place  au  point  de  vue 
professionnel  et  enseigne  la  manière  de  calculer  dans  quelle  année,  mois, 
jour  et  heure  de  son  cycle  individuel  se  trouve,  par  exemple,  un  client  âgé  de 
vingt-six  ans.  Ce  n'est  plus  de  la  théorie,  mais  de  l'application.  En  outre,  il  sura- 
joute au  système  zodiacal  la  considération  des  planètes  maîtresses  (xûptot)  des 
signes,  perfectionnement  qui  achève  d'embrouiller  la  question.  Les  chrono- 
cratories comptées  du  signe  horoscope  sont  indiquées  aussi  dans  Firmicus  : 
Annum  autem  facillimis  rationibus  invenimus  ;  nam  ab  horoscopo  semper  sumit 
exordium,  et  primus  annus  erit  in  quo  est  horoscopus  constitutus,  secundus 
in  secundo  signo,  tertius  in  tertio,  et  sic  ceteri  per  ordinem  (II,  27,  3  KroU). 


CHRONOCRATORIES   PLANÉTAIRES  491 

calendrier  à  lui,  dont  les  séries  d'années,  de  mois,  jours  et  heures 
sont  numérotées  à  partir  de  l'année,  mois,  jour  et  heure  de  sa 
naissance. 

Mais  les  combinaisons  purement  zodiacales,  les  plus  enfantines 
de  toutes,  n'étaient  pas  en  crédit  auprès  des  astrologues  sérieux  : 
ceux-ci  pensaient  avec  raison  que,  sans  les  planètes,  le  Zodiaque 
n'existe  pas.  Les  chronocratories  zodiacales  ne  pouvaient  man- 
quer d'être  évincées  par  des  chronocratories  planétaires  *.  Le 
difficile  était  de  trouver  un  principe  qui  permît  d'ordonner  en 
un  système  plausible,  raisonnable  au  moins  d'apparence,  ces 
pièces  mouvantes  dont  chacune  avait  sa  révolution  propre  et 
marchait  indépendante  des  autres.  Allait-on  prendre  dans  le 
thème  de  géniture  la  position  de  chaque  planète  et  constituer  à 
chacune  d'elles  un  cycle  à  part,  calculé  pour  toute  la  durée  d'une 
existence  humaine?  Non  seulement  les  fabricants  de  systèmes 
n'en  étaient  pas  capables,  mais  ce  n'était  pas  là  le  but  qu'ils 
visaient.  Il  leur  fallait  des  chronocrators  de  périodes  limitées, 
qui  pussent  se  recommencer;  et,  dans  l'intérieur  de  ces  périodes, 
des  chronocrators  d'années,  mois,  jours  et  heures;  un  seul  pour 
chaque  laps  de  temps,  le  mélange  indispensable  étant  obtenu, 


Je  laisse  aux  commentateurs  de  Manilius  le  soin  d'expliquer  un  passage  dont 
ni  Scaliger,  ni  Saumaise  ne  sont  venus  à  bout  :  Venit  omnis  ad  astrum  |  Hora 
die  bis,  mense  dies  semel,  unus  in  anno  |  Mensis,  et  exactis  bis  sexjam  mensibus 
annus  (III,  545-347).  On  comprend  très  bien  que  l'heure  «  rejoigne  son  astre  » 
deux  fois  par  jour  (12  signes  pour  24  h.);  de  même,  le  mois  une  fois  Tan 
(12  signes  pour  12  mois),  et  l'année  une  fois  dans  le  cycle  dodécaétérique. 
Mais  le  «  jour  rejoignant  son  astre  une  fois  par  mois  »?  Scaliger  (pp.  261- 
262),  empêtré  dans  ses  planètes,  veut  que  ce  soit  la  rencontre  d'un  même  jour 
de  la  semaine  (jour  de  la  naissance,  commençant  à  l'heure  de  la  naissance) 
avec  un  même  signe  (horoscope),  ce  qui  ne  peut  se  produire  qu'au  bout  de 
12  semaines.  Il  conclut  que  Manilius  s'est  trompé.  Saumaise  (p.  248)  croit 
qu'il  s'agit  du  même  jour  de  la  Lune,  chose  très  simple,  et  daube  sur  Scaliger. 
H  oublie  que  1'  «  astre  »  est  ici  un  signe  du  Zodiaque,  et  que  la  Lune  revient 
au  même  signe  du  Zodiaque  en  27  j.  7  h.  43',  et  non  pas  en  un  mois  ou  dou- 
zième d'année  solaire,  comme  l'entend  Manilius.  Il  y  a  là  une  erreur  qu'il  faut 
laisser  pour  compte  à  Manilius,  ou,  en  tout  cas,  expliquer  sans  recourir  à  la 
semaine,  laquelle  n'a  rien  à  faire  ici. 

1 .  Celles-ci  sont  les  chronocratories  que  les  auteurs  arabes  et  les  astrolo- 
gues de  la  Renaissance  appellent  les  fridariae  ou  ferdariae  planelarum,  un 
mot  persan  ou  arabe,  auquel  Saumaise  se  chargerait  volontiers  de  trouver  une 
origine  grecque  :  vox  depravata  ex  Graeco  zepioSipiov  quae  txtxpàv  irsp^oSov 
significal  (p.  237).  Le  sens  du  mot  est  très  bien  défini  par  Haly  ou  son  traduc- 
teur :  Est  autem  Fridaria  seu  j^povoxpaTeia  cerlus  quidam  annorum  terminus 
et  notus,  in  quo  planeta  gubernans  vitam  nati  dal  et  infert  et  bonum  vel 
malum  pro  sui  natura  (VI,  ch.  iv). 


492  CHAP.  XIV.    — •  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

comme  dans  la  dodécaétéride  zodiacale,  par  la  superposition 
des  chronocratories.  Dane  ces  conditions,  il  ne  pouvait  plus  être 
question  de  suivre  des  données  astronomiques  :  nos  astrologues 
n'en  ont  été  que  plus  à  l'aise  pour  fabriquer  l'étrange  mosaïque 
dont  nous  allons  tâcher  de  donner  une  idée. 

Nous  prendrons  pour  guide  principal,  faute  de  mieux,  Firmi- 
cus  *,  qui  avait  écrit  un  traité  spécial  sur  la  matière  ^  et  qui 
n'en  inspire  pas  pour  cela  plus  de  confiance,  car  on  le  surprend 
insérant,  au  beau  milieu  de  son  exposé,  un  fragment  détaché  du 
système  de  Manilius  ^. 

Le  coryphée  de  la  chronocratorie  planétaire  aurait  dû  être,  ce 
semble,  la  planète  qui  a  mesuré  la  longueur  de  la  vie,  la  planète 
«  œcodespote  de  la  géniture  »  ;  mais  «  les  Grecs  »  en  ont  décidé 
autrement.  Le  chronocrator  initial,  celui  qui  met  en  branle  la 
roue  du  Destin,  est  le  Soleil  dans  les  génitures  diurnes,  la  Lune 
dans  les  génitures  nocturnes  *.  Ce  chronocrator  initial  garde 
l'hégémonie  durant  10  ans  et  9  mois,  autrement  dit,  129  mois. 

1.  De  temporum  domino  (Firiu.,  II,  26  Kroll).  —  De  distribuLione  temporum 
(II,  27).  —  De  anni  divisione  (II,  28).  —  De  annis  climactericis  (IV,  20).  — 
Temporis  divisio  chronocratori  débita  (VI,  33  Pruckner)  et  la  série  des  Décréta 
[Saturni,  Jovis,  etc.]  cum  temporum  dominus  fuerit  (VI,  34-40  Pr.). 

2.  In  singulari  libro  quem  de  domino  geniturae  et  chronocratore  ad  Marinum 
nostrum  scripsimus  (IV,  20,  2  Kroll).  II  répète  à  propos  des  chronocratories 
son  éternel  refrain  :  omnia  enim  quae  nobis  proveniunt  bona  vel  ynala  ista 
temporum  ratione  colligimus.  Fines  etiam  vitae  sic  invenientur  et  omnis 
geniturae  substantia  et  tolum  quod  stellarum  ordo  decreverit  (II,  27,  2).  Fir- 
micus  est,  en  astrologie,  la  terreur  de  qui  cherche  à  comprendre.  Comme 
entrée  de  jeu,  il  confond  le  chronocrator  avec  le  dominus  geniturae,  ou  plutôt 
il  est  impossible  de  savoir  comment  et  en  quoi  il  les  distingue,  en  face 
d'expressions  comme  celles-ci  :  quaerendus  dominus  geniturae,  ut  per  hoc 
inventa  vitae  spatio  et  a  chronocratore  divisa...  (IV,  20,  2)  —  an  temporum  et 
geniturae  dominum  benivolae  stellae...  respiciant  (IV,  20,  4)  —  si  temporum 
etiam  et  dominum  geniturae  viderint  (IV,  20,  5).  Il  flotte  évidemment  entre 
deux  systèmes  diflerents,  et,  pour  plus  de  sûreté,  les  suit  tous  les  deux.  Du 
reste,  il  lui  était  difficile  de  se  reconnaître  dans  la  logomachie  régnante.  Les 
partisans  de  Ptolémée  appelant  le  chronocrator  initial  àcpÉTTiî,  àœEtixôî  àa-d\^ 
(twv  ypôwdi^,  itûv,  etc.)  ou  oîxoSeaTtô-cTiî  -ufii;  àcpÉffEWî  (cf.  Salmas.,  pp.  266  sqq. 
279),  et  tout  le  monde  usant  à  tout  propos  de  ces  insupportables  synonymes 
à  tout  faire,  olxoSecnroTTiî  et  x-jpioî,  on  ne  sait  plus  où  placer  le  xpowxpixwp 
xxôoXixôî  (=ô  Ka6ô)»ov  oixoStffrÔTïiî)  et  les  chronocrators  v.vy.'kiy.oi,  [xsptxoî,  etc. 
(cf.  Salmas.,  p.  287). 

3.  Firmic,  II,  27,  3  Kroll.  Voy.  les  textes  cités  ci-dessus  (pp.  489,  6.  490,  2). 

4.  Chronacratorem  dixerunt  Graeci  temporum  domiîium,  sed  initium  tempo- 
rum in  diurnis  genituris  Sol  accipit  et  ceteris  dividit,  in  nacturnis  Lutta;  nec 
aliam  ratione  m^  admit  tas,  quia  haec  ab  omnibus  probatur  (Firmic,  II,  26,  1 
Kroll;  id.,  IV,  1,  8).  Firmicus  voudrait  supprimer  les  autres  systèmes. 


CHRONOCRATORIES    PLANÉTAIRES  493 

Pourquoi  129  mois?  Parce  que  c'est  la  somme  des  mois  qu'il  a  à 
répartir  entre  les  sept  planètes  %  — lui-même  compris, —  chacune 
recevant  un  nombre  de  mois  égal  au  nombre  d'années  qui  repré- 
sente la  durée  de  sa  «  période  propre  »  {lo'.a.  irepîoooi;),  lequel  nom- 
bre d'années  détermine  la  cote  des  années  (ou  mois,  ou  jours) 
de  vie  départies  par  elle  quand  elle  est  maîtresse  de  la  génilure  ^. 
Voilà  une  raison  admirable  et  de  nature  à  arrêter  dès  le  début 
sur  la  pente  des  objections  les  esprits  difficiles.  En  effet,  la 
somme  des  périodes  propres  (O  19  +  ((^  25  -f  I)  30  -f-  :^  12  -f- 
cf  15  -[-  9  8  +  ^  ^0)  donne  bien  129  :  c'est  comme  une  cotisa- 
tion des  corps  célestes  récupérée  en  honneurs,  chacun  prélevant 
sur  la  masse  la  somme  de  mois  qu'il  a  fournie,  mais  dans  un 
ordre  qui  n'a  rien  à  voir  avec  l'ordre  naturel  des  distances  ou 
l'ordre  des  sexes  ou  celui  des  sectes  {a.lpi<sziç) . 

Donc,  le  Soleil,  chronocrator  initial,  —  supposé  le  cas  d'une 
géniture  diurne,  —  garde  pour  lui  les  19  premiers  mois  à  titre  de 
chronocrator  particulier;  après  quoi,  sans  se  dessaisir  de  la  chro- 
nocratorie  générale  du  cycle  entier  (^^povoxpâxwp  xaôoXtxô;),  il 
cède  la  chronocratorie  particulière  à  la  planète  qui  vient  après 
lui  en  suivant  l'ordre  des  «  lieux  »  dans  le  thème  de  la  géniture  ^, 
et  la  chronocratorie  passe  ainsi  de  planète  en  planète  jusqu'à 
consommation  du  cycle  *.  Le  cycle  de  129  mois  écoulé,  le  Soleil 
abandonne  la  chronocratorie  générale  du  deuxième  cycle  à  la 
planète  qui  lui  avait  succédé  dans  la  première  répartition,  et 
cette  répartition  recommence  dans  le  même  ordre  à  partir  du 
nouveau  chronocrator  général.  De  cette  façon,  on  sait  toujours, 
étant    donné    le    nombre    de    mois  écoulé  depuis  la  naissance, 

1.  Les  Arabes  ajoutaient  comme  huitième  planète  la  Tête  (géniture  diurne) 
ou  la  Queue  (gén.  nocturne)  du  Dragon,  avec  une  période  {ferdaria  ou  fridaria) 
quelconque  :  3  ans,  par  exemple,  pour  la  Tête,  et  2  ans  pour  la  Queue,  années 
représentées  par  autant  de  mois. 

2.  Voy.  ci-dessus,  p.  410. 

3.  Sed  quicumque  decennium  sorlilus  fuerit,  licet  sit  totiiis  temporis  domintis, 
omnibus  lamen  stellis  totam  decennii  substantiam  dividit,  a  se  iîicipiens  el 
poslea  illis  tradens  qui  sunt  per  ordinem  positif  primo  iili  Iradens  de  his 
qui  sunt  in  ordinem  positi  quicumque  in  themate  secundus  fuerit  invenlus 
(Firmic,  II,  26,  4  Kroll).  L'ordre  est  le  même  que  celui  des  signes  du  Zodiaque  : 
ceux-ci  sont  remplacés  par  les  lieux  pour  qu'il  n'y  ait  pas  confusion  avec 
les  méthodes  zodiacales,  ici  rivales. 

4.  Les  expressions  techniques  sont,  pour  la  planète  qui  cède  :  ô  irapa- 
5i5oiiî  -  tradens;  pour  celle  qui  reçoit  :  ô  TrapaXaSciv  -  suscipiens  (ou 
sequens).  Cf.  Manil.,  III,  519  [traditque  sequentibus  astris;  id.,  542,  en  parlant 
des  signes).  On  dit  aussi  deputare,  déferre,  dividere  d'une  Tp&rt  ;accipere,(\e 
l'autre. 


494  CHAP.    XIV.  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

d'abord  dans  quel  cycle  (et,  par  conséquent,  sous  la  domination 
de  quel  chronocrator  général),  ensuite,  dans  quelle  partie  du 
cycle  (et,  par  conséquent,  sous  quel  chronocrator  particulier)  se 
trouve  le  consultant. 

Ces  deux  dominations  simultanées,  auxquelles  s'ajoute,  bro- 
chant sur  le  tout,  celle  du  chronocrator  perpétuel  (diurne  ou 
nocturnej  *,  sont  matière  à  inductions  variées;  d'autant  plus  que 
les  praticiens  experts  tenaient  compte  de  la  transmission  (irapà- 
Sofftç  -  TrapâXrnl^tç)  des  chronocratories,  chaque  planète  modifiant 
son  humeur  suivant  qu'elle  reçoit  son  lot  d'une  planète  sympa- 
thique ou  antipathique.  Soit,  par  exemple,  la  planète  Jupiter. 
D'abord,  Jupiter  a  autant  de  façons  d'agir  qu'il  y  a  de  cycles, 
suivant  qu'il  est  chronocrator  général  de  son  cycle  à  lui  ou  chro- 
nocrator particulier,  à  des  postes  différents,  dans  chacun  des 
autres  cycles.  Ensuite,  son  mode  d'action  est  modifié  suivant  qu'il 
succède,  soit  comme  chef  de  cycle,  soit  comme  subordonné,  à  telle 
ou  telle  autre  planète  ^.  Le  nombre  des  arrangements  possibles 
devient  vertigineux  si  l'on  considère  à  la  fois  non  plus  seulement  la 
planète  de  qui  le  chronocrator  reçoit  l'hégémonie,  mais  celle  à  qui 
il  doit  la  transmettre  ^  Firmicus  dénombre  patiemment  les  pro- 
nostics à  tirer  de  chaque  planète  considérée  comme  chronocrator 
général  et  comme- chronocrator  particulier.  On  entend  de  nou- 
veau les  fastidieuses  recommandations  dont  l'astrologue  le  plus 
novice  devait  être  saturé  *,  surtout  quand  il  s'agit  de  la  maîtresse 

1.  C'est  à  ce  chronocrator  perpétuel  que  les  astrologues  auraient  dû  réser- 
ver le  titre  de  xa6o>iix6;,  xaô'  SXov,  donné  au  chef  de  cycle.  La  qualité  diurne 
ou  nocturne  d'une  géniture  influe  sur  tous  les  pronostics  {quod  quale  sit  et 
tibi  proficiat  in  libris  posterioribus  explicamus.  Firni.  iV,  1,  8  Kroll),  parce 
que  les  planètes  portent  toujours  leur  action  sympathique  du  côté  de  leur 
aïpEcrtî.  Mais  les  astrologues  occupés  de  xaxapxai  n'ont  pas  poussé  l'analyse 
jusqu'à  personnifier  ratpsdiî  généthliaque  dans  un  des  deux  luminaires  con- 
sidéré comme  chronocrator  perpétuel.  Celui-ci  (Soleil  pour  les  génitures 
diurnes,  Lune  pour  les  nocturnes)  reste  sous-entendu  et  anonyme. 

2.  In  libris  apotelesmalum  dicemus...  quid  quaeque  Stella  suscipiens  lempus 
ab  alia  decernit  (Firm.  II,  27,2).  lia  tenu  sa  promesse  (VI,  33-40  Pruckner). 

3.  C'est  le  système  appliqué  aux  à-ir6p,ôotai  de  la  Lune,  pour  lesquelles 
on  considère  la  planète  que  la  Lune  quitte  et  celle  qu'elle  aborde  (ci-dessus, 
p.  246).  La  simple  transmission  de  planète  à  planète  donne  ici  49  combinai- 
sons (7  X  7)  :  la  double  en  donnerait  49  x  7  =  343. 

4.  Respice  itaque  quatenus  sit  in  genitura  positus,  et  an  diurna  sit  genitura, 
an  vero  noclurna,  et  an  geniturae  cardines  teneat  et  quid  ex  signi  natura  vel 
ex  loci  potestate  décernât...  et  an  sit  primis  an  in  secundis  cardinibus  con- 
stitutus,  an  vero  in  pigris  atque  dejectis  (Firm.,  Yl,  34-35  Pr.).  De  même  pour 
les  planètes  qui  «  reçoivent  »  leur  pouvoir  du  chronocrator  général  :  oi  Se 
'!tapa>ia6<>vTci;    4it'  aÛTOÛ    ffuyxptvÉaOuffav  olxetwî  f,  i>>)>OTpiwî    ffua^TQfiatiî^ôjxEvoi 


CHRONOCRATORIES    PLANÉTAIRES  495 

pièce,  le  chronocrator  général,  au  moment  où  il  est  en  même 
temps  chronocrator  particulier  de  la  première  division  de  son 
cycle.  C'est,  en  effet,  ce  moment  qu'il  choisit  pour  accomplir  les 
promesses  ou  menaces  attachées  à  sa  position  dans  le  thème  de 
géniture,  si  bien  que  l'on  peut  fixer  par  ce  moyen  l'échéance  pro- 
bable des  principaux  événements  prévus  par  la  méthode  géné- 
thliaque  *,  Il  y  a  là  un  raccord  supplémentaire,  et  des  plus  ingé- 
nieux, entre  la  généthlialogie  et  le  système  des  xaxapya!.  On  en 
peut  dire  autant  de  l'influence  plus  énergique  attribuée  à  la  pla- 
nète «  œcodespote  de  la  géniture  »,  soit  comme  chronocrator 
général,  soit  même  comme  chronocrator  particulier^. 

Ce  système  était  susceptible  de  toute  espèce  de  retouches  et 
variantes.  On  pouvait,  au  lieu  de  faire  partir  la  disiributio  tem- 
porum  du  Soleil  ou  de  la  Lune,  la  faire  partir  de  l'Horoscope  ;  ou 
faire  d'abord  la  part  du  Soleil  ou  de  la  Lune,  et  continuer  ensuite 
la  distribution  en  parlant  de  l'Horoscope.  On  pouvait  aussi,  au 
lieu  de  suivre  l'ordre  indiqué  par  les  positions  des  planètes  sur 
le  cercle  de  la  géniture,  suivre  un  ordre  prétendu  naturel,  dans 
lequel  les  deux  premières  parts  seraient  adjugées  aux  lumi- 
naires, en  raison  de  leur  dignité,  et  les  autres  aux  planètes  dans 
l'ordre  descendant,  qui  commence  par  Saturne.  Il  y  eut  aussi  des 
systèmes  concurrents  :  par  exemple,  celui  qui  consistait  à  sub- 
stituer au  cycle  de  129  mois  des  périodes  variables  d'années 
correspondant  à  Ttôîa  TiepîoSo;  de  chaque  planète,  et  à  subdiviser 
ces  périodes  en  parts  correspondant  également,  mais  en  mois  ou 
douzièmes  d'années,  à  l'îSta  irspioSoç  des  planètes  à  qui  ces  parts 
étaient  destinées.  Ainsi,  Mars  étant  supposé  chronocrator  général 
d'une  période,  celle-ci  sera  de  15  ans.  Dans  l'intérieur  de  cette 
période,  il  garde  pour  lui  13  mois  et  distribue  ensuite  19  mois  au 
Soleil,  8  mois  à  Vénus,  20  à  Mercure,  23  à  la  Lune,  et  ainsi  de 
suite  jusqu'à  consommation  des  quinze  années.  Ceux  qui  trou- 
vaient ces  périodes  trop  longues  les  réduisaient  au  quart,  ce  qui 

(Valens  ap.  Salmas.,  p.  281),  ce  qui  vise  la  sympathie  ou  antipathie  (ici,  de 
position)  de  prédécesseur  à  successeur.  Le  tout  sans  préjudice  des  adoucis- 
sements et  aggravations  provenant  de  la  collaboration  des  planètes  qui  ne 
sont  pas  actuellement  chronocrators. 

1.  Si  enim  in  genitura  pericula  ab  ipso  [Satuimo]  décréta  fuei'int,  tune  exse- 
quitur  quicquid  ante  deereverat...  Omnes  enim  stellae,  quicquid  in  genitura 
decreverint,  sive  illud  sit  prospei'um,  sive  malum,  cum  temporum  dominium 
nactae  fuerint  penitus  exsequentur  (Firm.  loc.  cit.). 

2.  Jupiter,  étant  chronocrator  général,  gloriam  ac  laetitias  pro  geniturae 
mensiira  deceimit,  praesertim  si  ipse  geniturae  dominus  fuerit  (Firm.,  ibid.). 
Le  sens  de  Faction  dépend  beaucoup  de  raipedi;  des  planètes  et  génitures. 


496  CHAP.    XIV.  —  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

leur  permettait  peut-être  d'arriver,  par  la  réduction  au  quart  des 
subdivisions  intérieures  ou  mois,  à  la  semaine  *. 

Avec  tous  ces  chiffres  irréguliers,  dont  aucun  n'est  un  multiple 
de  12,  il  ne  devait  pas  être  facile  d'arriver  à  définir  les  chrono- 
crators  des  jours  et  heures.  Du  reste,  pour  qui  appliquait  stricte- 
ment la  doctrine  généthlialogiqne,  il  n'y  avait  plus,  à  vrai  dire, 
de  jours  ou  nycthémères  naturels,  le  jour  commençant  pour  cha- 
cun à  l'heure  précise  de  sa  naissance.  Aussi  les  jours,  et  même 
les  heures,  pouvaient  se  trouver  découpés  en  fractions  appar- 
tenant à  des  planètes  différontes.  Il  est  question  d'un  système 
qui  fait  entrer  dans  chaque  période  ou  chronocratorie  générale 
—  variable  suivant  le  chronocrator  —  une  troisième  division 
(TptxT]  ÈTctStat'peatç)  adjugeant  à  chacune  des  sept  planètes  un  sep- 
tième du  douzième  de  la  durée  totale  de  la  période,  douzième 
qui  comprenait  des  mois,  des  jours,  des  heures  et  même  des 
minutes  ^  Firmicus,  lui,  livre  à  nos  méditations  un  arcane  dont 
il  a  emporté  la  clef.  «  Dans  quelque  signe  »,  dit-il  ^,  «  que  se 
«  trouve  l'année,  le  maître  de  ce  signe  reçoit  les  premiers  jours, 
«  et,  après  lui,  les  autres  suivant  la  position  de  chacun.  J'en- 
«  seignerai  même  combien  de  jours  obtient  chaque  planète  :  le 
«  Soleil  53,  la  Lune  71,  Saturne  85,  Jupiter  30,  Mars  36,  Vénus 


1.  Voy.  les  systèmes  extraits  de  Valens  par  Saumaise  (pp.  219-242,  278-282), 
qui,  au  lieu  de  distinguer,  confond  tout  et  croit  probablement  le  tout  en- 
semble compatible  avec  les  doctrines  de  Ptolémée.  II  confond  notamment  la 
durée  de  vie  allouée  par  les  planètes  (ci-dessus,  p.  410),  avec  les  chronocrato- 
ries  de  ces  mêmes  planètes  (Salmas.,  p.  253).  Qu'on  joigne  à  cela  l'obsession 
des  climatères,  et  l'on  comprendra  l'état  d'esprit  de  Saumaise  ou  d'un  lec- 
teur de  Saumaise.  Ce  tourbillonnement  continu  donne  le  vertige.  Du  reste, 
Saumaise  travaillait  vite.  Il  lui  arrive  (p.  224)  de  citer  Firmicus,  lib.  III, 
cap.  XXX,  au  lieu  de  II,  30,  parce  qu'il  a  regardé  à  la  hâte  le  texte  de  Pruck- 
ner  (p.  38),  et  que,  dans  Pruckner,  une  erreur  typographique  a  transformé  le 
titre  courant,  à  la  p.  39,  en  {libe?')  tertius  au  lieu  de  secundus.  Quelques 
erreurs  de  chiffres  ajoutent  à  la  difficulté  de  suivre  les  calculs  (v.  g.  de  166 
ôtez  52  X  3  supererunt  dies  quatuor,  etc.  [p.  115];  120  [p.  116]  au  lieu  de  220 
[p.  105]  ;  102  pour  182  dans  un  texte  de  Clément  [p.  640]  ;  280  [p.  635]  pour 
288  [p.  639]  ;  274  [p.  643]  pour  273  [p.  635]). 

2.  Je  laisse  ici  Saumaise  (p.  287)  en  tête  à  tête  avec  Valens,  et  n'ai  nulle 
envie  de  rechercher  comment  ces  septièmes,  poussés  jusqu'à  des  fractions 
d'heure,  peuvent  être  cependant  inégaux,  de  telle  sorte  que  le  Soleil,  par 
exemple,  divisant  sa  période  de  10  ans  9  mois,  garde  pour  lui  2  mois,  23  j.  22  h.  4', 
et  cède  à  Mercure  2  mois,  28  j.  8  h.  4',  à  la  Lune  3  mois,  8  j.  14  h.  4'.  La 
chronocratorie  générale  du  Soleil  étant  ici  de  19  ans,  dont  le  douzième  est 
19  mois,  le  1/7  de  19  mois  vaut  2  mois  de  (30  jours),  21  j.  et  environ  10  h. 

3.  Firmic,  II,  28  Kroll  =  II,  31  Pruckner.  J'ai  pris  les  chiffres  de  Pruckner,  dont 
la  somme  fait  365.  Ceux  de  Sittl  (II,  26)  donnent  355,  et  ceux  de  Kroll  361. 


CHRONOCRATORIES   PLANÉTAIRES  497 

«  33,  Mercure  57  ».  On  voit  bien  que,  dans  cette  combinaison 
baroque  des  chronocratories  zodiacales  avec  les  chronocratories 
planétaires,  la  somme  des  jours  donne  le  total  des  jours  de 
Tannée  solaire  (365  jours)  ou  de  l'année  lunaire  (355  jours).  Il 
s'agit  donc  d'une  chronocratorie  annuelle  :  mais  le  principe  de  la 
répartition  des  jours  entre  les  planètes  m'échappe.  C'est  une 
distribution  analogue,  mais  analogue  seulement,  à  celle  des  6'pta 
dans  les  360  degrés  du  Zodiaque.  Saumaise  a  trouvé  dans  Valens 
le  mot  de  l'énigme.  C'est  une  division  par  12,  deux  fois  répétée, 
de  r  toîa  Treotoooî  de  chaque  planète.  Ainsi  Saturne  ayant,  comme 
chronocrator  général  ou  cyclique,  —  dans  un  des  systèmes  énu- 
mérés  plus  haut,  —  30  années,  il  doit  avoir  comme  chronocrator 
particulier  30  mois,  comme  chronocrator  de  jours  le  douzième  de 
30  mois,  soit  75  jours.  Il  n'y  aurait  qu'à  continuer  la  division  par 
12  pour  avoir  des  chronocratories  de  durée  de  plus  en  plus 
petite  *.  Malheureusement,  les  quotients  ainsi  obtenus  ne  con- 
cordent ni  avec  les  chiffres  donnés  par  Firmicus,  ni  avec  ceux 
que  Valens  a  obtenus  par  une  autre  méthode  soi-disant  équiva- 
lente ^  Nous  pouvons  laisser  Saumaise  dans  l'embarras  et  nous 
évader  enfin  de  cette  géhenne  arithmétique  —  pour  tomber  dans 
une  autre,  que  recommande  au  moins  le  nom  de  Ptolémée. 

C'est  peut-être  l'ambition  d'expulser  de  la  science  ordonnée 
par  lui  ces  élucubrations  incohérentes  et  de  compléter  son  œuvre, 
eu  tenant  compte  de  toute  une  moitié  de  l'art  écartée  jusque-là 
de  son  astrologie  à  lui,  qui  a  décidé  Ptolémée  à  reprendre  la 
plume.  Sans  doute,  il  avait  compris  qu'il  y  avait,  au  fond  du 
système  des  xaxap/at,  un  principe  de  sens  commun  qui  prévau- 
drait à  la  longue  contre  le  postulat  initial  de  la  généthlialogie,  et 
il  n'a  pas  voulu  laisser  dire  qu'il  avait  sacrifié  aux  scrupules 
d'une  logique  étroite  une  maîtresse  branche  de  l'art,  suscep- 
tible d'être  rattachée  aux  spéculations  des  physiologistes  sur  les 

i.  C'est  ce  que  dit  ou  veut  dire  Valens  :  tàî  XsTCTOjjispstç  -fjjiépaî  xal  axa- 
Xayjitaiaî  (opa;  ir^à  tt.î  éxâaTO'j  ia-uspo;  TrspiôSou  tô  ôwSexaTOv  )va66v'tE<; 
EOp{axo[i£v  (ap.  Salmas.,  p.  233).  Des  jours  «  hachés  menu  »  et  des  heures 
dispensées  «  goutte  à  goutte  »  sont  des  fractions  à  dénominateur  quelconque. 

2.  Valens  (ap.  Salmas.,  p.  225)  multiplie  V  I8ta  TreoioSoî  par  2  et  ajoute  au 
produit  la  moitié  de  la  dite  période.  Ainsi,  pour  Saturne,  30  x  2  +  30/2  =  75. 
Seulement,  Valens  ajoute  encore  1/3  (30/3)  pour  arriver  à  85.  Pourquoi  ? 
Évidemment  pour  que  les  sept  chiffres  ainsi  obtenus  fassent  la  somme  de  365. 
Encore  Valens  et  Firmicus  ne  s'accordent-ils  pas  sur  ces  chiffres,  comme  le 
montre  le  tableau  comparatif  dressé  par  Saumaise  (p.  228) .  Qui  faut-il  corri- 
ger ?  Saumaise  ajoute  :  Quod  alii  quaerant.  Mihi  nunc  non  vacat  (p.  229). 
J'en  dis  volontiers  autant. 


498  CHAP.   XIV.  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQLES 

périodes  ou  étapes  de  la  vie  humaine.  Il  ébaucha  donc  à  son  tout* 
un  système  de  protectorats  successifs  exercé  par  les  astres  sur 
l'existence  individuelle. 

Suivant  son  habitude,  Ptolémée  cherche  à  mettre  d'accord  le 
bon  sens  et  la  tradition,  à  trier  les  associations  d'idées  et  à  rejeter 
celles  qui  sont  contradictoires.  Il  évite  autant  que  possible  d'em- 
ployer les  termes  de  «  chronocrator  »  et  «  chronocratorie  »  : 
l'esquisse  de  sa  méthode  est  intitulée  «  Répartition  des  temps  »  *. 

On  aime  à  se  figurer  le  créateur  de  l'astrologie  savante  en 
quête,  comme  Descartes,  d'un  premier  principe,  fondement  de 
la  certitude.  Ce  principe,  c'est  celui  qui  a  engendré  la  théorie  du 
microcosme  et  l'astrologie  tout  entière  :  l'idée  que  la  partie  res- 
semble au  tout,  que  l'ordonnance  de  la  vie  humaine  se  modèle 
sur  celle  des  planètes.  Mais  cette  ordonnance  suit-elle  la  série 
ascendante  ou  descendante  des  planètes  ?  Il  y  avait  là  matière 
à  réflexion,  et  la  réflexion  embrouillait  la  question.  Si  la  partie 
ressemble  au  tout,  l'homme  doit  surtout  ressembler  à  l'humanité, 
et  sa  vie  doit  avoir  les  mêmes  étapes.  Or,  une  vieille  tradition 
assurait  que  les  premiers  hommes  avaient  vécu  sous  le  règne  de 
Saturne.  Il  y  avait  même,  construit  sur  cette  donnée,  un  système 
extrêmement  ingénieux  et  qui,  comme  tel,  ne  peut  pas  avoir  été 
imaginé  par  Firmicus  ^.  Du  reste,  Firmicus  en  fait  une  partie 
d'une  sorte  de  cosmogonie  dans  laquelle  il  juxtapose  aux  divines 
révélations  de  Mercure  (Thot),  transmises  par  Esculape  et  Anu- 
bis,  la  doctrine  stoïcienne  de  l' oLizo-x-axiaxoLdiç,  et  il  y  a  chance 
pour  que  Posidonius  soit  l'auteur  de  l'abrégé  d'histoire  univer- 
selle dont  voici  le  canevas.  L'espèce  humaine,  représentée  par 
la  Lune,  s'est  mariée,  c'est-à-dire  associée  et  subordonnée,  à 
l'origine,  avec  Saturne,  «  auquel  elle  a  remis  l'hégémonie  du 
«  temps  »  ^.  Ce  fut  un  âge  de  barbarie  agreste,  sauvage,  inhu- 
maine, conforme  au  tempérament  de  la  planète.  La  Lune  porte 
ensuite  en  dot  à  Jupiter  la  chronocratorie,  signalée  par  un  pro- 
grès considérable  de  la  civilisation  et  de  la  morale.  Puis  vient  la 
chronocratorie  de  Mars,  qui  n'est  pas  l'âge  de  fer  au  sens  où 


1.  Ilepl  xp<5vo)v  SiaipéffEwç  {Tetrab.,  IV,  9,  pp.  821-824  Junctinus, 
avec  commentaire,  pp.  827-856).  Cf.  Anon.,  pp.  176-180.  Sur  l'authenticité 
problématique  de  ce  chapitre  additionnel,  voy.  ci-dessus,  p.  456,  6. 

2.  Firmic,  III,  1,  11-15  Kroll.  Cf.  ci-dessus,  p.  187,  1. 

3.  Firmicus  traduit  xpovoxpaTopfotv  par  temporum  principatum,  potestatem, 
dominandi  tempus  ou  tempus  tout  court,  usant  d'ailleurs  des  termes  techniques 
traders,  accipere.  L'auteur  du  système  répudie  la  légende  de  1'  «  âge  d'or  »  ; 
c'est  la  marque  scientifique  de  Posidonius. 


LES    ÉTAPES    DE    l'kXISTENCE  499 

l'entend  la  légende,  mais  l'âge  de  l'industrie.  Le  règne  de  Vénus 
marque  l'étape  la  plus  heureuse  de  l'histoire,  celle  où  la  culture 
de  l'intelligence  a  été  un  élément  de  concorde  et  de  bonheur. 
Avec  Mercure  commence  la  période  qui  dure  encore,  celle  où 
l'espèce  humaine,  «  pleine  de  malice  »,  tourne  en  machinations 
déloyales  ses  facultés  inventives  *. 

A  cette  histoire  de  l'humanité  les  platoniciens  pouvaient  ajouter 
l'histoire  de  l'âme  qui,  descendant  du  ciel  des  fixes,  traverse 
successivement,  et  dans  le  même  ordre,  les  sphères  planétaires, 
leur  empruntant  ses  facultés  et  les  éléments  par  lesquels  elle  se 
soude  au  corps.  La  conclusion  était  la  même,  et  cette  conclusion 
était  corroborée  encore  par  l'idée  mythologico-astrologique  que 
Saturne,  le  «  père  Saturne  »,  était  le  dispensateur  de  la  semence, 
la  cause  première  de  la  génération. 

Mais,  d'autre  part,  il  n'était  pas  malaisé  de  trouver  dans 
l'énorme  fouillis  d'associations  d'idées  utilisées  en  astrologie  les 
éléments  d'une  théorie  inverse,  aussi  philosophique  et  plus 
«  physique  ».  La  génération  était  associée  par  les  physiciens  à 
l'idée  d'humidité,  les  semences  étant  liquides  et  suppléées,  dans 
le  cas  de  génération  spontanée,  par  la  pourriture  humide,  celle- 
ci  provoquée  surtout  par  l'influence  de  la  Lune.  Il  suffît  de  ren- 
voyer ici  au  consentement  universel  qui  avait  fait  de  la  Lune 


1.  Le  système  est,  par  surcroît,  rattaché  au  système  —  naturel,  comme  on 
sait  —  des  olxot,  et  donne  l'échelle  complète  des  aspects  entre  la  maison  de 
la  Lune  (^)  et  l'une  des  maisons  des  planètes  associées  :  aspect  diamétral 
avec  i),  tripone  avec  ^,  quadrat  avec  J*,  sextil  avec  ?J,  aspects  classés  par 
ordre  (décroissant  aussi)  de  longueurs  d'arc.  Vraiment,  quid  subtilius?  Je  ne 
ne  veux  pas  ouvrir  ici  une  nouvelle  et  interminable  carrière  à  la  poursuite 
des  spéculations  sur  l'origine  et  la  destinée  du  monde,  à  répartir  entre  les 
astrologues,  les  haruspices  et  les  théologiens  orientaux,  ou  sur  les  cycles 
intégrés  dans  une  «  grande  année  »  quelconque.  Les  cycles  réglés  par  les 
nombres  7  et  12  portent  l'empreinte  astrologique,  originelle  ou  ajoutée  après 
coup.  Tel  le  système,  prétendu  toscan,  des  12,000  ans  répartis  entre  les  douze 
maisons  astrales  {Hist.  de  la  Divin.,  IV,  p.  98),  système  qui  se  retrouve  dans 
la  cosmogonie  mazdéenne  de  YOulama-i  Islam  (E.  Blochet,  in  Rev.  Hist. 
Relig.,  XXXVII  [1898],  pp.  40  sqq.).  Chaque  millénaire  est  régi  par  un  signe  du 
Zodiaque  :  Gayomarth  naît  sous  le  Taureau;  Adam  et  Eve  sous  le  Cancer 
(qui  est  aussi,  dans  le  Ihema  mundi,  l'horoscope  du  monde),  etc.  On  aurait  plus 
tôt  fait  de  chercher  où  n'a  pas  pénétré  la  monomanie  astrologique.  Au 
XIII*  siècle,  Joachim  de  Flore  enseignait  que  le  monde  avait  vécu  sous  la  loi 
du  Père,  puis  sous  celle  du  Fils,  en  attendant  celle  du  S.  Esprit,  durant  des 
périodes  divisées  en  raison  septénaire  ;  ces  révélations  successives  étant  entre 
elles  comme  la  lumière  des  Étoiles,  du  Soleil  et  de  la  Lune.  Avec  ou  sans 
emprunt,  ces  idées  repoussent  d'elles-mêmes  dans  les  cerveaux  mystiques. 


300  CHAP.   XIV.    —   INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

l'éternel  féminin,  l'ouvrière  par  excellence  de  la  génération, 
d'autant  plus  active  qu'elle  est  plus  rapprochée  de  la  Terre  et  en 
communion  plus  intime  avec  elle.  La  série  platonicienne  des 
étapes  descendantes  de  l'âme  pouvait  être  utilisée  —  elle  l'a 
été  —  pour  régler  les  phases  de  la  vie  intra-utérine;  mais  le 
platonisme  lui-même  traçait  à  la  vie  consciente  une  marche 
inverse.  Le  but  de  la  vie  est  de  rouvrir  à  l'âme  le  chemin  des 
hautes  régions;  elle  s'y  élève  d'abord  par  le  désir,  en  attendant 
sa  délivrance,  et,  dans  cet  élan  de  volonté  intelligente,  elle  en- 
traîne pour  ainsi  dire  le  corps  avec  elle.  Les  stoïciens,  héritiers 
de  la  physique  d'Heraclite,  disaient  que  l'âme  se  sèche  de  plus 
en  plus  et  redevient  de  plus  en  plus  ignée,  de  plus  en  plus  intel- 
ligente. Aussi  les  étapes  de  la  vie  se  succèdent-elles  dans  l'ordre 
ascendant  des  planètes  :  la  Lune  humide,  l'âge  des  langes,  de 
l'allaitement,  des  bouillies  \  au  plus  bas;  la  vieillesse,  froide  et 
sèche,  avec  Saturne,  au  haut  de  l'échelle. 

On  trouve  toujours  Ptolémée  du  côté  de  la  «  physique  ».  Il 
commence  donc  sa  série  par  la  Lune  et  finit  par  Saturne.  Mais 
comment  mesurer  les  périodes  intercalées?  Les  physiologistes, 
arithméticiens  et  pythagorisants  de  toute  sorte,  tenaient  pour 
des  périodes  septénaires  ou  novénaires,  périodes  égales  ou  iné- 
gales, séparées  par  des  «  années  critiques»,  dont  les  astrologues 
avaient  fait  ou  allaient  faire  des  «  climatères  »  irrégulièrement 
et  même  capricieusement  semés  le  long  de  la  route  ^  Ptolémée, 
guidé  par  un  égal  souci  de  suivre  la  «  nature  »  et  de  raccorder 
ses  chronocratories  avec  les  méthodes  généthlialogiques  ^,  se 
décide  pour  les  cotes  qui  sont  censées  représenter  les  «  périodes 
propres  »  des  planètes.  Seulement,  la  somme  de  ces  périodes 
allait  à  129  ans*,  et  on  ne  pouvait  pas  décemment  prolonger  la 
première  enfance  jusqu'à  vingt-cinq  ans  révolus  ou  faire  com- 
mencer la  vieillesse  à  quatre-vingt-dix-neuf  ans.  Il  fallait  pra- 

\.  Ptolémée  le  dit  :  il  allègue  tô  TîôvTpocptÔv  sTcÎTtav  uSatûSsç  (p.  822  J.). 

2.  Sur  les  hebdomades  soloniennes,  hippocratiques,  platoniciennes  ou  pytha- 
goriciennes, etc.,  rudiments  d'astrologie  inconsciente,  voy.  ci-dessus,  pp.  287. 
324-325.  477,  2,  et  ci-après,  pp.  509,  528,  et  les  innombrables  répétitions  éparses 
dans  les  textes  de  Cicéron  et  de  son  commentateur  Macrobe,  de  Philon,  de 
Censorinus,  de  Théon  de  Smyrne,  de  Servius,  de  Proclus  et  tutti  quanti. 

3.  Il  dit  qu'ayant  examiné  jusque-là,  en  gros  et  en  détail,  les  règles  de  la 
généthlialogie,  Xot-rcôv  àv  ec-ri  -KpoaôeTvat  xa-ràtôv  aijx6v  -rpôirov  oaa  xclI  Ttepî 
tàç  Tôiv  /pdvwv  6taipsa£i<;  6»e£Xêi  SfEupTiSf^vat,  cpuatxwç  >tat  dtxoXoûôw;  Tat;  èzl 
[lEpou;  ÈxTeOejAsvïtî  xpayjjLaxeiatî  (p.  821  Junct.).  Même  méthode,  et  toujours 
aussi  «  naturelle  »  (tpuffixw;)! 

4.  Sur  les  cotes  périodiques  et  leur  somme  de  129,  cf.  ci-dessus,  pp.  410,  493. 


LES    SEPT    AGES    d'aPRÈS    PTOLÉMÉE  501 

tiquer  des  retranchements  et  trouver  pour  cela  des  raisons 
d'apparence  raisonnable.  Ptolémée,  toujours  prudent,  donne  ses 
motifs  quand  il  en  a  et  laisse  à  ses  disciples  le  soin  de  chercher 
les  autres. 

Du  premier  coup,  la  période  de  la  Lune  ou  première  enfance 
Opécpoç)  est  réduite  à  quatre  ans.  Pourquoi?  Sans  doute  parce 
que  la  Lune  a  quatre  phases,  ou  parce  que  ces  phases  reviennent 
à  peu  près  tous  les  quatre  ans  (tétraétéride  ou  pentaétéride  luni- 
solaire)  aux  mêmes  points  du  Zodiaque  *. 

L'enfance  proprement  dite,  l'âge  de  l'éducation  (TratSeta),  est 
dominée  par  Mercure,  que  la  nature  a  placé  là  fort  à  point,  mais 
dont  la  cote  est  ramenée  de  20  ans  à  10.  La  raison,  diront  les 
commentateurs,  c'est  que,  étant  de  nature  double,  il  n'agit  jamais 
que  par  une  moitié;  ou  encore  que,  étant  mixte,  c'est-à-dire 
moyen,  son  influence  est  représentée  par  le  juste  milieu  ^ 

Arrivé  à  l'âge  de  quatorze  ans,  l'adolescent  (p.eipàxtov)  reste  pen- 
dant 8  ans  sous  la  domination  de  Vénus,  qui  garde  sa  cote  entière. 

A  vingt-deux  ans  commence  la  jeunesse  proprement  dite  (vio<;), 
qui  dure  19  ans,  sous  la  chronocratorie  entière  du  Soleil. 

Les  barbons  de  quarante-un  ans  entrent  dans  l'âge  de  la  virilité 
(àvr^p)  et  sous  la  domination  de  Mars,  qui  garde  aussi  ses  15  ans 
d'hégémonie. 

Avec  Jupiter  s'ouvre  à  cinquante-six  ans  et  dure  12  ans  la 
période  de  repos  et  d'honneurs  qu'on  appelle  1'  «  ancienneté  » 

(TrpîdêuxtîtT)  i^iXtxta). 

Enfin,  à  soixante-huit  ans  arrive  la  vieillesse  (YepovxixYj  :?iXixta), 
sous  le  patronage  de  Saturne,  qui  conduit  le  vieillard  au  terme 
de  sa  vie.  Ptolémée  ne  veut  ni  fixer  un  maximum  à  la  durée  de 
la  vie  humaine,  ni  faire  retomber  le  vieillard  en  enfance  en 
supposant  qu'un  nouveau  cycle  septénaire  recommence  avec  la 
Lune  à  quatre-vingt-dix-huit  ans,  au  terme  naturel  de  l'hégé- 
monie saturnienne  ^. 

1.  'H  Y^P  TÛvoSo;  xal  tj  -itavuéXTivoç  iv  x^  aûxfi  [xofpa  au[x67\ffôxai  5ià  -ejaapwv 
èviayxwv  (Anon.,  p.  166).  La  période  quadriennale  n'arrive  pas  à  l'exactitude 
mathématique  que  lui  prête  le  scoliaste,  ni  même  l'octaétéride. 

2.  Aià  xô  ôtcpuèç  aùxoû  %ctl  [X£[X£pia(i£vov  (Anon.,  ibid.).  —  videlicet  dimidios 
annos  minoris  suae  periodi;  medietas  enim  ejus  est  (Hermès,  De  Revol.  nativ., 
p.  215  Wolf). 

3.  La  logique  l'exigeait  pourtant,  et  d'autres  y  ont  obéi.  Quidam  vero  dixerunl 
quod  Saturnus  septimam  aetatem  (fubernet  per  annos  tnginta,  quos  si  natus 
transierit,  Herum  gubernalur  a  Luna  —  deinde  a  Mei'curio,  et  ordinatim,  sicut 
praediximus,  ab  aliis  gubematur  planelis  (Hermès,  De  Revol.  nativit.,  p.  216 
Wolf).  L'honnête  astrologue  se  croit  obligé  d'avertir  que  cette  vie  recom- 


502  CHAP.   XIV.  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

Évidemment,  Ptolémée  a  fait  de  son  mieux,  et  les  âmes  can- 
dides trouvaient  ici  l'occasion  d'admirer  une  fois  de  plus  la 
parenté  de  l'homme  avec  l'Univers.  Il  n'y  a  pas  de  mal  à  ce  que 
l'homme  se  croie  émancipé  de  Vénus  dès  l'âge  de  vingt-deux  ans, 
tout  en  restant  jeune  jusqu'à  quarante-un  ans.  Quant  à  faire 
trôner  Mars  entre  quarante-un  et  cinquante-six  ans,  précisément 
à  l'âge  où  cessait  le  service  actif  dans  la  milice,  cela  s'entendait 
sans  doute  des  généraux,  de  ceux  qui  avaient  dépassé  l'âge 
d'Achille,  d'Alexandre  et  de  Pyrrhus.  Ptolémée,  obligé  de  com- 
poser avec  les  conséquences  ineptes  des  principes  qu'il  admet, 
se  garde  de  soulever  lui-même  les  objections.  Ce  n'est  là,  du 
reste,  que  la  préface  du  système;  au-delà  commencent  les  cal- 
culs astrologiques  proprement  dits. 

Comme  il  tient  à  souder  étroitement  ses  chronocratories  à  la 
généthlialogie,  Ptolémée  retourne  à  sa  méthode  des  roulettes 
aphétiques,  celle  qu'il  a  employée  pour  le  calcul  de  la  durée  de 
la  vie  et  qu'il  applique  maintenant,  comme  il  aurait  pu  le  faire 
au  bout  de  chacun  de  ses  chapitres,  aux  divers  aspects  de  l'exis- 
tence. Ces  aspects  ou  carrières  parallèles  et  simultanées,  mais 
distinctes,  de  la  vie,  il  les  réduit  à  cinq,  pourvus  chacun  d'un  point 
de  départ  (atpeaiç)  et  d'un  lanceur  (àcpéTï);)  différent  ^  à  savoir  : 

1°  L'Horoscope,  pour  tout  ce  qui  concerne  le  corps  (xà  aa)(iaTtxâ), 
la  vie  physique,  y  compris  les  «  voyages  »  ; 

2°  Le  Sort  de  la  Fortune,  pour  les  possessions  et  acquisitions  ; 

3°  La  Lune,  conformément  aux  doctrines  de  l'auteur,  pour  les 
«  passions  de  l'âme  »  et  les  associations  conjugales  ((Tufxêtwdet;)  ; 

mencée  n'est  plus  qu'un  décalque  affaibli  de  l'autre.  Non  enim  lactabitur, 
neque  lacté  nutrietur.  Aurait-il  songé,  par  hasard,  à  la  déesse  africaine  Nutrix 
Saiurni  [C.  I.  L.,  VIIT,  8245-8247)?  Les  haruspices  avaient  médité  sur  le  même 
problème  et  l'avaient  résolu  autrement.  Pour  eux,  le  vieillard  qui  dépasse 
12  septénaires  (84  ans)  ne  compte  plus  ;  il  perd  l'esprit  et  les  dieux  ne  s'oc- 
cupent plus  de  lui  (Censorin.,  14, 6  :  cf.  ci-dessus,  p.  403,  2).  Autre  solution  dans 
le  Guide  coréen  (cf.  ci-dessus,  p.  489,  6).  Un  cycle  de  54  ans  (6  x  9),  commencé 
à  l'âge  de  dix  ans,  est  clos  à  soixante-quatre  ans  révolus  et  recommence  à 
soixante-cinq  ans.  «  A  soixante-cinq  ans,  l'influence  des  étoiles  est  la  même 
qu'à  onze  ans...  On  peut  ainsi  aller  jusqu'à  cent  ans  »  {Guide,  p.  91).  Et  il  y  a 
des  séries  distinctes  pour  les  deux  sexes  ! 

1.  L'dtfpérriî  est  la  planète  qui  se  trouve  réellement  (iju(jLaTixwî  -xatà  sufi-irapou- 
fftav)  ou  par  aspect  {avttyT^inx-tia^eit;  -xaxà  dticTÎva)  sur  le  lieu  aphétique  ;  à  son 
défaut,  la  première  qui  se  trouve,  dans  les  mêmes  conditions,  en  avant  de  ce 
lieu  (Ttj)  "z^y  ïfyia-za.  icporiyrioiv  èTzika.&ôwzi).  On  lui  donne  encore  un  second  ou 
collaborateur  dans  la  planète  propriétaire  des  opta  où  se  trouve  le  lieu  aphé- 
tique :  AstÎTCpov  Se  dcpéxTiv  ical  waitEp  (Tuvotito5e(nroTo0vTa  XT|i^<5|j.c0a  twv  ôptwv  tov 
xûpiov  à<p'  (î)v  ipjjexat  ô  xiipioç  (Anon.,  p.  167). 


LES    CINQ    ASPECTS    DE    l'eXISTENCE  503 

4"  Le  Soleil,  pour  ce  qui  concerne  les  dignités  et  la  réputation  ; 

5»  Le  MC.  pour  tout  le  reste  :  actions,  amitiés,  progéniture,  etc.  '. 

Cette  classification  n'était  pas  d'une  clarté  à  décourager  les 
amateurs  de  variantes^.  Mais  l'esprit  du  système  n'est  pas  dans 
la  classification.  L'idée  originale  et  dirigeante,  c'est  que  ces  cinq 
espèces  de  dominations  se  prolongent  parallèlement  et  agissent 
simultanément.  On  s'explique  ainsi  qu'un  homme  puisse  être  à 
la  fois  heureux  et  malheureux,  affligé  de  la  perte  d'un  parent  et 
joyeux  d'hériter,  malade  et  comblé  d'honneurs.  Dans  chacune 
des  cinq  séries,  il  est  possible  de  déterminer  les  événements  à 
venir  et  leurs  échéances  par  la  «  rencontre  »  des  diverses  pla- 
nètes (ÔTravTTÎTopsç)  échelonnées  réellement  ou  par  aspect  sur  le 
parcours  qui  commence  au  point  occupé  par  ràcpé-nfjç  ou  ^povoxpâ- 
Twp  xaOoXixô;  et  va,  dans  le  sens  des  signes,  jusqu'à  une  distance 
préalablement  fixée  par  le  calcul  de  la  durée  de  la  vie.  La  nature 
de  ces  planètes  indique  la  nature  du  pronostic  et  l'échéance  est 
notée  par  la  distance  de  l'ÔTtavtTÎxwp  à  l'àcpÉxTriç,  distance  mesurée 
sur  le  Zodiaque  en  degrés  d'ascension  droite  (àvatpopott)  et  con- 
vertie en  années,  à  raison  d'une  année  par  degré.  Il  est  entendu 
que  les  échéances  ainsi  calculées  et  les  pronostics  eux-mêmes 
doivent  être  subordonnés  aux  lois  générales  imposées  par  l'âge, 
le  climat  ou  la  nationalité.  Si  on  trouve  une  échéance  de  mariage 
(YajjLtxàv  aj^T,(jLa)  s'adressant  à  un  enfant  de  quatre  ans,  on  dira 
tout  au  plus  qu'il  doit  se  marier  de  bonne  heure  ;  et  si  le  pro- 
nostic «  naissance  d'enfant  »  échoit  à  un  nonagénaire,  on  pen- 
sera qu'il  s'agit  non  pas  d'un  fils,  mais  d'un  petit-fils  ou  autre 
descendant,  car  «  le  général  meut  et  modifie  le  particulier  »  ^. 

1 .  Ptolémée  entasse  ici  tàç  Xoiitàî  xal  xaxà  [t-épo^  xoû   pfou  SiaYwyii;. 

2.  Voy.  les  classifications  tantôt  conformes,  ou  à  peu  près,  tantôt  diver- 
gentes, extraites  de  Valens  et  autres  par  Saumaise  (pp.  120-126),  qui  mélange 
et  brasse  tous  les  textes  pour  y  retrouver  ses  «  climatères  »  et  des  bévues 
imputables  à  Scaliger.  La  tare  du  système  de  Ptolémée,  c'est  que  l'intelli- 
gence n'est  pas  représentée  (il  faudrait  Mercure,  comme  sixième  àçltiriî, 
objection  que  Cardan,  p.  500,  prévoit  mieux  qu'il  ne  la  réfute),  et  surtout 
que  les  «J/ux^xa  sont  dévolus  à.  la  Lune,  maintes  fois  déclarée  auteur  et  gou- 
vernante de  la  vie  physique.  Cf.  ci-après,  p.  521, 1. 

3.  Tô  yip  xaOdXou  xiveîxô  [lepixàv  xal  (xexaTpéTOi  (Anon.,  p.  166).  —  Les  astro- 
logues se  préoccupent  beaucoup  d'éviter  les  méprises  ridicules  en  se  rensei- 
gnant d'abord  auprès  du  client.  Ptolémée  ne  parle  ici  que  de  la  nationalité  : 
on  ne  doit  pas  dire  à  un  Italien  qu'il  épousera  sa  sœur,  comme  un  Égyptien,  ou 
sa  mère,  comme  un  Perse.  D'autres  détaillent  davantage.  Voy.  le  chapitre  De 
his  quae  oportet  praescire  astrologum  (Hermès,  Revol.  nativ.,  I,  9,  pp.  216-217 
Wolf).  L'astrologue  doit  connaître  l'âge,  le  rang,  les  qualités  (notamment  le 
sexe)  et  la  fortune  du  client.  Sans  cela,  il  peut  se  tromper  en  appliquant  mal 


504  CHAP.   XIV.  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

Reste  à  répartir,  dans  l'intérieur  de  chaque  parcours  aphélique, 
les  années,  mois  et  jours  (Ptolémée  nous  fait  grâce  des  heures), 
entre  des  chronocrators  annuels,  mensuels,  diurnes.  Ceux-ci  sont 
bien  des  chronocrators,  mais  non  plus  des  àtokoLi  comme  les  chro- 
nocrators généraux  ou  universels  *.  Par  bonheur,  Ptolémée  a  su 
trouver  une  règle  unique  pour  les  trois  calculs,  et  il  suffit  pour 
l'appliquer  de  deux  données  :  le  lieu  aphétique  marqué  sur  le 
thème  de  géniture  et  l'âge  actuel  du  consultant.  S'agit-il  de 
déterminer  le  chronocrator  de  l'année  présente?  Il  n'y  a  qu'à 
prendre  le  nombre  d'années  écoulées  depuis  la  naissance  du 
client  et  â  le  reporter  sur  le  Zodiaque  à  partir  du  lieu  aphétique, 
dans  le  sens  des  signes  et  h  raison  de  30  années  ou  degrés  par 
signe.  Là  où  s'épuise  le  nombre,  là  est  le  chronocrator  ou  œco- 
despote  de  l'année,  c'est-à-dire  la  planète  qui  possède  à  cet 
endroit  un  de  ses  domaines  ou  qui  y  est  représentée  par  un 
aspect.  C'était  aux  praticiens  à  faire  la  balance  des  titres  :  à  voir 
s'ils  préféraient  tel  genre  de  propriété  à  tel  autre  ;  s'ils  se  con- 
tentaient de  fiefs  qui  occupent  un  signe  tout  entier,  comme  le 
domicile,  l'hypsoma,  le  trigone,  ou  préféraient  pousser  l'estima- 
tion jusqu'au  degré  précis,  par  la  considération  des  opta  ou  des 
aspects. 

Le  chronocrator  mensuel,  lieutenant  du  chronocrator  annuel, 
se  détermine  d'après  la  position  occupée  par  celui-ci,  position 
qui  sert  de  point  de  départ.  De  ce  point,  compter  sur  le  Zodiaque 
un  nombre  de  degrés  égal  au  nombre  de  mois  écoulés  depuis  la 


une  interprétation  vraie  :  disant,  par  exemple,  qu'un  individu  a  été  blessé  ou  a 
trouvé  un  trésor,  quand  il  a  été  simplement  saigné  ou  a  reçu  un  dépôt  (Cen- 
tiloq.,  39).  On  n'en  perfectionnait  pas  moins  l'art  de  justifier  les  bévues  com- 
mises. A-t-on  annoncé  à  un  orphelin  qu'il  perdra  ses  parents  ?  Le  présage  est  : 
morientur  aliqui  senes  in  domo  sua;  à  un  eunuque,  qu'il  aura  des  enfants? 
sed  facit  aliquando  filium  adoptivum  ;  de  même,  un  célibataire  idem  habebit 
sine  nuptiis,  in  aliquam  concubinam.  Un  pauvre  hère  sans  le  sou  à  qui  il  est 
dit  qu'il  «  accroîtra  le  patrimoine  »  doit  comprendre  qu'il  accroîtra  celui  d'un 
autre.  Si  l'individu  pour  qui  on  consulte  était  mort  (piège  tendu  à  l'astro- 
logue), les  pronostics  portés  s'appliqueraient  aux  survivants  de  sa  famille.  Un 
glossateur  facétieux  a  écrit  ici  :  caeco  visus  eripi  non  polesl  ! 

2.  Comme  Ptolémée  emploie  le  moins  possible  le  mot  jrpovoupdxwp,  remplacé 
par  dttpéTT,^  pour  les  chronocrators  généraux,  on  voit  reparaître,  pour  tous 
les  chronocrators  particuliers,  le  titre  banal  et  sempiternel  de  olxoSsffirÔTTiî 
ou  xûpioî  ou  £T:t>ipaTT>Twp  (IvtauTioî-jjiTivtaîoi;,  i^\izoî\<s\.oz).  Enfin,  on  ne  peut  même 
pas  réserver  le  titre  de  ypovovtpdÎTwp  xaôoîaxôç  à  ràtpsTTiç  tout  seul.  Il  y  a,  dans 
chacune  des  cinq  séries,  paraît-il,  xaOoXixol  j^povoxpixopeî  xpEÎç  •  ô  i'f  éttiî,  xal 
b  6it3tvTT,i:wo,  xal  ô  ôptoxoixwp  (Anon.,  p.  173).  Voy.  là-dessus  Salmas., 
pp.  298  sqq. 


DISTRIBUTION    DES    CHRONOCRATORIES  505 

naissance,  toujours  dans  le  sens  des  signes  et  à  raison  de  30°  par 
signe  '  :  là  où  s'épuise  le  nombre,  là  est  le  chronocrator  du  mois 
actuellement  en  cours. 

Pour  les  jours,  même  calcul  :  à  partir  du  point  occupé  par  le 
chronocrator  mensuel,  compter  autant  de  degrés  que  de  jours 
écoulés  depuis  la  naissance  ;  mais,  cette  fois,  à  raison  de  2°  1/2 
par  signe,  de  façon  que  les  30  jours  du  mois  fassent  un  tour 
complet  du  cercle.  Sans  aucun  doute,  la  répartition  du  nombre 
d'heures,  à  raison  de  2  par  signe  (24  •»  par  tour  du  cercle),  don- 
nerait de  la  même  manière  les  chronocrators  horaires. 

En  résumé,  chaque  jour  de  l'existence  est  régi  par  une  planète 
spéciale,  subordonnée  à  une  planète  mensuelle,  qui  l'est  à  la 
planète  annuelle,  laquelle  dépend  du  chronocrator  général,  et 
cela  en  cinq  séries  différentes.  On  a  donc  une  échelle  bariolée 
d'opportunités  dans  laquelle  l'astrologue  peut  chercher  à  volonté 
ou  bien  l'échéance  fatale  des  événements  prévus  par  le  thème  de 
géniture,  ou  bien  l'opportunité  de  l'initiative  pour  un  acte  parti- 
culier. Ce  singulier  mélange  de  fatalisme  et  de  foi  en  la  liberté 
se  trouvait  tout  fait  dans  le  cerveau  des  stoïciens,  qui  trouvaient 
là  une  excellente  occasion  de  pratiquer  la  vertu,  c'est-à-dire 
d'aller  de  leur  propre  initiative  au  devant  d'une  échéance  qu'ils 
estimaient  fatale  ^ 

Un  raffinement  de  l'art,  qui  pourrait  bien  être  de  l'invention  de 
Ptolémée,  car  il  suppose  des  préoccupations  d'astronome,  gradue 
l'intensité  de  l'action  des  planètes,  et  par  conséquent  le  caractère 
plus  ou  moins  pressant  de  l'échéance  ou  de  l'opportunité,  d'après 

1.  11  y  a  ici  une  grosse  querelle  entre  astrologues.  Le  texte  de  Ptolémée 
porte  28  jours  (tifiépaî  xr{},  mois  lunaire  sidéral.  Cardan  (p.  503)  corrige  ce 
qu'il  appelle  une  glose  et  met  30  jours,  sans  quoi  Ptolémée,  qui  compte  plus 
loin  2"  1/2  (c'est-à-dire  2  j.  1/2)  par  signe,  se  contredirait.  Saumaise  (p.  294) 
accuse. Cardan  de  n'avoir  pas  compris  le  fin  du  système;  avec  des  mois  de 
28  jours,  chaque  année  solaire  commence  par  un  mois  différent,  ce  qui  accroît 
la  variété.  Ceux  qui  tiennent  pour  les  28  jours  corrigent  le  chiffre  suivant  : 
Tjixspaî  p'  -F.ijLtau  (2  1/2)  et  mettent  2  1/3  [trientem,  Junctinus,  p.  826;  tertiam, 
Pruckner,  p.  73;  Bùo  xat  -cpctî  trienlem,  Proclus,  Paraphr.,  p.  290  Allatius)  par 
signe.  L'origine  égyptienne  de  tous  les  systèmes  de  chronocratories  plaide  en 
faveur  des  30  jours.  En  Egypte,  le  souvenir  du  mois  lunaire  de  28  jours  ne 
s'était  plus  conservé  que  dans  les  28  ans  de  la  vie  d'Osiris  (Plut.,  De  Is.  et 
Osir.,  42)  et  les  28  «  doigts  »  ou  pouces  de  l'aune  égyptienne  (H.  Brugsch, 
Thés.  Insa:  Aegypt.,  I,  p.  H7). 

2.  Cette  idée  complexe  se  retrouve,  avec  une  nuance  à  déterminer,  dans  les 
récits  évangéliques,  où  revient  souvent  la  réflexion  :  «  afin  que  les  prophéties 
s'accomplissent  ».  Le  Messie  suit  consciemment  et  volontairement  les  étapes 
prédéterminées  de  son  existence. 


506  CHAP.  XIV.  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUE8 

la  rapidité  du  mouvement  propre  des  planètes;  autrement  dit, 
d'après  le  rapport  entre  leur  mouvement  et  la  durée  de  leur 
période  chronocratorique.  La  mesure  de  la  vitesse  est  V  èité|x6a<ii(;, 
le  temps  employé  à  parcourir  un  signe  du  Zodiaque.  Saturne, 
par  exemple,  qui  met  2  ans  1/2,  a  plus  d'action  comme  chrono- 
crator  général;  Jupiter,  qui  emploie  juste  un  an,  vaut  surtout 
comme  chronocrator  annuel.  Avec  Mars,  les  rétrogradations 
entravent  le  calcul;  mais,  en  moyenne,  il  parcourt  un  signe  en 
3  mois;  le  Soleil,  Vénus  et  Mercure,  un  signe  en  un  mois:  ce 
sont  des  types  de  chronocrators  mensuels.  Enfin,  la  Lune,  qui 
franchit  près  de  30  degrés  en  deux  jours,  est  le  chronocrator 
journalier  par  excellence. 

On  voit  comment  Ptolémée  a  essayé  d'incorporer  Tune  à  l'autre 
la  généthlialogie  et  la  méthode  des  xaxapx^at.  Il  consent  à  faire 
entrer  dans  le  calcul  des  pronostics  des  influences  échelonnées 
sur  le  parcours  de  la  vie,  mais  en  les  supposant  toutes  condi- 
tionnées par  le  thème  de  géniture. 

La  difficulté  de  faire  tenir  tant  de  choses  dans  le  thème  de 
géniture  suggéra  l'idée  d'une  transaction  qui  fait  la  part  très 
large  aux  opportunités  tirées  de  l'état  présent  du  ciel,  non  pas 
en  abandonnant  le  thème  de  géniture,  mais  en  le  renouvelant 
tous  les  ans  à  l'anniversaire  de  la  naissance  '.  Il  était,  d'ailleurs, 
entendu  que  les  pronostics  tirés  de  ces  thèmes  annuels  ne  faisaient 
que  révéler  ce  qui  était  implicitement  contenu  dans  le  thème  de 
géniture,  C'est  ce  qu'on  appelle  le  système  des  «  révolutions  des 
uativités  ».  Je  m'abstiens,  par  lassitude  autant  que  par  prudence, 
d'entrer  dans  l'analyse  de  cette  construction  effroyablement 
compliquée  qui  me  paraît  être  de  la  scolastique  astrologique,  une 
série  de  manipulations  verbales  et  numériques  sans  idées  sous- 
jacentes.  Je  croirais  volontiers  que  le  prétendu  «  philosophe 
Hermès  »  ^  est  un  Oriental  quelconque,  dont  l'originalité  consiste 
peut-être  à  avoir  défiguré  par  des  contre-sens  entassés  l'un  sur 
l'autre  des  bribes  de  doctrines  prélevées  sur  des  lectures  incohé- 


i.  L'anniversaire  est  le  moment  où,  l'année  solaire  étant  révolue,  le  Soleil  se 
retrouve  à  la  position  qu'il  occupait  au  moment  de  la  nativité.  Année  sidérale 
ou  tropique,  cela  importait  peu  aux  astrologues,  qui  prenaient  pour  guide  le 
/îalendrier  usuel. 

2.  Voy.  Hermetis  philosophi  de  Révolu tionibus  nalivitatum  (éd.  Vuolfius, 
Basil.,  1559,  pp.  217-279).  Je  suppose  que  ce  sont  ces  renouvellements  et  con- 
trôles du  thème  de  géniture  que  l'annotateur  de  Paul  d'Alexandrie  (R  4  y.) 
appelle  des  àvTiYevéastç.  A  part  cette  mention  problématique  et  de  basse  épo- 
que, je  ne  trouve  pas  trace  du  système  dans  les  textes  grecs  publiés  jusqu'ici. 


LES    THÈMES    ANNIVERSAIRES    DES    NATIVITÉS  507 

rentes  *.  En  revanche,  il  a  une  idée  très  nette  du  but  à  atteindre, 
d'un  idéal  qu'il  croit  naïvement  avoir  été  réalisé  autrefois,  dans 
une  espèce  d'âge  d'or,  où  la  science  éclairait  les  mystères  de  la 
nature  et  tournait  au  profit  de  l'homme  la  fatalité  elle-même. 
«  Les  Babyloniens  »,  écrit-il,  «  et  les  Perses  et  les  Indiens  et  les 
«  Égyptiens,  aussi  bien  les  rois  que  les  particuliers,  n'essayaient 
«  pas  d'entreprendre  une  affaire  en  une  année  quelconque  avant 
«  d'avoir  examiné  d'abord  leur  anniversaire  de  naissance;  et,  s'ils 
«  trouvaient  que  l'année  était  bonne,  ils  se  mettaient  à  l'œuvre. 
«  Dans  le  cas  contraire,  ils  s'abstenaient.  Quant  aux  rois,  ils  exa- 
«  minaient  les  nativités  de  leurs  chefs  d'armée  et  observaient  les 
«  retours  d'années,  et  s'ils  trouvaient  que  pour  l'un  d'eux  le  retour 
«  signifiait  puissance  et  victoire,  ils  l'envoyaient  contre  les  enne- 
«  mis;  sinon,  ils  le  laissaient  de  côté.  Et  ce  n'était  pas  seulement 
«  les  nativités  des  généraux  qu'ils  observaient,  mais  aussi  celles 
«  des  ambassadeurs,  pour  voir  si  leur  anniversaire  annonçait 
«  un  résultat  prospère.  Que  s'il  signifiait  prospérité,  ils  les  en- 
«  voyaient  :  sinon,  ils  en  nommaient  à  leur  place  d'autres  dont 
«  l'anniversaire  présageait  succès.  De  la  même  façon,  tant  les 
«  rois  que  les  particuliers  se  choisissaient  d'après  le  retour  des 
«  années  les  médecines  utiles,  les  aliments  aussi  et  les  boissons, 
«  les  ventes  et  achats  et  toutes  leurs  initiatives;  et  ils  en  usaient, 

i.  L'auteur  est  évidemment  un  Arabe,  habitué  à  la  polygamie  {augebuntvr 
filii  et  iixores  ejus,  p.  328»,  lig.  19.  —  contristabitur  propter  mulieres  pro- 
prias, p.  238'',  lig.  27).  Wolf  pense  que  l'ouvrage,  traduit  en  latin  incerto 
intei-prele,  a  été  lui-même  traduit  du  grec.  La  chose  est  douteuse.  En  tout 
cas,  l'Arabe  serait  responsable  de  la  terminologie  persane  introduite  dans 
l'ouvrage  :  v.  g.  dominus  anni,  qui  Persice  dicitur  Salchodac  (p.  219*),  et  les 
Ferdariae  ou  «  chronocratories  périodiques  »  —  différentes  des  t8(ai  iteptoSoi  des 
Grecs  —  pour  les  sept  planètes  et  la  Tête  et  la  Queue  du  Dragon.  On  y  trouve 
aussi  des  calculs  secundum  opiniones  Indorum  (pp.  260-263).  Disons,  pour 
donner  une  idée  de  ce  fatras,  que  la  méthode  des  «  Révolutions  annuelles  » 
consiste  essentiellement  à  comparer,  à  18  points  de  vue  [significationes],  le 
thème  de  géniture  avec  le  thème  annuel,  en  prenant  pour  «  lieu  aphétique  » 
ou  Horoscope  annuel  le  lieu  où  se  trouve  le  chronocrator  annuel.  Sur  ces 
18  significationes,  il  y  en  a  5  pour  le  corps,  8  pour  l'âme  (est-ce  un  avatar  du 
nombre  13  ?)  :  le  reste,  pour  les  motus  et  operaliones  résultant  de  la  colla- 
boration de  l'âme  et  du  corps  (p.  219).  Il  y  a  à  considérer  le  dominus  anni, 
le  divisor  ou  dispositor,  le  particeps  ou  divisor;  sept  rapports  de  caractère 
entre  le  divisor  et  le  particeps;  six  modes  généraux  de  transmission,  subdi- 
visés en  vingt-quatre  modes  particuliers,  d'un  diviseur  à  l'autre,  dans  le  courant 
de  l'année  ;  le  tout  nuancé  de  combinaisons  infinies  avec  les  maisons,  les  opia, 
les  aspects,  dignités,  etc.  Je  suppose  que  l'auteur  se  comprend;  mais  je  ne 
tiens  pas  à  m'en  assurer.  Cf.  les  xatpoi  Si'iTCTà  xpôirwv  imputés  à  Ptolémée 
{Cenliloq.,8{),  qui  pourraient  avoir  quelque  rapport  avec  la  méthode. susdite. 


508  CHAP.    XIV.    —   INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

«  laissant  de  côté  ce  qui  devait  leur  nuire  cette  année-là.  En 
«  eflfet,  ils  raisonnaient  les  choses  et  d'après  leur  propre  nativité 
«  et  d'après  celle  des  autres.  Les  hommes  ayant  volonté  de  pro- 
«  créer  des  fils  n'observaient  pas  seulement  leur  année  propre, 
«  mais  aussi  celle  de  la  femme  ;  et,  si  l'une  et  l'autre  figure 
«  signifiait  procréation,  ils  cohabitaient  avec  elles.  Autrement, 
«  ils  en  cherchaient  d'autres  dont  les  nativités  signifiassent 
«  enfantement  de  fils  :  aussi  est-ce  chose  très  utile  et  expédiente 
«  que  l'étude  des  retours  d'années  »  *. 

N'est-ce  pas  merveilleux,  en  effet,  et  sut-on  jamais  donner  à 
des  inepties  un  tour  plus  raisonnable?  Après  tout,  le  rêve  de 
notre  astrologue  n'est  pas  si  loin  de  celui  de  Platon  ;  ses  compas 
et  ses  barèmes  remplacent  la  sagesse  des  magistrats  philosophes 
qui  règlent,  entre  autres  choses,  la  procréation  des  enfants  dans 
la  République.  A  quoi  n'arriverait-on  pas  avec  de  si  savantes  pré- 
cautions, surtout  si  les  chefs  d'État  avaient  soin,  comme  le  vou- 
drait Proclus,  de  choisir,  au  moment  de  la  <nropâ,  les  âmes  les 
mieux  trempées  *  ! 

Cette  surveillance  de  la  conception  nous  ramène  à  un  sujet  qui 
avait  aussi  préoccupé  les  généthlialogues.  Il  y  aurait  eu  une 
lacune  dans  le  système  des  xatapj(^aî  si  les  astrologues  n'avaient 
pas  étendu  à  la  vie  intra-utérine  la  domination  et  protection  de 
leurs  chronocrators.  Cette  lacune  fut  comblée.  Il  dut  y  avoir  bien 
des  tâtonnements,  car  le  problème  était  ardu.  INi  les  physiolo- 
gistes ni  les  astrologues  ne  s'accordaient  entre  eux  sur  la  durée 
de  la  gestation,  et  il  était  difficile  d'intercaler  entre  des  limites 
flottantes  des  séries  à  nombre  fixe,  septénaires  ou  novénaires.  Le 
cycle  septénaire  était  généralement  trop  court,  et  certains  phy- 
siologistes, nullement  fascinés  par  les  vertus  du  nombre  7,  l'écar- 
taient  sans  discussion.  La  Tête  et  la  Queue  du  Dragon  n'étaient 

1.  Hermès,  De  Revol.  nativ.,  ï,  4  {Quantum  antiqui  utebantur  Revolutioni- 
bus),  p.  213  Wolf.  Cf.  Hésiode  (ci-dessus,  pp.  460, 1.  466,  i)  et  S.Augustin  :  unde 
etiam  illud  a  nonnullis  -praedicatur,  quod  quidam  sapiens  horam  elegit  qua 
cum  tixore  concumberet,  unde  filium  mirabilem  gigneret  (Aug.,  Civ.  Dei,  V,  5). 

2.  Les  sages  de  Platon  sont  devenus  chez  les  néo-platoniciens  des  astrolo- 
gues dirigeant  la  fécondation  dans  l'espèce  humaine  d'après  l'état  du  ciel  : 
Set  -cotvuv  TO'j;  xôiv  yauLtov  xupiouç  tôv  xaipov  aÙTwv  Sfï^pâv,  xaxà  [j.èv  x^|V  àizXavf^, 
Stâ  TE  "uûv  wpoaxÔTtwv  xal  tûv  toûtoi;  TrapavaTsXTvdvtwv  àiTTSpwv  xal  Sexavwv.  Us 
font  le  triage,  èv  xe  xaîî  a-itop{[xoiî  wpatç  xal  xaT?  dt7:oxyT,xixaîî,  de  ceux  qui 
sont  destinés  à  commander  ou  à  obéir,  etc.  (Proclus  in  Anal,  sacr.,  V,  2, 
pp.  173-176  Pitra).  C'est  le  châtiment  des  ennemis  de  la  liberté  humaine  que 
de  se  rencontrer  tout  naturellement  avec  les  fous,  et  l'on  sait  si  ce  châtiment 
a  été  épargné  à  Platon. 


ÉTAPES    DE    LA    VIE    INTRA-UTÉRINE  S09 

sans  doute  pas  encore  assez  converties  en  planètes,  au  iv*  siècle, 
pour  entrer  dans  un  cycle  novénaire  de  planètes  *.  Le  mieux  était 
de  s'en  tenir  aux  sept  planètes  réelles,  sauf  à  recommencer  le 
cycle  ou  à  l'allonger  par  des  additions  symétriques.  Mais  dans 
quel  ordre  ranger  les  planètes?  La  théorie  platonicienne  delà 
génération  recommandait,  nous  l'avons  vu,  l'ordre  descendant; 
et,  d'autre  part,  l'ordre  ascendant  adopté  pour  les  étapes  de  la 
vie  après  la  naissance  était  applicable,  pour  les  mêmes  raisons, 
à  la  vie  intra-utérine.  Enfin,  il  pouvait  se  rencontrer  des  astro- 
logues qui,  prétendant  savoir  par  les  physiologistes  dans  quel 
ordre  se  forment  les  divers  organes  de  l'embryon  et  connaissant 
les  patrons  astrologiques  de  ces  organes,  auraient  institué  de 
cette  façon  un  ordre  merveilleusement  «  naturel  ». 

Si  les  astrologues  ont  pensé  à  cette  dernière  combinaison,  les 
textes  dont  nous  disposons  la  sous-entendent  sans  l'affirmer  expli- 
citement. La  série  descendante,  simplement  allongée  par  un 
recommencement  du  cycle  aux  huitième  et  neuvième  mois,  se 
retrouve  chez  un  auteur  arabe  ^,  avec  des  raisons  à  l'appui,  qui 
ne  peuvent  manquer  d'être  excellentes.  Saturne,  origine  de  la 
semence,  la  coagule  d'abord  par  le  froid.  Jupiter  donne  le 
«  souffle  »  et  le  mêle  au  corps  ;  Mars,  le  rouge  Mars,  produit  le 
sang;  puis  vient  le  Soleil,  qui  allume  le  feu  vital,  l'âme  propre- 
ment dite.  Au  cinquième  mois,  Vénus  donne  le  sexe;  Mercure,  la 

1.  Cf.  ci-dessus,  p.  122,  1.  L'àvaêiSdîÇwv  (Caput  Draconis)  est  noté  dans  le 
thème  de  Proclus  (Marin.,  Vit.  Procl.,  35),  né  en  410.  J'ignore  si  on  peut 
remonter  plus  haut  pour  l'usage  pratique. 

2.  Voy.  le  traité  De  Nativitatihus  secundum  Omar  (pp.  118-141  Pruckner), 
lib.  III,  p.  141.  L'auteur  cite  souvent  Dorothée  de  Sidon,  qui  est  probablement 
responsable  du  système.  L'évolution  de  l'embryon  par  étapes  planétaires  parait 
bien  être  donnée  ici  comme  l'évolution  physiologique.  Le  système  descendant 
est  présupposé  par  les  chiffres  que  donne  Proclus  (in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  174 
Pitra)  pour  les  périodes  durant  lesquelles  les  planètes,  au  cas  où  elles  seraient 
en  mauvaise  disposition,  feraient  périr  l'embryon  (ci-après,  p.  510,  4),  mais 
les  cinq  planètes  seulement,  les  œôJTa  mis  à  part.  Il  devait  y  avoir,  dans  cette 
théorie,  deux  cycles  de  cinq  planètes  pour  dix  mois,  de  façon  que  les  enfants 
naissaient  au  septième  mois  dans  la  chronocratorie  de  Jupiter,  au  neuvième, 
dans  celle  de  Vénus  (deux  planètes  favorables),  au  lieu  que  Mars  empêchait 
la  parturition  heureuse  au  huitième.  La  Lune  et  le  Soleil  sont  des  chrono- 
crators  généraux,  dont  l'ingérence  embrasse  toute  la  période.  Le  Soleil  active 
le  développement  quand  il  est  lui-même  en  aùÇir|at<;,  de  'jd  à0;  il  le  ralentit 
étant  en  ixefuaii;,  de  ^  à  %,.  Sur  les  étapes  septénaires  et  le  rythme  pytha- 
goricien de  la  vie  intra-utérine,  d'après  Hippocratc,  Straton,  Dioclès,  Varron 
et  autres,  voy.  Censorin.,  De  die  nat.,  6-12  ;  Macrob.,  Somn.  Scip.,  I,  6,  62-67; 
Vindiciani  Gynaecia,  pp.  446-455  V.  Rose,  etc.  La  foi  à  la  vertu  des  nombres 
mystiques  tient  lieu  d'observations  difficiles  à  faire. 


540  CHAP.    XIV.  —  INITIATIVES   GÉNÉTHLIAQUES 

langue,  au  sixième  mois.  Enfin,  au  septième,  quand  la  Lune, 
prototype  des  visages  humains  sans  doute,  a  achevé  son  image, 
l'enfant  peut  naître  viable.  Au  huitième  mois,  il  retombe  sous  la 
domination  de  Saturne  et  mourrait  en  naissant*.  Au  neuvième 
mois,  au  contraire,  le  bon  Jupiter  le  protège,  et,  comme  dit 
l'astrologue  musulman,  «  il  vivra,  si  Dieu  le  veut  ».  Omar  ne 
croit  sans  doute  pas  aux  naissances  du  dixième  mois,  où  l'on 
aurait  affaire  au  terrible  Mars.  Il  est  vrai  que,  cette  barrière 
franchie,  on  retrouverait  au  onzième  mois  le  Soleil,  capable  de 
donnera  l'enfant  une  provision  d'énergie  exceptionnelle. 

Au  point  de  vue  de  la  logique  spéciale  des  astrologues,  le 
système  se  tient.  De  même,  le  système  inverse,  qui  n'est  pas  tout 
à  fait  aussi  cohérent,  mais  est  construit  d'une  façon  plus  symé- 
trique ^  Le  cycle  septénaire  en  ordre  ascendant  y  est  enfermé 
entre  un  prologue  dévolu  à  Saturne,  le  «  père  »  ',  et  un  épilogue 
où  la  Lune  reprend  et  achève  son  office  de  maternité.  Donc,  au 
deuxième  mois,  la  Lune  prend  la  succession  de  Saturne,  qu'elle 
transmet  à  Mercure,  et  ainsi  de  suite.  L'influence  de  Jupiter  au 
septième  mois  et  celle  de  Saturne  au  huitième  explique,  comme 
précédemment,  la  naissance  des  enfants  viables  dans  le  premier 
cas,  non  viables  dans  le  second.  Au  neuvième  mois,  la  Lune 
achève  l'enfant  et  l'amène  à  la  lumière.  Elle  se  trouve  tout 
installée  pour  prendre  le  patronage  de  la  première  enfance  *. 

1.  A  moins,  observe  le  docte  Ciruelo  (I,  3),  qu'on  ne  soit  en  pays  placé  sous 
le  patronage  de  Saturne.  Je  ne  sais  où  ce  docteur  a  trouvé  que  les  enfants 
nés  à  dix  mois  propter  Martem  sunt  aliis  robustiores,  et  que  l'enfant  né  au 
onzième  mois  {unus  inter  multa  milia),  sous  le  Soleil,  miraculo  erit,  nedum 
in  nativitate,  sed  etiam  in  vitae  qualitate. 

2.  Anon.,  Hermippus,  I,  14,  pp.  21-22  Kroll. 

3.  Kal  TTpwTov  [ilv  ô  Tîiv  (SXXwv  TtpÛTOî  xal  tôv  TÔitov  i'!:éy^l^>^  toû  airfpfjLaTOi;, 
àpxei  Se  oijTOi;  xal  toû  itpûxou  |jL7|và;(i6id.). 

4.  Kal  lwGtTT|  i\  asTi-^v»!,  ica6'  fjv  TsT^eucpopEÎTat  xal  Tipô;  cpw;  l^cicriv.  'EvtsOOsv  aZTr\ 
irdtpaXaêoûffa  zi\w  irpoixT^v  isopôt  ■f|Xix(av,  <2pj(ou<ia  xal  xoO  irpoitou  èvtauToû  (ibid.). 
L'auteur  évite  le  terme  de  xpo^o'^pâtwp  et  emploie  des  expressions  vagues  : 
pour  la  vie  intra-utérine,  olxetav  Sûvajxiv  èTzi&âXkei,  xV  ÉauxT^ç  Ivîtjcji  Stjva|i.iv  ; 
pour  la  vie  consciente,  le  terme  ordinaire  est  Icpopâ.  Le  système  des  chrono- 
cratories  intra-utérines  permettait  aux  gens  pieux  d'adresser  à  qui  de  droit 
leurs  prières  pour  l'heureuse  issue  de  la  gestation.  On  a  déjà  parlé  du 
ffirôpiixov  xpfYwvov  de  Proclus  (ci-dessus,  p.  383,  1)  :  ici,  Proclus  sait  à  quel  mo- 
ment peut  nuire  chaque  planète  :  Kpaxeï  Se  -rcap'  AtyuTtxtoii;  "kôfoç,  8xi  xwv  -n^vxt 
nXavTixôJv  l'xawxoç,  Iv  xaî;  airopaîç  xaituOs^ç,  tp8e(pet  xà  (nrspixaxa  •  xal  ô  [xèv  Kpévoç, 
iv  xû  Tcpoixo)  jxr.vl  xî\<;  auT^Xi^^'^'^î  '  °  ^^  Zeû;,  èv  éÇir,xovxa  •J^jiipati;  •  o  Se  "Aprfi  ^v 
IvtWixovxa  •  ■i\  Se  'AcppoStxr,,  Iv  eîxoai  xal  Ixaxôv  •  ô  Se  'Ep|Af,î,  èv  itavxTixovxa  xal 
ixaxôv  (cf.  ci-dessus,  p.  509,  2).  Mais,  comme  les  causes  sont  fatales,  la  prière 
ne  suffisait  pas  à  prévenir  les  effets  ;  il  y  fallait  la  magie. 


ÉTAPES    ET    CYCLES    DE    LA    VIE    HUMAINE  511 

L'ail  leur  ne  paraît  pas  très  sûr  d'avoir  de  bonnes  raisons,  car 
il  n'en  donne  guère.  Il  dit  bien  que  Vénus  au  quatrième  mois 
donne  V  «  impulsion  physique  »,  mais  il  serait  peut-être  embar- 
rassé d'expliquer  pourquoi  Tintelligence  représentée  par  Mercure 
est  venue  avant.  Il  n'en  continue  pas  moins  ses  séries  planétaires 
à  travers  la  vie  commencée  à  la  naissance,  et  il  se  permet  de 
remanier  de  fond  en  comble  le  cursus  vitae  ordonné  par  Ptolé- 
mée,  avec  la  prétention  de  tenir  compte  «  de  la  distance  et  de 
la  période  »  de  chaque  planète  «  surveillante  ».  La  première 
des  sept  périodes  de  l'existence  est  un  septénaire  parfait,  présidé 
par  la  Lune  et  subdivisé  en  années  dévolues  successivement  aux 
sept  planètes  dans  l'ordre  ascendant.  Après,  chaque  période 
s'accroît  d'une  année  et  les  subdivisions  disparaissent.  Aux  sept 
années  de  la  première  enfance  (-fiXtxîa  Ppecpixvj)  succède  l'enfance 
(-TiatScx/),  que  Mercure  surveille  pendant  8  ans.  L'adolescence  ({istpa- 
xtxY^)  dure  9  ans  sous  Vénus  ;  l'âge  viril  (àvSptxï^),  10  ans  sous  le 
Soleil  ;râge  adulte  (ocxjjiadTtxï^'),  11  ans  avec  Mars  ;  l'ancienneté  (irpecr- 
êuxtx/),  12  ans  avec  Jupiter,  et  la  vieillesse  (Yepovxtxvj),  13  ans  ou 
plus  avec  Saturne,  qui  ouvre  et  ferme  le  cycle,  de  la  conception 
à  la  mort.  La  durée  de  la  vie  normale  est  donc  de  70  ans.  Si, 
comme  l'assure  l'auteur,  elle  est  «  mesurée  dans  les  limites  de 
l'hebdomade  »,  il  faut  que  ses  septénaires  soient  en  moyenne 
de  10  ans  chacun.  Il  est,  du  reste,  inutile  de  discuter  avec 
ce  gâte-métier,  qui  sort  de  l'école  de  Platon  sans  y  être  entré 
«  géomètre  »  et  semble  même  assez  ignorant  des  «  périodes  »  de 
révolution  des  planètes  *. 

Nous  sommes  maintenant  en  mesure  de  comparer  les  deux 
applications  de  la  méthode  des  xa-cap^at,  l'une  indépendante  de 
la  généthlialogie,  l'autre  combinée  ou  juxtaposée,  et  de  suivre  le 
travail  d'imagination  qui  s'est  fait  de  l'une  à  Vautre  et  dans  le 
domaine  intérieur  de  l'une  et  de  l'autre.  Les  xaxap^aî  universelles 
et  banales  partent  du  même  principe  que  la  généthlialogie  :  à 
savoir,  que  l'état  présent  du  ciel  influe  sur  l'œuvre  présente  et,  à 
titre  d'impulsion  initiale,  sur  l'avenir.  Mais  on  rencontre  aussitôt 
le  point  de  divergence.  Les  généthlialogues  veulent  :  1°  que  le 


1.  La  série  naturelle  des  nombres,  de  7  à  13,  représente  évidemraent  pour 
notre  auteur  les  distances  des  planètes  et  la  durée  de  leurs  périodes  (xa-cà 
Jioyov  TO'j  5iaTT/|[jiaT0î  xal  xf;;  icspidSou);  il  accommode  à  sa  façon  les  tons  de 
la  lyre  pythagoricienne.  Il  veut  sans  doute  aussi  que  la  septième  soit  l'oc- 
tave; et,  comme  Toctave  est  le  double  de  la  tonique,  il  prétend  que  les  13  ans. 
de  Saturne  sont  le  double  des  7  ans  de  la  Lune  («<  t§  fièv  irpûtij...  ïxr^  litxà 
diîOvev£{if,ï6ai,    x^  5è  xeXsuxaiqt  615  eivai  xoffaOxa). 


512  CHAP.    XIV.  INITIATIVES    fiÉNÉTHLIAQUES 

pronostic  ne  soit  pas  au  même  moment  le  même  pour  tous  les 
individus;  2°  que  le  pronostic  porté  lors  de  la  naissance  d'un  indi- 
vidu contienne  tout  l'avenir  de  cet  individu.  Les  «  catarchistes  » 
ont  d'abord  maintenu  les  thèses  contraires,  mais  avec  une  hési- 
tation de  plus  en  plus  accentuée,  la  nécessité  de  différencier 
les  destinées  s'imposant  à  eux  avec  la  force  de  l'évidence.  De  là, 
les  essais  d'association  entre  les  deux  méthodes  rivales  et  l'inex- 
tricable confusion  qui  en  est  résultée  dans  le  cerveau  des  astro- 
logues éclectiques.  Dans  cette  confusion,  catarchistes  et  généth- 
lialogues  ont  oublié  la  raison  d'être  de  leurs  calculs,  le  point  par 
où  ils  s'appuyaient  sur  un  semblant  de  réalité  :  c'est  à  dire,  l'état 
réel  du  ciel  à  un  certain  moment.  Ce  n'est  pas  la  position  réelle 
des  planètes  à  un  moment  quelconque  qui  leur  vaut  le  patronage 
des  heures  du  jour  et  de  la  nuit  ou  des  jours  de  la  semaine  : 
c'est  un  privilège  mystique  qui  leur  est  dévolu  une  fois  pour 
toutes,  attribut  divin,  article  de  foi,  fragment  de  théologie  inséré 
dans  l'astrologie.  Il  en  va  de  même  pour  toutes  les  chronocra- 
tories  attachées  au  point  de  départ  pris  dans  la  naissance  ou  la 
conception  et  réparties  sur  toute  l'existence.  L'idée  que  les  posi- 
tions ultérieures  des  planètes  sont  conditionnées  par  leur  posi- 
tion dans  le  thème  de  géniture  a  pu  servir  à  endormir  les  scru- 
pules des  généthlialogues;  mais  c'était  là  une  enseigne  trompeuse  : 
en  fait,  aucune  de  ces  chronocratories  ne  correspond  à  une  posi- 
tion prévue  du  chronocrator.  Soit  dans  les  cycles  qui  se  déroulent 
mécaniquement  par  périodes,  années,  mois  et  jours,  soit  dans  les 
étapes  inégales  de  l'existence,  la  succession  des  planètes  n'a  rien 
à  démêler  avec  leurs  mouvements  et  positions  astronomiques.  On 
a  peine  à  comprendre  qu'un  Ptolémée  ait  osé  glisser  ici  la  men- 
tion des  «  périodes  propres  »  et  couvert  de  son  nom  au  moins 
une  partie  de  ces  constructions  mystiques,  complètement  étran- 
gères à  l'astronomie. 

Le  cerveau  des  Arabes,  fait  pour  croire  et  non  pour  comprendre, 
a  dû  être  un  terrain  d'élection  où  l'inintelligible  a  fructifié  au 
centuple  :  chez  les  Grecs,  il  ne  semble  pas  que  les  systèmes  de 
chronocratories  aient  jamais  eu  grand  succès,  ou  un  succès 
durable.  D'autre  part,  la  généthlialogie  non  seulement  avait  des 
exigences  auxquelles  il  était  le  plus  souvent  impossible  de  satis- 
faire dans  la  pratique,  —  ne  fût-ce  que  celle  de  l'heure  exacte  de 
la  naissance,  —  mais,  faite  pour  des  consultations  strictement 
individuelles,  elle  était  d'utilité  médiocre  ou  nulle  quand  il  s'agis- 
sait de  choisir  des  opportunités  communes  à  plusieurs  individus 
ou  à  des  masses  d'hommes,  à  un  équipage  qui  s'embarque,  à  une 


APPLICATIONS    DES    MÉTHODES  5^13 

arïnée  attendant  le  moment  de  livrer  bataille.  Là,  la  méthode  des 
Y.'X'Z'xoy%i  sans  mélange  de  généthlialogie  reprenait  tout  l'avantage  : 
elle  senlé  pouvait  résoudre  le  problème  en  bloc  et  lutter  sur  ce 
terrain  avec  les  augures,  haruspices  et  autres  confidents  de  l'ave- 
nir prochain.  Elle  supplantait  même  la  généthlialogie  sur  son 
propre  terrain,  comme  moyen  plus  court  d'étudier  plus  à  fond 
une  particularité  de  la  vie  d'un  homme  marquant,  vie  mêlée  à 
diverses  circonstances  extérieures  et  dont,  au  surplus,  on  ne 
connaissait  pas  le  point  de  départ.  L'astrologue  découpait,  pour 
ainsi  dire,  une  tranche  de  la  biographie  du  personnage  en  ques- 
tion, fixait  l'opportunité  de  l'acte  qui  l'avait  inaugurée  et  y  trou- 
vait de  quoi  motiver  le  dénouement,  surtout  si,  le  dénouement 
étant  déjà  connu,  il  ne  s'agissait  plus  que  de  l'expliquer  après 
coup. 

Soit,  par  exemple,  à  expliquer  pourquoi,  sous  le  règne  de 
Zenon,  le  préfet  d'Egypte  [praefectus  Augustalis)  Théodore,  ma- 
gistrat intègre  et  reconnu  comme  tel  par  les  Alexandrins,  n'en 
fut  pas  moins  calomnié  et  condamné  comme  concussionnaire*. 
Cela  tenait  à  l'état  du  ciel  au  moment  où  il  avait  inauguré  sa 
charge,  comme  le  prouve  sa  «  Kaxap^T)  lorsqu'il  entra  à  Alexan- 
drie »,  le  lundi  23  mars  487  de  notre  ère  ^,  à  1  h.  1/2  du  jour.  Le 
Soleil  était  en  }(  26°,  la  Lune  en  )t  27°,  Saturne  en  +->■  11°,  Jupiter 
en  Çl  27°,  Mars  en  <^  25°,  Vénus  en  )(  12°,  Mercure  en  )(  23°, 
l'Horoscope  en  ^  26°,  le  MC.  en  ^  10°,  le  nœud  ascendant  (àva- 
êiêiÇiov  Q)  en  4-^,  la  Fortune  (©)  en  ss:  27°. 

«  Considérez  »,  dit  l'astrologue,  «  que  Mars  était  à  l'Horoscope 
«  et  trônant  (ISioÔpovoùvxa)  ',  et  visé  en  trigone  par  Jupiter  et  Sa- 
«  turne;  Vénus  et  le  sort  de  la  Fortune  avec  le  Bon  Génie  (à-^aôo- 
«  Sa'.fxovojvTaç)  ♦  ;  la  Lune  en  culmination  supérieure  ;  Jupiter  et 
«  Vénus,  les  patrons  (xuptouç)  de  la  ville  ^,  en  l-Tiavacsopa  par  rap- 
«  port  à  l'Horoscope  *  :  et  vous  trouverez  les  débuts  de  la  magis- 
«  trature  beaux,  commodes,  dignes  de  tout  éloge.  Mais  si  vous 

1.  Extrait  du  Cod.  Parisin.  2419  Omont,  fol.  132  v.  (cf.  Engelbrecht,  p.  19). 

2.  Date  restituée,  au  lieu  du  22  mars,  qui  serait  un  dimanche,  par  F.  Cuuiont 
{op.  cit.,  p.  9,  4).  11  faudrait  aussi  rectifier  l'heure,  car  le  Soleil  marque  2  h. 
Enfin,  VAngelicanus  ajoute,  pour  Q  et  ^,  des  positions  inacceptables. 

3.  C'est-ù-dire  qu'il  a  plus  d'un  titre  de  propriété,  le  Bélier  en  entier  comme 
olxo;,  et  les  degrés  21-26  du  Bélier  comme  opia  (ci-dessus,  p.  244). 

4.  C'est-à-dire  dans  le  XI»  lieu  (ci-dessus,  p.  284). 

5.  Ingérence  d'une  opportunité  locale,  empruntée  à  l'apotélesmatiqué  o  ca- 
tholique »  (ci-dessus,  pp.  368-371). 

6.  Les  lieux  V  (Jupiter  avec  'AyaO-Ji  Tûxt,)  et  XI  (Vénus  avec  'AyaOoç  Sa(|jLwv) 
sont  des  èitavaœooaf. 


SI  4  CHAP.   XIV.  INITIATIVES    GÉNÉTHLIAQUES 

a  cherchez  maintenant  Toecodespote  *  de  la  Fortune  et  de  la 
«  Lune,  vous  trouverez  Saturne  déclinant  (dans  un  àTr6xXt[xa)  et 
«  tombé  dans  le  malaise  des  lieux  écliptiques^  :  c'est  lui  qui  a 
u  produit  la  destitution  avec  violence.  Ce  qui  a  hâté  le  rempla- 
«  cément  (de  Théodore),  c'est  que  Mars,  l'Horoscope  et  la  Lune 
«  se  sont  trouvés  dans  des  signes  à  la  fois  tropiques  et  d'ascen- 
«  sion  rapide  (ôXiyoavacpopotç).  Sa  condamnation  est  due  en  premier 
«  lieu  au  maître  du  sort  de  la  Fortune  en  déclin;  ensuite  à  Mars, 
«  qui,  contenu  un  certain  temps  par  Jupiter  et  Vénus  apportant 
«  l'appui  de  la  cité,  s'est  montré  opiniâtre  et  violent,  par  nature 
«  et  comme  étant  à  l'Horoscope  contre  sa  secte  (a'îpsan;)  ^.  » 

Le  règne  agité  de  Zenon  vit  des  événements  plus  importants 
que  la  disgrâce  d'un  préfet  d'Egypte.  Le  27  juin  484,  à  la  pre- 
mière heure  du  jour,  le  général  Léontios  se  faisait  «  couronner  » 
empereur  à  Ântioche  *.  H  avait  pris  la  précaution  de  choisir  son 
jour  d'après  l'avis  de  deux  astrologues  [à-Ko  Uo  [jia6ï)[jiaxtxwv  Xaêwv 
xaxap^^r»,  et  pourtant  sa  chute  suivit  de  près.  C'est  que  les  deux 
astrologues  avaient  commis  des  bévues  que  relève  tout  à  son 
aise  leur  confrère  Palchos,  instruit  par  l'événement.  Le  Soleil 
était  en  ©  26°,  la  Lune  en  ^  7°  (?),  Saturne  en  i%  15°,  Jupiter 
en  Ç5  oo.  Mars  en  <3  20°,  Vénus  en  ]4  27°,  Mercure  en  ^  19°, 


1.  Au  sens  propre  du  mot  (SEff-nd-nrn;  toO  otxou),  î)  ayant  pour  oixot  X>  et  as. 

2.  '£v  Tidôet  TûJv  ÊxTkStTrttxwv  IxTrexTwxdTa  :  il  est,  en  effet,  voisin  d'un  nœud 
de  l'orbite  lunaire,  lieu  des  éclipses. 

3.  J'accommode  ici  le  texte,  qui  est  altéré  par  répétition  de  mots  inutiles 
et  suppression  de  mots  indispensables.  Le  témoignage  favorable  des  Alexan- 
drins a  été  indiqué  en  tête  du  document  (dtxXoTroç  wv  xai  <pi)vaW,6Tiî  xal  [Aap- 
TupT^ôïti;  ÔTtô  TT,;  irôXeuç).  On  sait  que  Mars  est  occidental  et  nocturne 
par  aïpsatç,  tandis  que  l'Horoscope  est  toujours  oriental  et  diurne.  Palchos 
en  prend  ici  à  son  aise  avec  les  principes.  Mars  devait  être  très  affaibli,  et 
comme  oriental  malgré  lui,  et  comme  étant  dans  le  Cancer,  son  TaTceivtojxa. 
Sans  doute  que,  faible,  il  était  d'autant  plus  perfide! 

4.  Dans  notre  document  (ap.  Fr.  Cumont,  op.  cit.  [voy.  la  Bibliographie] , 
pp.  8-9,  et  Cod.  Florent.,  p.  107-108)  le  chiffre  de  «  l'année  de  Dioctétien  » 
a  disparu  :  j'emprunte  la  date  484  à  Krumbacher  {Gesch.  d.  Byz.  Lit.,  2*  édit., 
p.  922).  Enfin  le  titre  Katapy-^  Aeovciou  CTXEtpeévTOî  èv  'AvTtoxsCa  est 
inexact,  si  Léontios  a  été  «  couronné  »  à  Tarse  avant  d'entrer  à  Antioche 
(Krumbacher,  ibid.).  Je  laisse  toute  responsabilité  à  mon  astrologue.  Le  A  a  t- 
jxuv  est  le  x>.f,poî  AaCiiovoç,  pendant  du  xXf,poî  Tûyriî  (ci-dessus,  p.  295),  mais 
ru4/(i)[j.a  yEvvTiasioî  est  une  entité  nouvelle  pour  moi.  La  «  naissance  »  doit  être 
ici  non  pas  la  «  géniture  »  (ysvefftî)  —  dont  il  n'est  nullement  question  — 
mais  la  naissance  du  nouveau  règne  :  et  comme  la  case  des  honneurs  est  au 
X*  lieu,  en  culmination  supérieure  (ci-dessus,  pp.  129,  1.  284.  371.  440,  2.  441, 
1-2;  cf.  443, 1),  je  croirais  volontiers  que  îi^j/iofia  est  ici  l'équivalent  et  l'inter- 
prétation de  [JLSJOupatVT,[jia. 


APPLICATIONS    DES    MÉTHODES  545 

l'Horoscope  en  ffp  13»,  le  MC  en  ^  [le  quantième  manque],  le  nœud 
descendant  en  %  14°,  le  «ruvoSoç  (lieu  de  la  prochaine  conjonction 
ou  N.  L.)  en  tfp,  le  sort  de  la  Fortune  en  ii|^  17°,  le  Aat[jiwv  en  «Qb, 
r  v)t|^(i)|j.a  YevvT^aewi;  en  «0»  également.  «  Ce  qui  a  beaucoup  séduit 
«  ceux  qui  ont  donné  la  xa-cap^^ïj  »,  dit  notre  critique,  «  c'est  la 
«  présence  du  Soleil,  de  Jupiter  et  de  Mars  à  l'Horoscope,  et 
«  r  èiravxoopâ  de  Mercure,  et  le  fait  que  la  Lune  se  trouvait  en 
«  Bonne  Fortune  {à-((x.Qo-:'jy^z~y)  par  rapport  à  Saturne  et  à  Jupiter  ^ 
«  Mais  ils  n'ont  pas  fait  attention  d'abord  à  Mercure,  chronocra- 
«  tor  du  jour  et  de  l'heure  ^  qui  se  trouvait  tombé  en  souffrance. 
(«  En  effet,  il  était  à  sa  plus  grande  distance  du  Soleil  ^  ce  qui 
«  produit  la  mort  violente,  et  il  n'était  en  aspect  qu'avec  Saturne  *, 
«  car  Vénus  ne  pouvait  pas  à  elle  seule  guérir  sa  souffrance, 
«  attendu  que  le  Soleil  la  frappait  de  son  rayon  ^  D'autre  part, 
«  ils  n'ont  pas  vu  que  la  Lune,  ici  maîtresse  du  Soleil  et  de 
«  l'Horoscope  et  de  Jupiter  et  de  Mars  et  de  la  conjonction  *  était 
«  elle-même  humiliée  et  mal  en  point.  Pourtant,  le  fait  qu'aucun 
«  des  aspects  (heureux?)  ne  se  rencontrait  ne  suffisait  pas  à 
«  détruire  l'effet  de  la  réunion  du  Soleil,  de  l'Horoscope  et  de 

1.  J'avoue  que  je  suis  ici  à  court  et  ne  vois  aucune  explication  possible  si 
on  maintient  la  position  de  la  Lune  (§  7")  donnée  dans  le  texte.  L'auteur 
semble  s'ingénier  à  enfermer  dans  des  verbes  de  sens  courant  des  allusions  à 
des  lieux  astrologiques  qui  ne  sont  pas  réalisés.  La  Lune  ne  peut  pas  être  à 
la  fois  au  V*  lieu  ('AyaGii  Tûxr,)  et  au  XII»  (Kaxàî  Aaîjiwv),  et  dyaSoTuyerv  Ttpèî 
Kpûvto  xaî  Ait  ne  peut  indiquer  une  même  position  par  rapport  aux  deux 
planètes,  dont  l'une  est  à  côté  de  la  Lune  et  l'autre  au  cinquième  signe  en 
arrière.  Le  Soleil,  Jupiter,  Mars  et  l'Horoscope,  étant  dans  le  Cancer,  sont 
bien  dans  la  maison  de  la  Lune  ;  mais,  si  la  Lune  y  est  aussi,  comment  peut- 
elle  être  TaiteivoujiÉvTi  xal  xaxoSaijiovoûffa?  Et  comment  l'astrologue  n'a-t-il  pas 
fait  remarquer  qu'elle  est  dans  sa  propre  maison  ?  Le  thème  deviendrait  à 
peu  près  intelligible  si  l'on  plaçait  la  Lune  dans  le  Scorpion,  qui  est,  par 
position,  au  V"  lieu,  en  'Ayaô+i  Tùyr\,  mais,  comme  signe,  est  le  •tairetvwjia  de 
la  Lune.  Seulement,  la  citation  de  Dorothée  montre  que  la  Lune  devait  être 
xsvTpo'.^w  èvl  TTptiToifft,  c'est-à-dlrc  à  l'Horoscope  ou  en  MC.  Enfin,  le  Soleil  en 
S  26"  n'est  pas  encore  levé,  de  sorte  que  l'on  se  trouve  non  pas  à  la  première 
heure  du  mercredi,  mais  à  la  douzième  heure  de  nuit  du  mardi,  heure 
dominée  par  Vénus.  Tous  ces  textes  sont  en  piteux  état. 

2.  Ce  jour  étant  un  mercredi,  Mercure  était  lïoî.eûtov  (chronocrator  du  jour) 
et  Si^Tiwv  (chronocrator  ôlpa;  àpyoïJLévT.î  a). 

3.  Il  était  à  23°  du  Soleil,  maximum  de  son  élongation  :  nunquam  ah  eo 
XXIII  partibus  remolior,  ut  Cidenas  et  Sosige7ies  docent  (Plin.,  II,  §  39). 

4.  Et  en  aspect  quadrat  (approximativement),  étant  à  86»  l'un  de  l'autre. 

5.  C'est  r  dxT'.voêoXîa  (ci-dessus,  p.  248),  exprimée  ici  par  le  terme  éir£[x66- 
Xî  t   yàp  aÙT^  ô  "H>kiOî. 

6.  La  ffuvoSo;  va  se  produire  quand  la  Lune  aura  franchi  les  19  degrés  qui 
la  séparent  du  Soleil  et  l'espace  parcouru  dans  le  même  temps  par  le  Soleil. 


516  CHAP.   XIV.  ~  INITIATIVES    (iÉNÉTHLIAQUES 

«  Jupiter.  Mais  comment  ont-ils  pu  oublier  lé  chapitre  de  Dorô- 
«  thée  où  il  est  dit  :  Observe  et  le  grand  Soleil  et  la  rapide 
«  Lune,  et  les  rois  des  maisons  dans  lesquelles  sont  entrés  les 
«  deux  luminaires,  et  ensuite  THoroscope  et  le  signe  qui,  au  plus 
«  haut  de  Téthef,  touche  et  environne  le  milieu  du  ciel,  et  lequel 
«  de  ces  lieux  occupe  la  Lune,  et  aussi  quel  est  son  maître  («vaÇ), 
«  et  si  celui-ci  se  trouve  dans  les  déclins  (àirozXiiJLaxa).  Car  si  elle 
«  se  trouve  dans  les  premiers  centres,  elle  manifestera  une  action 
«  propice  et  brillante;  mais  ensuite,  elle  trompera,  et  le  dénoue- 
«  ment  sera  une  ruine  complète  ». 

Léontios,  bloqué  dans  la  forteresse  de  Papyrion  en  Isaurie,  fit 
—  avant  de  périr  lui-même  —  trancher  la  tète  de  son  conseiller 
Pamprépios,  qui  était  probablement  Tun  des  deux  astrologues 
responsables  des  pronostics  si  tristement  démentis.  Comme  tou- 
jours, la  foi  astrologique  est  ici  lavée  de  tout  reproche  et  la 
faute  rejetée  sur  l'impéritie  des  interprètes  de  la  /.oL-zoipyty,,  qui, 
entre  autres  oublis,  n'avaient  pas  tenu  compte  des  chronocrato- 
ries  et  des  «  souffrances  »  de  Mercure  ! 

Nous  en  aurions  fini  avec  les  xaxap^^^aî,  pures  ou  mélangées  de 
généthlialogie,  s'il  n'était  à  propos  de  considérer  à  part  une 
application  spéciale  de  toutes  les  ressources  de  l'art  à  une  ques- 
tion intéressante  et  populaire  entre  toutes,  la  guérison  des 
maladies. 


CHAPITRE  XV 


LA  MEDECINE  ASTROLOGIQUE 


11  est  un  chapitre  des  xa-capj^af  que  Ptolémée  a  laissé  complète- 
ment en  dehors  de  son  astrologie  scientifique  ;  c'est  la  médecine 
dirigée  suivant  les  opportunités  astrales  ou  «  iatromathéma- 
lique  ».  Il  renonçait  par  là  à  flatter  Tespérance  qui  entretient  le 
plus  sûrement  la  foi  des  croyants,  qui  la  ferait  naître  au  besoin 
et  qui,  de  son  temps,  assurait  encore  la  vogue  des  oracles  médi- 
caux. Ce  n'est  pas  qu'il  crût  le  fatalisme  astrologique  incompa- 
tible avec  la  médecine,  car  il  la  cite  précisément  comme  exemple 
de  ce  que  l'homme  peut  faire  pour  restreindre  la  part  de  la 
fatalité  dans  son  existence,  et  il  classe  la  médecine  astrologique 
parmi  les  bienfaits  de  la  science  des  astres.  Seulement,  il  laisse 
aux  «  Égyptiens,  qui  ont  fait  faire  le  plus  de  progrès  à  cette 
branche  de  l'art  »,  le  soin  d'enseigner  et  d'appliquer  ces  utiles 
conséquences  de  la  doctrine  *.  Il  renonce  à  faire  concurrence  aux 
Pétosiris  et  aux  Néchepso,    qui  avaient  amplement  pourvu  le 

1.  Kai  o'.  ixâX'.jTa  x^v  "coiaÛTT.v  Sûvajitv  xfi;  t£J(vt,î  TtpoayaYÔv-eî  AlyôirTioi 
a'jW;t]/av  TzoL^Txyr^  xôi  Si'  àaTpovo}JLiaî  irpoyvwffxtxw  xV  la  x  p  ixtjv.  Où  yip  5v  t:ox£ 
àTtoxpoTTiaffixo-Jî  xtvaî  xal  !puXaxxT,pta  xal  Erspanetaç  auvtaxavxo,  irpôî  xi;  è%  xoû 
-Epié^^ovxoç  ÈTTioûffaî  •?,  xapoûaaî  TiEpiaxâacK  xaeoXixàç  xal  jjispixâi;,  et  xi;  aCxoîî 
àxtvTiaiaî  xal  àu.exaxpEij'faî  xwv  6(ïO(ji£vwv  ÛTrripÇe  SôÇa  [Telrab.,  I,  3,  p.  56  Juncti- 
nus).  Cf.  Anon.,  p.  15.  Ptolémée  se  couvre  ici  d'une  autorité  dont  il  fait  peu 
(le  cas  quand  il  n'en  a  pas  besoin.  La  réputation  médicale  des  Égyptiens  était 
déjà  faite  au  temps  d'Homère  (Odyss.,  IV,  229-232).  Tliot  était  censé  avoir 
lédigé,  ne  varietw,  les  préceptes  de  l'art  :  ou  bien  c'était  Isis  qui  les  avait 
enseignés  à  Horus.  11  est  question  d'un  livre  sacré  :  ^i^loi  lepa,  xa>>ou[i.évTi 
à  [iSp.Tiî,  d'après  lequel  on  jugeait  si  le  malade  guérirait  ou  non,  et  cela  è% 
xf,î  xaxaxXtacWî  xoû  àp^ciaxou  (Horapoll.,  I,  38).  Cette  indication  ne  suffît  pas 
pour  décider  si  ce  grimoire  était  astrologique.  Il  fallut,  en  tout  cas,  pour 
opérer  la  soudure  de  l'astrologie  avec  l'ancienne  médecine,  invoquer  de  même 
des  révélations  divines.  Les  papyrus  du  Fayoûm  ont  ajouté  de  nouveaux 
fragments  de  traités  médicaux  remontant  à  la  XII^  dynastie  (cf.  G.  Maspero, 
Jo«rna/rfe5  Sai^an/s,  avril  1897,  février  et  mars  1898). 


518  CHAP.  XV.  —  LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

monde  de  pronostics  médicaux  et  de  recettes  propitiatoires.  Dans 
le  cours  de  son  ouvrage,  à  propos  des  infirmités  et  maladies 
corporelles,  il  fait  allusion  aux  remèdes,  les  uns  révélés,  les 
autres  naturels,  qu'appelle  Tinfluence  de  Vénus  (la  religion)  et 
de  Mercure  (la  science)  *  ;  mais  il  passe  aussitôt  à  d'autres  idées. 
Il  a  cependant  exposé,  à  ce  propos,  le  canevas  de  Fiatromathéma- 
tique,  c'est-à-dire  l'anatomie  et  la  physiologie  à  rapports  plané- 
taires, comme  d'autres  ont  décrit  la  mélothésie  zodiacale. 

Sur  la  question  d'origine,  les  témoignages  sont  unanimes  : 
l'iatromathématique  a  été  l'invention  propre  et  est  restée,  ou  peu 
s'en  faut,  le  monopole  des  «  Égyptiens  ».  Mais  de  quels  Égyptiens  ? 
Nous  n'aurions  plus  besoin  aujourd'hui  de  témoignages  exprès  ' 
pour  deviner  que  les  prêtres  égyptiens,  comme  leurs  congénères 
en  tout  pays  de  civilisation  rudimentaire,  ont  été  des  sorciers, 
envoûteurs  et  guérisseurs,  fabricants  d'amulettes  et  de  phylac- 
tères, connaissant  les  propriétés  occultes  des  pierres  et  des 
plantes.  Mais  il  s'agit  de  savoir  quand  s'est  produite  la  soudure 
de  cette  magie  archaïque  avec  l'astrologie,  combinaison  qui 
constitue  l'iatromathématique. 

On  avait  cru  trouver  dans  le  tombeau  d'un  Pharaon  Rames- 
side  ^  la  preuve  que,  dès  le  xi'  siècle  avant  notre  ère,  les  diverses 
parties  du  corps  humain  avaient  été  mises  en  rapport  avec  les 
constellations  qui  se  lèvent  durant  les  heures  du  jour  et  de  la 

1.  Jupiter  assisté  de  Mercure  dissimule  les  infirmités  et  guérit  les  maladies 
(papjiaxsiatî  t^  laxpwv  ÎYaôwv  ÈTitxoupCaii;.  'G  6è  Tf;;  Q,  Sti  -it  p  ocpâ- 
aewî  £?ewv  xai  j^pTjaiJLwv,  Ta  [xèv  diviri  xprfirov  xivà  £-j[jiopï)x  xal  érty^apf, 
xaxaaxeuiact,  xà  5à  Trc3t9-ri  xaî?  dtTrà  Srewv  iaxpsiaiî  £iJiT:apTiy6pT,xa  [Telrab. 
m,  11,  p.  266  Juiictinus  :  cf.  ci-dessus,  p.  432).  Le  scoliaste  avertit  qu'il  s'agit  de 
l'incubation  usitée  dans  les  temples  (cf.  Hist.  de  la  Divin.,  111,  pp.  271-307). 

2.  Diodore  (I,  82)  assure  que  les  médecins  égyptiens,  payés  par  l'État, 
devaient,  sous  peine  de  mort,  prendre  leur  ordonnance  dans  un  Codex  officiel 
(xoïî  è%  xf,<;  îspâî  J5t6)k0u  vô|jLotç  ...àxou>iOu6T;aavxîç  :  cf.  ci-dessus,  p.  517,  1). 
Quand  donc  l'Egypte  a-t-elle  été  centralisée  à  ce  point?  Ce  «  Livre  Sacré  »  a 
peut-être  été  imaginé  par  les  gens  qui  signaient  Néchepso  et  Pétosiris.  Les 
Hermétiques  en  possédaient  un  de  leur  fabrication  (ci-dessus, pp.  230, 3. 316,4-3) , 

3.  Il  s'agit  du  plafond  sculpté  découvert  en  1829  dans  le  tombeau  d'un 
Ramsès  (IV  suivant  Champollion  et  Ideler  —  IX  suivant  Lepsius).  11  y  a 
24  tableaux  des  24  heures  de  jour  et  de  nuit  (un  par  demi-mois),  et,  au  bas  de 
l'ensemble,  une  figure  humaine  dont  les  membres  se  trouvent  à  l'aplomb  de 
sept  lignes  verticales  indiquant  chacune  une  avance  d'une  heure  dans  le  lever 
des  constellations.  Les  membres  tiennent  lieu  de  numéro  d'ordre  pour  désigner 
les  lignes,  qui  se  succèdent  dans  l'ordre  suivant  ;  Vll^  Coude  gauche;  YI, 
Oreille  gauche;  V,  Œil  gauche ;l\  (ligne  médiane),  Cœur;  III,  Œil  droit;  II, 
Oreille  droite;  I,  Coude  droit.  (Voy.  sur  la  question  R.  Lepsius,  Einleit.  zur 
Chronol,  der  Aegypler,  pp.  109-110). 


MÉTHODES    ÉGYPTIENNES  51 9 

nuit,  ce  qui  eût  été  un  tableau  d'opportunités  ou  xaTapy^aî  médi^ 
cales.  Mais  il  a  été  reconnu  depuis  qu'on  a  affaire  à  une  espèce 
de  barème  astronomique  —  et  non  astrologique  —  indiquant 
l'heure  du  lever  des  constellations,  de  quinze  jours  en  quinze 
jours.  Nous  sommes  aussi  en  droit  d'éliminer  comme  apocryphes 
les  livres  écrits  sous  le  nom  de  Pythagore  ou  de  Démocrite,  soi- 
disant  héritiers  de  la  «  science  égyptienne  »  :  tous  les  moyens 
étaient  bons  aux  astrologues  pour  capter  la  confiance  des  gens 
qui  voulaient  appuyer  leur  foi  sur  des  traditions  et  révélations 
éprouvées  par  l'expérience  des  siècles  '. 

Nous  retombons  toujours,  en  fin  de  compte,  sur  les  deux  co- 
lonnes de  l'astrologie  égyptienne,  Néchepso  et  Pétosiris,  c'est-à- 
dire  sur  les  livres  pseudépigraphes  qui,  aux  abords  de  notre  ère, 
ont  introduit  avec  éclat,  dans  le  monde  gréco-romain  déjà  à  demi 
conquis  par  les  «  Chaldéens  »,  la  concurrence  des  prétentions  de 
l'Egypte.  Cette  compilation,  une  fois  connue  comme  le  réceptacle 
de  la  science  égyptienne,  dut  se  grossir  elle-même  de  suppléments 
ajoutés  au  fur  et  à  mesure  par  tous  ceux  qui  avaient  une  idée 
quelconque  à  mettre  en  circulation  sous  la  garantie  des  révéla- 
tions faites  à  Néchepso  et  Pétosiris  par  les  dieux  Hermès  (Thot)  et 
Âsklépios  ^  Âsklépios  était  spécialement  responsable  des  recettes 


1.  Pythagoras,  aegyptiae  scientiae  gravis  auctor,  scribit  singula  nostri 
corporis  membra  caelesles  sibi  potestates  vindicasse  :  unde  fit  ut  aut  contrariis 
quibus  vincuntur,  aut  propriis  quibus  placantui\  conemur.  Passe  encore  pour 
Pythagore;  mais  Démocrite  endosse  la  responsabilité  des  recettes  les  plus 
ineptes  :  cerlanas  [febres]  SaCurni  filias  affirmavit  antiquilas  :  in  quarum 
curatione  Democritus  inquit  pollutions  opus  esse,  ut  sunt  caedis  culpae  et 
menstruae  mulieris,  etc.  De  même  pour  lepilempsin,  quam  ieran  noson  appel- 
lavere  (Theodor.  Priscian.,  pp.  230-251  Rose).  Pline  ne  tarit  pas  sur  les 
études  magiques,  ou  botano-magiques,  de  Pythagore  (XXIV,  §§  156-159;  XXV, 
§  13;  XXX,  §  9)  et  de  Démocrite  [ibid.)  :  il  refuse  de  croire  apocryphes  des 
livres  que  Démocrite  était  censé  avoir  trouvé  dans  le  tombeau  de  Darda- 
nus  (XXX,  §  9),  et  il  croit  faire  preuve  d'esprit  critique  en  disant  que  le 
médecin  Cléemporos  n'aurait  pas  voulu  mettre  sous  le  nom  de  Pythagore  un 
traité  dont  il  eût  été  lui-même  l'auteur  (quod  fecisse  Cleemporum,  cum  alia 
suo  et  nomine  ederet,  quis  credai!  XXIV,  §  159).  A.  Celle  (X,  12)  proteste 
contre  la  crédulité  de  Pline,  et  Columelle  (VII,  5)  cite  un  certain  Bolus  de 
Mendes  comme  l'auteur  des  Otto  (xv/niaxa  attribués  à  Démocrite.  Rien  n'y 
fît  :  Démocrite  devint  le  grand  docteur  de  la  magie.  Pline  savait  au  moins  que 
la  médecine  avait  été  magique  avant  de  devenir  astrologique  (XXX,  §  2,  cf. 
ci-dessus,  p.  37,  1).  Les  astrologues  auraient  pu  tout  aussi  bien  réclamer  pour 
eux  Hippocrate,  qui,  à  cause  de  l'influence  des  saisons  sur  le  corps,  trouve 
l'astronomie  très  utile  à  la  médecine  (oùx  êXatytaTov  {AÉpoc;  Çu[j.6âX)i£x«i  àjxpo- 
vojxÏTj  ïî  !T|TpivcT,v,  èXkk  X3tv'j  TtXeîdTov.  De  aer.  aq.  locis,  c.  2). 
2.  Asklépios  est  le  confident  ordinaire  de  l'Hermès  égyptien. 


520  CHAP.   XV.  LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

médicales,  dont  la  rédaction  paraît  avoir  été  attribuée,  spéciale- 
ment aussi,  au  «  roi  Néchepso  »  *. 

Avant  d'analyser  les  débris  de  la  science  ialromathématique, 
qui  est  une  combinaison  d'astrologie  et  de  magie,  il  est  bon  de 
séparer  les  idées  qui  y  sont  confondues  et  de  faire  la  part  de 
l'astrologie  proprement  dite. 

Réduite  à  ses  propres  ressources,  l'astrologie  ne  pouvait  déve- 
lopper qu'une  partie  de  la  médecine,  celle  qui  intéresse  le  moins 
le  malade,  l'art  de  porterie  diagnostic  et  le  pronostic.  Son  office 
propre  était  de  voir  dans  le  passé,  de  prévoir  dans  l'avenir  :  sa 
logique  fataliste  lui  interdisait  de  chercher  les  moyens  de  dé- 
ranger l'avenir  prévu,  de  travailler  à  infirmer  ses  propres  pré- 
dictions. La  généthlialogie  surtout  devait  s'y  refuser,  ses  calculs 
sur  la  durée  de  la  vie,  par  exemple,  devenant  tout  à  fait  aléa- 
toires, si  la  médecine  intervenait  pour  reculer  —  ou,  au  besoin, 
pour  avancer  —  les  échéances.  D'autre  part,  les  astrologues  ne 
tenaient  pas  à  pousser  jusqu'au  bout  la  logique  de  leur  système, 
qui  eût  fait  passer  leur  art  non  seulement  pour  immoral,  mais 
pour  inutile.  De  là  un  certain  embarras  auquel  s'est  soustrait 
Ptolémée  en  faisant  une  courte  allusion  à  la  médecine  et  en  se 
dispensant  de  traiter  des  climatères.  La  théorie  des  climatères, 
années,  jours  ou  heures  de  crise,  est  la  part  contributive  de  la 
généthlialogie  à  la  médecine  astrologique.  Nous  y  reviendrons 
tout  à  l'heure.  Les  manipulateurs  de  xaxapjç^af  étaient  infiniment 
plus  à  l'aise  pour  donner  satisfaction  aux  gens  désireux  non  seu- 
lement de  prévoir  les  maladies,  mais  de  les  guérir  quand  elles 
étaient  arrivées.  Ils  pouvaient  non  pas  formuler  des  recettes 
thérapeutiques,  —  ce  à  quoi  l'astrologie  non  adultérée  ne  suflit 
pas,  —  mais  indiquer  les  occasions  opportunes  d'appliquer  telle 
sorte  de  remèdes,  comme  aussi  les  contre-indications,  d'après 
l'état  actuel  des  positions  astrales  ^ . 

1.  E.  Riess  [Nechepsonis  et  Petosiridis  fragmenta  magica  [Bonnae,  1890]) 
fait  remarquer  que  les  citations  de  recettes  iatromathénaatiques  sont  toujours 
mises  sous  le  nom  de  Néchepso.  Galien  citant  ce  que  ô  ^cL(sCKth^  Ncxe4«^î 
lypa^/ev  Èv  xfi  xsajapsdxaiSexaVri  pfêXto  (Galen.,  c.  xii,  p.  207  Kuhn),  on  se 
demande  si  ce  X1Y<=  livre  est  le  quatorzième  de  l'ouvrage  entier  de  Néchepso 
et  Pétosiris,  ou  le  quatorzième  de  la  partie  iatromathématique.  La  question, 
résolue  dans  le  premier  sens  par  Riess,  nous  importe  peu,  car  bien  des  plumes 
ont  travaillé  à  l'abri  de  ces  signatures.  Les  faussaires  ont  même  essayé  de 
ramener  le  tout  à  l'unité  en  faisant  de  Pétosiris  le  maître  et  de  Néchepso  le 
disciple  (voy.  ci-après),  ou  en  remontant  directement  à  Hermès  Trismégiste. 

2.  N.  Pruckner  assure  qu'il  publie  Firmicus  et  des  traités  d'electiones  (xa- 
xapxat)  par  pitié  pour  les  malades,  que  tuent  des  médecins  ignofants  de 


DIAGNOSTIC    ET    PRONOSTIC  521 

Nous  nous  retrouvons  en  présence  de  deux  systèmes  astrolo- 
giques que  nous  connaissons,  de  deux  conceptions  distinctes  qui, 
comme  toujours,  devaient  se  pénétrer,  se  défigurer  l'une  par 
l'autre  et  s'infuser,  ainsi  obscurcies,  dans  l'innommable  mixture 
qui  constitue  Tiatromathématique.  Examinons-les,  en  commen- 
çant par  la  plus  simple,  l'application  des  initiatives  générales  ou 
universelles  à  la  médecine. 

On  rencontre  dans  tous  les  traités  de  xaxapyat  au  moins  un 
chapitre  intitulé  soit  «  des  Maladies  »,  soit  «  des  Opérations  chi- 
rurgicales ».  La  Lune  est  d'ordinaire  l'astre  indicateur.  Elle 
passait  pour  avoir  une  influence  immédiate  sur  le  corps  en  général 
et  particulièrement  sur  les  humeurs,  soumises  à  une  sorte  de  flux 
et  de  reflux  avec  le  cours  et  le  décours  de  la  Lune  *.  Le  pronostic 
—  il  n'est  pas  question  d'autre  chose  jusqu'ici  —  se  tire  de  la 
position  de  la  Lune  soit  par  rapport  aux  signes  du  Zodiaque,  soit 
par  rapport  aux  planètes.  Quant  il  s'agit  de  maladies,  c'est  au 
début,  au  moment  où  le  malade  prend  le  lit,  que  se  porte  le  pro- 
nostic concernant  la  gravité,  la  durée,  l'issue  de  la  maladie  ^. 

La  combinaison  de  la  Lune  avec  les  signes  est  relativement 
simple,  et  les  astrologues  qui  distinguent  les  «  jours  »  ne  la  com- 
pliquent pas  beaucoup,  attendu  que  la  Lune  ne  reste  pas  plus  de 
deux  jours  dans  le  même  signe.  En  règle  générale,  chaque  signe 
menace  la  partie  du  corps  à  laquelle  est  attaché  son  patronage 
dans  la  mélothésie.  Ainsi,  les  gens  qui  tombent  malades  quand 


l'astrologie.  11  cite  le  cas  d'une  hernie  opérée  par  un  chirurgien  Tauro  ascen- 
dente,  cujus  domini  Venus  et  Luna  eo  lempore  infortunati  eratit.  Cinq  jours 
après,  le  patient  était  mort;  comme  lui,  Pruckner,  l'avait  prévu  {Praef.). 
Cardan  (p.  380)  raconte  que,  atteint  de  polyurie,  à  l'âge  de  trente-six  ans,  par 
suite  d'un  climatère  saturnien,  il  serait  mort  s'il  avait  écouté  les  gens,  ignares 
en  astrologie,  qui  voulaient  traiter  par  des  réfrigérants  une  affection  causée 
par  le  froid  de  Saturne. 

i.  Voy.  ci-dessus,  pp.  91.  109.  288.  293,  1.  427.  En  général,  fi  ae^-rv-ri  ^i\\oi  xi 
Toij  atôjjLaTo;,  et  en  particulier,  les  uypÔTTiTSî  twv  awjidt-ruv  croissent  jusqu'à  la 
P.  L.  (Ps.-Ptol.,  Cenliloq.,  61  et  56).  AOtt,  vâp,  d>ç  iroAXâxiî  £Îpy,>ia|xev,  toû  iriv- 
To;  swii-aTOî  sati  xjpia  (Anon.,  p.  140).  Gentiles  credebant  ex  Sole  habere  spiri- 
lum,  ex  Luna  corpus  (attribué  à  S.  Luc,  Theodor.  Priscian.  Addit.,  p.  463  V. 
Rose).  Quand  même,  l'entrée  du  Soleil  dans  les  signes  indiquant  simplement 
les  saisons,  les  astrologues  dédaignent  et  laissent  à  la  médecine  vulgaire  ce 
genre  de  considérations. 

2.  Voy.  Maxim.,  VI,  IIspl  vôcjuv,  v.  141-275  (pp.  15-23  Ludw.),  et  l'analyse 
(pp.  87-89).  Voici  le  précepte,  sous  sa  forme  la  plus  générale,  théorie  et  pra- 
tif(ue  :  ÈÇeTaÇe'.v  ouv  5ct  t+,v  T,[i.épav  xal  t^.v  wpav  xf,?  xiTaxXîaEui;,  xal  ffuvopâv  t6v 
•itôar[iov,  Tîwî  SiaxEÏxai;  /wp'.;  yàp  rr,;  >ioa[xtxf|î  (TUjx-a6etaî  totç  àvOpwitoii;  oôSèv 
ÊTOY^vexai  (Herm.  Trism.  ap.  Ideler,  I,  pp.  396  et  440). 


522  CHAP.   XV.  LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

la  Lune  est  dans  le  Bélier  ne  courent  pas  de  danger,  à  moins 
qu'ils  ne  soient  céphalalgiques.  Le  Taureau  est  bénin  aussi,  sauf 
pour  les  angines  ;  comme  le  Cancer,  sauf  pour  les  maladies  de 
poitrine  ;  ou  les  Poissons,  sauf  pour  les  podagrê's.  Outre  la  corres- 
pondance des  signes  et  des  parties  du  corps,  il  y  a  aussi  à  consi- 
dérer le  tempérament  du  signe.  Le  Verseau,  par  exemple,  n'est 
dangereux  qu'en  cas  d'hydropisie.  L'astrologue  établit  un  pro- 
nostic spécial,  à  chaque  signe,  pour  les  accouchements  prématurés, 
classés  parmi  les  maladies  et  rarement  sans  danger,  toujours 
mortels  dans  la  Balance,  qui  sans  doute  ne  tolère  pas  les  erreurs 
de  compte.  La  durée  des  maladies  se  préjuge  principalement 
d'après  l'àvacpopà  des  signes,  les  uns  à  marche  rapide,  les  autres 
à  marche  lente  '.  Les  règles  d'ailleurs  ne  vont  pas  sans  exceptions 
capricieuses  :  tel  signe,  qui  est  favorable  le  premier  jour,  est  dan- 
gereux le  second,  ou  inversement. 

Par  rapport  aux  planètes,  la  Lune  n'est  considérée  que  dans 
ses  contacts  (CTuvacpat).  11  va  sans  dire  que,  avec  Jupiter,  Vénus  ou 
Mercure,  elle  allège  et  abrège  les  maladies,  qui  deviennent  dou- 
loureuses et  interminables  avec  Mars  et  Saturne  "^  Pour  les  avor- 
tements,  le  contact  avec  n'importe  quelle  planète  est  fâcheux  :  il 
vaut  mieux  que  la  Lune  coure  à  vide  (xsvoSpofjLt'a)  ^. 

Le  chapitre  de  la  chirurgie  *  est  consacré  presque  exclusi- 
vement aux  contre-indications.  Il  ne  faut  faire  d'opérations  ni 
quand  la  Lune  est  dans  les  signes  tropiques,  ni  quand  elle  est 
dans  le  Taureau,  le  Capricorne  ou  la  Vierge  ^  ni  quand  elle  est 


1.  C'est  là  pour  ainsi  dire  un  principe  de  sens  commun  en  astrologie 
savante.  Pom-tant,  Maxime  ne  paraît  pas  en  avoir  une  idée  bien  nette,  et 
même  il  nie  la  règle  en  disant  que  le  malade  qui  se  couche  dans  le  premier 
jour  des  Gémeaux  sera  longtemps  éprouvé,  tandis  que  celui  qui  tombe  au 
second  jour  sera  guéri  au  bout  de  trois  jours.  Sans  doute  allaire  de  degré,  de 
sexe,  de  plein  ou  vide  du  dit  degré,  d'après  un  système  quelconque  (cf.  ci- 
dessus,  p.  235).  Cependant,  il  place  des  maladies  qui  deviendront  chroniques 
—  à  moins  qu'elles  ne  passent  tout  de  suite!  —  dans  la  Vierge  et  la  Balance, 
les  signes  ppa6uavâcpopa  par  excellence. 

2.  Il  faut  dire  que  Saturne  et  Mars  sont  moins  méchants  quand  ils  sont 
dans  leur  a't'pectî,  le  premier  à  l'Orient,  l'autre  à  l'Occident  :  Ta  ■zoû  àvaToXixoû 
à^pbxjxQU  où  pXatitTei  toctoûtov  ô  Kpôvoç,  waitêp  o66è  ô  'Apfiî  "côv  Suxtxôv  (Ps. 
Ptoleni.,  Centiloq.,  92).  Quelle  langue!  On  peut  aussi  bien  comprendre  «  pour 
un  malade  oriental  »,  etc. 

3.  Voy.  ci-dessus,  p.  25S. 

4.  Maxim.,  VII,  Hepl  xo  [xf;?  xal  xttpouy^a?,  v.  276-319  (pp.  23-26  Ludw.) 
et  analyse  (pp.  89-90). 

5.  Notre  versificateur  ne  s'aperçoit  pas  que  le  Capricorne  compte  déjà 
parmi  les  signes  tropiques.  Ceux-ci  sont  mauvais  par  définition  quand  on  vise 


OPPORTUNITÉS    DES    OPÉRATIONS   ET   MÉDICAMENTS  523 

nouvelle  ou  pleine,  ni  quand  elle  est  en  conjonction  ou  contact 
avec  Mars  ou  Saturne.  Avec  le  premier,  il  y  aura  des  hémorragies, 
ou  il  faudra  recommencer  l'opération  ;  avec  le  second,  les  suites 
seront  longues  et  la  terminaison  funeste.  Le  chirurgien  qui  veut 
réussir  doit  choisir  le  moment  où  la  Lune  étant  en  décours,  de 
préférence  après  le  D.  Q.,  se  trouve  en  contact  avec  Jupiter  ou 
Vénus.  A.  défaut  de  contact  avec  la  Lune,  les  planètes  collabo- 
rantes produisent  le  même  effet  quand  elles  sont  à  l'Horoscope. 
On  s'étonne  de  ne  pas  voir  utilisée  ici  la  mélothésie  zodiacale, 
qui  fournit  une  règle  des  plus  simples  :  ne  pas  toucher  avec  le 
fer  un  membre  quelconque  pendant  que  la  Lune  occupe  le  signe 
correspondant  *. 

En  dehors  de  la  chirurgie,  qui  appartient  à  la  thérapeutique, 
la  thérapeutique  médicale  est  à  peu  près  absente  des  textes  sus- 
visés.  A  peine  rencontre-t-on  çà  et  là  quelques  conseils  sur  l'op- 
portunité de  certains  remèdes.  Maxime  conseille  de  «  purger  le 
ventre  »  en  toute  hâte,  lorsqu'une  maladie  débute  au  moment  où 
la  Lune  est  dans  le  Lion,  qui  correspond  au  ventre  ^  Tel  autre 
avertit  que  les  purgations  ont  moins  d'effet  quand  la  Lune  est 
en  conjonction  avec  Jupiter  '\  Un  autre,  qui  peut  être  fier  de 
sa  découverte,  réfléchit  que,  quand  la  Lune  est  dans  un  «  signe 
ruminant  «  ou  en  conjonction  avec  une  planète  rétrograde,  le 
purgatif  doit  cheminer  à  rebours  et  faire  l'effet  d'un  vomitif  *. 

Toutes  ces  bribes  de  théories,  épaves  de  systèmes  faits  ou  ébau- 
ches de  systèmes  à  faire,  dispersent  et  fatiguent  l'attention.  Il 


un  résultat  sûr  et  stable.  En  génèthlialogie,  la  Lune  dans  un  signe  tropique 
ou  équinoxial  produit  des  infirmités  (Anon.,p.  141)  :  on  comprend  qu'elle  n'y 
soit  pas  opportune  en  xaxap^at. 

1.  M>,  â'ijiT,  [lopiou  aiSfjpti)  xf,;  SeXtjvt^i;  iizzyo-Jarfi  xô  Çûûtov  6  xupieûet  xoû  [xopîou 
ixEt'vou  (Ps.  -Ptolem.,  Centiloq.,  20).  La  mélothésie  zodiacale  a  été  largement 
exploitée  au  moyen  âge,  sans  doute  d'après  des  traditions  anciennes,  dont  on 
retrouvera  les  traces.  Règle  générale  :  que  la  Lune  ou  l'Horoscope  du  moment 
soit  dans  un  signe  sympathique  à  l'organe  malade.  11  y  a  des  signes  pecto- 
raux (§  Si),  intestinaux,  etc.  Les  signes  aqueux  favorisent  les  purgations; 
les  signes  «  terriens  »  arrêtent  les  flux  de  ventre,  et  ainsi  de  suite;  le  tout  en 
tenant  compte  des  aspects,  domiciles,  et  de  toutes  les  formes  de  collaboration. 

2.  Aeî  oÙv  xêvûuai  xi,v  yajxepa  xa)(Éu?  (p.  87  Ludw.). 

3.  'A[i6XtJvexa'.  tj  xoû  xaOapcriou  àvipYSta,  xfiî  2£Xt,vt,i;  auvo5êuoû(TT,î  xw  Aiî 
(Ps.-Ptolem.,  Centiloq.  19). 

i.  Précepte  recueilli  par  l'Hermétique  de  basse  époque  qui  cite  parfois  les 
Arabes  {Centum  Aphorismi,  74,  p.  842  Junctinus).  D'après  le  Centiloquium 
(21),  le  purgatif  est  vomi  quand  la  Lune  est  dans  le  Scorpion  ou  les  Poissons, 
xal  xoj  x'jpiou  xoO  wpoaxdirou  aiiviitxovxoî  àaxpw  ûitèp  vf^v  ovxi.  La  Lune 
au-dessus  de  l'horizon  attire  en  haut  les  humeurs  à  évacuer. 


824  CHAP.   XV.  LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

fallait  aux  praticiens  des  guides  donnant  en  raccourci  des  règles 
pour  le  diagnostic,  le  pronostic  et  la  thérapeutique.  Nous  en  pos- 
sédons un,  en  deux  rédactions  différentes,  mis  sous  le  nom 
d'Hermès  Trismégiste  et  adressé  par  le  dieu  à  son  compatriote 
l'Égyptien  Ammon  *.  Le  médecin  doit  prendre  l'heure  exacte  de 
l'alitement  et  savoir  où  est  la  Lune,  dans  quel  signe,  dans  quel 
rapport  avec  les  planètes,  et  spécialement  si  elle  est  en  aspect 
diamétral  ou  quadrat  avec  une  planète  malfaisante  ;  enfin,  si 
elle  est  en  cours  ou  en  décours,  car  la  maladie  croît  et  (quand 
elle  doit  se  terminer  heureusement)  décroît  avec  elle.  Comme 
il  y  a  deux  planètes  malfaisantes,  l'une  froide (ï)),  l'autre  chaude 
(cf)»  il  y  a  en  gros  deux  espèces  de  maladies,  les  humeurs  froides 
ei  les  inflammations.  L'adjonction  de  Mercure  à  Saturne  et  du 
Soleil  à  Mars  permet  déjà  de  nuancer  l'étiologie  générale,  qui  sert 
aussi  de  règle  générale  pour  la  thérapeutique.  Celle-ci  suit  la 
méthode  des  contraires,  opposant  les  médicaments  de  nature 
martiale  et  solaire,  les  «  échauffants  »  (Srepjxatvovxa),  aux  maladies 
saturniennes  ou  mercurielles,  et  inversement. 

Étiologie,  diagnostic,  pronostic,  thérapeutique  se  précisent  par 
la  considération  des  signes  et  des  aspects  formés  entre  la  Lune' et 
les  planètes.  Notre  hermétique  dresse  un  calendrier  sommaire, 
dans  lequel  sont  visés,  pour  chaque  mois,  les  rapports  de  la 
Lune  d'abord  avec  Saturne,  puis  avec  Mars  ;  l'une  ou  l'autre  pla- 
nète étant  «  en  opposition  ou  quadrature  ou  conjonction  ^),  et  la 
Lune,  de  son  côté,  croissant  ou  décroissant,  soit  en  «  nombres  », 
soit  en  «  lumière  »  ^.  A  ces  données  s'ajoute,  pour  accroître  le 
nombre  des  variables,  l'absence  ou  le  concours  de  planètes  bien- 
faisantes en  aspect  efficace,  ou,  au  contraire,  la  collaboration 
possible  des  deux  planètes  malfaisantes.  Voici  un  échantillon  de 
ce  genre  de  consultation  :  «  Si  quelqu'un  s'alite,  la  Lune  étant 
«  dans  le  Bélier,  Saturne  étant  en  opposition  ou  quadrature  ou 
«  conjonction  avec  elle,  surtout  si  elle  diminue  en  nombres  et 

1.  'latp  0  [i.a6T||xaxLxà  'EpjxoO  toO  TptfffxEYEuTOU  irpôî  'A[X!Jiwva  Atyûirxiov  et 
'Epiioû  TOÛ  IpiaiisytaTOU  irspi  xaTax.>itae'j)ç  voaoûvTwv  Ils  p  ty  vwa-c  txâ,  è%  Tf,î 
]iaOT,[j.aTixf,(;  ÈTttaTf,(ir,i;,  irpôî  "A[x[jLwva  AlyûiTTtov.  Les  deux  rédactions  dans  Ide- 
1er,  Physici  et  medici  graeci  minores.  Berolin.  1841,  t.  1,  pp.  387-396  et  430- 
440.  Cf.  les  textes  analogues,  Depl  xaTaxXtaew;,  dans  YAppendixàQ%  Codices 
Florentini  (pp.  118-124).  • 

2.  Remarquer  que  l'auteur  distingue  entre  le  cours  et  le  décours  d'une  part, 
d'autre  part,  la  marche  additive  (dans  le  sens  du  mouvement  propre  des  pla- 
nètes) et  soustractive  (dans  le  sens  du  mouvement  diurne).  Rappelons  que  la 
lune  croît  et  avance  de  la  N.  L.  au  P.  Q.,  croît  et  rétrograde  du  P.  Q.  à  la  P.  L., 
décroît  et  rétrograde  de  la  P.  L.  au  D.  Q.,  décroît  etàvancé  du  D.  Q.  à  la  N.  L. 


MÉDICATION    ASTROLOGIQDE  525 

«  faiblit  en  lamière,  la  maladie  commence  par  refroidissement, 
«  et  ceci  se  connaîtra  à  la  tête.  Car  il  y  aura  lourdeur  de  ce  côté 
«  et  sur  les  yeux,...  pouls  faible  et  irrégulier,...  face  tirée,  exlré- 
«  mités  froides,  lipothymie,  anorexie  et  sueurs  intempestives.  Il 
«  conviendra  d'employer  les  échauffants,  les  remèdes  propres  à 
«  détendre  et  à  relâcher  le  ventre  ;  la  saignée  est  sans  utilité.  Si 
«  aucune  planète  bienfaisante  ne  s'associe  avec  la  Lune  par  aspect 
«  quadrat  ou  diamétral,  le  malade  ne  résistera  pas,  mais  mourra, 
«  Avec  un  concours  bienfaisant,  au  bout  d'un  certain  temps,  il 
«  guérira...  Si  Mars  occupe  aussi  le  même  aspect  par  rapport  à 
«  la  Lune,  le  malade  mourra  infailliblement  [dans  le  laps  de 
«  temps  qui  va  de  là]  jusqu'au  diamètre  ». 

«  Si  quelqu'un  s'alite,  la  Lune  étant  dans  le  Bélier  et  dans  les 
«  aspects  susdits  avec  Mars  et  le  Soleil,  la  maladie  viendra  de  la 
«  tête,  et  ceci  se  reconnaîtra  à  ce  que  les  méninges  sembleront 
«  paralysées.  Il  y  aura  et  fièvres  contenues,  et  insomnie,  et  bouche 
«  brûlante,  et  soif  immodérée,  et  langue  trouble,  inflammations  de 
«  la  poitrine  et  suppuration  du  foie,  pouls  dur  et  irrégulier.  Pour 
«  ceux-là,  la  saignée  sera  utile  et  les  applications  de  tous  remèdes 
«  propres  à  refroidir  et  lénifier.  La  maladie  sera  délire  et  frénésie. 
«  Si  aucune,  planète  bienfaisante  n'assiste  la  Lune  et  si  Saturne 
«  s'en  mêle,  un  malade  de  cette  sorte  mourra  au  diamètre  ou  à 
«  la  quadrature,  surtout  si  la  Lune  avance  sur  les  nombres.  Mais 
«  si  une  planète  bienfaisante  regarde  la  Lune,  après  avoir  couru 
«  le  danger,  il  en  réchappera  »  *. 

On  pouvait  aussi  appliquer  aux  maladies  une  méthode  qui  a 
déjà  été  signalée  comme  d'usage  courant  dans  les  «  interroga- 
tions »  et  qui  fournissait  réponse  à  tout  ^.  On  obtenait  ainsi  des 
renseignements  de  toute  sorte,  même,  si  on  le  jugeait  à  propos, 
sur  le  médecin.  Par  exemple,  le  médecin  étant  représenté  par 
l'Horoscope  et  la  médication  par  le  IMC,  «  si  une  planète  malfai- 
«  santé  est  à  l'Horoscope  et  une  bienfaisante  en  IMC,  cela  montre 
«  que  le  premier  médecin,  si  entendu  qu'il  soit,  ne  pourra  aucu- 
«  nement  soulager  le  malade,  mais  qu'un  autre  médecin  survenant 
«  plus  tard  lui  fera  du  bien.  Et  en  examinant  le  IMC,  vois  si  la 
«  planète  qui  le  suit  est  sur  son  trône  ou  non;  car  si  elle  était 
«  dans  son  propre  trigone  ou  domicile,  le  médecin  sera  du  pays 
«  et  non  étranger;  si  elle  était  dans  des  lieux  appartenant  à 
«  d'autres,  le  médecin  sera  étranger  »  ^. 

1.  Herm.  Trismeg.,  ap.  Tdeler,  I,  pp.  433-434. 

2.  Voy.  ci-dessus,  pp.  472  sqq.,  474,  2. 

3.  CocL  Florent.,  pp.  124-125. 


826  CHAP.   XV.  —    LA    MÉDECINE   ASTROLOGIQUE 

Mais,  en  dépit  de  tous  les  raffinements,  on  ne  va  pas  au  fond 
des  choses  avec  les  Y.a.xaç)-^%[  universelles.  Étant  toutes  à  tous,  elles 
ne  permettaient  pas  d'instituer  un  diagnostic  et  une  thérapeu- 
tique propres  à  un  cas  spécial,  à  un  tempérament  particulier. 
Interprétées  avec  discrétion,  elles  ne  dépassaient  guère  le  do- 
maine de  l'hygiène  banale,  où  elles  rencontraient  la  concurrence 
d'une  foule  de  dictons  populaires'.  Le  fait  d'observation  courante 
que,  de  deux  individus  tombés  malades  ou  opérés  en  même 
temps,  l'un  guérit  et  l'autre  meurt,  prouvait  aux  plus  obtus  que 
l'état  présent  du  ciel  ne  suffisait  pas  à  établir  le  pronostic.  Ce 
raisonnement,  irréfutable  dans  sa  simplicité,  obligeait  les  astro- 
logues à  se  rejeter  du  côté  de  la  généthlialogie.  La  combinaison 
des  y-oLzapyoLÎ  et  de  la  généthlialogie  sous  forme  de  chronocralories 
prenant  leur  point  de  départ  dans  le  thème  de  géniture  pouvait 
très  bien  être  utilisée  pour  fixer  les  opportunités  médicales;  et 
elle  Ta  été  en  fait,  mais  enchevêtrée  avec  d'autres  considérations 
et  devenue  comme  une  théorie  à  part,  la  théorie  des  climatères 
(xX  [fiaxi^pe;-  xXtjJiaxTTjp  txot  eviauTof  ou  fJ-vivEç  OU  •f.jj.ipat  ou  wpat). 
Celle-ci  est  issue  de  la  collaboration  des  médecins,  qui  avaient 
fait  de  l'astrologie  sans  le  savoir  alors  qu'il  n'était  pas  encore 
question  de  l'influence  des  astres,  et  des  astrologues,  qui  tenaient 
à  incorporer  à  leur  art  des  traditions  médicales  jouissant  déjà 
d'une  grande  notoriété. 

Quand  on  a  lu  l'ouvrage  de  Saumaise  sur  la  question,  on  est 
excusable  de  ne  plus  savoir  au  juste  ce  que  c'est  qu'un  climatère. 
A  force  de  récuser  toutes  les  définitions  et  de  retoucher  les 
siennes,  de  coudre  les  unes  aux  autres  les  digressions  et  les 
citations  et  d'attirer  ainsi  dans  son  sujet  l'astrologie  tout  entière 
à  l'état  chaotique,  l'estimable  érudit  fait  crouler  sur  la  tête  du 
lecteur  l'édifice  qu'il  avait  promis  de  construire.  De  par  l'étymo- 
logie,  le  climatère  est  un  degré  d'une  échelle  (xXTjjiaij^,  un  «  éche- 
lon »  dangereux,  noté  d'avance  comme  pouvant  plier  ou  même 
se  rompre  sous  le  pied  qui  s'y  pose  au  moment  marqué  par  le 
Destin.  Saumaise  raye  de  la  liste  des  climatères  l'échelon  qui  se 
rompt,  parce  que  le  propre  d'un  degré  est  d'être  une  transition 

1.  Les  astrologues  ont  dû  accommoder  à  leur  façon  quantité  de  superstitions 
antérieures  concernant  l'hygiène  ;  ce  n'est  pas  de  pure  tradition  astrologique 
que  vient,  par  exemple,  le  conseil  de  ne  pas  endosser  de  vêtements  neufs 
quand  la  Lune  est  dans  un  signe  «  solide  »  —  surtout  le  Lion  —  ou  à  la  Nou- 
velle et  à  la  Pleine  Lune  {Centiloq.,  22;  C.  Aphorism.,  82). 

2.  KXî[ia|,  de  xXîvto,  parce  que  le  profil  d'un  escalier  est  oblique.  Pline 
traduit  scanstH  annorum  lege  occidua  quam  climacteras  appellant  (VII,  §  161). 


THÉORIE   DES    CLIMATÈRES  527 

et  qu'un  degré  qu'on  ne  franchit  pas  n'est  plus  un  degré,  mais 
lin  terme.  Les  anciens  ont  donc  tort,  suivant  lui,  de  parler  de 
climatères  «  mortels  »;  il  n'y  a  que  des  climatères  plus  ou  moins 
dangereux  *.  Néanmoins,  le  calcul  des  climatères  admet  toujours, 
à  un  climatère  dangereux,  la  possibilité  d'une  crise  mortelle,  de 
sorte  qu'il  porte  à  la  fois  sur  les  climatères  proprement  dits  et 
les  termes  qui  sont  reconnus  après  coup  n'être  pas  des  clima- 
tères. C'est  ce  que  Saumaise  appelle  éclaircir  les  questions. 

Il  fait  œuvre  plus  utile  en  distinguant  les  climatères  astrolo- 
giques des  époques  «  critiques  »  (  xptai|xo;  èviauxoi,  {jlyîvec,  fjixipat), 
que  les  médecins  prévoyaient  dans  la  marche  des  maladies  à 
périodes  connues,  et  cela,  avant  toute  intrusion  de  l'astrologie 
chaldéenne.  La  différence  est  triple.  Le  pronostic  des  «  crises  « 
médicales  ne  s'applique  qu'aux  maladies,  se  fonde  sur  la  nature 
même  des  maladies  ou  sur  les  propriétés  des  nombres  pairs  et 
impairs,  et  prévoit  aussi  bien  les  crises  salutaires  que  les  autres. 
Le  pronostic  des  climatères  se  déduit  de  calculs  astrologiques, 
ne  prévoit  que  des  dangers  et  s'applique  à  toute  espèce  de 
dangers,  y  compris  ceux  qui  menacent  la  fortune,  la  réputation 
et  autres  biens  de  l'existence  ^.  Saumaise  a  pour  lui  des  textes  où 
se  trouvent  visées  en  bloc  et  confondues  des  théories  astrolo- 
giques différentes  qu'il  ramène  de  force  à  l'unité.  Il  ne  distingue 
pas  assez  de  ce  côté  ;  et,  d'autre  part,  en  élargissant  la  différence 
entre  époques  critiques  et  climatères,  il  ne  s'aperçoit  pas  que 
les  astrologues  n'ont  inventé  leurs  climatères  que  pour  trouver 
des  raisons  astrologiques  aux  époques  critiques  des  médecins  et 
s'emparer  du  système. 

1.  Saumaise  s'inspire  ici  des  théories  de  Ptoléraée  (ci-dessus,  pp.  415-419  et 
501-505)  et  surtout  de  son  scoliaste,  lequel  distingue  de  i'ivatpea'.î  ou  mort  les 
climatères,  d'une  part,  d'autre  part,  les  malaises  passagers  (irapo5ixat  àT^Siat), 
réservant  le  nom  de  xXi[jLaxxf,  ps;  pour  les  crises  qui  amènent  itXetaxa  xaxi 
(Anon.,  p.  133).  Cf.  Salmas.,  p.  483.  Ptolémée  [Telrab.,  111, 12,  p.  344  Junctinus) 
ne  dit  qu'un  mot  en  passant  des  climatères  ou  rencontres  fâcheuses  semées 
sur  le  chemin  de  la  vie  (quadrant  du  Zodiaque),  ta;  xe  àvatpexixdiç  vtal  xà? 
x>k  ijjLaxxTipixàç  xal  xàç  eïXXioî  xapoStxatî  —  xXt  (iaxxîjp  a;  (leYiXooî  xal 
l-iafaXeï;,  juste  de  quoi  montrer  qu'il  connaît  le  sujet. 

2.  A.  Celle  dit,  en  effet,  d'après  Varron  :  pericula  quoque  vitae  fortunarumque 
hominum,  qiiae  climaclerus  Chaldaei  appellant,  (jravissimos  quosque  fieri 
seplenarios  (Cell.,  III,  10,  9).  Valens  a  des  séries  de  climatères  visant  le  corps, 
l'âme,  la  fortune,  les  entreprises,  etc.,  avec  des  points  de  départ  (xX-î^poi) 
différents,  selon  le  système  de  la  Siaipeai;  ypovwv  (ci-dessus,  p.  502).  Je  n'en 
persiste  pas  moins  à  croire  que,  comme  les  époques  critiques  des  médecins, 
les  climatères  ne  visaient  que  la  santé;  et  c'est  pourquoi  j'ai  évité  d'en  parler 
dans  les  autres  chapitres. 


528  CHAP.    XV. LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

Hippocrate  et  ses  disciples  enseignaient  qu'il  y  a,  dans  le  cours 
des  maladies,  des  jours  indifîérents  et  des  jours  critiques  ou 
«  générateurs  »  d'effets  (yôvtjxoi),  et  qu'une  maladie  ne  se  termine 
jamais,  par  mort  ou  guérison,  qu'en  un  jour  actif  *.  Ils  dressaient 
donc  des  listes  de  «  jours  critiques  »,  et,  pour  les  maladies  à 
marche  lente,  de  mois  et  années  critiques.  La  répartition  des 
années  critiques,  sous  l'influence  de  traditions  préexistantes  et 
de  spéculations  pythagoriciennes ,  tendit  à  se  régulariser  en 
périodes  septénaires  ou  novénaires  comptées  à  partir  du  début 
de  l'existence,  les  mêmes  que  nous  avons  déjà  rencontrées  à 
mainte  reprise.  Le  passage  d'une  période  à  l'autre  passait  pour 
être  critique,  et,  comme  l'idée  dominante  était  ici  l'idée  de  chan- 
gement, il  en  résultait  que  les  années  critiques  avaient  chance 
d'être  plutôt  salutaires  pour  les  malades  et  dangereuses  pour  les 
gens  bien  portants.  Comme  les  Pythagoriciens  attribuaient  une 
énergie  particulière  aux  nombres  carrés,  les  partisans  du  comput 
septénaire  redoutaient  particulièrement  la  49"  année,  et  les  parti- 
sans du  novénaire,  l'année  81.  Des  éclectiques  «  égyptiens  »  — 
on  sait  qu'il  n'y  a  pas  de  Grec  plus  Égyptien  que  Pythagore  — 
imaginèrent  de  combiner  les  deux  systèmes  en  marquant  l'année 
dangereuse  par  excellence  au  point  de  rencontre,  à  la63e  année, 
qui  était  critique  à  la  fois  comme  septénaire  et  novénaire 
(7X9=  63).  Cette  année  devait  être,  pour  la  majorité  des  hu- 
mains, l'échéance  mortelle  ;  c'était  celle  qui  «  brise  les  hommes  » 

(àvopox  X  dcç  -  àvSpoxXaaxT];)  ^. 

Ce  système  était  né  et  pouvait  rester  indépendant  de  l'astrolo- 
gie :  c'était  une  raison  de  plus  pour  l'incorporer  à  l'astrologie 

1.  On  comprend  la  puissance  des  théories  mystiques  en  voyant  Hippocrate 
persuadé  que  les  jours  impairs  sont  seuls  actifs,  et  le  septième  plus  que  les 
autres  :  Mwde  apparet,  ut  in  morbis  dies  septimi  suspecti  sunt  et  xp(at[Aot 
dicuntur,  ita  per  omnem  vitam  seplimum  quemque  annum  periculosum  et  velut 
xp  t  s  t[iov  esse  et  climactericum  vocitari  (Censorin.,  De  die  nat.,  14,  9).  Hip- 
pocrate trouvait  moyen  de  distinguer  dans  l'année  sept  saisons  ainsi  réglées  : 
deux  par  le  lever  et  le  coucher  des  Pléiades  ;  deux  par  le  lever  matinal  et  ves- 
péral d'Arcturus;  une  par  le  lever  du  Chien  ;  les  deux  autres  par  le  solstice 
d'hiver  et  l'équinoxe  de  printemps.  On  rencontrerait  encore  aujourd'hui,  dans 
les  dictons  populaires  et  jusque  dans  les  livres  de  médecine,  des  traces  de  la 
tyrannie  mystique  des  nombres,  surtout  des  septénaires.  Plus  d'un  contem- 
porain croit  encore,  comme  Régnier,  que  «  change  la  Nature  |  De  sept  ans  en 
sept  ans  notre  température  »  [Sat.,  V,  v.  109-110). 

2.  'AvSpoxÀàî  (Scalig.,  p.  266  —  dtvSpox>.d(TTTi;,  Vett.  Valens,  ibid.)  ou  dvSpoxXdtî 
(Salmas.,  pp.  97-98)  de  à'vSpa  xT^iw.  Itaque  primiim  climactera  annum  quadra- 
gensimum  et  nonum  esse  prodiderunt,  ultimum  autem  ,octogensimum  et  unum  ; 
médium   vero  ex  utroque  permixtum  anno  tertio  et  sexagensimo,  vel  quem 


THÉORIE   DES    CLIMATÈRES  529 

en  passe  de  devenir  la  science  universelle.  Il  ne  faut  pas  songer 
à  fixer  une  date,  même  flottante,  à  cette  intrusion  de  l'astrologie 
dans  des  spéculations  physiologiques  et  mystiques*  :  nous  aurons 
assez  fait  en  notant  les  points  de  suture  et  en  suivant  la  filiation 
des  idées. 

L'astrologie  bornée  aux  xatapyai  universelles  pouvait  s'ajouter 
à  tous  les  systèmes  de  dates  critiques,  mais  non  pas  se  les  appro- 
prier ou  les  remplacer.  Le  client  qui  venait  consulter  un  astro- 
logue de  cet  acabit  pour  savoir  s'il  échapperait  ou  non  à  une 
échéance  fatale  avait  pu  être  averti  simplement  par  le  compte  de 
son  âge.  La  généthlialogie  seule  était  capable  de  reprendre  le 
problème  et  de  substituer  aux  procédés  mécaniques  des  pytha- 
gorisants  des  méthodes  à  elles.  Ces  procédés  avaient,  du  reste, 
un   trait  commun  avec  la  généthlialogie,  le  point  de  départ  de 

hebdomades  novem  vel  septem  enneades  conficiunt.  Système  éclectique,  mer- 
veilleusement agencé.  Le  comput  septénaire  étant  appliqué  au  corps,  le  nové- 
naire  à  Tâme  [plerique  duos  istos  numéros  subliliter  dicreverunt,  dicentes 
septenarium  ad  corpus,  novenarium  ad  animam  pertinere  :  ceci  prouvé  par  le 
nombre  des  Muses),  l'année  63  menaçait  les  deux  ensemble  (Censorin.,  De  die 
nat.,  14,  13-15).  Les  septénaires  et  novénaires  antérieurs  à  49  ans  ne  sont  plus 
des  climatères  :  la  période  dangereuse  va  de  49  à  81  ans,  ayant  pour  étapes 
les  produits  de  7  et  les  produits  de  9.  Firmicus  lui-même  comprend  qu'il  y 
a  là  un  système  indépendant  de  sa  généthlialogie  et  même  des  chronocrato- 
ries  qu'il  dit  avoir  exposées  dans  un  traité  spécial  :  Sane  extra  ceteros  climac- 
teras  etiam  septimi  et  noni  per  omne  vitae  tempus  multiplicata  ratione 
currentes  naturali  quadam  et  latenti  ratione  variis  hominem  periculorum 
discriminibus  semper  afficiunt,  unde  LXIII  annus,  quia  utriusque  numeri 
summam  pariter  excipil,  androclas  appellatus  est.  —  Hac  ex  causa  abAegyptiis 
androclas  appellatus  est  quia  omnem  viri  substantiam  (c'est-à-dire  le  corps 
et  l'âme  ?)  frangat  acdebilitet  (Firmic,  IV,  20,  3  Kroll).  Néanmoins,  Firmicus 
veut  que  l'astrologue  recherche,  à  ce  moment  redouté  (sans  doute  au  début 
de  la  63*  année),  où  est  la  Lune  (méthode  des  xatap/aJ  universelles),  quel  est 
le  chronocrator  (méthode  des  viaxap/ai  généthliaques)  et  le  «  maître  de  la 
géniture  »  (généthlialogie),  c'est-à-dire  applique  trois  méthodes  qui,  pour  cet 
esprit  incapable  d'analyse,  n'en  font  qu'une  :  iîispicere  debemus  an  tempore 
ipso  quo  periculi  discrimen  immineat,  et  Lunam  et  temporum  et  geniturae 
dominum  benivolae  stellae  aequa  radiatione  respiciant. 

1.  Le  fonds  de  la  littérature  astrologique  étant  composé  d'ouvrages  pseudé- 
pigraphes,  je  n'attache  aucune  importance  à  la  citation  que  fait  Valens  d'une 
x)ii[xax'UT,pwv  ivaypacjfj  de  Critodémos  (cf.  Salmas.,  pp.  461-462).  Critodémos 
était  un  des  plus  anciens  astrologues  grecs  :  sa  signature  était  bonne  à 
emprunter  pour  vieillir  des  nouveautés.  L'autorité  généralement  invoquée 
est  celle  de  Pétosiris,  que  Valens  analyse  dans  le  chapitre  spécial  itepl 
xX'.  jxa  xTT|p  wv  [Cod.  Paris.,  330  A,  fol.  16  recto),  distinct  du  ite  pi  %'ki  \i.<x%- 
T/ipoç  éSSojiaStxfiî  xal  ivveaSixf.î  dtywYfîî  (fol.  11  verso  -  12  r.).  Péto- 
siris acceptait  les  climatères  arithmétiques,  notamment  le  fameux  androclas, 
dont  il  se  pourrait  même  qu'il  fût  l'inventeur. 

34 


530  CHAP.   XV.—  XA   MÉOEaNE  ASTROLOGIQUE 

toutes  les  supputations  étant  le  moment  de  la  naissance.  Les 
généthlialogues,  cherchant  à  créer  des  «  climatères  »  qui  fussent 
dépendants  du  thème  de  géniture  et  indépendants  de  l'arithmé- 
lique  pure  et  simple,  pouvaient  arriver  au  but  de  plusieurs 
façons,  suivant  la  méthode  qu'ils  employaient  pour  calculer  la 
durée  de  la  vie.  Nous  avons  montré  plus  haut  comment  le  cercle 
de  la  géniture,  convenablement  rétréci,  avait  constitué  le  parcours 
de  l'existence  et  comment  y  avaient  été  disposées  des  étapes 
dangereuses  ou  mortelles  suivant  les  cas.  Ces  étapes  sont  deve- 
nues les  climatères  généthlialogiques,  inégalement  espacés,  et  par 
conséquent  affranchis  des  calculs  pythagoriciens  *.  Les  généthlia- 
logues qui  faisaient  dépendre  la  durée  de  la  vie  de  la  planète 
maîtresse  de  la  géniture,  ou  de  cette  planète  et  d'un  signe  colla- 
borant, avaient  vingt  moyens  pour  un  d'y  intercaler  des  époques 
climatériques  ^.  Enfin,  la  méthode  si  touffue  des  chronocratories, 
avec  ses  périodes  inégales,  et  toutes  les  façons  astrologiques 
de  scander  l'existence  en  étapes  irrégulières,  fournissaient  des 
prétextes  à  climatères  de  toute  sorte.  Aussi  l'agencement  des 
climatères  est-il  un  merveilleux  casse-tête,  plein  d'arcanes  et 
vide  d'idées,  chez  les  éclectiques  qui  ne  veulent  rien  perdre  des 
secrets  de  l'art  et  s'exténuent  à  faire  entrer  les  climatères  astro- 
logiques dans  les  cadres  de  l'arithmétique  pythagoricienne.  Je 
ne  commettrai  pas  l'imprudence  d'entrer,  après  Saumaise,  dans 
cette  mêlée  de  chiffres  où  on  cherche  en  vain  un  principe  direc- 
teur. Au  moment  où  l'on  croit  avoir  affaire  à  un  mathématicien. 


1.  Saumaise  a  beau  répéter  :  alius  igitur  "k  ô  y  o  ç  x>kt[jLaxx7|pix.6<;,  alius 
Twv  éxwy  tf;?  Çwf,;  (p.  97)  et  citer  à  tout  propos  le  docteur  en  climatères, 
Vettius  Valens  ;  je  persiste  à  croire  que  sa  distinction  n'est  qu'une  confusion 
de  plus,  et  qu'il  est  bel  et  bien  noyé  dans  le  fatras  de  ses  auteurs.  Je  suppose 
inême  que  le  nom  de  xXi [AaxxTip  est  venu  de  la  méthode  Pétosiriaque  (ci-dessus, 
pp.  412-413)  qui,  enfermant  la  durée  de  la  vie  dans  le  quadrant  occidental  du 
cercle  de  la  géniture»  la  considérait  comme  un  déclin  (àTrôxXiiAà),  une  des- 
cente du  MC.  à  l'Occident,  descente  s'opérant  par  étapes  climatériques.  C'est 
là,  ce  me  semble,  ce  que  voulait  dire  l'auteur  à  qui  Pline  emprunte  son 
étrange  définition  des  climatères  :  scansili  annorum  lege  occidua,  quam  cli- 
macteras  appellant  (Plin.,  VIT,  §  i61).  On  s'explique  ainsi  que  le  inot  xXt- 
jjLaxxyjp  soit,  comme  le  veut  Saumaise,  exclusivement  astrologique  :  au  sens 
banal  d'  «  échelon  »,  il  conviendrait  à  tous  les  systèmes  d'étapes. 

2.  Soit  en  prenant  les  plus  courtes  périodes  de  la  planète,  ou  en  adoptant 
comme  diviseur  la  somme  des  opia  de  cette  planète  dans  le  signe  ou  les  signes 
collaborants  et  comme  dividende  la  durée  totale  de  la  vie,  ou  divisant  à  part 
l'apport  de  la  planète  et  celui  du  signe  et  intercalant  entre  les  deux  un 
climatère  particulièrement  dangereux,  etc.  Mais  passons  :  il  est  inutile  de 
porter  des  chouettes  à  Athènes.  ■ 


THÉORIE    DES    CLIHÀTÈRES  531 

on  apprend  que  certains  signes  du  Zodiaque  sont  «  climaté- 
riques  »  par  nature  :  les  uns,  comme  les  signes  «  tropiques  »,  le 
sont  dans  le  comput  septénaire  (xXtixaxTTipixà  lê8o|jia3ixâ)  ;  les 
autres,  les  signes  «  simples  »,  dans  le  comput  novénaire  (èwea- 
8txâ)  ;  les  signes  doubles  enfin,  dans  les  deux  computs  indiffé- 
remment (ÈTtîxoiva).  Évidemment,  ces  trois  séries  de  signes  for- 
mant chacune  un  carré  sur  le  cercle,  il  n'y  a  pas  de  raison 
mathématique  pour  ces  aptitudes  diverses.  La  raison,  c'est  que 
les  signes  tropiques,  indiquant  un  «  changement  » ,  étaient 
critiques  ou  climatériques  en  vertu  de  leur  nom  même.  Cette 
série  une  fois  adjugée  aux  climatères  septénaires,  tout  à  fait 
arbitrairement  ou  parce  que  les  septénaires  étaient  plus  connus 
que  les  novénaires,  ceux-ci  furent  attachés  à  une  deuxième 
série,  et  la  nature  des  signes  «  doubles  »  s'est  offerte  à  point 
pour  tirer  d'embarras  les  astrologues  qui  avaient  trois  séries  à 
répartir  entre  deux  computs  *. 

Tous  ces  tours  de  main  et  calculs  enchevêtrés  ne  faisaient  pas 
l'affaire  des  praticiens.  Ceux-ci  demandaient  des  résultats  cata- 
logués en  barème.  Cet  instrument  banal  de  consultation,  la  géné- 
thlialogie  pure  ne  pouvait  pas  le  leur  fournir,  chaque  individu 
ayant  son  curriculum  vitae  à  part.  La  méthode  mixte  des  chrono- 
cratories  était  trop  compliquée,  et  elle  exigeait  au  moins  que  le 
client  sût  la  date  exacte  de  sa  naissance,  de  jour  ou  de  nuit.  Se 

1.  Yoy.  le  tableau  des  signes  classés  par  séries  climatériques  dans  Sau- 
maise  (p.  174).  Il  laisse  aux  mathématiciens  qui  en  auront  envie  le  soin  de 
débrouiller  les  calculs  de  Valens,  de  vérifier  si  les  divisions  et  multiplications 
de  365  (jours  de  l'année)  par  52  1/7  (nombre  de  septénaires  dans  Tannée),  ou 
par  40  (nombre  des  novénaires)  avec  addition  de  5  j.  1/4,  donnent  bien  les 
résultats  indiqués.  Saumaise  lui-même  s'y  endort.  Il  lui  arrive  d'écrire;  si 
de  166  j'ôte  3  x  52,  supererunt  dies  quatuor  (p.  115),  ou  de  poser  le  même 
problème  avec  220  j.  (p.  105)  et  120  (p.  116).  Chez  Valens,  les  climatères 
envahissent  tout  l'attirail  astrologique.  Comme  les  signes,  il  y  a  des  lieux 
climatériques,  soit  les  lieux  fixes  du  cercle  de  la  géniture  (tous  les  lieux 
mauvais,  et  pas  seulement  le  VI'',  locum  viliorum  et  valetudinum,  fouillé  par 
Néchepso  ut  remédia  valetudinum  inveniret.  Firmic,  VIII,  3  Pruckner),  soit 
les  lieux  mobiles  ou  %\r^poi,  considérés  comme  points  de  départ  de  divisions 
duodécimales  du  cercle  (voy.  dans  Saumaise,  p.  203,  les  xXT.ptxol  xXiixaxxf.ps; 
du  x^f.poî  Tû/Tjî).  On  obtient  ainsi  des  climatères  visant  le  corps  (partant 
du  xXf.po;  Tû/T,;),  Tâme  (du  xkr^po^  Aaffiovoî),  etc.  Naturellement,  on  imagina 
aussi  des  climatères  planétaires,  scandant  les  èflets  des  planètes  à  des  étapes 
différentes,  avec  des  dangers  spéciaux  pour  chacune  d'elles  (voy.  le  tableau 
dans  Saumaise,  p.  448  et  450),  système  attribué  àCritodème  (cf.  pp.  447,  461). 
Les  cycles  des  sept  planètes,  de  ï)  à  Ci  sont  ordonnés  d'après  les  chiffres 
3,  9,  7,  18,  5,  8,  13,  dont  la  somme  fait  63  (àvSpoxXâ;;),  et  se  déroulent  jusqu'à 
une  limite  de  la  durée  de  la  vie,  limite  diflérente  pour  chaque  planète. 


532  CHAP.    XV.  LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

contenter  de  savoir  sous  quel  signe  on  était  né  était  une  estima- 
tion un  peu  grossière.  Les  décans,  dont  chacun  n'occupait  qu'un 
tiers  de  signe,  soit  un  laps  de  dix  jours,  étaient  une  mesure  moins 
vague.  De  là  le  système  relaté  par  Héphestion,  qui  attache  à 
chaque  décan  un  certain  nombre  d'années  climatériques,  en 
nombre  variable  d'un  décan  à  l'autre  et  toujours  irrégulièrement 
espacées.  On  atteignait  ainsi  à  la  dose  de  mystère  indispensable, 
et  le  caractère  divin  attribué  aux  décans  transformait  ici  la  fata- 
lité scientifique  en  une  volonté  supérieure,  susceptible  d'être  pliée 
par  les  incantations  ou  fléchie  par  la  prière  *. 

Obtenue  d'une  manière  quelconque,  bornée  aux  années  ou 
poussées  jusqu'au  mois,  jour  ou  heure  climatérique,  la  connais- 
sance des  climatères  ne  profitait  qu'indirectement  à  la  médecine. 
Elle  dictait  des  pronostics,  non  des  remèdes  ;  elle  suggérait  même 
l'idée  qu'il  n'y  avait  qu'à  laisser  les  destins  s'accomplir.  Pline  le 
Jeune  nous  montre  un  captateur  de  testaments  au  lit  d'une  mou- 
rante et  s'écriant,  après  force  simagrées  :  «  Vous  avez  une 
«  époque  climatérique,  mais  vous  en  réchapperez.  Pour  que  vous 
«  en  soyez  plus  convaincue,  je  vais  consulter  un  haruspice  que 
«  j'ai  mis  souvent  à  l'essai  ».  Là  dessus,  le  rusé  compère  «  offre  un 
sacrifice,  assure  que  les  entrailles  sont  d'accord  avec  l'indication 
des  astres  »  et  y  gagne  un  legs  :  mais  il  n'est  pas  question  de 
détourner  l'échéance  par  des  moyens  curatifs  ^.  Les  médecins 
n'avaient  aucun  avantage  à  échanger  leurs  époques  «  critiques  » 
contre  les  climatères  des  astrologues.  Ils  pouvaient  exploiter  la 
vogue  de  l'astrologie  sans  se  mettre  sous  la  dépendance  des 
généthlialogues,  en  se  servant  des  calendriers  dressés  pour  les 
xa-xapiai  universelles  ^ 
:  Tout  autre  était  l'iatromathématique  proprement  dite,  qui  est. 


1.  La  formule  ordinaire  dans  Héphestion  est  :  eki  Se  o'i  to  û  Sr  e  o  û  x>ii[jLax- 
rr;p£ç  è'xQ;  (suivent  les  chiffres).  Je  ne  crois  pas  utile  de  dresser  le  tableau  des 
climatères  prédestinés  par  décans,  d'après  Héphestion,  ni  de  chercher  des 
raisons  à  ces  arcanes,  résidu  de  tçute  espèce  de  superstitions  et  d'origine 
magique  encore  plus  qu'astrologique.  Si  j'ai  bien  compté,  le  nombre  de  cli- 
matères par  décan  varie  de  6  à  13.  La  somme  348,  divisée  par  36,  donne 
comme  moyenne  par  d^can  9  2/3,  par  mois  29.  Cette  moyenne  est  dépassée 
dans  les  signes  de  l'hémisphère  austral  (de  it  à  Y),  le  minimum  étant  dans 
le  Lion  (hémisphère  boréal). 

2.  Plin.,  Episl.,  H,  20. 

.  3.  C'est  apparemment  ce  que  faisait,  avec  de  gros  bénéfices,  le  médecin 
piarseillais  Crinas  (cf.  ci-dessus,  p.  464,  2,  et  ci-après,  p.  564),  arte  geminata, 
til  cautior  religiosiorque,  ad  siderum  motus  ex  Ephémeride  mathematica  cibos 
dando  horasque  observando  (Plin.,  XXIX,  §  9). 


DIAGNOSTIC   ET   PRONOSTIC  S33 

comme  nous  l'avons  définie,  une  combinaison  de  la  magie  et  de 
l'astrologie  *.  La  magie  pure  est  un  chaos  inattaquable  à  la  raison 
raisonnante  :  essayons  de  voir  si  l'astrologie  y  a  introduit  une  dis- 
cipline quelconque. 

L'astrologie  a  fourni  d'abord  le  diagnostic.  Néchepso,  au  dire 
de  Firmicus,  avait  examiné  de  très  près  le  contour  du  Zodiaque, 
noté  les  parties  de  signes,  étoiles  et  nébuleuses,  susceptibles  de 
produire  des  maladies  et  infirmités,  selon  que,  dans  le  thème  de 
géniture,  la  position  des  luminaires  ou  celle  du  VP  lieu,  consacré 
à  la  santé,  se  trouvait  correspondre  à  des  signes  affectés  de 
certaines  maladies,  à  des  degrés  mal  notés,  vides,  etc.  ^.  Les 
décans  avaient  été  examinés  de  même,  par  Néchepso  ou  par 
d'autres  après  lui,  et  de  même  les  planètes.  Signes,  décans,  pla- 
nètes étant  mis  en  correspondance  avec  les  diverses  parties  du 
corps  humain,  on  savait  au  juste  de  qui  provenaient  les  infirmités 
et  maladies  de  ces  organes,  produites  par  excès  ou  défaut  d'in- 
tluence  des  signes,  décans,  planètes,  considérés  soit  comme 
pièces  posées  sur  l'échiquier  du  thème  de  géniture,  soit  comme 

1.  C'est  ici  surtout  que  s'applique  le  mot  de  TertuUien  :  magi  et  astrologi 
ab  oriente  venerunt  :  scimus  magiae  et  astrologiae  inter  se  societatem  (Tert., 
De  idolol.,  9).  Les  astrologues  ont  évidemment  trouvé  une  iatromagie  toute 
faite  :  ils  n'ont  eu  'qu'à  l'accommoder  à  leur  système.  Pline,  analysant  les 
causes  de  l'incroyable  succès  de  la  magie  [fraudulentissima  artium  in  tolo 
terrarum  orbe  plurimisque  saeculis  valuit),  explique  qu'elle  a  enserré  l'esprit 
humain  dans  une  triple  chaîne,  le  tenant  par  la  médecine,  la  religion  et  la 
divination  sous  forme  d'astrologie.  Elle  a  commencé  par  la  médecine,  puis 
s'est  ajoutée  aux  religions,  et  enfin  elle  a  mêlé  au  tout  mathematicas  artes, 
nullo  non  avido  futura  de  sese  sciendi  atque  ea  e  caelo  verissime  peti  credente. 
Ita  possessis  hominum  sensibus  tviplici  vinculo  in  tantum  fastigi  adolevit  ut 
hodieque  etiam  in  magna  parte  gentium  praevaleat  et  in  Oriente  regum  regibus 
imperet  (Plin.,  XXX,  §  2).  La  phrase  de  Pline  s'applique  encore  aujourd'hui,  et 
littéralement,  à  l'astrologie  pratiquée  en  Orient,  aussi  religieuse  et  aussi 
magique  qu'autrefois.  Psellus,  distinguant  la  y  0TiT£  fa,  ou  l'art  d'évoquer  les 
démons,  de  la  ixayeia,  dit  que  celle-ci  comprend,  entre  autres  choses, 
l'astronomie  (astrologie)  entière  (pp.  40-41,  éd.  Boissonade).  On  sait  que 
«  Mages  »  et  «  Chaldéens  »  ont  été  des  termes  synonymes,  ce  qui  entraîne 
la  synonymie  de  «  magiciens  »  et  «  astrologues  ». 

2.  Firmicus  (VIII,  3  Pruckner,  cf.  ci-dessus,  p.  531,  1)  aflirme  que  le  divin 
Néchepso  a  examiné  le  VI*  lieu  dans  sa  correspondance  avec  le  Zodiaque,  et 
aussi  les  Décans  —  per  ipsos  decanos  omnia  vitia  valetudinesque  collegit, 
ostendens  qiiam  valetudinem  quis  decanus  efflcer et,  — mais  avec  une  obscurité 
voulue,  qui  laisse  beaucoup  à  faire  au  bon  Firmicus.  On  nous  dit  d'autre 
part  que  le  roi  Néchepso  avait  écrit  un  livre  «  contenant  quatorze  traitements 
[ou  un  X1V«  livre  contenant  les  traitements:  cf.  ci-dessus,  p.  520, 1]  du  corps 
entier  et  de  tout  mal,  par  signe,  au  moyen  des  pierres  et  des  plantes  »  (Harpocr. 
in  Revue  de  Philologie,  II,  pp.  11  et  75,  éd.  Ch.  Graux). 


o3i  CHAP.    XV.   LA    JIÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

chronocrators  universels  ou  individuels  *.  Il  suffit  d'indiquer  ce 
conglomérat  de  causes  sur  lequel  nous  nous  considérons  comme 
suffisamment  édifiés^ 

Le  même  système  de  correspondance,  appliqué  aux  trois  règnes 
de  la  nature,  fournissait  les  éléments  de  la  thérapeutique.  Les 
astrologues  avaient  le  choix  entre  deux  façons  au  moins  d'en- 
tendre la  thérapeutique  :  une  à  la  fois  magique  et  scientifique  ^, 
qui  consiste  à  opposer  à  une  influence  nocive  une  influence  anta- 
goniste; l'autre,  magique  aussi  et  surtout  religieuse,  qui  considère 
l'auteur  occulte  de  la  maladie  comme  seul  capable  de  la  guérir 
en  cessant  de  la  causer,  ce  à  quoi  il  faut  ou  le  décider  ou  le  con- 
traindre. Il  est  probable  que  nos  magiciens  n'ont  pas  opté,  toute 
idée  claire  invitant  à  raisonner  et  tout  ce  que  gagne  le  raison- 
nement étant  enlevé  à  la  foi  ^.  Ils  pensaient  confusément,  je 
suppose,  que,  si  l'astre  «  maître  »  d'un  organe  y  cause  des  mala- 
dies, c'est  plutôt  par  malaise  personnel  et  défaut  d'influence; 
si  bien  que  l'on  obtient  la  guérison  en  y  apportant,  au  moyen 
de  pierres  ou  plantes  imprégnées  des  effluves  du  même  astre, 
le  supplément  d'énergie  sympathique  qui  avait  fait  défaut.  Tous 

1.  C'est  bien  l'astre  correspondant  à  Vorgane  qui  rend  celui-ci  malade  : 
É'iiaaTOv  ouv  twv  ÇojSïwv  ÙTzipyei  xb  TStov  [jlAoî,  >ta^  àiroTeXet  itepl  aûxà  Ttiôo; 
■zi  (Herm.  in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  285  Pitra).  Mais  comment?  L'astre  moleste- 
t-il  l'organe  qu'il  devrait  protéger,  ou  bien  ses  malaises  à  lui  se  répercutent- 
ils  par  sympathie  sur  son  client  ?  Le  Trismégiste  s'arrête  à  ce  dernir  parti.  Il 
enseigne  qu'un  organe  est  infirme  parce  que,  au  moment  de  la  conception 
ou  de  la  naissance,  son  patron  céleste  a  été  assailli  par  le  rayon  d'une  planète 
malfaisante  (toO  SsaitôÇov-co;  aÙTOû  àaTepoç  naxwOsvtoî,  ap.  Ideler,  1,  pp.  387 
et  430).  La  généthlialogie  rend  compte  des  infirmités  (atvr;  -  vitia).  Pour  le 
diagnostic  et  la  thérapeutique  des  maladies  (vôaoi  -  tnoi'bi  -  valetudines),  le 
Trismégiste  suit  le  système  des  xa-rap^at.  C'est  une  combinaison  ingénieuse 
et,  au  point  de  vue  astrologique,  très  raisonnable  des  deux  méthodes. 

2.  Il  y  avait  aussi  des  allopathes  et  des  homœopathes  dans  l'antiquité, 
secundum  physicos,  qui  morbos  aut  a  contrariis  aut  a  similibus  asserunl  passe 
depelli  (Serv.,  Ed.,  X,  65).  Cf.  ci-dessus,  p.  519,  1,  et  la  note  ci-après. 

3.  Firmicus  pense  que  Néchepso  a  fondé  sa  thérapeutique  sur  la  lutte  contre 
les  auteurs  des  maladies  :  quia  natura  alia  nalura  vincitur  et  quia  deum 
fréquenter  alius  deus  vincit,  ex  contrariis  naturis  et  ex  contrariis  potesta- 
tibus  omnium  aegritudinum  medelas  divinae  rationis  magisteriis  invenit. 
C'est  une  pharmacopée  révélée  par  des  dieux  supérieurs,  des  sec7-eta  quae  divini 
veleres  cum  maxima  trepidatione  dixerunt  (Firm.,  loc.  cit.),  recueillis  icapà 
Sreiaç  cpw vî^ç  (Harpocr.,  loc.  cit.).  Il  y  avait  de  quoi  «  trembler  »  à  faire  lutter 
des  dieux  contre  des  dieux.  Harpocration  fait  entendre,  au  contraire,  que 
Néehepso  avait  choisi  —  et  très  bien  choisi  —  les  pierres  et  plantes  d'après 
leur  «  sympathie  naturelle  »  avec  les  astres  qui  les  produisent  et  les  rem- 
plissent de  leurs  effluves  (ibid.,  pp.  75-76).  La  sympathie  unit  les  trois 
données  :  l'astre,  l'organe  à  guérir,  le  remède. 


LA    THÉRAPEUTIQUE  538 

les  remèdes  employés  sont  donc  considérés  comme  ayant  deè 
affinités  naturelles  avec  les  organes  malades  par  l'intermédiaire 
des  astres.  Si  naturelles  que  fussent  ces  vertus  curatives,  le  plus 
sûr  était  encore  de  les  aider  par  une  formule  d'incantation  appro- 
priée. L'auteur  qui  recommande  cette  précaution,  à  propos  de 
plantes  et  au  moment  où  on  les  cueille,  est  le  même  qui  vient 
d'ébaucher  une  théorie  quasi-scientifique  pour  expliquer  comme 
quoi  les  plantes  des  pays  froids  ont  moins  d'efficacité  que  celles 
des  pays  chauds  *.  Il  y  a  place  pour  tout,  sauf  pour  la  logique, 
dans  ces  cerveaux  encombrés. 

Ceux  qui  n'ont  pas  rompu  tout  à  fait  avec  la  médecine  ordi- 
naire composent  des  ordonnances,  pèsent  et  mélangent  des  dro- 
gues, font  absorber  des  potions  et  poser  des  emplâtres.  L'astro- 
logie leur  enseigne  seulement  le  choix  des  médicaments  et  la 
manière  d'y  incorporer  ou  de  n'en  pas  laisser  échapper  les  vertus 
spécifiques  émanées  des  astres.  Harpocration  raconte  qu'après 
avoir  appliqué  sans  succès  aucun  les  recettes  de  Néchepso,  y  com- 
pris sa  «  boulette  solaire  »  ^  il  avait  pris  le  roi  pour  un  hâbleur  ; 
mais  le  dieu  Âsklépios,  évoqué  par  un  prêtre  thébain,  lui  avait 
expliqué  comme  quoi  Néchepso  ne  s'était  nullement  trompé  dans 
le  choix  de  ses  drogues  ;  il  lui  avait  manqué  seulement  de  con- 
naître «  les  moments  et  les  lieux  où  il  faut  recueillir  les  plantes  ». 
Il  y  avait  là  des  opportunités,  des  xaxap^at  à  observer.  Soit,  par 
exemple,  la  ciguë,  plante  produite  par  les  effluves  de  Mars.  Celle 
d'Italie  est  un  poison,  parce  que  l'Italie  est  sous  le  Scorpion,  domi- 
cile de  Mars  ;  au  lieu  qu'en  Crète,  où  l'influence  de  Mars  est  atté- 
nuée parcelle  du  Sagittaire,  la  ciguë  est  un  aliment.  Voilà  pour 
le  lieu  :  il  faut  connaître  la  chorographie  astrologique.  Quant  au 
moment,  il  y  a  diverses  conditions  d'opportunité.  D'abord,  la  sai- 
son. Quand  le  Soleil  est  en  utj^wjjia  dans  le  Bélier,  il  exalte  les 
vertus  de  toutes  les  planètes  ^,  et  sans  doute  qu'il  exalte  les 

1.  Herm.  in  Anal,  sacr.,  V,  2,  p.  284  Pitra. 

2.  Tpoyidxov  r{k\.(x%6v  (p.  11  Graux).  Il  est  question  à  tout  moment  de  tro- 
chisques,  c'est-à-dire  de  pilules  ou  pastilles,  dans  la  pharmacopée  hermétique 
{Anal,  sacr.,  V,  2,  pp.  279-282  Pitra)  ;  mais  j'ignore  ce  qu'est  ce  remède  spé- 
cial, admiré  de  Néchepso  (tôv  ùtz'  <xùzoû  2rauixaÇôiJievov). 

3.  Ici  finit  le  fragment  d' Harpocration  :  le  reste  est  emprunté  aux  Hermé- 
tiques {Anal.  Sacr.,  V,  2,  p.  284  Pitra)  —  (ixô-rcei  5è  Xa[x6âveiv  éxotuT-riv  toûtwv 
•/.a-cifiLav  tûv  tt,;  sêôojiiSoî  Tjjiépwv,  i^tti;  èa-zl  xoO  àïxépoî  èxcivou  ou  êa-ui  y.ai  f, 
rioTotvT)  :  suit  un  tableau  des  jours  et  heures  (l'ûpa  a'  seulement),  llpôç  6è  toû- 
TOi<;  IdTw  [lèv  <je.')â^-JT\  TiavïéXT.voî,  f,  Sxe  Siép/etai  x6  ÇwStov  toû  T:)vav^,Tou  Tf,î  Tiiispaî 
(ibid.).  Tous  les  systèmes  de  chronocratories  universelles  pouvaient  être  uti- 
lisés aussi  bien  que  la  semaine.  Un  autre  Hermétique  exige  que  le  Soleil  soit 


536  CHAP.    XV.    LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

vertus  des  plantes  attribuées  à  une  planète  déterminée  quand  il 
entre  dans  Y^oil^.o^  de  cette  planète.  Puis,  le  jour  et  l'heure.  On 
doit  cueillir  une  plante  au  jour  de  la  semaine  qui  porte  le  nom 
de  sa  planète,  et  à  une  heure  dominée  par  la  dite  planète.  Il  est 
bon  aussi  que  la  Lune  soit  pleine,  ou  du  moins,  dans  le  domicile 
de  la  planète  correspondant  à  la  plante. 

Jusqu'ici,  Tiatromathématique  reste  encore  en  contact  avec  le 
sens  commun.  D'où  que  leur  viennent  leurs  propriétés,  les 
remèdes  agissent  physiologiquement.  Un  pas  de  plus,  et  nous 
entrons  dans  le  laboratoire  de  la  magie,  là  où  se  confectionnent 
les  phylactères  d'après  des  règles  astrologiques.  Le  charlatan 
qui  a  fabriqué  le  «  Livre  Sacré  »  d'Hermès  Trismégiste  a  fait  en 
ce  genre  un  chef-d'œuvre.  Ses  36  receltes,  correspondant  aux 
36  décans,  qui  correspondent  eux-mêmes  à  autant  de  parties  du 
corps,  combinent  les  propriétés  des  pierres  précieuses,  des  mé- 
taux, des  plantes  et  de  la  figure  de  chaque  décan,  figure  animale 
ou  humaine,  et  divine  par  dessus  le  marché.  C'est  Hermès  lui- 
même  qui  a  dicté  à  son  fils  Asklépios  ces  merveilleux  secrets,  et 
dans  le  langage  d'un  dieu  qui  ne  se  croit  pas  le  droit  d'être 
modeste,  ni  pour  son  compte,  ni  pour  le  compte  des  «  hommes 
demi-dieux  »  initiés  par  lui  et  destinés  à  mener  le  monde  entier. 
Voici,  comme  échantillon,  la  recette  du  «  grand  phylactère  » 
afférent  au  premier  décan  du  Bélier  et  préservant  des  maux  de 
tête.  Après  description  du  dieu  Lachori  :  «  grave-le  donc,  tel  qu'il 
«  est,  sur  une  pierre  de  Babylone  bien  choisie  et,  l'ayant  posée 
«  sur  la  plante  de  Mars,  enferme  le  tout  dans  un  anneau  de  fer 
«  et  porte-le.  Évite  de  manger  de  la  tête  de  chevreau  ».  Et  ainsi 
de  suite,  jusqu'à  épuisement  de  la  liste  *. 

dans  le  décan,  ou  tout  au  moins  dans  le  signe  auquel  la  plante  appartient  ; 
que,  de  plus,  la  Lune  soit  dans  le  trigone  du  Soleil  et  à  rHoroscope,  et  que 
le  jour  et  l'heure  aient  pour  chronocrator  l'oscodespote  du  dit  signe  {ibid., 
p.  292);  moyennant  quoi,  tout  réussirai 

1.  Anal.  Sacr.,  V,  2,  pp.  284-290  Pitra.  Cf.  la  description  des  phylactères 
plus  compliqués  encore,  avec  prières  et  formules  magiques,  attribués  à  Har- 
pocration  d'Alexandrie  (Flepl  cpuaixwv  S'Jva[jL£iov  Çciwv  ts  ccjtwv  te  xal  Xtôuv. 
ibid.,  pp.  292-299).  Les  faussaires  s'en  étaient  donné  à  cœur  joie.  On  a  encore 
une  série  de  quatre  livres,  hermétiques  aussi,  appelés  KupavfStî,  soi-disant 
composés  par  un  roi  de  Perse  Cyranos  et  résumés  par  Harpocration,  où  les 
pierres,  plantes,  poissons,  oiseaux,  sont  étudiés  par  groupes  de  24,  le  tout 
d'après  des  révélations  divines  (voy.  ci-dessus,  p.  316,  2).  Nous  n'avons  plus 
affaire  à  une  médecine  astrologique,  qui  administre  les  remèdes  en  temps 
opportuns,  mais  à  une  pharmacopée  magique.  Ces  phylactères  agissent  par 
eux-mêmes,  sans  qu'il  soit  besoin  de  calculer  le  moment  opportun,  soit  pour 
la  préparation,  soit  pour  l'application. 


ONOMATOMANCIE    ASTROLOGIQUE  S37 

Si  las  que  l'on  soit  des  ftintaisies  des  astrologues,  on  sent  que 
la  magie  est  à  un  échelon  plus  bas  encore  dans  les  défaillances 
de  la  raison  humaine.  Si  l'astrologie  a  été  un  poison  de  l'intelli- 
gence, la  magie  en  a  été  la  honte  *.  Il  faut  pourtant  encore,  avant 
de  clore  ce  chapitre,  indiquer,  ne  fût-ce  que  d'un  mot,  d'autres 
combinaisons  de  l'astrologie  à  usage  médical  avec  la  divination 
fondée  sur  les  propriétés  mystiques  des  noms  considérés  comme 
chiffres  :  inventions  de  basse  époque,  mises  effrontément  sous  la 
garantie  de  Démocrite  et  de  ce  Pélosiris  à  tout  faire,  qui  est 
censé  faire  part  de  ses  dernières  découvertes  au  roi  Néchepso  ^ 

Il  n'est  plus  question,  cette  fois,  de  pharmacopée,  d'amulettes, 
ni  de  thérapeutique  quelconque,  mais  seulement  de  pronostic. 
L'instrument  de  divination  paraît  être  fait  pour  des  gens  qui  ne 
tiennent  pas  à  guérir  un  malade,  mais  à  savoir  s'il  mourra  ou 
non,  et  bientôt  ou  non;  des  gens  qui  spéculent  sur  cette  éven- 
tualité, comme  ils  peuvent  le  faire,  par  la  même  méthode,  sur 
l'issue  d'une  bataille,  d'un  combat  de  gladiateurs,  d'un  procès,  sur 
la  chance  de  rattraper  un  esclave  fugitif,  de  survivre  à  une  per- 
sonne donnée,  etc.  La  méthode  était,  à  l'origine,  purement  arith- 
métique et  applicable  à  la  prévision  des  chances  de  victoire  et 
de  défaite  entre  deux  antagonistes.  Celui  des  deux  dont  le  nom, 
converti  en  nombre  et  soumis  à  certaines  opérations  arithmé- 
tiques, laissait  le  reste  ou  fond  (iruOfxï^v)  le  plus  fort  devait  être 
vaincu  ou  vaincre,  selon  que  les  restes  étaient  des  nombres  tous 
deux  pairs  ou  impairs,  ou  l'un  pair  et  l'autre  impair  ^.  Les  astro- 


1.  La  magie  médicinale  n'est  que  naïve  :  mais  le  jugement  n'est  pas  trop 
sévère  pour  la  magie  qui,  avec  ses  malédictions,  défixions,  envoûtements  et 
autres  rêves  de  tortionnaires,  —  autant  de  guet-apens  et  de  crimes  voulus, 
sinon  réalisés,  —  a  combiné  en  toutes  proportions  la  bêtise  et  la  lâcheté. 

2.  Voy.  les  fragments  réunis  par  E.  Riess,  op.  cit.,  pp.  382-387.  Lettre  de 
Pétosiris  à  Néchepso  :  texte  latin  (fr.  37),  grec  (38-39).  On  trouve  même  (fr.  40) 
un  'Opyavov  àaxpovojAtxôv  IleTOJtpeuî  irpôî  Neys^"^  PajiXéa  'Aauupiuv  {sic). 

3.  Voy.  mon  Histoire  de  la  Divination,  I,  pp.  238-265;  P.  Tannery,  Notice 
sur  des  fragments  d'onomalomancie  arithmétique  (Not.  et  Extr.  des  mss., 
XXXI  [1886],  pp.  231-260),  étude  sur  une  prétendue  lettre  de  Pythagore  à 
Télaugès  et  autres  fragments.  Les  arithméticiens  étaient  parvenus  à  ramener 
le  cas  de  maladie  à  une  lutte  entre  le  malade  et  le  jour  initial  de  sa  maladie, 
celui-ci  désigné  aussi  par  la  valeur  numérique  des  adjectifs  irpÛTT,,  Seuxipa, 
TptTT,,  etc.  (Tannery,  p.  238).  La  conversion  des  lettres  en  nombres,  au  temps 
où  les  lettres  étaient  en  même  temps  des  chiffres,  est  une  idée  toute  simple. 
Si  les  Juifs  en  ont  usé  plus  que  personne  dans  leur  Kabbale,  c'est  qu'ils 
avaient  un  Livre  révélé  sur  qui  opérer.  Ils  croyaient  faire  ce  que  font  nos 
mathématiciens  modernes,  qui  découvrent  des  vérités  nouvelles  en  traitant 
mécaniquement  des  formules.  C'est  ainsi  qu'ils  apprirent  que  Satan,  dont  le 


538  CHAP.    XV,    —   LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

logues  qui  ont  voulu  s'approprier  la  dite  méthode  ont  ajouté  à  la 
valeur  numérique  des  noms  le  quantième  de  la  Lune  et  dressé 
un  tableau  à  compartiments  appelés  Çwti  [i-sY^XY),  ji-saT),  {xixpâ,  et  en 
regard  ârâvatoç  [iz-^oi.^,  [xéaoç,  [xapoç,  ou  plus  simplement  Çwt^,  ârivaxo;, 
xîvSuvo;,  OU  plus  simplement  encore,  la  Vie  en  haut,  au-dessus 
d'une  ligne  d'horizon  (6Tr£pY£tov),la  Mort  en  bas  (uTOysiov).  La  figure, 
circulaire  en  principe,  est  appelée  «  sphère  »,  même  quand  elle 
est  réduite  à  une  forme  rectangulaire. 

Dans  la  «  sphère  de  Démocrite  »,  le  tableau  rectangulaire 
contient  les  30  jours  du  mois,  rangés  sur  trois  colonnes  et  en 
ordre  mystique,  18  dans  la  partie  supérieure,  12  dans  la  partie 
inférieure.  Voici  la  règle  recommandée  :  «  Sphère  de  Démocrite, 
«  pronostic  de  vie  et  de  mort.  Sache  sous  quelle  lune  le  malade 
«  s'est  alité  et  le  nom  de  sa  nativité.  Ajoute  le  calcul  de  la  Lune 
«  et  vois  combien  il  y  a  de  fois  trente  jours  :  prends  le  reste  et 
«  cherche  dans  la  sphère.  Si  le  nombre  tombe  dans  la  partie 
«  supérieure,  il  vivra;  si  c'est  dans  la  partie  inférieure,  il 
«  mourra  *.  »  C'est  l'addition  de  la  valeur  numérique  du  nom 
donné  à  la  naissance  (le  prénom  chez  les  Romains)  au  quantième, 
et  division  par  30. 

Au  lieu  de  ce  diviseur  30,  qui  correspond  à  une  Lune  fictive, 
les  auteurs  du  «  cercle  de  Pétosiris  »  ^  avaient  adopté  29,  moyenne 

nom  vaut  359  (=  365  —  6),  est  impuissant  pendant  six  jours  de  l'année.  Cf. 
Rev.  Hist.  Relig.,  XXXVIII  [1898],  p.  92.  Les  chrétiens,  surtout  les  gnostiques, 
excellèrent  aussi  dans  ces  recherches.  Ainsi,  Abraham  faisant  circoncire 
318  membres  de  sa  famille  {Gènes.,  xviii,  23)  annonçait  Jésus  en  croix  IH=:18 
+  T  (la  Croix)  =  300  [Barnab.  Epist.,  9).  Quand  Jésus-Christ  dit  :  «  Je  suis 
TA  etra  »  (Apoc.,i,  8),  c'est  comme  s'il  disait  :  je  suis  la  Colombe  (nepiaTEpi  — 
801  =  A  1  4-  a  800.  Philosophum.,  VI,  5,  p.  322  Cruice).  Les  astrologues  ne 
pouvaient  pas  laisser  cette  ressource  hors  de  leur  atteinte. 

1.  Berthelot,  Collection  des  anciens  alchimistes  grecs.  1.  Introduction  [Paris, 
1888],  p.  86,  d'après  le  papyrus  V  de  Leide.  Cf.  A.  Dieterich,  Papyrus  magica 
Musei  Lugdunensis  Batavi  (Jahrbb.  f.  kl.  phil.  Suppi.,  XVI  [1888],  pp.  747- 
829),  pp.  813-814. 

2.  M.  Berthelot  donne,  reproduits  par  photogravure,  deux  cercles  de  Péto- 
siris (pp.  88  et  90).  Le  premier,  tiré  du  ms.  2419  de  la  Bibl.  Nat.,  fol.  32,  se 
compose  d'un  cercle  divisé  en  quatre  quadrants  par  des  diamètres  en  forme 
de  bandes.  L'hémicycle  supérieur  est  attribué  à  la  vie  :  la  moyenne  (ixédï^)  au 
milieu,  la  grande  à  gauche,  la  petite  à  droite.  La  mort  est  graduée  de  même 
dans  l'hémicycle  inférieur.  Les  nombres  de  1  à  29  sont  répartis,  en  ordre 
mystique,  dans  les  quadrants  et  en  colonne  sur  le  diamètre  vertical.  Deux 
tableaux  rectangulaires,  l'un  au-dessus,  l'autre  au-dessous  du  cercle,  ren- 
ferment le  comput  des  jours  de  la  Lune.  L'autre  cercle,  tiré  du  même  ms. 
(fol.  156),  est  divisé  en  8  secteurs  constituant  une  sorte  de  rose  des  vents, 
orientée,  le  Levant  en  haut  (ÛTOpyeioî),  le  Couchant  en  bas  (OTOyetoî)  :  sur  la 


ONOMATOMANCIE    ASTROLOGIQUE 


539 


entre  les  diverses  façons  d'estimer  la  durée  de  la  révolution  de 
la  Lune.  Que  le  diviseur  soit  29  ou  30,  le  procédé  est  le  même. 
Les  Pétosiriaques  nous  l'ex- 
pliquent à  satiété,  en  nous 
faisant  remarquer  qu'il  s'ap- 
plique à  toute  espèce  de  cas, 
et  pas  seulement  aux  cas  de 
maladie  K  C'est  toujours  ajou- 
ter le  nom  au  quantième,  di- 
viser par  29  ou  30,  et  voir  à 
quel  pronostic  correspond  le 
reste  dans  le  cercle.  S'il  s'agit 
de  deux  compétiteurs,  on  fait 
l'opération  pour  chacun  des 
deux  noms.  Les  preuves  ex- 
périmentales ne  manquaient 
pas;  par  exemple,  le  procédé. 


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Fig.  44.  Cercle  de  Pétosiris. 


appliqué  aux  noms  d'Achille  et  d'Hector,  faisait  tomber  Achille 
dans  la  ^wï)  (xsYâXT),  et  Hector  dans  le  [itxpàç  Srâvaxoç  "^  Après  une 
pareille  démonstration,  les  sceptiques  n'avaient  plus  qu'à  se  taire, 
n  y  avait  encore  une  autre  façon  de  se  servir  du  cercle  pétosi- 
riaque.  H  consistait  à  opérer  à  part  sur  le  nom  du  client  et  sur 
le  nombre  de  la  Lune  ^.  «  Si  le  nombre  de  la  Lune  se  trouve  sous 


ligne  médiane  ([xeaôysio;),  le  Nord  à  gauche,  le  Midi  à  droite.  Le  diaraètre 
horizontal  est  qualifié  Spot  Çwf,?  xal  eavâxou.  Seulement,  les  secteurs  au  dessous 
de  cette  ligne  ne  sont  pas  appelés  ÛTOYeta,  mais  uirépysia  toû  N(5tou,  les  secteurs 
au  dessus  étant  û-irspyeia  toû  Bop^â:  caprice  étrange,  utile  comme  inintelli- 
gible ou  peut-être  erreur  de  copiste.  Les  chiffres  1  à  30  sont  répartis,  en 
ordre  mystique  toujours,  sur  le  limbe  des  secteurs  et  sur  le  diamètre  vertical. 
En  regard  des  chiffres,  sur  le  bord  extérieur  du  cercle,  sont  inscrits  les  pro- 
nostics: dans  le  quadrant  N.-E.  ([X£Ydt>,7i  Çwfi)  :  outoi  [àptôjxoi]  'zayiiù^  awÇouatv; 
dans  le  quadrant  S.-E.  ([Atxpà  Çw^j)  :  outoi  év  xi  é-re-uà  -fjixepwv  awÇouatv.  De  même 
dans  l'hémicycle  inférieur,  au  quadrant  N.-O.  ([Aévai;  Sriva-coî)  :  outoi  Ta/^wç 
dvaipoua-.v,  et  dans  le  quadrant  S.-O.  ([Aixpôi;  SrâvaTOi;)  :  ouxoi  £vt6ç  f,[j.£pûv  éicTà 
àvatpoudw.  Les  deux  cercles  sont  dédiés  par  «  Pétosiris  le  mathématicien  *au 
roi  Néchepso  ».  —  Les  figures  ci-dessus  (44  et  4o)  ne  sont  pas  des  fac-similc 
paiéographiques.  J'ai  cru  devoir  corriger,  dans  la  fîg.  45,  l'arcane  sus-nien- 
tionné,  en  écrivant  ûirôvEtoî,  ûitÔYSta  ([ispr,)  au-dessous  de  la  ligne  d'horizon. 

1.  Cf.  les  fragments  déjà  cités  de  E.  Riess  (fr.  37-42). 

2.  On  réussissait  aussi  bien  avec  les  noms  de  AaSi'S  et  de  ToXiiO  (Riess, 
f.  40).  Homère  ou  la  Bible,  au  choix. 

3.  11  ne  s'agit  pas  ici  du  quantième  seulement,  car  on  ne  pourrait  jamais  le 
diviser  par  29  ou  30,  mais  de  la  valeur  numérique  du  nom  du  quantième.  Le 
tableau  de  ces  chiffres,  annoncé  par  le  titre  Dies  lunae  cuth  numeris  suis, 
manque  dans  le  manuscrit  (Riess,  p.  383] . 


540 


CHAP.   XV. 


LA  MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 


«  terre  et  le  nom  de  rhomme  au  dessus  *,  rhomme  sera  en  dan- 
«  ger,  mais  il  en  réchappera.  Au  contraire,  si  le  nombre  de 
u  l'homme  est  sous  terre,  et  celui  de  la  Lune  au  dessus,  il  arri- 
«  vera  des  malheurs  sous  l'apparence  de  prospérité.  Mais  si  l'un 
«  et  l'autre  nombre,  celui  de  l'homme  et  celui  de  la  L Une,  se 
«  trouvent  au-dessus  de  l'horizon,  sans  aucun  doute,  c'est  un 

«  avenir  prospère 
JjEroaip€.oç 


kÛkXoç    tov 


pà    C<^  I 


«  qu'ils  promet- 
«  tent.  De  même, 
<(  si  les  deux  se 
«  trouvent  au  des- 
«  sous  de  l'hbri- 
«  zon,  il  n'advien- 
«  dra  que  des  mal- 
«  heurs  ». 

Un  autre  pytha- 
gorisant,  avec  un 
tableau  contenant 
simplement  les  30 
jours  du  mois  dis- 
posés en  deux  sé- 
ries  égales  de 
quinze  chiffres,— 
en  ordre  inintelli- 
gible, bien  enten- 
du, —  la  série  de  la  vie  uTièp  yTJv  et  celle  de  la  mort  utto  y^"^,  fait 
la  somme  à  diviser  avec  le  jour  de  la  semaine,  le  quantième  de  la 
Lune,  le  nom  du  client  et  un  supplément  mystérieux,  le  nombre 
10,  sans  doute  la  sainte  Décade,  une  des  clefs  avec  lesquelles  les 
Pythagoriciens  pénétraient  dans  les  secrets  de  l'Univers  ^  Cette 
somme  étant  divisée  par  30,  le  reste,  reporté  sur  le  tableau,  donne 
le  pronostic  de  vie  ou  de  mort  ' . 

On  pouvait  s'attendre  à  voir  nos  «  Égyptiens  »  introduire  ici 


Fig.  45.  Cercle  de  Pétosiris, 


pcç  l'jiya-coç 


\.  Si  numerus  lunae  fuerit  in  ùitoYeiw  et  numerus  hominis  in  ypergio.  Celui- 
ci  entend  bien  par  ûirôyEiov  l'hémicycle  inférieur,  celui  que  le  cercle  pétosi- 
riaque  appelle  ûnÉpyeioç  xoû  Nôtou. 

2.  Dans  le  livre  d'Hénoch,  l'histoire  du  monde  tient  en  10  semaines.  Le 
chiflre  10  représente  peut-être  une  réminiscence  de  Décade  ou  de  Décan 
échouée  dans  ce  détritus.  Sur  le  rôle  de  la  Décade  pythagoricienne  comme 
fondement  de  l'harmonie  universelle,  voy.  ci-dessus,  p.  9. 

3.  Tannery,  op.  cit.,  pp.  259-260,  d'après  le  ms.  3419,  fol.  33.  Remarque  :  le 
jour  où  le  malade  s'est  alité  ne  doit  pas  entrer  dans  le  compte,  qui  commence 
au  lendemain. 


ARITHMOMANCIE    ASTROLOGIQIJE  541 

leurs  inévitables  décans  *.  Ces  grands  dieux,  trônant  an  plus 
haut  du  ciel,  dispensaient  même  de  recourir  à  Tinfime  Lune.  Le 
tableau  est  composé  de  trois  bandes  de  douze  chiffres  convenar 
blement  disposés,  de  1  à  36  ;  la  bande  supérieure  est  affectée  à  la 
vie  iWf>)  et  aux  biens  (àYa8â)  ;  l'inférieure,  à  la  mort  (Sràvaxoi;)  et  aux 
adversités  (èvavxta);  la  moyenne  (fj^^fra),  aux  pronostics  mixtes,  aux 
épreuves  longues  (eU  |xaxpov)  aboutissant  à  la  délivrance.  La 
somme  à  diviser  par  36  est  constituée  par  le  jour  où  le  malade 
s'est  alité  et  le  nombre  de  jours  écoulés  depuis  le  commencement 
de  Tannée  (ici  le  18  mai)  jusqu'au  jour  indiqué.  La  somme  étant 
divisée  par  36  et  le  reste  reporté  sur  le  tableau,  «  si  tu  trouves  le 
«  nombre  dans  la  première  ligne,  dis  que  le  malade  vivra...  ;  si 
«  le  nombre  est  sur  la  deuxième  ligne,  la  maladie  sera  longue, 
«  mais  sans  danger  de  mort;  si  enfin  le  nombre  se  trouve  sur  la 
«  troisième  ligne,  c'est  la  mort  pour  le  malade  »  ^. 

Enfin,  le  moment  est  venu  d'abandonner  une  tâche  devenue 
par  trop  ingrate.  Le  flot  de  déraison  épanché  par  l'astrologie 
s'est  mêlé  à  toutes  les  autres  formes  de  la  divination,  même  à  la 
plus  vieille  de  toutes,  à  l'oniromancie.  Les  interprètes  de  songes, 
devenus  astrologues  sous  peine  de  déchoir,  ont  cherché  dans 
quelles  phases  de  la  Lune  ou  sous  quels  signes  du  Zodiaque  les 
songes  avaient  chance  d'être  menteurs  ou  véridiques  ;  les  cléro- 
manciens  ou  tireurs  de  «  sorts  »  ont  voulu  imiter  les  «  sorts  » 
astrologiques  avec  des  dés  ou  des  points  disséminés  sur  le  sable 

1.  Le  compilateur  ne  parle  pas  des  décans,  mais  le  chiffre  36  suffit  à  les 
faire  reconnaître,  bien  que  36  soit  aussi  la  TSTpaxtûî  pythagoricienne.  De 
même  la  date  bizarre  du  18  mai  déguise  le  principe,  qui  devait  être  de  partir 
du  commencement  de  l'année  égyptienne.  Dans  un  instrument  hermétique 
analogue  (ms.  2327,  fol.  293;  M.Berthelot.op.  cit.,  p.  87),  le  point  de  départ  est 
bien  le  lever  de  Sothis.  Ces  textes,  du  reste,  n'offrent  aucune  garantie  :  de 
copiste  en  copiste,  les  altérations  ont  pu  tout  embrouiller.  Cependant,  il  est 
possible  qu'il  y  ait  eu  adaptation,  et  que  le  18  mai  ait  été  choisi  comme  repré- 
sentant l'entrée  du  Soleil  dans  les  Gémeaux  et  le  commencement  de  l'été 
d'après  Eudoxe  (P.  Tannery,  p.  248;  M.  Berthelot,  p.  91,  2). 

2.  Le  calcul  est  donné  comme  «  vérifié  »  :  i^-ncpo;  Sôxtjxoç  TOpl  djS^wdtwv 
xal  à[X>;wv  Ttvwv  (P.  Tannery,  op.  cit.,  pp.  258-259,  d'après  le  ms.  2419,  fol.  33; 
M.  Berthelot,  op.  cit.,  pp.  91-92).  Je  suppose  que  c'est  le  tableau  annoncé  comme 
tableau  toû  TtpsdSuTÉpou  TiJjlwv  ëpa.QÙ'k'kov  é'zépoK;  Tpô-rrotî  T:£TcpaY[i.at£U[iév7iv  xal 
SiSoxtiAaajAivTiv  6irô  twv  npô  t,[jiwv  àvôpwirwv  xal  tûv  xat'  £[iè  àxjxaaivTwv  (Tan- 
nery, p.  255).  Même  méthode  révélée  aux  hommes  par  Hermès  Trismégiste, 
suivie  par  «  Pétosiris  et  Pythagore  »  {Cod.  Florent.,  p.  128).  L'année  commence 
au  25  Epiphi  alexandrin  (19  juillet),  date  dont  il  faut  chercher  l'explication 
ci-dessus,  p.  367,  1).  Le  reste  de  la  division  est  reporté  sur  un  tableau  où  le  7 
représente  la  vie;  le  20,  le  danger;  le  9,  la  mort.  Glorification  du  septénaire 
aux  dépens  du  novénaire. 


642  CHAP.    XV.  —  LA    MÉDECINE    ASTROLOGIQUE 

que  le  hasard  groupait  en  constellations  *  ;  même  les  physiono- 
mistes ont  substitué  à  leurs  notions  vulgaires  sur  les  tempéra- 
ments les  correspondances  astrologiques  et  résumé  le  corps 
entier,  l'âme,  la  destinée,  dans  la  main  pleine  de  signes,  d'aspects 
et  de  domiciles  planétaires.  L'entraînement  fut  irrésistible.  On 
croirait  voir  une  longue  théorie  de  charl£|,tans  et  de  mystiques^ 
marchant  à  la  suite  des  astrologues  de  haut  parage,  au  bonnet 
pointu  et  à  la  robe  constellée. 

Cet  engouement  n'a  rien  d'inexplicable  :  l'humanité  suit  tou- 
jours ceux  qui  la  mènent  du  côté  où  elle  veut  aller  et  lui  pro- 
mettent ce  qu'elle  désire.  Ce  qui  est  peut-être  plus  étonnant,  c'est 
que,  dans  cette  société  gréco-romaine  où  l'élite  était  si  raffinée  et 
le  goût  de  la  discussion  si  développé,  il  se  soit  trouvé  si  peu 
d'hommes  désireux  et  capables  de  réagir  contre  cette  contagion 
intellectuelle.  Après  avoir  montré  de  mon  mieux  par  quelles 
déviations  successives  la  logique  avait  fini  par  se  mettre  du  côté 
des  astrologues,  il  me  reste  à  esquisser  l'histoire  de  l'astrologie 
dans  le  monde  antique,  à  noter  les  efforts  qui  furent  faits  pour 
percer  à  jour  ces  interminables  séries  de  postulats,  et  à  montrer, 
au  besoin,  en  quoi  était  vicieuse  la  direction  des  coups  qui  n'ont 
pas  porté. 

1.  Il  paraît  que  les  géomanciens  appelaient  x>*fipoî  Tôyr^i;  une  combinaison 
qui  reproduisait  la  disposition  des  étoiles  du  Verseau  avec  6  de  Pégase. 
Dante  y  fait  allusion  :  Quando  i  geomanti  lor  maggior  Fortuna  \  Veggiono  in 
oriente,  etc.  (Purgat.,  XIX,  4  sqq.). 


CHAPITRE  XVI 


L'ASTROLOGIE  DANS  LE  MONDE  ROMAIN 


Entre  les  précurseurs,  les  partisans  ou  collaborateurs  et  les 
adversaires  de  l'astrologie  en  Grèce,  il  n'y  a  aucune  solution  de 
continuité.  On  ne  saurait  distinguer  dans  l'histoire  de  la  doctrine 
des  périodes  successives  de  formation,  de  lutte,  de  triomphe.  Les 
théories  astrologiques  restèrent  toujours  objet  de  discussion,  et 
c'est  par  la  discussion  même  qu'elles  ont  été  sollicitées  à  élargir 
leurs  principes,  à  combler  leurs  lacunes,  à  remanier  les  raison- 
nements ou  les  pratiques  qui  prêtaient  aux  objections. 

On  n'est  pas  étonné  d'apprendre  que  les  astronomes,  ceux  qui 
étaient  à  même  d'apprécier  la  valeur  scientifique  des  dogmes 
chaldéens,  se  sont  tenus  sur  le  pied  d'hostilité  avec  des  concur- 
rents qui  prétendaient  réduire  l'astronomie  au  rôle  de  servante 
de  l'astrologie  et  la  consigner  à  la  porte  du  laboratoire  où  les 
nombres  et  les  figures  fournis  par  l'observation  se  transformaient 
en  oracles  infaillibles,  en  décrets  du  Destin.  Cicéron  cite  Eudoxe, 
Anchialus,  Cassandre  et  Scylax  d'Halicarnasse  parmi  ceux  qui 
faisaient  fi  des  prédictions  astrologiques  *.  Hipparque,  au  dire  de 
Pline  ^,  croyait  fermement  à  la  «  parenté  des  astres  avec  l'homme 
et  que  nos  âmes  sont  une  partie  du  ciel  »  ;  mais  cette  foi,  qui 
pouvait  l'amener  peut-être  à  prendre  son  Catalogue  d'étoiles 
fixes  pour  une  liste  d'âmes  divinisées,  l'éloignait  plutôt  de  l'astro- 
logie considérée  comme  moyen  de  divination.  Il  tenait  sans  doute 


1.  Cic,  Divin.,  II,  42.  Eudoxe  n'a  guère  pu  connaître  que  des  rudiments  de 
divination  sidérale  (cf.  ci-dessus,  p.  62,  3)  ;  mais  Anchialus,  Cassandre  et 
Scylax,  contemporains  de  Panétius  et  «  astronomes  éminents  à  l'époque  » 
(iio  siècle  a.  Chr.),  ont  eu  affaire  à  l'astrologie  hellénisée. 

2.  Hipparchus  —  quo  nemo  magis  adprobaverit  cognationem  cum  homine, 
siderum  animasque  nostras  esse  partem  caeli  (Plin.,  H.  Nat.,  II,  §  95).  Aussi 
Hipparque  fut-il  enrôlé  plus  tard  parmi  les  auteurs  d'ouvrages  astrologiques 
(cf.  ci-dessus,  pp.  162,  1.  331,  4). 


544     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

pour  infranchissable  la  ligne  de  démarcation  tracée  par  Aristote 
entre  l'agitation  du  monde  sublunaire  et  la  paix  divine  des 
sphères  supérieures. 

Dans  les  écoles  philosophiques,  l'astrologie  avait  rencontré, 
partout  ailleurs  que  chez  les  Stoïciens,  un  accueil  assez  dédai- 
gneux. Les  Épicuriens  l'écartaient  par  une  fin  de  non-recevoir 
pure  et  simple;  les  Péripatéticiens  avaient  divisé  la  science  de  la 
Nature  en  une  série  de  compartiments  autonomes  soustraits  à  la 
tyrannie  des  nombres  pythagoriciens,  aux  exigences  de  l'har- 
monie et  de  la  solidarité  universelles,  postulats  indispensables  de 
l'astrologie  à  prétentions  scientifiques;  la  Nouvelle  Académie, 
répudiant  en  bloc  tout  le  mysticisme  pythagoricien  dont  s'amu- 
sait la  fantaisie  de  Platon,  n'avait  gardé  de  l'héritage  du  maître 
que  le  goût  de  l'éristique  et  criblait  d'objections  toutes  les  doc- 
trines, connues  ou  possibles,  qui  donnaient  leurs  conclusions 
comme  certaines,  à  plus  forte  raison,  comme  infaillibles.  L'astro- 
logie aurait  été  éliminée  du  monde  où  l'on  raisonne  et  réduite  à 
la  clientèle  des  âmes  simples,  d'ailleurs  incapables  de  la  com- 
prendre, si  elle  n'avait  rencontré  dans  les  Stoïciens  des  alliés  et 
des  collaborateurs  infatigables,  rompus  à  toutes  les  finesses  de  la 
dialectique,  qui  avaient  lié  leur  cause  à  la  sienne  et  l'approvi- 
sionnaient au  fur  et  à  mesure  d'arguments,  de  réponses,  de  dis- 
tinctions, d'échappatoires.  Cette  alliance  s'était  conclue  dès 
l'origine,  au  moment  où  Bérose  importait  en  Grèce  les  dogmes 
chaldéens  et  où  Zenon  fondait  l'école  du  Portique.  Depuis  lors, 
les  Stoïciens,  dogmatiques  par  nature  et  attachés  à  leur  ortho- 
doxie particulière,  ne  voulaient  ni  ne  pouvaient  renier  l'astro- 
logie systématisée,  qui  était  faite  en  grande  partie  de  leurs 
doctrines.  Panétius  seul  se  sépara  sur  ce  point  de  ses  maîtres  et 
de  ses  disciples*.  D'autres,  reculant  devant  un  schisme,  cher- 
chaient des  transactions.  Diogène  de  Séleucie  sur  le  Tigre,  dit 
«  le  Babylonien  »,  disciple  de  Chrysippe,  réduisait  l'astrologie  au 
rôle  de  la  physiognomonie,  c'est-à-dire  à  discerner  les  aptitudes 
naturelles  de  chacun  ^  Évidemment,  Diogène  avait  été  intimidé 


1.  PanaetiUs,  qui  unus  e  Stoicis  astrologorum  praedicta  rejecit  (Cic,  Divin., 
II,  42).  Il  n'avait  guère  plus  de  confiance  aux  autres  modes  de  divination. 

2.  Quitus  [astrologis)  etiam  Diogenes  Sloicus  concedit  aliquid,  ut  praedicere 
possint  dumtaxat  qualis  quisque  natura  et  ad  quam  quisqiie  maxume  rem 
aptus  futurus  sit;  cetera  quae  profiteantur  negat  ullo  modo  passe  scii'i  (Gic, 
Divin.,  II,  43).  Ce  que  Diogène  conservait  de  Tastrologie  suffisait  amplement 
à  régénérer  le  reste.  On  remarquera  que  presque  tous  les  Stoïciens  sont  des 
Asiatiques,  plus  accessibles  par  là  même  à  l'influx  des  idées  orientales.  Zenon 


posiDONius  ET  l'astrologie  545 

et  Panétius  convaincu  par  les  arguments  du  redoutable  Carnéade, 
qui  n'avait  pas  son  pareil  pour  démolir  les  systèmes  les  mieux 
construits.  Mais  Posidonius,  l'homme  au  savoir  encyclopédique, 
était  venu  arrêter  le  stoïcisme  sur  la  pente  des  concessions;  il 
avait  revisé  tout  l'ensemble  des  théories  astrologiques,  consoli- 
dant les  parties  ébranlées,  comblant  les  lacunes,  trouvant,  pour 
relier  entre  elles  les  assertions  les  plus  disparates,  des  associa- 
tions d'idées  à  longue  portée,  qu'il  était  difficile  de  réfuter  par 
l'analyse  et  qui  déconcertaient  les  adversaires  aussi  sûrement  ou 
mieux  que  des  raisons  en  forme.  C'est  lui  peut-être  qui  a  cons- 
truit ou  achevé  la  forteresse  astrologique  autour  de  laquelle  s'est 
usé,  des  siècles  durant,  l'effort  des  sceptiques,  des  moralistes 
invoquant  le  libre  arbitre,  des  théologiens  luttant  pour  leur  foi, 
tous  inhabiles  à  démêler  le  sophisme  dans  des  arguments  cap- 
tieux qu'ils  connaissaient  mal  et  suspects  d'ignorance  quand  ils 
s'avisaient,  de  guerre  lasse,  d'en  appeler  au  sens  commun,  telum 
imbelle,  sine  ictu  * .  En  sortant  des  mains  de  Posidonius,  l'astro- 
logie n'était  plus  seulement  une  méthode  divinatoire  :  c'était  une 
théorie  générale  des  forces  de  la  Nature,  comparable  pour  sa 
plasticité,  supérieure  par  son  universalité,  à  la  découverte 
moderne  des  ferments  animés. 

Sous  la  garantie  d'un  savant  aussi  réputé,  qui  eut,  comme  pro- 
fesseur, la  clientèle  de  l'aristocratie  romaine,  les  gens  du  monde, 
jusque-là  défiants  ou  indifférents,  purent  s'avouer  adeptes  de 
l'astrologie.  Celle-ci  une  fois  à  la  mode,  la  curiosité  des  dilet- 
tantes fit  surgir  une  foule  de  praticiens  qui  ne  voulaient  plus 
avoir  rien  de  commun  avec  les  «  Chaldéens  »  de  carrefour,  des 
gens  experts  à  manier  les  chiffres  et  les  figures  géométriques  et 

était  de  Citium;  Chrysippe,  de  Soles  ou  de  Tarse;  Cléanthe,  d'Assos;  Anti- 
pater,  de  Tarse;  Posidonius,  d'Apamée,  etc.  Cependant,  il  semble  que,  par 
compensation,  le  rationalisme  hellénique  ait  été  accepté,  sans  mélange  de  foi, 
par  quelques  Orientaux.  Aucun  astrologue  ne  se  réclame  du  «  Chaldéen 
Séleucus  »,  astronome,  physicien  et  géographe  du  ii»  siècle  a.  Chr.,  et  sa 
théorie  des  marées  (Strab.,  III,  p.  174)  ne  trahit  aucune  velléité  astrologique. 
Cf.  S.  Ruge,  Der  Chaldaer  Seleukos,  Dresden,  1863. 

l.Les  témoignages  concernant  f oaidoniua,  fataliumsiderum  assertor{Axig., 
Civ.  Dei,  V,  2),magnus  astrologus  idemque  philosophus  (liirf.,  V,5),  — twv  xa6' 
filiâ;  «iTiOffdçuv  TroXuiJia9écrTa'toî  (Strab.,  XVI,  p.  753), —  ô  êi:t  ff  T7;[jiov'.xwTa- 
xoî  Twv  Stoïxwv  (Galen.,  De  Hippocr.  et  Plat.,  VIII,  1),  sont  très  dispersés. 
Voy.,  sur  Posidonius  comme  source  du  De  Divinatione  de  Cicéron,  les  disser- 
tations de  Schiche  (Jenae,  1875)  et  de  Hartfelder  (Freib.  i.  Br.,  1878);  sur  Posi- 
donius comme  source  principale  de  la  Tétrabible  de  Ptolémée,  l'étude  appro- 
fondie de  Fr.  BoU  [voy.  Bibliographie].  Posidonius  avait  commenté  le  Timée 
de  Platon,  le  livre  de  chevet  des  philosophes  astrologisants. 

35 


546      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

qui  réclamaient  de  ce  chef  le  titre  de  «  mathématiciens  »,  tombé 
en  déshérence  depuis  la  disparition  des  écoles  pythagoriciennes. 
L'astrologie  n'avait  eu  jusque-là  pour  aliment  que  les  disputes 
philosophiques  et  la  foi  inintelligente  du  vulgaire  ;  elle  avait 
trouvé  enfin,  entre  ces  deux  extrêmes,  le  terrain  sur  lequel  elle 
allait  s'asseoir  et  prospérer,  une  société  riche,  lettrée,  ayant 
atteint  sans  le  dépasser  ce  degré  de  scepticisme  où  les  vieilles 
croyances  qui  s'en  vont  laissent  la  place  libre  aux  nouveautés 
qui  arrivent.  C'est  la  Grèce  qui  fournil  les  astrologues  ;  les 
Romains,  habitués  de  longue  date  au  rôle  de  disciples,  les  admi- 
rent, les  consultent  et  les  payent. 


I 

l'astrologie  et  la  société  romaine 

Il  y  avait  longtemps  déjà  que  des  charlatans,  dont  on  ne  peut 
plus  reconnaître  la  nationalité  sous  leur  nom  commun  de  «  Chal- 
déens  »,  exploitaient  à  Rome  la  crédulité  populaire.  On  ne  se 
tromperait  guère  en  pensant  que  cesChaldéens  étaient  des  Grecs, 
attirés  par  la  vogue  naissante  de  l'hellénisme.  La  littérature  et 
l'astrologie  grecques  étaient  entrées  ensemble,  visant  à  conquérir, 
celle-ci,  la  plèbe,  l'autre,  l'aristocratie.  Les  lettrés  n'eurent 
d'abord  que  dédain  pour  les  discours  de  bonne  aventure,  les 
«  astrologues  de  cirque  »  *.  Caton  défendait  à  son  fermier  de 
consulter  les  Chaldéens  ^.  En  139  a.  Chr.,  le  préteur  pérégrin  Cn. 
Cornélius  Hispalus  crut  devoir  intervenir.  En  vertu  de  son  droit 
de  juridiction  sur  les  étrangers,  il  «  ordonna  par  édit  aux  Chal- 


1.  Non  habeo  denique  nauci...  de  circo  astrologos  (Cic,  Divin.,  1,  38).  — 
Cf.  les  superstitiosi  vates  impudentesque  harioli  d'Ennius  (ibid.).  On  a  cité 
plus  haut  (p.  467,  3)  un  passage  d'Attius,  qui  est  un  emprunt  aux  doctrines 
astrologiques.  Voy.  ci-dessus  (p.  189,  1)  l'étrange  aventure  de  la  découverte 
des  livres  apocryphes  de  Numa,  et  la  légende  des  douze  jeunes  gens  aidant 
Numa  à  garrotter  Picus  et  Faunus  (p.  363,  3),  indices  probables  de  tentatives 
faites  pour  convertir  à  la  foi  astrologique  les  dépositaires  des  traditions 
religieuses.  Je  soupçonne  vaguement  quelque  suggestion  astrologique  dans 
la  ferveur  soudaine  que  les  Romains  montrent  pour  Saturne  en  217,  à  l'appro- 
che d'Hannibal,  sur  ordre  des  livres  sibyllins  (Liv.  XXII,  1).  C'est  au  chef 
des  planètes  que  devaient  plaire  les  sept  jours  de  Saturnales,  et  la  Lua 
Saturni,  déesse  stérile  et  stérilisante  (Serv.,  ^en.,  139), —alors  que  Sa/^mw* 
est  le  dieu  des  semailles,  —  ne  convient  bien  qu'à  l'astre  maléfique. 

2.  Cat.,  Rems  t..  I,  5,  4. 


ASTKOLOGUES    ET    HARUSPICES  547 

«  déens  de  sortir  de  la  ville  et  de  l'Italie  dans  les  dix  jours, 
«  attendu  que,  au  nom  d'une  fallacieuse  interprétation  des  astres, 
((  ces  gens  jetaient  par  leurs  mensonges  dans  les  esprits  légers  et 
«  incapables  un  aveuglement  lucratif»  *.Nous  n'avons  pas  là  sans 
doute  le  fond  de  la  pensée  du  magistrat  ;  le  souci  de  la  bourse 
des  citoyens  pourrait  bien  n'être  qu'un  prétexte. 

Le  danger  des  consultations  non  surveillées  allait  apparaître 
plus  nettement  à  mesure  que  la  foi  à  l'astrologie  gagnerait  les 
hautes  classes.  Cet  envahissement,  que  l'on  a  cru  pouvoir  attri- 
buer plus  haut,  pour  une  bonne  part,  à  l'influence  de  Posidonius, 
paraît  avoir  été  assez  rapide.  Par  le  temps  de  révolutions  et  de 
péripéties  soudaines  qu'inaugure  la  poussée  démagogique  des 
Gracques,  on  ne  croyait  plus  à  l'équilibre  providentiel,  à  la  logique 
qui  lie  les  conséquences  aux  actes  volontaires,  mais  à  la  Fortune, 
hasard  pour  les  uns,  prédestination  pour  les  autres.  Quand  Cn. 
Octavius  fut  égorgé  par  les  sicaires  de  Marins,  on  trouva  sur  lui^ 
dit-on,  un  «  diagramme  chaldéen  »,  sur  la  foi  duquel  il  était 
resté  à  Rome  ^  Cependant,  les  astrologues  n'avaient  pas  encore 
évincé  des  meilleures  places  les  haruspices  toscans,  qui,  du  reste, 
leur  firent  toujours  concurrence,  empruntant  au  besoin  à  l'astro- 
logie de  quoi  rajeunir  l'haruspicine  ^.  On  cite  les  haruspices  atti- 
trés de  C.  Gracchus,  de  Sylla,  de  J.  César  :  on  ne  leur  connaît  pas 
d'astrologues  familiers  *.  Mais  nous  savons  par  Sylla  lui-même 
qu'il  attendait  la  mort  à  une  échéance  fixée  par  les  Chaldéens  ^, 
et  par  Cicéron  que  les  grands  ambitieux  de  son  temps  prêtaient 
l'oreille  aux  faiseurs  d'horoscopes.  «  Que  de  choses  »,  dit-il,  «  ont 
«  été,  à  ma  connaissance,  prédites  par  les  Chaldéens  à  Pompée, 
«  combien  à  Crassus,  combien  à  César  lui-même  :  qu'aucun  d'eux 
«  ne  mourrait  sinon  en  grand  âge,  sinon  en  paix,  sinon  avec 
«  gloire  !  C'est  au  point  que  je  suis  stupéfait  qu'il  se  trouve  encore 
«  quelqu'un  pour  croire  des  gens  dont  on  voit  les  prédictions 
«  démenties  chaque  jour  par  la  réalité  des  événements  »  ®. 

1.  Val.  M&x.,Epit.,l,  3,  3. 

2.  ...  xal  "kéyBxa.:  Siiypafj.jxa  XaXSaïxôv  èv  toi;  xôXtîoiî  aùtoû  epoveu- 
OÉvTOî  eOpEÔf.va'.  (Plut.,  Marins,  42). 

3.  Cf.  A.  Bouché-Leclercq,  art.  Haruspices  {Dict.  des  Antiq.,  de  Daremberg 
et  Saglio,  II,  2  [1896],  pp.  17-33). 

4.  On  ne  sait  rien  sur  le  compte  de  Manilius  Antiochus,  qui  fut  amené 
esclave  à  Rome  vers  le  temps  de  Sylla  et  que  Pline  appelle  conditorem  astro- 
logiae  (Plin.,  XXXV,  §  199).  On  ne  peut  plus  le  confondre,  comme  on  l'a  fait, 
avec  le  poète  des  Astronomiques,  qui  vivait  un  siècle  plus  tard. 

5.  Plut.,  Sull.,  31.  Plutarque  cite  les  Mémoires  de  Sylla. 

6.  Cic.,Dti>in.,  11,47. 


548      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

Il  n'y  a  d'étonnant  ici  —  soit  dit  en  passant  —  que  l'étonne- 
ment  deCicéron.  Les  hommes  croient  toujours  ce  qu'ils  espèrent 
et  la  foi  échappe  toujours  aux  démentis  de  l'expérience.  S'il  s'est 
rencontré  des  astrologues  assez  avisés  pour  affirmer  à  Sylla  que 
la  Vénus  dont  il  se  croyait  le  favori,  à  César,  que  la  Vénus  dont 
il  se  disait  le  descendant,  était  la  planète  aimable  et  favorable 
entre  toutes  et  qu'elle  leur  garantissait  longue  vie  et  prospérité, 
il  est  probable  que  ces  esprits  forts  ont  cru,  sans  plus  ample 
informé,  à  leur  étoile  *.  Cicéron  lui-même,  qui,  comme  philo- 
sophe, bafoue  les  astrologues,  leur  emprunte,  comme  rhéteur, 
des  expressions  dogmatiques.  Quand  il  place  les  âmes  des  grands 
hommes  dans  la  Voie  Lactée,  il  ne  fait  qu'exploiter  un  vieux 
mythe  platonicien;  mais,  quand  il  appelle  la  planète  Jupiter  «  un 
flambeau  prospère  et  salutaire  au  genre  humain  »  et  la  planète 
Mars  «  un  feu  rouge  et  redouté  sur  terre  »  '^  il  met  dans  la  bouche 
du  premier  Africain  des  aphorismes  astrologiques. 

C'est  que  les  idées  astrologiques  commençaient  à  entrer  dans 
la  circulation  banale,  à  se  glisser  dans  le  bagage  intellectuel  des 
esprits  de  culture  moyenne.  Elles  y  entraient,  astronomie  et 
astrologie  mêlées,  par  la  littérature,  où  les  «  catastérismes  » 
multipliés  à  satiété  par  les  Alexandrins,  les  descriptions  du  ciel 
à  la  mode  d'Aratus,  paraissaient  aux  Romains  des  sujets  tout 
neufs  et  stimulaient  leur  imagination  rétive;  elles  y  entrèrent 
surtout,  et  par  une  plus  large  ouverture,  lorsque  l'encyclopédiste 
de  l'époque,  Varron,  et  son  contemporain  P.  Nigidius  Figulus, 
adepte  fervent  de  toutes  les  sciences  occultes  ^,  eurent  mis  à  la 
portée  du  grand  public  les  principales  règles  de  l'art  des  «  mathé- 
maticiens ».  La  comète  qui  parut  à  la  mort  de  César  dut  hâter 
singulièrement  la  propagande.  En  tant  que  «  prodige  »,  le  phé- 
nomène fut  interprété  officiellement  par  les  haruspices;  mais  les 
astrologues,  on  peut  le  croire,  ne  manquèrent  pas  de  dire  leur 

1.  Sylla  racontait  dans  ses  Mémoires  que  «  les  Chaldéens  lui  avaient  prédit 
qu'après  une  vie  glorieuse,  il  mourrait  au  comble  de  la  prospérité  »  (Plut., 
loc.  cit.).  D'après  Domaszewski  (ci-après,  p.  554,  2),  les  légions  qui  avaient  pour 
enseigne  le  Taureau  tenaient  ce  symbole  de  J.  César,  et  César  le  leur  avait 
donné  parce  que  le  signe  zodiacal  du  Taureau  est  la  «  maison  »  astrologique  de 
la  planète  Vénus —  celle-ci  évidemment  assimilée  à  la  déesse  mère  des  Jules. 

2.  Deinde  est  hominum  genein  prospéras  et  salularis  ille  f'ulgor,  qui  dicitur 
Jovis,  tum  rulilus  horribilisque  terris,  quem  Marlium  dicitis  (Cic,  Rep., 
VI,  17).  Ce  sont  des  définitions  correctes  des  influences  planétaires. 

3.  Cf.  A.  Swoboda,  Quaestiones  Nigidianae  (Diss.  phil.  Vindob.,  II  [1890], 
pp.  1-63),  Suet.,  Aug.,  94,  et  ci-dessus,  pp.  162,  1.  185,  2.  256,  1.  363. 
Dans  la  Pharsale,  Figulus  donne  une  consultation  astrologique  (I,  638  sqq.). 


ASTROLOGUES   ET   HARUSPICES  549 

mot,  et  c'est  à  eux  surtout  que  profitèrent  les  graves  débats 
institués  à  ce  propos  sur  la  destinée  de  Rome,  la  durée  probable 
de  son  existence  passée  et  future,  le  renouvellement  possible  de 
toutes  choses  par  une  échéance  ultime,  peut-être  celle  de  la 
«  grande  année  «  astrologique,  échéance  à  laquelle  les  Stoïciens 
avaient  attaché  leur  àTroxaxàffTaatç  ou  «  restauration  »  de  l'uni- 
vers. L'héritier  de  César  choisit  l'explication  la  plus  conforme 
aux  traditions  littéraires  et  la  plus  propre  à  établir  le  système 
de  l'apothéose  dynastique  :  il  «  voulut  que  la  comète  fût  l'âme 
de  son  père  »  '  ;  mais  il  ne  lui  déplaisait  pas  que  les  haruspices  ^ 
ou  des  oracles  sibyllins  ^  annonçassent  l'avènement  d'un  nouvel 
ordre  de  choses.  Il  gardait  par  devers  lui  l'idée  que  cet  astre 
était  aussi  son  étoile  à  lui,  l'horoscope  de  la  nouvelle  naissance 
qui  le  faisait  fils  adoptif  de  César  *.  L'astrologue  qui  lui  procura 
cette  «  joie  intérieure  »  était  probablement  ce  Théagène  qui  était 
déjà  le  confident  et  qui  devint  par  la  suite  presque  le  collaborateur 
du  maître.  C'est  à  l'astrologie,  en  effet,  que  Auguste  demanda 
une  preuve,  assurément  originale,  de  la  légitimité  de  son  pouvoir. 
«  Il  eut  bientôt,  dit  Suétone,  une  telle  confiance  dans  sa  destinée, 
«  qu'il  publia  son  thème  de  géniture  et  frappa  la  monnaie  d'ar- 
«  gent  au  signe  du  Capricorne,  sous  lequel  il  était  né  »  ^. 

En  ce  qui  concernait  la  comète  de  l'an  44,  l'événement  donna 
raison  à  tout  le  monde,  à  ceux  qui  glorifiaient  César  et  son  fils 
adoptif  comme  à  ceux  qui  annonçaient,  au  nom  des  doctrines 
toscanes,  un  «  siècle  »  nouveau,  ou,  au  nom  de  l'orthodoxie 
astrologique,  des  bouleversements  et  guerres  sanglantes.  Si  les 
époques    de    crise,    en    déroutant   les    prévisions   rationnelles, 

1.  Ipse  animam  patris  esse  voluit  (Serv.,  Ed.,  IX,  47)  —  quod  sidus  Caesaris 
putatum  est,  Augusto  persuadente  (Serv.,  Aen.,  VIll,  681).  — Julium  sidus 
(Hor.,  Od.,  I,  12,  47).  —  Le  texte  des  Mémoires  d'Auguste  dans  Pline,  II,  §  94. 

2.  On  connaît  la  scène  tragique  —  ou  comique,  si  elle  était  convenue  — 
jouée  in  conlione  par  l'haruspice  Volcatius  (Serv.,  Ed.,  IX,  47). 

3.  Cf.  Virg.,  Ed.,  IV,  4  :  Ullima  Cumaei  venitjam  carminis  aelas  :  \  Maçjnus 
ab  integro  saedorum  nascitur  ordo. 

4.  Après  avoir  cité  le  passage  susvisé  des  Mémoires  d'Auguste,  Pline  ajoute  : 
haec  ille  in  publicum.  Interiore  gaudio  sibi  illum  [comelen)  nalum  seque  in  eo 
nasd  interpretatus  est  (Plin.,  II,  §  94). 

5.  Suet.  Aug.,  94.  Le  jeune  Octave  et  Agrippa  avaient  déjà  consulté  le 
«  mathématicien  Théagène  »  à  ApoUonie,  avant  la  mort  de  César  (Suet.,  l.  c). 
Sur  le  Capricorne  horoscope  de  la  «  conception  »  d'Auguste,  voy.  ci-dessus, 
pp.  146,  1.  369,  1.  373,  2.  439,  3.  L'astrologie  apportait  au  régime  impérial  un 
appui  en  accréditant  l'idée  que  les  empereurs  étaient  prédestinés  —  de  toute 
éternité  —  à  l'empire.  Cf.  Fr.  Cumont,  L'éternité  des  empereurs  romaim 
(dans  la  Rev.  d'Hisl,  et  Litt.  relig.,  I  [18961,  pp,  435-452). 


550      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

poussent  au  fatalisme  et  à  la  superstition,  les  Romains  durent 
faire,  entre  les  Ides  de  mars  44  et  la  bataille  d'Actium,  de  rapides 
progrès  dans  la  foi  aux  sciences  occultes.  Cette  foi,  l'astrologie 
et  l'haruspicine  se  la  disputaient  à  chances  à  peu  près  égales. 
L'une  avait  pour  elle  son  antiquité;  l'autre,  sa  nouveauté.  Les 
Grecs  étaient  bien  ingénieux,  mais  les  Toscans  étaient  bien 
habiles.  Inférieurs  à  leurs  rivaux  quand  il  s'agissait  de  tracer  le 
plan  de  toute  une  vie,  les  haruspices  reprenaient  l'avantage  dans 
le  détail  de  l'existence,  surtout  en  présence  de  ces  avis  surnatu- 
rels appelés  «  prodiges  »,  pour  lesquels  il  n'y  avait  point  de  place 
dans  les  «  mathématiques  »  *.  Aussi  se  trouva-t-il  des  amateurs 
pour  essayer  de  comparer  et  peut-être  de  combiner  les  deux 
disciplines.  C'est  ce  que  faisait  déjà  Nigidius  Figulus,  et  Varron, 
qui  savait  tout,  était  homme  à  tout  mélanger.  Son  ami  et  l'ami 
de  Cicéron,  Tarutius  de  Firmum,  l'astrologue  éminent  qui  fit  et 
refit  le  thème  de  nativité  de  Rome  ^  devait  être  —  son  nom 
l'indique  —  un  Toscan  dont  la  curiosité  avait  dépassé  les  res- 
sources de  l'haruspicine.  Il  y  a  eu  à  Rome  contact,  rivalité,  adul- 
tération réciproque  entre  la  divination  étrusque  et  l'astrologie, 
sans  qu'on  puisse  dire  au  juste  dans  quelle  mesure  elles  ont 
réagi  l'une  sur  l'autre.  Rappelons  seulement  qu'elles  se  rencon- 
traient nécessairement  sur  des  domaines  communs,  par  exemple, 
l'interprétation  des  foudres  et  autres  phénomènes  «  célestes  » 
et  la  localisation  des  influences  divines  ou  astrales  dans  les 
viscères  '. 

Sous  le  principat  d'Auguste,  l'astrologie  est  décidément  à  la 
mode.  Tout  le  monde  se  pique  d'en  avoir  quelque  teinture,  et  les 
écrivains  multiplient  des  allusions  qu'ils  savent  devoir  être  com- 
prises même  des  gens  du  monde.  Jamais  les  astres  n'ont  tenu  tant 


1.  Qu'on  imagine  un  astrologue  consulté  sur  le  coup  de  foudre  qui  enleva 
la  lettre  C  au  nom  de  CAESAR  sur  le  piédestal  d'une  statue  d'Auguste  :  aurait- 
il  jamais  trouvé  la  réponse  que  firent  les  haruspices?  Responsum  est  centum 
solos  dies  posthac  victurum^  quem  numerum  C  liftera  notaret,  futurumque  ut 
inter  deos  referretur,  quod  AE^AE,  id  est  reliqua  pars  e  Caesaris  nomine, 
Etrusca  lingua  deus  vocaretur  (Suet.,  Aug.,  97).  Même  l'interprétation  des 
comètes,  considérées  comme  «  foudres  »,  revenait  plutôt  aux  haruspices  qu'aux 
astrologues.  Cf.  ci-dessus,  pp.  362-364. 

2.  Voy.  ci-dessus,  pp.  368-369.  Dans  la  légende  d'Hercule,  le  Tarutius  ou 
Carutius  qui  épousa  Acca  Larentia  est  appelé  Tuscus  (Macr.,  Sat.,  I,  10,  17). 

3.  Sur  les  divinités  du  temple  hépatique,  voy.  art.  Haruspice?,  p.  23.  Polyen 
(IV,  20)  appelle  XaXSaîo?  ixâvTtç  et  Strabon  (XVI,  p.  739)  classe  parmi  les 
mathematici  chaldéens  l'haruspice  Sudines,  qui  consulte  le  foie  des  victimes 
pour  le  compte  d'Attale.  La  concurrence  tournait  au  détriment  des  haruspices. 


VOGUE   LITTÉRAIRE   DE   l'aSTROLOGIE  331 

de  place  dans  la  littérature.  Le  catastérisme  ou  translation  dans 
les  astres,  suivant  la  formule  alexandrine,  devient  la  conclusion 
normale  de  quantité  de  légendes  et  la  forme  ordinaire  de  l'immor- 
talité promise  aux  grands  hommes  *.  On  retouche  les  portraits  des 
devins  épiques,  des  Mélampus,  des  Tirésias,  des  Calchas  et  des 
Hélénus,  pour  leur  attribuer  «  la  science  des  astres  »,  sans  laquelle 
ils  eussent  paru  au-dessous  de  leur  réputation  ^.  En  fait  d'astro- 
nomie, l'auteur  des  Géorgiques  est  hors  de  pair  :  mais  Horace 
lui-même  met  une  sorte  de  coquetterie  à  montrer  qu'il  est  quelque 
peu  frotté  d'astrologie.  Ce  n'est  plus  un  fidèle  d'Apollon,  mais  un 
disciple  des  Chaldéens  qui  se  classe  lui-même  parmi  les  «  hommes 
de  Mercure  »,  qui  félicite  Mécène  d'avoir  échappé  par  la  protec- 
tion de  Jupiter  à  l'influence  meurtrière  de  Saturne,  et  qui,  dérouté 
sans  doute  parle  désordre  du  calendrier  avant  la  réforme  julienne, 
se  demande  s'il  est  né  sous  la  Balance,  le  Scorpion,  «  portion  dan- 
gereuse d'un  horoscope  »,  ou  le  Capricorne,  «  tyran  de  la  mer 
d'Hespérie  »  '.  Mécène  et  lui  avaient  dû  consulter  quelques  pra- 
ticiens qui  avaient  trouvé  «  incroyablement  concordants  »  les 
thèmes  degéniture  des  deux  amis*.  Properce  ne  se  contente  plus, 

1 .  On  sait  comment  Virgile,  assez  gauche  dans  le  métier  de  flatteur,  offre 
à  Auguste  de  remplacer  la  Balance  :  Qua  locus  Erigonen  inter  Chelasqiie 
sequenles  \  Pandilur  {Georg.,  I,  33sqq.).  Lucain  mettrait  volontiers  Néron  à  la 
place  du  Soleil  :  il  lui  recommande  en  tout  cas  de  se  placer  au  milieu  de  la 
voûte  céleste,  pour  ne  pas  déranger  sous  son  poids  l'équilibre  du  monde 
{Phars.,  I,  45-39).  La  formule  aslra  petes  serus  ;  serus,  lentus,  tardus  sidéra 
pete,  fait  partie  de  la  politesse  littéraire  et  entre  dans  les  compliments  bien 
tournés.  Vitruve  ne  peut  pas  écrire  un  traité  d'architecture  sans  y  mêler  de 
l'astronomie  et  une  déclaration  de  foi  à  l'astrologie  (cf.  ci-dessus,  p.  36,  2). 

2.  Énée  appelle  Hélénus  intei'pres  divum  -  -  qui  sidéra  sentis  (Virg.,  Aen., 
III,  360).  Dans  la  Thébaïde  de  Stace  (III,  558),  Amphiaraos  et  Mélampus  mau- 
dissent leur  art,  dont  font  partie  astrorumque  vices  numerataque  semita  lunae. 
Properce  (V,  1,  109)  dédaigne  Calchas,  qui  ne  savait  pas  l'astrologie.  Plus 
tard,  Nonnus  met  en  scène  un  «  Génie  »  astrologue,  .\strœos,  qui  donne  une 
consultation  en  règle  à  Démêter,  avec  figures,  sphère  mobile,  etc.  {Dionys., 
VI,  15-102).  Cf.  la  leçon  d'astronomie  que  fait  le  Soleil  à  son  fils  Phaéthon  (id., 
XXXVIII,  222-266,  et  Ovid.,  Met.,  Il,  63  sqq.). 

3.  Hor.,  Od.,  II,  n,  de  l'an  26  a.  Chr. 

4.  Ulrumque  noslrum  incredibili  modo  \  Con«en/t^as^?*MOT  (Hor.,  ifttrf.).  Horace 
déconseille  à  Leuconoé  de  chercher  à  prévoir  sa  mort  :  nec  Babylonios  lentaris 
numéros  {Od.,  l,  11,  2).  C'est  le  fait  non  d'un  sceptique,  mais  plutôt  d'un 
croyant  qui  se  repent  d'avoir  été  trop  curieux  pour  son  propre  compte. 
Horace  mélange  les  idées  astrologiques  avec  la  croyance  populaire  aux  Génies  : 
scil  Genius,  natale  cornes  qui  tempérât  astrum  {Epist.,  II,  2,  181).  On  a  voulu 
voir  une  allusion  aux  oixoi  astrologiques  dans  l'expression  aerias  tentasse 
domos  de  Od.,  I,  28.  C'est  raffiner  sur  les  mots  et  multiplier  inutilement  les 
conjectures. 


552     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

comme  Horace,  d'allusions  faites  en  passant  aux  arcanes  de  la 
nouvelle  science.  Il  met  en  scène  un  astrologue,  fils  du  «  Baby- 
lonien Horops  »,  qui  connaît  «  l'étoile  heureuse  de  Jupiter,  celle 
«  du  violent  Mars,  et  l'astre  de  Saturne  qui  pèse  sur  toute  tête,  et 
«  ce  qu'apportent  les  Poissons,  le  signe  impétueux  du  Lion  et  le 
«  Capricorne  baigné  par  l'onde  d'Hespérie  ».  Son  mathématicien 
est  de  ceux  qui  s'entendent  à  «  faire  tourner  sur  la  boule 
d'airain  les  signes  »,  les  «  signes  redoublés  de  la  route  oblique  », 
et  qui,  pour  inspirer  confiance,  tonnent  contre  la  mauvaise  foi 
des  charlatans.  Ce  personnage  donne  à  Properce  une  consultation 
qu'il  termine  en  l'avertissant  de  redouter  «  le  dos  sinistre  du 
Cancer  »  *.  Le  poète  plaisante  peut-être  moins  qu'il  ne  veut  en 
avoir  l'air  :  il  se  pourrait  qu'il  ait  emporté  cette  menace  de 
quelque  cabinet  d'astrologue  et  qu'il  la  prenne  au  sérieux.  L'au- 
teur de  Ylbis,  étalant  le  thème  de  géniture  de  son  ennemi,  parle 
le  langage  des  hommes  du  métier.  «  Tu  es  né  malheureux  », 
s'écrie-t-il,  <<  et  aucune  étoile  n'a  été  propice  et  légère  à  ta  nais- 
«  sance.  Vénus  n'a  pas  envoyé  ses  rayons  à  cette  heure,  ni  Jupi- 
«  ter;  ni  le  Soleil  ni  la  Lune  n'ont  été  en  lieu  convenable,  et  celui 
«  que  la  brillante  Maïa  a  engendré  du  grand  Jupiter  n'a  pas  dis- 
«  posé  ses  feux  de  façon  utile  pour  toi.  Sur  toi  ont  pesé  l'astre  de 
«  Mars,  qui  ne  présage  que  choses  brutales  et  jamais  rien  de  pai- 
«  sible,  et  celui  du  vieillard  à  la  faux.  Ton  jour  natal,  pour  que 
«  tout  fût  à  la  tristesse,  apparut  vilain  et  noirci  d'une  couche  de 
«  nuages  »  ^  Il  n'y  aurait  qu'à  ajouter  des  chiffres  à  ce  morceau 
pour  en  faire  un  document  professionnel. 

La  description  des  astres,  de  phénomènes  célestes  réels  ou 
imaginaires,  de  prodiges  de  ce  genre  interprétés,  tend  à  devenir 
une  manie  littéraire  ^.  A  la  cour  du  Palatin,  qui  donnait  le  ton  à 


1.  Propert.,  V,  1.  L'association  du  Capricorne  à  la  mer  occidentale,  notée  par 
Horace  et  Properce,  fait  partie  d'un  système  chorographique  précédemment 
exposé.  Properce  suppose  intelligibles  pour  ses  lecteurs  des  expressions 
qui  étaient  de  véritables  énigmes  pour  les  profanes.  Obîiquae  signa  iterata 
rotae  (v.  82)  sont  les  signes  du  Zodiaque  groupés  six  par  six  en  p>.£TtovTa, 
àxoûovTa,  ôfxoÇwva,  iaavdttpopa,  etc. .46  zonis  qinnque  petenda  fides  (v.  108) 
—  si  on  ne  remplace  pas  zonis  par  stellis  —  signifie  que,  pour  prévoir  la 

mort,  il  faut  tenir  compte  des  zones  ou  climats,  lesquels  modifient  la  durée 
d'ascension  des  signes,  et  par  là  la  durée  de  la  vie  impartie  par  ces  signes- 

2.  Ovid.,  Ibis,  207-216. 

3.  L'imitation  de  Virgile,  qui  avait  décrit  les  prodiges  survenus  à  la  mort 
de  César  {Georg.,  I,  463-488),  y  était  bien  pour  quelque  chose.  L'auteur  de  la 
Consolatio  ad  Liviam  (Poet.  min.,  éd.  Baehrens,  I,  pp.  104-121)  assure  qu'à  la 
mort  de  Drusus,  Sidéra  quin  etiam  caelo  f agisse  feruntur,  |  Lucifer  et  solitas 


VOGUE    LITTÉRAIRE    DE    l' ASTROLOGIE  553 

la  bonne  société,  la  science  des  astres  trouvait  des  clients  et 
même  des  disciples,  Germanicus  employait  ses  loisirs  à  traduire 
en  vers  —  comme  lavait  fait  avant  lui  Cicéron  —  les  Phénomènes 
d'Aratus,  ou  même  à  corriger  son  modèle  ;  et  c'était  sans  nul 
doute  pour  les  plus  hauts  cénacles  que  Manilius  écrivait  son 
poème  des  Astronomiques,  mélange  singulier  de  foi  enthousiaste 
et  de  science  douteuse,  qui  mérite  de  survivre,  comme  œuvre 
littéraire,  au  discrédit  des  doctrines  apprises  à  la  hâte  par  cet 
astrologue  de  rencontre.  Nous  ignorons,  du  reste,  si  le  poète 
avait  pris  là  le  meilleur  moyen  de  faire  sa  cour  à  Auguste  ou  à 
l'héritier  présomptif  d'Auguste  %  et  si   la  plume  ne  lui  fut  pas 


destiliiisse  vins:  |  Lucifer  in  toto  nulli  comparait  orbe,  |  Et  venit  stella  non  prae- 
eunte  die  (v.  403-408).  Vénus,  l'astre  des  Césars,  était  en  deuil.  Comme  stoï- 
cien, Sénèque  croyait  à  l'astrologie  :  Fata  nos  ducunt,  et  quantum  cuique  res- 
tet,  prima  nascentium  hora  disposait  (Sen.,  De  Provid.,  5).  Ex  horum  [quinque 
siderum]  levissimis  motibus  fortunae  populorum  dépendent,  etc.  (Senec,  Con- 
sol.  ad  Marc,  18).  Ses  tragédies  sont  infestées  de  tirades  où,  sous  forme  de 
descriptions,  invocations,  explications  de  toute  sorte,  le  ciel  est  constam- 
ment pris  à  partie.  Dans  le  Thyeste  (844-866),  le  chœur,  décrivant  le  monde 
qui  se  détraque  et  le  Soleil  qui  rebrousse  chemin,  énumère  les  Xll  signes  du 
Zodiaque  depuis  le  Bélier  jusqu'aux  ultima  sidéra  Pisces.  L'Hercules  Oetaeiis 
(v.  61  sqq.)  signale  les  catastérismes  opérés  par  Junon.  V Hercules  furens 
(v,  945  sqq.)  croit  voir  le  ciel  s'obscurcir  et  le  Lion  céleste  secouer  sa  cri- 
nière. Revenu  de  son  égarement,  il  demande  où  il  est,  siib  ortu  Solis  an 
sub  cardine  glacialis  Ursae  {v.  1139).  Puis  il  s'imagine  que,  à  cause  de  lui, 
astra  transversos  agunt  \  Obliqua  cursus  (v.  1332-1333).  Lucain  n'a  garde 
d'éviter  ce  genre  de  pédantisme.  Son  César  se  dit  constamment  occupé  d'as- 
tronomie —  média  inter  proelia  semper  \  Stellarum  caelique  plagis  Superisque 
vacavi  [Phars.,  X,  185),  et  le  sage  Achoreus  le  régale  d'une  dissertation  sur  les 
sources  du  Nil  qui  commence  par  des  aperçus  plus  ou  moins  orthodoxes  sur 
les  propriétés  spécifiques  des  planètes.  En  revanche,  l'auteur  des  Suasoriae 
(Sénèque  le  père?)  met  dans  la  bouche  d'Alexandre  une  boutade  contre  les 
astrologues  et  leurs  observations  sur  chacune  des  sept  planètes,  ce  qui  est 
encore  une  façon  de  parler  d'eux  et  de  montrer  qu'on  connaît  leur  métier 
(Senec,  Suasor.,  4.  Cf.  ci-dessus,  p.  284,  4).  Perse,  imitant  Horace,  énumère 
les  affinités  astrologiques  qui  le  lient  àCornutus,  cite  la  Balance,  les  Gémeaux, 
Saturne,  Jupiter,  et  conclut  :  Nescio  quod  est,  certeest,  quod  me  tibi  tempérât, 
aslrum  (Pers.,  Sat.,  V,  45-51).  Aussi  Quintilien  veut  que  ses  élèves  apprennent 
l'astronomie  pour  comprendre  les  poètes,  qui  {ut  alia  omitlam)  toliens  ortu 
occasuque  signorum  in  declarandis  temporibus  utuntur  (Quintil.,  Inst.,  I,  4,  4). 
L'astrologie  est  sans  doute  visée  dans  la  prétention  :  ut  alia  omittam.  Cf.  les 
statistiques  de  Fr.  Harder  [Astrognostische  Bemerkungen  zu  den  rœm.  Dich- 
tern.  Progr.,  Berlin,  1893),  qui  trouve,  dans  les  poètes  latins,  de  Plaute  à 
Claudien  (sans  compter  les  Aratea,  ni  les  Fastes  d'Ovide,  ni  Manilius),  les 
Ourses  mentionnées  dans  270  passages;  le  Chien, 63  fois;  Vénus,  132  fois,  etc. 
1.  Les  quatre  premiers  livres  du  poème  ont  été  composés  sous  Auguste; 
le  cinquième,  — qui  ne  devait  pas  être  le  dernier  (cf.  V,  1  sqq.),— sous  Tibère. 


554      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  komain 

arrachée  des  mains  par  la  peur  de  tomber   sous  le  coup  des 
mesures  décrétées  contre  les  «  Chaldéens  »  par  Tibère. 

On  commençait,  en  effet,  à  s'apercevoir  que  l'astrologie,  aris- 
tocratique par  essence,  semblait  faite  pour  éveiller  et  nourrir  les 
grandes  ambitions.  Tibère  le  savait,  dit-on,  par  sa  propre  expé- 
rience, ajoutée  à  celle  de  son  père  adoptif.  On  racontait  que, 
tombé  en  disgrâce  et  exilé  à  Rhodes,  il  avait  pris  des  leçons  du 
«  mathématicien  Thrasylle  »  et  que,  plus  tard,  il  avait  deviné 
dans  Galba  l'homme  «  qui  goûterait  un  jour  à  l'empire  »  *.  La 
légende  s'en  mêlant,  on  finit  par  croire  qu'il  avait  créé  une  sorte 
de  cabinet  noir,  où  des  rabatteurs  d'horoscopes  apportaient  les 
secrets  des  particuliers  et  d'où,  après  examen  des  thèmes  de 
géniture  fait  par  lui-même  ou  par  Thrasylle,  il  frappait  à  coup 
sûr  les  têtes  marquées  pour  de  hautes  destinées  ^  De  même  qu'il 
s'était  créé  autour  des  oracles  une  foison  d'anecdotes  tendant  à 
montrer  leur  infaillibilité  et  l'inanité  des  efforts  faits  par  l'homme, 


1.  Tac,  Ann.,  VI,  21;  Dio  Cass.,  LVI,  H.  LVII,  19.  Cf.  Suet.,  Tiber.,  14. 

2.  Dio  Cass.,  LVII,  19.  On  ne  saurait  trop  se  défier  du  travail  d'imagination 
qui,  à  l'appui  d'une  idée  première,  contenant  peut-être  une  parcelle  de  vérité, 
crée  et  multiplie  les  faits  typiques.  Suivant  Suétone  (GaZèa,  4\  c'est  Auguste 
qui  aurait  dit  à  Galba  enfant,  en  lui  prenant  le  menton  :  Kai  au,  téxvov,  tt,; 
*PX^i"»  ■''liJLwv  TrapaTpwlïi .  Sed  et  Tiberius,  cum  comperisset  imperaturum  emn, 
verum  in  senecta,  «  Vivat  sane,  ait,  quando  id  ad  nos  nihil  pertinet  » .  Dion 
Cassius  assure  que,  à  Rhodes,  Tibère,  aidé  de  Thrasylle,  connaissait  parfai- 
tement sa  destinée  et  celles  de  L.  et  G.  César  —  irâvxa  xal  ta  sautû  xal  èxetvot; 
TceTipwfi.éva  àxpiêwç  TiitiarTaTO  (Dio  Cass.,  LVI,  11).  De  cette  idée  développée,  il 
tire  logiquement  le  vaste  réseau  d'informations  qui  permettait  à  Tibère 
devenu  empereur  de  supprimer  tous  ceux  à  qui  uTcépoyxôv  xt  xal  eSeXtci  irpôî 
SuvaaTcîav  hzXU  (LVII,  19).  Juvénal  {Sat.,  X,  94)  grossit  le  nombre  des  astro- 
logues employés  au  cabinet  noir.  Il  se  représente  Tibère  enfermé  à  Caprée 
cum  grege  Chaldaeo.  Tibère  était  superstitieux,  mais  avec  la  prétention  d'être 
un  esprit  fort.  Dion  Cassius  raconte  que,  ayant  reçu  en  songe  l'ordre  de  don- 
ner de  l'argent  à  un  tel,  il  s'aperçut  que  c'était  un  songe  envoyé  par  magie  et 
mit  à  mort  le  trop  malin  compère  (LVII,  15).  Croire  à  la  magie  ne  lui  parais- 
sait pas  une  faiblesse  d'esprit.  —  En  songeant  à  l'attitude  défiante  qu'ont  tou- 
jours adoptée  officiellement  à  l'égard  des  astrologues  Agrippa,  Auguste  et 
Tibère,  on  hésite  à  admettre  que  les  sept  niches  du  Panthéon  d'Agrippa  aient 
été  occupées  par  les  images  des  sept  dieux  planétaires  et  que  les  légions  aient 
arboré  des  enseignes  astrologiques  :  le  Taureau  distinguant  les  légions  créées 
par  César;  le  Capricorne,  celles  d'Auguste;  le  Scorpion,  signe  de  la  nativité 
de  Tibère,  les  cohortes  prétoriennes,  installées  par  lui  à  demeure  sur  le 
Viminal.  C'est  la  thèse  séduisante  et  fragile  de  A.  von  Domaszewski,  Die 
Thierbilder  der  Signa  (Arch.-Epigr.  Mittheil.,  XV  [1892],  pp.  182-193,  et  XVII, 
1  [1894],  p.  34).  On  trouve  des  briques  de  la  XXII  Primigenia  (formée  sous 
Claude,  par  dédoublement  de  la  XXII  Dejotariana)  marquées  tantôt  au  Capri- 
corne, tantôt  au  Lion  (R.  Cagnat,  Rev.  Epigr.,  1897,  n»  148). 


CONSCLTATIONS  ASTROLOGIQUES  555 

même  prévenu,  pour  échapper  à  sa  destinée,  de  même  Taslro- 
logie,  une  fois  en  crédit,  est  censée  marquer  d'avance  aux  per- 
sonnages historiques  les  étapes  de  leur  existence,  et  c'est  une  joie 
pour  les  croyants  de  voir  les  prédictions  se  réaliser  en  dépit  des 
doutes,  des  précautions,  ou  tout  autrement  qu'on  ne  l'avait  sup- 
posé. C'est  ainsi  que,  au  rapport  de  Tacite,  Tibère  ayant  quitté 
Rome  en  l'an  26,  «les  connaisseurs  des  choses  célestes  assuraient 
«  que  Tibère  était  sorti  de  Rome  sous  des  mouvements  d'astres 
«  tels  que  le  retour  lui  était  impossible.  Ce  fut  la  perte  d'une 
«  foule  de  gens  qui  crurent  à  sa  mort  prochaine  et  en  répandirent 
«  le  bruit;  ils  ne  prévoyaient  pas,  en  effet,  tant  le  cas  était 
«  incroyable,  que  onze  ans  durant  il  s'exilerait  volontairement 
«  de  sa  patrie.  On  vit  par  la  suite  combien  l'art  confine  de  près  à 
«  l'erreur,  et  comme  le  vrai  s'enveloppe  d'obscurité.  L'annonce 
«  qu'il  ne  rentrerait  pas  dans  la  ville  n'était  pas  une  parole  en 
«  l'air;  le  reste,  les  gens  qui  agirent  ainsi  l'ignoraient  »  *. 

Les  consultations  astrologiques  envahissent  l'histoire  livrée 
aux  compilateurs  de  curiosités  et  aux  psychologues  qui  dissertent 
sur  des  bruits  d'antichambre.  Tantôt  c'est  Caligula  à  qui  le 
«  mathématicien  Sulla  affirme  que  sa  mort  approche  très  certai- 
nement >)  ^  ;  tantôt,  c'est  Néron,  à  qui  «  des  mathématiciens  avaient 
prédit  jadis  qu'il  lui  arriverait  un  jour  d'être  destitué»^,  ou  à 
propos  duquel  des  Chaldéens  avaient  répondu  à  sa  mère  Agrip- 
pine  «  qu'il  aurait  l'empire  et  tuerait  sa  mère  »  *,  ou  qui  attend, 
pour  se  proclamer  empereur  «  le  moment  favorable  indiqué  par 
les  Chaldéens  »  ^,  ou  qui  détourne  les  menaces  d'une  comète 
par  des  exécutions  ordonnées,  comme  équivalent  de  sacrifices 
humains,  sur  le  conseil  de  l'astrologue  Balbillus  ^.  Tacite  sait  que 

1.  Tac.,.4nn..  IV,  58.  Les  oracles  ne  faisaient  pas  autre  chose  que  vera 
obscuris  tegere,  et  c'est  donner  cause  gagnée  aux  astrologues  que  de  les  mettre 
sur  le  même  pied .  Tacite  laisse  entendre  plus  clairement  ailleurs  qu'il  penche 
vers  la  foi  en  l'astrologie  :  ceterum  plurimis  mortalium  non  eximilur  quin 
pHmo  cujusque  orta  ventura  destinentur,  sed  quaedam  seciis  quant  dicta  sint 
cadere,  fallaciis  ignara  dicentium  ;  ila  corrumpi  fidem  artis,  cujus  clara  docu- 
menta et  anliqua  aetas  et  nostra  tulerit  (Ta.c.,  Ann.,  VI,  22). 

2.  Suet.,  Calig.,  57. 

3.  Suet.,  Nero,  40. 

4.  Tac,  Ann.,  XIV,  9  —  à  quoi  Agrippine  aurait  répliqué  :  occidat,  inquit, 
dum  imperet.  L'astrologue  consulté  était  un  fils  de  Thrasylle,  du  confident  de 
Tibère  (Tac,  Ann.,  M,  22).  Cf.  Th.-H.  Martin,  fiecA.  sur  les  quatre  person- 
nages appelés  Thrasylle  (Annali  di  scienze  matem.  e  fisiche  di  Tortolini,  VIII 
[1851],  pp.  428  sqq.). 

5.  Tac,  Ann.,  XII,  68.  Application  de  la  méthode  des  x«Tapxat. 

6.  Suet.,  Nero.,  36.  Combinaison  de  l'astrologie  avec  l'haruspicine. 


556     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

«  le  boudoir  de  Poppée  avait  entretenu  quantité  de  mathéma- 
«  ticiens,  détestable  ameublement  d'un  ménage  de  princes  »  *. 
C'est  là  peut-être  qu'un  des  familiers  de  la  maison,  Othon,  avait 
rencontré  l'astrologue  Ptolémée,  qui  l'accompagna  en  Espagne 
et  le  poussa  à  se  révolter  contre  Galba  ^  Puis  viennent  les  Fla- 
viens,  tous  trois  ayant  leurs  astrologues  à  eux  et  ne  voulant 
tolérer  à  Rome  que  ceux-là  :  Vespasien,  auprès  duquel  nous 
retrouvons  le  conseiller  de  Néron,  Balbillus  ^;  Titus,  qui  était 
assez  savant  pour  étudier  par  lui-même  la  géniture  de  deux 
ambitieux  et  assez  généreux  pour  leur  pardonner,  en  les  avertis- 
sant même  «  d'un  danger  qui  leur  viendrait  plus  tard  et  de  la 
part  d'un  autre  »  *;  Domitien,  qui,  comme  autrefois  Tibère,  «  exa- 
minait les  jours  et  heures  de  nativité  des  premiers  citoyens  »  ^  et 
frappait  à  côté,  car  il  mettait  à  mort  Mettius  Pompusianus,  qui 
déjà,  sousVespasien,passait  pour  avoir  une  géniture  impériale  »  ^, 
et  il  épargnait  Nerva,  parce  qu'un  astrologue  lui  garantit  que  le 
vieillard  n'avait  plus  que  quelques  jours  à  vivre  ''.  Il  ne  savait 
pas  que  Nerva  n'aurait  pas  besoin  de  vivre  bien  longtemps  pour 
lui  succéder.  Un  homme  qui  cherche  à  tuer  son  successeur  est 
parfaitement  ridicule  *,  et  l'histoire  s'égaie  ici  aux  dépens  de 
Domitien.  On  racontait  encore  que,  ayant  fait  arrêter  «  le  mathé- 
maticien Asclétarion  »,    coupable  sans  doute  d'avoir  prédit  la 

1.  Tac,  Hist.,  I,  22. 

2.  Tac,  ibid.  Tacite  montre  ici  plus  d'aversion  que  dans  les  Annales  pour 
les  astrologues,  genus  hominum  potentibiis  infidum,  sperantibus  fallax,  quod 
in  civitale  nostra  et  velabitur  semper  et  retinebilur.  Il  appelle  Ptolémée  sceleris 
instinctor.  —  Oî  xepl  ("060)7»)  ôvtjî  àsl  aivTei;  xal  XaXSaîot,  elç  xi  [lâXiaxa  Se 
nTo)k£[iaToî  la)(uptÇô[xevoi;  xw  Ttposiitêîv  ■KoXkit.i<i,  w;  oùx  àitoxxsvsî  Népwv  aûxdv, 
àXhoL  xe6vT;^£xat  -pôxspoç  (Plut.,  Galba,  23).  Suétone  {Otho,  A)  ne  connaît  pas 
Ptolémée  et  le  remplace  par  Séleucus,  celui  qui,  d'après  Tacite  (Hist.,  II,  78), 
devint  le  mathématicien  attitré  de  Vespasien  —  qui  mox  rertim  dominus 
Seleucum  quemdam  matliemalicum  reclorem  et  praescium  palam  habueril. 

3.  Dio  Cass.,  LXVI,  9.  Le  Bâp6aXoî  de  Dion  doit  être  le  Balbillus  de 
Suétone.  Ce  serait  un  hasard  singulier  qu'il  y  ait  eu,  à  la  même  époque,  au 
même  lieu  et  aussi  en  vue,  deux  astrologues  quasi  homonymes. 

4.  Suet.,  Titus,  9. 

5.  Dio  Cass.,  LXVII,  15. 

6.  Suet.,  Fespas.,  14;  Domit.,  10. 

7.  Dio  Cass.,  ibid. 

8.  Marc  Aurèle  écrivait  à  L.  Verus  au  sujet  d'Avidius  Cassius  :  Si  ei  divi- 
nitus  debetur  imperium,  non  poterimus  interficere  etiamsi  velimus.  Sois  enim 
proavi  tui  dictum  :  «  Successorem  suum  nulhis  occidit  »  (Vulcat.  Gallic,  Avid. 
Cass.,  2).  C'est  l'éternel  argument  dirigé  contre  la  divination  en  général,  —  ou 
incertaine,  ou  inutile,  —  et  auquel  elle  a  résisté.  On  ne  peut  connaître  l'avenir 
que  s'il  est  fatal,  et  on  ne  veut  le  connaître  que  pour  pouvoir  y  échapper. 


CONSULTATIONS  ASTROLOGIQUES  5S7 

mort  prochaine  du  tyran,  il  voulut  à  tout  prix  le  convaincre 
d'imposture,  et  que  l'épreuve  tourna  à  sa  confusion.  «  Il  demanda 
«  à  Asclétarion  quelle  serait  sa  fin  à  lui-même,  et  comme  celui-ci 
«  assurait  qu'il  serait  bientôt  mis  en  pièces  par  des  chiens,  il 
«  ordonna  de  le  mettre  à  mort  sans  retard,  mais,  pour  démontrer 
«  la  frivolité  de  son  art,  de  l'ensevelir  avec  le  plus  grand  soin. 
«  Comme  on  exécutait  ses  instructions,  il  advint  qu'un  ouragan 
«  soudain  renversa  le  bûcher  et  que  des  chiens  déchirèrent  le 
«  cadavre  à  demi  brûlé  «  *.  Au  dire  de  Suétone,  il  savait  depuis 
longtemps  l'année,  le  jour  et  l'heure  où  il  mourrait.  «  Il  était  tout 
«  jeune  encore  quand  des  Chaldéens  lui  avaient  prédit  tout  cela, 
«  si  bien  qu'un  jour  à  dîner,  comme  il  ne  touchait  pas  aux 
«  champignons,  son  père  s'était  moqué  de  lui  ouvertement,  disant 
«  qu'il  connaissait  bien  mal  sa  destinée  s'il  ne  craignait  pas 
«  plutôt  le  fer  ».  En  effet,  la  veille  de  sa  mort,  il  fit  parade  de 
sa  science  astrologique,  en  annonçant  «  que  le  lendemain  la  Lune 
«  se  couvrirait  de  sang  dans  le  Verseau  et  qu'il  arriverait  un 
«  événement  dont  les  hommes  parleraient  dans  tout  l'univers  »  ^ 
La  liste  des  consultations  impériales  n'est  pas  close,  tant  s'en 
faut,  avec  les  biographies  de  Suétone.  Comme  lui,  ses  continua- 
teurs, les  rédacteurs  de  YHistoire  Auguste,  ont  soin  de  tempérer 
par  des  racontages  de  toute  sorte  l'ennui  qu'exhale  leur  prose  à 
demi  barbare,  et  l'astrologie  n'est  pas  oubliée.  Voici  Hadrien  qui, 
curieux  de  toutes  choses  et  encore  plus  occupé  de  lui-même,  ne 
pouvait  manquer  d'apprendre  l'astrologie  pour  son  propre  usage. 
«  Il  s'imaginait  savoir  l'astrologie  au  point  qu'il  mettait  par  écrit 
«  aux  calendes  de  janvier  tout  ce  qui  pouvait  lui  arriver  dans 
«  toute  l'année  :  ainsi,  l'année  où  il  mourut,  il  avait  écrit  ce  qu'il 
«  ferait  jusqu'à  l'heure  même  où  il  trépassa  »  ^.  Le  chroniqueur 


1.  Suet.,  Domit.,  15.  Cette  édifiante  histoire,  tournée  à  la  plus  grande  gloire 
de  la  Providence  et  de  l'astrologie,  est  aussi  rapportée  par  Dion  Cassius 
(LXVII,  16),  avec  de  légères  variantes.  L'astrologue  est  anonyme  :  c'est  à 
Domitien  lui-même  qu'il  prédit  «  où  et  comment  périra  »  l'empereur  ;  il  est 
brûlé  vif  et  la  pluie  éteint  le  feu.  Le  même  Dion  Cassius  {loc.  cit.)  assure 
qu'un  certain  Larginus  Proclus  ayant  «  prédit  publiquement  en  Germanie 
que  Domitien  mourrait  le  jour  où  il  périt  réellement»,  l'empereur  différa  son 
supplice  pour  avoir  le  plaisir  de  lui  prouver  qu'il  s'était  trompé  et  qu'il  fut 
sauvé  par  le  meurtre  de  Domitien.  On  ne  dit  pas  que  ce  fût  un  astrologue;  ' 
ce  doit  être  l'haruspice  ex  Germania  missum,  qui  consullus  de  fulgure  muta- 
tionemrerumpraedixerat  {Suet.,  Domit.,  14). 

2.  Suet.,  Domit.,  14  et  16. 

3.  Spartian.,  Helius,  3.  Hadrian.,  16.  C'est  l'époque  où  fleurissent  les  «  para- 
doxographes  »,  parmi  lesquels  Phlégon  de  Tralles,  affranchi  d'Hadrien  et  peut- 


558        CHAP.   XVI.    —  L  ASTROLOGIE   DANS    LE    MONDE    ROMAIN 

emprunte  ce  détail  à  Marius  Maximus,  un  écrivain  que,  sur  cet 
échantillon,  nous  pouvons  ranger  dans  la  catégorie  des  mystifi- 
cateurs. Il  est  possible  qu'Hadrien  ait  fait  grand  cas  de  l'astrologie  ; 
mais  si,  comme  le  dit  son  biographe,  il  admettait  des  astrologues 
dans  le  cercle  de  savants,  de  lettrés  et  d'artistes  au  milieu  des- 
quels il  vivait,  c'était  aussi,  je  suppose,  pour  se  donner  le  plaisir 
de  les  mettre  aux  prises  avec  Favorinus,  l'ergoteur  le  plus  subtil 
de  l'époque,  qui  exerçait  volontiers  sa  verve  mordante  sur  les 
dogmes  astrologiques.  On  nous  parle  encore  de  Marc-Aurèle  con- 
sultant les  Chaldéens  sur  les  secrets  de  l'alcôve  de  Faustine  et 
se  décidant,  sur  leur  conseil,  à  faire  baigner  Faustine  dans  le 
sang  du  gladiateur  qui  fut  le  père  de  Commode  *.  C'est  le  moment 
où  l'on  commence  à  confondre  les  astrologues  avec  les  magi- 
ciens ^  Puis,  c'est  S.  Sévère  qui,  n'étant  encore  que  légat  de  la 
Lugdunaise,  ;<  étudiait  les  génitures  des  filles  à  marier,  étant  lui- 
«  même  très  expert  en  astrologie.  Ayant  appris  qu'il  y  en  avait 
«  une  en  Syrie  dont  la  géniture  portait  qu'elle  épouserait  un  roi, 
«  il  la  demanda  en  mariage  —  c'était  Julia  —  et  il  l'obtint  par 
«  l'entremise  de  quelques  amis  »  ^.  Comme  on  voit,  l'astrologie, 


être  prête-nom  d'Hadrien  lui-même  —  nam  et  Phlegonlis  librî  Hadriani  esse 
dicuntur  (Spart.,  Hadr.,  16).  Le  premier  mystificateur  pourrait  être  Hadrien 
en  personne.  On  dit,  du  reste,  que  son  grand-oncle  Aelius  Hadrianus  était  un 
astrologue  distingué  et  lui  avait  prédit  l'empire,  prédiction  confirmée  plus 
tard  a  malhemalico  quodam  (Spartian.,  Hadr.,  2}.  Les  chroniqueurs  ont 
réponse  à  tout.  Hadrien  «  connaissait  la  géniture  »  d'Aelius  Verus  et  savait 
que  celui-ci  mourrait  jeune.  Pourquoi  l'avait-il  adopté?  Réponse  :  ut  suae 
satisfaceret  voluplali  et,  ut  quidam  dicunt,  juri  jurando  (Spart.,  Helius,  3). 

i.  Capitolin.,  M.  Anton.  Phil.,  19.  H  s'est  trouvé  des  gens  pour  croire  à  ces 
odieux  bavardages.  Faustine  étant  ensuite  accouchée  de  deux  jumeaux,  on 
voit  des  astrologues  assez  routiniers  pour  prédire  même  destinée  aux  deux 
enfants,  dont  Tun  mourut  à  quatre  ans  et  l'autre  fut  l'empereur  Commode 
(Lamprid.,  Commod.,  1).  C'est  une  réédition  de  l'argument  si  connu  tiré  des 
jumeaux. 

2.  C'est  au  «  Chaldéen  »  Julianus  (voy.  ci-après)  que  certains  attribuèrent  le 
miracle  de  la  Légion  Fulminante  (Suidas,  s.  v.  "A  p  v  ou  œi  ;).  On  crut  aussi  per 
Chaldaeos  et  magos  Antoninum  Marcum  id  egisse,  ut  Marcomanni  P.  R.  semper 
devoti  essent  atque  amici,  idque  faclum  carminibus  (Lamprid.,  Heliog.,  9).  La 
civilisation  baisse  et  la  superstition  grandit  à  vue  d'œil. 

3.  Spartian.,  Sever.,  3.  C'était  un  surcroît  de  précaution,  car  un  astrologue 
consulté  par  lui  en  Afrique,  où  il  était  questeur,  omnia  ei  dixit  quae  postea 
facta  sunl  (Spart.,  Sever.,  2).  Ce  trait  se  répète  à  satiété.  L'empire  avdt  été 
promis  à  Pertinax  enfant  par  des  Chaldéens  (Capitolin.,  Pertin.,  1).  Didius 
Julianus  suivait  aveuglément  les  conseils  des  «  mages  »  (Spartian.,  Did. 
Jiilian.,  7).  Les  «  mathématiciens  »  trouvent  au  jeune  Diadumène,  fils  de 
Macrin,  le  môme  horoscope  qu'à  Antonin  le  Pieux  (Lamprid.,  Anton.  Diad.,  5). 


CONSULTATIONS    ASTROLOGIQUES  559 

science  universelle,  perfectionnait  l'art  d'arriver  par  les  femmes. 
Elle  facilitait  aussi  singulièrement  l'art  de  surpasser  ses  rivaux 
pour  un  homme  qui  connaissait  d'avance  le  terme  assigné  à  leur 
destinée  *.  Sévère  connaissait  assez  bien  la  sienne  pour  savoir, 
en  partant  pour  la  Bretagne,  qu'il  n'en  reviendrait  pas,  et  cela 
surtout  par  son  thème  de  génilure  qu'il  avait  fait  peindre  au  pla- 
fond de  son  prétoire  ^.  On  répète  pour  Caracalla  les  contes  faits 
sur  Tibère,  les  meurtres  ordonnés  d'après  «  des  diagrammes  de 
positions  sidérales  »  ^.  Alexandre  Sévère  est  encore  un  adepte  de 
l'astrologie,  pour  laquelle  il  fonda,  dit-on,  des  chaires  rétribuées 
par  l'État,  avec  bourses  pour  les  étudiants  *.  L'histoire  anecdo- 
tique  fait  de  lui  un  pédant  et  lui  donne  un  peu  l'attitude  de  l'astro- 
logue qui,  les  yeux  au  ciel,  tombe  inopinément  dans  un  puits. 
«  Le  mathématicien  Thrasybule,  son  ami  intime,  lui  ayant  dit 
«  qu'il  périrait  nécessairement  par  le  glaive  des  Barbares,  il  en 
((  fut  d'abord  enchanté,  parce  qu'il  s'attendait  à  une  mort  guer- 
«  rière  et  digne  d'un  empereur;  puis  ilse  mit  à  disserter,  mon- 
«  trant  que  tous  les  hommes  éminents  avaient  péri  de  mort  vio- 
«  lente,  citant  Alexandre,  dont  il  portait  le  nom,  Pompée,  César, 
«  Démosthène,  Cicéron,  et  autres  personnages  insignes,  qui 
<(  n'avaient  pas  fini  paisiblement,  et  il  s'exaltait  au  point  qu'il  se 
«  jugeait  comparable  aux  dieux  s'il  périssait  en  guerre.  Mais 
«  l'événement  le  trompa,  car  il  périt  par  le  glaive  barbare,  de  la 
«  main  d'un  bouffon  barbare,  et  en  temps  de  guerre,  mais  non 
«  pas  en  combattant  »  ^ 

1.  A  propos  de  Pescennius  Niger,  qui  devait  périr  juxla  aqtias,  sans  tomber, 
ni  vivant,  ni  mort,  au  pouvoir  de  son  rival.  Quod  quidam  dicunt  ipsum  Seve- 
rum  de  mathesi,  qua  callebal,  dixisse  (Spartian.,  Pesc.  Nig.,  9). 

2.  Dio  Cass.,  LXXVl,  11. 

3.  Dio  Cass.,  LXXVllI,  2.  Au  dire  de  Thistorien,  Caracalla  prétendait  recon- 
naître ainsi  quels  étaient,  dans  son  entourage,  ses  amis  et  ses  ennemis. 

4.  Matheseos  peritus,  et  ita  quidem  ut  ex  ejus  jussu  mathematici  publiée 
proposuerinl  Romae  ac  sint  professi  ut  docerent  (Lamprid.,  Alex.  Sever.,  21). 
L'assertion  paraît  bien  invraisemblable,  étant  donné  la  législation  existante 
(voy.  ci-après),  maintenue  et  interprétée  par  les  grands  jurisconsultes  de 
l'époque.  Il  faut  admettre  que,  entre  autres  idées  chimériques.  Al.  Sévère 
aurait  eu  celle  d'instituer  une  astrologie  officielle,  surveillée  et  inoflensive,  ou 
qa'M  s'agit  àe  cours  d'astronomie.  Mais  il  n'y  avait  plus  d'astronomie  séparée 
de  la  divination,  et  celle-ci  avait  aussi  des  professeurs  attitrés,  les  haruspices  — 
rhetoribus  grammaticis  medicis  haruspicibus  mathematicis  mechanicis  archi- 
tectis  salaria  instituit  et  audiloria  decrevit  et  discipulos  cum  annonis  paupe- 
rum  filios,  modo  ingenuos,  danjussit  (Lamprid.,  Al.  Sever.,  44).  Cf.,  dans  une 
inscription  de  Milan,  un  certain  Af.  Valerius  Maximus,  sacerdos,  studiosus 
astrologiae  (C.  /.  L.,  V,  S893). 

.').  Lamprid.,  i4/.  Sever.,  62. 


560      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

Les  deux  premiers  Gordiens  n'eurent  pas  le  temps  de  régner, 
mais  ils  connaissaient,  paraît-il,  leur  destinée.  «  Gordien  le  vieux, 
«  consultant  un  jour  un  mathématicien  sur  lagéniture  de  son  fils, 
«  il  lui  fut  répondu  que  celui-ci  serait  fils  et  père  d'empereur  et 
«  empereur  lui-même.  Et  comme  Gordien  le  vieux  riait,  on  dit 
«  que  le  mathématicien  lui  montra  l'agencement  des  astres  et 
«  cita  des  passages  de  vieux  livres,  pour  prouver  qu'il  avait  dit  la 
«  vérité.  Il  prédit  même,  au  vieux  et  au  jeune,  le  jour  et  le  genre 
«  de  leur  mort  et  les  lieux  où  ils  périraient,  et  cela  avec  la  ferme 
«  confiance  d'être  dans  le  vrai  »  *. 

Nous  pourrions  éliminer  de  l'histoire  ces  fastidieuses  redites, 
anecdotes  suspectes,  mots  forgés  après  coup,  et  en  garder  le 
bénéfice,  c'est-à-dire  juger  par  là  de  l'état  de  l'opinion  et  des 
dangers  que  pouvait  offrir,  au  point  de  vue  de  la  sécurité  des  gou- 
vernants, une  méthode  divinatoire  réputée  infaillible.  L'exactitude 
matérielle  des  faits  importe  peu  ici  :  ce  qui  compte,  comme  fait  à 
coup  sûr  réel  et  de  plus  grande  conséquence,  c'est  l'idée  qu'on 
en  a,  celle  qui  précisément  se  fixe  dans  les  légendes  et  tend  à  se 
traduire  en  actes  par  voie  d'imitation.  Ce  ne  fut  pas  par  simple 
caprice  de  tyran  que  Tibère  mit  sa  police  aux  trousses  des  Chal- 
déens.  Déjà,  un  demi-siècle  plus  tôt,  au  temps  où  l'imminence  du 
conflit  prévu  entre  Antoine  et  Octave  surexcitait  les  imaginations. 
Agrippa  avait  «  chassé  de  la  ville  les  astrologues  et  les  magi- 
ciens »  ^.  A  la  fin  de  son  règne,  Auguste  avait  interdit  à  toute 
espèce  de  devins  les  consultations  à  huis  clos,  ou  concernant  la 
mort,  même  sans  huis  clos  '.  La  mesure  était  sage,  aussi  utile  aux 
familles  qu'au  pouvoir,  mais  inapplicable.  C'est  à  la  suite  du 
procès  de  Drusus  Libo  (16  p.  Chr.)  que  Tibère  se  décida  à  sévir. 
Libon  était  un  jeune  écervelé  dont  les  devins  —  Chaldéens,  inter- 


1.  Capitolin.  [Gordiani  très,  20).  Remarquer  les  «  vieux  livres  »,  fondement 
de  la  foi,  et  aussi  de  la  croyance  raisonnée  à  une  science  d'observation. 

2.  'Aypfirira;  —  xal  xoù;  àff'cpo)k(5y ouç,  xal  toùî  Y^T^ta;  è%  tf,?  irôî^ewî 
I^YiXaaEv  (Dio  Cass.,  XLIX,  43,  ad  ann.  33  a.  Chr.).  Déjà,  astrologues  et  magi- 
ciens, pour  la  police,  c'est  tout  un. 

3.  ToTî  liâvTsaiv  dtirTiyopstJÔTi  |j.t,T£  xaTa[x6va<;  xtv{,  [A'riTe  TtEpl  Srivatov,  [t-rfi' 
àvàtXXoi  autiirapwatv  01,  j(pâv  (Dio  Cass.,  LVI,  25).  Dion  ajoute  que  Auguste  ne 
craignait  rien  pour  lui-même,  puisqu'il  avait  affiché  son  thème  de  géniture. 
La  réflexion  est  naïve.  Cependant,  Auguste  songeait  aussi  et  surtout  aux  suc- 
cessions guettées  par  les  captateurs  de  testaments  et  les  fils  impatients  : 
Filiusante  diem  patrios  inquirit  in  annos  (Ovid.,  Met.,  T,  148)  —  motus  \  Astro- 
rum  ignora;  fumis  promit  1ère  patris  \  Nec  volo,  nec  possum  (Juven.,  Sat.,  III, 
42-44).  Consulit  iclericae  lento  de  funere  matris  (id.,  VI,  565).  —  Nota  mathe- 
maticis  genesis  tua  :  sed  grave  tardas  \  Exspectare  coins  (id.,  XIV,  248). 


POURSUITES  CONTRE  LES  ASTROLOGUES  561 

prêtes  de  songes  et  nécromanciens  —  avaient  exploité  l'ambi- 
tion. «  Des  sénatusconsultes  furent  rendus  pour  chasser  d'Italie 
«  les  mathématiciens  et  les  magiciens  :  l'un  d'eux,  L.  Pituanius, 
«  fut  précipité  de  la  roche;  quant  à  L.  Marcius,  les  consuls  le 
«  conduisirent  hors  de  la  porte  Esquiline,  et  là,  après  avoir  fait 
<«  sonner  les  trompettes,  ils  lui  infligèrent  le  supplice  à  la  mode 
«  antique  »  '.  Les  astrologues  apprirent  à  se  cacher  un  peu  mieux. 
Quatre  ans  plus  tard,  le  procès  de  Lépida  révéla  que  cette  grande 
dame,  adultère  et  empoisonneuse,  avait  aussi  «  consulté,  par  le 
«  moyen  des  Chaldéens,  sur  la  famille  de  César  »  ^  Sous  le  règne 
de  Claude,  nouveaux  scandales.  Lollia,  qui  avait  disputé  à  Agrip- 
pine  la  main  de  Claude,  est,  à  l'instigation  de  celle-ci,  accusée 
d'avoir  consulté  «  les  Chaldéens,  les  magiciens  et  posé  des  ques- 
tions à  une  statue  d'Apollon  Clarien  sur  le  mariage  de  l'empe- 
reur »  ^.  Scribonianus  fut  exilé  sous  l'accusation  banale  «  d'avoir 
«  cherché  à  savoir,  par  les  Chaldéens,  la  fin  de  l'existence  du 
«  prince  ».  Là-dessus,  on  décida  une  fois  de  plus  de  chasser 
d'Italie  les  mathématiciens,  et  il  fut  fait  à  ce  sujet  «  un  sénatus- 
consulte  rigoureux  et  inutile  »  *. 

Persécutés,  les  astrologues  devinrent  aussitôt  des  gens  intéres- 
sants, et,  même  expulsés  d'Italie,  on  pouvait  toujours  les  consulter 
par  correspondance.  Tacite  nous  parle  d'un  de  ces  exilés,  Pam- 
mène,  a  renommé  dans  l'art  des  Chaldéens  et  engagé  par  là  même 
«  dans  une  foule  de  liaisons  »,  qui  recevait  des  messages  et 
envoyait  des  consultations  à  des  Romains  de  Rome,  Anteius  et 
Ostorius  Scapula,  lesquels  furent  dénoncés  à  Néron  comme  cons- 
pirant et  «  scrutant  la  destinée  de  César  »  ^  Les  mathématiciens 

1.  Tac,  Ann.,  II,  27-32.  D'après  Ulpien  {in Mos.  et  Rom.  leg.  collât.,  XV,  2, 1), 
le  se.  de  Tan  17  p.  Chr.  portait  ut  mathematicis,  Chaldaeis,  ariolis  et  céleris 
qui  simile  inceptum  fecerint,  aqua  et  igni  tnterdicatiii\  omniaque  bona  eorum 
publicentur.  Tibère  l'appliqua  avec  une  certaine  indulgence  (Suet.,  Tiber.,  36). 

2.  Tac,  Ann.,  111,22. 

3.  Tac,  Ann.,  XII,  22,  ad  ann.  49  p.  Chr. 

4.  Tac,  Ann.,  XII,  52  (ad  ann.  52  p.  Chr.).  Sénèque  {De  mort.  Claud.,  3) 
assure  que  les  astrologues  prédisaient  à  chaque  instant  la  mort  de  Claude  : 
illum,  ex  quo  princeps  faclus  est,  omnibus  annis,  omnibus  mensibus  e/ferunt. 
Ils  se  vengeaient  et,  par  surcroît,  avaient  chance  de  faire  plaisir  à  Agrippine. 
Sénèque,  qui,  lui  aussi,  se  venge,  ajoute  :  Et  tamen  non  est  mirum  si  errant  : 
horam  ejus  nemo  novit.  Nemo  enim  illum  unquam  natum  pulavit.  Les  astro- 
logues étaient  remplacés  à  la  cour  par  leurs  rivaux.  Us  en  avaient  d'autres 
que  les  haruspices.  C'est  un  «  métoposcope  »,  amené  par  Narcisse  pour 
e.Kaminer  Britannicus,  qui  affirme  illum  quidem  nullo  modo,  ceterum  Titum, 
qui  tune  prope  astabat,  utique  imperaturum  (Suet*.,  Tit.,  2). 

5.  Tac,  Ann.,  XVI,  14,  ad  ann.  66  p.  Chr. 

3« 


562     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

montrèrent  de  l'esprit  —  ou  on  leur  en  prêta  —  le  jour  où  Vitel- 
lius,  pour  les  punir  d'avoir  encouragé  Othon,  «  rendit  un  édit  leur 
«  ordonnant  de  sortir  de  la  Ville  et  de  l'Italie  avant  les  Calendes 
«  d'octobre.  Un  libelle  fut  aussitôt  affiché,  faisant  défense  de  la 
«  part  des  Chaldéens  à  Vitellius  Germanicus  d'être  où  que  ce  soit 
«  ce  même  jour  des  Calendes  »  K  Les  rieurs  purent  se  partager,  car 
Vitellius  dépassa  de  trois  mois  l'échéance  indiquée.  Les  expulsions 
recommencèrent  sous  Vespasien,  qui,  ayant  ses  astrologues  à  lui, 
n'entendait  pas  laisser  les  autres  exploiter  le  public  ^;  sous 
Domitien,  qui  fit  aux  astrologues  l'honneur  de  les  chasser  de 
Rome  en  même  temps  ou  au  même  titre  que  les  philosophes  *. 

Il  va  sans  dire  que  tout  ce  bruit  à  vide,  ces  tracasseries  inter- 
mittentes et  mollement  poussées,  loin  de  discréditer  l'astrologie, 
accrurent  son  prestige  et  élargirent  la  place  qu'elle  tenait  dans  les 
préoccupations  du  public.  Des  doctrines  qui  effrayaient  à  ce  point 
les  gouvernants  ne  pouvaient  plus  passer  pour  des  jeux  d'ima- 
gination. C'est  ainsi  que  les  femmes  les  plus  frivoles,  les  plus 
incapables  de  comprendre  même  les  rudiments  de  l'astrologie, 
s'éprirent  du  grand  art  suspect  à  la  police.  Elles  ne  renoncent  pas 
à  leurs  autres  superstitions,  dit  Juvénal,  «  mais  c'est  dans  les 
«  Chaldéens  qu'elles  ont  le  plus  de  confiance.  Tout  ce  que  dira 
«  l'astrologue  passera  à  leurs  yeux  pour  venir  de  la  source 
«  d'Ammon,  puisqu'à  Delphes  les  oracles  se  taisent  et  que  l'espèce 
«  humaine  est  condamnée  à  ignorer  l'avenir.  Mais  celui-là  prime 
«  les  autres  qui  a  été  souvent  exilé,  dont  l'amitié  et  le  grimoire 
«  grassement  payé  ont  causé  la  mort  du  grand  citoyen  redouté 
«  d'Othon.  On  a  confiance  en  son  art  si  sa  main  droite  et  sa 
«  gauche  ont  fait  tinter  les  chaînes  de  fer,  s'il  a  séjourné  long- 
«  temps  dans  quelque  prison  militaire.  Nul  mathématicien  n'aura 
«  de  succès  s'il  n'a  pas  été  condamné,  mais  bien  celui  qui  a  failli 
«  périr,  qui  a  eu  à  grand'peine  la  chance  d'être  envoyé  dans  une 
«  Cyclade  et  qui  est  enfin  revenu  de  la  petite  Sériphos.  Voilà 
«  l'homme  que  ta  Tanaquil  consulte  sur  la  mort  bien  lente  de  sa 
«  mère  atteinte  de  la  jaunisse  et  sur  ton  compte  tout  d'abord. 


1.  Suet.,  VitelL,  14.  Tacite  {Hist.,  II.  62)  dit  simplement  -.pulsi  Italia  mathe- 
matici.  On  peut  voir  ici  la  légende  se  greffer  sur  l'histoire.  Dion  Cassius  (LXV,  1) 
ne  parle  plus  des  kalendes  d'octobre  —  Vitellius  étant  mort  le  24  décembre 
—  et  il  assure  que  les  Chaldéens  lui  fixèrent  exactement  le  jour  de  sa  mort  : 

àvxnrapT.YÏ^'^*''  iitaîkXayfivat  i%  toû  Çiiou  sv-càî  vr^c.  -fifiépaî  èv  fi  £T£>>cÛT-ria£. 

2.  DioCass.,  LXVI,  9. 

3.  Ouxoî  xal  Toùî  çiXoaôçouî  xal  [laQfijxaTtxoùî  lœuyâSsuusv  àitè  'Pw[i7i(;  (Suidas, 
s.  V.  Ao  iJLETiavôî). 


VOGUE    CROISSANTE    DE    l'aSTROLOGIE  TiÔS 

«  Quand  enterrera-t-elle  sa  sœur  et  ses  oncles?  Est-ce  que  son 
«  amant  doit  lui  survivre?  C'est  là  la  plus  grande  faveur  que 
«  puissent  lui  accorder  les  dieux.  Encore  celle-ci  ignore  ce  qu'ap- 
«  porte  de  menaces  l'étoile  lugubre  de  Saturne,  en  quelle  position 
«  Vénus  se  montre  favorable,  quels  mois  sont  voués  aux  pertes  et 
«  quels  moments  aux  gains.  Mais  fais  bien  attention  à  éviter  même 
«  la  rencontre  de  celle  que  tu  vois  manier  des  éphémérides  qui  ont 
«  pris  entre  ses  mains  le  poli  gras  de  l'ambre  :  celle-là  ne  consulte 
«  plus;  on  la  consulte.  Que  son  mari  parte  pour  la  guerre  ou  pour 
«  son  pays,  elle  n'ira  pas  avec  lui  si  les  calculs  de  Thrasylle  la 
<'  retiennent.  Qu'il  lui  prenne  envie  de  se  faire  voiturer,  ne  filt- 
«  ce  qu'à  un  mille  de  Rome,  elle  demande  l'heure  à  son  livre;  si 
«  le  coin  de  l'œil,  trop  frotté,  lui  démange,  elle  inspecte  sa  géni- 
«  ture  avant  de  demander  un  collyre.  Elle  a  beau  être  malade  et 
«  au  lit,  elle  ne  prendra  de  nourriture  qu'à  une  certaine  heure 
«  propice,  celle  que  lui  aura  indiquée  Pétosiris  »  *. 

Juvénal  est  coutumier  de  l'hyperbole,  mais  on  peut  l'en  croire 
quand  il  ne  fait  que  vanter  l'attrait  du  fruit  défendu.  Attaques  et 
plaisanteries  sont  un  signe  de  popularité  :  c'est  la  «  réclame  »  de 
l'époque.  On  rencontre  dans  les  épigrammes  de  Lucillus,  un 
contemporain  de  Néron,  qui  aime  à  plaisanter  sur  le  compte  des 
astrologues,  quelques  traits  de  bonne  comédie:  par  exemple,  le 
trait  de  l'astrologue  Aulus  qui,  trouvant  qu'il  n'avait  plus  que 
quatre  heures  à  vivre,  se  pend  à  la  cinquième  par  respect  pour 
Pétosiris  ^. 

Le  Pétosiris  qui  devient  ainsi  le  bréviaire  des  adeptes  de  l'as- 
trologie passait  pour  avoir  été  en  son  temps  —  sept  siècles  au 
moins  avant  notre  ère  —  un  prêtre  égyptien,  collaborateur  du 
non  moins  fabuleux  roi  et  prophète  Néchepso.  Le  livre,  un  gros 
livre,  qui  se  débitait  aussi  en  extraits,  sous  forme  d'éphémérides 


1.  Juven.,  VI,  553-581.  S.  Augustin  avait  oublié  son  Juvénal  le  jour  où  11 
écrivait  :  quis  enim  consulat  quando  sedeat,  quando  deamhulet,  quando  vel 
quid  prandeat?  [Civ.  Dei,  V,  3).  Les  Arabes  excellent  en  ce  genre  de  consul- 
tations. Albohazen  Ilaly  n'omet  aucune  des  minuties  de  la  vie  privée. 

2.  Anthol.  Palat.,  XI,  164.  Cf.  159,  160,  161.  Lucillus  voudrait  que  les  astro- 
logues apprissent  à  leurs  dépens  (non  pas  dans  le  Zodiaque,  mais  dans  le 
Cirque)  xal  tî  irotet  taûpoî,  xal  xi  Xswv  SûvaTat  {ibid.,  160).  Voy.  dans  Apulée 
{Melam.,  II,  12)  le  Chaldéen  Diophane,  qui  fait  fureur  à  Corinthe  [miris  tolam 
civitatem  responsis  lurhulentat,  et  arcana  falorum  stipibus  emerendis  indicit 
in  vulgus)  et  qui,  dans  un  moment  de  distraction,  avoue  avoir  failli  périr  dans 
un  naufrage  qu'il  n'avait  pas  su  prévoir  —  sur  quoi  un  riche  client  reprend 
les  100  drachmes  déjà  versées  par  lui  pour  prix  d'une  consultation,  aux  éclats 
de  rire  de  l'assistance. 


564      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

ou  almanachs,  était  censé  avoir  été  retrouvé  dans  les  archives 
hiératiques  de  l'Egypte.  En  réalité,  il  avait  dû  être  fabriqué  à 
Alexandrie,  comme  tant  d'autres  apocryphes,  par  des  faussaires 
qui  voulaient  profiter  de  la  vogue  croissante  des  cultes  et  tradi- 
tions venus  des  bords  du  Nil  pour  confisquer  au  profit  de  l'Egypte 
le  renom  de  la  science  dite  jusque-là  chaldéenne.  Qu'il  ait  été 
publié  vers  le  temps  de  Sylla  ou  un  siècle  plus  tard  *,  toujours 
est-il  que  depuis  lors  l'astrologie,  considérée  comme  l'héritage 
des  deux  plus  antiques  civilisations  orientales,  eut  une  garantie 
de  plus  et  s'enrichit  d'une  branche  nouvelle,  l'iatromathématique 
ou  astrologie  appliquée  à  la  médecine.  Toute  doctrine,  science  ou 
religion,  qui  peut  se  convertir  en  art  médical  va  au  succès  par 
la  voie  la  plus  courte.  A  peine  connues,  les  recettes  du  «  roi  Né- 
chepso  »  procurèrent  une  belle  fortune  au  médecin  Crinas  de 
Marseille,  qui  «  en  réglant  l'alimentation  de  ses  clients  sur  les 
«  mouvements  des  astres,  d'après  une  éphéméride  mathématique, 
«  et  en  observant  les  heures,  laissa  tout  dernièrement  dix  mil- 
«  lions  de  sesterces,  après  avoir  dépensé  presque  autant  à  bâtir 
«  des  remparts  en  sa  ville  natale  et  à  d'autres  constructions  »  ^ 
Pline,  qui  n'aime  ni  les  médecins,  ni  les  astrologues,  atteste,  en 
le  déplorant,  l'engouement  de  ses  contemporains  pour  l'astrologie, 
devenue  la  religion  de  ceux  qui  n'en  ont  plus  d'autre.  D'un  bout 
du  monde  à  l'autre,  dit-il,  on  invoque  à  tout  moment  la  Fortune. 
«  Mais  une  partie  de  l'humanité  la  bafoue,  elle  aussi,  et  fonde 

i.  Voy.  la  Bibliographie.  Néchepso  est  un  nom  emprunté  aux  listes  de 
Manéthon  (XXVI»  dynastie)  et  Pétosiris  un  nom  très  commun,  qui  figure  déjà 
dans  Aristophane  (ap.  Athen.,  III,  p.  114  C)  et  se  retrouve,  porté  par  des  indi- 
vidus quelconques,  dans  les  papyrus  [Pap.  of  the  Brit.  Mus.,  I,  pp.  46,  154). 
E.  Riess  est  persuadé  que  le  soi-disant  Néchepso  ou  Pétosiris  était  connu  de 
Nigidius  Figulus,  inconnu  de  Posidonius,  et  place,  en  conséquence,  l'apparition 
du  livre  vers  80  a.  Chr.  Fr.  Boll,  op.  cit.,  le  conteste.  En  fait,  Pline  est  le  premier 
qui  cite  Pétosiris,  et,  avant  Manilius,  qui  invoque  l'autorité  des  rois  des  nations 
Quas  secat  Euphrates,  in  quas  et  Nilus  inundat  (Manil.,  1,  44),  il  n'est  question 
nulle  part  —  sauf  d'une  façon  très  générale  dans  Cic,  Divin.,  1,  1  —  de  ces 
«  Égyptiens  »  qui  font  plus  tard  une  concurrence  victorieuse  aux  «  Chal- 
déens  ».  Les  monnaies  alexandrines  avec  signes  astrologiques  frappées  sous 
Antonin-le-Pieux  (cf.  ci-dessus,  p.  191,  2),  au  renouvellement  de  la  période 
sothiaque,  et  surtout  les  papyrus  astrologiques  (voy.  Bibliographie)  témoi- 
gnent de  la  vogue  dont  jouit  l'astrologie  en  Egypte  au  temps  des  Antonins. 

2.  Plin.,  XXIX,  §  9.  Cependant,  Ptolémée  présente  l'astrologie  comme  une 
science  désintéressée  et  a  soin  de  dire  qu'elle  ne  mène  ni  à  la  richesse  ni 
à  la  réputation  :  sî  5â  \i.\  irpôî  tiXoCtov  fj  SôÇav  f,  -rà  xotaO-ca  aiivEpysî,  irpo^"- 
pi^ffst  irspl  iraTTi;  çiTiOuo'f ia;  xo  aùxô  toûto  çâaxeiv  {Tetrab.,  I,  3).  11  faut  distin- 
guer, en  etfet,  dans  toute  science,  ceux  qui  la  cultivent  et  ceux  qui  l'exploi- 
tent. Cf.  Firmic,  II,  30,  2  Kroll  (ci-après,  p.  568,  1). 


VOGUE    CROISSANTE    DE    l'aSTROLOGIE  565 

«  son  avenir  sur  l'astre  qui  fait  loi  à  la  naissance,  pensant  que  la 
«  divinité  a  décidé  une  fois  pour  toutes  sur  tous  les  hommes  à 
«  naître  et  ne  s'occupe  plus  du  reste.  Cette  idée  a  commencé  à 
«  s'asseoir,  et  la  foule,  gens  instruits  ou  sans  culture,  s'y  préci- 
«  pi  te  à  la  course  »  *.  L'astrologie  se  fait  toute  à  tous.  Dans  ce 
troupeau  qui  se  rue  du  côté  où  le  pousse  le  goût  du  jour,  il  en 
est  qui  la  prennent  pour  une  science  naturelle,  d'autres  pour  une 
religion,  d'autres  pour  un  perfectionnement  de  la  vieille  magie, 
tous  flattés,  au  fond,  de  frayer  de  si  près  avec  les  astres  et  d'avoir 
leur  étoile  au  ciel.  Les  plus  simples  croyaient,  à  la  lettre,  que 
chacun  était  représenté  là-haut  par  une  étoile  d'éclat  gradué  selon 
sa  condition,  étoile  qui  naissait  avec  lui  et  tombait  de  la  voûte 
céleste  à  sa  mort  ^ .  Ceux  qui  avaient  une  idée  sommaire  de  la 
marche  des  astres  et  des  moments  opportuns  qu'elle  fait  naître 
trouvaient  leur  pâture  dans  des  éphémérides  adaptées  à  toute 
espèce  d'usages.  Enfln,  les  hommes  cultivés,  ceux  qui  voulaient 
tout  ramener  à  des  principes  rationnels,  eurent  toute  satisfaction 
lorsque,  au  milieu  du  siècle  des  Antonins,  le  plus  grand  astro- 
nome de  l'époque,  Claude  Ptolémée  d'Alexandrie,  eut  fait  entrer 
l'astrologie,  ordonnée  et  épurée  par  lui,  dans  un  corps  de  doctrine 
scientifique  où  les  faits  d'expérience  se  groupaient  en  théories 
empruntées  aux  plus  ingénieuses  spéculations  des  philosophes 
pythagoriciens,  péripatéticiens  et  stoïciens  ^. 

Devant  cet  entraînement  général,  les  jurisconsultes  appli- 
quaient ou  laissaient  sommeiller,  suivant  les  cas,  les  lois  répres- 
sives. Depuis  la  publication  de  la  Tétrahible  de  Ptolémée,  il  leur 
était  difficile  de  soutenir  —  comme  le  fait  encore  Ulpien  par 
habitude  professionnelle  *  —  que  tous  les  «  mathématiciens  et 
Chaldéens  »  étaient  des  imposteurs  exploitant  des  imbéciles.  Mais 
une  science  peut  être  de  bon  aloi  et  être  dangereuse.  C'était 
même  parce  qu'on  croyait  à  la  puissance  des  calculs  astrolo- 
giques que  l'on  s'en  défiait  si  fort.  Aussi,  en  fait  de  divination,  la 
jurisprudence  hésitait.  On  avait  d'abord  pensé  que  l'on  ne  pou- 

1.  Plin.,  II,  §  22. 

2.  Plin.,  II,  §  28  (texte  cité  plus  haut,  p.  386,  1).  C'est  une  adaptation,  déjà 
remarquée  dans  Horace  (ci-dessus,  p.  551,  4),  de  la  croyance  romaine  au  Génie 
individuel,  reliquat  de  l'animisme  et  prototype  de  l'Ange  gardien  dans  la 
démonologie  chrétienne. 

3.  La  TsTpâêiêXo;  [dûvxa^iî],  la  Bible  des  astrologues,  —  dédiée,  comme  la 
MeydX-ri  aûvxa^tç  ou  Almagesle,  xpô;  Sûpov  iSeXçov,  —  est  probablement  le 
dernier  ouvrage  de  lillustre  astronome  :  c'était  la  capitulation  de  la  science. 

4.  Praelerea  interdicta  est  mathematicorum  callida  impostura  et  opinatae 
arlis  persuasio  (Ulpian.,  in  Mos.  et  Rom.  leg.  coll.,  XV,  2,  1). 


566      CHAP.  XVI.  — l'astrologie  dans  le  monde  romain 

vait  pas  punir  la  science,  mais  seulement  l'exercice  du  métier. 
Puis,  après  des  accès  d'indulgence,  on  avait  considéré  comme 
contrevenants  et  les  devins  et  leurs  clients  et  gradué  les  peines 
suivant  l'importance  de  la  consultation;  la  peine  capitale  étant 
toujours  applicable  à  quiconque  consulterait  «  sur  la  santé  du 
prince  »  *.  Sous  le  règne  de  Commode,  S.  Sévère  avait  failli  être 
condamné  comme  coupable  d'un  crime  de  ce  genre  ^.  Au  fond, 
ce  qui  empêchait  les  légistes  de  classer  l'astrologie  parmi  les 
sciences  inoffensives  ou  même  utiles,  en  dépit  des  protestations 
de  tous  ses  docteurs,  c'est  que  le  public  s'obstinait  de  plus  en 
plus  à  la  confondre  avec  la  magie ,  celle-ci  anti-sociale  par 
essence,  étant  l'art  de  suspendre,  pour  les  violer,  toutes  les  lois, 
divines,  humaines,  naturelles.  «  Ghaldéens  »  et  «  mages  »  avaient 
été  synonymes  dès  l'origine,  et  les  «  Égyptiens  »,  avec  leur  phar- 
macopée et  chimie  magiques,  méritaient  mieux  encore  le  renom  de 
sorciers.  C'est  après  la  prise  d'Alexandrie  (296),  où  pullulaient  les 
professeurs  et  livres  de  sciences  occultes,  que  Dioclétien  rendit 
un  édit  conservé  en  substance  par  les  légistes  de  Justinien  :  «  Il 
«  est  d'intérêt  public  que  l'on  apprenne  et  exerce  l'art  de  la  géo- 
«  métrie.  Mais  l'art  mathématique  est  condamnable,  il  est  abso- 
«  lument  interdit  »  ^  Les  souverains  du  Bas-Empire  renouvellent 
de  temps  à  autre  les  édits  qui  frappent  indistinctement  tous  les 
devins  consultants  :  les  mathemaiici  figurent  dans  le  nombre, 
comme  doublant  ou  remplaçant  l'appellation  de  «  Chaldéens  »  *, 
c'est-à-dire    magiciens.    Parfois,    l'astrologie    est   seule    visée, 


1.  Sed  fuit  qiiaesitum,  utrum  scientia  hujusmodi  hominum  puniatur,  an 
exercitio  et  professio.  Et  quidem  apud  veteres  dicebatur,  professionem  eorum, 
non  notitiam,  esse  prohibitam.  Postea  variatum.  -  -  Saeptssime  deniqiie  intet'dic- 
tum  est  fere  ab  omnibus  principibus,  ne  guis  omnino  hujusmodi  ineptiis  se 
immisceret,  etc.  (ibid.,  XV,  2,  2-3).  Cf.  Paul.,  Sent.,  V,  21,  De  vaticinatoribus 
et  mathematicis.  Paul  enseigne  que  non  tantum  divinatione  quis,  sed  ipsa 
scientia  ejusque  libris  melius  fecerit  abstinei'e.  Les  légistes  impériaux  glissent 
sur  la  pente  qui  conduit  à  admettre  des  délits  d'opinion. 

2.  Spartian.,  Sever.,  4. 

3.  Cod.  Justin.,  I,  18,  2,  sous  le  titre  De  maleficis  et  ceteris  similibus,  qu'on 
retrouve  identique  dans  Cod.  Theod.,  IX,  16.  L'expression  Chaldaei  ac  magi 
devient  un  iv  Sià  Suoïv.  Jean  d'Antioche  dit  que  Dioclétien  brûla  en  Egypte  les 
livres  de  chimie,  Tàirspl  yT\\).zioLi  àpyùpou  xal  jrpûaou  toïî  r.stkciioK;  aùxûv  yeypajx- 
(lévapiêXta  {Fr.  Hist.  Graec,  IV,  p.  601).  Dion  Cassius  (LXXV,  13)  assure  que 
déjà  S.  Sévère  avait  ramassé  tout  ce  qu'il  avait  pu  trouver  de  piêXta  àTcôpp-riTév 
Tt  ïjp'^'coL  en  Egypte,  et  les  avait  enfermés  dans  le  tombeau  d'Alexandre. 

4.  Malhematicum  —  Chaldaei  ac  magi  (Cod.  Theod.,  IX,  16,  4,  ad  ann.  357) 
—  mathematicus  {ibid.,  IX,  16,  6,  ad  ann.  338).  Édits  visant  les  seuls  mathéma- 
ticiens {ibid.,  IX,  16,  8,  ad  ann.  365?  12,  ad  ann.  409). 


PHOSCRIPTION    DE    l'aSTROLOGIE  567 

comme  dans  l'édit  de  409,  daté  de  Ravenne,  qui  ordonne  de 
brûler  «  sous  les  yeux  des  évêques  »  les  livres  des  mathémati- 
ciens et  expulse  «  non  seulement  de  Rome,  mais  de  toutes  les 
villes  »,  ceux  d'entre  les  praticiens  susdits  qui  ne  se  converti- 
raient pas  à  la  religion  catholique. 

Le  mobile  qui  d'ordinaire  met  en  émoi  la  chancellerie  impé- 
riale, ce  n'est  pas  le  zèle  religieux  que  trahit  ici  Honorius,  mais 
bien  la  peur  des  prévisions  à  l'usage  des  ambitieux  et  des  envoû- 
tements de  la  famille  régnante.  Les  astrologues  avaient  pourtant 
imaginé  un  moyen  radical  de  calmer  les  inquiétudes  de  la  police. 
C'était  d'enseigner  que  l'empereur,  vicaire  de  Dieu  sur  terre,  n'est 
pas  soumis  aux  décrets  des  astres,  qui  sont  des  dieux  de  moindre 
envergure  * .  L'honnête  Firmicus,  qui  dédie  son  traité  d'astro- 
logie à  un  fonctionnaire  arrivé  sous  Constantin  et  Constance  aux 
plus  hautes  dignités,  fait  de  son  mieux  pour  accréditer  cette  doc- 
trine. «  Vous  donnerez  vos  réponses  en  public  »,  dit-il  à  son  lecteur, 
«  et  vous  aurez  soin  de  prévenir  ceux  qui  viendront  vous  inter- 
«  roger  que  vous  allez  prononcer  à  haute  voix  tout  ce  que  vous 
«  avez  à  dire  sur  leurs  interrogations,  afin  qu'on  ne  vous  pose  pas 
«  de  ces  questions  qu'on  n'a  pas  le  droit  de  faire  et  auxquelles  il 
«  est  interdit  de  répondre.  Prenez  garde  de  rien  dire,  au  cas  où 
«  on  vous  le  demanderait,  sur  la  situation  de  l'État  et  la  vie  de 
«  l'empereur;  car  il  ne  faut  pas,  nous  ne  devons  pas  parler,  mus 
«  par  une  curiosité  coupable,  de  l'état  de  la  république.  Celui  qui 
«  répondrait  à  des  questions  sur  la  destinée  de  l'empereur  serait 
«  un  scélérat,  digne  de  tous  les  châtiments  ;  attendu  que,  sur  ce 
«  sujet,  vous  ne  pouvez  ni  rien  dire  ni  trouver  quelque  chose  à 
«  dire.  Il  est  bon,  en  effet,  que  vous  sachiez  que,  toutes  les  fois 
«  que  les  haruspices  sont  consultés  par  des  particuliers  sur  l'état 
«  de  l'empereur  et  qu'ils  veulent  répondre  à  la  question,  les 
«  entrailles  à  ce  destinées  et  les  arrangements  des  veines  les 
«  jettent  dans  une  inextricable  confusion.  De  même,  jamais 
«  mathématicien  n'a  pu  rien  affirmer  de  vrai  sur  la  destinée  de 
«  l'empereur  ;  car,  seul,  l'empereur  n'est  pas  soumis  aux  mouve- 
«  ments  des  étoiles,  et  il  est  le  seul  sur  la  destinée  duquel  les 
i<  étoiles  n'aient  pas  le  pouvoir  de  prononcer.  En  effet,  comme  il 
a  est  le  maître  de  l'univers  entier,  son  destin  est  réglé  par  la 


1.  Déjà  Manilius,  dans  une  poussée  d'adulation  énorme,  trouve  que  l'empe- 
reur surpasse  en  éclat  les  astres  et  deviendra  après  sa  mort  le  plus  puissant 
de  tous  :  uno  vincuntur  in  astro  |  Auguslo,  sidus  nostro  qitod  contigit  orbi,  \ 
Caexar  nunc  terris,  post  caelo  maximus  auUor  (Manil.,  I,  384-386  Jacob). 


568     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

«  volonté  du  Dieu  suprême,  et,  la  surface  de  toute  la  terre  étant 
«  soumise  à  la  puissance  de  l'empereur,  il  est  lui-même  classé 
«  parmi  ces  dieux  que  la  divinité  principale  a  commis  pour 
«  faire  et  conserver  toutes  choses.  C'est  la  raison  majeure  qui 
«  embrouille  les  haruspices  :  en  effet,  quel  que  soit  l'être  surna- 
'<  turel  invoqué  par  eux,  celui-ci,  étant  de  puissance  moindre,  ne 
«  pourra  jamais  dévoiler  le  fond  de  cette  puissance  supérieure 
«  qui  réside  dans  l'empereur  »  *, 

Le  raisonnement  est  admirable  et  à  classer  parmi  ceux  que  le 
langage  populaire  appelle  des  malices  cousues  de  fil  blanc.  Fir- 
micus  l'avait  peut-être  emprunté  aux  Gnostiques,  qui  disaient  les 
chrétiens  émancipés  par  le  baptême  de  la  domination  des  astres, 
ou  aux  théologiens  qui  soutenaient  que  J.-G.  n'y  avait  jamais  été 
soumis.  Le  difficile  était  de  le  faire  accepter,  et  même  d'y  croire. 
Firmicus  a  l'air  d'oublier  que,  dans  la  préface  de  son  livre,  il  a 
passé  une  revue  de  grands  hommes  et  montré  des  maîtres  du 
monde,  comme  Sylla  et  J.  César,  menés  par  les  décrets  des  astres; 
après  quoi,  il  adresse  une  oraison  émue  au  Soleil,  à  la  Lune  et 
aux  cinq  planètes  pour  les  prier  de  conserver  l'empire  à  perpé- 
tuité à  Constantin  et  à  sa  postérité  ^  Si  les  astres  n'ont  aucun 
pouvoir  sur  l'empereur,  pourquoi  leur  demander  ce  qu'ils  ne 
peuvent  ni  donner  ni  ôter? 

Évidemment,  ces  finesses  d'avocat  ne  firent  illusion  à  personne, 
et  ceux  qui  faisaient  semblant  de  les  prendre  au  sérieux  avaient 
sans  doute  intérêt  à  affecter  la  naïveté  ^.  Après  comme  avant,  les 
livres  astrologiques —  ceux  du  moins  qui  circulaient  sous  le  man- 
teau —  continuèrent  à  s'occuper  avec  prédilection  des  souve- 
rains et  des  prévisions  utilisables  en  politique.  Le  bon  sens  vou- 
lait que  la  destinée  des  rois  fût  écrite  au  ciel  de  préférence  à 
celle  des  savetiers,  et  le  grand  art  eût  perdu  son  prestige  à  s'in- 
terdire les  risques  glorieux  *.  Ne  pouvant  ni  ne  voulant  se  dessai- 
sir de  leur  omniscience,  les  astrologues  préféraient  s'entourer 

1.  Firmic,  II,  30,  3-6  KroU.  Firmicus  conseille  de  faire  de  douces  remon- 
trances à  l'indiscret,  mais  de  ne  pas  le  dénoncer  —  ne  mortis  ipsius  causa 
exstilisse  videaris,  quod  alienum  est  a  proposito  sacerdotis  (II,  30,  8).  Pour  lui, 
l'astrologue  est  le  prêtre  autistes  Solis  ac  Lunae  ceterorumque  deorutn,  per 
quos  terrena  omnia  gubernantur,  et  il  doit  donner  l'exemple  de  toutes  les 
vertus,  à  commencer  par  le  dédain  ignobilis  pecuniae  (II,  30,  2). 

2.  Firmic,  I,  10,  13-14  KroU. 

3.  Opinantur  quidam  fatum  vinci  principis  potestale  vel  fieri  (Amm.  Marc, 
XXVIII,  4,  24). 

4.  Les  questions  signalées  ci-dessus  (p.  440,  2)  montrent  que  les  légistes  ne 
se  battaient  pas  contre  des  chimères. 


INUTILITÉ    DES    LOIS    RÉPRESSIVES  569 

d'ombre  et  de  mystère  :  ils  faisaient  prêter  à  leurs  disciples  le 
serment  de  ne  rien  révéler  aux  profanes  des  secrets  de  leurs 
méthodes;  ils  affectaient  d'assimiler  leur  enseignement  à  une 
initiation  religieuse  ou  aux  doctrines  ésotériques  de  Pythagore 
et  de  Platon  '.  Il  y  avait,  dans  ces  allures,  autant  de  coquetterie 
que  de  prudence  ^  Au  iv*  siècle,  l'astrologie  ne  peut  plus  guère 
être  surveillée,  car  elle  est  partout  :  elle  s'infiltre  dans  toutes 
les  méthodes  divinatoires,  et  bien  des  gens  se  persuadent  que 
même  les  dieux  inspirateurs  des  oracles  ne  connaissent  l'ave- 
nir que  par  les  astres.  De  temps  en  temps,  quelque  scandale 
avertit  que  les  astrologues  ne  savent  pas  toujours  prévenir  la 
chute  de  leurs  protecteurs.  Quand  le  préfet  d'Egypte,  Parnasius, 
fut  disgracié  sous  Constance,  ce  fut  probablement  pour  avoir 
consulté  un  astrologue  «  sur  des  choses  que  la  loi  ne  permet  pas 
«  d'apprendre  »  '.  Julien  n'eut  pas  besoin  d'astrologue  pour 
apprendre  l'heure  de  la  mort  de  Constance,  s'il  était  capable 
d'interpréter  lui-même  ce  que  vint  lui  dire  un  fantôme  nocturne, 
à  savoir,  que  Constance  mourrait  quand  Jupiter  entrerait  dans  le 
Verseau  et  Saturne  dans  le  25"  degré  de  la  Vierge  *.  Dans  le 
célèbre  procès  de  374  figure  un  astrologue,  Héliodore,  mais 
presque  uniquement  comme  délateur  :  la  «  consultation  sur  l'em- 
pereur futur  »,  qui  exaspéra  si  fort  Valens,  avait  été  donnée  par 
une  table  magique  et  un  anneau  tournant  ^  Nous  sommes  mal 
renseignés  sur  le  détail  des  révolutions  de  palais  entre  Théodose 
et  Justinien  ;  mais  l'astrologue  Palchos  nous  apprend  que,  en 
484,  l'usurpateur  Léontios  avait  choisi  son  moment  après  consul- 
tation de  «  deux  mathématiciens  »  ®,  et  c'est  une  raison  de  croire 

1.  Voy.  les  formules  de  serment  dictées  par  Vettius  Valens  d'Antioche  (ap. 
Fabric.-Harles,  Bibl.  Gr.,  IV,  p.  141).  Firmicus  lui-même  recommande  de  ne 
pas  communiquer  son  livre  à  tout  venant  (II,  30,  14  Kroll)  :  il  veut  que 
Mavortius  le  lui  promette  par  serment,  ainsi  que  l'exigeaient  de  leurs  disciples 
Orphée,  Platon  et  le  pythagoricien  Porphyre  (VII  Praef.). 

2.  En  raison  du  risque  couru,  les  astrologues  taxaient  sans  doute  à  plus 
haut  prix  leurs  leçons.  Vettius  Valens  dit  avoir  payé  fort  cher  son  savoir, 
«  étant  tombé  sur  des  maîtres  cupides  »  (StSaaxâXoi;  tpi>kapYÛpoiî  ireptTtîaovusi;). 

3.  Liban.,  Orat.,  XIV,  Pro  Aristophane.  Aristophane  est  accusé  d'avoir 
amené  chez  Parnasius  [xâvTiv  xûv  irepl  xâiv  âdtpwv  èj^ôvctov  TijV  xéyyr^v,  èpoûvxa 
Ti  Toûxwv  ûirèp  tôv  o'j  vôjioç  [xavôivsiv. 

4.  Oracle  versifié  en  hexamètres  grecs  (Amm.  Marc,  XXI,  2,  2),  dans  le  style 
des  oracles  apoUiniens.  Le  lieu  même  de  la  mort  ('AuîSoî  atr.î)  est  indiqué. 

5.  Amm.  Marc,  XXIX,  1,  5  —  2,  13.  L'historien  appelle  Héliodore  fatorum 
per  geniluras  interpretem.  Ce  n'est  pas,  en  tout  cas,  l'IIéliodore  qui  a  com- 
menté le  livre  de  Paul  d'Alexandrie  (Fabric.-Harles,  Bibl.  Gr.,  IV,  pp.  140  sqq.). 

6.  Voy.  ci-dessus,  p.  514. 


S70      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

que  les  astrologues  continuaient  à  avoir  Toeil,  comme  autrefois, 
sur  l'étoile  des  ambitieux. 

En  somme,  l'astrologie,  qui  ne  peut  jamais  avoir  de  prise 
directe  sur  les  classes  populaires,  a  eu  dans  le  monde  gréco- 
romain  toute  la  fortune  qu'elle  pouvait  avoir;  et  la  persécution, 
plus  virtuelle  que  réelle  \  qu'elle  a  subie,  n'y  a  pas  nui.  Si  l'on 
veut  mesurer  le  chemin  parcouru  depuis  le  temps  de  Juvénal  jus- 
qu'à celui  d'Ammien  Marcellin,  en  ce  qui  concerne  les  Romains 
de  Rome,  c'est-à-dire  de  la  ville  où  l'on  avait  le  plus  tracassé  les 
astrologues,  il  suffît  de  rapprocher  les  témoignages  de  ces  deux 
auteurs,  en  faisant  la  part  de  l'exagération  chez  l'un  et  de  la 
mauvaise  humeur  chez  l'autre.  Ammien  Marcellin,  venu  à  Rome 
vers  380,  est  scandalisé  des  vices  de  l'aristocratie  romaine, 
amollie,  adonnée  au  jeu,  stérilisée,  incrédule  et  superstitieuse. 
«  Beaucoup  de  gens  parmi  eux  nient  qu'il  y  ait  des  puissances 
«  supérieures  dans  le  ciel  ;  mais  ils  ne  se  montrent  pas  en  public, 
«  ne  dînent  ni  ne  se  baignent  sans  avoir  au  préalable  consulté 
«  attentivement  l'éphéméride,  pour  savoir,  par  exemple,  où  est 
«  le  signe  de  Mercure,  ou  quelle  partie  du  Cancer  occupe  la  Lune 
«  dans  sa  course  à  travers  le  ciel  »  ^  Au  dire  de  notre  sévère  pro- 
vincial, les  hommes  en  sont  juste  au  point  où  en  étaient  les 
femmes  au  temps  de  Juvénal.  Une  certaine  foi  à  l'astrologie  fait 
partie  du  sens  commun,  et  il  n'y  a  plus  que  l'excès  qui  passe 
pour  superstition. 

II 

l'astrologie  et  la  discussion  scientifique. 

Il  ne  faudrait  pas  croire  toutefois  que  l'astrologie  ne  se  soit 
heurtée  qu'à  des  résistances  inspirées  par  l'intérêt  social,  et  que, 

1.  Il  est  bon  de  rappeler  que  Firmicus  Maternus  dédie  son  livre  à  un  haut 
fonctionnaire  de  rerapire  ;  que,  plus  tard,  Ausone  parle  très  librement  de  la 
science  astrologique  qui  a  permis  à  son  grand-père  de  prédire  ses  grandeurs 
futures  (Auson.,  Parentalia,  IV,  17  sqq.)  ;  que  S.  Augustin  a  connu  dans  la 
personne  du  proconsul  Vindicianus  {Conf.,  VII,  6)  un  astrologue  désabusé^ 
mais  non  persécuté.  Les  Romains  tenaient  à  avoir  des  lois  répressives;  mais, 
qu'il  s'agît  d'astrologues,  de  magiciens  ou  de  chrétiens,  ils  ne  les  appliquaient 
que  quand  ils  le  jugeaient  à  propos. 

2.  Amm.  Marc,  XXVIII,  4,  24.  Lui-même  croit  à  l'astrologie  de  source 
authentique.  Il  appelle  la  Chaldée  regio  altrix  philosophiae  veteris,  ut  memo- 
rant  ipsi  [Chaldaei],  apud  quos  veridica  vaticinandi  fides  eluxit  (XXIII,  6,  25), 
et  il  dit  des  Alexandrins  de  son  temps  :  scientiam  callent  qiiae  fatorum  vias 
ostendit  (XXII,  16,  17).  A  rapprocher  du  passage  précité  (p.  562)  de  Juvénal. 


LES    RÉFUTATIONS    SCIENTIFIQUES  571 

soit  comme  science,  soit  comme  religion,  elle  ait  paisiblement 
envahi  les  intelligences  cultivées,  où  elle  trouve  son  terrain  d'élec- 
tion, sans  rencontrer  d'adversaires.  L'absence  de  contradiction 
suppose  l'indifFérence,  et  les  doctrines  que  l'on  ne  discute  pas 
meurent  bientôt  de  leur  belle  mort.  L'astrologie  grecque, 
façonnée  et  pourvue  de  dogmes  rationnels  par  la  collaboration 
des  Stoïciens,  n'avait  pu  être  considérée  par  les  philosophes  des 
autres  écoles  comme  une  superstition  négligeable.  Elle  avait  été 
introduite,  dès  l'origine,  dans  le  cénacle  de  la  science,  à  une  place 
qu'elle  eut  non  pas  à  conquérir,  mais  à  garder.  Elle  eut  affaire 
tout  d'abord  aux  dialecticiens  de  la  Nouvelle  Académie  ;  plus  tard, 
aux  sceptiques,  néo-pyrrhoniens  et  épicuriens,  aux  physiciens 
qui  la  repoussaient  comme  superfétation  charlatanesque  de  l'as- 
tronomie, aux  moralistes  qui  jugeaient  son  fatalisme  pernicieux, 
enfin,  aux  théologiens  qui  la  trouvaient  incompatible  avec  leurs 
dogmes. 

De  Carnéade  aux  Pères  de  l'Église,  la  lutte  contre  l'astrologie 
n'a  pas  cessé  un  instant;  mais  ce  fut,  pour  ainsi  dire,  un  piéti- 
nement sur  place,  car  les  premiers  assauts  avaient  mis  en  ligne 
presque  tous  les  arguments,  qui,  par  la  suite,  se  répètent  et  ne 
se  renouvellent  plus.  Il  n'est  pas  question  de  suivre  ici  pas  à 
pas,  époque  par  époque,  la  stratégie  des  combattants  et  la  filia- 
tion des  arguments  K  II  nous  suffira  de  classer  ceux-ci  dans  un 
ordre  quelconque  et  d'en  examiner  la  valeur  logique.  Peut-être 
verrons-nous  que,  faute  d'avoir  su  distinguer  du  premier  coup, 
dans  une  construction  aussi  compliquée,  les  parties  maîtresses, 
qui  étaient  en  même  temps  les  plus  ruineuses,  les  adversaires 
de  l'astrologie  n'ont  guère  fait  que  suggérer  aux  astrologues  des 
perfectionnements  de  leurs  méthodes,  et,  pour  avoir  continué  à 
employer  des  arguments  qui  ne  portaient  plus,  ont  fait  de  plus 
en  plus  figure  d'ignorants. 

Nous  laissons  de  côté  provisoirement,  pour  éviter  des  redites, 
le  souci  qui  domine  et  perpétue  le  débat,  le  besoin  de  dégager 


1.  Cette  filiation  a  été  établie,  avec  beaucoup  de  sagacité,  par  Fr.  Boll 
(Sliidien  ûber  Claudius  Ptolemuus,  p.  182).  11  cite  en  première  ligne,  parmi 
les  assaillants,  Carnéade  et  Clitomaque.  De  Carnéade  procèdent  Panétius, 
Cicéron,  Philon,  et,  par  Cicéron,  S.  Augustin  :  de  Clitomaque,  Favorinus, 
Sextus  Empiricus,  et,  par  Sextus,  l'auteur  des  Philosophumena.  Une  autre 
veine  —  répartie  entre  Bardesane,  Origène  et  l'auteur  des  Recognitiones 
pseudo-clémentines  —  conduit,  par  Bardesane,  à  Diodore  de  Tarse  ;  par 
Origène,  à  S.  Ambroise,  S.  Grégoire  de  Nysse  et  Procope  de  Gaza;  par  l'au- 
teur des  Recognitiones,  k  Césaire. 


572        CHAP.  XVI.  L  ASTROLOGIE    DANS    LE    MONDE    ROMAIN 

la  liberté  humaine  du  fatalisme  astrologique.  L'astrologie  grecque 
n'est  ni  plus  ni  moins  fataliste  que  la  philosophie  stoïcienne  dont 
elle  a  emprunté  les  théories,  et,  contre  les  moralistes,  elle  peut 
s'abriter  derrière  des  moralistes  de  haute  réputation. 

Ce  sont  les  Stoïciens  qui  ont  mis  pour  ainsi  dire  hors  d'atteinte 
le  principe  même,  la  raison  première  et  dernière  de  la  foi  astro- 
logique. La  solidarité  de  toutes  les  parties  de  l'univers,  la  res- 
semblance de  la  fraction  au  tout,  la  parenté  de  l'homme  avec  le 
monde,  du  feu  intelligent  qui  l'anime  avec  les  astres  d'où  est 
descendue  pour  lui  l'étincelle  de  vie,  les  affinités  du  corps  humain 
avec  les  éléments  dans  lesquels  il  plonge  et  qui  subissent  l'in- 
fluence des  grands  régulateurs  célestes,  la  théorie  du  microcosme, 
enfin,  fournissait  une  réserve  inépuisable  de  réponses  à  des 
attaques  hésitantes.  Mais,  entre  le  principe  et  les  conséquences, 
il  y  avait  place  pour  bien  des  objections.  L'astrologie  chaldéenne 
avait  vécu  sur  un  fonds  d'idées  naïves;  elle  datait  du  temps  où  le 
ciel  n'était  que  le  couvercle  de  la  terre,  où  tous  les  astres  étaient 
rangés  à  petite  distance  sur  cette  voûte,  et  où  les  planètes  se 
promenaient  au  milieu  des  étoiles  comme  des  bergers  inspectant 
leurs  troupeaux.  La  science  grecque  ayant  dilaté  le  monde, 
l'influence  des  astres  reculés  à  d'énormes  distances  n'était  plus 
un  postulat  de  sens  commun.  Les  planètes  sont  trop  loin,  disait 
Cicéron,  au  moins  les  planètes  supérieures,  et  les  fixes  sont 
encore  au-delà  *.  Les  astrologues  répondaient  que  la  Lune  et  le 
Soleil  sont  loin  aussi,  et  que  pourtant  ils  soulèvent  les  marées  ^ 
Sans  doute,  les  Chaldéens  ne  savaient  pas  le  monde  si  grand; 
mais  les  planètes,  qu'ils  croyaient  plus  petites,  étaient  reconnues 
infiniment  plus  grosses,  et  il  y  avait  compensation.  Il  suffisait, 
pour  maintenir  le  dogme  astrologique,  d'identifier  l'action  sidé- 
rale à  la  lumière  :  là  où  arrive  la  lumière  pénètre  aussi  l'action  ^. 


i.  Cic,  Divin.,  11,  43. 

2.  Cet  argument  se  retrouve  partout,  et  Ptolémée  {Teh'ab.,  I,  2)  n"a  garde 
de  le  négliger.  Son  exemple,  du  reste,  prouve  victorieusement  qu'on  pouvait 
allier  la  foi  en  l'astrologie  avec  une  conception  scientifique  de  l'univers.  Voy. 
ci-dessus  le  eh.  m,  et  notamment  (p.  74,  3)  les  concessions  que  fait  le  savant 
Géminus.  Du  reste,  les  astrologues  pouvaient  opposer  à  Géminus  une  fin  de 
non-recevoir  —  quod  gratis  affirmatuVy  gratis  negatur  —  et  le  renvoyer  aux 
Stoïciens. 

3.  C'est  la  proposition  à  laquelle  se  rallie  le  docte  Ciruelo  [Astrol.  chrii- 
tiana,  fol.  A),  jugeant  inutile  d'admettre  une  autre  propriété  active  quain 
vacant  influentiatn,  ad  ipenetrandum,  ut  aiunt,  multa  quae  lux  sua  virtute  non 
potest  ■penetrare.  Il  aime  mieux  supposer  nullum  esse  corpus  a  luce  intransibile 
(ceci  écrit  près  de  quatre  siècles  avant  la  découverte  des  rayons  X  et  d'autres 


LES    RÉFUTATIONS    SCIENTIFIQUES  573 

Il  y  avait,  dans  celte  réponse  victorieuse,  un  point  vulnérable 
que  les  assaillants  n'ont  pas  su  découvrir.  Si  la  lumière  d'un  astre 
rayonne  tout  autour  de  lui,  pourquoi  son  action  astrologique  ne 
se  produit-elle  que  sous  certains  angles  ou  aspects?  Les  astro- 
logues n'eussent  pas  été  à  court  de  réponses,  mais  il  leur  fallait 
les  prendre  dans  l'ordre  mystique.  De  même  qu'il  y  a  sept  pla- 
nètes, de  même,  en  vertu  de  l'harmonie  générale,  chaque  planète 
agit  dans  sept  sens  ou  aspects,  et  non  plus  *.  Les  purs  logiciens 
n'étaient  pas  convaincus  sans  doute  par  un  argument  de  ce 
genre  ;  mais  les  astrologues  avaient  pour  eux  les  pythagoriciens 
et  tous  les  amateurs  de  raisons  absconses.  Mais  est-il  certain  qu'il 
n'y  ait  que  sept  planètes,  et,  s'il  y  en  a  davantage,  les  calculs  des 
astrologues,  qui  n'en  tiennent  pas  compte,  ne  sont-ils  pas  faussés 
par  là  même  ^?  Les  astrologues  pouvaient  ou  écarter  l'hypothèse 
ou  répondre  que  l'action  de  ces  planètes  était  négligeable  quand 
elles  restaient  invisibles,  et  qu'elle  était  soigneusement  appréciée 
quand  elles  apparaissaient  sous  forme  de  comètes.  Sans  doute, 
il  eût  été  préférable  que  l'on  pût  faire  entrer  dans  les  calculs  les 
positions  de  tous  les  astres  ^,  au  lieu  de  se  borner  aux  planètes 

rayons  ou  vibrations  à  découvrir).  Comme  chaque  corps  céleste  a  son  action 
spécifique,  il  est  faux,  suivant  Ciruelo,  que  tous  reçoivent  leur  lumière  du 
Soleil.  Avec  la  polarisation  de  la  lumière  par  réflexion,  sous  divers  angles, 
des  Ciruelos  modernes  feraient  merveille  et  reconstruiraient  la  théorie  des 
«  aspects  ». 
i.  Voy.  ci-dessus,  p.  81. 

2.  L'objection  est  faite  par  Favorinus  (ap.  Geîl.,  XIV,  1,  11-13)  :  mais  le 
doute  exprimé  sur  le  nombre  des  planètes  remonte  plus  haut,  à  Arténiidore 
(d'Éphèse?)  suivant  Sénèque  [Q.  Nat.,  VII,  13  :  cf.  ci-dessus,  p.  14,  2).  Inutile 
d'ajouter  que  les  platoniciens  n'admettaient  pas  cette  doctrine  subversive  de 
l'harmonie  des  sphères.  Dercyllide  (ap.  Theon.  Smyrn.,  p.  200  Hiller)  soutenait 
w;  où  tXeîouç  oûSè  êXocttoveç  twv  Ç'  oî  TrXav(ô[xevoi  •  xal  toOto  Sf,>>ov  £x  [xaxpSî 
XT^pi^atusi;.  Les  astrologues  ont  toujours  des  philosophes  de  leur  côté.  Du  reste, 
aujourd'hui  que  le  nombre  des  planètes  a  augmenté,  nos  astrologues  trou- 
vent moyen  de  réparer  la  brèche  faite  au  mysticisme  pythagoricien.  Ils  enrô- 
lent avec  Uranus  et  Neptune  trois  autres  planètes  hypothétiques,  Vulcain 
entre  ^  et  ©,  Junon  entre  (}  et  ^,  Pluton  au  delà  de  Neptune.  Cela  fait 
douze  planètes,  que  les  Chaldéens  voyaient,  au  temps  où  les  hommes  avaient 
de  bons  yeux,  et  qu'ils  avaient  dû  domicilier  dans  les  douze  signes.  Ou  bien, 
défalquant  les  luminaires,  qui  ne  sont  plus  des  planètes,  on  constate  que  nous 
possédons  encore  le  septénaire  complet  (Fomalhaut,  Manuel  d'Astrologie, 
p.  316-317). 

3.  Quid  est  porro  aliud  quod  errorem  incutiat  peritis  natalium  qiiam  quod 
paucis  fias  sidei'ibus  assignant?  (Senec,  Q.  Nat.,  II,  32).  Ptolémée  connaît 
l'objection  :  il  répond  à  plusieurs  reprises  que  tout  embrasser  est  impossible, 
et  tout  le  monde  sera  de  son  avis.  C'est  même  un  moyen  précieux  d'excuser 
les  démentis  donnés  par  l'événement  aux  calculs  les  mieux  faits.  L'erreur 


574     CHAP.  XVI.  —  l'astkologie  dans  le  monde  romain 

et  aux  signes  du  Zodiaque;  mais  de  quelle  science  exige-l-on 
qu'elle  atteigne  son  idéal?  Les  astronomes  modernes  ne  peuvent 
pas  non  plus  faire  entrer  dans  leurs  formules  le  réseau  infini 
d'attractions  que  suppose  la  théorie  de  la  gravitation  universelle. 
La  discussion  ébranlait  peut-être,  mais  laissait  debout  l'idée 
que  les  astres  agissent  sur  la  Terre,  et  même  l'idée  plus  précise 
que  les  astrologues,  s'ils  ne  calculaient  pas  toutes  les  influences 
célestes,  visaient  au  moins  les  principales.  Mais  là  surgit  le  point 
délicat,  une  question  redoutable  dont  les  adversaires  de  l'astro- 
logie tirèrent  un  assez  médiocre  parti.  Comment  prétendait-on 
déterminer  la  nature  des  influences  astrales?  D'où  savait-on  que 
telles  planètes  étaient  bienfaisantes,  telles  autres  malfaisantes,  et 
plus  ou  moins  suivant  les  cas  *?  Comment  justifier  les  ridicules 
associations  d'idées  attachées  à  la  forme  purement  imaginaire  des 
figures  du  Zodiaque,  et  l'influence  réciproque  des  planètes  sur 
les  signes  et  des  signes  sur  les  planètes,  alors  que  celles-ci  —  on 
le  savait  depuis  longtemps  —  sont  à  grande  distance  des  constel- 
lations et  n'y  paraissent  logées  que  par  un  eff"et  de  perspective? 
Les  astrologues  avaient  le  choix  entre  divers  genres  de  réponses. 
Aux  esprits  positifs,  ils  affirmaient  que  les  connaissances  suspec- 
tées se  fondaient  sur  l'expérience,  sur  une  série  d'observations 
continuées  pendant  des  siècles  ou  même  durant  des  périodes 
entières  de  la  vie  cosmique  ^,  de  celles  qui,  achevées,  se  recom- 

serait  imputable  aux  astrologues,  et  non  à  l'astrologie,  à  laquelle  Sénèque,  en 
bon:  stoïcien,  croit  ou  a  cru  :  Videbis  quinque  sidéra  diversas  aqentia  vices  et 
in  contrarimn  praecipiti  mundo  nitentia  :  ex  horum  levissimis  motibus  fortunae 
populorum  dépendent,  et  maxima  ac  ininima  perinde  formantur  proiit  aequum 
iniquiimve  sidiis  incessit  (Sen.,  Consol.  ad  Marc,  18).  Cf.  supra,  p.  532,  3. 

1.  S'il  y  a  une  action  des  astres,  elle  est  pour  nous  quelque  chose  de  ixa- 
xâXTiitTov  (S.  Empir.,  Adv.  Astrol.,  §  95,  p.  333).  C'est  l'objection  de  fond, 
celle  à  laquelle  on  revient  quand  les  autres  ont  cédé.  Ptolémée  la  réfute  de 
son  mieux,  par  des  analogies  vagues  et  des  raisons  à  côté  {Tetrab.,  I,  2). 

2.  XaXSatwv  ë?0[iEV  TTip-fiUEiî...  itapaSoûira;  sÇ  dt[jLu6T,Twv  j(pôviov  — xal  ^\t>i^  xoor- 
[jitxwv  TtcpioSwv  xal  xaTaaxatffswv  T;!jav  î(JTOp{at  (Proclus  in  Anal,  sacr., 
V,  2,  p.  77  Pitra),  argument  invoqué  par  Proclus  contre  la  précession  des  équi- 
noxes  inconnue  des  Chaldéens,  wv  xat  al  TT,pTja£K  SXwv  Tiaav  xoap.ixûv  iteptôSwv 
xal  Ttpo^pT|Tet<;  iv£>k£yxToi  twv  ts  î5îu)v  xal  xwv  xo'.vwv  -rcaÔTjjxdTwv  {In  Tim., 
p.  277  F).  Sextus  Empiricus  [op.  cit.,  p.  355)  fait  observer  avec  raison  que 
l'expérience  ne  peut  pas  dépasser  une  de  ces  périodes,  attendu  que  ràtiroxaTi- 
atautî  interrompt  xô  tiuvs/^èî  xf,ç  îaxop'.xf.i;  TrapaSôasw;.  On  lui  accordera  aussi 
que  l'expérience  ne  saurait  porter  sur  une  période  ou  «  grande  année  «  entière, 
même  accourcie  à  9977  ans.  Mais  il  gâte  son  raisonnement  en  exigeant  que  les 
astrologues  aient  observé  plusieurs  fois  des  thèmes  de  géniture  absolument 
identiques.  C'est  comme  si  on  voulait  que  le  même  individu  vécût  plusieurs 
fois.  Il  n'y  a  pas  de  thème  de  géniture  absolument  semblable  à  un  autre. 


LES    RÉFUTATIONS    SCIENTIFIQUES  575 

mencent.  On  avait  beau  retrancher  aux  chiffres  fabuleux  invo- 
qués par  les  Chaldéens,  il  en  restait  toujours  assez  pour  constituer 
une  tradition  respectable.  Cicéron  le  sent  si  bien  qu'il  s'abrite 
derrière  Panétius  pour  attaquer  :  «  Quand  on  vient  dire  »,  écrit-il, 
«  que  les  Babyloniens  ont  employé  quatre  cent  soixante-dix  mille 
«  ans  à  faire  des  essais  et  des  expériences  sur  les  enfants  qui 
«  venaient  de  naître,  c'est  une  duperie  :  car  si  on  avait  pris  l'habi- 
«  tude  de  le  faire,  on  n'aurait  pas  cessé  ;  or  nous  n'avons  aucun 
«  garant  qui  dise  que  cela  se  fait  ou  sache  que  cela  se  soit  fait  »  *. 
L'argumentation  est  assez  molle  :  il  n'est  pas  nécessaire  qu'un 
usage  se  continue  pour  qu'il  ait  été  pratiqué  dans  le  passé;  et, 
quant  à  ce  passé,  les  astrologues  ne  se  faisaient  pas  faute  de  sou- 
tenir que  les  documents  chaldéens  existaient  et  qu'il  ne  suffît  pas 
d'ignorer  une  tradition  pour  la  supprimer  ^ . 

Ils  étaient  plus  à  l'aise  encore  avec  les  mystiques,  qui  déri- 
vaient de  la  révélation  divine  tout  ce  que  les  hommes  n'avaient 
pu  inventer  eux-mêmes.  Il  y  avait  sur  ce  point  des  traditions  de 
toute  sorte,  d'autant  plus  confuses  qu'on  ne  distinguait  pas  entre 
astrologie  et  astronomie.  Une  idée  chère  aux  Grecs  était  que,  la 
prévision  de  l'avenir  ayant  pour  but,  avoué  ou  non,  de  déranger 
Tordre  prévu,  la  divination  avait  été  enseignée  aux  hommes  par 
les  dieux  détrônés  et  révoltés  ^  :  par  Atlas,  fils  d'Ouranos  ou  du 

1.  Cic,  Divin.,  II,  46.  Cf.  I,  19.  Cicéron  ajoute  :  Videsne  me  non  ea  dicere, 
quae  Carneades,  sed  ea  quae  princeps  Sloicorum  Panaetius  dixerit? 

2.  On  citait  les  affirmations  de  Bérose  et  de  ses  disciples  immédiats,  Épi- 
gène  et  Critodèuie  :  Epiç/enes  apiid  Babylonios  dccxx  M  annorum  observaliones 
siderum  coctilibus  laterculis  inscriptas  docet,  rjravis  auctor  in  primis ;  qui  mini- 
mum, Berosus  et  Critodemus,  cccxc  M,  ex  quo  adpareret  aeternus  litlerarum 
usus  (Plin.,  VII,  g  193  :  cf.  ci-dessus,  pp.  37,  2  et  39,  1).  Suivant  Diodore 
(II,  31),  les  Chaldéens  assuraient  avoir  commencé  à  observer  les  astres 
473,000  ans  avant  Alexandre.  Panétius  ne  pouvait  prouver  qu'une  chose,  c'est 
qu'il  n'y  croyait  pas.  De  même  Favorinus  protestant  disciplinam  istam  Chal- 
daeorum  tantae  vetiistalis  non  esse  quantae  videri  volant,  et  criant  au  charla- 
tanisme (ap.  Gell.  XIV,  1,2.  Cf.  1,  17).  Si  on  comptait  les  voix,  les  sceptiques 
avaient  le  dessous.  Firmicus  vise  à  la  fois  l'expérience  et  la  révélation  : 
nobis  fidem  suam  astvologia  responsionum  apofelesmatumque  divinis  ac  mani- 
festissimis  auctoritatibus  comprobavit  (I,  3,  1  Kroll).  Au  v  siècle  de  notre  ère, 
Palchos  (ap.  Fr.  Cumont,  op.  cit.,  p.  6)  est  convaincu  que  les  astrologues  ont 
observé  «  dans  tous  les  climats  et  presque  jour  par  jour  »  :  èv  ôitoiw  xXi- 
fiati,  xal  àTii-fçi'ifOL'no -zb  lîOiT.xtxôv  "cf,;  èvEpYsiaî  «ùtûv  (jyéSov  itpài;  Tiji-épav. 
Pour  qui  le  croit  sur  parole,  l'argument  est  irrésistible! 

3.  Manilius  aime  mieux  croire  que  l'astrologie  a  été  révélée  par  les  dieux 
régnants  :  quis  enim,  nolentibus  illis,  \  Cepisset  furto  mundum  quo  cuncta 
reguntur?  (I,  26  sqq.).  Au  fond  de  cette  tradition,  commune  à  bien  des  peuples 
et  qui  se  perpétue  dans  le  christianisme  attribuant  l'invention  de  l'astrologie 


376      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

Titan  lapétos,  père  des  Pléiades  et  des  Hyades,  ou  par  Promé- 
thée,  fabricateur  et  éducateur  de  l'espèce  humaine,  ou  encore 
par  le  centaure  Ghiron,  catastérisé  dans  le  Sagittaire  du  Zodiaque, 
à  moins  que,  sur  la  foi  des  Orphiques,  on  ne  substituât  à  ces 
révélateurs  Orphée,  ou  Musée,  ou  Eumolpos.  Le  brevet  d'inventeur 
de  l'astrologie  était  à  l'encan  et  adjugé  parles  mythographes. 
Mais  les  droits  de  la  Chaldée  et  de  l'Egypte  ne  se  laissaient  pas 
éliminer  ainsi.  Les  néo-Égyptiens  invoquaient  les  révélations  de 
leur  Hermès  (Thot)  ou  de  leur  Âsklépios  (Eschmoun),  par  les- 
quels auraient  été  instruits  Néchepso  et  Pétosiris.  Les  Chaldéens 
tenaient  la  leur,  au  dire  des  évhéméristes,  d'une  Istar  ou  Vénus 
quelconque,  qui  aurait  enseigné  l'astrologie  à  Hermès,  celui-ci 
trait  d'union  avec  la  Chaldée,  l'Egypte  et  le  monde  gréco-romain. 
Toutes  ces  légendes,  brassées  et  repétries  par  des  agioteurs 
enchérissant  les  uns  sur  les  autres,  se  prêtaient  à  toutes  les  fan- 
taisies. La  palme  que  se  disputaient  Égyptiens  et  Chaldéens  pou- 
vait leur  être  ravie  par  les  Éthiopiens,  sous  prétexte  qu'Atlas  était 
un  Libyen,  ou  un  fils  de  Libya  *.  En  faisant  d'Héraklès-Melqart 

et  autres  arcanes  aux  anges  révoltés  (cf.  l'arbre  de  la  science  du  bien  et  du 
mal,  les  arts  inventés  par  les  fils  de  Gain,  dans  la  Genèse;  dans  le  Livre  cCHé- 
noc/i,  les  arts  et  sciences  révélés  par  les  anges  rebelles,  pères  des  Géants  ou 
Titans,  notamment  l'àaxpoXoyîa  par  Rakiel,  et  ràatepoaxoTia  par  Sathiel),  il  y 
a  l'idée  que  l'avenir  est  le  secret  des  dieux  et  qu'il  y  a  sacrilège  à  le  fouiller, 
sacrilège  et  malédiction  :  quid  craatina  volveret  aetas  \  Scire  nefas  homini 
(Stat.,  Theb.,  111,563). 

1.  Essayons  de  mettre  quelque  ordre  dans  ce  fouillis  de  légendes  étirées  en 
tous  sens  et  qui  visent  indistinctement  —  ne  l'oublions  pas  —  l'astronomie 
et  l'astrologie.  Atlas  connaît  le  ciel,  puisqu'il  le  porte,  soit  comme  dieu 
(Hesiod.,  Theog.,  501;  Hygin.,  Fab.,  150,  etc.),  soit  comme  montagne.  Les 
évhéméristes  le  transforment  en  astronome,  ainsi  que  Prométhée,  Céphée  et 
autres  (Cic,  Tusc,  \,  3.  Virg.,  Aen.,  I,  741.  Plin.,  VII,  §  203).  Par  sa  mère  Libya 
{Libyae  filius.  Plin.,  l.  c;  b  Ateûç.  Euseb.,  Praep.  Ev.,  X,  6.  Tzetz.  ad  Lycophr., 
482-483),  ses  enfants  ou  ses  disciples,  il  se  laisse  transporter  à  volonté  du  côté 
chaldéen,  égyptien,  phrygien  ou  phénicien.  Hermès  est  son  petit-fils  par  Maia; 
Hercule,  son  élève,  sans  doute  à  cause  de  la  substitution  des  «  colonnes  d'Her- 
cule »  aux  colonnes  d'Atlas  (Ilerodor.  ap.  Clem.,  Stro7n.,  I,  15  p.  132  Sylb.). 
Hercule  savant  (encore  une  invention  stoïcienne  :  voy.  Heraclit.,^^ieg'.  Homer., 
ch.  33)  prêtait  à  rire  :  on  racontait  qu'il  s'était  brûlé  pour  remplacer  le  soleil, 
un  jour  d'éclipsé  [Hercules  astrologus  dictus,  quod  eo  die  se  flammis  injecit, 
quo  futura  erat  obscuratio  solis.  Fest.,  Epil.,  s.  v.).  Pour  ceux  qui  croyaient, 
d'après  Hérodote  (11,2),  les  Phrygiens  le  plus  ancien  des  peuples,  Atlas  était 
un  astronome  phrygien  (Clem.,  loc.  cit.).  S.  Augustin  ne  doute  pas  de  l'exis- 
tence de  Atlans  ille  magniis  astrologus,  qu'il  fait  contemporain  de  Moïse 
(Civ.  Dei,  XVIII,  40).  Prométhée,  auteur  de  toute  science,  devient,  par  une 
fiction  évhémériste  inconnue  d'Eschyle,  un  astronome,  avec  le  Caucase  pour 
observatoire.  Comme  il  était  là  voisin  de  l'Assyrie,  hic  primus  astrologiam 


QUESTION    DES    ORIGINES    DE   L  ASTROLOGIE  577 

un  disciple  d'Atlas,  on  se  procurait  une  espèce  de  commis-voya- 
geur en  astrologie,  qui  implantait  la  doctrine  partout  où  il  plai- 
sait aux  mythographes  de  le  promener  *.  Par  ses  attaches  phéni- 
ciennes, la  légende  d'Hercule  rentrait  à  volonté  dans  le  cercle 
d'attraction  de  la  Chaldée.  Les  Juifs  eux-mêmes  —  ceux  d'Alexan- 
drie probablement  —  apportèrent  leur  appoint  aux  prétentions 
chaldéennes,  en  s'attribuant,  au  détriment  des  Égyptiens,  Phéni- 
niciens  et  Cariens  ^  le   rôle  de  propagateurs  de  la  science  des 


Assyriis  indicavit  {Serv.,Ecl.,  VI,  42).  Assyrie  ou  Chaldée,  peu  importe.  Chiron, 
déjà  vanté  par  Homère  comme  précepteur  d'Achille,  ne  pouvait  manquer 
d'être  savant,  médecin,  astronome  (Schol.  Ap.  Rhod.,  IV,  816).  Euripide  — 
qui  ne  connaissait  pas  encore  l'astrologie  chaldéenne  —  attribue  à  Hippo,  fille 
de  Chiron,  l'art  de  «  prédire  par  le  lever  des  astres  »  (f^  itpwTa  [xèv  xà  STsta  lïpou- 
[lavTEÛffaTO  I  ypifidjxotai  ua'fsfftv  àaT^pwv  êtc'  dvToXati;  :  cf.  ci-dessus,  p.  37,  1), 
c'est-à-dire  de  régler  le  calendrier,  y  compris  le  retour  des  jours  heureux  et 
malheureux,  et  de  pronostiquer  le  temps.  On  disait  que  Chiron  avait  prédit 
pluies  et  orages  pour  les  noces  de  Thétis  et  de  Pelée  {Fr.  Hisl.  gr.,  IV,  p.  50S), 
et  aussi  qu'il  avait  enseigné  la  médecine  à  Asklépios  et  l'astrologie  à  Hercule 
(Schol.  German.,  Arat.,  ad  v.  291,  p.  410  Eyssenhardt).  Le  dieu  Pan,  qui  res- 
semble à  Chiron,  lui  est  parfois  substitué  (Tzetz.  ad  Lycophr.,  482-483).  Quant 
à  Orphée,  sa  lyre  heptacorde  est  le  symbole  du  système  planétaire  (Ps.-Lucian., 
Astrol.,  10)  :  Eumolpos,  Musée,  Linos  (Diog.  L.,  Pi^ooetn.,  3)  sont  des  astro- 
nomes. Pour  forcer  la  conviction,  d'ingénieux  évhéméristes  avaient  transformé 
la  plupart  des  héros  épiques  en  astronomes  et  astrologues.  Tirésias  découvre 
le  sexe  des  planètes  :  Atrée  et  Thyeste  (cf.  Hygin.,  Fab.,  258),  Bellérophon, 
Dédale,  Icare,  Pasiphaé  (éprise  du  Taureau),  Endyraion,  Phaéthon,  sont  des 
astronomes  :  l'Apollon  Didyméen  est  celui  des  Gémeaux  (AiSufioi)  :  la  Pythie  de 
Delphes  représente  la  Vietr/e;  l'oracle  d'Ammon  est  celui  du  Bélier  ;  l'adultère 
d'Ares  et  Aphrodite  dans  VIliade  n'est  que  la  conjonction  de  Mars  et  de  Vénus, 
etc.  (Ps.-Lucian.,  op.  cit.  :  cf.  ci-dessus,  p.  59,  2).  Les  Grecs  ont  aussi  recueilli 
ou  fabriqué  des  légendes  chaldéennes  et  égyptiennes.  Le  Thot  dont  les  faus- 
saires devaient  faire  l'Hermès  Trismégiste,  auteur  de  milliers  de  volumes,  est 
déjà  connu  de  Platon  [Pliaedr..  p.  n4).Arnobe  hésite  entre  lui  et  Atlas  :  g-z/ararfo 
siderum  motus  auL  ratio  coepla  est  genethliaca  sciri?  Non  post  Theutin  Aegyp- 
tium  aut  post  Atlantetn,  ut  quidam  ferunt,  bajidum  caeli?  (Arnob.,  II,  69). 
«  Sages  chaldéens  »  et  Égyptiens,  dieux  et  hommes,  sont  cités  pêle-mêle  dans 
un  papyrus  {Not.  et  Extr.,  XVIII,  2,  p.  236).  Le  Livre  de  Néchepso  s'ouvrait  par 
une  révélation  nocturne,  apportée  par  une  «  voix  du  ciel  >>  (Riess,  op.  cit., 
p.  333),  et  Firmicus  ne  se  lasse  pas  de  répéter  que  les  informations  de  Pétosiris 
sont  divines  (I,  3,  1.  IV,  22).  La  Vénus  babylonienne  est  institutrice  d'Hermès 
(Hygin.,  Astron.,  II,  42),  et  Bel  invent  or  discipliuae  sideralis  (Mart.  Cap.,  VI,  701). 

1.  C'est  bien  l'Hercule  de  Tyr  que  Nonnus  appelle  àjTpoytTtov  (XL,  408.  579), 
xpôuLo;  âffTpojv  {ibid.,  367),  Soleil,  Dieu  universel,  etc.  (369-410).  Cet  Hercule  fait 
un  cours  d'histoire  à  Bacchus  et  lui  fait  cadeau  de  sa  robe  constellée,  le  vête- 
ment légendaire  des  astrologues  (577  sqq.). 

2.  Les  Cariens  avaient  leurs  partisans,  sans  doute  des  érudits  qui  retrou- 
vaient leurs  traces  à  l'origine  de  la  civilisation  grecque,  à  côté  des  Phéniciens: 
elui   Se  oï  kipa;  t^,v  Si'  àaTÉotov  TTpûyvwaiv  JTiVêvoT.xéva'.  Xéyoufftv  (Clem.  Al., 


578      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  komain 

corps  célestes.  Suivant  eux,  Abraham  avait  apporté  cette  science 
de  laChaldée,  sa  patrie,  en  Egypte;  et  les  Phéniciens,  instruits 
par  les  Hébreux,  l'avaient  importée  par  Cadmos  en  Béotie,  où 
Hésiode  en  avait  recueilli  quelques  parcelles  * .  En  un  mot,  tous 
les  dieux,  héros,  rois  et  ancêtres  de  peuples  ^  étaient  mis  à  con- 
tribution, pour  la  plus  grande  gloire  de  l'astrologie  et  astronomie, 
presque  toujours  confondues  sous  le  même  nom  et  se  prêtant  un 
mutuel  appuie 

Toute  foi  engendre  elle-même  ses  preuves  et  n'hésite  pas  au 
besoin,  dans  l'intérêt  de  la  bonne  cause,  à  leur  donner  l'air 
d'antiquité  qui  convient.  A  l'appui  de  ces  belles  inventions,  les 
fabricants  d'apocryphes  écrivaient  des  traités  de  science  astrale 
sous  les  noms  d'Orphée,  d'Hermès  Trismégiste,  des  plus  anciens 
patriarches  ou  philosophes  *.  Les  partisans  de  la  révélation  et  de 

Strom.,  I,  16.  Euseb.,  Praep.  Ev.,  X,  6,  2).  11  s'agit  bien  de  l'astrologie  :  comme 
transaction,  on  laissait  l'astronomie  aux  Chaldéens.  K  5  p  s  ç  (sÇsijpov)  tV  8tà  twv 
SffTpwvirpfiYvwaiv  —  dlffTpovo[X£Tv  BaêuXojviot  (Tatian.,  Adv.  Graec,  1). 

1.  C'est  Alexandre  Polyhistor  qui  paraît  avoir  compilé  dans  sonllspt  'lou- 
ôaiwv  les  légendes  égypto-jiidaïques.  Abraham,  ayant  inventé  l'astronomie 
{%%'<.  tV  iaTpoXoyiav  xal  XaXSaïxfjv),  vient  en  Phénicie,  puis  en  Egypte,  où  il 
enseigne  à  Hélioupolis.  Ici,  une  suture  syncrétique.  Abraham  tenait  sa  science 
du  patriarche  Hénoch,  lequel  est  identique  à  l'Atlas  des  Grecs  (Euseb.,  Pr.  Ev., 
IX,  17).  Abraham  astronome  est  depuis  lors  de  tradition  courante  chez  les 
juifs  et  chrétiens  (Joseph.,  Ant.  Jud.,  I,  8,  2.  Euseb.,  Pr.  Ev.,  IX,  16.  Cyrill., 
Adv.  Julian.,  I,  p.  17.  Glaphyr.  in  Gènes.,  III,  p.  71)  :  les  orthodoxes  tiennent 
seulement  à  ce  qu'il  n'ait  pas  été  astrologue.  De  même,  le  patriarche  Hénoch, 
qui,  comme  auteur  d'une  description  astronomique  du  ciel,  ne  scandalise 
nullement  S.  Athanase  (ap.  Pitra,  Anal,  sacr.,  V,  1,  p.  25);  ou,  en  remontant 
plus  haut  encore,  Seth,  flls  d'Adam,  dont  les  Gnostiques  ST.etavoî  se  disaient 
les  disciples  {Philosophum.,  V,  3,  et  X,  3).  Un  traité  byzantin  d'astrologie 
{Cod.  Paris.,  n°  2419,  fol.  1  v.)  commence  par  ces  mots  :  ô  S-h.6  [corrompu  en 
£(ij6->ip]  èœeGpE  t6  jiat6Ti[jia. 

2.  La  révélation  va  des  dieux  aux  paat>>etî  SreocpiXsïî  (Ps.-Lucian.,  Astrol.,  1) 

—  [Satura]  regales  animos  primuin  dignala  movere  (Manil.,  I,  45)  —  ou  aux 
aacerdotes  delecti  {ibid.,il).  Aussi  Ptolémée  lui-même  devient  au  moyen  âge 
un  roi  d'Egypte,  un  Lagide. 

3.  Firmicus  emploie  l'argument  suivant.  Qui  peut  le  plus  peut  le  moins  : 
or,  il  était  plus  difficile  d'inventer  l'astronomie  que  l'astrologie;  donc  celle-ci 
est  aussi  certaine  dans  ses  résultats  que  celle-là.  Quid  difflcilius  pûtes  esse 
cursus  siderum  invenire  -  -  an  inventis  stellarum  cursibus  definire  postea  quid 
per  omnem  terrarum  tractum  mixtura  ipsarum  radiatioque  perficiat  ?  Qui  enim 
ad  consenliendum  ipsa  rationis  veritate  compelleris,  quod  cursus  hos  siderum 

-  -  invenimus,  consentias  necesse  est  quod  inventa  stellarum  cursu  facile  postea 
officia  ipsarum  potes tatemque  videamus  (Firmic.,I,  4,  11-12  Kroll).  Ce  sophisme 
devait  paraître  concluant  aux  âmes  simples. 

4.  Le  livre  apocryphe,  anonyme  ou  pseudépigraphe,  est  —  répétons-le 
encore  —  le   véhicule  nécessaire  des  doctrines  mystiques.  Il  faut  qu'elles 


QUESTIOIN    DES    ORIGINES    DE    L  ASTROLOGIE  579 

la  tradition  ininterrompue,  ainsi  retranchés,  n'avaient  plus  rien 
à  craindre  des  rares  sceptiques  que  l'exemple  du  grand  astro- 
nome et  astrologue  Claude  Ptolémée  n'aurait  pas  convertis. 
C'était  une  espèce  de  consentement  universel,  assis  à  la  fois 
sur  la  révélation  et  l'expérience,  qui  avait  défini  la  nature,  qua- 
lité et  quantité,  des  effluves  ou  intluences  sidérales.  Les  asso- 
ciations d'idées  les  plus  ineptes  se  trouvaient  justifiées  de  cette 
façon.  Plus  elles  étaient  bizarres,  plus  il  devenait  évident,  pour 
certaines  gens,  qu'elles  avaient  dû  être  connues  par  révélation  *. 

cachent  et  reculent  leurs  origines.  Les  Orphiques,  néo-pythagoriciens,  sibyl- 
listes  et  autres  débitants  de  charmes  et  de  prophéties,  ont  donné  l'exemple 
aux  astrologues  qui  se  cachaient  sous  les  noms  de  Néchepso,  de  Pétosiris,  de 
Manéthon  —  d'un  Manéthon  qui  suit  Pétosiris  et  tire  ses  renseignements 
él  Upôiv  àSÛTwv  ...  Sôytxaxôî  èÇ  Upoïo  (Maneth.,  Apotel.,  IV,  9  et  12).  Ptolémée 
lui-même,  voulant  rectifier  une  pièce  de  l'outillage  astrologique  (voy.  opta), 
se  croit  obligé  de  dire  qu'il  a  trouvé  ses  corrections  dans  un  vieux  livre  mutilé 
et  presque  illisible  (ci-dessus,  pp.  206-207).  Les  Juifs  se  sont  adonnés  avec 
prédilection  à  la  littérature  apocryphe,  poussant  jusqu'aux  livres  antédilu- 
viens d'Hénoch,  de  Seth,  et  peut-être  d'Adam  (cf.  Augustin.,  C.  Dei,  XVIII,  38). 
La  faculté  de  croire  est  illimitée.  Ne  dit-on  pas  que  le  grand  Newton 
croyait  à  la  science  astronomique  du  centaure  Chiron?  (Lewis,  Astron.  of 
the  ancients,  p.  73). 

2.  Sextus  Empiricus  (p.  354)  se  moquait  —  et  avec  combien  de  raison!  — 
des  rapports  absolument  imaginaires  établis  entre  les  étoiles  et  les  figures 
zodiacales,  puis  entre  ces  figures  et  les  «  formes  et  mœurs  des  hommes  », 
entre  le  Lion  céleste  et  la  bravoure,  la  Vierge  et  la  peau  blanche,  sans  oublier 
les  absurdités  doubles,  comme  le  Taureau  féminin;  tout  cela  parfaitement 
ridicule  :  xaûxa  yip  %clI  xà  toûtoi;  o[xo'.a  yé'ktùioi  [iâXXov  t,  aTzouBf^i;  èax'.y  àtÇta. 
Mais  le  ridicule  n'a  pas  prise  sur  les  mystiques;  ils  se  vantent  au  besoin  de 
leur  «  folie  »,  plus  sage  que  la  raison.  Si  ces  rapports  avaient  été  révélés,  ils 
pouvaient  paraître  absurdes  ;  ils  ne  l'étaient  pas.  Sur  le  tard  (voy.  ci-après) 
surgit  une  théorie  qui  donna  à  l'absurdité  un  air  tout  à  fait  raisonnable,  celle 
qui  assimilait  la  disposition  des  astres  à  des  signes  d'écriture.  Dès  lors,  à 
qui  demandait  quel  rapport  il  y  avait  entre  tel  groupe  d'étoiles  et  un  Lion 
ou  un  Bélier,  on  pouvait  répondre  :  le  même  qui  existe,  dans  le  langage  ou 
l'écriture,  entre  le  signe  et  la  chose  signifiée.  Le  plus  curieux,  c'est  que  la 
précession  des  équinoxes  ayant  séparé  les  douzièmes  ou  «  signes  »  du  Zo- 
diaque des  groupes  détoiles  dont  ils  avaient  pris  le  nom,  les  astrologues  n'en 
continuèrent  pas  moins  à  attacher  leurs  pronostics  aux  signes  fictifs,  au 
Bélier  qui  est  aujourd'hui  dans  la  constellation  des  Poissons,  au  Taureau  qui 
est  dans  le  Bélier,  etc.  Ptolémée  a  des  scrupules  sur  ce  point (Te^raô., II,  21), 
mais  il  n'en  tient  pas  compte  dans  la  pratique.  Sextus  Empiricus  n'a  pas  lu 
Ptolémée  et  ne  connaît  pas  la  précession  des  équinoxes,  sans  quoi  il  n'eût 
pas  manqué  d'insister  là-dessus,  comme  le  fait  plus  tard  Origène  (ap.  Euseb., 
Pr.  Ev.,  VI,  11,  78).  Il  gâte,  du  reste,  son  raisonnement  par  des  boutades 
inconsidérées  ;  il  soutient  que,  si  le  Lion  céleste  a  la  propriété  d'engendrer 
la  bravoure,  ceux  qui  sont  nés  en  même  temps  qu'un  lion  terrestre  ou  ont 
été  élevés  avec  lui  doivent  avoir  aussi  un  caractère  léonin  {op.  cil.,  §  100, 


S80      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

C'est  ainsi  que  les  parties  essentielles  de  Toutillage  astrolo- 
gique, qui  se  trouvaient  être  à  la  fois  les  plus  indispensables  et 
les  plus  déraisonnables,  —  je  veux  parler  des  domaines  plané- 
taires incrustés  à  poste  fixe  dans  le  Zodiaque  et  des  propriétés 
spécifiques  des  «  lieux  »  ou  maisons  du  ciel,  —  non  seulement 
s'imposèrent  à  la  foi,  mais  échappèrent,  ou  peu  s'en  faut,  à  la 
discussion.  Nous  avons  bien  entendu  un  astrologue  dissident 
objecter  :  comment  les  planètes,  qui  sont  toujours  en  marche, 
auraient-elles  des  maisons  *  ?  Mais  les  adversaires  de  l'astrologie 
n'ont  pas  su  montrer  aux  gens  disposés  à  n'admettre  que  des 
raisons  d'ordre  physique  le  néant  de  ces  arcanes.  On  concevait 
encore,  à  la  rigueur,  avec  la  théorie  des  effluves  rectilignes  allant 
des  astres  à  la  Terre  située  au  centre  de  la  sphère,  que  des  astres 
réellement  présents  sur  un  même  rayon  du  cercle  exerçassent 
une  influence  combinée  :  le  fait  était  encore  presque  intelligible 
avec  les  ricochets  que  suppose  la  balistique  des  «  aspects  »  ;  mais 
il  devenait  foncièrement  et  irrémédiablement  absurde  avec  la 
substitution  des  maisons,  hypsomas,  6'pta  et  autres  entités  imagi- 
naires, à  la  présence  réelle  des  planètes  ^  Les  raisonneurs  ont 
manqué  là  une  belle  occasion  de  raisonner. 

Les  principes  généraux  de  l'astrologie  une  fois  admis,  les 
objections  ne  servent  plus  guère  qu'à  suggérer  aux  astrologues 
des  perfectionnements  de  leurs  procédés.  Cicéron  assure  que  les 
astrologues  ne  tiennent  pas  compte  des  lieux,  mais  seulement 
du  temps,  et  que,  pour  eux,  tous  ceux  qui  naissent  en  même 


p.  334).  S.  Basile  {In  Hexaem.  Homil.,  VI,  5-7)  raille  aussi  le  symbolisme 
zodiacal,  mais  pour  aboutir  à  une  conclusion  sans  portée.  Est-ce  que  par 
hasard,  dit-il,  le  ciel  aurait  emprunté  ses  propriétés  actives  aux  animaux? 
On  lui  répondait  :  le  ciel  n'emprunte  pas,  il  prête.  Junctinus  {op.  cit,  p.  7) 
affronte  tranquillement  l'objection.  Qu'importe,  dit-il,  que  les  figures  soient 
imaginaires,  si  les  effets  en  ont  été  vérifiés  par  l'expérience?  Révélation  ou 
expérience,  c'est  toujours  la  preuve  de  fait  opposée  aux  raisonneurs. 

1.  Ci-dessus,  p.  183,  1. 

2.  Voici  comment  se  glisse  une  affirmation  absurde,  à  côté  et  sous  le  couvert 
d'une  autre  qui  ne  l'est  qu'à  moitié.  Firraicus  assure  que  Mars  tempère  ses  feux 
au  voisinage  de  Saturne.  Soit  !  Il  se  trouve  dans  l'alignement  du  courant  froid 
émané  de  Saturne.  Mais  Firmicus  admet,  comme  chose  aussi  naturelle,  que 
l'effet  est  le  même  quand  Mars  se  trouve  dans  «  la  maison  »  de  Saturne  absent: 
ecce  cum  ad  Saturniim,  cum  efiam  ad  ejus  venerit  domum,  ignés  ejus  natura 
alieni  frigoris  temperantur  (1,  4,  7  Kroll).  Encore  pouvait-on  prétendre,  du 
côté  des  astrologues,  que  les  domiciles  ou  les  hypsomas  avaient  été  choisis 
de  tempérament  conforme  à  celui  des  planètes  propriétaires.  Mais  cette 
échappatoire  faisait  défaut  pour  les  Spia,  puisque  chaque  planète  en  possède 
dans  chaque  signe.  Ici,  on  est  dans  l'absurde  jusqu'au  cou. 


LES    ARGUMENTS    DE    CARNÉADE  581 

temps,  en  n'importe  quel  pays,  ont  même  destinée  *.  Favorinus 
et  Sextus  Empiriciiâ  en  disent  autant  ^  Il  est  probable  que  Cicéron 
n'était  pas  au  courant  des  progrès  de  l'astrologie  à  son  époque, 
et  ceux  qui  répètent  son  objection  étaient  à  coup  sûr  dans  l'er- 
reur. On  sait  assez  quelle  place  tient  dans  le  poème  de  Manilius 
et  dans  tous  les  traités  d'astrologie  postérieurs  à  l'ère  chrétienne 
la  question  des  climats  et  des  ascensions  obliques  (àvacpopat) 
variant  suivant  les  climats,  pour  dire  que  les  astrologues  avaient 
mis  la  critique  à  profit  et  ne  la  méritaient  plus.  Il  n'est  même 
pas  sûr  qu'elle  fût  juste,  adressée  aux  anciens  Chaldéens  de 
Chaldée.  Ceux-là  n'avaient  peut-être  pas  idée  des  climats  ;  mais, 
en  revanche,  ils  croyaient  que  l'influence  d'un  astre  n'était  pas 
partout  la  même  au  même  moment.  Ils  écrivaient  sur  leurs 
tablettes  :  «  Si  la  lune  est  visible  le  30,  bon  augure  pour  le  pays 
«  d'Accad,  mauvais  pour  la  Syrie  ^.  »  De  même,  les  mages  de 
Xerxès  assuraient  qu'une  éclipse  de  Soleil  menaçait  les  Grecs, 
tandis  qu'une  éclipse  de  Lune  eût  été  redoutable  pour  les  Perses*. 

Mais  le  progrès  des  connaissances  géographiques  et  historiques 
fournit  la  matière  d'un  argument  à  détente  multiple,  fort  embar- 
rassant, qui  doit  avoir  été  mis  en  forme  par  Garnéade  ".  Ramené 
à  ses  éléments  les  plus  simples,  il  peut  se  résumer  comme  il  suit  : 
1°  il  y  a  des  individus  qui,  nés  dans  des  circonstances  diflerentes, 
ont  même  destinée  ;  2°  inversement,  il  y  a  des  individus  qui,  nés 
dans  des  circonstances  semblables,  ont  des  aptitudes  et  des 
destinées  différentes.  Voyons  l'usage  qui  a  été  fait  de  cet  engin 
de  guerre. 

Si  chaque  individu  a  sa  destinée  particulière,  déterminée  par 
sa  génilure,  d'où  vient  que  l'on  voit  périr  en  même  temps,  dans 


^ .  {Chaldaei  dicunt)  omnes  omnium  ortiis,  quicumque  gignantur  in  omni 
terra  quae  incolatur,  eosdem  esse  eademque  omnibus  qui  eodem  statu  caeli  et 
stellarum  nali  sint,  accidere  necesse  esse.  —  Volunt  enim  illi  omnes  eodem  tem- 
pore  ortos,  qui  ubique  sint  nati,  eadem  conditione  nasci  (Cic,  Divin.,  H,  44). 

2.  Procédât,  inquit  [Favorinus],  haec  sane  disciplina,  sed  sub  ea  modo  incli- 
natione  caeli  sub  qua  tune  C/ialdaei  fuerunt;  non  enim  pôles t,  inquil,  ratio 
Chaldaeorum  observationis  manere,si  qiiis  ea  uti  velit  sub  diversis  caeli  regio- 
nibus  (Gell.,  XIV,  1,  8).  Pour  que  les  Chaldéens  eussent  raison,  dit  à  son  tour 
Sextus,  il  faudrait  que  tzia',  xoÏî  xa-uà  t)-,v  ol>co'j|xivr,v  ti  oùpavia  •i:apaxT,poûffiv 
sxaaTov  toû  Çwôiaxoû  8w5exaxT,[i.(>ptov  laoypôva);  èœatveto  (§  83,  p.  351|. 

3.  W.  A.  /.,  III,  51,  2,  trad.  Lenormant.  Cf.  ci-dessus,  p.  49. 

4.  Ilerod.,  VM,  37.  Cf.  Curt.,  IV,  10  6;  ci-dessus,  p.  339,  i. 

5.  Voy.  sur  la  question  Fr.  Boll  {op.  cit.,  p.  18t  sqq.),  qui  attribue  les 
arguments  offensifs  à  Carnéade,  Clitomaque  et  Panétius;  les  réponses,  et  sur- 
tout les  perfectionnements  de  Toutillage  astrologique,  à  Posidonius. 


582      CHAP.  XVI.  —  l'astkologie  dans  le  monde  romain 

un  naufrage,  un  assaut,  une  bataille,  quantité  d'individus  qui  ne 
sont  nés  ni  dans  le  même  temps,  ni  dans  le  même  lieu?  Est-ce 
que,  dit  Cicéron  *,  tous  ceux  qui  ont  péri  à  la  bataille  de  Cannes 
étaient  nés  sous  le  même  astre?  A  cela,  les  astrologues  répon- 
daient que  les  influences  universelles  (xaôoX-.xâ)  dominent  les 
influences  plus  restreintes  qui  façonnent  les  génitures  indivi- 
duelles. Les  tempêtes,  guerres,  pestes,  fléaux  collectifs  de  tout 
genre,  prévalent  sur  les  résultats  des  calculs  de  moindre  enver- 
gure. Aussi  Ptolémée  recommande  expressément  de  laisser  une 
marge,  dans  les  génitures  particulières,  pour  les  cas  de  force 
majeure  provenant  des  phénomènes  de  portée  «  catholique  »  ^. 
La  riposte  était  habile,  la  prédominance  du  général  sur  le  parti- 
culier, du  tout  sur  la  partie,  paraissant  une  vérité  de  sens  commun. 
Mais  l'argument  ofl'ensif  n'était  pas  épuisé.  Comment  se  fait-il, 
disait  Carnéade  ^  qu'il  y  ait  des  peuples  entiers,  où  tous  les 
individus  ont  même  tempérament  et  mêmes  mœurs?  Tous  les 
individus  de  même  race  sont  donc  nés  sous  le  même  signe?  Si  la 
Vierge  fait  la  peau  blanche  et  les  cheveux  lisses,  répétait  encore 
trois  siècles  plus  tard  Sextus  Empiricus*,  aucun  Éthiopien  ne  naît 


1.  Cic,  Divin., U,  47.  L'argument  est  répété  à  satiété  :  par  Favorinus  —  quid 
esset  —  quod  homines  ulriusque  sexus,  omnium  aetatum,  diversis  stellarum 
motibus  in  vilam  editi,  regionibus  sub  quitus  genili  sunt  longe  distantibus, 
tamen  isti,  aut  hiantibiis  terris  aut  labenlibus  tectis  aut  oppidorum  oppugna- 
tionibus  aut  eadem  in  navi  fluctu  obruti,  eodem  génère  mortis  eodemque  ictu 
temporis  universi  simul  interirent  (ap.  Gell.,  XIV,  1,  27);  par  Sextus  Euipiricus 
{Adv.  Astral.,  §  91-93,  p.  353  :  ci-dessus,  p.  423),  qui  demande  si  tous  les  bar- 
bares tués  à  Marathon  étaient  nés  sous  la  pointe  de  la  flèche  du  Sagittaire, 
et  tous  les  héros  noyés  dans  le  détroit  d'Eubée  au  retour  de  Troie,  nés  sous 
Turne  du  Verseau;  par  Bardesane  (ci-dessus,  p.  433,  2}  ;  par  Grégoire  de  Nysse 

'  {De  f'ato,  p.  163  et  169),  etc.  Calvin  s'en  servait  encore  contre  les  astrologues 
de  son  temps  (ap.  Junctinus,  op.  cit.,  p.  3).  Les  astrologues  prétendent  rai- 
sonner en  savants  :  ils  n'ont  pas  recours  à  la  foi,  à  l'opinion  courante,  qui 
expliquait  volontiers  un  naufrage  par  la  présence  à  bord  d'un  criminel  pour- 
suivi par  la  vengeance  divine  ;  chose  fréquente  et  bien  connue,  dit  Antiphon 
{De  caed.  Herod.,  82). 

2.  Ptolémée,  expliquant  pourquoi  il  traite  des  prévisions  «  catholiques  » 
avant  d'aborder  la  généthlialogie,  dit  qu'il  le  fait  parce  que  le  général  l'em- 
porte toujours  sur  le  particulier,  et  qu'on  ne  peut  pas  juger  de  celui-ci  sans 
celui-là  (Ptol.,  Tetrab.,  II  Prooem).  Cf.  ci-dessus,  p.  303,  3. 

3.  L'objection  tirée  des  races  faisait  le  fond  de  l'argumentation  de  Car- 
néade, qui  s'en  servait  surtout  contre  la  morale,  en  montrant  qu'elle  variait 
d'un  peuple  à  l'autre  et  que  telle  action,  réputée  crime  en  Grèce,  était  autorisée 
ou  recommandée  par  les  vôiitjia  jâapêapixâ  (cf.  Fr.  Boll,  op.  cit.). 

4.  S.  Emp.,  op.  cit.,  p.  353.  L'argument  est  reproduit,  mais  pour  être  réfuté, 
par  Firmicus  :  Si  stellarum  mixturis  mores  hominibus  coloresque  tribuuntur 


OBJECTION    TIRÉE    DES    RACES  583 

donc  sous  le  signe  de  la  Vierge?  Au  temps  de  Sextus  Empiricus, 
la  brèche  qu'avait  pu  faire  la  question  de  Carnéade  était  réparée, 
et  le  pyrrhonien  aurait  pu  prendre  la  peine  de  lire  Ptolémée,  qui 
cite  précisément,  pour  montrer  qu'il  y  a  répondu,  l'exemple  de 
l'Éthiopien  à  peau  invariablement  noire  et  du  Germain  ou  Galate 
à  peau  invariablement  blanche  *.  Les  astrologues  invoquaient 
encore  la  prédominance  des  influences  générales,  non  plus  seu- 
lement accidentelles,  mais  fixes,  agissant  d'une  façon  continue 
et  créant  ainsi  les  types  ethniques.  Ils  transposèrent  à  leur  usage 
une  théorie  très  vieille  et  très  moderne,  si  moderne  qu'on  la  croit 
née  d'hier  %  celle  qui  suppose  l'homme  façonné  par  le  «  milieu  » 
où  il  vit  et  s'y  adaptant,  sous  peine  de  disparaître.  11  suffisait 
d'ajouter  à  la  série  des  causes  un  chaînon  de  plus,  en  rappor- 
tant à  l'influence  des  astres  les  qualités  du  sol,  des  eaux,  de  l'air, 
et  les  aptitudes  héréditaires  qu'elles  déterminent;  ce  qui  était 
aussi  difficile  à  réfuter  qu'à  démontrer.  Nous  avons  vu  que,  pour 
préciser  leurs  idées  et  pouvoir  répondre  affirmativement  à  la  ques- 
tion jadis  si  embarrassante  :  «  tous  les  individus  de  même  race 
naissent  donc  sous  le  même  signe  »?,  les  astrologues  avaient 
confectionné  des  cartes  géographiques  des  influences  astrales. 
Ils  comptaient  sans  doute  que  la  patience  des  critiques  n'irait  pas 
jusqu'à  leur  demander  de  justifier  par  le  menu  cette  répartition, 

—  cur  omnes  in  Aethiopia  nigri,  in  Germania  candidi,  in  Thracia  rubei  pro- 
a'eantur,  etc.  (Firmic,  1,  2  Kroll)  ;  à  quoi  Firmicus  répond  par  l'influence 
physique  des  zones  ou  climats  terrestres,  influence  qui  tend  à  produire  des 
types  uniformes,  à  rencontre  de  linfluence  des  astres,  laquelle  produit  les 
variétés  individuelles  (I,  10  :  ci-dessus,  p.  337,  3).  Firmicus  ne  connaît  pas  ou 
n'accepte  pas  la  chorégraphie  astrologique,  qui  fournit  une  réponse  moins 
banale. 

1.  Ptol.,  Tetrab.,  IV,  9,  p.  821  Junctinus. 

2.  Elle  remonte  au  moins  —  sauf,  bien  entendu,  l'apport  de  nos  évolution- 
nistes  —à  Hippocrate,  dont  le  traité  riepî  iépwv,  uSoctwv,  T(5Tto)v,  a  mis 
cette  idée  à  la  portée  de  tous  les  esprits  cultivés  (cf.  BoU,  op.  cit.,  p.  213). 
Polybe  résume  très  bien  la  théorie  du  milieu,  et  en  employant  le  mot  propre  : 
TÔ  Tîsptéjrov  —  wî'jvslofAOïoOdOa'.  Tteoûxafiev  irdvTEî  àv^ptoitoi  xax'  ivdty- 
xTjv  •  OÙ  yàp  S'.'  dfX^TjV,  Stà  SI  TaÛTr;v  tfiv  aixtav  xaxà  xi;  èOvtxà;  vcal  xà;  oko- 
a/ep£Îî  Siaaxiffsii;  irXeî<Txov  àX>iT,Xwv  6taïiÉpo[i£v  TjOsai  xe  xal  (xopœatc;  x«t 
^ptûijiaatv,  Ixt  8à  xGv  èitixr, Scujidtxwv  xoÎî  xTveiaxotç  (Polyb.,  IV,  21). 
Cf.  Posidonius  ap.  Strab.,  I,  p.  102  et  Galen.,  De  plac.  Hipp.  et  Plat.,  p.  441  éd. 
Kuhn.  En  adhérant  à  cette  doctrine,  les  astrologues  réduisaient  à  néant 
l'objection  de  Panétius  :  Quid?  dissimilitudo  locorum  nonne  dissimiles  homi- 
num  procreationes  habet  ?  —  Ex  quo  intelligitur  plus  terrarum  situs  quant 
lunae  Iractus  ad  nascendum  valere  (Cic,  Divin.,  II,  46).  Le  plus  diflicile  était 
de  remettre  de  l'unité  dans  leur  système  en  faisant  dépendre  des  astres  la 
«  dissemblance  »  attachée  aux  lieux. 


584      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

et  ils  ont  été,  en  effet,  si  peu  inquiétés  de  ce  chef,  qu'ils  n'ont  pas 
eu  besoin  de  s'accorder  entre  eux  pour  adopter  un  système 
unique. 

La  race  étant  expliquée  par  le  milieu,  et  le  milieu  parles  astres, 
il  semblait  que  la  querelle  fût  vidée  ;  mais  la  théorie  même  de 
l'influence  du  milieu,  affirmée  contre  les  astrologues  alors  qu'ils 
ne  la  partageaient  pas  encore,  fut  niée  contre  eux  quand  ils  s'y 
furent  ralliés.  Il  y  a  un  argument  historique  que  ressassent  à  l'envi 
tous  les  polémistes  chrétiens  depuis  Bardesane  ^  :  si  la  race  est 
façonnée  par  les  influences  terrestres  et  astrales  exercées  sur  son 
habitat,  comment  expliquer  que  certains  groupes,  comme  la  race 
juive  ou  la  secte  des  chrétiens,  ou  encore  les  «  mages  perses  », 
conservent  en  tous  climats  les  mêmes  mœurs  et  les  mêmes  lois? 
Le  Juif  échappe-t-il  donc  à  l'influence  des  astres,  qu'il  porte  par- 
tout «  la  tache  de  nature  »,  dira  encore  Grégoire  de  Nysse  ^ 
L'argument  était  de  poids,  et  on  ne  l'aff'aiblissait  guère  en  disant 
que  Juifs  et  chrétiens  emportaient  partout  avec  eux  leur  Loi, 
car  c'était  avouer  que  la  Loi  était  plus  forte  que  les  astres.  Bar- 
desane le  renforçait  encore  en  faisant  observer  qu'un  despote 
ou  un  législateur  peut  changer  sur  place  les  mœurs  d'une  nation, 
bien  qu'elle  reste  soumise  aux  influences  supposées  par  la  théorie 
du  milieu.  Mais  les  astrologues  n'étaient  pas  seuls  visés  par  cette 
argumentation  dirigée  contre  toute  espèce  de  fatalité  scientifique; 
et,  au  fond,  ils  n'en  étaient  guère  plus  embarrassés  qu'un  darwi- 
niste  moderne  à  qui  on  demanderait  pourquoi  les  diverses  races 
conservent  leurs  caractères  spécifiques  en  dehors  de  leur  habitat 
primitif  ou  peuvent  évoluer  sur  place.  Ils  avaient  même  avantage 
à  faire  des  concessions  à  leurs  adversaires,  afin  de  se  garer  de 

1.  Cf.  Fr.  BoU,  op.  ct7.,pp.  184  sqq.  Nous  avons  encore  l'argumentation  de 
Bardesane  [c'est-à-dire  probablement  de  Philippe,  disciple  de  Bardesane]  dans 
Eusébe  {Praep.  Ev.,  VI,  10),  dans  les  Recognitiones  Clemenlinae,  IX,  12-32  (in 
J.  B.  Cotelerii  Patres  Aposlolici,  Tom.  I  [cd.  2«  Amstel.  1724],  pp.  581-586),  et 
même  une  traduction  syriaque  de  son  livre  dans  le  Spicilegmm  Srjriacum,  by 
W.  Cureton  (London,  1855).  Cf.  A.  Hilgenfeld,  Bardesanes  der  lezte  Gnostiker. 
Leipzig,  1864.  Bardesane  ne  combat  dans  l'astrologie  que  le  fatalisme  :  il 
croyait  aux  esprits  résidant  dans  les  planètes  et  chargés  d'entretenir  la  vie 
cosmique.  Origène  (ap.  Euseb.,  VI,  11)  n'ajoute  rien  à  l'argumentation  de 
Bardesane.  Il  l'affaiblit  plutôt  en  suggérant  l'explication  par  les  astres  signes 
et  non  causes  (voy.  ci-après,  p.  600). 

2.  nivxa  ff/£56v  -ri  ;xsp7i  xf;?  Y'»^î  '^^  '^'^'^  'louSaiwv  iT:£ve\Li;^  yÉvoç,  «vaToXtxot, 
SuxtxoE,  TtpoaapTCTixoî,  -âvxa  ffx.^S6v  xi  I9vri  [ié[AtxTai  Ttpè;  t^v  tûtv  'louSattuv 
(TuvoîxT^div.  llwî  Toivuv  0'j5£>jLta  xwv  îïîiTpwv  àvdyxTi  eu'  oùSsvô;  aÙTÔiv  "a/uffé  xtvi 
xôJv  SX  ToO  è'Ovoui;  yaptTauÔat  xô  à>.(.)6-fixov  —  iXk'  Iv  xû  b[ioita  Trdvxwî  sffxl  ... 
•:-o!Xcvoj7T,;  xt.vXwëT.v  xf,î  9 J 5 £ to ;. (Grcg.  Naz.,  De /"aio,  p.  169  B). 


OBJECTION    TIRÉE    DES    LOIS    ET    MŒURS  585 

l'accusation  de  fatalisme  étroit;  ils  regagnaient  ainsi  d'un  côté 
ce  qu'ils  perdaient  de  l'autre.  Il  suffisait  que  l'hérédité  ethnique 
pût  être  rapportée  à  une  origine  qui  dépendait  elle-même  des 
astres  *. 

Cette  discussion  concernant  les  conditions  physiques  de  la  vie 
et  les  rapports  du  milieu  avec  les  astres  fit  surgir  d'autres  diffi- 
cultés et  d'autres  solutions.  Le  raisonnement  fait  pour  les  races 
d'hommes  était  applicable  aux  espèces  animales,  qui,  soit  dis- 
persées, soit  confinées  dans  leur  pays  d'élection,  étaient  plus 
dépendantes  encore  des  fatalités  naturelles.  «  Si  »,  dit  Cicéron, 
«  l'état  du  ciel  et  la  disposition  des  astres  a  tant  d'influence  à  la 
«  naissance  de  tout  être  vivant,  on  est  obligé  d'admettre  que 
«  cette  influence  s'exerce  non  seulement  sur  les  hommes,  mais 
«  aussi  sur  les  bêtes  :  or,  peut-on  dire  quelque  chose  de  plus 
«  absurde  »  ^?  Favorinus  s'égayait  à  demander  l'horoscope  des 
grenouilles  et  des  moucherons  ^,  etSextus  Empiricus  rit  de  l'em- 
barras d'un  astrologue  qu'il  suppose  en  face  d'un  âne  et  d'un 
homme  nés  sous  le  même  signe  et  pourtant  destinés,  celui-ci  aux 
honneurs,  celui-là  au  moulin  *.  Il  faut  être  prudent  dans  l'emploi 

1.  Les  astrologues  avaient  encore  ici  un  supplément  de  ressources  dans  l'ho- 
roscope des  cités,  qui  introduisait  un  élément  commun  dans  la  destinée  de  tous 
les  citoyens.  C'est  le  système  dont  Cicéron  disait  :  0  vim  maximam  erroris! 
Etiamne  urbis  natalis  dies  ad  vim  stellarum  et  lunae  perlinebat?  Fac  in  puero 
referre  ex  qiia  adfectione  caeli  primiim.  spirititm  duxerit;  num  hoc  in  latere 
aut  in  caemento,  ex  qiiibus  urbs  eff'ecla  est,  poluit  valere?  (Cic,  Divin.,  II,  47). 
Cicéron  raisonnait  fort  bien,  sans  doute;  mais  on  pouvait  railler  aussi  bien  la 
prise  des  auspices  et  autres  cérémonies  religieuses  usitées  lors  de  la  fondation 
des  villes,  en  vue  de  leur  assurer  un  avenir  prospère,  et  ceux  qui  respectaient 
ces  choses  se  trouvaient  désarmés  contre  les  astrologues. 

2.  Cic,  Divin.,  11,47. 

3.  Ou  plutôt,  il  déclarait  qu'il  faisait  grâce  aux  astrologues  de  la  question  : 
qnid  de  muscis  aut  vermiculis  aut  echinis,  multis  aliis  minutissimis  terra  mari- 
que  animantibus  dicerent?  an  istaec  quoque  isdem,  quibus  homines,  legibus 
nascerentur  isdemque  itidem  exstinguerenlur'!  ut  aut  ranunculis  quoque  et 
culicibus  nascendi  fata  sint  de  caelestium  siderum  motibus  adtribula,  aut,  si 
id  non  putarenl,  nulla  ratio  videretur  cur  ea  siderum  vis  in  hominibus  vale- 
ret,  deficeret  in  céleris  (Gell.,  XIV,  l,  31).  L'argument  fut  repris  par  Diodore 
de  Tarse  (ap.  Salmas.,  p.  553). 

4.  Sex.  Empir.,  op.  cit.,  p.  353  (àX>»oî  Se  tiî  iz()pT,(Tet  xal  Xcpt  twv  àXôywv  Çwwv 
X.  T.  X.).  C'est  Sextus  qui  résout  d'une  façon  absurde  une  question  mal  posée* 
Si  deux  êtres  nés  «  sous  le  même  degré  d'un  même  signe  »  n'avaient  pas  subi 
d'autre  influence  que  celle-là,  ils  ne  naîtraient  pas  diU'érents;  l'un  homme, 
l'autre  àne.  S.  Augustin,  faisant,  comme  Sextus,  abstraction  de  tout  ce  qui 
n'est  pas  l'inOuence  actuelle  des  astres,  sans  doute  pour  avoir  lu  dans  Cicéron 
que  les  astrologues  supprimaient  jusqu'à  l'action  des  générateurs  sur  le  pro- 
duit {seminum  vim,  quae  ad  gignendum  procreandumque  plurimum  valeal, 


586      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

du  mot  «  absurde  ».  Il  y  eut  un  temps  sans  doute  où  l'on  disait 
des  esclaves  et  des  petites  gens  ce  que  nos  logiciens  disent  ici  des 
animaux;  où  l'on  trouvait  absurde  que  leur  destinée  fût  écrite  au 
ciel  ou  qu'ils  prétendissent  à  l'immortalité.  Le  progrès  des  idées 
démocratiques  avait  reculé  la  barrière,  plantée  maintenant  entre 
l'homme  et  l'animal.  Les  astrologues  hésitaient  à  la  renverser  : 
et  pourtant  la  logique  les  y  poussait,  même  leur  logique  particu- 
lière. Pourquoi,  par  exemple,  les  types  animaux,  qui  remplis- 
saient la  majeure  partie  du  Zodiaque  et  tendaient  à  produire  sur 
terre  des  types  semblables,  n'auraient-ils  eu  action  que  sur 
l'homme?  Finalement,  les  praticiens,  sinon  les  docteurs  de  l'as- 
trologie, acceptèrent  bravement  cette  conséquence  de  la  sympa- 
thie universelle  *,  et  ils  eurent  pour  eux  les  âmes  sensibles,  qui 
faisaient  tirer  l'horoscope  de  leurs  chiens,  ou  les  éleveurs  de 
bétail,  qui  consultaient  sur  les  aptitudes  de  leurs  produits.  Les 
mauvais  plaisants  qui  apportaient  à  l'astrologue,  sans  l'avertir, 
un  thème  de  géniture  dressé  pour  un  animal  sortaient  émer- 
veillés de  son  cabinet  si  le  praticien  avait  reconnu  de  quel  client 
il  s'agissait  ^.  Le  raisonnement  fut  étendu,  sans  qu'on  en  rît 


funditus  tolli.  Cic,  Divin.,  II,  4S),  S.  Augustin  imagine  que  le  moment  de  la 
naissance  fait  seul  la  différence  entre  Thomme  et  l'animal  ou  même  le  végétal, 
si  bien  qu'un  homme  et  un  animal  ne  pouvaient  pas  naître  en  même  temps 
au  même  lieu.  Sic  desipiiint  homines,  ut  existirnent,  ciim  homo  nascitur,  cete- 
ros  rerum  ortus  ita  inhiberi,  ut  cum  illo  suh  eadem  caeliplaga  nec  musca  nas- 
calur  (Augustin.,  C.  Dei,  V,  1).  11  cite,  comme  responsables  de  ces  absurdités, 
les  astrologues  qui  distinguaient  à  première  vue  si  on  les  consultait  pour  un 
animal  (ci-après).  Mais  il  aurait  bien  dû  songer  que  les  astrologues  sérieux, 
comme  Ptolémée,  conseillent  à  leurs  disciples  de  se  renseigner  sur  leur  client, 
comme  le  font  les  médecins,  pour  éviter  de  pronostiquer  à  faux,  le  pronostic 
dépendant  de  l'âge,  de  la  nationalité  et  de  l'éducation  du  consultant  (cf.  Ptol., 
Tetrab.,  I,  2;  IV,  9;  Herm.  Phil.,  De  Revol.  nativ.,  I,  7,  et  ci-dessus,  p.  503,  3). 

1.  Les  purs  stoïciens  n'allaient  pas  jusque-là,  car  ils  refusaient  toute  indi- 
vidualité aux  animaux.  Chrysippe  disait  que  l'âme  du  porc  tenait  lieu  de  sel 
pour  conserver  sa  chair.  Mais,  pour  les  Pythagoriciens,  ces  autres  fournisseurs 
de  théories  astrologiques,  les  animaux  sont  nos  frères,  que  nous  n'avons  pas 
le  droit  d'égorger,  même  pour  nous  nourrir  de  leur  chair. 

2.  Soient  tamen  homines  ad  temptandam  peritiam  mathematicorum  adferre 
ad  eos  constellationes  mutorum  animalium,  quorum  ortus  propter  hanc  explo- 
ralionem  domi  siiae  diligenter  observant,  eosque  mathemalicos  praeferunl  cete- 
ris  qui  constellationibus  inspectis  dicunt  non  esse  hominem  natum,  sed  pecus. 
Audent  etiam  dicere  quale  pecus,  utrum  aptum  lanitio,  an  vectationi,  an 
aratro,  an  custodiae  domus.  Nam  et  ad  canina  fata  temptantur,  et  cum 
magnis  admiranlium  clamoribus  ista  respondent  (Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  7). 
S.  Augustin  rapporte  ailleurs  (Conf.,  VII,  6)  que  le  père  de  son  ami  Firminus 
collectionnait  des  horoscopes  d'animaux.  Origène  (ap.  Euseb.,  Pr.   Ev.,  VI, 


l'astrologie  appliquée  aux  animaux  o87 

désormais,  au  règne  végétal  et  minéral,  justifiant  ainsi,  pour  le 
règne  végétal,  les  vieux  calendriers  des  laboureurs,  et  préparant, 
du  côté  du  règne  minéral,  les  ambitions  extravagantes  des  alchi- 
mistes qui  chercheront  les  conjonctures  d'astres  propres  à  engen- 
drer les  métaux  ou  les  pierres  précieuses. 

Ainsi,  la  série  de  difficultés  nées  de  cette  simple  question  : 
«  pourquoi  des  groupes  d'individus  ont-ils  même  tempérament 
ou  même  destinée  »?  avaient  amené  les  astrologues  à  se  faire  sur 
les  races  humaines,  sur  les  espèces  animales,  sur  le  rôle  du 
milieu  et  de  l'hérédité,  des  théories  qui  leur  valaient  la  réputation 
de  savants.  Ils  eureht  facilement  raison  de  l'objection  inverse, 
celle  qui  demandait  pourquoi  des  individus  nés  dans  les  mêmes 
circonstances  avaient  des  aptitudes  ou  des  destinées  si  difTérentes. 
Comment  se  fait-il,  disait-on,  que,  entre  tant  d'hommes  venus  au 
monde  sous  les  mêmes  planètes,  il  ne  naisse  pas  quantité  d'Ho- 
mères,  de  Socrates  et  de  Platons  *?  L'argument  pouvait  avoir 
quelque  valeur  au  temps  de  Cicéron,  mais  Favorinus  aurait  dû 
savoir  qu'il  était  depuis  tout  à  fait  usé.  Avec  la  précision  exigée 

H,  1)  constate  que  de  son  temps  Ton  croit  à  l'influence  des  astres  sur  les 
animaux  aussi  bien  que  sur  les  hommes  (tûv  tteoI  sxaaTov  àtvOpwTrov,  xdtx*  2' 
xal  àXôywv  Çwwv).  Héphestion  (III,  3)  assimile  les  àXoya  aux  àLkoyoi  humains,  et 
Fabricius  (ad  S.  Empir.,  p.  353)  a  trouvé  quatre  thèmes  généthliaques  de  veaux 
dans  un  traité  d'Astrophysique  publié  à  Cologne  en  1706.  Rien  ne  se  perd. 

1.  Qidd?  qui  ingénia  atque  animo  singulares,  num  astro  quoque  uno?  quod 
enim  tempus,  quo  non  innumerabiles  nascantur?  at  certe  similis  nemo  Homeri 
(Cic,  Divin.,  II,  47).  —  De  même,  Favorinus,  qui,  comme  Cicéron,  joint  les 
deux  parties  de  l'argumentation  attribuée  ci-dessus  (p.  581)  à  Carnéade  :  Quod 
si  quaedam,  inquit,  in  hominum  morte  atque  vita  etiam  diversis  temporibus 
editorum  per  stellarum  pares  quosdam  postea  conventus  paria  nonnidla  et 
consimilia  passe  dicunt  optingere,  cur  non  aliquanda  possint  omnia  quoque 
paria  usu  venire,  ut  existant  per  hujuscemodi  stellarum  cancursiones  et  simi- 
litudines  Sacratae  simul  et  Antisthenae  et  Platanes  multi  génère,  forma., 
ingénia,  morihus,  vita  omni  et  morte  parti  (Gell.,  XIV,  1,  29).  Sextus  Empiricus 
connaît  la  réponse  des  astrologues,  et  il  s'en  sert  pour  dénier  à  ceux-ci  le 
droit  de  se  contenter  d'estimations  approximatives  ;  des  difl'érences  minuscules 
étant,  à  les  entendre,  les  causes  pour  lesquelles  oùôeiî  yoûv  'AXsÇivSpu)  xw 
MaxEÔô/i  ysyovsv  ïaoî,  iroÀXwv  xaxi  f)-,v  otxoufi^vriv  duvaTCOTSy^ôÉvxwv  aùxw,  où5è 
nXâxwv.  TÔi  cji>.oa6'fw  (§  88-89,  p.  352).  S.  Basile  [In  Hexaem.  Homil.,  VI,  5-7) 
dira  à  son  tour  :  si  les  conditions  dans  lesquelles  naissent  les  rois  se  réalisent 
à  tout  moment,  pourquoi  ne  naît-il  pas  des  rois  tous  les  jours?  Et  inverse- 
ment, pourquoi  les  fils  de  rois,  quel  que  soit  leur  thème  de  géniture,  sont-ils 
rois  à  leur  tour?  U  y  a  toujours  dans  ces  arguments  une  donnée  hypothétique 
que  les  astrologues  pouvaient  nier.  Les  conditions  requises  ne  se  réalisent 
pas  à  tout  moment,  et  il  n'y  a  pas  de  thèmes  de  géniture  absolument  sem- 
blables. Enfin,  les  fils  de  rois  ne  régnent  pas  tous,  et,  au  surplus,  leur  géni- 
ture royale  est  prédéterminée  par  celle  de  leur  père. 


588      CHAP.  XIV.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

par  les  méthodes  de  rastrologie  savante,  il  était  hautement  impro- 
bable qu'il  y  eût  jamais  deux  thèmes  de  géniture  identiques. 
Les  éléments  du  calcul,  les  sept  planètes  et  leurs  aspects  réci- 
proques ou  leurs  dodécatémories,  les  douze  signes  du  Zodiaque, 
leurs  aspects  et  leurs  rapports  avec  les  planètes,  les  décans,  les 
lieux  fixes,  les  lieux  mobiles  ou  sorts,  etc.,  tout  cela,  mesuré  au 
degré  et  à  la  minute,  suffisait  à  des  millions  de  combinaisons, 
arrangements  et  permutations  mathématiques.  Si,  comme  on  va 
le  voir,  des  jumeaux  même  n'avaient  pas  le  même  horoscope,  à 
plus  forte  raison  des  individus  nés  en  des  temps  ou  des  lieux 
différents.  Les  astrologues  stoïciens  auraient  pu  promettre  à 
Favorinus  de  nouveaux  Socrates  et  de  nouveaux  Platons  quand 
r  àiroxaTâdxaa'.;  aurait  fait  recommencer  au  monde  l'existence 
déjà  vécue.  En  attendant,  il  y  avait  place  pour  une  diversité 
presque  infinie  de  génitures. 

C'est  là  que  les  raisonneurs  attendaient  les  astrologues.  On 
connaît,  par  la  célèbre  comparaison  de  la  roue  du  potier  ',  la 
façon  dont  les  astrologues  expliquaient  comment  deux  jumeaux 
pouvaient  avoir  parfois  des  destinées  si  différentes.  Les  exemples 
étaient  nombreux  de  jumeaux  dont  l'un  mourait  en  bas  âge  et 
l'autre  atteignait  à  l'extrême  vieillesse,  et  la  difficulté  avait  fort 
tourmenté  les  hommes  de  l'art.  Ils  expliquaient  le  fait  par  la 
rapidité  de  la  rotation  de  la  voûte  céleste,  rapidité  telle  que  les 
horoscopes  des  jumeaux  sont  séparés  sur  le  cercle  zodiacal  par 
un  intervalle  appréciable.  Si  petit  que  soit  cet  intervalle,  il  suffit 
à  produire  des  différences  énormes  dans  le  pronostic  ^  Mais  ils 


1.  Voy.  ci-dessus  (p.  256,  1).  La  roue  servait  à  expliquer  la  inarche  des 
planètes,  comparée  à  des  fourmis  cheminant  à  contre-sens  sur  sa  surface 
(Vitruv.,  IX,  1  [4]).  C'est  par  surcroît  qu'elle  a  fourni  une  réponse  à  l'objection 
tirée  des  jumeaux.  Quant  à  l'objection,  elle  est  partout,  depuis  Diogène  le  Stoï- 
cien et  peut-être  Carnéade.  Cicéron  la  pose  {Divin.,  Il,  43.  Cf.  Pers.,  SaL,  VI,  17  : 
Geminos,  horoscope,  varo  producis  Genio)  sans  faire  allusion  à  la  réponse;  les 
autres  réfutent  par  surcroît  la  réponse  (cf.  Favorin.,  ap.  Gell.,  XIV,  l,  26; 
S.  Empir.,  ci-après,  p.  o89).  C'est  à  qui  citera  des  jumeaux  dissemblables,  et 
des  jumeaux  de  sexe  ditfércnt:  argument  d'autant  plus  fort  que,  si  la  nais- 
sance des  jumeaux  pouvait  être  successive,  la  conception  devait  être  simul- 
tanée. Sed  qualecumque  sil  in  orlu  valere  dicunt  :  niim  qiiid  et  in  conceptu? 
ubi  et  unum  esse  conciihitiun  esse  manifestum  est,  et  tanta  naturae  vis  e«/> 
ut,  cum  conceperit  femina,  deinde  alterum.  concipere  omnino  non  possit  :  undc 
necesse  est  eadem  esse  in  f/eminis  momenta  conceptus  (Augustin.,  C.  Dei,  V,  6). 
Ceci  n'était  pas  admis  sans  conteste.  Les  partisans  de  la  superfétation  pou- 
vaient invoquer  la  légende  des  Dioscures,  Castor  fils  de  Tyndare  et  Pollux  fils 
de  Zeus  (Clem.,  Alex.,  Protrept.,  p.  26  Potter). 

2.  C'est  là  proprement  Vœstriim  astrologicum,  l'aiguillon  qui  a  poussé  les 


LES    DIFFICULTÉS   D*OBSERVATION  S89 

soulevaient  par  là  un  concert  de  récriminations.  On  leur  demandait 
s'ils  étaient  capables  d'atteindre  dans  la  pratique  à  cette  pré- 
cision idéale  d'où  dépendait,  de  leur  propre  aveu,  l'exactitude  de 
leurs  pronostics.  Ici,  Sextus  Empiricus,  sentant  qu'il  est  sur  un 
terrain  solide,  pousse  une  charge  à  fond  contre  les  astrologues  *. 
Il  suppose  à  l'œuvre  une  équipe  de  deux  Chaldéens  dont  l'un 
surveille  l'accouchement,  prêt  à  frapper  sur  un  disque  de  bronze 
pour  avertir  le  confrère  posté  sur  une  hauteur,  et  il  se  fait  fort 
de  démontrer  l'inanité  de  leurs  précautions. 

D'abord,  la  condition  préalable  pour  préciser  le  moment 
horoscopique  fait  défaut.  Ce  moment  cherché  n'existe  pas.  Ni  la 
parturition,  ni  même  la  conception  ne  sont  des  actes  instantanés 
ou  dont  l'instant  puisse  être  déterminé.  De  plus,  si  le  moment 
horoscopique  existait,  les  astrologues  ne  pourraient  le  saisir. 
Étant  donné  la  faible  vitesse  du  son,  il  faut  du  temps  au  Chaldéen 
en  faction  près  de  l'accouchée  pour  transmettre  l'avis  nécessaire 
à  l'observateur,  du  temps  à  celui-ci  pour  observer,  et,  pendant 
ces  retards  inévitables,  le  point  horoscopique  s'est  envolé.  L'ob- 
servation est  encore  faussée  par  les  erreurs  dues  au  déplacement 
de  l'horizon  vrai  par  l'altitude  du  lieu  d'observation,  par  des 
hauteurs  qui  barrent  la  perspective  ou  par  la  réfraction  atmos- 
phérique, au  plus  ou  moins  d'acuité  de  la  vue  de  l'observateur, 
à  l'impossibilité  de  voir  les  étoiles,  dans  le  jour,  et,  même  la 
nuit,  à  la  difficulté  de  saisir  des  divisions  idéales  qui  ne  corres- 
pondent pas  le  plus  souvent  à  des  étoiles.  C'est  pis  encore  si,  au 
lieu  de  viser  directement  l'horoscope,  on  a  recours  au  calcul  du 
temps  par  la  méthode  des  ascensions  (àvacpopat).  Alors,  on  a  affaire 
à  des  clepsydres  dont  le  débit  est  nécessairement  variable,  suivant 
la  fluidité  de  l'eau  et  la  résistance  de  l'air.  A  supposer  même  que 
les  gens  du  métier  fussent  capables  d'écarter  toutes  ces  chances 
d'erreur,  à  coup  sûr  les  ignorants  qui  consultent  les  Chaldéens 


astrologues  à  multiplier  les  divisions  du  cercle  et  à  incruster  dans  des  degrés 
contigus  les  influences  les  plus  disparates.  Mais  ils  n'échappaient  à  Charybde 
que  pour  tomber  en  Scylla.  Plus  ils  raffinaient  sur  les  données  des  problèmes, 
plus  on  leur  contestait  qu'ils  eussent  les  moyens  de  les  résoudre.  Manilius, 
avec  le  zèle  imprudent  d'un  néophyte,  répète  à  tout  propos  que  la  plus  petite 
différence  a  de  très  grands  effets  (Cf.  I,  56  sqq.  II,  693.  739.  III,  203  sqq.). 
Les  adversaires  connaissaient  bien  ce  refrain.  Si  les  degrés  ne  suffisent  pas, 
dit  S.  Empiricus  (op.  cit.,  p.  354),  ils  vont  jusqu'aux  minutes,  qu'il  leur  est 
impossible  d'observer. 

1.  S.  Empir.,  op.  cit.,  §§  50-88,  pp.  345-352.  Arguments  reproduits  à  satiété 
par  la  suite  et  qui  passent  à  côté,  comme  visant  les  astrologues  et  non  l'as- 
trologie, l'insuffisance  de  la  pratique  et  non  de  la  théorie. 


590      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  homain 

ne  l'ont  pas  fait  et  n'apportent  aux  astrologues  que  des  données 
suspectes,  d'où  ceux-ci  tirent  des  pronostics  erronés. 

Ces  objections  sont  très  fortes,  et  elles  produiraient  plus  d'im- 
pression encore  si  notre  philosophe  avait  pris  la  peine  de  les 
ranger  en  progression  d'énergie  croissante,  au  lieu  de  mettre  en 
tête  les  plus  fortes  et  de  s'affaiblir  ensuite  en  consentant  à  dis- 
cuter des  hypothèses  déjà  rejetées  K  Le  premier  argument,  à 
savoir  l'impossibilité  de  préciser  le  moment  de  la  naissance, 
était  écrasant  pour  les  imprudents  qui,  à  force  de  subtiliser, 
parlaient  de  moment  indivisible  et  de  frappe  instantanée.  A  quelle 
étape  d'une  parturition  parfois  longue  placer  la  naissance?  Si 
les  jumeaux  avaient  des  horoscopes  si  différents,  on  pouvait 
appliquer  le  même  raisonnement  à  une  naissance  unique  et  sou- 
tenir que  la  tête  et  les  pieds  d'un  enfant  ne  naissaient  pas  sous  le 
même  astre  ^  On  avait  beaucoup  disserté  entre  philosophes,  phy- 
siologistes, moralistes  même,  sur  le  mystère  de  la  vie,  vie  orga- 
nique, vie  consciente,  sur  le  moteur  qui  lui  donne  l'impulsion 
initiale,  et  les  astrologues  pouvaient  emprunter  des  théories 
toutes  faites,  celle,  par  exemple,  qui  faisait  commencer  la  vie 
«  humaine  »  proprement  dite  au  moment  où  le  nouveau-né  respi- 
rait pour  la  première  fois  et  recevait  ainsi  le  premier  influx  du 
monde  extérieur.  Mais  le  plus  sûr  était  pour  eux  de  laisser  planer 

1.  Le  syllogisme  du  début  est  celui-ci  :  l'Horoscope  est  la  base  de  tout  le 
thème  de  géniture;  or,  il  est  inobservable;  donc  la  méthode  des  Chaldéens  ne 
tient  pas  debout  —  toEvuv  àdûaraTOî  èativ  ■!]  xwv  XaXSatwv  [xéôoooî  (§§  50-54). 
S.  Empiricus  développe  inégalement  et  embrouille  quelque  peu  les  preuves  de 
la  mineure.  Il  s'attarde  à  disserter,  en  médecin  qu'il  est,  sur  les  étapes  de  la 
conception  (§§  55-64)  et  de  la  parturition  (§§  65-67)  ;  et  de  plus,  il  mélange  les 
objections  visant  tantôt  les  erreurs  de  l'observation  directe,  tantôt  celles  du 
calcul  des  àvatpopai.  Il  fini^  par  faire  preuve  d'incompétence  ou  de  mauvaise 
foi,  en  insinuant  que  les  Chaldéens  considèrent  chaque  signe  du  Zodiaque 
comme  se  levant  en  même  temps  pour  tous  les  lieux  d'un  même  climat  (§  83- 
85).  Il  s'en  prend,  comme  av^nt  lui  Cicéron  {Divin.,  II,  44),  à  des  astrologues 
qui  ne  sauraient  pas  que  l'hqrizon  se  déplace  avec  l'observateur,  et  que  chaque 
lieu  a  le  sien;  point  de  toute  première  importance,  dit-il  (tô  8è  TtivTtov  o-uvexti- 
xiôxaTov),  et  qui  est,  en  effet,  l'A  B  C  du  métier.  Cf.  ci-dessus,  p.  581. 

2.  Le  raisonnement  a  été  fait  par  le  pape  S.  Grégoire  dans  une  Homélie  sur 
l'Epiphanie,  tournée  en  réquisitoire  contre  les  astrologues.  Saumaise  [op.  cil., 
p.  721)  le  reprend  pour  son  compte,  alléguant  que  certains  enfants  mettent 
plus  de  temps  à  naître  que  certains  jumeaux,  par  exemple,  Jacob  et  Ésaû, 
nés  simultanément  pour  ain^i  dire,  puisque  Jacob  tenait  Esaû  par  le  pied 
{Gènes.,  xxv,  25).  Mais,  pour  vouloir  trop  prouver,  l'argument  tourne  à  l'absurde, 
et  sans  profit;  car  les  astrologues  pouvaient,  s'il  leur  plaisait,  l'admettre  et 
s'en  servir  pour  expliquer  comme  quoi  un  cerveau  puissant  se  trouve  souvent 
porté  par  des  jambes  débiles. 


LES    DIFFICULTÉS    d'oBSERVATION  591 

un  certain  vague  sur  des  questions  où  la  rigueur  logique  faisait 
seule  l'obscurité.  Le  sens  commun  les  trouvait  beaucoup  moins 
compliquées  :  il  ne  voyait  pas  de  difficulté  à  compter  la  naissance 
d'un  enfant  pour  un  fait  simple,  et  la  naissance  de  deux  jumeaux 
pour  un  fait  double,  composé  de  deux  actes  distincts  et  discer- 
nables. On  a  vu  que,  pour  en  finir  avec  les  logiciens,  Ptolémée 
avait  pris  le  parti  de  ne  plus  chercher  le  moment  exact  de  la 
naissance,  mais  de  régler  le  calcul  de  l'horoscope  sur  d'autres 
considérations. 

Mais  ce  qu'il  importe  de  constater,  c'est  que,  l'argument  fût-il 
sans  réplique,  il  n'atteint  que  les  astrologues  et  leurs  méthodes 
pratiques,  laissant  debout  l'astrologie,  avec  ses  principes  et  ses 
théories.  On  en  dira  autant,  et  à  plus  forte  raison,  des  difficultés 
soulevées  à  propos  des  erreurs  d'observation.  Quand  il  serait 
avéré  qu'il  est  impossible  de  faire  une  seule  observation  parfai- 
tement exacte,  cela  ne  prouverait  pas  que  la  vérité  qu'on  veut 
atteindre  n'existe  pas.  Les  erreurs  des  savants  ne  sont  pas  impu- 
tables à  la  science*.  Avec  leurs  instruments  perfectionnés  et 
leurs  formules  de  correction,  nos  astronomes  et  physiciens 
modernes  n'atteignent  pas  non  plus  à  l'exactitude  idéale,  mais 
ils  en  approchent.  Les  astrologues  anciens  s'évertuaient  aussi  de 
leur  mieux  à  en  approcher,  et  on  ne  pouvait  pas  raisonnablement 
leur  demander  davantage.  Leur  contradicteur  oublie  d'ailleurs 
qu'ils  n'étaient  plus  obligés  de  faire  en  un  instant,  comme  il  le 
dit,  toutes  les  constatations  qui  entraient  dans  un  thème  de  géni- 
ture.  Avec  leurs  Tables  et  canons  de  toute  espèce,  ils  pouvaient, 
un  seul  point  du  cercle  ou  moment  de  la  durée  étant  fixé,  déter- 
miner à  loisir  la  position  simultanée  des  signes  et  planètes, 
comme  le  pourraient  faire  aujourd'hui  nos  astronomes  avec  la 
Connaissance  des  Temps,  sans  avoir  besoin  de  regarder  le  ciel  ^. 


1.  Ptolémée  consacre  tout  un  chapitre  {Tetrab.,  I,  2)  à  montrer  que  la  pré- 
vision astrologique  est  possible  et  jusqu'où  elle  est  possible  :  "Oti  -itaTaXTiiï- 
Ttic-^  f,  Si'  àaTpovo[iiaî  y/wjt;  xal  ixéyp:  tîvo;.  Il  convient  qu'il  y  a  des  charlatans, 
et  aussi  que  les  savants  les  plus  consciencieux  peuvent  se  tromper.  'AXV 
ôixwî  èvapY^î  ÈffTiv,  Sxt  xxv  SupsuvTjXtxwî  xi<;  w;  svt  [iàXiaxa  xal  yvriattoi;  xot;  [laBf,- 
jjLafft  TtpoJÉpxTjTai,  T:oXXixiî  TzxoiUn  aôxôv  ÊvSé/eTai,  8'.'  oùSâv  [lèv  tûv  £ÎpT,tiévwv, 
6i'  aÔT^v  Se  Toû  TTpâyjxaTo;  tpûatv,  xa't  t)\v  itpôç  xô  jxsyeOoî  xf,î  èitayYeÀfaî  iaôivetav. 
Que  veut-on  de  plus  ?  Si  l'astrologue  est  ignorant,  dira  Firmicus,  7ion  mathe- 
sis,  sedhominis  fallar  ac  temeraria  notetur  inscientia  (1,  3,  8  Kroll). 

2.  Origène  (ap.  Euseb.,  Praep.  Ev.,  VI,  11)  le  dit  formellement  :  il  ne  conteste 
que  l'excès  de  précision,  poussée  jusqu'à  la  seconde  d'arc  {ibid.,  VI,  11,  37-59, 
73-80)  et  rendue  plus  difficile  encore  par  la  précession  des  équinoxes,  qui  a 
dissocié  les  ûgures  (|xop9Û|j.axa)  du  Zodiaque  et  les  signes  fictifs  (voT^xà  i;<{>8ia). 


592       cHAP.xvi.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

Ainsi,  l'assaut  sans  cesse  renouvelé  contre  les  pratiques 
fondées  sur  la  détermination  de  l'Horoscope  instantané  ne 
faisait  pas  de  brèche  appréciable  dans  la  théorie.  Eût-il  été 
victorieux  que  l'astrologie,  abandonnant  la  plus  connue  et  la 
plus  savante  de  ses  méthodes,  —  la  généthlialogie  *,  —  aurait 
continué  à  prospérer  en  se  rabattant  sur  les  procédés  plus  popu- 
laires qui  suffisaient  aux  neuf  dixièmes  de  sa  clientèle,  sur  ses 
«  élections  »  et  «  interrogations  ». 

Que  restait-il  encore  à  objecter?  Que  la  chaîne  des  causes  et 
des  effets  étant  continue,  la  destinée  des  enfants  devait  être 
virtuellement  incluse  dans  celle  des  parents,  et  ainsi  de  suite, 
avec  régression  jusqu'à  l'origine  première  de  l'espèce?  Cela,  non 
seulement  les  astrologues  l'accordaient,  mais  ils  avaient  peut-être 
été  les  premiers  à  y  songer.  Dans  tout  thème  de  géniture,  il  y  a 
la  case  des  parents,  où  peuvent  se  loger  des  conjectures  rétros- 
pectives, celle  des  noces  et  celle  des  enfants,  où  est  prédéterminée 
la  descendance  future  de  l'enfant  qui  vient  de  naître.  Aussi 
reprochait-on  aux  astrologues  non  pas  de  décliner  cette  tâche, 
mais  de  la  croire  possible  en  vertu  de  leurs  principes.  Favorinus 
n'y  manquait  pas.  Il  avait  bâti  là-dessus  un  raisonnement  extrê- 
mement captieux,  trop  subtil  pour  être  efficace.  Il  commence  par 
exiger  que  la  destinée  de  chacun  ait  été  marquée  par  les  étoiles 
à  chaque  génération  dans  la  lignée  des  ancêtres  depuis  le  com- 
mencement du  monde.  Or,  dit-il,  comme  cette  destinée,  toujours 
la  même,  a  été  bien  des  fois  prédéterminée  par  des  dispositions 
d'étoiles  différentes,  —  aucun  thème  de  géniture  n'étant  identique 
à  un  autre,  —  il  résulte  de  là  que  des  combinaisons  différentes 
peuvent  aboutir  au  même  pronostic.  Si  l'on  admet  cette  con- 
clusion, il  n'y  a  plus  ni  principes,  ni  méthode  en  astrologie  ^  :  tout 


1.  Ptolémée  abandonne  déjà,  en  fait,  l'Horoscope  de  la  conception,  qu'il 
suppose  nécessairement  d'accord  avec  celui  de  la  naissance  (ci-dessus,  p.  376). 

2.  Si  disciplina  ista  fundamento  aliquo  veritatis  nixa  est,  centesimo  usque 
abhinc  saeculo  vel  magis  primo  caeli  atque  mundi  exordio  atque  inde  jam 
deinceps,  continua  significalione,  quotiens  generis  auctores  ejusdem  homiiiis 
nascerentur,  stellae  istae  praemonstrai'e  debuerint  qualis  qualique  fato  fulurus 
sit  quisqids  hodie  natiis  est.  Quo  autem,  inquit,  pacto  credi  potest,  uniuscii- 
jusque  stellarum  formae  et  positionis  sortem  atque  fortunam  uni  omnino 
homini  certain  destinatamque  esse  si  vitae  fortunarumque  ejusdem.  hominis 
indicia  in  tam  brevihus  intervallis  -  -  tam  saepe  ac  tam  multipliciter  eadem 
ipsa,  non  eadem  stellarum  facie  denotantur?  Quod  si  id  fieri  potest  eaque 
diversitas  atque  varietas  admittitur  per  omîtes  antiquitatis  gradus  ad  signifi- 
canda  eorum  hominum  qui  post  nascentur  exordia,  imparilitas  haec  turbat 
observationem  omnisque  ratio  disciplinae  confunditur  (Gell.,  XIV,  1,  20-22). 


ARGUMENTS    DE    FAVORINUS  593 

croule  par  la  base.  Ainsi,  en  vertu  de  leur  doctrine,  les  astro- 
logues sont  obligés  d'admettre  un  postulat  contradictoire  avec 
leur  doctrine.  Il  faudrait  la  patience  d'un  scolastique  pour  ana- 
lyser cette  mixture  sophistiquée,  et  il  n'y  a  pas  grand  intérêt  à 
le  faire,  puisque  la  prédestination  est  une  question  qui  n'intéresse 
pas  seulement  les  astrologues  et  que  ceux-ci  ne  prétendaient  pas 
pousser  leurs  enquêtes,  dans  lé  passé  ou  vers  l'avenir,  au  delà 
des  bornes  de  l'intelligence  humaine.  Disons  seulement  que  le 
spirituel  improvisateur  tombe  dans  l'absurde  en  voulant  que  le 
thème  d'un  ancêtre  ait  contenu  explicitement,  c'est-à-dire  ait  été 
en  réalité  celui  de  chacun  de  ses  descendants,  tout  en  restant  le 
sien.  Cela  reviendrait  à  demander  que  les  astres  fussent,  chacun 
au  même  instant,  dans  plusieurs  positions  différentes,  ou  que  le 
grand-père,  par  exemple,  fût  son  propre  petit-fils. 

Nous  en  avons  fini  avec  les  raisonneurs  qui  ne  font  appel  qu'à 
la  raison,  ceux  qui  cherchent  à  détruire  l'astrologie,  et  non  à  la 
remplacer  par  la  foi  qui  leur  agrée.  Après  Sextus  Empiricus,  la 
logique  pure  n'est  plus  représentée;  on  ne  rencontre  plus  que 
des  théologiens.  La  bataille  engagée  contre  l'astrologie  au  nom 
de  la  raison  raisonnante  n'aboutit  pas.  Elle  laissa  subsister 
l'idée  que  les  erreurs  des  astrologues  étaient  imputables  aux 
imperfections  d'une  science  perfectible,  et  que  les  astres  influent 
réellement  sur  la  destinée  de  l'homme  en  vertu  d'une  énergie 
physique,  connue  par  l'expérience,  qu'il  est  peut-être  difficile, 
mais  non  pas  impossible  de  définir  et  de  mesurer.  La  polémique 
menée  par  les  théologiens  —  néo-platoniciens  et  chrétiens  — 
sera  moins  efficace  encore  ;  car  les  adversaires  ne  sont  plus 
séparés  que  par  des  nuances,  et  ils  ont  moins  souci  d'abattre 
l'astrologie  que  de  la  rendre  orthodoxe. 


III 

l'astrologie  et  la  discussion  dogmatique 

Sur  les  confins  de  la  science  et  de  la  foi,  participant  de  l'une  et 
de  l'autre,  mais  peu  affectée  par  les  progrès  de  l'une  et  les  varia- 
tions de  l'autre,  et  surtout  plus  indépendante  qu'on  ne  croit  des 
moralistes,  est  assise  la  morale,  reliquat  et  résumé  des  habitudes 
de  l'espèce  humaine,  compromis  perpétuel  entre  les  sollicitations 
divergentes  de  l'intérêt  et  du  devoir.  C'est  une  question  qui  res- 
tera toujours  indécise  que  de  savoir  si  l'astrologie  était,  par 
essence  ou  en  fait,  contraire  à  la  morale  ;  ce  qui  est  certain,  c'est 

38 


594     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

qu'elle  a  paru  telle  à  bon  nombre  de  moralistes,  et  que,  sur  ce 
terrain  commun  à  tous,  il  n'y  a  pas  lieu  de  distinguer  entre  ratio- 
nalistes et  mystiques.  Un  coup  d'œil  jeté  sur  la  querelle  visant 
le  fatalisme  astrologique  sera  une  transition  commode  pour  pas- 
ser des  uns  aux  autres. 

La  morale  présupposant  le  libre  arbitre,  toute  doctrine  qui  tend 
à  représenter  nos  actes  comme  déterminés  sans  l'intervention  de 
notre  volonté  est  légitimement  suspecte  aux  moralistes.  Toutes 
les  méthodes  divinatoires  sont  dans  ce  cas,  et  l'astrologie  n'est 
prise  à  partie  de  préférence  que  parce  que  ses  affirmations  sont 
plus  tranchantes  et  les  conséquences  de  ses  principes  plus  aisées 
à  découvrir.  Mais,  d'autre  part,  il  y  a  dans  les  conditions  et  obs- 
tacles qui  entravent  le  libre  exercice  de  la  volonté  une  somme  de 
fatalité  que  les  moralistes  raisonnables  ne  songent  pas  à  contes- 
ter. Tel  est,  par  excellence,  le  fait  de  naître  en  un  certain  temps 
et  un  certain  lieu,  avec  certaines  aptitudes  physiques  et  intellec- 
tuelles ;  fait  que  l'astrologie  avait  la  prétention  non  pas  de  créer, 
mais  d'expliquer  et  d'exploiter  pour  la  prévision  de  l'avenir. 

Nous  avons  dit  et  répété  que  l'astrologie  grecque  avait  pris 
immédiatement  conscience  du  fatalisme  inhérent  à  ses  principes 
au  sein  de  l'école  stoïcienne  et  qu'elle  avait  pu  se  croire  récon- 
ciliée par  ces  mêmes  Stoïciens  avec  la  morale.  Panétiusmisàpart, 
il  n'y  eut  guère  parmi  les  Stoïciens  que  Diogène  qui  ait  mis  en 
doute  le  caractère  fatal  des  pronostics  astrologiques.  Encore  était- 
il  d'avis  que  les  astrologues  pouvaient  «  dire  d'avance  de  quel 
«  tempérament  serait  chacun  et  à  quel  ofïïce  il  serait  particulière- 
«  ment  propre  «  *.  En  général,  on  concédait  volontiers  aux  astro- 
logues que  les  astres  peuvent  agir  sur  le  corps;  ceci  posé,  suivant 
l'idée  qu'on  se  faisait  de  la  solidarité  de  l'âme  et  du  corps,  on 
était  conduit  à  admettre  une  influence  médiate,  plus  ou  moins 
efficace,  sur  la  volonté.  C'était  aux  philosophes  de  débattre  ce 
point  :  l'astrologie  s'accommodait  de  tous  les  systèmes.  Aussi 
les  partisans  de  la  liberté  absolue,  Épicuriens  et  sceptiques,  se 
gardaient  d'ouvrir  cette  fissure  au  déterminisme  ^  ;  ou,  si  l'opinion 
courante  leur  forçait  la  main,  ils  se  hâtaient  de  dire  que  l'in- 
fluence des  astres,  au  cas  où  elle  serait  réelle,  échapperait  à  nos 

1.  Texte  cité  plus  haut,  p.  544,  2.  C'est  une  concession  que  Cicéron  appelle 
un  peu  plus  loin  une  espèce  de  praevaricatio  (Cic,  Divin.,  II,  43).  Diogène  ne 
ne  refusait  pas  aux  astrologues  ce  qu'on  accordait  aux  physiognomonistes. 

2.  To{v!jv  oùx  è'axi  irpôî  tàç  twv  àaxépwv  xivT.astî  StotxsïffÔat  tôv  p(ov  •  fj  stiCcp  éittîv 
eùXoyov,  f.uLÎv  itivTWî  !ixa'cot>.7iT:  tov  (S.  Emp.,  §  95,  p.  353).  De  même,  Porphyre 
(ci-après,  p.  601).  Cf.  ci-dessus  (p.  574,  1  et  p.  578,  3)  la  réponse  de  Firmicus. 


LE   FATALISME   ASTROLOGIQUE  595 

moyens  d'investigation.  On  voit  bien  cependant  qu'ils  hésitent. 
Favorinus  accepterait,  à  la  rigueur,  que  l'on  pût  prévoir  «  les 
«  accidents  et  événements  qui  se  produisent  hors  de  nous  »;  mais 
il  déclare  intolérable  que  Ton  ait  la  prétention  de  faire  intervenir 
les  astres  dans  nos  délibérations  intérieures  et  de  transformer 
l'homme,  animal  raisonnable,  en  une  marionnette  [neurospaston] 
dont  les  planètes  tiennent  les  fils.  Conçoit-on  que  le  caprice  d'uù 
homme  qui  veut  aller  au  bain,  puis  ne  veut  plus,  puis  s'y  décide, 
tienne  à  des  actions  et  réactions  planétaires  *  ?  Cela  est  fort  bien 
dit,  mais  nos  actes  les  plus  spontanés  peuvent  dépendre,  et  étroi- 
tement, des  circonstances  «  extérieures  »,  Que  l'on  suppose  notre 
homme  apprenant  que  la  salle  de  bains  où  il  voulait  se  rendre 
s'est  écroulée  par  l'efiet  d'un  tremblement  de  terre  amené  lui- 
même  par  une  certaine  conjonction  d'astres,  dira-t-on  que  les 
astres  n'influent  en  rien  sur  sa  décision? 

Favorinus  croit  avoir  arraché  aux  astrologues  l'aveu  que  les 
astres  ne  règlent  pas  l'existence  humaine  jusque  dans  l'infime 
détail,  et  il  se  retourne  aussitôt  contre  eux  en  soutenant  que  cela 
est  contradictoire,  et  que,  si  l'on  peut  prédire  l'issue  d'une 
bataille,  on  doit  pouvoir  aussi  bien  prévoir  la  chance  au  jeu  de 
dés  ou  à  la  roulette  ^.  Il  se  bat  ici  dans  le  vide,  car  il  ne  man- 
quait pas  de  charlatans  prêts  à  lui  donner  satisfaction  ^,  et  il  ne 

1.  Favorin.  ap.  Gell.,  XIV,  1,  23.  De  même,  Sextus  Empîricus  admettrait  que 
les  astres,  en  agitant  l'atmosphère  et  modifiant  par  là  sa  composition,  puissent 
faire  «  des  corps  robustes  et  des  moeurs  farouches  »;  mais  il  proteste  que  l'air 
n'a  rien  à  voir  avec  le  détail  de  la  vie,  les  dettes,  la  prison,  le  nombre  des 
enfants,  la  condition  des  pauvres  et  des  rois.  Ceux  qu'il  attaque  répondaient 
sans  doute  qu'il  limite  arbitrairement  les  effets  du  tempérament  et  des  moeurs. 

2.  Ac  si,  inquit,  potuisse  praedici  adfirtnant,  Pyrrhiisne  rex  an  M'.  Curius 
proelio  victurus  esset,  cur  tandem  non  de  aléa  quoque  ac  de  calculis  et  alveolo 
audent  dicere,  quisnam  ibi  ludentium  vincat?  An  videlicet  magna  sciunt,  parva 
nesciunt,  et  minora  majoribus  inperceptiora  sunt  ?  (Gell.,  XIV,  1,  24).  La  réponse 
prévue  de  la  part  des  astrologues  n'est  pas  si  mauvaise.  Tout  est  écrit  là-haut, 
mais  on  déchiffre  mieux  les  gros  caractères  que  les  petits.  Favorinus  l'esquive 
en  disant  :  l'homme  est  si  petit  par  rapport  à  l'Univers  que  rien  de  lui  n'est 
grand  :  Vola,  inquit,  mihi  respondeant,  quid  in  hac  totius  mundi  contempla- 
tione,  praestantis  naturae  operibus,  in  tam  parvis  ac  brevibus  negotiis  fortu- 
nisque  hominum  magnum  putent?  (ibid.,  25).  Mais,  à  ce  compte,  le  «  roseau 
pensant  »  est  trop  petit  pour  que  Dieu  s'occupe  de  lui  ;  l'argument  atteint 
toutes  les  religions. 

3.  Voy.  ci-dessus,  p.  471-474,  les  questions  résolues  par  la  méthode  des 
xaTapxoti.  Les  pronostics  sur  le  résultat  des  courses  du  Cirque  étaient  les 
plus  demandés.  On  voulait  les  prévoir  —  cest  la  part  de  l'astrologie  —  et 
aussi  les  provoquer  ou  les  empêcher,  au  moyen  de  formules  magiques  des- 
tinées à  «  lier  »  les  jambes  des  chevaux  de  tel  cocher  ou  de  ses  concurrents. 


596      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

lui  aurait  pas  sufR,  pour  avoir  gain  de  cause,  de  constater  leurs 
méprises,  celles-ci  étant  toujours  imputables  à  l'ignorance  des 
praticiens  et  non  pas  à  l'astrologie  elle-même. 

Sexlus  Empiricus  recourt  à  la  vieille  logomachie  philoso- 
phique *  jadis  employée  pour  ou  contre  la  divination  en  général, 
en  disant  que,  comme  les  événements  procèdent  de  trois  causes  : 
la  Nécessité,  la  Fortune  ou  hasard  et  le  libre  arbitre,  il  est  inutile 
de  prévoir  ce  qui  doit  nécessairement  arriver  et  impossible  de 
fixer  d'avance  soit  le  jeu  du  hasard,  soit  l'orientation  de  la 
volonté.  Il  eût  sans  doute  été  fort  en  peine  de  faire  la  part  de  la 
Nécessité,  qui  peut  être  très  grande  et  suffire  aux  astrologues,  de 
définir  le  hasard  et  de  spécifier  ce  qu'il  entendait  réserver  au 
libre  arbitre.  Dire  que  l'astrologie  est  inutile  parce  qu'elle  ne  peut 
modifier  la  fatalité,  ce  n'est  pas  la  discréditer  comme  science. 

Tous  ces  dialecticiens,  plus  ou  moins  sceptiques,  se  préoc- 
cupaient fort  peu  du  critérium  moral  proprement  dit,  lequel  con- 
siste à  juger  des  doctrines  par  leurs  applications  et  à  rejeter 
comme  fausses  celles  qui  sont  réputées  immorales  ^.  Ils  étaient 
gens  à  penser  que,  au  cas  où  une  vérité  scientifiquement  démon- 
trée irait  contre  la  morale,  ce  serait  aux  moralistes  à  reviser  leurs 
principes  et  à  tracer  autrement  la  distinction  du  bien  et  du  mal. 
Du  reste,  tant  que  le  stoïcisme  fut  debout,  il  prouvait  par  le  fait, 
argument  irréfutable  en  morale,  que  le  fatalisme  n'est  pas  incom- 
patible avec  la  vertu  virile  et  agissante.  Il  en  alla  autrement 
quand  les  théologiens,  néo-platoniciens  et  chrétiens,  s'attaquèrent 
au  fatalisme,  représenté  principalement  par  l'astrologie.  Ceux-là 
considéraient  le  fatalisme  comme  impie  à  double  titre,  parce 
que,  la  responsabilité  dont  il  dépouille  l'homme,  il  la  reporte  sur 
Dieu,  devenu  auteur  du  mal  comme  du  bien. 

Les  astrologues  avaient  eu  le  temps  de  se  préparer  à  la  lutte. 

1.  Elle  était  beaucoup  plus  compliquée  que  ne  le  dit  Sextus.  On  distinguait 
parmi  les  causes  ràviyxT,,  rst[jiap[ASvr),  la  tû^t,,  raji:6[xaT0v,  et  la  irpoaipsffiç. 
Voy.  les  textes  dans  Diels,  Doxogr.  gr.,  pp.  324-326. 

2.  Le  seul  grief  qu'ait  Sextus  Empiricus  contre  les  astrologues,  en  dehors 
de  l'antipathie  qu'il  éprouve  pour  le  dogmatisme,  c'est  qu'ils  encombrent  la 
vie  de  craintes  superstitieuses  —  TtoiviiXo);  [xèv  èitT,petxÇovT£î  tw  piw,  ^L^yHT^^ 
6* -fjjxïv  èitiTEi/îÇovTcî  5e  laiSai  [Aov  tav ,  ;jLT,5èv  6è  êitiTpÉTiovTSî  xaxà  tôv  ôp66v 
"kôfo^  svjpyetv  (p.  338).  C'est  le  grief  que  Cicéron  développe  avec  vigueur,  en 
visant  la  divination  sous  toutes  ses  formes  (Cic,  Divin.,  II,  72),  et  que  Pline 
résume  d'un  mot,  à  propos  de  diverses  croyances  superstitieuses  :  etîam  sine 
his  immensa  vitae  ambage  circa  auguria  (Plin.,  X,  §  137).  Ptoléméc  y  répond 
par  un  paradoxe  stoïcien,  en  soutenant  que,  même  quand  l'avenir  est  inévi- 
table, sa  connaissance  anticipée  profite  à  la  paix  de  l'àme  (ci-dessus,  p.  33). 


LE    FATALISME    ASTROLOGIQUE  597 

Ils  se  rendaient  très  bien  compte  de  la  difficulté  qu'il  y  a  à  main- 
tenir la  responsabilité  humaine  en  regard  des  échéances  fatales 
prévues  et  annoncées  à  l'avance.  Le  problème  n'était  pas  neuf  et 
on  l'avait  assez  souvent  posé  à  propos  des  «  oracles  infaillibles  » 
d'Apollon.  Ils  avaient  pris  le  parti  fort  sage  de  transiger  aux 
dépens  de  la  logique,  de  ne  pas  désavouer  leurs  doctrines  et  de 
s'en  tenir  pourtant  à  la  morale  de  tout  le  monde.  Ils  parlaient  de 
l'inexorable  Destin,  de  la  Nécessité  et  des  crimes  qu'elle  fait 
commettre.  «  Ce  n'est  pas  une  raison  »,  s'écrie  Manilius,  «  pour 
«  excuser  le  vice  ou  priver  la  vertu  de  ses  récompenses...  Peu 
«  importe  d'où  tombe  le  crime;  il  faut  convenir  que  c'est  un 
«  crime.  Cela  est  fatal  aussi,  d'expier  sa  destinée  elle-même  »  *. 
Le  bon  sens  de  ce  Romain  —  qui  était  peut-être  un  Grec  —  va 
droit  au  refuge  ultime  ouvert  en  tout  temps  à  tous  ceux  qui  ont 
une  foi  égale  en  deux  principes  logiquement  inconciliables,  au 
paradoxe  sauveur  de  la  morale  en  péril.  Ptolémée  se  garde  bien 
de  poser  l'antithèse  aussi  nettement.  Il  connaît  l'écueil  vers  lequel 
la  logique  pousse  invinciblement  ceux  qui  lui  obéissent  et  donne 
le  coup  de  barre  à  côté.  A  l'entendre,  la  plupart  des  prévisions 
astrologiques  sont,  comme  toutes  les  prévisions  scientifiques, 
fatales  et  conditionnelles  à  la  fois  :  c'est-à-dire  qu'elles  s'accom- 
pliront fatalement,  si  le  jeu  des  forces  naturelles  calculées  n'est 
pas  dérangé  par  l'intervention  d'autres  forces  naturelles  non 
visées  dans  le  calcul.  Mais  il  dépend  souvent  de  l'homme  de 
mettre  en  jeu  ces  forces  intercurrentes  et  de  modifier  ainsi  la 
destinée.  C'est  ce  qui  se  passe  quand  un  médecin  enraye  par 
l'emploi  de  remèdes  opportuns  la  marche  d'une  maladie  qui,  sans 
cela,  aboutirait  fatalement  à  la  mort.  Au  pis-aller,  quand  inter- 
vient la  fatalité  inéluctable,  la  prévision  de  l'avenir  donne  à 
l'homme  —  disons,  au  stoïcien  —  le  temps  de  se  préparer  à  rece- 
voir le  choc  avec  calme  et  dignité.  Ptolémée  est  allé  jusqu'à  la 
limite  extrême  des  concessions,  sans  autre  souci  que  de  reven- 

1.  Nec  refert,  scelus  unde  cadit;  scelus  esse  fatendum.  \  Hoc  quoque  fatale 
est,  sic  ipsutn  expendere  fatum  (Manil.,  IV,  107-118).  Il  n'en  flétrit  pas  moins 
énergiquement  les  vices  de  notre  espèce  :  At  quanta  est  scelerum  moles  per 
saecula  cuncta,  |  Alque  onus  invidiae  non  excusabile  terris!  (II,  592-593).  Il 
écrit  :  Solvile,  mortales,  animas  curasque  levate,  parce  que,  Fata  regunt 
orbem,  certa  stant  omnia  lege  (II,  12-14),  comme  s'il  dépendait  des  gens  nés 
inquiets  et  pessimistes  de  ne  pîis  se  tourmenter.  Cf.  conscia  fati  sidéra  (I,  1). 
Manilius  tourne  le  fatalisme  en  consolation  pour  les  pauvres  :  le  Destin, 
lui  au  moins,  ne  se  laisse  pas  corrompre  par  l'or  du  riche  (IV,  89  sqq.).  Le 
Ps.-Manéthon  montre  les  mortels  enlacés  Moipwv  àp^T,xToï<Tt  [xt'-coiî  SrEa-jioraf 
t'  'AvdvxT,;  (I,  7). 


598      CHAP,  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

diquer  pour  l'astrologie  le  titre  de  science  «  utile  »  *.  On  ne  saurait 
dire  que  la  morale  y  gagne  beaucoup,  car  le  fatalisme  mitigé 
peut  être  beaucoup  plus  dangereux  que  celui  qui  prêche  la  rési- 
gnation complète.  Tous  les  crimes  qu'on  prétend  commis  à  l'ins- 
tigation des  astrologues  ont  eu  pour  but  de  modifier  l'avenir  prévu. 
Le  fatalisme  absolu  laisse,  au  contraire,  les  choses  en  Tétat;  et, 
comme  le  bon  sens  pratique  n'en  tient  nul  compte,  il  se  réduit  à 
n'être  qu'une  conception  métaphysique. 

Tel  était  l'état  de  la  question  morale,  quand  les  théologiens 
s'en  emparèrent.  Le  nom  de  théologiens  appliqué  même  aux 
néo-platoniciens  paraîtra  justifié  à  tous  ceux  qui  savent  jusqu'où 
va  dans  leurs  doctrines  l'obsession  du  divin  et  du  démoniaque, 
qui  remplace  pour  eux  l'idée  de  loi  naturelle  et  de  force  méca- 
nique. Il  ne  leur  a  même  pas  manqué  l'habitude  caractéristique 
des  théologiens,  celle  d'invoquer  des  textes  réputés  infaillibles  et 
de  mettre  l'autorité  au-dessus  de  la  logique.  Au  m*  siècle  de  notre 
ère,  la  littérature  mystique,  fabriquée  dans  des  officines  incon- 
nues, foisonnait  de  toutes  parts,  étouffant  le  libre  essor  de  l'in- 
telligence et  diminuant  la  dose  de  sens  commun  nécessaire  à 
l'équilibre  de  la  raison.  Dans  ces  livres  dictés  par  des  dieux,  des 
fils  des  dieux,  des  rois,  des  prophètes  ou  des  sibylles  ^  l'astro- 
logie avait  sa  part,  et  sa  bonne  part.  Sa  vogue  était  telle  que  les 
Chaldéens,  reculés  au  plus  loin  de  la  perspective  par  les  traditions 
judaïques  et  chrétiennes,  passaient  pour  avoir  eu  en  dépôt  les 
plus  anciennes  révélations,  les  oracles  les  plus  divins.  Un  certain 


1.  Voy.  tout  le  chapitre  de  la  Tétrabible,  I,  3,  où  Ptoléiuée,  après  avoir 
montré  que  la  prévision  astrologique  est  possible  (ôtl  •A.<x'za'kr;Tz-zi%T^),  prouve 
qu'elle  est  utile  (8ti  xal  wœsXi  [xo  ?].  11  s'attaque  à  l'argument  dirigé  contre 
la  divination  en  général,  et  qui  consiste  à  dire  qu'elle  est  impossible  si  l'avenir 
est  conditionnel,  et  inutile,  s'il  est  fatal  (ci-dessus,  p.  5S6,  8).  Le  candide  P'irmi- 
cus  compte  au  besoin  sur  la  prière  pour  échapper  aux  conjonctions  fatales 
(IV,  16,  9  Kroll.  Cf.  ci-dessus,  p.  466,2).  L'auteur  de  VHermippus  va  jusqu'à 
concéder  qu'il  vaudrait  mieux  ignorer  l'avenir,  si  on  ne  pouvait  le  modifier  : 
PéXtiov  6â  T,v  o)kWi;  [AT^Sè  ^éveaBat  [ainjxs tov] ,  et  [jiT|5s[jita  xt;  àvaêoX-h,  {iTiSè  cpuy^i  xoC 
xaxoû  ÈvTEÛÔev  ï\t.tXkz^  sdeaôat  (II,  11,  p.  49  Kroll). 

2.  On  en  fabriquait  sous  des  étiquettes  de  toute  provenance.  Arnobe  con- 
sidère comme  très  facile  de  se  renseigner  sur  le  monothéisme  international  : 
sed  ne  nobis  fidem  habere  nolitis,  Aegyplios,  Persas,  Indos,  Chaldaeos,  Armenios 
inten^oget  omnesque  illos  alios,  etc.  (Arnob.,  IV,  13).  Il  y  eut  des  oracles 
d'Apollon  et  de  Zoroastre,  des  /prisiiol  nepaixof,  en  l'honneur  de  l'Incarnation 
et  de  la  Trinité.  La  Trinité  surtout,  que  se  disputaient  néo-platoniciens  et 
chrétiens,  se  trouve  proclamée  par  l'Apollon  de  Delphes,  par  Hermès  Tris- 
mégiste,  par  des  papyrus  antiques  trouvés  èv  TaTî  uûoiyli  xatî  AîvunTfatç  (cf. 
Pitra,  Anal,  sacra,  V,  2,  pp.  302-308). 


AUTORITÉ  DES  ORACLES  CHALDAÏQUES  599 

«  Julien  le  Chaldéen  »  ou  «  le  Théurge  »  *  fit  avec  ces  prétendus 
«  oracles  envers  »  (Aô^ta  ot'  stiwv]  un  pot-pourri  de  toute  espèce 
de  superstitions  orientales,  un  mélange  de  magie,  de  théurgie, 
de  métaphysique  délirante,  qui  séduisit  même  des  esprits  rebelles 
à  l'astrologie  et  relégua  au  second  plan,  dans  le  rôle  de  com- 
parses, les  dieux  grecs  et  leurs  oracles  '^.  Ce  livre  devint  le 
bréviaire  des  néo-platoniciens  en  quête  d'une  Bible  à  opposer  à 
celle  des  Juifs  et  des  chrétiens;  ils  le  plaçaient,  comme  résumé 
de  sagesse  divine,  au  dessus  même  du  Timée  de  Platon,  œuvre 
excellente  de  la  sagesse  humaine  ^. 

L'école  néo-platonicienne,  issue  de  la  tradition  pythagoricienne 
et  se  développant  dans  un  pareil  milieu,  ne  pouvait  être  hostile 
à  l'astrologie.  Seulement,  pour  assurer  l'unité  de  son  système 
métaphysique,  elle  devait  retirer  aux  astres  la  qualité  de  causes 
premières,  efficientes,  que  leur  reconnaissait  l'astrologie  systé- 
matisée par  les  Stoïciens,  à  plus  forte  raison  l'astrologie  poly- 


1.  Il  y  eut,  dit-on,  trois  Julien,  le  XaXSaïoî  cptXôdotpoî,  tzolv^p  xoG  y.lrfiéwzoi 
STEOupYoû  'louXiavoO  (Suidas,  s.  v.)  ;  le  Théurge,  dit  aussi  Chaldéen,  et  un 
troisième,  Julien  de  Laodicée,  l'astrologue,  sous  le  nom  duquel  on  cite  un 
traité  d'astrologie  appliquée  à  l'art  militaire. 

2.  Voy.  Lobeck,  Aglaophamus,  pp.  98-111  et  224-226;  les  textes  réunis 
—  après  Opsopœus  (Paris,  1599)  et  Cory,  Ancient  fraçiments,  London,  1832  — 
par  G.  Wolll',  Porphyrii  de  philosophia  ex  oraculis  haurienda.  Berolin.,  1886  ; 
l'extrait  IlpéxXou  èx  Tfiî  yaASaïxïjî  cptXoaocpCaî  (in  Analecla  Sacra  de 
Pitra,  V,  2  [Roraae,  1888],  pp.  192-195,  publié  à  nouveau  comme  inédit  et 
commenté  par  A.  Jahn,  Hal.  Sax.,  1891);  G.  KroU,  De  oraculis  chaldaicis 
(Bresl.  Philol.  Abhandl.,  Vil,  1  [1894],  pp.  1-76).  Le  livre  de  Julien,  commenté 
par  Porphyre,  l'avait  été  encore  par  lamblique,  qui  écrivit  vingt-huit  livres 
au  moins  sur  la  XaX5a'ix->)  ■zz'k£io'zixr\  SrsoXoyEa,  et  plus  tard  (commentaire  en 
280  feuilles,  fruit  de  cinq  ans  de  travail)  par  Proclus,  qui  cite  souvent,  comme 
recours  ultime,  les  «  oracles  divins  »  ou  «  le  Théurge  »  dans  son  commentaire 
sur  le  Timée.  Le  nom  de  «  théurges  »  (ol  èiii  Mâpxou  Sreo-jpyof.  Procl.,  In 
Cralyl.,  11,  1)  n'apparaît  pas  avant  Porphyre,  qui  l'a  peut-être  créé  (KroU, 
op.  cit.).  Les  «  Chaldéens  »  mettaient  sur  le  compte  d'Apollon  —  et  c'était  un 
coup  de  maître  —  des  oracles  à  la  louange  des  Chaldéens  et  des  Juifs  (cf. 
Porphyr.  ap.  Euseb.,  Praep.  Ev.,  VIII,  10  :  MoOvoi  XaXSaîot  aocptav  My^ov, 
T.S'âp  Eepatot  X.  T.  X.).  Par  contre,  certains  de  ces  oracles,  appartenant  ou 
non  au  recueil  de  Julien,  discréditaient  toute  divination  provenant  d'autre 
source,  y  compris  même  l'astrologie  (cf.  Psellus,  1128''  ap.  KroU,  p.  64). 

3.  Proclus  aurait  volontiers  réduit  tout  le  bagage  de  l'esprit  humain  aux 
oracles  chaldéens  et  au  Timée.  11  était  fidèle  en  cela  à  la  tradition  platoni- 
cienne, habituée  à  chercher  la  sagesse  chez  les  Barbares  (cf.  ci-dessus,  p.  35,  1). 
On  n'entend  plus  parler  que  de  ol  XaXSaîot,  ol 'Aaaûp  tôt,  ol  pip6apot, 
et  de  EreoirapiSoTo;  aoçfa  ou  [ludxaYWYta.  Le  monde  gréco-romain  ne  veut 
plus  de  sa  propre  civilisation  :  vieilli,  il  ne  vit  plus  que  d'idées  qu'il  croit 
plus  vieUles  que  lui. 


600     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

théiste  engendrée  par  le  sabéisme  chaldéen.  Plotin  ne  crut  même 
pas  pouvoir  leur  laisser  le  rang  de  causes  secondes  *  :  reprenant 
une  idée  de  Philon,  il  les  réduisit  au  rôle  de  signes  divinatoires, 
comparables  aux  signes  interprétés  dans  les  autres  méthodes, 
ramenant  ainsi,  par  surcroît,  à  l'unité  la  théorie  de  la  divination 
inductive  ou  révélation  indirecte,  acceptée  par  lui  sans  objection 
et  tout  entière.  Il  enseignait  donc  que  «  le  cours  des  astres 
annonce  pour  chaque  chose  l'avenir,  mais  ne  le  fait  pas  »  ^.  En 
vertu  de  la  sympathie  universelle,  chaque  partie  de  l'Être  com- 
munique avec  les  autres  et  peut,  pour  qui  sait  y  lire,  renseigner 
sur  les  autres  :  la  divination  inductive  ou  conjecturale  n'est  que 
la  «  lecture  de  caractères  naturels  »  ^.  Il  ne  faut  pas  suivre  plus 
avant  les  explications  de  Plotin,  si  l'on  veut  garder  une  idée 
nette  de  sa  doctrine,  qui  devait,  à  son  sens,  atténuer  le  fatalisme 
astrologique  et  sauvegarder  la  liberté  humaine.  Cette  doctrine, 
qui  ruinait  par  la  base  la  «  physique  »  des  disciples  de  Ptolémée  *, 
fut  de  grande  conséquence;  car,  en  permettant  de  considérer  les 
astres  comme  de  simples  miroirs  réfléchissant  la  pensée  divine, 
et  non  plus  comme  des  agents  autonomes,  en  assimilant  leurs 
positions  et  configurations  à  des  caractères  d'écriture,  elle  rendit 
l'astrologie  compatible  avec  toutes  les  théologies,  même  mono- 
théistes. Les  Juifs  même,  que  scandalisaient  les  dieux-planètes 
ou  dieux-décans  et  qui  abominaient  les  idoles  dessinées  dans  les 


1.  Philon  {De  migr.  Abr.,  32)  appelle  athées  les  Chaldéens,  parce  qu'ils  font 
des  astres  les  causes  premières,  et  non  pas  secondes.  C'est  peut-être  de  lui, 
et,  par  lui,  de  la  Genèse,  que  vient  la  doctrine  néo-platonicienne  des  astres- 
signes,  car  il  cite  {De  opif.  mundi,  19)  la  parole  de  Moïse  disant  que  les  astres 
yeyovaffiv  sic  aT\  [jisïa  {Gènes.,  i,  14.  Cf.  ci-après,  p.  610,  2). 

2.  "Oti  "fi  Twv  5ffTpuv  tpopà  aT^fxatvet  Tztpl  l'xajTOv  xà  ÈaôpiEva,  àXX'  où%  aùrr, 
Ttâvxa  Ttoiet,  u)i;  toï;  ito>vXoîi;  SoçiÇsTat  (Plotin.,  Ennead.,  II,  3). 

3.  'Avdyvwatç  cpuaixwv  YpafAjjLaTwv  {ibid.,  III,  4,  6). 

4.  A  vrai  dire,  cette  physique  est  plutôt  transposée  que  supprimée.  La 
qualification  de  «  miroirs  »  pour  les  astres  peut  être  prise  à  la  lettre,  car  les 
théurges  «  chaldaïques  »  reviennent  au  vocabulaire  stoïcien,  tout  en  protestant 
qu'ils  ne  l'emploient  qu'à  l'état  de  métaphores.  Ils  enseignent  que  «  le  divin  » 
est  feu,  lumière,  chaleur  vitale,  esprit  ou  souffle  chaud  qui  «  allège  »  (xou» tÇet) 
et  entraîne  en  haut  tout  ce  qu'il  remplit  ;  si  bien  que  l'âme  remplie  de  feu 
arrive  à  rejoindre  et  à  voir  Dieu  —  i\  aÙTo-fa-^ç  toû  itupàî  dtvaTr>*T|pwat(;,  T,Ttî 
laxlv  -fi  Sreoû  ô^j^iî  (Procl.,  op.  cit.).  De  là  des  exhortations  «  morales  »  comme 
celle-ci  :  rw  Srep[j.w  -jcpoaSpatjxwfj.ev,  ta  <i^^y^pQ^  Èx'fûyovTs;  •  itOp  ysvwaeOa  {ibid.). 
Du  reste,  l'imagination  humaine  peut  se  garder  d'identifier,  mais  non  de 
comparer  Dieu  à  la  lumière.  Cf.  Joh.,  i,  4,  9.  viii,  12.  Ep.  Joh.,  i,  5  {Deus  lux 
est),  et  la  Trinité  de  Dante,  lumière  tricolore  en  «  circulation  »  éternelle 
{Paradiso,  ch.  xxxiii,  115  sqq.). 


DOCTRINE    DE    PLOTIN  601 

constellations,  purent  rapporter  sans  scrupule  à  Hénoch  ou  à 
Abraham  les  règles  de  déchiffrement  applicables  à  cette  kabbale 
céleste. 

Les  successeurs  de  Plotin  s'attachèrent  à  domestiquer,  pour 
ainsi  dire,  l'astrologie,  à  la  faire  entrer  dans  leur  système,  non 
pour  le  dominer,  mais  pour  lui  servir  de  preuve  et  de  point 
d'appui.  Porphyre,  partisan  décidé  du  libre  arbitre,  conserva  tou- 
jours une  certaine  défiance  à  l'égard  de  l'astrologie.  Il  commença 
et  finit  par  la  déclarer  science  excellente,  sans  doute,  mais  inac- 
cessible à  l'homme  et  au-dessus  même  de  l'intelligence  des  dieux 
et  génies  du  monde  sublunaire  *.  Cependant,  son  respect  religieux 
pour  le  Timée  l'empêchait  de  briser  la  chaîne  qui  unit  l'homme 
aux  astres,  et  il  est  amené  par  là  à  s'expliquer  à  lui-même,  c'est- 
à-dire  à  justifier  bon  nombre  de  théories  astrologiques,  celles 
précisément  qui  heurtent  le  plus  le  sens  commun.  A  l'entendre  ^, 
Platon  concilie  le  fatalisme  effectif,  celui  qu'enseignent  «  les 
sages  Égyptiens  »,  c'est-à-dire  les  astrologues,  avec  la  liberté, 
en  ce  sens  que  l'âme  a  choisi  elle-même  sa  destinée  avant  de 
s'incarner,  ayant  été  mise  là-haut,  dans  la  «  terre  céleste  »  où 
elle  a  passé  sa  «  première  existence  »,  à  même  de  voir  les  diverses 
destinées,  humaines  et  animales,  écrites  dans  les  astres  «  comme 
sur  un  tableau  » .  Une  fois  choisie,  la  destinée  devient  inchan- 
geable;  c'est  VAtropos  mythique.  C'est  ce  qui  explique  qu'il 
puisse  naître  sous  le  même  signe  des  hommes,  des  femmes,  des 
animaux.  Sous  le  même  signe,  mais  non  pas  au  même  moment. 
Les  âmes  munies  de  leur  lot  (xÀ-^poc)  et  descendues  des  sphères 
supérieures  attendent,  pour  entrer  dans  notre  monde  sublunaire, 
que  la  machine  cosmique  ait  en  tournant  réalisé  les  positions 
astrales  prévues  par  leur  lot.  Qu'on  imagine  à  l'Orient,  à  l'  «  Ho- 
roscope »,  un  troupeau  d'âmes  en  appétit  dincarnalion  devant 
un  étroit  passage  alternativement  ouvert  et  fermé  par  le  mouve- 
ment de  la  grande  roue   zodiacale,  celle-ci  percée  d'autant  de 

1.  0'.  xavôvcç  TTiî  ysveOXtaXoyîaî  eîalv  àvapîBjxT^TOt  xal  dxax  4X7^  i:to  i  '  èlXhài 
xal  àSjvaxo;  eu  yv  w  atv  -f;  [j.ae-ri(iaTtxi,  iT:\.<svT\^r,  x.  t.  X  (Porphyr.,  Ep.  ad 
Aneb.,  §  40.  Cf.  Porphyr.  ap.  Philopon.,  De  mundi  créât.,  IV,  20  :  infra,  p.  603, 2). 

2.  Voy.  l'extrait  IIop  au  p  t'ou  itepl  xoû  icp'  t;  jxlv  dans  Stobée  (£ci.,  II, 
39-42  [II,  pp.  103-107  Meineke]).  Il  admet  que  Platon  a  emprunté  le  canevas 
de  son  mythe  aux  Égyptiens  (twv  irap'  AlyurTioiî  doawv  Toii;  ^(osj;  £x  xwv  wpouxrf- 
TTojv  iTTi[X£'.o'j;jLr/wv),  mais  qu'il  ne  s'accorde  pas  avec  eux  dans  le  détail.  Ces  sages 
Égyptiens  sont,  bien  entendu,  les  Néchepso  et  Pétosiris,  les  Hermès  Trismé- 
giste,  Tat,  Asklépios,  etc.,  tous  les  fantômes  que  faisaient  parler  les  fabricants 
de  livres  apocryphes.  Porphyre  retrouve  même  la  doctrine  des  deux  exis- 
tences dans  Homère  ! 


602      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

trous  qu'elle  compte  de  degrés.  Au  moment  voulu,  poussée  par  la 
Justice,  qu'on  appelle  aussi  la  Fortune,  telle  âme,  Tâme  d'un 
chien,  par  exemple,  passe  par  le  trou  horoscopique,  et,  l'instant 
d'après,  une  âme  humaine  par  un  autre  trou  K 

On  a  peine  à  tenir  son  sérieux  en  face  de  ces  graves  élucubra- 
tions  :  on  croit  voir  s'allonger  à  la  porte  du  théâtre  de  la  vie 
cette  queue  de  figurants  qui  attendent  leur  tour  et  présentent 
au  contrôle  de  la  Justice  leur  carte  d'entrée  estampillée  de  carac- 
tères astrologiques.  Porphyre  ne  dit  pas  si  ces  âmes,  une  fois 
entrées  par  l'horoscope,  vont  animer  des  embryons  ou  des  corps 
tout  faits,  dans  lesquels  elles  se  précipitent  avec  la  première 
inspiration  d'air  atmosphérique.  Mais  il  connaît  les  deux  variantes 
du  système,  et  il  montre  qu'on  peut  les  combiner  dans  une  solu- 
tion élégante,  qui  dispense  de  recourir  à  l'exhibition  préalable  et 
adjudication  des  lots  dans  la  «  terre  céleste  ».  Il  suffît  pour  cela 
de  supposer  que  l'âme  fait  le  choix  d'une  condition  au  moment  où 
elle  voit  passer  devant  elle  un  horoscope  de  conception  :  elle 
entre  alors  dans  un  embryon,  et  l'horoscope  de  naissance  où  com- 
mence la  «  seconde  vie  »  ne  fait  plus  que  manifester  le  choix 
antérieur  ^.  Voilà  de  quoi  satisfaire  et  les  astrologues  et  les  phy- 
siologistes qui  les  ont  obligés  à  calculer  l'horoscope  de  la  concep- 
tion en  atfirmant  que  l'embryon  ne  peut  vivre  sans  âme. 

Par  ce  qu'admet  Porphyre,  l'esprit  fort  de  l'école  néoplatoni- 
cienne, on  peut  juger  de  la  foi  d'un  lamblique  ou  d'un  Proclus, 
des  mystiques  affamés  de  révélation  et  qui  eussent  été  des  astro- 
logues infatigables  si  la  magie,  sous  forme  de  théurgie,  ne  leur 
avait  offert  une  voie  plus  courte  et  plus  sûre  de  communiquer 
avec  l'Intelligence  divine  ^. 

L'USt)  oijv  T,  [jLÈv  é)^o[jLévifi  xuvôî  ^tov  Ipystat  èttI  tôvSe  tôv  a)po3x6irov,  -f)  5è  àv6pa)- 
Ttou  %a,xiz^wK<xpd%'ki<Ji^  tt^î  ffTiy(xf,;  ÈiriTÔvSs  •  cpÉpei  5'  aùx-J^v  f,  AUr^  xaxà  xf,;  ifio- 
icoua;  tSiôx-riTa  IttI  xtjV  [Aoipav  xf,i;  TCEpiœopâ;  fi  ptov  iyv.  Yeypafji [xévov  Ttpôutpopov  xaT; 
aùxf,î  TcpoQuixtaiî.  'H  6è  M/LriTûyr,  Xéysxai,  aîxta  ouaa  àST,)iO;  dvôpwEtvu)  Xoyta[jLW.  — 
Atxîa  xoîvuv  é^0]x£vwv  ■?,  yjvatxôî  7^  àv8pôç  piov  fj  dEXÎ^ou  xtvôî  Çwou  è%  xf;;  £'.<;  xàv 
(î>poaxc5Ttov  tpopâî  •  aixta  5è  xal  xf,ç  è^sy^zisr^i;  si;  xôvSs  xôv  wpoaxôirov  xô  éXéjôai 
xàv  Ssûxepov  ^tov,  ôv  YeYpa[ji[i£vov  Setxvûet  i;  x»xà  xôv  wpodxrfitov  xsxaY[ji£V7i  Staxoa- 
[ATiatç  xwv  àaxipwv  [ibid.,  §  42).  La  même  théorie  est  exposée  par  Proclus  (in 
Anal,  sacr.,  V,  2,  pp.  97  sqq.,  137,  173  Pitra),  qui  voudrait  voir  les  chefs 
d'État  attentifs  au  moment  de  la  uitopi,  pour  capter  les  âmes  de  bon  aloi.  Cf. 
ci-dessus,  pp.  22,  2  et  508. 

2.  El  \LT\  xt;  x^v  [lèv  xaxà  x^|V  dicopàv  wpoaxoictav  xoG  (iv6pwiiou  fj  xuvô;  IXÉaOai 
c[JL(paiv£iv  xôv  xXfipov  stitoi,  x-^,v  6è  xaxà  xf;î  £x  yajxpôç  Èxxpoxîiî  wpoffXOTTtav  xoû 
SEuxÉpou  P'.ov  xal  ÈTtl  xû  T:poaipE6évxi  IvSeixvûvki  x-J-^v  atpEdiv  (ibid.).  La  vie  intra- 
utérine  est  comme  un  intermède  entre  les  deux  existences. 

3.  lamblique,  le  «  Syrien  inspiré  »,  le  «  divin  »,  est  un  pur  théologien. 


DOCTRINE    DE    PORPHYRE  603 

Ainsi,  le  premier  et  dernier  mot  de  la  doctrine  néo-platoni- 
cienne concernant  l'astrologie  est  que  les  astres  sont  les  «  signes  » 
(arT(|jieTa-!iTi[jLa'/rtxôv),  et  non  la  cause  efficiente  (irotrjxtxôv),  de  la  des- 
tinée ;  moyennant  quoi,  les  âmes  sont  libres,  n'obéissant  pas  à  une 
Nécessité  mécanique,  mais  seulement  à  une  prédestination  (el[xap- 
{xévTj)  qu'elles  se  sont  faite  à  elles-mêmes  par  libre  choix  *. 

Ainsi  comprise,  l'astrologie  devient  plus  infaillible  encore  que 
conçue  comme  étude  des  causes  :  c'est  le  déchiffrement,  d'après 
des  règles  révélées,  d'une  écriture  divine.  Les  astrologues  devaient 
même  aux  néo-platoniciens  la  première  explication  logique  de  la 
frappe  instantanée  de  l'horoscope,  leur  dogme  le  plus  antipa- 
thique au  sens  commun.  Aussi  n'est-on  pas  peu  étonné  de  voir 
l'astrologue  Firmicus  traiter  Plotin  en  ennemi,  en  ennemi  de  la 
Fortune  ou  fatalité  astrologique,  et  faire  un  sermon  sur  l'horrible 
fin  de  ce  très  vertueux,  mais  orgueilleux  savant,  qui  mourut  de 
la  mort  des  impies,  voyant  son  corps  gangrené  tomber  en  lam- 
beaux et  devenir  sous  ses  yeux  une  chose  sans  nom  ^  Il  faut 


1.  On  faisait  remarquer  que,  avec  les  astres-causes,  on  avait  peine  à 
comprendre  que  la  position  actuelle  des  astres  fût  cause  d'un  avenir  éloigné, 
qui  se  réaliserait  sous  des  positions  tout  autres  ;  à  plus  forte  raison,  qu'elle 
fût  cause  du  passé,  que  les  astrologues  prétendaient  aussi  découvrir  dans  un 
thème  de  géniture.  L'argument  est  poussé  avec  éhergie  par  Origène  (ap.  Euseb., 
Pr.  Ev.,  VI,  H)  et  repris  par  Salluste  :  -wç  yio  Ti  itpô  tt^î  ytvéaew!;  sx  Tf,î 
YEvÉïiew;  yi'/o-.xo  %.  x.  'k.  (Sali.,  De  Diis,  p.  262  Gale).  Il  n'est  pas  sans  réplique, 
puisqu'on  peut  remonter  d'un  eiïet  à  une  cause,  et  le  système  astrologique 
des  xaTapyai  y  échappe  :  mais  nous  n'avons  pas  charge  de  liquider  toutes  ces 
querelles. 

2.  Firmic,  I,  7,  14-22  KroU.  La  mort  par  tsOetptxuiî  avait  été,  au  dire  de 
certains  (Diog.  L.,  III,  §  40),  celle  de  Platon.  Firmicus  est  très  capable  d'avoir 
confondu  tpOetpt'aaiî  avec  gangrène  et  Plotin  avec  Platon.  Il  aurait  pu  aussi 
bien  garder  rancune  à  Porphyre  pour  avoir  dit  que  l'astrologie  était  inabor- 
dable où  jxôvov  àvOpw-jroiç,  iXkà  xal  5at[jiôvwv  xtal  xal  Sreûv,  [AâX^ov  8è  Trâaiv  iiz'kCii 
(ap.  Joh.  Philopon.,  De  mundi  créât. ,W,  20).  lamblique,  sans  doute,  lui  cache 
Porphyre.  Quant  à  lui,  il  veut  la  fatalité  complète,  sans  recoins  pour  des 
libertés  de  détail  [in  minoribus  parlibus,  I,  8,  4  KroU),  et  r£ÎtJ''a?IJL^v''l  ou  pré- 
destination restreinte  à  la  durée  de  la  vie  ne  lui  suffit  pas  (I,  8,  2).  Il  lui  faut 
la  fatalis  necessilatis  lex  (I,  8, 1),  l'àvdtYXT,.  On  n'est  pieux,  religieux  —  comme 
Socrate  —  qu'à  ce  prix  (I,  6).  Il  prend  même  soin  de  démontrer  que  cette 
fatalité  n'a  aucun  souci  de  la  morale,  qu'elle  a  fait  brûler  vif  Pythagore,  exé- 
cuter Socrate  innocent,  livré  Rome  à  l'ignoble  Sylla,  etc.  Cela  ne  l'erapèche 
pas  d'admettre  que  les  astres  sont  eux-mêmes  des  dieux  intelligents  [habent 
enim  stellae  proprimn  sensiim  divinamque  pinidenliam,  I,  5,  7  sqq.)  et  exécu- 
tent les  ordres  de  l'Être  suprême.  Néanmoins,  on  peut  obtenir  d'eux,  ou  des 
«  dieux  »  en  général,  la  faveur  de  résister  à  l'impulsion  fatale,  avec  l'appui  et 
l'encouragement  des  lois  :  invocemus  stippliciter  deos  —  ut  confirmata  animi 
noslri  divinitale  ex  aliqua  parte  stellarum  violenti  decreto  et  earumpotestatibus 


604     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

croire,  si  la  mort  de  Plotin  était  réellement  si  «  fameuse  »,  que 
certains  astrologues  avaient  considéré  comme  un  affront  fait  à 
leurs  divinités  la  distinction  métaphysique  entre  les  signes  et  les 
causes,  et  que  Plotin  avait  attiré  sur  sa  mémoire  les  foudres  de 
Vodium  theologicum. 

Ils  pouvaient  se  rassurer  :  infaillibilité  et  fatalité,  quand  il 
s'agit  de  l'avenir,  sont  des  termes  synonymes,  et  nous  allons 
assister  à  de  nouvelles  batailles  livrées  autour  de  cette  idée  maî- 
tresse par  des  théologiens  qui  sont  à  la  fois  les  disciples,  les  alliés 
et  les  ennemis  des  néo-platoniciens. 

Nous  avons  dit,  répété  et,  ce  semble,  démontré  que  l'astrologie 
était  à  volonté,  suivant  le  tour  d'esprit  de  ses  adeptes,  une  reli- 
gion ou  une  science.  Comme  science,  elle  pouvait  s'accommoder 
de  toutes  les  théologies,  moyennant  un  certain  nombre  de  para- 
logismes  que  les  astrologues  du  xvi*  siècle  surent  bien  retrouver 
quand  ils  cherchèrent  et  réussirent  à  vivre  en  paix  avec  l'Église. 
Comme  religion,  —  Firmicus  l'appelle  de  ce  nom  et  parle  du 
sacerdoce  astrologique  S  —  l'astrologie  tendait  à  supplanter  les 
religions  existantes,  soit  en  les  absorbant,  soit  en  les  éliminant. 
La  vieille  mythologie  s'était  facilement  laissé  absorber  :  les 
grands  dieux  avaient  trouvé  un  refuge  honorable  dans  les  pla- 
nètes ou  les  éléments,  et  les  légendes  avaient  servi  à  peupler  le 
ciel  de  «  catastérismes  ».  La  démonologie  platonicienne  n'était 
pas  plus  capable  de  résistance.  L'astrologie  offrait  même  à  ses 
myriades  de  génies,  confinés  dans  le  monde  sublunaire  ou  débor- 
dant au-delà,  un  emploi  tout  trouvé,  l'olfice  d'astrologues  qui 
lisaient  dans  les  astres,  de  plus  près  que  l'homme,  l'écriture  divine 
et  dispensaient  ensuite  la  révélation  par  tous  les  procédés 
connus  ^  Quant  aux  religions  solaires,  elles  croissaient  sur  le 

resistamiis.  — Nam  quod  ad  leges  pertinet  —  eas  recte  prudentissima  consti- 
tuit  antiquitas;  anhno  enim  laboraiiti  per  eau  opem  (iilit,  ut  per  ipsas  vis 
divinae  mentis  perniciosa  corporis  vilia  purgaret  'l,  6).  C'est  du  galimatias  : 
mais  on  ne  peut  guère  attendre  autre  chose  de  Firmicus. 

1.  Voy.  ci-dessus,  p.  568,  1.  Cf.  Firmic,  VIII,  S  Pruckner. 

2.  Il  y  a  autant  de  génies  (Satjjiove;)  dans  le  monde  néo-pythagoricien  et  néo- 
platonicien que  de  microbes  dans  celui  de  la  science  moderne.  Animisme, 
hylozoïsme,  pandémonisme,  autant  d'aspects  divers  de  la  même  idée,  très 
vieille  et  incessamment  rajeunie.  A  défaut  de  doctrine  orthodoxe  en  démono- 
logie, on  ne  sait  à  qui  entendre.  On  s'accordait  à  peu  près  à  placer  sur  terre 
des  génies  mortels,  Pans  et  Satyres,  Faunes,  fées,  etc.  ;  entre  la  Terre  et  la 
Lune,  des  demi-dieux,  héros,  mânes,  âmes  en  disponibilité  (Quodque  patet 
terras  inler  lunaeque  meatus  \  Semidei  Mânes  habitant,  etc.  Lucan.,  Pfiars.,  IX, 
6  sqq.)  :  entre  la  Lune  et  le  Soleil,  des  génies  plus  divins  ou  Lares,  et  ainsi  de 
suite  jusqu'à  l'empyrée.   Selon   que  l'on  voulait    élever  ou  rabaisser  une 


LE    CULTE    DES   ASTRES  605 

terrain  même  de  Tastrologie,  qui,  loin  de  les  étouffer,  aidait  à 
leur  progrès.  Les  cultes  solaires  et  les  dogmes  astrologiques  for- 
maient une  religion  complète,  qui  prenait  conscience  de  sa  force 
chez  certains  astrologues  au  point  de  les  pousser  à  une  propa- 
gande offensive.  «  Pourquoi,  ô  homme  »,  s'écrie  le  Pseudo-Mané- 
thon,  «  pourquoi  sacrifies-tu  inutilement  aux  bienheureux?  ... 
«  Il  n'y  a  pas  ombre  de  profit  à  sacrifier  aux  immortels,  car  pas 
«  un  ne  peut  changer  la  géniture  des  hommes.  ...  Fais  hommage 
«  à  Kronos,  à  Ares,  à  Hermès  et  à  Cythérée  et  à  Zeus  et  à  Mené  et 
«  au  roi  Hélios.  Ceux-là,  en  effet,  sont  maîtres  des  dieux,  sont 
«  maîtres  aussi  des  hommes  et  de  la  mer  et  de  tous  fleuves,  orages 
«  et  vents,  et  de  la  terre  fructifiante  et  de  l'air  incessamment 
«  mobile  »  *.  C'est  le  langage  d'un  apôtre  qui,  pour  le  commun  des 
mortels,  ressemblait  singulièrement  à  un  athée.  En  général,  les 
astrologues  évitaient  ces  accès  de  zèle  imprudent.  Loin  de  déclarer 
la  guerre  à  une  religion  quelconque,  Firmicus  assure  que  l'astro- 
logie pousse  à  la  piété  en  enseignant  aux  hommes  que  leurs  actes 
sont  régis  par  les  dieux  et  que  l'âme  humaine  est  parente  des 
astres  divins,  ses  frères  aînés,  dispensateurs  de  la  vie  ^  Toutes 

méthode  divinatoire,  on  faisait  descendre  de  plus  ou  moins  haut  les  signes 
qu'elle  interprète  et  que  lui  envoient  les  génies.  Le  système  résumé  par  Mar- 
tianus  Capella  (II,  §  150  sqq.)  place  en  bloc  intra  Solis  meatum  usque  lunarem 
f/lobum  secundae  beatitudinis  numina  supparisque  pofentiae,  per  quae  tamen 
valicinia  somniaque  ac  prodigia  componuntur.  Haec  aruspicio  exla  fissiculant 
admonentia  quaedam  vocesqiie  transmittunt  auguratisque  loquuntur  ominibus. 
Plerumqiie  enim  quaerenfes  admonent  vel  sideris  cursu  vel  fulminis  jaculo  vel 
ostenlaria  novitate.  On  comprend  que  l'astrologie  ait  acquis  par  là  un  droit 
de  contrôle  sur  toutes  les  méthodes  divinatoires.  La  Lune  surtout  pouvait  faire 
dévier  ou  arrêter  au  passage  les  signes  révélateurs.  Héphestion  de  Thèbes  a 
un  chapitre  'Ev  Ti:o(ai;  T,[jiÉpa;  t?,î  SeXtjVTiî  i\r\^z't^  ol  ôveipoi  (III,  24,  ap.  Engel- 
brecht,  p.  26),  et  Aramon  (v.  7,  p.  53  Ludwich)  assure  que  xal  yp-riafjLol  xal 
ôveipot  (j/^ySov-c'  £v  TpoTiixoTfft.  Apollon  lui-même  se  faisait  astrologue,  dit-on, 
pour  garder  sa  clientèle  :  êpwcT.ôsl;  ô  'AttôXXwv  t£  •zi^t-za'.  r^  yvvi\,  è%  twv 
à  Tx  pu  V  eItcsv  Stt  2rf|>k'j,  tY.  toO  aT:opî;jiou  STci-p^oùç  yprfvou  (Euseb.,  Pr.  Ev.,  VJ,  1). 
Il  met  au  premier  rang  des  méthodes  divinatoires  la  «  généthliaque  »,  quae 
instantium  saeculorum  generanda  denuntiat  (Mart.  Cap.,  IX,  894).  Cf.  le  De 
Aslrologia  déjà  cité  du  Ps. -Lucien,  où  tous  les  devins  sans  exception  sont 
reconnus  pour  astrologues.  De  même,  au  xvi"  siècle,  Pomponace  supprime 
toute  divination  indépendante  de  l'astrologie,  en  disant  que  les  prophètes, 
sibylles  et  autres  «  possédés  »,  n'ont  la  faculté  prophétique  qu'en  vertu  de 
leur  géniture  (De  Incant.,  ch.  xii). 

1.  Maneth.,  1, 196-207.  Cf.  Firmic,  I,  2,  9  Kroll  :  Quid  invocas,  arator,  deos? 

2.  Firmic,  I,  5-6,  etc.  Hac  ratione  immorlalis  animus  in  nobis  caducam 
lerreni  corporis  fragilitalem  confidentia  suae  majestalis  exornat.  —  Quare 
nunc  cum  sumtts  cum  stellis  quadam  cognatione  conjuncti,  etc.  (I,  5,  12  Kroll). 
Firmicus  ne  fait  que  délayer  ce  que  d'autres  ont  mieux  dit  de  la  parenté  de 


606      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

les  religions,  même  les  monothéistes,  pour  peu  qu'elles  toléras- 
sent la  métaphore,  pouvaient  accepter  ces  formules  élastiques. 

Toutes,  sauf  le  christianisme,  tant  qu'il  resta  fidèle  à  l'esprit 
judaïque  qui  l'avait  engendré  et  qu'il  vit  dans  l'astrologie  une 
superstition  païenne.  A  vrai  dire,  il  est  difficile  de  trouver,  soit 
dans  le  judaïsme  alexandrin,  soit  dans  le  christianisme  primitif, 
si  vite  encombré  de  spéculations  gnostiques  et  platoniciennes, 
une  veine  de  doctrine  absolument  pure  de  toute  compromission 
avec  l'obsédante,  insinuante  et  protéiforme  manie  qui  était 
devenue  une  sorte  de  maladie  intellectuelle.  Le  ferment  déposé 
dans  la  cosmogonie  de  la  Genèse^  que  règle  le  nombre  septénaire, 
échauffait  les  imaginations  mystiques  et  les  poussait  du  côté  des 
rêveries  chaldéennes.  C'est  aux  environs  de  l'ère  chrétienne  que 
parut  le  livre  d'Hénoch,  relatant  les  voyages  du  patriarche  dans 
les  régions  célestes,  d'après  les  366  livres  écrits  par  Hénoch 
lui-même  ^  On  y  rencontre  une  description  des  sept  cieux,  où 
circulent  les  sept  planètes.  Dieu  réside  dans  le  septième,  rem- 


notre  âme  avec  les  astres  :  et  hoc  habet  argumentum  divinitatis  suae;  quod 
illum  divina  délectant,  nec  ut  alienis  interest,  sed  ut  suis.  Secure  spectat  occa- 
sus  siderum  atque  or  lus.  —  Curiosus  spectator  excutit  sinç/ula  et  quaerit. 
Quidni  quaerat?  Scit  illa  ad  se  pertinere  (Senec,  Q.  Nat.  Praef.  10).  Plus 
beaux  encore  sont  les  vers  de  Manilius  :  Quis  dubitat  post  haec  homi- 
nem  conjungere  caelo  ?  —  Quis  caelum  possit  nisi  caeli  munere  nosse  \  Et 
reperire  deitm,  nisi  qui  pa7's  ipse  deorum,  est?  (Manil.,  II,  105,  115-116),  vers 
que  Goethe  inscrivit  sur  le  registre  du  Brocken,  le  4  septembre  1784  (Ellis, 
Noct.  Manil.,  p.  viii),  en  un  temps  où  sa  curiosité  était  tournée  du  côté  de 
l'astrologie,  car,  en  janvier  1784,  il  avait  égayé  la  cour  de  Weimar  avec  un 
Ballet  des  Planètes  [Planetentanz).  Le  «  mathématicien  »  idéal  de  Firmicus 
cotidie  de  diis  vel  cum  dits  loquilur  (II,  30,  1  KroU). 

1.  Cf.  Ad.  Lods,  Le  livre  d'Hénoch,  fragments  grecs  découverts  à  Akhmîm, 
etc.  Paris,  1892.  R.  H.  Charles  et  W.  R.  Morfill,  The  Book  of  the  Secrets  of 
£noc/i,  translated  from  the  Slavonic.  Oxford,  1896.  On  a  dit  plus  haut  (p.  578, 1) 
que  Hénoch  passait  pour  l'inventeur  de  l'astrologie,  et  il  importe  peu  que  l'on 
entende  par  là  l'astronomie;  car,  en  disant  que  l'astrologie  a  été  inventée 
par  les  mauvais  anges  (ap.  Clem.  Alex.,  Ed.  proph.,  p.  1002  Potter;  Tertull., 
Apolog.,  35.  De  cultu  fœmin.,  l,  2),  on  en  fait  l'œuvre  d'êtres  plus  intelligents 
que  l'homme.  Le  livre  d'Hénoch  (ou  1'  «  Initié  »,  qui,  d'après  la  Genèse,  v,  23-24, 
avait  vécu  365  ans  et  avait  été  transporté  au  ciel  sans  passer  par  la  mort), 
écrit  probablement  en  araméen  ou  en  hébreu,  avait  été  de  bonne  heure  traduit 
en  grec.  On  ne  le  connaissait  jusqu'à  ces  derniers  temps  que  par  la  version 
éthiopienne,  éditée  et  traduite  par  Dillmann  en  1851-1853.  Une  partie  de  la 
version  grecque  a  été  retrouvée  en  Egypte,  dans  les  fouilles  de  1886-1887,  et 
publiée  par  MM.  Boudant  et  Lods.  Le  livre  slavon  est  complet  et  donne  un 
texte  assez  différent.  Ici,  Hénoch  retourne  un  mois  sur  terre,  raconte  à  ses 
fils  ce  qu'il  a  vu  et  leur  remet  les  366  livres  qu'il  a  écrits  au  ciel  sous  la  dictée 
de  l'ange  Vretil   (Uriel).  Pour  montrer  quelle  prise  peuvent  avoir  sur  les 


LE   LIVRE   d'hÉNOCH  607 

plaçant  ainsi  Anou-Bel  ou  Saturne.  Le  paradis  se  trouve  dans  le 
troisième,  probablement  celui  de  Vénus  ',  tandis  qu'il  y  a  des 
anges  coupables  dans  le  deuxième  et  le  cinquième,  sans  doute 
dans  Mercure  et  Mars.  Les  sphères  célestes  hébergent  les  âmes, 
qui  préexistent  au  corps,  comme  dans  les  systèmes  platoniciens. 
L'homme  a  été  formé  par  la  Sagesse  de  sept  substances,  à  l'image 
du  monde,  et  le  nom  du  premier  homme, 'A  o à  [x,  est  l'anagramme 
des  quatre  points  cardinaux. 

Ce  n'est  pas  une  métaphore  indifférente,  mais  une  réminiscence 
du  livre  d'Hénoch  qui  tombe  de  la  plume  de  S.  Paul,  quand  il 
écrit  aux  Corinthiens  qu'il  a  été  «  ravi  au  troisième  ciel,  au  para- 
dis »  ^.  L'apôtre  connaît  aussi  des  créatures  qui  ont  besoin  d'être 
rachetées,  «  soit  celles  qui  sont  sur  terre,  soit  celles  qui  sont 
dans  les  cieux  »  ^,  et  des  «  esprits  méchants  dans  des  lieux  cé- 
lestes »  *,  ce  qui  ne  peut  guère  s'entendre  que  du  ciel  visible. 
C'est  bien,  du  reste,  de  ce  ciel  que  tomba  un  jour  Satan,  visible 
lui-même  «  comme  un  éclair  »  ^  Les  nombres  astrologiques 
s'étalent  à  l'aise  dans  l'Apocalypse.  Le  voyant  s'adresse  à  sept 
Églises,  au  nom  de  sept  Esprits;  il  a  vu  sept  candélabres  d'or, 
et  au  milieu  une  figure  semblable  au  Fils  de  l'homme,  qui  tenait 
dans  sa  droite  sept  étoiles.  Le  Livre  a  sept  sceaux;  l'Agneau, 
sept  cornes  et  sept  yeux;  la  Bête,  sept  têtes;  on  entend  retentir 
sept  tonnerres  et  les  sept  trompettes  des  sept  anges  qui  vont 
ensuite  répandre  sur  le  monde  sept  fioles  pleines  de  la  colère  de 
Dieu.  Quant  au  nombre  12,  c'est  le    nombre  même  des  étoiles 


esprits  ces  sortes  de  pieux  mensonges,  il  suffit  de  dire  que  Tertullien  discute 
sérieusement  les  moyens  par  lesquels  le  livre  d'Hénoch  a  pu  survivre  au 
Déluge,  et  que,  en  1836,  le  Rév.  E.  Murray  raisonnait  encore  comme  Ter- 
tullien (Lods,  op.  cit.,  pp.  v-vi). 

1.  Induction  confirmée  par  un  curieux  passage  de  V Apocalypse  (ii,  28)  où 
dabo  illistellam  malutinam  veut  dire  :  «  je  lui  donnerai  le  Paradis  ».  Cf.  Jésus 
disant  de  lui-même  :  Ego  sum  stella  splendida  et  matutina  (Apoc,  xxii,  16). 
Au  moyen  âge,  c'est  la  Vierge  qui  devient  Stella  maris  (jeu  de  mots  sur 
Maria)  et  matutina. 

2.  I  Cor.,  XII,  2-4.  Il  croit  fermement  à  sa  vision,  mais  il  ne  sait  s'il  a  été 
transporté  en  corps  ou  en  esprit  {sive  in  corpore,  sive  extra  corpus  nescio, 
Deus  scit). 

3.  Coloss.,  I,  20. 

4.  Ephes.,  VI,  12.  Cf.  m,  10. 

5.  Luc,  X,  18.  Il  va  sans  dire  qu'il  y  a,  pour  tous  ces  passages,  des  inter- 
prétations plus  orthodoxes.  —  Il  y  a  là  des  réminiscences  et  allusions  de 
toutes  sortes  :  on  reconnaît  dans  le  candélabre  d'or  le  symbolique  chandelier 
à  sept  branches  du  Temple  de  Jérusalem  ;  dans  les  quatre  animaux  qui  entou- 
rent l'Agneau,  les  quatre  points  cardinaux,  etc. 


608      CHAP.  XVI.  —  l'astkologie  dans  le  monde  romain 

qui  entourent  la  tête  de  la  Femme  «  vêtue  de  soleil  et  ayant  la 
lune  sous  ses  pieds  »  \  le  nombre  aussi  des  portes  de  la  Jérusalem 
céleste  et  des  fondements  des  murailles,  lesquels  fondements 
sont  faits  de  douze  espèces  de  pierres  précieuses  ^  ;  l'arbre  de 
vie  planté  au  milieu  de  la  cité  porte  douze  fois  des  fruits  en  une 
année  ^  Sans  doute,  tout  cela  n'est  pas  de  l'astrologie,  mais 
c'est  du  mysticisme  pareil  à  celui  qui  alimente  ailleurs  la  foi 
astrologique. 

On  sait  avec  quelle  intempérance  les  Gnostiques  prétendirent 
infuser  dans  la  doctrine  chrétienne  une  métaphysique  grandilo- 
quente et  incohérente,  faite  avec  des  débris  de  toutes  les  supers- 
titions internationales.  Nous  ne  nous  attarderons  pas  à  analyser 
les  chimères  écloses  dans  les  cerveaux  de  ces  Orientaux  que 
toutes  les  Églises  chrétiennes  ont  reniés  et  que  nous  rejetterions 
volontiers  hors  de  la  civilisation  gréco-romaine.  Les  nombres  et 
les  associations  d'idées  astrologiques  y  sont  semés  à  profusion. 
Les  365  cieux  de  Basilide  sont  dominés  par  le  grand  Abrasax  ou 
Abraxas  *,  un  nom  fait  avec  des  chiffres  dont  la  somme  vaut 
365,  et  l'on  y  trouve  en  bon  lieu,  entre  autres  combinaisons,  une 
Dodécade  et  une  Hebdomade.  Au  dire  de  l'auteur  des  Philosophu- 
mena,  la  doctrine  des  Pératiques  ou  Ophites  était  tout  imprégnée 
de  théories  astrologiques  et,  pour  cette  raison,  extrêmement 
compliquée  ^  Les  Manichéens  comparaient,  dit-on,  le  Zodiaque 
à  une  roue  hydraulique  pourvue  de  douze  amphores,  qui  puise  la 
lumière  égarée  dans  le  monde  d'en  bas,  le  royaume  du  diable,  la 
reverse  dans  la  nacelle  de  la  Lune,  laquelle  la  déverse  dans  la 
barque  du  Soleil,  lequel  la  reporte  dans  le  monde  d'en  haut. 
Tous  ces  rêveurs,  ivres  de  révélation  et  émancipés  du  sens  com- 
mun, trituraient,  défiguraient,  combinaient  en  mélanges  innom- 

1.  Mulier  amicta  sole,  et  luna  sub  pedibus  ejus,  et  in  capite  ejus  corona  stel- 
larum  duodecim  (Apocal.,  xii,  1),  type  conservé  par  l'iconographie  chrétienne 
pour  la  Vierge  Marie. 

2.  Le  Voyant  les  énumère  [Apocal.,  xxi),  et  on  ne  peut  s'empêcher  de  songer 
à  ce  propos  aux  lapidaires  astrologiques,  où  chaque  pierre  est  attribuée  à 
une  planète,  à  un  signe  du  Zodiaque  ou  à  un  décan  (ci-dessus,  p.  316). 

3.  Apocal.,  XXII.  Le  Voyant  a  donc  songé  aux  douze  mois,  et  non  pas  seu- 
lement aux  douze  tribus  d'Israël.  Le  nombre  des  élus  (12  x  12,000)  est 
évidemment  un  multiple  des  douze  tribus.  Cet  arbre  figure,  comme  arbre  de 
science  astrologique,  au  frontispice  de  Y Astrologia  Chris tiana  de  Ciruelo. 

4.  'Aêpaai?  =al  +  p2-(-pi00-}-al+a200-t-al-f-^60  =  365.  Au  lieu 
d'avouer  qu'il  imaginait  36S  cieux  parce  qu'il  y  a  365  jours  dans  l'année, 
Basilide  assurait  qu'il  y  a  365  jours  dans  l'année  parce  qu'il  y  a  365  cieux. 
Cf.  E.  Amélineau,  Essai  sur  le  Gnosticisme  égyptien,  Thèse  Doct.,  Paris,  1887. 

5.  Philosophumena,  V,  2,  pp.  197  sqq.  Cruice. 


L  ASTROLOGIE   ET   LE   CHRISTIANISME  609 

mables  des  traditions  et  des  textes  de  toute  provenance,  assai- 
sonnés d'allégories  pythagoriciennes,  orphiques,  platoniciennes, 
bibliques,  évangéliques,  hermétiques.  Leurs  bandes  délirantes 
menaient  le  carnaval  de  la  raison  humaine,  faisant  pleuvoir  de 
tous  côtés  sur  la  foule  ahurie  les  communications  célestes,  oracles 
et  évangiles  apocryphes,  recettes  magiques  et  divinatoires,  talis- 
mans et  phylactères.  Tous  n'étaient  pas  des  partisans  de  l'astro- 
logie, puisque  l'on  a  pu  attribuer  au  plus  chrétien  d'entre  eux,  le 
Syrien  Bardesane,  une  réfutation  du  fatalisme  astrologique  ;  mais 
certains  comptaient  précisément  attirer  à  eux  les  astrologues  en 
faisant  place  dans  leurs  doctrines  aux  dogmes  «  mathématiques  ». 
Les  «  Pératiques  »  susmentionnés  firent  des  prodiges  d'ingé- 
niosité dans  ce  but,  et  notamment  convertirent  les  catastérismes 
traditionnels  en  symboles  judéo-chrétiens  *. 


IV 

l'astrologie   et  l'orthodoxie   CHRÉTIENNE, 

Il  faut  attendre  que  tout  ce  tumulte  soit  apaisé  pour  distinguer 
le  courant  de  doctrine  chrétienne  qui  deviendra  l'orthodoxie  et 

1 .  L'auteur  des  Philosophitmena  proteste  surtout  contre  Tadultération  du 
christiaaisme  par  l'astrologie  :  xaûrriV  x^v  StSay  V  irapà  twv  àjTpoXÔYwv  eîXtiçôxeî 
eTTTi&sdîÇouîJt  XpiTTÔv.  —  TayTTjv  x^v  ffuj-uaiTiv  xaî  t-î\v  Siaaopiv  xôJv  âaxpwvXaXSaïxi^v 
ÙTzipyouaa.'/  irpô;  sa'JToOî  èr'.a-raiitxîvot...  uî  XpitiToû  Xôyov  xa-r/^YYô'.Xav  %.  t.  ).. 
(V,  2,  13).  Ils  croyaient  à  l'influx  générateur  des  astres  (V,  2,  15)  et  se  paraient 
eux-mêmes  du  nom  de  fatalistes  (=  nspâxai.  V,  2,  16).  Leur  adaptation 
des  catastérismes  est  une  série  de  tours  de  force.  Les  deux  Ourses,  à  sept 
étoiles  chacune,  sont  les  symboles  de  la  création,  avant  (Grande-Ourse)  et 
après  (Petite-Ourse)  le  Christ.  Le  Chien,  c'est-à-dire  le  générateur  (xtiwv  = 
vEvvwv),  est  le  Verbe  ;  et  le  Dragon,  le  diable.  La  constellation  anonyme,  V  'Ev- 
yôvacriv,  est  Adam  à  genoux  confessant  son  péché,  étendant  une  main  vers 
la  Lyre  (instrument  du  Verbe),  l'autre  vers  la  Couronne,  qui  lui  reviendra 
s'il  est  fidèle  à  l'harmonie  de  la  Lyre- Verbe  ;  ce  pendant  que  Ophiuchus 
«  contient  le  Serpent  »,  comme  l'indique  son  nom,  c'est-à-dire  empêche  le 
Dragon  d'enlever  la  Couronne  (IV,  6,  3-4;  V,  2,  16),  et  ainsi  de  suite.  Rien 
n'était  impossible  à  des  gens  qui,  rencontrant  dans  la  Bible  cet  aphorisme  : 
«  sept  fois  le  juste  tombe  et  se  relève  »  [Prov.,  xxiv,  16),  l'appliquaient  au  cou- 
cher et  au  lever  des  sept  planètes  {Philos.,  V,  1).  Les  stoïciens  d'antan  étaient 
bien  remplacés.  Usant  de  procédés  analogues,  les  docteurs  juifs,  talmudistes 
et  kabbalistes,  dressaient  des  tableaux  de  correspondance  entre  les  vents,  les 
saisons,  les  planètes,  les  signes  du  Zodiaque,  les  28  mansions  de  la  Lune  et 
les  anges,  les  patriarches,  les  lettres  de  l'alphabet,  etc.  (Cf.  Cl.  Duret,  Thrésor 
de  l'histoire  des  langues  de  cest  Vnivers.  Cologny,  1613,  pp.  206-216).  Le  mys- 
ticisme est  une  mer  sans  rivages. 

39 


610     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

avoir  affaire  à  des  docteurs  qui  aient  marqué  leur  empreinte  sur 
le  dogme  destiné  à  durer. 

Ce  dogme  ne  sortit  pas  de  la  crise  aussi  simple  qu'il  était  autre- 
fois; il  avait  fallu  trouver  des  réponses  à  toutes  les  questions 
soulevées,  et,  quand  on  ne  pouvait  les  tirer  des  textes  révélés,  les 
emprunter  à  la  philosophie,  à  la  seule  qui  fût  encore  vivante  et 
même  rajeunie,  au  platonisme.  Fascinés  par  la  merveilleuse 
épopée  de  Tâme,  que  Platon  leur  montrait  descendant  des  sphères 
célestes  et  y  retournant  au  sortir  de  sa  prison  d'argile,  les  doc- 
teurs chrétiens  reconnurent  en  Platon  et  en  Socrate  des  précur- 
seurs de  la  Révélation  messianique.  Sans  doute,  ils  se  réservaient 
le  droit  de  faire  un  triage  dans  ce  legs  et  même  de  se  tenir  sur  le 
pied  de  guerre  avec  les  philosophes  platoniciens;  mais  ils  étaient 
désarmés  plus  qu'à  demi  contre  le  foisonnement  des  hypostases 
et  émanations  de  toute  sorte,  contre  la  démonologie,  la  magie  et 
théurgie  qu'accueillait  sans  résistance  l'école  néoplatonicienne.  En 
thèse  générale,  ils  tenaient  les  méthodes  divinatoires,  et,  plus  que 
toute  autre,  l'astrologie,  pour  des  inventions  diaboliques  *  ;  ce  qui 
était  une  façon  de  les  reconnaître  pour  efficaces  et  d'exalter  peut- 
être  le  goût  du  fruit  défendu.  Encore  ne  pouvaient-ils  pousser 
cette  thèse  à  fond,  car  le  démon  ne  sait  guère  que  parodier  les 
actes  divins,  et  il  fallait  se  garder,  en  abominant  les  fausses 
révélations,  de  discréditer  les  véritables.  Or,  il  était  constant  que 
Dieu,  créateur  des  astres,  dont  il  avait  voulu  faire  des  «  signes  »  ^, 
s'en  était  servi  parfois  pour  révéler  ses  desseins  :  témoin  le  recul 
de  l'ombre  sur  le  cadran  solaire  d'Ezéchias  ',  l'étoile  des  Mages  ^ 
l'obscurcissement  du  soleil  à  la  mort  du  Christ  ^  et  les  signes 

1.  Il  y  aurait  ici  cent  textes  à  citer.  C'est  une  opinion  générale  chez  les 
chrétiens,  qui  l'ont  empruntée  aux  Juifs.  Elle  remonte  au  moins  jusqu'au 
livre  d'Hénoch  :  rjÔTi  8è  xai  'Evûjr  tpaaiv  toùç  irapaSdtvxaî  àyyiXouî  ôtSaÇai  toùî 
àvOptiirouî  d((TTpovojx[av  xal  |xavTix-)-,v  xal  S-Wol^  xiyyai^  (Clem.  Alex., p.  1002  Potter) 
et  s'accorde  merveilleusement  avec  les  légendes  grecques  sur  Proniéthée  et 
les  Titans.  Du  reste,  les  dieux  des  Gentils  étant  des  démons,  elle  traduit  aussi 
bien  toute  tradition  attribuant  à  l'enseignement  des  dieux  l'origine  des  mé- 
thodes divinatoires  (cf.  ci-dessus,  p.  575-578). 

2.  Fiant  luminaria  in  firmamenlo  caeli  et  dividant  diem  acnoctem,  et  sintin 
signa  et'tempora,  et  dies  et  aiinos  (Gènes.,  i,  45.  Cf.  Psalm.,  cxxxv,  7-9).  11  est 
évident  que  les  astres  ne  sont  ici  que  les  indicateurs  du  temps  :  mais  ces 
textes  n'en  ont  pas  moins  motivé  les  concessions  de  Philon  et  d'Origène. 

3.  IV  Reg.,  xx,  8-11. 

4.  Matth.,  II,  1-12. 

5.  Matth.,  xxvii,  45;  Marc,  xv,  33;  Luc,  xxiii,  44.  Cf.  la  tradition  astro- 
logique sur  les  éclipses  coïncidant  avec  la  mort  des  grands  personnages  (ci- 
dessus,  p.  369,  1,  et  Virg.,  Georg.,  466).  La  tradition  chrétienne  tient  à  bien 


l'étoile  des  mages  6H 

célestes  qui  devaient  annoncer  son  retour,  le  soleil  obscurci,  la 
lune  éteinte,  les  étoiles  tombant  du  ciel  dans  les  flots  mugissants 
de  la  mer  et  «  les  puissances  des  cieux  ébranlées  »  *, 

Le  cas  des  Mages  —  qui  n'étaient  pas  encore  des  rois  —  fut 
pour  les  exégètes  et  polémistes  chrétiens  un  embarras  des  plus 
graves.  C'était  l'astrologie,  la  vraie,  celle  des  Chaldéens  ou  Mages  ^, 
installée  en  belle  place  et  dans  son  otfice  propre,  à  la  naissance 
du  Christ,  dont  l'étoile  annonce  la  royauté.  Un  horoscope,  même 
royal,  pour  J.-C,  c'était  le  niveau  de  la  fatalité  commune  passé 
sur  l'Homme-Dieu  ;  c'était  aussi,  puisque  le  signe  avait  été  com- 
pris des  hommes  de  l'art,  un  certificat  de  véracité  délivré  à  l'as- 
trologie, et  par  Dieu  même,  qui  avait  dû  en  observer  les  règles 
pour  rendre  le  présage  intelligible.  Dire  que  Dieu  s'était  servi 
d'un  astre  pour  avertir  les  Mages,  simplement  parce  qu'ils  étaient 
astrologues  ^,  n'affaiblit  pas  la  conclusion  :  ils  avaient  été  avertis, 
donc  ils  comprenaient  les  signaux  célestes. 

Il  y  avait  une  transaction  tout  indiquée,  et  c'est  celle  dont 
s'avisèrent  d'abord  les  docteurs  chrétiens  :  c'était,  puisque  l'as- 
trologie était  une  pratique  inventée  ou  un  secret  dérobé  par  les 
démons  et  que  J.-C.  était  venu  mettre  fin  au  règne  des  démons, 
c'était,  dis-je,  d'admettre  que  l'astrologie  ou  magie  avait  été  ou 
pu  être  véridique  jusqu'à  la  naissance  du  Christ  et  qu'elle  était 
venue  abdiquer,  pour  ainsi  dire,  dans  la  personne  des  Mages 
païens,  au  berceau  du  Rédempteur.  C'est  l'explication  à  laquelle 

distinguer  ce  miracle  d'une  éclipse  :  l'obscurité  couvre  toute  la  Terre  et  dure 
trois  heures,  tandis  qu'une  éclipse  de  Soleil  n'est  visible  que  successivement  en 
divers  lieux  et  n'est  complète  que  durant  quelques  minutes  pour  chacun  d'eux. 

1.  Matth.,  XXIV,  29;  Marc,  xiii,  24-25  ;  Luc,  xxi,  25. 

2.  Ces  Mages  —  que  la  légende  transforma  plus  tard  en  rois  —  étaient  des 
magiciens  arabes  (Justin.,  Dial.  Trypfi.,  77-78.  Tertull.,  Ado.  Marc,  III,  13), 
ou  des  Mages  de  Perse  (Clem.  Alex.,  Strom.,  I,  p.  359  Potter;  Basil.,  Homil. 
XXV,  p.  510),  de  Perse  ou  de  Chaldée  (lo.  Chrys.,  Homil.  VI  et  VH.  Diod. 
Tars.,  ap.  Phot.,  cod.  223).  S.  Jérôme  convient  franchement  que  c'étaient  des 
astrologues  authentiques,  des  philosophi  Chaldaeorum  [Uier on.,  In  Daniel.,  2) 
et  même  docli  a  daemonibus  (Ilieron.,  hi  Isaiam,  19).  Chaldaeorum  profecto 
sapientes  viri  (Chalcid.,  In  Tim.,  §  125).  Celse  les  appelle  aussi  des  «  Chal- 
déens »,  et  Origène  (C.  Cels.,  I,  58;  n'y  trouve  pas  à  redire.  Sur  la  question 
des  rois  mages,  voy.  J.  Car.  Thi\o ,  Eusebii  Alexandrini  oratio  Ilepl  àaxpo- 
vô(jL<i)v  {praemissa  de  mar/is  et  stella  quaeslione)  e  Cod.  Reg.  Par.  primum 
édita  .  Progr.  Halae,  1834.  La  royauté  des  Mages  fut  inventée  (vers  le  vie  siècle), 
comme  la  crèche,  le  bœuf  et  l'âne,  pour  montrer  l'accomplissement  des  pro- 
phéUes  (cf.  h.,  1,  3  ;  33,  16;  49,  7  ;  60,  3  et  6.  Psalm.,  62,  10.  Habac,  3,  2).  Bède 
le  Vénérable  est  le  premier  qui  sache  leurs  noms. 

3.  'EtteiSt,  yàp  irepi  xaûra  tV  té/vv  eI/ov,  èxEtOev  aôxoù^  sïXxuite  (ïo.  Chrj'S., 
Homil.  lllin  Epist.  ad  Titum). 


612   CHAP.  XVI.  —  L  ASTROLOGIE  DANS  LE  MONDE  ROMAIN 

s'arrêtent  saint  Ignace  et  Tertullien  '.  Les  Gnostiques  valentiniens 
avaient  creusé  le  sujet  plus  avant,  et  ils  avaient  fait  sortir  de  là 
une  théorie  des  plus  séduisantes.  Suivant  Théodote,  l'étoile  des 
Mages  avait  «  abrogé  l'ancienne  astrologie  >>  en  lui  enlevant  sa 
raison  d'être  ;  la  grâce  du  baptême  «  transportait  ceux  qui  ont 
foi  au  Christ  du  régime  de  la  prédestination  sous  la  providence 
du  Christ  lui-même  ».  Le  chrétien,  surtout  s'il  est  gnostique, 
échappe  à  la  fatalité  et  à  la  compétence  de  ses  interprètes  ^  Soit! 
Mais,  à  ce  compte,  l'astrologie  était  reconnue  véridique  pour  le 
passé;  elle  aurait  continué  à  l'être  pour  la  clientèle  païenne,  et 
les  astrologues  contre  qui  il  s'agissait  de  lutter  n'en  demandaient 
sans  doute  pas  davantage.  On  leur  concédait  le  fond  du  débat,  et 
ils  pouvaient  prendre  en  pitié  l'orgueil  de  gens  qui  se  mettaient 
eux-mêmes  hors  la  nature. 

Il  arrive  parfois  aux  Pères  de  l'Église  du  siècle  suivant  de  répé- 
ter que  la  prédestination  et  l'astrologie  sont  exclues  du  régime 
delà  Loi  nouvelle  ^  ;  mais  ils  sentaient  bien  que  cet  argument, 
d'orthodoxie  suspecte,  ne  résolvait  pas  la  difficulté  et  en  soulevait 
de  plus  grandes.  Ils  cherchèrent  d'autres  raisons.  Ils  firent  remar- 
quer que  l'étoile  des  Mages  n'était  pas  une  étoile  ordinaire,  ni 
fixe,  ni  planète,  ni  comète;  qu'elle  avait  marché  autrement  que 
tous  les  astres  connus,   puisqu'elle  avait  conduit  les  Mages  à 

1.  Ignat.,  Epist.  ad  Ephes.,  19.  Tertullien  discute,  et  il  repousse  énergique- 
ment  ces  amorces  d'astrologie  chrétienne  :  Sed  magi  et  astroloqi  ab  Oriente 
venerunt.  Scimus  moffiae  et  astrologiae  inter  se  socielatem.  Vrimi  igitur  stel- 
lariim  interprètes  natum  Christian  annuntiaverunt,  primi  miineraverunt.  Quid 
tum  ?  Ideo  nunc  et  mathemalicis  patrocinabitur  illorum  magorum  religio  ?  De 
Christo  scilicet  est  mathesis  hodie  ;  stellas  Chi'isti,  non  Satnrni  et  Martis  et 
cujusque  ex  eodem  ordine  mortuorum  observât  et  praedicat.  At  enim  scientia 
ista  usque  ad  Evangelium  fuit  concessa,  ut  Christo  edito  nemo  exinde  nativi- 
tatem  alicujus  de  caelo  interpretetur  (TertuU.,  De  IdoloL,  9). 

2.  Sévoî  àaT-/ip,  xaxaXûwv  tV  TraXaiàv  àaTpoôsffiav  —  ïva  [jLSTaOfj  toù;  si;  tôv 
Xptffxàv  iriiTTÊÛffavxa;  iizà  tf.î  £t[xap[j.év7iî  tU  f^|V  èxsivou  xpovoiav.  —  Méj^pt  toû 
pa-îtTÎu[i.aTOî  ouv  T^  £i[jiap[jiév»^,  çaatv,  à)^Ti6T,i;,  [isirà  Se  toQxo  oixéri  à);T,6sùouaiv  oî 
àaxpoXdyoi  (Clem.  Alex.,  Excerpt.  ex  Theodoto,  §§  68-78).  Les  théurges,  trou- 
vant que  leurs  charmes  valaient  bien  le  baptême,  en  disaient  autant  de  leurs 
disciples  :  où  yàp  6»'  s'.  [xapT^^^v  àys^Tiv  TtÏTrxo'jai  Sreoupyo  i  (oracle  cité  par 
lo.  Lyd.,  Mens.,  Ù,  9,  p.  23  éd.  Bonn.  Cf.  lamblich.,  De  Myster.,  p.  223,  9. 
Procl.,  In  Alcilnad.,  p.  517,  36),  et  Arnobe  raillait  en  bloc  tous  ces  vaniteux 
personnages  :  ab  sciolis  nonnullis  et  pliirimum  sibi  adrogantibus  dicitur  deo 
esse  se  gnatos  nec  fati  obnoxios  legibus  (II,  62). 

3.  'ISoû,  tpT,art  [ô  iaxpôXoyoî] ,  xal  xoO  Xpiaxoû  y£vvr)9£vxo;  àiTx\o  étpâv-rj,  Sirsp 
èaxl  UTiaetov  xo^)  x+;v  àaxpoT^oyiav  slvat  pcêatav  •  irwcouv,  si  xax'  sxsîvov  èxéybri  xôv 
vôfiov,  àtrxpoXoyiav  ï\oaz  ,  xal  ÊÎ[iap[iévT,v  àwsX'kt,  xaî  8ai}iova;  sitîffxo- 
\iKst  X.  X.  X.  (lo.  Chrys.,  Homil.  VI  in  Matth.). 


l'étoile  des  mages  613 

Bethléem,  et  n'était,  par  conséquent,  nullement  assimilable  à 
une  étoile  horoscope.  L'horoscope  astrologique  sert  à  prédire  la 
destinée  des  enfants  qui  naissent,  et  non  pas  à  annoncer  )"'  nais- 
sances. En  un  mot,  l'étoile  des  Mages  avait  été  un  flambeau  mira- 
culeux, peut-être  un  ange  ou  même  le  Saint-Esprit,  et,  comme 
telle,  elle  n'appartenait  pas  au  répertoire  des  données  astrolo- 
giques *.  Le  raisonnement  n'est  pas  très  serré  et  pouvait  être  aisé- 
ment retourné.  Il  restait  avéré  que  des  astrologues  avaient  deviné 
juste  en  observant  le  ciel,  et,  si  l'astre  était  nouveau,  il  en  fallait 
admirer  davantage  la  sûreté  des  méthodes  qui  avaient  suffi  à  un 
cas  tout  à  fait  imprévu  ^  C'est  sans  doute  parce  qu'ils  avaient  vu 
l'astre  miraculeux  s'écarter  de  la  route  ordinaire  des  planètes 
qu'ils  l'avaient  suivi,  et  cela  par  calcul;  car,  s'ils  avaient  obéi  à 
une  suggestion  divine,  —  eux  instruits  par  les  démons,  au  dire  de 
saint  Jérôme, —  on  ne  voit  pas  pourquoi  Dieu  se  fût  adressé  de 
préférence  à  des  astrologues. 

La  preuve  que  le  débat  ne  tournait  pas  nécessairement  à  la 
confusion  des  astrologues,  c'est  que  l'auteur  chrétien  de  YHer- 
inippus  se  prévaut  du  récit  évangélique  concernant  les  Mages 


1.  S.  Basile  déclare  Tétoile  [iTjSevl  twv  uuv-^Owv  irapauT^T^ir  t  ov,  et 
échappant  aux  prises  de  l'astrologie  :  xat  jx-riSil;  éXxétw  t>iv  -zf^^  àaxpoXoyiaî 
irapadxeu-^iv  eî?  xi,v  toû  dtdTÉpoî  ivaxoX-riv  •  oî  [xèv  yàp  x>,v  ysvEstv  irpoaâYovxeî 
£x  TWV  T,  Stj  ôvtwv  àfïXEpwv  xôv  xotôvSs  (T5cri!JLaxi(T[x6v  aîxtov  eîvai  xwv  xaxi 
p(ov  au[jLT:x(D[xixa)v  éxiaxw  xiÔevxai  (Basil.,  i/owi.  XXV,  p.  510).  —  où  yàp  S^ 
Toûxo  àaxpovotjLtaç  Ipyov  èjxtv,  àTiô  xwv  àaxpwv  ElSévat  xoùî  xtxxo[A£vo'Jî,  àXV  iirà 
xf,î  wpaî  xwv  xixxojAEvwv  TcpoavasuvEtv  xà  ixéXXovxa  lasaOat,  wç  cpa^tv  (lo.  Chrys., 
loc.  cit.).  Doctrine  suggérée  déjà  par  les  Gnostiques  (cf.  Çévo;  àaxfjo,  ci- 
dessus,  p.  612,  2),  commune  à  S.  Grégoire  de  Nazianze,  Diodore  de  Tarse,  S.  Jean 
Chrysostouie  et  toute  l'école  d'Antioche.  De  même  l'auteur  de  VHermippus  : 
(i<TX£pa  xivà  ^Evov  oI|jiat  xoû  auvrfiùuz  (I,  9,  §  51).  Diodore  de  Tarse  disait  : 
6ûva[iiv  xtva  2rE'.ox£pav.  Cf.  l'ange  apparaissant  aux  bergers  dans  S.  Luc(ii,  9  sq.). 
Ces  docteurs  croient  répondre  à  l'objection  en  disant  :  c'est  un  prodige.  Us 
oublient  que  les  prodiges  sont  les  signes  divinatoires  par  excellence,  seuls 
même  à  l'origine,  et  que,  dans  les  méthodes  les  plus  systématisées,  il  reste 
toujours  une  marge  pour  les  prodiges  —  les  comètes  et  les  bolides  en  astro- 
logie. On  crut  revoir  l'étoile  des  Mages  dans  celle  qui  apparut  en  1572  dans 
la  constellation  de  Cassiopée,  et  Théodore  de  Bèze  en  conclut  que  le  second 
avènement  du  Christ  était  proche  (F.  Hoefer,  Hist.  de  l'astronomie,  p.  329). 

2«  L'étoile  était  prévue  depuis  longtemps  par  la  tradition  messianique 
(E.  Renan,  Vie  de  Jésus,  19o  éd.,  p.  251).  11  est  assez  curieux  de  retrouver 
dans  les  légendes  romaines  un  guide  céleste  venu  aussi  d'Orient.  Varro  ait 
hanc  stellam  Luciferi,  quae  Veneris  dicitur,  ab  Aenea,  doiiec  ad  Laurentum 
agmm  venirel,  semper  visant,  et  postquarn  pervertit,  videri  desiisse  (Serv.,  Aen., 
Il,  801).  Énée  est  conduit  à  un  endroit  déterminé  par  un  astre  qui,  pour  être 
une  planète  connue,  n'en  agit  pas  moins  miraculeusement. 


614     CHAP.  XVI.  —  l'astkologie  dans  le  monde  romain 

pour  montrer  que  la  confiance  en  l'astrologie  est  compatible  avec 
la  foi  chrétienne,  à  la  seule  condition  de  prendre  l'étoile  pour 
signe  et  annonce,  non  pour  cause  de  la  «  naissance  du  dieu 
Verbe  »  *,  Il  s'interrompt,  il  est  vrai,  pour  recommander  de  mettre 
le  verrou  aux  portes,  sachant  que  son  opinion  n'est  pas  pour 
plaire  à  certaines  gens. 

Nous  voyons  reparaître  une  fois  de  plus  ici  le  scrupule  qui 
excite  le  zèle  des  docteurs  et  qui,  une  fois  calmé  par  la  distinc- 
tion entre  les  signes  et  les  causes,  les  laisse  dépourvus  de  raisons 
péremptoires  ou  même  disposés  à  l'indulgence  en  face  des  autres 
prétentions  de  l'astrologie.  Que  les  astrologues  renoncent  à  dire 
que  les  astres  règlent  la  destinée  ;  que,  comme  Platon,  Philon  et 
les  néoplatoniciens,  ils  leur  attribuent  seulement  le  rôle  de  signes 
indicateurs,  d'écriture  divine,  et  plus  d'un  adversaire  posera  les 
armes,  persuadé  qu'il  n'y  a  plus  alors  de  fatalisme  astrologique 
et  que  la  conduite  du  monde  est  remise,  comme  il  convient,  à 
Dieu  seul.  Au  fond,  Origène  ne  leur  demande  pas  autre  chose  ^ 

1.  La  condition  est  oùy  oti  ècpâvTi  [ô  sTtl  rri;  toû  Stsoû  Aôyou  yevÉffEw;  iatY^p] 
xal  Toùî  [Adtyouî  auvscpeiXxûaaxo,  Ti',v  ^sveaiv  àTtsTÉXeasv,  àXkà  xoûvavxtov  tsXou- 
[lEVTiv  IffTjfxavEV,  oÎQVst  Tiî  %r\pu\  xal  itpoayyeXîù;  toû  ToaoûSe  ynxkoù  YeYOvûi; 
{Hermipp.,  I,  8,  48).  C'est,  retourné  en  faveur  de  l'astrologie,  rarguinent  invoqué 
contre  elle  par  S.  Jean  Chrysostome  (ci-dessus,  p.  612,  3)  et  par  S.  Augustin,  qui 
foudroie  les  partisans  de  l'étoile-horoscope,  agent  de  la  naissance  et  cause  de 
la  fatalité,  même  pour  le  Christ  :  Hicjam  erubescat  stuJlitia  sacrilega  et  quae- 
dam,  ut  ita  dicam,  indocta  doctrina,  quae  ideo  putat  Christum  sub  stellarum 
decreto  esse  7iatum,  quia  scriptum  est  in  Evangelio,  quando  natus  est,  stellam 
ejus  magos  in  oriente  vidisse.  Quod  verum  non  esset,  nec  si  homines  sub  decreto 
ejusmodi  nascerentur ;  quia  non  sicut  Dei  filius  propria  voluntate,  sed  naturae 
mortalis  conditione  nascuntur .  Nunc  autetn  ta?itutn  abhorret  a  vero,  sub  stel- 
lato  fato  natum  esse  Christum,  ut  millum  hominem  ita  nasci  credat  quisquis 
recte  crédit  in  Christum.  —  Hinc  enim  potius  Christus  non  sub  dominatu  ejus 
[stellae'],  sed  dominus  ejus  apparuit;  quia  illa  non  in  caelo  sidereas  vias 
tenuit,  sed  hominibus  quaerentibus  Christum  viam  usque  ad  locum  in  que  natus 
fuerat  démons travit.  Unde  non  ipsa  Christum  fecit  mirabiliter  vivere,  sed 
ipsam  fecit  Christus  mirabiliter  apparere  (i\.ug.,  Serm.  CXCIX,  t.  V,  633Bened.). 

2.  Origen.,  In  Gènes,  comm.,  ap.  Euseb.,  Praep.  Ev.,  VI,  11.  Origène  n'a 
qu'un  but  :  montrer  que  la  prédestination  ou  fatalité  astrologique  (£l[j.ap[ji£VT,) 
n'existe  pas,  mais  seulement  la  prescience  divine  (-Trpôvvuiiiî  xoû  esoO),  laquelle 
n'est  pas  contraire  à  la  liberté  humaine,  attendu  que  la  prescience  divine 
n'est  pas  non  plus  cause,  mais  signe,  enregistrement,  connaissance  —  anti- 
cipée à  notre  égard,  simultanée  pour  Dieu  —  de  nos  actes.  On  n'a  rien  ajouté 
depuis  aux  arguments  sur  lesquels  il  édifie  cette  thèse  fondamentale,  si  ce 
n'est  qu'il  est  plus  sage  d'y  croire  que  d'essayer  de  la  démontrer.  Il  entend 
prouver  :  1"  oti  oi  àuTÉpe;  oùx  eîal  itoiTiTixoi  xwv  sv  àvOpwiron;,  aT^fia vttxol 
5è  (xôvov;  2°  Sxt  dtvOpwTioi  xV  Tispi  xotixtov y^watv  àxp  têwi;  îy^zi'v  où  Sûvavxat,  àXkài 
SuvâjxEffiv  àvOpoj-Kuv  xpEÎxxoffi  xà  aT;|i.£ta  èvcxEÏxai  [ibid.,  VI,  H,  30).  On  remar- 


DOCTRINE    d'oRTGÈNE  6!  5 

Il  n'oublie  pas  de  faire  valoir  contre  les  astrologues  les  objections 
connues,  l'argument  des  jumeaux,  l'argument  inverse  tiré  des 
races,  voire  la  précession  des  équinoxes,  enfin,  l'impossibilité  où 
ils  sont  de  satisfaire  aux  exigences  de  la  théorie;  mais,  contre 
l'astrologie  elle-même,  conçue  comme  interprétation  de  signes 
divins,  il  n'a  rien  à  dire,  sinon  qu'elle  est  au-dessus  de  l'intelli- 
gence humaine.  Encore  n'est-il  pas  très  ferme  sur  ce  terrain  ;  car 
enfin.  Dieu  ne  fait  rien  en  vain.  Pour  qui  ces  signes  révélateurs, 
qui,  n'étant  pas  causes,  seraient  inutiles  comme  signes  s'ils 
n'étaient  pas  compris?  Pour  les  «  puissances  supérieures  aux 
hommes,  les  anges  »?  Mais  les  «  anges  »  (a^i^sXoi)  sont,  par  défi- 
nition, les  messagers  de  Dieu,  et  les  prophéties  prouvent  que  Dieu 
ne  dédaigne  pas  de  révéler  parfois  l'avenir  aux  hommes.  Du 
reste,  on  n'a  pas  besoin  de  pousser  Origène  aux  concessions  :  il  ne 
refuse  aux  hommes  que  la  connaissance  «  exacte  »  du  sens  des 
signes  célestes.  Toutes  réserves  faites  sur  la  pratique,  il  croit  à 
l'astrologie,  pour  les  mêmes  raisons  que  les  néoplatoniciens,  et  il 
lui  apporte  même,  à  ses  risques  et  périls,  le  renfort  de  textes  tirés 
de  l'Écriture  sainte  ^ 

En  dépit  de  l'infortune  posthume  qui,  au  iv*  siècle,  le  retrancha 
du  nombre  des  docteurs  orthodoxes,  on  sait  combien  fut  grande, 
dans  l'Église  grecque  surtout,  l'autorité  d'Origène,  Aussi  n'est-on 
pas  étonné  d'apprendre  que  nombre  de  chrétiens,  même  des 
membres  du  clergé,  croyaient  pouvoir  accepter  les  doctrines  ou 


quera  la  concession  impliquée  dans  dtxpi6wç.  En  résunaé,  il  accepterait 
l'astrologie,  non  plus  comme  yevsBXtaTkoyix'^,  mais  comme  àaxepoaxo- 
it  IX  T,  (VI,  11,  71),  déchiffrement  de  l'écriture  symbolique  dont  les  astres  sont 
les  caractères. 

1 .  Origène  part  du  texte  fameux  sur  lequel  s'appuie,  depuis  Philon,  toute  la 
doctrine  {Gènes.,  i,  14,  ci-dessus,  pp.  600,  1,  610,  2).  Mais  il  ne  s'arrête  pas  là 
et,  en  vrai  néo-platonicien  qu'il  est  au  fond,  il  admet  que  les  astres  ne  sont  pas 
de  simples  miroirs,  mais  des  instruments  intelligents  de  la  divinité.  Ce  n'est 
pas  à  des  corps  inertes  que  le  Psalmiste  dit  :  Laudate  eum,  sol  et  luna.  Ori- 
gène se  demande  même  s'ils  n'avaient  pas  péché,  attendu  que  Job  dit  :  Et 
stellae  non  sunt  mundae  in  conspectu  ejus,  et  s'ils  n'ont  pas  participé  à  la 
Rédemption.  S.  Paraphile  {Apol.  pro  Origène,  9)  afiirme  que  cette  opinion  n'est 
pas  hérétique.  Elle  le  devint  plus  tard  chez  les  Priscillianistes,  Quant  à  la 
foi  en  l'astrologie,  elle  était  chez  Origène  et  elle  est  restée  depuis  compatible 
avec  l'orthodoxie  catholique.  Le  docte  Huet,  qui  s'y  connaissait,  s'en  porte 
garant.  Si  Origène,  dit-il,  croyait  à  la  révélation  de  l'avenir  par  les  astres,  in 
eadem  esset  causa  ac  Apotelesmalici  omnes  et  hodierni  astrolof/iae  patroni, 
quorum  sententia,  intégra  modo  servetur  humani  liberlas  arbitrii,  haereseos 
nota  immunis  est  (P.  Danielis  Huetii  Origenianorum  lib.  II,  2.  Quaest,  viii,  De 
asti-is,  in  P^trol.  Migne,  Origen.  0pp.,  t.  VII,  p.  973-989). 


616     CHAP.  XVI.  ^-  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

s'adonner  aux  pratiques  de  l'astrologie.  On  raconte  que  l'évêque 
d'Ëmèse,  Eusèbe,  était  dans  ce  cas,  et  qu'il  fut  par  la  suite  déposé 
de  son  siège  pour  ce  fait  *.  S.  Athanase,  si  rigide  pourtant  sur  le 
dogme,  trouve  dans  le  livre  de  Job  la  trace  et,  par  conséquent,  la 
confirmation  d'une  des  théories  les  plus  caractéristiques  de 
l'astrologie,  celle  des  oTxot  ou  domiciles  des  planètes  ^  Eusèbe 
d'Alexandrie  constate  —  et  déplore  —  que  les  chrétiens  se 
servent  couramment  d'expressions  comme  :  «  Peste  soit  de  son 
étoile  !  »,  ou  «  Peste  soit  de  mon  horoscope  !  »,  ou  «  Il  est  né  sous 
une  bonne  étoile!  »  11  ajoute  que  certains  vont  jusqu'à  adresser 
des  prières  aux  astres  et  dire,  par  exemple,  au  soleil  levant  : 
«  Aie  pitié  de  nous  »,  comme  font  «  les  adorateurs  du  Soleil  et 
les  hérétiques  »  ^. 

Le  danger  était  là,  en  effet.  L'Église  ne  se  souciait  pas  d'entrer 
en  lutte  contre  l'astrologie  d'allure  scientifique;  mais  elle  ne 
pouvait  laisser  remonter  à  la  surface  le  fonds  de  religion,  le 
sabéisme,  qui  avait  engendré  l'astrologie,  que  les  platoniciens  et 
stoïciens  avaient  naturalisé  en  Grèce,  et  qui,  à  mesure  que  baissait 
le  niveau  de  la  culture  générale,  tendait  à  reprendre  sa  force 
originelle  *.  C'est  ce  qui  explique  la  reprise  des  hostilités,  d'ail- 
leurs assez  mollement  menées,  dont  nous  avons  donné  un  aperçu 


1.  'EXoi5op£tTO  wç  (jLaÔTiiiaTix-^.v  (iaxotJ[isvoî  (Socrat.,  Hist.EccL,  II,  9) —  8t£- 
SdtXXsTO  (iaxEtaôat  tfjî  d(aTpovo|j.tai;  5  (lépo;  àitOTEXs<j|xaTtxàv  xaXoûJi  (Sozom,, 
H.  EccL,  III,  6). 

2.  S.  Athanase,  commentant  un  passage  de  Job  (ix,  9)  dans  un  texte  un  peu 
différent  de  la  Vulgate,  où  Dieu  est  dit  iroiwv  nXsiaSa  xai  "Esiïspov  {Orion 
dans  la  Vulgate),  découvre  la  raison  de  ce  rapprochement  dans  le  fait  que  les 
Pléiades  (dans  le  Taureau)  sont  la  maison  de  la  planète  Hespéros  (Vénus)  : 
Et  Tiç  Sûvaxat,  àxoûcTw  xiç  èaxiv  t,  nî^siai;;  xal  ttvoç  otxdî  èaxt  xal  ttvoî  X*^?^"^ 
[peut-être  Sptov?]  ;  ô  yàp  "EsTcspos  oixov  ïyzi.  tô  âfftpov  tôiv  nî^etaôwv,  xal  où% 
eîxTÎ  'caij'ua  tCkT^Tz-zai  Ta  6vô[j.aTa  (Athanas.  ap.  Pitra,  Anal,  sacra,  V,  1,  p.  25  : 
texte  visé  ci-dessus,  p.  191,  2).  On  est  étonné  de  la  liberté  d'esprit  dont  fait 
souvent  preuve  S.  Athanase.  Parlant  des  dieux  païens,  il  ne  mentionne  pas 
l'explication  mystique,  courante  et  même  de  foi  depuis  S.  Paul  (cf.  I  Cor.,  x, 
19-21),  «  que  les  dieux  des  Gentils  sont  des  démons  ».  Il  se  contente  des 
explications  rationnelles,  orthodoxes  aussi,  à  savoir  que  ce  sont  ou  des  forces 
naturelles,  ou  des  idoles  inertes  (àE<J;uxa),  ou  des  hommes  déifiés  (Athanas., 
Orat.  contra  gentes,  29). 

3.  Euseb.  Alex.,  op.  cit.,  éd.  Thilo,  p.  19. 

4.  Cf.  ci-dessus,  pp.  466,  2.  598,  1,  le  recours  à  la  prière  pour  fléchir  ou  com- 
battre les  volontés  célestes.  C'était  là  le  danger,  que  signalait  encore  le  pape 
Léon  le  Grand  :  Quae  tamen...  spondent  posse  mutari,  si  illis  quae  adver- 
santur  sideribus  supplicitur,  d'où  illa  generatur  impielas  ut  Sol...  adoretur, 
quod  nonnulli  etiam  Christiani  se  religiose  facere  putant,  etc.  (Léo  Magn., 
Serm.  in  natiu.  Dom.,  3-4). 


POLÉMIQUE   DES    ORIGÉNISTES  617 

à  propos  de  Tétoile  des  Mages.  Les  Pères  du  iv^  siècle  finissant 
ne  purent  que  recommencer,  sans  y  jeter  un  argument  nouveau, 
la  lutte  contre  l'astrologie,  au  nom  de  la  morale  menacée  par 
son  fatalisme  *.  Comme  origénistes,  ils  n'osent  plus  employer 
contre  elle  les  armes  théologiques  ^,  et,  comme  dialecticiens,  ils 
sont  bien  au-dessous  de  leurs  devanciers.  Ils  répètent  à  Tenvi 
que  si  la  destinée  humaine  était  préfixée  par  les  astres,  Dieu,  qui 
a  fait  les  astres,  serait  responsable  de  nos  actes,  même  mauvais. 
Leur  argumentation  peut  se  résumer  dans  le  mot  de  S.  Ephrem  : 
«  Si  Dieu  est  juste,  il  ne  peut  avoir  établi  des  astres  généthliaques, 
«  en  vertu  desquels  les  hommes  deviennent  nécessairement  pé- 
«  cheurs  »  \  C'était  le  langage  du  bon  sens  :  mais  le  bon  sens,  fait 
de  postulats  empiriques,  n'est  pas  plus  admis  dans  les  démons- 
trations en  forme  que  le  coup  de  poing  dans  l'escrime  savante, 
et,  du  reste,  il  était  facile  de  le  retourner  contre  le  dogme 
chrétien.  Ces  docteurs  qui,  pour  laisser  entière  notre  responsa- 
bilité, ne  veulent  pas  connaître  de  limites  naturelles  à  notre 
liberté  ferment  les  yeux  pour  ne  point  voir  les  redoutables  ques- 
tions soulevées  par  la  foi  en  la  prescience  de  Dieu  et  les -difficultés 
qu'ajoute  à  ce  problème  général,  insoluble,  le  dogme  chrétien 
lui-même.  Le  péché  originel,  la  grâce,  et  l'obligation  d'accorder 
ces  formes  de  la  fatalité  avec  l'idée  de  justice,  sont  des  arcanes 
auprès  desquels  le  fatalisme  astrologique  paraît  souple  et  accom- 
modant. En  outre,  ces  mêmes  docteurs  s'attaquaient  imprudem- 
ment à  la  science  elle-même,  au  nom  de  l'orthodoxie.  S'ils 
n'avaient  pas  de  textes  précis  à  opposer  à  l'astrologie,  ils  en 


1.  Nous  avons  encore  le  KaTà  etixapfxévTiîde  Grégoire  de  Nysse  :  le  traité 
homonyme  de  l'évêque  Diodore  de  Tarse  est  perdu,  sauf  quelques  fragments 
(ap.  Phot.,  Cod.,  ccxxiii).  S.  Basile  (fn  Hexaem.  Homil.  VI)  s'indigne  :  il  appelle 
l'astrologie  un  mal  pernicieux  (^Idë-r^-^)  dont  il  faut  guérir  les  esprits. 

2.  Ils  admettent  les  signes  célestes  de  l'Évangile  et  tous  autres  présages 
météorologiques.  On  se  demande  si  c'est  pour  discréditer  le  «  thème  du 
monde  »  des  astrologues  dits  «  Égyptiens  «  que  S.  Jean  Chrysostome  [De 
iiiundi  créât.,  0pp.  VI,  p.  449)  s'avise  de  soutenir  que  Dieu  a  créé  la  lune 
pleine  (■rcivaéX-rivo;).  Elle  ne  pouvait  pas  être  pleine  si  elle  était  dans  le  Cancer, 
le  Soleil  étant  dans  le  Lion  (ci-dessus,  p.  187,  fig.  23). 

3.  Ephrœm.,  Carm.  Nisib.  (en  syriaque),  lxxii,  16.  De  même,  et  aussi  contre 
les  astrologues  :  si  geniis  humanum  ad  varias  actus  nascendi  necessitale 
premerettir,  cur  aiit  laudem  mereantur  boni,  aut  mali  percipiant  ulHonem? 
(Isid.,  Origg.,  III,  70,  40).  Mais  les  mêmes  théologiens,  ici  déguisés  en  mora- 
listes, ne  trouvaient  pas  absurde  —  une  fois  Dieu  mis  hors  de  cause  —  que 
la  liberté  d'Adam  eût  produit  pour  ses  descendants  une  nécessitas  peccandi 
jointe  à  la  responsabilité,  une  transmission  non  seulement  de  la  déchéance, 
mais  de  la  culpa. 


618      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

trouvaient,  et  plus  d'un,  qui  leur  défendaient  d'admettre  que  la 
terre  fût  une  sphère  et  leur  imposait  de  croire  qu'il  y  avait  au 
haut  du  firmament  des  réservoirs  d'eaux  célestes.  Ils  étalaient 
ainsi  à  nu  leur  naïveté,  déjà  tournée  en  intolérance,  et  se 
mettaient  sur  les  bras  des  querelles  inutiles,  ou  utiles  seulement 
aux  astrologues.  Ceux-ci,  en  effet,  gardaient  le  prestige  de  la 
science  grecque,  et  ils  auraient  aussi  bien  trouvé  leur  compte  au 
triomphe  de  la  cosmographie  orthodoxe,  qui  était  celle  des 
anciens  Ghaldéens  K 

La  lutte,  ainsi  élargie,  dévoyée,  dispersée,  fut  reprise  et  comme 
concentrée  en  une  dernière  bataille  livrée  par  le  plus  grand  tac- 
ticien, le  plus  impérieux  et  le  plus  écouté  des  docteurs  de  l'Église, 
S.  Augustin.  Celui-là  est  d'une  autre  trempe  que  les  origénistes 
de  l'Église  d'Orient.  Il  dédaigne  les  précautions  de  langage,  les 
arguments  de  moralistes,  comme  le  souci  du  libre  arbitre  humain, 
qu'il  écrase  sous  la  doctrine  de  la  grâce  et  de  la  prédestination  ; 
et,  s'il  emploie  la  raison  raisonnante,  c'est  comme  arme  légère, 

1.  Cf.  le  mémoire  de  Letronne,  Des  opinions  cosmographiqiies  des  Pères  de 
l'Église,  1835  (Œuvres  choisies,  I,  pp.  382-414).  Tandis  que,  du  côté  païen, 
des  esprits  aussi  médiocres  que  Macrobe,  par  exemple,  admettent  la  sphéricité 
de  la  Terre  et  l'existence  des  antipodes,  Lactance  n'a  pas  assez  de  railleries 
pour  cette  doctrine  à  son  gré  inepte,  absurde  {Inst.  Div.,  III,  24)  :  Diodore  de 
Tarse  la  réfute  et  S.  Augustin  défend  qu'on  y  croie.  L'opinion  générale  des 
Pères  est  que  le  ciel  est  un  hémisphère  creux  posant  sur  la  Terre,  attendu  que 
Dieu  statuit  caelum  quasi  fornicem  et  extendit  ipsum  quasi  tabernaculum 
(Psalm.,  cm,  3).  Au  centre  du  disque  terrestre  est  1'  ôfxtpaXôî  xf.î  yf,!;,  non 
plus  Delphes,  maife  Jérusalem,  ou,  plus  exactement  le  Golgotha,  Dieu  ayant 
dit  par  le  prophète  :  Ista  est  Jérusalem  :  in  medio  gentium  posui  eam,  et  in 
circuitu  ejus  terras  (Ezech.,  v,  5).  Au-dessus  de  la  voûte  céleste,  peut-être 
sur  un  fond  horizontal,  les  eaux  ou  «  cataractes  du  ciel  »  [Gen.,  i,  6-7.  vu, 
11  ;  Psalm.,  lxxvii,  23.  cni,  3.  cxLvni,  5).  S.  Augustin  coupe  court  à  toute  dis- 
cussion, en  disant  :  quoquo  modo  autem  et  qualeslibel  aquae  ibi  sint,  esse  eas 
minime  dubitemus  :  major  est  quippe  Scripturae  auctoritas  quam  omnis 
humani  ingenii  capacitas  (Augustin.,  In  Gènes.,  II,  9),  ce  qui  est  raisonner 
franchement  en  théologien.  Seulement,  il  accorderait  volontiers  que  ce  sont 
des  «  eaux  spirituelles  »  {Conf.,  XIII,  32.  Retract.,  II,  6).  S.  Augustin  constate 
du  reste,  comme  les  Pères  du  m"  siècle,  que  les  chrétiens  passaient  aux  yeux 
des  païens  pour  des  simples  d'esprit  et  des  gens  sans  culture  :  adhuc  audent 
ipsi  pauci  gui  remanserunt...  Qhristianos  tanquam  imperilissimos  irridere.  Ils 
parlent  de  Vimperilia  et  stultitia  Christianorum,  à  quoi  S.  Augustin  répond 
que  le  nombre  des  chrétiens  augmente  et  celui  des  païens  diminue  (Augus- 
tin., De  divin,  daemon..,  §  14).  Un  païen  pessimiste  n'eût  pas  tiré  du  même 
arguuient  la  même  conclusion.  En  revanche,  les  chrétiens  subissaient  le  pres- 
tige de  la  science  païenne,  de  la  divination  diabolique,  contre  laquelle  écrit 
S.  Augustin  —  adversus  praesiunptionem  et  tanquam  miram  et  magnam  scien- 
tiam  Paganorum  (ibid.,  §  1). 


POLÉMIQUE  DE  S.  AUGUSTIN  6i9 

se  réservant  d'employer,  pour  briser  les  résistances,  Taflirmation 
hautaine  et  l'autorité  du  dogme.  Il  ne  faut  donc  pas  s'attendre  à 
trouver  chez  lui  une  logique  serrée,  et  il  n'est  même  pas  aisé  de 
distinguer  du  premier  coup  le  but  qu'il  poursuit.  Ce  n'est  pas 
pour  la  liberté  humaine  qu'il  combat.  Loin  de  faire  cause  com- 
mune avec  ses  défenseurs,  il  les  considère  comme  des  athées.  Il 
trouve  détestable  la  négation  de  la  prescience  divine  opposée 
comme  fin  de  non-recevoir  par  Cicéron  aux  partisans  de  la  divina- 
tion K  II  admet  donc,  sans  ombre  de  doute,  la  possibilité  de  la 
révélation  de  l'avenir,  —  sans  quoi  il  faudrait  nier  les  prophéties, — 
et  même  il  ne  considère  pas  comme  des  superstitions  nécessaire- 
ment illusoires  et  mensongères  les  pratiques  divinatoires.  Mais  il 
abomine  d'autant  plus  ces  inventions  des  démons,  des  démons  qui, 
toujours  aux  aguets,  épient  les  signes  extérieurs  de  la  pensée  divine 
et  s'emparent  ainsi  de  quelques  bribes  de  vérité  qu'ils  mêlent, 
quand  il  leur  plaît,  à  leurs  mensonges  ^  S.  Augustin  accepte  toute 
la  démonologie  cosmopolite  qui  minait  depuis  des  siècles  l'assiette 
de  la  raison,  et  nul  esprit  ne  fut  jamais  plus  obsédé  par  la  hantise 
et  le  contact  du  surnaturel.  Manichéen  ou  orthodoxe,  il  ne  voit 
dans  le  monde,  dans  l'histoire  comme  dans  la  pratique  journa- 
lière de  la  vie,  que  la  lutte  entre  Dieu  et  le  diable,  entre  les  anges 
de  lumière  et  les  esprits  de  ténèbres,  ceux-ci  imitant  ceux-là, 
opposant  leurs  oracles  aux  prophéties  divines,  disputant  aux 
songes  véridiques  l'âme  qui  veille  dans  le  corps  endormi,  luttant 
à  coups  de  sortilèges  magiques  avec  les  vrais  miracles.  L'astro- 


1.  Quid  est  err/o  quod  Cicero  timuit  in  praescientia  futtirorum,  ut  eam  labe- 
faclare  disputatione  detesfabili  niteretur?  (Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  9).  II  le 
déteste  plus  que  les  Stoïciens,  ce  qui  n'est  pas  peu  dire,  parce  que,  en  niant 
la  prédestination,  il  nie  Dieu.  Qui  eniin  non  est  praescius  omnium  futurorum, 
non  est  utique  Deus.  Suivant  S.  Augustin,  Dieu  a  tout  prévu  de  toute  éter- 
nité, même  nos  volitions;  mais  nous  sommes  libres  dans  tous  les  cas  où  il  a 
voulu  que  nous  le  fussions  et  prévu  que  nous  le  serions  {ibid.,  V,  10).  C'est 
au  nom  de  ce  libre  arbitre  à  peu  près  inintelligible  qu'il  repousse  le  fata- 
lisme astrologique  :  alii  quidem  falo  se  ad  peccandum  queruntur  impelli, 
tamquam  hoc  decreverint  sidéra  et  caelum  prias  talia  decernendo  peccaveri 
(Augustin.,  De  Contin.,  14).  Ce  qui  lui  importe,  c'est  de  maintenir  la  respon- 
sabilité du  pécheur,  tout  en  attribuant  à  la  grâce  seule  la  justification  du 
prédestiné. 

2.  Voy.  le  traité  spécial  De  dioinatione  daemonum,  qui  résume  une  doctrine 
depuis  longtemps  chrétienne.  Il  arrive  aussi  que  Dieu  force  les  démons  à 
confesser  la  vérité.  C'est  pourquoi  des  zélateurs  fabriquaient  des  oracles  où 
Apollon  se  déclare  vaincu  et  enseigne,  en  bon  catéchiste,  le  dogme  de  la 
Trinité,  rend  hommage  à  la  Vierge  Marie,  etc.  (v.  g.  Anal,  sacr.,  V,  pp.  307- 
308  Pitra). 


620     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

logie  bénéficia  pourtant  du  goût  qu'il  s'était  senti  pour  elle  et  de 
l'étude  qu'il  en  avait  faite  *.  Ce  n'était  pas  là  un  de  ces  pièges  vul- 
gaires tendus  par  le  démon  aux  âmes  simples,  mais  l'extension 
abusive,  orgueilleuse,  athée,  d'une  science  qui  était  à  certains 
égards  le  chef-d'oeuvre  de  l'esprit  humain  ^  Si  l'astrologie  n'était 
pas  athée,  si  les  «  mathématiciens  >>  consentaient  à  ne  voir  dans 
les  astres  que  des  signes,  et  non  plus  des  causes,  S.  Augustin 
hésiterait  à  condamner  unç  opinion  partagée  par  des  gens  très 
doctes  ^.  Mais,  telle  qu'elle  est  et  que  la  comprennent  la  plupart 
de  ses  partisans,  elle  a  la  prétention  de  substituer  la  fatalité 
naturelle,  mécanique,  à  la  volonté  de  Dieu  ;  elle  est  donc  dans  la 
voie  du  mensonge,  et  le  champion  du  Tout-Puissant  s'attaque, 
avec  sa  fougue  ordinaire,  à  ces  «  divagations  impies  »  *. 

Les  armes  théologiques  étant  depuis  longtemps  émoussées, 
c'est  à  la  dialectique  qu'il  a  recours.  Il  reprend  tous  les  argu- 
ments mis  en  ligne  depuis  Carnéade,  mais  il  n'y  ajoute  guère  que 
sa  véhémence,  des  sarcasmes  et  un  peu  de  sophistique.  La  fasti- 
dieuse querelle  élevée  à  propos  des  jumeaux  —  avec  variante 
pour  les  jumeaux  de  sexe  différent  —  n'est  pas  plus  tranchée 

1.  Augustin.,  Conf.,  IV,  3. 

2.  C'est  de  l'astronoiTiie  que  S.  Augustin  dit  :  [Ratio  humana]  aslrologiam 
genuit,  magnum  religiosis  argumenlum,  tormentumque  curiosis  (Augustin.,  De 
ordine,  II,  42). 

3.  Quod  si  dicunlur  stellae  significare  polius  ista  quam  facere,  ut  quasi 
loculio  quaednm  sit  illa  positio  praedicens  futura,  non  agens  {non  enim  medio- 
cri/er  doctorum  hominum  fuit  ista  sententia)  :  non  quidem  ita  soient  mathe- 
matici,  ut  v.  g.  dicant  :  «  Mars  ita  positus  homicidam  sigîiificat  »,  sed  :  «  homi- 
cidam  facit  »  (Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  1.  Cf.  Conf.,  IV,  3).  Il  accepterait  au 
besoin  l'action,  mais  purement  physique,  des  astres  sur  les  corps  :  Cum  igitur 
non  usquequaque  absurde  dici  possel  ad  solas  corporum  differentius  adflatus 
quosdam  valere  sidereos,  à  l'instar  de  ce  que  produisent  les  positions  du  Soleil 
et  les  phases  de  la  Lune.  Seulement,  il  retire  à  moitié  cette  concession  en  fai- 
sant remarquer  aussitôt  que  l'action  postulée  ne  va  pas  jusqu'à  unifier  le 
sexe   des  jumeaux  {Civ.  Dei,  V,  6). 

4.  Jam  etiam  mathematicorum  fallaces  divinationes  et  impia  deliramenla 
rejeceram  (Augustin.,  Conf.,  VII,  6).  Ses  connaissances  en  astronomie  lui 
avaient  rendu  un  immense  service,  en  lui  permettant  de  constater  l'ignorance 
de  l'évêque  manichéen  Faustus,  ce  qui  ébranla  sa  foi  dans  la  doctrine  prêchée 
par  le  dit  Faustus  {Conf.,  V,  5).  C'était  précisément  le  caractère  scientifique, 
neutre,  de  l'astrologie  qui  autrefois  l'avait  attiré.  Ideoque  illos  pianos  [on  a  lu 
aussi  planetarios],  quos  mathematicos  vacant,  plane  considère  non  desisle- 
bam,  quod  quasi  nullum  eis  esset  sacrificium  et  nullae  preces  ad  aliquem  spi- 
ritutn  ob  divinationem  dirigerentur  (Aug.,  Conf.,  IV,  3).  Depuis,  il  considère 
l'astrologie  comme  une  fornicatio  animae  (Augustin.,  0pp.,  III,  p.  63  a),  épi- 
thète  qui  lui  est  familière  et  qu'il  applique  à  tout  ce  qui  éloigne  l'homme  de 
Dieu,  croyance  ou  science. 


POLÉMIQUE  DE  S.  AUGUSTIN  621 

par  l'exemple  d'Esati  et  de  Jacob  que  par  celui  des  Dioscures; 
l'attaque  et  la  riposte  en  restent  au  même  point.  Il  le  sent 
si  bien  lui-même  qu'il  a  recours  à  des  artifices  de  rhétorique 
et  à  des  pièges  de  mots.  Étant  donné,  dit-il,  deux  jumeaux,  ou 
bien  ils  ont  même  horoscope,  et  alors  tout  doit  être  pareil  chez 
eux,  ce  qui  n'est  pas,  l'expérience  le  prouve  :  ou  bien,  ils  ont, 
à  cause  de  la  petite  différence  de  temps  qui  sépare  les  deux 
naissances,  des  horoscopes  diff'érents,  et  alors,  «  j'exige  des 
parents  différents,  ce  que  des  jumeaux  ne  peuvent  pas  avoir»*. 
Avec  de  telles  exigences,  on  ne  comprendrait  pas  que  les  mêmes 
parents  puissent  avoir  jamais  plus  d'un  enfant,  absurdité  dont 
l'astrologie  n'est  aucunement  responsable.  Ces  mêmes  jumeaux 
sont  malades  «  en  même  temps  ».  Le  fait  est  expliqué  par  la 
similitude  des  tempéraments  suivant  Hippocrate,  par  celle  des 
thèmes  de  géniture  suivant  Posidonius.  S.  Augustin  ne  se  con- 
tente pas  de  préférer  l'explication  du  médecin  à  celle  de  l'astro- 
logue; il  veut  que  l'expression  «  en  même  temps  »  indique  une 
coïncidence  mathématiquement  exacte,  et  il  s'écrie  :  «  Pourquoi 
«  étaient-ils  malades  pareillement  et  en  même  temps,  et  non  pas 
«  l'un  d'abord,  l'autre  ensuite,  puisque  aussi  bien  ils  ne  pouvaient 
«  pas  être  nés  simultanément?  Ou  si  le  fait  d'être  nés  en  des  temps 
«  diff'érents  n'entraînait  pas  qu'ils  fussent  malades  en  des  temps 
«  ditTérents,  pourquoi  soutient-on  que  la  différence  de  temps  à  la 
«  naissance  produit  des  diversités  pour  les  autres  choses  »  ^  ?  Les 
astrologues  avaient  vingt  façons  d'échapper  à  ce  dilemme,  sans 
compter  la  ressource  de  ne  pas  endosser  jusque  dans  le  détail  la 
responsabilité  des  opinions  de  Posidonius.  L'astrologie,  avertie 
par  des  siècles  de  discussions,  ne  disait  pas  ou  ne  disait  plus  que 
les  destinées  des  jumeaux  dussent  être  de  tout  point  semblables  ou 
de  tout  point  différentes.  Mais  S.  Augustin  ne  veut  pas  ainsi  aban- 
donner la  partie  :  il  se  cramponne  à  Posidonius.  Celui-ci  préten- 
dait que  les  jumeaux  malades,  s'ils  n'étaient  pas  nés  au  même 
moment  mathématique,  avaient  été  conçus  en  même  temps;  il 
expliquait  ainsi  les  ressemblances  dans  la  destinée  des  jumeaux 
par  la  simultanéité  de  conception  et  les  dissemblances  par  la  non- 
simultanéité  des  naissances.  Use  mettait  dans  un  mauvais  cas,  et 
S.  Augustin  daube  à  son  aise  sur  cette  conception  simultanée  qui 

1.  Ac  per  hoc  si  tain  celeriter  aller  post  alterum  nascitur  ut  eadem  pars 
horoscopi  maneat,  paria  cuncta  quaero^  qtiae  in  nullis  possunt  geminis  inveniri; 
si  aulem  sequentis  tardilas  horoscopos  mutât,  parentes  diverses  quaero,  quos 
gemini  habere  non  possunt  (Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  2). 

2.  Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  5. 


622      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

produit  des  jumeaux  de  sexe  opposé  et  de  destinées  contraires; 
mais  cette  volée  d'arguments  passe  à  côté  des  astrologues  assez, 
avisés  pour  tirer  un  voile  sur  le  mystère  de  la  conception  et  se 
contenter  de  spéculer  sur  l'horoscope  de  la  naissance. 

Il  a  raison  aussi,  mais  aussi  inutilement,  quand  il  signale  une 
certaine  incompatibilité  logique  entre  la  méthode  génélhliaque, 
qui  suppose  tout  préfixé  au  moment  de  la  naissance,  et  celle  des 
xaxapy  at,  qui  prétend  choisir  pour  nos  actions  le  moment  oppor- 
tun ^.  Ce  sont  des  théories  différentes,  qui  coexistaient  et  se  com- 
binaient parfois,  sans  que  personne  se  fût  soucié  de  les  ramener 
à  l'unité.  S.  Augustin  s'imagine  toujours  avoir  affaire  à  une  doc- 
trine arrêtée,  immobilisée  dans  une  orthodoxie  qui  permette  de 
la  saisir  sous  une  forme  précise  et  de  la  terrasser.  Mais,  hydre  ou 
Protée,  l'astrologie  échappe  de  toutes  parts  à  son  étreinte.  Il 
fallait  l'atteindre  dans  son  principe,  nier  résolument  l'influence 
des  astres  ou  soutenir  que,  s'il  y  en  avait  une,  on  n'en  pouvait 
rien  savoir.  Cela,  S.  Augustin  le  fait,  mais  sans  la  conviction  des 
«  épicuriens  »  et  la  hardiesse  des  sceptiques  d'autrefois;  il  le  fait 
avec  des  réserves  et  des  concessions  qui  rendent  à  l'adversaire  le 
terrain  conquis.  Il  déclare  l'astrologie  athée  inacceptable  même 
pour  de  simples  déistes  ^.  Mais  il  ménage  l'opiaion  transaction- 
nelle qu'il  sait  avoir  été  celle  de  Plotîn  et  d'Origène,  et  on  s'aper- 
çoit tout  à  coup,  non  sans  surprise,  que,  au  fond,  c'est  la  sienne. 
Il  clôt  la  discussion  en  disant  que,  si  les  astrologues  «  font  si 
souvent  des  réponses  admirablement  vraies  »,  ce  n'est  pas  par 
l'effet  de  leur  art  chimérique,  mais  par  l'inspiration  des  démons*. 


1.  Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  5-6. 

2.  Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  7.  Jam  illud  quis  ferai,  quod  in  eligendis  diebus 
nova  quaedam  suis  actibus  facta  moliuntur?  —  Fecit  ergo  fatum  quod  non 
habebat,  et  ex  ipsius  facto  cœpit  esse  fatale  quod  in  ej'us  nativitate  non  ftierat. 
—  Vbi  est  ergo  quod  nascenti  jam  sidéra  decreverunt?  Cf.  ci-dessus,  p.  488,  1. 
Ptoléniée  avait  évité  cette  contradiction  en  ne  s'occupant  pas  des  xa-rapy  «i. 

3.  On  entend,  dit-il,  par  fatum,  dans  le  langage  courant,  vim  positionis 
siderum  -  -  quod  aliqui  aliénant  a  Dei  voluntate,  aliqui  ex  illa  etiam  hoc  pen- 
dere  confirmant.  Sed  illi,  qui  sine  Dei  voluntate  deceraere  opinantur  sidéra  quid 
agamus  -  -  ab  auribus  omnium  repellendi  sunt,  etc.  (ibid.,  V,  1). 

4.  His  omnibus  consideratis  non  immerito  creditur,  cum  astrologi  mirabiliter 
multa  vera  respondent,  occulto  instinctu  fievi  spirituum  non  bonorum,  quo- 
rum cura  est  has  falsas  et  noxias  opiniones  de  astralibus  fatis  inserere  humanis 
mentibus  atque  firmare,  non  horoscopi  notati  et  inspecti  aliqua  arte  quae 
nulla  est  (Augustin.,  Civ.  Dei,  V,  7).  Saint  Augustin  se  ralliait  autrefois  à 
ropinion  de  Vindicianus,  qui  avait  étudié  l'astrologie  en  professionnel  avant 
de  se  faire  médecin,  à  savoir  que  les  astrologues,  conjecturant  au  hasard, 
rencontrent  juste  par  hasard  [Confess.,  IV,  3).  Il  n'employait  que  des  argu- 


INCERTITUDE  DES  CONCLUSIONS  623 

Il  pense  avoir  ruiné  l'astrologie  en  tant  que  science  humaine,  et 
voilà  qu'il  la  restaure  comme  révélation  démoniaque,  avec  un 
certificat  de  véracité  au  moins  intermittente,  revivifiant  du  même 
coup  son  dogme  fondamental,  car,  si  les  démons  lisent  l'avenir 
dans  les  astres,  c'est  qu'il  y  est  écrit.  C'était  la  recommander  aux 
païens,  pour  qui  les  démons  de  S.  Augustin  étaient  des  dieux, 
sans  intimider  les  chrétiens  qui  faisaient  la  part  moins  large  aux 
démons  ou  qui,  en  mettant  des  patriarches  dans  le  Zodiaque  et 
des  anges  dans  les  planètes  %  pensaient  avoir  convenablement 
exorcisé  l'outillage  astrologique  jadis  manié  par  les  païens. 

En  fin  de  compte,  la  polémique  chrétienne  contre  l'astrologie 
n'aboutit  pas  plus  qu'autrefois  celle  des  sceptiques.  Les  chrétiens 
qui  ne  croyaient  pas  aux  horoscopes  redoutaient,  comme  tout  le 
monde,  les  éclipses  et  les  comètes  à  cause  des  malheurs  qu'elles 
annonçaient  ^  et  il  ne  fut  jamais  entendu,  une  fois  pour  toutes, 
que  l'on  ne  pouvait  être  chrétien  sans  abhorrer  l'astrologie.  L'au- 
teur chrétien  du  dialogue  intitulé  Bermippus  fait  valoir,  au  con- 
traire, l'excellence  et  la  valeur  morale  d'une  science  qui  élève 


ments  de  raison  (celui  des  naissances  simultanées  d'esclaves  et  de  futurs 
maîtres  et  celui  des  jumeaux)  pour  convaincre  son  ami  Firminus  :  il  ne  son- 
geait qu'à  bafouer  les  astrologues  —  ruminando,  ne  quis  eorumdem  delirorum 
qui  talem  quaeslum  sequerentur,  quos  jam  jamqiie  invadere  atque  irrisos  refel- 
lere  cupiebam,  mihi  ita  resisteret,  etc.  (VII,  6).  Maintenant  que  le  diable  inter- 
vient et  dit  souvent  la  vérité,  ces  charlatans  ne  sont  plus  si  ridicules.  S.  Pau- 
lin de  Noie,  un  ami  de  S.  Augustin,  s'essayant  aussi  au  sarcasme,  s'égaie 
d'une  façon  bien  imprudente  aux  dépens  des  Chaldéens  qui  voyaient  leurs 
calculs  dérangés  par  les  miracles  {Epist.,  38).  Il  rit  de  leur  désarroi  le  jour  où 
le  Soleil  recula  sur  l'ordre  du  prophète  rassurant  Ézéchias  (il  aurait  pu  ajou- 
ter :  et  le  jour  où  il  s'arrôta  sur  l'ordre  de  Josué),  et  il  leur  demande  ce 
qu'ils  faisaient  alors.  Si  sa  foi  avait  été  accessible  au  doute,  il  eût  craint  la 
réponse  des  Chaldéens.  Ceux-ci  pouvaient  dire  :  «  Nous  observions  le  ciel, 
comme  de  coutume,  et  nous  n'avons  rien  vu  de  ce  qu'il  vous  plaît  de  croire  ». 

1.  S.  Augustin  visait  surtout  les  Priscillianistes  (Cf.  ^d07-oswm,  contra  Pris- 
cillianistas  et  Origenislas,  liber  unus),  qui  accommodaient  ainsi  l'astrologie. 
Dans  les  livres  magiques  du  moyen  âge,  on  trouve,  par  exemple  :  I)  Oriphiel, 
^  Jophiel,  (^  Samuel,  Q  Michael,  Ç  Anael,  ^  Raphaël,  Q  Gabriel,  etc. 
(Arbatel,  De  magia  velerum). 

2.  Cf.  Tertull.,  Ad  Scapulam,  3.  S.  Augustin  dit  que  nombre  de  chrétiens 
redoutaient  les  «  jours  Égyptiaques  »  (ci-dessus,  p.  486,  1).  De  même  S.  Am- 
broise  constate  qu'une  foule  de  gens  vai'ios  cursus  lunae  obeundis  negotiis 
commendare  vel  cavere  quosdam  dies,  quemadmodum  plerique  posteras  dies 
(les  dies  atri  du  calendrier  romain)  vel  Aegyptiacos  declinare  consiieverunt 
(Ambres.,  Epist.,  I,  23,  ann.  383).  A  plus  forte  raison,  un  païen  bigot  comme 
Proclus  (Marin.,  Vit.  Procl.,  19).  Les  chrétiens  qui  redoutent  le  vendredi  ou 
le  13  sont  encore  légion  au  xix»  siècle. 


624     CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

rinlelligence  humaine  vers  les  choses  célestes  et,  bien  loin  de 
pousser  au  fatalisme,  nous  apprend  que  Tâme  spirituelle  échappe 
à  l'influence  matérielle  des  astres  *. 

Comme  il  n'y  eut  pas  de  doctrine  arrêtée,  ni  approbation,  ni 
improbation  expresse,  il  n'y  eut  pas  non  plus  de  mesure  générale, 
décrétée  au  nom  de  l'Église  «  catholique  »,  en  ce  qui  concerne 
les  croyances   ou  les  pratiques  astrologiques  ^.  En  Orient,  on 


l.Il  est  possible  qu'Héphestion  de  Thèbes,  auteur  d'un  traité  d'astrologie 
pratique,  fût  chrétien  (Engelbreclit,  p.  21).  L'auteur  de  Vllermippus  (nom  em- 
prunté sans  doute  à  un  "Epp-iifitoi;  àuTpoXoyixoî  cité  par  Athénée,  XI,  p.  478)  a 
bien  soin  d'éliminer  de  l'astrologie  la  seule  doctrine  que  proscrive  le  dogme 
chrétien,  le  fatalisme  fondé  sur  les  astres  causes  et  non  signes.  11  est  partisan 
décidé  du  libre  arbitre,  ne  soumettant  à  l'influence  des  astres  que  le  corps, 
et  même  avec  cette  réserve,  prudente  aussi,  que  l'échéance  de  la  mort  ne 
dépend  pas  uniquement  des  astres.  C'est  peine  perdue,  suivant  lui,  que  de 
chercher  dans  les  astres  SuvadTetaç  r^  Sô^a;  •î\  yâjjLOUî,  Ixi  8è  tz^ovzouç  xal  viitaî 
(II,  4).  Il  n'admet  pas  non  plus  le  sexe  des  signes  du  Zodiaque  (I,  19),  ni  la 
théorie  des  olnot  ou  des  -zôtzoi;  enfin,  c'est  de  l'astrologie  édulcorée  et  dégui- 
sée en  philosophie  platonisante.  Même  les  présages  «  catholiques  »  tirés  des 
éclipses  sont,  suivant  lui,  conditionnels  :  Dieu  s'en  sert  pour  avertir  et  s'en 
tient  à  la  menace,  si  les  gens  avertis  «  deviennent  sages  »  (II,  11,  §  83).  On 
n'est  pas  plus  accommodant.  Mais  les  éclipses  ont  une  cause  mécanique.  Peu 
importe  :  Dieu  s'en  ^ert  néanmoins  et  sa  sagesse  n'en  est  que  plus  admirable 
{ibid..  gg  85-87).  Cf.  ci-dessus,  p.  348. 

2.  On  ne  trouve  que  des  canons  visant  des  cas  ^larticuliers,  comme  celui 
du  concile  de  Laodicée  (can.  36)  défendant  aux  clercs  de  s'adonner  à  l'astrologie, 
ou  fulminant  contre  le  fatalisme  astrologique,  mais  contre  le  fatalisme  seu- 
lement. Tels  les  canons  du  concile  de  Braga,  en  561  :  Can.  IX.  —  Si  quis 
animas  et  cotyora  humana  fatalibus  slellis  crédit  adstringi,  sicut  pagani  et 
Pi'iscillianistae  dixerunt,  anathema  sit.  —  Can.  X.  —  Si  qui  XII  signa,  i.  e. 
sidéra  quae  mathematici  observare  soient,  per  singula  animae  vel  corporis 
membra  dissipaia  credunt  et  nominibus  Patriarcharum  ascripta  dîcunt,  sicut 
Priscillianus  dixit,  anathema  sit.  Le  plus  explicite  est  le  canon  15  du  concile 
de  Tolède,  tenu  en  400  :  Si  quis  astrologiae  vel  mathesi  existimat  esse  creden- 
dum,  anathema  sit.  Mais  il  y  a  toujours  le  sous-entendu  :  on  anathématise 
l'astrologie  fataliste.  Une  protestation  contre  le  fatalisme  mise  en  tête  d'un 
traité  d'astrologie  fut  toujours,  au  moyen  âge  comme  au  xvi»  siècle,  un 
passeport  régulier  et  une  sauvegarde  sufBsante.  Cf.  Stephan.  Alexandr.,  éd. 
Usener,  pp.  17-19;  les  Apotelesmala  Astrologiae  christianae  de  Ciruelo  (voy. 
Bibliogr.),  un  auteur  qui  met  son  orthodoxie  sous  la  garantie  de  la  Faculté  de 
théologie  de  Paris,  —  contenant,  en  prolégomènes  et  épilogue,  une  ample  réfu- 
tation des  XII  livres  de  Pic  de  la  Mirandole  Contra  astrologos  [Bonon.,  1495]; 
les  préfaces  de  Cardan,  Comm.  Astral.,  Basil.,  1578;  VAstrologorum  defensio 
mise  par  Fr.  Junctinus  en  tête  (pp.  1-13)  de  son  Spéculum  Astrologiae,  publié 
en  1381  sub  censura  Sanctae  Ecclesiae  Catholicae  Romanae,  avec  «  humble 
supplique  aux  Très  Révérends  Inquisiteurs  »,et  le  certificat  délivré  à  Origène 
par  Huet  (ci-dessus,  p.  615, 1).  J.-B.  Morin  dédie  son  Astrologia  Gallica  [Hagae- 
ComitiS,  1661]  à  J.-C.  lui-même,  parlant  haut  de  sa  foi  catholique  et  se  flat- 


l'astrologie   au   moyen    AGE  625 

s'habitua  à  considérer  l'astrologie  comme  une  dépendance  plus 
ou  moins  contestable  de  l'astronomie,  classée  dans  la  catégorie 
des  opinions  libres  dont  l'Église  n'avait  pas  à  s'occuper.  En 
Occident,  l'autorité  de  S.  Augustin  et  la  lutte  contre  les  Mani- 
chéens et  Priscillianistes  fit  prévaloir  l'idée  que  l'astrologie  était 
une  des  formes  de  la  magie,  une  religion  idolâtrique  qui  adressait 
ses  hommages  aux  démons  implantés  dans  les  planètes  et  les 
décans  du  Zodiaque,  la  mère  de  toutes  les  pratiques  de  sorcel- 
lerie appliquées  à  la  médecine,  à  la  chimie,  ou,  pour  mieux  dire, 
répandues,  comme  une  obsession  diabolique,  sur  toutes  les  voies 
ouvertes  à  la  pensée  et  l'activité  humaine.  Mais  personne  ne 
tenait  la  magie  et  l'astrologie  pour  de  pures  chimères,  et  l'astro- 
logie gardait,  malgré  qu'on  en  eût,  le  prestige  de  la  science 
astronomique  qui  lui  fournissait  les  données  de  ses  calculs.  Les 
docteurs  orthodoxes  du  moyen  âge  ne  veulent  pas  se  faire 
soupçonner  d'ignorance  en  proscrivant  une  science  qui  faisait  la 
gloire  des  Byzantins  et  des  Arabes.  Ils  endorment  leurs  scrupules 
dans  l'opinion  moyenne  que  les  astres  influent  sur  l'homme,  mais 

tant  d'avoir  été  aidé  par  l'Esprit-Saint  lui-même  dans  l'étude  «  de  la  plus 
haute  des  sciences  ».  Le  fait  est  qu'il  fallait  des  lumières  spéciales  pour 
deviner  que  J.-C.  disant  à  ses  disciples  :  «  n'y  a-t-il  pas  douze  heures  au 
jour?  »  (Joann.,  xi.  9)  faisait  allusion  à  la  théorie  des  heures  favorables  ou 
défavorables.  Le  biographe  de  Morin  a  soin  de  noter  qu'il  fut  consulté  par  le 
cardinal  de  Richelieu,  par  le  cardinal  de  BéruUe,  et  qu'il  mourut  muni  de  tous 
les  sacrements  de  l'Église.  Les  astrologues  craignaient  davantage  les  légistes 
et  le  souvenir  des  lois  impériales.  Aussi  Cardan  [In  Ptolem.  Comm.  Prooem.) 
soutient  que  ces  lois  visaient  les  mathematici,  c'est-à-dire  les  géomanciens, 
mais  non  pas  les  astrologues.  La  preuve,  dit-il,  c'est  que  l'astrologie  date  de 
Ptolémée,  et  que  les  lois  en  question  sont  antérieures  !  L'aplomb  de  ce  char- 
latan, «  grand  homme  avec  ses  défauts  »  (Leibniz,  Theod.,  III,  §  254),  est  mer- 
veilleux. Avant  lui,  Ciruelo  {Prolog.,  p.  47)  assurait  de  même  que  mathema- 
ticus  était  mis  pro  nechromante  aut  divinatore.  Il  y  a  une  étude  intéressante  à 
faire  sur  la  polémique  que  suscita  au  xvi*  siècle  la  renaissance  de  l'astrologie 
classique  et  qui  se  continue,  en  s'apaisant  peu  à  peu  devant  l'indifférence 
des  nouveaux  humanistes,  au  xvii».  Les  éditeurs,  traducteurs,  commentateurs 
des  textes  anciens  se  plaignent  tous  dans  leurs  préfaces  de  l'acharnement  et 
de  la  mauvaise  foi  de  leurs  adversaires,  dont  le  plus  redoutable  —  sur  le  ter- 
rain de  la  discussion,  tout  au  moins  —  fut  Pic  de  la  Mirandole.  Mélanchthon 
affirme  dans  sa  préface  que  Ptolémée  est  un  instrument  de  la  Providence  et 
qu'il  a  réfuté  d'avance  Cyclopicos  sermones,  quitus  tota  haec  doctrina 
furenter  deridetur.  Cardan,  Dasypodius,  Junctinus,  Morin,  protestent  à 
l'envi  contre  les  «  calomnies  »  que  propagent  les  ignorants  et  se  dégagent 
de  toute  solidarité  avec  les  charlatans  ou  incapables  qui  usurpent  le  nom 
d'astrologues.  Tous  prodiguent  les  déclarations  de  foi  chrétienne  et  pré- 
tendent continuer  l'oeuvre  des  SS.  Patriarches  en  même  temps  que  des 
«  Sages  »  de  la  Grèce. 


626      CHAP.  XVI.  —  l'astrologie  dans  le  monde  romain 

ne  forcent  pas  sa  volonté,  opinion  qui  implique  une  adhésion 
formelle  au  principe  générateur  de  l'astrologie. 

Ce  qui  a  tué  l'astrologie,  ce  ne  sont  pas  les  arguments  de 
toute  sorte,  philosophiques  et  théologiques,  dirigés  contre  elle 
au  cours  des  siècles.  La  philosophie,  elle  l'avait  eue  pour  auxi- 
liaire; les  dogmes,  elle  les  avait  forcés  à  composer  avec  elles  K 
Elle  renaissait,  plus  hardie  que  jamais,  à  l'aurore  des  temps 
modernes,  lorsqu'elle  reçut  le  coup  mortel,  un  coup  qui  n'était 
pas  dirigé  contre  elle  et  qui  la  frappa  de  côté,  par  une  incidence 
imprévue.  Tant  que  la  science  astronomique  s'était  contentée  de 
dilater  l'univers  en  laissant  à  la  Terre  sa  position  centrale,  les 
idées  naïves  qui  avaient  engendré  l'astrologie  et  s'étaient  soudées 
en  un  tout  compact  dans  la  théorie  du  microcosme  conservaient 
la  force  persuasive  d'une  tradition  à  la  fois  intelligible  et  mysté- 
rieuse, clef  de  l'inconnu,  dépositaire  des  secrets  de  l'avenir.  La 
géométrie  astrologique  continuait  à  asseoir  ses  constructions  sur 
leur  base  originelle,  amoindrie  sans  doute,  mais  demeurée  au 
point  de  convergence  de  tous  les  influx  célestes.  Une  fois  la  Terre 
réduite  à  l'état  de  planète  et  lancée  dans  l'espace,  la  base  se 
dérobant,  tout  l'échafaudage  croula  du  même  coup.  Il  n'y  a  d'in- 
compatible avec  l'astrologie  que  le  système  proposé  jadis  par 
Aristarque  de  Samos,  repris  et  démontré  depuis  par  Copernic. 
L'incompatibilité  est  telle  qu'elle  n'a  pas  besoin  d'être  mise  en 
forme  logique.  Elle  se  sent  mieux  encore  qu'elle  ne  se  comprend. 
Le  mouvement  de  la  Terre  a  rompu  comme  fils  d'araignée  tous 
les  liens  imaginaires  qui  la  rattachaient  aux  astres,  —  des  astres 
tout  occupés  d'elle,  —  et  ce  qui  en  reste,  le  concept  général  de 
l'attraction,  ne  suffirait  pas  au  sophiste  le  plus  intrépide  pour  les 
renouer. 

1.  L'inutilité  de  tant  d'efforts  fournissait  un  argument  de  plus.  Firmicus 
disait  déjà  qu'il  en  est  de  l'astrologie  comme  de  la  religion  :  neque  enim  esset 
ejus  vera  substaniia,  nisi  contra  eam  tantis  argumentorum  viribus  niterentur 
(1, 1,  3  KroU).  Tout  ce  qui  dure  a  une  raison  de  durer,  mais  cette  raison  peut 
n'avoir  rien  de  commun  avec  l'amour  et  surtout  la  possession  de  la  vérité. 
Quant  aux  théologiens,  réconciliés  avec  l'astrologie,  il  leur  fut  plus  difficile 
de  s'entendre  avec  l'astronomie  nouvelle.  Déjà  liés  par  les  opinions  des  Pères 
(ci-dessus,  p.  618,  1),  ils  ne  pouvaient  passer  outre  au  texte  du  Psalmistc  :  Qui 
fundasti  terram  super  stabilitatem  suam  :  non  inclinabitur  in  saeculum  saeculi 
(Psalm.,  cm,  5).  De  même  autrefois,  le  stoïcien  Cléanthe  avait  voulu  faire 
condamner  Aristarque  de  Samos  pour  impiété  envers  la  vénérable  Ilestia  ou 
foyer  du  monde  (Plut.,  De  facie  in  orbe  lunae,  6).  Aristote,  l'oracle  humain, 
était  aussi  du  côté  des  théologiens.  Pascal  lui-même,  intimidé  surtout  par 
S.  Augustin,  écrira  dans  ses  Pensées  (xxiv,  17  bis  Havet)  :  «  Je  trouve  bon 
qu'on  n'approfondisse  pas  l'opinion  de  Copernic  ». 


l'astrologie  discréditée  par  l'astronomie  627 

Mais  des  idées  qui  ont  fait  partie  du  sens  commun  pendant  des 
milliers  d'années  ne  se  laissent  pas  éliminer  en  un  jour.  La  défaite 
de  rastrologie  fut  retardée  par  Tintervention  d'une  alliée  qui,  en 
défendant  l'ancienne  conception  de  l'univers  au  nom  de  textes 
sacrés,  faisait  par  surcroît  les  affaires  de  gens  qu'elle  avait 
toujours  été  tentée  d'anathématiser.  En  interdisant  à  Galilée,  par 
l'organe  du  Saint-Office,  d'enseigner  le  mouvement  de  la  Terre, 
l'Église  obéissait  à  ce  qu'il  y  a  de  plus  infaillible  en  elle,  l'instinct 
de  la  conservation.  La  foi  religieuse  ne  se  sent  à  l'aise  que 
couvée»  pour  ainsi  dire,  sous  l'abri  d'un  ciel  étroitement  uni  à  la 
terre  ;  et,  bien  que  la  dignité  du  «  roseau  pensant  »  ne  soit  pas 
logiquement  liée  à  la  primauté  de  la  planète  qui  le  porte,  il 
semble  qu'il  soit  moins  qualifié  pour  être  le  centre  d'un  plan 
divin  depuis  qu'il  se  sait  logé  sur  un  atome  et  emporté,  avec  le 
système  solaire  tout  entier,  dans  le  silence  des  espaces  infinis. 


INDEX  ANALYTIQUE 


JV.  B,  —  Les  chiffres  séparés  par  une  virgule  du  chiffre  de  la  page  renvoient  aux  notes  de  la 
dite  page.  Les  mots  grecs  sont  à  la  place  qu'ils  auraient  s'ils  étaient  transcrits  en  caractères 
latins;  ceux  commençant  par  une  voyelle  ou  diphtongue  aspirée,  à  la  lettre  H.  Les  mots  non  fran- 
cisés sont  en  italiques.  Le  signe  =:  remplace  les  expressions  :  identique  ou  assimilé  ou  attribué 
à  ou  symbole  de.  L'abréviation  (s.  v.)  signifie  sub  verbo,  et  renvoie  au  mot  qui  précède  la  paren- 
thèse. 


A,  nom  chaldéen  de  la  constellation 
du  Lion,  50,  3.  57,  1. 

àôXîTtTa  (signes),  160. 

Abraham,  le  patriarche,  inventeur  de 
l'astronomie,  578.  601 . 

Abraham  ou  Abram,  ses  livres  astro- 
logiques, 159.  292.  293,  1. 

Abrasax  ou  Abraxas,  nombre  mys- 
tique, 7,  2.  608. 

Achinapolus,  astrologue,   36,  2.  373. 

Achoreus,  dans  Lucain,  552,  3. 

Acmon,  père  de  Kronos,  94,  1. 

'A5at[i,  anagramme  des  points  cardi- 
naux, 607, 

Adar,  mois  chaldéen,  50. 

Adraste  d'Aphrodisias,  sa  théorie  des 
planètes,  116. 

Aegipan  =  Capricorne,  144. 

Aegypliaci{dies),  462, 3.  485-486.  623, 2. 

Aesctilapii  {schola),  il2,  1.  Voy.  As- 
klépios. 

'AyaO^  TûxTl,  283.  513,  6.  515,  1  ;  iyaôo- 
Tuyeïv,  515,  1. 

'AyaOôî  5ai(ia)v  =  Jupiter,  280  (fig.  31). 
284. 293,  1.  294. 452. 513,  6  ;  lieu  aphé- 
tique,  416  ;  iyaeoSa-.iiovetv,  284,5. 513. 

Agni  =  feu,  75,  1. 

Agrippa,  consulte,  549,  5,  et  expulse 
les  mathématiciens,  554,  2.  560. 

Agrippine,  555.  561. 

'AtÔT^î  =  Lune,  41,  1. 


Aigle,  constellation,  366,  2. 

Aîyôxspwî,  voy.  Capricorne. 

Airu,  mois  chaldéen,  47,  2. 

Akhmîm,  voy.  Panopolis;  cf.  606,  1. 

'AxovTtaî,  comète,  359,  1. 

àxoûovxa  (signes),    163. 

àxpôvuyoî  (astre),  50.  111,  3.  112.  113, 

1.  117,  1.  120,1.  190,2.  194,2. 
'AvcTtvo6o).{a,  347-251.  252,  3.  394, 1. 

411,  1.  414,  3.  427.  515,  5. 
'Axxtî,  par  opposition  à  à^i<;,  248.  377, 

2.  420,  1. 

Alahiz  ou  haiz,  nom  arabe  del'aïpsaiî, 
103,  2. 

Albinus  (Ceionius  Rufinus);  son  thème 
de  géniture,  164,  3. 

Alchimie  astrologique,  587. 

Alcmaeon,  philosophe  pythagoricien, 
114.  397. 

Alcochoden  ou  cochoden,  nom  arabe 
de  Tœcodespote  de  la  géniture,  406, 
2.  411,  1. 

Aldébaran,  134, 1. 

Alexandre  d'Étolie,  64,  1.  108. 

Alexandre  (le  Grand),  soi-disant  con- 
tre l'astrologie,  552,  3;  livres  magi- 
ques dans  son  tombeau,  566,  3. 

Alexandrie  (climat  d'),  261,  3.  263. 
268-269, 

Alhyleg  ou  hyleg,  hylech,  nom  arabe 
de  ri'férr.î,  406,  2.  411,  1. 


630 


INDEX  ANALYTIQUE 


'AX|jL£vixiaii3c  (aliiaanachs),  462,  4. 
AUiludo,  voy.  {j4/w|ia. 
'A[x6pTiî,  livre  sacré,  517, 1 . 
Ambroise  (S.),  571,  1.  623,  2. 
Ames  (chute  des),  23  ;  âme  feu  céleste, 

11  ;  correspondant  par  ses  facultés 

aux  sphères  célestes,  324-325;  âmes 

=  bolides,  (s.  v.). 
Ammien    Marcellin,   sur  l'astrologie, 

570. 
Aramon    (Jupiter),    â05,    1,    562;    = 

Bélier,  130.  329.  343.  576,  1. 
Amnion,  astrologue,  524. 
Amphiaraos,  comme  astrologue,  2. 
Amphion  =  un  des  Gémeaux,  136. 
Amulettes  décaniques,  230,  3.  536. 
'AvaêiêâÇwv  (auvSsffti^î),  nœud  ascen- 
dant de  l'orbite  lunaire  ou  Tête  du 

Dragon,  voy.  Caput. 
Anactores  ou  Anactes,  398, 
Anael,  ange  de  Vénus,  623,  1. 
'AviYXT,  =  Lachesis,  25,  1,  ou  fatalité 

en  général,  597, 1. 603,2;  stoïcienne, 

32.  596,  1;  dans  Platon,  25.  114,  2; 

=    Mercure,  244,   4.    293,    1.    307. 

Voy.  KXfipoç. 
'AvaipéTT,?   ou   àvaipetixôi;,    astre,  177. 

408.   418,   2.    419  ;  aspect  quadrat, 

170,  2  ;  lieu,  411,  413. 
Anaïtis,  342,1. 

'Avacpopa£,    ascensions   obliques   esti- 
mées en  degrés  d'ascension  droite, 

54.  154,2.  179.  209.  259-269.  386. 

335.  404.  411.   413,  1.  476,   2.   503. 

514.  522.  581. 
'Ava-iroSia[i6î,  111.  113,  1.  117,  1;  dva- 

TtoStaxixôî  (planète),  418,  2. 
'AvaToXr,,    111,  3;    àvaxo>k'.xô;  (astre), 

113,  1.  117,  1.  194,  2.  309,  5.  392,  1. 

401,  1.  429.  452,  2. 
Anaxagore,  15-16.  18.  22.107.  116,  1. 

126,  4.  357.  397. 
Anaximandre,  4.  42,  2.  62,  1.  105,  1, 

106,  2.  126.  265,1. 
Anaximène,  5. 
Anchialus,  astronome,  543. 
Anchimolus   =  Achinapolus,  373,  1. 
'AvSpoxXdtç,  66,  1.  528. 
Andromède,  constellation,  61.  424. 
Ane,    animal    saturnien,     soi-disant 

révéré  des  Juifs,  318.  483,  3. 


Anes,  dans  le  Cancer,  136. 

Anges,  instruments  de  révélation, 
615;  dans  les  planètes,  623,  1. 

Anquli  =  centres,  258,  4. 

Animaux  (thème  de  géniture  des), 
585-586. 

Année,  au  sens  étymologique,  459,  1  ; 
calendaire,  129;  grande  année,  39. 
499,  1.  574,  2.  575;  années  de  vie 
octroyées  par  les  signes,  planètes, 
lieux,  208.  404-422;  années  cri- 
tiques, voy.  Climatères. 

Annubion,  astrologue,  389. 

Annubion  ou  Anubion,  Égyptien,  son 
thème  de  géniture,  223,  1.  259,  2. 
293,  1. 

Anou  [Anu),  pôle  de  l'écliptique,  40  ; 
=  Dragon,  122;  =  Mars,  41,  1.  50, 
3  ;  =  Saturne,  607  ;  heure  d'Anou,  49. 

'AvTavaXuatî,  255. 

Antarès,  étoile  du  Scorpion,  143,  3. 
191,  3. 

Anteius,  son  procès,  561 . 

Anthestérion,  mois  athénien,  460, 1. 

'AvTtyÉvsaiî,  506,  2. 

Antigone  Gonatas,  29. 

Antigone  de  Nicée,  178. 

Antimaque  de  Téos,  368,  3. 

"AvTi[i£aoupavT,[jLa,  voy.  IMC. 

Antiochus  1"  Soter,  36.  41,  1. 

Antiochus  IV  Épiphane,  roi  de  Syrie, 
483,  3. 

Antiochus  I»'  Épiphane,  roi  de  Cora- 
magène,  373.  384.  439, 

Antiochus  d'Athènes,  astrologue,  162, 
1.  381. 

Antiochus,  voy.  Manilius. 

Antipater,  élève  de  Bérose,  36,  2. 

Antipater  de  Tarse,  544,  2. 

Antiscia,  161-164.  275,  2. 

Antonin-le- Pieux,  558,  3,  Voy.  Mon- 
naies. 

Apéliote  ou  Aphéliote,  vent  d'E.  = 
[sub\solanus,  200,  1 . 

'AepaipEdti;,  111;  dcpaipEXtxài;  [àun^p], 
309,  5.  401,  1.  410,  1.  524. 

"A'fsatç,  85;  àcp£TT,i;  ou  cîcpSTixô?  [àaT/ip], 
402.  406,  2.'  415-416.  417.  422,  2. 
492, 1.  502-503  ;  au  sens  de  chrono- 
crator,  492,  1.  504,  2;  àysTixô; 
[xÔTio;],  402.  411.  413.  415. 


INDEX    ANALYTIQUE 


631 


àcpwva  (signes),  150. 

Apis  =ie  Taureau  (lunaire),  133.  134, 

3.  31o,  2.  331. 
Apocalypse,  607-608. 
Apocryphes    (livres),    nombreux    en 

astrologie,  3,  1.  51,  1.  63.  578,  4. 
Apogée  (des  planètes),  118,  2.  196;  = 

'j<]>o;,  194. 
'ATTOxaTâaxaatî,  33,  3.  39,  1.  498.  549. 

574,  2.  588. 
'AzoxXifiaxa,  273.  274.  392,   1.  405,  1. 

410,  1.  455.  514. 
Apollinaire,  astrologue,  213.  263,  3. 
ApoUinopolis    {Magna  =  Edfou)  ;    sa 

Table  des  planètes,  64,  1. 
Apollon  =  Soleil,  7,  1.  30.  89,  2.  135, 

3  ;  =  Mercure,  68,  2. 100.  439  ;  =  un 

des  Gémeaux,  135.  136.  184.  191,  1. 

329.  576, 1;  oracles  d'Apollon,  404, 1. 

561.   569,  4.  598,  2.   599,  2.  619,  2; 

dits  astrologiques,  604,  2. 
Apollonius  de  Myndos,  36,  2. 
Apollonius  de  Perge,  108.  111. 
dtTroccpiSEç  (f,[AÉpat),  459. 
'Airôppota,  au  sens  d'effluve,   11.  12. 

27,  3.  362,  2;  au  sens  de  défluxion, 

245-247.  251,   4.  351.  394,  1.  427. 

494,  3. 
à-ôffToocpa  (signes),  161,  1.  164,  2.  166. 
Apotélesmatique,  83.  328.  348-542. 

616,  1. 
àxpaxTOt  (f.ixépai),  459,  4.  460,  1. 
Aprilis,  étymologie,  183.  189,  1. 
Apside  (aZ<i/Mrfo)  =  apogée  (s.    v.); 

=  sublimitas  =  u4/w[j.ot  (s.  v.). 
^7raAM=Scorpion,  57,  1. 
Aquarius,  voy.  Verseau. 
AR.    {ascensio    recta),   mesurée    sur 

l'équateur,  262,  2. 
Aratus,  54,  1.  62.  348.  553. 
Arbèles  (observatoire  d'),  49. 
Archimède,  64,  1. 108.  265,  1. 
Archytas,  18. 
Arcturus  ou  Arctophylax,  étoile  du 

Bouvier,  42,  3.  61. 
"ApTiî,  étymologie,  99,  1.  414,2.  Voy. 

Mars. 
Argent,  métal  attribué  à  la  Lune,  315. 
Argo,  constellation,  352.  423,  2 
àpyôî  (lieu  ou   signe),   280  (fig.  31). 

281.  283.  286,  1  ;  Xôroç,  32. 


AristarquedeSamo3,8.  31.38,  1.43,2. 

626.  1. 
Aristée  =  Verseau,  146. 
Aristide  de  Samos,  477,  2. 
Aristides  Quintilianus,  92,  3. 
Aristophane,  client  de  Libanius,  569, 3. 
Aristote,  3.  4.  25-27.  107.   111.  115. 
358.  375.  379,  1.  626,  1. 

Aristyllos,  astronome,  38,  1. 

Arithmomancie,  576-577. 

Arsacides  (époque  des),  50. 

Arsinoé,  sœur-épouse  de  Ptoléraée 
Philadelphe,  450,  3.  Cf.  343,  2. 

Artémidore  d'Éphèse,  573,  2. 

Artémis  =  Lune,  7,  1. 

Ascendens,  voy.  Horoscope. 

Asclétarion,  astrologue,  556-557, 

Asklépios,  dieu  médecin,  576, 1  ;  révé- 
lateur Hermétique,  262,  3.  316,  4. 
317,  \.  519.  535.  536.  576.  601,  2. 

Aspects,  52.  80.  81-82.  165-179. 176. 
178.  246.  248.  376.  378.  387.  499,  1. 

Assourbanipal,  37,  2.  49. 

Assyriens  =  Chaldéens?  31,  1.  599,  3. 

Astarté  ou  Astoreth  =  Aphrodite  = 
Vénus,  68.  99.  342,  1. 

'AaTc'peî  =  «^eWae  =  planètes,  88. 225,1. 

'AaiEpoaxoTC'.xTi,  614,  2;  cf.  575,  3. 

"AffTpa  =  sidéra  =  constellations,  88. 

Astraea  =  la  Vierge,  139. 

Astraeos, père  d'Héosphoros,  100;  d'As- 
traea,  139;  astrologue  mythique,  5, 
1.  263,  1.  551,  2. 

Astres,  engendrés  dans  l'eau,  40; 
nourris  par  la  Terre,  75.  127;  intel- 
ligents, 75,  1;  dieux,  73.  79.  82. 
479,  3;  «  juges  »,  42.  43,  4.  216,  3; 
ont  pu  pécher,  613,  1  ;  signes  et  non 
causes  des  événements,  74.  348,  4. 
394,  2.  396,  3.  579,  1.  584,  1.  600. 
603.  610,  2.  614.  620.  624,  1;  n'ont 
pouvoir  ni  sur  J.-C,  568.611. 614, 1, 
ni  sur  les  chrétiens,  612,  ni  sur  l'em- 
pereur, 567-568. 

'Aaxpoyjtwv  =  Hercule,  137,  1.  577,  1. 

Astrologie,  synonyme  d'astronomie, 
3.  336,  2;  révélée  par  les  dieux,  18, 
1;  aux  rois,  378,  2;  invention  des 
démons,  606, 1.610, 1.619;  ses  nom- 
breux inventeurs,  51,  1.  575-578: 
enseignée  à  Rome,  559;  religion, 


632 


INDEX    ANALYTIQUE 


65.  66.  68.  72.  82.  216.  354.  355.  479, 
3.  568, 1.  604.  605,  2.  625;  sans  culte, 
605.  620,  4. 

àffûvSsTa  (signes),  161,  1.  166.  399. 

Atargatis  =  la  Vierge,  139. 

Athanase  (S.),  non  hostile  à  l'astrolo- 
gie, 191,  2.  616,  2. 

Athêna,  symbolise  le  nombre  sept,  7  ; 
le  xatp6î,  9,  2;  la  Lune,  30. 

Athénodore,  stoïcien,  36,  2. 

■'AOXa,  travaux  ou  sorts,  dans  Mani- 
lius,  279,  2.  288.  297-298.  394,  2. 
405,  1.  490,  1. 

Athyr,  mois  égyptien,  382,  1.  462. 

Atlas,  donné  comme  inventeur  de 
l'astrologie,  576-577. 

Atrée,  128.  131  ;  donné  comme  astro- 
logue, 576, 1. 

alri  {dies),  623,  2. 

àtpotpoi  (enfants),  400-402.  409,  5. 

Atropos,  25,  1.170,1.  601. 

Attius,  sur  l'astrologie,  189,  1.  546,  1. 

Audynaeos,  mois  syro-macédonien, 
373,  2. 

Auguste,  sa  comète,  359,  1.  549;  sa 
nativité,  369.  373,  2.  384.  439;  ses 
édits  concernant  l'astrologie,  560. 

Augustin  (S.),  contre  les  astrologues, 
585,  4.  614,  1.  618-623;  contre  la 
sphéricité  de  la  Terre,  618,  1. 

Aulus,  astrologue,  563. 

Aurore,' mythologique,  100.  139;  bo- 
réale, voy.  Chasma. 

Ausone,  sur  l'astrologie,  485,  2.  570, 1. 

aùOïvtixoC  (xÔTTOt),  454,  4. 

AùÇo[X£Îa)aii;,  267. 

àlÇwva  (signes),  160;  dieux  àÇuvot,  160, 2. 

Bacchus  =un  des  Gémeaux,  136.  329; 
disciple  d'Hercule,  577,  1. 

Bakis,  chresmologue,  467,  3. 

Balance  (ou  Pinces  du  Scorpion)  = 
Nûru,  57,  1  ;  séparée  du  Scorpion, 
61;  description,  141-142;  domicile 
de  Vénus,  141,  2.  185.  188;  exalta- 
tion de  Saturne,  192,  2.  197.  204  ; 
dépression  du  Soleil,  197;  sous  la 
tutelle  de  Vulcain,  184;  horoscope 
de  Romulus,  369  ;  de  ServiusTullius, 
370,1;  d'Auguste,  369, 1.  373,  2.  439; 
d'Horace,  551  ;  donne  la  moyenne 


des  années  de  vie,  408,  1  ;  au  sens 
de  joug,  190,  3.  330,  3.  468;  de  joug 
matrimonial,  190,  3  ;  ses  domaines 
sur  terre  (voy.  Chorographie)  ;  dans 
le  corps  humain,  319. 

Balbillus,  astrologue,  360.  555.  556. 

Barbares,  leur  sagesse,  35,  1.  599,  3  ; 
leurs  lois,  582,  3, 

Barbarique  (sphère),  125. 134,  3.  229, 1. 
425.445,  1. 

Bardesane,  426.  427,  5.  435,  2.  571,  1. 
582,  1.  584, 1.  609. 

Basile  (S.),  contre  l'astrologie,  579,2. 
587,  1,  613,  1.  617,  1. 

Basilide,  gnostique,  216,  i.  608. 

BaffiXtaxôi;,  voy.  Regidus. 

Botffi;  =  Horoscope,  306, 1.  389,  2.  Voy. 

K);f,pO;. 

Bassianus,  son  procès,  396,  2. 

BiOoî  =  apogée,  194. 

Bel,  dieu  chaldéen,  37,  2.  49  ;  =  Mar- 
douk  (s.  v.)  ;  =  pôle  N.,  40;  =  Sa- 
turne, 93,  2.  607;  invente  l'astro- 
logie, 576, 1;  oracles,  37, 1,  et  livres 
de  Bel,  37,  2.  49. 

Bélier  =  Ku,  57,  1.  58  ;  =  Ammon, 
130.  329.  343.  576, 1  ;  introduit  par 
Cléostrate,  62,  1  ;  description,  130- 
132;  domicile  de  Mars,  185.  188. 
203.  227.  513,  3  ;  exaltation  du  Soleil, 

196,  1.  197.  203.  227.  440.  535;  tu- 
telle de  Minerve,  184;  signe  initial, 
129-130.  156.  331  ;  tête  ou  MC.  du 
monde,    131,    1.  185,   3.    196,   1-2. 

197.  227.  261.  319.  353,  2.  440;  signe 
royal,  131,  1.  439,  3;  signe  rapide, 
151,  3.  264;  analyse  de  ses  parties, 
132,  1  ;  ses  domaines  terrestres 
(voy.  Chorographie)^  régit  la  tête 
dans  le  corps  humain,  319;  cœur  du 
Bélier,  393,  2. 

Belit  =  Vénus,  41,  1. 

Bellérophon,  donné  comme  astrolo- 
gue, 576,  1. 

Bérose,  2,  27.  33,  3.  36-37.  62.  358,  6. 
373.  403,  2.  544.  575,  2. 

piaioOivaxoi,  morts  de  mort  violente, 
422.  423.  1. 

Bianchini  (planisphère  dit  de),  213,  2. 
227,  3. 

BioSoTTip  =  œcodespote  de  la  géniture. 


INDEX   ANALYTIQUE 


633 


407,  2;    son   action,  404.  409-410. 

421,  1. 
pXi-rovTa  (signes),  159.  165  (fig.  17). 
Bode  (loi  de),  8,  2. 
Boédromion,  mois  athénien,  460, 1. 
Bolalh  =  Saturne,  93,  2. 
Bolides,  75,  1.  348.  355,   1.  358.  362, 

2  ;  =  âmes  humaines,  22,  2.  386,  2. 

362. 
Bolus  de  Mendes,  519,  1. 
Borée,  vent  duN.,  98.  127;  fécondant, 

98,  2.  201. 
Borsippa  (observatoire  de),  41, 1.  45. 

64,  1.  313. 
Botanique  astrologique,  317. 
Bôeuvot,  comètes,  359,  1. 
pouXaîoi  (2reo(),  42.  43,  4. 
Bouvier,  constellation,  61.  446,  3. 
Brahmanes,  donnés   comme  maîtres 

de  Pythagore,  5. 
Britannicus,  fils  de  Claude,  561,  4. 
Brontoscopie,  voy.  Tonnerres. 

Cabires  =  Gémeaux,  136.  398. 

Cabbale,  voy.  Kabbale. 

Cadmus,  donné  comme  inventeur  de 
l'astrologie,  578. 

Cœculus,  92,  1. 

Calchas,  551. 

Calendrier  romain,  184, 1.  189, 1.  Voy. 
Dies  [Aegyptiaci,  atri,  etc.). 

Caligula,  consulte  les  astrologues,  555. 

Callisthène,  sur  la  naissance  d'A- 
lexandre, 466. 

Callippe,  129,  1. 

Cambyze,  éclipse  sous  son  règne, 
48,  1. 

Campestrius.  345,  1.  356,  1.  359.  363. 

Cancer  =  Nangaru,   57,   1  ;  =  Seta, 

186,  2  ;  domicile  de  la  Lune,   185. 

187.  188.  195.  204.  212.  243.  427. 
515,  1.  617,  2  ;  exaltation  de  Jupi- 
ter, 97,  2.. 98,  2.  197.  204;  dépres- 
sion de  Mars,  198.  514,  3;  tutelle 
de  Mercure,  184  ;  signe  initial,  129, 1 , 
et  horoscope  du  monde,  185.  261. 
499,  1.  617,  2;  description,  136- 
138;  analyse  de  ses  parties,  366,2; 
ses  domaines  terrestres  (voy.  Cho- 
rographie);  régit  la  poitrine,  319; 
signe  tropique,  23. 152  ;  brûlant,  23  ; 


lieu  de  réunion  des  planètes  lors 
de  rèx-itûpuori;,  33,  3;  aveugle  et 
produisant  la  cécité,  151,  1.  161. 
431,  3;  redouté  de  Properce,  552. 

Canicule,  lever  du  Chien,  34.  367,  2. 
383,  4.  384. 

Capricorne  =  Sakhû,  50,  3.  57,  1  ; 
=  Pan  et  Triton,  144;  domicile  de 
Saturne,  96.  185.  188.  190.  204; 
exaltation  de  Mars,  145.  195.  198. 
204  ;  dépression  de  Jupiter,  97,  2. 
195  ;  apside  de  Mercure,  196,  1  î 
tutelle  de  Vesta,  145.  184;  198,  1; 
en  rapport  avec  les  Saturnales, 
204, 1  ;  description,  144-146;  signe 
tropique,  23.  152  ;  aqueux,  33,  3  ; 
froid,  23  ;  ses  domaines  terrestres 
(voy.  Chorographie)  ;  régit  les  ge- 
noux; 319;  signe  horoscope  d'Au- 
guste, 146,  1.  369,  1.  373,  2.  439,  3. 
549.  554,  2;  peut-être  d'Horace, 
165,  1  ;  enseigne  de  légions,  554,  2. 

Capul  Draconis  ('Ava6i6iÇ(ov),  nœud 
ascendant  de  l'orbite  lunaire,  122- 
123.  192,  1.  349,  4.  452,  2.  467,  3. 
493,  1.  507,  1.  508.509,  1.  513. 

Caracalla,  559. 

Cardo  =  xévxpov,  point  cardinal  du 
cercle  de  la  géniture,  170,  4.  171, 
etc. 

Cariens,  inventeurs  de  l'astrologie, 
51,  1.  577. 

Carnéade,  contre  l'astrologie,  337. 
425.  545.  571.   581.  582.  587,  1.  620, 

Carré,  ses  propriétés  mystiques,  7, 1. 
171  ;  en  astrologie,  voy.  Quadrat 
(aspect). 

Cassandre,  astronome,  543. 

Cassiopée,  constellation,  61.  613,  1. 

Castor,  un  des  Gémeaux,  135  ;  fils  de 
Tyndare,  588,  1, 

Catastérismes,  13,  1.  23.  60.  79, 1.  541. 
548.  551,  1.  552,  3.  569,  1;  chrétiens, 
609.  623,  1. 

Caucase,  observatoire  de  Prométhée, 
576,1. 

Cauda  Draconis  (KaTaêiëdîÇtov),  nœud 
descendant  de  l'orbite  lunaire,  voy. 
Caput. 

Cécrops  =  Verseau,  146. 

Celse,  sur  l'astrologie,  320. 


634 


INDEX    ANALYTIQUE 


Censorinus,  sur  la  vie  intra-utérine, 

377-379. 
Centaure,    constellation,     143;    voy. 

Chiron. 
Centres  (xsvrpa),  points  cardinaux  du 
cercle  de  la  géniture,  129.    257- 
259.  352.  399;  leur  place  dans  les 
lieux  y  afférents,  270. 

Céphale,  père  d'Hespéros,  100. 

Céphée,  constellation,  424;  donné 
comme  astrologue,  576,  1. 

Cercle,  tracé  du  mouvement  parfait, 
8,  2  ;  divisions  du  cercle,  voy.  De- 
grés. 

Cérès  =  la  "Vierge,  184. 

Césaire,  contre  l'astrologie,  571,  1. 

César  (J.).  547.  549.  568. 

Chaldéens,  de  Chaldée,  inventeurs  de 
l'astrologie,  36-51.  64.  93,  2.  104- 
105.  108.  m,  1.  121.  124-125.  126. 
133,  1.  166.  184.  185,  1.  227,  2.  260. 
299,  1.  337.  362,  4.  365,  1.  461. 
477.  478,  1.  570,  2.  575,  2.  576.  581. 
599,  3;  astronomes,  abandonnant 
l'astrologie,  37,  2.  209,  1.  260,  1; 
nom  commun  des  astrologues,  syno- 
nyme ou  antithèse  d'Égyptiens,  42. 
43.  54.  62,  3.  79,  1.  108-109.  117. 
148,  2.  181,  1.  203,  1.  204.  210.  220. 
319,  1.  357.  376.  377.  379.  392,  3. 
.  464.  484.  519.  545.  546.  547.  554. 
555.  557.  558.  560.  562.  565.  566. 
589.  622,  4;  synonyme  de  mages, 
51,  1.  533,  1.  566.  611,  2;  oracles 
chaldéens  (voy.  Oracles). 

Charités  ou  Grâces,  398. 

Chasma  [discessus  caeli),  aurore  bo- 
réale, 362. 

XTiXat,  141.  142,  1.  Voy.  Balance. 

Chèvre,  constellation,  62.  445,  1  ; 
chaldéenne,  57;  et  les  Chevreaux, 
constellation,  62,  1.  423,  3. 

Chien  ou  Canicule,  constellation,  61. 
74, 1.  366,  2  ;  produit  la  rage,  79, 1 . 
125,  2;  =  Sirius,  137  ;  =  Isis,  226, 
2;  =  le  Verbe,  609,  i. 

Chiromancie,  132,  1.  313,  2. 

Chiron  =  Sagittaire,  143;  =  Cen- 
taure, 143;  donné  comme  astrolo- 
gue, 576,  1.  578,  1. 

Choiak,  mois  égyptien,  369. 


Chorographie  astrologique,  327-347. 
583;   zodiacale,    329-334.    551.   552; 
planétaire,  334-336  ;  mixte,  338-347. 
)^pT,[jLaTtÇovxcî  {zô-Koi),  287,  2.  406,  2. 

..Chronocratories,  domination  des  as- 
tres sur  des  fractions  du  temps, 
220.  222.  334.  406,  2.  462.  474.  498. 
506.  512  ;  zodiacales,  489-491  ;  pla- 
nétaires, 474.  478,  1.  491-506;  des 
heures,  43,  4.  479.  506  (voy.  Siet^wv 
et  Semaine);  des  jours,  64,  1.  476, 
2  (voy.  TToXsûwv  et  Semaine);  des 
mois,  505-506.  509-510  (cf.  Signes); 
des  années,  404,  2.  528,  2  (voy.  Dodé- 
caétéride);  des  périodes  de  la  vie 
intra-utérine,  508-510;  des  divers 
âges,  500-502.  511  ;  des  périodes  de 
l'histoire  universelle,  187,  1,  498- 
499  ;  idée  familière  aux  Égyptiens, 
216,  3.  220;  fondement  du  système 
des  xa-capxaî,  474.  Chronocrator 
xaOoXixôî,  492,  1,  493.  494,  1;  = 
à-péxT.î,  411,  1.  422,  i.  503.  504,  2. 

Xpôvoç  =  Kpôvoî  (s.  v.). 

Chrysippe,  28.  30,  1.  32.  33.  34.  107. 
321,  4.383.425.544.  586,  1. 

Chrysostome,  voy.  Jean. 

Cicéron,  contre  l'astrologie,  571,  1. 
572  ;  traduit  Aratus,  553. 

Cidénas,  astronome,  515,  3. 

Circoncision,  hommage  à  Saturne, 
371,  1. 

Cités  (thèmes  des),  368-371.  441.  585, 1. 

Claude,  sévit  contre  les  astrologues, 
561. 

Cléanthe,  29, 1.  31.116, 1. 544,  2.  626,  1. 

Cléemporos,  519,  1. 

Cléomène,  roi  de  Sparte,  29. 

Cléopâtre,  reine,  53,  1  ;  ses  livres,  375. 

Cléostrate,  61.  62,  1. 

Climat,  au  sens  de  latitude,  261,  3. 
265.  268.  269.  329,  2  (voy.  'Ava^opai)  ; 
au  sens  de  zones,  334-336. 

Climatères,  410,  1.  414,  1.  422.  496,  1. 
500.  520.  526-529;  planétaires, 
531,  1;  décaniques,  229,  2.  532,  1. 

Clitomaque,  571,  1.  581,  5. 

Clotho,  170,  1  ;  =  sphère  des  fixes, 
25,  1. 

Cocher,  constellation,  445, 1. 

Cochoden,  voy.  Alcochoden. 


INDEX    ANALYTIQL'E 


635 


Cœur  du  monde  =  Soleil,  77,  1  ;  du 
Soleil,  112,  i.  309,  5  ;  du  Bélier,  393, 
2  ;  viscère,  régi  par  le  Soleil,  321 .  323. 

Combustus  =  OTcaoyoî,  112.  309,6. 

Comérius,  375,  2. 

Comètes,  348.  357-361.  623  ;  comète 
de  César,  548-549,  ou  d'Auguste,  359, 
1.  550,  i;  planètes  inconnues,  573. 

Commagène,  voy.  Antiochus. 

Commode,  558. 

Conception,  infusion  de  l'âme,  376  ; 
symbolisée  par  bolides,  386,  2  ; 
thème  ou  horoscope  de  la  concep- 
tion, 36.  369.  373-383.  508.  592,  1. 
621-622;  conception  simultanée  des 
jumeaux,  588,  1. 

Conciles,  contre  l'astrologie,  624,  2. 

Conditio,  voy.  Atpeatî. 

Configurations  (ery-rijxaT'.TîJLOî),  voy. 
Aspects. 

Confiîiium,  voy.  ô[Jiôpw«jtî. 

Conjonction,  voy.  Phases  ;  de  toutes 
les  planètes,  30,  1.  33,  3.  39,  1. 

Conon  de  Samos,    astronome,   51,  1. 

Consonnes,  représentant  les  signes 
du  Zodiaque,  150,  1. 

Constantin,  567.  568;  son  fils  Cons- 
tance, 567.  569. 

Constellatio  =  thème  de  géniture, 
256.  390.  586,  2. 

Constellations  =  sidéra,  180. 

Contact  [contactas),  voy.  Suva-j-^. 

Copernic  (système  de),  8,  626. 

Coré,  associée  à  Déméter  et  Diony- 
sos, 398. 

Corne  du  N.  =  étoile  du  Taureau,  150. 

Cornélius  Hispalus  (Cn.),  expulse  les 
astrologues,  546. 

Cornutus,  stoïcien,  30, 1.  453,  5.  552,  3. 

Cos,  école  astrologique  de  Bérose,  36. 

Cosmogonie  babylonienne,  40-41 . 
192,  1.  323,  3. 

Couleurs  des  astres,  173,  1  ;  des  pla- 
nètes, 41,  1.  313-315;  des  signes  et 
des  lieux,  315  ;  des  éclipses,  355  ; 
des  foudres,  363. 

Coupe,  constellation,  voy.  Crater. 

Couronne,  constellation,  609,  1. 

Crassus  (M.  Licinius)  et  les  Chaldéens, 
547. 

Crater  (la  Coupe),  constellation,  23, 1. 


Cratès,  106,  2. 
Crèche,  voy.  «PiTVT,. 
Crinas  de   Marseille,  médecin  astro- 
logue, 464,  2.  532,  3.  564. 
Critodème,  36,  2.  39,  2.  529,  1.  531,  1. 

575,  2. 

Crotos  =  Sagittaire,  143. 

Cube,  ses  propriétés  mystiques,  7,  1. 

173. 
Cuivre,  métal  de  Cypre,  attribué   à 

Vénus,  315. 
Culmination  supérieure  (voy.   MC); 

inférieure  (voy.  IMC). 
Cupidon  =  Aldébaran,  134,  1 . 
Curetés,  398,  3. 
Cybèle  =  ogdoade,  7,  1. 
Cycles   divers,  voy.  Année,  Chrono- 

cratories,  Dodécaétéride,  Périodes, 

Semaine  ;  cycle  ou  chronocratorie 

de    129    mois,    410.    492-493.    500; 

cycle  de  Méton  (s.  v.) 
Cyniques  (philosophes),  18,  1. 
Cyranos   et  livres  Cyranides,  316,  2. 

536,  1. 
Cyrénaïques  (philosophes),  18,  1. 

A,  sigle  du  trigone,  217,  2. 

Aa{|xu)v  ou  x^Tipoî  Aaîjiovoi;,  voy.  KXf^- 
poî  ;  àyaBô;  (s.  v.)  ;  xax<5(;  (s.  v.) 

Aai[jLOv{ti,  276  (fig.  30).  279. 

Dapinu  =  Jupiter,  41. 

Dea,  dans  Voctotopos,  279  ;  dans  le 
dodecatopos,  283. 

Décade,  pythagoricienne,  7.  9.  540; 
dans  le  calendrier  égyptien,  234,  2. 
462,  3.  475.  476  ;  dans  les  calen- 
driers helléniques,  460,  1. 

Décans,  dieux,  223.  229,  2.  532,  1. 
533,  2;  chronocrators  des  décades, 
7.  9.  42,  2-3.  43,  4.  55.  60,  2.  124. 
137,  2.  181.  215-235.  223.  232. 
236.  303.  309.  316.  320.  333.  334. 
349,  5.  366,  1.  391,  1.  427,  2.  475. 
476.  481.  533.  540,  2.  541,  1.  625  ; 
auteurs  des  bolides,  358;  ignorés 
de  Ptolémée,  215-216  ;  représentés 
par  le  sigle  x,  217,  3. 

Dédale,    donné    comme    astrologue, 

576,  1. 

Defixio,  voy.  Envoûtement. 
Defluxio,  voy.  'Aird^^ota. 


636 


INDEX    ANALYTIQUE 


Degrés  du  cercle;  divers  systèmes  de 
division,  59,  1.  60,  2.  279,  2.  334,  1. 
475,  2  ;  degrés  masculins  et  fémi- 
nins, 154,  3;  162.  215,  3.  397,  2; 
pleins  et  vides,  162.  215,  3.  216,  3. 
230.  397,  2  ;  dans  et  entre  les  décans, 
231-234;  degrés  mauvais,  235;  bril- 
lants, 235. 

DejecHo,  voy.  Taire  t'vwjjia. 

AsxajAOïpia  =  décan,  217,  2. 

SExaTEÛEtv  (ou  èm  — ),  250.  432,  1. 

Delephat  =  Dilbat  =  Vénus,  41,  1. 

Delphes,  nombril  du  monde,  323,  3. 
618,  1  ;  son  oracle  muet,  562. 

Delta  du  Nil,  copie  du  Deltoton  céleste, 
76,  1. 

Déluge,  produit  par  réunion  des  pla- 
nètes, 33,  3;  d'Ogygès,  128,  4. 

Démêter  =  Terre-Mère,  31.  92,  3; 
âme  de  la  Terre,  21,  2;  associée  à 
Coré  et  Dionysos,  398. 

Démétrius,  astrologue,  472,  3. 

Démiurge  chaldéen,  108.  185.  192,  1. 
(voy.  Mardouk)  ;  platonicien,  16. 
20-21.  114. 

Démocrite,  13-15.  63.  116,  1.  126,  4. 
357.  519,  1.  538. 

Démonologie,  primitive,  312;  plato- 
nicienne, 24,  1.  77.  604,  2;  chré- 
tienne, 619.  Voy.  Génies. 

Démons  chrétiens  =  dieux  païens, 
610,  1.  616,  2.  619.  623.  625. 

Denderah  (Zodiaque  de),  voy.  Ten- 
tyra. 

Dercyllide,  sur   les  planètes,  573,  2. 

Deucalion  =  Verseau,  146. 

Deus=  Soleil,  293, 1  ;  àansVoclotopos, 
279;  dans  le  dodecatopos,  284.  413; 
lieu  aphétique,  416. 

Devins  légendaires,  réputés  astro- 
logues, 370,  1.  551.  576,  1. 

Dexlratio,  77,  1. 

Diadumène,  son  thème  de  géniture, 
558,  2. 

Diamètre  et  aspect  diamétral,  166-169; 
harmonique,  168.  173  ;  favorable 
aux  naissances,  378.  379,  2  ;  oflen- 
sif,  167-168.  249,  2.  401.  Voy.  'Axti- 
voêoXt'a. 

Diane  =  Lune,  Sg,  2;  =  Diuno  — 
Juno,  189, 1;  dans  le  Sagittaire,  184. 


Atâ6£[jLa,  voy.  Thème. 

AîSu|xoi,  voy.  Gémeaux. 

ôisTïwv  (planète),  chronocrator  de 
l'heure,  476,  2.  479,  3. 

Dies  Aegypliaci  (s.  v.)  ;  atri  (s.  v.); 
fissi,  intercisi,  460,  1  ;  natales,  459, 
1  :  jours  heureux  ou  malheureux, 
dans  Hésiode  (s.  v.)  :  en  astrologie, 
voy.  oEitpaxxot,  Chronocratories,  Se- 
maine. 

Dignités  des  planètes  :  voy.  Domiciles, 
"r4'w;xa,  "Op'.a,  etc. 

AixaaTat  twv  oXwv,  divinités  sidérales, 
42.  43,  4.  216,  3. 

A(xT,  =  Vierge,  62,  1.  139,  191,  1;  = 
Fortune,  602. 

Dimanche  =  jour  du  Soleil,  férié, 
485,  2. 

Dioclès,  astronome,  129,  1. 

Dioclétien,  sévit  contre  les  astrolo- 
gues, 566. 

Diodore  de  Sicile,  sur  l'astrologie 
chaldéenne,  41-44.  66,  1.  93,  2. 

Diodore  de  Tarse,  contre  l'astrologie, 
571,  1.  585,  3.  613,  1.  617,  1.618,  1. 

Diogène  d'Apollonie,  126,  4. 

Diogène  de  Séleucie,  544.  594. 

Dionysos,  Coré  et  Démêter,  398. 

Diophane,  astrologue,  563,  2. 

Dioscoride,  astrologue,  403,  3. 

Dioscures  =  Gémeaux,  135.  588,  1. 
621;  trijumeaux  avec  Hélène,  398. 

Aio5T,[X£Îa,  voy.  Météorologie. 

Directio  =  fosaiç,  411.  418.  419,  1. 

Atffxsûî,  comète,  359. 

Stawfia  (signes),  58,  3.  151.  152.  170. 
352.  353,  2.  433. 

Disposilor,  espèce  de  chronocrator, 
507,  1. 

Diurnes  et  nocturnes  (signes),  155- 
156;  (planètes),  voy.  Aïpsatî. 

Divisor,  espèce  de  chronocrator. 

Dodécaétéride  chaldaïque,  489-490. 

Dodécatémories  =  signes  du  Zodia- 
que (distincts  des  constellations), 
55.  57.  129,  1.  180.  216,  3.  273,  1. 
579,  1  ;  douzièmes  de  signes,  216,  3. 
299.  302;  dodécatémories  plané- 
taires, espèces  de  %'kr,poi  chaldéens, 
216,  3.  239,  2.  291,  1.  299-303; 
dodécatémories  de  Wkf^pQi,  300.305,1. 


INDEX    ANALYTIQUE 


637 


Dodecatopos ,  système  usuel  des 
XII  lieux  (s.  V.),  280-288. 

Dodone  (oracle  de),  3o,  1.  469,  i. 

Aoxîj;  ou  Soxîî,  comète,  339,  1.  360. 

Domiciles  (olxoi)  ou  maisons  des 
planètes,  59,  1.  64,  1.  104,  1.  108. 
137.  182-192.  211.  238.  239.  275. 
303.  309.  387.  406,  2.  427,  2.  499,  1 . 
504.  351,  4.  580,  2.  616;  confondus 
avec  ru^J/ufxa,  185,  1.  227,  2. 

Domitien,  expulse  les  astrologues, 
556.  362. 

Dorothée  de  Sidon,  161.  162,  2.  191. 
195,  1.  202-203.  205.  207.  213,  2. 
271,  2.  301,  2.  331-333.  345.  416,  3. 
463,  2-3,  509,  2.  513,  1.  516. 

Aopu^opta,  252-254.  393.  437. 

AoTf.ps;  Tsxvwv  (planètes),  432. 

Druides,  en  rapport  avec  Pythagore,  5. 

Dragon,  constellation,  122;  =  le 
diable,  609,  1  ;  cause  des  éclipses, 
123;  symbole  de  l'orbite  lunaire  : 
ses  nœuds,  voy.  Caput  et  Cauda. 

Drekans,  dans  llnde  =  décans,  220, 1. 

Droite,  par  opposition  à  gauche,  côté 

•  masculin  et  solaire  :  sa  préémi- 
nence, 6,  80.  164,  2.  174.  249,  1. 
321.  322,  3.  397;  signifie  en  avant, 
dans  le  sens  du  mouvement  diurne, 
174.  243,  1.  248.  233,  1.  254. 

Drusus,  frère  de  Tibère,  552,  3. 

Drusus  Libo,  son  procès,  560, 

Durée  normale  de  la  vie,  403  (voy. 
Saeculum);  fixée  par  les  signes, 
404;  par  les  planètes,  208.  401,  1. 
403-410;  par  les  lieux,  403  (voy. 
Années)  ;  durée  de  la  gestation, 
380-383.  308-310. 

Aûïi;,  Couchant  ou  Occident  (s.  v.), 
point  cardinal,  238  ;  coucher  diurne, 
par  opposition  à  xpu^^iç,  111,3  ;  Suti- 
xà;  {irsx-h?),  113,  1.  309,  5.  401, 1.443. 
452,  2. 

Êa,  divinité  chaldéenne,  40.  69. 
Eau,   élément  générateur,  4.  3.   40; 

destructeur,  96,  6  ;  nourriture  des 

astres,   73,   1.   127;    eaux  célestes, 

iO.  618. 
Ecbatane,  ses  sept  enceintes,  41,  1. 

313. 


Eclipses,  sens  étymologique  du  mot, 
246  ;  observées  et  expliquées  par  les 
Chaldéens,  39. 43.  43-48  ;  par  Thaïes, 
3  ;  par  Pythagore,  9  ;  par  Aristar- 
que  de  Samos,  43,  2  ;  présages  régio- 
naux chez  les  Chaldéens,  46,1.  47-49. 
581  ;  présages  «  catholiques  »,  333. 
348-355.  368.  441,  1.  610,  3.  623. 
624,  1;  généthliaques,  368,  2.  Inter- 
prétation de  la  couleur  des  éclipses, 
47.  333,  3  ;  des  éclipses  souterraines, 
349.  333,  2.  356.  Voy.  Dragon. 

Écliptique,  ligne  médiane  du  Zodia- 
que, 62,  1.  124.  262;  son  obliquité, 
30.  55.  124,  1.  126-128.  239,  2.  262. 

Ecclésiastique  (livre  de  V),  sur  la 
durée  de  la  vie,  403,  3. 

Edfou,  voy.  Apollinopolis. 

Égyptiens,  de  race,  donnés  comme 
inventeurs  de  l'astrologie,  31,  1. 
62,  3.  63,  3.  64.  103,  1.  461.  518.  601  ; 
des  op'.a,  206-207.  408  ;  des  lieux, 
273,  2.  310  ;  des  xXflpot,  298.  299,  1  ; 
des  Décans  (s.  v.);  de  la  mélothésie, 
319,  1,  320;  de  la  chorographie, 
333-334.  345  ;  des  chronocratories, 
216,  3.  220.  334  ;  au  temps  de  l'Em- 
pire, astrologues  en  général,  51.  54. 
66,  1.  148,  2.  208.  221.  269.  272.  336, 
2.  464.  479,  2.  482.  484.  364,  1.  601, 
2.  617,  2. 

EÎXT.Ouîaî,  comète,  359,  1. 

'ExTtûpwaiî,  causée  par  la  réunion  des 
planètes,  33,  3. 

El,  dieu  phénicien  =  Saturne,  93,  2, 

Éléates  (école  des),  10. 

Electiones,  voy.  KaTapyai. 

Électron,  métal  de  Jupiter,  315. 

Éléments  (les  quatre),  dans  Erapé- 
docle,  11  ;  dans  Aristote,  25-26. 

Empédocle,  11-13.  126,  4.  158.  378,  3. 
397.  433. 

'Ejxiteptoyeiitî,  231. 

Empiricus,  voy.  Sextus. 

Empyrée,  22,  2.  604,  2. 

'EvaUaYTi,  240,   1.  241,  1.  449.  434,  1. 

Endymion,  donné  comme  astrologue, 
576,  1. 

Énée,  né  sous  la  Vierge,  369,  1  ;  con- 
duit par  Vénus,  613,  2. 

'EvêVTiXovtdtixspoî,  262,  1.  412,  1.  414,  1. 


638 


INDEX    ANALYTIQUE 


Enfants   ou   fils,   dans  le  cycle    des 

lieux,  283.  S92. 
"Evyôvaffiv     {Ingeniibus ,    Ingeniculiis, 
Geniculator),    constellation   d'Her- 
cule,   autrefois    anonyme,  60,    1  ; 
=  Adam,  609,  1.  617. 
ÈYxatpSiOî  (icfT-f,p),  309,  5. 
Ennius,  contre  les  astrologues,  368. 
Enoch,  voyez  Hénoch. 
Envoûtement,  313,  5.  537,  1. 
Épagomènes  (jours),  234,2.  475,  2.  476. 
'Eiravacpopat,    273.    274.    278.     392,     1. 

401.  405,  1.  437.  513,  6. 
'ETuéjxêaatî,  474. 

Éphémérides     astrologiques,      chal- 
déennes,  461,  2;  hésiodiques,  459- 
461  ;   égyptiennes,  461-462.  462,  4. 
465.  363.  564.  565.  570  ;  brontosco- 
piques,    363-364.    463  ;    sismiques, 
363,  1;  diverses,  465. 
Ephrem  (S.),  contre  l'astrologie,  617. 
Épi  de  la  Vierge,  37.  38.  140. 
Épictète,  29. 

Épicure,  28  ;  épicuriens    ou    libres- 
penseurs,    contre    l'astrologie,   15. 
594.  622. 
Épicycles  (théorie  des),  111.  115. 
'EmSsxaTsîa,  250. 

Épigène,    disciple  de  Bérose,   36,  2. 
37,   2.   39,   2.  94,  2.  358,  6.  379,  1. 
403,  2.  575,  2. 
'EiiiviaTaçpopai  =  àiroxTktjia-cat,  271.  273. 

278,  3.  283,  4. 
szixEvxpoî  (astre),  271.  406,  2.  441. 
'E-irixpaTTiTwp,   406,   2.   407,  2.  422,   2. 
504,  2  ;  =  à'f  STTjî,  412,  1  ;  Tf,i;  paai- 
"ktioii,  440,  2. 
'EitijiapTupîat  =  Aspects  (s.  v.),  410,  1. 

Voy.  [lapTupfai. 
Épiphi,  mois  égyptien,  367,  l.  541,  2. 
'EirtaxoTtoi  =  Décans,  217,  2.  223,  4. 
'Eirtffuvayw^,  247. 
'EniToXyi,  lever  héliaque,  111,  3. 
éTtôjJievoi;  (tôitoî)  =  àvatpsxixôi;,  419. 
Équinoxe  de  printemps,  au  milieu  du 
Bélier,  129,  1  ;  au  commencement, 
129,  1.   161  (fig.  17).  270;  au  degré 
8o,  129,  1  ;  jadis  dans  le  Taureau,  34. 
57.  58.  59,  2.  134,  1-2;  déplacé  par 
la  précession  des  équinoxes  (s,  v.). 
Ératosthène,  107.  334. 


Ère,  de  Nabonassar,  48,  1  ;  des  Séleu- 
cides,  50. 

"Epwî  (Cupido),  293,  1  ;  =  Vénus,  307 
(voy.  K)vf,poî). 

Erronés  —  planètes,  88,  3. 

Esclaves  (thèmes  des),  441  ;  pronostics 
les  concernant,  468.  472-474. 

Esculape,  voy.  Asklépios. 

Esneh  (Zodiaque  d'),  voy.  Latopolis. 

Étain,  métal  de  Mercure,  315. 

Ethnographie  astrologique,  régionale 
(voy.  Chorographie)  ;  théorie  de  la 
race  et  du  milieu,  337-328.  381-584. 

Etienne  d'Alexandrie,  auteur  astrolo- 
gue, 370-371. 

Étoiles,  plus  intelligentes  que  les 
planètes,  75,  1.  95  (voy.  Décans); 
comparées  aux  planètes  pour  le 
tempérament,  96,  1.  125,  1.  132,  1. 
181,  2.  257,  4;  normales,  dans  le 
Zodiaque  chaldéen,  56,  1  ;  extra- 
zodiacales, 23,  1.  125.  336,  1.  338,  2. 
351.  361,  3.  384.  426.445  (voy.  Para- 
natellons);  filantes  (voy.  Bolides); 
patronnes  des  individus,  22,  2.  386, 
1  ;  figurées  à  huit  branches,  81  ;  à 
sept  branches,  81.  482. 

Étymologies,  platoniciennes,  24,  1  ; 
stoïciennes,  30,  1 . 

Eudemus  de  Rhodes,  3,  3. 

Eudoxe,  25.  51,  1.  60,  2.  62.  63.  109, 
2.  111.  129,  1,  184,  1.  260.  263,  1. 
334.  541,  1.  343. 

Eumolpos,  donné  comme  révélateur 
de  l'astrologie,   576. 

Euno  =  Isis,  462,  3. 

Euphrate,  berceau  de  Vénus,  147;  des 
Pjoissons  (s.  V.). 

Euripide,  sur  l'astronomie,  37,  1. 

Eusèbe  d'Alexandrie,  contre  les  as- 
trologues, 611,  2.  616. 

Eusèbe,  évêque  d'Émèse,  adonné  à 
l'astrologie,  616. 

Ézéchias  (cadran  solaire  d'),  128,  4. 
610.  622,  4. 

Faisceaux  lumineux  (paêSoî),  355. 

Farnèse  (globe),  142,  1. 

Fatalisme,  impliqué  par  la  divination 
en  général,  31-32.  84.  .336,8;  par 
l'astrologie,  593-598.  603,  2.  620- 


INDEX  ANALYTIQUE 


639 


625  ;  surtout  par  la  généthlialogie, 
448.  487-488.   520. 

Faunus,  363,  3.  346,  1. 

Faustus,  manichéen,  620,  4. 

Favorinus,  contre  lastrologie,  358. 
571,  i.  373,2.  573,2.  387,1.  593. 

Februai'ius,  mois  romain,  189,  1. 

Féminin  (sexej,  formé  dans  le  Midi, 
92,  1  ;  dans  le  Nord,  d'après  Parmé- 
nide,  92,  1. 

Fer,  métal  de  Mars,  313. 

Ferdariae  ou  Fridariae  =  chronocra- 
tories,  491,  1.  493,1.  307,  1. 

Feu,  élément  générateur,  10;  destruc- 
teur, voy.  'ExTCÛpwitî  et  Mars. 

Fines,  voy.  opta;  =  finitumae  partes, 
181,  1.  206,2. 

Firminus,  ami  de  S.  Augustin,  386,  2. 
622,  4. 

Firmicus,  cité  dans  tout  le  cours  de 
l'ouvrage  (Voy.  Bibliographie),  dé- 
die son  livre  à  Mavortius  (s.  v.). 

Foie,  siège  de  Mercure,  312.  314. 

Fomalhaut,  étoile  du  Poisson  Aus- 
tral, 148,  2. 

Fonteius,  auteur  d'éphémérides  bron- 
toscopiques,  363. 

Fortune,  en  général,  vogue  de  son 
culte,  288.  564  ;  =  AixT„  602  ;  dans  le 
temple  toscan,  298, 2  ;  Fortune  astro- 
logique, voy.  Tû^T,,  Vénus,  Vierge. 

Foudres,  362-363.  550,  1 . 

Frères,  pronostics  les  concernant, 
394-393.  433. 

Fronton,  astrologue,  162. 

Fridariae,  voy.  Ferdariae. 

Gabics  (autel  de),  141,  2.  184,  1. 

Gabriel,  ange  de  la  Lune,  623,  1. 

Galba,  mis  à  mort  par  Othon,  354' 
336.  362. 

Ganymède  =  Verseau,  146. 

Gauche,  par  opposition  à  la  droite, 
côté  féminin  et  lunaire,  6.  80.  164, 
2.  174.  249,  1.  321.  322;  signifie 
en  arrière,  à  contre-sens  du  mouve- 
ment diurne,   174.  243,  I.  248.234. 

Gémeaux  =  masmasu,  30,  3.  37,  1  ; 
hypostases  de  Nergal,  58.  133;  = 
Cabires,  (s.  v.)  ;  =  Dioscures  (s.  v.)  ; 
=   Apollon,    Bacchus,   Hercule  (s*. 


vv.);  domicile  de  Mercure,  188. 
189,  1.  191.  204  ;  tutelle  d'Apollon, 
184.329;  apside  du  Soleil,  196,  1; 
description  du  signe,  135-136  ; 
analyse  de  ses  parties,  366,  2  ; 
ses  domaines  terrestres  (voy.  Cho- 
rographie  ;  régit  les  épaules  et  les 
bras,  319. 

Gérainus,  contre  l'astrologie,  74,  3. 
108.  116.  167,  1.  572,  2. 

riveaiî  [genitura)  —  thème  de  géni- 
ture,  185,2.256,  1. 

Généthlialogie,  chaldéenne.  49-50. 
385,  4  ;  première  forme  de  l'astro- 
logie grecque,  27,  2.  83,  1  ;  expo- 
sée, 84-86.  367.  373-457;  combi- 
née avec  les  KaTap-/a[  (s.  v.); 

Génie  =  Aa(}j.wv,  dans  le  système  des 
lieux  (voy.  'AyatOô;,  Kaxdî)  ;  dans  les 
x>kfipot  (s.  V.)  ;  Génie  individuel, 
551,  4.  565,  2.  388,  1  ;  génies  plato- 
niciens, 24,  1.  604,  2. 

Géomancie,  470,  1.  342,  1.  624,  2. 

Germanicus,  traduit  Aratus,  553. 

Gilgamès  ou  Izdubar.  58.  143. 

Glossopelra,  91,  1. 

Glutinatio,  voy.  Kô>kX7iatî. 

Gnostiques,  introduisent  l'astrologie 
dans  le  christianisme,  608-609.  612. 
613,  1. 

rwviai  (anguli)  =  centres,  258,  4. 

Gordiens  (les),  empereurs,  560. 

Gorgone  ou  tête  de  Méduse  {Algol), 
dans  la  constellation  de  Persée,  424. 

Grégoire  de  Nazianze  (S.),  contre  l'as- 
trologie, 613,  1. 

Grégoire  de  Nysse,  contre  l'astrologie, 
85.  371,  1.  582,  1.  384,  2.  617,  1. 

Grégoire  le  Grand  (S.),  pape,  contre 
l'astrologie,  390,  2. 

Gu  =  Verseau,  37,  l. 

Gultu  =  Mercure,  41,  1. 

Hadrien,  379,  1 .  557-558. 
"Ai5ou  ttûXt,,  voy.  Janua  Ditis. 
AïpEdiî    {conditio  -secta),    qualité   de 

diurne  ou  nocturne,  103.  135.  188. 

198.  203.  233.  254.  303.  309.  339,  1. 

388.  390.  394.  437.494,  1. 
Haiz  =  alaliiz  =  aipsat;,  103,  2. 
Halos,  interprétés,  48.  348.  335. 


640 


INDEX   ANALYTIQUE 


Harpocration,  auteur  astrologue,  534, 

3.  535,3.  536,  1. 
Haruspices,   50,   1.    183.  279,  2.  357. 

363.  364,  4.    368,   4.  403,  2.   446,  2. 

547.  549.  550.  555,  6.  557,  1.  559,  4. 

567  ;  leur  temple   céleste,    160,  2. 

171.  183.  279,  2.  298,  2;  temple  hé- 
patique, 284,  4.  550,  3. 
Hebdomades,  voy.  Septénaires;   'Eë- 

Sojjiâî,  voy.  Semaine;  'EeSofxayivTiî, 

titre  d'Apollon,  459. 
EtjiapiiévTi,  prédestination  stoïcienne, 

32.  596,   1.  603,  2.  612,  2-3.  614,  2. 

671,  1. 
Hélène,  trijumelle  des  Dioscures,  398. 
Héliaque  (lever),  voy.  Lever. 
Héliodore,  astrologue,  569. 
Hénoch,  patriarche,    donné   comme 

inventeur   de   Tastrologie,    578,    1. 

601;  le  livre  d'Hénoch,  77,  1.  540,  2. 

575,  3.  578,  4.  606-607.  610,  1. 
Iwoç     (àuf/ip),     antithèse     d'Éair^ptoî 

(s.  V.),  102.  113,  1.  188,  1.  253,  3. 
341.  431,  2.  437.  443  ;  phase  de  co- 
mète, 361  ;  abusivement  synonyme 
de  àvaToTktxôç  (s.  v.). 

'Ewfftpôpo;,  fils  d'Astraeos  (s.  v.),  étoile 
du  matin,  67  ;  =  Istar,  41,  1  ;  = 
Vénus  (s.  V.). 

Héphaestos  =  ogdoade,  7,  1. 

Héphestion  de  Thèbes,  cité  dans  tout 
le  cours  de  l'ouvrage  (voy.  Biblio- 
graphie) ;  peut-être  chrétien,  624, 1. 

'EuTdtÇwvoi;,  système  d'opia,  210,  2. 
213-215.  409,  3. 

Hêra  (Juno)  =  dyade,  7,  1  ;  =  la  pla- 
nète Vénus,  68,  2.  99,  2. 

Héraclide  de  Pont,  57,  1.  107.  117,  3. 
367,  2. 

Heraclite  d'Éphèse,  4.  5. 10-11.  33,  2. 
75.  79.  96.  500. 

Heraclite,  le  stoïcien,  30,  1  33,  3. 

Héraklès,  voy.  Hercule. 

Hercule  =  un  des  Gémeaux,  135.  136. 
329  ;  =  'Evyôvaatv  (s.  v.)  ;  =  Mars,  98. 
439;  =  Soleil,  137,  1;  datpoxtTwv 
(s.  V.);    donné  comme  astrologue, 

576.  577,  1. 

'Epjx-rivEÏ;,    titre  donné  aux  planètes, 

40,  3.  69,  2. 
Hermès,  voy.  Mercure. 


Hermès  Trismégiste  (Thot),  8,  1.  77, 
1.  116,  1.  181,  1.  222,  4.  223.  343. 
358.  365,  1.  475,  2.  498.  519.  524. 
534,  1.  536.  541,  2.  576.  578.  598,  2. 
601,  2  ;  son  «  Livre  Sacré  »,  230,  3. 
316, 4.  317,  1.  320,  2-3.  517,  1.  518,  2. 
Hermès  dit  le  Philosophe  (?),  506. 

Hermippus,  astrologue,  624,  1. 

Hermippus,  ouvrage  d'auteur  anony- 
me (voy.  Bibliographie),  169.  183. 
322-323.  346-347.  613,  1.  623-624. 

Hérodote,  sur  le  cours  du  Soleil, 
127,  2.  128;  sur  l'astrologie  égyp- 
tienne, 62,  3.  83,  1. 

Hérophile,  médecin,  379,  1. 

'EpTwut  =  Hur-dos  =  Hercule,  98,  4. 

Hésiode,  2.  61.  459-461.  466, 

Hespéros,  fils  de  Céphale,  69  ;  étoile 
du  soir  =  Belit,  41,  1  ;  =  Vénus 
(s.  V.). 

éff^réptoî  (àaTTip),  antithèse  d'éwoî  (s.v.); 
phase  de  comète,  361;  abusivement 
synonyme  de  Suxtvcôî  (s.  v.). 

Hestia  =  Vesta  =  intelligence  de  la 
Terre,  21,2.  626,  1. 

Heures,  leurs  noms  égyptiens,  479,  1  ; 
leurs  chronocratories  (s.  v.). 

Hexagonal  (aspect),  voy.  Sextil. 

'hpà  pt6Xoi;,  voy.  'AiaSp-f,?  et  Hermès 
Trismégiste. 

'Ispôî  yâ[ioî,  449,  3. 

Hipparque,  48,  1.  54,  1.  60,  2.  61.  108. 
129,  1.  263.479.  543  ;  donné  comme 
astrologue  (?),  162,  1.  331,  4. 

'Itctoû;,  comète,  359. 

Hippo,  fille  de  Chiron,  astronome, 
37,  1.  576,  1. 

Hippocrate,  379.  509,  2.  519,  1.  528. 
583,  2.  621. 

Homère,  exploité  par  les  astrologues, 
2.  30.  59,  2.  576,  1.  601,  2  ;  dit  Égyp- 
tien, 35,  1  ;  ô[JLTipO(xavT{a,  460,  1. 

Homme,  semblable  au  monde,  voy. 
Microcosme. 

Homme-Scorpion  chaldéen,  143. 

ôfjLoyEvf,  (signes),  168. 

'0[ji6ptoa'.î,  247. 

ôfioÇwva  (signes),  159.  161.  164,2. 

Honneurs,  en  MC,  129,  1.  276.  281. 
284.  371.  440,  2.  441,  1-2.  443,  1. 
514,  4. 


INDEX   ANALYTIQUE 


641 


"ûpa  =  Horoscope,  258.  474,  3. 

Horace,  sur  Tastrologie,   16o,  1.  Soi. 

"Opia  [fines-termini],  182.  206-215. 
238.  239.  247.  293,  1.  303.  309.  391,  1. 
404,  2.  406,  2.  408.  410.  417,  1.  427. 
478,  2.  513,  3.  530,  2.  580,  2  ;  dans 
Cicéron,  181,  1.  206,  2  ;  dans  Mani- 
lius,  18o,  2.  206,  2. 

'Qp'.jxata,  413,  1. 

'Opioxpixwp,  390.  406,  2.  504,  2. 

Horops,  nom  d'astrologue,  552. 

Horoscope,  point  cardinal.  Orient  du 
cercle  de  la  géniture,  86.  237-258. 
383.386.  514,  3;  sa  suprématie,  258, 
4.  271.  281.  383  (voy.  Biuiî);  signe 
horoscope,  270,  1.  368,  4.  373,  2.  383. 
386,  1.  425  ;  pris  hors  du  Zodiaque, 
34,  1.  383.  423  ;  planète  horoscope, 
386,  2.  394,  2  ;  lieu  horoscope,  276- 
288;  degré  horoscope,  258;  sa  place 
dans  le  lieu  horoscope,  270;  métho- 
des pour  le  déterminer,  386;  par 
les  àvacpopai  (s.  v.)  ;  rectification  du 
calcul,  387-390  :  théorie  de  l'horos- 
cope instantané,  fondement  de  la 
généthlialogie,  9,  2.  83-86.  386.  602- 
603  ;  discussions  sur  la  pratique, 
588-590.  L'horoscope  aphète,  417 
lieu  aphétique,  416-417  ;  point  de 
départ  des  chronocratories,  489 
Horoscope  de  la  conception,  373 
383.  592,  1.  602.  Horoscope  lunaire 
voy.  KXfipoî  Tj/t.î.  Horoscope  = 
Thème  de  géniture  (s.  v.),  86. 

'flpodxÔTtot,  titre  égyptien,  donné  aux 
Décans,  220.  230,  3. 

Hur-dos  =  Hercule,  98,  4. 

Hyades,  étoiles  du  Taureau,  filles  de 
lapet,  134,  1.  376. 

TSpo/ôoî,  voy.  Verseau. 

Hyleff  ou  hylech,  voy.  Alhyleg. 

ô-rcaxo'jovTx  (signes),  voy.  àxoyovca. 

'r-JcavTT.Twp,  414,  3.  303.  504,  2. 

•jTrayvoî  ou  ÛTrauyf,;  (planète),  112. 
113,  1.  244,  3.  243-246.  305,  3.  309. 
406,2.  410,  1.421,3;  dit  de  laN.L., 
449.  468. 

Hypérion  =  Soleil,  89. 

TirôyEtov  =  IMC.   (s.  v.). 

'r-r:ÔXet<j;t;  (théorie  de  V),  116. 

'ruoT^eiTOupYOÎ,  229. 


'rTroiroÔKjjxô;,  rétrogradation,  111.406, 
2.  Voy.  'AvaTro5ta|X(5i;,  'Acpaipsa'.î. 

Hypsiclès,  60,  2.  262.263.  268,  1. 

Ttj/ujxa  [altiliido- sublimitas),  exalta- 
tion des  planètes,  97,  2.  98, 2. 104, 1. 
182.  185.  193-199.  211.  238.  239. 
303.  309.  387.  406,  2.  427,  2.  450.  504. 
580,  2;  3tj/w|xa  vewf.aswî,  514,  4.  515. 

"ril/oç,  au  sens  astronomique,  193-194; 
au  sens  astrologique,  voy.  u^j^wfjia. 

Hystaspe,  donné  comme  révélateur, 
et  astrologue,  51,  1.  66,  1.  484. 

lamblique,  599,  2.  602.  603,  2. 
lapetos,  Titan,  père   des  Pléiades   et 

Hyades,  576. 
lasion  =  un  des  Gémeaux,  136. 
latromathématique,  51.    1.  312.    316, 

4.  517-542.  564. 
Ibycus,  sur  la  planète  Vénus,  100. 
Icare,   père  de  la  Vierge  (Érigone), 

139;  =  Arcturus,    140;  maître  du 

Chien,    140;  donné  comme    astro- 
logue, 576,  1. 
ISîa  TteptoSoî  et  tSia  Itt,,  voy.  Périodes 

planétaires. 
'IStOTtpoffWTria,  238,  2.  242-243.  431,  2. 
'l5io6dtvaxoi,  423,  1. 
'l5toepovta,  406,  2.  513.  Voy.  epovot. 
Ignace  (S.),   évêque  d'Antioche,  sur 

l'astrologie,  612. 
IMC.  {imum  médium  caelum),  culmi- 

nation  inférieure;    point   cardinal 

du  cercle  de  la  géniture,  96,  2.238; 

réputé  Nord  du  Zodiaque,   272  ;  = 

quatrième  lieu,  276-288. 
Inceste,  dans  les  mœurs  orientales, 

341,  2  :  union  illégale,  430,  3. 
Infirmités,  causes  et  pronostics,  306. 

321,   2.     400.    430-431.    534,    1; 

infirmités  des  signes   eux-mêmes, 

151.  431,  3.  432,  2. 
Ingeniculatus,  Ingenubus,  voy.  'Ef^C- 

vaatv. 
Interprètes,  voy.  'EpfxT^vstî. 
Interrogationes,  application  des    xa- 

Tapxaî,  469-474.  523. 
îcavdçopa  (signes),  161,  163.  164,  2. 
Isis  =   Sothis,   186,    2.     226;   =   la 

Vierge,  139  ;  =  Vénus,  68,  2.  99,  2  ; 

Isis  et  Osiris  jumeaux,  450,  3. 


642 


INDEX   ANALYTIQUE 


i(To5uva[jLoiJvua  (signes),  159. 161  (fig.n). 
Istar    [Ishlar),    99.    133.   342,    1;    = 
Astarté,  68;  =  Vénus,  41.  69.  576. 
Istar-nadin-Habal,  astrologue,  49. 
Izddbar-Gilgamès,  58-59. 

Janua  Ditis,  277.  282.  422,  3. 

Janus,  183;  Consevius,  189,  1. 

Jean  Chrysostome  (S.),  contre  l'as- 
trologie, 612,  3.  613,  1.  617,  1. 

Jérusalem,  centre  du  monde,  618,  1. 

Joies  (x^paO  des  planètes,  310. 

Jophiel,  ange  de  Jupiter,  623,  1. 

Josué  (miracle  de),  128,  4.  622,  4. 

Jours,  diversement  qualifiés,  voy. 
Dies. 

Juifs,  dits  adorateurs  de  Saturne,  318. 
371,  1.  478,  1.  483,  3;  inventeurs  de 
l'astrologie,  51, 1. 578;  dispersés,  584. 

Julien  le  Chaldéen,  558,  2.  599. 

Julien  (l'empereur),  569. 

Julien  de  Laodicée,  599,  1. 

Jumeaux,  leur  procréation,  398  :  argu- 
ment contre  l'astrologie,  383,  3. 
558,    1.  588-591.  615.  620-622. 

Junon,  déesse,  logée  dans  le  Verseau, 
167,  2.  184;  Lucina  =  Lune,  189,  1  ; 
=  Vénus  (voy.  Hêra). 

Jugiter^^  dieuj  7,  1.  184,  1.  395,  3; 
loge  dans  le  Lion,  167^  2.  184  ;  pla- 
V(;t€^  Dapinu,  41  ;  =  Te-ut,  41,  1. 
50,  3.  385,  4;  =  Molobobar,  41,  1  ; 
astre  de  Mardouk,  69.  97;  =  Hiir- 
up-Seta,  astre  d'Osiris,  66,  1.  97,  2; 
a  nom  «tasôwv,  66.  97.  439;  son 
type  astrologique,  97-98;  j)lan^e 
du  Nv,  excitant  les  vents  du  N.,  97. 
98.  190.  201.  203.  204.  321;  a"  ies 
domiciles  dans  le  Sagittaire  et  les 
Poissons,  185.  188,  1.  190.  195.  203. 
204;  s'exalte  dans  le  Cancer  et  se 
déprime  dans  le  Capricorne,  97,  2. 
98,  2.  195.  197.  204;  sa  place  dans 
les  trigones,  201-205;  dans  Yoc- 
totopos,  278;  dans  le  dodecatopos 
(voy.  'AyaOèî  Sai(j.wv)  ;  dans  le  vikt^- 
po;  des  frères,  306;  sa  couleur, 
313-314  ;  ses  domaines  terrestres 
(voy.  Chorographie)  ;  produit  l'é- 
lectron et  l'étain,  315-316  ;  .régiUe 
j)oumon>  Ie,j[pie.,^tc.  321-323;  ses 


chronocratories,  dans  la  vie  intra- 
utérine,  509-510;  dans  les  âges  de 
la  vie,  501-511  ;  dans  Thistoire  uni- 
verselle, 498. 
Juvénal,  sur  les  astrologues,  560,  3. 
562-563.  570. 

Kabbale,  arithmomancie  juive,  7,  2. 
24.  537,  3.  601.  609,  1. 

Kaimanu  =  Saturne,  41. 

Kaip6ç  =  Athéna,  9,  2, 

Kaivan  ou  Kaiwan  =  Saturne,  196, 
2.  478,  1.  483,  3. 

KaxTi  Tûx-n  =  Mars,  283.  430.  454; 
xaxoTu^^eïv,  284,  5. 

Kaxôî  SattAwv  =  Saturne,  283.  285. 
454;  xaxoSai[jiov£tv,  284,  5.  515, 1. 

Kdfxwaiî,  254. 

Kapxîvoi;  ou  Kapxtvoî,  voy.  Cancer. 

KataêiêiÇwv  (auvS£a[j.6î),  nœud  des- 
cendant de  l'orbite  lunaire  ou 
Queue  du  Dragon  (voy.  Cauda). 

KaTacpopat,  antithèse  d'àvacpopat,  269. 
413,  2. 

Ka-cap/aî  {electiones),  initiatives  ou 
opportunités,  méthode  concurrente 
et  presque  antithèse  de  la  géné- 
thlialogie,  83.  224,  3.  247.  255,  1. 
351,  2.  372.  375,  i.  376,  1.  394,  1. 
396,  2.  404,  1.  406,  2.  410,  1.  411,  1. 
430,  3.  448.  449,  2.  455;  générales, 
458-486.  513-516.  529.  555,  5.  603, 
1.  622;  combinées  avec  la  généthlia- 
logie,  487-511;  avec  l'onomato- 
mancie,  537-541  ;  appliquées  à  l'ia- 
tromathématique  (s.  v.). 

xa6o>>txôî,  sens  du  mot,  en  apotéles- 
matique  universelle,  328.  582;  en 
xatapj^at,  458  ;  appliqué  au  chrono- 
crator  (s.  v.);  aux  xXf.pot  (s.  v.). 

KaeuirepTÉpr.aiî,  250.  252.  454. 

Kaxoyoi,  reclus  égyptiens,  434,  3. 

KEvoSpojiia,  255.  522. 

KepauT-f;?  ou  xepaTfaç,  comète,  359,  1 . 

Keskinto  (Table  planétaire   de),  107. 

A'i  =  Vierge,  57,  1. 

KXfipoî,  synonymes  et  traductions  du 
mot  (sors-pars),  288.  289,  3;  le 
x^kf^po;  platonicien,  84.  601  ;  en 
astrologie,  point  du  cercle  obtenu 
par  un  calcul  spécial  à  chaque  cas. 


INDEX    ANALYTIQUE 


643 


181 .  239,  2.  39S;  système  éliminé  par 
Ptolémée  (s.  v.);  xXf.poç  T-jyjiî  ou 
horoscope  lunaire,  288, 2.  289-292. 
293,  1.  296,  2.  305.  307.  394,  2.  395. 

406,  2.  417,  3.  418,  1.  436.  454.  455. 
465,  2.  513.  514,  4.  515.  531,  1.  542, 
1  ;  lieu  aphétique,  417  ;  xXfipoî  Aa(- 
[xovoî,  lieu  solaire,  293-296.  306. 
307.  406,  2.  514,  4.  531,  1;  xXfipoi 
divers,  288.  305.  306,  6.  389,  2. 
391,  1.  395.  448.  452.  453.  327,2. 
531,  1  ;  hermétiques,  des  sept  (ou 
cinq)  planètes,  'Avâyx-riî  (ÎJ),  244, 
4.  293,  1.  307.  308;  'EpwTo;  (Q), 
307;  NeiA^Jswç  (ï)),  307;  Nîxt.î  [-if), 
307;  TôXixïiî  ((5*),  307. 

Knem  (tortue)  =  Cancer,  137,  2. 

Ko£>iW[ia  =  Ta-rceivwfAa  (s.  v.). 

KôXXfiffi;  {(/lutinalio),  243. 

Koii^iTTii;,  comète  chevelue,  359. 

Kopuç'/i  =  zénith,  190.  259,  1. 

KpaTfjxwp  =  ÈmxpaT-^Twp^  413,  1. 

Kpioî,  voy.  Bélier. 

Kronammon,  fils  de  Paul  d'Alexan- 
drie, 93,  2.  263. 

Kpdvoî,  étymologie  du  mot,  94,  1. 
323,  3;  =  Xpdvoç,  30,  1.  94.  314. 
412;  Kpôvoî-ôvoî,  318.  483,3;  pla- 
nète Saturne  (s.  v.). 

Kpût]/'.ç,  coucher  héliaque,  111,  3. 

Ku  =  Bélier,  57,  1. 

KLi6T,6-r^,  de  %'j6o<;  =  ogdoade,  7,  1 . 

Kuvôcroupa  =  Petite-Ourse,  61. 

KupaviSsç,  voy.  Cyranides. 

Kûpto;,  synonyme  d'olxoSsaTtÔTTi;  au 
sens  général  ;  xr^  à'^sasux;  =  isérri;, 

407,  2.  411,  1;  vEvÉacWî,  405.  406,  2; 
êx>.£i<j;£wî,  351.  354;  STCoyj.î,  389; 
Itoui;,  366,  2;  TdXcwç,  513  ;  Tcpâ^sw;, 
443  ;  «^uyTJç,  433  ;  Sravatxou,  422  ;  Çwfiç, 
271,  2.  406,  2;  xûpiot  tôitoi,  332. 
397-398. 

Labéon   (Cornélius),  auteur    d'éphé- 

mérides  brontoscopiques,  363. 
Lachesis,    dans    Platon,    170,    1.    — 

"AvâyxTi,  25,  1. 
AaixitaSJa;,  comète,  359.  360,  4  ;  nom 

d'Aldébaran,  133  (fig.  4). 
Aaii-nfivat,  dignités  des  planètes,  113, 

1.  242.  244. 


Lapidaires  astrologiques,  316.  608,  2. 

Lares,  logés  entre  la  Lune  et  le  Soleil, 
604,  2. 

Larginus  Proclus,  haruspice,  557,   1. 

Latopolis  ou  Esneh  (Zodiaque  de),  53. 

A^wv,  voy.  Lion. 

Léon  le  Philosophe,  astrologue  byzan- 
tin, 334,  1.  354,  2.  413,  1.  441,  1. 

Léontios,  usurpateur,  514.  569. 

Léontios,  le  «  mécanicien  »,  265,  1. 

Léophane,  philosophe,  397. 

Lépida,  son  procès,  561. 

Leptine  {Didascalie  de),  54,  1.  107. 

Lettres  de  l'alphabet,  correspondant 
aux  signes,  320,  1.  609,  1  ;  les  con- 
sonnes aux  signes,  les  voyelles  aux 
planètes,  150,  1. 

Leucippe,  atomiste,  13.  14. 106. 126,  4. 

Lever  héliaque  [è-Ki-zoli],  111,  3.  384, 
1.  409,  2;  de  Sothis,  129,  1.  137,  2. 
226.  227.  230,  3.  234.  354,  2.  367,  1. 
476,  2.  541,  1. 

itôe»'  =  Soleil,  89,  2. 

Lieux  (ToiTot),  douzièmes  du  cercle  de 
la  géniture,  appelés  aussi  maisons 
du  ciel  {do7nus  caeli),  183,  1.  275,  1. 
281  (fig.  32)  ;  substitués  aux  signes, 
176.  178.  180.  269;  système  non 
accepté  par  Ptolémée  (s.  v.),  nié 
par  l'auteur  de  YHermippus  (s.  v.)  ; 
exposé,  276-288  (voy.  Dodecatopos 
et  Octotopos);  lieux  aphétiques, 
411.  415-416;  P'.o5oTf,p£ç,  405;  pa- 
resseux ou  efficaces  (voy.  dpyot  et 
ypT.jxatiÇovxîî)  :  en  rapport  avec  les 
couleurs,  315,  3. 

Lieux,  au  sens  non  technique,  points 
désignés,  dtvaipsTtxoi,  411  ;  xûpioi, 
352.  398;  oîxsïoi,  421,  3. 

Lièvre,  constellation,  445,  1. 

Linos,  donné  comme  astrologue, 
576,  1. 

Lion  =  A,  50,  3.  57,  1  ;  domicile  du 
Soleil,  135,  3.  185.  187.  188.  203.  212. 
369.  427.  617,  2  ;  apside  de  Mars, 
196,  1  ;  tutelle  de  Jupiter,  167,  2. 
184  ;  séjour  des  âmes  avant  l'in- 
carnation, 23,  1  ;  description  du 
signe,  138-139;  ses  domaines  ter- 
restres (voy.  Chorographie)  ;  régit 
les    flancs,  319;  répond  au   cœur 


644 


INDEX    ANALYTIQUE 


323,  3.  438,  2;  signe  royal,  139.  438- 
439  (vuy.  Regulus);  enseigne  de 
légions,  554,  2. 

MC^  [Africus],  vent  d'O.,  200,  1. 

Lilurqi  (XetTOupvot),  216,  3.  217.  224,  1. 
225,  1.  229,  1. 

Livie,  son  expérience  oomantique, 
396,  2. 

LoUia,  son  procès,  561. 

Lôos,  mois  syro-macédonien,  373,  2. 

Loxias  =  Apollon  =  Soleil,  30.  126, 
1.  127,  3. 

Lucain,  sur  l'astrologie,  552,  3. 

Lucifer,  voy.  <I>wacp(5poî. 

Lucillus,  contre  les  astrologues,  563. 

Luminaires  (-rà  ©wia),  le  Soleil  et  la 
Lune,  par  opposition  aux  cinq  pla- 
nètes, 14.  88.  187.  etc. 

Lune  ==  Sin,  44  ;  assimilée  à  Vénus, 
92,  4  ;  éclairée  par  le  Soleil,  43. 89, 2 
inactive  comme  N.  L.,  449.  468 
domiciliée  dans  le  Cancer  (s.  v.) 
s'exalte  dans  le  Taureau  et  se 
déprime  dans  le  Scorpion,  134.  195. 
204.  227  ;  sa  place  dans  les  trigones, 
201-205  ;  dans  le  dodecatopos  (voy. 
Dea)\  régulateur  des  calendriers 
religieux,  45.  55  ;  type  humide  et 
féminin,  90-93  ;  source  de  la  vie 
végétative,  109;  règle  la  vie  phy- 
sique, 288.  293,  1.  427.  499-500.  503, 
1.  521,  1  ;  la  vie  psychique,  289,  2. 
433;  reine  du  monde,  89,  1.  187,  1. 
498;  patronne  des  Perses,  339, 1.  581; 
régions  soumises  à  son  influence 
(voy.  Chorographie)  ;  produit  l'ar- 
gent, 315;  régit  le  côté  gauche  du 
corps,  322  ;  les  pieds,  323  ;  son 
action  sur  les  songes,  604,  2  ;  ses 
auva'fat  (s.  v.),  observées  chez  les 
Chaldéens,  405,  1;  de  même,  ses 
éclipses  (s.  v.);  doit  être  observée 
après  la  naissance,  402,  1.  406,  2. 
487,  2  ;  ptoSoTsipa,  405.  407,  2.  414, 
1  ;  aphète,  417  ;  exclue  de  l'œco- 
despotie  de  la  géniture,  406  ;  chro- 
nocrator  initial,  489.  492  ;  ses  chro- 
nocratories,  dans  la  vie  intra-uté- 
rine, 510;  sur  l'enfance,  500-501. 
511  ;  dans  l'histoire  universelle, 
187,  1.  498. 


Lyre  heptacorde,  symbole  des  sphères 
célestes,  8. 324.  511, 1  ;  constellation, 
instrument  du  Verbe,  609,  1. 

Macrin,  empereur,  558,  3. 

Mages,  perses,  5.  37,  1.  79.  581  ;  = 
Chaldéens  =  astrologues,  51,  1.  533, 
1.  566.  611,  2;  étoile  des  Mages, 
610-613. 

Magie,  en  iatromathématique  (s.   v.). 

Maia,  éponyme  du  mois  de  mai,  183. 
189,  1. 

Maisons  =  domiciles  (s.  v.);  du  ciel 
=  lieux  (s.  V.). 

Maladies,  produites  comme  les  infir- 
mités (s.  V.)  ;  leur  guérison,  voy. 
Iatromathématique. 

Mânes,  logés  entre  la  Terre  et  la 
Lune,  604,  2. 

Manéthon,  36;  (Pseudo-),  voy.  Bi- 
bliographie. 

Manichéens,  608.  620,  4.  625. 

Manilius  Antiochus,  547,  4. 

Manilius,  cité  dans  tout  le  cours  de 
l'ouvrage  (voy.  Bibliographie)  ;  date 
de  son  poème,  553;  ne  traite  pas 
des  planètes,  180,  1. 

Manma  —  Mars  (?),  46. 

Manubiae  {Jovis),  363. 

Mar-Istar,  astrologue,  49. 

Marc-Aurèle,  29.  556,  8.  558. 

Marcius  (L.),  son  supplice,  561. 

Marcus,  le  gnostique,  320,  1. 

Mardouk  (Bel-Mardifk),  le  démiurge 
chaldéen,  40.  58;  =  Taureau,  57- 
59  ;  =  Jupiter,  69.  97. 

Marées,  74,  1.  544,  2. 

Mariage,  placé  à  l'Occident,  278.  281. 
283.  448.  592  ;  pronostics  le  con- 
cernant, en  généthlialogie,  447-449  ; 
en  xaTap5(a{,  468. 

Marie,  voy.  Vierge. 

Mars  =  Anu,  50,  3;  =  Bibbu,  41;  = 
Belebatos,  41, 1  ;  =  Nergal  (s.  v.)  ;  = 
Manma,  46  ;  =  Hur-yuti,  66,  1  ;  = 
Hercule,.  68,  2.  439;  appelé  nupôetî, 
66.  98.  439;  eoOpoî,  98;  son  type  as- 
trologique, 98-99;  planète  occi-~ 
dentale  et  nocturne,  104,  1.  201.  212. 
514,  3  (voy.  aïpsdiî)  ;  domicilié  dans 
le  Scorpion  et  le  Bélier,  187. 188. 190. 


INDEX   ANALYTIQUE 


645 


203.  204.  227;  s'exalte  dans  le  Ca- 
pricorne et  se  déprime  dans  le  Can- 
cer, 14a,  195.  197;  a  son  apside  dans 
le  Lion,  196,  1;  sa  tutelle  dans  le 
Scorpion,  184  ;  éponyme  du  mois  de 
naars,  183.  189,  1  ;  sa  place  dans  les 
trigones,  202-205;  dans  Voctotopos, 
278  ;  dans  le  dodecatopos  (voy.  Kax^, 
Tôx^l);  dans  le  temple  toscan,  298, 
2;  irrégularité  de  ses  phases,  118, 1. 
121;  sa  couleur,  313-314;  ses  domai- 
nes terrestres  [voy.  Chorographie)  ; 
patron  des  Romains,  369;  des  Ara- 
bë3,~TH,  2  ;  produit  le  fer,  315  ; 
régit  les  organes  chauds,  321  ;  pla- 
nète meurtrière,  104,  1.  414.  422- 
425.  428,  r.  S48.  552  ;  ses  chrono- 
cratories,  dans  la  vie  intra-utérine, 
509-51 0  ;jurj;àge  adultei_50JL_51 1  ; 
dans  l'histoire  universelle,  498. 

MapTupiat  =  sT:i[jiapxup(ai  =z  aspects, 
165.  444. 

Masi  (troupeaux),  constellations  chal- 
déennes,  59,  1. 

Mas-masu  =  Gémeaux,  50,    3.    57,  1. 

Mathématiciens,  titre  pythagoricien, 
5,  1.  8.  28.  81.  109,  2.  110,  1.  114. 
115.  165.  171.  546  ;  =  Chaldéens  = 
astrologues,  5.  64,  1.  566.  620,  4. 
624,  2;  mathesis  =  astrologie,  73. 
612,  1.624,2. 

Mavortius  Lollianus,  protecteur  de 
Firmicus,  567.  569,  1.  570,  1, 

Mécène  et  Tastrologie,  551 . 

MC.  [médium  caelinn  —  [ledoupâvr^fia), 
culmination  supérieure  ou  passage 
au  méridien,  point  cardinal  (midi) 
du  cercle  de  la  géniture,  258.  272  ; 
tête  du  monde,  129,  1.  271,  2  (cf. 
Bélier)  ;  centre  rival  de  l'Horos- 
cope, 271.  443,  1  ;  lieu  royal,  271, 
2.  441,  1  ;  aphétique,  388,  4.  416. 

Médecine  astrologique,  voy.  latro- 
mathématique. 

Mélampus,  soi-disant  astrologue,  551. 

Mélothésie,  répartition  des  influences 
astrales  dans  les  membres,  76.  77, 
1.  311  ;  zodiacale,  319-320  ;  pla- 
nétaire, 110.  320-325;  décanique, 
320  ;  à  usage  médical,  521-522.  523, 
1.  533. 


Mené,  fille  ou  sœur  d'Hélios  =  Lune, 
91.  465,  1.  605. 

Mercure  =  Nabu,  41.  59.  358,  5  ;  = 
Guttu,  41,  1;  =.  Mustabarru-Mu- 
tanu,  41  ;  =  Se/sî,  41,1;=  Sebgu, 
66,  1  ;  =  Apollon,  68,  2.  100,  5. 
439  ;  appelé  SxiXêuv,  66.  69.  439; 
son  Jype  astrologique,  100-101  ; 
hybride  comme  sexe  (s.  v.)  et 
comme  aïpsai;  (s.  v.),  101;  produit 
les  hermaphrodites,  400.  430,  1. 
432,  1  ;  domicilié  dans  les  Gémeaux 
et  la  Vierge,  185.  187.  188.  190.  191, 
1 .  204  ;  s'exalte  dans  la  Vierge  et 
se  déprime  dans  les  Poissons,  195. 
198;  a  son  apside  dans  le  Capri- 
corne, 196,  1;  sa  tutelle  dans  le 
Cancer,  184;  sa  place  dans  les  tri- 
gones, 202-205  ;  dans  Voctotopos, 
276.  278  ;  dans  le  dodecatopos,  283  ; 
ses  domaines  terrestres  (voy.  Cho- 
rographie) ;  produit  l'étain  et  le 
mercure,  316;  régit  les  organes^de 
la  révélation,  de  la  pensée  et  du 
lângâgl,  m.~52T^523j sês~chrôno- 
cratories,  dans  la  vie  intra-utérine, 
509-510  ;  sur  l'âge  de  l'éducation, 
431.  501.  511  ;  dans  l'histoire  uni- 
verselle, 187,  1.  499. 

Mercure  ou  vif-argent  (uSpdfpyupov), 
métal  de  Mercure,  316,  1. 

Msa£jx6ôVr,[jia,  zéro  de  graduation, 
160.  177,  2.  245,  3.  270. 

Me!T£[i.6ôX7iatî,  252. 

M£JoypavT,tj.a,  voy.  MC. 

MaxaXXavT^,  241,  1. 

Métaux,  attribués  aux  planètes,  315- 
316. 

Météorologie  grecque,  74  ;  science 
mixte,  à  éliminer  de  l'astrologie 
«  judiciaire  »,  366,  2. 

MsxoyÉTSuaiî,  247. 

MsToyj/i,  241,  1. 

Méton  (cycle  de),  409.  465. 

Métoposcopie,  en  concurrence  avec 
l'astrologie,  132,  1.  404,  1.  561,  4. 
Voy.  Physiognomonie. 

Métrodore  de  Chios,  106,  2.  128. 

Mettius  Pompusianus,  son  thème  de 
géniture,  550. 

Michael,  ange  du  Soleil,  623,  1 . 


646 


INDEX    ANALYTIQUE 


Microcosme  (théorie  du),  28.  76-78. 
83.311.  318. 

Minéralogie  astrologique,  315-316. 
Voy.  Lapidaires. 

Minerve,  dans  le  Bélier,  132,  2.  184  ; 
dans  le  temple  toscan,  298,  2. 

Mithra  =  Soleil,  284.  316,  1  ;  =  Sa- 
turne oriental  (Mt6pavTiXio;),  342,  1. 

Mnésarchos,  père  de  Pythagore,  5,  1. 

Mnévis,  taureau  solaire,  315.  331. 

Mobile  (premier)  =  sphère  des  fixes, 
26,  2.  116. 

Mœres  (Moîpat),  divinités,  25,  1.  170, 
1.  244.  377;  degrés  du  cercle,  86. 
236,  1.  377. 

Mœrogenèse  ou  Myriogenèse,  229,  1. 
432,  2.  445,  1. 

Mois  chaldéens,  47.  80.  461,  2;  égyp- 
tiens, 505,  1;  grecs,  459,  4.  460,  1. 
462,  3.  505;  romains,  189,  1. 

Monade  pythagoricienne,  6.  7,  1. 

Movo[xoip(at,  216.  229,  1.  236,  1.  284, 
3.  389,  3.  391,  1. 

Monnaies,  avec  signes  astrologiques, 
139,  1.  146,  1.  191,  2.  346,  1.  564,  1. 

Monstres  (génitures  des),  399-400. 

Mort,  placée  à  l'Occident,  412-413. 
425-426.  448  ;  en  IMC,  272,  1.  288. 
414;  dans  Yoctolopos,  277.  298; 
dans  le  dodecatopos,  284.  286;  pré- 
sagée ou  annoncée  par  bolides, 
386,  2  ;  morts  naturelles,  422  ;  vio- 
lentes, 423-425;  calcul  de  l'échéance, 
par  addition  des  années  imparties, 
404-410;  par  la  théorie  aphétique, 
411-422  ;  pronostic  interdit,  404,  1. 
440,  2.  470,  1.  560,  3. 

Mullalu  =  Saturne,  50,  3. 

Munifices  (astres),  216,  3.  225,  1. 

Musée,  donné  comme  astrologue,  576. 

Muses,  assimilées  aux  sphères  cé- 
lestes, 324  ;  musique  des  sphères, 
25.  114,  1.150,1. 

Mustabarru-Mtitanu  =  Mercure,  41 . 

Myriogenèse,  voy.  Mœrogenèse. 

Mythes,  allégorisés  par  les  Stoïciens, 
30,  1.  Voy.  Homère. 

Nabonassar  (ère  de),  48,  1. 

Nabou  {Nahti)  —  Mercure,  69.  358,  5. 

Naboua,  astrologue  chaldéen,  49. 


Nangaru  =  Cancer,  57,  1. 
Nazaratos,  donné  comme    Assyrien, 

=  Chaldéen,  5,  1. 
Nécessité,  voy.  'Avâyvfn. 
Néchepso,    roi    d'Egypte    (d'Assyrie, 

51,  1,  537,  2),  donné  comme  auteur 

d'un  traité  d'astrologie,  partie  mé- 
dicale, 77,  1.   108.  111,  1.  230.261, 

1.  292.  294,2.295,    1.  319,   1,  320, 

520,  1.   531,  1.  533.   534,    3.  535. 

563-564.  576,  1  ;  Néchepso  et  Péto- 

siris,  125,  1.  129,  1.  155.  185.   207. 

220.  224.  230,  3.  235.  237.  290.  291. 

293.  296,  2.  367,  1.  379.  403,  3.  412. 

417,   3.    517.    519.   520.    563-564. 

576.  578,  4.  601,  2. 
Nectanebo,  magicien,  466. 
Neith  ou  NU,  10,  2. 
Némésis  =  Saturne,  66,   1,    94,  1. 

307.  308,  1.321,  2.  Voy.  KXf.poî. 
Nepa  —  Scorpion,  31,  1.  142.  143,  1; 

=  Cancer,  142.  143,  1. 
Nephthys,  460,  1.  475,  2. 
Neptune,  dans  les   Poissons,   147,  5. 

184  ;  en    rapport    avec  le  Cancer. 

138,1. 
Nerqal  =  Mars,  41.   57.   58.   69.  98. 

99.135.  363. 
Néron,  consulte  les  astrologues,  360. 

555. 
Nerva,  sa  mort  prédite,  556. 
Nestorius,  philosophe,  383,  1, 
Netpe,  vieille  lecture  de  Nût  —  Rhea, 

475,  2. 
Nigidius  Figulus,  125,  1.  162,  1.  185,  2. 

256,  1.363.  548.550.564,  1. 
NtxT,  —  Jupiter,  307.  Voy.  Kî^f.poç, 
Nil,  ses  sept  bouches,  76,  1. 
iVmiô  —  Saturne,  41.  69.  93. 
Ninive,  45.  313. 
Nisan,  mois  chaldéen,  50. 
Noces  (lieu  des),  voy.  Mariage. 
Nœuds  écliptiques,  voy.  Dragon. 
Nombres,  essence  des  choses,  6.  7,  2. 
Notus,  vent  du  S.,  fécondant,  98,  2. 

200.  201. 
Novénaires  (cycles),  en  concurrence 

avec  les  septénaires  (s.  v.). 
Numa,  363,  3.  546,  1  ;  ses  livres,  189, 1. 
Nundinum,  477,  2. 
Nune  =  Poissons,  50,  2. 


INDEX    ANALYTIQUE 


647 


.Nûru=  Balance,  50,  3.  57,  1. 
Nul  ou  Noutt  =  le  ciel,  10,  2. 

Obstétrique  astrologique,  402. 
Occident,  point  cardinal  du  cercle  de 
la  géniture,    111  ;   lieu  des    Noces 
(s.  V.),  de  la  mort  (s.  v.);  antago- 
niste de  l'Horoscope,   474,    2  ;  lieu 
anaerétique,  413;  aphétique,  416. 
Occultations  d'étoiles,  63,  2;  de  pla- 
nètes, 105,  1.  110,1.  245,  3;  par  des 
comètes,  361  ;  des  luminaires,  voy. 
Éclipses. 
Octavius    (Cn.),    consulte    les    Chal- 

déens,  547. 
Oclotopos,  système  de  Manilius,  276- 

280.  405,  1.  422,  3.  448.  452,  1. 
Oculus  Tauri  =  Aldébaran,  134;  So- 

lis,  voy.  uitauyo;. 
Odapsos,  331,  4.  333. 
Œdipe,  450,  3. 
(Enopide  de  Chios,  126. 
o'.xeïot  TOTTOt,  391.  421,5. 
OîxoSéxTwp,  390.  406,  2. 
OtxoSecnrÔTT,!;,  au  sens  étroit,  proprié- 
taire  d'otxoî,    182.   192,  2.  514,   1  ; 
d'un  autre  domaine,  v.  g.  des  tri- 
gones,    202.    338;    au    sens    large 
(cf.  xûptoç),  ayant    la    suprématie 
dans  un  cas  donné,  182.   238-239. 
240.  388.  392.   406,  2;  du  lieu  des 
luminaires,    401  ;     d'une    syzygie, 
366;  d'une  éclipse,  354  ;  rr,;  yevétswî, 
352,  1.   384.    387.   394.    405-407. 
410,  1.  415.  417.  418,  2.  422,  2.  429, 
5.  492,  2.  495.  528,  1;  xf,;  àc5£a£(o<;  = 
i^ÉTTiî,  406,2.  492,  2;  Çuf,;,  406,  2; 
xaôoXixôî  =:  ypo'^oyipi'zuip,  492,  2. 
Oixot,  voy.  Domiciles. 
Olyrapias,  mère  d'Alexandre,  466. 
Onomatomancie,  24, 1.  537-541. 
Oomancie,  396,  2. 
Ophites  =  Pératiques  (s.  v.), 
Ophiuchus,  constellation,  56,  1.  609, 

1  ;  =  Esculape,  125,  2. 

'0(j>t(:  =  aspect,  165;  par  opposition 

à  (ixTi'î,  249,  2.  251,  3.  377,  2.  420,  1. 

Or,  métal  solaire,  315. 

Oracles    d'Ammon,    562;    d'Apollon, 

404,    1.  561.   569,  4.  598,   2.   599,  2. 

619,  2;  chaldaïques,  24,  1.  35, 1.  37, 


1.  44.  81,  3.  108.  115,  1.  122,  3.  192, 

1.  379,  2.   598-599.   612,  2;  de   Do- 

done,  35,   1.  469,   1;  persiques  ou 

de  Zoroastre,  598,  2. 
Orientation   des    planètes,   201  ;    des 

trigones   planétaires,    199-205;   du 

cercle  de  la  géniture,  272. 
Origène,  571,  1.  591,  3.  603,  1.  610,  2. 

614-615.  622. 
Orion,  constellation,  61.  142.  143.  221, 

l;  =  Sah  ou  Sahu,  55,  1.  186,  2;  = 

Osiris,  186,  2. 
Oriphiel,  ange  de  Saturne,  623,  1. 
Orphée  et  Orphiques,  5.  8,  2.  77,  1. 

365,  1.  459,  2.  484.  569,  1.  576.  578. 
Osiris,  dieu,  460, 1.  462  ;  =  Jupiter,  97, 

2  ;  =  Sahu,  186,  2  ;  =  Soleil,  322,  3. 
Osthanès  le  mage,  37, 1.  51,  1. 
Ostorius  Scapula,  son  procès,  561. 
Othon,  empereur,  556.  562. 
Ourouk  (Oncheni),  observatoire  chal- 

déen,  37,  2. 
Ourses,  constellations,  61  ;  symboles 

de  la  Création,  609,  1. 
Ovide,  sur  l'astrologie,  552. 

Pa=  Sagittaire,  57,  1. 
Palamède  =  Balance,  141,  2. 
Palchos,  astrologue  byzantin,  122,  1. 

367,  2.  469,  1.  472,  1.  569.  575,  2. 
Palingénésie,  33,  3.    Voy.    'AiroxaTot- 

Pan=  Capricorne,  144  ;  donné  comme 

astrologue,  576,  1. 
Panarétos,  philosophe,  307,  1. 
Panaretos,  livre  hermétique,  307  ;  ho- 
monyme de  Y  Ecclésiastique,  307,  1. 
Panétius,  543,  1.544.  571,  1.  575.  581, 

5.  583,  2. 
Panopolis  (  Akhmîm),  son  Zodiaque,  53. 
ïlavxéXsta  =  décade,  7,  1. 
Papyrus  astrologiques,  196,  3.  213,  2. 

216,  3.  222,  4.  223,  1.  258,  3.  259,  2. 

261, 1.  271,  2.  273,  2.  283,  2.  291,  1. 

293,  1.  294,  1.  299,  3.  300,  2.  303,  2. 

380,  3.  406,  2.  460,  1. 
Paradis,  terrestre,  à  l'équateur,  347  ; 

céleste,  dans  la  sphère    de  Vénus, 

607. 
IlapiSoaK:  et    uapâX-riij/Lî,    493,  4.  494. 
napaXXay^,  255. 


648 


INDEX    ANALYTIQUE 


Parallèles  (aspects),  voy.  Antiscia. 

Paranatellons,  123.  218,  2.  223,  1. 
226.  229,  1.  338,  2.  360,  2.  426.  44.5. 

napaûÏT.cjiî,  267. 

Ilapc[x6ôXr,Ttî,  252. 

Parents,  leur  lieu,  281.  592;  pronos- 
tics les  concernant,  392-394.  592- 
393.  621. 

Parilia,  jour  natal  de  Rome,  368,  1. 

Parménide,  73.  92,  1.  100.  397. 

Parnasius,  préfet  d'Egypte,  369. 

Pasiphaé  =  Vénus,  133,  2;  =  Lune, 
son  oracle  à  Sparte,  460,  1. 

Patriarches,  substitués  aux  dieux,  439, 
4;  leurs  noms  donnés  aux  signes, 
320,  1.  609,  1.  623. 

Paul  d'Alexandrie,  cité  dans  tout  le 
cours  de  l'ouvrage  (voy.  Bibliogra- 
phie). 

Péléiades  =  Pléiades,  134,  1. 

TIsTrpwtxévTi,  32. 

Pératiques  ou  Pératites  (:=  Ophites), 
96,  6.  462,  3.  608.  609. 

Périgée,  118,  2.  196;  =  ?d8oî,  194. 

Périodes  planétaires,  209.  210.  371. 
408-410.  412,  2.  421,  2.  493.  495. 
497.  500  ;  période  sothiaque  (s.  v.). 

IlEptaysatî,  251. 

Persaeos,  stoïcien,  29. 

Perse,  sur  l'astrologie,  433,  3.  552,  3. 

Pertinax,  empereur,  538,  3. 

Pescennius  Niger,  339,  1. 

Pétéménon,  son  thème  de  géniture, 
384,  2. 

Pétosiris,  nom  d'Égyptien  dans  Aris- 
tophane, 564,  1. 

Pétosiris,     prêtre     égyptien,     donné 
comme  auteur  d'un  traité  d'astro- 
logie, 51,  1.  77,  1.  108.  111,  1.  213. 
230,  3.  261.  262,  1.  263.  356,  1.  400, 
3.  464.   329,   1.   541,   2.  563-564; 
collaborateur  de  Néchepso  (s.  v.); 
cercle  de  Pétosiris,  338-340. 
Phaéthon  =  Soleil,  89,  2;  =  fils  du 
Soleil,  81,  3.  128.  197,  1;  =  Jupiter 
(s.   V.);  donné   comme  astrologue, 
551,  2.  576,  1. 
*afvwv,  voy.  Saturne. 
Phaophi,  mois  égyptien,  462. 
Pharmouthi,  mois  égyptien,   368,  4. 
Phases,  rapports  de  position  des  pla- 


nètes avec  le  Soleil,  80.  102.  112. 
120.  238,  2.  244.  309,  5.  340,  1.  353. 
387.  388,  1.  392.  443,  3.  513,  3  (voy. 
i%p6w/o^,  éwoî,  Éff-KÉp'.o;,  OT^otuyoî)  ; 
phases  de  la  Lune,  80.  92,  4. 166, 1. 
279,  2.  465.  477,  2.  620,  3;  des 
comètes,  361. 

<ï>âTV7i  [Praesepe],  la  Crèche,  dans  le 
Cancer,  136,  3.  366,  2. 

Phéniciens,  donnés  comme  inventeurs 
de  l'astrologie,  577. 

Philadelphe,  voy.  Ptolémée. 

Philippe,  disciple  deBardesane,384,  1. 

Philolaos,  pythagoricien,  7.  22. 

Philon  le  Juif,  77.  103,  3.  371,  1.  600. 
610.  613,  1. 

Phnaès,  astrologue,  178. 

Phocos  de  Samos,  3,  3. 

<t>ùivtxT,  =  Petite-Ourse,  61. 

tpwvTjEvxa  (signes),  150,  1. 

<I>wa9Ôpo;  =  Vénus,  99  ;  ^  lacchos, 
99,  2. 

Physiognomonie,  313,  1. 

Picus,  363,  3.  546,  1. 

Pierres,  influencées  par  la  Lune,  91, 
1.  Voy.  Lapidaires. 

Pinces  du  Scorpion,  voy.  Balance. 

nieo;,  comète,  359,  1.  360,  4. 

Pituanius  (L.),  son  procès,  561. 

Planetarii  (?)  =  astrologues,  620,  4. 

Planètes,  sens  du  mot,  88,  3;  ^yj.-^ 
jjités,  16..  21.  114.  115.  368:^|nter- 
prètes  des  dieux,  40;  nombre  des 
■planètes  (cinq),  64.  88,  3.  187.  456, 
6.  475,  2.  509,  2.  568.  573,  2;  (sept), 
8.  324.  456,  6.  477.  573;  (indéfini), 
14,  2.  573,  2;  comprenant  les  co- 
mètes (s.  V.)  ;  ordre  des  planètes, 
64,  1.  106-107.  110,  1.  189,  1.  211. 
476,  27  479  ;  leurs  noms  astrono- 
miques, 66-67  ;  leurs  rétrograda- 
tions (s.  V.);  illuminées  par  le  Soleil, 
89,  2;  pourvues  d'une  lumière 
propre,  89,  2.  372,  3;  diurnes  et 
nocturnes,  103  (voy.  aipsaiç)  ;  distri- 
buées dans  les  signes  (voy.  domi- 
ciles, Spta,  u4<w[ia,  trigones)  ;  dans 
les  climats,  333-336;  planètes  supé- 
rieures, plus  intelligentes,  73,  "Ij 
spéciales  pour  les  pronostics  uni. 
versels,  349,  5.  368,  4;  causent  les 


INDEX    ANALYTIQUE 


649 


tremblements  de  terre,  349,  5  ;  lan- 
cent les  comètes,  338,  et  les  foudres, 
363  ;  planètes  inférieures^  priment 
en  généthlialogie,  444;  rapport  des 
planètes  avec  fes  parties  du  corps 
(voy.  Mélothésie)  ;  avec  les  façultèg 
de  l'âme,  324-325.  429^;  conditions 
et  modes  deTaction.  de3_jilafl£les, 
305^0.  Voy.  Orientation  et  Phases. 

Platon,  19-25.  63,  3.  64,  1.  106-107. 
114.  217,  1.  448.  500.  508.  344.  569  ; 
correction  à  sa  République,  106,  3; 
son  Timée  (s.  v.);  associé  à  Apollon, 
459,  4  ;  précurseur  du  christianisme, 
510  ;  sa  mort,  603,  2. 

Pléiades,  61.  134.  135,  1.  576;  domi- 
cile de  Vénus,  610.  Voy.  Taureau. 

Plomb,  métal  de  Saturne,  95,  2.  96,  1 . 

Plotin,  600-601.  622;  sa  mort,  603-604. 

Pluton,  sa  place  dans  Voctotopos,  277. 
298.  448. 

Physiognonomie,  132,  1.  Voy.  Méto- 
poscopie. 

Poisson  Austral,  père  des  Poissons, 
46.  147,  2.  148,  2. 

Poissons  =  Nuru,  50,  3  ;  =  Zib,  37,  1  ; 
originaires  de  l'Euphx-ate,  60.  147; 
domicile  de  Jupiter,  188.  204  ;  exal- 
tation de  Vénus  et  dépression  de 
Mercure,  193.  198.  204.  203  ;  tutelle 
de  Neptune,  184;  description,  147- 
148;  leurs  domaines  terrestres 
(voy.  Chorographie)  ;  régissent  les 
pieds,  148,  1.  319. 

-rcoXsûwv  (àa-cT.p),  chronocrator  du  jour, 
476,  2.  474,  3.  479,  3.  513,  2. 

Pollu.\,  dit  père  de  Saturne,  94,  1  ; 
Dioscurc  (fils  de  Zeus),  588,  1  ;  un 
des  Gémeaux,  135. 

Polybe,  sur  l'adaptation  des  races, 
583,  2. 

Polygones  réguliers,  voy.  Aspects. 

Pompée  et  les  Chaldéens,  347. 

Pontifes  romains,  189,  1.  408,  1. 

Poppée  et  les  astrologues,  536. 

Porphyre,  sur  l'astrologie,  601-602. 

Portes  «lu  ciel,  23,  1.  170,  1  ;  porte 
d'Enfer  (voy.  Janua  Ditis)  ;  porte 
du  Labeur,  278. 

Poséidon  =  ogdoade,  7,  1. 

Posidonius,  60,  2.  74,  1,  75,  1.  93,  2. 


108.  129,  1.  265,  1.  323,  3.  337-338. 
345.  498.  544,  2.  545.  304,  1.  381,  3. 
621. 

Praesepe  ou  Crèche,  voy.  <I>âTVT,. 

Précession  des  équinoxes,  117,  1.  148, 
2.  230,  3.  382,  i  ;  sépare  les  signes 
(neuvième  sphère)  des  constellations 
du  Zodiaque,  129,  1.  579,  1.  591,  2; 
argument  invoqué  contre  l'astro- 
logie, 180.  391,  2.  615;  inconnue  des 
Chaldéens,  47,  2  ;  niée  par  Proclus, 
24,  1.  115,  1.  374,  2. 

Prière,  recours  contre  la  fatalité 
astrologique,  466,  2.  510,  4.  598,  1. 
603,  2.  616,  4;  contre  les  maladies, 
432,  4. 

Priscillianistes,  320,  1.  615,  1.  623,  1. 
624,  2.  625. 

Proclus,  voy.  Bibliographie,  Oracles 
chaldaïques,  Précession,  Timée  de 
Platon  ;  sa  géniture,  509,  1 . 

Procope  de  Gaza,  371, 1. 

npoV\Y7\aiî,  marche  en  avant,  dans  le 
sens  du  mouvement  des  planètes, 
111.  233,  l  ;  dans  le  sens  du  mouve- 
ment diurne,  418  ;  'KpoT\yoû\i.swo^ 
tôt:oî=  dtcoETixôî,  419. 

Professions,  pronostics  les  concer- 
nant, 442-447. 

Prométhée,  donné  comme  astrologue, 
376.610,1. 

Properce,  sur  l'astrologie,  531-552. 

TTpoTtoÔtÇsiv,    113,1  ;  Trporo5iff[ji6î,  111. 

Prorogalio  =  âysT-.?,  418  ;  prorogator 
=  à^ÉTT,;,  411,  1. 

Proserpine  —  Lune,  89,  2. 

npôawTta  =  décans  planétaires,  216. 
221.  225,  1.  227,  3.  237.  238,  2  et  5. 
243.  309.  481;  =  phases,  243,  3, 

■npoaTdtaaovTa  (signes),  161  (fig.  17).  163. 

npoaOacpatpsatî,  267,  2. 

TtpoaÔETtxôî  (diuTfip),  111.  113,  }.  194, 
2.  309,  5.  392,  1.  401,  1.  o24  ;  itpdd- 
Osffi;,  111  ;  -itpoaeéTai,  362. 

Protagoras,  16. 

IIpOTpuYT.TTip,  étoile  de  la  Vierge,  140. 

Ptolémée  II  Philadelphe,  450,  3. 

Ptolémée  III  Évergète,  29. 

Ptolémée  Évergète  II  (Physcon),  222, 
2.307,  1. 

Ptolémée,  astrologue  d'Othon,  556. 


650 


INDEX    ANALYTIQUE 


Ptolémée  (Claude),  voy.  Bibliogra- 
phie; &&%  Harmoniques,  82,  1.  109. 
325  ;  tient  sa  physique  d'Aristote, 
25.  90,  1  ;  son  fatalisme,  des  stoï- 
ciens, 33.  517,  1.  597  ;  sa  conversion 
à  l'astrologie,  65,  1.  565.  579;  éli- 
mine de  l'astrologie  les  lieux,  80, 

1.  272,  1.273,1.  275,  1.  277.  416,  1. 
430,  2.  452  ;  les  %'k^oi,  288,  2.  299, 

2.  391,  1.  452  ;  les  xaTap^ott,  351,  1. 
456  ;  la  considération  de  l'hémi- 
sphère souterrain,  80,  1.  270, 1.  272, 
1.  349,  3.  356,  2.  385,  4.  401,  2. 
415,  2.  447,  2.  454,  3.  455,  3;  pris 
pour  un  roi  d'Egypte,  578,  2. 

nupôstî  =  Mars,  66.  98.  439. 

Pythagore  et  Pythagoriciens,  5-10.  24. 
63.  67.  107,  4.  126.  173.  481.  484.  511 
1.  519,  1.  528.  541,  2.  569.  603,  2.     ' 

Quadrants  du  Zodiaque,  leur  tempé- 
rament, 102.  112.  152  (fig.  15).  272, 1. 
429.  432,  2  ;  des  épicycles,  111-112  ; 
du  cercle  de  la  géniture,  277  ;  me- 
sure de  la  durée  de  la  vie,  403,  3. 
412-415.  527,  1.  530  (voy.  'Ev£vt;xov- 
Td|X£poi;).  Quadrants  terrestres,  cor- 
respondant aux  trigones  célestes, 
203,  1.  338-346. 

Quadrat  (aspect),  153, 2. 170-171.  378. 

Quinte  essence,  26,  1.  27,  3. 

Quintilien,  sur  l'astronomie,  552,  3. 

Râ=  Soleil,  M. 

'PdSSot,   météores,   355  ;  =  comètes, 

359,  1. 
Rakiel,    révélateur    de    l'astrologie, 

575,  3. 
Raphaël,  ange  de  Mercure,  623,  1. 
Rayons,    en  nombre  septénaire,   81. 

172-173  ;  largeur  des  divers  rayons, 

178,  2.  421,  2. 
Recognitiones  {Ps.-Cle^nentinae),  571, 

i.  584,  1.  Voy.  Bardesane. 
Regulus,  étoile  du  Lion,  49.  139.  438. 
Répartitions   diverses     des    planètes 

dans  les  signes  et  des  signes  dans 

les  signes,  216,  3. 
Rétrogradation    des      planètes,     95. 

110-121.  170.  249  ;  causée  par  la 

volonté    des  planètes,   24,  1.  115; 


par  l'attraction  ou  la  répulsion  so- 
laire, 118.  223,  4. 

Révolutions  des  nativités  ou  thèmes 
anniversaires,  394,  1.  506-508. 

Rhéa  =  Terre,  31  ;  =  Netpe  (s.  v.). 

Rhodes  (climat  de),  261,  3.  265.  268. 
269;  pays  du  Soleil, 89.  330. 

Richesse,  en  IMC,  276.  277.  281. 

Rome,  thème  de  sa  fondation,  368-369. 

Romulus,  son  thème  de  géniture,  368, 
2.  369. 

Roue  du  potier,  comparaison  célèbre, 
256.  588. 

Sabbat  {schabhath),  jour  de  Saturne, 
81,  3.  478.  482-483. 

Sagitta,  constellation,  370,  1. 

Sagittaire  =  Pa,  57,  1  ;  =  Chiron, 
576  ;  introduit  par  Cléostrate,  62, 1  ; 
domicile  de  Jupiter,  185.  188,  1. 
190.  203;  tutelle  de  Diane,  184; 
apside  de  Vénus,  196,  1  ;  descrip- 
tion, 143-144;  ses  domaines  ter- 
restres (voy.  Chorégraphie);  régit 
les  cuisses,  319;  sa  flèche  cause  de 
mort  violente,  425.  582,  1  ;  signe 
royal,  439,  3. 

Sah  ou  Sahu  =  Orion,  55,  1.  220. 
222,  1  ;  =  Osiris,  186,  2. 

Sakhû  =  Capricorne,  50,  3.  57,  1. 

Salchodac  =  chronocrator,  507,  1. 

Salluste,  le  néo-platonicien,  contre 
les  astrologues,  603,  1. 

SaXirtyÇ,  comète,  359,  1.  361,  1. 

Samael,  ange  de  Mars,  623, 1. 

Samas  [Shamash)  =  Soleil,  40.  44. 
45.  89.  134,2. 

Saosz=  Soleil,  41,  1. 

Saosduchin,  éclipse  sous  son  règne, 
48,  1. 

Sargon,  fait  rédiger  les  livres  de  Bel, 
37,  2. 

Saros  chaldéen,  45.  47,  2. 

Sathiel,  révélateur  de  l'astrologie, 
575,  2. 

Saturnalia,  à  Rome,  189,  1. 

Saturne,  conamedieu,  88^  1.  94.  189, 
1 .  395,'^ir43V  1  ;  associé  à  Lua, 
546,  1  ;  =  Ninib,  69.  93  ;  =  Seb, 
475,  2;  comme  planète  =  Kai- 
manu,   41  ;  =  Kaîvan  ou  Kaiwan, 


INDEX    ANALYTIQUE 


654 


196,  2.  478,  1.  483,  3;  =  Mullalu, 
41,  1.  50,  3;  =  Hur-ka-pet,  66,  1  ; 
appelé  <l>aîvuv,  66.  94,  2.  97  ;  Tixâv, 
93,  2.  201,  3  ;  Némésis  (s.  v.)  ;  pla- 
nète orientale,  69,  1.  104,  1.  201,  3. 
204  ;  ses  affinités  avec  le  Soleil,  93, 

2.  212.  315,  2;  son  caractère.  93- 
97  ;  la  plus  puissante  des  planètes, 
Vi,  2  ;~  cerveau  du  mondi^~9o  ;  le 
Père  astrologique,  69.  94.  305.  323. 
328.  393.  395.  437.  499  ;  jmoteur  d^s 
ventset  tonnerres»,  358,  6^^  domici- 
lié dans  le  Capricorne  et  le  Ver- 
seau, 96.  185.  188.  190.  915.  204. 
208.  373,  2  ;  s'exalte  dans  la  Balance 
et  se  déprime  dans  le  Bélier,    195. 

197.  201,  3.  204.  369  ;  a  son  apside 
dans  le  Scorpion,  196,  1  ;  sa  place 
dans  Yoctotopos,  277  ;  dans  le  dode- 
catopos  {voy.  Kaxàî  Satjiwv);  ses  do- 
maines terrestres  (voy.  Chorogra- 
phie)  ;  adoré  des  Juifs  (s.  v.);  pa- 
tron de  l'Islam,  342,  1.  371  ;  sa  cou- 
leur, 313;314;  produit  le.  plomb, 
315;  règle  le  maximum  de  la  vie, 
412^  2;  planète  meurtrière,  414. 
422^423.  428,  1.  352;  des  amours 
obscènes,  436,  1  ;  ses  chronocrato- 
ries,  dans  la  vie  intra-utérine,  509- 
510;  sur  la  vieillesse,  501.  311; 
dans  l'histoire  universelle,  498. 

S)rT,|jiaTa  ou  'jyr^noLii.diLol,  voy.  As- 
pects. 

Scorpion  =  Aqrabu,  57,  1  ;  porte  du 
ciel,  23,  1  ;  domicile  de  Mars,  143, 

3.  185. 187.  188.  190.  204.  535  ;  dé- 
pression de  la  Lune,  195  ;  apside 
de  Saturne,  196,  1  ;  tutelle  de  Mars, 
184  ;  description,  142-143  ;  ses 
domaines  terrestres  (voy.  Ghoro- 
graphie)  ;  régit  les  pudenda,  319; 
signe  horoscope  d'Horace  (?),  551  ; 
de  Tibère,  334,  2;  de  l'empire  arabe, 
371,  2  ;  enseigne  de  légions,  354,  2. 

Scribonianus,  son  procès,  561. 
Scylax  d'Halicarnasse,  343. 
Seb  =  Saturne,  475,  2. 
Sebat,  mois  chaldéen,  48,  1, 
Sebgu  =  Set-Typhon,  100,  5;  =  Mer- 
cure, 100,  5. 
Seyé;  =  Mercure,  41,  1. 


Séléné,  fille  ou  sœur  d'Hélios,  91. 

Selenomantia,  91, 1. 

Séleucus  I"  Nicator,  fonde  Séleucie, 
368,  1. 

Séleucus  le  Chaldéen,  astronome,  74, 
1.  544,  2. 

Séleucus,  astrologue  de  Vespasien, 
556,  2. 

Semaine  planétaire,  41,  1.  64,  1.  81,  3. 
94,  2.    108,   3.  171.  229.  476-484. 

Sénèque,  sur  l'astrologie,  532,  3. 

/SepV,)iombre  d'Athéna,  7,  1  ;  divisions 

^-septénaires,  du  monde,  477,  2  (voy. 
Lyre,  Planètes);  du_corps^24)_dê_ 
rame,  323  ;  de  la^ durée,  du  mois 
lunaire  (voy.  Phases,  Semaine)  ;  de 
la  vie  humaine,  intra-utérine,  509- 
510;  <jp  In,  yjp  r.nnscip.nt.p,  287.  500- 
511  ;  de  l'histoire  universelle,  187, 
1.  498;  les  septénaires  en  méde- 
cine, 328. 

Sérapion,  astrologue,  474,  3. 

Sérapis  éxxax-ctî,  81,  3. 

Set-Typhon,  100,  5.  144,  2.  147.  462. 
483,  3  :  sa  place  dans  Yoctotopos, 
278.  286;  Typhon  =  comète  (oura- 
gan), 359.  362.  365,  1. 

Seta  =  Cancer,  186,  2. 

Seth,  le  patriarche,  donné  comme 
inventeur  de  l'astrologie,  578,  1  et 
4  ;  secte  des  Séthiens,  9,  2.  578,  1. 

Sévère  (Septime),  558-559.  566. 

Sévère  (Alexandre),  559. 

Sexe  des  nombres,  6.  134,  1.  156,  2; 
des  signes,  103.  154-155.  161.  167. 
168.  169,  1.  353,  3.  365,  2.  624,  1; 
des  trigones,  202-205.  343  ;  des  de- 
grés, 154,  3.  162.  215,  3.  397,  2;  des 
planètes,  46. 102-103. 309,  2.  353, 3. 
397,  1  ;  des  êtres  vivants  :  causes  na- 
turelles, 92,  1.  397-398,  et  procréa- 
tion des  sexes,  466,  1.  468,  1.  508. 

Sextil  (aspect),  171-172. 

Sextus  dit  Empiricus,  contre  l'astro- 
logie, 54,  1.  571,  1.  579,  i.  585.  587,  1. 
589-590.  593.  594,  2.  595,  1.  596, 

Sibyllins  (livres),  546,  1.  349. 

Signes  (^wSia)  du  Zodiaque,  donnés 
comme  produits  de  catastérismes 
(s.  V.)  ;  dieux,  31,  1.  42  ;  au  nom- 
bre de  onze  chez  les  Chaldéens,  54  ; 


^ 


INDEX    ANALYTIQUE 


description,  130-149;  classifica- 
tions, 149-153.  157.  no.  239,  2. 
309.  313.  377.  423.  446.  449.  452.  531  ; 
fractionnement,  132,  1.  146.  177,  3. 
333.  366,  antipathies,  170,  4.  173, 
et  infirmités  des  signes,  151.  431,  3. 
432,  2  ;  d'ascension  lente  ou  rapide 
(voy.  àvacpopai)  ;  leur  action  sur  le 
corps,  429;  sur  la  durée  de  la  vie, 
404-403;  signe  généthliaque,  384- 
385;  signe  horoscope,  270,  1.  385- 
386.  489.  490,  2;  =  chronocrator 
perpétuel,  489.  Les  signes  en  rap- 
port avec  les  lieux,  391;  séparés  des 
constellations  homonymes  '  par  la 
précession  des  équinoxes  (s.  v.). 

Signes  (ar^jxEÏa),  par  opposition  à 
causes  (voy.  Astres). 

Sin  =  Lune,  40.  43.  44.  45.  69,  2.  89. 
134,  2. 

Sippara  {Hipparenum),  observatoire 
chaldéen,  37,  2. 

Sirius  =  Sothis  (s.  v.);  =  Isis  (s.  v.); 
Chien  d'Orion,  61  ;  d'Icare,  140  (voy. 
Chien). 

Soclas  =  Osiris,  462,  3. 

Socrate,  17-19;  donné  comme  astro- 
logue, 18,  5;  précurseur  du  christia- 
nisme, 610  ;  sa  mort,  603,  2. 

Solanus  ou  Subsola7ius,yentà''E., 260,  i . 

Soleil  =  Samas,  40.  44.  45.  89. 134,  2; 
=  Hypérion,  89,  ou  TtTiv,  93,  2  ;  = 
Apollon,  7,  1.  30.  89,  2.  100,  3.  127, 
3.  133,  3  ;  =  Hercule,  137,  1.  377,  1  ; 
=  œil  d'Osiris,  322,  3;  domicilié 
dans  le  Lion  (s.  v.);  s'exalte  dans  le 
Bélier  et  se  déprime  dans  la  Balance, 
195.  197.  203.  227;  a  son  apside  dans 
les  Gémeaux,  196,  1  ;  sa  place  dans 
.les  trigones,  201-203;  dans  le  do- 
decatopos  (voy.  Deus);  mis  par 
certains  au-dessus  des  étoiles,  4,  5. 
14,  42,  2.  103,  1.  106;  roi,  89,  et 
cœur  du  monde,  77,  1  ;  conduit  les 
planètes,  117-119;  source  de  la  vie 
sensitive,  H.  89,  1.  109,  et  psychi- 
que, 11.  293, 1.  521,  1  ;  ses  domaines 
terrestres  (voy.  Chorographie  et 
Rhodes);  patron  des  Grecs,  339,  1. 
581  ;  sa  couleur,  314  ;  ses  éclipses 
(s.  v.)  ;  obscurci  à  la  mort  de  J.-C, 


610;  engendre  l'or,  315;  régit  le 
côté  droit  du  corps,  321  ;  exclu  de 
Tœcodespotie  de  la  géniture,  406  ; 
PtoSoTT.p,  407,  2;  anaerétique,  44,  1. 
421  ;  aphète,  417  ;  chronocrator  ini- 
tial, 489.  492;  ses  chronocratories, 
dans  la  vie  intra-utérine,  509-310  ; 
sur  la  jeunesse,  501.  511  ;  le  dies 
Solis  férié,  485,  2. 

Solstices  (position  des),  voy.  Équinoxe, 

Sôma,  nourriture  d'Agni,  75,  1. 

Soped  =  Su,  476,  1, 

So7's  =  décan,  289,  3  ;  =  x>.f.poç  (s.  v.)  ; 
=  àeXa  (s.  Y.). 

Sosigène,  astronome,  513,  3. 

Sosithée,  poète,  143. 

Sothis  =  Sirius,  55.  129,  1.  137,  2. 
186;  =  Isis  (s.  v.);  =  Chien  (s.  v.); 
période  sothiaque,  commençant  au 
lever  de  Sothis  (voy.  Lever). 

Souyos  =  Mercure,  41,  1.  66,  1. 

Souterrain  (hémicycle),  séjour  de  la 
mort,  214.  272,  1.  288.  426-427;  éli- 
miné par  Ptolémée  (s.  v.). 

Sparte,  on  y  observe  les  bolides,  362, 
2  ;  son  oracle  lunaire,  460,  1. 

Sphœros  (le)  dans  Empédocle,  12. 14, 2. 

Sphaeros,  stoïcien,  29, 

Sphères  célestes,  au  nombre  de  sept 
(voy.  Planètes),  de  huit,  63  ;  de 
neuf  (voy.  Précession)  ;  de  dix,  8  ; 
de  douze,  89,  2.  573,  2;  en  nom- 
bre indéfini,  26,  2  ;  sphère  Barba- 
rique  (s.  v.)  ;  sphères  artificielles, 
265,  1.  551,  2.  552. 

Siïopot,  fécondation  ou  conception  (s. 
V.)  ;  à  utiliser  pour  la  sélection  des 
âmes,  22,  2.  508.  602  ;  «rirépiijiov  Çw- 
Siov,  377,  2.  383,  1  ;  -rpiywvov  (s.  v.). 

axspsi  (signes),  solida,  fixa,  132-153. 
170.  352.  333.  433. 

STTjpivfjLot,  stations  des  planètes,  43, 
3.  111.  113,   1,349,    5.   351.  429,   d . 

Jl-zikëoiw  =  Mercure,  70.  336,  1.  439; 
étymologie  du  mot,  100,  4. 

Stoïciens,  collaborateurs  des  astro- 
logues, 27,  3.  28-34.  68.  363.  364. 
365.  500.  305.  544  ;  Asiatiques,  34,  1. 
66.  68.  544,  2. 

Straton  de  Lampsaque,  29,  1. 

Sublimitas  =  uij/wixa,  193,  1.  196. 


INDEX   ANALYTIQUE 


6Sa 


Suculae  ■=.  Hyades,  134,  1. 
Sudines,    hiéroscope    ou    haruspice, 

550,  3. 
Suicide,  pronostic  rare,  340,  2.  423,  1. 
Zu!iT:àeeta,  453,  5.  454,  1. 
Suva'ffi  {contactus),    12.  245-247.   251, 

4.  351.  522. 
Suviarpia,  453,  5.  454,  1. 
SuvSsafjLÔî  =  conjonction,  113,   1;  = 

nœud,  122  ;  au  sens  astrologique, 

245,  3. 
SûvoSoî,  aspect  ou  phase  (conjonction), 

159,  1.  440;  N.  L.,  515. 
Suvo'.xoSsffTtiTTiî,    205.  240,    1.  241,   1. 
Sulla  ou  Sylla,  le  dictateur,  547.  548, 

1.  568.  603,  2. 
Sulla,  astrologue,  555. 
Syrus,  frère  de  Cl.  Ptolémée,  565,  2. 
(TÛÇuya  (signes),  159.  161  (fig.  17), 
Syzygies,  points  de    repère  astrolo- 
giques, 46.  166,  1.  351.  387-388.  389, 

1;  lieux  aphètiques,  417. 

Tables  chaldéenncs,  des  planètes,  48, 
1.  55,  2.  209,  3.  409,  2.  591  ;  égyp- 
tiennes, 64,  1  ;  grecques,  des  signes, 
432,  2;  des  planètes,  63.  107;  des 
âvaçopaf,  265.  268-269;  au  sens 
d'éphémérides  (s,  v.). 

Tagès,  363.  365,  2. 

Tammouz,  mois  chaldéen,  46.  47.  48, 
1.49. 

TaiTcfvwixa  [dejectio],  182.  193.  309. 
514,3.  515,1.  Voy.  "r<>co[ia. 

Tat  =  Thot,  223.  601,  2. 

Taureau  =  te-te,  517, 1  ;  =  Mardouk, 
57  ;  =  lo,  133  ;  =  Apis,  133  ;  domicile 
de  Vénus,  133.  187.  188.  190.  204. 
548,  1.616,  2  ;  exaltation  de  la  Lune 
et  dépression  de  Saturne,  134.  195. 
197.  204.  227;  tutelle  de  Vénus,  184; 
description,  132-134;  ses  do- 
maines terrestres  (voy.  Chorogra- 
phie)  ;  régit  le  cou,  319  ;  signe  la- 
boureur, 204,  1  ;  auteur  de  perver- 
sions sexuelles,  134,  3.  435,  1  ;  en- 
seigne de  légions,  554,  2. 

Tebet,  mois  chaldéen,  48,  1. 

Tell-el-Amarna,  170. 

Temple  céleste  =  lieu,  405  ;  romain, 
171;  étrusque  (voy.  Haruspices), 


Tentyra  (Zodiaque  de),  53.  64,  1.  129, 
1.  137,  2.  186,  2.  222.  230,  3. 

Termini  :=  opia  (s.  v,). 

Terre,  divinité,  21.  31;  Mère  (voy. 
Démêler)  ;  =  Hestia  (s,  v.)  ;  modèle 
du  monde,  76,  1  ;  mère  et  nourrice 
des  astres,  4.  10.  14.  27,  3.  75.  127, 
358. 

TertuUien,  contre  l'astrologie,  122. 612, 

Te-te  =  Taureau,  57,  1. 

Tétragone  (aspect),  voy,  Quadrat. 

TsTpaxTuî  pythagoricienne,  7,  1,  9,  3. 
217.  541,  2. 

Teucros  de  Babylone,  224.  227. 

Te-ut  =  Jupiter,  50,  3,  57,  1,  385,  4. 

Thaïes  de  Milet,  3-4,  63,  3,  75,  96. 
126.  265,  1. 

Beat,  voy.  Dea. 

Théagène  ou  Théogène,  astrologue, 
.373,2,  385,  2.  438,  1. 

Thème  du  monde,  égyptien,  129,  185- 
187  ;  chaldéen,  188.  192,  1  ;  thèmes 
des  cités  et  chefs  d'État,  349,  5  ;  de 
Kome,  368-369  ;  de  l'empire  arabe, 
370-371  ;  individuels,  255.  390  (Voy. 
Anubion,  Papyrus,  Proclus,  etc.), 

Théodore,  préfet  d'Egypte,  513. 

Théodote,  gnostique,  612. 

Théophraste,  27. 

eeoî,  voy.  Deus. 

Théurges,  64,  i.  81,  3.  109,  î.  323,  3. 
599,  1.  602.  612,  2. 

Thot  =  Hermès  (s.  v.). 

Thoth,  mois  égyptien,  367,  1,  369, 

eoûpoî  =  Mars,  98. 

Thrasylle  (les),  astrologues,  213.  248, 
1.  249,  2.  263.  411,  1.  464.  541,  2. 
555,  4.  563. 

epôvot,  242.  244,  Voy.  'l8io9povta, 

Thyeste,  128. 131  ;  donné  comme  astro- 
logue, 576,  1. 

Tiamat,  le  Chaos  chaldéen,  40.  58.  97, 

Tibère,  330,  373,2.396,2.  438,  1,554- 
555, 

Tibiae,  comètes,  361,  1, 

Tiercement,  fréquent  en  astrologie, 
220,  349,  5.  350,  3,  353,  3,  366,  1. 
380.405,  2. 

Timée,  le  philosophe,  20,  1  ;  le  Timée 
de  Platon,  20-25.  68,  77.  106-107. 
324,  545,  1.  599,  601, 


654 


INDEX    ANALYTIQUE 


Tiraée,  astrologue,  20,  1. 
Timocharès,  astronome,  38,  1 . 
Tirésias,   donné   comme  astrologue, 

551.576,1. 
Tttjlv,  nom  commun  à  Saturne  et  au 

Soleil,  89,  2.  93,  2.  94,  2.  395,  3. 
Titius  (loi  de),  8,  2. 
Titus,  empereur,  556.  561,  4. 
Tô>.Iia  =  Mars,  307.  Voy.  KXi^poî. 
Tonnerres,  pronostics  y  aiférents,  348. 

363-364. 
T(5t:oi,  voy.  Lieux. 
Totémisme,  79,  1. 
ToÇÔTT^ç,  voy.  Sagittaire. 
Tpâyoi,  comètes,  359,  1. 
Treize  (nombre),  347.  460,  1.  623,  2. 
Tremblements  de  terre,  348.  363.  364- 

365.  Voy.  Vicellius. 
TptaxovTdiî,  302. 

Trigone  (aspect),  9.   118.    169-170. 
378;  trigones   zodiacaux,  169  (fig. 
19).  175.  176,  1.  315;  humain,  211  ; 
■   royal,  356.  439,  3  ;  trigones  plané- 
taires, 175.  197,  2.  199-206.  211. 
•   238.  239.  303.  309.  350,   3.  387.  389. 
406,  2.  450;  en  correspondance  avec 
les  trigones  ou  quadrants  terrestres, 
203,1.  338-346;  toîywvov  aTOptjiOv, 
383, 1.  400,  1.  401,  1.  510,  4. 
TptYwvoxpâ-cup,  202,  3.  205,  2.  213.  345; 

=  Tptywvixôi;  ôeaTTÔTTi;,  406,  2. 
Trihories,  333-334.  349,  5. 
Trijumeaux,  398. 
Trinité,  proclamée  par  les    oracles, 

598,  2.  619,  2. 
Triptolème  =  un  des  Gémeaux,  136. 
TptaxaiS£xa[AOipîa,  347. 
Trismégiste,  voy.  Hermès. 
Triton  =  Capricorne,  144. 
Tropiques  (signes),  152.  153,    1.  352. 
353,  2.  433.  446.459;  au  sens  de  sol- 
stices, 129.  347;  solstice  jadis  dans 
le  Lion,  23,  1  (voy.  Équinoxe). 
Tutelae,  espèce  de  domiciles  plané- 
taires, dans  les  signes,  167,  2.  183- 
184;  dans  les  lieux,  276-288. 
Tux'n  =  Lune,  307  ;  donne  richesses  et 
honneurs,  436  ;  sa  place  dans  Yocto- 
topos  (voy.   AatjjiovÎTi  et  Vénus)  et 
le  dodecatopos  (voy.  'AyaOt;  et  Ka%^ 
TûxT,);  son  x^r,poç  (s.  v.). 


Tyndare,  père  de  Castor,  588,  1, 
Typhon,  voy.  Set-Typhon. 

Ulpien,  contre  les  astrologues,  565. 
Uriel,  ange,  606,  1. 

Valens  (Vettius),  213.  215.  529,  1.  569. 
Voy.  Bibliographie. 

Valerius  (M.  Maximus),  studiosus  as- 
trologiae,  559,  4. 

Varron  (M.  Terentius),  368.  548.  550. 

Vendredi,  jour  de  Vénus,  jour  férié 
de  rislam,  371, 1  ;  redouté  des  chré- 
tiens, 485,  2.  623,  2. 

Vents,  excités  par  les  planètes  ;  97,  3. 
98,  2.  127,  2.  197.  200,  2-3.  201,  1. 
247,  2.  358,  6.  365,  1.  366,  2;  observés 
pendant  les  éclipses,  349,  5.  355,  1. 

Vénus  =  Belit,  41,  1;  =  Dilbat,  41. 
50,  3;  =  Ishtar,  41.  68;  =  Isis,  99, 
2.  342,  1  ;  =  Usiri  ou  Bennu,  66, 1; 
=  nutar  dua,  66,  1  ;  =  Hêra-Junon, 
68,  2.  99,  2;  =  Grande-Mère,  99,  2; 
appelée  'Ewateôpo;,  "Eaicepo;,  4>wTffl()- 
po;,  66-67.  99-100.  616,  2;  planète 
méridionale,  20l7^omiciiiée  dans  le 
Taureau  et  la  Balance,  133. 185. 187. 
188.  190.  204.  242.  369;  s'exalte  dans 
les  Poissons  et  se  déprime  dans  la 
Vierge,  195.  198.  204.  205;  a  son 
apside  dans  le  Sagittaire,  196, 1  ;  sa 
tutelle  dans  le  Taureau,  184;  sa 
place  dans  Voctotopos,  277.  448.  452, 
1  ;  dans  le  dodecatopos,  283  (voy. 
'Aya6->i  Tûx'H)  ;  sa  grosseur,  100,  1  ; 
sa  couleur,  313-314  ;  produit  le 
cuivre,  ^i?^;  rpgit.  divers  organes  et 
JacultéSj_321-323.  325;  ancêtre  et 
planète  des  Jules,  369,  1.  548.  552, 
3.  613,  2;  des  Arabes,  342,  1.  371; 
ses  chronocratories,  dans  la  vie  in- 
tra-utérine, 509-510  ;  sur  i'adoles- 
^çencej_^01.  511  ;  dans  rhistôïré 
universelle,  499. 
Vergiliae  =  Pléiades,  134. 
Verseau  =  Gu,  57,  1  ;  =  Ganymède, 
146;  domicile  de  Saturne,  96.  188. 
190.  204.  208.  318,  1  ;  tutelle  de  Ju- 
non,  184;  description,  146-147; 
ses  domaines  terrestres  (voy.  Cho- 
rographie);  régit  les  jambes,  319; 


INDEX   ANALYTIQUE 


655 


son  urne  cause  de  naufrages,  425. 
582,  1  ;  figure  dans  les  pronostics 
à  la  mort  de  Douiitien,  357,  et  de 
Constance,  569. 

Vespasien,  360,  3.  356.  362. 

Vespei'  ou  Vesperugo  =  Hespéros  = 
Vénus,  99. 

Vesta,  dans-  le  Capricorne,  143. 167,  2. 
184.  189,1.  Voy.  Hestia. 

Vettius  Valens,  voy.  Valens. 

Vicellius,  écrit  sur  les  tremblements 
de  terre,  345,  1.  363.  365,  2. 

Vierge  =  Ari,57,l;=Isis,  139;  =Atar- 
gatis,  139;  =  la  Fortune,  139;  = 
Aîxr.,  62,  1.  139.  191,  1  ;  =  Astrœa, 
139;  =  Érigone,  139;  =  Démêter, 
139;  =  la  Pythie,  576,  1  ;  domicile 
de  Mercure,  187.  188.  190-191.  204, 
302,  1  ;  exaltation  de  Mercure  et  dé- 
pression de  Vénus,  195.  198  ;  apside 
de  Jupiter,  196,  1  ;  par  l'Épi,  signe 
agricole,  204,  1  ;  tutelle  de  Cérès, 
184  ;  description  du  signe,  139- 
140;  ses  domaines  terrestres  (voy. 
Chorographie);  régit  le  ventre,  319; 
signe  horoscope  d"Énée,  369,  1  ; 
patronne  des  chrétiens,  342,  1. 

Vierge  Marie,  louée  par  Apollon, 
619,  2. 

Vindemialrix  =:  npotpu-pix^p,  140. 

Vindicianus,  adonné  à  l'astrologie, 
570,  1.  622,  4. 

Vitellius,  contre  les  astrologues,  562. 

Vitruve,  81,  3.  95,  2. 118,  2.  373.  551, 1. 

Voie  Lactée,  séjour  des  âmes,  22-23. 
548;  ancienne  route  du  Soleil,  128; 
fréquentée  par  les  comètes,  339,  1. 
360,  2  ;  son  action  météorologique, 
366,  2. 

Voix  des  astres,  voy.  dlç uva,  (pwv-^evxa. 


Volcatius,  haruspice,  349,  2. 
Voyages,  leur  place  dans  le  système 

des  lieux,  284.  287.  453  ;  pronostics 

les  concernant,  455. 
Voyelles,  représentant  les  planètes, 

130, 1. 
Vulcain,  dans  la  Balance,  184. 

Xénocrate,  disciple  de  Platon,  103,  1. 
Xénophane  de  Colophon,  10. 
Sitpîaî,  comète,  359. 
Xerxès  et  ses  mages,  37, 1. 

Zaratos,  Chaldéen,  5,  1. 

Zendiks,  secte  mazdéenne,  leur  opi- 
nion sur  les  planètes,  114,  2. 

Zéphyre,  vent  d'O.,  98,  2: 

Zéthos  =  un  des  Gémeaux,  136. 

Zeus,  voy.  Jupiter. 

Zib  =  Poissons,  57,  1. 

Zifjurat,  observatoire  chaldéen,  73. 

Zodiaque,  route  des  planètes,  181  ; 
étymologie  stoïcienne  du  mot,  123, 
2.  408,  3  ;  ses  origines,  52-62  ;  ses 
modèles  animaux,  13,  1.  79,  1  ;  son 
obliquité  (voy.  Écliptique);  descrip- 
tion de  ses  signes,  130-149;  point 
initial  de  sa  graduation,  129  ;  cercle 
idéal  (voTiTà  ÇwSta)  ou  neuvième 
sphère,  séparé  des  constellations  par 
la  précession  des  équinoxes  (s.  v.). 
Zodiaque  lunaire,  à  28  divisions, 
55-56.  153,  1.  324,  2.  463,  2.  609,  1; 
Zodiaques  égyptiens  (voy.  Latopolis, 
Panopolis,  Tentyra)  ;  de  Palmyre, 
227,  3. 

Zones  terrestres,  76,  1,  337,  3.  582,  4. 
Zoologie  astrologique,  317-318. 
Zoroastre,  31, 1.  66, 1.  379.  467,  3.  484; 
ses  oracles,  598,  2. 


ADDENDA  ET  GORRIGENDA 


Titre.  —  Le  camée  inséré  au  frontispice,  comme  traduction  artistique  de  la 
phrase  de  Sénèque,  est  emprunté  à  S.  Reinach,  Pierres  qravées,  Paris,  1893, 
pi.  127,  97*.  C'est  un  pseudo-antique,  d'ailleurs  aussi  utilisable  qu'un  vrai 
pour  montrer  l'incompétence  doctrinale  des  ornemanistes. 

P.  10,  dernière  ligne  du  texte  :  accentuer  en  oxyton  Trspcaa^ç. 

P.  14,  note  2,  lig.  8  :  au  lieu  de  Q.  Nat.,  VII,  3,  2,  lisez  :  VIT,  3, 1. 

P.  32,  lig.  23,  et  p.  114,  note  2  :  accentuer  en  paroxyton  àvaY^v). 

P.  37,  note  2  :  au  lieu  de  Pline  (VII,  §  139),  lisez  :  (VII,  §  193). 

P.  144,  titre  courant  :  au  lieu  de  CHAP.  I,  lisez  :  CHAP.  V. 

P.  160,  note  1,  lig.  9  :  au  lieu  de  (xweî),  lisez  :  (tivéî). 

P.  173,  fig.  22  :  la  figure  devait  être  placée,  pour  la  lecture  des  sigles  du 
limbe,  le  Capricorne  et  le  Sagittaire  en  haut  ;  la  position  étant,  du  reste, 
indifférente  au  point  de  vue  mathématique. 

P.  178,  note  2,  lig,  7  :  au  lieu  de  (io(p.  te',  lisez  :  ixoîp.  tv 

Pp.  247-254,  passim  :  restituer  l'accent  proparoxyton  aux  mots  ôjjiôpwatî, 
xaGuTrspTÉpTjffiç,  Tzzpifjjztni;,  sfxirspfayea'.c,  fj(.£(T£[Jtê(5Xï]atç,  '7rap£[JLêôXT,ati;. 

P.  262,  note  1  :  au  lieu  de  éwevr.xovTajxépoî,  lisez  :  IvevTixovxatjiêpo;. 

P.  299,  note  2,  lig.  1  :  au  lieu  de  itspupywî,  lisez  :  Ttep'.tpywi;. 

P.  315,  lig.  16  :  au  lieu  de  feu,  lisez  fer. 

P.  404,  lig.  23  :  au  lieu  de  ptoSoTTjp,  lisez  :  ^toooTr^p  (=  ptooÔTTji;). 

P.  432,  note  2,  lig.  17  :  rectifier  une  inexactitude  produite  par  une  correction 
tardive  et  incomplète  (substitution  de  la  Lune  à  Jupiter,  à  la  ligne  pré- 
cédente) :  le  Sagittaire  n'est  pas  le  domicile  de  la  Lune. 

P.  448,  note  1,  lig.  2-3  :  au  lieu  de  ci-après,  lisez  :  ci-dessus. 

P.  489,  note  1  :  Letronne  aurait  pu  invoquer  à  l'appui  de  sa  thèse  un  cha- 
pitre de  Cassianus  Bassus  [Geoponica  sive  Cassiani  Bassi  scholastici  de  re 
ruslica  eclogae,  rec.  H.Beckh,  Lipsiae,  1895,  pp.  21-28),  intitulé  AwSexae- 
XT^plî  Toû  Atôî,  xal  oax  à-KOTEÎvsï  rsp'.iroXeûwv  toù;  ôwSexa  oïxou;  toû 
Zw5taxoO  xûxXou  (I,  12),  d'après  Zoroastre.  Seulement,  cette  dodécaétéride 
n'est  pas  généthliaque  :  elle  ne  sert  qu'aux  pronostics  météorologiques. 

P.  496,  lig.  10  :  au  lieu  de  différontes,  lisez  différentes. 

Pp.  576-578  :  ajouter  à  la  liste  des  peuples  inventeurs  de  l'astrologie  les  Hin- 
dous, d'après  Philostrate  comparant  la  rhétorique  tt,  ivSpwitivTi  [Aav-cixfi,  f,v 
AïyvTfZio'.  xt  xal  XaCkBoiioi  yal  irpô  toÛTtov  'IvSol  ÇuvÉOeirav,  piuptoiî  iffTiwv 
aTo/aÇ6[X£voi  tou  ôvTOî(Fif.  SophisL,  I,  Prooem.). 

P.  579,  note  2  :  rendre  à  la  note  son  numéro  d'ordre,  1. 

P.  596  sqq.  (voy.  V Index  à  la  lettre  H)  :  restituer  l'esprit  rudf  au  mot 
£t[iapu.évT,. 

P.  607,  lig.  7  :  ajouter  en  note  l'explication  de  l'anagramme  :  'A[v«toXt,], 
^[ûatçj,  "A[pjcxoî],  M[sffTfi[A6pta]. 


TABLE  DES   MATIERES 


Pages. 

Préface i-ix 

Bibliographie  et  renseignements  divers x-xx 

Ciiapitre  premier.  —  Les  Précurseurs 1 

§  I.  Les  Piiysiciens 3 

§  IL  Les  Socratiques 17 

Chapitre    II.  —  L'astrologie  chaldéenne 35 

Chapitre  IlL  —  Les  dogmes  astrologiques 72 

Chapitre  IV.  —  Les  planètes  et  les  types  planétaires 88 

Chapitre    V.  —  La  route  des  planètes  ou  Zodiaque 124 

Chapitre  VI.  —  Combinaisons  des  signes  du  Zodiaque 158 

Chapitre  VII.  —  Combinaisons  des  signes  du  Zodiaque  et  des  planètes.  180 

§  I.  Domaines  planétaires 182 

§  II.  Les  Décans 215 

Chapitre  VIII.  —  Rapports  de  position  des  planètes  entre  elles 241 

Chapitre     IX.  —  Le  Zodiaque  considéré  comme  cercle  de  la  géniture. . .  256 

§  I.  Le  Cycle  des  lieux 257 

§  II.  Cycles  divers  :  système  des  Sorts 288 

Chapitre   X.  —  Propriétés  et  patronages  terrestres  des  astres 311 

Chapitre  XI.  —  Apotélesmatique  universelle 327 

§  I.  Chorographie  et  ethnographie  astrologiques.  328 

§  II.  Règles  de  l'apotélesmatique  universelle 348 

liapitre  XII.  —  Apotélesmatique  individuelle  ou  généthlialogie 372 

§  I.  Du  moment  fatidique,  conception  ou  naissance.  373 

§  II.  Détermination  de  l'Horoscope 383 

§  III.  Interprétation  du  thème  de  géniture 390 

Chapitre  XîU.  —  Initiatives  ou  opportunités  générales ♦. 458 

Chapitrt^  XI\'.  —  Initiatives  individuelles  ou  généthliaques 487 


658       •  TABLE    DES    MATIÈRES 

Chapitre  XV.  —  La  médecine  astrologique 511 

Chapitre  XVI.  —  L'astrologie  dans  le  monde  romain 543 

§  L  L'astrologie  et  la  société  romaine 546 

§  II.  L'astrologie  et  la  discussion  scientifiqre 570 

§  IIL  L'astrologie  et  la  discussion  dogmatique 593 

§  IV.  L'astrologie  et  l'orthodoxie  chrétienne 609 

Index  analytique 629-655 

Addenda  et  corrigenda 656 


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